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"Les Chants de glace", de Jean-Marc Ligny

Publié le par Nébal

 

LIGNY (Jean-Marc), Les Chants de glace, Ris Orangis, ActuSF, coll. Les Trois Souhaits, [1991, 2001, 2007] 2009, 118 p.

 

Après un Voyageur solitaire assez moyen, voici donc ce deuxième tome des « Chroniques des Nouveaux Mondes » de Jean-Marc Ligny, brève « histoire du futur » revendiquant son inspiration auprès de Cordwainer Smith. Effectivement, cela ne saurait faire de doute à la lecture de ce bref recueil, dont deux nouvelles, notamment, sont clairement dans la manière de l’auteur des « Seigneurs de l’Instrumentalité ».

 

En l’occurrence, il s’agit de « Labyrinthe de la Nuit » (pp. 7-23), nouvelle dans laquelle un certain Dante Desartes se lance dans une quête de la légendaire poétesse Djinn de Gaïa (on notera au passage des allusions directes au précédent volume ; si celui-ci n’avait pas forcément une dimension « histoire du futur » si marquée que cela, ce n’est plus le cas avec ce deuxième tome, en tous points plus cohérent), pour un résultat assez médiocre, et de la plus jolie et inventive « Les Chants de glace » (pp. 71-96), décrivant un spectacle de danse-lumière mégalomane, pour un résultat tout à fait correct. On retrouve ici la poésie alambiquée et un brin délirante de certains textes des « Seigneurs de l’Instrumentalité ».

 

Mais ce n’est pas là que se situe le plus intéressant dans ce petit recueil. Et pas davantage dans sa dernière nouvelle, « Ogoun Ferraille » (pp. 97-119), sympathique récit plutôt axé « jeunesse » (une adolescente qui veut assister à un concert de son idole, ce qui ne plaît guère à ses parents jugeant tout cela bien trop « décadent » – la critique de « l’ordre moral » revient souvent dans ces textes), mais qui laisse un peu sur sa faim.

 

Le plus intéressant, et de loin, réside heureusement dans la plus longue de ces quatre nouvelles, « La Guerre de trois secondes » (pp. 25-69). La forme suit le fond, la nouvelle correspondant à la transcription d’une sorte d’émission de télévision réalisée cent ans après les faits qui y sont décortiqués : aussi passe-t-on sans cesse d’interventions des invités et de questions des spectateurs à de brèves séquences de reconstitutions constituant autant de nouvelles dans la nouvelle. Le résultat est tout à fait saisissant, palpitant et convaincant. Dommage que le reste du recueil ne soit pas à la hauteur…

 

En somme, une très bonne nouvelle, et trois autres plus dispensables.

 



Et, euh, ben, j’ai rien à dire de plus… Attendons la suite...

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"Chimère", de Mary Rosenblum

Publié le par Nébal

 

ROSENBLUM (Mary), Chimère, [Chimera], traduction de Bruno B. Bordier, préface de David Calvo, Lyon, Les Moutons électriques, coll. La Bibliothèque voltaïque, [1993] 2009, 407 p.

 

Chimère est le deuxième roman de Mary Rosenblum, mais le premier à avoir les honneurs d’une traduction française… avec une quinzaine d’années de décalage par rapport à sa sortie outre-Atlantique. Eh oui, tout de même.

 

Ce qui explique sans doute en partie l’anachronisme relatif de ce roman, présenté comme inaugurant plus ou moins un certain mouvement « post-cyberpunk », mais qui, à le lire aujourd’hui, donne surtout l’impression d’un roman tout ce qu’il y a de cyberpunk tout court.

 

Mais voyez plutôt. Un futur proche, et passablement glauque (normal, quoi). Nous suivons essentiellement dans Chimère deux personnages, travaillant tout deux au départ pour un richissime (et détestable) homme d'affaires du nom de Harmon Alcourt, basé dans le complexe d’Erebus en Antarctique.

 

Jewel Martina s’est arrachée à force de travail de sa condition de banlieusarde sordide, pour devenir assistante médicale ; elle tente par ailleurs d’améliorer encore son niveau de vie en élaborant des « packages » sur le réseau ; sans grand succès, hélas pour elle, d’autant que son patron ne voit pas d’un très bon œil cette activité parallèle, et fait capoter sa dernière tentative en ce sens.

 

David Chen, quant à lui, est issu d’un milieu bien plus favorisé ; il a cependant coupé les ponts avec sa famille (chinoise et stricte au possible) pour devenir un artiste RV, et un des plus appréciés sur le marché.

 

C’est le compagnon de David Chen, Flander, par ailleurs un connard fini qui adopte en réalité virtuelle un avatar de renard, qui va provoquer la rencontre des deux personnages, et bientôt les faire sombrer dans un complexe engrenage pouvant entraîner leur mort à tous.

 

Enfin, « bientôt »… c’est vite dit.

 

Car malgré ce canevas en apparence typique du techno-thriller à tendance cyberpunk, Chimère se révèle surtout être un roman affreusement long et mou.

 

Mary Rosenblum dilue en effet considérablement l’action, et la noie d’une part dans une sorte de soap opera lourdingue (avec moult relations familiales et sentimentales critiques, et les violons en fond sonore), et d’autre part dans une réflexion (plus ou moins convenue, quoi que laisse entendre – ? – le préfacier dans son texte, euh, pour le moins, euh, hermétique, ou l'auteur elle-même dans sa postface) sur le réel et le virtuel. Sur ce second plan, Chimère accuse indéniablement son âge. Et, que ce soit dans le fond ou dans la forme, il s’en dégage une fâcheuse impression de déjà-lu.

 

Ce qui ne serait pas forcément problématique (ou insurmontable) si le roman se montrait par ailleurs subtil, ou haletant et divertissant. Hélas, Chimère n’est ni l’un ni l’autre. C’est en effet un sentiment de lourdeur qui domine à la lecture de ce roman sans doute beaucoup trop long et lent (sentiment accru, il faut le dire, par l’objet lui-même, certes fort joli, mais d’un maniement peu aisé et d’une lecture fatigante – un problème typique de la Bibliothèque voltaïque…). Oui, on a déjà lu tout cela, chez William Gibson ou Walter Jon Williams, par exemple (du coup, en fait de « post-cyberpunk »…), et on l’a déjà lu en mieux.

 

Tout juste s’il surnage ici ou là quelques bonnes idées, et, passé un certain temps, un joli travail d’ambiance pour les scènes désertiques… Mais l’ennui reste prédominant de la première à la dernière page, tandis que l’intrigue, malgré son caractère passablement capillotracté, se traîne sur un rythme d’escargot asthmatique, en accumulant lors de brèves hausses de tension rebondissements mous et révélations qui n’en sont pas, et que la plume de l’auteur se montre erratique et plombée, parfois franchement agaçante.

 

Du coup, il ne reste pas grand chose en faveur de ce roman trop long, trop lent, et déjà lu en mieux.

Une jolie couverture de Michelle Bigot…

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"Les Domestiques", de Michael Marshall Smith

Publié le par Nébal

 

MARSHALL SMITH (Michael), Les Domestiques, [The Servants], traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Julien Simon, Paris, Bragelonne – Milady, [2007] 2009, 285 p.

 

Ayant lu pas mal de pavés ces derniers temps, j’ai eu envie, pour changer un peu, de lire quelque chose de léger. Déambulant dans les rayonnages, j’ai été attiré par ces Domestiques, ou, plus précisément, par le nom de l’auteur, à propos duquel des sources bien informées m’avaient dit beaucoup de bien, notamment pour son recueil de nouvelles intitulé L’Homme qui dessinait des chats. J’avais envie de me faire un peu de fantastique léger – ça faisait longtemps –, alors pourquoi pas celui-ci ? Allez, hop.

 

Nous sommes de nos jours, à Brighton. Mark est un gamin de onze ans, qui se fait grave chier. Il fait un temps dégueulasse, le skateboard se révèle un loisir diablement compliqué, et l’ambiance à la maison est désastreuse. La mère de Mark est toujours trop fatiguée pour faire quoi que ce soit. Et puis il y a David, le beau-père de Mark. Pas son vrai père, hein, attention ! Un intrus. Qui manipule sa mère, l’enferme dans sa quasi-catatonie ; et qui déteste à l’évidence Mark, qui le lui rend bien.

 

Un jour, Mark fait la rencontre de la vieille dame qui habite au rez-de-chaussée de la maison de David. Une vieille comme il y en a plein, gentille, discrète. Un peu anachronique. Elle fait découvrir au gamin les quartiers des domestiques, là où s’agitait au temps jadis toute une foule de serviteurs zélés, employés par les Londoniens oisifs de l’étage. C’était il y a longtemps, bien sûr.

 

Mais plus tard, alors que Mark arpente les salles crasseuses en solitaire, l’animation ressurgit. Les domestiques d’antan – le majordome, la gouvernante, la cuisinière, la plongeuse et la femme de chambre – ressurgissent comme si de rien n’était, et s’activent au son des clochettes de l’étage. Et « Maître Mark » de se demander s’il ne s’agit que d’un rêve, ou bien…

 

Vous l’aurez compris, le canevas n’est pas exactement ce qu’il y a de plus original, et il se dégage de ces Domestiques une impression de déjà-vu ou déjà-lu (chez Stephen King, probablement). Pourtant, on se laisse assez facilement emporter par la plume très « professionnelle » de Michael Marshall Smith, qui sait à l’évidence instaurer une ambiance (un bémol, pourtant – mais peut-être cela vient-il de la traduction, autrement irréprochable ? – : Mark ne s’exprime pas toujours comme un gamin de onze ans…). Et, dans cette trame convenue, si l’on voit dans l’ensemble très bien où l’auteur nous conduit, il sait néanmoins nous réserver quelques menues surprises de temps à autre…

 

Le plus intéressant, cependant, est ailleurs, dans les relations entre Mark et David. Si le roman est écrit à la troisième personne, c’est cependant selon le point de vue de l’enfant. Et sa cruauté à l’égard de son beau-père est tout à fait saisissante. Mais quand le gamin se met à comprendre – bien après le lecteur, bien sûr… – le pourquoi du comment, cela nous vaut quelques jolies pages, pour le moins émouvantes, et qui évitent de verser excessivement dans le sirupeux (même si, parfois, on se dit qu’on n’est pas loin d’une « Histoire fantastique » filmée par Spielberg ou Zemeckis, certes…).

Au final, un roman – que j’aurais envie de qualifier de « jeunesse », même si cela n’est revendiqué nulle part – assez correct, certainement pas transcendant, passablement convenu, mais qui se lit vite et sans déplaisir. Ni plus, ni moins. Certainement pas indispensable, mais suffisamment « bien fait » et – parfois – poignant pour que le lecteur désœuvré ne regrette pas son acquisition… Maintenant, je ne peux pas dire que ces Domestiques m’ont vraiment donné envie de lire davantage de Michael Marshall Smith. Cela dit, je tenterais bien un jour L’Homme qui dessinait des chats… en en espérant davantage, tout de même.

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Je suis en retard ! épisode 4

Publié le par Nébal

Désolé les gens, mais trop de temps s’est écoulé depuis ma lecture de ces deux volumes pour que je sois en mesure d’en faire un compte rendu décent. Alors on va faire vite, une dernière fois… Désolé…




 

Fiction, t. 9, Lyon, Les Moutons électriques, printemps 2009,  334 p.

Après la déception relative du tome 8, force m’est de constater, avec joie, que le niveau est sacrément remonté pour ce nouveau numéro, plus abondamment illustré encore que d’usage, et comprenant quelques très bonnes nouvelles (souvent des habitués : James Patrick Kelly, Jeffrey Ford, Steven Utley…). On notera aussi, pour une fois, une intéressante non-fiction (pour un béotien dans mon genre, en tout cas), le long article de Samuel Petit intitulé « Motion Art et édition à l’heure du papier électronique ». Plein de bonnes choses par ailleurs dans ce numéro débordant de nouvelles dans l’ensemble assez courtes. Ouf.

 




 

EVENSON (Brian), La Confrérie des mutilés, [The Brotherhood of Mutilation], traduit de l’américain par Françoise Smith, Paris, Le Cherche-Midi, coll. Lot 49, [2006, 2008] 2009, 219 p.

Kline est un privé qui a perdu une main, de son propre gré, dans une précédente affaire. C’est ce qui va l’amener à faire la connaissance de la terrible Confrérie des Mutilés, secte entièrement composée de mutilés volontaires ; on lui confie une enquête au sein de la secte… mais tout tourne mal, et le polar se mue bien vite en un roman bizarre d’horreur paranoïaque et sèche, diablement efficace, et non dénué d’un humour à froid à l’occasion.

Un roman que j’ai lu un peu par hasard, parce que je croyais vaguement en avoir entendu parler, parce que la jolie couverture et la collection me bottaient, parce que la quatrième de couv’ multipliait les références qui me parlaient (en vrac, Poe, Borges, Kafka, Ballard, Stephen King… miam). Autant dire que je n’ai pas été déçu du voyage. Va falloir que je lise d’autres choses du monsieur ; Inversion a intégré ma pile à lire, je vous en recauserai sous peu (plus en détail, j’espère…).

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"Il est parmi nous", de Norman Spinrad

Publié le par Nébal

 

SPINRAD (Norman), Il est parmi nous, [He walked among us], traduit de l’anglais (États-Unis) par Sylvie Denis & Roland C. Wagner, [Paris], Fayard, 2009, 691 p.

 

Le voilà donc, ce nouveau roman de Norman Spinrad, après des tours et détours éditoriaux ayant abouti à cette étrange publication originelle en France et en français chez Fayard, sans que le bouquin ne soit passé par la case outre-Atlantique auparavant. Bizarre… Mais on se gardera bien d’en déduire quoi que ce soit.

 

Spinrad, donc. Un auteur que – je plaide coupable – je n’ai que peu pratiqué, puisque je n’ai lu de lui que l’excellent Jack Barron et l’éternité et la salutaire mauvaise blague (un peu longuette, cela dit) qu’est Rêve de fer (j’ai aussi Les années fléaux en attente). Mais un auteur qui m’a suffisamment parlé avec les deux ouvrages précités pour me donner envie d’en lire d’autres. Et pourquoi pas celui-ci, cet énooooOOOOOooooooooooorme pavé qui fait l’actualité ?

 

Posons rapidement le pitch. Les États-Unis, de nos jours. Texas Jimmy Balaban est un agent et producteur qui tombe un peu par hasard, dans un bled paumé, sur Ralf, un étrange comique (pas drôle) qui prétend venir du futur. Sentant un potentiel sous les vannes éculées, Jimmy fait de Ralf son protégé, et parvient à le lancer à la télévision, pour une émission intitulée Le Monde selon Ralf, et basée sur ce gimmick du comique venu du futur : les Petits Macaques et les Petites Guenons ont merdé, on a laissé la Terre dans un état pas croyable, et nos descendants nous ont envoyé ce qu’on méritait, c’est-à-dire Ralf, comique de troisième zone, pour nous secouer un peu et nous faire ouvrir les yeux. Et l’émission finit par obtenir un certain succès, étrangement… alors que Ralf, déjà pas très drôle à la base, devient de plus en en plus « sérieux », tout en passant insidieusement de son rôle d’envoyé narquois de la Nef des Morts au rôle prophétique de Grande Betterave Céleste et de capitaine du Vaisseau-Terre, afin de changer tout ça et de susciter des lendemains qui chantent.

 

Pour coacher le trublion, qui est tellement dans son rôle que Texas Jimmy Balaban ne doute pas de sa folie latente, et pour lui fournir de la matière, l’agent déniche un duo mal assorti, deux personnalités que tout oppose : Amanda, insupportable mystique new age truc machin de l’ère du Verseau et des satoris à dix sous, et Dexter D. Lampkin, un écrivain de SF frustré qui n’écume guère les conventions et leur faune peu ragoûtante d’obèses autistes que pour carrer sa queue dans des groupies extatiques, et se retrouve en définitive prêt à « se compromettre » pour une Porsche.

 

Parallèlement, nous suivons aussi la descente aux enfers de Foxy Loxy, pute à crack de son état, qui sombre littéralement dans ce que la ville a de plus obscur et de glauque. Jusqu’à son inévitable rencontre avec Ralf… Ses passages étant par ailleurs (bien) écrits dans un style syncopé et argotique SMSesque pouvant faire penser à Tourville avec un peu plus de ponctuation.

 

Et ce pendant en gros 700 pages.

 

Putain, c’est long…

 

Beaucoup trop long. Le bouquin – par ailleurs blindé de coquilles et de mots manquants, comme une preuve supplémentaire de son manque de travail éditorial – s’éternise en multipliant digressions et répétitions. Parfois enthousiasmant, parfois drôle – assez rarement, cela dit, et pas dans les passages consacrés aux émissions de Ralf, dont l’humour à base de vannes foireuses a de quoi laisser perplexe, a fortiori en France –, le roman, pourtant bourré de bonnes idées et spinradien au possible (on retrouve des thèmes classiques : pour m’en tenir à ce que je connais, le pouvoir des médias – Ralf fait un peu figure de sous-Jack Barron –, la quête de l’immortalité, le potentiel sectaire et fascistoïde du fandom SF – avec l’ombre de la Scientologie en arrière-plan –, etc.), se révèle souvent agaçant, et aurait mérité une bonne coupe pour intéresser véritablement.

 

Mais voilà : on doit se taper ces 700 pages, de gré ou de force. Et on alterne en permanence entre le bon et le moins bon, le vraiment excellent et le carrément très mauvais, le pertinent et le lourdingue, tout au long d’un périple interminable, répétitif, et pas toujours très crédible, loin de là. Dommage…

 

Finalement, ce roman une fois achevé, j’avouerai en avoir conservé un goût assez désagréable en bouche. Surtout si l’on doit le comparer avec Jack Barron et l’éternité et Rêve de fer, pour, là encore, ne parler que de ce que j’ai pu en lire. Dans ces romans, quand Spinrad nous traitait de cons – en gros –, c’était salutaire et irrésistible ; avec Il est parmi nous, quand il s’en prend de même aux Petits Macaques, c’est finalement plutôt désolant, limite pathétique – et certainement pas drôle.

 

Un peu à l’instar de son double Dexter D. Lampkin, Norman Spinrad – qui apparaît parfois à la troisième personne dans le roman – y donne l’impression d’un auteur frustré et revenu de tout (a fortiori si l’on songe à l’étrange destinée éditoriale de son roman), qui hésite entre revenir à la charge pour obtenir enfin un triomphe messianique – le moins que l’on puisse dire est que le roman ne manque pas d’ambition… –, et baisser cyniquement les bras devant l’inéluctable bêtise du genre humain, qui n’a que ce qu’il mérite. Le roman navigue en permanence entre ces deux attitudes ; aussi sa sincérité, sa probité, ne sauraient-elles faire aucun doute, mais il n’en reste pas moins qu’Il est parmi nous est un roman bancal, qui se cherche et ne se trouve pas toujours, à se perdre dans une multitude de thèmes et de directions, et perdant régulièrement ses lecteurs ennuyés par la même occasion.

Au final, le pavé tant attendu, loin de ressembler au grand-œuvre que son titre et son ambition pouvaient laisser supposer, laisse la désagréable impression d’un roman ni bon ni mauvais, mais juste tristement médiocre. Aussi enthousiasmant que pénible, à mesure que les pages défilent. Et beaucoup trop long… De la part d’un grand comme Spinrad, c’est tout de même sacrément dommage. Déçu je suis.

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"Le Déchronologue", de Stéphane Beauverger

Publié le par Nébal

 

BEAUVERGER (Stéphane), Le Déchronologue, [s.l.], La Volte, 2009, 389 p.



Bon, allez, on va essayer de s’y remettre.



Très franchement, ça ne s’annonce pas facile, et je ne vous cacherai pas que j’ai failli baisser les bras, hésitant entre n’évoquer mes lectures en retard que sous la forme (détestable) des notules que je vous ai infligées il y a de cela quelque temps, et ne pas en parler du tout. Ce qui m’ennuyait tout de même, puisque dans l’ensemble c’était du bon, et même du très bon…

Ainsi cet étrange et enthousiasmant Déchronologue de Stéphane Beauverger. De l’auteur, je n’avais rien lu jusqu’à présent.



Bon, si, d’accord, sa nouvelle d’Appel d’air que j’avais détestée, mais ça vaut pas, d’abord, hein, bon.

D’autant que le reste de la production littéraire du monsieur – la trilogie « Chromozone », alors – m’intriguait. À l’occasion de sa réédition en poche chez Folio Science-fiction, je me suis donc emparé de la chose (enfin, les deux premiers volumes pour l’instant). Puis est sorti – avec un peu de retard – ce nouveau roman, toujours chez La Volte. Les critiques étaient unanimement dithyrambiques ; alors autant commencer par-là…

Le Déchronologue
, donc. Un intriguant cocktail, mélangeant aventures maritimes (pour ne pas dire piraterie) et science-fiction, en l’occurrence voyage temporel. Mais pas selon le schéma habituel qui nous fait suivre le voyageur (celui de « la Patrouille du temps », par exemple). Ici, l’on reste dans la mer des Caraïbes du XVIIe siècle, mais celle-ci est perturbée par d’étranges phénomènes temporels. Encore que les flibustiers qui y sont confrontés ne les envisagent pas nécessairement ainsi ; simplement, ils rencontrent régulièrement ce qu’ils nomment des maravillas, des « merveilles », que nous autres lecteurs savons être des objets venus du futur, pour une raison inconnue. Mais le passé peut également ressurgir, ainsi sous la forme de la flotte d’Alexandre le Grand…

C’est le monde étrange, tout en superstitions et phénomènes inexplicables, dans lequel vit le capitaine Henri Villon. Pas pour longtemps : dès la première ligne du roman – son journal –, il nous annonce sa mort prochaine. C’est que le sympathique flibustier français mène une vie dangereuse : son association avec les corsaires huguenots menés par Le Vasseur, désireux de prendre l’île de la Tortue pour en faire une utopie protestante (sombrant bien vite dans la dictature, comme il se doit), suffit déjà à faire des Espagnols dominant les mers ses ennemis acharnés. Mais, dans sa quête fascinée des maravillas, il sera également confronté à des dangers de tout autre nature, face auquel son Chronos ne peut faire grand chose. Cela changera, cela dit, avec le Déchronologue, son nouveau bateau – je ne vous dirais bien évidemment pas dans quelles circonstances il en a obtenu le commandement, non mais… –, dont les canons tirent du temps…

Mais le récit d’Henri Villon n’obéit pas à la chronologie. Les chapitres, comme s’ils étaient eux aussi perturbés par les maravillas, s’enchaînent en effet dans le « désordre » : 1, 16, 17, 6, 2, 7, etc. Au premier abord, pour être honnête, j’ai craint l’artifice un peu vain, la formule gadget n’apportant rien au roman et, pire encore, pouvant lui nuire en rendant l’action incompréhensible. Mais non : loin de là, Stéphane Beauverger a fait preuve d’une rigueur dans la construction tout à fait exceptionnelle ; du coup, non seulement cette déconstruction apparente ne nuit pas à l’intrigue, mais, mieux encore, elle la sert tout à fait, dégageant insidieusement une trame efficace, riche en rebondissements, et qui a bien un début et une fin en-dehors de la seule chronologie. On ne s’y perd jamais vraiment, et on applaudit bien fort.

Et le fait est que Le Déchronologue est un roman vraiment palpitant. Bien que n’étant guère pour ma part amateur de récits de piraterie, je me suis laissé happer dès la première page, et ne me suis pas ennuyé un seul instant. Le talent de l’auteur, ici, ne saurait faire de doute ; et il s’illustre notamment dans l’ancrage de son histoire dans le réel. À l’évidence, Stéphane Beauverger s’est énormément documenté pour écrire son roman, mais a su éviter avec brio les trois grands écueils des mauvais romans historiques (à mon sens, tout du moins), à savoir le didactisme permanent, la gratuité des anecdotes destinées à faire maladroitement « couleur locale », et, en sens inverse, la modernité dans le ton – et notamment dans les dialogues – qui empêche toute suspension de l’incrédulité. Ici, tout est question de dosage, et Stéphane Beauverger s’est montré d’une méticulosité tout à fait remarquable.

Et, du coup, ça marche très bien. Le Déchronologue est bel et bien un très bon roman, divertissement efficace conçu et rédigé avec adresse, dans lequel fond et forme s’associent pour le plus grand plaisir du lecteur. Stéphane Beauverger me fait donc l’effet d’un auteur plus que prometteur, et je ne manquerai pas d’avancer la trilogie « Chromozone » (rien à voir, pour ce que j’ai pu en comprendre) dans ma volumineuse pile à lire.

Et un message personnel pour finir : sire Planchapain, je suppose que vous l’avez déjà compris, mais vous devez lire ce livre, il ne pourra que vous plaire.

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"Bifrost", n° 54

Publié le par Nébal


Bifrost, n° 54, Saint Mammès, Le Bélial’, avril 2009, 183 p.

 

Bon, ayant participé – même si ce n’est qu’un chouia – à la chose, il ne me paraît pas honnête d’en faire un compte rendu…

 

Donc je vais faire ma feignasse, et me contenter de rappeler que s’y trouvent trois de mes comptes rendus : l’anthologie Divergences 001 (pp. 84-85), Aube d’acier de Charles Stross (pp. 86-87), et Outrage et rébellion de Catherine Dufour (pp.98-99).

 



Hop. Au passage, le dossier du prochain numéro sera consacré à Roger Zelazny.

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Dimension URSS, de Patrice Lajoye (éd.)

Publié le par Nébal

 

LAJOYE (Patrice) (éd.), Dimension URSS, Encino, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche – Fusée, 2009, 295 p.

Ma chronique figurait sur le défunt site du Cafard cosmique... La revoici.

 

 

Inutile de se voiler la face, Camarades : depuis que des vermines réactionnaires ont vandalisé un mur à Berlin, en 1989, la science-fiction soviétique ne se porte pas au mieux. Le KGB est d’ailleurs formel : en France, à titre d’exemple, les prolétaires n’ont plus accès à rien dans ce domaine depuis des années.


Heureusement, le camarade Patrice Lajoye, qui s’y connaît en entrisme, vient de publier une anthologie dans l’audacieuse collection « Rivière Blanche » (coutumière de ces recueils étrangers) qui devrait être en mesure de pallier ce manque cruel. Et si l’anthologiste a choisi de faire l’impasse sur la production la plus ouvertement propagandiste et didactique pour privilégier les auteurs dits de la « quatrième vague » - « l’exotisme » de ces nouvelles, pour un lecteur français, consistant dès lors en un subtil décalage, et non en une différence radicale -, il n’en reste pas moins que ce Dimension URSS, unique en son genre, présente bien des atouts à même de raviver chez les prolétaires français le goût pour la science-fiction des soviets.

 

Après une (trop) courte préface du camarade Lajoye expliquant le pourquoi du comment, l’anthologie s’ouvre sur une bizarrerie à la limite du hors-sujet, puisque pré-soviétique : « La Terre, Scènes des temps futurs » est en effet une pièce de théâtre du camarade Valeri Brioussov antérieure à la Glorieuse Révolution d’Octobre. Mais ce choix se révèle étrangement pertinent, tant ce texte, pompeux certes, mais aussi visionnaire à bien des égards, dans sa description d’une apocalypse molle, semble anticiper la destinée de l’URSS et celle de sa production science-fictive. Un très bon choix, donc, et une excellente introduction.

Suivent deux nouvelles de science-fiction humoristique brodant sur le thème du savant fou, l’excellente « Au-dessus du néant », d’Alexandre Beliaev (s’inscrivant dans une série), puis, sans doute un plus anecdotique (et très didactique, comme il était alors d’usage), « L’Éveil du professeur Berne », de Vladimir Savtchenko.

Héroïsme et patriotisme sont au menu avec « L’Astronaute », de Valentina Jouravliova, une nouvelle dans « la stricte orthodoxie soviétique » ; mais elle est compensée, immédiatement après, par « Sur un sentier poudreux », de Dmitri Bilenkine, courte nouvelle où un héros soviétique se trompe - rappelez-vous, il ne s’agit heureusement que de fiction.

On retourne à quelque chose qui marque plus durablement les esprits avec « Le Pré », de Karen A. Simonian, variation finalement bien trouvée sur le thème des arches stellaires. Notons au passage que cet auteur est le seul à avoir deux textes dans cette anthologie. Mais on avouera que cette première nouvelle, acerbe et poétique, est plus convaincante que la lourde « Le Saule épanché et le roseau tremblant », qui conclut l’anthologie, et dans laquelle le culte de la mère-patrie (l’Arménie, en l’occurrence) se révèle un peu agaçant.

On passera rapidement sur « Une dernière histoire de télépathie », de Roman Podolny, récit convenu, et sur « Quels drôles d’arbres », de Victor Koloupaev. Ces deux textes ne soutiennent en effet pas la comparaison avec la plupart des nouvelles qui suivent, comme la transfiguration science-fictive du mythe de « Pygmalion », par Vladimir Drozd, auteur qui signe là son unique incursion dans les littératures de l’imaginaire, avec un incontestable brio poétique.

Si « Un cheechako dans le désert », de l’auteur populaire Kir Boulytchev se montre ensuite d’une pénible naïveté (mais l’auteur s’adressait à la jeunesse avec sa série « Alice »), les choses redeviennent autrement plus sérieuses avec la superbe « La Station intermédiaire », de Valentina Soloviova : fantastique ? science-fiction ? Peu importe : ce texte est un petit bijou, un vrai chef-d’œuvre, sans doute et de loin le meilleur texte de l’anthologie.

Autre réussite notable : « La Toute Dernière Guerre au monde », de Vladimir Pokrovski, typique de la thématique du désarmement nucléaire dans les années 1980, où les points de vue alternent entre un homme et une bombe. Impressionnant, de même que « Vingt Milliards d’années après la fin du monde », de Pavel Amnouel, variation rondement menée sur la crainte de l’holocauste nucléaire, et qui - fait rare - adopte pendant un bon moment le point de vue des capitalistes américains.

Le tout, vous l’aurez compris camarades, constitue une anthologie variée, mûrement réfléchie et de très bonne facture dans l’ensemble, avec quelques perles surnageant au milieu de textes dont aucun ne saurait véritablement être qualifié de mauvais.

 

Cerise sur le gâteau : le camarade Lajoye a complété son travail par une passionnante postface sur la science-fiction soviétique en général et la « quatrième vague » en particulier, dont on regrettera qu’elle soit aussi courte. Encore une bonne idée pour finir : l’anthologie se conclut sur un port-folio de couvertures de la revue Tekhnika Molodeji (La Technique pour les jeunes), qui accueillait régulièrement de la science-fiction dans ses pages.

Le bilan est donc positif. Mais il est pourtant une critique sur laquelle on ne saurait faire l’impasse : les traductions (quand bien même « révisées » pour les nouvelles qui avaient déjà connu une traduction française dans des organes de propagande moscovites) sont souvent loin de faire honneur aux textes ; certaines phrases se montrent d’une pénible lourdeur, tandis que d’autres... ne veulent tout simplement rien dire. Les coquilles étant en outre assez nombreuses, on regrettera donc que cette anthologie, par ailleurs plutôt réussie, n’ait pas bénéficié d’une relecture à la hauteur...

 

En attendant, lecteurs de tous les pays, Unissez-vous ! Malgré ces derniers défauts, Dimension URSS reste un ouvrage tout ce qu’il y a de sympathique, et le prolétaire français victime de l’oppression capitaliste-réactionnaire y trouvera de quoi s’initier à la science-fiction soviétique dans ses divers aspects. Une réussite, donc ; ne reste plus qu’à espérer que l’anthologiste retrousse ses manches pour un Dimension Russie...

 

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"Outrage et rébellion", de Catherine Dufour

Publié le par Nébal

 

DUFOUR (Catherine), Outrage et rébellion, Paris, Denoël, coll. Lunes d’encre, 2009, 385 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 54 (pp. 98-99).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant un an.

En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

 

EDIT : Hop :

 

 Pour son nouveau roman (en Lunes d’encre, cette fois, sous une couverture d’un Daylon qu’on a connu plus inspiré, figurant un incongru fan de Tokyo Hotel) situé dans l’univers sino-glauque du très bon et justement plébiscité Le Goût de l’immortalité (mais on ne parlera pas vraiment de « suite » pour autant), Catherine Dufour délaisse les yourcenareries pour faire dans le nettement moins distingué, mais non moins efficace.

 

 Cette fois, on oublie les subjonctifs et autres tournures alambiquées, au profit de témoignages crus et gouailleurs, débordant de sexe, de drogue et de rock’n’roll (et de pisse et de vomi) (et de prothèses et de clones). La forme (quasi) épistolaire laisse la place à une succession d’entretiens, façon documentaire (mentions légales et générique de fin inclus), entièrement dénués de descriptions, de monologues intérieurs, etc.

 

 Bref, exeunt les Mémoires d’Hadrien ; Catherine Dufour fait cette fois l’éponge avec l’indispensable Please Kill Me de Legs McNeil et Gillian McCain, « histoire non censurée du punk » américain des origines à la décadence (enfin, on se comprend…), où des Lou Reed, Iggy Pop, Ron Asheton, Dee Dee Ramone et autres (producteurs, musiciens, groupies, journalistes…) nous entretiennent avec candeur et outrance de leurs frasques de gamins débiles (et somme toute fort peu de musique…).

 

 Catherine Dufour fait quelque peu l’éponge, oui ; elle ne s’en est jamais cachée, d’ailleurs, mais il est vrai que cela pourrait lui être nuisible à terme… Mais pas pour le moment. Car si Outrage et rébellion s’inspire largement de Please Kill Me, il n’en constitue certainement pas une adaptation servile, ni a fortiori un plagiat. Si Catherine Dufour emprunte au volumineux essai sa structure et quelques anecdotes ici ou là, elle n’en fournit pas moins un considérable travail d’écrivain en en faisant un roman. Un vrai roman, inventif dans la forme comme dans le fond, et qui se dévore et enthousiasme comme un riff des Ramones, avec la saleté de production des Stooges, et une outrance plus vraie que nature.

 

Car c’est là à vrai dire le tour de force de l’auteur. En nous contant l’épopée de marquis, de ses potes et des requins et margoulins divers et variés qui profitent de leur talent contestable, le tout dans un contexte science-fictif d’une noirceur organique et horrifique quelque part entre Ballard et Cronenberg, Catherine Dufour parvient à humaniser son propos, et à donner un sens aux idioties juvéniles des branleurs géniaux qui l’ont inspirée. marquis et ses zicos sont non seulement plus humains, tout en étant sensiblement plus trash, que leurs illustres modèles, mais, au delà, leur péripéties se voient ainsi conférer un sens, une portée immédiate, politique et cinglante, qui, quoi que le mythe ait pu en dire, faisait défaut au punk des origines.

 

Outrage et rébellion (tout est dans le titre) est donc bel et bien un (excellent) roman, fort de sa singularité, d’une humanité et d’une vivacité exemplaires, et autrement plus profond qu’il n’y paraît au premier abord.

 

Et c’est aussi, sans surprise de la part de Catherine Dufour, un roman superbement écrit. On a souvent eu l’occasion de le constater : il n’y a rien de pire que le pseudo-argot que les écrivaillons du dimanche se sentent obligés d’infuser dans leurs dialogues pour faire « populo ». Mais, ici, l’auteur maîtrise parfaitement sa technique, use des néologismes et barbarismes ave un naturel effarant, et le tout coule tout seul, avec une aisance verbale, une authenticité, rares dans un roman. Les interventions des divers personnages, tantôt écœurantes et déprimantes, tantôt (souvent) à hurler de rire, sont toujours d’une extrême justesse qui force le respect. Aussi Outrage et rébellion se lit-il avec un plaisir constant, et une aisance permanente comme on en a rarement vue.

 

Chef-d’œuvre, alors ? Non, quand même pas. Si Outrage et rébellion est bien un excellent roman, chaudement recommandé, il n’en est pas moins régulièrement victime de menus défauts qui l’empêchent d’accéder tout au sommet de la pyramide. Ainsi, si les emprunts et clins d’œil, nombreux, se montrent souvent jouissifs, il est à craindre que certains puristes ne jasent devant le procédé et le jugent quelque peu artificiel (sans parler des culs serrés à même de s’offusquer de la – oh mon Dieu – « vulgarité » du roman, mais ceux-là, n’est-ce pas, on les empapaoute, alors, bon…). Mais il y a plus gênant : notamment, si les très nombreux personnages sont tous aisément identifiables, solidement construits et cohérents, la structure même du roman en rend parfois le déroulement quelque peu confus. Et c’est à mon sens particulièrement vrai, et d’autant plus regrettable, pour ce qui est de la fin du roman, laquelle ne m’a à vrai dire pas convaincu : trop abrupte, trop confuse, et pas vraiment crédible… Dommage. Il s’en fallait de peu.

 

Mais, bordel, on parle de punk, que diable ! Alors ce n’est certainement pas le moment de faire la fine bouche. Dans l’ensemble, il ne saurait faire de doute qu’Outrage et rébellion est un excellent roman, qui vaut largement le détour ; il est même probablement meilleur que son illustre prédécesseur. Alors l’adage se vérifie encore une fois : Catherine Dufour, c’est bon, mangez-en.

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"Aube d'acier", de Charles Stross

Publié le par Nébal

 

STROSS (Charles), Aube d’acier, [Iron Sunrise], traduit de l’anglais par Bernadette Emerich et Xavier Spinat, Paris, Mnémos – LGF, coll. Le Livre de poche Science-fiction, [2004, 2006] 2008, 571 p.

 

Ma chronique de cette « suite » de Crépuscule d’acier se trouve dans le Bifrost n° 54 (pp. 86-87).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant un an.

En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

 

EDIT : Hop :

 

 « 1. Je suis l’Eschaton. Je ne suis pas ton dieu.

 

 « 2. Je descends de toi et j’existe dans ton futur.

 

 « 3. Tu ne violeras pas la causalité à l’intérieur de mon cône de lumière historique. Sinon… »

 

 On avouera que, pour n’être pas divine, l’I.A. mégalomane et paranoïaque post-singularité ne manque pas d’une certaine classe. Ce « Sinon… », notamment, est lourd de menaces. Quand une étoile explose et raye de la carte galactique la civilisation terriblement ennuyeuse et banale de la Nouvelle Moscou, on pense immédiatement au grand E. En s’étonnant, tout de même, de ce que les pacifiques néo-moscovites aient pu d’une manière ou d’une autre violer la causalité.

 

 Peut-être le coupable se trouve-t-il ailleurs, et l’Eschaton s’est-il en fait montré faillible ? Pour les survivants expatriés de la Nouvelle Moscou, il y a une cible toute désignée : la bien plus hargneuse Nouvelle Dresde. Aussi avait-elle établi à tout hasard un programme de dissuasion par riposte massive qui, à l’instant même où la planète-mère disparaissait dans une aube d’acier destinée à s’étendre sur plusieurs années-lumière, a précipité des missiles nucléaires NAFAL sur les coupables supposés, à leur tour menacés d’anéantissement d’ici une trentaine d’années (décidément, tout cela fait à nouveau énormément penser au Docteur Folamour de Stanley Kubrick). À tout cela, il faut encore ajouter les manœuvres mystérieuses d’improbables nazillons de l’espace, les Recompilés, nécessairement beaux, forts, et un peu crétins tout de même.

 

Une nouvelle mission de choix pour la charismatique espionne terrienne Rachel Mansour et son époux Martin Springfield, qui les amènera à faire bien des rencontres marquantes, et notamment celle de l’inénarrable et bien nommée Mercredi, ado gogoth à baffer au service de l’Eschaton (à moins qu’elle ne soit que schizophrène).

 

Après avoir torpillé les clichés du space opera militariste dans Crépuscule d’acier, Charles Stross retrouve son univers post-Singularité pour un détournement en règle des lieux communs du roman d’espionnage. On aura droit à tout : Rachel Mansour fait plus que jamais figure de James Bond doté d’une forte poitrine, l’intrigue est à la fois évidente et abominablement capillotractée, les méchants sont vraiment très méchants, et ont le bon goût de révéler aux héros l’intégralité de leur plan diabolique dans les dernières pages, en multipliant les indispensables ricanements sardoniques. Et c’est à nouveau passablement débile, et franchement jubilatoire.

 

Évidemment, c’est aussi quelque peu outrancier, ce qui ne sera probablement pas du goût de tous. Et Aube d’acier se montre sans doute moins directement efficace que son prédécesseur. Cette fois, le jargon hard science – assez superflu – en arrive même à rendre certaines pages proprement illisibles, notamment vers le début du roman, un tantinet laborieux. Il serait dommage, pourtant, de s’en tenir à cette mauvaise impression. Au fur et à mesure que les personnages et l’intrigue se mettent en place – ce qui n’exclut pas un brin de tirage à la ligne de temps à autre –, le roman se fait de plus en plus réjouissant, et, pour peu que l’on se montre bon public, on retrouve finalement assez vite le plaisir pur et simple de la lecture de Crépuscule d’acier, et l’indéracinable sourire vaguement régressif qui va avec.

 

Alors on peut bien faire la fine bouche à l’occasion, et notamment regretter que le roman, tout en conservant une certaine gravité qui ressurgit de temps à autre, délaisse largement les thématiques de la Singularité et de l’Eschaton pour s’en tenir au pur divertissement. Mais ce divertissement reste efficace, souvent drôle – quoique un peu inégal –, et parfois franchement enthousiasmant. Le ton de Charles Stross, entre humour absurde et pince-sans-rire plus britannique qu’un five o’clock tea, cynisme destructeur et punchlines à dix sous, fait régulièrement des merveilles.

 

En refermant Aube d’acier, on peut difficilement prétendre avoir lu un grand roman, et certainement pas un chef-d’œuvre. En même temps, on a dans l’ensemble passé un très bon moment. Et n’est-ce pas l’essentiel ?

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