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"V", d'Ommadon

Publié le par Nébal

"V", d'Ommadon

OMMADON, V (Burning World Records, 2014)

 

Tracklist :

 

01 – V1

02 – V2

 

Hop, ma chronique se trouve sur le site des Immortels.

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"Lament", d'Einstürzende Neubauten

Publié le par Nébal

"Lament", d'Einstürzende Neubauten

EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN, Lament (Mute, 2014)

 

Tracklist :

 

01 – Kriegsmaschinerie

02 – Hymnen

03 – The Willy-Nicky Telegrams

04 – In de Loopgraaf

05 – Der 1. Weltkrieg (Percussion Version)

06 – On Patrol in No Man’s Land

07 – Achterland

08 – Lament 1. Lament

09 – Lament 2. Abwärtsspirale

10 – Lament 3. Pater Peccavi

11 – How did I Die ?

12 – Sag mir wo die Blumen sind

13 – Der Beginn des Weltrkieges 1914 (Dargestellt unter Zuhilfenahme eines Tierstimmenimitators)

14 – All of No Man’s Land is Ours

 

Hop, ma chronique se trouve sur le site des Immortels.

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"Le Poids de son regard", de Tim Powers (abandon)

Publié le par Nébal

"Le Poids de son regard", de Tim Powers (abandon)

POWERS (Tim), Le Poids de son regard, [The Stress of Her Regard], traduit de l’américain par Pierre-Paul Durastanti, Paris, J’ai lu, coll. Science-fiction, [1989] 1990, 541 p.

 

(Abandon à la page 180.)

 

C’est terrible, les attentes. On se construit parfois une image d’un bouquin, à force d’éloges appuyés, et c’est un coup à se retrouver déçu, non pas parce que le livre est à proprement parler mauvais, mais tout bêtement parce qu’il ne correspond pas à cette image…

 

C’est hélas ce qui m’est arrivé avec Le Poids de son regard de Tim Powers. Quand j’avais lu le guide de lecture qui était consacré à l’auteur dans Bifrost, c’est à n’en pas douter le titre qui avait retenu mon attention, du fait d’une très belle et ô combien alléchante chronique de l’immense Catherine Dufour (chronique que vous pourrez lire ici, à tout hasard). L’enthousiasme communicatif de la dame ayant été confirmé, dans mon entourage, par plein de gens au goût très sûr (malgré, dans un cas au moins, une étrange addiction au heavy metal des 80’s), j’ai noté la chose dans un coin de ma tête, espérant bien pouvoir me la procurer un jour (ce livre a en effet longtemps été indisponible ; mais il a été réédité assez récemment par Bragelonne, en grand format donc) ; et quand j’ai enfin trouvé d’occasion cette édition originelle en poche, je me suis fort logiquement rué dessus.

 

Le point de départ est très fort, faut dire. Vous connaissez forcément cette anecdote sur le défi que s’étaient lancé, lors d’un séjour en Suisse, les poètes Byron et Shelley, le médecin du premier, Polidori, et Mary (future, si j’ai bien saisi) Shelley, désireux d’élaborer chacun de leur côté une grande histoire d’épouvante ; la beauté de cette histoire, à mes yeux en tout cas, c’est que ce sont les inconnus d’alors qui ont accouché des livres les plus importants, Polidori (qui s’en prend systématiquement plein la gueule dans le bouquin de Powers…) donnant naissance au Vampire (son personnage de Lord Ruthven constitue une étape fondamentale dans l’élaboration de ce mythe littéraire moderne, le Dracula de Bram Stoker en émane à bien des égards), et, surtout, la jeune Mary accouchant de Frankenstein, livre fondamental s’il en est – déterminant dans l’évolution du genre horrifique, mais annonçant aussi (et surtout ?) la science-fiction (d'aucuns, tel Brian Aldiss sauf erreur, en font même la référence fondatrice du genre). Tim Powers, à bien des égards, part de cette belle anecdote, dans une introduction assez foudroyante ; ce qui lui fournit assurément de beaux personnages.

 

Cependant, s’ils auront leur rôle à jouer par la suite, ils ne sont pas à proprement parler les « héros » de Le Poids de son regard. Ce rôle revient au médecin anglais Crawford, qui n’a décidément pas de chance en matière de mariage : sa première épouse était décédée dans des circonstances quelque peu étranges… et la seconde est massacrée ô combien mystérieusement et hideusement lors de la nuit même des noces. Crawford, conscient que tout l’accuse, prend la fuite et retourne à Londres sous un pseudonyme ; il y rencontre notamment le jeune médecin et wannabe poète Keats, qui lui raconte une bien étrange histoire, à propos de créatures cauchemardesques (au nom incertain ; on retiendra de préférence celui, biblique, de « néphélims », même s’il n’apparaît que plus tard dans le roman dans la bouche de Byron, et si ces créatures ne manquent pas d’évoquer par ailleurs tant les vampires que les succubes) vivant dans l’ombre et qui l’auraient marqué à jamais, le désignant d’une certaine manière comme membre de leur « famille ». Mais ces créatures ne sont pas les seules à traquer Crawford, qui n’a guère le choix : il lui faut à nouveau fuir. Et il se sent bizarrement attiré par la Suisse…

 

Le thème vaguement complotiste des « néphélims » ne me botte de manière générale pas plus que ça... Mais je trouvais fort intéressante l’idée de Powers de les associer, dans la douleur, à la création littéraire – elles ont un goût prononcé pour les poètes, vous l’aurez compris, mais leurs assiduités sont fatales pour eux-mêmes comme pour leur entourage… Et c’était donc cela que j’attendais avant tout en entamant ma lecture de Le Poids de son regard.

 

Il est possible que ce thème soit traité plus abondamment et pertinemment par la suite, mais je ne me suis pas senti d’aller jusque-là, et ai abandonné à la page 180, parce que j’en avais marre d’attendre. En dépit de quelques jolies scènes d’horreur, j’ai en effet été très déçu par l’approche retenue par Tim Powers dans ce roman – mais la faute est entièrement mienne : je ne dis pas qu’il a eu tort, simplement que ça ne me parlait pas.

 

En effet, j’ai eu la fâcheuse surprise (façon de parler, c’est sans doute ma naïveté qui est en cause : les plus grands succès de Tim Powers, type Les Voies d’Anubis, même si je ne les ai pas lus, auraient dû me mettre sur la piste) de trouver en définitive dans ce livre dont j’attendais tant un mélange de roman d’aventure populaire (les nombreuses références à l’histoire de la littérature anglaise n'y changent rien, ça m’a paru être plus du verni qu’autre chose), qui m’a paru un peu chiant – ce qui est ballot, tout de même –, et d’une sorte de thriller ésotérique, qui m’a quant à lui paru fort convenu… Powers joue la carte des rebondissements à tout va – ce qui m’a vite saoulé, et, paradoxalement, ennuyé, là où tout semblait fait pour rendre la chose haletante – ainsi que d’une certaine confusion dans la perception qu’ont les protagonistes des événements – procédé qui aurait pu être intéressant, je n’ai rien contre l’ambiguïté, loin de là, mais ça m’a paru ici bien laborieux et m’a plus encore saoulé…

 

Aussi ai-je préféré abandonner à la page 180 : je m’ennuyais, je pestais même parfois un peu ; ce roman, surtout, ne correspondait décidément pas du tout à l’image que je m’en étais naïvement forgé… Aussi, encore une fois, je ne prétends pas qu’il est intrinsèquement mauvais ; mais il était bien trop éloigné de mes attentes indues pour me convaincre. Je ne m’y suis pas retrouvé, et il aurait été absurde de poursuivre dans ces conditions ; même si j’ai longtemps hésité avant de lâcher l’affaire, un peu curieux de voir en quoi ce roman était si bon, ainsi que des gens très bien l’avaient affirmé sans la moindre hésitation ; un peu honteux aussi de craquer pour une aussi mauvaise raison, sans doute… Mais il me paraissait déjà tirer à la ligne, et je ne me sentais vraiment pas de me taper encore près de 400 pages du même tonneau. Tant pis…

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"Eclipse Phase : Panopticon"

Publié le par Nébal

"Eclipse Phase : Panopticon"

Eclipse Phase : Panopticon. Volume 1 : Habitats, Surveillance, Uplifts, Posthuman Studios, 2011, 176 p.

 

Retour aux passionnants, mais un peu effrayants par leur densité, suppléments pour Eclipse Phase (en anglais, forcément, Black Book ne se bougeant guère pour traduire tout ça : Sunward n’est toujours pas sorti, bordel…). Et question densité, Panopticon se pose un peu là, c’est rien de le dire… Trois chapitres d’univers ultra-pointus avant de passer à un chapitre « technique » ultra-pointu aussi (et sans doute un peu trop, mais bon, ça, c’est pour ceux qui veulent, hein). Après avoir lu les excellents Sunward et Rimward, suppléments « géographiques » (le terme n’est certes pas très approprié…) assez « traditionnels » finalement, il m’a paru opportun d’enchaîner avec celui-ci. Parce que, contrairement à Gatecrashing (pour m’en tenir aux suppléments de background ; il y a eu aussi, depuis, plus tournés vers la technique, Transhuman et la synthèse un peu onéreuse mais probablement utile du Morph Recognition Guide ; sans compter quelques petits machins téléchargeables parfois fort intéressants, dont j’ai causé ici – manque encore Million Year Echo, qui n’a intégré que tout récemment ma pile à lire rôlistique), Panopticon me paraissait devoir être utile directement dans le cadre de ma campagne (premier épisode ici). Et ça s'est vite confirmé.

 

Mais d’une manière bien particulière, car ici on fait dans la théorie qui vole haut… Aussi, à regarder ce supplément de loin, on pourrait croire qu’il serait plus difficile à utiliser directement ; mais c’est une erreur, qui ne résiste pas à la lecture : à vrai dire, si les éléments contenus dans Panopticon (surtout ceux concernant la surveillance et les habitats ; les surévolués sont un cas particulier, donc d’application plus limitée, même si la question m’intéressait particulièrement dans la mesure où j’en ai un parmi mes joueurs) n’auraient bien entendu pas trouvé leur place dans le livre de base déjà fort volumineux et à même de coller une sacrée migraine à l’occasion, ils n’en sont pas moins indispensables à une appréhension correcte de cet univers si complexe, proche en apparence et pourtant fondamentalement et subtilement différent.

 

Panopticon (présenté comme un « volume 1 », je n’ai aucune idée de ce qui est à suivre) vient traiter de trois sujets hautement délicats, et a priori pas directement liés entre eux (même s’il y a bien quelques passerelles).

 

Le premier, qui vient conférer son titre à ce recueil, est donc la surveillance, avec son très intéressant corollaire la « sousveillance », qui vient répondre à la fameuse question : « Qui garde les gardiens ? » par : « Tout le monde, tout le temps. » La société d’Eclipse Phase – avec des nuances selon les groupes politiques, bien sûr, la question ne se pose certes pas de la même manière dans la Junte jovienne et à Extropia, par exemple… – est en effet largement définie comme un « panoptique volontaire ». Le premier réflexe du quidam de ce début du XXIe siècle, dont votre serviteur, est d’en déduire aussitôt un fantasme à la « Big Brother » ; et ça n’a pas manqué dans ma campagne, où un des joueurs avait beaucoup de mal à admettre que la surveillance soit aussi omniprésente, jusque dans une barge d’écumeurs… Je ne lui jette donc certes pas la pierre. Mais c’est que cette représentation est largement erronée. Panopticon, en mettant l’accent sur l’abandon délibéré de larges pans de notre notion (un peu archaïque, du coup ?) de « vie privée » (dont témoignent déjà assez les réseaux sociaux, ce n’est certes pas votre exhibitionniste de serviteur qui prétendra le contraire ; or les réseaux sont bien entendu d’une importance capitale dans Eclipse Phase) et de la masse étouffante d’informations disponibles rendant difficile et improbable (mais pas impossible) le suivi personnalisé à toute heure, nous confronte à ce qui devrait être une évidence, mais va largement à l’encontre de nos conceptions politiques, philosophiques et littéraires : la (possibilité de la) surveillance n’est pas elle-même un problème, tout dépend de ce que l’on en fait. Le cas de la Junte jovienne est à cet égard particulièrement intéressant : cette société autoritaire, qui nous renvoie plus directement que les autres à 1984, est en même temps probablement la seule à valoriser encore, en théorie tout du moins, la sacro-sainte vie privée, du fait d’un héritage ambigu entre libertariens et néo-conservateurs ; l’hypocrisie de la chose n’en est que plus flagrante… Bien sûr, ce panoptique ne vient pas sans poser de nombreux problèmes dans l’ensemble du système, du spam au voyeurisme, mais – et c’est là ce qui est particulièrement intéressant – il est intégré. Les joueurs d’Eclipse Phase sont ainsi appelés à remettre en cause une notion qui leur apparaît sans doute essentielle, tout simplement parce que sa perception même est fondamentalement différente dans la société transhumaine. Et c’est bien là une des choses qui me séduisent tant dans ce jeu : sa réflexion poussée (le chapitre est vraiment pointu, tant dans ses considérations les plus abstraites que dans celles qui trouvent immédiatement une application sur le terrain), qui amène le joueur à s’interroger en permanence tant sur le monde d’après la Chute que sur le nôtre. Comme la meilleure science-fiction, vous dis-je… Ces données très théoriques sont à mon sens ce qui fait vraiment la force de ce long chapitre ; mais il comprend aussi des éléments plus concrets, permettant de comprendre comment joue la surveillance (et du coup aussi la contre-surveillance…) en pratique, ce qui est vraiment indispensable. Et tout cela donne lieu à divers éléments « techniques » dans le dernier chapitre (mais ceux-ci, s’ils sont d’une utilité indéniable, n’en sont pas moins un peu rébarbatifs à la lecture, notamment les listes très pinailleuses de matériel de surveillance et de contre-surveillance).

 

Le deuxième sujet, s’il est sans doute celui qui m’attirait à vue de nez le moins (car on sort ici du domaine philosophique et notamment éthique pour se confronter plus directement à la technologie dans ce qu’elle a de plus quotidien), n’en est pas moins capital ; à vrai dire, il est même probablement indispensable. Il s’attarde en effet longuement et de manière à peu près exhaustive (autant que possible en tout cas) sur la question des habitats (notamment, mais pas uniquement, spatiaux), question là encore très complexe, et sans doute un peu trop rapidement expédiée dans le livre de base ; ce qui pouvait se comprendre, certes, mais m’en avait rendu l’appréhension quelque peu malaisée… Je me paumais dans les différents types d’habitats, à vrai dire, qui sont devenus beaucoup plus concrets pour moi à la lecture de ce long chapitre (même si je ne saurais prétendre pour autant être incollable sur les cylindres Hamilton, hein…). On est vraiment ici dans l’aspect le plus « hard science » d’Eclipse Phase, et en même temps le plus concret. Mais l’étude de la technologie du quotidien qui est ici déployée, si elle m’a moins passionné que les développements plus abstraits et, oui, philosophiques, des deux autres chapitres de Panopticon, n’en est pas moins fort intéressante. Et d’une utilité indéniable, donc. Là encore, le dernier chapitre contient des éléments techniques en rapport avec ce questionnement, des plus indispensables aux plus improbables (comme la possibilité pour un ego de s’envelopper dans un habitat, dès lors considéré comme un morphe…).

 

Dernier sujet traité, et le plus spécialisé donc, les surévolués (et par la même occasion les animaux intelligents). Je me dois ici de noter une chose qui est tout à l’honneur de ce supplément : plus encore que les précédents, il est vraiment remarquablement écrit (a fortiori pour un bouquin de jeu de rôle…), sous la forme de rapports divers présentant des points de vue variés. Mais ce chapitre diffère un peu, dans la mesure où il consiste presque intégralement en une unique conférence (un cours ?) donnée par un néo-dauphin ; et le résultat est encore plus appréciable à mes yeux. Quoi qu’il en soit, c’est ici l’occasion de se poser des questions éthiques extrêmement complexes sur ce qui définit la personnalité, la conscience, l'intelligence, la place des animaux, le rôle de l’homme à leur égard… Vraiment super bien foutu. Les considérations plus concrètes ne sont pas mises de côté pour autant, bien sûr ; mais ce sont vraiment les aspects philosophiques et politiques qui m’ont ici le plus séduit. Le dernier chapitre, consacré aux informations de jeu, contient quant à lui des éléments très intéressants, dont une palanquée de nouveaux morphes qui faisaient défaut dans le livre de base (notamment ceux des néo-cétacés, certes rares, mais ô combien intriguants...).

 

Panopticon n’est donc pas facile à aborder : complexe, pointu, faisant usage d’un vocabulaire (notamment scientifique et technologique) extrêmement précis… Mais, s’il donne de loin l’impression de voler haut, il se révèle à la lecture aussi passionnant qu’indispensable. Une vraie réussite, pour un jeu qui n’a décidément pas fini de me fasciner…

 

Mais l’intérêt de Panopticon dépasse en fait la seule pratique d’Eclipse Phase : il est à même d’intéresser tout amateur de science-fiction, qu’il s’agisse d’en adapter les développements dans le cadre d’un autre jeu, ou simplement de trouver matière à réflexion sur des sujets hautement complexes, à même de nous permettre d’envisager le monde d’un œil un peu différent. Et c’est pas si courant que ça, sans doute.

 

Prochaine étape, très probablement, et dans un genre à vue de nez très différent : Gatecrashing. Je vous tiens au jus…

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"Déraillé", de Terry Pratchett

Publié le par Nébal

"Déraillé", de Terry Pratchett

PRATCHETT (Terry), Déraillé, [Raising Steam], traduit de l’anglais par Patrick Couton, Nantes, L’Atalante, coll. La Dentelle du cygne, [2013] 2014, 474 p.

 

Je suis extrêmement têtu, mais je crois que ça s’est vu. Adonc, après le calvaire de Coup de tabac (je passe sur le consternant Le Monde merveilleux du caca…), je m’étais promis d’enchaîner rapidement sur le dernier roman des « Annales du Disque-Monde » à proprement parler paru à ce jour en français. Pourtant, on m’en avait dit bien du mal, de ce Déraillé ; d’aucuns avaient même laissé entendre qu’il serait pire encore que le précédent, et qu’il était bien temps de conclure à cette triste évidence : Terry Pratchett, ce n’est plus tout à fait ça, et les « Annales » ne méritent plus d’être lues…

 

Mais je restais curieux et, par rapport à Coup de tabac avec son Vimaire décidément de plus en plus insupportable, Déraillé me paraissait a priori plus enthousiasmant ; parce que c’était de toute évidence un roman faisant intervenir Moite von Lipwig, le dernier personnage récurrent créé par Pratchett, scandaleux margoulin qui offre un prétexte idéal pour traiter de la modernisation du Disque-Monde, avec options « révolution industrielle » et « capitalisme agressif » à la clef ; et j’aime plutôt cette optique, à mon sens la seule à avoir utilement renouvelé les « Annales » depuis un bail : Timbré est clairement à mes yeux le roman du Disque-Monde le plus intéressant (ou le moins mauvais…) paru ces dernières années (mais il est vrai que Monnayé n'était pas aussi convaincant...).

 

Et donc, cette fois, les trains. Le chemin de fer peut à bon droit faire figure de symbole de la révolution industrielle, et le Disque-Monde ne pouvait pas éternellement y couper, sans doute. Invention du génial (quand bien même rustique) ingénieur Richard Simnel, le premier à avoir véritablement maîtrisé la vapeur (sans doute parce que son papa avait été vaporisé au cours d’une expérience malheureuse), le chemin de fer ne tarde pas à séduire, et même à exercer une véritable fascination sur le quidam d’Ankh-Morpork (et au-delà). Le prototype appelé « Poutrelle-de-Fer », destiné à convaincre le richissime (et vulgaire) Henri Roi de placer son bon pognon dans le projet, suscite la curiosité de tous, des foules dévotes devant le progrès comme des puissants qui y voient un outil non négligeable (le patricien Vétérini en tête, bien sûr, même s’il se montre tout d’abord méfiant ; je note au passage que ce personnage que j’adorais me paraît de moins en moins intéressant au fil des romans, hélas : ici, ses colères m'ont même attristé…).

 

Curiosité, voire admiration, oui, pour beaucoup ; mais il y a aussi, inévitablement, ceux qui se montrent plus réservés, frileux, voire carrément hostiles, des simples technophobes (plus ou moins conscients) qui s’inquiètent des dangers supposés de la chose et des bouleversements économiques et sociaux qu’elle ne manquera pas de susciter, aux brutes ouvertement réactionnaires pour qui cette invention va nécessairement, en tant qu’innovation, contre tout ce qui est juste et bon. Au premier chef, ici, on trouve des Nains, plus précisément les grags, ou creuseurs, fondamentalistes autoproclamés gardiens de la nanitude authentique, déjà passablement énervés par des apports récents tels que le clac, et résolument opposés à l’impérialisme culturel d’Ankh-Morpork, ce creuset immonde où des Nains oublieux de leur être véritable en viennent à cohabiter et même des fois à lier amitié avec des Humains et même – horreur glauque – des Trolls, impérialisme concrétisé dans l’étrange affaire de la « bataille » (qui n’a pas eu lieu, en fait) de la Vallée de Koom. Or ces grags, sous l’impulsion du fanatique Ardent, en viennent à verser dans le terrorisme, détruisant des tours de clac et assassinant leurs opérateurs (de nombreux Gobelins dans le tas, que l’on retrouve à foison après Coup de tabac…), en attendant de pouvoir agir violemment contre le chemin de fer en développement rapide. Cela va même plus loin, au sein de la société naine, et le Petit Roi ouvertement progressiste a des soucis à se faire pour son Scone de pierre…

 

Et Moite von Lipwig, dans tout ça ? L’ex-escroc (qui à bien des égards en est toujours un) est chargé par Vétérini d’apporter tout son talent au projet de chemin de fer ; un talent qui passe énormément par l’entourloupe, pardon, la persuasion, et l’amène à voyager de part et d’autre et sans interruption pour convaincre les gens d’adhérer au projet du train, tandis qu’il cherche à en tirer le meilleur profit.

 

Au début, tout cela passe plutôt bien à mes yeux. La thématique m’intéressait, et je trouve que Pratchett l’emploie assez intelligemment. Il joue notamment très bien de la fascination exercée par le train (que celui qui ne l’a jamais ressentie parle maintenant, ou se taise à jamais !), et la question du fondamentalisme – que je n’ai pu m’empêcher de trouver d’une triste actualité, forcément… – est dans un premier temps remarquablement bien traitée. Quant aux personnages essentiels de cette première partie, à l’exception de Vétérini qui me déçoit de plus en plus donc, ils sont plutôt réussis, Moite von Lipwig et Richard Simnel en tête (mais même l’ennuyeux Henri Roi passe correctement). Certes, on est dans un roman « dernière manière » du Disque-Monde, et, pour dire les choses comme elles sont, on ne rit pas vraiment (et même, on ne compte pas les gags qui tombent tristement à plat) ; sous cet angle, on est donc bien loin des plus éclatantes réussites des « Annales », comme mon chouchou, Les Petits Dieux ; néanmoins, à l’instar de ce volume entre les volumes, Déraillé, sous ses dehors légers, se montre assez fin et intelligent. Aussi, à m’en tenir à, disons, la première moitié du roman, j’affirme que Déraillé est nettement meilleur (ou moins mauvais, mais j’en envie de positiver) que l’affligeant Coup de tabac.

 

Hélas, si ça commence plutôt bien, voire très bien, ça se poursuit mal… Notamment du fait de l’insistance de Pratchett à traiter du fondamentalisme des grags : ce qui passe très bien au début en vient assez rapidement à lasser, et l’on ne peut s’empêcher de regretter que l’auteur (assisté) en vienne ainsi à privilégier ce seul aspect du problème, qui plus est d’une manière guère convaincante. La fin du roman est en effet consacrée à un voyage en train qui se veut épique du fait des attentats des terroristes nains, mais suscite bien vite un ennui mortel : non seulement Vimaire le Parfait revient au premier plan, et je le trouve plus casse-couilles et creux que jamais, mais l’action se traîne dans un tirage à la ligne fort pénible, qui passe notamment par des séquences hors-champ parfaitement inutiles, alors que ce qui devrait en définitive constituer le plus important du propos est expédié à toute vitesse dans une conclusion bâclée. Certes, j’imagine que Pratchett s’est bien amusé avec sa baston westerneuse sur les toits du train, mais le lecteur, lui, s’emmerde, et regrette que les promesses de l’intéressant début ne soient pas tenues… Et j’ajouterais que la pelletée de bons sentiments qui accompagne tout cela me les brise un peu, à force, moi qui suis pourtant un libéral-progressiste bon teint.

 

Au final, Déraillé, s’il n’est à mon sens pas aussi mauvais que Coup de tabac (ouf), déçoit : ses premières pages assez franchement intéressantes (même si l’on ne rit pas vraiment) se voient ainsi compensées par des développements d’autant plus laborieux qu’ils sont clairement artificiels. Déraillé aurait pu constituer un chouette apport au Disque-Monde, mais, en l’état, sans être à proprement parler mauvais, il est tout de même au mieux médiocre. Pas dit que je continue à lire les « Annales », moi…

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"Lovecraft Studies", no. 36

Publié le par Nébal

"Lovecraft Studies", no. 36

Lovecraft Studies, no. 36, West Warwick, Necronomicon Press, Spring 1997, 40 p.

 

Lovecraft Studies, suite. N’ayant pas trouvé le trente-cinquième numéro (ou, plus exactement, ne l’ayant pas trouvé à un prix décent…), j’enchaîne directement avec le trente-sixième.

 

On commence avec Paul Montelone, qui poursuit plus que jamais sa lecture schopenhauerienne de Lovecraft dans « "The White Ship" : A Schopenhauerian Odyssey ». « Le Bateau blanc » est un des récits dits « des Contrées du Rêve », où l’influence de Lord Dunsany se fait particulièrement sentir. C’est aussi, au-delà de son seul caractère onirique très prononcé cette fois, clairement une allégorie. Aussi, l’idée de l’interpréter à l’aune des conceptions philosophiques de l’auteur, et éventuellement, donc, de sa lecture de Schopenhauer, n’a-t-elle rien de saugrenu. Mais, dans cet article, Paul Montelone retombe quelque peu dans les travers de sa communication sur « Ex Oblivione » dans la trente-troisième livraison du fanzine : beaucoup de blabla, et surtout beaucoup de paraphrase… Et on y retrouve à vrai dire aussi, en sens inverse, quelques argumentations faiblement étayées comme dans son article sur « Je suis d’ailleurs » dans le n° 34. Du coup, ça n’est guère convaincant dans l’ensemble… Mais la nouvelle est décortiquée, c’est rien de le dire. Et on en retiendra malgré tout quelques idées intéressantes, notamment celle des deux bateaux dans la conclusion (une évidence, peut-être, mais ma lecture de la nouvelle remonte un peu, et j’avoue ne pas l’avoir envisagée sous cet angle).

 

Richard Ward (un cousin, sans doute) livre ensuite « In Search of the Dread Ancestor : M.R. James’ "Count Magnus" and Lovecraft’s The Case of Charles Dexter Ward ». Il s’agit plus d’une comparaison des deux textes que d’une argumentation solide en faveur de l’influence directe du premier sur le second. Hélas, n’ayant pas lu la nouvelle de M.R. James (n’en ayant à vrai dire toujours pas lu une seule, il faudra y remédier un de ces jours, tout de même…), je ne peux guère juger de la pertinence de ce qui est avancé ici (même s’il y a bien un point commun essentiel dans la trame générale, sans doute). Au-delà, on peut effectivement s’interroger sur les reprises conscientes ou inconscientes par Lovecraft de thèmes développés par d’autres auteurs, mais Richard Ward ne s'avance pas trop dans cette approche dans son bref article (par ailleurs quelque peu pollué par des choses inutiles, trouvé-je, ainsi dans ses – heureusement très courtes – allusions à l’occultisme contemporain, bien après la mort des deux auteurs…).

 

L’article suivant est de loin celui qui m’a le plus intéressé… et c’est le plus « factuel », ce qui en dit long, j’imagine, sur mes attentes. Chris Powell, dans « The Revised Adolphe Danziger de Castro », s’intéresse donc au cas d’un médiocre scribouillard « révisé » par Lovecraft, et probablement celui qui l’a le plus énervé à en juger par sa correspondance pour le moins fielleuse. Je ne savais pas que ledit Adolphe Danziger (il deviendra officiellement Adolphe Danziger de Castro en 1921) avait été un proche d’Ambrose Bierce, et encore moins, donc, qu’il avait participé à l’élaboration de Le Moine et la fille du bourreau (qui traine dans ma bibliothèque), le plus long récit de l’auteur du Dictionnaire du Diable… et qui s’avère être un plagiat (et avait déjà suscité une querelle entre les deux hommes quant à la part exacte de la contribution de Danziger). L’article s’intéresse en effet à l’ensemble de la pathétique « carrière » littéraire du tâcheron, pas seulement à ses rapports pour le moins tendus avec Lovecraft, et c’est très intéressant. Et assez triste, finalement : le bonhomme a pas mal écrit, est sans cesse revenu sur ses premiers textes publiés en les soumettant plusieurs fois à révision, et est mort presque centenaire dans l’indifférence générale, ne laissant guère que le portrait d’un raté ; on ne se souviendra de lui que pour avoir été « révisé » par Bierce et Lovecraft, écrivains autrement plus compétents, et qu’il a largement escroqués…

 

Je n’ai pas lu intégralement l’article suivant, j’ai rapidement lâché l’affaire. « Lovecraft and Keats Confront the "Awful Rainbow" (part II) » (je suppose que la première partie se trouvait dans le n° 35) est en effet signé Robert H. Waugh, qui m’avait tant énervé dans son article du n° 34. Il se penche ici de nouveau (en principe tout du moins…) sur « Je suis d’ailleurs » et sur l’influence éventuelle du poème de Keats The Eve of St. Agnes (que je n’ai bien évidemment pas lu, béotien de moi). Mais ça vole haut, et ça s’éloigne bien vite de ces deux références, pour citer abondamment (et inévitablement) tant Shakespeare que Poe, mais aussi Newton évoquant l’arc-en-ciel... Je maintiens, pour les quelques pages que j’en ai lu avant de baisser les bras, mon jugement antérieur : cette analyse littéraire ultra-érudite est pédante bien avant d’être pertinente (si tant est qu’elle le soit). Pas ma came, mais alors vraiment pas du tout.

 

Le numéro se conclut sur une curiosité amusante (sans autre intérêt, à vrai dire) : « A Talk With H.P. Lovecraft », article signé Howard Wolf, a été publié (sans ce titre) pour la première fois dans l’Akron Beacon Journal en 1927 ; cette évocation élogieuse d’une rencontre avec le Maître de Providence et de la découverte émerveillée de quelques-uns de ses textes (première manière) dans Weird Tales est probablement le premier article traitant de Lovecraft et de son œuvre en dehors du « journalisme amateur » et de la presse spécialisée…

 

Un numéro inégal, donc, mais qui se lit assez bien dans l’ensemble (si l’on excepte le machin de Robert H. Waugh), voire très bien (Chris Powell). Pas mal, donc. Suite au prochain numéro…

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"Rêves cruels", de Rhoda Broughton

Publié le par Nébal

"Rêves cruels", de Rhoda Broughton

BROUGHTON (Rhoda), Rêves cruels, traduit de l’anglais par Patrick Reumaux, illustrations de Frédéric Bézian, Talence, L’Arbre vengeur, [1872, 1881, 1885] 2014, 124 p.

 

Il m’arrive parfois (sans déconner ?) d’acheter des livres sur un coup de tête, mu par la seule curiosité, ce qui peut susciter de fort belles découvertes comme de bien tristes déconvenues. C’est sur un coup de tête, ainsi, que j’ai fait l’acquisition de ce tout petit volume (assez onéreux, 11 € pour 120 pages…) comprenant trois nouvelles lorgnant sur le fantastique de Rhoda Broughton, auteur semble-t-il fort important outre-Manche, et qui y avait connu le succès en son temps, mais dont je n’avais jamais entendu parler.

 

L’idée de ces Rêves cruels (oui, Rêves cruels, et non pas Contes cruels, fâcheux lapsus de la page de garde… et ce n’est hélas pas le seul élément qui me fait douter de la relecture de ce recueil, mais on aura l’occasion d’y revenir) me paraissait intéressante : s'interroger sur les rêves les plus perfides et horribles – des rêves prémonitoires notamment – dans le cadre délicieusement cul-pincé et hypocrite de la bonne société victorienne, c’était un programme plutôt alléchant, non ? Alors, après quelques hésitations bien vite balayées, je me suis procuré la chose, et n’ai pas tardé à la lire.

 

Le contrat est respecté, sans doute. Dans ces trois nouvelles inédites en français (« Mrs Smith de Longmains », qui occupe à elle seule la moitié du recueil et c'est tant mieux, « Voyons, c’était un rêve ! » et « Ce que cela signifiait »), Rhoda Broughton nous plonge dans les tourments de ladies malmenées par leurs visions nocturnes, d’horribles assassinats dans les deux premiers textes (le troisième ne joue pas vraiment sur le prémonitoire), et qui ne savent pas comment y réagir… a fortiori quand la crainte de passer pour ridicules s’immisce dans la partie, ce qui est sans doute l’essentiel dans le cadre feutré de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie britanniques (et ce qui, autant le dire de suite, fournit les considérations les plus intéressantes de ces récits). La narration à la première personne, dans les trois cas (et le plus souvent au présent, mais j’y reviendrai), renforce ce sentiment d’immersion dans la psyché torturée de nos rêveuses désemparées.

 

Cela dit, ce recueil souffre vaguement des limitations imposées par son thème même. Il n’y a en effet probablement pas trente-six solutions quand un récit tourne autour d’un rêve prémonitoire (attention, je vais probablement SPOILER, là) : certes, il y a toujours la possibilité de s’en moquer et de ne rien faire, mais cette inaction ne serait sans doute guère propice au divertissement recherché par l’auteur ; il y a alors l’utilisation du thème de Cassandre, qui joue probablement dans « Voyons, c’était un rêve ! » (même si c’est sans doute plus vicieux ici : à certains égards, c’est en effet l’action préventive de la narratrice qui conduit au drame…) ; et, au-delà de ce versant « fataliste », il y a enfin l’éventualité que l’intervention porte ses fruits, et permette d’échapper au destin (ce qu’illustre « Mrs Smith de Longmains »). Le ton de la nouvelle laissant à chaque fois pas mal supposer l’approche qui est retenue, on n’est guère surpris en définitive, et, par voie de conséquence, on ne frissonne guère… La troisième nouvelle n’est au fond guère plus surprenante, même si elle œuvre par tours et détours intrigants… qui peuvent cela dit donner l’impression que l’auteur, bavarde, fait un peu trop durer le plaisir pour qu’il soit bien honnête.

 

Reste, dès lors, la peinture de cette bonne société so British confrontée à l’étrange et l’incompréhensible. C’est indubitablement le point fort de ce recueil, même si j’en attendais sans doute davantage. « Mrs Smith de Longmains » est à cet égard la nouvelle la plus réussie : la relation de l’énergique narratrice à ses trois (dindes de) filles est assez amusante, et, dans un registre plus subtil, il en va de même de sa gêne face à la lady destinée à périr (ou pas) aux mains d’un mystérieux assassin, notre héroïne ne se sentant pas de lui dire au juste ce qui la préoccupe. On peut éventuellement sourire, dans « Voyons, c’était un rêve ! », des saloperies déversées par les personnages à propos des prolos irlandais perfides et rusés qui les environnent (et j’avoue que le tableau de cet ouvrier qui massacre du propriétaire à la faucille m’a également amusé, mais bon, c’est moi, hein). « Ce que cela signifiait » ne joue par contre pas du tout sur ce tableau, y préférant la seule introspection déconcertée, et m’a paru du coup plus faible.

 

Tout cela se lit, mais sans grand enthousiasme à vrai dire (même si la première nouvelle passe mieux, donc, et est heureusement la plus longue). C’est sympathique mais, si j’ose dire, il n’y a pas de quoi s’en relever la nuit…

 

Ce qui ne serait sans doute pas en soi rédhibitoire… n’était l’agacement que j’ai ressenti au fil des pages de ce petit volume qui justifie mal son prix. En effet, j’ai plus d’une fois tiqué devant le style, et redoute que cela vienne pour partie de la traduction, et sans doute plus encore de la relecture, ou peut-être de son absence. La ponctuation est régulièrement malmenée, ce qui n’est sans doute pas dramatique, certes (mais je suis un peu un nazi de la virgule, c’est vrai). Plus gênant, le choix d’une narration au présent me paraît problématique : cela sonne étrangement en français dans ces circonstances ; j’imagine qu’il s’agit là de se montrer fidèle au texte original, ce qui est bien légitime… mais ça n’en est pas moins assez franchement perturbant à l’occasion, a fortiori quand d’autres temps se joignent à la partie : la concordance m’a paru quelque peu malmenée à l’occasion, ce qui m’a parfois fait grincer des dents (même si je n’ai pas d’exemple à vous fournir, c’est un sentiment général ; cela vaut surtout pour le deuxième récit, par contre). Et j’ai encore davantage grimacé devant certaines ruptures de ton pour le moins incongrues (surtout dans la deuxième nouvelle là encore, qui est vraiment mal passée sous cet angle) ; sans doute Rhoda Broughton en jouait-elle dans le texte original, je ne prétends pas le contraire, mais j’ai l’impression que le traducteur n’a pas forcément rendu au mieux ces décalages : le résultat m’a paru en tout cas guère convaincant dans ses tentatives maladroites de rendre la familiarité de ces langues de vipère de la haute, transformées en quidams à l’élocution hachée. Si le fond de ces trois récits est honnête, ils m’ont vraiment paru pécher sur le plan formel…

 

En somme, tout ceci est donc hautement dispensable. Pas inintéressant, mais certainement pas transcendant. Quant au manque d’application qui me paraît caractériser cette édition française (je peux me tromper, hein…), il est vraiment regrettable, et m’incite à vous déconseiller en définitive cette brève lecture, qui n’a certes pas constitué la belle découverte que j’en attendais ; petite déconvenue, donc…

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"Le Brig "Le Terreur", suivi de La Lutte à venir", de Ferdynand Ossendowski

Publié le par Nébal

"Le Brig "Le Terreur", suivi de La Lutte à venir", de Ferdynand Ossendowski

OSSENDOWSKI (Ferdynand), Le Brig « Le Terreur », suivi de La Lutte à venir, traduit [du russe] et préfacé par Viktoriya & Patrice Lajoye, [s.l.], Lingva, coll. « Classiques populaires », 2015, 123 p.

 

Viktoriya et Patrice Lajoye militent depuis quelques années déjà pour faire connaître en France la science-fiction (au sens large) russe (au sens large aussi) : au-delà du blog Russkaya Fantastika (aujourd’hui arrêté, mais qui avait déjà donné lieu à publication), on leur doit ainsi les chouettes anthologies Dimension URSS et Dimension Russie chez Rivière Blanche, par exemple, ou, dans la foulée, le très recommandable La Loi des mages de Henry Lion Oldie chez Mnémos, et la dame Viktoriya a en outre travaillé, chez Denoël « Lunes d’encre », sur la reprise des romans des frères Strougatski, dont l’indispensable Stalker. Leurs activités vont cependant bien au-delà, y compris sur le strict plan éditorial, comme en témoigne par exemple Ilya Mouromets et autres héros de la Russie ancienne, chez Anacharsis.

 

Et ils ont souhaité voler de leurs propres ailes. C’est ainsi qu’ils ont fondé tout récemment leur propre structure, Lingva, qui est pour partie une petite maison d’édition, dont les publications dépassent le seul champ de la science-fiction russe, même si c’est bien ce qui va nous retenir aujourd’hui. Les quelques titres de la collection « Classiques populaires » à ce jour avaient suscité ma curiosité, mais je n’avais pas franchi le pas ; Patrice Lajoye himself m’ayant proposé un service de presse (horreur glauque ! Corruption !) de ce petit volume de Ferdynand Ossendowski (auteur polonais d’origine, mais ici de langue russe), et ledit volume, qui vient tout juste de paraître, traitant en outre pour partie d’exploration arctique (joie, joie ! Notons cependant que le brig Le Terreur dont il est ici question, même si son nom n’a sans doute pas été choisi au hasard, n’est pas pour autant le navire de l’expédition Franklin, qui a entraîné tant de littérature, dont le très chouette Terreur de – ce connard mais talentueux de – Dan Simmons), j’ai sauté sur l’occasion (et je dois confesser ici que, sans cela, je ne l’aurais probablement pas lu… pour une bête raison financière : franchement, 20,50 € pour ces quelques 120 pages, c’est indéniablement beaucoup, mais alors beaucoup trop cher…).

 

Il me faut bien mentionner ici, désolé, que cette publication souffre encore d’un certain « amateurisme »… La mise en page est moche, ce qui n’est pas dramatique certes, mais le texte souffre en outre de quelques coquilles malvenues, et, plus gênant, d’incontestables fautes de français à l’occasion (hélas récurrentes pour certaines, ce qui pique d’autant plus les yeux : le truc avec la mer, là, c’est un « golfe », bon sang, pas un « golf »…), et la traduction n’est sans doute pas toujours de la plus grande élégance. Quant à la préface, si elle a le bon goût de présenter de manière très complète et intéressante l’auteur, son positionnement philosophique et politique et les conditions de rédaction et de publication de ces deux nouvelles longtemps sombrées dans l’oubli, elle a peut-être aussi le mauvais goût de raconter un peu trop ce qui s’y passe (j’aurais donc plutôt tendance à en déconseiller la lecture préalable ; cela dit, dans le cadre de ce compte rendu, je vais bien être obligé de lâcher moi aussi quelques morceaux…).

 

Mais passons (enfin ?) aux textes, deux nouvelles de proto-science-fiction datant des années 1913-1914. « Le Brig "Le Terreur" » est donc pour l’essentiel un récit polaire (miam !), en dépit de son introduction déconcertante sur un étrange phénomène lunaire. On y trouve un très beau spécimen de savant fou (mais alors vraiment fou), mégalomane nihiliste – que les Lajoye placent dans la filiation du capitaine Nemo – qui entend bien détruire l’humanité à l’aide d’un champignon miracle à même de susciter une terrifiante apocalypse écologique, pour partie parce que la femme dont il est éperdument amoureux ne l’aime pas en retour (alors qu’il a fait l’effort de l’enlever, comme de juste – salope !). Face à ce « mauvais » savant, on trouve quelques « bons » savants, qui entendent bien l’empêcher de poursuivre plus avant ses conneries. Le récit, dès lors, en dépit de ce substrat de science-fiction assez intéressant (et pas si convenu que ça, promis), consiste essentiellement en la traque du brig Le Terreur par le Griffon (dont le capitaine est un gros malade lui aussi), et, sous cet angle, il m’a paru nettement moins intéressant – même si le cadre arctique est chouette. C’est à vrai dire le problème essentiel de cette nouvelle, et qu’on retrouve aussi dans la suivante : les idées fusent, souvent bonnes, et qui débouchent parfois sur des tableaux authentiquement fascinants (j’assume parfaitement le terme), mais de tout cela émane aussi un fâcheux parfum d’inachevé, j’aurais même envie de dire de « brouillon » ; la trame, expédiée et confuse, aurait sans doute pu donner matière à un court roman tout à fait passionnant, mais, en l’état, on ressent comme un manque, une frustration… C’est d’autant plus regrettable que le début de la nouvelle est à mes yeux une franche réussite : l’intrigue est amenée petit à petit avec un incontestable brio narratif et un sens du mystère tout à l’honneur de l’auteur ; mais la suite est, osons le mot, bâclée : on a vraiment le sentiment d’un texte écrit au fil de la plume, sans idée précise de la destination…

 

J’ai eu hélas le même sentiment – et même probablement encore plus prononcé – en ce qui concerne « La Lutte à venir », nouvelle (évidemment très politique) d’anticipation cette fois (« cent ans après l’exécution de la dernière suffragette »…), assez clairement dans la filiation de H.G. Wells (avec des vrais morceaux d’Elois et de Morlocks en devenir). On y retrouve le thème des « bons » et des « mauvais » savants, mais avec plus de nuances, grâce à la figure chouettement ambiguë de l’ingénieur anglais James Brighton. La Terre (pour partie ravagée, l’Asie ayant été transformée en un désert… par un champignon, bis) est aux mains de trusts scientifico-industriels qui ont réduit en esclavage les prolétaires, condamnés à travailler dans des souterrains glauques où ils mettent sempiternellement leur vie en danger ; mais il est des savants – qui se trouvent être russes – qui entendent bien lutter contre cette oppression capitaliste, et user de la science pour faire le bonheur de tous… Là encore, si la base tient peu ou prou du lieu commun, même pour l’époque (immédiatement pré-bolchévique ; notons que Ferdynand Ossendowski, s’il rejoindra plus tard l’armée blanche et sera proscrit par le régime soviétique, a alors participé aux événements révolutionnaires de 1905, ce qui lui a valu bien des soucis…), l’auteur fait néanmoins preuve d’un réel talent pour susciter des images fortes et introduire de très chouettes idées. Le tout début de la nouvelle me paraît ainsi vraiment remarquable : l’exécution publique de la dernière suffragette est joliment horrible, et développe une intéressante thématique féministe… dont l’auteur, hélas, ne fait pas grand-chose après coup. Si la nouvelle est parfois visionnaire, et contient de très impressionnants tableaux, elle se perd néanmoins assez vite dans une triste confusion pleine de raccourcis qui donne encore plus que la précédente une triste impression d’inachevé : la fin est salement expédiée, enchaînant les événements à toute vitesse sans grand souci de cohérence et de construction, et débouche sur une conclusion utopique parfaitement niaise. Dommage…

 

Bilan pour le moins mitigé, donc : dans les deux nouvelles, on trouve des scènes remarquables et de belles idées de science-fiction parfois étonnamment visionnaires ; hélas, dans les deux cas, si ça commence bien voire très bien, Ferdynand Ossendowski ne sait de toute évidence pas poursuivre et conclure, et ses textes, brouillons, se révèlent plus frustrants qu’autre chose. Rien d’étonnant dès lors si ces nouvelles, malgré de beaux moments, sont tombées dans l’oubli et n’ont été redécouvertes que récemment par pure érudition science-fictive : elles ne sont tout simplement pas finies…

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CR "Eclipse Phase" (5) : Paniques

Publié le par Nébal

CR "Eclipse Phase" (5) : Paniques

Poursuite de la campagne d’Eclipse Phase (épisode précédent ici, première session ici ; Natalia et Washak n’étaient pas présents ; Shadul non plus... mais j’avais discuté avec lui des événements à venir, et il m’avait donné des instructions).

 

Buck s’endort dans sa « cellule » ; à son réveil, la personnalité d’Adán, sans doute bien aidée par la « thérapie » Psi, ressurgit. Peu de temps après, la porte de la cabine s’ouvre, et apparaît le Dr. Mindfuck, brandissant une seringue, accompagné de deux robots médicaux portant une civière. Le psychochirurgien s’avance sans dire un mot, et Adán lance un message d’alerte, sans rentrer dans les détails. Callisto Hawke et John Doe, lequel se rend sur place, transmettent l’alerte à Kalbir Singh, qui contacte des écumeurs proches pour qu’ils interviennent. Adán use d’une passe Psi pour immobiliser temporairement le docteur, et cherche à gagner l’extérieur de la cabine. C’est alors que deux écumeurs font leur apparition à l’entrée. Adán s’accroche à l’un d’eux en réclamant sa protection, tandis que l’autre approche le Dr. Mindfuck. Celui-ci braille que le Futura est malade et dangereux, et que l’emploi de la psychochirurgie s’impose, même contre sa volonté, pour le bien de tous ; il ressasse également sur un supposé complot dirigé contre lui, et dont Adán ferait partie. Les écumeurs, qui refusent bien entendu l’usage de la psychochirurgie contrainte, maîtrisent le docteur et essayent en vain de le ramener à la raison. Kalbir Singh arrive, et envoie Mindfuck dans sa cabine sous surveillance. Il se demande quoi faire d’Adán, de toute évidence bien différent de Buck, mais redoute que ce dernier refasse surface au pire moment… Adán propose lui-même de rester encore un temps sous surveillance dans cette cabine, à condition que quelqu’un monte la garde (John Doe entend le faire de toute façon ; parallèlement, les autres aménagent pour plus tard une cabine partagée avec Shadul, et décident de limiter l’accès d’Adán à leur réseau privé afin d’éviter des ennuis si Buck refait son apparition ; Adán sortira deux jours plus tard).

 

Mais Adán profite déjà de la présence de Singh pour le relancer sur la présence d’autres Futuras à bord, et lui dessine les deux qu’il a vus (l’un en vrai, l’autre en contact télépathique – il garde cela pour lui, bien sûr). John Doe passe ensuite quelque temps avec Adán afin d’affiner les portraits-robots, et lance des recherches afin de voir s’ils pourraient correspondre à des personnes poursuivies quelque part dans le système, officiellement ou par l’entremise de chasseurs d’egos. Quelques heures plus tard, il identifie ainsi la Futura de type arabe, connue (autrefois du moins) sous le nom de Fatima Hex, fichée comme terroriste par l’Alliance Lune-Lagrange et également poursuivie par diverses Hypercorps pour des crimes commis durant les cinq dernières années ; on détermine plus tard qu’il s’agissait de plusieurs assassinats de scientifiques – psychiatres, psychochirurgiens, généticiens, mais aussi concepteurs de simulespaces – que l’on peut aisément supposer être en rapport avec le fiasco de la « Génération perdue ».

 

Callisto Hawke va s’entretenir avec Alice Chu. Elles parlent notamment du Dr. Mindfuck et de sa rhétorique contestataire, mais plus encore d’Hubertus Khan et de ses projets ; la meneuse d’EDF a pu rassembler un certain nombre d’informations à son sujet, en se renseignant auprès des patriotes de Hyoden, et a poursuivi son enquête, avec discrétion, auprès d’éléments modérés de la Junte ; Callisto Hawke ayant gagné sa confiance, elle accepte volontiers d’en discuter. Le passage de Terminus les étoiles dans le puits gravitationnel de Jupiter, et probablement dans l’orbite de Callisto, n’est sans doute pas une simple provocation pour Hubertus Khan (même s’il joue essentiellement de ce thème auprès du Dr. Mindfuck et de ses soutiens). Certes, il conçoit très bien la possibilité d’un « sacrifice » destiné à alerter les autres groupes politiques du système quant à la menace de l’expansionnisme jovien : s’il n’a semble-t-il pas réussi à faire bouger la Pluralité titanienne jusque-là, il ne doute pas qu’un drame de cette ampleur pourrait changer la donne ; quant au Consortium Planétaire, il n’en a certes rien à foutre si quelques anarchistes se font atomiser, mais pourrait néanmoins voir dans toute réponse militaire brutale de la République jovienne la goutte d’eau qui fait déborder le vase, déjà bien plein du fait des innombrables taxes et péages réclamés par la Junte, des astéroïdes capturés, et plus largement de son protectionnisme économique foncièrement incompatible avec les principes des Hypercorps. Mais Khan, connu pour être un agitateur politique sur Hyoden, qui a plusieurs fois alerté l’opinion sur une hypothétique « Opération Vautour » destinée à intégrer de force la colonie dans l’espace de la Junte, et qui a notamment milité en faveur du développement des synthomorphes de combat de type Fenrir afin de disposer de meilleures capacités militaires en cas d’assaut de la colonie, entend probablement aussi jouer de la présence de l’essaim pour contrecarrer autant que possible les plans plus ou moins avoués (et plus ou moins cautionnés par les autorités joviennes) de l’amiral Pournelle : bien sûr, l’essaim d’écumeurs ne saurait faire le poids sur le plan militaire, et l’affrontement est impensable ; mais il s’agirait de gagner du temps, en faisant diversion ; et aussi, dans le pire des cas, et conformément à l’histoire de Terminus les étoiles durant la Chute, d’envisager l’essaim comme un gigantesque canot de sauvetage…

 

Shadul continue pour sa part de nouer, développer et entretenir des liens avec les activistes partisans de Mindfuck, en entrant dans leur discours rebelle. Il évoque avec les autres PJ l’idée d’organiser une fête d’ici un mois environ, tenant peu ou prou du « meeting de campagne », mais où il compte développer tellement jusqu’à l’excès la rhétorique du « sacrifice » qu’il entend bien ainsi faire au moins douter les soutiens de Mindfuck et de Khan…

 

Quant à Callisto Hawke, elle s’entretient avec John Doe et Adán de la possibilité de se rendre sur Hyoden pour étudier la situation de plus près. Si l’hypothèse d’un voyage spatial précédant l’essaim est envisagée, elle est assez rapidement écartée, la solution de l’ego-diffusion étant de toute évidence bien plus pratique à tous les niveaux ; mais si elle ne pose aucun problème à l’écumeuse, et si John Doe envisage de créer un fork pour l’accompagner, Adán refuse par contre catégoriquement de suivre cette procédure…

 

Les enquêtes des PJ se poursuivent sur le long terme, ainsi que leurs tentatives de nouer des liens dans l’essaim – John Doe propose notamment ses services à qui en voudra. Adán envoie également une « carte postale » à son contact Sario, du Cartel de Nuit, sur Pallas (un simple « coucou », sans détails sur ce que vit Adán à bord de l’essaim : il se contente de mentionner que Buck est revenu, mais que la situation est désormais sous contrôle…).

 

Les PJ s’intéressent notamment de près au Dr. Mindfuck, de toute évidence très abattu ces derniers temps (car sans doute très camé) ; ils se demandent s’il serait pertinent de l’approcher pour dissiper tout malentendu concernant la présence d’Adán à bord, et éventuellement lui parler des deux autres Futuras, et notamment de Fatima Hex…

 

Mais, alors qu’Adán surveille le psychochirurgien à distance, celui-ci change brusquement d’attitude, et devient fou furieux. Un coup d’œil aux réseaux permet de comprendre qu’un autre meurtre d’un de ses proches a eu lieu (la victime a été décapitée ; la pile corticale n’a cette fois pas été endommagée, et l’assassin, moins précautionneux que les fois précédentes, apparaît cette fois sur les caméras, même s’il disparaît assez vite : c’est l’autre Futura). La tension monte vite sur les réseaux : Mindfuck hurle au complot, accuse EDF en général et Alice Chu en particulier d’être responsables de ces meurtres, de s’en prendre sciemment à son entourage, de chercher ainsi à l’intimider pour le faire taire ; sa diatribe rencontre un certain écho… Les PJ se rendent sur les lieux du crime, où se trouve déjà Kalbir Singh, tandis que ça s’échauffe de plus en plus sur les réseaux, les activistes les plus excessifs envahissant la Toile et l’inondant de messages violents, tandis que les éléments les plus modérés – comme Lena Andropov, qui, devant cette agitation soudaine, décide de s’impliquer davantage, et tente de calmer le jeu – peinent à se faire entendre ; quant aux dénégations d’Alice Chu, elles recueillent au mieux un certain scepticisme, au pire une franche hostilité.

 

Les PJ cherchent à s’entretenir avec Kalbir Singh, bien occupé et qui ne peut pas leur accorder beaucoup de temps… mais soudain le chef de la sécurité quitte précipitamment les lieux en lâchant un « Putain ! » paniqué. En effet, la nouvelle de l’assassinat d’Alice Chu par un forcené (rapidement abattu lui-même) vient d’être diffusée, et Singh se rend immédiatement à bord du Flagship (suivi par Callisto Hawke), où il rassemble les éléments d’EDF présents et les « miliciens » les plus fiables, et les arme. La situation dégénère rapidement, et l’essaim est au bord de la guerre civile.

 

Adán et John Doe peuvent le confirmer, eux qui se rendent auprès du laboratoire du Dr. Mindfuck, où une foule conséquente et très vindicative s’est assemblée. Le docteur, plus parano que jamais, s’est enfermé à l’intérieur avec Hubertus Khan, et refuse de laisser entrer qui que ce soit. Les PJ aimeraient pouvoir rejoindre le docteur et lui parler, mais cela semble pour le moins compromis. Et Adán panique un peu, redoutant de se faire lyncher en tant que Futura par la foule en colère et aisément manipulable…

 

Kalbir Singh, très affecté par ce qui vient de se produire et probablement paniqué, prend des décisions drastiques, guère en accord avec la philosophie des écumeurs : il accuse ouvertement le Dr. Mindfuck d’être responsable du meurtre d’Alice Chu et de vouloir perpétrer un coup d’État ; afin de rétablir l’ordre, il exige de la foule rassemblée devant son laboratoire qu’elle se disperse. Cela ne fait guère que renforcer l’hostilité des partisans de Mindfuck, dont un certain nombre appellent à prendre les armes pour contrer les manœuvres fascistes du chef de la sécurité… Celui-ci lance alors un ultimatum : il menace de couper les systèmes de survie dans le secteur du laboratoire, et exige à nouveau de la foule qu’elle se disperse. John Doe et Adán se retirent, mais ne peuvent quitter le vaisseau, les rares navettes étant prises d’assaut. Le secteur du laboratoire est verrouillé, et le niveau d’oxygène y diminue…

 

John Doe réclame de Singh, plutôt que de se livrer à un acte aussi violent et irresponsable, qu’il coupe les réseaux de Mindfuck, mais la guerre électronique fait rage : des hacktivistes ont rejoint les rangs des soutiens du docteur, a fortiori depuis que Singh s’est lancé dans son opération de maintien de l’ordre pour le moins radicale (l’idée d’un complot d’EDF – et de Singh – contre Mindfuck, lequel représente dès lors la ligne la plus authentique des écumeurs, est de plus en plus accréditée) ; ces pirates parviennent à rétablir les systèmes de survie dans le secteur du laboratoire, et – œil pour œil, dent pour dent – commencent à trafiquer ceux du Flagship de la même manière (ce que Callisto Hawke perçoit très vite). Des miliciens – qui se sont sans doute entretenus en privé – décident alors de trahir Singh, et lui passent des menottes électroniques et un masque de prisonnier (l’empêchant de communiquer)…

 

À suivre…

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"Elle est pas belle, la vie ?", de Kurt Vonnegut

Publié le par Nébal

"Elle est pas belle, la vie ?", de Kurt Vonnegut

VONNEGUT (Kurt), Elle est pas belle, la vie ? Conseils d’un vieux schnock à de jeunes cons, [If This Isn’t Nice, What Is ?], traduit de l’anglais (États-Unis) par Guillaume-Jean Milan, postface de Dan Wakefield, [s.l.], Denoël, [2014] 2015, 153 p.

 

Décidément, ces derniers temps, on publie du Vonnegut en français, et cela est bon. Après les rééditions bienvenues du Petit Déjeuner des champions et de Dieu vous bénisse, monsieur Rosewater chez Gallmeister, voilà que Denoël publie (dans un joli grand format, mais sans doute un peu onéreux pour le coup : 15,50 € pour un bouquin qui se lit en même pas deux heures…) ce bref recueil de neuf conférences de Kurt Vonnegut (essentiellement dans le cadre de cérémonies de remises de diplômes universitaires), sous le titre un peu effrayant Elle est pas belle, la vie ?, et avec le sous-titre autrement plus engageant Conseils d’un vieux schnock à de jeunes cons.

 

Le titre est un peu effrayant, donc. Enfin, surtout pour un gros con tel que moi qui, dès lors qu’on lui pose avec un grand sourire épanoui cette question, a instinctivement envie de se braquer et de répondre :

 

« Non. »

 

Et, plus largement, même si j’adoooOOOooore les romans de Kurt Vonnegut – j’en ai lu tout de même quelques-uns depuis ma découverte époustouflante de l’époustouflant Abattoir 5, le livre qui l’a rendu célèbre en 1969, et qui figure sans aucun doute parmi les romans les plus importants du XXe siècle –, j’avoue, un peu honteux, que je le redoutais vaguement sur ce coup-là… En effet, je craignais de renouveler l’expérience un peu navrante (à mes yeux, en tout cas) d’Un homme sans patrie, sorte de pamphlet, le dernier livre de Kurt Vonnegut (et un très gros succès de librairie outre-Atlantique, ai-je cru comprendre), qui s’en prenait essentiellement à l’administration Bush, Jr., et plus globalement à la politique de droite américaine. Le propos était sans doute juste, hein, ou en tout cas j’y adhérais volontiers, au fond ; c’était davantage la forme qui me chagrinait : la simplicité réconfortante et l’humanisme généreux de Vonnegut passaient certes magnifiquement bien dans ses romans, mais, ici, je trouvais que la « fausse naïveté » de ses fictions se muait en une naïveté « authentique », et du coup un peu gênante dans le cadre d’un « essai »… Tout cela faisait bien, effectivement, « vieux schnock » distribuant ses perles de sagesse aux « jeunes cons », mais avec plus ou moins de réussite. Et donc je craignais de retrouver ce travers, voire de le subir encore davantage, le contexte s’y prêtant tout particulièrement, dans le présent recueil de conférences (d’autant que celles-ci datent toutes, à l’exception de la première – 1978 –, des années 1990-2000).

 

Mais bon : c’était un livre de Vonnegut, alors je ne pouvais pas décemment faire l’impasse dessus.

 

Lu, donc. Très, très vite (ça se lit en une à deux heures grand max). Et pour tirer un bilan lapidaire : oui, on y retrouve les travers d’Un homme sans patrie… Ça passe cependant beaucoup mieux : là où la colère de Vonnegut rendait son pamphlet parfois fatiguant, l’humour presque omniprésent ici en rend la lecture autrement plus agréable à mes yeux. Cela n’en est pas moins très, très dispensable.

 

Les conférences ici recueillies sont très différentes dans leur format (plus ou moins construit) comme leur ton (plus ou moins sérieux). On y retrouve tout de même quelques thèmes essentiels : au-delà de la défense de l’humanisme en général, inévitable chez Vonnegut, mais qui passe aussi par un éloge de Jésus l’homme et de son Sermon sur la montagne, au-delà de la défense aussi d’un certain socialisme (il évoque des personnalités politiques du Midwest : un candidat à la présidentielle, un syndicaliste issu d’un milieu plutôt aisé mais qui s’est fait mineur, etc.), l’auteur – qui fait sans doute jouer quelques souvenirs de ses propres études d’anthropologie à son retour de la Deuxième Guerre mondiale (qui n’ont pas débouché sur une thèse, parce qu’on a refusé son sujet et qu’il n’avait sans doute pas les bons contacts…) – entend insister sur l’importance des « rites de passage » (ce qui s’explique il est vrai particulièrement pour des cérémonies de remise de diplômes, transformant les jeunes filles et jeunes garçons en femmes et en hommes, et ne laissez personne prétendre le contraire !), et plus encore des « familles élargies » (le problème du mariage, selon Vonnegut, est qu’il ne constitue pas une vraie « famille » : le mari n’est « pas assez de gens » pour la femme, la femme n’est « pas assez de gens » pour le mari), et dit même quelques mots en faveur de la « communauté » au sens de « là d’où on vient » (pour lui : Indianapolis). Tout cela est dit sur un ton frais et léger (naïf…), entrecoupé de nombreuses blagues idiotes et autres effets de rhétorique montrant bien que l’orateur connaissait parfaitement sa tâche. Bien sûr, Vonnegut ne s’arrête pas là : il saute à vrai dire volontiers du coq à l’âne (la première conférence est une suite de digressions, si tant est qu'on puisse parler de digressions quand il n'y a peu ou prou pas de fil principal), alternant le plus sérieux (la politique, la science, la religion, l’enseignement, la musique – car il n’est rien de plus important que la musique) et le plus frivole, et tout y passe, y compris – sans grande surprise – l’actualité la plus immédiate (sa conférence la plus « sérieuse » s’étend longuement sur la guerre en Afghanistan et en Irak).

 

Tout cela, oui, se lit bien (même si ça s’écoutait probablement beaucoup mieux). Au fil de ces quelques pages, une complicité s’instaure – ou se renforce – avec ce vieux type à la sagesse simple, presque évidente : comme un grand-père idéal, un peu frondeur, sans aucun doute grinçant, mais ô combien aimable et admirable. Il n’en reste pas moins que ça s’épuise vite – a fortiori pour un lecteur tel que vous et moi, pas directement impliqué : j’imagine qu’un jeune étudiant voyant débarquer, au milieu des cérémonies compassées, ce vieux bonhomme si charismatique, qui venait lui livrer personnellement ou peu s'en faut les fruits de son expérience, pouvait en être retourné à jamais… mais nous ne sommes pas cet hypothétique jeune étudiant.

 

Peut-on dès lors retirer grand-chose de ce petit ouvrage ? Je ne sais pas… J’en doute. Mais il est vrai que je suis d’un naturel beaucoup trop cynique et pessimiste, de manière générale, pour apprécier la « sagesse » et les « sages » (même si cela passe extraordinairement bien dans Abattoir 5, dont j’ai effectivement tiré des leçons)… Vonnegut évoque dans trois de ces conférences son « bon » oncle Alex, un type tout simple qui prenait le temps de vivre, et, de temps en temps, s’arrêtait subitement, et disait à voix haute : « Elle est pas belle, la vie ? » Vonnegut incite en conséquence les jeunes gens auxquels il s’adresse à faire de même…

 

Mais je ne m’en sens pas capable. Parce que je n’y crois pas…

 

À vous de voir si cette « sagesse » peut vous toucher.

 

EDIT : Gérard Abdaloff en cause ici.

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