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Les Filles mortes se ramassent au scalpel, de Gudule

Publié le par Nébal

GUDULE, Les Filles mortes se ramassent au scalpel, Paris, Bragelonne, coll. L’Ombre de Bragelonne, 2009, 701 p.

Hop, ma chro de ce deuxième tome de l’intégrale des romans fantastiques de Gudule après Le Club des petites filles mortes est à lire (ou pas) sur le beau site du Cafard cosmique. Je la reproduis ici au cas où...


 

Sous ce titre improbable, au double jeu de mots scandaleux, se cache le deuxième tome de l’intégrale des romans fantastiques de Gudule, ou Anne Duguël, après l’indispensable Club des petites filles mortes. Un beau volume comprenant à nouveau huit courts romans, dont deux inédits (et un « quasi-inédit »…). Autant de cinglants et cruels cauchemars, dont on attend le plus grand bien après la réussite incontestable du premier volume. Hélas, le niveau n’est pas vraiment le même.

 

On peut d’ores et déjà évacuer très vite les deux inédits, franchement décevants. Poison, qui ouvre le recueil, est un polar passablement raté dans le milieu de la pornographie (très soft, cela dit). L’intrigue, lourde de rebondissements, ne se montre pas franchement crédible (euphémisme), et la forme trop adolescente tranche maladroitement sur le fond adulte. Dommage…

 

L’autre inédit, le très bref Les Transfuges de l’enfer, qui prend la forme d’une courte pièce de théâtre en deux actes, ne convainc pas beaucoup plus : ce récit de science-fiction n’est pas sans intérêt, mais son style bancal et sa précipitation donnent une fâcheuse impression d’inachevé.

 

On y préférera largement Un amour aveuglant, le « manuscrit maudit » de Gudule (elle revient sur sa complexe histoire éditoriale, qui en fait un « quasi-inédit », dans un avant-propos). Cette fois, l’auteur retrouve, dans les passages contemporains tout du moins (les flashbacks ayant peut-être un peu souffert des réécritures), la justesse et la cruauté des plus belles réussites du Club des petites filles mortes, avec son héroïne adolescente et ses phantasmes juvéniles. Le roman n’en est pas moins bancal, et un peu gratuit par endroits…

 

À s’en tenir à ces trois textes, le bilan ne serait donc guère positif. Heureusement, les autres romans sont dans l’ensemble bien meilleurs, quand bien même on ne retrouve véritablement Gudule au sommet de sa forme que dans une seule occasion : le superbe Petit Théâtre de brouillard, récit d’une petite vieille atteinte d’Alzheimer et qui retombe en enfance. Or il n’y a rien de plus cruel qu’une petite fille… Un vrai petit chef-d’œuvre, horrible et intelligent, ménageant un terrible crescendo dans l’atrocité. Ce texte brillamment conçu, à vrai dire, aurait sans doute été davantage à sa place dans Le Club des petites filles mortes}, dont il retrouve la très grande qualité.

 

Le reste n’est pas aussi marquant, mais pas dénué d’intérêt non plus. L’Innocence du papillon, ainsi, se lit fort bien, et on se prend au jeu de cette femme remodelant son époux dans ses rêves orgasmiques. Il en va de même pour L’Asile de la mariée, récit de SF horrifique dont le héros est un enfant (décidément ce qui réussit le plus à Gudule). Rien d’exceptionnel, cela dit.

 

Les deux romans restants sont plus intéressants : Bloody Mary’s Baby (avec à nouveau un enfant pour « héros ») traite assez intelligemment de la psychose actuelle concernant la pédophilie ; Géronima Hopkins attend le père Noël, enfin, séduit de par son héroïne, sorte de Barbara Cartland machiavélique marquée à vie par un traumatisme enfantin.

 

Mais cela ne change rien à l’essentiel : si l’on excepte l’excellent Petit Théâtre de brouillard, qui vaut franchement le détour, le menu proposé par ce second tome n’est pas aussi gouleyant que celui du Club des petites filles mortes. Les amateurs de Gudule ne seront probablement pas déçus, mais les autres pourront passer leur chemin sans regrets excessifs, et se contenter du premier volume

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"Miel des lunes", de Michèle Sébal

Publié le par Nébal

SÉBAL (Michèle), Miel des lunes, Paris, Glyphe, coll. Imaginaires, 2009, 241 p.

 

À la lecture de l’anthologie Identités dirigée par Lucie Chenu, un des textes qui a le plus retenu mon attention était celui de Michèle Sébal, intitulé « Constance Lolita ». La nouvelle ne me paraissait pas totalement convaincante, mais elle se lisait toute seule, et la plume de l’auteur me semblait fort intéressante, vive et personnelle. C’est pourquoi je me suis finalement tourné vers son premier roman, également chez Glyphe… en passant outre, il faut bien le reconnaître, un titre peu engageant (comme le faisait remarquer Bruno Para dans Bifrost, ça sonne "Harlequin"...), et une couverture (due à l’auteur) à l’avenant.

 

Donc, Miel des lunes. Nous y faisons la rencontre d’une jeune femme orpheline, mal dans sa peau et repliée sur elle-même, Janice Klein. Elle vit avec sa nounou tahitienne et son chat Ramsès, et exerce un boulot minable, où elle est en but à l’hostilité et à la mesquinerie de tout un chacun. Mais, si sa vie est terne au possible, son imaginaire (notamment érotique…) est d’une richesse rare, multipliant figures et jeux…

 

Arrive cependant ce qui devait arriver : Janice, à bout, sombre dans la dépression. C’est alors qu’elle commence une analyse avec le docteur Raoul Alcan (aha ; précisons que Michèle Sébal est elle-même psychanalyste), analyse au terme de laquelle le bon docteur deviendra fou, obsédé par « la troublante Miel »…

 

Alors, alors.

 

Ben, même verdict que pour la nouvelle. La trame en tant que telle – vous l’aurez compris – n’est pas forcément très intéressante, d’autant qu’elle se montre largement prévisible, et en définitive un peu frustrante…

 

Pourtant, ça se lit plutôt bien. Très bien, même. L’auteur a décidément une plume agréable, vive et leste. Elle sait également camper des personnages. Aussi, pendant la première moitié du roman environ, on se prend volontiers au jeu, et Michèle Sébal nous ballade sans souci au fil des pages, sans que l’ennui perce un seul instant. Les personnages de Janice et du psychanalyste sont très réussis, humains, complexes, parfois attachants. De même pour la nounou Tarita, un peu caricaturale cela dit. La vie maussade de la jeune femme est disséquée avec une certaine finesse, sans excès d’analyse, et les premiers temps de la thérapie sont tout à fait intéressants.

 

Puis le postulat fantastique imprègne de plus en plus le roman… et on en vient étrangement à le regretter. Il donne en effet une impression de superflu assez gênante, et la seconde moitié du roman s’enlise là où les premiers chapitres séduisaient… On ne s'ennuie pas, mais...

 

Dommage. Miel des lunes n’est pas un mauvais roman ; au pire pourrait-on le considérer médiocre. Il a déjà pour lui de ne pas ennuyer un seul instant… mais il ne suscite pas de véritable passion pour autant.

Mais, si Miel des lunes n’a rien d’une lecture indispensable, il contient néanmoins quelques éléments fort intéressants, qui laissent augurer du meilleur pour la suite. Aussi ne manquerai-je probablement pas de jeter un œil aux productions ultérieures de l’auteur, en en attendant davantage.

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"Lamont", d'Anne-Sylvie Salzman

Publié le par Nébal

SALZMAN (Anne-Sylvie), Lamont, illustrations de Stepan Ueding, Cadillon, Le Visage vert, 2009, 140 p.

 

Où l’on continue de jeter un œil aux beaux petits livres édités par le Visage vert. Après le fort recommandable Le Marais aux sorcières de Paul Busson, c’est aujourd’hui au tour du Lamont d’Anne-Sylvie Salzman de passer à la casserole. À feu très doux, en l’occurrence, puisque l’on fait ici dans le fantastique subtil et délicat.

 

J’avais déjà eu l’occasion de lire une nouvelle de l’auteur (à qui l’on doit par ailleurs deux romans, il faudra peut-être que j’y jette un œil…), dans le n° 15 du Visage vert : « Mémoire de l’œil » (ici, pp. 65-82), sur laquelle je ne reviendrai donc pas. Si ce n’est pour confirmer les termes de « grande élégance formelle un peu désuète » et en même temps « d’intemporalité », qui me semblent effectivement assez représentatifs de ce recueil.

 

(‘tain, je me cite moi-même… horreur glauque…)

 

Décortiquons donc la bête, avec des pincettes, de peur de la déflorer. Huit nouvelles en tout, trois « Haut », quatre « Bas », et (« fragile » ?) la « Lamont » du titre pour conclure.

 

Avec une petite merveille en guise d’introduction, « Le Cortège » (pp. 9-29), probablement une de mes nouvelles préférées de ce petit recueil. L’étrange histoire d’un randonneur qui croise plus qu’à son tour des charognes sur son chemin… Une vraie réussite, portée par un beau sens de l’atmosphère et de l’inquiétante étrangeté. Bref, ça commence très bien.

 

Et ça se poursuit d’ailleurs très bien avec la brève « Sur la Thay » (pp. 31-38), délicate miniature riche d’étranges créatures, et jolie variation sur le remord.

 

« L’Invention de Brunel » (pp. 39-50), en dépit de son titre passablement connoté, m’a fait l’impression d’être un cran en-dessous. Ceci étant, cela reste une nouvelle de qualité, portant un joli regard sur l’enfance.

 

On passe au « bas », plus désuet (mais joliment), avec « Meannanaich » (pp. 53-64), nouvelle « à l’ancienne » en forme de touchante ghost story réfléchissant (aha) sur le temps et ses séquelles. À nouveau une belle réussite.

 

Après « Mémoire de l’œil », déjà évoquée en ces pages, « L’Infortunée » (pp. 83-105) constitue un nouveau point d’orgue de ce petit recueil. Une nouvelle sympathiquement décadente, évoquant avec talent le cinéma de Tod Browning, Freaks en tête, comme de bien entendu.

 

La très (trop ?) brève « Hilda » (pp. 107-110), si elle est un tantinet amusante, ne m’a par contre pas véritablement convaincu…

 

Puis vient « Lamont » (pp. 111-140)… et, étrangement, cette nouvelle-titre me paraît clairement la moins intéressante du lot. Ce récit contourné souffre en effet à mon sens d’un trop grand décalage entre sa forme précieuse et son cadre, contemporain et teinté d’une vague mélancolie boboïsante plus horripilante qu’autre chose. Dommage, mais, en dépit de quelques jolis fragments, cette conclusion m’a semblé peu concluante…

Cette ultime déconvenue mise à part, il n’en reste pas moins que Lamont est un petit recueil tout ce qu’il y a de recommandable. Une autre réussite à mettre sur le compte des jeunes éditions du Visage vert. M’en vais suivre leur catalogue de plus près, moi…

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"Djeeb le Chanceur", de Laurent Gidon

Publié le par Nébal

GIDON (Laurent), Djeeb le Chanceur, Paris, Mnémos, coll. Icares / Fantasy, 2009, 275 p.

 

Djeeb le Chanceur est le dernier roman en date de Laurent Gidon, également connu sous le nom de Don Lorenjy, et, si je ne m’abuse, il s’agit également de son premier roman non destiné spécifiquement à la jeunesse. Un ouvrage qui joue la carte de la fantasy réaliste, ce qui n’est pas pour me déplaire : si la high fantasy ne m’attire plus vraiment depuis pas mal de temps déjà, cette veine-là m’a procuré il y a peu quelques vrais bonheurs de lecture (À la pointe de l’épée d’Ellen Kushner et plus récemment l’excellent Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworsky, s’il faut en citer). Alors pourquoi pas ? Hop.

 

Djeeb, donc. Djeeb Scoriolis, bientôt Djeeb le Chanceur, artiste et aventurier de son état. Mais laissons-le se présenter lui-même (p. 176) :

 

« Voyez-vous, récita-t-il comme on déroule un argumentaire vendeur, je me considère un peu comme un artiste dont chacun des instants serait l’œuvre. Je danse ma vie, je la chante et je la jongle aussi, et je veille à ce que chaque mouvement, chaque parole, avec son élégance propre, contribue à l’harmonie de l’ensemble. Oui, un artiste danseur de vie, vraiment, voilà ce qui me définit le mieux. »

 

Djeeb aime l’aventure, et les beaux gestes. Il est curieux, joueur, inconscient, d’une moralité douteuse, et arrogant à baffer. Ayant gagné un bateau sur un bon jet de dés, il a décidé d’épicer sa carrière en tentant l’impossible : se rendre en Ambeliane, la cité merveilleuse, réputée inaccessible aux non-Ambelians. Une réputation qu’entend bien anéantir Djeeb.

 

Et voilà le point de départ d’une foule d’aventures picaresques dans la cité fascinante. Des tavernes les plus sordides aux palais les plus luxueux, l’artiste Djeeb fera bien des rencontres… et, disons, des « bêtises ». Sans trop en dire, on avancera que le bonhomme, de par sa seule présence incongrue, va bouleverser le destin d’Ambeliane…

 

« Un voyage plaisir », nous dit-on. « Plaisir » est en effet le maître mot de ce roman à la fois dense et léger, rarement grave (même si…) et souvent drôle, sans pour autant jouer franchement de la carte humoristique ou encore moins burlesque. Je ne doute pas du plaisir éprouvé par l’auteur à l’écriture de ce roman. Son style s’en ressent, chatoyant et brillant ; un peu trop, peut-être : on peut bien reconnaître qu’il en fait des caisses, même si l’à-propos ne saurait faire de doute…

 

Et le plaisir du lecteur ? Il est bien présent, lui aussi, au fil des déambulations dans la majestueuse et exotique Ambeliane (on compte ici ou là quelques très belles séquences – je pense notamment à la vigie, aux souterrains du Lorne… –, parfois agréablement inventives ; Laurent Gidon, en tout cas, fait souvent preuve d’un sens du détail qu’on pourrait qualifier de « vancien »), et des pérégrinations de ce héros tour à tour sympathique et insupportable, assurément bigger than life, et qui dispose d’un véritable don pour tomber de Charybde en Scylla… et s’en sortir malgré tout, tel un Ulysse aux mille ruses. La quatrième de couverture évoque aussi Don Quichotte, à plus ou moins bon droit…

 

Très bien, alors ? Eh bien, pas tout à fait : ce premier voyage de Djeeb, avec ses qualités incontestables, n’est pas exempt de menus défauts. J’ai déjà évoqué le style, qui pourra en déconcerter plus d’un, et que j’avoue avoir trouvé à l’occasion un peu trop lourd. Mais il en va de même de la trame, relâchée, et qui accumule avec plus ou moins de bonheur les rebondissements plus ou moins crédibles (parfois franchement trop invraisemblables…) et autres « passages obligés » de ce genre de récit. Cela fait partie du jeu, sans aucun doute, et reste dans les limites du pacte établi entre l’auteur et le lecteur, mais on peut néanmoins trouver que Laurent Gidon en fait parfois un peu trop. Aussi, au fil des pages, un léger ennui survient de temps à autre, accentué à l’occasion par une sensation de déjà-lu… et si le roman est court, il ne se dévore pas pour autant de bout en bout.

 

Il occupe à vrai dire une position ambitieuse, comme son héros, mais aussi assez difficilement tenable : un divertissement, certes, mais parfois exigeant. Et, si le résultat séduit, il ne convainc pas pleinement. Djeeb le Chanceur, à l’évidence, n’arrive pas à la cheville des deux romans précités. Mais il ne manque pourtant pas de qualités, et saura offrir quelques heures de lecture agréables. Sans doute ne faut-il pas en attendre davantage.

En même temps, si Laurent Gidon venait à nous conter un nouveau voyage de Djeeb, j’avoue que j’y jetterais volontiers un œil… en en espérant, toutefois, un peu plus de maîtrise.

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"Le Marais aux sorcières", de Paul Busson

Publié le par Nébal

BUSSON (Paul), Le Marais aux sorcières, suivi de « La Louve blanche » de Friedrich de la Motte Fouqué, édition critique établie par Michel Meurger, traduit de l’allemand par Elisabeth Willenz et Isabelle David, Cadillon, Le Visage vert, [1812, 1923-1924] 2009, 118 p. + [2] p. de pl.

 

Je m’étais promis, suite à la lecture de la dernière livraison du Visage vert, de jeter un œil aux ouvrages publiés dans la collection éponyme. Il faut dire que les deux dernières parutions m’intéressaient particulièrement… Je vous entretiendrai prochainement du Lamont d’Anne-Sylvie Salzman ; mais, dans l’immédiat, j’ai préféré commencer par ce Marais aux sorcières, qui me paraissait constituer un intéressant pendant au dossier consacré à la sorcellerie dans la littérature allemande du seizième numéro de la revue.

 

Ce bref ouvrage, émaillé de quelques illustrations, a de même été établi par Michel Meurger, et il s’agit d’un ouvrage composite. Sous ce titre générique de Marais aux sorcières se cachent en effet la nouvelle-titre de l’auteur autrichien Paul Busson, un extrait du roman Der Zauberring de Friedrich de la Motte Fouqué titré ici « La Louve blanche », puis, enfin, un long article de Michel Meurger intitulé « La Comtesse louve en ses paluds. Femmes fauves et marais fantastique en littérature ».

 

Commençons donc par la nouvelle de Paul Busson (1923 ; pp. 7-56). On ne révélera pas grand chose, eu égard au sommaire, en disant qu’il s’agit là d’une histoire de louve-garou… et plus si affinités. Dans la cabane d’un chasseur vieux comme Hérode, le narrateur, égaré dans ledit marais aux sorcières, entendra en effet parler de plusieurs êtres humains changés en bêtes… Un très beau texte, porté par un remarquable sens de l’atmosphère et une plume fluide et agréable. Le cadre pittoresque et envoûtant, la rivalité du chasseur et du braconnier, le fascinant portrait de la comtesse louve (nécessairement lubrique…), sont autant de bonnes raisons de lire cette excellente nouvelle. Je n’en dirai cependant pas davantage… sous peine de tomber dans la paraphrase de l’analyse de Michel Meurger – j’y reviendrai.

 

Pris indépendamment, « La Louve blanche », bref conte extrait du roman Der Zauberring de Friedrich de la Motte Fouqué (1812 ; pp. 57-66), me paraît d’un intérêt moindre : le style est assez lourd et le récit sans surprise. Sa place ici se justifie néanmoins parfaitement, en ce qu’il fournit un intéressant miroir au texte qui précède, et autorise l’étude de Michel Meurger qui conclut l’ouvrage en beauté.

 

« La Comtesse louve en ses paluds. Femmes fauves et marais fantastique en littérature » (pp. 69-118), long article abondamment annoté, constitue en effet l’autre point fort de ce décidément fort sympathique petit ouvrage. L’auteur y fait preuve de son érudition enthousiasmante habituelle, et analyse judicieusement les deux textes qui précèdent, tout en ouvrant des portes vers d’autres lectures intéressantes. J’en ai pour ma part essentiellement retenu l’évocation de l’auteur finnoise Aino Kallas, dont l’œuvre semble du plus grand intérêt.

En somme, voilà donc un petit volume tout ce qu’il y a de sympathique, bien digne du niveau d’excellence de la revue Le Visage vert. Assurément de quoi donner envie de poursuivre plus avant l’exploration du catalogue de ce nouvel éditeur. J’y reviendrai bientôt, cette fois avec quelque chose de contemporain, avec Lamont d’Anne-Sylvie Salzman.

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"Les Noctivores", de Stéphane Beauverger

Publié le par Nébal

BEAUVERGER (Stéphane), Les Noctivores, Paris, La Volte – Gallimard, coll. Folio Science-fiction, [2005] 2009, 403 p.

 

La « trilogie Chromozone », épisode 2. Le tome 1 était une plutôt bonne surprise, malgré quelques imperfections ici ou là (je peux d’ailleurs maintenant confirmer que Chromozone ne rattrapait pas tous ses boulons…). D’où cette lecture rapprochée du tome 2, en attendant le troisième pour septembre, en principe.

 

Quelques années se sont écoulées depuis le final post-post-apo de Chromozone. Dans les premières pages du roman (après un « rembobinage rapide » fort bienvenu sur le virus et sa diffusion), nous faisons la connaissance, à Lourdes, dans une communauté néo-chrétienne, d’un étrange enfant du nom de Cendre. Celui-ci, pour des raisons que l’on ignore encore (on ne croit guère, et c’est heureux, à la thématique de « l’élu », qui plombe quand même un peu le début du roman), est à même de foudroyer les malheureux infectés par le virus militaire, changés à peu de choses près en zombies. Aussi l’enfant se retrouvera-t-il bien vite, et bien malgré lui, au cœur d’un complexe imbroglio politique.

 

Trois factions comptent en effet s’emparer du phénomène : à Marseille, Khaleel et ses sicaires ; à Berlin, Peter Lerner et ses noctivores ; à Ouessant, les restes de la bande de la maison-tortue, dirigés essentiellement par Justine Lerner (qui a une sacrée dent contre son époux) et Gemini… et qui ne sont pas forcément plus sympathiques que les autres.

 

Ah, et il paraît « qu’il est peut-être temps d’en finir avec la violence ». Mais comme pour la bêtise dans le premier tome, on est en droit d’en douter…

 

Les Noctivores obéit à une trame bien plus linéaire que Chromozone (découpée cette fois en trois parties, centrées sur trois personnages). C’est plutôt dommage… d’autant que son côté post-apo très classique n’en ressort que davantage : toute la thématique du repli communautaire, qui m’avait paru si intéressante dans le premier tome, passe peu ou prou à la trappe ; les communautés évoquent cette fois clairement un post-apo finalement assez traditionnel, à la manière de, disons, Edmund Cooper, Julia Verlanger ou Thomas Géha, pour en citer quelques-uns que j'ai pu lire (avec leur efficacité, d’ailleurs, et probablement plus d'ambition, mais...).

 

En contrepartie, la thématique de la post-humanité prend le devant de la scène, ce qui nous vaut quelques beaux moments et autant de cruels dilemmes. Cette fois, effectivement, j’y ai ressenti l’influence de La Schismatrice de Bruce Sterling…

Autre point positif : tout manichéisme est absent de ce roman. À vrai dire, la plupart des personnages, y compris ceux que l’on avait plutôt tendance à trouver sympathique dans Chromozone, révèlent cette fois leur parts équivalentes d’ombre et de lumière.

 

Pour ce qui est du style, après un début archaïsant un peu lourd, Stéphane Beauverger a fait d’incontestables progrès depuis Chromozone. Le roman y gagne en fluidité et en efficacité… mais y perd peut-être un peu en spontanéité, ce qui ne fait que renforcer l’impression de classicisme déjà évoquée.

 

En somme, j’avoue avoir été un peu déçu par Les Noctivores. Tout est relatif : je ne regrette certainement pas ma lecture, j’ai passé un très bon moment à lire ce deuxième roman, et j’attends avec impatience de pouvoir me jeter sur La Cité nymphale, conclusion de la trilogie. Mais je n’en ai pas moins trouvé ce roman un peu trop lisse, un peu trop sage ; presque déjà-lu, par endroits. Dommage…

Mais rien de rédhibitoire pour autant. Les Noctivores, avec ses défauts et les regrets qu’il peut susciter, reste un bon roman post-apo, témoignant du talent en germe de Stéphane Beauverger. On verra bien ce qu’il en sera de La Cité nymphale, et il me sera alors possible de tirer un bilan global de cette trilogie.

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"L'Onyre du givre", de Bruno B. Bordier

Publié le par Nébal

BORDIER (Bruno B.), L’Onyre du givre, préface d’André-François Ruaud, Encino, Black Coat Press, coll. Rivière blanche, 2007, 249 p.

 

Bruno B. Bordier est (entre autres : il est également traducteur et illustrateur) un auteur rare et sans doute méconnu, qui a publié quelques nouvelles ici ou là, dans des fanzines, revues ou anthologies variés. L’Onyre du givre comprend neuf de ses nouvelles (dont une écrite en collaboration avec Sylvie Miller), et, ma foi, c’est pas mal du tout. De quoi donner envie de lire un hypothétique deuxième recueil de la même eau. Pour tout dire, on lui pardonnerait même d’avoir masqué son propre recueil sous une couverture bryceo-jackiepaternostérienne, c’est dire…

 

Neuf nouvelles, donc, pour la plupart assez longues, explorant des territoires variés, mais néanmoins proches de par leur ton singulier, entre onirisme et ironie grinçante. Pas de doute, Bruno B. Bordier a une voix. Et des idées. Peut-être même trop, à la limite, mais on aura l’occasion d’y revenir.

 

Décortiquons donc un peu la bête. Passée la préface-copinage d’André-François Ruaud (pp. 5-7), on commence sur un mode mineur avec « Les Veines gonflées de songe » (pp. 8-17), fantasy urbaine traitant du sida. C’est un peu court pour pleinement convaincre, mais cela n’en contient pas moins quelques beaux passages, et, déjà, l’expression de cette voix caractéristique.

 

Mais la nouvelle suivante, bien plus longue, et bien qu’écrite en collaboration avec Sylvie Miller, donne sans doute davantage le ton de l’ensemble du recueil dans ce qu’il a de plus intéressant. Avec « Homo umbilicus » (pp. 18-63), les deux auteurs transfigurent à leur sauce les figures du loup-garou et du vampire à l’heure des réseaux informatiques. Avec une touche un tantinet dickienne en prime, le héros se souvenant de personnes effacées de la réalité… C’est très bon, à n’en pas douter, à la fois drôle et palpitant. Cette nouvelle, à mes yeux, n’a qu’un seul véritable défaut (et encore !), mais que l’on retrouvera plusieurs fois au cours du recueil : elle déborde littéralement d’idées. Aussi se révèle-t-elle finalement trop courte (!), et un peu frustrante…

 

Néanmoins, elle donne sacrément envie de poursuivre la lecture de ce recueil. Continuons donc avec « Le chant de l’égoïsme, les soupirs de la honte » (pp. 64-96). Même constat : c’est bon, mais ça déborde, et ce n’est guère facile à résumer… Dans ma grande lâcheté, je vais d’ailleurs déclarer forfait, et passer immédiatement à la suite.

 

En l’occurrence, « Massacre » (pp. 97-127), une nouvelle de SF, cette fois, et le plus vieux texte du recueil. Un monde sombre et absurde, où tout va trop vite (tiens, tiens…), pour s’achever dans un bain de sang. Une réussite, là encore.

 

« Rêveur d’oubli » (pp. 128-135) est à nouveau une nouvelle de science-fiction, traitant cette fois du voyage dans le temps et de l’apocalypse. Ça se lit tout seul, mais ne brille pas exactement par son originalité… Assez joli, néanmoins.

 

« Komédia » (pp. 136-181) est une longue fable ou allégorie absurde (sur un mode, disons, « kafkaïen pulp ») sur la création littéraire et ses affres. Cela déborde à nouveau, mais c’est tant mieux. Et, si les nombreuses références qui parsèment le texte sont parfois hermétiques, cela se lit tout seul, tant c’est inventif et bien vu. Une réussite.

 

Réussite également, et probablement un des meilleurs textes de ce recueil, « Un lapin sachant chasser… » (pp. 182-191). Où l’on suit le rite d’initiation d’un jeune lapin apprenant à chasser la carotte, dans un monde trafiquant l’horizon pour se protéger des assauts des goupils. Un vrai déferlement d’idées pour un texte très drôle (façon nonsense cartoonesque) et tout à fait réussi. Mon coup de cœur.

 

Je serais moins élogieux pour le texte suivant, « L’Onyre du givre » (pp. 192-226), fantasy urbaine passablement gothique, un peu à la manière de « Les Veines gonflées de songe », et où l’on retrouve le concept d’onyre déjà exploité dans « Le Chant de l’égoïsme, les soupirs de la honte ». C’est correct, un peu à la manière de Mélanie Fazi, mais cela ne m’a pas touché plus que ça. À vrai dire, après les excellentes premières pages (où l’héroïne fait la lecture aux gargouilles d’une cathédrale pour les « endormir »), cela m’a un peu déçu…

 

J’y ai préféré, malgré ses imperfections (dans la trame, notamment, un peu légère), « Nahk Ila Hetaf Tarsun » (pp. 227-248), nouvelle de science-fiction qui clôt le recueil. Outre la référence musicale présente dès le titre, la nouvelle vaut surtout pour son cadre, un monde d’inspiration islamique où la technologie est basée sur le vivant. Tout à fait intéressant, et à nouveau très riche.

C’est donc pas mal du tout, tout ça. J’en reprendrais volontiers. Si « l’homme qui écrit à la couleur de son esprit » (© André-François Ruaud) devait se faire moins rare, et, par exemple, publier un autre recueil du même tonneau, voire, soyons fous, un roman, j’en serais très client.

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"Ecstasy", de Ryû Murakami

Publié le par Nébal

MURAKAMI (Ryû), Ecstasy, [Ecstasy], traduit du japonais par Sylvain Cardonnel, Arles, Philippe Picquier, coll. Picquier poche, [1993, 2003] 2006, 378 p.

 

Ryû Murakami, nouvelle tentative, après deux déceptions relatives, Les Bébés de la consigne automatique et son premier roman Bleu presque transparent. Cette fois, avec Ecstasy, j’entame donc la trilogie des « Monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort ». Tout un programme.

 

Va pour le « plaisir ».

 

 

Bon, on va faire vite.

 

Tout commence (plutôt bien) alors que le jeune Miyashita, membre d’une équipe de tournage pour un clip bidon, rencontre dans le Bowery, à New York, un clochard nippon qui lui demande s’il sait pourquoi Van Gogh s’est taillé une oreille. Point de départ incongru d’une lente descente aux enfers sado-masochistes, un jeu fatal fait de rencontres marquantes. Miyashita va en effet se retrouver partie prenante dans un étrange ménage à trois SM par-delà les continents (Tôkyô, New York, Paris) ; trois personnages, la fascinante Kataoka Keiko (dominatrice jouant parfois le rôle de la victime), le clochard richissime Yazaki (sadique tourné en masochiste) et la belle Reiko (masochiste... devenue sadique ?), seront ainsi amenés à se confier au narrateur fasciné, et à lui dévoiler lentement le caractère pour le moins singulier de leurs relations.

 

Ecstasy est ainsi un roman « porno » (ou « érotique », comme on voudra) SM, saupoudré de drogue (essentiellement cocaïne et ecstasy, donc), de pisse et de vomi. Ouep, c’est bien un roman de Ryû Murakami, pas de doute à cet égard.

 

Hélas, c’est surtout un roman très chiant. Les confessions sordides sont interminables et, ce qui n’arrange rien, confuses. La dissection du sado-masochisme, fondé ici essentiellement sur l’humiliation (la douleur y est morale, jamais – ou presque – physique), et heureusement détaché des clichés porno-chic à base de cuir et de cravache, aurait pu être intéressante. Elle aurait pu… Elle ne l’est pas. Les scènes rapportées s’enchaînent, répétitives, sans véritable intérêt : ni émoustillantes, ni écœurantes (plus lassantes qu’autre chose), pas davantage édifiantes ou profondes, elles défilent dans un ennui mortel teinté de nostalgie, augurant sans doute de la mélancolie du deuxième tome. À peine s’il surnage ici ou là quelque scène intéressante (mais bien moins que dans les autres romans que j'ai pu lire de l'auteur), notamment vers le début du roman, ou à sa toute fin… Quoi qu’il en soit, je n’échangerai pas une ligne de Sade (entre autres) contre un baril de Murakami.

 

Quant aux personnages, ils sont certes intrigants, mais se révèlent en définitive bien moins fascinants que ce que Ryû Murakami prétend par le biais de Miyashita.

 

Et, surtout, il est pénible de voir à quel point Ryû Murakami se répète... On retrouve en effet dans Ecstasy les mêmes thèmes que dans Bleu presque transparent ou Les Bébés de la consigne automatique, et notamment, bien sûr, la critique de la société japonaise, avec une envie flagrante de choquer le bourgeois. Mais, cette fois, ça ne prend tout simplement pas…

 

Bref, en fait de « plaisir », c’est plutôt raté en ce qui me concerne…

On verra bien ce qu’il en sera de la « lassitude ». J’en suis las d’avance…

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"Le Faiseur d'histoire", de Stephen Fry

Publié le par Nébal

FRY (Stephen), Le Faiseur d’histoire, [Making History], traduit de l'anglais par Patrick Marcel, postface d’Axel O.D., Lyon, Les Moutons électriques, coll. La Bibliothèque voltaïque, [1996] 2009, 428 p.

 

« Thou shalt not question Stephen Fry. »

 

Ne serait-ce que parce que Stephen Fry sait tout faire. Surtout connu chez nous en tant qu’humoriste (A Bit of Fry & Laurie, Black Adder…) et acteur (je me souviens notamment de sa performance dans Oscar Wilde – le rôle de l’écrivain lui allait comme un gant, faut dire), il est aussi, entre autres, écrivain. Et même, dans le cas du Faiseur d’histoire, écrivain de science-fiction. Ce qui fait beaucoup pour un seul homme. Mais cet homme est le so british Stephen Fry ; autant dire une institution.

 

Le Faiseur d’histoire, à première vue, ne brille pas par l’originalité de sa trame. Jugez plutôt : le narrateur, Michael Young (P’tit Chiot pour les intimes), est un jeune doctorant en histoire à Cambridge, qui vient tout juste de boucler sa thèse, son Meisterwerk, une biographie du jeune Adolf Hitler.

 

Le battement d’aile d’un papillon fou l’amène un beau jour (enfin, « beau »… il se fait quand même incendier par son directeur et larguer par sa copine) à faire la rencontre du professeur Léo Zuckermann, physicien de son état, et accessoirement (ou pas) obsédé par la Shoah.

 

La suite coule de source : les deux hommes vont se mettre en tête de réécrire l’histoire, en débarrassant le XXe siècle de la figure gênante du Führer. Pas en l’assassinant, attention ; mais en l’empêchant de naître.

 

Mais, bien évidemment, l’univers uchronique généré par leurs actes ne satisfera pas vraiment leurs attentes…

 

Rien de bien surprenant à vue de nez. À la limite, on aurait presque envie de dire (et ce dès la jolie couverture, un tantinet putassière, cela dit) : « Encooooooore une uchronie sur les nazis ? Pfff… » Oui, mais voilà, cette uchronie est de Stephen Fry. Et la banalité du pitch n’empêche pas l’auteur de nous livrer un roman fort sympathique, divertissant, et intelligent.

 

Déjà, sans surprise, le roman est porté par un humour tout ce qu’il y a de britannique, tout en understatement et nonsense, et du meilleur effet. On sourit régulièrement, on éclate de rire de temps à autre ; on pense souvent, à la lecture du Faiseur d’histoire, au meilleur de Douglas Adams (j’ai d’ailleurs cru comprendre que Stephen Fry devait écrire une suite au Guide galactique… ?). Le roman est donc drôle, et léger ; un bon divertissement.

 

Mais il n’est pas que cela, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de cette énième uchronie. Stephen Fry sait, à l’occasion, se montrer plus grave, et même touchant (si, si), sans faire dans le pathos presse-bouton pour autant, notamment avec les personnages de Léo Zuckermann et de Steve. Il sait également poser les bonnes questions ; sur l’histoire, notamment (la discipline et sa pratique, mais aussi le sujet et sa signification) ; ou encore sur les différences culturelles entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis ; sur la guerre et sur la justice, sur le politiquement correct et l’ordre moral, etc. Ce qui fait du Faiseur d’histoire un roman à la fois drôle, juste et intelligent.

 

En outre, Le Faiseur d’histoire est un roman fort bien conçu. Si la trame est convenue, si certains rebondissements (pas tous, cela dit) sont pour le moins téléphonés, le roman est cependant astucieux et réfléchi dans son déroulement, très fluide. Les scènes « d’action » (enfin, on se comprend…) adoptent d’ailleurs souvent une narration cinématographique, déconcertante au premier abord, mais finalement plutôt bien vue. Les dialogues, pour leur part, sont souvent savoureux, et les personnages tout à fait réussis. Et notamment le principal d’entre eux : le narrateur Michael Young. Distrait, maladroit, un tantinet prétentieux, un brin puant même, il est avant tout très humain, et l’on s’identifie à lui sans peine (parole de doctorant, hum…). Un personnage attachant, même dans ses pires accès de ridicule. Mais Léo Zuckermann est également une belle réussite, de même que, à vrai dire, tous les autres personnages du roman, le jeune Adi (largement fantasmé) inclus, dont on suit la vie un chapitre sur deux au début du roman.

 

Enfin, Le Faiseur d’histoire est un bon roman de SF : si l’uchronie ne brille pas par son inventivité, elle est cependant pertinente et maîtrisée, et le roman s’autorise même à l’occasion quelques touches dickiennes (et là, je ne parle pas uniquement du Maître du haut-château, même si c’est le premier titre qui vient en tête…) franchement sympathiques.

Alors, certes, Le Faiseur d’histoire ne révolutionne rien. Il ne brille pas de mille feux, n’a rien d’un chef-d’œuvre ou d’une lecture indispensable. Mais il se lit tout seul, avec un plaisir constant, et, ma foi, c’est déjà pas mal.

PS : Euh, j'allais oublier... Broumf : dans mon exemplaire, les pages 225 à 256 sont manquantes, tandis que les pages 257 à 288 sont présentes deux fois... Alors je ne sais pas si c'est général ou pas [EDIT : a priori, non. Ouf.], mais au cas où, faisez gaffe, les gens... Hum, hum...

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"Chromozone", de Stéphane Beauverger

Publié le par Nébal

BEAUVERGER (Stéphane), Chromozone, Paris, La Volte – Gallimard, coll. Folio Science-fiction, [2005] 2008, 421 p.

 

Après la fort sympathique lecture que fut Le Déchronologue, je m’étais promis de lire davantage de Stéphane Beauverger. Or, davantage de Stéphane Beauverger, à l’heure actuelle, cela veut en gros dire la « trilogie Chromozone », composée de Chromozone, Les Noctivores et La Cité nymphale. Va donc pour ce premier volume, récemment ressorti en poche chez Folio-SF, de même que le deuxième (et le troisième ne devrait pas tarder, j’imagine, à moins qu’il ne soit déjà sorti ?).

 

Chromozone, donc. Un univers passablement glauque, au carrefour du post-apo et du cyberpunk. La Terre a été balayée par un virus informatique (Chromozone, donc...), qui a foutu un sacré bordel, en anéantissant en gros tous les processus de communication informatiques. Les États-nations et autres centres traditionnels du pouvoir, a fortiori dans les pays dits développés, se sont balkanisés et repliés dans un enfer communautariste, basé sur l’appartenance ethnique, la religion ou l’idéologie ; un sacré cauchemar en ce qui me concerne, au-delà, bien sûr, des simplifications médiatiques se cantonnant à la paranoïa ethnocentrique obsédée par « l’envahisseur » supposé menacer « l’identité » ; le vrai problème, à mes yeux, est bien celui du repli sur soi, du retour de bâton national ou local (identitaire, donc…) contre toute velléité cosmopolite ou simplement fédérative. Et étrangement, mais je dis peut-être des bêtises, je n’ai pas l’impression que ce thème ait été si traité que ça en SF (empreinte de « l’État mondial » des origines, et des méga-corporations du cyberpunk ?) ; c’est à n’en pas douter en ce qui me concerne un des gros points forts du roman.

 

Dans ce cadre terriblement pas glop (où, paraît-il, « il n’y a plus de place pour la bêtise », mais on est en droit d’en douter…), nous suivons essentiellement trois personnages dans trois villes.

 

Marseille. Le colosse Teitomo est, étrangement (ou pas) si l’on prend en compte son passé révolutionnaire, un flic. Il gère les choses à sa manière, et c’est pas évident. Surtout à l’heure actuelle, alors que les communautés s’affrontent, ce qui pourrait bouleverser la carte politique locale (tout est envisagé du point de vue local). Et puis il y a Khaleel, l’ancien mentor de Teitomo, devenu à peu de choses près un ordinateur vivant (et un prophète…), dans ce monde où les anciens réseaux informatiques infestés par le Chromozone ont été remplacés par la communication par phéromones…

 

Ouessant. Pardon, Enez Eussa. L’île bretonne est un camp de réfugiés sous la coupe des Keltiks, d’infects nazillons celtillons dirigés par le Tore. Mais le jeune Gemini ne reconnaît pas cette autorité (et il a de très bonnes raisons pour ça…). Avec la bande de la maison-tortue, il entend constituer une alternative ; même si, dans l’immédiat, leur préoccupation essentielle est la simple survie. Quel qu’en soit le prix.

 

Berlin. Justine est un ponte de Karmax (aha), un de ces grands consortiums qui refont surface, grâce au génie de son époux Peter Lerner. Mais d’autres consortiums, et notamment Zentech, sont à l’affût…

 

Évidemment, ces trois trames sont amenées à se rejoindre… plus ou moins bien. J’aurais en effet tendance à dire que le roman ne rattrape pas tous ses boulons, ce qui donne à l’occasion un léger sentiment d’artifice, et qu’il peut laisser un tantinet sur sa faim… Mais ce n’est après tout que le premier tome d’une trilogie, on verra bien si la suite permettra de revenir sur ces défauts.

 

Mais, au-delà de cette critique globale, le fait est que c’est pas mal du tout. On se laisse volontiers prendre par la plume débutante de Stéphane Beauverger (pas exempte de défauts dans ce premier roman, cela dit : il en fait parfois un peu trop, et a un usage déconcertant du point d’exclamation ; mais le style est dans l’ensemble fluide et intéressant), et c’est avec plaisir qu’on tourne les pages de ce Chromozone. Si certains pans de l’intrigue sont largement prévisibles, si le postulat technologique n'est pas spécialement intéressant ou inventif, on adhère pourtant à cet univers finalement plus original qu’il n’y paraît, et à ces personnages plutôt bien campés.

 

Avec ses défauts, Chromozone n’en est pas moins un roman de SF tout à fait recommandable, à la fois prenant et intelligent, et où fond et forme sont également travaillés. Certainement pas un chef-d’œuvre, mais néanmoins quelque chose de fort intéressant. L’émergence d’une « voix », très personnelle. Et c’est à bon droit que l’on pouvait voir en Stéphane Beauverger, à la seule lecture de Chromozone, un auteur « prometteur ».

On verra bientôt ce qu’il en est pour Les Noctivores.

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