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La Cité des asphyxiés, de Régis Messac

Publié le par Nébal

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MESSAC (Régis), La Cité des asphyxiés, préface de Roger Bozzetto, postface de Natacha Vas Deyres, Paris, Ex nihilo, 2010, 326 p.

 

Ma chronique se trouvait sur le défunt Cafard cosmique... La revoici.

 

 

 

La belle entreprise de réédition des œuvres de Régis Messac, initiée depuis quelque temps par la Société des amis de Régis Messac, poursuit son petit bonhomme de chemin, et commence à prendre forme. On avait ainsi pu lire l’excellent Quinzinzinzili, repris chez L’Arbre Vengeur ; mais, en la matière, les éditions Ex Nihilo se sont montrées plus volontaires en publiant pas moins de neuf volumes de Régis Messac ces dernières années – parmi lesquels on retiendra notamment le caustique roman Valcrétin ou l’essai Les Premières Utopies. Le dernier en date est La Cité des asphyxiés, roman de « merveilleux-scientifique » originellement publié en 1937.

 

Le scientifique de génie Rodolphe Carnage a inventé une machine extraordinaire : un « chronoscope », qui permet de voir dans le futur. La découverte, installée dans la « salle T » de son laboratoire de Passy, laisse sa compagne, la bien nommée Belle Sims, fille d’un fameux physicien, relativement indifférente. Mais elle fascine littéralement (le bien nommé également) Sylvain Le Cateau, petit bourgeois médiocre, ami d’enfance de Carnage. Or, un jour, un accident se produit : sans que l’on sache trop comment ni pourquoi – ce qui, avouons-le, est bien pratique pour l’auteur… – la machine projette Le Cateau plusieurs milliers d’années dans le futur, sans espoir de retour. Mais si le « héros » ne peut pas revenir, il peut cependant toujours communiquer – dans un seul sens – avec son ami Carnage et sa Belle par le biais du chronoscope… Belle Sims méprise le falot anti-héros, mais elle entreprend néanmoins de noter tous les « rapports » que celui-ci émet du futur, sous la forme de trois « fragments ».

Or la Terre a bien changé entre-temps. La surface est devenue inhabitable, et l’air l’a abandonnée. Les humains – ou leurs descendants, petits, chauves et plus ou moins télépathes – se sont réfugiés dans les entrailles de la planète, dans un monde souterrain hallucinant et absurde. Le Cateau y débarque tel le proverbial étranger arrivant en Utopie. Et, à première vue, le système tel qu’il le voit fonctionner a bien l’air parfait ; pourtant, Le Cateau ne peut s’empêcher d’avoir des doutes… et, bientôt, des failles apparaissent dans le système, et l’utopie se mue en dystopie.

Cependant, à la différence de l’étranger accueilli à bras ouverts et qui se voit offrir une visite guidée de l’Utopie, Le Cateau – par ailleurs un peu dur de la comprenette – est un homme désespérément seul dans cette époque, quand bien même il parvient à se faire des amis… et des petites amies (on notera l’érotisme ambigu de certaines séquences, étonnant pour un roman « de SF » de 1937). Par voie de conséquence, il se trompe souvent dans son analyse, et trompe le lecteur en même temps – une idée intéressante de Messac, très judicieusement employée.

Il faut reconnaître que le monde dans lequel il tombe est d’une complexité effarante et totalement étranger aux préoccupations d’un petit bourgeois de Passy du « siècle XX ». L’organisation hiérarchique de la société, par exemple : si l’on comprend vite que les bovrils sont au sommet et les zeroes à la base, on a de quoi se perdre entre-temps entre les pubils, cubils, ferlons, gorils, etc. Sans parler, bien sûr, des Zyntels-Ecuels, toujours prêts à s’entretuer pour des questions de préséance… Mais tout est si étrange, dans ce monde où les hommes doivent fabriquer de l’air pour survivre, et où les zeroes sont toujours au bord de l’asphyxie quand les bovrils, eux, bénéficient d’air « de luxe » ! Et comment le fabriquent-ils, d’abord, cet air ? Qu’est-ce que ça signifie, donner son « san » pour La-Pah-Trîh ? Et qu’apprend-t-on, au juste, dans la Grande Cônerie ? Et c’est quoi, les six nés nains ? et les mantrys ? et les pompes célèbres ? et les dix putains ? Oui, Sylvain a bien des choses à apprendre…

Sur ce canevas, assumant clairement la filiation entre utopie, voyages extraordinaires et science-fiction, Régis Messac brode un roman double, pour ne pas dire bicéphale, mêlant l’imaginaire scientifique vernien et la satire sociale voltairienne ou swiftienne (avec un goût prononcé, et si délicieux, pour le cynisme et la méchanceté pure et simple…).

Sur le premier tableau, Messac se montre inégal : certes, le monde qu’il nous dépeint est fascinant, mais – outre qu’il n’a rien d’un grand styliste – il tend à s’éparpiller quelque peu et à s’étendre sur des « passages obligés », typiquement verniens, parfois à la limite de l’ennui, et qui n’apportent pas forcément grand chose au roman. Si quelques descriptions se montrent particulièrement savoureuses, d’autres sont assez lourdes, et ce n’est certes pas ici que Messac se montre à son meilleur.

Mais, par contre, quel merveilleux satiriste ! C’est à n’en pas douter ici que Régis Messac brille de mille feux – ainsi qu’on avait déjà pu le constater dans de précédentes rééditions, comme Quinzinzinzili ou Valcrétin. Il se montre particulièrement sévère pour la société de son temps – bien entendu celle qu’il vise, derrière le prétexte de La-Pah-Trîh… Tout y passe : l’organisation politique, économique et sociale, le système éducatif – un cheval de bataille classique pour Messac –, la religion, la morale, le patriotisme, tout, absolument tout. Rien n’est épargné par la plume à l’humour ravageur (et très noir, naturellement…) de Messac, qui s’en donne à cœur-joie, et n’hésite pas à verser dans les calembours les plus grotesques, voire dans la scatologie la plus éhontée.

On a pu faire, selon Roger Bozzetto dans sa préface, une lecture marxiste de La Cité des asphyxiés. Sans doute, oui… mais cela paraît bien trop sérieux au regard de l’excellente mauvaise blague que constitue ce roman dans ses meilleurs moments ; et il serait sans doute regrettable de le réduire ainsi à un dogme plutôt qu’un autre : de par son nihilisme ravageur, le roman semble bien plus anti-dogmatique par définition, et, si l’on y tient, anarchisant plutôt qu’anarchiste…

Mais évoquons justement cette préface : elle n’est pas inintéressante, loin de là, mais on en déconseillera très fortement la lecture préalable au roman… du moins si le lecteur entend conserver le moindre élément de surprise, puisque Roger Bozzetto raconte tout, et déflore tous les meilleurs gags. Quelle idée, du coup, d’en faire une préface… Quant à la postface de Natacha Vas Deyres, intitulée « Régis Messac et les femmes », c’est une lecture féministe [EDIT : qualificatif à débattre, oui...] de la vie et de l’œuvre de Régis Messac en général et de La Cité des asphyxiés en particulier. Pour ce qui est du « général », on suivra volontiers l’auteur ; mais, pour ce qui est de ce roman précis, on pourra trouver sa lecture quelque peu idéaliste…

 

Roman bicéphale, La Cité des asphyxiés n’atteint pas la perfection d’un Quinzinzinzili. Mais il reste un bel exemple de « merveilleux-scientifique » utilisé à bon escient pour livrer une critique sociale mordante et hilarante, hélas toujours d’actualité. Si le roman n’est pas parfait, s’il se montre sans doute trop long et pèche par certains excès verniens, il n’en confirme pas moins le talent de Régis Messac et la nécessité de redécouvrir son œuvre.

 

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"THX 1138", de George Lucas

Publié le par Nébal

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Titre original : THX 1138

Réalisateur : George Lucas.

Années : 1970 / 2004.

Pays : Etats-Unis.

Genre : Science-fiction.

Durée : 88 min (« Director’s Cut »).

Acteurs principaux : Robert Duvall, Donald Pleasance, Don Pedro Colley, Maggie McOmie…

 

 Hop, ma chro est à lire (ou pas) sur le beau site du Cafard Cosmique.

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"Transmetropolitan", t. 6. "Une dernière fois", de Warren Ellis et Darick Robertson

Publié le par Nébal

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ELLIS (Warren) & ROBERTSON (Darick), Transmetropolitan, t. 6. Une dernière fois, Saint-Laurent-du-Var, Panini France, coll. Vertigo Big Book, [2000-2002, 2004] 2010, [n.p.].

 

Cette fois, ça y est.

 

C’est fini.

 

Avec Une dernière fois, sixième et ultime tome de la série Transmetropolitan, les aventures du plus génial et déjanté des journalistes de tous les temps, j’ai nommé Spider Jerusalem himself, touchent à leur terme. On n’y croyait pas forcément au début, mais ça y est, la série entière a été publiée en français.

 

Ouf.

 

On peut souffler, maintenant, et se réjouir, car il s’agit tout de même, là, d’un véritable monument de la science-fiction en bande-dessinée, et assurément d’une des meilleures BD que j’ai lues ces dernières années. J’irai même plus loin : c’est la meilleure BD que j’ai lue ces quinze dernières années, si l’on fait abstraction de celles qui ont été scénarisées par Alan Moore et de Sandman (oui, parce que bon, quand même). Carrément. Ouais. Et le premier qui me contredit se prend un coup d’agitateur d’intestins, réglé sur la position « prolapsus » (un classique indémodable).

 

Je pourrais m’étendre sur des pages et des pages sur tout ce qui fait la qualité exceptionnelle de ce comic book, mais je vais faire ma feignasse : reportez-vous donc à mes anciens compte rendus, et en priorité à celui du tome 1 (oui, je sais, je n’ai pas chroniqué la série complète, et c’est mal, mais bon, tant pis…).

 

Passons plutôt directement à ce dernier tome, qui est composé de deux parties bien distinctes, chacune occupant environ la moitié du TPB.

 

La première partie est elle-même subdivisée en deux sous-parties, « Laissez-moi partir » et « La Lie de la ville » (une cinquantaine de pages chacune), et est illustrée par une kyrielle de dessinateurs (la liste est longue comme le bras ; je me contenterais d’en citer quelques-uns parmi les plus célèbres : Glenn Fabry, Steve Dillon, Tim Bradstreet, David Mack, Steve Pugh, Jill Thompson, Chris Sprouse, Bill Sienkiewicz, Yanick Paquette, Klaus Janson, Garry Leach…). Il ne s’agit pas de bande-dessinée à proprement parlée, mais d’illustration des articles de Spider Jerusalem, couvrant les six tomes de la saga. La plume de Warren Ellis s’y révèle souvent délicieuse, et certains passages sont tout à fait savoureux. On pourrait en citer plusieurs, mais il en est un que j’ai trouvé particulièrement intéressant, notamment en ce qu’il concerne les préoccupations habituelles (enfin… en temps normal…) de ce blog (miteux, oui) :

 

« Cela étant dit : avez-vous remarqué combien le futur est parti en sucette ?

« Je veux dire, le futur n'était pas censé être comme ça, si ? On a tous grandi avec le futur imaginé par la télévision et par les vieux films du dimanche après-midi, après les brochettes de lézard en famille. Le futur était censé être énergique, vif, glamour, de superbes rayons laser peignant le ciel de traits bariolés tandis qu'ils pourfendaient, phasaient, disruptaient, blastaient ou dépeçaient l'opposition. Les hommes portaient des tenues de gym féminines mais restaient des hommes, et les femmes étaient faciles et criaient beaucoup, comme ma première copine.

« C'était ça, le futur qu'on nous avait promis. Et voilà qu'on regarde toujours la lueur triste de la télé, au-dessus d'un Faiseur qui ressemble à un vieux lave-linge... C'est une des pires choses au monde, la façon dont le futur finit toujours par s'avérer chiant»

 

Ça, dans une BD d’anticipation, ben moi, je trouve ça couillu. Pour reprendre le profond concept théorique développé par l’ami Captain Spaulding, Transmetropolitan est en effet, à l’instar de Preacher (toujours chez Vertigo – loué soit Vertigo), une BD caractérisée avant tout par le βυρνος, ce qui ressort tout particulièrement dans les insultes et menaces que s’adressent mutuellement les personnages. J’avoue avoir un faible pour celle-ci, dans le présent tome :

 

« J'apprécierais beaucoup que vous m'arrêtiez. Car cela garantira que d'ici une semaine, vous serez dans une prison des plus inconfortables, l'érection mutante d'un violeur de chiens récidiviste bien calée au fond de votre colon. »

 

Merci, Monsieur Warren Ellis, pour toutes ces merveilles.

 

Mais, justement, cette tirade nous amène à la deuxième partie de Une dernière fois, plus traditionnelle. Sauf qu’on y rigole beaucoup moins que d’habitude. L’atmosphère est résolument dramatique : c’est que l’on aboutit au choc des titans, le vrai, la confrontation finale entre le Sourire et Spider Jerusalem, le Président et le Journaliste, l’exécutif et le « quatrième pouvoir ». Dans une ambiance de pur chaos urbain : le Sourire a décrété la loi martiale, et Spider Jerusalem et ses Sordides Assistantes risquent leur peau ; tout cela dans l’indifférence, semble-t-il, des autres médias, qui ont trop peur du Sourire pour entraver son action. Seul Le Trou est encore à même de le faire vaciller sur son trône. Et c’est un Spider Jerusalem physiquement très diminué qui va s’y employer ; mais le journaliste gonzo a plus d’un tour dans son sac… tandis que le président se voit de plus en plus acculé et contraint de recourir aux méthodes les plus extrêmes.

 

Ce finale apocalyptique, qui entre en résonance avec les premiers épisodes de Transmetropolitan, est bien digne de la génialissime série de Warren Ellis et Darick Robertson. Le ton est plus grave, certes, mais l’aventure est palpitante, l’intrigue bien ficelée, les dialogues superbement écrits… Bref, tout ça coule parfaitement.

 

 Une fois la dernière page retournée, le sourire aux lèvres, on se dit qu’on a décidément lu quelque chose d’exceptionnel, une BD hors-normes, comme on n’en croise que trop rarement. Alors lisez Transmetropolitan (bordel de pompe à chiottes), vous ne le regretterez pas. Ou si vous le regrettez, c’est que vous n’avez pas de goût. Na. Hop.

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"Every Day Is Exactly The Same", de Nine Inch Nails

Publié le par Nébal

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NINE INCH NAILS, Every Day Is Exactly The Same.

 

Tracklist :

 

01 – Every Day Is Exactly The Same

02 – The Hand That Feeds (DFA Mix)

03 – The Hand That Feeds (Photek Straight Mix)

04 – Only (El-P Mix)

05 – Only (Richard X Mix)

06 – Every Day Is Exactly The Same (Sam Fog Vs. Carlos D. Mix)

 

L’autre jour (je ne sais plus quand...), je m’a plus ou moins trompé, quand je vous ai dit que chaque album « traditionnel » de Nine Inch Nails avait été suivi d’un album de remixes ; il semblerait bien que cela n’ait pas été le cas de With Teeth ; mais, outre la profonde médiocrité de ce dernier, la galette dont au sujet d'à propos de laquelle je suis sur le point de vous causer sur avec explique sans doute assez mon erreur : ce single est en effet un véritable EP, comportant six titres, dont cinq remixes en sus du single (donc), pour une durée totale avoisinant les quarante minutes. Bref, en ce qui me concerne, officieusement en tout cas, Every Day Is Exactly The Same est bien l’EP de remixes de With Teeth.

 

Mais pourquoi l’ai-je acheté, me demanderez-vous, si je n’ai pas aimé l’album « original » ? Ben, y’avait quand même du beau monde parmi les remixeurs (choisis pour l’essentiel dans le monde de la techno, entendue au sens large, cette fois), et… Non, je vais être franc : outre que je suis un fanboy décérébré, j’ai acheté cet EP pour un titre, et un seul (… que j’ai retrouvé ultérieurement sur un autre CD) ; mais je n’ai pas été déçu, et c’est déjà ça.

 

Adonc. Le single « Every Day Is Exactly The Same », ainsi que je vous l’avais dit hier, est un morceau pop correct, mais pas transcendant. Ça s’écoute, mais sans faire vibrer ; c’est heureusement loin de constituer le pire de With Teeth, mais ça n’en constitue pas le meilleur non plus. C’est un peu fade, mais ça passe, en étant bon prince. Ce qui était vrai hier l’est toujours aujourd’hui ; étonnant, non ?

 

Et suit la piste qui m’a fait craquer, celle du type « les grands esprits se rencontrent (même s’il y en a un qui n’est pas au mieux de sa forme) » : « The Hand That Feeds (DFA Mix) ». Bah oui, quand même : The DFA (c’est-à-dire James Murphy – M. LCD Soundsystem – et Tim Goldsworthy) remixant Nine Inch Nails, je ne pouvais pas décemment laisser passer ça… Plus tard, j’ai retrouvé cette piste sur une compilation de remixes de The DFA que j’avais chroniquée en ces lieux il y a pas loin de trois ans (mon Dieu ! ouep, ). Ce que j’en disais est toujours vrai, là aussi. Soyons francs : comme tout bon remix de The DFA, celui-ci n’a plus rien à voir avec l’original ou presque (… pas une grande perte : rappelons que l’original ne manquait pas d’efficacité, mais puait un peu le commerce…) ; ne reste que la voix de Reznor. Pour le reste, c’est du LCD Soundsystem pur jus, avec une superbe basse ronde, une rythmique bien disco, des effets dans tous les coins, bref : que du bonheur. De quoi faire jaser les puristes des deux côtés de la frontière, mais moi, j’adore. Et le morceau faisant bien ses neuf minutes, ça va, je ne regrette pas mon acquisition…

 

Après quoi l’on passe à « The Hand That Feeds (Photek Straight Mix) ». Photek, je connais beaucoup moins, mais il me semble qu’à une certaine époque, du moins, c’était pas mal du tout… Ce que je peux clairement affirmer, par contre, c’est qu’il n’y a pas ici de très grande prise de risque, contrairement à The DFA : le remix colle largement à l’original durant sa plus longue partie, même si l’introduction est plus longue, et le son un chouia différent. Ce n’est que vers la fin que Photek se met véritablement au boulot et s’éloigne du morceau de base pour livrer quelque chose de différent. Mouais. C’est mieux, mais bon, pas top, quand même.

 

On passe ensuite à deux remixes « d’Only », morceau à l’origine relativement disco-punk, à la DFA, justement. D’où la surprise à l’écoute de « Only (El-P Mix) », El-P (qui a fait des trucs fort intéressants par ailleurs : tenez, écoutez-moi cette merveille, par exemple) ayant choisi de la jouer résolument à sa manière et donc downtempo au possible. Le résultat surprend, mais n’est pas désagréable : la prise de risque est récompensée.

 

« Only (Richard X Mix) » reste par contre largement dans la veine disco-punk, tout en l’explorant à sa manière, en sachant ne pas trop coller à l’original. Ça groove pas mal, c’est plus que correct. J’aime bien…

 

Un dernier pour la route, avec « Every Day Is Exactly The Same (Sam Fog Vs. Carlos D. Mix) » (sachant que Sam Fog et Carlos D. sont respectivement le batteur et le bassiste d’Interpol). Et là, honnêtement, je ne sais pas trop quoi en penser ; ça me paraît assez moyen, et d’un intérêt douteux…

 

Bon, vous l’aurez compris de toute façon, Every Day Is Exactly The Same n’est pas exactement une pièce fondamentale de la discographie de Nine Inch Nails. Si les noms de Photek et d’El-P m’ont interpellé également, et si le mix de Richard X n’est pas mal, le fait est que je n’ai acheté cet EP que pour le mix de The DFA, que l’on trouve de toute façon ailleurs, ou que l’on peut tout simplement écouter sur le ouèbe… Et il n’est franchement pas dit que ce morceau suscite autant d’enthousiasme chez vous que chez moi… Mais c’est pas grave !

 

 Bon, prochaine étape : Year Zero.

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"With Teeth", de Nine Inch Nails

Publié le par Nébal

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NINE INCH NAILS, With Teeth.

 

Tracklist :

 

01 – All The Love In The World

02 – You Know What You Are?

03 – The Collector

04 – The Hand That Feeds

05 – Love Is Not Enough

06 – Every Day Is Exactly The Same

07 – With Teeth

08 – Only

09 – Getting Smaller

10 – Sunspots

11 – The Line Begins To Blur

12 – Beside You In Time

13 – Right Where It Belongs

14 – Home

 

À l’origine, chaque parution d’un album de Nine Inch Nails était une bonne nouvelle, et même un événement. Hélas, après The Fragile – je précise que je m’en tiens aux albums stricto sensu –, ce ne fut plus le cas, la faute à ce With Teeth terriblement décevant, facile, formaté, bref, indigne du talent de Trent Reznor. Autant le dire tout de suite, c’est probablement le moins bon des albums de Nine Inch Nails (je dis « probablement », car je n’ai pas encore eu le courage d’écouter The Slip, mais ça va viendre…) ; tout n’y est pas à jeter, il y a même deux ou trois très bonnes pistes, mais le reste est, pas forcément mauvais, mais tristement fade et formaté. Tout cela manque d’audace, d’énergie, d’envie, d’inventivité… bref, de tout ce qui faisait de Nine Inch Nails une entreprise géniale jusqu’alors. On cherche désespérément les petites pointes de génie en touillant au fond de la soupe, et on n’en trouve quasiment pas. Et c’est triste à pleurer.

 

Pourtant, ça ne commence pas si mal… Si l’introduction, pardon, le couplet de « All The Love In The World » donne l’impression d’avoir déjà été entendu cent fois chez Nine Inch Nails même, le reste du morceau n’est franchement pas dégueu, et la fin est même très correcte, quand une rythmique d’abord limite house et le piano viennent prendre le relais. Pas trop mal, ça va encore.

 

« You Know What You Are? » fait dans le nerveux, et ce sera assez rare sur cet album finalement très sage et poppy. Mais ça ne prend pas, monsieur Reznor, on a déjà entendu ça, et en mieux. Vous pouvez bien vous égosiller et gagner votre « parental advisory », ça ne change pas grand chose… Le morceau est moyen. Tristement moyen.

 

Pour « The Collector », on ne dira plus moyen, mais médiocre. Malgré la rythmique, le morceau est insipide au possible, et déjà entendu cent fois. On passe.

 

À « The Hand That Feeds », qui se montre déjà plus entraînant, mais sent un peu trop le commerce pour être honnête. En définitive, on hésite entre le correct et le moyen là aussi… mais ce morceau aura malgré tout le bon goût de donner lieu à un excellent remix (mais là, chut, je vous en parlerai lors de mon prochain compte rendu NINien…).

 

Suit « Love Is Not Enough »... et le même constat terrible se prolonge : fade, mou du gland, et déjà entendu en mieux… On est triste pour Trentounet. Parce que là, du coup, j’ai envie de dire que c’est carrément nul.

 

Avec « Every Day Is Exactly The Same » (dont on aura l’occasion de reparler), on retrouve un single correct, mais pas transcendant. Disons que ça s’écoute, mais sans toucher ni au cœur, ni plus haut, ni plus bas, contrairement au meilleur Nine Inch Nails. Reste un morceau pop relativement correct, allez. Soyons bon prince, sur cet album, on ne peut guère se montrer trop exigeant…

 

La preuve en est, immédiatement, le mauvais « With Teeth » : rien d’étonnant à ce qu’il ait donné son titre à l’album, diraient les mauvaises langues… La rythmique, une fois de plus, n’est pas inintéressante, mais le morceau est quand même chiant comme la pluie, le passage calme relevant même de l’auto-parodie…

 

On se réveille un peu avec « Only », morceau sur lequel souffle même un certain vent disco-punk pas désagréable. Mais je cite le refrain : « There is no you, there is only me. » Au passé, ç’aurait semblé plus authentique... On est quand même dans ce que l’album produit de moins pire (il y aura bien du meilleur vers la fin, heureusement…).

 

Trentounet réessaye de s’énerver mollement sur « Getting Smaller », sans que cela ne trompe personne. Très moyen. Là, pour le coup, le titre est très juste (désolé).

 

On continue de s’ennuyer ferme sur le mou du genou (oui, varions un peu) « Sunspots », qui, pour reprendre le « Nothing can stop me now » de « Piggy », se montre incroyablement fade. M’enfin, Trent, qu’est-ce qui t’arrive ?

 

« The Line Begins To Blur » remonte sacrément le niveau, avec sa chouette rythmique industrielle… du moins jusqu’à ce refrain d’un goût douteux. Mais bon, si l’on fait l’impasse là-dessus, le reste est pas mal du tout.

 

Puis – aaaaaaaaah, enfin ! – arrive avec « Beside You In Time » le premier très bon, voire excellent morceau de With Teeth. Un morceau très planant, avec son kick discret et étonnamment rapide et ses nappes superposées de synthés et de guitares, très bien vu. Bon, il aura fallu attendre douze pistes, mais ça y est, on le tient : enfin un vrai morceau digne de Nine Inch Nails ! Puis, quand ça s’énerve un chouia sur la fin, pour une fois, ça le fait bien. Aaaaaaah ; c’est qu’on n’y croyait plus…

 

La suite, avec « Right Where It Belongs », est également une réussite, dans la catégorie « Nine Inch Nails calme avec ch’tite mélodie toute conne ». Joli travail du son, au passage ; on regrettera juste ce bref passage « faux live » assez grotesque… Dommage, il y avait là matière à un excellent morceau, mais en l’état, ça reste très bon… a fortiori si l’on compare au reste de l’album.

 

Et l’album de se conclure sur « Home » (une « bonus track » pour la version européenne de l’album, ai-je cru comprendre : la piste précédente faisait à l’évidence une conclusion idéale…). Anodin et dispensable.

 

Le bilan est cruel. Sur quatorze pistes, deux seulement sont très bonnes et bien dignes de Nine Inch Nails, trois autres étant correctes et écoutables, le reste oscillant entre le moyen et le médiocre moins, voire, si l’on est mal luné, le carrément nul. Et je note au passage que cet album ne comporte pas le moindre instrumental. Or… mais je me répète, je sais. Et, à propos de se répéter, j’en reviens là où j’avais commencé (et vive le copier-coller) : ce With Teeth est terriblement décevant, facile, formaté, bref, indigne du talent de Trent Reznor. Il est à mon sens probablement le plus mauvais album de Nine Inch Nails (du moins de ceux que j’ai écoutés ; encore une fois, je ne peux pas me prononcer pour The Slip…). À bon entendeur, salut.

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"Angoisses", t. 2, de Kurt Steiner

Publié le par Nébal

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STEINER (Kurt), Angoisses, t. 2, préface de François Angelier, postface de Philippe Curval, Encino, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche / Noire, [1958-1959] 2010, 380 p.

 

Le nom de Kurt Steiner, c'est-à-dire d'André Ruellan, m’avait frappé pour la première fois à la lecture de Critique de la science-fiction de Jacques Goimard ; on y parlait alors essentiellement « d’Ortog », ce qui ne m’avait honnêtement pas l’air plus passionnant que ça, et surtout pas des plus facile à se procurer, mais je n’en avais pas moins noté le (double) nom du personnage dans un coin de mon crâne.

 

Or le Grand Ancien est doublement ressurgi récemment : sous son (vrai) nom d’André Ruellan, il a signé une brève et très morbide, mais assez belle, nouvelle pour l’anthologie dirigée par Serge Lehman Retour sur l’horizon, laquelle, ma foi, m’avait bien plu. Et, parallèlement, Rivière Blanche, dans sa collection Noire, s’est lancée dans la réédition de ses romans d’horreur publiés dans les années 1950 dans la collection « Angoisse » du Fleuve Noir ; et ça, ma foi, ça me bottait bien de tenter l’expérience, pour au moins deux raisons : 1°) j’étais dans une période où j’avais faim de lectures « faciles », de bons romans de gare ; 2°) j’ai toujours eu un goût prononcé pour l’horreur et le fantastique, difficilement rassasié par les politiques de publication actuelles…

 

J’ai donc lu le tome 1 d’Angoisses, qui comprenait trois romans : Le Seuil du vide, Les Rivages de la nuit et Le Village de la foudre. Trois romans assez proches dans l’esprit, et dans lesquels on pouvait relever quelques points saillants : je pense notamment à une atmosphère assez typiquement « gothique », au sens où elle fait irrésistiblement penser aux film de la Hammer alors en vogue ou (référence personnelle, et non influence de l’auteur…) aux plus tardifs mais meilleurs encore films de Mario Bava, et ce quand bien même le cadre contemporain était privilégié ; je note également la récurrence d’un soupçon de romance, ce qui serait justifié semble-t-il par le fait que la collection « Angoisse », à l’origine, avait été créée pour vous, mesdames ; on pourra enfin relever quelques thématiques récurrentes, dont celles des réminiscences du passé, du double, du pourrissement, de la paranoïa, des livres prophétiques, des pièges…

 

Autant de thèmes et de procédés que nous retrouvons dans ce deuxième tome d’Angoisses, comprenant à nouveau trois romans, Lumière de sang, Dans un manteau de brume et Mortefontaine, auxquels il faut ajouter une enthousiaste et enthousiasmante préface de François Angelier (« Ce dont Steiner est le nom », pp. 7-9) et une postface de Philippe Curval (« Promenades avec la Mort, l’Amour et l’Humour », pp. 365-380 ; texte prévu pour constituer la préface du Livre d’or consacré à André Ruellan qui n’a jamais été publié, et qui est finalement paru, légèrement modifié, dans l’anthologie De flamme et d’ombre).

 

Commençons donc par Lumière de sang (pp. 11-129 ; notons que, de même que dans le tome 1, les couvertures originales sont reproduites). Laurent est un auto-stoppeur. Contraint de faire halte en pleine nuit dans un coin perdu, il est surpris par la grêle, et trouve refuge dans un étrange manoir (* accords d’orgue *), où il est accueilli par une domestique chauve. Le manoir entier baigne dans une lumière rouge produite par des bougies noires qu’il est impossible de souffler… Et Laurent se retrouve bientôt pris dans un piège diabolique préparé à son intention par le maître des lieux, dans ce manoir labyrinthique dont les pièces s’agencent sans cesse différemment, et, toujours, sont envahies par ces mêmes bougies noires répandant une lumière rouge…

 

Une excellente entrée en matière. Le manoir fournit un cadre gothique idéal, et, avec cette histoire de « lumière rouge », il est difficile de ne pas penser au (bien postérieur) film de Dario Argento Suspiria, dont les images ont parfois tendance à ressurgir, quand bien même le héros est masculin. Ce qui n’exclut pas une large part de romance, avec la belle Isabelle, victime des machinations de son oncle diabolique. On retrouve en tout cas certains procédés et thèmes déjà évoqués : piège, réminiscences du passé, livre prophétique, double, paranoïa… Le résultat est un très bon roman de gare, bien construit, palpitant de la première à la dernière page, et largement au-dessus du lot. Mon préféré du recueil (et même des deux recueils, je crois bien), et de loin

 

Suite des opérations avec le très différent Dans un manteau de brume (pp. 131-249). Un petit village normand, en bord de mer, tout ce qu’il y a de paisible. Mais bientôt d’étranges rumeurs se mettent à circuler : on parle de bêtes mutilées, d’étranges apparitions la nuit sur la côte… et un enfant disparaît. Face à l’incurie des autorités et devant le caractère potentiellement surnaturel des phénomènes observés, deux hommes que tout semble opposer vont mener l’enquête : le Père Bourru, l’instituteur, digne « hussard noir de la République », et le curé du village...

 

Parler « d’horreur », ici, serait sans doute exagéré ; il s’agit bien davantage d’un travail sur l’ambiance, parfaitement maîtrisé. Les personnages sont plus travaillés qu’il n’est d’usage, et l’aspect « romance » disparaît totalement, de même que la dimension « gothique », d’ailleurs. Le roman relève davantage de la « comédie de mœurs », façon chronique villageoise, mâtinée de fantastique. On n’a jamais vraiment peur, mais sans doute n’est-ce pas le but : ainsi que les enfants terribles Jagu, et en partie les deux héros, nous sommes plus fascinés que terrifiés par les manifestations du surnaturel auxquels ils sont confrontés. Et le spectre en question – puisque la quatrième de couverture lâche le mot – fait plus figure d’âme en peine que de terrible esprit vengeur… Une lecture agréable, avec un beau travail sur l’atmosphère.

 

Troisième et dernier roman de ce recueil, Mortefontaine (pp. 251-364) est le plus stéréotypé. Ici, nous sommes en plein dans le gothique à la Hammer, riche en romance qui plus est. Le narrateur, Michel, est fasciné depuis sa plus tendre enfance par le château normand de Mortefontaine ; devenu adulte, il y fait un jour, dans ses environs, la rencontre de la belle Cécile de Clécy, et en tombe irrémédiablement amoureux. Comme par magie (…), on lui propose alors de devenir le précepteur de la jeune fille, dont l’éducation est largement à revoir. Mais Cécile est fantasque, et le château de Mortefontaine recèle bien des secrets… à commencer par la présence du mystérieux Armand, qui ressemble tant à Michel !

 

Ici, on retrouve absolument tout ce que j’avais détaillé plus haut : réminiscences du passé, double, pourrissement, paranoïa, livres prophétiques, pièges… Tout y passe, absolument tous les thèmes traités par Steiner dans les cinq autres romans que j’ai pu lire de lui se retrouvent condensés dans celui-ci. Et, à vrai dire, cela fait un peu trop… Surtout dans la mesure où la romance prend malgré tout le pas sur le fantastique et l’horreur, et où tout ce déferlement de thématiques steineriennes, finalement, ne débouche pas sur grand chose… Sans aucun doute le moins bon des trois romans, largement dispensable.

 

 Mais dans l’ensemble, j’ai passé un fort agréable moment avec ce tome 2 d’Angoisses, de même qu’avec le tome 1. Je n’ai pas l’impression qu’un tome 3 soit à l’ordre du jour, dommage (car il existe encore d’autres romans fantastiques de Kurt Steiner, mais Rivière Blanche a souhaité se limiter aux « six introuvables »... mais les autres ne sont pas si faciles que ça à trouver, non ?) ; si ça devait être le cas, je serais sans doute preneur… Mais bon, tant pis. J’ai passé un assez bon moment avec ces six bons romans de gare, et c’est l’essentiel.

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"And All That Could Have Been", de Nine Inch Nails

Publié le par Nébal

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NINE INCH NAILS, And All That Could Have Been.

 

Tracklist :

 

CD 01 (Live)

01 – Terrible Lie

02 – Sin

03 – March Of The Pigs

04 – Piggy

05 – The Frail

06 – The Wretched

07 – Gave Up

08 – The Great Below

09 – The Mark Has Been Made

10 – Wish

11 – Suck

12 – Closer

13 – Head Like A Hole

14 – The Day The World Went Away

15 – Starfuckers, Inc.

16 – Hurt

 

CD 02 (Still)

01 – Somehting I Can Never Have

02 – Adrift And At Peace

03 – The Fragile

04 – The Becoming

05 – Gone, stille

06 – The Day The World Went Away

07 – And All That Could Have Been

08 – The Persistence Of Loss

09 – Leaving Hope

 

Après le très décevant (pour ne pas dire lamentable) Things Falling Apart, nous poursuivons notre rétrospective Nine Inch Nails avec du gros, du lourd, et du bien plus intéressant : le double album And All That Could Have Been, composé d’un premier CD live, et d’un second CD intitulé Still et comprenant reprises et inédits enregistrés dans des versions « quasi acoustiques ». Autant dire qu’And All That Could Have Been est un album riche, aux facettes multiples, et probablement la meilleure porte d’entrée pour s’initier à Nine Inch Nails, dont on pourra apprécier tout autant la furie du live que les morceaux les plus calmes.

 

Mais commençons donc par le live, enregistré sur la tournée de The Fragile, mais qui a le bon goût de ne pas se limiter aux seuls titres de cet album, mais au contraire d’envisager toute la carrière du « groupe » (ce qui en fait à la fois un live et un « best of »). Sur les seize pistes de ce premier disque (73 minutes, tout de même !), on en compte trois de Pretty Hate Machine, trois de Broken, quatre de The Downward Spiral et six de The Fragile, ce qui donne un résultat assez équilibré, et, là encore, riche de facettes multiples.

 

Ainsi, dès la première piste, loin de s’assurer le soutien du public avec un tube récent, Nine Inch Nails se risque à ressortir un vieux machin pour fidèles inconditionnels, en l’occurrence « Terrible Lie », mais avec beaucoup d’efficacité. Où l’on se rend compte – ainsi que je l’avais souligné en traitant de Pretty Hate Machine – que ce morceau pouvait aisément voir son son (…) modernisé pour sonner de manière tout à fait contemporaine. Dont acte, et ça marche plutôt très bien.

 

La prise de risque me semble plus grande pour le morceau suivant, « Sin », qui me paraît avoir moins bien vieilli, même s’il est bien évidemment punkifié (et un brin accéléré, je crois) à l’occasion de ce passage au live. Ça sent quand même ses années 1980, et ne convainc qu’à moitié…

 

Mais arrive alors le premier grand moment de ce live, avec une version d’anthologie du génial « March Of The Pigs », qui en rajoute une couche dans le punk hystérique, avec un finale tout simplement apocalyptique. Réjouissant au possible, et proche de la perfection.

 

On calme ensuite un peu le jeu, mais de manière fort logique, avec le très sympathique « Piggy », et sa rythmique toujours aussi efficace (si la voix de Trentounet, par contre, est un peu cassée… mais c’est qu’il prend un bain de foule, aussi !). Très bon, bien sûr.

 

On continue ensuite de calmer le jeu, encore un peu plus, avec « The Frail », qui introduit aux morceaux de The Fragile.

 

Mais, comme sur l’album, ce joli petit morceau à la mélodie toute conne se veut surtout une transition vers « The Wretched ». Un morceau correct, sans plus ; ce n’est pas désagréable, non, mais la suite nous réserve de bien meilleurs extraits de The Fragile.

 

Mais, en attendant, l’album atteint un deuxième pic, avec une version d’anthologie (re) de « Gave Up », plus nerveuse et plus punk que jamais. Un vrai bonheur, qui marque le début d’une phase du concert où le groupe se montre particulièrement en forme, dans tous les genres qu’il est amené à aborder.

 

En témoigne immédiatement après le on ne peut plus différent « The Great Below », très planant, et superbement interprété. Quand la batterie se met de la partie, c’en devient tout simplement jouissif.

 

L’album live reste au sommet sur le morceau suivant, l’excellent instrumental « The Mark Has Been Made », tout en puissance. Très efficace, et nettement plus marquant que sur l’album, où il était déjà très bon, pourtant.

 

Et d’enchaîner illico sur le génialissime « Wish ». Que dire ? C’est évidemment grandiose, et d’une efficacité à tomber raide sur le cul. « Wish » a toujours été un des meilleurs morceaux de Nine Inch Nails, et un tube idéal ; ce n’était certainement pas ce live qui allait en apporter la preuve du contraire… Superbe finale, au passage.

 

On reste ensuite sur Broken, mais en calmant un peu le jeu, avec « Suck » (plutôt une surprise, d’ailleurs) ; ça groove bien, ça marche plutôt pas mal…

 

Un tube, ensuite, l’inévitable « Closer », toujours aussi… eh bien… aussi. Une très bonne version, en tout cas, très efficace et entraînante. Superbe finale. Et qui offre une transition parfaite pour la suite.

 

C’est-à-dire, en l’occurrence, pour le vénérable « Head Like A Hole », lequel démontre, à l’instar de « Terrible Lie », qu’il a plutôt bien vieilli, ou plus exactement qu’on l’a bien fait vieillir. Toujours très bon.

 

On reprend ensuite avec « The Day The World Went Away », un bien beau morceau, mais qui manque peut-être en live de la puissance conférée par la production en studio... et se révèle du coup un peu fade en concert, étrangement. Pas désagréable, mais un peu décevant…

 

Ce n’est pas le cas de la suite, encore une version d’anthologie (oui, je sais, je me répète), cette fois du rigolo « Starfuckers, Inc. », plus furibond que jamais, notamment sur son finale à sa taper la tête contre les murs (ou les gens ; ça marche aussi).

 

Enfin, le concert se conclut classiquement sur l’inévitable et magnifique « Hurt », repris en chœur par le public… et qui s’achève bien sûr sur ces trois superbes notes saturées.

 

Au final, And All That Could Have Been est bien un excellent album live, bien digne de Nine Inch Nails et du statut quasi légendaire du projet de Trent Reznor. Mais And All That Could Have Been, ce n’est pas que ça : c’est aussi Still, un album semi acoustique, reposant essentiellement sur le piano, qu’il s’agit de décortiquer maintenant.

 

Tout commence sans trop de surprises par une reprise attendue du fameux « Something I Can Never Have » de Pretty Hate Machine, au piano (surtout) et à la guitare sèche (à peine) ; pas de synthés, pas de rythmique industrielle (ce que pour ma part je ne peux m’empêcher de trouver un peu frustrant…) ; mais c’est néanmoins une jolie version de ce classique entre les classiques.

 

Suit « Adrift And At Peace », une nouvelle composition instrumentale de Trent Reznor, essentiellement basée sur le piano. Tout bête, et agréable…

 

Après quoi l’on passe à « The Fragile », tiré de l’album éponyme. Je n’en aimais déjà pas la version originale, je n’en aime pas davantage cette version semi acoustique, où le piano se voit secondé par un peu de basse et quelques effets par-ci par-là, et, surtout, une batterie et une guitare électrique pour le finale, déjà un peu plus correct… Mais désolé, dans l’ensemble ça ne passe toujours pas…

 

Passons donc à « The Becoming », à l’origine un morceau assez moyen de The Downward Spiral ; cette fois il y a carrément une boite à rythmes, et un chouia de synthés ; pour le coup, en fait d’acoustique… Pour le reste, c’est une fois de plus le piano qui domine. Et c’est pas terrible…

 

On y préfèrera largement « Gone, Still », nouvelle petite composition instrumentale de Trent Reznor, délicieusement angoissante (même si là aussi les synthés sont de la partie).

 

Puis vient « The Day The World Went Away », extrait de The Fragile. Une fois de plus, le piano domine, mais la batterie et la basse sont également de la partie. Sympathique, allez…

 

La suite est entièrement inédite. Nous avons tout d’abord « And All That Could Have Been », morceau co-écrit par Trent Reznor et Danny Lohner. Boîtes à rythmes, synthés et guitares électriques relativisent décidément l’aspect « acoustique » de Still… Le résultat est un morceau correct, sans plus.

 

Les deux dernières pistes sont l’œuvre de Reznor seul. « The Persistence Of Loss », tout d’abord, est un joli petit instrumental dans la lignée des précédents, mais avec plus de finesse dans la composition et de réussite dans le résultat. Tout à fait recommandable.

 

Mais le vrai chef-d’œuvre reste à venir, avec « Leaving Hope », encore un instrumental (quand je vous dis que c’est pour ça que Reznor est le plus doué !), mais bien plus long et complexe, et de toute beauté. Là encore, le caractère « acoustique » est très relatif, mais peu importe : c’est très clairement LA piste majeure de Still.

 

 Au final, avec And All That Could Have Been, nous avons donc un excellent album live, et un album « semi acoustique » très inégal mais comportant deux, trois pièces de toute beauté. Ce qui à mon sens confirme bien ce que j’écrivais en introduction : c’est probablement là l’album idéal pour découvrir Nine Inch Nails sous ses multiples facettes, tantôt violentes, tantôt douces, tantôt expérimentales, tantôt apaisées. Un album idéal, qui saura ravir tant les fans de longue date que les néophytes ; ce qui est assez rare pour être signalé… d’autant que c’en est sans doute le dernier exemple en date dans la discographie de Nine Inch Nails.

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"Things Falling Apart", de Nine Inch Nails

Publié le par Nébal

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NINE INCH NAILS, Things Falling Apart.

 

Tracklist :

 

01 – Slipping Away

02 – The Great Collapse

03 – The Wretched (Version)

04 – Starfuckers Inc. (Version)

05 – The Frail (Version)

06 – Starfuckers Inc. (Version)

07 – Where Is Everybody? (Version)

08 – Metal

09 – 10 Miles High (Version)

10 – Starfuckers Inc. (Version)

 

Où l’on poursuit la chronique des albums de remixes de Nine Inch Nails, cette fois avec Things Falling Apart, qui triture et malaxe The Fragile… qui n’en demandait pas tant, le plus souvent. En effet, globalement, cet album ne se montre guère convaincant, autant le dire tout de suite… Non qu’il soit foncièrement mauvais de bout en bout : il comporte bien deux ou trois jolis moments ; mais, hélas, il contient aussi quelques atrocités pures et simples auxquelles Nine Inch Nails ne nous avait pas habitués jusqu’à présent…

 

Mais cessons-là les présentations, et entrons immédiatement dans le vif du sujet avec « Slipping Away », version remixée par Trent Reznor et Alan Moulder de chutes « d’Into The Void »… un des moins bons morceaux de The Fragile à mes oreilles. Pourtant, le fait est que là, ça ne passe pas si mal que ça, ça groove correctement sans que l’on ne cherche à tout crin à vouloir y caler une mélodie… Allez, disons que c’est une intro correcte ; supérieure à l’original, en tout cas. Pas si mal, donc.

 

On enchaîne sur « The Great Collapse », toujours « manipulé » par Reznor et Moulder (plus Telefon Tel Aviv), qui comprend des éléments divers, notamment de « The Wretched », pour un résultat qui ne convainc qu’à moitié. Bof, bof, bof…

 

Ah ben tiens, justement : suit « The Wretched (Version) », remixé par Keith Hillebrandt. Avec une ambiance très lourde, reposant essentiellement sur la basse et la batterie, tandis que le refrain calme paradoxalement le jeu. Relativement sympathique. Rien d’exceptionnel, mais ça passe plutôt bien.

 

Et là…

 

 

Première abomination, « Starfuckers Inc. (Version) » (il y en aura trois, portant toutes ce titre sans autre précision). Cette « version I » est due au « talent » d’Adrian Sherwood « for 140dB » ; le monsieur est paraît-il un producteur renommé ; n’empêche que ce qu’il fait là est une ignominie pure et simple (ces sirènes ! ces effets de dub à dix balles ! mon Dieu quelle horreur !). Allez, zou, poubelle, et qu’on n’en parle plus.

 

Heureusement, après, il y a « The Frail (Version) », une jolie version pour cordes de « The Frail », « remixée » par Benelli, avec Steve Hakel au violon et Marc Paradis au violoncelle. Très beau. Ça fait vraiment du bien après l’abomination qu’on vient de se taper. Et les petits bruitages electro par-dessus passent très bien aussi. Aaaaaaaaaaaaaah…

 

Et là…

 

Merde.

 

Deuxième abomination, « Starfuckers Inc. (Version) », la deuxième, donc, cette fois due au « talent » de Dave Ogilvie, encore un producteur (pour Skinny Puppy, entre autres). Et devant ce déluge de synthés kitsch, de vocoders immondes, d’enchaînements nawak et de mauvais goût généralisé, je ne peux dire qu’une chose : NON MAIS ÇA VA PAS LA TÊTE ? Je n’aurais jamais pensé écouter un jour un truc aussi odieux signé Nine Inch Nails… Allez, zou, poubelle, et qu’on n’en parle plus.

 

 

Et faut croire qu’on m’en veut spécialement, puisque suit « Where Is Everybody? (Version) », remixé par Danny Lohner et Telefon Tel Aviv ; or « Where Is Everybody? », de même « qu’Into The Void », faisait partie des rares morceaux de The Fragile que je n’aimais pas… Et là, ben, bof, quoi… même si les effets sur la voix de Reznor sont plutôt sympa, et le remix probablement meilleur que l’original, une fois de plus, certes, certes.

 

Après quoi l’on passe à quelque chose d’assez sympathique : une reprise de « Metal » de Gary Numan (pour l’original, voir ici) par Trent Reznor et Alan Moulder, en version longue et hypnotique. Vraiment pas mal du tout ; finalement, c’est peut-être bien le morceau à retenir de Things Falling Apart… or on reste quand même dans le domaine du « sympathique », et non du « transcendant ». Pour Nine Inch Nails, c’est un peu gênant tout de même…

 

Suit « 10 Miles High (Version) », qui est donc un remix de « 10 Miles High » par Keith Hillebrandt.

 

« Hein ? Mais c’est quoi, ça « 10 Miles High » ? Tu nous en as pas parlé, quand tu as chroniqué The Fragile ! Nébal, imposteur ! »

 

Du calme, du calme. Si je n’en ai pas parlé, c’est tout simplement parce que ce morceau ne figure pas sur la version CD de The Fragile (on en entend juste quelques notes entre « The Mark Has Been Made » et « Please »), mais uniquement sur la version vinyle ou en « B-side » du single We’re In This Together. Mais visiblement, ce remix ne change pas forcément grand chose… et, de toute façon, le morceau n’est franchement pas terrible.

 

Et là…

 

Bon.

 

« Starfuckers Inc. (Version) », la n° III, remixée par... Charlie Clouser. Aïe. Bon, vous me direz, vu qu’il a co-écrit le morceau avec Trent Reznor, c’est un peu normal qu’il fasse mumuse avec. Et puis, de toute façon, il ne peut pas faire pire que les versions I et II, hein ? hein ? Non, il ne fait pas pire. Il ne pouvait pas faire pire. Mais son remix est quand même nul et chiant.

 

 En somme, le bilan n’est pas glorieux, mais alors pas du tout. Things Falling Apart est clairement un album de remixes raté, qui n’intéressera vraisemblablement que les fans les plus hardcore de Nine Inch Nails, et encore… Les autres passeront leur chemin, et ils feront bien.

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"Quake", de Nine Inch Nails

Publié le par Nébal

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NINE INCH NAILS, Quake.

 

Tracklist :

 

02 – Quake Main Theme

03 – Aftermath

04 – The Hall Of Souls

05 – It Is Raped

06 – Parallel Dimensions

07 – Life

08 – Damnation

09 – Focus

10 – Falling

11 – The Reaction

 

Dans la désormais abondante discographie de Nine Inch Nails, il est hélas un titre que l’on a trop souvent tendance à oublier – et pour cause : il n’est jamais sorti officiellement en tant qu’album (même s’il y eut des version pirates, comme par exemple Soundquakes) : il s’agit de la bande originale du jeu vidéo Quake, le fameux FPS (on disait alors Doom-like…) sorti en 1996, qu’il était possible d’écouter à même le CD du jeu (d’où cette numérotation qui commence à la deuxième piste). Or il serait dommage que cette excellente B.O. sombre dans l’oubli en même temps que le jeu, aujourd’hui largement dépassé techniquement, quand bien même il a généré une franchise culte.

 

Tout simplement parce qu’il s’agit à mes oreilles d’un des meilleurs enregistrements de Trent Reznor. Parfois, quand l’enthousiasme me gagne, j’en arrive même à me dire qu’il s’agit DU meilleur. C’est sans doute exagéré, et j’y mets un peu de provocation… Mais quand je dis un des meilleurs, je suis mortellement sérieux.

 

J’avais déjà affirmé, en chroniquant The Fragile, combien Trent Reznor me semblait plus convainquant pour la musique instrumentale que pour la chanson : Quake, à l’instar du plus tardif mais non moins passionnant Ghosts I-IV, me paraît justement en témoigner. Le problème, c’est que, du coup, chroniquer Quake, de même que, plus tard, chroniquer Ghosts I-IV, ça ne s’annonce pas facile…

 

 Mais c’est peut-être pire encore pour Quake, dans la mesure où cette musique s’inscrit dans une veine très minimaliste et cauchemardesque, qu’on pourra allègrement qualifier d’indus death ou de dark ambient (jamais su faire la différence…), à la Raison d’Être ou Megaptera (avec néanmoins une touche propre à Nine Inch Nails – ou faut-il dire Trent Reznor ? mais les références à Nine Inch Nails émaillaient le jeu lui-même… – par-dessus).

 

Mais j’ai quand même une bonne et heureuse nouvelle pour Quake : j’en ai trouvé toutes les pistes sur le ouèbe. Gloria, gloria ! Cela vous permettra au moins de vous en faire une idée par vous-mêmes, si ma prose insipide ne parvient pas à retranscrire l’intérêt de « l’album ».

 

Commençons donc par le commencement, avec le d’abord tonitruant – et ce sera le seul exemple de grosses guitares et de rythmique à l’avenant de tout l’album – « Quake Main Theme » : un superbe riff d’intro bruitiste, qui laisse bientôt la place aux ambiances sombres qui caractériseront le reste de l’album, un semi-hurlement en fond effectuant la transition vers un passage de pures nappes atmosphériques plus ou moins affirmées et/ou dissonantes. Une merveille, l’introduction parfaite.

 

Suit le bref « Aftermath », avec une très légère rythmique « cardiaque » (d’autant plus oppressante). Un morceau de transition, très efficace dans son genre.

 

On passe à quelque chose de bien plus impressionnant avec « Hall Of Souls » et ses voix chuchotées (à l’envers, si je ne m’abuse), qui, perso, ont pu me faire penser à Boyd Rice. Ambiance… Là encore, un pied « cardiaque » est à l’œuvre, avec un charley électronique nerveux pour l’accompagner, et quelque notes de guitare à la Throbbing Gristle. Tandis que les nappes se font plus ou moins présentes… Puis finalement c’est un riff de guitare qui se met en place, tandis que la rythmique se fait plus définitive et stressante ! Et retour au point de départ. Un chef-d’œuvre du genre, et une de mes pistes préférées de l’album.

 

« It Is Raped » joue sur un registre différent, avec ses longues nappes plus ou moins saturées revenant sans cesse, imperturbables, accompagner des cuivres (des saxophones, je suppose ?) torturés. Belle ambiance malsaine et lourde. Très bon.

 

Mais on y préfèrera encore l’excellent « Parallel Dimensions »… où se dégage un semblant de mélodie ! Mais là encore, ce que l’on remarque avant tout, c’est une pulsation « cardiaque », qui prend bientôt des allures quasi tribales alors que la très légère, insidieuse et grave mélodie se met en place, très angoissante… À nouveau un petit chef-d’œuvre du genre, d’une efficacité redoutable.

 

En parlant de « rythmique cardiaque », voilà que Trent Reznor nous sort le grand jeu avec le terrible « Life »… Cette fois, l’expression est employée au plus juste. Par-dessus, nappes, et bruissements stridents – pouvant évoquer certaines compositions ultérieures de Kenji Kawai – s’enchevêtrent dans un délicieux délire claustrophobe. Faut vraiment pas être allergique à la musique répétitive, hein (mais si c’était le cas, vous ne seriez probablement pas arrivés jusque-là…). Mais sinon, c’est que du bonheur. Glauque, le bonheur, hein. Mais du bonheur quand même.

 

« Damnation » abandonne ensuite la carte rythmique – ou peu s’en faut : il y a bien quelques martèlements industriels de temps à autre – pour jouer sur les pures ambiances névrosées et cauchemardesques. Tout cela n’est guère joyeux, mais fonctionne très bien.

 

Après quoi l’on passe à « Focus » et son agaçant (pour le mieux…) bourdon strident. Par-dessous s’égrènent des bruitages liquides, accompagnés par le souffle d’antiques machineries. La sensation de névrose omniprésente est à son comble sur cette piste très efficace.

 

« Falling » est un morceau bien plus court que la plupart de ceux qui précèdent. On y devine (j’en sais rien, après tout, j’ai à peine joué au jeu quand on me l’avait prêté ; moi, c’était la musique qui m’intéressait… Donc, en réponse à un jeune candidat aux élections présidentielles de 2012 qui me posait la question, je crois que oui, on peut parfaitement dissocier la bande originale du support pour lequel elle avait été prévue, la séparer du cadre dans lequel elle a été composée ; d’ailleurs, moi, j’ai écouté des dizaines de fois Ascenseur pour l’échafaud sans jamais avoir vu le film, hein…), on y devine, disais-je, une descente aux enfers dans un ascenseur lépreux et interminable… Belle ambiance, en tout cas.

 

Et « l’album » de se conclure sur « The Reaction », morceau ambient débordant de petits bruitages incongrus et oppressants. Un classique du genre pour conclure l’enregistrement, mais certainement pas le morceau qui marque le plus.

 

 N’empêche que, au final, la bande original de Quake figure bien, pour moi, parmi les meilleurs enregistrements de Trent Reznor, avec The Fragile et peut-être (je dis bien : peut-être) juste devant The Downward Spiral et Ghosts I-IV. Alors vous allez peut-être dire que j’en rajoute un peu, que je provoque un peu, et c’est peut-être le cas, je ne sais pas. Mais, ce que je sais, c’est qu’il serait dommage que cette excellente bande originale sombre dans l’oubli en même temps que le jeu ; car elle est bel et bien une œuvre majeure de Nine Inch Nails, même si on ne tient pas à la faire figurer dans le tiercé de tête.

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"Further Down The Spiral", de Nine Inch Nails

Publié le par Nébal

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NINE INCH NAILS, Further Down The Spiral.

 

Tracklist :

 

01 – Piggy (Nothing Can Stop Me Now)

02 – The Art Of Self Destruction, Part One

03 – Self Destruction, Part Three

04 – Heresy (Version)

05 – The Downward Spiral (The Bottom)

06 – Hurt (Live)

07 – At The Heart Of It All

08 – Ruiner (Version)

09 – Eraser (Denial; Realization)

10 – Self Destruction, Final

 

On connaît maintenant la musique (enfin, on se comprend...), alors inutile de trop nous étendre sur les présentations : Further Down The Spiral est à The Downward Spiral ce que Fixed est à Broken, c’est-à-dire une compilation de remixes et de recréations des compositions originales de Nine Inch Nails, soit par le « groupe » lui-même (et, d’ailleurs, les guillemets sont ici superflus, Reznor n’étant plus le seul à faire mumuse), soit par des invités passablement prestigieux ; en l’occurrence, ici, comme sur Fixed, on retrouve (youpi !) Coil et J.G. Thirlwell aka Fœtus, mais aussi Aphex Twin (ah oui quand même). Un programme plutôt alléchant sur le papier ; reste à voir ce que cela va donner…

 

On entame les hostilités avec « Piggy (Nothing Can Stop Me Now) », relecture du très bon « Piggy » original produite par le fameux Rick Rubin, avec Dave Navarro à la guitare et Kim Bullard aux beats, pour un résultat plus pêchu… mais très décevant et incontestablement inférieur à l’original, malgré deux, trois bonnes idées ici ou là (et deux, trois très mauvaises, il faut bien le dire…). Une entrée en matière plutôt foireuse, qui laisse augurer le pire pour la suite.

 

Passons donc à « The Art Of Self Destruction, Part One », « recréation » en plus calme – pendant un temps, du moins – du furibard « Mr Self Destruct » par Nine Inch Nails (« Chris Vrenna, Robin Finck, Danny Lohner, Charlie Clouser, Trent Reznor »), Sean Beavan et Brian Pollack. Cette fois, il s’agit d’une relecture très intéressante, sachant s’éloigner judicieusement de l’original, et y revenir avec adresse. Pas mal du tout.

 

Le même « Mr Self Destruct » sert de base à « Self Destruction, Part Three », remixé par J.G. Thirlwell aka Fœtus (il y reviendra plus tard), lequel, au début, n’en branle franchement pas une, et se contente de reprendre l’original… Quelques petites modifications quand on calme le jeu, puis re-belote, ou peu s’en faut. Un « remix » (?) totalement dénué d’intérêt, à la limite (?) du foutage de gueule pur et simple… Grosse déception (euphémisme…) ; de la part de quelqu’un comme J.G. Thirlwell, on était quand même en droit d’attendre plus que ça !

 

Suit « Heresy (Version) », remix du déjà pas fameux « Heresy » par Charlie Clouser ; or, je vous le dis tout de go, j’ai toujours eu un problème avec les remixes de Charlie Clouser (que ce soit pour Nine Inch Nails, pour Rob Zombie, ou qui sais-je encore…) : le monsieur en fait toujours beaucoup trop à mon goût, avec des remixes surchargés, saturés d’effets, bourrés jusqu’à la gueule (même s’ils sont généralement bien produits). Celui-ci n’échappe pas à la règle : ça sonne, mais ça déborde ; et au final, c’est de mauvais goût et chiant comme la pluie… comme un remix de Charlie Clouser, quoi.

 

Après quoi l’on passe à « The Downward Spiral (The Bottom) », remix de « The Downward Spiral » par Coil et Danny Hyde. Et là, c’est tout de suite autre chose. C’est que là nous avons affaire à de vrais artistes de génie, qui savent s’approprier intelligemment l’original et l’accommoder à leur sauce, sans trop en faire, tout en prenant leurs distances judicieusement. Le résultat est non seulement meilleur que l’original, mais constitue en soi une vraie réussite.

 

Puis vient « Hurt (Live) ». Je ne m’étends pas là-dessus, d’autant que vous connaissez déjà la vidéo (j’avais oublié qu’elle avait été faite pour Further Down The Spiral quand je vous l’avais donnée en lien pour The Downward Spiral…). C’est juste bôôô.

 

Et c’est alors que vient LA merveille, à mes oreilles LA piste de l’album : « At The Heart Of It All », non pas un remix, mais un nouveau morceau, écrit par Trent Reznor et « créé » par Aphex Twin. Un vrai bijou industriel-ambient, qui sent bon la vapeur et les pistons. Un morceau long et répétitif, hypnotique en somme, mais dont je suis incapable de me lasser. Une merveille, vous dis-je.

 

Après quoi… Charlie Clouser vient nous resservir les plats, avec « Ruiner (Version) », remix du déjà pas terrible « Ruiner ». À la Clouser là encore : ça déborde, ça dégouline, ça part dans toutes les directions à la fois, et on s’emmerde.

 

Heureusement, il y a Coil et Danny Hyde, décidément très inspirés, qui nous offrent à nouveau une petite (enfin, petite, c’est vite dit…) merveille avec « Eraser (Denial; Realization) », remix de l’excellent « Eraser », dont sont essentiellement conservés les aspects les plus bruitistes et violents, pour notre plus grand bonheur déviant. Un morceau très répétitif, mais tellement bon… et beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît à première vue, comme souvent chez Coil. Dieu que ce groupe est bon…

 

Enfin, J.G. Thirlwell se voit offrir une chance de se racheter sur le long « Self Destruction, Final ». Cette fois, au moins, il bosse ! Mais pour un résultat d’un intérêt, mmmh, « variable », dira-t-on. Parfois excellent (les passages au violon), souvent un peu fade tout de même, et sans doute trop long. Bref, on a connu Fœtus plus en forme que sur Further Down The Spiral

 

Au final, et sans véritable surprise, cet album de remixes se montre très inégal, trop inégal sans doute pour être jugé « indispensable ». Il contient néanmoins quelques pistes fort intéressantes (notamment « The Art Of Self Destruction, Part One », les deux remixes de Coil et celle d’Aphex Twin) qui en justifieront l’acquisition pour les fans de Nine Inch Nails ; mais uniquement pour les plus acharnés parmi ces derniers, me semble-t-il : les autres pourront passer leur chemin sans trop de regrets.

 

[PS : désolé pour les interlignes, Over-Blog n'en a pas voulu pour cette fois, je ne sais pas pourquoi, ça lui prend de temps en temps...]

 

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