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CR Imperium : la Maison Ptolémée (02)

Publié le par Nébal

(Illustration de Khelren.)

(Illustration de Khelren.)

Deuxième séance de la chronique d’Imperium.

 

Vous trouverez les éléments concernant la Maison Ptolémée ici, et le compte rendu de la première séance .

 

Le joueur incarnant le Docteur Suk Vat Aills était absent.

 

Les quatre PJ présents – le jeune siridar-baron Ipuwer, sa sœur aînée Németh, le conseiller Mentat Hanibast et l’assassin Bermyl – tiennent une réunion consacrée aux différents problèmes auxquels doit faire face la Maison Ptolémée. Ipuwer – et il est appuyé par sa sœur Németh – est favorable à un déploiement de forces visible afin de calmer toute dissension ; il aimerait par ailleurs mettre la main sur des « listes » de dissidents, auprès de la police, des services de renseignement, du grand prêtre du Culte Épiphanique du Loa-Osiris Suphis Mer-sen-aki…

 

Bermyl entend se rendre lui-même à Memnon pour enquêter personnellement – il entend découvrir à l’Université quelles étaient les relations du sacrilège Ra-men-tau-neb, mais aussi voir s’il existe un lien avec les fauteurs de troubles de la Maison mineure Arat. Nadja Mortensen l’accompagnera dans son ornithoptère (mais ils se sépareront sur place, la jeune femme ayant un profil d’espion impérial…).

 

Il doit par ailleurs disposer de ses propres troupes, mais le même problème que pour les effectifs militaires se pose : il est impossible d’en déployer partout où il pourrait y avoir un souci… Si Kibuz doit toujours lui faire des rapports réguliers – notamment à propos de cette rumeur sur des morts qui seraient revenus à la vie –, Bermyl ne peut cependant assurer la surveillance au plus près des quatre grandes villes de Gebnout IV – sans même parler de la lune de Khepri, où Németh renforcerait bien également la surveillance…

 

Le conseiller Mentat Hanibast Set dit qu’il vaut mieux suivre des pistes que se fonder sur des intuitions. Memnon et Cair-el-Muluk semblent dès lors prioritaires ; dans cette dernière, il suggère d’utiliser un « écran de fumée » pour dissimuler les tensions, par exemple en avançant une des fêtes colossales dont Gebnout IV est si friande, et dont le budget aurait déjà été déterminé ; Ipuwer approuve cette méthode, et suggère d’avancer la célébration du brassin (il est en effet préférable, au cas où, que la fête en question n’ait pas de caractère religieux…).

 

Il pourrait être intéressant cependant d’infiltrer la Maison mineure Arat – évoquée notamment par Suphis Mer-sen-aki –, ou du moins de glaner des renseignements préalables à son sujet – peut-être, dans un premier temps, via un unique agent à la compétence certaine : Bermyl suggère d’employer le jeune Taho, un bon élément, à cet effet. Il comptait tout d’abord faire le voyage avec lui jusqu’à Memnon, mais Hanibast lui suggère de ne pas « mettre tous les œufs dans le même panier », et l’agent de sécurité partira donc dans un autre ornithoptère. La jeune dirigeante de la Maison mineure, Bahiti, est en tout cas au centre des préoccupations, et une question importante se pose (Németh en particulier l’exprime) : faut-il prendre les devants et la convoquer à Cair-el-Muluk, ou attendre qu’elle réclame une audience – probablement dans le dessin d’exercer cette « police religieuse » qui fait fantasmer ces « zélotes » depuis si longtemps ? Hanibast n’est pas favorable à une invitation/convocation, il craint que cela revienne à « marcher sur la queue du tigre », et en même temps que cela passe pour un aveu de faiblesse…

 

Hanibast Set reste à Cair-el-Muluk. Outre ses diverses tâches administratives – et notamment l’organisation de la fête du brassin –, il doit faire avec les invités Ophelion, dont la présence pourrait rendre ses services nécessaires ; il entend cependant étudier l’édition abrégée et annotée du Livre des Morts retrouvée sur le cadavre de Ra-men-tau-neb – il n’en retire pas forcément grand-chose, mais n’y décèle en tout cas pas de lien avec la Maison mineure Arat, et est en mesure de repérer les inflexions de ce même discours chez quelqu’un d’autre.

 

Németh reste également – notamment du fait des Ophelion. Elle se demande s’il serait possible d’organiser quelque chose en leur honneur, et Ipuwer a une solution toute trouvée : une grande partie de chasse ! Mais cela pourrait impliquer de ponctionner encore un peu plus sur les effectifs de sécurité de Bermyl, et Hanibast n’y est guère favorable. Ipuwer, persuadé que l’on trouvera vite les responsables et que « dans une semaine le peuple n’y pensera plus », accepte de différer temporairement cette sortie (une semaine plus tard, donc).

 

Mais que penser des Ophelion ? Le comportement vulgaire de Cassiano Drescii est tout de même très étonnant. Peut-être est-ce bel et bien qu’il ne supporte pas son rôle présent de sous-fifre, sa femme Laetitia étant la véritable émissaire, comme Hanibast et Németh l’avaient supposé ? Cela pourrait expliquer en partie son aigreur, sa vulgarité et son manque d’à-propos… Bermyl avait suggéré, au cas où la Maison Kenric serait bel et bien impliquée, de recourir à son contact Gilf Tehuti pour en apprendre davantage, mais rien ne se décide pour le moment.

 

Németh va en tout cas prendre des nouvelles de ses invités, et notamment des époux Drescii ; c’est une simple visite de courtoisie, où elle est accompagnée d’une unique servante – au physique quelconque, à tout hasard… Cassiano se montre plus désagréable que jamais, et sa femme toujours aussi soumise et gênée en sa présence – il se comporte avec elle comme si elle était un vulgaire bagage, et ne permet pas à Németh de lui adresser la parole. Mais il retourne à ses lectures, après quelques remarques extrêmement désagréables, à la limite de l’insulte – Németh commençait à s’en offusquer… Elle parvient toutefois à convier Laetitia pour un thé dans son boudoir, en compagnie uniquement féminine – tandis qu’Ipuwer se décide pour une pêche au requin impromptue, sur vingt-quatre heures, avec de la « chair fraîche » à bord de son luxueux bateau : il y convie les deux hommes Ophelion, qui acceptent.

 

Németh reçoit donc Laetitia dans son boudoir, où elle se trouve avec quelques servantes, qu’elle congédie d’un geste discret le moment venu. Elle évoque Cassiano et leur passé commun ; Laetitia, qui est bien au courant, considère qu’elles sont toutes deux des victimes – elle n’entend pas en parler plus que de raison (interrompant Németh qui s’attardait un peu trop sur ce sujet à son goût). Laetitia admet enfin qu’elle est bel et bien venue sur Gebnout IV afin de mener des tractations matrimoniales, visant à trouver une épouse au jeune siridar-baron, afin qu’il ait bien vite un héritier : il est à sa manière un parti de choix, et, à vrai dire, sa faiblesse relative (Laetitia dit à Németh qu’elle la considère comme la vraie dirigeante de la Maison Ptolémée, personne n’en doute) rend l’idée d’un « renforcement » de sa position, par ce biais riche de possibilités, encore plus séduisante pour certains… Quoi qu’il en soit, Laetitia a bien été déléguée à cette tâche par la Maison Ophelion, mais pas forcément pour trouver une épouse en son sein (le souvenir guère agréable du mariage de Németh reste très présent) ; les Ophelion, à vrai dire, chercheraient plutôt une épouse dans les rangs de la Maison Kenric (d’où est issue Laetitia, qui a gardé des liens très forts avec sa Maison d’origine), afin de garantir la paix entre les deux Maisons (traditionnellement plutôt ennemies), et de procurer des avantages commerciaux à tous, y compris à elle-même dans son rôle d’entremetteuse. Laetitia ne peut donner de noms pour le moment, il s’agit pour lors de voir si la Maison Ptolémée serait ouverte quant à ces bases de discussion. Németh se montre réceptive – et toute prête à manipuler le cas échéant son frère le siridar-baron. Laetitia, enfin, s’interroge sur les troubles religieux dont elle a été témoin et se dit curieuse de la manière dont la Maison Ptolémée va gérer cette situation délicate – faisant la démonstration ou pas de sa force comme de sa stabilité.

 

Après quoi Németh va s’entretenir avec Hanibast de cette discussion. Les Ptolémée souhaitent-ils s’allier ainsi aux Kenric, leurs vieux adversaires ? Est-ce que cela ne les amènerait pas à se fermer des portes auprès d’autres Maisons a priori moins exigeantes ou plus ouvertes ? Les Kenric se placent ici en position de supériorité, comme s’ils faisaient « l’honneur » d’inclure les Ptolémée dans leur sphère d’influence… Or ce mariage serait sans doute un prétexte, impliquant presque forcément une cousine éloignée ou quelque chose du genre. Il ne faut donc rien précipiter, et ne surtout pas donner une image de faiblesse ; mieux vaut se renseigner pour le moment sur d’autres pistes : Hanibast fait une analyse projective pour seconder Németh dans ses recherches matrimoniales, centrées essentiellement sur les autres grandes Maisons avec lesquelles les Ptolémée entretiennent des liens, quand bien même ténus pour le moment, à savoir les Delambre et les Wikkheiser (et rien n’interdit de continuer de fouiller malgré tout du côté des Ophelion – qui pourraient cependant voir d’un mauvais œil ces enquêtes, notamment celles concernant leurs rivaux Delambre). Németh et Hanibast s’accordent déjà sur un point : il ne faut rien dire de tout ceci à Ipuwer…

 

Bermyl essaye de cuisiner quelque peu Nadja Mortensen à bord de l’ornithoptère qu’ils partagent, mais ça n’aboutit pas à grand-chose – du moins parvient-il à dissimuler ses intentions véritables. Arrivé à Memnon, il contacte les diverses autorités pour obtenir des noms des professeurs à l’Université, plus particulièrement en biologie, et surtout ceux qui, d’une manière ou d’une autre, sont placés sous surveillance. Un nom domine ici nettement les autres : celui d’Ai Anku, une planétologue de renom, la principale figure du courant techno-progressiste du Sentier de l’Eau (elle en rejette tout caractère religieux, même si techniquement le Sentier de l’Eau est bien une branche de l’Évangile des Cataractes, mais on ne peut plus hostile à l’autre branche majeure qu’est l’Évangile Antique) ; sa surveillance se justifie notamment parce que ses cours et conférences s’en prennent de plus en plus ouvertement aux interdits hérités du Jihad Butlérien. Après avoir fait chou blanc en surveillant un peu au hasard des étudiants (notamment en biologie), Bermyl entame une filature de la planétologue, qui ne donne rien. Il se retourne à nouveau sur les étudiants, en s’intéressant à un petit groupe qui paraît extrêmement enthousiaste devant les discours d’Ai Anku. S’il commence par suivre une jeune fille seule, il constate bientôt qu’elle se rend à un cours (des sortes de travaux dirigés) avec plusieurs des camarades qu’il avait déjà identifiés comme suspects. Il parvient à se dissimuler dans la salle avant que le professeur n’arrive, et peut assister ainsi au cours – mais c’est de la biologie de haut niveau et il n’y comprend rien... Il s’intéresse néanmoins à la jeune enseignante, et apprend son identité en la suivant jusque chez elle : il s’agit d’une certaine Ahura Mendes. En se renseignant auprès de l’Université, il apprend qu’elle est tout juste diplômée, et surtout qu’elle est d’origine noble ; auprès de ses agents à Cair-el-Muluk, il en apprend davantage à ce sujet : Ahura Mendes est en fait liée aux Ptolémée, mais c’est une cousine très éloignée d’un rameau presque éteint de la Maison, et qui n’a peu ou prou plus rien de noble ; cela n’avait pas empêché la jeune Ahura d’entamer une éducation aristocratique classique pour une femme – mêlant éducation courtoise et formation auprès du Bene Gesserit –, mais elle a d’elle-même bien vite abandonné cette dernière voie pour une éducation scientifique.

 

À Cair-el-Muluk, pendant ce temps, Ipuwer, qui est rentré de sa partie de pêche (entre autres…), cherche à s’impliquer un peu plus dans la gestion de la crise religieuse ; il suggère ainsi à Németh de contacter, soit le commandant de la police, Apries Auletes, notoirement corrompu, soit la Maison Nahab, qui, en tant que maîtresse de la pègre de Gebnout IV, pourrait apporter des renseignements intéressants. Németh se décide pour le premier, avec Hanibast à ses côtés ; ayant appris ce que Bermyl avait trouvé à Memnon, ils s’interrogent ainsi sur Ahura Mendes, et découvrent notamment qu’elle a publié au cours de ses études d’assez nombreux articles dans des revues non scientifiques, traitant de la conciliation entre science et religion. Ils cherchent également à obtenir des renseignements concernant Heliopolis plus particulièrement, notamment en rapport avec l’arrivée de Thema Tena et de ses fidèles atonistes de la Terre Pure ; il y a bien quelques troubles religieux : au sein du Culte officiel, nombreux sont ceux qui critiquent « l’hérésie » atoniste ; certains vont plus loin, en maniant volontiers l’amalgame (ils disent par exemple que le dévoiement de la notion de résurrection dont avait fait preuve Ra-men-tau-neb dans le Sanctuaire d’Osiris découlait en droite ligne des conceptions atonistes – la résurrection serait leur retour au monde des vivants après avoir traversé les zones interdites de la terre des dieux et des morts durant leur Pèlerinage Perpétuel) ; et la tension a failli dégénérer en violences physiques, notamment du fait de « zélotes » de la Maison mineure Arat ; or les rapports de Taho évoquent, outre la présence de « résurrectionnistes », des mouvements similaires dans la ville sainte de Nar-el-Abid… Pour Hanibast, il faut agir, et éventuellement « purger » la Maison mineure. Tant qu’à envisager les questions religieuses, Hanibast suggère par ailleurs à Németh de poursuivre le mouvement entamé avec le programme d’aménagement des deltas, et de tendre la main à Ai Anku et au Sentier de l’Eau… ce qui permettrait de contrôler plus aisément leur « déviance » éventuelle, et d’éviter tout scandale aux conséquences potentiellement dangereuses.

 

Bermyl hésite quant à la manière de traiter le cas d’Ahura Mendes, et se décide finalement pour une approche « en douceur », de son seul fait. Il l’aborde donc dans la rue sous un faux prétexte – en jouant le baladin –, et ses capacités lui permettent d’engager la conversation et de la manœuvrer assez habilement. Très enthousiaste, la jeune biologiste s’oublie et évoque bien des sujets sans prendre garde aux conséquences (dans un premier temps tout du moins, elle se rend compte qu’elle a peut-être commis une erreur sur le tard, et se ferme un peu plus dès lors). Elle évoque longuement son combat visant à concilier la science et la foi – celle du Culte Épiphanique du Loa-Osiris, en l’occurrence. Pour elle, l’erreur essentielle des fondamentalistes consiste à rejeter toute technologie qui n’existait pas du temps de la rédaction des ouvrages sacrés ; cette attitude conservatrice voire réactionnaire est pourtant totalement illogique, et susceptible de provoquer bien des dégâts. La science ne doit pas être l’ennemie de la foi, elles peuvent marcher toutes deux main dans la main et s’enrichir mutuellement, à l’en croire. Elle tient par ailleurs des discours assez similaires à ceux d’Ai Anku en ce qui concerne l’héritage du Jihad Butlérien (c’est à ce sujet surtout qu’elle se rend compte un peu tard qu’elle en a peut-être trop dit…). Sur un plan plus concret, elle évoque, poussée par Bermyl, sa relation avec Ra-men-tau-neb, qui était un de ses étudiants, et en qui elle refuse de voir un agitateur – et, bien loin de s’offusquer de son supposé blasphème, c’est bien le comportement homicide de la foule fanatisée qui lui paraît inacceptable.

 

Plus tard, Bermyl – qui ne sait pas encore comment gérer le cas d’Ahura Mendes à terme – reçoit un nouveau rapport de Kibuz (qui en a aussi informé Németh directement) : les rumeurs se poursuivent, un peu partout, qui prétendent que des morts seraient revenus pour partager leur sagesse avec les vivants ; le fait nouveau, c’est qu’une rumeur plus récente, à Cair-el-Muluk même, nomme enfin un de ces morts ressuscités : le précédent siridar-baron Namerta, père d’Ipuwer et Németh…

 

À suivre…

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CR Imperium : la Maison Ptolémée (01)

Publié le par Nébal

(Illustration de Khelren.)

(Illustration de Khelren.)

Première séance de cette chronique d'Imperium.

 

Vous trouverez les éléments concernant la Maison Ptolémée ici.

 

Les PJ sont tous membres de la Maison Ptolémée, régnant sur Gebnout IV. Deux sont nobles : Ipuwer est devenu récemment le siridar-baron, mais n’a guère été formé pour ça ; duelliste renommé, il n’a ni goût ni compétence pour la politique, et n’a succédé à son père Namerta que parce que la coutume l’imposait. Sa sœur aînée Németh, autrement plus douée pour administrer la Maison, lui offre de précieux conseils. Les trois autres PJ sont des serviteurs de la Maison Ptolémée : Hanibast Set est le Conseiller Mentat, proche de Németh ; Bermyl est un assassin sous couverture de troubadour – même s’il n’en a pas le titre (qu’a conservé le vieux Elihot Kibuz de manière purement honorifique), c’est bien lui qui remplit l’office de Maître Assassin dans la Maison ; Vat Aills, enfin, en est le Docteur Suk.

 

La Maison Ptolémée, ces derniers temps, a notamment investi ses ressources dans deux voies : Hanibast avait prêché en faveur de l’amélioration de ses capacités militaires (recrutement, maintenance), et Németh avait organisé un programme en faveur de l’aménagement des deltas des fleuves nourriciers de Gebnout IV (ce qui a pu parler à certains groupes sur la planète, et notamment le Sentier de l’Eau, mais aussi entraîner une certaine hostilité de la part d’autres factions, et notamment l’Évangile Antique). Bermyl avait suggéré de se lancer également dans des opérations commerciales visant à améliorer le statut de la Maison Ptolémée aux yeux de la CHOM – en passant le cas échéant par sa vieille relation Gilf Tehuti de la Maison Kenric –, mais Ipuwer a préféré le statu quo, et Hanibast l’a appuyé, en jugeant qu’une politique efficace en la matière, si seulement elle était possible, aurait été bien trop coûteuse.

 

La partie commence alors que la grande fête d’Osiris à Cair-el-Muluk est sur le point de s’achever. Une semaine de beuveries et autres excès de débauche a précédé, à laquelle Ipuwer a comme de juste pris sa part, regrettant à l’occasion que son vieux camarade Antonin Naevius de la Maison Ophelion ne soit pas là ; Bermyl, de son côté, a dû se dépenser encore plus que de coutume pour assurer la sécurité du siridar-baron aviné. Les autres se livrent globalement à leurs activités habituelles, en attendant de participer à la cérémonie du soir, le moment authentiquement religieux de la grande fête et qui marque sa fin, c’est-à-dire la bénédiction des bateaux des morts, des luxueux vaisseaux individuels des plus riches aux immenses cargos débordant de containers réservés aux plus pauvres (Vat Aills vérifie notamment les conditions sanitaires de conservation des cadavres, par exemple).

 

Ipuwer se lève enfin et se rend bon gré mal gré à sa leçon d’escrime auprès du Maître d’Armes Ludwig Curtius (de l’École Delambre, alors qu’Ipuwer a été formé à l’École Ophelion) ; malgré sa gueule de bois, il se défend très correctement, et l’emporte même.

 

La nouvelle a atteint le Grand Palais dans la matinée : la Maison Ptolémée va recevoir la visite impromptue de deux visiteurs, tous deux de la Maison Ophelion ; ceux-ci arrivent aux environs de 13 h (un vaisseau d’interface les a embarqués à bord du long-courrier de la Guilde en orbite autour de Gebnout IV et les a déposés au spatioport d’Heliopolis, d’où ils ont grimpé à bord d’un ornithoptère qui les a emmenés à Cair-el-Muluk, directement au Grand Palais). Parmi eux se trouve Antonin Naevius, compagnon de débauche d’Ipuwer, qui se languissait justement de son absence : le jeune homme se montre taquin à l’égard du nouveau statut d’Ipuwer, et, s’il est déçu de n’arriver que bien tardivement pour la grande fête d’Osiris, il compte bien boire jusqu’à plus soif avec son ami. L’autre visiteur est Cassiano Drescii (accompagné de sa femme Laetitia, originaire de la Maison Kenric, avec laquelle la Maison Ptolémée est traditionnellement en délicatesse) ; ce cousin du comte Trevell Ophelion, coureur de jupons notoire – et qui s’en vante notamment dans son livre La Rhapsodie des cent mille mondes, autobiographie plus ou moins fantasmée et riche de coucheries diverses et variées –, a autrefois été l’amant de Németh, qu’il avait mise enceinte, et c’est ce scandale qui a fini par ramener Németh sur Gebnout IV (même si l’affaire a été contenue dans des proportions relativement discrètes par la Maison Ophelion) ; or il se montre d’une lourdeur phénoménale à ce sujet, multipliant devant Németh clins d’œil égrillards et autres allusions salées de très mauvais goût – sa femme Laetitia, qu’il humilie peu ou prou à chacune de ses remarques, est encore plus froide que d’habitude, et à l’évidence très gênée… Prétextant la fatigue, les deux visiteurs se refusent, quand bien même courtoisement, à exposer les raisons officielles de leur venue, et vont se reposer dans leurs appartements en attendant d’accompagner leurs hôtes à la cérémonie rituelle – même si Ipuwer s’empresse de convaincre Antonin de se livrer tout d’abord à une petite joute avec son Maître d’Armes Delambre (et Antonin en profite pour évoquer le « changement d’École » du siridar-baron, qui a pu faire hausser quelques sourcils dans la Maison Ophelion… Il perd par ailleurs le duel contre Ludwig Curtius, ce qui réjouit Ipuwer).

 

Hanibast avait fait une analyse projective afin de déterminer la vraie raison de l’arrivée de ces deux visiteurs, et a supposé qu’ils se livreraient probablement à des tractations matrimoniales à propos du jeune Ipuwer, célibataire et sans héritier ; Németh s’interroge à ce sujet, commence à envisager quelques épouses possibles dans la Maison Ophelion. Le comportement de Cassiano Drescii, très pénible, les amènera progressivement à comprendre qu’il n’est peut-être qu’un prétexte dans cette histoire, et que c’est en fait sa discrète épouse Laetitia qui négociera en la matière – peut-être pour trouver une épouse Ophelion, peut-être pour en trouver une chez les Kenric (la Maison Ophelion jouant dès lors un rôle d’intermédiaire, aidant les Maisons Ptolémée et Kenric à trouver un terrain d’entente pour améliorer leurs relations, et elle compte bien en tirer profit).

 

Bermyl était parti en avance pour assurer la sécurité de la cérémonie dans l’enceinte du Sanctuaire d’Osiris. Il n’a rien remarqué d’extraordinaire dans le comportement de la foule – celle-ci est largement avinée, mais se comporte dignement, affectée d’une manière ou d’une autre par l’importance du rite. Il rejoint ensuite les autres PJ à la tribune d’honneur (où les visiteurs Ophelion ont tout naturellement trouvé leur place), qui surplombe la grande estrade où officient les prêtres du Culte Épiphanique du Loa-Osiris, et notamment le Grand Prêtre Suphis Mer-sen-aki, plus solennel que jamais ; celui-ci s’adresse d’abord à l’immense foule rassemblée dans la grande cour du Sanctuaire – qui peut accueillir plusieurs milliers de personnes –, livrant un très long sermon (plus long encore pour ceux qui, tel Ipuwer et Antonin, s’en moquent largement et n’attendent que de pouvoir boire une fois toutes ces sottises achevées).

 

Le prêche de Suphis Mer-sen-aki obéit globalement aux instructions traditionnelles données par la Maison Ptolémée pour cette occasion particulière, et est dans l’ensemble œcuménique et ouvert ; ceux qui y prêtent le plus attention, et disposent tant du bagage nécessaire que de l’habileté à percer les circonvolutions langagières du prêtre, notent néanmoins une exception à cet égard : sans doute ulcéré par la soudaine popularité de Thema Tena, la célèbre Atoniste de la Terre Pure qui vient de retrouver Heliopolis sur la route de son pèlerinage vers l’Ouest Perpétuel – ce que tout le monde envisage comme un événement d’importance, bien au-delà de ses seuls coreligionnaires –, le Grand Prêtre lance quelque piques à l’encontre de cette hérésie idiote ; pour faire simple, il montre combien les Atonistes de la Terre Pure se fourvoient dans leur supposé pèlerinage vers l’Ouest Perpétuel, car l’Ouest véritable, le seul qui compte, ne peut être atteint que par les morts, qui ont la sagesse de s’y arrêter, là où les Atonistes de la Terre Pure tournent stupidement en rond dans un voyage éternel d’une absurdité ô combien éloquente… La pique est perçue par certains, mais personne ne semble vraiment y réagir – cela donne un peu l’impression d’un « passage obligé » dont il ne sert à rien de s’offusquer.

 

Le sermon s’achève enfin, et Suphis Mer-sen-aki se rend à l’autel au bout de l’estrade, surplombant le port à usage purement religieux duquel les bateaux chargés de cadavres doivent partir, afin de les bénir. Cependant, il n’a même pas le temps d’ouvrir la bouche, quand retentit une voix étonnamment bruyante en provenance de la cour du Sanctuaire :

 

« Imposteur ! Tu n’es pas mort ! Tu n’es pas ressuscité ! Tu n’es rien ! Comment oses-tu te prétendre la voix des sages, la voix des morts ? IMPOSTEUR ! »

 

Le Grand Prêtre est coupé dans son élan, il n’arrive pas à croire qu’on ait pu commettre un tel sacrilège – qui plus est en le mettant directement en cause. L’émoi de la foule est considérable, et elle succombe bientôt à une bousculade potentiellement dangereuse. Bermyl s’empresse de quitter la tribune officielle pour donner des instructions à ses agents assassins et aux gardes du Sanctuaire afin d’éviter tout drame et de canaliser la populace. On remarque enfin une zone, vers l’avant de la cour, au centre, où l’agitation est particulièrement forte : les fidèles ont identifié le blasphémateur, se sont emparés de lui, et le lynchent littéralement dans leur fureur. Le Docteur Vat Aills, une fois que les gardes ont calmé la foule, se rend sur place, et organise le transport du cadavre à son laboratoire du Grand Palais afin de mener l’enquête sur ce fait-divers imprévu.

 

Quand l’agitation diminue, Suphis Mer-sen-aki parvient enfin à reprendre la parole – on le sent très perturbé, et en colère. Il loue un peu maladroitement la colère de la foule dévote, la félicitant pour avoir lynché le sacrilège (alors que les autorités auraient sans doute apprécié de pouvoir lui parler un peu…), et rappelle qu’étant mort le jour de la grande fête d’Osiris, alors que c’est interdit, le contrevenant est excommunié et ne connaîtra jamais le repos dans la terre des défunts – mais son blasphème était probablement suffisant à cet égard… Le Grand Prêtre poursuit la cérémonie – il n’a pas le choix, tout doit être fait selon les règles –, mais sa bénédiction donne l’impression d’être expédiée, et l’assistance est très mal à l’aise. Sitôt la cérémonie achevée, Suphis Mer-sen-aki s’éclipse sans un mot, et la garde – renforcée – se prépare à raccompagner les officiels au Grand Palais.

 

Si Ipuwer n’a pas vraiment d’inclinations religieuses, il perçoit bien cependant le trouble suscité par ce fait-divers imprévu et s’en entretient avec sa sœur Németh et le Conseiller Mentat Hanibast Set, tandis que le Docteur Vat Aills va examiner le corps du contrevenant dans son laboratoire : la cause de la mort ne fait aucun doute, le sacrilège a été percé de plusieurs coups de couteau et quasiment démembré à mains nues – il a perdu beaucoup de sang. Vat cherche à savoir s’il avait été drogué, mais ce n’est a priori pas le cas : le défunt avait bien consommé de la zha, mais comme tout le monde ou presque… Dans ses affaires, on ne trouve que quelques solaris, une édition abrégée et brièvement annotée (des passages soulignés et de brèves et sibyllines remarques dans les marges, traitant de résurrection et de métempsycose) du Livre des Morts, ouvrage sacré du Culte Épiphanique du Loa-Osiris, et enfin une sorte de pièce d’identité le désignant comme étant un certain Ra-men-tau-neb (des recherches le concernant permettront plus tard d’établir qu’il était étudiant en biologie à l’Université de Memnon). Vat fait transmettre ces informations à Bermyl, qui coordonne par ailleurs la surveillance des rues, exigeant des rapports réguliers sur l’atmosphère extérieure (en fait, ses hommes doivent s’adresser alors à Elihot Kibuz, conformément à son statut officiel, qui transmettra à Bermyl).

 

L’atmosphère, lors du dîner au Grand Palais, est particulièrement pesante. Antonin n’a qu’une envie : en finir avec les obligations courtisanes, et puis boire, et autant que possible. Cassiano, pour sa part, se montre encore régulièrement infect, mais la fatigue le prend et il ne tarde guère à se retirer. Németh fait de même quelque temps plus tard, récupérant un exemplaire de La Rhapsodie des cent mille mondes pour l’étudier (elle découvre comme de juste que son affaire avec Drescii y est évoquée en long et en large – elle n’est qu’à peine déguisée sous un pseudonyme transparent…).

 

Quant à Hanibast Set, il passe une bonne partie de la nuit à établir un tableau complet de la religion sur Gebnout IV. Il relève bien des tensions ici ou là, opposant notamment le Culte Épiphanique du Loa-Osiris à d’autres courants, comme, bien sûr, au premier chef, les Atonistes de la Terre Pure, mais c’est la situation au sein même du Culte officiel qui l’intéresse surtout (et qui lui permet de balayer les accusations à l’encontre des autres fois de Gebnout IV ; le problème est bien interne) : il semble avoir connu, notamment ces dernières années, plusieurs « déviations », pas officiellement jugées hérétiques, néanmoins surveillées, comme celle qui prône le culte d’Isis, considérant que le Culte officiel minimise bien trop son rôle dans la légende d’Osiris, et surtout la déviance dite « résurrectionniste », très récente et un peu floue, basée semble-t-il essentiellement à Memnon, et plus particulièrement à l’Université – vivier d’idées nouvelles –, déviance qui met l’accent sur le thème de la résurrection sous toutes ses formes – la mort y est jugée désirable, car procurant une épiphanie à la vision d’Osiris (jusqu’ici, c’est peu ou prou le dogme traditionnel), mais, à en croire ce courant mal déterminé, les vrais fidèles parviennent à revenir de la mort au sein des vivants, pour leur communiquer la sagesse du pharaon décédé et ressuscité, en empruntant ses attributs.

 

Ipuwer et Antonin, accompagnés (ou escortés) par Bermyl, quittent enfin le palais pour se livrer à la beuverie tant attendue. Les rues, sans être désertes, sont nettement moins peuplées qu’elles devraient l’être en une occasion pareille – le trouble est profond, et l’atmosphère pesante. Il en va de même dans la sorte de « club » où se rendent les trois personnages, le Diamant, réservé à une clientèle particulièrement aisée, et où des habitués brillent par leur absence. Ipuwer tente de se contrôler pour ne pas boire comme un trou – afin de garder un semblant de lucidité face à Antonin, qu’il interroge plus ou moins habilement sur la raison véritable de sa venue sur Gebnout IV en compagnie du sieur Drescii, mais l’Ophelion évacue la question en enchaînant les verres. Bermyl remarque plus tard l’arrivée au Diamant de Nadja Mortensen, jolie jeune femme au statut de Troubadour Impérial, et discute avec elle de la situation présente, l’invitant en outre à passer au Grand Palais le lendemain dans la matinée afin de s’y livrer à une sorte de joute musicale. Celle-ci accepte de bon cœur.

 

Le lendemain, Hanibast livre à Németh et Vat le fruit de ses investigations de la nuit. Németh convoque Suphis Mer-sen-aki pour l’interroger sur les événements de la veille, comment il les interprète, et ce qu’il compte faire. Suphis Mer-sen-aki entend faire peser la responsabilité du sacrilège sur les Atonistes de la Terre Pure, qu’il hait de toutes ses forces, et tout particulièrement Thema Tena, mais Hanibast balaye ces accusations comme étant une fable : il affirme que le problème se situe à l’intérieur du Culte Épiphanique du Loa-Osiris, et évoque plus particulièrement la « déviance résurrectionniste ». Suphis Mer-sen-aki est bien obligé de reconnaître l’existence de ce courant tout récent, basé surtout à Memnon (même si les autres villes, en tout cas Nar-el-Abid et Cair-el-Muluk, ne sont pas totalement épargnées). Quand Németh lui demande ce qu’il compte faire, le Grand Prêtre explique qu’il a déjà donné des instructions à son clergé pour enquêter sur la dissémination de la secte, que ce soit dans les grandes villes ou dans les villages fluviaux, mais cela risque de prendre du temps avant de remonter jusqu’à lui. La Maison Ptolémée lui offre l’assistance des services de sécurité de Bermyl (qui, au vu des diverses informations qu’il reçoit, décide bientôt de se rendre à Memnon pour enquêter). Le Grand Prêtre, cependant, est inquiet, ce que perçoit fort bien Hanibast, qui parvient, avec l’aide de Vat Aills, à lui faire cracher le morceau : en fait de troubles, Suphis Mer-sen-aki redoute l’agitation potentielle de la Maison mineure Arat, plus fanatique que jamais depuis que la jeune mystique Bahiti a pris sa tête ; la Maison mineure avait de longue date réclamé un statut officiel de « police religieuse », que lui avait toujours refusé la Maison Ptolémée, préférant jouer la carte de l’œcuménisme, mais Suphis Mer-sen-aki redoute que les prétendus « moines-soldats » prennent prétexte de l’agitation religieuse, qu’elle soit atoniste ou résurrectionniste, pour agir sans même s’embarrasser d’en demander l’autorisation à la Maison régnante. Selon l’expression du Grand Prêtre, ils sont en effet « plus royalistes que le roi »… Le Grand Prêtre lâche cependant un indice qui pourrait peut-être aider les Ptolémée à faire pression sur Bahiti Arat : il sait de source sûre que, pour être intégriste dans les grandes lignes, la jeune dirigeante est cependant séduite, voire plus, par le courant minoritaire interne au Culte officiel défendant la cause de la déesse Isis…

 

De son côté, Bermyl reçoit comme prévu Nadja Mortensen. Leur joute à la balisette tourne plutôt à l’avantage de cette dernière, même si Bermyl ne se déshonore pas – alors qu’elle le taquinait sur sa bien piètre prestation à la cour de Kaitan, quelques années plus tôt… Ils évoquent alors les recherches de la jeune femme concernant la musique traditionnelle de Gebnout IV, notamment religieuse, qu’elle pense étudier, soit auprès des clercs de Nar-el-Abid, soit dans l’environnement a priori moins oppressant et plus ouvert de l’Université de Memnon. Bermyl, qui avait déjà envisagé de se rendre à Memnon pour son enquête, lui propose de l’accompagner (ou plus exactement de faire le voyage ensemble, il ne compte pas traîner avec lui cette femme au profil d’espionne impériale…).

 

Après le départ de Nadja, Bermyl rassemble des éléments afin de préparer son voyage à Memnon, et s’en entretient avec Hanibast. Quelque temps après, alors qu’il est de nouveau seul, un de ses hommes – un bon élément du nom de Taho – vient lui faire son rapport directement, sans passer par l’intermédiaire d’Elihot Kibuz. Des rumeurs l’ont fait tiquer, qui semblaient reprendre les injonctions exprimées par le sacrilège Ra-men-tau-neb dans la cour du Sanctuaire d’Osiris (il était présent) : dans certains quartiers de la ville, notamment les plus pauvres, on dit que des morts sont revenus pour partager leur sagesse…

 

À suivre…

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CR Imperium : la Maison Ptolémée (00)

Publié le par Nébal

(Illustration de Khelren.)

(Illustration de Khelren.)

Bon, j’avais eu l’occasion de l’évoquer à quelques reprises : on s’est lancé dans une campagne d’Imperium, le jeu de rôle basé sur l’univers du « cycle de Dune » de Frank Herbert. Je vais tâcher d’en publier ici les comptes rendus au fur et à mesure. Avant, cependant, il me faut vous communiquer les divers documents élaborés en collaboration avec les joueurs, concernant le profil de la Maison noble dont ils font partie, la Maison Ptolémée (attention, c’est assez long…).

 

RESSOURCES ET ETHOS

 

RESSOURCES


Influence 3

[Définition à venir]

 

Guerre 2

Les effectifs militaires réguliers de la Maison Ptolémée sont très limités : on compte seulement deux légions de troupes ordinaires, plus ou moins bien formées, et une de soldats d'élite (affectés notamment à la garde du Palais et du Sanctuaire d'Osiris à Cair-el-Muluk, et au marché franc de la lune de Khepri). Il y a en outre un certain flou dans les attributions de chaque légion, notamment dans la distinction des affaires proprement militaires et de celles relevant de la police (brutale et notoirement corrompue). La Maison évite de faire appel aux troupes mercenaires des Maisons Sebek et (surtout) Arat, mais n'a parfois pas le choix. Seuls les grands centres urbains des vallées fluviales se voient affecter des troupes en permanence ; les zones désertiques sont largement hors de contrôle, tant le déploiement de troupes conséquentes y est coûteux. La relative souplesse du commandement ainsi qu'un bon équipement notamment en matière de transports légers peuvent néanmoins l'autoriser à l'occasion.

 

Prospérité 4

La Maison Ptolémée se situe au carrefour de nombreuses routes commerciales interstellaires ; elle a su attirer marchands et acheteurs en grand nombre et l'on dit que tout peut s'acheter sur leur fief. Aucun contrôle n'est effectué, la Maison ayant toujours vanté sa neutralité en ce sens ; on murmure que des produits ou technologies défiant les lois impériales peuvent être échangés dans des libres-marchés, mais la Maison Ptolémée se protège via des arguties juridiques ou d'autres méthodes permettant de rendre acceptable ce qui ne devrait pas l'être. Les contrebandiers sont en tout cas légion et la Maison Ptolémée tient avec une grande intelligence le délicat rôle de magnat criminel. Enfin, sur un plan peut-être plus anecdotique, la Maison exporte sa bière de Gebnout IV, assez renommée, ainsi que la drogue zha.

 

Prestige 2

La Maison Ptolémée, sans être à proprement parler récente – son histoire s'étend sur plusieurs millénaires –, ne peut pas remonter jusqu'aux origines de l'Imperium, la bataille de Corrino ou l'avènement de la Guilde. Elle a beau revendiquer une prestigieuse ascendance remontant à l’Égypte antique de la vieille Terre, et plus particulièrement aux pharaons hellénistiques qui lui ont donné son nom, celle-ci est comme de juste impossible à démontrer, et les observateurs extérieurs s'arrêtent le plus souvent au seul constat d'une Maison mineure élevée tardivement à la noblesse, après une crise qui ne lui faisait pas forcément honneur. Et on se demande si elle le méritait bien... L'implication de la Maison Ptolémée dans une enrichissante contrebande, impliquant plus qu'à son tour des technologies au mieux douteuses au regard des interdits du Jihad Butlérien, n'arrange bien évidemment rien à cette image, et le goût de la Maison pour le faste, la débauche, et l'étalage de ses richesses, achève d'en faire aux yeux des grandes Maisons nobles une dynastie de parvenus profondément vulgaires. La culture religieuse de Gebnout IV, quand bien même elle s'exprime elle aussi par des fêtes démonstratives comme celle d'Osiris à Cair-el-Muluk, en donne une image un peu plus fréquentable, et la propagande de la Maison est orientée en ce sens - mais la forte consommation de drogue zha qui y est souvent associée inverse presque aussitôt la tendance. Enfin, le nouveau siridar-baron, le jeune Ipuwer, s'il est admiré comme étant une des meilleures lames de l'Imperium, est cependant d'une incompétence politique notoire qui achève de décrédibiliser la Maison aux yeux des puissances du Landsraad.

 

Intrigue 3

La sauvegarde des intérêts commerciaux sur Gebnout IV constitue un enjeu majeur pour les Ptolémée ; c'est la raison pour laquelle ils ont toujours chercher à éviter les conflits ouverts, leur préférant des stratégies d'intimidation reposant sur l'espionnage. Officiellement, la Maison Ptolémée n'a donc aucun ennemi, et entretient des relations cordiales avec toutes les autres Maisons nobles, ce qui ne l'a pas empêchée de se lancer dans de véritables Guerres des Assassins lorsque cela s'est avéré nécessaire. Ainsi, lorsque plusieurs Maisons rivales (comme les Kenric) ont cherché à discréditer les Ptolémée auprès de la CHOM et du Landsraad, prétextant des activités illégales de contrebande, le précédent siridar-baron, Namerta, a dû s'employer afin d'éliminer les témoins trop gênants avant l'audience...


Niveau Technologique 4

La Maison Ptolémée s'est spécialisée depuis des générations dans l'adaptation aux normes butlériennes et le trafic d'innovations technologiques issues des mondes et maisons périphériques. Elle gère continuellement un volume important de brevets et de produits dont la nature ou les spécificités sont souvent en marge – sinon en contradiction pure et simple – avec les commandements de la Bible Catholique Orange et du Jihad Butlérien. Ce trafic à haut risque suscite d'importantes contreparties financières mais aussi et surtout matérielles, la Maison se servant des technologies qui transitent par son fief en les adaptant le cas échéant. Il en découle ce Niveau Technologique relativement élevé, qui, sans être toujours à la pointe de l'innovation, est cependant à jour et bénéficie d'adaptations fructueuses. La contrebande de biens de haute technologie passe notamment par le marché franc de la lune de Khepri, louée par la Maison Ptolémée à la Guilde des Navigateurs, qui y multiplie les affaires avec la Maison mineure Soris.


ETHOS

Culture

La Maison Ptolémée, desservie par sa contrebande et son rapport ambigu à l'égard des interdits du Jihad Butlérien, tente d'améliorer son image en insistant sur sa culture – où la religion tient une grande place. Si les gigantesques festivités presque quotidiennes qu'elle prise par-dessus tout peuvent donner une vague image de vulgarité aux yeux des grandes Maisons nobles plus austères, elles participent cependant de la gloire de la Maison, ne serait-ce qu'en attirant l'attention. Par ailleurs, elle subventionne nombre d'artistes, dans tous les domaines, pour donner à ces festivités un cachet unique. La Maison est ainsi en équilibre perpétuel entre un progressisme technologique qui pourrait lui nuire aux yeux des autres, et un certain traditionalisme religieux – peut-être seulement de façade ? – qui redore son blason en s'appuyant sur les arts.

 

Gloire

Les Ptolémée ont bien quelque chose de parvenus, qui saute aux yeux dans le faste qu'ils déploient sans cesse. Cela peut leur donner une image vulgaire, mais nombreux sont ceux qui s'avèrent en fait émerveillés par les spectacles colossaux mis en scène par la Maison, quelque part entre célébrations religieuses démonstratives, tranchant sur l'austérité des sectes les plus dures, et grandes manifestations totalitaires stupéfiant les spectateurs par leur ampleur et leur mégalomanie. La Maison sait qu'elle souffre d'une image plutôt médiocre, mais, plutôt que de se retourner sur un comportement plus classiquement admiré, au risque de se perdre sans convaincre pour autant, elle préfère faire d'une faiblesse une force en jouant le jeu du faste. Et cela fonctionne de mieux en mieux...

 

Profit
La Maison Ptolémée est à bien des égards une maison marchande. Gebnout IV faisant office de carrefour entre des liaisons interstellaires essentielles, elle est un lieu de passage incontournable, et propice aux bonnes affaires. La contrebande caractéristique de la Maison, avec la bénédiction d'une Guilde complice, lui apporte des revenus confortables – a fortiori quand elle porte sur des technologies avancées difficiles à se procurer ailleurs que sur la lune de Khepri, et plus ou moins maquillées pour être adaptées au dogme sévère du Jihad Butlérien. Par ailleurs, son agriculture florissante – entre autres à base d'OGM – assure non seulement son autosuffisance alimentaire, mais lui permet aussi d'exporter des produits de luxe assez renommés dans les autres systèmes, telles la drogue zha ou encore sa célèbre bière.

 

HISTOIRE DE LA MAISON

 

4205 : la Maison mineure marchande Ptolémée (qui portait à l'époque un autre nom qu'elle s'est empressée de faire disparaître, même s'il en reste nécessairement des traces) se soulève, avec le soutien des Maisons mineures Menkara et Sebek, contre la Maison Ramsides de Gebnout IV. Elle parvient à la vaincre sans grandes difficultés – les Ramsides vieillissants avaient perdu de leur pouvoir dans tous les domaines, et on a vu leur remplacement par la Maison Ptolémée comme une bonne chose.

 

4327 : le siridar-baron Omari réorganise l'économie de Gebnout IV. Il entre en contact avec la Guilde pour lui suggérer le développement d'une contrebande qui leur serait bénéfique à tous deux. La Guilde ne s'engage pas encore dans cette voie, mais accepte – contre services et rémunérations – de fermer les yeux. Le serviteur d'Omari, Nahab, se voit récompenser de sa finesse dans la réorganisation économique de la planète par la création de la Maison mineure à son nom.

 

4456 : la Maison Ptolémée se lance dans la contrebande de technologies douteuses au regard des interdits du Jihad Butlérien. La Guilde commence à se montrer plus volontariste dans la coopération avec la Maison Ptolémée.

 

4482 : la Maison Ptolémée loue la lune de Khepri à la Guilde, et elles y établissent conjointement un marché franc destinée au trafic de hautes technologies. La Maison mineure Soris est créée afin de servir d'interface entre les deux puissances.

 

5004 : la rivalité commerciale entre les Maisons Ptolémée et Kenric débouche sur une longue Guerre des Assassins qui fait bien des dégâts de part et d'autre.

 

5195 : la Maison Kenric tente de transformer l'affrontement avec la Maison Ptolémée en un conflit militaire ouvert, mais se voit imposer des conditions tellement drastiques par la Guilde des Navigateurs pour transporter ses troupes qu'elle n'a d'autre choix que d'abandonner cette idée.

 

5202 : la Maison Kenric, paralysée par la Guilde et consciente que la Guerre des Assassins engagée contre la Maison Ptolémée ne produit rien de positif, décide d'y mettre un terme, et son adversaire fait bientôt de même. C'est le début d'une longue « paix armée » entre les deux Maisons, guerre froide qui se réchauffe de temps à autre, mais jamais à une telle ampleur.

 

5709 : achèvement du Grand Palais de Cair-el-Muluk, où s'installe désormais la cour du siridar-baron. Heliopolis reste cependant la capitale administrative qu'elle a toujours été.

 

6308 : une affaire mineure devant le Landsraad implique la Maison Ptolémée, accusée d'entretenir des liens interdits avec Ix et Richèse. La Maison Wikkheiser vole à son secours – sans avoir pourtant grand-chose à y gagner, son intervention est purement idéologique –, et les accusations sont bientôt abandonnées. Il n'y a pas d'alliance à proprement parler entre les deux Maisons, mais elles se soutiennent mutuellement à l'occasion.

 

6724 : achèvement de la construction du Sanctuaire d'Osiris à Cair-el-Muluk. Le clergé hésite quelque temps sur sa position quant à cette délocalisation de son Culte, mais accepte somme toute assez vite le fait accompli – brodant des légendes opportunes pour justifier l'existence à Cair-el-Muluk de ce nouveau lieu saint. La Fête d'Osiris en découlera logiquement, qui est la plus importante festivité religieuse de Gebnout IV.

 

7017 : premier rapprochement entre les Maisons Ptolémée et Ophelion. Il en découlera une alliance de fait jusqu'à l'époque contemporaine.

 

8481 : le grand sculpteur Jhad'al Zhin achève le Cube de Quaa'jhar à Memnon. S'ensuivent des festivités d'une ampleur démentielle, jamais vue dans la ville, et qui sera rarement atteinte à nouveau par la suite, en dépit des efforts incessants de la Maison Ptolémée dans ce sens.

 

9947 : le Landsraad et la CHOM multiplient les accusations à l'encontre de la Maison Ptolémée – qui viole les interdits du Jihad Butlérien et tolère voire organise une contrebande endémique qui, outre son caractère insaisissable et potentiellement dangereux, prive la CHOM de revenus conséquents. Débute alors une série de procès qui dureront quatorze ans, et permettront à l'avocat Abaalisaba, au service des Ptolémée, de briller et de faire toute la démonstration de son talent oratoire et sophistique.

 

9960 : accession au trône impérial de Rauvard Kalus IV, l'Empereur actuel (il meurt en 10 002).

 

9961 : fin des grands procès intentés à la Maison Ptolémée, qui s'en tire indemne après avoir graissé quelques pattes et discrètement éliminé quelques adversaires gênants, avec la complicité de la Guilde. Abaalisaba, qui s'est montré si efficace devant les tribunaux, est récompensé par le siridar-baron Namerta, qui élève sa famille au rang de Maison mineure Set-en-isi.

 

9965 : mort du siridar-baron Namerta – Bermyl échoue de justesse à empêcher le chercheur-tueur de l'abattre, mais parvient à capturer l'assassin ; Elihot Kibuz ayant failli à sa tâche, il ne conserve plus son poste de Maître Assassin qu'à titre honorifique, c'est en fait Bermyl qui en remplit les fonctions. Le fils de Namerta, Ipuwer – pas marié et sans héritier –, lui succède, et devient siridar-baron de la Maison Ptolémée, malgré son incompétence politique notoire, et la préférence exprimée par le défunt baron pour sa fille Németh. L'épouse de Namerta et mère d'Ipuwer et Németh, Dame Loredana, se retire auprès du Bene Gesserit local.

 

9967 : début de la campagne.

 

FIEF PLANÉTAIRE : GEBNOUT IV

 

Le Fief planétaire de la Maison Ptolémée est depuis ses origines la planète Gebnout IV, située au carrefour de nombreuses routes interstellaires, ce qui justifie pour une bonne part sa puissance économique. Les long-courriers de la Guilde y font régulièrement escale. La rumeur dit que l’on peut trouver, acheter ou vendre n’importe quoi sur Gebnout IV… y compris des biens (et notamment des technologies) normalement interdits. La Maison Ptolémée s’en défend avec plus ou moins d’habileté. Elle est néanmoins partie prenante, avec la bénédiction de la Guilde, à l’intense activité de contrebande caractéristique de la planète.


CARACTÉRISTIQUES

Périmètre : 38 025 km

Masse : 4,8685 x 1024 kg

Gravité : 9,37 m/s2

Pression atmosphérique : 135 972 Pa

Superficie : 479 x 106 km2

Nombre de satellites : deux :

  • Khepri, loué par la Maison Ptolémée à la Guilde des Navigateurs, est un marché franc accueillant l'essentiel de la contrebande de biens de haute technologie, parfois en délicatesse avec les interdits du Jihad Butlérien ; la Maison mineure Soris constitue l'interface entre la Guilde et la Maison Ptolémée.
  • Safiya, une plus petite lune inhabitée.

Durée du jour : 0,97625938 d

Température moyenne : 25 °C


GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

Gebnout IV est une planète largement désertique, même si d'une manière bien différente et incomparablement moins rigoureuse qu'Arrakis. Elle emprunte en fait délibérément ses traits à l'ancienne Égypte, et cultive à cet égard soigneusement son image.

Les conditions climatiques de la planète sont en effet gérées par les satellites de la Guilde, qui maintiennent un écosystème correspondant pleinement à la représentation que se font les indigènes de ce qu'avait pu être l’Égypte antique. Le climat est aride et chaud, néanmoins supportable, et autorise une culture intensive sur les berges des fleuves nourriciers – manipulés au fil des siècles afin de devenir autant d'ersatz du Nil, des cataractes aux deltas, et soumis régulièrement à des crues, parfois dévastatrices, pourtant accueillies globalement comme des bienfaits divins, assurant la fertilité des sols – et ce quand bien même la Maison Ptolémée s'est beaucoup intéressée aux OGM, moins exigeants sur le plan climatique, et qui achèvent d'assurer son autosuffisance alimentaire.

Les vallées fluviales abritent la quasi-totalité de la population de Gebnout IV, et sont florissantes tout au long de l'année – avec un pic de productivité après les crues. Outre les végétaux destinés à l'alimentation, on y cultive aussi la drogue zha, ou encore des céréales aux fins de production d'une bière appréciée dans de nombreux systèmes de l'Imperium, deux produits d'exportation non négligeables. Les élevages, nombreux, s'éloignent un peu plus des fleuves, tout en restant dans une ceinture verte assez large, avec quelques transhumances dans les herbages de montagne les plus proches et les moins rigoureux.

Plus loin, cependant, Gebnout IV devient beaucoup plus difficile à vivre. La majeure partie de ses terres émergées est constituée de déserts, généralement rocailleux, et parsemés de massifs montagneux, certains connaissant une forte activité volcanique – et on y trouve en outre des zones aux radiations mortelles. Ces terres n'ont quasiment pas d'habitants – quelques rares tribus de primitifs (généralement volontaires) ici ou là... Le comportement des Atonistes de la Terre Pure engagés dans leur pèlerinage éternel vers l'Ouest Perpétuel, et qui franchissent donc délibérément ces zones ne serait-ce qu'à titre temporaire, est encore une autre question – mais il entre en contradiction avec les traditions religieuses du Culte Épiphanique du Loa-Osiris, officiel et autrement plus prégnant, lequel envisage la majeure partie de ces terres inhabitées – et notamment le grand continent à l'ouest de Cair-el-Muluk – comme une zone interdite, terre des dieux et des morts.

Enfin, il faut évoquer l'importance des océans de la planète, qui, à l'instar des fleuves, remplissent un rôle religieux essentiel tout en facilitant les échanges entre les différentes zones urbaines ; ils sont par ailleurs soumis à des marées largement contrôlées par l'ingénierie climatique guildienne, qui s'intéresse aussi à leur salinité.

 

FAUNE ET FLORE

De nombreuses espèces animales et végétales ont été acclimatées au fil des millénaires à l'écosystème bien particulier de Gebnout IV. Si l'on ne trouve comme de juste que bien peu de vie dans les déserts rocailleux, les vallées fluviales comme les océans abritent par contre une faune et une flore importantes.

 

On n'y trouve cependant guère de spécificités locales : la plupart des animaux sont donc importés – le bétail notamment, mais aussi quelques animaux domestiques comme les inévitables chats, ou encore d'autres espèces en théorie sauvages mais « améliorées » par les ingénieurs génétiques de la Maison Ptolémée (ou ceux avec qui elle entretient des contacts sur d'autres mondes plus ou moins fréquentables...) pour ne plus présenter le moindre danger pour l'homme, et cependant incarner des archétypes ayant souvent une connotation religieuse, des serpents aux éléphants en passant par les lions. On trouve enfin comme partout ou presque des insectes à foison, tandis que les fleuves et les océans sont riches de poissons de toutes sortes, et les cieux d'oiseaux en tous genres.

 

On ne trouve guère d'espèces animales vraiment particulières à la planète. Un xéno-zoologiste pourrait éventuellement s'intéresser aux tureis, félins d'une intelligence étonnante et d'une taille intermédiaire entre les chats et les lions – la Maison Ptolémée en entretient un nombre assez conséquent, essentiellement dans le Grand Palais de Cair-el-Muluk. La possession de semblables animaux est vécue comme un privilège, qui doit être accordé par le siridar-baron en personne, ce qui est comme de juste assez rare.

 

La situation des végétaux est globalement comparable. Les plantes les plus communes ont été acclimatées depuis des millénaires aux conditions de vie de Gebnout IV, essentiellement dans les vallées fluviales. Plus récemment – même si cela remonte quand même à des siècles –, la Maison Ptolémée s'est engagée dans de complexes et fructueuses recherches en matière d'OGM, mais il ne s'agit à nouveau, la plupart du temps, que d'adaptations de végétaux bien connus par ailleurs.

 

La principale spécificité en matière de flore est sans doute la plante zha (ou zharat maediana), qui pousse très bien sur Gebnout IV ; si elle était au départ adaptée au biotope marécageux des berges fluviales et plus encore des deltas, on la cultive maintenant partout. On en tire une drogue très appréciée, au-delà même de la seule Gebnout IV. Prise à haute dose, elle plonge le consommateur dans une stase proche de la mort – une overdose pouvant par ailleurs tuer... À plus petites doses, elle procure une sensation de calme, voire de mollesse, s’accompagnant de brèves et sporadiques déconnexions de nature psychédélique. Elle est assez prisée dans nombre de mondes proches, du fait de son accoutumance très réduite et d’effets de manque assez négligeables. Sur Gebnout IV, en lien avec le Culte Épiphanique du Loa-Osiris, la drogue prend des aspects rituels. Certains tentent la mithridatisation pour absorber des doses toujours plus fortes, qui peuvent entraîner des symptômes comme l’indifférence au monde réel, la morbidité ou le mutisme ; tout dépend du sujet, mais les grands consommateurs s’exposent à des transes hypnotiques intempestives. Le commerce de la drogue est presque intégralement dans les mains de la Maison mineure Menkara.

 

URBANISATION

On trouve des zones urbanisées tout le long des principaux fleuves de Gebnout IV, allant du petit village à la ville de taille moyenne. Quatre agglomérations, cependant, sont d'une taille bien autrement supérieure, qui justifie qu'on en traite en détail.


Cair-el-Muluk

Si l'administration centrale se trouve à Heliopolis – et ce depuis l'époque antérieure à l'ascension de la Maison Ptolémée au statut de Maison régnante de Gebnout IV –, le centre politique de la planète se situe cependant à Cair-el-Muluk, où les siridars-barons successifs ont construit leur « Versailles ».

 

La ville s'étend sur une île entière et abrite près de quatre millions d'habitants. Ceux-ci sont quelque peu entassés les uns sur les autres, offrant un contraste saisissant avec les grandioses monuments et autres bâtiments officiels très aérés témoignant de la prospérité de la Maison Ptolémée.

 

C'est ici que l'on trouve le Grand Palais, résidence principale du siridar-baron et de sa cour, une monumentale construction qui s'étend sur des kilomètres à la ronde, et qui comprend en son sein d'innombrables parcs et même des zones boisées – peu ou prou le seul ersatz de forêts que connaisse la planète. Construit avec minutie, et sans cesse agrandi et embelli au fil des siècles, le Grand Palais est une demeure à la hauteur des ambitions de la Maison Ptolémée, et une illustration pour le moins criante de sa tendance à faire étalage de ses richesses – au risque de basculer de la grâce monumentale à la vulgarité toute d'épate des bourgeois qu'ils étaient à l'origine – et, à en croire les mauvaises langues, qu'ils sont toujours à l'heure actuelle.

 

L'autre grand monument de Cair-el-Muluk est le Sanctuaire d'Osiris, lieu saint du Culte Épiphanique du Loa-Osiris ; si celui-ci voit avant tout en Nar-el-Abid sa principale ville sainte, il a néanmoins cautionné après quelque temps d'hésitation la volonté de la Maison noble de rapprocher le culte de son pouvoir via ce sanctuaire – quitte à tordre un peu les principes essentiels du Culte et les légendes afférentes. Le Sanctuaire, à l'architecture mégalomane, ainsi dans ses nombreuses pyramides à degrés, est aujourd'hui un haut lieu touristique, en plus d'être le centre de la célèbre Fête d'Osiris, une fois l'an, qui voit les habitants de Gebnout IV suffisamment riches pour cela embarquer leurs morts sur des bateaux de taille et de luxe variés, à destination du continent interdit pointant à l'ouest de l'île, zone interdite, terre des dieux et des morts.

 

En dehors de ces incroyables bâtiments somptuaires, Cair-el-Muluk abrite également un important marché – le deuxième le plus important de Gebnout IV après celui d'Heliopolis – où l'on trouve à peu près tout et n'importe quoi, pour peu que l'on veuille bien se donner la peine de chercher.

 

Le port, tout près, garantit un approvisionnement régulier – notamment en biens comestibles : la surface entière de l'île étant accaparée par la ville, Cair-el-Muluk ne peut pourvoir elle-même à sa subsistance.

 

En guise de précaution, la Maison Ptolémée a fait bâtir d'immenses greniers afin d'éviter toute famine – mais elle y a comme de juste un accès prioritaire.


Heliopolis

C'est de tout temps, non seulement la ville la plus peuplée de Gebnout IV (on y compte six millions et demi d'habitants), mais aussi et surtout la capitale administrative de la planète – le déménagement de la cour du siridar-baron à Cair-el-Muluk n'a rien changé à cet égard. Des transports aériens incessants relient les deux villes, ce qui, avec bien sûr le réseau de communications à distance développé par la Maison Ptolémée, garantit une bonne gestion politique et économique du fief planétaire en dépit de cette division géographique, aux motifs somptuaires.

 

Les principales casernes de Gebnout IV se trouvent à Heliopolis, et les légionnaires sortent régulièrement dans les rues de la ville pour rappeler aux éventuels citoyens mécontents tant leur présence que leur puissance (relative). On y trouve par ailleurs les casernes de la Maison mineure Sebek.

 

Au-delà, la majeure partie des services publics de Gebnout IV ont ici leur siège, dans quelque domaine que ce soit.

 

L'architecture y est moins monumentale et plus fonctionnelle qu'à Cair-el-Muluk ou Memnon – ce qui traduit bien l'approche toute différente de la politique qui caractérise les fonctionnaires omniprésents à Heliopolis.

 

Ainsi qu'on s'en doute, la corruption est ici endémique, et la Maison Ptolémée a parfois du mal à gérer cet aspect, en le contenant par exemple à des proportions supportables. Mais cela va de pair avec la richesse presque étouffante de la ville, carrefour des affaires en tout genre : on y trouve non seulement le plus grand marché de la planète, mais aussi son port le plus florissant, et surtout le principal spatioport de Gebnout IV, aux proportions démentes, et qui connaît un trafic constant : les long-courriers de la Guilde, en orbite, disposent leurs innombrables vaisseaux d'interface, faisant le lien entre la planète et son orbite – et notamment la lune de Khepri, marché franc spécialisé dans les technologies les plus pointues... et douteuses.

 

Enfin, au début de la campagne, Thema Tena et ses fidèles atonistes de la Terre Pure retrouvent cette ville, qui avait été leur point de départ, après plusieurs années d’errance vers l’Ouest Perpétuel. Il en résulte une situation quelque peu étrange, faite de communion joviale, mais aussi de tensions potentiellement explosives avec le clergé du Culte Épiphanique du Loa-Osiris, certes moins implanté ici qu'à Cair-el-Muluk et a fortiori Nar-el-Abid, suffisamment présent cependant pour faire entendre sa voix stigmatisant l'hérésie...

 

Memnon

Si la politique et l'économie ont pour principaux centres Cair-el-Muluk et Heliopolis, la vie culturelle est l'apanage de Memnon – ou, plus exactement, la vie culturelle non religieuse (en matière de spiritualité, c'est bien Nar-el-Abid qui l'emporte).

 

Cela suffit cependant à faire toute la singularité de Memnon, qui est à la fois, des quatre principaux centres urbains, le moins peuplé (un million et demi d'habitants seulement), mais aussi et pourtant celui qui s'étend sur la plus grande superficie.

 

La ville a indéniablement son cachet et, si l'architecture monumentale de Cair-el-Muluk a quelque chose de dégoulinant d'excès, là où celle de Nar-el-Abid étonne par sa relative austérité, Memnon quant à elle fait preuve d'un sens de l'équilibre et du bon goût, qui en fait de très loin la plus belle ville de la planète, et potentiellement une des plus belles de tout l'Imperium.

 

Les arts y sont omniprésents, quels qu'ils soient. Et si l'on y trouve plus de monuments à la ronde que partout ailleurs sur la planète, ceux-ci parviennent à être à la fois intimidants et esthétiques, entretenant un équilibre délicat entre beauté, majesté et fonctionnalité.

 

Il serait sans doute trop long d'énumérer les merveilles de Memnon... Des Pyramides de l'Ouest au Champ des Pierres Rhomboïdales, on ne les compte plus, et toutes attirent davantage le regard et séduisent l’œil plus que la précédente et moins que la suivante. Un des plus beaux exemples de l'art memnonite est probablement le fameux Cube de Quaa'jhar du grand sculpteur Jhad'al Zhin, bâti il y a 1500 ans environ : c'est un cube de granit dont la diagonale fait exactement 314,1592653 m ; Jhad'al Zhin disait qu'il « n'avait besoin que de deux dimensions de plus pour effectuer le plus précisément de l'univers connu la quadrature du cercle » ; cette masse est maintenue en rotation perpétuelle à cent mètres du sol par un procédé unique dérivé du champ Holtzman, inventé par Jhad'al Zhin ; l'objet est situé au centre des quatre Osiris (un pour chaque point cardinal), statues du dieu en marbre de vingt mètres de hauteur, qui contiennent la machinerie électromagnétique holtzmanienne permettant de le faire tourner et de récupérer l'énergie de ce mouvement pour recharger les batteries du champ ; Jhad'al Zhin n'a jamais livré le secret de son procédé, et le cube n'est toujours pas tombé – personne n'oserait briser une statue d'Osiris pour en connaitre le secret, ce serait un blasphème terrible, et la population, très attachée à cette installation, lyncherait l'indélicat... La coutume populaire dit que l’énergie de ce « mouvement perpétuel » vient des festivités permanentes alentour.

 

Les touristes sont innombrables à s'émerveiller de la parfaite harmonie de la ville-œuvre-d'art, qu'ils soient originaires de Gebnout IV ou voyagent à travers l'Imperium en quête de beauté ; et comme ils dépensent à tours de bras, la ville affiche une prospérité sans égale, d'autant que sa situation lui permet, bien mieux qu'aux autres centres urbains de la planète, d'assurer sa subsistance avec un excédent source de profits considérables.

 

La ville, dès lors, se ressent quelque peu de son caractère d'œuvre vivante : elle est un important centre intellectuel, rivalisant avec Nar-el-Abid, et bien autrement riche d'idées nouvelles voire révolutionnaires. S'il est un endroit sur Gebnout IV qui abrite des intellectuels, et notamment d'ardents techno-progressistes aux lisières de l'hérésie, c'est à n'en pas douter celui-ci. Rien d'étonnant, dès lors, si le Sentier de l'Eau y rencontre un certain écho – notamment dans l'Université memnonite.

 

Enfin, les Memnonites sont plus volontiers attirés par les religions nouvelles, exactement pour les mêmes raisons ; on ne s'étonnera donc guère d'y voir le centre intellectuel de la déviation résurrectionniste du Culte Épiphanique du Loa-Osiris – et, dans une moindre mesure, de la branche minoritaire qui voue un culte à Isis.

 

Nar-el-Abid

C'est la plus vieille ville de Gebnout IV, et son architecture en témoigne - bien plus austère qu'ailleurs, même si elle n'est bien sûr pas avare de monuments, comme il sied à une ville sainte. C'est en effet le principal centre spirituel de Gebnout IV, où règne sans partage le Culte Épiphanique du Loa-Osiris (dans sa forme la plus orthodoxe).

 

Les premiers colons, il y a bien des millénaires de cela, y ont créé une utopie étrange, empruntant aux conditions de vie et à la mythologie de l’Égypte antique pour les remettre au goût du jour. Ils en sont venus à prétendre que c'était là la véritable Égypte, celle de la vieille Terre n'étant qu'une copie. À les en croire, c'est donc ici qu'a véritablement vécu Osiris, le juge des morts, c'est ici qu'il a été démembré par le perfide Set et reconstruit par la douce Isis... Cette croyance étonnante reste très vivace, en dépit de son absurdité apparente : la foi épiphanique ne s'embarrasse guère de rationalité... et ce même si la Maison Ptolémée a su, au fil des millénaires, la faire évoluer pour en obtenir un soutien inconditionnel, sans pour autant subir les désastreux effets secondaires, d'intolérance et d'inquisition, souvent associés aux cultes officiels.

 

La ville abrite aujourd'hui trois millions deux cent mille habitants. En dépit des dîmes que ne manque pas de prélever le Culte auprès des pèlerins de la planète entière qui viennent y faire leurs dévotions, Nar-el-Abid est probablement bien moins riche que les trois autres grands centres urbains de Gebnout IV. Ce qui semble parfaitement convenir aux croyants, lesquels se sont toujours montrés un peu frileux face aux ambitions somptuaires des bâtisseurs de la Maison Ptolémée : ils ont construit bien des monuments impressionnants, mais les fidèles leur préfèrent les vieux bâtiments, parfois un brin délabrés, qui abritent le Culte depuis des millénaires, comme témoignant bien plus sincèrement de la véracité de leur foi.

 

Reste cependant une particularité à noter : il y a bel et bien, à Nar-el-Abid, un quartier qui accumule les profits, et c'est celui qui est intégralement tenu par la Maison mineure Menkara, laquelle est bien plus puissante qu'elle n'en donne l'impression ; sa spécialisation dans le négoce cultuel en fait un acteur de poids dans la vie de la cité, et un outil indispensable d'observation et de contrôle du Culte, afin de prévenir tout mouvement intempestif qui pourrait être suscité par un prophète de mauvais augure.

 

Aussi la déviation résurrectionniste du Culte officiel, si elle n'est pas inconnue à Nar-el-Abid, y demeure-t-elle assez rare, et il en va de même pour la branche adorant Isis. Les autorités s'inquiètent bien davantage des actions de la Maison Arat, qu'elles surveillent de près...

 

On y trouve par ailleurs la Maison des Sœurs du Bene Gesserit pour Gebnout IV.

 

RELATIONS EXTÉRIEURES

 

L'EMPEREUR ET LA MAISON CORRINO

L'Empereur actuel est Rauvard Kalus IV (9960-10 002).

 

L'Empire se méfie quelque peu des Ptolémée, du fait de leur jeu dangereux avec les interdits du Jihad Butlérien et de leur pratique de la contrebande, le privant d'importants revenus.

 

Le Trône impérial, qui a bien conscience du rôle de la Guilde dans cette histoire, ne s'est pas encore engagé dans la voie de la condamnation officielle, laissant faire le Landsraad et surtout la CHOM – directement affectée par la contrebande endémique sur Gebnout IV.

 

LE LANDSRAAD

Le Landsraad dans son ensemble, si l'on excepte les récents procès intentés conjointement avec la CHOM, n'a jamais eu de politique bien déterminée à l'égard de la Maison Ptolémée. Sans doute y a-t-il un fond de méfiance ou de scepticisme, mais l'assemblée n'est pas une zone de conflit. Les Maisons nobles prises indépendamment, par contre, ont parfois leur mot à dire...

 

La Maison Delambre

Les liens entre les deux Maisons sont encore limités, voire inexistants, mais la curiosité d'Ipuwer, pourtant formé à la Maison Ophelion, pour le style de duel Delambre, pourrait à terme quelque peu changer la donne – Ipuwer semble en tout cas avoir cette ambition, ainsi qu'en témoigne la venue d'un Maître d'Armes Delambre sur Gebnout IV, même s'il n'est pas dit qu'il pourra la concrétiser au-delà, lui qui se montre si incompétent sur le plan politique, et laisse en général plutôt les décisions à sa sœur Németh et au Conseiller Mentat Hanibast Set.

 

La Maison Kenric

La Maison Ptolémée et la Maison Kenric sont au mieux en délicatesse. Leur profil assez similaire, qui en fait clairement des marchands avant tout, implique une certaine rivalité. Les deux Maisons ont connu jadis une très longue Guerre des Assassins, qui a failli dégénérer en conflit militaire ouvert, mais l'intervention de la Guilde a permis d'éviter cette évolution. Depuis, les deux Maisons sont dans une « paix armée », guerre froide qui se réchauffe quelque peu à l'occasion, mais sans jamais atteindre à une ampleur similaire. Récemment, le passage de Bermyl d'une Maison à l'autre n'a rien arrangé, d'autant qu'il compromettait des complots des Kenric. Le lien essentiel qui demeure entre les deux Maisons réside probablement dans la personne de Gilf Tehuti, qui reste une relation de Bermyl, mais son statut est ambigu – il est en partie responsable de la situation actuelle et, s'il tente de remonter dans l'estime des Kenric et jouit toujours de sa place à la CHOM, on s'en méfie tout de même – le comte Neklos au premier chef, qui rumine bien des imprécations et plans d'action hostiles à la Maison Ptolémée.

 

La Maison Ophelion

Les liens entre la Maison Ophelion et la Maison Ptolémée sont importants, et remontent à une époque lointaine. Pour la période récente, on notera simplement que Dame Loredana, l'épouse du précédent siridar-baron Namerta, et la mère d'Ipuwer et de Németh, était une Ophelion en plus d'être une Sœur du Bene Gesserit ; Németh a épousé un Ophelion, même si les choses se sont mal passées et ont pu chambouler les relations entre les Maisons ; Ipuwer a cependant étudié l'art du duel auprès des meilleurs maîtres de la Maison Ophelion, même s'il a ces dernières années fait preuve d'intérêt ou du moins de curiosité pour le style Delambre ; enfin, sur un plan plus anecdotique, Bermyl a un temps été impliqué dans une intrigue visant à nuire à la Maison Ophelion (mais il appartenait alors à la Maison Kenric). La situation est incertaine, mais la Maison Ophelion a été un précieux allié de la Maison Ptolémée, laquelle fera tout pour perpétuer cette situation, en gommant le cas échéant les éléments de dissension potentiels, et en mettant en avant les précieux avantages commerciaux qu'en retire la Maison Ophelion – dont le comte Trevell VIII est bien conscient.

 

La Maison Wikkheiser

Les deux Maisons se ressemblent en ce qu'elles prisent également la technologie éventuellement interdite par le Jihad Butlérien – même si à un degré moindre pour les Ptolémée, qui n'ont pas les connaissances en la matière des Wikkheiser et sont de toute façon avant tout motivés par le profit, là où les Wikkheiser sont d'ardents techno-progressistes et réformistes. Mais cette proximité débouche à l'occasion sur des alliances de circonstance dont les deux Maisons n'ont jamais eu à se plaindre, bien au contraire.

 

LA CHOM

De toutes les grandes institutions politiques et économiques de l'Imperium, c'est à n'en pas douter la CHOM qui se montre la plus hostile à la Maison Ptolémée.

 

La contrebande systématique et largement notoire sur Gebnout IV prive la CHOM d'importants revenus, elle en est consciente et ne peut accepter une telle entorse à son monopole.

 

Elle a tenté bien des mesures de rétorsion à l'encontre de la Maison Ptolémée, mais a la plupart du temps manqué de soutien officiel dans cette entreprise (à l'exception des récents procès intentés en vain à la Maison Ptolémée avec la collaboration du Landsraad, et de l'approbation discrète et occasionnelle de la Maison Kenric, surtout ces dernières années), là où la Maison Ptolémée bénéficie à l'évidence de la bienveillance voire de la complicité de la toute-puissante Guilde des Navigateurs.

 

La CHOM n'a cependant pas dit son dernier mot...

 

LA GUILDE DES NAVIGATEURS

Le pouvoir de la Guilde des Navigateurs est sans pareil dans tout l'Imperium – même si personne ne le dit, on sait qu'elle est au-dessus de la juridiction de l'Empereur, qui ne peut régner qu'autant que les long-courriers de la Guilde veulent bien replier l'espace pour rapprocher les mondes.

 

La Maison Ptolémée en est parfaitement consciente et a cultivé la bienveillance, puis l'amitié, puis la complicité de la Guilde depuis des millénaires. Elle loue depuis fort longtemps la lune de Khepri à la Guilde, où elles entretiennent d'un commun accord un marché franc d'une utilité capitale, plus ou moins spécialisé dans les produits de haute technologie, éventuellement douteux au regard des interdits du Jihad Butlérien, mais maquillés, adaptés, légitimés par les astucieux serviteurs de la Maison, juristes comme techniciens.

 

La Guilde en retire un profit incomparable, et trouve peut-être une certaine satisfaction à empiéter ainsi sur les plates-bandes de la CHOM – encore qu'elle soit par nature au-dessus de ce genre de mesquineries...

 

La Guilde est le meilleur allié de la Maison Ptolémée, mais cette amitié doit être entretenue à grands frais – la Guilde étant incomparablement plus puissante que la Maison Ptolémée, elle n'a pas les mêmes intérêts que cette dernière à perpétuer ce lien (à vrai dire, sans le soutien de la Guilde, la Maison Ptolémée serait probablement perdue ; le contraire n'est certainement pas vrai...).

 

Pour le moment, le rapport est toutefois au beau fixe, et le représentant de la Guilde sur Gebnout IV, Iapetus Baris, fréquente assidument la cour de Cair-el-Muluk quand il ne supervise pas directement les opérations commerciales sur Khepri.

 

LE BENE GESSERIT

[Définition à venir]

 

LE BENE TLEILAX

Officiellement, comme de juste, la Maison Ptolémée n'entretient aucun lien avec le Bene Tleilax, pas plus qu'avec Ix ou Richèse.

 

Même si elle se montre audacieuse à l'égard des interdits du Jihad Butlérien, elle ne compte certainement pas adopter une philosophie techno-progressiste sulfureuse : seul le profit l'intéresse.

 

La Maison n'est en principe pas directement compromise avec le Bene Tleilax. Pourtant, des liens existent forcément, expliquant l'apparition sur le marché franc de Khepri de biens technologiques inconnus par ailleurs... Ils passent probablement par un tel nombre d'intermédiaires que le lien entre les deux, pour être existant, n'en est moins extrêmement ténu – suffisamment semble-t-il pour protéger la Maison Ptolémée (les récents procès intentés par le Landsraad et la CHOM en ont témoigné) ; mais fouiller systématiquement dans les dossiers de ses subordonnés et des Maisons mineures de Gebnout IV pourrait apporter son lot de surprises... Là encore, en outre, la Guilde des Navigateurs joue forcément un certain rôle.

 

FORCES ARMÉES ET SÉCURITÉ

 

Les forces armées régulières se partagent entre deux légions de soldats ordinaires (60 000 hommes) et une légion de soldats d’élite (15 000 hommes), lesquelles sont complétées le cas échéant par les mercenaires des Maisons mineures Sebek et Arat.

 

Les effectifs de la garde du Palais et de celle du Sanctuaire d’Osiris à Cair-el-Muluk, d’une loyauté indéfectible, sont triés sur le volet au sein de la légion d’élite, qui fournit également le contingent protégeant, conjointement avec les forces de la Guilde, le marché franc de la lune de Khepri.

 

La sécurité du palais, bien sûr, est assurée en parallèle et en bonne entente par les effectifs du Renseignement et les assassins de la Maison Ptolémée, en principe sous le commandement d’Elihot Kibuz, dans les faits aux ordres de Bermyl.

 

La police, quant à elle, est assurée par des effectifs détachés des légions ordinaires – parfois avec un certain flou pouvant compromettre la réussite des opérations…

 

De manière générale, les légions ordinaires bénéficient d’un bon matériel – notamment en matière de transports légers, permettant un déploiement rapide des troupes afin de réprimer toute sédition dans l’œuf –, mais leur formation est plus aléatoire, et leur nombre incertain.

 

Les troupes tiennent essentiellement les centres urbains et les vallées fluviales qui les abritent, avec une plus forte concentration dans les bâtiments institutionnels – politiques, religieux, commerciaux comme le spatioport d’Heliopolis –, équipés de boucliers de bâtiments.

 

Les zones plus désertiques – qu’il s’agisse de celles censément « interdites » pour un motif religieux, ou d’autres simplement inhabitées du fait de la rigueur des conditions de vie – échappent largement à leur emprise ; il est bien entendu impossible d’y maintenir des troupes permanentes, et le déploiement ponctuel de forces conséquentes reste délicat et coûteux – probablement trop pour qu’on le justifie, même si la relative souplesse du commandement, associée à la célérité des transports de troupes, pourrait le cas échéant l’autoriser.

 

Le général Kiya Soter est le commandant en chef des armées de la Maison Ptolémée. Issu d’une branche cadette, et promu à ce poste récemment par le précédent siridar-baron, Namerta, il est peu corrompu et relativement efficace, notamment en ce qu’il sait faire avec ses effectifs insuffisants et insuffisamment formés. Il évite de faire appel aux Maisons mineures mercenaires, en lesquelles il n’a pas confiance.

 

Sous ses ordres, deux officiers sont à distinguer : d’une part, le général Bekenamen, qui dirige la légion d’élite, et tout particulièrement la garde du palais à Cair-el-Muluk ; homme froid et sévère, en poste depuis plusieurs décennies, ce cousin des Ptolémée est un officier compétent, même si ses effectifs très limités ne lui laissent guère de marge de manœuvre – et il râle souvent à ce sujet, a fortiori depuis que Kiya Soter, qu’il n’apprécie guère et juge avec un certain mépris, s’est vu attribuer le commandement en chef.

 

D’autre part, Apries Auletes est le chef de la police – et c’est pour le moins gênant, tant ce grand consommateur de zha se montre corrompu, et presque ouvertement lié à la Maison mineure Nahab, au-delà du contrôle exercé par la Maison Ptolémée. Il en a notoirement facilité les affaires en bien des occasions ; peut-être même est-il intervenu dans les tensions récentes opposant la Maison Nahab et ses rivales, les Maisons Soris et Menkara – son camp ne faisant dans ce cas aucun doute. Il peut néanmoins se montrer efficace pour réprimer brutalement toute sédition avec ses effectifs fluctuants, et c’est sans doute ce qui explique qu’il soit toujours à ce poste.

 

Les capacités militaires limitées de la Maison Ptolémée l’amènent parfois à recourir, bon gré mal gré, à des troupes mercenaires. Celles de la Maison Sebek, plutôt bien formées, peuvent à l’occasion remplacer sans trop de perte les effectifs réguliers ordinaires. Celles de la Maison Arat sont bien différentes : ces « guerriers saints » affichant une indépendance supposée, à la manière d’un ordre de moines-soldats lié au Culte Épiphanique du Loa-Osiris, inspirent peu de confiance au commandement en chef – qui ne peut cependant nier leur efficacité à l’occasion, mais l’impression demeure que le remède qu’ils peuvent constituer à l’occasion pourrait être pire que le mal qu’ils combattent.

 

MAISONS MINEURES

 

MAISONS MARCHANDES


Maison Abdamelek (dirigeant : Sudi)

Maison mineure classique, qui sert plus ou moins de façade – c’est elle qu’on met en avant face aux représentants de l’Empereur et de la CHOM.

 

En théorie, c’est la plus puissante des Maisons mineures de Gebnout IV, et elle affiche un luxe constant, au mépris du bon goût, dans une débauche de faste, à l’image de la Maison Ptolémée qu’elle a toujours soutenue ; dans les faits, quiconque connaît un tant soit peu les réalités politiques et économiques de Gebnout IV comprend très bien que, là aussi, la façade ne correspond en rien à la réalité… Sudi Abdamelek est un pantin aux mains de la Maison Ptolémée – quand bien même un ami proche d'Ipuwer –, et n’a que le pouvoir qu’elle veut bien lui accorder. Il s’en contente, tant le faste seul importe à ses yeux.

 

Maison Nahab (dirigeant : Ngozi)

Maison mineure totalement engagée dans les activités de contrebande, et qui fait office de mandataire de la Maison Ptolémée pour toutes les activités délictueuses sur Gebnout IV.

 

Ngozi est ainsi le maître de la pègre de la planète. Il contrôle la plupart des activités criminelles classiques (racket, prostitution, jeu, drogue, etc.), et la police est peu ou prou à ses ordres ; mais l’essentiel des considérables revenus de la Maison mineure provient bel et bien de la contrebande, sous toutes ses formes – et avec la bénédiction de la Guilde des Navigateurs (représentée sur Gebnout IV par Iapetus Baris) –, même s’il doit faire avec les Maisons mineures Soris et Menkara, plus spécialisées.

 

Il y a d’ailleurs régulièrement des tensions entre les différentes Maisons mineures contrebandières, pour le moment contenues par l’intervention directe de la Maison Ptolémée et de la Guilde…

 

Ngozi n’a par contre que faire des prétentions de la Maison Abdamelek : le vrai pouvoir seul l’intéresse, pas les signes extérieurs de richesse dès lors qu’ils ne sont fondés sur rien…

 

Maison Soris (dirigeant : Ra-en-ka)

Maison mineure impliquée dans la contrebande, spécialisée dans les produits de haute technologie. Elle effectue une bonne part de ses transactions sur la lune de Khepri, louée par la Maison Ptolémée à la Guilde des Navigateurs, marché franc accueillant l'essentiel de la contrebande en la matière, parfois en délicatesse avec les interdits du Jihad Butlérien.

 

Ra-en-ka est un chef subtil et intelligent, d’une grande culture et d’une grande curiosité, qui sait jongler entre obligations et privilèges pour assurer la sécurité et un confortable chiffre d’affaires à sa Maison.

 

Sous la pression de Ngozi Nahab, il s’est toutefois vu contraint de se rapprocher de la Maison mineure Menkara.

 

Maison Menkara (dirigeante : Soti)

Encore une Maison mineure vouée à la contrebande, mais nettement moins puissante que les deux autres… en apparence tout du moins.

Il faut dire que son activité est très particulière, lui conférant une situation bien étrange : à l’opposé de la Maison Soris, la Maison Menkara se spécialise dans les trafics ne nécessitant peu ou prou aucune technologie, en l’occurrence des objets cultuels en tous genres – œuvres d’art, reliques (vraies ou fausses), éléments consommables de rituels sacrés (comme la drogue zha), autres objets de culte (comme les onéreux bateaux de la fête d'Osiris)…

 

Impliquée par nature dans les affaires religieuses de Gebnout IV, la Maison mineure Menkara constitue un bon outil d’observation et de pression sur les cultes de la planète ; si sa situation bien particulière la rend quasi inexistante sur le plan interstellaire, elle a un poids certain dans les affaires intérieures, et contrôle un quartier entier de Nar-el-Abid.

 

Récemment, elle a dû se rapprocher de la Maison mineure Soris afin de faire front commun contre les ambitions de Ngozi Nahab.

 

MAISONS DIPLOMATES

 

Maison Set-en-isi (dirigeant : Abaalisaba)

Abaalisaba est un fameux juriste, célèbre aux quatre coins de Gebnout IV et même au-delà. Il a régulièrement servi, et avec une grande efficacité, les intérêts de la Maison Ptolémée, tant au regard des affaires intérieures qu’auprès de la CHOM ou encore de la Guilde des Navigateurs.

 

Diplomate rusé à la langue d’une précision rare, il a été récompensé de ses bons et loyaux services par le précédent siridar-baron Namerta, qui a élevé sa famille au rang de Maison mineure – très probablement afin d’acheter son silence sur quelques sujets délicats parfaitement connus et maîtrisés par l’avocat, l’éliminer n’étant guère une option… La loyauté d’Abaalisaba semble ne faire aucun doute, mais on n’est jamais trop prudent, après tout…

 

La Maison Set-en-isi est ainsi la plus récente des Maisons mineures de Gebnout IV ; elle manque encore un peu d’assise, mais l’intelligence et l’astuce d’Abaalisaba font des merveilles, et elle se taille bien vite une place essentielle.

 

Au cœur des complexes affaires diplomatiques de la Maison Ptolémée, la jeune Maison Set-en-isi, seule dans son domaine si crucial, est devenue incontournable… et certains se demandent si la générosité du précédent siridar-baron était vraiment bienvenue.

 

MAISONS MERCENAIRES

 

Maison Sebek (dirigeant : Seken-en-ra)

La Maison Ptolémée, ne brillant guère sur le plan militaire, a régulièrement besoin de faire appel à des mercenaires. La Maison Sebek, fort ancienne et basée à Heliopolis, y pourvoit le plus souvent. Ses troupes n’ont pas grand-chose à envier aux troupes régulières de la Maison – mais sont comme de juste dépassées par les légions d’élite du général Bekenamen.

 

Seken-en-ra est bien plus intéressé par l’argent que par la gloire. C’est étrangement ce qui fait de lui un officier d’une loyauté à toute épreuve envers la Maison Ptolémée : celle-ci peut se permettre de le payer, au prix fort, et il ne doute pas que ce sera toujours le cas. Aussi n’hésite-t-il pas à engager ses troupes dans des opérations de maintien de l’ordre parfois brutales, sans s’embarrasser de considérations morales malvenues.

 

Les soldats des Sebek méprisent ouvertement la Maison Arat, à la formation bien inférieure, et aux prétentions philosophico-religieuses qu’ils jugent imbéciles : à l’instar de leur jeune chef Seken-en-ra, ils considèrent que ces « belles idées » n’ont rien à voir avec la guerre et le métier de soldat.

 

Maison Arat (dirigeante : Bahiti)

La Maison Arat est singulière à bien des égards, et n’a à vrai dire pas grand-chose à voir avec la vaste majorité des Maisons mercenaires. Elle ne se considère d’ailleurs certainement pas comme telle : la Maison Arat, qu’on se le dise, est un ordre indépendant de « moines-soldats » (et de moniales, d’ailleurs : elle ne fait pas de distinction entre les sexes, et est dirigée par une femme).

 

Ces fanatiques dévoués à la cause du Culte Épiphanique du Loa-Osiris ne bénéficient certainement pas d’une formation aussi complète que celle des troupes de la Maison Sebek, sans même parler des forces régulières de la Maison Ptolémée. Leur « enthousiasme » homicide en fait cependant un groupe à ne pas négliger.

 

La Maison Ptolémée n’y a qu’occasionnellement recours. D’aucuns dans la Maison Arat aimeraient se voir reconnaître un rôle de « police religieuse », et notamment sa jeune dirigeante Bahiti, mais la Maison Ptolémée, bien consciente des dérapages qu’un tel statut pourrait occasionner, s’y est toujours refusée (elle entend observer une relative neutralité à l’égard des différentes sectes de Gebnout IV, même si le Culte Épiphanique du Loa-Osiris a un statut de religion officielle).

 

RELIGION

 

Culte Épiphanique du Loa-Osiris

C'est la religion officielle de Gebnout IV et de la Maison Ptolémée (qui reste cependant tolérante à l'égard des autres sectes) ; sa ville sainte est Nar-el-Abid, mais le Sanctuaire d'Osiris à Cair-el-Muluk joue un grand rôle dans les rites, d'inhumation notamment.

 

C’est une sorte de syncrétisme entre la religion égyptienne antique (encore que son polythéisme ne soit que de façade) et quelques éléments de vaudou, focalisé sur la figure du pharaon mort et ressuscité Osiris, juge des défunts. Du coup, le Culte entretient une relation ambiguë avec l’idée même de mort.

 

Certaines cérémonies essentielles du Culte impliquent les grands déserts rocheux de l’immense zone dite « interdite » : ce sont des lieux sacrés, servant notamment à l’initiation et à l’inhumation. Le passage des Atonistes de la Terre Pure par ces régions particulières dans leur pèlerinage vers l'Ouest Perpétuel suscite parfois des tensions avec les adeptes du Culte Épiphanique du Loa-Osiris.

 

Depuis quelques années, le Culte a connu une vague inflexion, pas forcément très orthodoxe aux yeux des fidèles habituels mais pas encore déclarée hérétique par ses autorités (notamment le Grand Prêtre Suphis Mer-sen-aki), qui met l’accent sur la résurrection par quelque moyen que ce soit : la mort est jugée désirable, car procurant une épiphanie à la rencontre d’Osiris, mais les vrais fidèles trouvent alors le moyen de revenir parmi les vivants pour leur communiquer la sagesse du pharaon mort et ressuscité, en empruntant ses attributs.

 

Une autre branche minoritaire, mais moins redoutée, est apparue au fil des siècles, qui s'intéresse à la figure d'Isis comme alternative et complément nécessaire d'Osiris.

 

La drogue zha (dont le commerce est intégralement aux mains de la Maison mineure Menkara) joue un rôle non négligeable dans les cérémonies du Culte, et ses plus hauts dignitaires ont souvent joué le jeu de la mithridatisation pour en absorber des doses toujours plus fortes, leur permettant d'entrapercevoir la sagesse du Juge des Morts – c'est vrai dans le courant orthodoxe autant que dans la branche déviante.

 

La célèbre fête d'Osiris a lieu une fois l'an à Cair-el-Muluk. Mourir ce jour-là est proscrit et entraîne une forme d'excommunication – d'où, chaque année, des dissimulations de décès qui tiennent quelque peu de la farce grotesque... Lors de la cérémonie essentielle, le jour même de la fête – mais elle est précédée par des festivités grandiloquentes durant tout une semaine de licence –, on charge les morts dans des bateaux – des barques-cercueils personnalisées des plus riches aux immenses arches dans lesquelles s'entassent les cadavres des plus pauvres –, que l'on envoie ensuite vers le continent interdit, terre sacrée des dieux et des morts. Les places sont chères, et donnent lieu à un commerce très lucratif – forcément aux mains, là encore, de la Maison mineure Menkara.

 

Le Culte bénéficie du soutien inconditionnel des « moines-soldats » de la Maison mineure Arat.

 

Atonisme de la Terre Pure

C'est un culte monothéiste mélangeant l’hérésie d’Akhenaton à des éléments empruntés à l’amidisme japonais.

 

Il en résulte une religion « populaire », pacifiste, écologiste et anti-technologique (au point d’en être réactionnaire), qui a débouché sur un exode des fidèles vers l’Ouest Perpétuel : ils sont devenus nomades, et empruntent jour après jour la route de l’Ouest en révérant le soleil et en invitant les populations qu’ils croisent à abandonner leurs richesses et autres biens matériels – leurs résidences au premier chef, mais aussi les objets d’une technologie supérieure à NT 1 – pour participer du Voyage Sans Fin et se baigner dans la lumière extatique du Dieu solaire unique.

 

Le passage des Atonistes de la Terre Pure par les régions « interdites » des immenses déserts rocheux, dans leur pèlerinage vers l'Ouest Perpétuel, suscite parfois des tensions avec les adeptes du Culte Épiphanique du Loa-Osiris.

 

Cette religion n’est pas organisée, et entièrement dépourvue de clergé ; ses « chefs » ne le sont que de manière informelle et temporaire, généralement en raison de leurs capacités d’orateurs et de la pureté de leur train de vie – au début de la campagne, le plus célèbre de ces meneurs est une vieille femme joviale, Thema Tena (sa migration vient d’atteindre une nouvelle fois Heliopolis, d’où elle était partie il y a plusieurs années de cela).

 

Évangile des Cataractes

C'est une religion mineure essentiellement animiste, qui vénère les fleuves de Gebnout IV, porteurs de vie.

 

On distingue cependant deux courants, en fait on ne peut plus opposés...

 

L’Évangile Antique entend protéger l’écosystème, et notamment les cours d’eau, contre toute tentative malvenue de les détourner ou pire encore ; cette dimension écologiste explique les relations cordiales entretenues par ce courant avec l’Atonisme de la Terre Pure.

 

L’autre courant, le Sentier de l’Eau, est par contre engagé dans divers projets de terraformation visant à glorifier le rôle essentiel de l’eau, celle des fleuves et celle des mers, afin d’assurer sa domination, l’amenant ainsi à bouleverser l’écosystème de Gebnout IV ; seul ce courant a pu produire dans les dernières années une personnalité « religieuse » (ou philosophique ?) notable, Ai Anku, femme scientifique, farouche et charismatique techno-progressiste.

 

 

Voilà, voilà… La campagne débute ici.

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Revival, de Stephen King

Publié le par Nébal

Revival, de Stephen King

KING (Stephen), Revival, [Revival], traduit de l’anglais [États-Unis] par Océane Bies & Nadine Gassie, Paris, Albin Michel, [2014] 2015, 437 p.

 

Stephen King est un auteur que j’ai pas mal pratiqué, mais surtout dans mon adolescence – quand j’inquiétais mes parents en achetant les éditions de Ça ou encore Le Fléau en poche chez J’ai lu, avec des couvertures passablement gores. À côté de ces gros pavés, cependant, je crois que c’est toujours le nouvelliste que j’ai préféré chez lui – ma première lecture, il est vrai, en a probablement été le gros et excellent recueil Brume, même si Shining n’a pas dû trop tarder ensuite.

 

Or, ces dernières années – mais je crois même qu’on peut remonter au passage à l’an 2000, bordel – je n’en ai quasiment rien lu. Je tiens ce blog depuis 2007, et il n’y figure pourtant qu’un seul compte rendu de lecture kingienne : Le Pistolero, lu en 2012 et apprécié, mais sans que j’enchaîne sur les volumes ultérieurs de son monumental cycle de « La Tour sombre ». Sur cette période, j’ai aussi lu le recueil de nouvelles Tout est fatal, mais ne l’ai pas chroniqué pour une raison que j’ignore maintenant (il me semble que j’avais plutôt aimé). Et peut-être le plus vieux Dead Zone, aussi ? Je ne m’explique pas ces absences…

 

Pourtant, j’ai amassé entre-temps pas mal de bouquins de Stéphane Roi, en français ou en anglais, en arbre mort ou en numérique… mais sans jamais trouver l’occasion de les lire – même 22/11/63, dont j’ai entendu dire globalement beaucoup de bien, et qui me fait sacrément de l’œil (je vais tâcher d’y remédier prochainement).

 

Il est vrai qu’un fâcheux point de détail a pu me dissuader d’en lire en français, parmi les plus récents : les traductions unanimement jugées calamiteuses de Nadine Gassie (vous trouverez sans souci, j’imagine des allusions à ce souci ici ou là sur le ouèbe, avec éventuellement des exemples à se pisser dessus – mais surtout énervants, bien sûr) – ici accompagnée par Océane Bies (bon, j’ai survécu, même si j’ai l’impression qu’il traîne des anglicismes et des traductions bien trop littérales, notamment). Certes, je pourrais le lire en VO – mais j’ai toujours un peu plus la flemme… Bon…

 

Et là, Revival. Le petit dernier. Je l’ai forcément acheté – dans ce supermarché de bled paumé où il faisait partie des très, très rares livres lisibles, les ventes colossales du King l’expliquant tout naturellement –, et je l’ai lu assez rapidement. Parce que ça faisait bien trop longtemps que je n’avais pas lu de King, déjà, donc. Et aussi parce que certaines allusions me rendaient curieux…

 

J’y reviens juste après, mais sans doute est-il bien temps de dire un peu de quoi Revival nous cause. C’est le récit à la première personne d’un certain Jamie Morton, lequel, vers la soixantaine, remonte le fil de toute sa vie ou presque pour narrer ses rapports à l’étrange et fascinant Charles Jacobs. Quand il l’a rencontré pour la première fois dans son Maine natal (forcément), Jamie n’était qu’un tout petit garçon, et Charlie un jeune pasteur charismatique, qui s’est vite attiré la sympathie des dévots du coin. Surtout, Jamie l’a vu accomplir un miracle, quand bien même le pasteur lui a dit plus tard que ce n’était guère qu’un effet placebo : toujours est-il que Jamie l’a vu guérir son frère de la surdité, en usant d’un dispositif électrique – car l’électricité est la grande passion de Charlie, dans laquelle il voit un miracle perpétuellement renouvelé, et sans doute pas apprécié à sa juste mesure. Du moins jusqu’à ce jour fatal où un drame atroce va bouleverser les perceptions du pasteur, qui en viendra à renier sa foi de manière tonitruante… Restera l’électricité, seule – bien autre chose que la vulgarité de compagnie d’assurances de la religion…

 

L’histoire ne s’arrête cependant pas là, c’est un point de départ. Et si King prend son temps pour construire un récit essentiellement réaliste – avec par exemple de longues pages sur la découverte du rock par Jamie, qui deviendra guitariste professionnel par la suite, et sombrera dans l’addiction à l’héroïne –, le fantastique revient bien de temps en temps, comme pour faire coucou pourrait-on croire de prime abord, mais il y a sans doute là quelque chose de plus profond. En tout cas, on recroise au fil du temps Charlie, revenu de tout sauf de sa passion pour l’électricité, et qui enchaîne à sa manière les miracles – avec une certaine ambition blasphématoire…

 

Revival est dédié à des auteurs que King présente comme des inspirations essentielles, et pas n’importe qui : Mary Shelley, Bram Stoker, H.P. Lovecraft, Clark Ashton Smith, Donald Wandrei, Fritz Leiber, August Derleth, Shirley Jackson, Robert Bloch, Peter Straub, et par-dessus tout Arthur Machen (notamment pour Le Grand Dieu Pan). L’amateur relèvera forcément l’implication de pas mal de ces noms dans la « fiction lovecraftienne » (au sens large, des modèles aux disciples) ; et, juste au cas où, on trouve ensuite en exergue un fameux distique : « N’est pas mort ce qui à jamais dort, Et au fil des âges peut mourir même la mort. » Ah ben forcément…

 

D’où la question, peut-être un brin naïve : Revival relève-t-il bel et bien de la « fiction lovecraftienne », au-delà de cette déclaration d’intention ne laissant guère de doute ? Il faudrait d’abord s’entendre sur ce que cette désignation implique… L’aspect « name-dropping » auquel on a bien trop longtemps limité le genre n’est pas ici des plus flagrants, finalement ; tout au plus y relèvera-t-on un grimoire plusieurs fois évoqué (création de Robert Bloch si je ne m’abuse), le De Vermis Mysteriis de Ludwig Prinn (présenté de manière amusante comme étant le vrai livre interdit qui a inspiré Lovecraft pour son Necronomicon…), et, probablement aussi, quelques adjectifs récurrents et ô combien connotés dans le paroxysme final – dont on ne sait trop s’il est avant tout grotesque ou puissant, mais sans doute les deux à la fois, ce qui est on ne peut plus lovecraftien.

 

Il vaut sans doute mieux chercher ailleurs, par exemple du côté de l’horreur cosmique – même si King l’adapte à sa sauce, où le matérialisme radical et l’indifférentisme de Lovecraft sont quelques peu malmenés… Peut-être même au point, à vrai dire, de revenir à cette antithèse du cosmos qu’est l’homme, désireux de vivre, désireux aussi de trouver un sens à son existence à n’importe quel prix ; or, chez Lovecraft, dans ses grands récits, tout sens est par nature absent ; chez King, dans celui-ci en tout cas, il me semble que c’est un peu différent – encore que cela puisse renvoyer à un état plus jeune de la philosophie lovecraftienne (imprégnée de Schopenhauer ?) : si la foi est battue en brèche – thème essentiel du roman, avec son pasteur revenu de tout qui se fait un temps escroc forain, avant de se lancer dans des revivals, célébrations religieuses miraculeuses bien autrement enrichissantes (un aspect de la foi chrétienne très américain, sans doute, et qui dégouline particulièrement ici) –, on trouve bien un vague sens, mais antagoniste et horrible par définition. Philosophiquement, ça n’a sans doute pas grand-chose à voir, du coup, mais le pessimisme unit bien ces deux voies (quand bien même, dans le Lovecraft « classique », il n’est qu’un écho guère approprié de l’indifférentisme, donc).

 

Mais tout ceci renvoie en fait à un autre aspect qui rapproche les deux auteurs (avec aussi les épigones du premier) : le côté « weird science ». Celui-ci injecte de nouveau une forme de matérialisme dans le récit, en fait – difficile d’envisager autrement ces hommes qui ne sont qu’électricité, quand bien même « secrète ». On pense ici, effectivement, à certains textes de Lovecraft – je dirais surtout « From Beyond », notamment pour le final, peut-être aussi « Cool Air » voire « Herbert West, réanimateur » pour ce qui le sous-tend : des textes lovecraftiens, oui, mais non « mythiques » au sens le plus commun, et qui renvoient sans doute pas mal à l’influence de Poe (tiens, pas cité par King ? Je ne lui jetterais pas la pierre…). Cela dit, cette approche renvoie sans doute bien davantage à des modèles antérieurs : on pense forcément au Frankenstein de Mary Shelley, avec ce prototype de savant fou obsédé par la mort, et l’électricité bien sûr (même si ma lecture du roman de Mary Shelley remonte ; il est possible que ce thème tienne surtout du cliché des innombrables déclinaisons cinématographiques du Prométhée moderne) ; et, effectivement, la première place doit probablement être laissée au Grand Dieu Pan de Machen (inspiration essentielle pour Lovecraft, notamment dans « L’Abomination de Dunwich », mais c’est là une approche pour le moins différente).

 

La quatrième de couverture insiste sur le côté vachement chouette de cette conclusion. J’avoue être un peu plus partagé – peut-être l’ambiguïté philosophique évoquée plus haut y est-elle pour quelque chose. Mais pour le coup, la scène d’apothéose est peut-être un petit peu trop convenue (au-delà de la dimension « hommage », disons). Il n’en reste pas moins que les toutes dernières pages, celles d’après la grande horreur, sont très fortes – probablement bien plus que le grand-guignol qui précède immédiatement.

 

Et de même pour pas mal de choses qui précèdent, en fait. Mais pas forcément celles qui mettent le fantastique ou la « weird science » en avant, donc – certes, on ne boude pas son plaisir dans ces moments-là, mais on ne les réclame pas dans un soupir à force de peiner sur le reste. Il faut dire que King est toujours un aussi brillant conteur, mais peut-être s’est-il de plus en plus, au fil des années, intéressé aux à-côtés du surnaturel (pas sûr, en même temps ; faudrait probablement que je relise Ça, par exemple) ; en tout cas, ses personnages sont bons, l’évocation essentielle de la musique fort sympathique aussi, mêmes les amours adolescentes passent bien, c’est dire. Il y a du cliché dans tout ça (ou disons du « commun », ce qui est différent et peut avoir une vraie force), mais adroitement manié, permettant d’inscrire la relation de Jamie et Charlie dans une vraie vie, pleinement authentique (et la nostalgie mêlée d’effroi de ce vieillard qui se repenche sur son existence entière marche très bien).

 

En tout cas, le personnage de Charlie Jacobs est très intéressant, vraiment réussi – même si l’on n’en a qu’une perception extérieure, et donc sans doute biaisée, via Jamie). On pourrait le croire un peu trop caricatural à l’occasion, en bon ersatz du savant fou blasphématoire façon Victor Frankenstein et ses innombrables copies, mais c’est en fait bien plus compliqué que ça. Et le fait que Jamie parmi tant d’autres mette en avant l’inquiétude qu’il suscite (ou est supposé susciter – ici, je dois dire qu’en tant que lecteur je frissonnais nettement moins que la plupart des protagonistes, en dehors de quelques scènes bien glaçantes ; Stephen King est bien le Maître Ultime de l’Horreur, mais ce roman n’est somme toute guère horrifique) en lieu et place de la gratitude qui semblerait couler de source, sans doute du fait d’une crainte passablement religieuse de l’hybris, induit une tension bienvenue, autorisant par ailleurs un discours sur la foi nettement moins convenu et simpliste qu’on pourrait le croire tout d’abord.

 

Revival n’est peut-être pas un très grand King. Sans doute le grand auteur a-t-il fait bien mieux tout au long de sa prolifique carrière – plus fort, plus effrayant. Mais ça reste un bon roman, qui se dévore et séduit, tant dans sa dimension réaliste que dans ses déviations fantastiques. Faut vraiment que je me remette à King, moi…

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A Feast for Crows, de George R.R. Martin

Publié le par Nébal

A Feast for Crows, de George R.R. Martin

MARTIN (George R.R.), A Feast for Crows, New York, Bantam Books, coll. Fantasy, [2005] 2011, 1060 p.

 

Avertissement préalable habituel : oui, il y a aura des SPOILERS dans ce qui suit. Forcément. Voilà.

 

Où l’on poursuit « A Song of Ice and Fire », l’immense saga de George R.R. Martin (« Le Trône de fer » chez nous). A Feast for Crows en est donc le quatrième tome… même si pas tout à fait.

 

En effet, même si George R.R. Martin ne s’en explique qu’au tout dernier moment, et même si ce livre pèse toujours dans les mille pages, comme les précédents en moyenne, il n’est à certains égards qu’un « demi-roman », du moins au sens où il développe pleinement certains arcs narratifs… mais en n’en envisageant pas du tout quelques autres, et pas des moindres. Ce qui passe plus ou moins : j’avoue avoir été déçu – très déçu – de ne pas croiser dans ce quatrième tome un peu bancal mes deux personnages préférés, Tyrion Lannister et Daenerys Targaryen, notamment ; Jon Snow, pour sa part, est à peine entrevu… Et d’autres personnages, que j’envisage comme étant un cran moins fondamentaux mais qui ont néanmoins leur rôle à jouer dans ce récit, font les frais de ce choix : Bran, par exemple, ou encore Stannis, Davos…

 

C’est sans doute là un problème essentiel de ce tome, et au-delà de la saga dans son ensemble. Sans trop m’en dire, on m’avait laissé entendre que A Feast for Crows était beaucoup moins convaincant que les tomes précédents, voire pas du tout, et je suppose que cette dispersion y est pour quelque chose… Mais je trouve tout de même ce jugement un peu sévère en définitive : je ne peux nier avoir pris beaucoup de plaisir à lire ce quatrième volet. Mais s’imposent effectivement plusieurs constats, qui laissent augurer du pire pour l’avenir.

 

Le problème essentiel est sans doute que George R.R. Martin s’est laissé dépasser par son histoire ô combien complexe. Dès lors, il a besoin de considérablement de place pour faire avancer ne serait-ce qu’un minimum (c’est souvent le cas ici, ça ne va finalement guère loin) ces différents fils narratifs, et sans doute beaucoup trop. Si la plupart des trames conservées dans ce quatrième tome connaissent un développement satisfaisant et toujours d’une lecture agréable, on peut néanmoins renâcler devant la lenteur forcée de cette construction, qui néglige tel ou tel arc sur des centaines de pages pour n’y revenir que le temps d’un bref chapitre, et se perd globalement en intrigues parallèles au risque de négliger l’essentiel ; encore que ces intrigues parallèles participent sans doute de l’intérêt de la saga… Mais, au fur et à mesure que l’on tourne les pages, on en vient de plus en plus à se dire que George R.R. Martin, emporté par l’ambition démesurée de son projet, ne pourra tout simplement jamais arriver un jour à une conclusion satisfaisante. Cela prendrait beaucoup trop de temps et de pages, et je doute vraiment que ça se produise. D’où une frustration supplémentaire : même si on apprécie la lecture – c’est mon cas –, on ne manque pas de regretter que tout cela tourne dans le vide, et on se convainc qu’elle ne connaîtra jamais de fin. Reste à faire avec, ou à laisser tomber. Je fais donc avec… pour le moment en tout cas.

 

Or George R.R. Martin ne se prive pas d’en rajouter une couche – comme toujours. Tout en négligeant donc – par choix – des personnages et intrigues essentiels, il ne peut s’empêcher de rajouter des à-côtés. Ici, par exemple, on se rend de temps à autre dans les Îles de Fer ou en Dorne, qui connaissent leurs propres tourments politiques, jusqu’alors à peine esquissés – à traers les personnages de Theon Greyjoy d’un côté, et d’Oberyn Martell de l’autre. Ce n’est pas forcément inintéressant – la dimension religieuse, assez importante dans ce nouveau volet, rend l’intrigue des Îles assez correcte –, mais parfois un peu vide à terme – le complot des gamines de Dorne ne convainc pas plus que cela, et fait peut-être un peu redite dans le fond avec les manipulations de Cersei…

 

Celle-ci est peut-être bien le personnage essentiel de A Feast for Crows. Et elle reste intéressante, mais son portrait est de plus en plus caricatural ; après la mort de son fils Joffrey et de son père Tywin, dont elle rend responsable son frère le nain Tyrion (à tort dans le premier cas), la reine régente sombre de plus en plus dans une paranoïa de tous les instants – notamment à l’égard des Tyrell, qu’elle trouve bien trop omniprésents dans l’entourage du roi son fils, le petit Tommen, via sa jeune épouse Margaery. Et Cersei, globalement, devient de plus en plus détestable, méprisant tout le monde (et notamment son frère jumeau et ex-amant Jaime, depuis qu’il est estropié), et manifeste une volonté de puissance malvenue et rancunière qui la conduit perpétuellement aux pires idioties – elle se croit fine politique à l’instar de son père, dont elle est convaincue d’être la seule héritière digne de ce nom, mais enchaîne en fait les décisions toutes plus stupides les unes que les autres (et sans doute trop). On attend qu’elle paye pour sa méchanceté et ses manœuvres irresponsables… et on n’est pas mécontent quand ça semble enfin se produire – car George R.R. Martin, là encore, sait jouer des sentiments exacerbés du lecteur, lui faire aimer à la folie certains personnages et en haïr d’autres…

 

Jaime est probablement mieux dessiné que Cersei. Décidément, ce personnage, qu’on n’a tout d’abord connu que via des on-dits, s’avère joliment complexe, quelque part entre son frère et sa sœur. Torturé physiquement et mentalement, il essaye de faire au mieux dans un environnement qui ne lui est guère favorable – que ce soit auprès du roi ou plutôt de sa sœur, ou sur le champ de bataille.

 

Le troisième axe essentiel du récit est bien différent : il s’agit de la vaine quête dans laquelle s’est lancée Brienne de Tarth, désireuse de remplir la mission que lui avait jadis confiée la défunte (…) Catelyn Stark, et ceci avec la bénédiction déroutante de Jaime Lannister : elle entend donc remettre la main sur Sansa Stark pour la protéger des Lions – ou peut-être sur Arya Stark, sinon, et pour les mêmes raisons. L’absurdité de la quête de Brienne, du moins de la manière dont elle s’y prend, m’a vaguement déplu au départ, mais devient finalement propice à de jolies scènes – notamment une dans un monastère étrange, et peu après dans une auberge d’orphelins…

 

Mais les filles Stark, on les voit par ailleurs – à ceci près qu’elles ne portent plus ce nom, jusque dans les entêtes de chapitres. Sansa s’avère nettement moins stupide qu’avant – elle apprend au près d’un bon maître, le sournois Littlefinger –, mais Arya reste plus intéressante, sa débrouillardise comme sa curiosité jouant en sa faveur.

 

Mentionnons enfin le voyage de Samwell Tarly vers la Citadelle, où il est censé devenir maester… L’exotisme, ici, n’est pas sans intérêt, mais c’est globalement assez peu palpitant.

 

Je ne sais pas s’il m’est possible de déterminer un thème central. Au-delà des sempiternels complots bien tordus caractéristiques de la série, et qui tendent donc ici à échouer lamentablement, j’en retiens surtout – peut-être à tort mais ainsi qu’avancé plus haut – la religion. Le roman s’ouvre sur le culte étonnant des Îles de Fer, et évoque quelque peu la situation de Braavos, mais on voit surtout par la suite les « sparrows » fanatisés du culte des Sept, répandus dans tout Westeros, qui interviennent régulièrement dans le roman pour infléchir la destinée de tel ou tel personnage – d’une manière fortement inquiétante dans l’ensemble ; disons du moins, et d’aucuns ne tarderont pas à le découvrir, que la foi est une arme à double tranchant…

 

La dispersion et la frustration corrélative ne jouent donc pas en faveur de ce quatrième volet. Mais, malgré tout, et contrairement à ce qu’on m’en avait dit, je l’ai trouvé tout de même très lisible, palpitant, et pas vraiment inférieur aux précédents. Sans doute parce que, même si l’auteur se perd régulièrement dans la complexité d’un monde à la hauteur du réel, il reste un conteur habile, qui sait accrocher son lecteur et lui donner envie de poursuivre jusqu’au bout – ce qui n’a rien d’évident avec une ampleur pareille. J’aime toujours ses personnages – le bémol concernant Cersei est somme toute très léger –, et plus encore ses dialogues, remarquablement bien ficelés. Il parvient ainsi à rapporter des scènes remarquables, d’une belle ambiance, qui maintiennent l’intérêt sur la distance. Quand bien même on tendrait de plus en plus à croire qu’on ne va nulle part – mais si la destination reste floue, le voyage reste beau…

 

Je n’ai donc pas envie de me montrer si sévère que cela pour ce roman, que j’ai bien aimé malgré tout ; on verra bien si ma frustration passera avec A Dance with Dragons (Tyrion ! Daenerys !), que je vais lire d’ici quelque temps. Quant à la suite, si jamais il doit bel et bien y en avoir une un jour… on verra.

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Philip K. Dick Goes to Hollywood, de Léo Henry

Publié le par Nébal

Philip K. Dick Goes to Hollywood, de Léo Henry

HENRY (Léo), Philip K. Dick Goes to Hollywood, Chambéry, ActuSF, coll. Les 3 Souhaits, [2014] 2015, 123 p.

 

Avant d’entamer ce compte rendu, je me dois de dire une chose : Léo Henry est un ami. Je ne crois pas que ça vienne perturber tant que ça mon appréciation de ce qu’il écrit, mais ce n’est pas exclu : après tout, je suis persuadé que le monsieur est un des tous meilleurs nouvellistes français dans le domaine de la SF (je ne vois guère que Sylvie Lainé pour lui disputer le sommet de la pyramide, dans un genre très différent ; à une époque, j’aurais peut-être dit Thomas Day, aussi…). Je n’ai aucunement l’intention de faire dans le copinage, et mon admiration est on ne peut plus sincère – mais ça va mieux en le disant, peut-être.

 

(Note par ailleurs : j’ai du coup beaucoup de mal à lire les livres écrits par des camarades, étant un peu sceptique quant à la possibilité de livrer des comptes rendus « objectifs » – si tant est que cela veuille dire quelque chose. Ce qui vaut d’ailleurs entre autres pour Léo Henry : je n’ai du coup pas encore lu Le Diable est au piano et Le Casse du continuum, ou encore la réédition des Cahiers du labyrinthe en « redux » ; faudra, quand même…)

 

Philip K. Dick Goes to Hollywood est un tout petit bouquin (le recueil en lui-même fait une centaine de pages, le reste c’est du bonus), diffusé d’une manière un peu particulière : en effet, il « ne peut être vendu », mais est offert pour l’achat de deux livres aux éditions ActuSF (qui ont bien changé avec les années, l’abécédaire promotionnel qui clot le volume en témoigne…). Ce que je trouve un peu regrettable, quand même. Mais bon…

 

La quatrième de couverture évoque des « univers uchroniques » pour caractériser ce recueil. Mais c’est une approche de l’uchronie assez particulière, sans doute – qui s’attache non pas tant à des événements qu’à des personnalités ; aussi les changements par rapport à notre trame historique peuvent-ils être de plus ou moins grande ampleur. Cinq nouvelles figurent au sommaire, mais je ne doute pas que d’autres auraient pu l’intégrer dans cette perspective (ainsi, récemment, la chouette nouvelle centrée sur Erckmann-Chatrian figurant dans l’anthologie Faites demi-tour dès que possible). D'ailleurs, le roman Rouge gueule de bois...

 

Cela dit, je ne suis pas tout à fait sûr de bien voir où se situe exactement l’uchronie dans « Fe6 !! ou La Transfiguration de Bobby J. Fischer », brillante nouvelle que j’avais déjà lue et adorée dans l’anthologie des Utopiales 2014 – j’ai l’impression que cet excellent texte, superbement conçu et écrit, en s’appuyant sur l’incroyable biographie du célèbre champion d’échecs américain – tellement folle que, selon le bon vieux cliché, la réalité, une fois n’est pas coutume (mais presque), dépasse la fiction –, relève peut-être surtout de l’interrogation du procédé et de ses limites, en envisageant au détour d’un paragraphe la simple (ou moins simple) possibilité que les choses se soient déroulées différemment… Mais je passe peut-être à côté. Cela dit, la référence dickienne du titre n’a sans doute rien d’innocent, et l’auteur qui est vivant quand nous sommes morts revient à plusieurs reprises dans ce petit recueil.

 

Ce qui m’amène cependant à noter un point qui me semble important. Ces nouvelles, en se fondant sur des personnalités plus ou moins issues de la culture pop (ou moins pop, certes), font appel justement à la culture du lecteur – et à sa curiosité ; celui-ci se réjouira sans doute d’autant plus quand il saisira telle ou telle référence… mais court aussi le risque d’être un brin largué, et de passer à côté de l’essentiel, pour les nouvelles qui traitent de personnalités et de sujets qu’il connaît mal, sinon pas du tout. J’avais rencontré ce problème avec la nouvelle mentionnée plus haut concernant Erckmann-Chatrian, ce qui ne m’avait pas empêché de l’apprécier (et du coup de me tordre un peu la cervelle en m’interrogeant sur les choses qui m’échappaient visiblement) ; à vrai dire, cela vaut peut-être ici aussi pour « Fe6 !! », donc : je connaissais certes un peu le personnage de Bobby Fischer, tant pour sa gloire aux échecs que pour son excentricité polémique, mais certainement pas assez pour appréhender au mieux le texte…

 

Et il est une très brève nouvelle, ici (pas pop, pour le coup), qui m’a complètement laissé en rade. « Les Règles de la Nuit » (un texte issu de l’expérience chelou-ambitieuse « Nouvelles par e-mail ») s’intéresse à Jean Vigo et Dziga Vertov. Je ne peux qu’avouer mon inculture en la matière : pour moi, hélas, ce ne sont là que des noms ; qui m’intriguent, certes, voir m’attirent (cela fait longtemps que je me dis qu’il faudrait que je voie L’Homme à la caméra, par exemple), mais que je ne connais pas. Dès lors, je peux bien deviner dans la nouvelle de Léo Henry l’évocation amère de la possibilité d’un autre cinéma (ce thème de la possibilité que je crois retrouver dans « Fe6 !! », donc), mais ne suis pas en mesure d’apprécier le texte en lui-même.

 

Heureusement, la question ne se pose pas – ou du moins pas en ces termes – pour les trois autres nouvelles. La fort chouette dernière – à nouveau une courte « Nouvelle par e-mail » – s’intitule « No se puede vivir sin amar »… et je ne peux pas en dire beaucoup plus, dans la mesure où le texte repose en partie sur l’identification du personnage au cœur du récit ; celle-ci a lieu assez vite, sans doute, mais mieux vaut que je me taise, au cas où… Je me contenterai de dire que cette nouvelle se distingue des précédentes en ce que le personnage central est issu d’une œuvre de fiction, et non un « vrai » personnage de notre monde. On y retrouve là aussi une certaine amertume…

 

Et c’est sans doute un point essentiel : le jeu uchronique, a fortiori quand il est aussi chargé de références historiques et culturelles, et des clins d’œil qui vont avec, pourrait donner – et c’est souvent le cas ces derniers temps, j’ai l’impression (a fortiori dans la mouvance steampunk) – une impression d’exercice ludique amusant, pas forcément très « sérieux » (horreur glauque !), mais Léo Henry rappelle utilement dans plusieurs des textes de ce bref recueil que le « sérieux », pouvant par exemple s’exprimer par des regrets ou des désirs avortés, a parfaitement sa place dans le genre ; une chose, sans doute, que l’on peut distinguer dans bien des classiques… comme par exemple Le Maître du haut-château de Philip K. Dick – eh oui, encore lui.

 

C’est donc bien le moment de se pencher sur la première nouvelle du recueil, « Philip Goes to Hollywood. Correspondance inédite (1980-1991) ». Et, paradoxalement si ça se trouve, c’est pourtant cette nouvelle, peut-être, qui s’affiche comme étant la plus ludique. Les points de divergence sont multiples – ou disons qu’on peut au moins en distinguer deux fondamentaux : tout d’abord, la réalisation de Blade Runner est ici confiée, non pas à Ridley Scott, mais à un petit jeune plein d’avenir, un certain David Lynch… Ensuite, Dick ne meurt pas en 1982. La correspondance, dans cette nouvelle, est à sens unique : nous n’avons que les lettres adressées par Dick à Lynch (puis d’autres…), pas les réponses. Mais on y retrouve bien des éléments provenant tant de la biographie de Dick et de sa personnalité (forcément parano, etc.) que de son œuvre, dès lors parasitée par l’agent Dale Cooper ou une étrange boîte bleue… entre autres. La nouvelle est très amusante ; toutefois, je la trouve un cran inférieure à mes préférées dans ce recueil ; c’est une bonne blague, certes, et c’est bien entendu malin, mais ça ne renverse pas – ou en tout cas ça ne m’a pas renversé, moi. Mais ça reste bien.

 

Par contre, « Meet the Beätles ! » est vraiment excellente, au moins du niveau de « Fe6 !! », et peut-être meilleure encore. Il s’agit d’une interview récente de John Lennon (qui n’a pas été assassiné, donc), empruntant pour la forme à la critique rock, avec des éléments renvoyant à Please Kill Me. Le point de départ est particulièrement loufoque : Paul McCartney est bien mort en 1967, et il a fallu le remplacer ; les autres Beatles ont ainsi accueilli un jeune bassiste très charismatique et musicalement assez radical, qui se fera bientôt connaître sous le nom de Lemmy Kilmister… Celui-ci n’a donc pas joué dans Hawkwind, ni formé Motörhead, mais a imposé sa marque sur la musique des Beatles – devenus Beätles –, qui, bien loin de s’arrêter vers 1970, ont poursuivi leur carrière dans des directions passablement inattendues. La nouvelle fait intervenir bien d’autres personnalités, parfois étonnantes – comme J.G. Ballard, dont la « Trilogie de Béton » est adaptée, d’abord par les Beätles pour Crash !, ensuite par Lennon seul pour L’Île de béton et I.G.H. Léo Henry crée ainsi une passionnante histoire alternative du rock (où, par exemple, le mouvement punk n’a pas eu lieu, même si les Beätles, poussés par Lemmy, se sont lancés dans un side-project appelé Ramones, ce genre de choses). Les personnages sont soignés, et la relation très particulière unissant ou opposant Lennon et Lemmy est remarquable. Enfin, la nouvelle emprunte avec astuce un procédé classique, plus ou moins au cœur du Maître du haut-château : dans cet univers là, un critique rock a écrit un roman imaginant que les choses ne se sont pas passées ainsi ; McCartney n’est pas mort en 1967, Lemmy n’a jamais intégré les Beatles, les Rolling Stones ne se sont pas dissous après Altamont (ce qui n’est pas crédible du tout !), ce genre de choses… Ce n’est peut-être pas tout à fait La Sauterelle pèse lourd, car c’est bien notre monde et notre histoire du rock qui y sont décris, et pas une troisième voie. Mais c’est très bien vu, et ce qui aurait pu se contenter d’être une bonne blague devient un récit vraiment pertinent, aussi inventif que juste, et là encore interrogeant le genre même. Excellent.

 

Et donc un très chouette petit recueil au final : les deux textes les plus longs, « Meet the Beätles ! » et « Fe6 !! », sont clairement au-dessus du lot à mes yeux, et suffisent à rendre le recueil hautement recommandable ; mais comme le reste vaut le coup aussi… Un beau cadeau, donc, que ce petit recueil.

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AD&D2 : Dark Sun : Bestiaire Monstrueux, Appendice 2 : Les Terreurs du Désert

Publié le par Nébal

AD&D2 : Dark Sun : Bestiaire Monstrueux, Appendice 2 : Les Terreurs du Désert

AD&D2 : Dark Sun : Bestiaire Monstrueux, Appendice 2 : Les Terreurs du Désert, TSR – Hexagonal, [1992] 1994, 111 p.

 

Pas grand-chose à dire probablement sur ce dernier supplément de la gamme française de Dark Sun qu’il me restait à lire… C’est un Bestiaire Monstrueux, après tout. Donc pour l’essentiel un catalogue plus ou moins essentiel de vilaines bébêtes à massacrer (ou à se faire massacrer… d’autant que ce genre de suppléments me paraît toujours faire un peu la course au pire). L’écologie très particulière d’Athas le rend probablement nécessaire, il est vrai : rendez-vous compte, il n’y a ni orques ni chevaux sur ce monde-là… L’occasion est trop belle, sans doute, d’y injecter ainsi une dose supplémentaire de bizarreries, mais à plus ou moins bon escient. Un point essentiel doit être souligné dans le registre des spécificités athasiennes : la plupart des créatures définies dans ces pages disposent de pouvoirs psioniques, parfois bien étendus, et qui changent considérablement la donne sur le plan tactique ; ça ne doit pas être très facile à gérer, cela dit…Mais il me faut d’autant plus préciser un aspect notable de mon approche : ne tenant pas compte de la mécanique d’AD&D2, et ne sachant pas encore comment je vais adapter tout ça (je suis en train de lire Savage Worlds, ça pourrait le faire à vue de nez), je ne peux en rien juger ici la pertinence de ces différentes fiches sur le plan technique.

 

Pour le reste… ben, on trouve un peu de tout. Certains créatures, effectivement, semblent faire un peu la course au terrible ainsi que je le redoutais ; le plus beau spécimen est probablement la très vilaine Bête de Cauchemar (qui ne craint que le Dragon, insiste-t-on), même si les différents drakes évoqués ici envoient également du lourd ; d’autres encore… Bon.

 

Ce ne sont certes pas ces machins intuables et mortels qui m’intéressent le plus. À vrai dire, j’ai probablement trouvé plus de sens à des fiches qui pourrairent très bien ne pas s’embarrasser de la moindre technique, ainsi celles renvoyant à des animaux « domestiques » (au sens large) : l’hurrum, le critic, le renk et l’ock’n ; du côté des troupeaux, le skaï, le z’tal, le jankx… On trouve aussi des créatures relevant plus ou moins de ce registre, mais dont les caractéristiques peuvent avoir un peu plus d’importance, notamment pour la monte, ainsi de l’erdland (variante de l’erdlu), ou, en plus bilou, de la version athasienne de l’oiseau-roc. Les pterrax peuvent éventuellement être envisagés ici, mais sont très liés aux pterrans, race intelligente non jouable décrite immédiatement avant.

 

Certains apports de ce Bestiaire Monstrueux sont néanmoins fort appréciables, ainsi pour ceux dont l’importance en jeu, que ce soit pour la couleur, l’assistance ou l’affrontement, était sous-entendue par bien des remarques dans d’autres ouvrages de la gamme. Ainsi, les clercs étant liés aux élémentaires, il n’y a rien d’étonnant à ce que bien des pages utiles soient consacrées à ces créatures à part, qui ont de fortes chances d’intervenir dans une campagne, en dépit de leur rareté supposée ; il en va de même, mais plus discrètement, pour les puissants esprits telluriens, en contact avec les druides dans leurs réserves. Certains monstres étaient par ailleurs régulièrement évoqués sans que l’on en dispose de leurs caractéristiques par ailleurs : l’exemple le plus frappant est probablement la variété d’horreurs pulvérulentes que les PJ peuvent être amenés à rencontrer, dans la Mer en elle-même, ou dans les bassins intérieurs. Mais on peut aussi mentionner les divers géants et golems athasiens…

 

Au sein de la faune athasienne, on sera tenté de distinguer les variantes des races jouables que l’on rencontre ici : ainsi les mûls sauvages, les petits-hommes renégats ou, un poil différents et sans doute plus intéressants, les tohr-kreen (ou nobles mantes), mystérieux et lointains cousins plus civilisés des thri-kreen. Je suis plus sceptique en ce qui concerne les variantes mort-vivantes, ayant des doutes quant à leur pertinence dans le cadre du background athasien : ainsi du banshee nain, maudit pour ne pas voir accompli son focus (les elfes ont leur équivalent, le coureur des dunes)…

 

Et puis il y a aussi des espèces à part, mais qui n’ont pas la connotation « monstrueuse » des créatures foncièrement mauvaises ou des animaux neutres par essence : les pyrènes ou semeurs de paix, extrêmement puissants, peuvent éventuellement jouer un rôle discret mais intéressant dans une campagne ; je suis plus sceptique en ce qui concerne les villichi, femmes psionistes nées d’humains « normaux » mais qui sont néanmoins bien singulières, et vivent dans un couvent de la Cordillière quand elles n’arpentent pas le désert en tant qu’ambassadrices.

 

Cela dit, Les Terreurs du Désert ne traite pas que de la faune athasienne : la flore y a sa part, de manière peut-être un peu paradoxale dans cet univers désertique, mais finalement assez intéressante (et qui peut se justifier par la cruauté globale de l’environnement). On trouve ainsi, outre la psionaire sans vraies caractéristiques mais qui peut augmenter temporairement la portée et la puissance des pouvoirs psioniques de ceux qui la consomment, bien des plantes dangereuses, des plantes carnivores les plus « banales » à d’autres choses plus subtiles, comme le cactus-araignée, le cactus des sables, ou encore la plante zombi…

 

On y trouve donc un peu de tout, de l’utile et du plus dispensable, et le tout est d’une lecture plus ou moins passionnante : sans surprise, les interminables développements concernant le combat, rendus plus hermétiques encore par la prolifération des psioniques, sont assez pénibles à force ; il y a par contre bien des choses à piocher dans les sections consacrées à la société, à l’habitat et à l’écologie.

 

En somme, Les Terreurs du Désert remplit donc son office. Il ne faut probablement pas en attendre davantage…

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Nous allons tous très bien, merci, de Daryl Gregory

Publié le par Nébal

Nous allons tous très bien, merci, de Daryl Gregory

GREGORY (Daryl), Nous allons tous très bien, merci, [We Are All Completely Fine], traduit de l’anglais (États-Unis) par Laurent Philibert-Caillat, entretien avec l’auteur d’Erwann Perchoc, Saint-Mammès, Le Bélial’, [2014] 2015, 193 p.

 

J’ai envie d’aimer ce qu’écrit Daryl Gregory. Ne serait-ce que parce qu’il écrit de l’horreur (enfin, plus ou moins, il jongle pas mal entre les genres, au fond…), et que l’horreur littéraire est actuellement beaucoup trop délaissée à mon goût, pour des raisons que je serais bien en peine d’expliquer. Deux de ses livres ont été publiés récemment par les éditions du Bélial’ (lesquelles, tout slurp mis à part, me paraissent franchement les plus intéressantes de l’imaginaire français à l’heure actuelle, à en voir bon nombre de publications récentes, ainsi que ses très alléchants projets) : L’Éducation de Stony Mayhall, dont je vous avais parlé il y a quelque temps, et le court roman Nous allons tous très bien, merci, dont je vais vous causer aujourd’hui.

 

Cela dit, je n’avais pas été totalement convaincu par le premier de ces romans… Je l’avais trouvé bon, certes, mais j’en suis néanmoins sorti un peu déçu. Et je crois, en fin de compte, que c’est un peu la même chose pour celui-ci…

 

Pourtant, il ne fait pas de doute que l’auteur a du talent, et des idées – ainsi qu’une belle aptitude à projeter son récit dans des directions inattendues, promenant le lecteur avec une aisance remarquable. C’était vrai dans son roman de zombies, c’est toujours vrai dans celui-ci.

 

Mais chaque chose en son temps. Le point de départ de Nous allons tous très bien, merci, est vraiment bon. Il s’agit de mettre en scène une thérapie de groupe – pratique que je sais particulièrement anxiogène, vilaine expérience personnelle… –, et pas n’importe laquelle : le docteur Jan Sayer regroupe en effet cinq victimes, affectées de stress post-traumatique, tout droit sorties de films ou de livres d’horreur. Stan, ainsi, le plus âgé, coincé dans son fauteuil roulant et exhibant volontiers ses perturbants moignons, a survécu a sa capture et sa détention par une famille de cannibales dégénérés, qui sentent bon les films d’horreur américains des années 1970 (on pense en tout premier lieu à La Colline a des yeux et Massacre à la tronçonneuse). Barbara, pour sa part, a subi la folie du Scrimshander, un psychopathe qui sculptait les os de ses victimes – et elle ne manque pas, au-delà de cette particularité, d’évoquer une survivante de slashers, du coup. Harrison, c’est encore autre chose : adolescent, il a survécu à un étrange phénomène qu’on qualifiera de « lovecraftien » sans en savoir beaucoup plus – c’était à Dunnsmouth, hein… Surtout, il est devenu bien malgré lui le héros d’une série de romans jeunesse (Daryl Gregory a d’ailleurs écrit un bouquin centré sur lui, on verra bien si ça sort chez nous un jour), un « investigateur de l’impossible » adolescent… Il en reste deux autres, plus jeunes… et encore plus mystérieux, à certains égards : Martin, difficile à cerner derrière ses étranges lunettes qu’il ne quitte jamais, et Greta – qui se tait (mais a pu à un moment dévoiler une partie de son corps, recouverte intégralement d’inquiétantes scarifications…).

 

Daryl Gregory, via ce petit groupe, s’intéresse donc au sort des victimes de l’horreur, après que le générique de fin a débuté, ou quand on a refermé le livre après la dernière page. Une très bonne idée, vraiment, et qu’il gère assez adroitement – via les récits que font ces patients d’un genre très particulier. Si Stan aime raconter le cauchemar qu’il a vécu (et le montrer, lui dont les stigmates sautent aux yeux), les autres, globalement, se montrent logiquement plus réservés. D’où un aspect important de Nous allons tous très bien, merci : le récit comporte bien des zones d’ombre, et, autant le dire, toutes ne seront pas explicitées à la fin – ce qui me va très bien à l’occasion, et a souvent quelque chose de « réaliste », mais me paraît un peu frustrant ici… malgré ce point de départ qui légitime bien cette approche.

 

En tout cas, ainsi que noté plus haut, l’auteur se montre adroit pour aiguiller son récit sur des rails surprenants. La brièveté et la densité de la chose m’empêchent d’en dire beaucoup plus ici, mais avançons du moins que Nous allons tous très bien, merci ne relève pas seulement de l’horreur mais bien du fantastique (assez « pulp » pour le coup), et qu’il n’y a pas de hasard dans tout cela…

 

On reconnaît bien ici, en tout cas, l’auteur de L’Éducation de Stony Mayhall : les deux livres sont certes très différents, ne serait-ce qu’en volume et dans l’intention, mais ils ont néanmoins un certain nombre de points communs, jouant parfois pour eux, d’autres fois contre… Ainsi, l’intelligence des deux livres ne saurait faire de doute ; ils sont bien vus à tous les niveaux, et il est très appréciable qu’ils se montrent aussi surprenants jusque dans leur part d’hommage, laquelle est très pertinente, au-delà d’une simple compilation de clins d’œil : en tordant les clichés, Daryl Gregory interroge le genre de la meilleure façon. Ainsi se conclut le roman : « Nous ne nous sentons chez nous que lorsque nous avons un peu peur. » Il n’y a là non plus pas de hasard (même si l’on peut bien parler d’une certaine logique un peu tordue) : le lecteur amateur d’horreur se trouve ainsi questionné dans sa passion vaguement masochiste et en tout cas « pas normale ». Il est à vrai dire lui-même participant de la thérapie…

 

Impression renforcée, d’ailleurs, par un procédé stylistique qui saute à la gueule et se montre assez déconcertant : chaque chapitre du roman s’ouvre sur un « nous » flottant, dont on ne sait trop qui il inclut au juste, et qui laisse progressivement la place, dans une certaine confusion, au point de vue à la troisième personne, d’abord d’un seul des intervenants, puis de plusieurs, à mesure que le groupe apprend à se connaître et devient lui-même une « forme » à part entière.

 

C’est plus ou moins convaincant, ceci dit… Une fois de plus, j’ai trouvé le style de l’auteur… pas terrible, disons. Instinctivement, j’aurais envie de dire que tout cela est « mal écrit », ce qui est toujours un peu brutal, et je ne saurais trop dire exactement en quoi ça ne passe pas à mes yeux (sauf pour l’humour éventuel, qui ne marche tout simplement pas)… Pourtant, il y a une réflexion derrière l’écriture (le truc du « nous » en témoigne), mais le résultat n’est pas forcément très pertinent, je trouve.

 

Nous allons tous très bien, merci, n’est de toute façon pas exempt de défauts, loin de là : au-delà des (peut-être trop nombreuses à mon goût) zones d’ombre évoquées plus haut et de cette plume au mieux quelconque, on peut trouver certains personnages un peu faibles, peut-être car trop archétypaux, même si cette approche peut se comprendre dans ce contexte (Barbara, surtout, et dans une moindre mesure Greta, restent à mon sens les meilleurs, car les plus subtils, les moins unilatéraux). Par ailleurs, la voie dans laquelle s’engage le récit est plus ou moins satisfaisante : pour ma part, je l’ai trouvée un peu trop « pulp », donc, pas vraiment à la hauteur de ce superbe point de départ (même si elle fournit l’occasion d’autres mises en abyme)…

 

Et donc, au final, j’ai un peu le même sentiment que pour L’Éducation de Stony Mayhall : c’est bien, oui, mais ce n’est pas si bien que ça. J’ai apprécié ma lecture, mais en sors néanmoins un brin déçu – séduit par bien des aspects, mais un peu perplexe devant quelques autres. Je reste curieux, cela dit – et il y a bien des portes ouvertes qui pourront être utilisées ultérieurement, d’une manière ou d’une autre – Daryl Gregory n’exclut rien à cet égard.

 

(Il y a d’ailleurs un projet d’adaptation en série télé de Nous allons tous très bien, merci – qui devrait fortement extrapoler, vu la brièveté du matériau d’origine ; on notera inévitablement que c’était Wes Craven qui devait s’en charger, et réaliser notamment le pilote – oups… Mais le projet était semble-t-il assez avancé et devrait se poursuivre malgré la mort du papa de Freddy. On verra bien…)

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AD&D2 : Dark Sun : Vallée de Feu et de Cendres

Publié le par Nébal

AD&D2 : Dark Sun : Vallée de Feu et de Cendres

AD&D2 : Dark Sun : Vallée de Feu et de Cendres, TSR – Hexagonal, [1992] 1995, 95 p.

 

Vallée de Feu et de Cendres est un supplément de contexte qui est censé doubler la surface de jeu de Dark Sun à l’est de la Région de Tyr (ainsi qu’en témoigne une carte façon poster). Ce qu’on en connaissait, auparavant, c’était seulement la Mer Pulvérulente… peu ou prou infranchissable. Ce supplément, sans aller jusqu’à nous en montrer l’autre rive, remplit un peu la zone, avec notamment la Vallée du titre. Et c’est bien ce qui pose problème ; j’en avais eu des échos qui ont très vite été confirmés : cet endroit mystérieux est… ben… inaccessible. Mais alors vraiment vraiment. Du coup, on s’étend ici sur pas loin de cent pages pour décrir un environnement où les PJ – des PJ normaux, du moins – ne peuvent tout simplement pas aller, et, si par miracle ils parvenaient à s’y rendre, ils ne pourraient pas y survivre bien longtemps. Ce qui m’a donné l’impression d’un supplément parfaitement absurde, du coup, car largement inutilisable…

 

Bon, en fait, il y a peut-être des PJ qui peuvent malgré tout s’y rendre… mais ce sont nécessairement des personnages à très, très haut niveau : le supplément en évoque à plusieurs reprises un autre, non traduit, Dragon Kings, plutôt axé règles, destiné à des personnages de niveau 20 et plus. J’ai toujours été sceptique quant à l’intérêt de campagnes impliquant des personnages aussi puissants, et ce n’est pas Vallée de Feu et de Cendres qui va me faire changer d’avis…

 

Le problème, ici, réside notamment dans une succession d’environnements dangereux, qui s’emboîtent à la façon de poupées russes – du moins dans l’optique d’un voyage, vers ou depuis la région ici décrite, avec la Région de Tyr comme point de départ ou d’arrivée. Or ces environnements sont tous décrits comme étant peu ou prou infranchissables, et le même problème ou presque se répète ainsi à chaque étape… On nous dit d’ailleurs qu’un seul individu a pu rejoindre la Vallée de Feu et de Cendres depuis la Région de Tyr et en revenir. Forcément. Et fallait qu’il soit balaise, hein. Parce que la donne est claire : seuls des héros extrêmement puissants peuvent se lancer dans cette odyssée, et même dans ces conditions ils doivent se montrer suicidaires pour tenter la chose…

 

En partant de la Région de Tyr, cadre « normal » d’une campagne de Dark Sun, la première étape consiste donc à s’enfoncer dans la Mer Pulvérulente. Cette étendue de poussière est particulièrement mortifère, et les sales bestioles qui la peuplent sont à bien des égards le moindre des soucis pour les PJ. Il faut y ajouter le climat, bien sûr, mais surtout trouver un moyen de franchir des distances assez longues pour retrouver une zone solide – le problème était évoqué dans le Journal du Vagabond de La Boîte de Dark Sun, et ne reçoit pas beaucoup plus de réponses ici. D’une manière ou d’une autre (animaux, magie, psioniques), le plus sage est sans doute de trouver un moyen de voler au-dessus de la Mer (ou mieux encore de se téléporter, mais cela implique d’autres contraintes) ; c’est comme de juste extrêmement dangereux, a fortiori si les tempêtes et streumons s’en mêlent (ils n'y manqueront pas), et les distances à franchir peuvent s’avérer trop longues pour quiconque procède ainsi (et d’autant plus, bien sûr, s’il n’a pas une idée claire de la géographie de la zone, ce qui est pour le moins probable). Les autres moyens oscillent entre le parfaitement grotesque (les échasses… Très franchement, un PJ qui ose employer cette méthode saugrenue mérite de sombrer dans la pulvre et de périr asphyxié dans d’atroces souffrances…) et le vaguement rigolo mais efficace uniquement sur de très brèves distances (comme le pulvroglisseur, pas forcément très bien nommé – il ne glisse pas sur la pulvre, mais roule en fait sur le fond solide de la zone à l’aide de roues gigantesques –, qui peut éventuellement aider à rejoindre les îles de l’Archipel de Pulvre, au sud de la zone, ou la Route de Feu au nord ; ou alors on s’y fait porter par un géant sympathique, mais bon…).

 

Mais admettons. Admettons que les PJ trouvent un moyen de franchir la Mer Pulvérulente. Leur objectif, dans ce supplément, est plus lointain : la Vallée de Feu et de Cendres du titre. C’est une vaste zone « solide » au milieu de la pulvre. L’atteindre n’est donc pas gagné, loin de là – et je vois décidément très mal comment un groupe relativement « normal » pourrait y parvenir. Mais admettons. Sur place, les héros ne sont pas au bout de leurs peines, loin de là. La Vallée est un environnement extrêmement dangereux, débordant de vilains streumons – et de quelques humanoïdes tout sauf fiables –, et il faut en outre y subir un climat extrêmement rude, la température comme les vents étant de la partie, et, pire encore, il faut prendre en compte un perpétuel Ouragan de Cendres qui perturbe tout et peut se montrer aussi fatal que la pulvre…

 

Mais admettons. Admettons que les PJ parviennent à franchir cette zone extrêmement mal fréquentée. L’étape suivante, à l’intérieur de la Vallée, c’est l’Anneau de Feu. Autrement dit une grande mer de lave (original, non ? Il y a même un maelström ! Original, non ?). Là encore, pour traverser cette zone, les PJ ultra-balaises et suicidaires doivent faire preuve d’autant de compétence que d’ingéniosité. Or le vol – qui pourrait paraître la solution la plus logique – est encore plus périlleux qu’avant (du fait de la chaleur et des vents incontrôlables), et bon nombre d’autres méthodes… sont tout simplement inutilisables : plein de sorts ou de psioniques qui pourraient en temps normal se montrer utiles ne fonctionnent tout simplement pas dans cette zone, et il n’y a par ailleurs aucun moyen de traverser « à pieds » – la grande Porte Maudite est « intelligente » et bardée de protections, et la Chaussée du Dragon qui se trouve au-delà implique tout de même de faire des « sauts » conséquents d’îlot en îlot, et, au cas où ça ne serait pas suffisant, de s’y fritter avec une foule de golems à chaque étape. Je ne vois tout simplement pas comment faire…

 

Mais admettons. Admettons que les personnages, donc, parviennent à franchir l’Anneau de Feu. Ils atteignent alors Ur Draxa, une gigantesque cité au cœur de l’Anneau de Feu. Et doivent alors trouver un moyen d’y entrer… Là aussi, les portes sont magiques/psioniques, et ne s’ouvriront de toute évidence pas ; le vol au-dessus des murailles est impossible ; leur escalade paraît pour le moins difficile (elles font plus de 200 mètres de haut, et les conditions d’ascension sont insurmontables)…

 

Mais admettons. Admettons que les personnages parviennent à pénétrer dans Ur Draxa. Ils sont contents, sans doute : ils posent enfin les yeux sur le secret le mieux gardé d’Athas (en attendant le prochain). Il leur faut encore parvenir à s’infiltrer relativement discrètement : les Draxiens, ultra xénophobes et prisant une culture martiale à bloc, attaquent les éventuels étrangers à vue, et leurs esclaves les dénoncent illico de crainte de sévères représailles… Certaines races d’Athas étant ici inconnues (demi-géants, petites-gens et thri-kreens), les personnages qui en font partie n’ont donc aucun moyen de se fondre dans la foule ; et pour les autres, c’est assez peu probable aussi…

 

Mais admettons. Admettons que les personnages parviennent à s’infiltrer dans Ur Draxa. Admettons qu’ils trouvent le moyen de découvrir de l’intérieur cette merveilleuse utopie fasciste (façon Cité du Soleil ?) aux proportions titanesques (la cité est plus grande, des dizaines de fois plus grande que toutes les cités-États de la Région de Tyr ; mais elle est tout sauf dense, par contre, notamment en ce qu’il s’y trouve plein de forêts…). Bon, il faut alors les occuper un peu, les mêler (sans griller leur couverture) d’une manière ou d’une autre, par exemple, aux complexes affaires politiques intérieures, avec ces innombrables clans qui se défoncent la gueule, et les esclaves qui tentent de simplement survivre. Tout cela me paraît assez peu probable (et à vrai dire assez peu intéressant, finalement, d’après ce qu’on nous en dit, qui s’avère globalement très banal), mais bon…

 

Faut dire, l’alternative qui consisterait à poursuivre le voyage jusqu’à son terme est assez rude ; c’est qu’il reste une dernière poupée matriochka, le cœur de la cité d’Ur Draxa, qui est le Sanctuaire du Dragon. Oui, du Dragon avec sa putain de majuscule : le Dragon de Tyr, qui ravage régulièrement ladite Région, pour des raisons mystérieuses (pour le moment) ; quand il n’est pas en maraude, il se retranche donc dans la cité d’Ur Draxa, qu’il a fondée et dirige (en théorie – dans les faits il semble avoir pas mal lâché l’affaire) via ses seigneurs et serviteurs morts-vivants, les kaisharga (des sortes de liches, quoi). Bien entendu, le Sanctuaire est interdit d’accès à qui que ce soit en dehors desdits Seigneurs Morts. Pénétrer la zone a l’air totalement impossible – mais après tout, franchir la Mer Pulvérulente et l’Anneau de Feu aussi, si les personnages y sont parvenus, c’est qu’ils ont de la ressource…

 

Alors admettons. Admettons que les PJ parviennent à atteindre ce cœur de la Vallée. Ils font quoi, maintenant ? Ben, tels de vieux briscards des clichés donjonnesques qui enchaînent les déicides, ils se battent, bien sûr ! Parce que c’est vach’ment rigolo ! Et nous avons donc deux pages de tactiques et autres notes de combat, confirmant à chaque étape que les personnages n’ont aucune chance de gagner l’affrontement, et que si par miracle ils y arrivaient, eh bien en fait non parce que ça « déséquilibrerait » trop le cadre de campagne (qui n’est probablement pas du tout déséquilibré par l’existence de PJ assez balaises pour faire ça, hein, à l’évidence)…

 

Certes, on pourrait m’objecter que cette approche que je viens de détailler a quelque chose de vaguement brutal (bien donjonneux, en même temps), et qu’il y aurait peut-être moyen de faire pénétrer les joueurs dans Ur Draxa sous un prétexte moins bourrin. De la diplomatie, par exemple, via éventuellement une « invitation ». Mais je n’y crois pas trop : de toutes ces étapes, seules celles de l’Anneau de Feu et des portes d’Ur Draxa seraient logiquement affectées par cette approche différente. Les dangers des zones précédentes restent toujours les mêmes, « invitation » ou pas.

 

Ou alors, il faudrait atténuer la difficulté du voyage. En insistant moins sur les rencontres, par exemple (OK) ; mais aussi (notamment par rapport à la Mer Pulvérulente et à l’Anneau de Feu) en dégageant une éventuelle « route sûre », qui ne serait connue que de quelques rares Draxiens particulièrement haut placés. Mais je n’y crois pas davantage : si le voyage de la Région de Tyr à la Vallée de Feu et de Cendres n’est pas périlleux, il n’a alors aucune raison d’être. La Cité du Dragon est légendaire, et inconnue ; on en parle sans savoir où elle se trouve, ni même si elle se trouve quelque part, et on ne sait donc pas comment s’y rendre, et même si c’est seulement possible ; si un simple quidam peut y accéder, alors l’isolement et la rudesse de la zone n’ont plus aucun sens… C’est là tout le problème : Ur Draxa est censée être inaccessible. Si elle ne l’est pas, elle n’est plus Ur Draxa, la Cité Maudite du Dragon. Et si elle est bel et bien inaccessible… eh bien, comme de juste, on ne peut pas y accéder. Eh.

 

D’où ce sentiment d’absurdité générale : Vallée de Feu et de Cendres décrit à grands renforts de détails (pas toujours passionnants, d’ailleurs…) un environnement injouable. Je ne vois en fait qu’une exception : celle qui consisterait, ainsi qu’il est suggéré dans le supplément, vers la fin, à mettre en place une campagne « native », c’est-à-dire dans laquelle les personnages seraient d’emblée dans la Cité, qu’ils soient draxiens (citoyens nobles) ou esclaves. Mais je n’y vois à vrai dire pas grand intérêt : cet environnement de jeu, au fond, n’est guère séduisant, manque finalement de l’originalité qui fait tout le sel de Dark Sun. Je craindrais fort que des PJ draxiens s’ennuient assez vite (mais là, ce n’est qu’une impression, je peux me tromper, hein) ; quant aux esclaves, ils seraient vite amenés, sans doute, à jouer la carte de la révolte (extrêmement périlleuse)… voire de l’évasion ; sauf que quitter la Vallée de Feu et de Cendres est au moins aussi difficile que d’y accéder, et peut-être même pire encore (des PJ esclaves n’ayant probablement pas les compétences des héros qui trouveraient malgré tout à faire le chemin en sens inverse).

 

Et donc voilà : en ce qui me concerne tout du moins, Vallée de Feu et de Cendres est un supplément inutilisable ; tout au plus peut-on en conserver quelques vagues éléments sur la Mer Pulvérulente peu profonde (mais qui n’ont rien de transcendant), ou essayer d’en recycler certains aspects dans un environnement moins systématiquement fatal… Mais en tant que tel, non, je ne vois pas quoi en faire. Oh, il pourra peut-être combler les fantasmes grobillesques de certains, hein… Mais en l’état, ça sera sans moi.

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Le Messie de Dune, de Frank Herbert

Publié le par Nébal

Le Messie de Dune, de Frank Herbert

HERBERT (Frank), Le Messie de Dune, [Dune Messiah], traduit de l’américain par Michel Demuth, Paris, Robert Laffont – Presses Pocket, coll. Science-fiction, [1965, 1969-1970, 1972] 1980, 315 p.

 

Deuxième volet du monumental « cycle de Dune » de Frank Herbert, Le Messie de Dune tranche par sa brièveté (d’autant que vous pouvez oublier en gros les cinquantes dernières pages, qui se contentent de reprendre les appendices de Dune – peut-être le « Lexique de l’Imperium » est-il vaguement mis à jour, mais je n’en suis même pas sûr). Il tranche aussi, mais par rapport au célèbre tome inaugural seulement, en ce qu’il tend progressivement à mettre de côté la coloration « pop » qui m’avait un peu surpris à la relecture. Nous ne sommes cette fois plus en présence d’un roman d’aventure – et, avec ce volume, le cycle semble évoluer vers l’image globale dont je me souvenais, quelque part entre philosophie et mystique (éventuellement à dix balles, comme de juste). Ce qui peut passer ou casser… Néanmoins, on aurait sans doute tort, à se fonder sur cette brièveté relative et sur cette image de « pont » entre deux moments du cycle, de considérer Le Messie de Dune comme un ouvrage mineur : il a pleinement sa raison d’être, et, s’il est loin d’être parfait, il n’en contient pas moins de beaux moments et de belles idées.

 

L’action se situe douze ans après la fin de Dune. Et ces douze années ont été bien remplies : le Jihad des Fremen, au nom de Muad’Dib, a ravagé l’univers connu, les mondes tombant l’un après l’autre sous le joug des combattants fanatisés. Ce qui est bien loin de réjouir le fils divin du duc Leto : horrifié par les massacres, Paul en vient à se comparer à Gengis Khan ou Hitler, en relevant même combien ces « empereurs » du temps jadis étaient des petits joueurs par rapport à lui… Et l’Imperium est radicalement chamboulé : c’est bien Paul Atréides qui est désormais l’Empereur, Shaddam IV étant relégué sur Salusa Secundus où il fait mumuse avec une unique légion de Sardaukar. Les contre-pouvoirs traditionnels voient leurs prérogatives diminuer de jour en jour, et s’inquiètent grandement de la tournure des événements ; conséquence logique, dès lors : ils complotent.

 

Le Bene Gesserit est bien sûr de la partie, incarné surtout par la Révérende Mère Gaius Helen Mohiam (celle de l’épreuve du gom jabbar dans Dune), mais assisté également au cœur du pouvoir par celle que l’on continue, malgré son statut d’épouse impériale, de qualifier de « princesse » Irulan : celle-ci a beau avoir rédigé d’impressionnantes œuvres consacrées à son divin époux, fournissant les exergues des chapitres de Dune, elle n’en est pas moins une épouse délaissée et frustrée… La Guilde des Navigateurs joue également un rôle dans cette affaire (je note que c’est la première fois, sauf erreur, que l’on voit un navigateur dans sa cuve, image très marquante dans les premières scènes du Dune de David Lynch, mais qui ne figurait pas dans le premier roman), même si son ambassadeur, Edric, n’est pas forcément très futé… Le vrai danger réside sans doute ailleurs, dans une faction qui n’avait été qu’à peine esquissée jusqu’alors, mais qui occupe désormais le devant de la scène (enfin, façon de parler, ils tirent les ficelles dans l’ombre et se dissimulent aisément…), à savoir le Bene Tleilax, avec notamment le rusé Danseur-Visage Scytale. Mais le plus inquiétant est probablement que des Fremen se mettent à comploter eux aussi…

 

Paul n’ignore rien de tout cela. Et pas davantage sa sœur, sainte Alia du Couteau, l’abomination (aussi agaçante que fascinante), ou encore ses plus fidèles serviteurs et amis tel Stilgar. La prescience de Muad’Dib le confronte en permanence à cette adversité, et lui dresse des esquisses terribles d’un avenir toujours à craindre, y compris et surtout du fait de sa position. Oserait-on dire que le « messie » est dépressif ? On le pourrait probablement. C’est qu’il est difficile d’être un dieu, comme disaient les autres… Écœuré par les atrocités commises en son nom et par le culte que lui vouent les innombrables pélerins qui se rendent sur Arrakis, assailli en permanence de visions tragiques, à petite ou grande échelle, Paul sombre dans le fatalisme – maladie du prescient –, voire l’apathie. En bon messie, il attend sa Passion… qui ne tardera guère et pourrait bien s’avérer sordide.

 

Sans doute est-ce pour cela qu’il entretient un jeu dangereux avec le « cadeau » que lui fait la Guilde, et qui a été conçu par le Bene Tleilax : Hayt, un ghola, c’est-à-dire le clone d’un cadavre ; mais pas n’importe lequel : celui de Duncan Idaho, le grand soldat des Atréides, qui était mort en protégeant la fuite de Paul et de sa mère, Jessica, dans les sables d’Arrakis… Devenu au-delà de la tombe un Mentat autant qu’un philosophe zensunni, Hayt, aux perturbants yeux métalliques, ne dissimule en rien qu’il est là pour détruire l’Empereur, qui ferait bien de le rejeter… Mais non. Paul l’accepte à ses côtés, cet être lui aussi torturé, partagé entre son rôle actuel plus ou moins défini et l’image obsédante de ce qu’il est censé avoir été…

 

Mais un autre problème se pose pour Muad’Dib : il lui faut un héritier. Chani, sa concubine fremen, sa sihaya, avait certes enfanté il y a de cela douze ans un petit Leto, mais il fut massacré par les Sardaukar lors de la bataille d’Arakeen, et Irulan l’empoisonne depuis d’un contraceptif ; or Paul refuse de concevoir un héritier avec la « princesse » Bene Gesserit – l’ordre redoute du coup de voir disparaître à jamais sa précieuse œuvre de sélection génétique dans les lignées des Atréides et des Harkonnen…

 

Le thème de l’Élu, central dans le premier roman, avait comme par essence quelque chose d’enthousiasmant, de positif ; la victoire inéluctable de Paul sur ses répugnants adversaires, non seulement allait de soi, mais pouvait donner une impression de justice cosmique – si tant est que cela veuille dire quelque chose. Mais, si la fin de Dune était une fête, Le Messie de Dune est la gueule de bois du lendemain, et c’est sans doute cela qui le rend intéressant. Le charisme indéniable de Muad’Dib, et son immense intelligence, ne changent rien à l’essentiel : ce « dieu », cet empereur-mentat, est au fond un homme qui doute, livré en permanence au remords pour les conséquences les plus terribles de ses actions, conscient de ce qu’il est et de ce qu’il a fait à un point insoutenable. La victoire du jihad, bien loin de réjouir, laisse un goût amer en bouche, et remue l’estomac. Frank Herbert, dans ce bref roman, délaisse la figure épique (et pénible en ce qui me concerne) du héros vengeur armé de son bon droit ; vient en guise de remplacement un nouveau Paul-Muad’Dib, figure tragique qui emprunte énormément à Œdipe (la référence est claire dans les derniers chapitres, les plus touchants). Et au travers de cette référence, c’est bien sûr le destin qui est questionné ; le Kwisatz Haderach a beau être en plusieurs endroits à la fois, il n’a guère de prise sur son avenir et l’avenir de l’univers autour de lui, ce que ses visions – tour à tour horribles de précision et d’autant plus inquiétantes qu’elles laissent quelques rares pans dans l’ombre – ne cessent de lui rappeler de manière frontale : le messie, l’homme fait dieu, est un pantin cosmique.

 

Mais il faut aussi envisager Hayt/Idaho dans cette perspective. Celui qui fut un homme est devenu un instrument politique, et son conditionnement semble impliquer un destin inéluctable. Mais, dans son cas, il n’y a au fond rien de certain ; la prescience trébuche sur des obstacles incompréhensibles, et, face à la cruauté de l’implacable, ressurgit peut-être en lui – le monstre, le cadavre – un élément humain, si humain, en tant que tel inaccessible au dieu Muad’Dib : le libre arbitre.

 

Et Frank Herbert joue fort bien de ces thèmes. Je parlais plus haut de « mystique (éventuellement à dix balles, comme de juste) », mais cela traduit surtout un blocage personnel général, et pas forcément si adapté que ça au Messie de Dune en tant que tel. Disons que, là, je ferais une distinction entre fond et forme : les aphorismes et autres sentences obscures façon pseudo-kôan caractéristiques du thème ne manquent pas, et me font parfois soupirer ; mais il y a heureusement quelque chose derrière – quelque chose de profond et juste –, ce qui est loin d’être toujours le cas, chez les auteurs amateurs de mystique chelou…

 

En définitive, Le Messie de Dune est donc un roman étonnamment riche eu égard à sa brièveté, et le plus souvent pertinent. Construit autour de la figure tragique de Paul-Muad’Dib, il en révèle paradoxalement, au prétexte de la divinité, une profonde humanité, qui le rend tellement plus intéressant… Pas si anecdotique que cela, donc – et en définitive émouvant, ce qui n’était pas gagné d’avance.

 

Ainsi s’achève, dans un sens, le « premier » cycle, consacré à Paul. Les deux tomes suivants, Les Enfants de Dune et L’Empereur-Dieu de Dune, constituent un autre « moment », et de même après pour Les Hérétiques de Dune et La Maison des mères. Petite pause pour le principe, et je m’y remets.

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