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X-Wing 2.0 : (Building the) Phantom Menace

Publié le par Nébal

X-Wing 2.0 : (Building the) Phantom Menace

La dernière fois, je vous avais décrit une liste impériale à trois TIE/ph Fantômes que je n’avais pas eu l’occasion de tester, ça n’était alors qu’un projet. Depuis, j’ai eu l’occasion de la jouer (contre le camarade Albu)… et de perdre avec. Pourtant, je crois que l’expérience a été formatrice – et n’invalide pas en tant que tel le principe de la liste.

 

D’autant que j’avoue une ambition débile : faire du TIE/ph Fantôme, et même des multiples TIE/ph Fantômes (deux, trois, quatre ?) « mon truc » (toutes proportions gardées, car lui est un excellent joueur et je suis très, très, absurdement loin d’en être un, un peu comme ce que fait le taulier de Such an X-Wing Hipster avec Boba-Guri ?). Parce que j’aime ce vaisseau, j’aime ses capacités, j’aime ce style de jeu, et, surtout ? je trouve ça fun – et je suis persuadé que ça pourrait se montrer très efficace, avec un pilotage de meilleure qualité ; bref, je vais bien évidemment tenter beaucoup, beaucoup d’autres listes, et même pas toutes impériales, je ne suis pas un maniaque, mais j’ai envie de ressortir une variation fantomatique de temps en temps, pour travailler la chose.

 

Cet article comprendra trois parties : un rappel de la liste, histoire que vous n’ayez pas à jongler entre les articles ; puis un petit rapport de batailles, avec les leçons à en tirer en termes de tactique ; enfin un bilan en termes de composition d’escadron, avec des pistes de réflexion pour la suite.

 

Hop, c’est tipar.

 

Cette fois il y en a bien trois !

 

Le principe était donc de faire une liste avec trois TIE/ph Fantômes – chacun ayant son Équipage particulier, et une Feinte, et si possible aussi (mais sinon tant pis) un Système d’occultation.

 

Rappel d’ores et déjà : tous les TIE/ph Fantômes bénéficient de la capacité générique Réseau de stygium, qui détermine largement le fonctionnement de leur mécanique d’Occultation/Désoccultation. Quand un Fantôme se « decloak », pour parler en bon français, pendant la phase Système, il peut faire une action (il est important de le souligner : c’est une action) d’Évasion ; et, à la fin du tour, il peut échanger un marqueur d’Évasion contre un marqueur d’Occultation (et ce n’est cette fois pas une action).

 

Et, puisqu’on en est dans le « générique », je leur ai donné à tous le Talent Feinte (4 points d’escadron), qui, pour ainsi dire, coule de source : quand un de mes Fantômes attaque, s’il a un marqueur d’Évasion (ce qui n’est donc pas certain mais tout de même très probable), alors je peux changer un résultat Évasion du défenseur en un résultat Concentration.

 

 

Le premier TIE/ph Fantôme est « Whisper » (52), qui a la capacité spéciale de gagner un marqueur d’Évasion après avoir effectué une attaque qui touche. La tueuse à la voix suave a donc une Feinte (4), mais elle a aussi une Modification Système d’occultation (6 points du fait de l’Agilité de 2 du TIE/ph Fantôme) : elle a ainsi un dé vert supplémentaire, du moins jusqu’à ce qu’elle prenne un dégât, après quoi l’unique charge de la carte saute.

 

Et son Équipage est l’Agent Kallus (6) : durant la mise en place, j’assigne la carte d’état Traqué à un vaisseau ennemi de mon choix ; durant la partie, quand « Whisper » s’en prend à ce vaisseau, elle peut changer un résultat Concentration en un résultat Dégât – et si le vaisseau traqué est détruit, mon adversaire choisit un autre de ses vaisseaux, qui récupère la condition Traqué, et c’est reparti.

 

En tout, 68 points d’escadron.

 

 

Dans ma précédente liste à trois Fantômes, les seconds de « Whisper » étaient deux As de l’Escadron Sigma ; mais, cette fois, je souhaitais remplacer (pour voir, si j’ose dire) un de ces As par « Echo », l’autre pilote unique de TIE/ph Fantôme, avec ses manœuvres de Désoccultation bizarres – dont je supposais qu’elles pourraient lui permettre de se montrer plus régulier avec l’Équipage Dark Vador ; bon, fallait tenter, hein…

 

Et donc, « Echo » (50). Sa capacité spéciale fait que, lors de la Désoccultation, il peut toujours utiliser les Tonneaux à gabarit de vitesse 2, mais doit par contre remplacer le Tout Droit à vitesse 2 par un Virage sur l’aile à la même vitesse, à gauche ou à droite.

 

Comme « Whisper », « Echo » est équipé d’une Feinte (4) et d’un Système d’occultation (6).

 

Par contre, son Équipage n’est autre (donc) que le redoutable Dark Vador (14) : l’onéreux mais très puissant Sombre Seigneur Sith confère à « Echo » un marqueur de Force récurrent, ce qui fait toujours plaisir, et a autrement pour effet que, au début de la phase d’Engagement, si un vaisseau ennemi se trouve dans mon arc de tir à portée 0-2, je peux dépenser un point de Force pour infliger un Dégât audit vaisseau, à moins qu’il ne sacrifie un jeton vert.

 

En tout, 74 points d’escadron.

 

 

Reste un troisième et dernier TIE/ph Fantôme, qui est donc un As de l’Escadron Sigma (46). Lui aussi bénéficie d’une Feinte (4), mais pas cette fois d’un Système d’occultation, faute de points d'escadron.

 

Son Équipage est en effet ce bon vieux Directeur Krennic (5), qui a plusieurs effets : déjà, il confère à l’As l’action Acquisition de cible ; ensuite, durant la mise en place, j’assigne la carte d’état Prototype optimisé à un autre de mes vaisseaux – en l’espèce, « Whisper » ; dès lors, quand « Whisper » attaque un vaisseau ennemi, si ce vaisseau est verrouillé par l’As, alors je peux dépenser un résultat Concentration, Dégât ou Critique, et choisir un de ces deux effets : soit le défenseur perd un Bouclier, soit il retourne face visible une de ses cartes de Dégâts face cachée.

 

Et, puisque le Directeur Krennic confère à l’As l’action Acquisition de cible, je complète avec un Senseur Système de commande de tir (3), qui autorise l’As, quand il attaque un vaisseau qu’il a verrouillé, à relancer un dé d’attaque, à la condition de ne pas dépenser son Acquisition de cible pendant cette attaque.

 

En tout, l'As représente 58 points d'escadron, pour une liste à 200 points d'escadron tout rond.

 

En résumé, cette liste donne donc ceci :

- TIE/ph Fantôme : « Whisper » (52) – Agent Kallus (6), Système d’occultation (6), Feinte (4) ® 68

- TIE/ph Fantôme : « Echo » (50) – Dark Vador (14), Système d’occultation (6), Feinte (4) ® 74

- TIE/ph Fantôme : As de l’Escadron Sigma (46) – Directeur Krennic (5), Système de commande de tir (3), Feinte (4) ® 58

® 200

 

 

J’ai donc joué cette liste deux fois contre le camarade Albu, qui a joué de son côté deux fois la même liste – c’est que nous préparons plus ou moins notre premier tournoi d’X-Wing… Il jouait Rebelle, et alignait quatre vaisseaux : deux X-Wing T-65, qui étaient Wedge Antilles et Thane Kyrell, et deux Y-Wing BTL-A4 génériques, qui étaient deux Bombardiers de l’Escadron Gris. À l’exception de Thane Kyrell, tous ces vaisseaux étaient équipés de Torpilles à protons, dans un esprit assez « Alpha Strike » ; les Y-Wing pouvaient en outre jouer le rôle de bloqueurs et/ou de leurres.

 

Albu avait un « bid » de trois points, sauf erreur : Wedge, avec son Initiative de 6, l’emportait de toute façon sur mes Fantômes, mais aussi, pour le coup, Thane, avec son Initiative de 5, qui passait également devant « Whisper » – et ça m’a posé problème, je suppose…

 

La première de ces deux parties a été (comme souvent…) catastrophique de mon côté. Mon positionnement était un tantinet foireux (j’aurais probablement dû inverser « Echo » et l’As de l’Escadron Sigma), mais, surtout, je me suis (re-comme souvent…) montré trop agressif, et, face à des Torpilles à protons, même avec des marqueurs d’Évasion, même avec un Système d’occultation, ça ne pardonne pas – les Fantômes sont fragiles… Leur jeu avec l’Évasion ne les protège qu’en partie ; quand les dés rouges se multiplient, ça coince. Quoi qu’il en soit, « Echo », mal placé et mal piloté (avec sa Désoccultation bizarre – et, oui, il y a bien eu une occasion, pas deux certes mais une, où je me suis rendu compte un peu tard qu’il ne pouvait pas faire un 2 Tout droit…), ne m’a en gros servi à rien durant cette partie – et l’Agent Kallus pas des masses non plus, si « Whisper » s’en est tirée honorablement… avant de se faire dégommer la première ; l’As a bénéficié de l’Acquisition de cible pour lui-même, mais le Directeur Krennic n’a pas vraiment eu d’effet pour « Whisper » ; après quoi mon vaisseau générique s’est fait dégommer à son tour, et c'était plus que plié… Je ne me souviens plus si j’ai seulement sorti un vaisseau d’Albu – peut-être un Y-Wing quand même, mais je n’en suis pas sûr… Bon, c’était ma traditionnelle partie d'engagement après laquelle je m’insulte pendant une heure, quoi !

 

La deuxième partie s’est bien mieux déroulée. Oui, j’ai encore perdu… Mais ça s’est joué à pas grand-chose – en fait, à une décision trop timorée/prudente de ma part, en miroir de ma trop grande agressivité dans la première partie. Quoi qu’il en soit, j’ai piloté plus sereinement mes Fantômes, et j’ai sorti les deux Y-Wing d’Albu sans trop de difficultés. À force, cependant, il m’a sorti « Whisper », tandis qu’ « Echo » était lourdement pénalisé par une carte de Dégât Critique qui le bloquait plus ou moins – il était condamné à brève échéance. Et c’est là que j’ai commis une erreur avec l’As : croyant qu’il n’aurait pas d’arc de tir durant l’avant-dernier tour (nous jouions au temps, et je n'avais pas suffisamment accordé d'attention à l'horloge...), tandis qu’il risquait d’attirer le feu des X-Wing, j’ai connement décidé de ne pas le désocculter pour lui conserver ses deux dés verts supplémentaires – erreur… car Wedge Antilles, que j’avais déjà pas mal amoché, a bel et bien fini dans mon arc de tir, il était déjà entamé, et j’aurais eu l’occasion de l’abattre ! Sinon en une fois, en deux. Las, je ne pouvais pas tirer, l’Occultation valant Désarmement, et, au tour suivant, les X-Wing ont sorti le pauvre « Echo »… L'As était encore en bon état, il aurait pu tenter, si la partie s'était prolongée, d'achever Wedge, mais DRIIIIIIIING ! Et non. Reste que ça s’est joué à pas grand-chose, la partie était tendue, assez serrée – même si, en termes de points d’escadron, on pourrait avoir l’impression d’une partie plus unilatérale : c’est que « Whisper » et « Echo » ensemble représentaient bien plus de points d’escadron que les deux Y-Wing plus la moitié des points de Wedge… Défaite, donc, mais instructive – et, je crois, pas déshonorante : je ne me suis insulté que pendant cinq minutes au lieu d’une heure, c’est un progrès.

 

 

Il est donc l’heure de faire le bilan de ce qui marche et de ce qui ne marche pas dans cette liste à trois Fantômes.

 

Du côté de ce qui marche, outre les TIE/ph Fantômes en eux-mêmes (je suis fan, comme dit le grand poète obispien), il faut mettre en avant la Feinte – ce Talent est excellent et coule de source pour les Fantômes : je crois qu’il a littéralement produit son effet lors de chaque attaque, outre que sa mécanique produit également un effet défensif plus qu’appréciable.

 

Sinon, la capacité spéciale de « Whisper » est bien, très bien à vrai dire, même si, ma chouchoute ayant concentré le feu initial d’Albu dans les deux parties, il ne fallait pas non plus en attendre des miracles.

 

Il en va de même, je suppose, pour les Systèmes d’occultation : Albu pense qu’ils ne valent pas le coup avec des vaisseaux ayant 2 en Agilité, et que ces points pourraient être dépensés plus utilement ; c’est très possible, mais, d’un autre côté, les marqueurs d’Évasion des Fantômes en rendent la pertinence un peu plus probable, du moins le crois-je… Mais, de fait, ils ne font pas long feu non plus ; peut-être cependant permettent-ils de faire la différence en préservant tout de même ne serait-ce que pour un tour de plus les Fantômes ? Je tends à le croire, mais c’est à débattre. Peut-être, là encore, suis-je un peu trop timoré ?

 

Quant au Système de commande de tir de l’As, il ne m’a pas servi tant que cela…

 

Pourtant, même si là encore Albu est d’un avis différent, je crois que le Directeur Krennic pourrait défendre sa place dans cette liste – même si je dois concéder qu’il a surtout eu pour effet de donner une Acquisition de cible très utile à l’As de l’Escadron Sigma : « Whisper » de son côté n’en a pas tant bénéficié que cela…

 

Dark Vador est très bon, et restera dans cette liste d’une manière ou d’une autre – j’approuve les camarades qui ont décrit le TIE/ph Fantôme comme « le taxi idéal de Vador », les deux vont vraiment très bien ensemble. S’il ne s’est pas montré efficace dans la première partie, c’est parce que j’ai très mal piloté « Echo ». Dans la seconde partie, il a fait preuve de son efficacité habituelle – et de son éventuelle versatilité, car le point de Force qu’il confère peut s’avérer crucial en défense, même si j’ai tendance à privilégier son redoutable effet offensif.

 

En fait, l’équipage qui m’a le moins convaincu dans cette liste est clairement l’Agent Kallus. Je ne crois pas que « Whisper » en a bénéficié ne serait-ce qu’une seule fois… Sur le papier, c’est sympa, mais il ne m’a pas botté durant ces deux parties, c’est peu dire – lui, il va sauter.

 

L’autre chose qui ne m’a pas convaincu… eh bien, c’est « Echo ». Sans vraie surprise ? Lors de mes précédentes listes fantomatiques, j’avais commencé par dire que sa capacité spéciale ne valait pas les quatre points d’escadron de différence par rapport à l’As de l’Escadron Sigma – surtout dans la mesure où les deux vaisseaux ont la même Initiative de 4. J’ai voulu tester la chose, en supposant qu’il rendrait Dark Vador plus efficace, mais c’est tout le contraire qui s’est produit durant la première de ces deux parties, et je ne peux pas prétendre en avoir vraiment bénéficié dans la seconde. Peut-être « Echo » serait-il un choix légitime si j’étais un bien meilleur pilote, mais même : je reviens à ma première idée – en l’état, je préfère aligner un second As et répartir ces quatre points d’escadron ailleurs, clairement.

 

 

Il s’agit donc, maintenant, de faire évoluer cette liste. La question principale porte sur les Équipages les plus pertinents, je crois : si Vador reste, c'est sûr, Kallus dégage – et j’hésite concernant Krennic. Comme Vador est dans la liste, une possibilité serait d’aligner 0-0-0, qui a un effet sympathique, même si je suis un peu sceptique concernant la portée 0-1 de sa capacité ; maintenant, il coûte moins cher que Kallus ou Krennic, et pourrait faire la différence en une occasion, de celles qui décident du cours d’une partie…

 

Albu, par ailleurs, est un partisan du fait d’aligner d’autres utilisateurs de la Force, quitte à ne pas faire usage de leurs capacités spéciales, pour tabler simplement sur le marqueur de Force récurrent qu’ils confèrent, qui pourrait s’avérer crucial notamment en défense. C’est possible, mais ils coûtent une blinde… Il suggérait notamment le Grand Inquisiteur (16 points, c’est sauf erreur la carte impériale la plus chère !), auquel cas je suppose que « Whisper » devrait l’embarquer (du fait de son Initiative supérieure par rapport à « Echo » ou aux As de l’Escadron Sigma), mais ça coûte vraiment une fortune… À ce compte-là, je serais je crois plutôt partisan de La Septième Sœur (12), un chouia moins chère, et dont l’effet pourrait être, certes moins régulier, mais plus rigolo (éventuellement en la combinant avec 0-0-0, mais ça impliquerait certes un pilotage particulièrement serré…).

 

Bon, il faudra réfléchir à tout cela. Ce qui m’apparaît certain, c’est que je ne peux pas me permettre de jouer cette liste lors du tournoi qui vient. Elle est fun, incontestablement (je me suis beaucoup amusé lors de la seconde partie, comme je m’étais beaucoup amusé lors des deux parties jouées avec trois Fantômes contre Acteris la fois précédente) – et je suis convaincu que le principe de cette liste, sinon sa forme exacte, peut être très efficace ; mais à la condition de mieux la piloter, ce qui va demander de la réflexion, et du travail, et donc du temps. Comme dit plus haut, je sens un peu connement qu’il pourrait y avoir là « mon truc »… Mais, honnêtement, en l’état, je me ferais systématiquement rouler dessus en tournoi – et pour le coup ça ne serait pas fun : les conditions de jeu ne sont pas les mêmes.

 

Je pense donc couper la poire en deux – j’ai songé à une liste combinant deux Fantômes et un Punisher, probablement « Redline » : ça serait plus « méta », mais sans l’être totalement non plus… Je note aussi qu’Albu m’a suggéré une très intéressante option : trois As ayant chacun une Feinte, et un Bombardier bien bœuf pour compléter (probablement le Major Rhymer) ; ça m’a l’air fun et efficace, même si je pense en réserver le test pour plus tard. Là, une compo « Redline » + « Whisper » + As de l’Escadron Sigma m’attire davantage dans la perspective (traumatisante) de ce premier tournoi, même si j’hésite encore quant aux Équipages à engager : Vador sera là, c’est certain, mais sinon, Krennic ? ou bien 0-0-0 éventuellement associé à l’Artilleur BT-1 sur le Punisher ? À moins de garder des points de « bid » ? Et que faire concernant les (deux) Systèmes d’occultation, valent-ils ces douze points d’escadron ou pas ?

 

Les amis, vos commentaires, critiques et suggestions sont les bienvenus !

 

Et le prochain de ces articles portera probablement sur ce terrifiant premier tournoi…

 

EDIT : en fait, non...

Mes articles consacrés à X-Wing ont désormais leur blog dédié, Random Academy Pilot ! La suite là-bas !

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L'Abomination du lac, de Joseph A. Citro

Publié le par Nébal

L'Abomination du lac, de Joseph A. Citro

CITRO (Joseph A.), L’Abomination du lac, [Dark Twilight – Lake Monsters], traduit de l’américain par Michel Deutsch, Paris, J’ai lu, coll. Épouvante, [1991-1992] 1993, 315 p.

On ne se refait pas, et, de temps en temps, j’aime bien me taper un petit roman de grosse horreur qui tache – à une époque, je pouvais en dire autant pour les petits films de grosse horreur qui tache, mais ça fait quelque temps que je ne l’ai pas fait et je le regrette… Quoi qu’il en soit, si le bilan en fin de compulsion est plus qu’à son tour navrant, de temps en temps, oui, j’aime bien – et je me farcis des trucs « objectivement pas bons » mais qui me satisfont d’une manière ou d’une autre. Ce qui ne signifie peut-être pas non plus que je perds alors tout esprit critique – je suis bon public, mais aussi conscient de mes navrantes tares, dans ce que j’aime bien quand même, et dans ce que je n’aime pas parce qu’il ne faut pas trop déconner non plus. Exemple : Manitou, c’est vraiment de la merde…

 

L’Abomination du lac, de Joseph A. Citro, ça n’est certes pas fameux, c’est même probablement « objectivement pas bon », cependant je crois que c’est bien autrement honnête que le Masterton précité (et c’est déjà ça). Il y a au moins un semblant de choses qui surprennent un peu là-dedans, qui ne sauvent pas tout, ni peut-être même quoi que ce soit, mais suffisent du moins à préserver une vague forme de singularité du bouquin, et si l’auteur (dont c’était en fait le premier roman, même s’il n’est sorti qu’en 1991, après quatre autres titres) joue comme beaucoup dans ce registre à « J’aimerais bien être Stephen King », référence écrasante (avec celle de Lovecraft), sans l’emporter à la fin, eh bien, il y a au moins vaguement de ça – plus que chez… Oui, bon, OK.

 

Maintenant, comment ai-je mis la main dessus ? Enfin, oui, chez un bouquiniste, il y a quelques années de cela – la question serait plutôt : pourquoi ? D’une manière ou d’une autre, je l’avais vu mentionné quelque part comme étant « lovecraftien ». Mais où ? Je croyais que c’était dans The Rise, Fall, and Rise of the Cthulhu Mythos, de S.T. Joshi, mais n’en trouve pas trace… Bah, peu importe. Ceci dit, il y a bien quelque chose de « lovecraftien » dans ce roman, quelque chose que révèle d’emblée, d’une certaine manière, le choix d’employer le nom français « Abomination », qui n’a sans doute rien d’innocent. Et c’est un peu fâcheux, car, si ce roman bénéficie d’un vague atout, c’est probablement qu’il balade le lecteur dans des directions relativement inattendues. On peut relever que le titre original, Dark Twilight, n’a pas grand-chose à voir avec L’Abomination du lac… et pourtant, ce titre français ne manque peut-être pas totalement de pertinence ; car le roman a été ultérieurement réédité sous le titre que lui avait initialement attribué l’auteur, et qui était Lake Monsters – notez toutefois le pluriel… Cela dit, en matière de SPOILERS éventuels, ou justement pas, je suppose qu’il faut aussi prendre en compte combien, c’est ou c’était l’usage, cette couverture hideusement whatthefuckesque n’a pas grand-chose à voir, sinon rien, avec le contenu du roman… Aussi le lecteur était-il invité à ne pas trop extrapoler, je suppose.

 

Harrison Allen est notre… « héros » ? Trentenaire un peu terne, récemment licencié, il décide d’envisager ses allocations chômage comme une occasion de prendre des vacances (insérez ici un connard qui beugle : « LES CHÔMEURS SONT DES FAINÉANTS !!! »), et de satisfaire une vieille lubie en se faisant chasseur de monstres – ce décalque de l’auteur, car Joseph A. Citro a, depuis 1991, sorti beaucoup, beaucoup de bouquins sur le folklore du Vermont, la cryptozoologie, mais aussi les OVNI, et toutes ces sortes de choses, Harrison Allen donc entend en effet apporter la preuve que le monstre du lac Champlain, tendrement baptisé Champ ou Champy en miroir d’une plus célèbre Nessie, que ce monstre aquatique, donc, existe bel et bien. Et il se rend sur place pour enquêter, en squattant la vieille bicoque d’un camarade de fac, idéalement située sur Friar’s Island, une île (oui) bien placée dans ledit lac.

 

Et on a une carte de l’île en tête d’ouvrage C’EST DONC UN ROMAN DE FANTASY.

 

 

Friar’s Island attire les touristes en été, mais les autochtones ne sont pas toujours des plus accueillants pour les « étrangers ». Aux yeux de ce connard de Cliff, l’archétype du redneck détestable et borné dans ce roman, qui n’est pas du Vermont est forcément idiot et ridicule, et même les citoyens de l’État, quand ils sont « continentaux », sont au moins suspects – venir des grandes villes plus à l’est vous qualifie aussitôt en pédé.

 

Heureusement, tout le monde n’est pas comme Cliff, sur Friar’s Island. Et Harrison ne manque pas de croiser bienheureusement la route de la nouvelle instit’ de l'île, la belle et fraîche Nancy, dont chaque réplique ou pensée donne le sentiment un tantinet amer d'une femme cruchissime. C’est forcément le coup de foudre.

 

Mais… de quoi parle le roman ? Eh bien, vous pouvez oublier Champy : Harrison discute bien des « témoignages » avec quelques résidents de l’île, et en apprend un minimum sur le folklore qui va avec (pour un chasseur de monstres, l'étendue de son ignorance en la matière a quelque chose d'un brin troublant), mais l’hypothétique monstre du lac Champlain ne joue absolument aucun rôle dans ce roman, tout au plus celui d’un symbole (même si un épilogue lui donne bizarrement chair). Non, ce qui compte est ailleurs : le monastère abandonné au nord de l’île, habité en son temps par des moines un peu chelou, puis par une communauté spirite qui ne l’était pas moins ; des bruits bizarres dans la baraque de Harrison – une petite fille qui y disparaît ; un érudit qui ne dit pas tout ; une vieille dame peut-être un peu trop vieille, et son simplet de fils…

 

De fait, je crois que c’est plutôt un atout du roman – s’il doit en avoir un. Le cours des événements est assez imprévisible. C’est parfois à l’extrême limite de la cohérence, et, quand il s’agit pour Joseph A. Citro de rassembler les fils, cela implique des coïncidences un peu grossières, mais la surprise est là et bien là – y compris et peut-être surtout au regard du véritable caractère horrifique du roman, qui concerne notre pauvre Harrison, victime de son charme : c’est inattendu, grotesque sans doute mais étonnamment efficace, et… cruellement ironique ? Peut-être bien.

 

Maintenant, ce roman… ne fait pas peur. Loin de là. Si l’on excepte la disparition précoce d’une pauvre petite fille un peu trop curieuse (car manipulée par un petit con, en quelque sorte la promesse d’un Cliff futur), puis, mais en aparté, de ses parents, le roman n’a longtemps absolument rien d’horrifique. Tout ou presque est concentré dans, mettons, le dernier quart, et même ça, ça n’effraie pas des masses. La peur n’est vraiment pas du lot, en fait – la répugnance peut-être un peu plus ? Le cynisme ? La panique ? La curiosité, autrement...

 

Mais tout ceci est tardif et assez peu efficace, donc – même avec quelques surprises pas inintéressantes çà et là. Pourtant, ce roman (assez court, hein : dans les 300 pages, mais très aérées, avec une grosse police) se lit assez bien, je suppose – agréablement, oui. Quand Citro cherche à faire son King, en décrivant les habitants de Friar’s Island comme leurs contreparties de Castle Rock, il ne se débrouille pas si mal, je suppose – certes pas aussi bien, mais pas si mal… Et s’il use d’archétypes un peu trop voyants (le redneck cruel et borné, un compagnon de beuverie, le vieux Chef bourru de la police à la retraite, l’épicier d’une courtoisie à toute épreuve, l’idiot du village, la vieille qui sait tout, l’érudit à nœud papillon, et, oui, la jeune et jolie et cruchissime instit’), il arrive parfois, au détour d’un paragraphe, à leur donner un semblant d’âme.

 

Bon, le roman ne brille guère par le style, en même temps… Ça n’aide pas (et la traduction ? Je ne me prononcerai pas). Mais ça, on s’en doutait en en entamant la lecture, hein. Et, honnêtement… ben, oui, je suppose que c’est plutôt… honnête. Ça coule, en tout cas, et c’est sans doute tout ce qui compte. J’ai lu bien, bien pire, dans ce genre ou dans d’autres. C’est du roman de gare, qui a passé sans souci l’épreuve du train.

 

Je ne peux pas décemment recommander L’Abomination du lac à qui que ce soit… « Objectivement », ça n’est « pas très bon ». Mais je ne regrette pas ma lecture pour autant – car, oui, de temps en temps, j’aime bien m’offrir ce genre de péché mignon… Et je déplore que le genre horrifique, qu’on le qualifie de « mainstream » ou pas, soit aussi délaissé de nos jours – même si, durant sa Grande Époque, il a effectivement souvent consisté en bouquins parfaitement horribles. Cet unique roman traduit en français, sauf erreur, de Joseph A. Citro, s’en tire plutôt honorablement à cet égard, à vrai dire.

 

Mais c’est bien un péché mignon.

 

Oui, de temps en temps…

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Un peu de ton sang, de Theodore Sturgeon (relecture 2018)

Publié le par Nébal

Un peu de ton sang, de Theodore Sturgeon (relecture 2018)

STURGEON (Theodore), Un peu de ton sang, suivi de Je répare tout, [Some of Your Blood – Bright Segment], postface de Steve Rasnic Tem, [traduit de l’américain par] Odette Ferry [et] Véronique Dumont, Paris, Télémaque, coll. Entailles, [1961, 2006] 2008, 206 p.

Ma chronique se trouve dans le dossier consacré à Theodore Sturgeon dans le Bifrost n° 92, pp. 168-169.

 

Elle sera publiée à terme sur le blog de la revue, et j’en donnerai alors le lien ici.

 

Commentaires et tout ça d’ores et déjà bienvenu !

 

Note au passage : j’avais déjà chroniqué ce livre il y a longtemps, ici – mais mon opinion a évolué depuis, je suppose.

 

EDIT 02/02/2019 : la critique est en ligne, ici.

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Les Plus qu'humains, de Theodore Sturgeon (relecture 2018)

Publié le par Nébal

Les Plus qu'humains, de Theodore Sturgeon (relecture 2018)

STURGEON (Theodore), Les Plus qu’humains, [More than Human], traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Michel Chrestien, in Romans et nouvelles – Cristal qui songe, Les Plus qu’humains et autres œuvres, préface de Jacques Goimard, Paris, Denoël – J’ai lu – Omnibus, [1953, 1957, 1977] 2005, pp. 533-710.

Ma chronique se trouve dans le dossier consacré à Theodore Sturgeon dans le Bifrost n° 92, pp. 165-167.

 

Elle sera publiée à terme sur le blog de la revue, et j’en donnerai alors le lien ici.

 

Commentaires et tout ça d’ores et déjà bienvenu !

 

Note au passage : il y a longtemps de cela, j’avais chroniqué l’omnibus Romans et nouvelles entier, ici.

 

EDIT 02/02/2019 : la critique est en ligne, ici.

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Les Jardins de la Lune, de Steven Erikson

Publié le par Nébal

Les Jardins de la Lune, de Steven Erikson

ERIKSON (Steven), Les Jardins de la Lune (Le Livre des Martyrs, t. 1), [Gardens of the Moon – A Tale of the Malazan Book of the Fallen], préface de l’auteur, traduction [de l’anglais (Canada) par] Emmanuel Chastellière, Paris, Éditions Leha, [2000] 2018, 638 p.

Ma chronique se trouve dans le cahier critique du Bifrost n° 92, pp. 86-87.

 

Elle sera publiée à terme sur le blog de la revue, et j’en donnerai alors le lien ici.

 

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EDIT 02/02/2019 : la critique est en ligne, ici.

 

EDIT 22/01/2019 : la suite avec Les Portes de la Maison des Morts...

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Ce monde est nôtre, de Francis Carsac

Publié le par Nébal

Ce monde est nôtre, de Francis Carsac

CARSAC (Francis), Ce monde est nôtre, préface de Natacha Vas-Deyres, [Talence], L’Arbre Vengeur, [1962] 2018, 282 p.

Ma chronique se trouve dans le cahier critique du Bifrost n° 92, pp. 81-82.

 

Elle sera publiée à terme sur le blog de la revue, et j’en donnerai alors le lien ici.

 

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EDIT 02/02/2019 : la critique est en ligne, ici.

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Lyonesse – intégrale, de Jack Vance

Publié le par Nébal

Lyonesse – intégrale, de Jack Vance

VANCE (Jack), Lyonesse – intégrale, [Suldrun’s Garden – The Green Pearl – Madouc], traduit de l’américain par Arlette Rosenblum et E.C.L. Meistermann, traduction revue et complétée par Pierre-Paul Durastanti, illustration de couverture de Sébastien Hue, Saint-Laurent d’Oingt, Gallimard – Mnémos, [1983, 1986, 1989, 2003] 2018, 939 p.

Ma chronique se trouve dans le cahier critique du Bifrost n° 92, pp. 74-75.

 

Elle sera publiée à terme sur le blog de la revue, et j’en donnerai alors le lien ici.

 

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EDIT : la critique est en ligne, ici.

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Wraith : Midnight Express

Publié le par Nébal

Wraith : Midnight Express

Wraith : Midnight Express, [Wraith: Midnight Express], White Wolf – Ludis International, [1994] 1996, 109 p.

Midnight Express est le seul supplément de contexte et (surtout) de scénarios pour Wraith traduit en son temps en français (parfois approximatif...) par Ludis. Ce qui lui confère mine de rien un semblant d’importance, notamment en ce que, après un livre de base, un livret de l’écran et un Guide du Joueur qui ne se montraient guère explicites à ce propos, Midnight Express est donc la première (et en français la seule) occasion de voir à quoi peut bien ressembler un scénario de Wraith. Et, hélas, de manière guère enthousiasmante…

 

Le Midnight Express est… eh bien, une sorte de train fantôme – littéralement : assemblé à partir de wagons dans lesquels des gens sont morts ; ce qui lui donne une allure très hétéroclite : un luxueux wagon restaurant du Simplon Orient-Express peut y côtoyer un fourgon à bétail employé par les nazis pour convoyer des Juifs vers les camps d’extermination…

 

Quoi qu’il en soit, le Midnight Express est le meilleur moyen de voyager dans le Monde des Ombres et à travers la Tempête, en y incluant Stygia : il n’est pas seulement ponctuel (où que vous vous trouviez, c’est à minuit que le train entre en gare), il est aussi remarquablement fiable – un très bon moyen de traverser la Tempête sans crainte… ou sans trop de crainte, parce que, dans les six scénarios composant ce recueil, ça merde systématiquement, et ça merde gros, dans la Tempête, bon…

 

Mais la fiabilité du Midnight Express tient aussi à sa neutralité : conçu par les Passeurs, et dirigé par l’un d’entre eux, du nom de Nicholas, le Midnight Express ne relève d’aucune faction – ce qui en fait un lieu de rencontre appréciable : dans les wagons, la Hiérarchie, les Renégats, les Hérétiques, peuvent se croiser et négocier dans l’ombre, uh uh… même si, là encore, les scénarios s’avèrent en fait passablement bourrins et bastonneux sous cet angle : on y négocie à l’arme-relique.

 

Reste que la raison d’être du Midnight Express, aux yeux des Passeurs, consiste à sélectionner des voyageurs pour un « autre voyage » : celui de la Transcendance – Nicholas et ses employés veillent au grain pour repérer qui pourra être sauvé…

 

Tous ces éléments de contexte, bizarrement, sont séparés en deux chapitres diamétralement opposés, en l’occurrence une « Introduction » et un « Appendice ». Une construction étrange et que rien ne justifie… et c’est hélas un des traits récurrents de ce supplément globalement mal conçu – mal « écrit », pas seulement au sens du style (ça, bien sûr...), mais surtout en ce qui concerne l’agencement et l’usage pratique ; chaque scénario ou presque présente ce genre de bizarreries malvenues.

 

Les scénarios, justement – le gros du bouquin. Il y en a six, et, précisons-le au cas où, s’ils empruntent tous (forcément) le cadre du Midnight Express, au moins pour partie, ils sont en dehors de cela totalement indépendants, et ne forment pas une campagne – le supplément avance qu’ils pourraient tous être joués, en les séparant, mais je ne suis pas certain que quiconque en aurait envie…

 

C’est que le niveau est… pas terrible, on va dire. Et cela tient pour une part non négligeable à des éléments déjà avancés : c’est (très) répétitif, c’est le bordel dès qu’on se retrouve dans la Tempête, et, quand les PJ ne combattent pas des hordes de spectres, alors ils se retrouvent en plein milieu des « négociations en terrain neutre » entre la Hiérarchie et les Renégats, qui donc se pougnent en permanence, se prennent en otages, se détournent, se poursuivent, se tourmentent... d’autant plus qu’il y a forcément des spectres et des Côtés Sombres derrière – systématiquement. Et le Monde des Vifs ? Il n’a que très peu d’impact… Il pourrait aussi bien ne pas être là. Alors, finalement, les Thèmes et les Ambiances de L’Art-Du-Conteur, hein… C’est presque à croire que, quand je jouais très bourrinement et même super-héroïquement à Wraith quand j’étais plus jeune, je n’étais pas totalement à côté de la plaque. Aheum.

 

On n’est pas à l’abri d’une bonne idée à l’occasion, hein – le Midnight Express en lui-même étant une de ces bonnes idées. Hélas, j’ai surtout retenu de ce supplément ses plus navrants gâchis…

 

D’ailleurs, pourquoi s’en tenir à l’ordre du supplément, qui n’a pas vraiment de sens, commençons par le plus affligeant de ces gâchis : le cinquième scénario, intitulé « Le Prix de la vengeance ». Sur le papier, c’est incomparablement le plus ambitieux des six scénarios de Midnight Express – en fait, pour le coup, il y a là matière à une campagne, très clairement, et une campagne très typée Monde des Ténèbres (Vampire, notamment), avec des gros morceaux de politique dedans ; par ailleurs, une campagne faisant appel à un thème déjà esquissé dans le livre de base, sauf erreur, et particulièrement horrible (la quintessence du Wraith idéalisé) : l’implication de certaines Ombres cupides dans les guerres les plus horribles du Monde des Vifs (en l’espèce, la Première Guerre mondiale), ces Ombres manipulant les vivants pour les amener à développer des armes et des stratégies toujours plus meurtrières, afin d’assurer à la Hiérarchie, en l’espèce, des contingents toujours plus colossaux d’âmes en peine qui, dans la perspective économique et esclavagiste de Stygia, sont autant de ressources, et rien d’autre ; mais cette influence sur le Monde des Vifs n’en est pas moins une violation de la Loi de Charon… à vrai dire la pire de toutes, et peut-être même la raison d’être de cette prohibition. C’est un très bon sujet – hélas, ce scénario repose sur une motivation totalement défaillante (on chope des Ombres au pif et on leur dit : « J’vous connais pas mais j’vous file dix oboli si vous réglez dans les 48h le plus colossal scandale ayant jamais impliqué les plus hautes sphères de Stygia, et je suis sûr que vous y parviendrez, parce que, hey ! »), et se résume bientôt à une ballade (express) (aha) en train où... on se cogne dessus en permanence, eh, jusqu’à ce que les indices ou les preuves tombent tout cuits dans la gueule de PJ qui n’avaient pas vraiment de raisons de les chercher ni même de les comprendre pour ce qu’ils sont. Il faut y ajouter que ce scénario est de très, très loin le plus mal rédigé dans tout ce supplément – et je ne crois pas que cela relève seulement de la traduction, globalement moins horrible ai-je l’impression que dans le livre de base et le Guide du Joueur : l’ensemble est peu ou prou incompréhensible. Vraiment un sacré gâchis – du genre qui agace plus encore qu’il ne navre.

 

Les autres scénarios ne brillent guère, s’ils mettent moins en colère. On regrettera surtout leur côté convenu, et, souvent, leur manque de véritable enjeu. Un procédé récurrent consiste à balancer les PJ au milieu d’un affrontement entre la Hiérarchie et les Renégats, hop, sachant que les deux camps sont (forcément) manipulés par des spectres et des Côtés Sombres – ainsi dans « L’Ombre d’un doute » et « Course de nuit », et il n’y a pas vraiment grand-chose de plus à dire concernant ces deux scénarios très plan-plan.

 

Proche dans l’esprit, « Prochain arrêt : le néant » s’en tire un peu mieux parce qu’il expose au moins une bonne idée, en figurant un « concurrent » du Midnight Express, un autre train qui, en l’espèce, se fait passer pour lui – et confier aux wagons un Côté Sombre à amadouer est plutôt intéressant, si le reste relève encore un peu de la bourrinade.

 

Je suppose qu’il faut singulariser, même si les liens avec ce qui précède ne manquent pas, « Six-Coups et Feu d’Âmes » : il reprend bien le motif de la baston Hiérarchie-Renégats, mais en le transposant dans un cadre « western de pacotille » assez intéressant, avec de bons PNJ – et, exceptionnellement, des interactions vraiment intéressantes par-delà le Voile. C’est probablement, de ces six scénarios, celui qui fonctionne le mieux – et de loin à vrai dire ; d’autant que c’est aussi le moins dirigiste, il envisage bien des possibilités d’action pour les PJ. Or qu’il soit le plus convaincant de ces scénarios est en soi problématique, car le ton de cette aventure est plus léger et même un brin humoristique/parodique, ce qui n’est pas exactement l’ambiance associée à Wraith de manière générale, hein...

 

Quant à la dernière aventure, « Jeu d’Ombres », c’est un scénario de type « mise à l’épreuve surréaliste », où le Passeur Nicholas confronte les PJ à leurs Côtés Sombres pour déterminer s’ils sont sur la voie de la Transcendance – de manière générale, je ne raffole pas vraiment de ce genre de scénarios oniricopsychosymbolistotruc, et celui-ci me convainc d’autant moins que les « tests » sont trop scriptés et, clairement, impossibles à remporter ; comme les PJ ne sont probablement pas censés atteindre la Transcendance avant un bon moment, ça n’est pas si gênant, mais l’arbitraire imprévisible et incompréhensible des situations les rend plus frustrantes qu’autre chose.

 

Bilan pas fameux, donc, pour cet ultime supplément de la gamme française de Wraith. Le concept du Midnight Express est intéressant, et les deux aides de jeu qui lui sont consacrées sont plutôt correctes. Mais le gros du supplément est occupé par six scénarios globalement pas top top : on peut éventuellement tirer quelque chose de « Six-Coups et Feu d’Âmes » et peut-être aussi de « Prochain arrêt : le néant », et on pourrait essayer de broder sur les bonnes idées du postulat du « Prix de la vengeance » pour en tirer une campagne à la hauteur, mais le reste est nul et il n’est pas dit que ces efforts soient vraiment payants.

 

Mouais, pas fameux...

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Les lendemains qui chantent... vus d'hier

Publié le par Nébal

Les lendemains qui chantent... vus d'hier
Les lendemains qui chantent... vus d'hier

Demain, les Révolutions ! Utopies & Anticipations révolutionnaires, anthologie établie et préfacée par Philippe Éthuin, [s.l.], publie.net, coll. Archéosf, 2018, 264 p.

Les lendemains qui chantent... vus d'hier

WELLS (H.G.), Une Utopie moderne, traduit de l’anglais par Henry-D. Davray et Bronislaw Kozakiewicz, préface de Philippe Éthuin, [s.l.], publie.net, coll. Archéosf, [1905, 1907] 2018, 314 p.

En marge du Bifrost n° 92, à paraître bientôt, j’ai fait une chronique plus longue portant sur deux titres récemment édités par publie.net/Archéosf, à savoir l’anthologie Demain, les Révolutions !, compilant des textes essentiellement socialistes et tous français datant en gros du XIXe siècle, et « l’essai romancé » de H.G. Wells Une utopie moderne. Cette double chronique a été mise en ligne directement sur le blog de la revue, plus précisément ici.

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L'Autre Face de la Lune, de Claude Lévi-Strauss

Publié le par Nébal

L'Autre Face de la Lune, de Claude Lévi-Strauss

LÉVI-STRAUSS (Claude), L’Autre Face de la Lune : écrits sur le Japon, préface par Junzo Kawada, Paris, Seuil, coll. La Librairie du XXIe siècle, [1979, 1987-1988, 1990, 1993-1994, 1998, 2001-2002, 2009] 2011, 189 p. [+ 16 p. de pl.]

L’éminent anthropologue Claude Lévi-Strauss avait une passion bien connue pour le Japon, entretenue depuis l’enfance, quand son père récompensait ses bons résultats scolaires par des estampes ; entre 1977 et 1988, tardivement donc (Lévi-Strauss est né en 1908 et mort en 2009), il s’est rendu cinq fois au Pays du Soleil Levant. La culture japonaise a régulièrement infusé dans sa réflexion scientifique – pour autant, dans son rapport au Japon, Lévi-Strauss n’était qu’assez peu anthropologue, et de son propre aveu : la méconnaissance de la langue japonaise, notamment, ne lui permettait guère de mener sur place des études comparables à celles, fameuses, que l’américaniste avait effectuées notamment au Brésil au milieu du XXe siècle ; il a pu accompagner des ethnographes sur le terrain, notamment à Okinawa, mais restait alors en retrait (il en donne une bonne idée dans l’article « Hérodote en mer de Chine », semble-t-il le plus connu de l’ensemble de ce recueil).

 

Ce rapport particulier imprègne l’ensemble des articles souvent brefs constituant ce petit ouvrage qu’est L’Autre Face de la Lune, et qui rassemble la plupart des écrits de Lévi-Strauss (ainsi qu’une interview pour la NHK) portant sur le Japon (entendre par là « essentiellement », « au-delà de quelques lignes seulement dans une étude portant sur un autre sujet, éventuellement plus abstrait » : à titre d’exemple, Lévi-Strauss a beaucoup écrit sur la notion de « maison » qu’il a contribué à forger, et j’avais pu lire çà et là, sauf erreur, quelques références passagères au système ie, qui ne figurent pas dans ce recueil) ; parmi ceux-ci, il y en avait d’ailleurs un que j’avais déjà lu et évoqué ici, sa préface au petit traité de Luís Fróis Européens et Japonais. Notez au passage que certains de ces articles, semble-t-il, n’avaient été publiés qu’au Japon avant d’être ainsi recueillis. Mais il ne faut donc pas s’attendre ici à lire un Lévi-Strauss scientifique, celui mettons des Structures élémentaires de la parenté ou des Mythologiques, et qui, avouons-le, peut se montrer aride, mais un auteur « plus décontracté » (ou « moins rigoureux », à chacun de voir quelle expression est la plus appropriée), ce qui peut décevoir ; en même temps, on peut éventuellement établir un lien entre cette approche et celle de ses ouvrages les plus « accessibles », néanmoins sérieux, comme Tristes Tropiques ? Peut-être aussi Race et histoire ? Je dois confesser n’avoir guère lu Lévi-Strauss au-delà… Mais il ne faut donc pas se tromper quant au contenu de ce recueil.

 

Sans pour autant, d’ailleurs, accorder trop d’importance aux deux premières communications recueillies, « Place de la culture japonaise dans le monde » (1988) et « L’Autre Face de la Lune » (1979) ? Il s’agit là de deux textes très « protocolaires », des allocutions prononcées par l’auteur envisagé comme un « invité prestigieux », et de son propre aveu certes enthousiaste mais pas des plus compétent en la matière. Le rapport à la culture japonaise, dans les deux (mais surtout dans le second, le plus ancien de l’ensemble), est relativement convenu, passant par des thèmes très classiques et récurrents (la cuisine, une fameuse préoccupation de l'auteur, mais aussi les estampes, donc, ou la musique, qu'il n'a découverte que tardivement mais qui l'enchantait...), et Lévi-Strauss ne s’y aventure guère dans la théorie – même s’il y évoque déjà une idée récurrente de ces articles, plus ou moins bien étayée par ailleurs (p. 51) : « La philosophie occidentale du sujet est centrifuge : tout part de lui. La façon dont la pensée japonaise conçoit le sujet apparaît plutôt centripète. » Et d’avancer plusieurs exemples qui reviennent régulièrement, et qu’illustre bien la préface à Européens et Japonais, comme le maniement de la scie, importée de Chine, etc. Ces textes sont d’une lecture agréable, mais il ne faut probablement pas leur accorder trop de crédit – à vrai dire, Lévi-Strauss lui-même témoigne à plusieurs reprises de ce que sa manière d’envisager le Japon, a fortiori depuis 1979 (avec les voyages sur place qui se sont enchaînés ensuite), a pu être mise à mal ; l’exemple le plus palpable, et que l’auteur met lui-même en avant de la sorte, porte sur la conscience écologique des Japonais, qu’il idéalisait bien trop en la rapprochant de ses propres préoccupations en la matière – un constat qui doit sans doute beaucoup à la relation de l’auteur avec l’anthropologue (africaniste sauf erreur) Kawada Junzo, qui fut entre autres le traducteur japonais de Tristes Tropiques et qui avait mené la très intéressante interview pour la NHK concluant l’ouvrage ; il livre ici également une très courte préface (sans véritable intérêt) et a également confié quelques photographies pour un cahier de planches en fin de volume.

 

Il y a à vrai dire des choses plus gênantes, dans ces deux articles – mais qui découlent probablement de leur dimension protocolaire. J’ai en effet le sentiment que Lévi-Srauss, par la force des circonstances, s’y autorise des comportements qui ne devraient guère être ceux d’un anthropologue dans l'absolu (et, oui, j’ai bien conscience que cette remarque est absurdement gonflée de ma part...) : ainsi, il « flatte » la culture étudiée (qu’il idéalise, donc – et il faut aussi relever que, dans l’ensemble de l’ouvrage, cette fois, il a par ailleurs tendance à se focaliser sur le passé japonais plutôt que sur le Japon présent, y compris quand il visite « Un Tôkyô inconnu », en préface à l’édition japonaise de Tristes Tropiques, et se remémore surtout une délicieuse promenade en bateau sur la Sumida – il a même en une occasion une formule un peu brutale et étonnante qui fait spécifiquement du passé l’affaire de l’anthropologue). Mais il s’autorise en outre un vague ethnocentrisme un peu déconcertant au regard de sa longue et remarquable carrière d’anthropologue – ce que l’idée même du Japon comme une « autre face de la Lune » (entendre par là que la face « habituelle » est celle de l’Europe, qu’il désigne régulièrement par la troublante expression de « Vieux Monde ») semble impliquer de manière un peu paradoxale, alors qu’elle se veut un plaidoyer pour une réévaluation de « la place de la culture japonaise dans le monde ». On notera par exemple, même si c’est loin d’être inintéressant, comment il est amené, presque systématiquement, à « comparer » des éléments majeurs de la culture japonaise à des « équivalents » essentiellement français – même si, là encore, c’est au bénéfice, au prestige même, de la culture japonaise, toujours antérieure. Ainsi, et à plusieurs reprises là encore, envisageant Le Dit du Genji de Murasaki Shikibu, il évoque parallèlement La Nouvelle Héloïse de Rousseau, de même qu’il rapproche Le Dit des Heiké des Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand. Ce qui n’est probablement pas sans fond, mais témoigne avant tout de ce que cet ouvrage, ou en tout cas ces deux premiers articles, ne relèvent guère de la rigueur scientifique, ou du moins est-ce ce que je tends à croire.

 

Ceci dit, l’approche passionnée de ces articles, qui est en même temps une approche artistique, esthétique, littéraire, les rend d’une lecture agréable – et, parfois, l’auteur peut ainsi se permettre d’aller davantage au fond des choses, ce dont témoigne tout particulièrement ici « Sengaï. L’art de s’accommoder du monde », article dans lequel il dissèque aussi bien l’œuvre picturale de Sengai précisément (en envisageant comme indissociables la peinture et la calligraphie) que l’art japonais entendu de manière plus large (et dans d’autres domaines, comme la poésie ou la poterie – qu'il loue tout particulièrement, non seulement pour les réalisations zen, mais surtout pour celle de la période Jômon, à laquelle il revient très souvent, comme la plus fascinante, précoce et singulière culture de la poterie dans le monde entier). Mais il relève en même temps à chaque fois combien ces associations se conjuguent avec ce qu’il identifie comme un véritable principe fondamental de « séparation », des couleurs, par exemple ; et il inclut dans son essai le biais dérivant de ses propres goûts en la matière, héritage des estampes que lui offrait son père quand il était un écolier. J’y vois, peut-être à tort, comme une variation sur l’esthétique à même de rappeler aux meilleurs souvenirs de L’Éloge de l’ombre de Tanizaki… avec certes les mêmes précautions à prendre.

 

Toutefois, les articles les plus intéressants à mes yeux, s’ils sont souvent aussi les plus brefs, sont ceux dans lesquels Claude Lévi-Strauss traite du Japon au prisme d’un de ses principaux centres d’intérêt en tant que scientifique : la mythologie (une préoccupation qui peut occasionnellement ressortir dans les autres articles également). Connaisseur du Kojiki (en traduction, donc), l’anthropologue établit des passerelles entre les mythes japonais et ceux d’autres cultures – par exemple, dans « Le Lièvre blanc d’Inaba », il compare une fable animalière un peu incongrue dans le contexte du Kojiki avec d’autres fables très proches dans les mythologies amérindiennes – celles qu’il connaît le mieux de par ses travaux. C’est aussi à cet égard qu’il entend « repenser la place de la culture japonaise dans le monde », quitte à faire appel à la géologie et au climat pour rappeler que, dans un lointain passé, il a pu y avoir des passages entre l’Asie continentale (et notamment l’Asie du Sud-Est, où il suppose que se trouve le mythe originel dans ce cas précis) et aussi bien l’Océanie que l’Amérique, le Japon ayant pu constituer un lieu de passage important. D’une certaine manière, il procède un peu de même quand, dans « Hérodote en mer de Chine » (issu de Mélanges en l’honneur du fameux helléniste Jean-Pierre Vernant), puis dans « La Danse impudique de Ame no Uzume », non content de revenir sur la fable du « Lièvre blanc d’Inaba », il se penche sur les ressemblances, mais peut-être plus encore les différences, jugées plus significatives (un thème qu’il développe bien sûr dans « Apprivoiser l’étrangeté », soit la préface à Européens et Japonais de Luís Fróis), entre des mythes japonais et, notamment, grecs et égyptiens – supposant là aussi une autre origine commune, probablement du côté de l’Asie mineure. Et il est tentant de faire ce genre de comparaisons – votre ignare de serviteur lui-même s’en est d’ailleurs fait l’écho par ici, le Kojiki comprenant un fameux épisode qui ne manquera pas de rappeler le mythe d’Orphée à quiconque est imprégné d’un minimum de culture grecque, si, par exemple, le lien entre le vase de Pandore et l’histoire d’Urashima Tarô (voyez par exemple ici) est peut-être plus tendancieux. Mais, encore une fois, ces articles sont assez brefs, voire lapidaires, et Claude Lévi-Strauss prend bien soin de rappeler qu’il n’a rien d’un spécialiste du Japon.

 

Et je ne suis certes ni un anthropologue, ni un spécialiste du Japon, ni un spécialiste de la mythologie comparée. Dès lors, toutes ces remarques sont à manipuler avec précautions, et j’ai pu écrire quelques bêtises. Le sentiment demeure, d’un ouvrage plutôt « léger » dans l’abondante et très sérieuse bibliographie de Claude Lévi-Strauss – un ouvrage par ailleurs d’une lecture agréable, mais assez clairement mineur. Une lecture dispensable, dès lors, si loin d’être inintéressante.

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