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"Rossz csillag alatt született", de Venetian Snares

Publié le par Nébal

Rossz-Csillag-Alatt-Szuletett.jpg

 

VENETIAN SNARES, Rossz csillag alatt született.

 

Tracklist :

 

01 – Sikertelenseg

02 – Szerencsétlen

03 – Öngyilkos vasárnap

04 – Felbomlasztott mentokocsi

05 – Hajnal

06 – Galamb egyedül

07 – Második galamb

08 – Szamár madár

09 – Hiszékeny

10 – Kétsarkú mozgalom

11 – Senki dala

 

ATTENTION : CE COMPTE RENDU EST SUSCEPTIBLE DE CONTENIR DES PASSAGES D’EXHIBITIONNISME BLOGUESQUE. VOUS ÊTES PRÉVENUS.

 

Ici, en effet, je suis désolé, mais pour vous faire comprendre l’attachement tout particulier que je voue à cet album (de génie, of course), il va me falloir m’étaler un peu, et raconter un peu ma life, comme dirait l’autre. Mais les conditions très particulières de réalisation de cet album n’y sont sans doute pas étrangères, ainsi que nous allons le voir.

 

Mais commençons par le commencement. Venetian Snares est un des nombreux pseudonymes (on pourrait citer également BeeSnares, Last Step, Puff, Snares Man!, Ventriloquist Snakes, Senetian Vnares, Snares ou encore Vsnares – oui, le monsieur a de la suite dans les idées) du musicien canadien Aaron Funk. Celui-ci œuvre dans une branche de techno expérimentale assez difficile à classifier, même si, à la première écoute, on ne peut s’empêcher de penser à des artistes du label Warp tels que LFO, Aphex Twin ou Autechre. Alors on pourra parler de breakcore (semble-t-il l’appellation qui revient le plus souvent), d’IDM (mais, personnellement, je déteste cette désignation, que je trouve à la fois stupide et puante…), de drill’n’bass (ça, par contre, j’aime beaucoup ; et pour ma part, c’est ce que je retiendrai), plus simplement de drum’n’bass (après tout…), plus largement d’avant-garde (ce qui peut vouloir dire tout et n’importe quoi…), de noise si l’on y tient (mais bon, bof…), d’illbient à l’occasion… Mais, après tout, on s’en fout un peu, non ?

 

Contentons-nous ici de décrire ce qu’il en est pour cet album fascinant qu’est Rossz csillag alatt született (que l’on peut traduire par « Né sous une mauvaise étoile ») : la musique est essentiellement classique (néo-classique si l’on veut, éventuellement « contemporaine » sur certaines pistes – ainsi la deuxième), mais accompagnée de rythmiques très rapides, extrêmement syncopées et souvent violentes, le tout produisant un décalage assez unique en son genre qui fait toute la saveur de l’album. Vous vous souvenez, en son temps, de l’excellent « Girl / Boy Song » d’Aphex Twin ? Ben y’a un peu de ça, mais en plus extrémiste… et, généralement, beaucoup, beaucoup plus noir.

 

Où l’on en vient aux origines de l’album. Celui-ci trouverait son point de départ dans un voyage effectué par Aaron Funk en Hongrie (d’où les titres improçon… inço… imprononçables). Et d’un délire sur les pigeons. Après tout, pourquoi pas ? Mais aussi d’une variation (la troisième piste, comprenant par ailleurs des samples de Billie Holliday – l’album est bien évidemment gavé de samples, notamment de musique classique) sur une chanson hongroise que la légende urbaine rend responsable d’une multitude de suicides.

 

Et en effet, l’ambiance de cet album n’est guère joyeuse. De la première à la dernière piste, si l’on excepte quelques rares passages où la lumière montre le bout de son nez, ce sont néanmoins les sentiments d’oppression, de dépression, de claustrophobie et de psychose qui dominent.

 

J’ai pour ma part découvert cet album en deux temps. Et tout d’abord grâce à un ami très cher, qui vient de temps à autre en ces lieux interlopes, signant alors du nom de Bat-Aurèle. Le monsieur se disait que ça devrait me plaire, et ne s’est pas trompé, mazette… Dès la première écoute, je suis resté scotché.

 

Je passerai rapidement sur la brève introduction « Sikertelenseg » (« Échec »), dont le seul propos est d’annoncer la couleur (noire, noire, noire).

 

Mais ce qui m’a de suite fasciné, c’est la deuxième piste, l’extraordinaire « Szerencsétlen » (« Malchanceux »), morceau tellement bluffant que j’ai bien dû l’écouter dix fois de suite avant de passer au reste de l’album (au passage, j’aime beaucoup la vidéo dont je vous ai donné le lien, et il est vrai que la musique, de psychotique, peut aisément virer au cartoonesque, et, d’hystérique, devenir finalement assez drôle…).

 

… et en fait, je crois bien en être plus ou moins resté là pendant un moment.

 

 

Puis j’ai fait une rechute de dépression, ce qui m’a valu mon deuxième séjour en clinique. Et le hasard a voulu que, sur ma clé USB / baladeur mp3 de 256 Ko, se trouvaient alors uniquement deux albums : celui-ci et – ce qui n’a strictement rien à voir, mais je vous en parlerai quand même bientôt – Fantasy Black Channel de Late of the Pier.

 

Et je crois que c’est dans ces conditions bien particulières que j’ai vraiment découvert cet album, et son incommensurable richesse. Faut dire, je l’ai écouté au moins une fois par jour pendant un mois et demi…

 

Mais, du coup, plus récemment, quand j’ai à nouveau fait une rechute de dépression qui m’a valu un troisième séjour en clinique, et quand bien même, le progrès technologique aidant, j’avais cette fois un baladeur mp4 de 4 Go, je n’ai pas pu imaginer un seul instant retourner au Village sans avoir dans mes oreilles Rossz csillag alatt született et Fantasy Black Channel. Impossible. Il fallait que. Et c’est bien pour cela que je vous en cause aujourd’hui, et que je vais vous causer beaucoup de musique ces prochains jours, avant de revenir à la littérature.

 

Presque tous les jours, j’écoutais au moins quelques pistes de cet extraordinaire album de Venetian Snares, si ce n’était l’album en entier. Et, autant le dire tout de suite, j’ai bien acquis la conviction qu’il s’agit là d’un des albums majeurs de ces dernières années.

 

Poursuivons donc avec « Öngyilkos vasárnap » (« Dimanche suicidaire ») ; la voilà, la fameuse chanson du suicide. Tout ceci n’est guère joyeux, certes, mais pourtant, ce morceau finalement assez trip-hop est loin, à mes yeux, de constituer le moment le plus obscur et le plus rude de l’album – et certainement pas, soyons franc, et en dépit de la voix reconnaissable entre toutes de la grande Billie, son moment le plus intéressant.

 

« Felbomlasztott mentokocsi » (« Ambulance désintégrée »), une fois n’est pas coutume, est un morceau totalement dénué de rythmique. Une belle piste classique, à écouter impérativement au casque (ou la tête coincée entre les baffles) pour se faire délicieusement vriller le crâne à coup de perceuse violonée.

 

Avec « Hajnal » (« Aube »), on retourne (au bout d’un certain temps…) aux rythmiques folles, rassurez-vous. Un morceau étrange que celui-ci, qui prend son temps pour démarrer, débute classique (et violoneux virtuose, avec de faux airs tziganes), se poursuit étrangement jazzy, retourne au classique (un peu maladroitement, d’ailleurs…), puis – ah ! – le charley se fait entendre, ça monte, ça monte, et PAF ! une explosion drum’n’bass jubilatoire, avant un finale dantesque comme il se doit. Et en définitive, une réussite.

 

« Galamb egyedül » (« Pigeon, seul ») est à nouveau un court et obscur morceau dénué de rythmique. Pas grand chose à dire, il s’agit plus d’une transition qu’autre chose.

 

Il en va tout autrement de « Második galamb » (« Second pigeon »), qui, pour commencer sombre mais relativement calme, s’élève progressivement jusqu’à des sommets de fureur psychotique difficilement concevables ; la conclusion constituant un grand moment de portnawak bruitiste, jusqu’aux dernières secondes où un incongru kick gabber achèvera de terrasser les oreilles de vos voisins (tant pis pour eux). Ouf.

 

Puis on calme le jeu, mais de fort belle manière, avec le très très beau « Szamár madár » (« Stupide oiseau » ; tenez, une seconde vidéo ici, version courte mais avec un joli visuel) ; j’assume entièrement le « très très beau ». Il est vrai que, des morceaux « à rythmique » de Rossz csillag alatt született, et si l’on fait l’impasse sur la longue intro « contemporaine », celui-ci est sans conteste et de très très loin le plus facile d’accès ; pour tout autre artiste que Venetian Snares, j’entendrais déjà hurler les Intégristes du Bizarre, clamant leur écœurement devant ce sinistre éclat de « commerce » ; mais voilà, je les empapaoute en préventif. Parce que le fait est que c’est beau, oh, oui, c’est beau. Et c’est une porte d’accès idéale. Une manière douce d’initier les gens, de les amener à s’intéresser à ce genre de choses. Moi, ça me va très bien.

 

« Hiszékeny » (« Crédule »), de nouveau sans rythmique, est cette fois un morceau bien plus lumineux que tout ce qui a précédé, composé d’harmonies subtiles, et qui n’est pas sans évoquer la manière d’Aphex Twin. Un moment de calme avant la tempête, fort appréciable.

 

Car vient LE chef-d’œuvre, à mes oreilles en tout cas, à savoir « Kétsarkú mozgalom » (« Mouvement bipolaire », le bien nommé…). Un morceau extrêmement déprimant et en même temps très violent ; la mélodie est porté par un violon jouant à fond sur le pathos, les rythmiques sont plus complexes que jamais, les voix plus dépressives que tout ce que l’on pourrait imaginer. Un morceau parfait, de la première à la dernière note, et que j’ai fini par identifier à chacun de mes séjours en clinique. LE chef-d’œuvre, vous dis-je (même si j’ai mis du temps à le reconnaître, étant d’abord fasciné par « Szerencsétlen » et « Szamár madár »).

 

Et de conclure enfin sur une ultime note de noirceur et de déprime avec le bref et arythmique « Senki dala » (« Chanson de personne »). Non, décidément, tout cela n’est guère joyeux.

 

Mais, putain, qu’est-ce que c’était bon… Je me répète, je le sais, mais, pour moi, il ne fait aucun doute que Rossz csillag alatt született est un album majeur de ces dix dernières années. Un must have, comme on dit. Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire. Et plus vite que ça. Hop.

 

 

Mais maintenant vient le temps des aveux.

 

 

Putain, j’ai honte.

 

 

Bon, voilà : j’aime tellement cet album, je le trouve tellement parfait, que je n’ai jamais osé écouter un autre album de Venetian Snares, de peur d’être déçu.

 

Je sais, c’est idiot.

 

J’ai écouté quelques pistes, par-ci, par-là, excellentes d’ailleurs, mais aucun album en entier.

 

Je sais, c’est crétin.

 

 

Le pire, c’est que j’en ai à portée de main.

 

 

 Bon, allez, je vais me faire Winter In The Belly Of A Snake.

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"Teenager Of The Year", de Frank Black

Publié le par Nébal

Teenager-of-the-Year.jpg

 

FRANK BLACK, Teenager Of The Year.

 

Tracklist :

 

01 – Whatever Happened To Pong?

02 – Thalassocracy

03 – (I Want To Live On An) Abstract Plain

04 – Calistan

05 – The Vanishing Spies

06 – Speedy Marie

07 – Headache

08 – Sir Rockaby

09 – Freedom Rock

10 – Two Reelers

11 – Fiddle Riddle

12 – Olé Mulholland

13 – Fazer Eyes

14 – I Could Stay Here Forever

15 – The Hostess With The Mostest

16 – Superabound

17 – Big Red

18 – Space Is Gonna Do Me Good

19 – White Noise Maker

20 – Pure Denizen Of The Citizens Band

21 – Bad, Wicked World

22 – Pie In The Sky

 

Le monde est trop injuste. C’est la vie, comme disait l’autre, certes. Et il est vrai que Frank Black, pour tout membre fondateur et leader des Pixies qu’il soit, n’a pas exactement le profil d’une rock star… Mais sa carrière solo aurait rencontré pas mal d’écueils, notamment à ses débuts, et l’album dont je vais vous entretenir aujourd’hui, le deuxième du monsieur après le split des petites fées (reformées aujourd’hui, je ne vous apprends rien…), s’il est – à bon droit, ainsi que j’entends bien le montrer – devenu culte avec le temps, fut à sa sortie un cuisant échec commercial. Bien loin en tout cas du succès rencontré par sa consœur Kim Deal avec ses Breeders et l’irrésistible tube que fut « Cannonball ».

 

Comment expliquer cet échec, dès lors ? Peut-être, paradoxalement, par ce qui fait le succès de cet album aujourd’hui, et explique l’attachement tout particulier que lui vouent les amateurs de Frank Black : son incroyable richesse. 22 pistes, généralement très courtes – la plus « longue » fait 4:41 min., comme quoi tout est relatif… –, explorant tous les genres du rock dans un joyeux foutoir, où le punk hardcore côtoie le reggae/ska, tandis que le blues copule avec la pop, pour un résultat toujours étonnant. L’album va à cent à l’heure, et ne laisse aucun répit à l’auditeur, qui va de surprise en surprise d’une piste à l’autre, ne sachant jamais à quoi s’attendre ; en définitive, il ne peut se raccrocher qu’à une seule certitude : il va écouter du Frank Black.

 

Car, quel que soit le genre dans lequel le gros Francis officie, il a un son bien à lui, une manière de voir les choses et de les exprimer immédiatement reconnaissable ; ainsi, au-delà de son apparente hétérogénéité, de son aspect fourre-tout, et donc, autant le dire, casse-gueule, Teenager Of The Year est bel et bien un album cohérent, de la première à la dernière chanson.

 

Et le pire, ma bonne dame, c’est qu’elles sont bonnes, ces chansons… Frank Black avait déjà su le montrer au sein des Pixies et le confirme à nouveau en solo : il est bel et bien un songwriter de génie, un fin mélodiste, aussi à l’aise dans la bourrinade réjouissante que dans les harmonies les plus subtiles, s’éloignant des schémas classiques guitare / basse / batterie (ou alors, les faisant sonner comme personne…).

 

En fait, de ces 22 pistes, aucune à mes yeux n’est à jeter. Pour bien faire, il faudrait sans doute que je décortique l’album point par point ; mais – traitez-moi de flemmard si vous le voulez – cela serait sans doute bien trop long et fastidieux. Aussi ai-je préféré me contenter d’une sélection de morceaux particulièrement brillants à mon goût, et que – magie de l’Internet ! – vous allez pouvoir (au moins pour un temps…) écouter tandis que je les évoque.

 

Déjà, un premier constat : pour ce qui est de l’attaque en force, Frank Black n’a de leçons à recevoir de personne. Teenager Of The Year s’ouvre ainsi sur une trilogie tout simplement parfaite de morceaux très brefs et très efficaces : en guise d’introduction idéale, le punk jubilatoire de « Whatever Happened To Pong? » ; suit immédiatement le tout aussi punk mais plus dissonant « Thalassocracy », furieusement bon ; enfin, histoire de calmer un peu le jeu, « (I Want To Live On An) Abstract Plain » nous introduit avec brio aux aspects les plus pop de l’album. Je sais pas vous, mais moi, rien qu’après ces trois morceaux-là, je dis : « J’achète ! »

 

Sautons quelques pistes pour continuer dans la pop de la plus belle eau avec « Speedy Marie », et son finale aux accents très Pixies (chassez le naturel…) ; suit immédiatement le tubesque et bien nommé « Headache », type idéal du morceau pop qui rentre dans le crâne pour ne plus jamais en sortir…

 

Mais on retourne un peu plus loin au foutoir, dans ce qu’il a de plus jouissif, avec – le à nouveau fort bien nommé – « Freedom Rock », qui s’autorise toutes les lubies, passant d’un genre à l’autre dans une joyeuse partouze musicale où – j’ai honte de le dire – même le reggae et le ska rendent bien (et c’est également vrai en d’autres occasions)…

 

 

Merde, je suis même pas à la moitié de l’album, et j’ai cité six morceaux sur neuf… Bon, faut que je me calme pour la suite, grmbl…

 

Bon, OK, d’accord, je m’en tiens vraiment au meilleur du meilleur pour la deuxième moitié de l’album (aussi bonne que la première, hein), et je passe du coup à « Superabound », une petite perle d’efficacité où la basse et l’orgue rivalisent d’ingéniosité. Suit d’ailleurs un autre joli morceau de bravoure avec un « Big Red » aux accents très bluesy, mais au refrain pop entêtant au possible.

 

 

Bon, allez, un dernier pour la route, à nouveau côté punk, le très réjouissant « Bad, Wicked World » (N.B. : désolé pour les agaçants pains sonores de la vidéo – ce n’est pas ma faute, mais je n’ai pas trouvé mieux, désolé… – ; au passage, le thème des extraterrestres et de la SF colle par contre très bien à Frank Black).

 

Bilan ? Ben, je crois que c’est clair, non ? Teenager Of The Year est un grand album de pop rock, qui mérite bien qu’on y rejette deux oreilles attentives aujourd’hui.

 

...

 

Non, permettez-moi d’être plus explicite.

 

Teenager Of The Year est un IMMENSE album. Il figure sans doute parmi mes préférés dans ma discographie. Il est indéniable à mes yeux que jamais Frank Black ne s’est montré aussi talentueux que sur cet album foisonnant et d’une richesse incomparable.

 

On y va pour la comparaison niaise mais inévitable : Teenager Of The Year vaut en ce qui me concerne amplement toute la discographie des Pixies.

 

Et j’irais même plus loin : c’est juste un des putains de plus grands albums de tous les temps de la mort de la galaxie (bordel).

 

 Alors voilà. Hop.

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It's been some time

Publié le par Nébal

dali_persistance_of_memory.jpg

 

(Vach’ment original, hein ?)

 

Eh bien oui. A priori, Nébal est reviendu en Nébalie. Bon, c’est un test, hein, on va voir si ça va durer ou pas. Car, pour ne rien vous cacher, et sans faire excessivement dans l’exhibitionnisme bloguesque, niveau confiance en soi, c’est pas encore tout à fait ça…

 

Mais l’essentiel est ailleurs : c’est que l’envie est revenue. Voilà : j’ai de nouveau envie d’élucubrer dans mon coin, d’écrire des conneries, de faire des j’aime/j’aime pas plus ou moins lapidaires, bref, de bloguer, et que ça saute !

 

Dans le fond, il ne devrait pas y avoir trop de changements, même si – et certains de mes, aheum, « adversaires », ne manqueront pas d’y voir une preuve à charge –, pour ce qui est de la littérature, qui est et restera la préoccupation essentielle de ce blog (miteux, oui), la science-fiction et les autres branches de l’imaginaire, tout en restant laaaaaaaaaaaaaaaargement dominantes (parce que faut pas déconner non plus), verront de temps à autre leur place envahie – j’ose à peine le dire – par de sinistres avant-gardes de litt’ gén’, classique comme moderne, mais si possible un peu déviante quand même (parce que faut pas déconner non plus). Tout simplement parce que, des fois, j’ai envie d’aller voir ailleurs ce qui se fait. Ben oui.

 

 Mais de littérature, d’ailleurs, je ne vais pas vous en recauser tout de suite ; j’ai quelques petites choses en cours, quelques détails à régler avant de pouvoir relancer la machine. Je viens de rattraper mon retard sur ce qui s’est fait sur d'autres supports, mais je ne pense pas réattaquer la partie littéraire du blog avant, disons, la fin du mois (et peut-être à un rythme moins soutenu qu’auparavant, parce quand, quand même…).

 

En attendant, musique, maestro !

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"Bifrost", n° 56

Publié le par Nébal

Bifrost 56

 

Bifrost, n° 56, Saint Mammès, Le Bélial’, octobre 2009, 191 p.

 

Bon, ayant participé – même si ce n’est qu’un chouia – à la chose, il ne me paraît pas honnête d’en faire un compte rendu…

 

Donc je vais faire ma feignasse, et me contenter de rappeler que s’y trouve un de mes comptes rendus : La Brigade de l’Œil de Guillaume Guéraud (pp. 85-86).

 

 

 Hop.

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"La Brigade de l'OEil", de Guillaume Guéraud

Publié le par Nébal

La-Brigade-de-l-OEil.jpg

 

GUÉRAUD (Guillaume), La Brigade de l’Œil, Paris, Gallimard, coll. Folio Science-fiction [2007] 2009, 317 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 56 (pp. 85-86).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant un an.

 

 En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

  

EDIT : Hop :

  

La Brigade de l'Œil est le premier roman de science-fiction de Guillaume Guéraud, après une dizaine d'autres titres publiés aux éditions du Rouergue. Un roman qui annonce franchement la couleur, dès sa première page : l'auteur joue en effet de la carte dystopique dans ce récit (jeunesse ? malgré l’âge d’un des principaux protagonistes, et, semble-t-il, le passé de l’auteur, on est en droit d’en douter…) qui se présente d'entrée de jeu comme un hommage appuyé au Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Mais pas de pompiers pyromanes pour autant, ici : cette fois, ce ne sont pas les livres qui trinquent, bien au contraire : on lit beaucoup, dans ce roman, et l'on y révère les grands noms de la littérature.

 

Dans l'État de Rush Island, dans un futur proche, ce sont en effet les images que la Loi Bradbury (aha) interdit depuis une vingtaine d'années. Le dessin, la photo, le cinéma, la télévision ont été bannis de l'île par l'Impératrice Harmony, après sa Révolution victorieuse. La propagande l'assène : les images sont néfastes, elles mentent, elles sont l'opium du peuple (refrain connu). Une brigade spéciale a été créée pour appliquer cette loi draconienne ; ses agents, les najas aux yeux grand ouverts par les galiscopes, brûlent les documents interdits, au chalumeau ou au lance-flammes. Quant aux contrevenants – il y en a nécessairement, même après toutes ces années –, ils se voient tous appliquer une même sanction, terrible : ils sont purement et simplement aveuglés. Ils sont ainsi châtiés par où ils ont péché ; mais les écrits du philosophe officiel Kimsoon les consolent... en braille, et en lieux communs.

 

Falk est un capitaine de la Brigade de l'Œil, et un des plus brillants avatars de ces iconoclastes modernes... même s'il a bien entendu lui aussi ses faiblesses. Face à lui, le lycéen Kao, petit-fils d'un projectionniste « résistant », est un « terroriste » : un dealer d'images interdites... Le roman alterne les points de vue du chat et de la souris, jusqu'à leur inévitable confrontation finale, dans un grand incendie inéluctable...

 

Rien que de très classique, on le voit. Si l'objet de la censure change, on se retrouve bien devant un plaidoyer en faveur de la liberté sous toutes ses formes. L'hommage est appuyé, dès le postulat un tantinet absurde lorgnant vers la fable surréalisante. Mais, si le roman vibre en quelques occasions d'un amour frappant du cinéma autorisant quelques jolies scènes, il peine cependant à convaincre, et n'arrive en tout cas pas à la cheville de son illustre modèle, sans surprise. Là où la quatrième de couverture, élogieuse comme il se doit, nous promet « un roman coup de poing » par « l'un des auteurs les plus stimulants et dérangeants de sa génération » (rien que ça !), on n'a en fin de compte qu'une dystopie falote et déjà lue, saturée de clichés, et qui n'apporte rien au genre... L'hommage est un peu trop poussé, en somme. Et sans grande pertinence, ce qui est plus gênant...

 

Hélas, si la narration assez « cinématographique » n'est pas désagréable, le style est par contre à l'avenant : lapidaire, tout en répétitions, et perclus de tics parfois horripilants, il se montre au mieux fade, au pire un brin pénible.

 

Le roman n'a du coup pas grand chose pour lui ; on pourra lui concéder, outre sa brièveté relative, sa violence sèche, et, en contrepoint, quelques séquences cinéphiles plutôt réussies, parfois même émouvantes. C'est peu...

 

 Bien trop peu. On peut s'interroger, dès lors, sur l'intérêt de cette publication anodine, pas nécessairement mauvaise, mais franchement médiocre. Une fois n'est pas coutume : on préférera l'original (les originaux...) au remake...

CITRIQ

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Déluge, de Stephen Baxter

Publié le par Nébal

Deluge.jpg

 

BAXTER (Stephen), Déluge, [Flood], traduit de l’anglais par Dominique Haas, Paris, Presses de la Cité, [2008] 2009, 551 p.

 

Ma chronique figurait sur le défunt site du Cafard cosmique... La revoici.

 

 

 

On a souvent dit de la science-fiction britannique qu’elle aimait jouer des thèmes catastrophistes. Stephen Baxter ne fait pas mentir le lieu commun, lui qui entame, avec son nouveau roman, un cycle dans lequel il submerge notre pauvre planète sous les flots furibonds du déluge…

 

2016. Lily, Helen, Gary et Piers, retenus en otages depuis plusieurs années par des fanatiques religieux dans une Espagne rongée par la Guerre Civile – ça crée des liens –, sont enfin libérés par le groupe AxysCorp que détient le milliardaire Nathan Lammockson. Mais le monde a bien changé en leur absence. Le dérèglement climatique suscite violentes tempêtes et pluies diluviennes qui submergent bientôt l’Angleterre, puisque le niveau des eaux est monté de plus d’un mètre… Bientôt, les otages deviennent les témoins impuissants d’une terrible inondation à Londres, mais le pire est encore à venir.

La quatrième de couverture, un brin racoleuse comme il se doit, insiste sur le thème, ô combien actuel, du réchauffement climatique, ce qui placerait Déluge dans la lignée de la désastreuse « trilogie climatique » de Kim Stanley Robinson, publiée chez le même éditeur. Heureusement pour le lecteur, ce n’est pas tout à fait vrai. Entendons-nous bien : le réchauffement climatique est ici une réalité, qui tient sa part dans les événements du roman. Pourtant, le déluge annoncé résulte d’autres causes, que l’on ne dévoilera pas ici, et se révèle pire que prévu, puisqu’il est destiné à submerger l’intégralité de la planète en quelques années à peine.

Nos quatre otages (en premier lieu Lily, la pilote et astronaute frustrée) seront ainsi les témoins privilégiés d’une catastrophe sans précédent, véritablement apocalyptique. Ici, Baxter se place assez clairement dans la lignée de J.G. Ballard (davantage celui du Vent de nulle part – les ressemblances ne manquent pas – que celui du Monde englouti). C’est ainsi que nous assistons avec eux à la montée exponentielle des flots au fil des pages, avec son cortège de morts et de réfugiés, présageant de l’extinction pure et simple de l’humanité à court terme.

Une éventualité pourtant difficile à admettre… La communauté scientifique, obnubilée par ses vieux modèles climatiques, reste longtemps aveugle et sourde devant le phénomène, en dépit des efforts de l’océanologue Thandie Jones. Mais certains se montrent plus visionnaires, ainsi le cynique milliardaire Lammockson, le protecteur des otages, qui se réfugie bien vite dans les hauteurs et entame avec d’autres un projet démiurgique de construction d’arches géantes. Mais il n’y aura pas de place pour tout le monde, évidemment, et la pitié n’est pas au programme…

Déluge ne manque pas d’atouts pour faire un bon roman apocalyptique, et constitue un page turner plus que correct. Si le style de Stephen Baxter est, comme à son habitude, au mieux médiocre et purement fonctionnel, la narration n’en reste pas moins efficace, rythmée par des chapitres brefs et denses, véritable succession de saynètes plutôt bien vue. L’auteur sait par ailleurs nous concocter de superbes images de fin du monde – Londres inondée puis submergée, la Ville en marche, l’absurde Troisième Arche, jusqu’à la disparition de l’Everest… La cruauté et la froideur du ton participent de l’efficacité du roman. Mais, en même temps, les personnages sont assez réussis – pour une fois –, complexes et humains, et résolument non manichéens, qu’il s’agisse des otages, de leur famille, ou de leurs connaissances.

Mais Déluge pèche par d’autres aspects. Comme souvent chez Baxter, le roman est sans doute un peu trop long, et aurait pu bénéficier de quelques coupes salutaires – même si ce défaut récurrent est moins flagrant ici que dans d’autres œuvres de l’auteur, car rien ou presque n’y est véritablement gratuit. En même temps, on pourra regretter que certains aspects de la catastrophe ne soient pas traités, ou trop rapidement évacués (notamment, et de manière un peu paradoxale, la dimension religieuse du phénomène), puisque tout est envisagé du seul point de vue des otages et de leurs proches. Mais il faut y ajouter une foultitude de rebondissements téléphonés et/ou grotesques – dès les premières pages, à vrai dire… –, qui relancent régulièrement l’intrigue, mais n’en restent pas moins à l’occasion un brin pénibles, et pas toujours très crédibles. Le roman se traîne ainsi avec plus ou moins de finesse et de bon goût jusqu’à une conclusion en forme de fin ouverte qui ne manque pas de grandeur, certes, mais qui ne surprendra personne. Et c’est peut-être là le problème, en définitive : si l’origine du phénomène apocalyptique est relativement originale, Déluge souffre pourtant régulièrement d’un fâcheux air de déjà-lu…

 

Au final, on se retrouve donc devant un roman pas désagréable, mais en même temps assez moyen, ou plus exactement un peu frustrant, bien loin du meilleur Stephen Baxter, celui des Vaisseaux du temps, de Temps ou encore d’Évolution. On verra bien ce qu’il en sera de la suite, Arche

 

CITRIQ

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The End ?

Publié le par Nébal



(Vach'ment original, hein ?)

Bonjour les gens. Bon, voilà : je ne suis pas du tout content de mes articles depuis pas mal de temps déjà, que ce soit ici ou ailleurs, et, si je prends toujours du plaisir à lire, je ne ressens plus l'envie de chroniquer. Plutôt que de continuer à faire de la merde, et que ça me pèse comme une corvée, je préfère donc mettre ce blog en stand-by. Je le reprendrai peut-être un jour, ou peut-être pas. Quand ? Je n'en sais rien...

En tout cas, merci aux gens qui sont venus régulièrement par ici. Et à un de ces jours peut-être.

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"Jirel de Joiry", de Catherine L. Moore

Publié le par Nébal

MOORE (Catherine L.), Jirel de Joiry, [Jirel of Joiry], traduit de l’américain par Geogres H. Gallet, introduction de Jacques Sadoul, Paris, J’ai lu, coll. Science-fiction, [1937, 1969] 1974, 244 p.

 

Je vous arrête tout de suite, bande de mauvaises langues ! Non, ce n’est pas à cause de la couverture érotomane et fantasmée de Caza que j’ai lu Jirel de Joiry. J’aurais presque envie de dire : bien au contraire… Seulement, voilà, Catherine L. Moore fait partie de ces auteurs (plus ou moins) classiques de la science-fiction que je n’avais jamais lus jusqu’à présent. Or il me semblait bien avoir lu ici ou là moult appréciations positives de son œuvre, et notamment de Shambleau et de Jirel de Joiry, de même que de ses collaborations avec son époux Henry Kuttner, généralement sous le pseudonyme commun de Lewis Padgett, si je ne m’abuse.

 

Aussi, quand je suis tombé par hasard sur cet ouvrage sur un étal de bouquiniste, je me suis laissé tenter, alléché par une quatrième de couverture qui semblait promettre un mélange audacieux de sword’n’sorcery à l’ancienne (pionnière, même : les nouvelles sont publiées entre 1934 et 1939, et Catherine L. Moore n’a alors pas 30 ans…) et d’une touche de science-fiction typiquement pulp, publiée à ce que j’ai cru comprendre à l’origine dans Weird Tales, comme bien des choses que j’aime – Lovecraft, bien sûr, mais aussi et surtout, plus comparable, Howard, qui avait livré peu de temps auparavant ses aventures de Conan dans la célèbre revue. Le genre de bouquins, probablement, que l’on lit en posant son cerveau, ce qui fait du bien, des fois. Enfin, là, j’en ressentais le besoin.

 

Jirel de Joiry est un recueil, composé de six nouvelles, dont la dernière écrite en collaboration par Catherine L. Moore et son futur époux Henry Kuttner (donc). L’action se déroule dans un Moyen Âge français plus qu’approximatif : la dernière nouvelle (p. 213) évoque l’année 1500, mais l’éditeur a préféré parler de 900, ce qui semble effectivement plus logique… quand bien même le cadre n’est que de peu d’importance, l’auteur ne s’y arrêtant pas un seul instant ou presque : la plupart des aventures plongent en effet rapidement l’héroïne dans des sortes de mondes parallèles…

 

Jirel, la Dame de Joiry, est une authentique amazone : guerrière farouche aux colères épiques, elle gère son fief avec une poigne de fer, et malheur à ceux qui lui chercheraient des noises ; la belle Jirel est un véritable garçon manqué (plus qu’une féministe anachronique), bien éloignée des clichés courtois. Elle est même sacrément bourrine, passablement cruelle, et finalement assez peu attachante… une anti-héroïne, en somme, sorte de Conan au féminin, en moins réussie et sympathique.

 

Et elle se retrouve maintes fois confrontée à l’étrange et à la magie. Dans « Le Baiser du Dieu noir » (pp. 7-43), ainsi, alors que Joiry vient de succomber aux assauts du Sire Guillaume, elle se rend dans un inquiétant monde souterrain pour trouver une arme à même de satisfaire son besoin irrépressible de vengeance. C’est pas mal, sans plus (et encore…), et un peu longuet…

 

Et, hélas, ça ne s’arrangera guère par la suite : le recueil, autant le dire d'emblée, est incroyablement répétitif et verbeux…

 

En témoigne immédiatement la deuxième nouvelle, « L’Ombre du Dieu noir » (pp. 45-77), qui suit immédiatement la première… et se contente largement de la répéter, sur un mode inversé (Jirel se rend cette fois dans l’autre monde pour lever, en quelque sorte, la malédiction qu’elle en a retirée dans la première nouvelle…). « Souvent femme varie », comme disait un barbu ; mais à ce point, quand même… Bon, peu importe. Le vrai problème, c’est que l’on vient de lire tout ça, et que l’on s’ennuie à mourir.

 

Le niveau stagne avec « Le Ténébreux pays » (pp. 79-114), où Jirel, à nouveau plongée dans un étrange monde parallèle – un poil plus intéressant peut-être –, doit faire face à un courtisan vraiment très très amoureux, et vraiment très très puissant. Même schéma ou peu s’en faut que dans les deux nouvelles précédentes, et même tendance à l’inflation et à la répétition, bref : au tirage à la ligne.

 

Un constat qui s’applique assez largement à « Hellsgarde » (pp. 115-159), même si la trame change un peu, cette fois, sans grande originalité cela dit : Jirel se rend dans un château hanté en quête d’un mystérieux trésor… Mouais. Quelques ambiances correctes ici ou là, mais, dans l’ensemble, * baille *.

 

Retour au premier schéma (* ronfle *) avec « Jirel contre la magie » (pp. 161-204) : une vengeance à accomplir dans un monde parallèle… Quelques jolis moments, allez, mais, bon : on s’ennuie ferme…

 

« La Quête de la Pierre-étoile », la dernière nouvelle, enfin (…), co-écrite avec Henry Kuttner, est une sorte de crossover : Jirel y croise la route de Northwest Smith, le héros de Shambleau, ici manipulé par un sorcier qui entend s’emparer d’un artefact possédé par la guerrière rousse. Un mélange de fantasy assez moyenne – et horriblement répétitive… – et de SF à la papy, avec héros insupportable à l’avenant, sans grand intérêt.

Bref : à la différence des récits de Robert E. Howard auxquels elles ne manquent pas de faire penser, les aventures de Jirel de Joiry font partie de ces classiques (?) mineurs qui se sont pris un sacré coup de vieux. Les intrigues simplistes et ennuyeuses, le manque de caractérisation des personnages – seule Jirel ressort, mais elle est affreusement basique –, le côté routinier des nouvelles ainsi accolées (ce qui en rajoute une couche), et, last but not least, le style porté sur l’inflation et la répétition, sont autant d’éléments qui, malgré (ou à cause de ?) son caractère pionnier, rendent ce recueil à peu de choses près illisible aujourd’hui. On le laissera donc prendre la poussière sur les étagères des bouquinistes. Et je crains de faire également l’impasse sur Shambleau, si l’on doit y retrouver les mêmes défauts…

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"Retour sur l'horizon", de Serge Lehman (éd.)

Publié le par Nébal

LEHMAN (Serge) (éd.), Retour sur l’horizon. Quinze grands récits de science-fiction, Paris, Denoël, coll. Lunes d’encre, 2009, 575 p.

 

Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Lunes d’encre (etlascience-fictionfrançaisesionveut), joyeux anniversaire ! Dix ans et encore toutes ses dents (‘fin je crois) pour la meilleure collection grand format dédiée au genre, à mes yeux en tous cas. Un beau chemin parcouru, dont on espère qu’il se prolongera encore longtemps. Et cent ans (mais si on veut), pour la science-fiction française. Pour fêter ce double anniversaire, Serge Lehman a donc réalisé, sous un titre abominablement REACTIONNAIRE, une anthologie attendue comme le messie (et au tournant aussi, donc), où les nouvelles plumes côtoient Grands Anciens et auteurs installés. Un beau gâteau, que l’on s’empressera de dévorer (comme diraient les journalistes).

 

Après une intéressante « Préface » de Serge Lehman (pp. 9-23 ; pas de quoi crier au scandale en ce qui me concerne, en tout cas… mais sans doute suis-je passé à côté de l’essentiel, con de moi), on attaque immédiatement les choses sérieuses (enfin, ce qui m’intéresse le plus) avec Fabrice Colin, « Ce qui reste du réel », suivi de (hum) Emmanuel Werner, « Effondrement partiel d’un univers en deux jours » (pp. 25-50). Une lettre du premier, expliquant pourquoi il ne livrera pas de nouvelle (hum), suivie d’une nouvelle du second (hum), au titre éminemment dickien (voyez par exemple ici). Et dans ces deux textes en miroir, Fabrice K. Dick et Horselover Werner, en partant d’un androïde du maître en personne, rendent un bel hommage au génial auteur d’Ubik et autres chefs-d’œuvre, en usant de ses thèmes comme de ses procédés. Une belle entrée en matière.

 

Après quoi, Eric Holstein, avec « Tertiaire » (pp. 51-87), livre une nouvelle de SF satirique assez jubilatoire. Ça n’est sans doute pas bien original (on pense beaucoup à Planète à gogos, un peu à American Psycho, voire – mais là j’abuse probablement – aux Joueurs de Titan de Philip K. Dick), mais c’est très sympathique, plutôt bien écrit, et ça donne envie, dans un genre très différent, de s’attaquer au premier roman de l’auteur, Petits Arrangements avec l’éternité, tout juste publié chez Mnémos. Je vous tiens au jus.

 

Catherine Dufour, avec « Une fatwa de mousse de tramway » (pp. 89-109), prolonge pas mal les thématiques de la nouvelle précédente. Comme d’habitude, c’est très bien écrit et efficace, pertinent aussi, assez drôle également (dans un registre aigre-doux), mais peut-être un peu court, et donc frustrant…

 

On passe à tout autre chose avec Jean-Claude Dunyach et « Les Fleurs de Troie » (pp. 111-177), seul véritable space opera de l’anthologie, où l’on va prospecter dans la ceinture d’astéroïdes. Une bonne novella, bien ficelée et riche de sense of wonder, mais peut-être un brin déséquilibrée (et/ ou trop dense ?).

 

Je ne pourrais guère m’étendre, par contre, sur le premier texte de Maheva Stephan-Bugni, « Pirate » (pp. 179-198), tout simplement parce que je n’y ai rien panné, con de moi. L’ambiance kafkaïenne avait pourtant tout pour me plaire, mais, non, décidément, je suis passé totalement à côté de ce texte (peut-être un peu trop pouétique pour mes yeux de béotien). Désolé…

 

On revient à quelque chose de plus simple et efficace, pour ne pas dire bourrin, avec « Trois Singes » de Laurent Kloetzer (pp. 199-234), un techno-thriller à base d’arme ultime très bien conçu et palpitant de la première à la dernière ligne. Généralement, ce genre ne m’attire pas vraiment, mais là ça a très bien marché. Une réussite.

 

Suit en ce qui me concerne le premier grand moment de l’anthologie avec l’excellente « Lumière Noire » de Thomas Day (pp. 235-314), un très bon récit post-apocalyptique, post-cyberpunk, post-singularité, post-humain et post-ce que vous voulez. Ce road trip entre Canada et Etats-Unis ravagés est tout d’abord très efficace (sans être très original), mais s’enrichit au fil des pages jusqu’à une fin absolument superbe. Une très bonne novella.

 

On change radicalement de format et de procédés avec le Grand Ancien André Ruellan, qui livre avec « Temps mort » (pp. 315-323) une short story très rude sur la mort et la douleur, portée par une jolie plume.

 

Un nouvel auteur ou peu s’en faut, ensuite, avec Léo Henry et « Les Trois Livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais » (pp. 325-352). Cette fois, on peut bien parler de chef-d’œuvre. Cette nouvelle joliment borgesienne est un vrai petit bijou, bourré d’idées et riche en émotions. Serge Lehman, cruel dans sa présentation du texte, gage qu’un « jour, Les trois livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais figurera dans tous les manuels de littérature française ». Coup bas. Cette petite merveille mérite infiniment mieux que ça. Le point d’orgue du recueil à mes yeux. Et de quoi me donner envie de m’atteler enfin à Yama Loka terminus, co-écrit avec Jacques Mucchielli. Là encore, je vous tiens au jus.

 

Suit Daylon, avec « Penchés sur le berceau des géants » (pp. 353-394), et ses étranges entités en orbite. Un texte intéressant, qui n’a pas été sans m’évoquer Ballard ; le style, par contre, m’a semblé osciller entre très bon et un brin pénible à l’occasion, en raison de tics d’écriture parfois lassants. Cela dit, ça reste pas mal du tout : Daylon n’est donc pas qu’un bon illustrateur, il est également capable de livrer de bonnes nouvelles. À suivre.

 

Retour aux Grands Anciens avec Philippe Curval et son « Dragonmarx » (pp. 395-445). Où l’on se plonge dans une Europe de l’Est magico-marxiste. Un texte totalement délirant et grotesque (dans tous les sens du terme). Ça pourrait être intéressant et/ou drôle, ça l’est à l’occasion, mais ça m’a surtout paru bien lourd… Pas accroché. Tant pis, on passe.

 

À Jérôme Noirez, avec « Terre de fraye » (pp. 447-525). Bloop ! (C’était pas un projet à quatre mains avec Catherine Dufour, ça, à l’origine ?) Au programme, surf, alcool, et partouzes extraterrestres semi-lovecraftiennes. Sans doute à cause du surf, ça m’a un peu fait penser à Rudy Rucker. En tout cas, c’est bien, c’est (très) drôle, c’est (très) riche, c’est bien écrit. Du Noirez, quoi. Mais peut-être un chouia trop long ?

 

David Calvo, lui, fait dans le très court avec « Je vous prends tous un par un » (pp. 527-537). Mouais… Pas vraiment accroché là non plus. C’est cinglant, certes, mais… humf… Non, une fois de plus, je suis passé largement à côté. Tant pis.

 

Et l’anthologie de s’achever avec Xavier Mauméjean et son « Hilbert Hôtel » (pp. 539-567) infini, une très bonne nouvelle très kafkaïenne (oui, une fois de plus). La meilleure des conclusions.

Au final, Retour sur l’horizon est bien une très bonne anthologie, variée, riche et tout à fait convaincante. Mais peut-être pas l’excellentissime anthologie que l’on était en droit d’attendre (et que moi j’attendais, en tout cas, mais c’est parce que je suis un grand naïf) : les textes sont pour la plupart bons à très bons, et c’est déjà beaucoup, mais seuls deux ou trois m’ont semblé véritablement excellents. Dommage ? Bof. J’avais sans doute les yeux plus gros que le ventre (déjà bien proéminent pourtant). Allez, ne boudons pas notre plaisir : c’était très bien, tout ça. Merci, M. Lehman, et merci, M. Dumay. Tous en chœur : joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Lunes d’encre, joyeux anniversaire ! Et tous mes vœux de bonheur pour la suite.

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"Blind Lake", de Robert Charles Wilson

Publié le par Nébal

WILSON (Robert Charles), Blind Lake, [Blind Lake], traduit de l’américain par Gilles Goullet, [Paris], Denoël – [Gallimard], coll. Folio Science-fiction, [2003, 2005] 2009, 478 p.

 

Après la relative déception causée par Axis, je n’ai cependant guère attendu pour me replonger dans l’œuvre de Robert Charles Wilson. Blind Lake ayant été tout récemment réédité en poche, je me suis donc jeté sur ce roman, en espérant y retrouver le Robert Charles Wilson qui m’avait tant parlé avec Spin et Les Chronolithes, et dans une moindre mesure Ange Mémoire.

 

L’action se déroule aux Etats-Unis, dans un futur a priori relativement proche (mais post-singularité ?). L’astronomie a été révolutionnée par le développement d’ordinateurs quantiques au fonctionnement largement mystérieux, et qui permettent, dans deux complexes scientifiques, d’observer directement deux mondes extraterrestres dotés de vie et distants de la Terre de plusieurs dizaines d’années-lumière. Le complexe de Blind Lake épie ainsi Uma47/E, et, plus précisément, « le Sujet » (parfois appelé également, avec un soupçon de légèreté, « le Homard »), un extraterrestre autochtone. Sans que l’on sache trop pourquoi ni comment, les observateurs étant dépassés par leur propre technologie…

 

Marguerite Hauser, notamment, s’intéresse tout particulièrement au comportement du « Sujet », et ne manque pas de se poser nombre de questions sur la manière de l’appréhender. L’anthropomorphisme fait bien entendu figure de piège, mais la tentation du « récit » n’en est pas moins forte… Elle s’oppose sur ce point avec son ex-mari (et supérieur…) Ray Scutter ; sur ce point, et bien d’autres… et notamment la garde de leur fille Tessa, timide et un peu perturbée, obnubilée par son double, la « Fille-miroir ».

 

Un trio de journalistes vient en outre de débarquer à Blind Lake : la très compétente et froide Elaine, le théologien retraité et/ou charlatan mystique Sebastian – auteur d’un best-seller répondant au titre de Dieu & le vide quantique –, et enfin Chris, un journaliste compétent mais mal-aimé depuis qu’il a osé dénoncé les frasques d’une figure de légende. Mais à peine sont-ils arrivés que le complexe de Blind Lake est mis en quarantaine, sans que l’on sache pourquoi : aucune information ne filtre plus. Un jour, un couple tente de s’échapper… et est immédiatement massacré par des drones.

 

Et, à peu de choses près au même moment, le comportement du « Sujet », jusqu’alors routinier à l’extrême, change : celui-ci semble se lancer dans un étrange pèlerinage… Il se passe bien des choses à Blind Lake, qui dépassent la compréhension de tout un chacun. Marguerite et Chris, qui sont les deux personnages principaux, auront ainsi bien des mystères à résoudre.

 

Blind Lake est un roman de Robert Charles Wilson pur jus. On y retrouve bien des aspects caractéristiques du reste de son œuvre, et en premier lieu une forte attention aux personnages. Heureusement, ceux de Blind Lake m’ont semblé de beaucoup plus réussis que ceux d’Axis, et en premier lieu Marguerite, Chris (surtout) et Sebastian (une seule exception : Ray Scutter, pour le coup trop détestable, même si son amour pour sa fille ne saurait faire de doute). Ces personnages sont très complexes et humains, farouchement authentiques. Une vraie réussite sur ce plan.

 

Mais d’autres aspects sont caractéristiques : ainsi l’atmosphère générale de mystère, qui suscite bien des questions auxquelles il ne sera pas toujours accordé de réponses, sans que le lecteur ne s’en trouve véritablement frustré pour autant, tant la narration se montre efficace par ailleurs. Elle adopte là aussi un certain côté « thriller », mais avec à mon sens bien plus de réussite et de finesse que dans Axis. Malgré un démarrage un peu lent, le roman devient vite palpitant, sans jamais négliger pour autant sa dimension humaine fondamentale. Là encore, Blind Lake fait figure de réussite.

 

Les thèmes traités, enfin, sont tout à fait fascinants et pertinents. La réflexion sur l’observation du « Sujet » et sa « retranscription » est passionnante, et fait judicieusement appel aux mânes d’Heisenberg (entre autres).

 

Blind Lake n’est cependant pas sans défauts – quelques-uns ont déjà été envisagés ; j’y ajouterais, malgré l’atmosphère générale de mystère, un dénouement largement prévisible ; peut-être, enfin, le roman se montre-t-il un poil trop long ? –, qui l’empêchent sans doute d’accéder au rang d’œuvre majeure. Mais ce n’en est pas moins un bon roman de science-fiction, bien digne du talent de Robert Charles Wilson.

 

Ouf, me voilà réconcilié.

… ‘fin, j’étais pas trop fâché non plus, hein.

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