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"The DFA Remixes, Chapter Two"

Publié le par Nébal

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VARIOUS ARTISTS, The DFA Remixes, Chapter Two.
 
Tracklist :
01 – TIGA – Far From Home.
02 – JUNIOR SENIOR – Shake Your Coconuts.
03 – HOT CHIP – Colours.
04 – N.E.R.D. – She Wants To Move.
05 – NINE INCH NAILS – The Hand That Feeds.
06 – GOLDFRAPP – Slide In.
07 – CHROMEO – Destination Overdrive.
08 – UNKLE – In A State.
 
C’est dangereux, un remix. Ca peut donner des très jolies choses, parfois. Ca peut même donner des petites perles qui enfoncent les originaux, avec un peu de chance. Mais ça peut, aussi, hélas, n’être qu’un incontournable marketing, fait à la va-vite et par-dessus la jambe…
 
Ici, les artistes remixés sont plus ou moins alléchants : il y a du très bon (N.E.R.D., Nine Inch Nails, UNKLE), du correct (Hot Chip, Goldfrapp)… et du douteux (Tiga, Chromeo). Mais les remixeurs sont ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle, la crème de la crème. The DFA, pour ceux qui ne connaîtraient pas, c’est James Murphy (aka « le type de LCD Soundsystem ») et Tim Goldsworthy ; DFA, c’est aussi leur chouette label new yorkais, abritant ou ayant abrité quelques pépites disco punk (ou mutant disco, comme on voudra), parmi lesquelles, outre LCD Soundsystem, on comptera notamment The Rapture, Radio 4, Playground, Metro Area, The Juan MacLean, Fisherspooner et bien d’autres encore. DFA, du coup, ça peut être les deux à la fois, production et remix, au travers de compilations très recommandables, comme par exemple Muzik Presents – Disco Punk – Dance To The Underground, où l’on pouvait notamment se régaler avec le très chouette remix de Le Tigre « Deceptacon », le premier réalisé par les deux zoziaux, ou encore ceux des tubes de The Rapture « House Of Jealous Lovers » et de Radio 4 « Dance To The Underground » ; autre exemple, plus directement représentatif des jolies choses que l’on peut trouver dans la maison, DFA Compilation #2 (j’essayerai d’y revenir à l’occasion).
 
Mais le disque qui nous intéresse est un peu différent, puisqu’il s’agit d’artistes extérieurs au catalogue DFA qui ont demandé un remix à Murphy et Goldsworthy pour égayer leurs maxis et autres éditions limitées, etc. D’où mon introduction ; et la possibilité que ça soit franchement pas top, quelle que soit l’estime que l’on porte aux deux remixeurs (et pour ma part ça tient presque du culte…).
 
Heureusement, James et Tim sont des gens sérieux. Quel que soit le matériau original, ils entendent en faire quelque chose de chouette, quitte à se réapproprier totalement le morceau comme cela arrive souvent ici. Ils n’hésitent pas non plus à faire durer le plaisir, avec plusieurs remixs avoisinant ou dépassant les 10 minutes. C’est le cas, par exemple, du « Far From Home » de Tiga, sympathique morceau electro-pop, mais aussi du « She Wants To Move », de N.E.R.D., dont le remix, s’il est beaucoup moins sensuel et funky que l’original, n’en est pas moins une franche réussite. De même pour ce qui reste à mon sens (et pour cause, diront les mauvaises langues…) un des meilleurs du lot, le remix du « The Hand That Feeds » de Nine Inch Nails, morceau à l’origine assez moyen issu du très moyen With Teeth : The DFA ont choisi de n’en conserver que la voix de Trent Reznor ; pour le reste, c’est du LCD Soundsystem de la plus belle eau… Alors les puristes house critiqueront les envolées plus ou moins criardes de Reznor ; et les puristes indus seront interloqués devant cette basse terriblement ronde et ces claviers limpides… Moi, j’adore ce mélange inattendu, et les puristes, je les empapaoute ! Na ! On pourrait continuer ainsi pour chacun des morceaux de la compil, par exemple le très disco « Slide In » de Goldfrapp, mais mon stock de superlatifs n’est pas inépuisable…
 
Bien sûr, il y a quelques (rares) passages moins enthousiasmants : le remix d’Hot Chip, par exemple, n’a rien d’exceptionnel, et les voix filtrées de Chromeo agacent (avant d’être subermergées par une basse saturée du meilleur effet…) ; de même, le dernier morceau, qui est aussi le plus long (13:34), le remix d'UNKLE, commence pas terrible, avec un aspect éthéré tout doux tout gentil guère convaincant, et puis la basse s’installe, les petits blips saturés s’accumulent, ça se répète, ça hypnotise au fur et à mesure que les nappes se font plus envahissantes, et ça monte, ça monte, ça monte… pour devenir tout bonnement orgasmique.
 

Une très bonne compilation, qui satisfera sans aucun doute les amateurs de DFA. Il n’est pas garanti, par contre, que les fans des artistes remixés y trouveront leur compte ; mais peut-être cela leur ouvrira-t-il d’autres horizons musicaux ?

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"Plane Of The Dead", de Scott Thomas

Publié le par Nébal

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Titre original : Flight Of The Living Dead: Outbreak On A Plane.
Titres alternatifs : Flight Of The Living Dead, Plane Dead.
Réalisateur : Scott Thomas.
Année : 2007.
Pays : Etats-Unis.
Genre : Fantastique / Horreur / Zombies / Catastrophe / Action.
Durée : 1h30.
Acteurs principaux : Raymond Barry, Derek Webster, David Chisum, Kristen Kerr, Kevin J. O’Connor, Rychard Tyson, Erick Avari…
 
Depuis quelque temps, dans la foulée des 28 jours plus tard, L’armée des morts, Land Of The Dead et autres Shaun Of The Dead, le film de zombies connaît un indéniable regain d’intérêt, pour le meilleur (ces quatre-là, entre autres)… et pour le pire (les Resident Evil et compagnie). Ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre. Problème : tout le monde n’est pas Romero, loin de là ; et nombreux sont ceux qui manquent de la passion, de la sincérité et éventuellement de l’humour et / ou des moyens nécessaires pour aboutir à quelque chose de potable…
 
Du coup, ce Plane Of The Dead, sorti directement en DVD, et œuvre du quasi-inconnu Scott Thomas, a de quoi laisser sceptique. Difficile de dire ce que l’on est en droit d’en attendre, dans un premier temps. Bon, une série B, ça, ça ne fait aucun doute : mais un bon film ? Un affligeant navet ? Un réjouissant nanar, comme les Italiens en produisaient à tout va il y a de ça un quart de siècle ? Le pitch, a priori, n’est pas sans rappeler le consternant Avion de l’apocalypse d’Umberto Lenzi, même si l’on s’en éloigne bien vite… Et le générique du film fait craindre le pire, avec son odieuse chansonnette hard FM et ses CGI pourris… Les acteurs, plutôt pas top dans l’ensemble, ne rassurent guère (on croise cependant, avec un sourire, quelques têtes connues de ce genre de productions, abonnées aux seconds rôles poussifs et au cabotinage effréné, notamment Erick Avari et Kevin J. O’Connor…). Quant aux personnages, ils forment un beau ramassis de clichés pour le moins éprouvant : on retiendra notamment ces quatre djeuns ricains caricaturaux au possible, les deux surfers branchouille et leurs biatches de copines qui semblent se livrer à une compétition pour déterminer laquelle sera la plus vulgaire et écervelée ; ceux-là, on en vient à souhaiter très vite leur mort dans d’atroces souffrances…
 
Voilà pour la première impression. Abordons maintenant le scénario, pour le moins limité. Un Boeing 747 (de la compagnie « Concord »…) fait la liaison Los Angeles – Paris. A son bord, le ramassis habituel de glandus que l’on trouve nécessairement dans un avion : outre les quatre ahuris précédemment évoqués, une bonne sœur tout droit sortie de Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?, un flic cynique et bourru accompagnant un criminel blagueur, un agent de la sécurité paranoïaque et pas crédible deux secondes, un champion de golf (le black de service) et sa femme, un grand patron cynique et deux savants fous, et enfin un peu de figuration pour nourrir nos chers amis les zombies ; pour ce qui est de l’équipage, le pilote, très logiquement, doit prendre sa retraite après ce dernier vol, le copilote est un jeune couillon, et les hôtesses sont chaudes comme la braise… Mais voilà. Il y a dans la soute de l’avion une cargaison inhabituelle, gardée par un type en tenue de lutte anti-bactériologique et armé d’un gros flingue (a priori, tout ça monte dans l’avion – civil – sans souci…). Et cette cargaison, c’est quoi donc ? Bah bien sûr : un zombie… Enfin, le cadavre ressuscité de la femme d’un des savants fous, qui, très logiquement, s’échappe de son sarcophage quand l’avion traverse une zone de turbulences, et est subitement pris d’une petite fringale… La contamination se répand bien vite – on notera au passage que les zombies, dans ce film, tiennent plus de la version sous amphétamines à la Boyle et Snyder (ou Mattei, ou Lenzi…), que de la version sous tranxène propre à Romero et Fulci –, et c’est bientôt le chaos dans l’avion… Les autorités américaines, au sol, prennent finalement conscience du danger potentiel de l’atterrissage du Boeing, et envisagent de l’abattre en vol. Rien que de très banal, donc ; seule petite originalité par rapport aux grands classiques du genre : le cadre de l’avion, qui, depuis le 11-Septembre, prend une résonance particulière peut-être pas innocente ici… Mais faut voir comment c’est traité, ensuite.
 

Eh bien, on peut cracher le morceau maintenant : c’est extrêmement réjouissant ! On a là une série B assumée, très rythmée, généreuse et bourrée d’humour, qui sait ne pas trop se prendre au sérieux et faire contre mauvaise fortune (ah ah, blague, ah ah…) bon cœur ; il y a beaucoup d’action, quelques scènes très inventives, de sympathiques passages gores (les maquillages sont assez réussis, même si on peut être assez perplexe pour ce qui est des lentilles jaunes à la Evil Dead), les blagues, bonnes et volontairement mauvaises, abondent, et l’on ne s’ennuie pas un seul instant. Alors oui, les acteurs ne sont pas terribles et les effets spéciaux numériques – assez rares – particulièrement ratés, mais ça n’est guère rédhibitoire : on a ce que l’on pouvait espérer de mieux dans ce contexte précis, une chouette série B respectueuse de son thème et divertissante, qu’on savourera probablement d’autant mieux entouré de potes, avec un peu de bières et des chips.

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"Superman, 1959", de Bill Finger, Otto Binder, Wayne Boring et Curt Swan

Publié le par Nébal

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FINGER (Bill), BINDER (Otto), BORING (Wayne) et SWAN (Curt), Superman, 1959, [s.l.], Panini Comics / DC, coll. Archives DC, série Superman, [1959] 2007, 236 p.
 
 
Ce deuxième volume des « Archives DC » consacrées au Superman de « l’âge d’argent » constitue à bien des égards une invitation au voyage dans le temps. On est très loin, ici, des comics contemporains, et a fortiori de la période « sombre et dure » qui a suivi le génialissime Watchmen d’Alan Moore et l’excellent Dark Knight de Frank Miller. Ici, nulle violence, le réalisme se voit gentiment congédier, et les questionnements existentiels de même. Superman vit dans un monde coloré et innocent, et ses aventures visent clairement un public enfantin ; on comprend d’autant mieux l’importance, quelques années plus tard, de la création de l’univers Marvel par Stan Lee et Jack Kirby (sans oublier Steve Ditko, John Buscema, etc.). En 1959, on n’en est pas encore là. Et, autant le dire de suite, c’est franchement niais ; c’en est même souvent consternant. Et le lecteur, à maintes reprises, ne pourra que difficilement se retenir d’éclater de rire, ou de murmurer avec un sourire, la main devant les yeux, un « Oh la la » un rien moqueur…
 
Est-ce inintéressant, alors ? Est-ce illisible aujourd’hui, surtout pour un lecteur adulte ? Sûrement pas. C’est même franchement divertissant. Il y a une contrepartie agréable à la naïveté enfantine de ces épisodes antédiluviens, et c’est que tout y est permis. L’imagination ne saurait rencontrer de limites ; la vraisemblance, la cohérence et le bon goût sont relégués aux oubliettes, et tout devient possible (avec Superman, c’est de suite plus convaincant qu’avec le nabot arriviste, non ? Mais je m’égare…). Le point de départ des aventures laisse souvent pantois, les retournements de situations sont tous plus ahurissants les uns que les autres, et la résolution du mystère fait souvent appel à des trésors d’inventivité. Oui, dans ces pages, l’imagination prend le pouvoir. Et toc. Du coup, c’est extrêmement rafraîchissant et très drôle, pour peu que l’on accepte, le temps d’une BD, de retrouver son âme d’enfant (enfin, ce qu’elle a de mieux à nous proposer, faut pas déconner non plus…) et de se laisser emporter dans un monde fantaisiste et coloré oublieux des soucis de la vie quotidienne, les grands comme les petits (enfin, pour peu que le lecteur consente à débourser 26,00 € quand même ; ouch…).
 
Superman est de toutes façons un personnage qui m’a toujours semblé particulièrement inintéressant dans ses aventures sérieuses. L’est parfait, le bonhomme. Il sait tout faire. En plus il est beau, intelligent et Américain (enfin, sauf dans l’excellent Red Son de Mark Millar, à lire tout prix…). Autant dire que ce surhomme par excellence est vite lassant… Seulement voilà : il suffit qu’il enfile des lunettes, et il devient le journaleux maladroit Clark Kent ; et personne ne reconnaît en lui Superman ; et c’est déjà pas crédible pour un sou… Pour peu que l’on accepte ça, dès lors, on pourra s’amuser en feuilletant le présent volume, dont ce n’est que la moindre des invraisemblances. Et c’est avec plaisir, finalement, que l’on retrouvera ici "l'homme de demain" et ses vieux potes, Lois Lane, bien sûr (particulièrement perfide et prête à tout pour percer le secret de l’identité de Superman, elle en mériterait des baffes, franchement ; l’est bien gentil, le Clark Kent ! Ah, l’amour…), Perry White, et enfin Jimmy Olsen, qui en vient ici à péter un plomb et à déclarer la guerre à Superman ! Autre moment intéressant, et qui vient un peu contredire ce que je disais jusque-là, mais pas complètement non plus, l’histoire plus sérieuse (relativement) et surtout un tantinet tristounette qui vient rappeler au bon souvenir de Kal-El une de ses premières amourettes, et probablement la plus touchante, avec la sirène Lori Lemaris… Plus anecdotique, on croisera à l’occasion la « super-famille » de Superman, avec l’inénarrable Krypto le super-chien… Du côté des vilains, il y a aussi du beau monde : Lex Luthor, bien sûr, plus intelligent et machiavélique que jamais, qui devient le temps d’un épisode le terrible (et puéril…) Kryptonite Man ! On notera aussi l’arrivée de Bizarro dans les aventures de Superman (il avait déjà rencontré Superboy auparavant ; et qui c’est qui le ramène ? Ben oui, Luthor, bien sûr…) : un personnage finalement plus touchant (si l’on est bon prince) que méchant, et qui vit avec Lois une romance à la King Kong… Et puis Titano, Metallo, ou encore le gueudin Mr. Mxyzptlk… Rien de trop méchant, on le voit (en-dehors du nazillon du premier épisode, responsable d’un « projet X » particulièrement original…). Mais de quoi connaître un certain nombre d’aventures amusantes.
 
Car l’humour est au final le maître mot de ces vieux comics. C’est souvent très drôle, et les auteurs n’hésitent d’ailleurs pas à ridiculiser leur héros de temps à autre, par exemple en en faisant le doyen arthritique de Métropolis, ou en suivant le temps d’une aventure Clark Kent en pompier, qui use et abuse de son légendaire et ridicule super-souffle… pour, comme de bien entendu, en arriver à l’éloge de ces authentiques héros de tous les jours (ben oui, on est ici dans une BD morale, Môssieur…). Des fois, on a même franchement le sentiment que les auteurs s’amusent beaucoup, jusqu’à glisser des blagounettes douteuses : pour ma part, le costume de plomb de Superman m’a comme qui dirait un peu surpris ; enfin, surtout l’emplacement de la caméra, quoi…
 

Bilan : si vous voulez lire un truc très couillon mais divertissant, c’est fait pour vous ; et si vous voulez faire de l’archéologie des comics, c’est fait pour vous aussi. Régalez-vous… puis relisez Suprême d’Alan Moore, eh eh eh…

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"Ex Machina", t. 2 : "Tag", de Brian K. Vaughan et Tony Harris

Publié le par Nébal

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VAUGHAN (Brian K.) et HARRIS (Tony), Ex Machina, 2. Tag, introduction des Frères Wachowski, [s.l.], Panini, coll. Panini Comics – Wildstorm, 2007, [n.p.].

 
La série Ex Machina a été créée par le brillant scénariste Brian K. Vaughan (plus connu pour l'excellente série thriller / SF / Fantastique Y le dernier homme – bientôt adaptée en film, semblerait-il ? – et le troublant graphic novel Pride Of Baghdad), auréolé d'Eisner Awards, et le dessinateur Tony Harris (qui en a également quelques-uns à son actif) ; elle est publiée aux Etats-Unis chez Wildstorm, et en France chez Panini.
 
Le principe est simple, original et pertinent. La série se déroule dans un monde uchronique dans lequel il existe un super-héros. Un seul. « L'Illustre machine », de son vrai nom Mitchell Hundred, a acquis dans d'étranges circonstances un pouvoir de contrôle sur les machines, qui lui confère une puissance assez remarquable. Difficile, cependant, de devenir un super-héros : Mitchell se rend bien vite compte que la « vraie vie » diffère de celle des comics, et qu’il n’a rien du Superman dont les aventures le réjouissaient enfant. C'est un peu un loser, en fait, comme le Yorick Brown d'Y... Son costume, ses pouvoirs, son identité secrète... Finalement, tout cela ne l'aide guère à combattre le crime. Le vrai. Alors il décide de se présenter aux élections à la mairie de New York comme candidat indépendant. Et il gagne, contre toute attente. Il faut dire que, le 11 Septembre, ses pouvoirs lui ont été bien utiles, même s'il n’a pu sauver qu'une seule tour...
 
Brian K. Vaughan nous entraîne ainsi dans une réjouissante uchronie mélangeant brillament SF, thriller et politique, dans une Amérique post 11 Septembre plus vraie que nature (les frères Wachowski, dans leur très dispensable et racoleuse préface à ce tome 2, ont bien raison d'évoquer à cet égard la Californie de Governator, entre autres...) A part Watchmen, et dans une certaine mesure les Ultimates de Mark Millar, je ne connais pas de comics « de super-héros » (faut l'dire vite…) qui aient autant joué la carte du réalisme, à tous les niveaux. Le résultat est passionnant, intelligent et remarquablement bien ficelé, les séquences d'action (parfois passablement gores) s'intégrant parfaitement dans les embrouilles mesquines des couloirs de la mairie de New York et les questionnements du héros, des plus élevés aux plus sordides. Comme dans Y, on a un peu l'impression de regarder une des ces séries télé dont il est impossible de décrocher (la narration y emprunte beaucoup ; chaque épisode contient généralement au moins un cliffhanger ou une image forte en guise de conclusion, à même de séduire le plus blasé des lecteurs). Cela me semble franchement être une des séries les plus originales, intrigantes et enthousiasmantes de ces dernières années. Bon, a priori, je ne suis pas le seul à le penser, loin de là... Et il faut vraiment que je me calme sur les superlatifs.
 
Difficile, par contre, d’en dire beaucoup sur ce tome 2 plus particulièrement, sous peine de spoiler considérablement… Alors on va faire simple : de quoi nous parle-t-on, ici ? En vrac, de meurtres gores, de manipulations, de mariage gay, de mutilations, d’espionnage, de fondamentalistes chrétiens, d’opportunisme, de suicide, du 11 Septembre, d’hypocrisie, de la NSA, de glyphes bizarres, des pompiers, du système éducatif, d’amour, de machines, d’architecture, de tags… De beaucoup de choses. Les thèmes, nombreux et riches, s’imbriquent à merveille et, si l’action à proprement parler est rare, il est néanmoins impossible de s’ennuyer.

N’hésitez pas à vous jeter sur cette excellente série
.

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"Tom Strong", t. 3, d'Alan Moore & Chris Sprouse

Publié le par Nébal

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MOORE (Alan) & SPROUSE (Chris), Tom Strong, t. 3, [s.l.], Panini, coll. Panini Comics / America's Best Comics, 2007, [n.p.]

Le 3e tome de Tom Strong est – enfin – sorti en français il y a quelques semaines chez Panini/ABC, et il est vraiment excellent.

Petite présentation du personnage à tout hasard ? Tom Strong est un des héros créés par le génial Alan Moore quand il a lancé son propre label de comics, modestement dénommé America's Best Comics (ou ABC pour les intimes ; et le pire, c'est qu'il a raison, le bougre). C'est un héros « archétypal », fort, beau, honnête et intelligent, qui traverse tout le XXe siècle. Fruit d'une expérience « scientifique » menée sur lui par ses parents qui voulaient en faire un surhomme, il a effectivement acquis des capacités phénoménales ainsi qu'une longévité impressionnante en consommant de la racine de goloka. Il est le plus souvent accompagné dans ses aventures par sa femme Dhalua, leur fille Tesla, le robot majordome so british Pneuman et le gorille parlant Samson, so british de même. La BD se veut un hommage à la littéature « pulp » et aux comics de « l'âge d'or » (un peu à la manière de ce que Moore avait déjà fait avec l'excellent Suprême). Il n'y a pas vraiment de trame narrative à long terme : un épisode situé en 2000 peut très bien être suivi d'un épisode en 1945, etc. Les histoires sont généralement assez courtes.


C'est particulièrement vrai pour ce volume, très différent des deux précédent (lesquels m'avaient à vrai dire moins convaincu que Suprême, sauf pour ce qui est du dessin limpide de Chris Sprouse, qui apporte une homogénéité manquant parfois à la série Awesome). Ici, les petites histoires s'enchaînent, et sont souvent passablement débiles, et parfois même franchement hilarantes. Du coup, bien plus qu'aux précédents Tom Strong, ou même aux Tom Strong's Terrific Tales, cela fait davantage penser aux géniales Tomorrow Stories (dont seul Jack B. Quick, enfant prodige a été traduit jusqu'à présent ; à quand la suite ?). La famille Strong se retrouve en effet entraînée dans des histoires toutes plus improbables que les autres, à base, entre autres, de paradoxes temporels (très joliment employés) ou d'univers parallèles : ainsi dans l'hilarant Funnyland, où le « héros de la science » se retrouve projeté dans un monde cartoonesque où les lois de la comédie l'emportent sur celles de la physique ; la rencontre avec son alter ego Warren Strong vaut son pesant de carottes.

Seule véritable exception, mais tout sauf désagréable, la saga en deux épisodes (11 et 12) qui prépare le sympathique spin-off Terra Obscura (plus ou moins une histoire d'univers parallèle, mais en fait non...). A quand une traduction, là aussi ?

En conclusion, une excellente lecture, qui contient tout ce que l'on aime dans les productions les plus récentes d'Alan Moore : beaucoup d'humour, d'inventivité et d'érudition, qui servent une narration fluide, pour avoir au final une BD à la fois intelligente et divertissante. Gloire à Lui.
Et à suivre.

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"L'arche des aïeux", de K.-H. Scheer et Clark Darlton

Publié le par Nébal

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SCHEER (K.-H.) et DARLTON (Clark), L’arche des aïeux, traduit et adapté de l’allemand par Ferdinand Piesen, [Paris], Fleuve noir, coll. Space, série Perry Rhodan (n° 42), [1977] 1996, 185 p.
 
Où l’on retrouve « la plus grande saga de science-fiction du monde », avec ce 42ème volume de « Perry Rhodan ». Je ne m’étendrai pas sur la présentation de la saga, déjà effectuée dans l’article sur Les métamorphes de Moluk. C’est du roman de gare, voui, de la SF couillonne et un tantinet gamine, et ça ne prétend pas être autre chose.
 
Alors, c’est quoi donc, cette Arche des aïeux ? Comme le titre le laisse entendre, c’est une histoire de « vaisseau-monde » qui va nous être ici contée. Depuis des millénaires, une gigantesque sphère traverse lentement l’espace. Sa destination comme son origine sont inconnues, y compris des hommes qui l’habitent. Ceux-ci, dénués de toute identité (on les désigne par leur fonction, suivie d’un numéro), sont contraints à une vie brève et dure, toute entière vouée au travail. Quand vient le moment, ou plus tôt si l’on pose trop de questions, chacun disparaît dans le convertisseur, du plus misérable ouvrier au commandant lui-même. Les robots gardiens y veillent. Mais ces hommes, qui n’ont jamais vu le ciel, qui n’ont jamais foulé le sol d’une planète, en viennent à se poser des questions troublantes : pourquoi sont-ils là ? Quel est au juste le sens de cet énigmatique voyage ? Pourquoi ne laisse-t-on pas faire la nature, et expédie-t-on des hommes en pleine forme dans le convertisseur parce que « c’est le moment » ? Pourquoi ne peut-on même pas se poser des questions métaphysiques ?
 
On le voit, l’atmosphère du roman, si elle est loin d’être inintéressante, n’est guère originale. La base est la même que celle de bons nombres d’histoires de « vaisseaux-mondes », et, pour ma part, je n’ai pu m’empêcher de penser notamment aux Orphelins du ciel de Robert A. Heinlein, en beaucoup moins pénétrant et inventif comme de bien entendu.
 
Mais cela ne s’arrête pas là, bien sûr. La révolution est inévitable. Et le mystère s’épaissit quand un mécanicien découvre, par hasard, une zone auparavant inaccessible du vaisseau, gardée par de nombreux robots, et abritant les corps cryogénisés de centaines d’individus. Seraient-ce leurs ancêtres ? Pourquoi sont-ils là ? Les occupants actuels du vaisseau ne seraient-ils que des pions manipulés par leurs aïeux endormis ?
 
Histoire d’en rajouter un peu, la sphère croise bientôt la route d’un vaisseau terrien. Et son équipage également se pose des questions : que fait ici ce gigantesque croiseur arkonide ? Et pourquoi avance-t-il, et depuis fort longtemps semble-t-il, à cette vitesse d’escargot, alors qu’il dispose a priori de propulseurs hyperspatiaux en parfait état de marche ? C’est l’occasion de rencontrer un personnage très attachant, l’Emir, un mulot mutant, parlant, télépathe, télékinésiste, téléporteur et très farceur, qui compte bien percer ce mystère.
 
Je n’en dirai pas plus, si ce n’est que le deuxième épisode se situe là encore dans la continuité immédiate du premier, et que, si Perry Rhodan et même Atlan y font leur apparition, c’est encore le mulot que l’on prend le plus plaisir à suivre.
 
Pour un roman de gare, c’est plutôt le haut de gamme, même si l’on y préférera bien sûr les originaux (Les orphelins du ciel, dernier volet de « l’Histoire du futur » d’Heinlein déjà évoqué précédemment, est à ce titre une lecture indispensable). Un sympathique Perry Rhodan, assez entraînant. On regrettera juste une idéologie qui pue vraiment du zboub, mais sur laquelle je ne peux rien dire de plus, histoire de ne pas dévoiler le fin mot de l’histoire. Dommage…

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"Les métamorphes de Moluk", de K.-H. Scheer et Clark Darlton

Publié le par Nébal

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SCHEER (K.-H.) et DARLTON (Clark), Les métamorphes de Moluk
, traduit et adapté de l’allemand par Ferdinand Piesen, [Paris], Fleuve noir, coll. Space, série Perry Rhodan (n° 41), [1977] 1996, 188 p.

 
Aaaaaaaaaah, Perry Rhodan. « La plus grande saga de science-fiction du monde », comme ils disent. Plus de 1000 fascicules chez nos amis teutons, créateurs de la chose, et au moins 250 chez nous, publiés au Fleuve noir, sans compter les spin off (par exemple « Atlan », toujours au Fleuve noir). C’est du lourd, quoi. Une véritable institution du roman de gare, à la « OSS 117 » ou à la « SAS », le cul en moins (en fait, c’est même assez gamin). Une tradition de la littérature pulp qui laisse encore des traces. Des romans brefs et, autant le dire d’ores et déjà, mal écrits, mais divertissants ; du space opera con con qui fait passer le temps dans le métro ou le TER, ou, et c’est encore mieux, sur la plage. Avec ces « belles » couvertures bariolées dont on a longtemps et bêtement fait le symbole du pire.
 
J’étais étrangement passé à côté jusque-là. Pourtant, fut un temps – les heures maudites de l’adolescence – où je bouffais volontiers de cette mauvaise cuisine, surtout en fantasy il est vrai. Un retard important à combler. Avant de prendre la direction de la Catalogne, et conscient que Thomas Pynchon n’était probablement pas une bonne lecture de plage, j’ai donc fait mes provisions à base de Moorcock et de Perry Rhodan. Trouver le n° 1 n’est pas si facile, par contre… Pas grave, ce sont des romans indépendants, même s’ils se situent dans un même univers et si l’on retrouve de temps à autre quelques personnages. Allez hop, les plus vieux dans le rayonnage sont le 41 (Les métamorphes de Moluk, donc) et le 42 (L’arche des aïeux), je prends.
 
Perry Rhodan est beau. Perry Rhodan est grand. Perry Rhodan est fort. Perry Rhodan est Américain (ce qui, pour une fois, ne coule pas de source, donc). Membre de la première expédition lunaire (nous sommes en 1961…), il fait la découverte d’étranges civilisations extra-terrestres (d’abord meuchantes, cela va de soi), auxquelles il pète la fiole. Balaise, le bonhomme finit par se créer un véritable empire galactique.
 
C’est tout ce qu’on a besoin de savoir (et encore) pour entamer la lecture des Métamorphes de Moluk (ce titre est déjà tout un programme, non ?), dans la mesure où le big boss n’y apparaît quasiment pas. Tout commence avec une équipe d’exploration humaine, qui enquête sur le niveau de civilisation (très faible) de la planète Eppan, en se faisant discrète : enfin, en essayant ; ils rencontrent en effet le gladiateur Mataal, fort et intelligent, lequel, après avoir recueilli le mutant Goldstein, tombé malade, a percé le secret des espions terraniens. Le colonel Everson juge impossible de laisser sur Eppan un bonhomme pareil, et décide de l’enlever. Tout ce beau monde rejoint le « têtard », le vaisseau terranien, et entame bientôt la série de bonds hyperspatiaux qui doit les ramener dans le système solaire. Mais, bientôt, Goldstein devient à moitié fou, et des membres de l’équipage sont victimes d’assauts qui les laissent paralysés et catatoniques… Prière de ne pas spoiler, je vous laisse découvrir la clé de l’énigme. C’est assez prenant, avec une atmosphère oppressante et claustrophobe qui n’est pas sans évoquer Alien, avec un peu d’avance et sans les giclées d’hémoglobine.
 
Et Les métamorphes de Moluk, ils sont où, dans tout ça ? Sur Moluk, oui, bonne réponse. La recherche de ces étranges personnages occupe le deuxième épisode, dans la continuité directe du premier. Impossible d’en révéler trop ; disons que l’atmosphère paranoïaque du premier épisode se trouve prolongée d’une manière différente, quelque peu dickienne, mais sans subtilité aucune, comme on pouvait s’y attendre.

Ca se lit agréablement, malgré quelques haussements d'épaules sarcastiques, et c'est divertissant. On n'en demandait pas davantage...

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Compte-rendu du Summercase (Barcelone, 13-14 juillet 2007)

Publié le par Nébal

Une bien belle affiche, à tonalité assez electro-pop, pour cette deuxième édition du festival Summercase à Barcelone, les 13 et 14 juillet 2007 ; on en jugera bientôt.
 
Mais commençons par poser le cadre, on en sera débarrassés… Le festival avait lieu au Parc del Forum, dans la périphérie de Barcelone, face à la mer (enfin, celui auquel j’ai assisté, le festival ayant lieu, avec la même programmation mais un petit décalage, à la fois à Madrid – Boadilla del Monte – et à Barcelone). Le site ouvrait chaque jour à 18h00 pour fermer ses portes vers 6h00 (et il n’y avait nul endroit où planter sa tente, par ailleurs). Un joli site, ma foi, à l’architecture très contemporaine, mais gardant une certaine dimension humaine. Pas facile d’y accéder, par contre : c’était terriblement mal indiqué… et on y est arrivés, mes compères et moi, un peu par hasard. D’autant plus qu’il n’y avait pas de parking spécialement dédié au festival.
 
Le site, assez vaste, comprend quatre scènes. Sur la droite en entrant se trouve la scène S, sous chapiteau, de taille moyenne, et à la programmation très éclectique, avec quelques grosses pointures comme PJ Harvey, LCD Soundsystem et !!!, et d’autres groupes beaucoup moins connus. Il y règne très vite une chaleur à crever, ce qui peut éventuellement gâcher le spectacle… Un peu plus loin sur la gauche, un deuxième chapiteau abrite la scène N, de loin la plus petite, destinée à accueillir les artistes les moins connus (quelques noms détonnent, cependant, par exemple Electrelane). On atteint ensuite la scène O, qu’on a pris l’habitude d’appeler, sans doute à tort, « la grande scène » ; cette fois, on est en plein air, et des milliers de personnes peuvent y assister aux performances de groupes particulièrement attendus comme Arcade Fire, Scissor Sisters, The Jesus And Mary Chain ou encore Kaiser Chiefs. Face à la scène, mais à relativement bonne distance tout de même, on trouve deux « zones vertes » destinées au repos des festivaliers, très appréciables, mais vite surchargées. Enfin, dos à la Méditerranée se trouve la scène E, vaste amphithéâtre aboutissant sur une gigantesque fosse, et prolongé sur les ailes par une pente douce ; il s’agissait en fait de la plus vaste scène, même si l’on pouvait en douter le premier jour : mais il deviendra très vite évident que le public qui y assiste aux concerts de Bloc Party, DJ Shadow, Air et surtout des Chemical Brothers se chiffre en dizaines de milliers ; l’effet, depuis l’esplanade, est particulièrement saisissant. Pour en finir avec les scènes, on notera juste qu’il est très aisé de s’y repérer, et que l’on circule de l’une à l’autre très facilement.
 
Quelques mots sur des détails plus sordides, qui n’ont sûrement pas gâché la fête, mais bon quand même hein : les boissons et la bouffe étaient très chères (avec un pénible système de tickets, d’autant plus agaçant que les tickets achetés le vendredi ne pouvaient être utilisés le samedi…) ; la bouffe, en outre, était littéralement immonde : je me méfie des superlatifs dans ce genre de circonstances, mais je peux vous assurer que je n’ai jamais rien mangé d’aussi dégueulasse (et on n’a pas manqué de noter ce détail pour le lendemain…). Petit détail glauque toujours : pas du tout de poubelles ; très vite, l’ensemble du site devient un véritable dépotoir croulant sous les verres en plastique et autres sandwichs pas finis parce que non vraiment non. Et pour finir sur une note de bon goût, les chiottes ont rapidement débordé, dans tous les sens du terme…
 
Mais bon, c’est pas ça qui va nous empêcher d’apprécier le festival, tout de même. Rentrons (enfin…) dans le vif du sujet. Nous sommes arrivés le vendredi soir un peu avant 20h00, et après un bref instant de panique dû à nos billets achetés à la Fnac en France qui ne sont pas reconnus par la machine, on parvient enfin à rentrer sur le site, étiquetés cela va de soi. Vite vite vite : de la bière ! Ah, non, en fait : des tickets, puis de la bière…
 
Bon. OK. On se pose devant la scène O, où les Editors entament leur set. Leur pop énergique et carrée, sous haute influence des années 1980, constitue une mise en jambes des plus sympathiques. Ce n’est certes pas transcendant, on a un peu l’impression d’écouter toujours le même morceau, mais c’est quand même plus qu’honnête, et les mélodies rentrent insidieusement dans la tête.
 
Sitôt fini, on se promène un peu, et l’on subit par la même occasion la variétoche sauce reggae de Lily Allen à destination des minipoufs vaguement chichoneuses (scène E). On se rend bien vite sous le chapiteau de la scène S, où les Guillemots achèvent leur concert, relativement sympathique, en dépit de quelques fautes de goût.
 
Mais c’est ensuite au tour de PJ Harvey de monter sur scène. Pas « PJ Harvey et ses musiciens », non : PJ Harvey. Seule. Avec sa guitare, un piano et un sampler. Première baffe, du coup, et pour le mieux. Le concert n’en est que plus original, plus énergique, plus punk à certains égards. La grande dame, vêtue d’une robe blanche à la coupe, heu, « particulière », se donne toute à son public, avec une jubilation visible et qui force l’adhésion d’une salle conquise d’emblée. Les morceaux – souvent issus des premiers albums, pour mon plus grand plaisir, même s’il y a quelques inédits – sont brefs et intenses, et Miss Polly Jean nous réapprend ainsi, avec une simplicité appréciable, ce que c’est, au juste, que le charisme, ma bonne dame. Et ce malgré quelques petites imperfections techniques (le piano pas super bien sonorisé, un micro qui cafouille, et de même pour une table de mix…), sans que jamais la chanteuse ne se départisse de son sourire. Ce soir, PJ Harvey, qui m’avait plutôt déçu ces derniers temps, est clairement remontée dans mon estime (bon, elle était pas tombée trop bas, non plus…).
 
Fait chaud, par contre. Après quelques rappels, on quitte le chapiteau pour prendre un peu l’air en face de la scène O. Un de mes compères, guère séduit par la performance de PJ Harvey (c’était spécial, faut dire…), s’était rendu au concert de The Whitest Boy Alive (scène N), particulièrement bon semble-t-il. Pendant ce temps, on perçoit quelques échos du concert de The Flaming Lips (scène E), qui nous font regretter de ne pas pouvoir y assister… Le programme, hélas, ne nous permet pas de faire autrement. Le concert de Phoenix s’est achevé sur la scène O à peu près en même temps que celui de PJ Harvey, et les Arcade Fire vont bientôt prendre le relais.
 
Et cette petite troupe a une fort jolie scène. Au fond, un immense écran bordeaux accueillera bientôt quelques projections, sobres, mais à l’effet esthétique remarquable. Sur la gauche de la scène, un immense orgue joliment éclairé attire les regards intrigués, de même que les quatre petits écrans sphériques qui parsèment le décor. Les Arcade Fire entament enfin un set irréprochable, nous régalant de leurs superbes mélodies et de leur énergie unique ; si le chanteur reste très stoïque, ce n’est pas le cas du batteur et de la chanteuse, hilares, cette dernière nous gratifiant même d’une reprise inattendue… de « Poupée de cire, poupée de son ». Mais ce n’est qu’une petite blague, pas déplaisante au demeurant, permettant de relâcher la tension entre deux perles pop, a fortiori les nombreux extraits du sublime Funeral. Mais… Car il y a un « mais », hélas. A savoir un public insupportable… Je n’ai jamais vraiment fréquenté les festivals avant celui-ci, et ne saurais donc dire s’il s’agit d’une spécialité locale ou de quelque chose d’inévitable. Toujours est-il que les cons encocaïnés et / ou tazés jusqu’au sphincter qui passent leur temps à tchatcher en hurlant et en se foutant totalement du concert, mais en bouffant l’espace des autres spectateurs malgré tout, moi, ça m’énerve. Il se seraient mis un peu en retrait pour parler avec leurs potes, ça ne m’aurait sûrement pas dérangé, je fais après tout la même chose… Mais en plein milieu du public, c’est quand même particulièrement pénible ; ça témoigne d’un profond manque de respect pour les artistes, et ça gâche le plaisir des admirateurs. Mes chers camarades, du coup, ont trouvé le concert nul et ont déclaré forfait. Pas moi (d’autant plus que j’ai fini par trouver un endroit plus calme, qui m’a permis d’assister à la fin du concert sans souffrir davantage de ce parasitage). Mais je n’ai sûrement pas apprécié le concert autant qu’il le méritait, à cause de ces blaireaux. Pourtant, Arcade Fire faisait partie des groupes que je voulais voir à tout prix…
 
Je me rends ensuite scène S, où j’ai appris que le concert de Mika était annulé. M’en fous, mais je me demande naïvement si, pour cette raison, le concert de LCD Soundsystem ne va pas être avancé… Mais non, bien sûr. A la place, on a droit à un groupe d’illustres inconnus parfaitement médiocres, qui font trois petits tours et puis s’en vont. Moi aussi.
 
Je me dirige vers la scène E, où Bloc Party fait son show. Impossible de dépasser l’esplanade, déjà bondée, ce qui ne me permet guère d’apprécier le concert ; mais de là haut, en tout cas, on peut voir une foule énorme se trémousser dans la fosse, et qui a l’air de bien s’amuser. Vu de loin, ça avait l’air autrement plus convaincant que leur poussif concert à Ramonville, il y a de ça quelque temps (juste après la sortie de Silent Alarm), qui m’avait terriblement déçu. Dommage…
 
Je retourne scène S, où la laborieuse balance de LCD Soundsystem s’achève enfin. Le groupe déboule assez rapidement sur scène et entame un set très énergique, punk et dansant, malgré un son moyen. James Murphy, par contre, n’est pas à l’aise et ça se voit ; il dandine mollement son petit bidon, trippe avec ses cloches et sa cymbale et présente ses musiciens à la moindre pause (le monstrueux batteur, « Pat », se voit même accorder cet honneur deux fois…). Il se détend quand même progressivement, et adopte une excentricité un peu forcée et maladroite, qui rend le bonhomme encore plus sympathique, finalement. Les morceaux de Sound Of Silver ("Get Innocuous!", "Time To Get Away", "North American Scum"...) et LCD Soundsystem ("Daft Punk Is Playing At My House", "Tribulations", "Movement"...) s’enchaînent avec bonheur, tout le monde danse, le son s’énerve, ça monte, ça monte… et le concert de s’achever sur une version particulièrement hystérique du génial « Yeah (Crass Version) ». Ca fait du bien. Le meilleur concert de la soirée en ce qui me concerne.
 
Ceci dit, la suite n’est pas mauvaise pour autant, loin de là. En effet, tandis que James Murphy et ses potes achèvent leur concert, les joyeux frappadingues des Scissor Sisters entament le leur sur la scène O, devant laquelle s’est réunie une foule impressionnante de grandes folles, authentiques ou pour un soir, et qui s’amusent de toute évidence beaucoup. Le début fut un peu mou, à ce qu’on m’en a dit plus tard. Mais, au moment où j’arrive, ça commence à se déchaîner sur la grande scène submergée d’éclairages roses et violets. Jake Shears est littéralement dingue, et parcourt la scène de long en large, en sautillant, les yeux exorbités et le sourire au lèvres ; son costume de dandy perd progressivement des éléments, et il finit le concert quasiment à poil (étonnant, non ?). Mais, quoi qu’il fasse, il conserve toujours une voix parfaite. Un type très charismatique et un excellent chanteur. Mais pour ce qui est du charisme, à vrai dire, Ana Matronic n’est pas en reste, très professionnelle dans son rôle de meneuse de revue. Elle parle ainsi à son public, entre chaque morceau, de sexe, de drogue, de musique et de politique, avec une aisance égale ; loin de constituer des entractes ennuyeux, ces petits interludes font partie du spectacle, et le public en redemande. Pour le reste, de toutes façons, il est comblé. Le son est d’une qualité exceptionnelle, et les tubes s’enchaînent : « Take Your Mama », l’inévitable et cultissime reprise de Pink Floyd « Comfortably Numb », « Paul McCartney », « I Don’t Feel Like Dancin’ », « Kiss You Off », j’en passe et des meilleures. Tout le monde danse, toute résistance est inutile. Le concert s’achève enfin sur une nouvelle version du tubesque « Filthy/Gorgious », sans doute moins énergique que l’originale, mais très efficace néanmoins, et fort bien vue. Le groupe salue à la manière d’une troupe de comédiens, et quitte la scène sous les applaudissements de la foule qui en redemande. Un excellent concert, qui clôt agréablement cette première soirée.
 
Qui la clôt, oui, parce que franchement, mes chers camarades et moi, on n’en peut plus. On est contents, repus, crevés. Il est environ 5 h du matin, et les 2manydjs mixent scène S. On comptait d’abord les voir, mais on n’en a franchement pas la force... Perso, je m’en foutais un peu, donc ça ne me dérange pas plus que ça de me diriger vers un repos bien mérité.
 
On s’en va clochardiser sur la plage, quelques centaines de mètres plus loin ; sans surprise, d’autres ont eu la même idée que nous, étrangement peu nombreux cependant. Trois heures plus tard, le soleil, qui tape déjà dur, nous réveille dans un sale état ; il y a bien pire à côté de nous, néanmoins, dont un couple passablement défoncé qui en chie visiblement, et, plus loin, un type face contre terre et littéralement carbonisé (quelque temps plus tard, on entend une ambulance ; m’étonnerait pas qu’il y ait fait un petit tour…). La journée est longue et chaude. C’est difficile, mais on reprend quand même des forces. Le temps de préparer quelques sandwiches pour ne pas refaire la même erreur que la veille, et l’on reprend le chemin du Parc del Forum.
 
On arrive un peu à la bourre, ceci dit. Certains d’entre nous souhaitaient voir Soulsavers feat. Mark Lanegan (scène S), d’autres James (scène O). On passe devant les deux concerts, bien entamés, et ça n’est guère convaincant…
 
Du coup, on préfère se poser directement dans l’amphithéâtre de la scène E, où DJ Shadow va bientôt commencer son set. La gapette vissée sur le crâne, celui monte bien vite sur scène, et commence à bidouiller ses platines et son sampler, s’interrompant de temps à autre pour papoter avec son public (assez nombreux). Derrière lui défilent de fort sympathiques vidéos, à la tonalité très politique le plus souvent ; et au-delà, la mer… C’est un peu mou, dans un premier temps, même si la technique du bonhomme ne saurait faire de doute. Et puis arrive « Organ Doner » ; Shadow s’amuse avec son public, qui connaît nécessairement par cœur cette petite ritournelle à l’orgue (derrière lui, sur l’écran, on peut lire « Yeah, yeah, I know what you’re thinking… Still that organ thing ? Couldn’t he play something new ? Well, the fact is I play it since 1997, as I know it always turns the audience. Crowd’s pleasure... » Je cite de mémoire, hein, et probablement en très mauvais anglais…). Il s’amuse, le bougre. Il se fait désirer… Et puis ce tube démarre vraiment, et le concert s’enflamme définitivement. Les morceaux de bravoure s’enchaînent, mixes et scratches sont à chaque fois plus virtuoses sans être vains pour autant, et des échantillons piochés un petit peu partout dans l’ensemble de la production du DJ sont réutilisés sans cesse pour aboutir à des morceaux totalement différents et toujours intéressants. Plaisir des yeux et des oreilles. Pour ma part, je retiens surtout, vers la fin, un dantesque mix basé principalement sur des morceaux d’UNKLE, qui commence calmement avec le joli « Celestial Annihilation » pour être ensuite emporté par le furibard « Nursery Rhyme », sur lequel vient finalement se coller la voix éthérée et mélancolique de Thom Yorke sur le très beau « Rabbit In Your Headlights »… Très belle performance. Shadow remercie humblement son public, et quitte la scène sous les applaudissements. Ce samedi soir s’annonce plutôt bien…
 
Sur la scène O, c’est bientôt le tour de The Jesus And Mary Chain. Je connais très mal ce groupe culte (honte sur moi…), mais ça me fait quand même bien envie. Aïe. A peine entré en scène, le groupe se foire lamentablement sur son premier morceau… Ca s’annonce pas top. Le son est pourri, le groupe amorphe, le public aussi. Cruelle déception…
 
Autant aller voir ailleurs. Sous le chapiteau de la scène S, c’est bientôt le tour de The Gossip. Je connais pas du tout. Certains, qui ont écouté l’album, me disent que c’est sympa, sans plus. Pourquoi pas ? Et là, surprise : la chanteuse, passablement bouboule, débarque sur scène comme une furie hystérique qui saute partout… et le groupe se plante sur son premier morceau. C’est une malédiction, ou quoi ? Non. Oh que non. Parce que la suite est une énorme baffe. Les morceaux sont très simples (batterie qu’on qualifiera poliment de « minimaliste », guitare OU basse, jamais les deux à la fois, et chant). Après quelques problèmes de son au début (chaque fois que la chanteuse se lâchait un peu, ça donnait un horrible larsen qui vrillait méchamment le crâne, petit souci technique heureusement vite réglé), le concert débute vraiment. Et c’est, en ce qui me concerne, la révélation du festival. La chanteuse y est pour beaucoup. Pas complexée un seul instant par son physique à l’opposé des canons de beauté de notre triste époque superficielle (là, c’est dit), elle se déchaîne avec une exubérance et un charisme sidérants, sa robe à paillettes ras-la-touffe succombant bientôt sous ses gesticulations frénétiques. Elle souffre, ceci dit : il fait terriblement chaud, et elle a la moitié du temps une serviette humidifiée collée au front ; mais rien à battre ; rrrriot grrrrrrl hystérique, elle continue de sauter partout et de faire le spectacle, tout en conservant du début à la fin une voix véritablement exceptionnelle, puissante, très soul ; on pense à Janis Joplin, ou à Aretha Franklin… La musique, par contre, est très sobre, très rock’n’roll, très punk, très dansante. Un excellent concert, qui file une patate d’enfer à tout le monde. On sort de là ébahis. Plus qu’une surprise agréable, c’est bien d’une véritable révélation qu’il s’agit. Je sais, je me répète, mais c’était vraiment très très bon.
 
Le concert fut relativement bref, par contre. The Jesus And Mary Chain, de leur côté, n’ont toujours pas achevé le leur. Et force est de reconnaître que la fin n’a plus rien à voir avec le calamiteux début. Les derniers morceaux sont très bons, plus bruitistes, plus sauvages, et imparables. Rien à redire. L’honneur est sauf. Enfin, presque… Parce que The Gossip, c’était mieux, na !
 
On attend un peu devant la scène N. Electrelane commence son concert un peu tard. Problème : c’est bientôt Air qui doit jouer scène E, et une énorme foule s’y rue. Or on ne voulait pas rater les Versaillais… Dommage. Electrelane, ça partait vraiment bien…
 
Maintenant, il s’agit de se caler pour le grand moment de calme de la soirée. La fosse est remplie, l’amphithéâtre aussi. Argh. Restent les pentes latérales. On se pose dans la paille. Pour Air, c’est plutôt approprié ; sauf que c’est pas très confortable, d’être coincé comme des sardines sur une pente à 45°… surtout que l’on retrouve à cette occasion cet insupportable public tchatcheur qui m’avait déjà gâché Arcade Fire. Sauf que là, c’est pire. Air, c’est une musique calme et subtile, nom d’une sieste ! Ca s’annonce pénible. Le son, au mieux médiocre, renforce cette impression (beaucoup de larsens, de basses tremblantes, la batterie abominablement mal réglée…). Ils sont bien mignons, nos petits Franchouilles tout de blanc vêtus (ce qui leur confère une petite dégaine de Bee Gees néo-romantiques définitivement versaillais) ; et les morceaux sont très bons aussi, bien sûr. Mais, mal calé, agacé par les bavardages incessants et le son pourri, un peu malade enfin, je ne parviens pas à rentrer dans le concert. Je préfère me retirer un peu, pour mieux apprécier la fin. Ca s’améliore, d’ailleurs ; quelques rares morceaux un peu plus rythmés que la moyenne (« Sexy Boy », « Kelly Watch The Stars ») arrachent même quelques pas de danse mollassons à la foule sous tranxène ; le dernier morceau (dont j’ai oublié le nom…) est même excellent, un long délire progressif qui passe très bien (mais serait sans doute bien mieux passé si la batterie avait été mieux réglée…). Quant au light show, etc., c’est un peu le minimum syndical (enfin, disons que, pour cette scène, et pour ce groupe, je m’attendais à mieux…). C’était pas nul, donc, mais Air reste quand même la grosse déception du festival en ce qui me concerne. Je regrette d’autant plus de n’avoir pu assister au concert d’Electrelane
 
Je retrouve mes compères… à moitié endormis. On se remet en douceur face à la scène O, où c’est bientôt le tour des Kaiser Chiefs. Leur scène est très sobre, très « Beatles », avec le nom du groupe inscrit en grosses lettres par-dessus la batterie, au cas où on n’aurait pas compris. Bientôt résonnent les premières mesures de… « The Wizard » de Black Sabbath ? Tiens donc. Bon, c’est pas moi qui vais m’en plaindre, hein… Les membres du groupe ramènent leur sympathique frimousse sous les derniers accords de guitare stoner, et se lancent aussitôt, inévitablement, dans leur excellent tube « Everyday I Love You Less And Less » (après un faux départ tout aussi inévitable). Ils ont une pêche impressionnante, et en premier lieu le chanteur, très énergique, une vraie bête de scène qui use de tous les artifices pour motiver son public, et y parvient sans souci (« Hello Barcelona ! You’re such an audience ! ... Really better than Madrid ! » Ben tiens...). Les tubes s’enchaînent à toute vitesse, et on en a clairement pour notre argent : le son est excellent, le groupe très motivé, le public danse à tout crin... En bref, les Kaiser Chiefs nous offrent tout ce que la pop anglaise a de meilleur : fougue, arrogance, humour, légèreté, indéniable talent mélodique… Très bon concert.
 
Mais on ne peut hélas y assister jusqu’au bout… C’est qu’un gros morceau, que je ne veux rater sous aucun prétexte, nous attend scène S, à savoir !!! (chk chk chk pour les intimes). Je les avais vus à Toulouse peu après la sortie de Louden Up Now, et j’attendais beaucoup de leur concert de ce soir… Je n’ai pas été déçu. Sur l’ensemble du festival, ils ont incontestablement été les meilleurs. Impossible de prétendre le contraire. !!! est un groupe qui fait d’excellents albums ; mais ils nous ont montré une fois de plus qu’ils sont avant tout un groupe phénoménal en live, hystérique et très pro, tout dévoué à l’énergie, moins expérimental et plus direct. Et avec quelle réussite… Les musiciens, tous très talentueux, se déplacent en permanence, et échangent leurs instruments, dans une joyeuse partouze musicale. Nic Offer, très relax dans son short, semble monté sur ressorts ; il se rallie la foule avec aisance, qui se met progressivement à danser, et ne peut bientôt plus s’arrêter : c’est une drogue infernale, les morceaux s’enchaînant à la perfection, irrésistibles et jubilatoires. Tout le monde danse, toute résistance est inutile (oui, encore une fois !) : même votre serviteur, dont ce n’est vraiment pas la tasse de thé en temps normal… Le son parfait (d’autant plus surprenant, étant donné la complexité de la musique de !!!) sert à merveille les morceaux ; la basse, ronde et puissante, vient compléter le terrible arsenal de percussions dans une frénésie tribale incontrôlable (ils sont parfois quatre à malmener la batterie en même temps !). C’est carré, énergique, fabuleux. Puis, nouvelle surprise : une chanteuse noire, elle aussi un peu bouboule, pénètre sur scène. Ah ? Autour de moi, on s’interroge : est-ce qu’ils vont calmer le jeu ? TU PARLES ! Elle est au moins aussi dingue que les autres, et se lance dans de réjouissants jeux de voix avec Nic Offer, lequel, pour le coup, laisse tomber la voix de fausset pour se concentrer sur les éructations rythmiques. Puissance, encore et encore. Le chapiteau bondé se mue progressivement en un club de la plus belle eau, un palace voué à la danse jusqu’au-boutiste, jusqu’à la mort par épuisement, un sourire béat collé aux lèvres. Ils ont tout pour eux, et l’offrent au public avec une sincérité et une compétence rares. Gloire à !!! et à son disco-punk-funk-mutant-et-ce-que-vous-voudrez-tant-qu’à-faire. Le public ne veut pas s’entendre dire que c’est la fin ; il reste encore, trépigne, les jambes secouées de soubresauts spasmodiques, supplie le groupe de lui offrir un rappel bien illusoire – « Me And Giuliani Down By The School Yard (A True Story) », à tout hasard ? Peine perdue : c’est un festival, après tout. Alors on quitte le chapiteau, heureux ; on se dit qu’il fallait y être, et qu’on y était, et que oui, c’était vraiment aussi bien qu’on le dit, et non en fait, c’était encore mieux, pas exprimable avec des mots. Voilà.
 
Après, du coup, les Chemical Brothers, c’est quand même un peu des pédés… Nan, je blague. Seulement, le problème, c’est que le concert a déjà commencé, et qu’il est impossible de dépasser l’esplanade de la scène E. Mais il y a déjà de quoi se prendre une sacrée montée : en bas, dans la fosse, c’est une foule énorme qui s’est rassemblée pour danser sur les tubes breakbeat / big beat / ce que vous voudrez des deux Anglais. Je serais bien incapable d’en donner une estimation pertinente, mais je sais d’ores et déjà que je n’ai jamais vu autant de monde rassemblé quelque part ; au moins 50 000 personnes, probablement plus (il y a bien des concerts sur les autres scènes, mais ils n’attirent guère de foule, et il est 4h00 du matin…). On ne peut guère apprécier la musique d’où l’on se trouve, mais c’est à vrai dire un peu secondaire. Etrange, pour un concert… Mais le fait est que l’on peut dire des Chemical Brothers ce que l’on a souvent dit de Kraftwerk, par exemple : ils pourraient aussi bien ne pas être là ; les morceaux du duo s’enchaînent de manière assez pépère, dans des versions qui ne s’éloignent guère des enregistrements, sans la virtuosité d’un DJ Shadow qui les avait précédés quelques heures plus tôt sur cette même scène. Oui, je déteste qu’on dise ça en temps normal, mais pour une fois, c’est vrai : ils auraient aussi bien pu se contenter d’appuyer sur la touche « play », de passer des disques sans véritablement mixer, quoi… Etait-ce inintéressant pour autant ? Sûrement pas ! Déjà, je n’ose imaginer les sensations qui pouvaient parcourir les dizaines de milliers de spectateurs dansant dans la fosse, et probablement acidifiés bien comme il faut. Et surtout, ensuite, il y a le spectacle. On ne voit pas les frangins chimiques, cachés derrière leurs machines, mais ce n’est pas bien grave : le phénoménal light show agrémenté de lasers compense amplement cette absence, et surtout, il y a ces géniales projections sur un écran monumental englobant toute la scène, à la définition parfaite : voir une tête de clown ricanante de 50 m de haut, ça fait son petit effet, croyez-moi ; de même que les délires psychédéliques décortiquant le vol d’un oiseau, les explosions de boules de peinture, ou, et là je suppose que ça en a fait bad tripper quelques-uns dans la fosse, cette armée de robots géants qui s’avancent, s’avancent, s’avancent… Il y a le spectacle, incontestablement. Pour ce qui est de la musique, je serais plus critique, la sélection ne me semblant pas toujours du meilleur goût (il y avait quand même un peu de soupe dans le tas). Mais on ne peut guère profiter de l’ambiance, rejoindre la fosse est impensable. Allez, il nous faut nous rendre à l’évidence : après cette petite séance de cinoche expérimental, ça sera fini, et il sera temps de rentrer chez nous (ou plus exactement dans l’appartement que nous avions loué à Palafrugell, mais ça, c’est une autre histoire…).
 
Conclusion : un excellent festival, avec une affiche remarquable, et qui laisse plein de souvenirs dans la tête. Merci encore à Katia, Sandra, Anne-Sophie et aux deux Xavier pour m’avoir permis de les accompagner dans ce très chouette prélude à de très sympathiques vacances…

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Et si les kangourous avaient des ailes ? (première ébauche)

Publié le par Nébal

Nébal, des fois, essaye piteusement de faire de la musique avec sa basse et son PC. En voici un exemple, encore inachevé, looooooooooooong et répétitif et planant ('fin j'espère...) comme je les aime (13,30 mn)... Pour le moment, il n'y a que des claviers (totalement improvisés ; faut-il préciser que je ne sais absolument pas en jouer ?), des boites à rythme (dont un sample de Nine Inch Nails) et de la basse, mais j'aime bien quand même, et autour de moi on aime bien aussi, enfin y paraît. Je compte éventuellement le compléter (avec des percussions plus variées, de nouveaux claviers, voire des cordes, sans doute de la guitare et du field recording, peut-être un peu de chant... et en tout cas un gros triturage de son), mais... est-ce que ça en vaut la peine ? Voila, en fait : si vous pouviez me donner votre avis, ben ça me ferait super plaisir...

A écouter à fort volume, par contre :

http://www.archive-host2.com/membres/up/987314623/Etsileskangourousavaientdesailes.mp3

A vous ! N'hésitez pas à taper dur si nécessaire...

 

EDIT : En fait, ça sera plus simple sur YouTube...

 

 


 

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"Les Martiens", de Kim Stanley Robinson

Publié le par Nébal

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ROBINSON (Kim Stanley), Les Martiens, traduit de l’américain par Dominique Haas, Paris, Presses de la Cité – Pocket, coll. Science-fiction, [1999-2000] 2007, 538 p.


La « trilogie martienne » de Kim Stanley Robinson (Mars la Rouge, Mars la Verte et Mars la Bleue) a rapidement gagné ses jalons d’incontournable de la science-fiction contemporaine. Cette phénoménale épopée s’étendant sur plusieurs siècles constitue un véritable modèle de hard SF à dimension humaine, assez unique en son genre. Nombre de lecteurs se sont engouffrés avec jubilation dans ces impressionnants pavés retraçant les différentes étapes de la colonisation et de la terraformation de Mars, et l’on pouvait penser que tout avait été dit.

Erreur. Un nouveau pavé doit désormais y être accolé, sobrement intitulé Les Martiens. L’amateur est tout d’abord perplexe : Kim Stanley Robinson aurait-il succombé aux sirènes de la facilité ? C’est quoi, ce truc ? Des fonds de tiroir, surfant sur le succès de la célèbre trilogie ? Ce serait mal connaître l’auteur : ce nouveau livre ne constitue en rien une dérivation bassement mercantile comme on en voit trop souvent. Les nouvelles qui le composent, bien au contraire, parviennent à enrichir encore la saga originale, à lui donner une nouvelle ampleur.

Autant le dire tout de suite : c’est une lecture à mon sens indispensable pour ceux qui ont apprécié la « trilogie martienne ». Et c’est à vrai dire à ceux-là que s’adresse avant tout ce recueil : contrairement à ce que laisse entendre la citation de Serge Lehman en quatrième de couverture, les néophytes n’y trouveront probablement pas leur compte ; il y a tout à parier qu’ils se sentiraient perdus, à se jeter ainsi sans préparation dans cette immense fresque ; de plus, un certain nombre de nouvelles comportent des révélations ou des éclairages nouveaux qui risqueraient de gâcher la lecture ultérieure de la trilogie…

Mais abordons maintenant le vif du sujet : le recueil s’ouvre sur l’excellente nouvelle « Michel dans l’Antarctique », où l’on retrouve avec plaisir un certain nombre des personnages de la trilogie, et en premier lieu l’un des plus touchants, le psychologue français Michel ; c’est l’occasion pour l’auteur d’envisager une version alternative à sa trilogie (mais l’est-elle vraiment ?), qui trouve un prolongement plus loin dans le recueil avec « Michel en Provence » : deux récits d’une justesse émotionnelle rare dans l’austère milieu de la hard SF, assez symptomatiques du talent de Robinson.

La deuxième nouvelle, « Exploration du canyon fossile », nous fait cette fois découvrir de nouveaux personnages, et principalement la jeune étudiante Eileen Monday et le guide de haute montagne Roger Clayborne, lesquels, au cours d’une expédition à haut risque, en viennent à entamer une singulière et enthousiasmante histoire d’amour. Bon sang… C’est moi qui ait écrit ça ? Il est fort, ce KSR… Ben oui. Une histoire d’amour. Touchante et juste. Belle, en un mot. Et qui se poursuit plusieurs siècles plus tard, avec la novella « Mars la Verte », de très loin le plus long texte du recueil, quand les deux tourtereaux se retrouvent, les rôles inversés, dans un paysage transformé par la main de l’homme. Devenir de Mars, des hommes, des sentiments… Les différents thèmes s’imbriquent sans cesse, avec une finesse rare, et s’enrichissent mutuellement de leurs complexes interactions ; et l’on retrouvera Roger et Eileen dans d’autres nouvelles encore, leur relation constituant le véritable fil rouge du recueil, qui prend presque, dès lors, des allures de fix-up.

Mais il y a, parallèlement, une autre trame narrative, avec les rafraîchissants textes consacrés au « petit peuple rouge » ; comme dans la trilogie, ces brefs contes généralement amusants constituent d’agréables interludes. On aurait tort, ceci dit, de se contenter d’en sourire et de passer rapidement outre : « Le complot archéobactérien » s’insinue dans les autres textes du recueil, jusqu’aux plus hermétiques, comme l’aride « Sélection d’extraits du Journal d’études aréologiques »…

On trouve en effet, en plus des nouvelles évoquées, et de quelques autres gravitant autour (ainsi, par exemple, la sympathique « Comment Arthur Sternbach apporta la balle courbe sur Mars »), un certain nombre de documents, d’un abord parfois ardu, mais qui contribuent grandement au réalisme de la saga, et éclairent parfois sous un nouveau jour la trilogie. Plus ou moins juriste de formation, je ne peux que me réjouir que figure ainsi dans le recueil « La Constitution de Mars », suivie de « Quelques notes de travail et commentaires sur la Constitution, par Charlotte Dorsa Brevia » ; c’est assez rare en SF pour être signalé… même si elle est hélas moins convaincante en l’état que ce qui en ressortait au travers des passionnants débats ayant présidé à son élaboration (dans Mars la Verte, si je ne m’abuse).

On compte ensuite un certain nombre… de poésies. Tiens donc. On passera rapidement sur le recueil « Si Wang Wei vivait sur Mars et autres poèmes », plutôt maladroit (j’avoue : je ne connais rien à la poésie, et ne suis sans doute pas le mieux placé pour porter cette critique. Mais bon…). Plus intéressants, quelques brefs textes (« Odessa », par exemple) peuvent être assimilés à des sortes de poèmes en prose, qui ne sont pas sans rappeler parfois certaines « peintures » de Ballard, toutes choses égales par ailleurs. Mais on sent avec plaisir dans ces textes tout l’amour que porte l’auteur à son sujet, la véritable passion qu’il ressent pour Mars, et qu’il parvient sans difficulté à communiquer aux lecteurs.

Ainsi dans la nouvelle aux allures de postface qui clôt Les Martiens, l’intrigante et forte « Mars la Violette », qui semble bien, cette fois, constituer le point final de la saga.

En refermant l’ouvrage, le lecteur repus garde quelque temps un air ébahi, puis, inévitablement, tourne son regard vers les étoiles. Mars. Si proche et si lointaine…

Mais qu’est-ce qu’on attend pour y aller ?

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