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CR L'Appel de Cthulhu : Au-delà des limites (01)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Au-delà des limites (01)

Première séance du scénario pour L’Appel de Cthulhu intitulé « Au-delà des limites », issu du supplément Les Secrets de San Francisco.

 

Vous trouverez les éléments préparatoires (contexte et PJ) ici.

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient donc Bobby Traven, le détective privé ; Eunice Bessler, l’actrice ; Gordon Gore, le dilettante ; Trevor Pierce, le journaliste d’investigation ; Veronica Sutton, la psychiatre ; et Zeng Ju, le domestique.

 

0 : PROLOGUE

 

Il s’agit d’une simple amorce qu’il m’a fallu imposer pour justifier tant bien que mal l’implication de ce groupe assez conséquent de six PJ ; comme cela tourne autour du personnage de Gordon Gore, j’en avais fait part à son joueur avant la partie.

 

[0-1 : Gordon Gore : Timothy Whitman] Gordon Gore, c'est notoire, aime à se distraire en enquêtant de manière totalement bénévole (pour lui...) et dilettante sur des affaires intéressant la bonne société de San Francisco. Son nom a pu circuler dans ce milieu, et aboutir à ce que le banquier Timothy Whitman, richissime patron de l'American Union Bank, le contacte pour une affaire nécessitant la plus grande discrétion. Whitman n'a rien de commun avec Gore : grand bourgeois austère et même puritain, il méprise à l'évidence le dilettante dépensier et décadent, mais les références indéniables de ce dernier ont emporté la décision du banquier, qui se veut avant tout un homme de « bon sens », pragmatique.

 

[0-2 : Gordon Gore : Timothy Whitman ; Clarisse Whitman] Lors de leur première entrevue à ce propos, la veille au soir, en privé, Whitman a rechigné à se montrer très précis sur ce qu'il attendait au juste. Gore lui a fait la remarque qu'il aurait besoin de davantage d'éléments pour accepter l'enquête, et Whitman a commencé, à regrets, à évoquer quelques éléments plus précis – il s'agit de retrouver sa fille cadette, Clarisse, qui a disparu depuis plusieurs jours ; et qui sait dans quel guêpier elle a pu se fourrer... Mais, pour lui, c'est davantage qu'une simple fugue : il n'a rien lâché de plus précis, mais il dispose sans doute d'éléments en ce sens, et c'est bien pourquoi il considère qu'une enquête s'impose, une enquête n'impliquant pas la police, ni, directement du moins, un ou des détectives privés, affiliés à Pinkerton notamment, car il n'a pas confiance... Le profil de Gore, par contre, le rend approprié pour régler cette affaire au mieux.

 

[0-3 : Gordon Gore : Timothy Whitman] Gore sait qu'il manque encore d'éléments, mais, sur la base de ces premiers échanges, il a néanmoins pu constituer une équipe qu'il juge adéquate, et qu'il compte bien imposer à Whitman quoi qu'il en soit, d'où ce rendez-vous à l'American Union Bank, dans Financial District, le lundi 2 septembre 1929, à 10 h. Whitman, mis devant le fait accompli, n'en sera que plus furieux, suppose Gore, mais le banquier devra admettre qu'il n'a pas vraiment le choix, et accueillir tout ce petit monde dans son bureau.

 

[0-4 : Gordon Gore : Eunice Bessler, Zeng Ju, Bobby Traven, Trevor Pierce, Veronica Sutton ; Clarisse Whitman, William Randolph Hearst] Pour Gore, il allait de soi que sa compagne du moment, la très délurée et active Eunice Bessler, serait mêlée à l'affaire – et d'autant plus, mais cela il le garde pour lui, qu'elle pourrait ressembler d'une certaine manière à Clarisse Whitman ? De même en ce qui concerne son vieux domestique chinois, Zeng Ju, dont il sait qu'il dispose de ressources insoupçonnées au regard de sa fonction de majordome... À plusieurs reprises, Gore a eu recours aux services du détective privé Bobby Traven et du journaliste Trevor Pierce ; il pense qu'ils pourraient être utiles en cette affaire, tout en étant suffisamment discrets – Pierce n'est ainsi pas du genre à susciter un scandale de mœurs, ce sont les affaires politico-financières qui l'intéressent, et il déteste Hearst... Bien sûr, ces deux-là doivent être payés – Traven n'est pas regardant, mais, pour Pierce, il a fallu davantage que de l'argent : la promesse de confidences sur les filouteries de certains membres de la bonne société san-franciscaine – et à la mairie... Ce « paiement » aura lieu à la fin de l'affaire. Enfin, Gore a eu l'occasion de constater qu'une approche plus « intellectuelle » était souvent fructueuse, et le profil de Clarisse l'a incité à requérir les services de sa propre psychiatre, Veronica Sutton ; celle-ci était extrêmement réticente au départ – ce genre d'enquêtes, ce n'est absolument pas son monde, et Gore est son patient ! Mais il a su lui faire miroiter des sujets d'étude intéressants (la personnalité de Clarisse au premier chef), et se montrer vraiment très généreux financièrement... Sutton n’a rien de cupide, mais l’idée de disposer de fonds suffisants pour mettre en place une institution psychiatrique d’avant-garde n’a pas manqué de la séduire, aussi a-t-elle bien voulu remiser, au moins temporairement, ses préventions de côté, et participer à l'entretien à l'American Union Bank, sans pour autant s'engager plus avant ; cela convient très bien à Gore, qui ne doute pas qu'une fois accrochée, elle s'intègrera d'elle-même et volontairement dans leur petit groupe d'investigateurs…

I : LUNDI 2 SEPTEMBRE 1929, 10 H – AMERICAN UNION BANK, 105 MONTGOMERY STREET, FINANCIAL DISTRICT, SAN FRANCISCO

CR L'Appel de Cthulhu : Au-delà des limites (01)

[I-1 : Gordon Gore, Eunice Bessler, Zeng Ju, Bobby Traven, Trevor Pierce, Veronica Sutton] Les personnages ont rendez-vous, à 10 h, à l’American Union Bank. La plupart sont à l’heure, ayant pris soin de venir avec un peu d’avance, d’abord le petit groupe constitué par Gordon Gore, Eunice Bessler et Zeng Ju, ensuite et séparément Bobby Traven et Trevor Pierce. Mais Veronica Sutton, elle, a choisi d’avoir quelques minutes de retard – pas grand-chose, mais c’est une manière pour elle de signifier qu’elle n’a rien d’un larbin à qui on donne des ordres ; tout spécialement en pareil cas : l’initiative de son patient Gordon Gore la laisse pour le moins perplexe…

 

[I-2 : Veronica Sutton, Gordon Gore : Daniel Fairbanks ; Timothy Whitman] Ils patientent dans une luxueuse salle d’attente attenante au bureau de Timothy Whitman. À 10 heures tapantes, ils sont rejoints par un jeune homme au port hautain, qui, de manière très explicite, jette un œil à sa montre en pénétrant dans la pièce. Sans dire un mot, il consacre deux, trois minutes à dévisager successivement les investigateurs – ce qui donne le temps à Veronica Sutton d’arriver, et il s’attarde quelque peu sur elle… Mais la psychiatre suppose que c’est aussi, pour lui, une manière de signifier qu’il sait qui elle est. Le jeune homme se présente enfin : Daniel Fairbanks, le secrétaire particulier de M. Whitman, lequel va les recevoir.

 

[I-3 : Gordon Gore, Bobby Traven : Daniel Fairbanks ; Timothy Whitman] Toutefois, il lui faut d’abord spécifier quelques détails, d’ordre très pragmatique : le salaire journalier sera de 25 $ par personne, plus les frais, mais seulement sur présentation de factures dûment complétées (« Nous sommes dans une banque, nous sommes des gens sérieux, et attendons à cet égard autant de sérieux de votre part. ») ; il y aura un bonus de 300 $ par personne si l’affaire est réglée de manière satisfaisante en moins d’une semaine, soit d’ici au lundi 9 septembre. « Posons les choses : si vous n’êtes pas d’accord avec ces conditions, inutile d’ennuyer M. Whitman, vous êtes libres de vous en aller. » Il arrête son regard sur Gordon Gore. Lequel se lève, et se tourne vers ses associés : « Les banquiers, qui préparent tout à l’avance et avec le plus grand soin... », leur dit-il avec un sourire ; mais admettons, ce n’est pas ce qui les intéresse, après tout ? Bobby Traven se lève à son tour : il n’est pas d’accord avec cette allégation désinvolte de son employeur, et le lui fait comprendre… Toutefois, il sait, d’expérience, que le tarif proposé est à vue de nez tout à fait raisonnable, et même généreux – dans l’absolu, tant qu’ils ne savent rien de plus quant au sujet même de leur enquête… Presque par réflexe, il demande toutefois davantage ; mais Gordon Gore, d’un ton plus sérieux, le rassure – il sait très bien ce qu’il en est, ils ont déjà travaillé ensemble… Le tarif proposé par Fairbanks lui paraît correct, mais il est près à rallonger la sauce pour son employé au langage guère châtié ; ce qui convient parfaitement à Bobby, souriant. Gore a un geste de la main traduisant un vague agacement pour ces questions d’argent ; si M. Fairbanks veut bien les introduire auprès de M. Whitman ? Le secrétaire les dévisage tous une dernière fois, regarde à nouveau sa montre – très chère –, puis ouvre la porte du bureau attenant et invite les investigateurs à y pénétrer.

 

[I-4 : Gordon Gore, Zeng Ju, Eunice Bessler : Timothy Whitman, Daniel Fairbanks] Gordon Gore approche de la porte et fait signe à ses amis d’entrer, il fermera la marche. Voyant que son maître s’est débarrassé de sa veste, Zeng Ju offre aussitôt de la prendre. Situé au dernier étage d’un gratte-ciel, le bureau de Timothy Whitman est une grande pièce des plus luxueuse, offrant une impressionnante vue panoramique sur la Baie de San Francisco ; mais l’aménagement intérieur n’a finalement rien de clinquant. Assis à son poste de travail, Timothy Whitman est en train d’étudier avec le plus grand sérieux des dossiers quand les investigateurs pénètrent dans la pièce. C’est un homme assez imposant et rebondi, affichant un air perpétuellement sérieux, et impeccable dans son costume de qualité (mais sans épate) ; affligé d’une calvitie déjà avancée, il arbore une moustache soigneusement entretenue qui n’est pas pour rien dans l’aura de sévérité qui émane de sa personne. Il ne fait pas attention à ses invités tandis qu’ils le rejoignent et que Daniel Fairbanks les invite à prendre place dans six fauteuils visiblement confortables, spécialement disposés à leur intention – mais Zeng Ju, à son habitude, préfère rester debout juste derrière son maître. Une fois tout le monde installé, et après avoir jeté lui aussi un œil à sa montre (encore plus luxueuse, incomparablement, que celle de son zélé secrétaire), Timothy Whitman lève enfin la tête, et dévisage à son tour les investigateurs – avec un air sévère, donc ; il s’attarde un peu plus sur Gordon Gore, avec une vague moue de scepticisme, mais ignore presque totalement la souriante Eunice Bessler

 

[I-5 : Gordon Gore, Zeng Ju, Eunice Bessler : Timothy Whitman ; Louise Whitman, Clarisse Whitman, Dorothy Whitman] Le banquier prend enfin la parole : inutile de faire les présentations, il s’en moque ; Gordon Gore lui a assuré que les investigateurs étaient des gens compétents, capables de régler cette affaire au mieux, le reste ne l’intéresse pas. Il regarde sa montre, puis lâche un bref soupir : « Une chose quand même... Je vous parle en tant que père, et non en tant que banquier. » Il s’interrompt brutalement, puis, regardant tous ses interlocuteurs : « Est-ce que vous avez des enfants ? » A priori, seul Zeng Ju est dans ce cas, mais il n’en fait pas état – conformément à son rang. Devant l’absence de réponse positive, le banquier grommelle : « Mais qu’est-ce qui ne va pas, chez vous... » Après quoi, dans un nouveau soupir, il adresse un regard assez inquisiteur à Eunice Bessler. Puis il reprend : « Bon. Moi, je suis père. J’ai deux filles. Il y a Louise, l’aînée, adorable, belle, gentille… Je compte bien sûr la marier à un beau parti, et prochainement ; elle ne s’intéresse pas trop aux hommes que je lui présente, mais… Bon. Il y a Louise, et il y a Clarisse. » Il s’attarde à nouveau sur Eunice. « Clarisse, elle… elle est effrontée, défiante ; elle a des avis sur tout et n’importe quoi, et ne se prive pas d’en faire part à tout bout de champ. Et ses… relations… Des hommes, oui, beaucoup – et aucun de convenable ! Des "artistes", des "musiciens", des "auteurs"... » On entend les guillemets méprisants dans sa voix. Il bloque à nouveau, et dévisage ses invités : « Est-ce qu’il y a des "artistes" parmi vous, de ces gens qui ont la… la "fibre artistique", comme ils disent ? » Eunice, avec un grand sourire, lui dit être une actrice (les autres ne pipent pas mot). Le banquier reprend : « Une "actrice"… Ouais… Ce pays court à sa perte. Hollywood, hein ? Les "fantaisies" artistiques… Une perte d’espace, de temps, et donc d’argent. Qui ne remboursera jamais les sommes absurdes investies dans ces sottises… L’idée de voir ma Clarisse traîner en pareille compagnie de parasites... » Nouveau soupir, plus profond que les précédents. Et il reprend : « Clarisse… Elle a disparu. Et je veux qu’elle revienne avant de se fourrer dans les ennuis. Des ennuis sérieux. Ma femme et moi ne l’avons pas vu depuis cinq jours, maintenant – et… Oui, je suis inquiet. Comprenez bien : ce n’est pas la première fois qu’elle quitte la maison sans autorisation – des sorties nocturnes… Elle trouvait même à quitter sa chambre, inutile de l’enfermer. Elle rentrait tard dans la nuit, le lendemain matin parfois… Mais elle n'est jamais partie aussi longtemps. Cinq jours. Je suis inquiet... Elle a des mauvaises relations, et… je crains le pire. C’est bien pour cela que je vous ai contacté, M. Gore. Clarisse est une fille difficile – mais c’est ma fille, et je veux qu’elle retourne à la maison.»

 

[I-6 : Veronica Sutton : Timothy Whitman] Veronica Sutton intervient : a-t-il envisagé que sa fille souhaitait simplement vivre sa vie sans lui ? « Madame… J’ai fait plus que l’envisager, et je vous l’ai dit : ce n’est pas une bête escapade comme les autres, même le mot de "fugue"… Avec toutes les fadaises que l’on répand de nos jours, l’idée de "s’émanciper", forcément… Qu’importe : elle a 18 ans, elle est mineure, je suis son représentant légal ; sa place est dans ma maison. »

[I-7 : Gordon Gore : Timothy Whitman, Daniel Fairbanks ; Clarisse Whitman, Dorothy Whitman] Gordon Gore demande un cigare à Timothy Whitman, d’une manière très désinvolte qui surprend le banquier ; il a quelques questions à lui poser… Peut-il se montrer plus précis quant aux « fréquentations » de Clarisse ? A-t-il des noms à leur soumettre ? Sans doute ces bons-à-rien ont-ils des noms, mais il n’a jamais pris la peine de s’en enquérir, à quoi bon… Après un temps de réflexion, il semble envisager quelqu’un de plus précis, puis secoue la tête : non, il ne sait pas ; peut-être sa femme pourra-t-elle les renseigner ? Il pourrait de toute façon être utile à Gore et à son équipe de rendre une visite à la Résidence Whitman : « Fairbanks peut vous organiser un rendez-vous pour cet après-midi, 15 heures. » Le banquier regarde à nouveau sa montre.

 

[I-8 : Gordon Gore, Bobby Traven : Timothy Whitman] Puis Gordon Gore invite le détective privé Bobby Traven à poser des questions à Timothy Whitman : c’est sa partie, après tout ! « Merci coco. » Quant le banquier a-t-il vu pour la dernière fois sa fille, et où ? Il y a cinq jours, à la maison. Et il n’appelle Gore qu’après cinq jours ? Bizarre, son histoire… Brusqué, Whitman lâche que « les circonstances sont… particulières ». Et la police, qu’est-ce qu’elle fait ? Elle n’est pas au courant – et le banquier entend bien que cela reste ainsi, c’est pourquoi il a fait appel aux services de M. Gore, qui a la réputation de pouvoir régler ce genre d’affaires discrètement, et il tient à la discrétion. « Ouais… C’est quoi que la police doit pas savoir, y a quoi là-dessous ? De la drogue ? De la prostitution ? » Whitman commence à s’énerver : la police de San Francisco est notoirement inefficace et corrompue, il n’attend rien d’elle ! Le détective est-il aussi compétent que le prétend M. Gore ? Peut-il trouver sa fille, ou pas ? Gordon Gore répond de lui. Le banquier regarde à nouveau sa montre : « Bon, vous avez d’autres questions ? J’ai du travail ! »

 

[I-9 : Gordon Gore, Zeng Ju, Eunice Bessler : Timothy Whitman ; Clarisse Whitman] Gordon Gore coupe court et suppose qu’ils n’apprendront rien de plus utile ici – effectivement, autant se rendre à la Résidence Whitman à 15 heures. Il propose donc de s’en tenir là pour l’heure. Mais oui : mieux vaut pour M. Whitman ne pas leur mettre la police dans les pattes, il est sans doute possible de régler cette affaire discrètement. Zeng Ju sort de sa réserve habituelle : M. Whitman pourrait-il leur confier une photographie de Mlle Clarisse ? Oui, bien sûr, le banquier leur en tend une, qu’il sort du tiroir de son bureau. Une jeune fille pétillante, un brin espiègle, assurément charmante… Gordon Gore la regarde, puis se tourne vers Eunice Bessler, souriant : « Elle vous ressemble à s’y méprendre ! » Et précise en chuchotant : « En moins jolie, toutefois. » L’actrice le remercie, et joue son jeu : « Elle pourrait sans doute percer à Hollywood ! » Gore, taquin, suppose qu’ils pourront lui en parler quand ils l’auront retrouvée – si son père le veut bien, naturellement… Whitman ne goûte pas la plaisanterie : « Vous me ferez le plaisir d’avoir ces conversations ailleurs que dans mon bureau. Fairbanks, raccompagnez-les, et voyez avec eux pour… la paperasse. » Après un nouveau coup d’œil à sa montre, le banquier s’attelle de nouveau à la lecture de ses dossiers.

 

[I-10 : Gordon Gore, Zeng Ju, Trevor Pierce, Bobby Traven, Eunice Bessler, Veronica Sutton : Daniel Fairbanks ; Timothy Whitman, Dorothy Whitman] Daniel Fairbanks les reconduit dans la salle où ils avaient patienté. Il faut faire les choses en bonne et due forme : il a préparé les contrats – libre à eux de les lire en détail, mais ils devront être signés avant qu’ils ne quittent cette pièce. Par ailleurs, concernant les honoraires, M. Whitman l’a autorisé à leur verser à chacun une avance de 50 $. Il va de ce pas s’occuper du rendez-vous de cet après-midi (et en donne l’adresse, à Pacific Heights) ; il insiste sur leur ponctualité : Mme Whitman est tout aussi exigeante que son époux à cet égard. Enfin, il exige un rapport téléphonique quotidien, chaque matin à 9 heures précises, témoignant des avancées de l’enquête, et, le cas échéant, des frais engagés – mais il rappelle au passage la nécessité de factures en bonne et due forme. Gordon Gore persiste sur le goût des secrétaires pour la précision, et n’a guère envie de perdre du temps à lire quelque chose d’aussi ennuyeux qu’un contrat – peut-être Zeng pourrait-il s’en charger ? Mais il n’y connaît rien… Trevor Pierce est plus compétent – et ne comptait certainement pas signer quoi que ce soit sans le lire au préalable ; Bobby Traven non plus. Tous deux constatent que les contrats ont été conçus avec sérieux et application, probablement davantage que ce à quoi le détective privé est habitué. Mais le journaliste comprend autre chose, suite à se lecture méticuleuse : le contrat est conçu de telle sorte que rien de fâcheux ne pourra impliquer M. Whitman en cas de soucis des investigateurs avec la justice, tout spécialement – il est totalement protégé en pareil cas, et ne serait d’aucun secours à des maladroits se retrouvant en cellule ou devant le juge… Ce n’est pas forcément une clause inhabituelle, mais on y a apporté un soin particulier. Bobby Traven n’en est que davantage convaincu qu’il y a anguille sous roche – une dimension proprement criminelle à l’affaire, dont Timothy Whitman n’a pas fait état ; il en fait part, discrètement, à Gordon Gore – pour lui, ça justifierait bien un supplément, d’ailleurs… Mais le dilettante, une fois de plus, prend sur lui de payer la différence. La paperasse l’ennuie, il a hâte de quitter la banque et de se mettre à enquêter ; il signe donc le contrat sans plus attendre, avec son très luxueux stylo-plume, et invite ses camarades à ne pas faire davantage de chichis – ils signent à leur tour, Eunice Bessler lui empruntant son stylo au passage. Veronica Sutton prie Fairbanks de bien vouloir lui adresser un double à son cabinet.

[I-11 : Bobby Traven, Gordon Gore : Daniel Fairbanks ; Clarisse Whitman, Dorothy Whitman, Timothy Whitman] Bobby Traven ne compte toutefois pas partir sans un dernier et brutal coup d’éclat, et prend violemment à partie Fairbanks : ça ne serait pas lui qui aurait vu la petite pour la dernière fois ? Il a un comportement très suspect ! Le secrétaire en tombe des nues – ce qui efface sur son visage son habituelle moue arrogante… Il regarde le détective les yeux exorbités, puis se tourne, presque désespéré, vers Gordon Gore lequel se contente de vanter la « rafraîchissante gouaille populaire de M. Traven »… Mais Fairbanks s’insurge : c’est de la diffamation ! Il ferait bien d’adopter un comportement plus séant – tout particulièrement quand il se rendra à la Résidence Whitman : Mme Whitman ne sera pas aussi coulante que lui face à pareilles allégations grossières ! Par ailleurs, le secrétaire a du travail – vont-ils enfin quitter les lieux ? Gordon Gore se montre sarcastique : un travail plus important que retrouver la fille de M. Whitman ? Fairbanks se raidit : « Le monde n’a pas cessé de tourner, M. Gore. » Le dilettante concède que c’est tout à fait vrai – la chose la plus pertinente que Fairbanks ait jamais dite. Il tend au secrétaire son cigare à peine entamé – Fairbanks ulcéré lui indique un cendrier d’un signe de la tête… Gore y dépose nonchalamment le mégot, et ils prennent tous la direction de la sortie.

 

[I-12 : Gordon Gore, Zeng Ju, Bobby Traven, Trevor Pierce : Timothy Whitman, Dorothy Whitman, Clarisse Whitman, Daniel Fairbanks] En chemin, Gordon Gore demande à son domestique Zeng Ju ce qu’il pense de tout cela. Le vieux Chinois ne saurait dire en l’état – et il se rangera à son avis ; comme toujours… Avant le rendez-vous de 15 heures, Gordon Gore incite Bobby Traven à fouiner dans ses dossiers, voir s’il ne trouverait rien concernant la famille Whitman - aussi bien Timothy Whitman ou son épouse que Clarisse. Le détective privé est sceptique – en tout cas, gérer « la haute », c’est l’affaire du patron ; lui, son truc, c’est les bas-fonds ! Mais si la petite fréquentait bien des « aaaaaartistes », il ne doute pas qu’il lui faudra bientôt enquêter dans des « trous pourris ». Il embarque d’autorité la photo de Clarisse ; il va la montrer à quelques contacts du Tenderloin, et d’ores et déjà Chez Francis, où il a ses habitudes… enfin, il le fera à l’ouverture, dans la soirée. En fait, il est persuadé que « la petite » se terre quelque part dans un trou, désireuse de changer de vie, peut-être fait-elle déjà « la danseuse »… Il pense pouvoir mettre la main sur elle dans les vingt-quatre heures au plus ; il chuchote d’ailleurs à Gordon Gore qu’il ferait bien traîner un peu les choses, histoire d’être correctement payé, puisque le salaire est journalier... Le dilettante, bien loin de s’en offusquer, lui répond en souriant que ce serait terriblement décevant : pour l’amour du sport, il faut aller vite ! Mais Bobby s’en moque totalement, du « sport »… Trevor Pierce, de son côté, compte lui aussi compulser ses dossiers personnels, très amples et bien informés : le banquier n’a-t-il pas trempée dans des affaires louches ? Peut-être aussi l’arrogant FairbanksLe journaliste également est convaincu qu’il y a anguille sous roche.

 

[I-13 : Veronica Sutton, Gordon Gore : Timothy Whitman, Clarisse Whitman, Dorothy Whitman, Louise Whitman] Veronica Sutton va rentrer chez elle en taxi – elle a des chats à nourrir, et retrouvera le petit groupe à Pacific Heights. Mais Gordon Gore, qui savait que la psychiatre était la seule dont l’engagement n’était pas acquis, la retient un bref instant : « Une affaire excitante, n’est-ce pas ? » La psychiatre prend son temps pour répondre – ce qui, elle le sait très bien, vaudra acceptation ou refus de l’affaire. Mais elle concède que le portrait fait par M. Whitman de sa fille Clarisse l’intéresse ; en fait, elle a hâte de rencontrer Dorothy Whitman, et éventuellement aussi Louise Gordon Gore en est ravi, c’est parfait ! « À tout à l’heure, ma chère ! »

II : LUNDI 2 SEPTEMBRE 1929, 15 H – RÉSIDENCE WHITMAN, PACIFIC HEIGHTS, SAN FRANCISCO

CR L'Appel de Cthulhu : Au-delà des limites (01)

[II-1 : Gordon Gore, Eunice Bessler, Zeng Ju, Veronica Sutton, Bobby Traven, Trevor Pierce : Clarisse Whitman, Timothy Whitman] Les investigateurs n’ont pas forcément eu le temps de faire grand-chose d’ici au rendez-vous à la Résidence Whitman : tandis que Gordon Gore et Eunice Bessler déjeunaient dans un restaurant huppé de Downtown (l’actrice confiant à son amant qu’elle se reconnaît un peu dans le portrait de Clarisse Whitman), Zeng Ju est rentré à la Résidence Gore, sur Nob Hill, pour y effectuer ses tâches domestiques. De retour à son appartement, Veronica Sutton s’est essentiellement occupée de ses chats. Bobby Traven, frustré qu’il soit trop tôt pour aller Chez Francis, son « restaurant français » fétiche du Tenderloin, est passé faire un tour à son agence, mais ses dossiers ne contenaient rien pouvant concerner la disparition de Clarisse Whitman de toute façon, ce n’est pas sa manière d’enquêter... Trevor Pierce, enfin, n’a guère eu davantage de chances de son côté : le nom du richissime banquier revient bien régulièrement dans ses dossiers, et il ne doute pas que ce « gros poisson » soit mêlé à des affaires louches ; il compte bien l’avoir un de ces jours, mais n’a rien trouvé de probant…

 

[II-2 : Gordon Gore, Bobby Traven : Timothy Whitman, Clarisse Whitman, Dorothy Whitman, Louise Whitman] Tous les investigateurs se retrouvent donc à la Résidence Whitman, une demeure cossue de Pacific Heightstrès riche à l’évidence, mais sans le clinquant des manoirs de Nob Hill tel que celui de Gordon Gore. Bobby Traven sonne sans plus attendre, et c’est un majordome qui leur ouvre – très strict à l’évidence. Ils ont été annoncés – s’ils veulent bien le suivre ? Il les conduit dans un salon assez luxueusement décoré – mais essentiellement avec du mobilier ancien : pas de tableaux ou de sculptures, plutôt du fonctionnel ; quelques photos de famille tout de même, très dignes, guère souriantes : les investigateurs y reconnaissent aisément Timothy Whitman ainsi que Clarisse, et peuvent supposer que les deux autres femmes qui reviennent le plus souvent sont Dorothy et Louise. Le majordome leur dit qu’il va de ce pas prévenir Mme Whitman… mais, un peu nerveux, « préfère les prévenir » que cela pourra prendre un peu de temps, il faut que Madame se prépare. Il va leur amener des rafraîchissement en attendant – une excellente limonade ; à moins qu’ils ne préfèrent du thé ? Mais Gordon Gore l’interpelle : on a insisté sur leur ponctualité, y a-t-il un imprévu ? Non, rien de la sorte ! Madame va les recevoir sous peu, c’est simplement… Mais justement, il vaut mieux qu’il aille la prévenir ! Bobby réclame un whisky, ce qui lui vaut un sourire crispé du majordome, lequel ne s’attarde pas davantage : « Si vous voulez bien m’excuser... »

 

[II-3 : Veronica Sutton : Montgomery Phelps, Dorothy Whitman, Louise Whitman ; Clarisse Whitman] L’attente dure vingt minutes. Le majordome était revenu entre temps pour les rafraîchissements (non, pas de whisky…), mais il les invite alors à le suivre dans une autre pièce, où « Madame et Mlle Louise » vont les recevoir. Il les conduit dans un autre salon, au premier étage (et avec une vue imprenable sur le Présidio ; les fenêtres sont ouvertes, une petite brise agréable de fin d’été baigne la pièce) ; la pièce est assez similaire à la précédente, mais avec un bureau derrière lequel est assise Dorothy Whitman, tandis que la sœur aînée de Clarisse se tient debout à ses côtés. Veronica Sutton perçoit très vite, avant même la moindre parole, que Mme Whitman est nerveuse, et elle a son idée sur la raison de cet état : la dame a passé vingt minutes à se préparer pour être parfaitement impeccable, et elle l’est, mais, en dépit du caractère attendu de cette réception, elle se sent prise au dépourvu… Mme Whitman remercie « Phelps », qui peut disposer. Le majordome se retire et ferme la porte derrière lui.

 

[II-4 : Gordon Gore, Veronica Sutton, Eunice Bessler : Dorothy Whitman] Dorothy Whitman fait alors part de ce que son époux l’avait prévenue de cette visite, et remercie les investigateurs de leur présence. Pourraient-ils, cependant, attester de leur identité ? On n’est jamais trop prudent… Gordon Gore se présente, et la loue pour sa mise parfaite ; il l’assure que les autres personnes dans cette pièce ont été spécialement choisies par lui-même, et qu’elle peut avoir en eux tous pleine et entière confiance ; toutefois, il peut témoigner de son identité – et, suppose-t-il, ses associés de même. On tend quelques cartes… mais, et c’est une évidence tout spécialement pour Veronica Sutton, Mme Whitman ne sait tout simplement pas quoi en faire : elle aurait accueilli avec la même satisfaction de façade une carte de bibliothèque périmée… Dès lors, elle s’adresse essentiellement à Gordon Gore, à l’évidence l’homme qui présente le mieux dans cette pièce – elle a noté la présence de Veronica, mais la psychiatre a vite compris qu'elle avait pour elle quelque chose d’un peu gênant : en fait, dans les banalités précédant le cœur de l’entretien, Veronica a pu constater que Mme Whitman ne s’adressait jamais à elle, pas plus qu’à Eunice Bessler ; elle a son opinion sur la place des femmes en bonne société, et c’est là une affaire d’hommes – d’une certaine manière, à ses yeux, toutes deux accaparent la place traditionnellement dévolue à des hommes…

 

[II-5 : Bobby Traven, Gordon Gore : Dorothy Whitman, Montgomery Phelps] Ces banalités se poursuivent jusqu’à ce que le majordome revienne avec du thé et des cookies ; il ressort aussitôt, et les choses sérieuses vont pouvoir commencer. Toutefois, Bobby Traven, qui ne se sent pas forcément à sa place dans ce salon feutré, se lève alors et fait mine de rejoindre Phelps. Mais Dorothy Whitman, profondément surprise, presque choquée, l’interpelle aussitôt : « Monsieur ? » Le détective se retourne : oui ? « Nous avons à discuter, Monsieur, je vous prie de bien vouloir rester dans cette pièce. » Bobby répond que son « représentant, M. Gordon Gore », est là pour elle – quant à lui, il a besoin d’aller aux toilettes, sans doute Phelps pourra-t-il les lui indiquer, et… « Est-ce une envie si pressante, Monsieur ? Je pense que vous pourriez attendre que nous ayons discuté concernant cette affaire… Après quoi Phelps pourra vous accompagner, certes, mais pour l’heure nous sommes occupés ici, n’est-ce pas ? » Bobby obtempère et se rassied en maugréant…

 

[II-6 : Veronica Sutton : Dorothy Whitman, Louise Whitman ; Clarisse Whitman, Timothy Whitman] Dorothy Whitman évoque enfin l’affaire qui les intéresse, et Clarisse. Pour l’essentiel, elle reprend exactement les termes de son époux, mais en appuyant peut-être encore davantage sur l’idée que la jeune fille disparue n’a conscience, ni de son rang dans la société, ni de la place qui est la sienne eu égard à son sexe – chose qui importe énormément aux yeux de Mme Whitman. D’où une profonde honte pour la famille dans son ensemble, bien mal payée de tout l’amour prodigué au fil des année à Clarisse ! Par ailleurs, Dorothy Whitman ne cesse de comparer ses deux filles, dressant l’éloge de Louise, qui se trouve à ses côtés… mais sans jamais lui laisser la parole, et, finalement, l’impression n’en est que plus grande qu’elle n’en parle que comme d’un objet – chose qui n’échappe certes pas à Veronica Sutton. En fait, Louise se contente d’être là – les yeux baissés sur le plancher, le visage fermé, sans dire un mot.

 

[II-7 : Trevor Pierce, Eunice Bessler : Dorothy Whitman, Louise Whitman ; Clarisse Whitman] Trevor Pierce, qui sent l’agacement pointer, interrompt le discours confus et répétitif de Mme Whitman : à l’entendre, Clarisse était un tel poids, pourquoi alors s’inquiéter de ce qu’elle a quitté leur vie ? Dorothy Whitman est profondément choquée par cette remarque à laquelle elle ne s’attendait pas ; elle assure le journaliste et ses collègues qu’elle aime bien évidemment sa fille cadette, quoi qu'il en soit, mais, presque aussitôt, insiste avant tout sur le scandale qui pourrait rejaillir sur la famille Whitman d’autant plus que se pose la question de « ces hommes » que Clarisse fréquente… Or la jeune fille, mineure par ailleurs, leur en veut visiblement – pour Dieu sait quel tort imaginaire qu’elle impute à ses parents. Dorothy Whitman ne doute pas que sa fille disparue serait ravie du scandale, l’espèrerait même, voire ferait tout pour le provoquer… L’idée de souiller la réputation immaculée des Whitman par Dieu sait quelles turpitudes l’excite probablement (Eunice Bessler contient difficilement un éclat de rire) ! « C’est toute la différence avec Louise, voyez-vous » ; et elle remet le même disque…

[II-8 : Gordon Gore, Bobby Traven, Eunice Bessler : Dorothy Whitman] Gordon Gore, appuyé par Bobby Traven, entreprend de rassurer (et de calmer) Mme Whitman. Ce qui lui est arrivé est tout à fait tragique,et ils déploieront tous leurs efforts pour lui restituer sa fille. Concernant la suite, le dilettante avance aussi que « d’excellents établissements » sont spécifiquement destinés à « redresser » les jeunes filles « difficiles », il pourra lui communiquer quelques bonnes adresses et la recommander – il pense notamment à une institution à la réputation admirable, située à New YorkC’est du baratin : Eunice Bessler, d’abord un peu perplexe, le comprend vite, mais Dorothy Whitman est pour sa part tout à fait réceptive ; Gordon a acquis sa confiance – de tous les investigateurs, il est le seul avec qui elle soit relativement à l’aise.

 

[II-9 : Gordon Gore, Eunice Bessler : Dorothy Whitman ; Clarisse Whitman, Timothy Whitman, « Johnny »] Gordon Gore pousse son avantage : d’ici-là, afin de retrouver Clarisse, il faut leur communiquer des informations utiles – et confidentielles, le cas échéant ; il assure à nouveau Mme Whitman de leur discrétion – et ils sont liés par leur contrat. M. Whitman n’a pas su leur répondre, mais peut-être pourrait-elle leur en dire plus sur les « artistes… licencieux et aux mœurs dégradées » que fréquentait Clarisse ? Le vocabulaire n’y est sans doute pas pour rien : une larme coule sur la joue de Mme Whitman. Il y en a eu tant… Elle ne retenait pas vraiment leurs noms – guère le temps de toute façon. Tout récemment, cependant, elle a entendu le simple prénom de « Johnny » ; encore un « artiste », mais elle n’en sait pas davantage… ou du moins est-ce ce qu’elle prétend – mais il est facile de deviner qu’il y a encore autre chose, qu’elle n’ose pas dire. Eunice Bessler lui demande de quel type d’artiste il s’agissait : un acteur, peut-être ? Non, elle croit plutôt que c’était un peintre… ou un photographe, elle ne sait plus.

 

[II-10 : Gordon Gore : Dorothy Whitman, Louise Whitman] Mais Gordon Gore entend lui faire cracher le morceau, même si ses paroles sont très douces et élégantes : il faut tout leur dire, absolument tout. Dorothy Whitman se tourne alors vers sa fille Louise : « Louise, peux-tuTu as quelque chose à faire, je crois ? » Louise se contente de hocher la tête, sans dire un mot, et sort du bureau.

 

[II-11 : Bobby Traven, Gordon Gore : Louise Whitman, Dorothy Whitman ; Clarisse Whitman] Mais Bobby Traven se lève à nouveau pour la suivre… Mme Whitman est plus stupéfaite encore que la première fois : « Monsieur ! Monsieur ! Nous avons à discuter ici ! C’est déjà assez pénible pour moi de… de remuer toute cette boue, je vous prierais de ne pas en rajouter, s’il vous plaît ! » Elle est à deux doigts des sanglots. Bobby compatit tout d’abord… puis son ton se fait soudainement plus dur : c’est justement qu’il entend retrouver sa fille, il va falloir que « la vieille » le laisse travailler ! Gordon Gore le saisit par le bras et l’enjoint à se calmer ; il présente aussi ses excuses à Mme Whitman, ulcérée par le « comportement inacceptable » de son employé. Elle est sur le point d’exiger que le détective privé quitte la pièce et même la maison… mais comprend soudain, car elle n’est pas si idiote que cela, que c’était exactement ce qu’il attendait ! Elle est placée devant un dilemme des plus délicat… Finalement : « Monsieur, j’exige que vous restiez ici ! » Bobby lui dit qu’alors, elle ferait bien d’en venir au fait ; Gordon avance que c’était bien ce qu’elle allait faire… et Mme Whitman ajoute qu’ils ne devraient pas « hurler quand il s’agit de discuter de matières aussi sensibles »…

 

[II-12 : Bobby Traven : Dorothy Whitman ; Louise Whitman, « Johnny », Clarisse Whitman] C’est tout le problème – et c’est bien pour cela qu’elle ne voulait pas en parler devant Louise… Ce « Johnny », on lui a dit qu’il vivait dans... ces « maisons de rendez-vous » du Tenderloin ! Bobby Traven affiche un grand sourire : « Voilà, on y est ! » Est-ce qu’elle a un nom à leur donner ? Si c’est le cas, il y descend direct et la lui ramène, sa fille… Toujours agacée, Mme Whitman n’apprécie pas le ton du détective, mais, de toute façon, elle ne dispose donc que du seul prénom de « Johnny ». Un artiste, dans le Tenderloin… Mais elle suppose qu’il peut y avoir là-bas beaucoup d’artistes qui s’appellent « Johnny », enfin, elle n’en sait rien…

 

[II-13 : Trevor Pierce, Eunice Bessler, Veronica Sutton : Dorothy Whitman ; Clarisse Whitman] Trevor Pierce demande alors à Mme Whitman s’il leur serait possible de jeter un œil à la chambre de sa fille : ils pourraient y trouver des indices… Les jeunes filles font cela, n’est-ce pas ? Tenir un journal intime, ce genre de choses… Puisqu’il est visiblement difficile à Mme Whitman de répondre à leurs questions, peut-être qu’en menant l’enquête d’une autre façon… Elle a un temps d’attente, puis suppose que le journaliste a raison. Elle va d’abord y jeter un œil elle-même, après quoi elle permettra à « une de ces dames » d’y pénétrer – sans doute le journaliste comprend-il qu’il est hors de question d’introduire un homme dans la chambre d’une jeune fille, ça ne serait pas convenable…

 

[II-14 : Zeng Ju, Gordon Gore, Bobby Traven : Dorothy Whitman ; Clarisse Whitman, « Johnny », Louise Whitman] Le toujours très discret Zeng Ju prend alors sur lui d’intervenir, mais son rang lui suggère de s’adresser à son maître Gordon Gore plutôt qu’à Mme Whitman directement : peut-être pourrait-on déterminer les lieux que Mlle Whitman fréquentait, ou apprendre les noms de quelques-uns de ses amis, qui pourraient détenir des renseignements précieux ? Gore comptait bien poser cette question – si Traven l’avait laissé parler… Mme Whitman pourrait-elle citer quelques endroits, quelques personnes ? Rien de précis, hélas… Les « maisons de rendez-vous » du Tenderloin, c’est tout à fait récent, Dieu soit loué ; mais avant cela… Sans doute de ces lieux où se trouvent des artistes, imagine-t-elle. On dit qu’ils sont nombreux du côté de North Beach, non ? Ou Russian Hill ? Et il y a ces institution, du côté du Présidio, croit-elle savoir, ou peut-être du Golden Gate ParkElle ne peut pas se montrer plus précise. Gordon Gore lui demande si « Johnny » exposait quelque part, dans un de ces endroits : Clarisse avait bien mentionné une exposition, mais elle ne saurait dire où ; c’était tout récent, en tout cas, un mois au plus. Et saurait-elle quel est son style de peinture, à ce « Johnny » ? Une marque de fabrique, peut-être ? « Je ne sais rien de tout cela, M. Gore ; je suppose qu’il utilise des pinceaux... » Le nom d’une personne à qui Clarisse aurait pu confier d’éventuels soucis, alors ? Sa sœur, peut-être ? Elle ne sait pas – et Louise et Clarisse sont si différentes… Gordon Gore lui demande si elle leur permettrait de discuter avec Louise – en se montrant discrets, bien sûr, et en maintenant secret le scabreux de l’affaire… Dorothy Whitman n’y voit pas d’inconvénient – tant que c’est en sa présence.

 

[II-15 : Gordon Gore, Veronica Sutton : Dorothy Whitman ; Clarisse Whitman] Gordon Gore se tourne vers ses associés : ont-ils d’autres questions ? Veronica Sutton prend la parole et demande à Mme Whitman si, outre ces mauvaises fréquentations, il ne se serait pas passé quelque chose de « particulier » dans les quelques jours ayant précédé la disparition de Clarisse. Non, elle n’a rien constaté de spécial… La psychiatre se montre pressante : elle a donc disparu comme ça, d’un seul coup ? Eh bien, elle sortait déjà en cachette la nuit avant cela… Mais Dorothy Whitman n’a rien vu de spécial, non.

[II-16 : Trevor Pierce, Gordon Gore : Dorothy Whitman ; Timothy Whitman, Clarisse Whitman] Trevor Pierce intervient à son tour : pourquoi avoir attendu cinq jours pour signaler cette disparition à quelqu’un – et donc pas à la police ? Ou des recherches ont-elles déjà été menées par les Whitman en amont ? « Quatre jours. M. Whitman a contacté M. Gore hier. Nous voulions croire que ce ne serait qu’une autre des petites escapades de Clarisse, simplement un peu plus longue que d’habitude… Mais maintenant nous ne pouvons plus nous bercer de ce genre d’illusions. »

 

[II-17 : Eunice Bessler, Gordon Gore : Dorothy Whitman ; Clarisse Whitman, Louise Whitman] Eunice Bessler demande alors à Mme Whitman si elle pourrait les éclairer sur les circonstances de sa dernière rencontre avec sa fille. Elle ne sait pas s’il y a grand-chose à en dire… « Dites toujours ! » Eh bien, elles s’étaient disputées… À quel motif ? Rien de spécial : son caractère impossible, son refus d’obéir à ses parents, son mépris pour la bienséance, tous ces hommes, ces « bohémiens », alors que Louise, si admirable, ne manquerait pas d’épouser sous peu un homme bien sous tous rapports… Clarisse avait alors éclaté de rire ! Gordon Gore chuchote à l’oreille de sa maîtresse que « cette petite » lui plaît, décidément – elle a de l’humour ! Eunice se retient de pouffer, mais n’en pense pas moins.

 

[II-18 : Veronica Sutton, Eunice Bessler : Dorothy Whitman, Montgomery Phelps ; Clarisse Whitman, Louise Whitman] Devant l’absence d’autres questions, Mme Whitman suppose qu’il est temps de jeter un œil à la chambre de Clarisse. Mais, elle y tient, elle s’y rendra d’abord seule – après quoi Mlle Sutton pourra la suivre. Eunice Bessler les accompagne – elle sait qu’elle met Dorothy Whitman encore plus mal à l’aise que Veronica, mais la convainc qu’elle ferait aussi bien de les accompagner pour mettre toutes les chances de leur côté. Mme Whitman appelle Phelps « pour qu’il tienne compagnie à ces messieurs », puis guide les deux femmes au 1er étage, où se trouve la chambre de Clarisse. Tandis qu’elle peine dans l’escalier, Veronica demande à son hôte pourquoi elle tenait tant à ce que Louise assiste au début de leur entretien, alors qu’il ne fallait visiblement pas qu’elle entende certaines choses ? Dorothy Whitman ne pouvait certes pas parler devant sa fille aînée de ces « maisons de rendez-vous » où se serait rendue Clarisse ; toutefois, l’exclure des discussions portant sur sa sœur n’aurait pas été vraiment justifiable dans l’absolu. Veronica fait la remarque que Louise n’a pas dit un mot : « Certes, elle n’est pas très… communicative. » Et ses rapports avec sa sœur ? « Je ne crois pas qu’elle m’en ait jamais fait part, mais, ma foi, je suppose qu’il s’agissait de rapports normalement entretenus par deux sœurs… Louise est assurément trop douce pour s’emporter sur le comportement inconvenant de sa cadette ; mais je suppose qu’elle n’en pense pas moins, après tout, elle est une Whitman. » Veronica aimerait s’entretenir avec elle : elle connaît bien la psychologie des jeunes filles… Dorothy Whitman revient à sa réponse originelle : elle y consent, mais en sa présence.

 

[II-19 : Eunice Bessler, Veronica Sutton : Dorothy Whitman ; Clarisse Whitman] Eunice Bessler et Veronica Sutton, guidées par Mme Whitman, arrivent devant la chambre de Clarisse. Mme Whitman pénètre seule à l’intérieur, ferme la porte derrière elle, la verrouille même, et se met à fouiller – on l’entend qui déplace des cintres, ouvre des tiroirs, etc. Eunice Besller colle son oreille à la porte pour essayer de comprendre ce qui se passe à l’intérieur – difficile à dire avec plus de précision, cependant.

 

[II-20 : Veronica Sutton : Louise Whitman, Timothy Whitman, Dorothy Whitman] Veronica Sutton, pendant ce temps, jette un œil aux autres pièces de l’étage – simplement pour en avoir un aperçu, pas pour fouiller à proprement parler. Une chambre à côté doit être celle de Louise Whitman. Plus loin, une chambre plus grande, avec un lit immense qu’elle aperçoit car la porte a été laissée entrouverte, est selon toutes probabilités celle des époux Whitman. De l’autre côté, une seule pièce occupe la majeure partie de l’étage ; Veronica y jette un œil rapidement, et suppose qu’il s’agit du bureau de M. Whitman – aux dimensions proprement impressionnantes, avec de nombreuses étagères croulant sous de volumineux dossiers, toutefois classés avec une méticulosité remarquable : on travaille dans cette pièce, mais elle est tenue aussi impeccablement que tout autre.

 

[II-21 : Eunice Bessler : Dorothy Whitman ; Clarisse Whitman] Cela fait maintenant près de dix minutes que Dorothy Whitman fouille la chambre de sa fille – et de plus en plus frénétiquement, à en croire les bruits qu’entend Eunice Bessler toujours l’oreille collée à la porte. Elle décide de toquer : « Mme Whitman ? Tout va bien ? » Elle l’entend répondre que oui, oui, tout va très bien, elles vont bientôt pouvoir rentrer – mais la voix de Dorothy Whitman n’est guère assurée et, exactement au même moment, Eunice perçoit le bruit d’une chasse d’eau... Une minute plus tard, des bruits de pas se font entendre, et Mme Whitman ouvre la porte de la chambre. Elle est d’une extrême pâleur… D’une voix tremblotante, elle engage ces dames à « faire ce qu’elles ont à faire ».

[II-22 : Eunice Bessler, Veronica Sutton : Clarisse Whitman, Dorothy Whitman, Bobby Traven] Eunice Bessler et Veronica Sutton pénètrent dans la chambre de Clarisse, et ferment derrière elles – Mme Whitman ne les a pas suivies. C’est une chambre de jeune fille riche, à l’évidence. Comme les autres pièces de la résidence, elle est luxueuse, mais dans une optique fonctionnelle – pas d’œuvres d’art de quelque sorte que ce soit ; il y a toutefois une toute petite bibliothèque ; concernant les autres meubles, une grande commode, une grande penderie, un petit secrétaire juste sous la fenêtre (très belle vue sur le Présidio), et une table de chevet. Une salle de bains avec toilettes est attenante à la chambre. Eunice et Veronica ont toutes deux le même réflexe, et jettent d'abord un œil à la bibliothèque ; il y a peu de livres, mais sans doute ont-ils été lus – tous sont en anglais, mais autrement assez divers, sans qu’il soit possible de dégager une ligne générale : quelque essais ou manuels, rien de bien pointu, davantage de romans, plutôt à l’eau de rose… Veronica parcourt les livres, en quête d’annotations, de papiers glissés, etc., mais cela ne donne rien. Eunice se rend pendant ce temps dans la salle de bains ; elle constate bien que la chasse a été tirée peu de temps avant, mais ne remarque rien d’autre. Veronica fouine dans les vêtements de la jeune fille, nombreux, luxueux, mais rien à en retirer – simplement, cette garde-robe n’a rien d’excentrique, qui aurait pu coller au caractère de Clarisse. Eunice va à la fenêtre, et regarde le secrétaire – sur lequel se trouve un carnet de notes, un stylo, des enveloppes et des timbres ; elle examine le carnet de notes, sans succès, puis le tend à Veronica – qui n’y repère rien de plus. Mais Eunice pense à un récent tournage – un film policier plutôt médiocre, mais où le détective révélait un texte absent en usant de la technique du frottage avec une pièce de monnaie… Ne préférant pas tenter quoi que ce soit de la sorte, elle « emprunte » le carnet de notes – sans doute Bobby Traven saura-t-il qu’en faire… La table de chevet comprend des tiroirs – l’un d’entre eux témoigne d’une « absence », en laissant de la place pour une sorte de boîte rectangulaire, peut-être un peu plus grande qu’une boîte à cigares ? Eunice, emportée par le souvenir de son tournage, suppose qu’il pourrait y avoir une latte du parquet amovible, ou quelque autre chose du genre, mais ce n’est pas le cas ; elle regarde aussi sous le lit, mais il ne s’y trouve rien – pas même de la poussière. Elles ne pensent plus trouver quoi que ce soit dans la chambre, et en sortent. Mme Whitman patientait devant la porte. Elles n’ont rien trouvé ? « Malheureusement, non », répond Veronica. « C’est bien ce qu’il me semblait », conclut Mme Whitman – elle a récupéré une certaine contenance.

 

[II-23 : Bobby Traven, Gordon Gore, Trevor Pierce : Montgomery Phelps ; Dorothy Whitman, Clarisse Whitman, Timothy Whitman] Pendant ce temps, les quatre hommes patientent dans la pièce où Mme Whitman les a reçus, sous la bonne garde du majordome Phelps – elle l’a clairement envoyé là à cette fin, et c’est un rôle qui ne le met pas à l’aise… Bobby Traven a enfin l’occasion de lui parler ! Que sait-il donc des habitudes de Mlle Clarisse ? « Vous l’avez vue sortir la nuit en cachette, hein, et vous n’avez rien dit à Madame... » Phelps est visiblement très gêné. Bobby poursuit : « Je sais que Clarisse vous a demandé de garder le secret. Mais bon… Et puis la vieille est sortieNous, on veut juste retrouver la petite. Dites-nous ce que vous savez, ça ira plus vite. Il ne vous arrivera rien, et ça sera mieux pour elle... » C’était la bonne approche : de toute la maison, le majordome est probablement celui qui s’inquiète le plus pour Clarisse à la différence de tous les autres, elle s’adressait à lui comme à un être humain, et peut-être même comme à un égal... Parler devant Mme Whitman était impossible, mais, dans ces conditions… Phelps ne sait pas ce qu’il pourrait leur apprendre d’utile ; le détective lui répond que tout est utile. Mais, disons, quand est-ce qu’elle est sortie, qui elle voyait, où elle allait, ce qu’elle faisait… Gordon Gore entend par ailleurs le rassurer : rien ne remontera à cette « pisse-froid » de Mme Whitman (expression qui choque quand même un peu le majordome – c’est un dragon, mais ça reste sa patronne…). Phelps le reconnaît : oui, il était bien au courant des escapades nocturnes de Clarisse – et depuis bien plus longtemps que ses employeurs. Quand elle sortait par sa fenêtre du premier étage, elle utilisait la solide gouttière juste à côté pour descendre – et arrivait ainsi juste devant la fenêtre de la petite chambre du majordome : il savait quand elle partait et quand elle revenait. Mais pas cette fois… Bobby lui demande comment elle se sentait en revenant de ces excursions. Eh bien... Le sentiment de vivre ; une excitation que son existence feutrée de jeune bourgeoise aurait autrement prohibée… Elle était en quête d’expériences – et oui, cela incluait les hommes. Gordon intervient : est-ce que ça n’incluait pas aussi des stupéfiants ? Phelps baisse la tête : « Si, Monsieur. Mlle Clarisse fume de l’opium. Je le sais depuis longtemps, mais je ne crois pas que Mme Whitman soit au courant, et il vaut sans doute mieux qu’elle ne le soit pas... » Décidément, « la petite » plaît à Gordon. Trevor Pierce demande au majordome s’il pourrait les renseigner sur les lieux que Clarisse fréquentait. « Eh bien, de ces endroits où vont les jeunes – ces cafés tout près des universités, ceux des artistes à North Beach... » Mais Phelps ne peut pas citer de noms. Il n’a pas la rigidité de ses employeurs quant aux mœurs de la jeune fille – qu’elle vive tant qu'elle le peut ! Il n’en est pas moins très inquiet. Et concernant Louise ? Une jeune fille effacée – elle ne parle pas, ne sourit pas, s’ennuie, toujours engoncée dans les tenues que lui impose sa mère et qui la desservent… Est-elle aussi respectable que le prétend sa mère ? Il le suppose – mais n’a jamais eu avec elles les mêmes relations qu’avec Clarisse, il ne saurait dire.

 

[II-24 : Eunice Bessler, Veronica Sutton : Dorothy Whitman, Montgomery Phelps, Louise Whitman ; Clarisse Whitman] Dorothy Whitman raccompagne Eunice Bessler et Veronica Sutton auprès de « ces messieurs » à ce moment-là. S’adressant à tous : « Je suppose que vous n’avez plus rien à faire ici ? » Mais Veronica lui rappelle qu’elle avait sollicité un bref entretien, en sa présence, avec Louise – ce qui agace un peu la maîtresse de maison, visiblement pressée de les voir tous déguerpir. Mais certes : que Phelps demeure encore un peu avec ces messieurs, et… Mlle Bessler. Mme Whitman conduit Veronica jusqu’à un petit bureau où, bien loin d’avoir quelque chose à faire, Louise se contentait d’attendre. « Louise chérie, cette dame aurait quelques questions à te poser, concernant Clarisse… Je t’en prie, parle en toute liberté. » Mais elle reste là… Veronica avance que Louise doit être accablée par la disparition de sa sœur ; mais à peine la jeune fille ouvre-t-elle la bouche pour répondre que sa mère le fait à sa place : « Eh bien, oui, à l’évidence, c’est une certitude. » Veronica dit alors comprendre que Mme Whitman ait souhaité assister à cet entretien, mais pourrait-elle laisser répondre sa fille ? « Mais je la laisse parler, voyons ! N’est-ce pas, Louise ? » Cette dernière baisse la tête. Veronica reprend : n’a-t-elle rien remarqué dans les jours et les semaines ayant précédé la disparition de Clarisse ? À peine la jeune fille a-t-elle le temps d’avancer un timide « non » que sa mère la coupe à nouveau : « Bien sûr que non, sans quoi elle m’en aurait parlé. » Veronica, agacée, insiste : Louise est-elle bien certaine de n’avoir rien à lui dire ? Elle regarde la jeune fille dans les yeux – pour lui faire comprendre qu’elle peut lui faire confiance. Louise a visiblement envie de dire quelque chose, mais regarde brièvement sa mère (qui n’y prête pas attention), et baisse à nouveau la tête : « Je ne crois pas avoir grand-chose de plus à dire... » Et Mme Whitman à Veronica : « Vous voyez bien, elle n’a absolument rien à vous dire. » Veronica comprend bien qu’elle n’obtiendra rien de la sorte, et se dit prête à partir, en remerciant Louise pour ses réponses... Mais, en se levant de son fauteuil, elle fait en sorte de faire tomber sa canne pour détourner l’attention de Dorothy Whitman. Louise a le réflexe de s’avancer vers elle, mais s’interrompt aussitôt. Veronica ramasse sa canne et suit Dorothy Whitman dans le couloir – mais elle a profité de ce que la mère l’ait précédée pour laisser derrière elle une carte de visite à l’attention de Louise... Mme Whitman n’y a vu que du feu. Elle la reconduit auprès des autres.

 

[II-25 : Gordon Gore : Dorothy Whitman, Montgomery Phelps ; Clarisse Whitman] « Bien ! Maintenant je suppose que vous en avez fini ici. » Et ce n'est plus une question. Gordon Gore lui demande, affable, si elle est bien sûre de tout leur avoir dit – c’est le cas. Pourrait-elle leur fournir d’autres photographies de Clarisse ? Oui – deux, sans prendre la peine d’en chercher davantage. « Phelps, veuillez raccompagner nos invités. » Ils s’en vont.

III : LUNDI 2 SEPTEMBRE 1929, 18 H – RUES DE PACIFIC HEIGHTS, SAN FRANCISCO

CR L'Appel de Cthulhu : Au-delà des limites (01)

[III-1 : Eunice Bessler, Bobby Traven, Trevor Pierce, Gordon Gore : « Johnny »] Les investigateurs partagent leurs informations respectives et discutent de la marche à suivre dans les rues de Pacific Heghts, avant de se séparer pour la soirée. Eunice Bessler suppose qu’il faudra traquer ce « Johnny » dans le Tenderloin, mais ce serait encore un peu « à l’aveuglette », tant qu’ils n’en savent pas davantage... Toutefois, le Tenderloin est le terrain de jeu de Bobby Traven il s’en charge (et Eunice lui tend le carnet de notes qu’elle a dérobé dans la chambre de Clarisse, en lui suggérant d’user de la technique du frottage, ce qui le laisse un peu pantois...). Ce « Johnny », en outre, est censé être un artiste, et on parlait d’expositions récentes, c’est une autre piste à creuser, qui pourrait rendre le suspect plus « concret » ; la presse en a peut-être fait état, et Trevor Pierce fouinera donc dans les (rares) pages culturelles des numéros du San Francisco Call-Bulletin depuis un peu plus d’un mois, mais Gordon Gore a sans doute aussi quelques contacts à faire jouer dans le milieu de l’art, et envisage de visiter quelques expositions – en compagnie de Eunice, bien sûr.

 

[III-2 : Gordon Gore, Zeng Ju : Clarisse Whitman] Gordon Gore rappelle aussi qu’ils savent maintenant que Clarisse consommait de l’opium – il y a peut-être quelque chose à faire à ce sujet ? Zeng Ju intervient : peut-être ses amis à Chinatown pourraient-ils le renseigner ? Trouver son fournisseur, par exemple ? Il propose de s’y rendre illico. Gordon Gore suppose que c’est une piste intéressante, et Zeng Ju le laisse donc – il le retrouvera plus tard au manoir de Nob Hill.

 

[III-3 : Gordon Gore, Veronica Sutton : Louise Whitman, Dorothy Whitman] Et concernant Louise, demande Gordon Gore à Veronica Sutton ? L’entretien en présence de sa mère n’a rien donné – elle étouffe beaucoup trop la jeune fille. Mais cette dernière semble avoir quelque chose à dire, oui : Veronica a fait en sorte de lui laisser un moyen de la contacter – mais il faudra attendre… Elle fatigue un peu, par ailleurs ; elle va rentrer chez elle – et consulter à tout hasard les dossiers de certains patients liés d’une manière ou d’une autre au milieu de l’art.

IV : LUNDI 2 SEPTEMBRE 1929, 19 H – CHEZ FRANCIS, TENDERLOIN, SAN FRANCISCO

CR L'Appel de Cthulhu : Au-delà des limites (01)

[IV-1 : Bobby Traven : Eugénie ; Francis] Bobby Traven passe brièvement par son bureau de Mission District, mais ne s’y attarde pas : son « restaurant français » fétiche du Tenderloin, Chez Francis, est maintenant ouvert (comme tous les établissement de sa catégorie, il n’ouvre en principe pas avant 18 h). Habitué des lieux, il est accueilli avec un large sourire par les « serveuses ». Il s’assied à une table et fait un signe à « Eugénie » pour qu’elle lui apporte un whisky – la Prohibition n’est nulle part plus laxiste que dans ce genre d’établissements, que la police corrompue au possible n’embête en principe pas. Ils échangent des banalités ; « Francis » est disponible ? Sans doute : Bobby connaît le chemin… Il se rend dans son bureau, qui se trouve au rez-de-chaussée, au bout d’un couloir à côté des cuisines.

 

[IV-2 : Bobby Traven : Francis ; Clarisse Whitman] Bobby Traven s’enquiert pour la forme des affaires de Francis, un homme affable dont il se doute qu’il se nomme en fait « John » ou quelque chose comme ça, mais qui s’est pleinement adapté à sa façade du Tenderloin : pour tout le monde, il est « Francis », on ne l’appelle pas autrement. Mais le détective passe bien vite à autre chose – un truc bizarre qu’il a appris, ça gratte peut-être le patron derrière l’oreille ? Il cherche… « une fille » ; y a pas des « nouvelles » ? Ça dépend : de quel genre ? « Ce genre-là », dit Bobby en montrant la photo de Clarisse Whitman. Francis s’y attarde : « Ouais, mignonne… Ça sent le pognon, ça… Du coup, ça ressemble pas vraiment aux filles qu’on emploie ici. Qu’est-ce que tu cherches au juste avec elle ? » Eh bien, Francis est un homme de bon sens et de bon goût, et… « Te fous pas de moi, Bobby : tu sais très bien qu’une fille comme ça va pas travailler pour moi. » Mais Francis n’a rien d’agressif en disant cela – il fait juste comprendre à Bobby qu’il n’est pas dupe de ses intentions, et qu’il ne pourra pas l’aider s’il n’en sait pas davantage. Une fille pareille, on chercherait plutôt ça du côté de Nob Hill, non ? Bobby lui demande juste d’ouvrir l’œil – avançant même que, s’il la trouve lui d’abord, et si elle intéresse Francis… « Pourquoi pas, si elle a du savoir-faire. » Mais il éclate de rire aussitôt : « Bobby, franchement, on se connaît depuis un bail, je pourrais t’imaginer faire plein de choses dans la vie, mais mac, non, ça te va pas ! » Bobby l’admet : Francis le connaît, c’est qu’il y a quelqu’un qui cherche la fille… Le détective lui laisse 20 $ : si Francis la croise ou entend parler d’elle, il le prévient ? Le patron va garder les yeux ouverts – et montrer la photo aux filles. Bobby ajoute qu’un certain « Johnny », un peintre à ce qu’il paraît, lui serait lié – et il zonerait dans le coin. Là aussi, si Francis en entend parler… Il y aura d’autres billets verts à la clef : « Mon sponsor est blindé… Par contre, si tu me files un faux tuyau, c’est mon .45 qui va parler ! » Ils éclatent tous deux de rire : « Arrête tes conneries... » Bon, Bobby va faire un petit saut à l’étage, histoire de se distraire un peu…

 

V : LUNDI 2 SEPTEMBRE 1929, 19 H – BOUTIQUE DE XIANG HAI, CHINATOWN, SAN FRANCISCO

CR L'Appel de Cthulhu : Au-delà des limites (01)

[V-1 : Zeng Ju : Xiang Hai] Zeng Ju se rend donc de son côté à Chinatown. Il a conservé de sa jeunesse « tumultueuse » des contacts dans la pègre du quartier – outre sa loyauté toujours acquises aux Combattants Tong. Il sait que les fumeries d’opium de Chinatown ne sont guère fréquentées par les Blancs, et ne pense donc pas y trouver des renseignements dans l’affaire qui l’intéresse. À vrai dire, il manque tellement d’éléments que cela revient à chercher une aiguille dans une botte de foin… Mais s’il est un endroit où il pense pouvoir dénicher quelques informations, c’est sans doute la boutique de Xiang Hai – pas tant une fumerie d’opium qu’une sorte de « grossiste » en stupéfiants, qui gère une partie non négligeable de l’approvisionnement en opium des fumeries hors Chinatown, et éventuellement des transactions privées.

 

[V-2 : Zeng Ju : Xiang Hai ; Gordon Gore, Ling, Clarisse Whitman, Timothy Whitman, « Johnny », Lin Chao] La boutique de Xiang Hai ne paye pas de mine : en dehors d’une petite salle de réception où conclure les affaires, elle relève à vrai dire plutôt du petit entrepôt. Mais Zeng Ju est accueilli avec un large sourire par le maître des lieux : « Cela faisait quelque temps... » Ils discutent un peu – de Gordon Gore, de Ling… Mais Zeng Ju en vient bien vite au fait : M. Gore enquête sur une disparition – celle de la fille cadette du banquier Timothy Whitman, Clarisse, dont on n’a plus de nouvelles depuis cinq jours. Xiang Hai a une vague idée de qui est ce M. Whitman, mais guère plus que ce qu’il a pu lire dans les journaux. Mais Zeng Ju poursuit : la fille a des mœurs dissolues, et ils ont pu apprendre qu’elle consommait de l’opium. Cela pourrait être une piste pour la retrouver, croit-il. Xiang Hai pourrait-il l’orienter vers des personnes susceptibles de lui avoir fourni de la drogue ? Bien sûr, il ne s’agit certainement pas de leur causer des ennuis… Simplement de retrouver la fille. Xiang Hai commence par une évidence : une jeune fille de bonne famille ne se fournit pas elle-même à Chinatown. Zeng Ju acquiesce. Mais alors, envoie-t-elle quelqu’un se fournir ici, ou bien se fournit-elle elle-même ailleurs ? Or Xiang Hai ne traite pas ce genre d’affaires au détail… Pour lui, Zeng Ju ne trouvera pas de réponse à Chinatown ; peut-être… du côté de North Beach, ou Russian Hill ? Ce sont des quartiers « bohèmes », on y trouve forcément des consommateurs d’opium. Ou sinon le Tenderloin, sans doute… Ce genre de quartiers… Xiang Hai est sincèrement désolé, il aimerait faire plus pour aider son vieux camarade, mais, en l’état… Zeng Ju, toutefois, réagit à la mention du Tenderloin : voilà qui l’intéresse – on a mentionné ce quartier à propos d’un… « ami de cette jeune personne ». Xiang Hai pourrait-il lui recommander quelqu’un sur place – quelqu’un, par exemple, qui y vendrait de l’opium ? Le trafiquant dit qu’il y a plusieurs revendeurs qui font le tour des « restaurants français »… Il faudrait en savoir plus. Mais peut-être peut-il d’ores et déjà s’adresser à un certain Lin Chao ? C’est un jeune homme ambitieux, qui a délaissé Chinatown pour s’installer là-bas ; Xiang Hai donne son adresse à Zeng Ju, qui le remercie – le trafiquant s’excuse de n’avoir pas pu faire davantage, mais le domestique pense qu’il lui a bel et bien fourni une piste intéressante, et précise qu’il saura s’en souvenir – s’il a besoin d’aide, qu’il n’hésite pas. Le domestique prend congé.

 

VI : LUNDI 2 SEPTEMBRE 1929, 19 H – MANOIR GORE, NOB HILL, SAN FRANCISCO

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[VI-1 : Gordon Gore, Eunice Bessler, Trevor Pierce] Gordon Gore et Eunice Bessler sont rentrés au manoir du dilettante sur Nob Hill, et ont invité Trevor Pierce à les suivre. Ils ont pris le temps de se poser un peu (façon de parler en ce qui concerne le journaliste, que tant de luxe met mal à l’aise...), mais n’ont pas oublié leur mission pour autant.

 

[VI-2 : Gordon Gore : Howard Sanford ; Jonathan Colbert] Gordon Gore compte jouer de la piste « artistique » ; il suppose qu’un de ses contacts, un critique d’art du nom de Howard Sanford, pourrait l’éclairer, et il lui passe donc un coup de fil. Son ami répond aussitôt. Pourrait-il lui parler des plus récentes expositions – à North Beach ou Russian Hill, par exemple ? Et connaîtrait-il un jeune peintre qui serait susceptible de se faire appeler « Johnny » ? Sanford réfléchit un instant, ça lui dit quelque chose : « Johnny, Johnny… C’est quoi son nom déjà… Ah ! Jonathan Colbert, peut-être ? Oui, on en a pas mal parlé ces derniers temps… Il a eu quelques "petits soucis" avec ses expositions... » C’est-à-dire ? Sanford n’a pas les détails en tête – mais ça ne remonte pas à très longtemps, un mois, guère plus ; les journaux s’en sont fait écho, et pas seulement ceux s’intéressant à l’art – on avait annoncé en grande pompe une exposition au Palace of Fine Arts, dans le Présidio ; le couplet habituel : un jeune prometteur, avec de très bonnes recommandations… Mais les commissaires de l’exposition se sont emballés, et ont été surpris par les… « thèmes » traités ; des peintures « licencieuses »… Gordon Gore se dit intéressé. « Je m’en doute, que tu l’es… Il s’agissait de nus, assez explicites – des prostituées avaient posé pour Colbert… Aucune idée de ce que ça pouvait bien valoir – artistiquement s’entend. Mais la bonne société de San Francisco a été choquée – l’autre "bonne société de San Francisco", celle dont tu ne fais pas partie… Bon, bref, l’exposition a été fermée. Je crois qu’il a essayé de la recycler, dans une galerie de North Beach, mais où précisément… En tout cas ça a été fermé à nouveau. Je ne me souviens pas des détails, mais ça se trouvera facilement dans la presse. » Gordon Gore le remercie – c’est pour une de ses « aventures », il va essayer de jeter un œil à ces peintures scandaleuses… Si Sanford apprend quelque chose sur ce « Johnny », qu’il n’hésite pas à lui faire signe !

 

[VI-3 : Gordon Gore, Eunice Bessler, Trevor Pierce : Jonathan Colbert] Gordon Gore résume sa conversation téléphonique à Eunice Bessler et Trevor Pierce ; il se tourne plus particulièrement vers ce dernier – il faudrait qu’il fouine dans les journaux, remontant au pire à, disons, cinq semaines, des éléments concernant un certain Jonathan Colbert, un jeune peintre qui a défrayé la chronique avec ses nus (le dilettante sourit) : rien de sûr, mais ça pourrait bien être leur « Johnny ». Toute information est donc la bienvenue : avant de mettre la main sur lui, il faut sans doute en savoir un peu plus sur qui il est. Trevor acquiesce et s’en va aussitôt.

VII : LUNDI 2 SEPTEMBRE 1929, 20 H – RÉDACTION DU SAN FRANCISCO CALL-BULLETIN, NEW MONTGOMERY STREET, SOUTH OF MARKET, SAN FRANCISCO

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[VII-1 : Trevor Pierce : Howard Sanford, Jonathan Colbert, Gordon Gore] Arrivé à la rédaction du San Francisco Call-Bulletin, dans le quartier de South of Market, Trevor Pierce se plonge aussitôt dans les archives. Un peu sceptique tout d’abord, car son journal n’est pas très pointu en matière culturelle, il trouve pourtant les articles mentionnés par Howard Sanford – lapidaires, avec un évident parfum de scandale, mais qui comportent quelques éléments intéressants. Trois articles récents traitent donc de Jonathan Colbert. Le premier remonte à quatre semaines :

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Le deuxième à trois semaines :

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Le troisième et dernier à la semaine précédente seulement :

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Ces informations notées, Trevor Pierce retourne aussitôt au manoir de Gordon Gore à Nob Hill.

 

VIII : LUNDI 2 SEPTEMBRE 1929, 22 H – MANOIR GORE, NOB HILL, SAN FRANCISCO

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[VIII-1 : Gordon Gore, Zeng Ju, Eunice Bessler] Tous ont le même réflexe de se rendre chez Gordon Gore pour faire le point sur l’avancement de l’enquête après cette première journée et échanger leurs informations respectives. Zeng Ju, rentré un peu plus tôt après son enquête à Chinatown, s’est aussitôt rendu en cuisine pour y faire des miracles, à son habitude. Eunice Bessler prend quant à elle bien soin de se repoudrer… le nez. Bobby Traven préfère un whisky – ça ne pose aucun problème chez Gordon Gore.

 

[VIII-2 : Veronica Sutton, Gordon Gore] Veronica Sutton est venue elle aussi, et Gordon Gore s’en félicite : « Elle est définitivement mordue ! » Par contre, ses recherches sur ses patients artistes n’ont sans surprise débouché sur rien de vraiment probant… Elle a bien de tels patients – et en nombre : sa profession, son sexe, ses idées, sont autant de raisons expliquant cette relative disproportion. Mais, ne disposant alors d’aucun nom…

 

[VIII-3 : Gordon Gore, Bobby Traven, Trevor Pierce, Eunice Bessler : Daniel Fairbanks, Jonathan Colbert, Timothy Whitman, Dorothy Whitman] Gordon Gore s’interroge : dans quelle mesure le rapport qu’ils doivent soumettre le lendemain matin, 9 heures, à Daniel Fairbanks, doit-il être exhaustif ? Il n’a guère confiance en leurs employeurs… Bobby Traven lui rétorque aussitôt qu’il a confiance en leurs dollars, c’est bien suffisant – et Trevor Pierce rappelle qu’ils sont liés par un contrat très rigoureux. Eunice Bessler suppose qu’ils pourraient très bien se contenter d’un lapidaire « Nous sommes sur une piste... » De toute façon, c’est sans doute à Gordon Gore de s’occuper de ce genre de choses. Mais justement : le dilettante avance qu’il vaudrait peut-être mieux, pour l’heure, garder pour eux le nom de Jonathan Colbert. Trevor Pierce ajoute que cette idée de peinture de nus risquerait d’effrayer un peu trop les WhitmanMais Bobby répond justement sur ce thème : lui non plus n’a pas confiance en les Whitman, mais c’est bien le problème – ils ne leur ont sans doute pas tout dit, et il est possible qu’ils soient parfaitement au courant de cette histoire de nus, voire du nom de Jonathan Colbert ; peut-être, de leur part, est-ce un test ? Il faut se montrer prudent… Gordon Gore admet qu’il n’a pas tort – il va y réfléchir.

 

[VIII-4 : Trevor Pierce, Eunice Bessler, Bobby Traven, Gordon Gore : Irena Kreniak, Jonathan Colbert, Nicolas Robinson] Mais comment procèderont-ils demain, après le rapport à Fairbanks ? Sur la base des articles qu’il a trouvés, Trevor Pierce avance qu’il serait sans doute utile de rendre une petite visite à Irena Kreniak, la propriétaire de la dernière galerie où Jonathan Colbert a exposé, a priori. À en croire le troisième article, elle semble proche du peintre, ou du moins favorablement disposée envers son travail, à la différence des gens du Palace of Fine Arts. Eunice Bessler a aussi noté le nom du professeur de Jonathan Colbert, un certain Nicolas Robinson – lui aussi, cela pourrait être intéressant de lui rendre visite… Trevor relève par ailleurs qu’il n’a jamais été possible d’obtenir des commentaires du peintre à la suite de ses déboires avec la bonne société san-franciscaine : doit-on en déduire que lui aussi à disparu ? Quant à Bobby Traven, il évoque sa virée dans le Tenderloin, mais il ne disposait pas alors du nom de Jonathan Colbert, seulement de « Johnny »... Toutefois, dit-il à Gordon Gore, ça lui a déjà coûté 20 $, alors si Monsieur veut bien faire une « facture »… Gordon Gore se dit « fatigué » par le matérialisme du détective privé, mais il fera ce qu’il pourra... En fait, Trevor est sans doute celui qui s’y connaît le mieux en droit et en comptabilité dans le petit groupe – Bobby le sait, le lui dit, et l’assure qu’il pourra lui réserver une très bonne « table » Chez Francis ! Et Trevor, surpris, ne dit pas non…

 

[VIII-5 : Bobby Traven, Eunice Bessler, Gordon Gore : Clarisse Whitman] Bobby Traven semble prêt à repartir… mais Eunice Bessler l’interpelle : et le bloc-notes de Clarisse Whitman ? Ça a donné quelque chose ? Le fait est que Bobby l’avait totalement oublié… Il l’a toujours sur lui – et le manoir de Gordon Gore est un endroit aussi approprié qu’un autre pour faire usage de cette technique du « frottage » dont avait parlé l’actrice… Cela révèle en effet l’empreinte d’une lettre (non datée) :

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[VIII-6 : Gordon Gore, Eunice Bessler, Veronica Sutton, Bobby Traven, Zeng Ju, Trevor Pierce : Clarisse Whitman, Lin Chao, « Johnny », Irena Kreniak, Daniel Fairbanks] Cette histoire d’ « ombre », ou de « noirceur », excite Gordon Gore, qui ne s’attendait pas à ce genre de choses ; Eunice Bessler ne comprend pas bien en quoi c’est excitant – des clochards qui sont sales, c’est dans l’ordre des choses... Veronica Sutton, elle, déplore la naïveté de la jeune Clarissemais, en tant que psychiatre, elle suppose que cette insistance, concernant les clochards, exprime peut-être une certaine tendance à la paranoïa ? Bobby Traven lui rétorque sèchement que le whisky ou l’opium seraient des explications plus simples... Zeng Ju va dans son sens, et explique ce qu’il a fait à Chinatown ; il lui faudra rendre visite à ce Lin Chao. Le détective privé revient à la lettre, et relève qu’Ellis Street se trouve bien dans le Tenderloin, et que la lettre fait clairement allusion aux « restaurants français » ; raison de plus d’y retourner ! Trevor Pierce l’approuve (intéressé ?), car ce « Johnny » lui fait l’effet d’être un maquereau… Mais Gordon Gore ne veut pas trop précipiter les choses : en ce qui le concerne, il faut d’abord voir au moins Irena Kreniak – ce qui repousse au lendemain, et après le rapport, la galerie ne sera pas ouverte avant (Bobby Traven envisage « une expédition nocturne », mais Gore ne prête pas la moindre attention à cette suggestion). Veronica Sutton, enfin, précise qu’elle ne poursuivra l’enquête que si on lui donne l’assurance qu’il n’en résultera rien de fâcheux pour Clarisse Whitman ; Gordon Gore la rassure, pour lui, cela va de soi – et il aura cette obligation à l’esprit quand il fera son rapport à Daniel Fairbanks. Zeng Ju rappelle aussi que son maître devra faire attention s’il évoque la question de l’opium : il ne faut pas mouiller ses contacts à Chinatown...

 

[VIII-7 : Gordon Gore, Eunice Bessler, Zeng Ju, Veronica Sutton, Bobby Traven, Trevor Pierce] Gordon Gore suppose qu’ils s’en tiendront là pour la soirée. Il offre d’héberger ceux qui le souhaitent (la question ne se pose pas pour Eunice Bessler et Zeng Ju). Mais Veronica Sutton décline l’invitation – elle préfère rentrer chez elle, à Fisherman’s Wharf, auprès de ses chats (et déplore avec un sourire moqueur le goût atroce de Gordon en matière de décoration intérieure… Il répond sur le ton de la blague, mais est un peu vexé, il y a quand même quelques tableaux auxquels il tient !). Quant à Bobby Traven, il ne compte pas se coucher de suite : c’est le moment d’aller enquêter dans le Tenderloin ! Trevor Pierce, assez excité, offre de l’y accompagner.

 

IX : MARDI 3 SEPTEMBRE 1929, 0 H – RUES DU TENDERLOIN, SAN FRANCISCO

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[IX-1 : Bobby Traven, Trevor Pierce : Clarisse Whitman] Bobby Traven, suivi de Trevor Pierce, retourne donc dans le Tenderloin, dans l’idée de patrouiller le coin, puis de se rendre Chez Francis. Le quartier se partage en avenues bien éclairées et très fréquentées, et ruelles autrement sombres – le domaine de ces sans-abris nombreux dans les environs, mais auxquels on ne fait jamais attention. Peut-être est-ce l’effet de la lettre de Clarisse Whitman ? Toujours est-il que tous deux remarquent en même temps, dans une ruelle sordide, un attroupement de clochards plus conséquent que d’habitude… Du bruit provient de leur groupe, c'est ce qui a attiré Bobby et Trevor – des bruits de coups ? Ils sont une dizaine de clochards, qui leur tournent le dos ; et ils sont tous armés de gourdins improvisés – planches cloutées, tuyaux de plomb… Ils ne cessent de porter des coups, très mécaniquement, de haut en bas et sur un rythme lent et monotone. Pour Bobby, aucun doute : ce son mat lui confirme qu’ils tabassent quelqu’un ! Mais nul gémissement de la part de la victime… Bobby et Trevor s’avancent discrètement – les clochards ne font pas attention à eux. Mais le détective remarque que chacun des coups qu’ils portent suscite une grande gerbe de sang, qui repeint les murs, voire se répand sur les sans-abri, lesquels n’en tiennent absolument pas compte… Bobby s’avance un peu plus – pour voir ce sur quoi ils tapent. Trevor reste en arrière, et pose une main nerveuse sur ce revolver qu’il fait suivre partout et dont il n’a jamais fait usage… Mais le détective privé n’y tient plus – leur victime est peut-être une de ces filles du quartier ! Il se fraie un passage, sans plus chercher à se montrer discret, et écarte sans ménagement plusieurs clochards crasseux, qui ne prêtent aucune attention à lui. Écartés de la scène, les yeux hagards et sombres, ils se contentent de marmonner des choses incompréhensibles. Bobby voit enfin ce sur quoi les clochards tapaient : il s’agit d’un chien – pas encore mort, mais qui le sera bientôt, à l’évidence : il a deux pattes cassées, des marques de coups partout sur le corps, le ventre crevé, dont jaillissent ses intestins, un œil réduit à de la pulpe sanglante à force d’être perforé mécaniquement par un tuyau de plomb… L’animal est trop faible pour gémir, et n’en a plus pour longtemps. La scène impressionne Trevor, qui en a un aperçu maintenant que les vagabonds se sont écartés – et ce qu'il voit le rend furieux... Bobby, lui, rassuré de voir que la victime n'est pas un être humain, s’en désintéresse : un nouveau jeu pour les clochards, qu’est-ce que ça peut bien lui faire… Ils se contentent maintenant de rester debout, un peu chancelants, dans les environs, en émettant des borborygmes : « Ai...m...s'il...ait, je p...er...ez...oi… yo...th...m'a...is... » Bobby voit cependant que Trevor réagit mal, et suppose qu’il est bien temps de quitter les lieux. Il hausse le ton pour disperser les clochards – et remarque alors comme des « taches d’ombre » sur leurs visages, surtout autour des yeux, mais aussi ailleurs… Dans la faible luminosité de la ruelle, Bobby n’est sûr de rien, mais il a l’impression que ce n’est pas de la crasse, ou même du maquillage, mais… comme si le peu de lumière dans la ruelle se reflétait différemment ? C’est une sensation assez étrange… Le détective s’approche de l’un d’entre eux, intrigué. Mais tous lâchent alors leurs « armes »… et se précipitent sur le chien pour le dévorer à pleines dents – du moins, celles qu’il leur reste. Ils s’amassent sur l’animal, beaucoup plus vifs qu’ils ne l’étaient jusqu’alors, et mordent à même la chair, en se repoussant mutuellement pour s’assurer une place au festin aux dépends des moins solides ; certains engloutissent les intestins, l’un d’entre eux gobe avec délectation l’œil qui restait... La scène, cette fois, stupéfie Bobby – et Trevor encore un peu plus, qui est pris de nausée. Le détective est convaincu que les clochards sont fous à lier, et qu’il faut partir d’ici : aucune envie de jouer du pistolet dans cette foule, et il redoute que les vagabonds ne leur laissent pas beaucoup plus longtemps le choix. Mais, alors que Bobby lui fait signe de partir, Trevor, captivé, est interpellé par un détail : certains clochards, repoussés par les autres, ne semblent pas avoir la force de se battre et s’effondrent contre le mur, hagards, en grommelant… mais une femme, parmi eux, remarque alors une flaque d’eau juste à côté d’elle ; dans un grognement, elle s’approche à quatre pattes, et se met à laper à même le sol défoncé l’eau de pluie crasseuse ! Bobby sidéré fait signe au journaliste de partir – il en a assez vu pour ce soir… Son métier l’a habitué à voir des comportements scabreux, mais ça… Vingt mètres plus loin à peine, ils se retrouvent dans les avenues éclairées et fréquentées du quartier – contraste saisissant avec le spectacle répugnant dans la ruelle, au point où ils ne sont plus sûrs de ce qu’ils ont vu… mais sans pour autant chercher à s’assurer de ce que les clochards sont toujours là. Bobby traîne presque Trevor jusque Chez Francis : ils ont bien besoin d’un remontant !

 

X : MARDI 3 SEPTEMBRE 1929, 1 H – CHEZ FRANCIS, TENDERLOIN, SAN FRANCISCO

CR L'Appel de Cthulhu : Au-delà des limites (01)

[X-1 : Bobby Traven, Trevor Pierce : Eugénie ; Clarisse Whitman, Jonathan Colbert] Bobby Traven et Trevor Pierce, qui ne se connaissaient guère auparavant, se sentent liés par ce qu’ils viennent de voir. Assis à une table Chez Francis, immobiles devant leurs verres de whisky (que vient de leur servir Eugénie, trop occupée pour s’attarder à discuter), ils demeurent muets quelque temps, puis ne cachent plus leur stupéfaction. Le détective demande au journaliste s’il a déjà vu une scène pareille ; ce n’est bien sûr pas le cas – même si ça évoque à Trevor des anecdotes sur les époques de famine... Mais à San Francisco, en 1929 ? Tentant désespérément l’humour, Bobby dit : « À Chinatown, au moins, il les font cuire... » Mais il n’a pas le cœur à rire, au fond : qu’est-ce qui peut bien expliquer pareil comportement ? Une nouvelle drogue, peut-être ? En tout cas, il confirme au journaliste qu’il n’a jamais vu ça lui non plus… Et ils sont trop choqués pour penser encore à Clarisse Whitman ou Jonathan Colbert.

 

[X-2 : Bobby Traven, Trevor Pierce : Eugénie] Bobby Traven alpague tout de même Eugénie entre deux commandes, et lui demande si les clochards du coin n’ont pas un… « comportement inhabituel », ces derniers temps. Mais la « serveuse » est interloquée : « Les clodos ? Non… Enfin, c’que j’en sais… C’est des clodos, on s'en fout... »

 

À suivre...

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CR L'Appel de Cthulhu : Au-delà des limites (00)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Au-delà des limites (00)

Je maîtrise en ce moment le scénario pour L’Appel de Cthulhu intitulé « Au-delà des limites », tiré du supplément Les Secrets de San Francisco. Je l’avais déjà maîtrisé « IRL » il y a quelques années, bien sûr avec une autre table.

 

Avant de faire le compte rendu de la première séance, je vais donner ici quelques éléments préparatoires : des éléments de contexte concernant ce que tous les San-franciscains savent de leur ville et éventuellement de la Bay Area à l'époque (ce qui implique son lot de simplifications, et éventuellement d’inexactitudes, même si je m’en suis tenu pour l’essentiel au contenu des Secrets de San Francisco), puis une description succincte des six PJ que j’ai créés pour la partie.

 

INDICATIONS DE CONTEXTE

 

Géographie physique

 

Le Golden Gate est un étroit passage reliant l'océan Pacifique et la baie de San Francisco, au sud, et celle de San Pablo au nord – un passage si étroit en fait qu'il n'a été découvert que très tardivement : aussi bien Drake que les premiers Espagnols chargés de cartographier la côte californienne, aux XVIe et XVIIe siècles, sont passés à côté sans le voir (il faudra attendre 1775 pour qu'un navire espagnol pénètre dans la baie de San Francisco et qu'elle figure sur les cartes !) ; les microclimats typiques de la région ne leur avaient certes pas facilité la tâche, car il y a souvent des bancs de brume dans le Golden Gate et ses environs, à même de le dissimuler totalement.

 

Mais ces microclimats sont très divers, et, dans la région, voire dans la ville de San Francisco même, on passe très vite, par exemple, de ce genre de brume au plein soleil – d'un quartier à l'autre (et les quartiers sont connus pour ces microclimats : par exemple, le quartier rupin de Nob Hill est souvent considéré comme une île surnageant au-dessus de la brume… et éventuellement de la pauvreté). Le climat global de la Californie est méditerranéen, mais il y a donc des sortes de « poches », dans la région, qui conservent leur spécificité au-delà.

 

Il faut ajouter que les eaux de la baie de San Francisco peuvent s'avérer traîtresses, voire carrément dangereuses : la brume si fréquente, donc, mais aussi les récifs tranchant sur les hauts fonds, les courants parfois violents, les requins même pour ceux qui se retrouveraient à y faire trempette pour une raison ou une autre, ont provoqué leur lot de drames – et les eaux du Pacifique au large du Golden Gate, ou, juste un peu plus au sud, dans la Half Moon Bay réputée pour ses naufrages à répétition, sont plus redoutables encore...

 

La région, c'est notoire, a une activité sismique élevée. San Francisco est située sur la faille de San Andreas, et les failles Hayward et Calaveras traversent la baie immédiatement à l'est. À terme, personne n'en doute, un grand tremblement de terre remodèlera totalement la région, noyant certaines zones et transformant les côtes continentales actuelles en îles. Le souvenir demeure du tremblement de terre de 1906, qui a fait beaucoup de mal à la ville et détruit bon nombre de ses plus vieux bâtiments – en fait, les bâtiments antérieurs à 1906 y sont très rares de manière générale. Les pertes humaines ont été relativement limitées (dans les 600 morts) pour un séisme de cette taille (8,5 sur l'échelle de Richter, le plus important jamais enregistré aux États-Unis), et plus de la moitié de ces victimes ont péri en raison des incendies ayant suivi le séisme, plutôt que du fait du séisme lui-même (comme souvent à l'époque). Mais la majeure partie de la ville – tout l'est, en gros, son cœur historique – a été ravagée, et il a fallu tout reconstruire au presque... La ville, très dynamique, y a cependant très tôt remédié dans l'ensemble.

 

(Ici une parenthèse plus « humaine », et pas seulement historique, car elle peut faire sens dans le cadre d'une partie de L'Appel de Cthulhu, où les investigateurs ont pour réflexe bien légitime de fouiner dans les archives, etc. : le tremblement de terre de 1906 a causé beaucoup de destructions, et les archives, les bibliothèques et les musées ont été au premières loges... Nombre de collections ont été affectées par le cataclysme, et beaucoup d'archives ont brûlé. Au moment de la partie – j'ai choisi de placer son point de départ au lundi 2 septembre 1929 –, plus de vingt ans après, la ville, vite reconstruite et prospère à nouveau, ne s'en est toutefois pas complètement remise. Cela ne signifie bien sûr pas que ce genre de recherches est impossible, certainement pas, mais il y a deux particularités qu'il faut prendre en compte : d'une part, les trouvailles sont peut-être plus aléatoires qu'ailleurs, et d'autre part les documents ne sont pas nécessairement centralisés – il faut donc éventuellement se partager entre plusieurs sites, certains publics, certains privés ; par exemple, si les institutions publiques disposent d'un annuaire très bien conçu et régulièrement mis à jour, l'état-civil, et notamment le registre des naissances, pour les documents antérieurs à 1906, ont souffert lors du tremblement de terre, alors que les registres de baptême pour la même époque ont été globalement mieux conservés, etc.)

 

Enfin, la région dans son ensemble, en raison de ce qui précède, présente un relief biscornu – le Golden Gate et les baies sont bien sûr en eux-mêmes les illustrations les plus flagrantes de cette activité géologique sur le long terme (ou à moins long terme, il y a des théories farfelues qui circulent encore à ce propos en 1929...) ; mais, en outre, la ville de San Francisco elle-même, pourtant d'une superficie relativement limitée, tout au nord, et surtout au nord-est, d'une étroite péninsule donnant sur le Golden Gate, est bâtie sur plus de quarante collines – tant pis pour Rome... ou Providence. Toute la baie est environnée de semblables collines, et parfois escarpées ; le mont Tamalpais, au nord du Golden Gate, culmine ainsi à 770 m.

Histoire et société

 

Le San-franciscain moyen n'est probablement pas très au fait de la préhistoire ni de la présence indienne dans la région (une histoire ancienne de toute façon ; au moins sait-il qu'il s'y trouvait plusieurs tribus différentes avant l'arrivée de l'homme blanc, tribus que les Espagnols qualifiaient ensemble de costanoanes, « Ceux de la côte », sans s'embarrasser de faire dans le détail), mais il sait à peu près certainement que la région a été colonisée, à la toute fin du XVIIIe siècle seulement, par les Espagnols, et notamment des évangélisateurs franciscains qui ont fait de la future ville le point central de leurs missions dans la région. Le plus vieux bâtiment de la ville est ainsi la Mission San Francisco de Asis (plus tard appelée Mission Dolores), et c'est d'ici que viendra le nom de la ville – et de son plus vieux quartier : Mission. En fait, on considère généralement que la date de la fondation de la ville correspond à la première messe célébrée dans la mission. Avec un bémol à noter, cependant : les Espagnols appelaient le site Yerba Buena ; le nom, même hispanique, de San Francisco, n'a en fait été adopté officiellement qu'au moment de l'annexion américaine, vers le milieu du XIXe siècle (et le nom de Yerba Buena a été recyclé pour désigner une petite île de la baie, entre San Francisco et Oakland, sur laquelle s'appuiera le Bay Bridge reliant les deux grandes villes à partir de 1936).

 

Quand le Mexique s'est émancipé de l'Espagne, dans la première moitié du XIXe siècle, la future San Francisco, avec l'ensemble de la Californie (entendue bien plus largement que le seul État américain qui porte aujourd'hui ce nom), lui est revenue ; mais San Francisco n'était pas alors une ville très importante, et pas non plus la capitale de la province – laquelle était la ville de Monterrey (toujours mexicaine selon nos frontières contemporaines).

 

La donne a changé vers le milieu du XIXe siècle quand, coup de bol, les jeunes États-Unis ont conquis la Californie (au sens large, donc), après une brève guerre contre le plus jeune encore Mexique, quelques années à peine avant la découverte des filons d'or dans la région, qui allait susciter la grande ruée vers l'or, dont San Francisco serait la plaque tournante. D'où un afflux considérable et très soudain de nouveaux colons, aux origines extrêmement variées. L'épuisement des filons susciterait quelques années plus tard une sévère crise économique, mais somme toute brève, car il y eut ensuite une ruée vers l'argent, moins colossale, mais qui eut néanmoins son impact ; après quoi la ville était devenue suffisamment développée et riche pour prospérer dans des activités plus variées et moins aléatoires.

 

C'est un point crucial de l'histoire de la ville – à maints égards, la ruée vers l'or a constitué la vraie naissance de San Francisco, et non seulement la source de sa puissance économique et l'origine de son développement, mais aussi une raison essentielle à un caractère très important de la ville, qui est son cosmopolitisme : San Francisco est en fait alors la ville la plus cosmopolite des États-Unis, devant même New York (Ellis Island ou pas – en fait, San Francisco a son équivalent sur la côte ouest d'Ellis Island, qui se nomme Angel Island ; mais ce dispositif peut fonctionner à l'envers, car on y garde aussi pour un temps les Chinois sous le coup de la loi d'exclusion...) ; bien sûr, le quartier si particulier de Chinatown en est une illustration flagrante, mais cela va au-delà.

 

Parmi les spécificités historiques et culturelles à noter dans la région, certaines sont peut-être à mettre en avant dans le contexte d'une partie de L'Appel de Cthulhu : ainsi, dans cette ville au développement parfois anarchique, on a vu à plusieurs reprises des « Comités de Vigilance », temporaires, se mettre en place, qui se substituaient aux autorités jugées défaillantes pour « rendre la justice » – généralement des sociétés plus ou moins « secrètes », conçues et dirigées par des membres en vue de l'élite san-franciscaine, mais promptes à manœuvrer les masses populaires pour susciter des lynchages ; ces comités étaient dissous quand leur mission était jugée « accomplie », mais ils ne cessaient de ressusciter de leurs cendres. Il y a toujours un de ces comités en 1929 : au-delà de ses attributions de principe, sous couvert de protection des honnêtes gens, il s'en prend essentiellement et très violemment à tout ce qui pourrait ressembler à du socialisme dans la région...

 

Il faut dire que la ville est idéologiquement active, voire turbulente – et qu'à cette époque et dans ce contexte, la propagande socialiste peut se montrer « dure », voire prendre une forme que l'on jugerait plus tard terroriste.

 

Dans une dimension pas si éloignée que cela, les ouvriers (éventuellement guidés par les élites) sont souvent les premiers à s'en prendre aux immigrés – et tout particulièrement aux Chinois, ethnie victime de très fortes discriminations, ciblées et institutionnalisées, en sus des lynchages occasionnels et du simple mépris populiste teinté d'angoisse : on est à fond dans le « péril jaune ».

 

La ville est cependant assez libérale dans l'ensemble – et on s'y est accommodé avec beaucoup de souplesse de la Prohibition, par exemple... Notez qu'elle est cependant toujours en vigueur en 1929, théoriquement du moins. Il y a un revers de la médaille – consistant en de nombreuses affaires de corruption (plusieurs maires ont été mouillés dans de sales affaires, et la police est notoirement au cœur d'un système de pots-de-vin) et autres scandales en tous genres, souvent liés à la prostitution endémique (éventuellement liée au commerce des bootleggers, même s'il serait plus pertinent de présenter les choses en sens inverse), mais pouvant aussi prendre des proportions colossales, comme dans le cas de Roscoe « Fatty » Arbuckle ; en fait, pour le meilleur et pour le pire, la relative proximité d'Hollywood (à environ 500 km, certes, et pourtant, dans ce contexte, on considère cette distance limitée et nombreux sont ceux qui font l’aller-retour) avait justement un certain poids à cet égard, tant en ce qui concernait un certain laxisme en matière de mœurs, d'abord plutôt apprécié, qu'eu égard aux implications plus scabreuses des plaisirs excentriques de cette élite bien particulière – le retour de bâton moraliste était sans doute inévitable.

 

Dans un registre éventuellement lié, il faut noter la puissance de la presse dans la région – une presse surtout populiste et sensationnaliste, pas étouffée par la déontologie, pratiquant le « yellow journalism ». À San Francisco, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècles, on voit s'affronter plusieurs richissimes magnats, s'inspirant des modèles de la côte est (comme surtout Joseph Pulitzer), qui sont à la tête de tous les titres importants de la ville. La concurrence est très violente, et le ton des journaux s'en ressent : ce n'est pas une presse portée sur la réserve – l'objectivité est hors-sujet, la virulence des allégations même les plus douteuses voire outrancièrement mensongères assure de bien meilleures ventes...

 

Mais, en 1929, le vainqueur de cette guerre est désigné : c'est William Randolph Hearst, qui détient alors la quasi-totalité des grands journaux de la ville, à diffusion d'ailleurs bien plus large, dans l'État et même au-delà (il reste par contre toujours à San Francisco même de très nombreuses feuilles « indépendantes » à tout petit tirage, d'opinion ou communautaires, et éventuellement dans d'autres langues que l'anglais). Hearst était un personnage « excentrique », comme on dit, mais aussi prêt à tout pour gagner de l'argent : c'est notoire, à la fin du XIXe siècle, il a délibérément « provoqué » la guerre hispano-américaine pour accroître ses tirages... Il a aussi tiré profit de la campagne de presse lancée à l'époque du Lusitania pour engager les États-Unis dans la Première Guerre mondiale, et plus encore en couvrant de manière très scabreuse et en même temps hypocritement « moraliste » le scandale Roscoe « Fatty » Arbuckle. Pour l'anecdote, mais vous le savez sans doute, c'est le personnage historique qui a inspiré à Orson Welles son Citizen Kane – et Xanadu et compagnie ne sont pas des exagérations... Quant à « Rosebud », je vous laisse juges !

 

Géographie humaine – généralités

 

Un point important à mentionner d'emblée : la carte postale de San Francisco, le pont du Golden Gate, n'existe pas encore en 1929 ; les projets étaient déjà anciens, mais la construction ne débute qu'en 1933, et le pont n'est achevé qu'en 1937 (le Bay Bridge, lui, qui relie San Francisco à Oakland via l'île de Yerba Buena, ouvre en 1936). Pour traverser la baie, il faut donc emprunter le ferry – mais le système est bien rôdé, et la traversée ne prend en principe pas plus d'une heure au pire. Comme dit plus haut, les eaux de la baie peuvent s'avérer traîtresses, et il y a de temps à autre des naufrages, mais, au regard du trafic, les accidents demeurent très rares, et les San-franciscains n'y pensent pas, de manière générale : pour eux, emprunter le ferry relève des activités quotidiennes, d'autant que la seule liaison avec les grands axes de circulation, autrement, ne peut se faire que par le sud avec la voie ferrée, San Francisco se trouvant au bout d'une péninsule et étant environné par le Pacifique à l'ouest, la baie à l'est, et le Golden Gate au nord ; le grand terminus ferroviaire de la Bay Area se trouve cependant au nord-est de la baie de San Pablo, à Vallejo, extrémité occidentale du chemin de fer transcontinental.

 

Autre carte postale à relativiser : l’îlot d'Alcatraz, au milieu de ses eaux foisonnantes de requins, n'est pas encore la prison fédérale de haute sécurité que nous connaissons tous, et « dont on ne s'évade pas », qui n'ouvrira ses portes (façon de parler, aha) qu'en 1934. Cependant, il s'agit déjà d'une prison, même si pas encore le symbole intimidant de la politique carcérale la plus brutale. Mais ses « pensionnaires » sont particuliers : elle a beaucoup servi à « héberger » des détenus politiques, voire des espions, etc., notamment durant la Première Guerre mondiale (elle dépendait alors de l'armée), et (depuis sa cession au ministère de la Justice) elle accueille exceptionnellement dans les années 1920 et au début des années 1930 des prisonniers hors-normes – peu de temps après 1929, ce sera le cas d'Al Capone ou de « Machine Gun » Kelly, par exemple. En fait, la grande prison de la région se situe sur une autre île de la baie, davantage éloignée de San Francisco, plus au nord, et c'est San Quentin – mais c'est une prison d'État, pas fédérale ; les conditions de détention y sont notoirement très dures.

 

La ville de San Francisco n'est pas très étendue – elle se tasse sur une péninsule où les places sont chères ; mais elle est donc assez densément peuplée. A l'instar de bon nombre des grandes villes américaines, sa cartographie obéit plus ou moins au système de la « grid », dont New York est emblématique ; mais c'est une dimension à relativiser, car la ville s'avère en fait davantage « anarchique » dans son développement, au-delà des apparences.

 

Ceci étant, elle bénéficie, de manière générale, d'un bon réseau de transports en commun, ce qui inclut les célèbres « cable-cars », conçus justement pour dompter les nombreuses collines de San Francisco.

Géographie humaine – les principaux quartiers de la ville

 

San Francisco comprend bien sûr plusieurs quartiers, assez clairement délimités. Je ne vais pas m'étendre sur le sujet, mais voici tout de même quelques noms et brèves descriptions que vos personnages connaissent forcément ; par ordre alphabétique :

Chinatown : au nord-est de la ville, ce quartier appelle des développements plus approfondis que tous les autres, car il ne faut pas se tromper sur ce que représente au juste Chinatown en 1929... C'est littéralement une ville dans la ville, voire un État dans l'État : les Blancs ne s'y rendent qu'exceptionnellement, ça n'a rien du « Disneyland pittoresque » qu'on s'imagine parfois aujourd'hui ; c'est un autre monde, et où la communauté chinoise « s'autogère », avec les Six Compagnies (de marchands, mais liées à des organisations criminelles telles que les Triades et aux sociétés secrètes typiques de la Chine d'alors, comme celle des Boxers aux environs de 1900, etc.) qui en règlent les affaires et y exercent dans les faits le pouvoir politique et répressif, dans une optique communautariste et mettant en avant la défense des intérêts des habitants chinois de San Francisco – les autorités de l'État et de la ville ainsi que la police laissent faire, peu désireuses de s'impliquer dans ce monde qu'elles ne comprennent absolument pas. C'est la plus grande communauté chinoise de tous les États-Unis. Les Chinois avaient immigré en masse durant la deuxième moitié du XIXe siècle et au début du XXe, espérant faire fortune en Amérique, sinon lors de la ruée vers l'or, du moins, par exemple, en travaillant sur la construction du réseau de chemin de fer transcontinental ou en exerçant d'autres métiers dont les Blancs ne voulaient pas (celui de domestique, notamment, c'est très fréquemment le cas à San Francisco à l'époque – outre le cliché en fait fondé du blanchisseur chinois) ; mais il leur était quasiment impossible de s'intégrer, dans une société extrêmement xénophobe à leur encontre, et d'autant plus qu'ils n'entendaient certainement pas se couper de leur culture et de leurs traditions, bien au contraire – elles sont pour eux un refuge ; d'où Chinatown, en fait... Nombre de ces immigrés envisageaient leur séjour aux États-Unis comme temporaire, et pensaient regagner la Chine après avoir gagné de l'argent ; un retour rendu plus hypothétique du fait des bouleversements au pays à partir de la révolution de 1912, même si les autorités américaines l'encouragent... En fait, l'expression « il est retourné en Chine », en 1929, a des implications éventuellement sinistres – c'est parfois, pas toujours mais parfois, un euphémisme pour signifier que ledit personnage est mort et qu'il vaut mieux ne pas poser de questions... Car Chinatown exprime en fait des réalités sociales et criminelles sous-jacentes avec lesquelles il faut compter – les impitoyables Combattants Tong qui chapeautent le système de sociétés secrètes recourent volontiers à la violence, les homicides sont fréquents jusque dans les rues... où l'on trouvait même affichées des annonces publicitaires de tueurs à gages proposant ouvertement leurs services ! C'en est arrivé au point où la mairie et la police ont fini par s'en plaindre aux Six Compagnies et aux Combattants Tong, qui ont bien voulu se montrer plus « discrets »... Les règlements de compte sanglants demeurent, c'est juste qu'ils sont moins voyants. Et le quartier abrite nombre de trafiquants divers (d'armes, notamment), de salles de jeu illégales, de fumeries d'opium (note par rapport au cliché : les Blancs sont donc très rares à s'y rendre, qui disposent de leurs propres installations en dehors de Chinatown, même si souvent liées), et (surtout ?) de maisons de passe : la prostitution est endémique, et les jeunes filles en provenance de Chine sont pour la plupart clairement des esclaves (le marché aux esclaves peut aussi concerner des hommes, cela dit, mais c'est moins systématique). On trouve quelques organisations caritatives (blanches, chrétiennes) qui luttent contre ce trafic d'esclaves et notamment de prostituées – Donaldina Cameron est une figure célèbre de ce mouvement ; mais, en tant que telle, elle est vraiment une exception.

Downtown/Financial District : est, nord-est ; le quartier des affaires, avec tout ce que cela implique : toutes les principales banques de la ville s'y trouvent, mais aussi nombre d'activités commerciales luxueuses, ainsi que les hôtels les plus rupins ou les rédactions des grands journaux de Hearst.

Mission District : à l'est de la ville, le site originel de San Francisco, autour de la Mission Dolores (anciennement San Francisco de Asis), le plus vieux bâtiment de la ville, très austère par ailleurs (absolument tout sauf monumental) ; c'est un quartier très populaire, où vivent des populations immigrées des classes laborieuses – plusieurs communautés différentes, qui affichent leur singularité, et ne s'entendent pas toujours très bien entre elles.

Nob Hill : nord-est ; c'est le quartier résidentiel le plus riche de la ville ; Nob Hill fait donc figure d'îlot surnageant au-dessus des brumes (et de la pauvreté, le cas échéant), et on y trouve de très riches demeures, autant dire à ce stade des manoirs, et souvent extravagants, pour ne pas dire d'un goût déplorable. En même temps, ça fait partie du charme…

North Beach : nord-est, avec de nombreuses collines escarpées (Telegraph Hill, Russian Hill, Nob Hill) qui redescendent brusquement vers la baie, mais en laissant de la marge pour une plage ; c'est le cœur de la communauté italienne de San Francisco, mais aussi un quartier notoirement bohème, où se concentrent les artistes en tous genres.

Pacific Heights : nord, à l'ouest de Nob Hill, c'est toujours un quartier résidentiel, mais davantage « classe moyenne » dans l'ensemble ; on y trouve également de très, très riches demeures, mais globalement moins tape-à-l’œil que sur Nob Hill.

Présidio : tout au nord, nord-ouest, au bout de la péninsule, à l'orée du Golden Gate mais donnant sur l'océan, ce « quartier » n'en est pas tout à fait un, et reprend le nom d'une vieille forteresse espagnole toujours en place ; le Présidio a conservé en 1929 toute sa dimension militaire, les États-Unis y ayant adjoint divers forts (comme Fort Point ou Fort Winfield Scott) et bases navales et aériennes (comme Crissy Field, le seul terrain d'aviation dans la ville ; interdit aux civils jusqu'en 1927, il commence donc tout juste à se « libéraliser » sous cet angle). En fait, le Présidio est alors la plus grande base militaire de tous les États-Unis se situant à l'intérieur d'une ville. La zone a été très active durant la Première Guerre mondiale, et le terrain d’entraînement du Présidio était une plaque tournante dans l'effort de guerre. Des manœuvres y ont lieu régulièrement. Pour autant, le Présidio n'est pas réservé aux seuls militaires, et les civils peuvent se rendre en nombre d'endroits du « quartier » qui sont perçus comme autant de lieux de promenade ; on trouve à la lisière du Présidio quelques institutions remarquables, d'ailleurs. Le grand Cimetière National est également ouvert au public, avec ses alignements de tombes blanches toutes semblables.

Richmond District : plus à l'ouest, jusqu'à l'océan, encore un quartier résidentiel, accueillant surtout les classes moyennes supérieures ; c'est un ajout bien plus récent à la ville, et un endroit qui se flatte d'être paisible (qui a dit « ennuyeux » ?).

 

Ce sont les « grands » quartiers de la ville ; mais d'autres peuvent être mentionnés, aux dimensions souvent plus réduites, mais qui peuvent avoir leur singularité, comme Fisherman's Wharf, associé à North Beach, un ensemble de ports et de jetées très fréquenté, ou le Tenderloin, quartier correspondant à l’est de Downtown, où la prostitution a peu ou prou pignon sur rue, notamment via les soi-disant « restaurants français » offrant toute une gamme de services pas uniquement gastronomiques... et guère français de manière générale, c'est plus une affectation qu'autre chose, à base d'accent simulé et des clichés que vous supposez.

 

Parmi les autres noms, on peut relever Butchertown, Castro (qui n'est pas à l'époque le haut-lieu de la culture gay américaine qu'il deviendra après la guerre), Civic Center (à nouveau dans Downtown, mais plutôt sud, sud-ouest), Haight (la future Mecque des hippies), Hayes Valley, Marina, Outer Mission, Potrero Hill, Russian Hill (associée à North Beach et également bohème), South of Market, South Park (rien à voir), Sunset, Telegraph Hill, Twin Peaks (non, rien à voir non plus)...

 

Au-delà, c'est la Bay Area – une zone assez large autour des deux baies, voire se prolongeant davantage encore vers le sud. Certaines villes peuvent être citées : Alameda et ses chantiers navals, Benicia vaincue par le développement de San Francisco, Berkeley où se trouve l'Université de Californie, Oakland la grande rivale à tous points de vue, Palo Alto où se trouve l'Université de Stanford, Redwood City et ses scieries, Richmond avec son industrie pétrolière, San José l'ancêtre avec ses missions et son agriculture, la station balnéaire de San Rafael, ou encore Vallejo, le terminus ferroviaire de l'ouest.

 

Je ne m'étends pas davantage sur la question, mais la Bay Area compte bien sûr nombre d'endroits intéressants, que ce soit au regard de la géographie physique ou humaine.

 

Géographie humaine – lieux et institutions notables (et quelques personnalités)

 

Le Golden Gate Park est un immense parc tout en longueur ; situé à l'ouest de San Francisco, entre Richmond au nord et Sunset et Twin Peaks au sud, c'est une bande rectiligne de 5 km de long pour 800 m de large, s'étendant tout droit d'est en ouest. Il a été conçu en 1870 et entretenu depuis avec goût, notamment en raison du long « règne » d'un administrateur doué et sérieux, qui détestait la statuaire, qu'il jugeait vulgaire (il s'est toujours débrouillé pour entourer les statues de végétation les dissimulant largement – et tout particulièrement pour la statue dressée en son propre honneur, qu'il a noyée dans les buissons !). Mais ce n'est pas seulement un joli et même très joli parc – il a également un côté zoo, et abrite des bâtiments distingués d'importance culturelle ou scientifique : ça va du musée botanique ou d'histoire naturelle au conservatoire, en passant par l'académie des sciences, les Beaux-Arts, etc. Ça peut évoquer une sorte de Smithsonian de la côte ouest, à cet égard. Hearst avait le projet un peu fou d'y reconstruire un monastère qu'il avait acheté en Espagne et fait démonter pierre par pierre, mais ça ne s'est jamais fait. Ouf ?

 

La ville comprend plusieurs universités et collèges, etc., éventuellement accessibles au public, de même que des musées, dont un certain nombre sont privés (la collection Sutro, etc.), couvrant toutes les disciplines culturelles, artistiques et scientifiques. Mais les plus grandes universités « de San Francisco » ne se trouvent en fait pas dans la ville, mais dans sa « banlieue » (le terme est sans doute impropre). À 50 km au sud de San Francisco, à Palo Alto, on trouve la très prestigieuse université privée de Stanford – en fait déjà une des universités les plus prestigieuses au monde, statut qu'elle a encore plus développé jusqu'à nos jours ; elle couvre toutes les disciplines, mais est souvent associée en premier lieu à la technologie de pointe, alors (c'est le point de départ de la radiophonie commerciale américaine, et c'est aussi là que l'on réalise les premières expériences de télévision, en 1927) comme aujourd'hui (c'est le centre de ce que l'on appelle désormais la « Silicon Valley »). Sa « rivale » (théorique) est l'Université de Californie, d'abord privée mais devenue ensuite publique (elle l'est en 1929), et qui se trouve à Berkeley, au nord-est (et donc de l'autre côté de la baie) ; l'Université de Los Angeles en est en fait une extension.

 

Parmi les célébrités de l'Université de Californie, il faut probablement mettre en avant l'anthropologue Alfred Louis Kroeber, le plus grand spécialiste des Amérindiens de l'ouest et du sud-ouest. Il avait acquis une certaine célébrité au-delà des seuls cercles académiques – notamment en raison de son association avec Ishi, « le dernier des Indiens sauvages d'Amérique », comme on l'envisageait (« Ishi » n'était pas son vrai nom, c'était un terme de sa tribu anéantie, les Yahi, pour désigner « l'homme » ; Kroeber l'appelait ainsi devant les journalistes, car, en dépit des pressions incessantes de la presse, Ishi voulait garder pour lui son vrai nom). Ishi avait été capturé en 1911, et promis à un sort guère enviable sans doute, mais Kroeber avait exigé sa libération et l'avait accueilli à Berkeley ; c'était une source de première main pour connaître les sociétés amérindiennes de la région, leur culture, leur rites, etc. – mais aussi un homme d'une grande amabilité, et non sans charme ; et l'association Kroeber-Ishi a parlé à beaucoup de monde en dehors du seul milieu scientifique : la presse s'y intéressait, parce que la foule, séduite autant qu'intriguée, s'y intéressait. Ishi est mort en 1916, mais Alfred Kroeber ne mourra qu'en 1960, et il est en 1929 probablement la plus grande sommité de Berkeley – et, pour l'anecdote, oui, c'est accessoirement le pôpa d'une certaine Ursula K(roeber) Le Guin (Theodora Kroeber, la mère de cette dernière et l'épouse d'Alfred, anthropologue également, publiera en 1961 une biographie d'Ishi, Ishi in Two Worlds, qui rencontrera un grand succès).

 

On trouve de même et dans toute la région de très nombreux hôpitaux, très divers, publics, privés, confessionnels, communautaires, etc. À noter que les institutions psychiatriques de San Francisco et de la Bay Area sont globalement progressistes, en visant davantage à soigner qu'à contrôler et punir ; mais le manque de moyens ne permet pas toujours à ces généreuses ambitions de se réaliser... N'empêche : comparativement, c'est bien mieux qu'ailleurs.

 

Dans ce registre d'avant-garde, il faut aussi relever que la police de San Francisco bénéficie d'une approche « scientifique » très novatrice, avec répertoire d'empreintes digitales, etc. On trouve même, à Berkeley, un corps de police réservé aux seuls agents titulaires d'un diplôme universitaire, et qui accueille, à terme, des policiers noirs, sans vraiment susciter la polémique – la Bay Area n'est décidément pas le Sud profond. Hélas, le manque de moyens, là encore, et la corruption endémique, pénalisent ces efforts par ailleurs... Et, forcément, les « Comités de Vigilance » trouvent la police insuffisante et inefficace, en dépit de bons résultats occasionnels – certes, leurs préoccupations sont tout autres...

 

Mais le travail policier peut de toute façon s'effectuer en dehors de la seule police « officielle » : l'agence Pinkerton, ainsi, est bien implantée dans la région, qui fournit des détectives privés affiliés. Pour l'anecdote, l'un d'entre eux est tout particulièrement célèbre aujourd'hui : un certain Dashiell Hammett... qui a cependant quitté l'agence en 1921, suite à la mort pour le moins douteuse d'un « wobbly » (un syndicaliste internationaliste), sur lequel Pinkerton enquêtait... Il avait eu l'occasion de travailler sur Roscoe « Fatty » Arbuckle, par ailleurs. En 1929, il n'est pas encore connu pour être le maître du récit policier « hard-boiled », même si on l'estime sans doute déjà dans le milieu des pulps, où il publie des nouvelles dès 1922 ; mais 1929 est en fait l'année où il publie son séminal roman Moisson rouge, qui redéfinira le genre policier (même s'il avait été en fait publié en serial entre 1927 et 1928). Le Faucon maltais sortira en 1930, et popularisera, au travers du personnage de Sam Spade, le « private eye » – une expression empruntée à Pinkerton – indépendant, dur à cuire, en imper et chapeau mou. Mais il y a bien sûr déjà de tels détectives hors Pinkerton.

 

(Bien évidemment, dans le registre des écrivains, et plus directement lié à L'Appel de Cthulhu, on pourrait aussi citer Clark Ashton Smith – mais c'est un ermite, qui vit dans une région assez reculée de la Bay Area.)

 

San Francisco compte de nombreux hôtels, dont certains, gigantesques, suintent le luxe, et trois sont clairement hors-concours :

Au premier chef, le Palace Hotel, avec ses 800 chambres : il est très prisé des élites, incroyablement rupin, et deux chefs d'État y sont morts, dont le président Warren G. Harding, allez savoir pourquoi.... Pour l'anecdote, juste devant se trouve Lotta's Fountain, unanimement considérée comme le plus atroce monument de la ville ; dix-neuf projets pour la remplacer sont proposés en quelques années, aucun n'aboutit, et un des artistes en devient même fou… ce qui, vous en conviendrez, est passablement lovecraftien.

Aussi, l'Hôtel St Francis, 450 chambres, peut-être un peu plus bohème, ou en tout cas davantage au goût des stars d'Hollywood, ce qui n'est sans doute pas tout à fait la même chose – il est d'ailleurs directement lié au Plus Colossal Scandale de l'Époque : c'est ici que débute la si délicieuse affaire Roscoe « Fatty » Arbuckle (où la presse, et nommément Hearst, jouent un rôle crucial).

L'Hôtel Fairmont, lui, compte 550 chambres ; moins renommé que les deux palaces précédents, il offre pourtant toute une gamme de services dont ces derniers font parfois l'économie, en s'appuyant sur leur seul prestige...

LES PERSONNAGES JOUEURS

 

J’ai créé six PJ pour ce scénario. Je n’ai pas rédigé pour eux de background précis et linéaire, simplement quelques indications, à charge pour les joueurs de se les approprier.

 

J’ai aussi mentionné, séparément, les liens existant entre les différents PJ au début du scénario.

 

Bobby Traven, 34 ans, détective privé

C’est Sam Spade en gorille moche – ou, plus exactement, c’est comme ça qu’il se voit. C’est une montagne, et sa face de brute, à ses yeux, implique qu'il doit être une brute ; alors il en rajoute quand il joue au dur. Mais, au fond, c'est une bonne âme... Son franc-parler, propice à irriter les bonnes gens, ne dissimule peut-être jamais tout à fait sa nature profonde ; mais il déteste qu’on lui en fasse la remarque, ne jouant alors que davantage le gros dur... Ceci étant, il est parfaitement compétent, et éventuellement redoutable. Il a ses habitudes dans son quartier de Mission, ainsi que dans le Tenderloin, où il fréquente assidûment le « restaurant français » Chez Francis, là où il a rencontré son premier (et dernier) amour, « Antoinette », décédée de la tuberculose il y a déjà quelques années de cela...

 

Gordon Gore lui a confié du travail à plusieurs reprises, et l'a recommandé à certains de ses amis. Zeng Ju lui a peut-être bien sauvé la vie lors d'une filature à Chinatown qui avait mal tourné. Son rapport aux femmes intéresserait très probablement le Dr Sutton…

 

Eunice Bessler, 19 ans, actrice

Née Rebecca Reuben (dans une famille juive russe, et pauvre, de Brooklyn, dont elle ne veut plus entendre parler), Eunice est une toute jeune (mineure, en fait) starlette d'Hollywood : un vrai miracle, avec tout pour elle. Si elle joue la dinde devant les inconnus, c'est un rôle de composition, en forme de test : à ceux qui le franchissent, elle se révèle comme bien plus qu’un joli minois, et tout sauf une jeune fille évaporée et superficielle. Le problème, c'est que, d'autant plus qu'elle est assurément brillante à tous points de vue, et a connu une ascension extrêmement rapide, elle est affligée de pulsions plus ou moins autodestructrices – qui vont bien au-delà de son goût pour les drogues, et notamment la cocaïne. En fait, d’une certaine manière, si elle a bien sûr des modèles dans les stars de cet Âge d’Or d’Hollywood qui passe alors, éventuellement dans la douleur, du muet au parlant, elle préfigure en fait James Dean : sa devise pourrait être « Vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre ». Mais d'ici-là, donc, elle compte bien vivre à fond, et grimper tous les échelons en même temps ; elle est parfaitement qualifiée pour cela.

 

C'est la maîtresse (principale ?) de Gordon Gore – en fait, elle vit avec le dilettante coureur de jupons une relation étonnamment longue au regard des habitudes de ce dernier. « Objectivement », ça serait « bien » si le Dr Sutton, par exemple, la prenait en charge, mais elle ne veut pas en entendre parler (et, en fait, le Dr Sutton non plus : tant que Gordon Gore est son patient, elle considère ne pas pouvoir prendre en charge les deux en même temps).

 

Gordon Gore, 29 ans, dilettante

Horriblement riche, horriblement charmeur (mais surtout du fait de ses manières et de sa repartie – il est bel homme, mais d’une constitution fragile, en raison d’épreuves traversées durant son enfance), Gordon Gore est aussi agaçant (au premier abord en tout cas) que fascinant. Il connaît tout le monde et a tout le monde dans sa poche. Fils de bonne famille, il a hérité d’un capital plus que conséquent, avec de nombreux biens immobiliers à San Francisco, en Californie, ou même au-delà. Il a une mentalité d’aristocrate, pas de bourgeois : il ne compte certes pas « travailler », et a pour l'argent ce mépris qui n'est accessible qu'aux hommes les plus riches. Certes, il peint un peu, mais sans guère d’application. Ses véritables loisirs sont tout autres : courir les jupons, et « partir à l'aventure », pour pimenter son quotidien de bien né dans les deux cas. En l’espèce, il s’agit surtout pour lui de régler de manière discrète des affaires intéressant la bonne société san-franciscaine ; Gordon Gore n’est pas un enquêteur hors-pair, sur les modèles du chevalier Dupin ou de Sherlock Holmes, mais il a un gros atout, en dehors de son compte en banque, qui est de savoir s'entourer des gens les plus compétents.

 

Il a de ce fait un rôle pivot parmi les PJ : c’est lui qui a été contacté pour « régler une affaire », et qui a suscité le groupe d’investigateurs afin de mener cette enquête à bien. Il a déjà confié du travail à Bobby Traven et Trevor Pierce. Eunice Bessler est sa (principale ?) maîtresse, et Zeng Ju son majordome. Quant à Veronica Sutton, elle est sa psychiatre – car, sous sa façade de golden boy à qui tout réussit, il y a des failles, et nombreuses…

 

Trevor Pierce, 31 ans, journaliste d’investigation

Chétif, des suites d’une longue maladie, mais doté d'une grande force de caractère qui, croit-il, lui a permis de la surmonter, Trevor Pierce est un homme en croisade – contre la corruption des élites politiques et financières. Il travaille au Call & Post, ou plutôt au San Francisco Call-Bulletin, puisqu'il vient tout juste d'être renommé, le mois dernier, un journal récemment racheté par Hearst (qu'il méprise) et engagé dans une croisade de ce genre – c’est parfait ! Mais Trevor Pierce n'est certainement pas dupe : cet engagement, de la part de son journal, est évidement « intéressé ». Mais il s'en accommode, car c'est pour lui un moyen d'agir, et il ne se pince donc même pas vraiment le nez quand il se rend à la rédaction. Il faut dire que son travail est tout pour lui : il n’a pas de loisirs, en dehors de sa méticuleuse et maniaque collection de timbres. Il révère Upton Sinclair, c’est son modèle, qu'il entend égaler – et même dépasser, car il n’est pas sans ambition : il n'attache aucune importance à des choses aussi sordides que l’argent, le crédit ou le pouvoir – ce qu’il veut, c’est être le meilleur, et qu’on ne puisse faire autrement que le reconnaître. Idéologiquement, Trevor Pierce a quelque chose de socialisant, de longue date, mais il est en train de virer pleinement socialiste à cette époque. Par ailleurs, il ne collectionne pas que les timbres, mais tout autant les troubles obsessionnels compulsifs…

 

Gordon Gore lui a régulièrement fourni des missions, et, occasionnellement, il l'a aiguillé sur des scandales passablement juteux (Trevor Pierce ne travaillerait pas en dehors de son journal seulement pour de l’argent, il lui faut une motivation d'un ordre supérieur). Zeng Ju, voire Bobby Traven, ont pu enquêter avec lui, de temps en temps.

 

Veronica Sutton, 47 ans, psychiatre

Médecin de formation, et douée, le Dr Sutton a progressivement délaissé les blocs opératoires pour s’intéresser à la psychiatrie – et, chose qui ne passe pas forcément très bien aux yeux des bonnes âmes de son temps, à la psychanalyse : qu'une femme adhère à cette théorie qui accorde une place si fondamentale à la sexualité, c'est terriblement choquant ! Elle le sait, et ça lui va très bien ; en fait, c’est un intérêt qui s’accorde tant avec sa curiosité intellectuelle globale qu’avec son caractère militant et parfois provocateur – car le Dr Sutton est une féministe assez radicale pour l’époque ; philosophiquement, elle est aussi matérialiste, rationaliste, et vigoureusement athée ; elle ne s'en cache certainement pas. Elle a beaucoup lu, dans bien des matières – notamment, bien sûr, elle a lu tout Freud, dans le texte, et même échangé quelques courriers avec le fameux docteur ; mais ses centres d’intérêt vont au-delà, par cycles éventuellement, et, ces dernières années, outre les langues vivantes ou mortes, elle s’est beaucoup intéressée à l’anthropologie (elle relit sans cesse Le Rameau d’or, de Frazer, un de ses livres fétiches, ou encore The Witch Cult In Western Europe, de Margaret Murray – outre des études portant plus spécifiquement sur sa région). Elle envisage des passerelles entre ces différents centres d'intérêt. Physiquement, le Dr Sutton, si elle est demeurée sobrement élégante, commence à accuser son âge, et a notamment des difficultés pour se mouvoir – elle use d’une canne devenue indispensable. Ceux qui la rencontrent sont parfois un brin gênés en sa présence, parce qu’elle donne systématiquement l’impression de les étudier, voire de les disséquer – et pour cause : c’est bien le cas.

 

Gordon Gore est un de ses patients, et il considère qu'elle lui a sauvé la vie. Il aimerait qu'elle s'occupe également de Eunice Bessler, mais ça ne s'est pas fait – tant la starlette que la psychiatre semblent penser que ce serait une mauvaise idée.

 

Zeng Ju, 52 ans, majordome

Ce Chinois est né à Shanghai, et a pris le bateau pour les États-Unis alors qu’il n’était qu’à peine un adolescent. Aujourd’hui, le petit homme est un peu vieillissant, et se tasse de plus en plus… même s’il a conservé une certaine dextérité qui peut surprendre. Malgré des années de services, il n'est jamais parvenu à avoir l'air à l'aise dans son costume de majordome. Il est pourtant depuis fort longtemps attaché à la famille Gore, et tout particulièrement à Gordon, qu'il a vu grandir ; que le petit ait développé un goût pour « l'aventure » en devenant adulte n'est pas pour lui déplaire – ça lui rappelle ses jeunes années dans Chinatown... où il se livrait à nombre d'activités « pas très catholiques ». Autant le dire, c'était un criminel : il a fait le pickpocket, quelques cambriolages aussi, et surtout joué du couteau... Or quelques souvenirs de cette époque demeurent, notamment parce que sa loyauté exemplaire lui interdit de causer du tort aux Combattants Tong, ce qui serait en outre causer du tort aux Chinois de San Francisco – et ça, pas question ! Sa loyauté est tout aussi poussée concernant Gordon Gore ; il s'agit dès lors d'éviter les conflits d'intérêts... Sa fille Ling, qui vit dans un appartement minable qu’il loue à Chinatown (il a toujours refusé les invitations de son patron à l'héberger dans son manoir), lui permet de faire le pont entre ces multiples facettes : Zeng Ju est plus que jamais un homme entre deux mondes.

 

Il a plusieurs fois travaillé avec Bobby Traven (et lui a très probablement sauvé la vie, en une occasion), ainsi qu'avec Trevor Pierce (mais plus rarement). Discret et réservé par nature quant aux amourettes de son patron Gordon Gore, il est cependant intrigué par Eunice Bessler – qui est incomparablement plus brillante, mais aussi, trouve-t-il, sympathique, que toutes celles qui l’ont précédée, et elles sont nombreuses ; mais il en perçoit bien le côté sombre, qui le chagrine, de manière presque paternelle…

 

Pour le compte rendu de la première séance, c’est par ici...

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CR Imperium : la Maison Ptolémée (29)

Publié le par Nébal

Le Navigateur Iapetus Baris, représentant de la Guilde Spatiale sur le marché-franc de la lune de Khepri.

Le Navigateur Iapetus Baris, représentant de la Guilde Spatiale sur le marché-franc de la lune de Khepri.

Vingt-neuvième séance de ma chronique d’Imperium.

 

Vous trouverez les éléments concernant la Maison Ptolémée ici, et le compte rendu de la première séance . La séance précédente se trouve ici.

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient donc Ipuwer, le jeune siridar-baron de la Maison Ptolémée, sa sœur aînée et principale conseillère Németh, le Docteur Suk Vat Aills, et l’assassin (maître sous couverture de troubadour) Bermyl.

 

I : TIRER LE BILAN, PRÉVOIR LA SUITE

 

[I-1 : Ipuwer, Bermyl, Németh, Vat] Ipuwer et Bermyl sont au Palais de Cair-el-Muluk, où ils tirent le bilan de la catastrophe, une fois l’alerte tombée (soit aux environs de 23h ou minuit). Németh, quant à elle, se trouve au relais de chasse de Darius, au nord-est de Memnon, avec les invités de la Maison Ptolémée et quelques notables. Tenue au courant des événements durant son voyage en ornithoptère, sitôt arrivée, après une brève allocution destinée à rassurer ses compagnons de voyage, elle s’isole dans une pièce pour entrer en communication radio avec le Palais – dès lors, c’est comme si elle se trouvait avec Ipuwer et Bermyl. Le Docteur Suk Vat Aills, quant à lui, est encore en route – il vient de monter à bord d’un ornithoptère à la base du Mausolée, sur le Continent Interdit, et survole actuellement l’océan à l’ouest de Cair-el-Muluk ; sitôt arrivé, il se joindra aux autres.

 

[I-2 : Ipuwer, Bermyl : Vat Aills, Apries Auletes, Ngozi Nahab] Ipuwer et Bermyl, d’ici-là, font le point sur les informations reçues – et tout d’abord le bilan des victimes dans les grandes villes : on compte plusieurs milliers de morts à Cair-el-Muluk, le nombre précis est encore à déterminer ; il s’agit pour l’essentiel de victimes des mouvements de panique et des bousculades, puisque le tsunami n’a finalement pas frappé la ville ; néanmoins, les pluies diluviennes ont provoqué des inondations dans une agglomération clairement pas conçue pour affronter ce genre de catastrophes impensables – si la partie « somptuaire » de la ville, soit le Palais, le Sanctuaire d’Osiris, et les jardins qui les ceinturent, n’a pas été vraiment affectée, plusieurs zones des quartiers populaires sont quant à elles sous les eaux, ce qui les rend inhabitables et pourrait présenter des risques sanitaires : au Docteur Suk de prendre en charge la situation (déjà, en vol, il réfléchit aux mesures à prendre – aux effectifs à déployer, à la mise en place de point de ravitaillement et de traitement, à la sécurisation des points d’eau, à la prévention des épidémies...). La situation est bien moins préoccupante à Heliopolis : il y a eu des victimes, mais moins d’une centaine ; là encore, il s’agissait de mouvements de panique, mais d’une ampleur bien moindre qu’à Cair-el-Muluk, puisque seulement provoqués en écho de ce qui se passait là-bas – la tempête n’a jamais véritablement menacé la capitale administrative. Ce qui peut s’avérer préoccupant, sur place, c’est la manière dont la crise a été gérée : le chef de la police, Apries Auletes, s’est avéré totalement inefficace (sans doute parce qu’il avait peur… pour lui), et ce sont en définitive les hommes de Ngozi Nahab, autant dire la pègre, qui ont fait régner l’ordre dans la ville... Mais les pertes les plus lourdes ont été subies en dehors de ces grands centres urbains, dans les archipels à l’est de Cair-el-Muluk et au nord-ouest d’Heliopolis, qui ont eux été balayés par le tsunami ; la zone n’est guère peuplée, mais il s’y trouve tout de même nombre de villages de pêcheurs, et les premiers ornithoptères à avoir survolé la zone après la levée de l’alerte ont fait état d’une situation apocalyptique…

 

[I-3 : Ipuwer, Vat, Bermyl : Ngozi Nahab] Se pose la question des camps de réfugiés, à Cair-el-Muluk, car il faut prévoir l’hébergement temporaire des victimes qui ne sont pas en mesure de regagner leurs quartiers inondés – ce qui inclut nombre de logements tout simplement inhabitables, même si les destructions au sens propre sont finalement assez rares ; il faut cependant compter avec des fondations fragilisées, etc. Outre les infrastructures, telles que les égouts qui ont débordé, autre problème à prendre en compte... Il est difficile pour l’heure de chiffrer les besoins – mais, dans l’immédiat, on peut tabler sur 500 000 personnes qui auraient besoin d’un hébergement d’urgence, à très court terme : une fois les inondations jugulées, l’affaire de quelques jours en principe, le nombre des réfugiés devant rester dans les camps tombera sans doute à 50 000 personnes, 100 000 au plus. Les jardins semblent appropriés pour établir ce genre de campements temporaires (éventuellement aussi les cours du Sanctuaire d’Osiris et du Palais qui accueillent encore les femmes et les enfants suite à la décision d’Ipuwer). L’urgence de la situation, et les capacités limitées de réaction de la Maison Ptolémée en l’espèce, compliquent la tâche… Il y a bien, à ce moment même, 500 000 personnes sans logis à Cair-el-Muluk, en proie à la nuit froide et à la pluie inhabituelle, dans les jardins, le Palais et le Sanctuaire ! Dans l’immédiat, ce sont des moyens militaires qui vont être déployés ; mais ça ne suffira pas – il faudra faire appel à des aides extérieures : on envisage des « appels d’offre », dans l’urgence, mais Ipuwer suppose que le plus efficace dans l’immédiat serait de faire appel directement… à la Maison mineure Nahab, qui n’aurait certes aucun scrupule à tirer profit de la situation – Ipuwer lui-même dira à Ngozi Nahab qu’il pourra sans doute, le moment venu, tirer de juteux profits de la reconstruction… et il a déjà des fantasmes haussmanniens et somptuaires en tête ! Ceci étant, la ville n’est pas détruite, loin de là, elle n’est pas à reconstruire intégralement… Vat approuve cette politique : ce serait un très bon moyen de s’assurer la fidélité de la Maison mineure Nahab durant cette période de crise – car les Ptolémée ne peuvent se l’aliéner : un prétexte tout trouvé, donc ! Et le Docteur Suk serait à vrai dire tout disposé à jouer de la table rase dans les quartiers les plus populaires et insalubres, des nids à vermine… Il est très optimiste, au fond, Ipuwer en fait même la remarque – non sans une vague gêne ? Mais il est vrai que Vat n’a pas assisté au phénomène et à la panique qu’il a suscité, à la différence d’Ipuwer et Bermyl… Dans l’immédiat, cependant, le Docteur Suk relève aussi que, outre ces campements dans les jardins, on peut sans doute abriter une partie de la population réfugiée dans des bateaux attachés au port de Cair-el-Muluk – c’est effectivement une solution bien pensée, et qui plaît à Ipuwer, même si, suite au traumatisme de la tempête, certains des habitants de la ville rechignent à s’installer ainsi sur la mer…

[I-4 : Bermyl, Ipuwer : Taho, Vat Aills, Elihot Kibuz, Kiya Soter, Németh, Hanibast Set] Se pose aussi, bien sûr, la question de la sécurité : Bermyl rappelle les soucis de loyauté dans ses services, et son manque d’agents fiables – a fortiori depuis la mort du fidèle Taho (dont il a fait transférer le cadavre dans les services du Docteur Suk)… Il lui faut retrouver des agents fiables, et il va s’atteler à la tâche ; mais, d’ici-là, il ne quittera pas Ipuwer d’une semelle. Le risque d’assassinat est non négligeable en cette période, et, d’ailleurs, on a tenté de tuer Bermyl via Taho, quelques heures à peine plus tôt ! Ipuwer en convient – que Bermyl mène son enquête, et, s’il le juge bon et dispose de preuves convaincantes, on se débarrassera d’Elihot Kibuz, plus suspect que jamais ; Ipuwer aimerait le faire parler, mais si Bermyl doit le tuer, qu’il n’hésite pas ! Maintenant, organiser une épuration en pleine crise risque d’être très problématique, et cela pourrait aggraver encore la situation… En même temps, sous le coup de la panique, les agents déloyaux pourraient commettre des erreurs dont il serait possible de tirer parti. Enfin, la sécurisation de la ville et du Palais est aussi une question militaire : il faut y associer le général Kiya Soter. Et, d’ores et déjà, rapatrier des troupes, plus utiles à Cair-el-Muluk que partout ailleurs – ainsi celles de la base du Mausolée sur le Continent Interdit.

 

[Je demande alors des jets à chaque PJ, en guise d’actions longues : Sécurité pour Bermyl, Stratégie pour Ipuwer, Médecine pour Vat Aills, et Lois pour Németh (à défaut de Commerce, l’apanage du Conseiller Mentat Hanibast Set, encore indisponible), pour voir comment ils gèrent la crise en tâche de fond. La réussite de Vat en Médecine garantit une situation sanitaire au pire correcte dans les jours qui viennent ; les autres jets sont bons sans être exceptionnels, ils appelleront à être complétés sans bonus ni malus en fonction des actions précises entreprises.]

 

[I-5 : Bermyl, Ipuwer] Bermyl fait aussi la remarque à Ipuwer qu’il ne faut pas laisser l’avantage en matière de communication à leurs adversairesIl faut se rallier la population, en lui faisant comprendre qui sont ses véritables ennemis ! Ipuwer le sait bien, il l’avait prévu – sans doute lui faudra-t-il parler lui-même à son peuple… même s’il déteste cet exercice pour lequel il sait ne pas être doué.

 

[En termes de jeu, Ipuwer a beau être un noble et même le siridar-baron de sa Maison, il est totalement inepte en matière sociale – il ne dispose d’aucune Compétence en l’espèce, à l’exception d’un Niveau de Maîtrise de 4 en Étiquette, qui est en soi déjà insuffisant pour son rôle ; en pareille affaire, c’est encore pire, puisqu’il ne peut se reposer que sur son score de 2 en Aura, sans Compétence liée… Ce handicap est en fait une dimension essentielle du personnage.]

 

[I-6 : Ipuwer : Abaalisaba Set-en-isi, Németh, Suphis Mer-sen-aki, Hanibast Set] Il lui faudra prononcer un discours dans la journée du lendemain ; incapable de l’écrire lui-même, il devra se reposer pour ce faire sur quelqu’un d’autre – en l’occurrence, même si la décision ne sera prise que bien plus tard, il s’agira en définitive d’Abaalisaba Set-en-isi (Németh et le grand prêtre Suphis Mer-sen-aki avaient d’abord été envisagés, avec l’assistance d’Hanibast Set) ; or Abaalisaba, même surchargé de travail ces derniers jours, est toujours à même de faire des merveilles !

 

[Concrètement, Abaalisaba obtient un score proprement exceptionnel de 10 succès à son jet de Rhétorique ! Mais Ipuwer n’a pas son aisance pour s’exprimer : même sur la base d’un discours aussi parfait, même en prenant la précaution d’éviter de s’exprimer en direct, en définitive, l’Aura limitée d’Ipuwer pourra anéantir tous ces efforts… On verra bien lors de la prochaine séance ; par ailleurs, j’ai demandé au joueur incarnant Ipuwer de rédiger lui-même un bref discours.]

 

[I-7 : Ipuwer, Németh, Vat : Hanibast Set] Ipuwer et Németh se posent aussi la question, plus que jamais pressante, du retour du Conseiller Mentat Hanibast Set – isolé dans une institution de repos à quelque distance de Memnon par ordre du Docteur Suk Vat Aills, afin d’y récupérer de son « gel du Mentat »… Il n’est pas totalement remis, ses capacités ne sont pas optimales, mais, devant la gravité de la situation, et quoi qu’en disent les soignants, il décide de lui-même de retourner à Cair-el-Muluk pour faire bénéficier la Maison Ptolémée de son assistance.

II : CE QU’IL EN EST DE LA GUILDE

 

[II-1 : Németh : Iapetus Baris] Németh, ulcérée par le comportement de la Guilde dans cette affaire, considère qu’il est bien temps de tirer les choses au clair, et donc d’avoir une petite conversation avec le Navigateur Iapetus Baris, représentant de la Guilde Spatiale sur le marché-franc de la lune de Khepri.

 

[II-2 : Németh : Iapetus Baris] Mais Németh aimerait « court-circuiter » Iapetus Baris, même si elle doute de pouvoir le faire, car il est le plus haut gradé de la Guilde sur place, pour autant qu’elle sache, et elle ne dispose pas d’autres contacts ; toutefois, un rapport lui avait fait part que deux Navigateurs anonymes s’étaient rendus sur la lune de Khepri il y a quelque temps de cela… Mais comment les joindre, le cas échéant ? Ils pourraient être d’un grand secours, dans l’hypothèse où ils seraient des représentants sur place de la Guilde intègre, et Iapetus Baris seulement un agent d’une faction interne corrompue, sur lequel ils seraient venus enquêter… Mais ce n’est qu’une hypothèse : au fond, la Maison Ptolémée n’en sait absolument rien.

 

[II-3 : Ipuwer, Németh : Iapetus Baris] Mais ce serait un pari, quitte ou double, qui permettrait peut-être d’être fixé sur la question – Ipuwer suggère qu’une visite très démonstrative et en grande pompe pourrait décider ces Navigateurs anonymes à contacter Németh, car ils en auraient forcément vent. Iapetus Baris, à l’évidence, prohibera tout contact direct du fait de ses prérogatives, mais ce serait un moyen indirect de s’entretenir quand même avec eux, et d’en savoir un peu plus quant aux éventuelles factions au sein de la Guilde Spatiale.

 

[II-4 : Németh, Ipuwer : Nathifa, Mandanophis Darwishi, Abaalisaba Set-en-isi ; Iapetus Baris] Mais le timing est important dans cette affaire ; ils en discutent, et décident enfin que Németh se rendra sur Khepri et s’entretiendra avec Iapetus Baris (au moins…) avant que le discours d’Ipuwer ne soit diffusé par radio dans tout Gebnout IV, dans la journée du lendemain (probablement en milieu de journée, éventuellement dans la soirée, mais ce serait peut-être jugé un peu tardif dans ce cas). Németh quitte donc Darius pour se rendre à Heliopolis, et y monter à bord d’un vaisseau d’interface pour gagner Khepri (ce qui devrait prendre au moins six heures). Elle fait brièvement ses adieux à ses « invités », les rassure quant à leur prochain rapatriement à Cair-el-Muluk, confie à un des rares militaires sur place, la commandante Nathifa, la tâche de les chaperonner (pour rien au monde elle ne laisserait Mandanophis Darwishi s’en occuper), et à Abaalisaba Set-en-isi, pourtant surchargé, la tâche de travailler sur les contrats liant la Maison Ptolémée à la Guilde. Quatre heures plus tard, arrivée à Heliopolis, elle prévient cette dernière de sa visite (officiellement ; officieusement, la Guilde le savait déjà, puisqu’elle gère les vaisseaux d’interface entre Heliopolis et Khepri).

 

[II-5 : Ipuwer, Bermyl : Németh, Iapetus Baris] À Cair-el-Muluk, et quoi qu’en dise Bermyl, Ipuwer ne pense décidément pas avoir grand-chose à craindre, aussi ordonne-t-il finalement à son maître assassin réticent de gagner lui aussi Heliopolis pour assurer la protection de Németh sur Khepri (il n’a aucune confiance en « ce con de Baris »…) ; ils se rejoindront à l’astroport, où ils arriveront en gros en même temps. Bermyl renâcle un peu, mais obéit, après avoir désigné deux gardes du corps qu’il suppose fiables, chargés de suivre partout Ipuwer.

 

III : LES MAÎTRES D’HELIOPOLIS

 

[III-1 : Ipuwer : Bermyl, Apries Auletes, Németh, Iapetus Baris] Sitôt Bermyl parti, Ipuwer contacte Apries Auletes à Heliopolis. Il explique au chef de la police que Németh va arriver, et qu’il faut assurer sa sécurité à l’astroport. Mais Ipuwer ne veut pas d’un protocole « discret » : il s’agit cette fois de faire sentir qu’un personnage important va arriver, et se rendre officiellement sur Khepri, en grande pompe même – expressément, pour dénoncer la responsabilité de la Guilde et plus particulièrement de Iapetus Baris dans la catastrophe qui vient de se produire. Apries Auletes sait qu’il n’a pas été à la hauteur lors de la tempête, et cela ressort dans son comportement : à ce stade, il n’est même plus mielleux, mais très obséquieux, et sa consommation de zha ne suffit pas à masquer sa nervosité.

 

[III-2 : Ipuwer : Ngozi Nahab ; Apries Auletes] Après quoi Ipuwer contacte Ngozi Nahab, à Heliopolis également, et lui tient le même discours, à ceci près qu’il le félicite en outre pour sa « gestion de l’événement… ou plutôt du non-événement ». Il sait que la Maison mineure Nahab est désormais en position de force dans la ville – et Ngozi Nahab sait qu’il le sait… Il impute devant lui également la responsabilité du drame à la Guilde. Mais c’est le jour et la nuit, par rapport à Apries Auletes : Ngozi Nahab est digne, froid, austère, compétent… et un peu inquiétant aussi – comme il a toujours été. Ipuwer essaye de lui faire croire que la menace ayant pesé sur Heliopolis, de la part de la Guilde, était délibérément dirigée contre la Maison mineure Nahab, mais il n’est guère doué pour ce genre de subterfuges, même s’il s’applique ; Ngozi Nahab n’y croit pas deux secondes. Il ne s’embarrasse pas de répondre, d’ailleurs – de manière générale, il ne le fait pas s’il n’y a pas absolue nécessité ou demande expresse. Mais Ipuwer devine son avis sur la question ; il devine aussi que le chef de la Maison mineure Nahab n’a pas manqué de noter que le siridar-baron s’adressait maintenant directement à lui, plutôt que de passer par Apries Auletes en guise d’intermédiaire avec la pègre… D’ailleurs, Ipuwer conclut sa communication en disant qu’il « ne sera pas oublié » quand il faudra songer à la reconstruction, à Cair-el-Muluk – et cette fois Ngozi Nahab laisse passer, délibérément à l’évidence, un large sourire.

IV : UN POISON

 

[IV-1 : Vat] Vat Aills a convoqué à Cair-el-Muluk des médecins compétents pour s’occuper des questions sanitaires et épidémiologiques dans la capitale, qu’il déploie afin de quadriller au mieux les zones sensibles – il faut porter une attention particulière aux points d’eau. Ses bons réflexes en arrivant, et sa capacité à s’entourer de médecins compétents, jouent en sa faveur, mais il n’est guère formé à gérer des opérations de cette ampleur : ça devrait aller, mais quelques délais sont sans doute à envisager.

 

[IV-2 : Vat : Taho ; Bermyl] Mais Vat a d’autres tâches à effectuer – et il lui faut notamment se livrer à un examen du cadavre de Taho (qui avait été déposé à la morgue dans ses services ; dans l’agitation de la tempête, personne ne s’en est encore occupé) ; le Docteur Suk connaît les circonstances de la mort du loyal agent en raison du rapport de Bermyl il s’est précipité sur lui dans la rue, l’air affolé, s’est effondré dans ses bras et a rendu son dernier soupir ; Vat sait aussi que Bermyl a été affecté par le poison responsable de la mort de Taho, mais trop faiblement pour que cela présente un réel danger – la mithridatisation à laquelle se livre le maître assassin a pu le protéger ; hélas, Bermyl est parti pour Heliopolis sans que le Docteur Suk ait pu lui prélever du sang ou d’autres échantillons… Cela peut laisser supposer une transmission cutanée – mais on peut envisager des modes plus précis, le sang, la transpiration, etc.

 

[IV-3 : Vat : Taho ; Bermyl] Vat avait pu croiser Taho dans le Palais : un beau jeune homme, aux traits quelque peu androgynes, voire elfiques… Le cadavre témoigne cependant de son empoisonnement, au-delà de la rigor mortis : il a les traits tirés, des rides marquent son front, le pourtour de ses yeux est très sombre, et ses veines, sur tout son corps, ressortent, bleues et saillantes (ce dernier symptôme était également sensible chez Bermyl, mais pas les autres). Mais impossible de déterminer quoi que ce soit sur la base de ces seuls symptômes très apparents, même s’ils vont dans le sens d’un principe de transmission cutanée.

 

[IV-4 : Vat : Bermyl, Elihot Kibuz] Vat se livre donc à un examen plus approfondi. Très vite, sans même identifier très précisément le toxique, il peut supposer qu’il n’y a pas lieu de redouter un poison particulièrement rare : ces symptômes laissent plutôt envisager l’emploi d’une substance somme toute banale (plusieurs pourraient correspondre), ce qui ne rendra que plus difficile la tâche de désigner un mode opératoire particulier – propre à telle Maison, par exemple ; ceci, de toute façon, ne serait pas du ressort du Docteur Suk, mais plutôt de Bermyl (évidemment, Elihot Kibuz, en tant que principal suspect, est hors-jeu…). Ce poison mis à part, comme de juste, le corps de Taho était celui d’un jeune homme en bonne santé. L’examen du Docteur Suk n’a guère d’autres résultats médicaux à livrer – et l’approche plus « policière » ne donne pas grand-chose, Vat ne sait pas dans quelle direction chercher.

 

[IV-5 : Vat : Taho ; Bermyl] Cependant, les poisons qui pourraient correspondre, à la connaissance du Docteur Suk, ont un effet rapide, et Bermyl n’a donc rien à craindre maintenant : si le poison avait dû le tuer, il l’aurait déjà fait. Par contre, on peut supposer que l’empoisonnement de Taho avait sans doute été calibré pour affecter aussi Bermyl – la durée, peut-être, et la résistance aux poisons du maître assassin, lui ont permis de s’en tirer à bon compte, mais il était probablement une cible indirecte.

 

[IV-6 : Vat : Bermyl, Hanibast Set] Vat sait qu’il n’en tirera rien de plus – pour l’heure, du moins. Il rédige un rapport à destination de Bermyl (qui est en route pour Khepri), mais aussi pour Hanibast Set – le Docteur Suk suppose que les capacités de déduction du Conseiller Mentat pourraient s’avérer utiles pour en savoir davantage.

 

[IV-7 : Vat, Ipuwer] Vat retourne ensuite à ses tâches d’ordre sanitaire – en liaison avec Ipuwer, qui gère (avec compétence, si guère d’autorité) le rapatriement des troupes du Mausolée et des autres bases temporaires dont le maintien n’est pas prioritaire en cette heure de crise ; il s’adjoint les services de Kiya Soter à cet effet.

 

[IV-8 : Vat : Ipuwer, Anneliese Hahn] Quand Vat lui fait son rapport, Ipuwer l’enjoint aussi à se rendre au chevet d’Anneliese Hahn, ce qu’il fait aussitôt. Un examen médical superficiel confirme qu’elle n’a pas de blessures physiques – tout au plus quelques égratignures. Sur ce plan, elle est en parfait état. Au moral, c’est autre chose… Mais son état empêche d’en savoir plus pour l’heure ; elle a de toute évidence besoin de repos, et le Docteur Suk lui donne un tranquillisant. Il redoute une chose, cependant – s’agit-il bien de « la vraie » Anneliese Hahn, de « l’originale » ? Un examen plus approfondi serait nécessaire pour avoir une certitude à cet effet, examen auquel il ne peut pas se livrer maintenant.

V : UN POISSON

 

[V-1 : Németh, Bermyl : Apries Auletes, Ipuwer, Iapetus Baris] Après la poussée d’adrénaline qui les avait maintenus éveillés jusqu’alors, Németh et Bermyl, conscients que leur corps ne pourra pas encaisser longtemps pareil surplus d’activité, profitent de leurs voyages respectifs à destination d’Heliopolis, de quatre heures environ, pour se reposer un peu. Ils arrivent peu ou prou en même temps à l’astroport, où Apries Auletes a suivi à la lettre les consignes d’Ipuwer. La Guilde, avertie de la venue de Németh et Bermyl, a tenu à leur disposition un vaisseau d’interface spécial, et ils montent à bord, direction la lune de Khepriet un entretien tendu avec Iapetus Baris.

 

[V-2 : Németh, Bermyl : Iapetus Baris, Ra-en-ka Soris, Ipuwer] Montés à bord de la navette à destination de Khepri, Németh et Bermyl discutent de leur approche. Németh doit rencontrer Iapetus Baris – mais ce sera un entretient de pure forme, car chacun sait très bien ce qu’il en est. Peut-être Bermyl devrait-il alors enquêter auprès de Ra-en-ka Soris ? Toute information serait bonne à prendre – mais tout particulièrement concernant les deux mystérieux Navigateurs qui s’étaient rendus sur Khepri il y a quelque temps de cela… Bermyl a cependant de nombreuses questions de sécurité en tête, et souhaite veiller sur Németh – il ne pense pas que la Guilde, ou du moins Baris (car il ne conçoit par ailleurs pas que la Guilde puisse être « inféodée » au Bene Tleilax), tentera quoi que ce soit ici, mais, dans ces circonstances, on n’est jamais trop prudent… Il souhaite donc accompagner Dame Németh auprès du représentant de la Guilde Spatiale ; ils pourront voir Ra-en-ka Soris ensemble par la suite – elle a beaucoup de choses à voir avec lui, il serait regrettable que Bermyl soit seul à s’entretenir avec le chef de la Maison mineure marchande Soris… Par ailleurs, la « couverture » de Bermyl ne leurre certainement pas la Guilde, il n’a rien à perdre à cet égard. Németh est d’abord hésitante, mais se plie enfin aux recommandations de son maître assassin. Mettre ainsi en avant que la Maison Ptolémée « se méfie » pourrait d’ailleurs inciter des éléments « secrets » (les Navigateurs anonymes ?) à passer à l’action et à les contacter ? C’était ce qu’Ipuwer pensait...

 

[V-3 : Németh, Bermyl : Iapetus Baris, Ipuwer, Ra-en-ka Soris, Vat Aills, Soti Menkara, Ngozi Nahab] Difficile de « présager » grand-chose concernant Iapetus Baris (Bermyl est cependant convaincu que le Navigateur a, de son côté, prévu leur visite, et la possibilité qu’ils « déballent tout », comme Ipuwer le leur avait suggéré avant leur départ)… mais Németh et Bermyl profitent de ce trajet pour faire le point concernant Ra-en-ka Soris et l’aide qu’il pourrait leur apporter. Le vieux bonhomme s’est toujours montré très sympathique à leur égard (Németh et Vat lui ont rendu visite à plusieurs reprises), loyal (même s’il faut prendre en compte son rapprochement récent avec Soti Menkara contre Ngozi Nahab ; cela n’affecte pas directement ses relations avec la Maison Ptolémée mais c’est tout de même un aspect à prendre en compte – en relevant que, dans cette affaire, Soris n’était visiblement pas très enthousiaste et donnait à tout prendre l’impression d’un homme à qui on avait forcé la main…), et éventuellement de bon conseil. Mais Németh et Vat ont eu l’occasion de percevoir une dimension déconcertante du personnage – qui est certes un bon marchand, mais relativement aveugle sur les plans social et politique : un peu « autiste », Ra-en-ka Soris est souvent totalement inconscient de ces réalités qui le dépassent – ou, plus exactement, il n’en mesure pas la portée, généralement. Il bénéficie par contre d’une force de concentration et d’une capacité de calcul, disons, hors du commun (pour un non-Mentat, mais sans doute use-t-il de divers expédients pour accroître encore ses capacités de calcul et de projection, des drogues notamment) : s’il est un bon marchand, c’est parce qu’il sait compter. Mais il est aux premières loges, sur Khepri : peut-être ne pensera-t-il pas de lui-même à « révéler » des choses importantes – mais, en le « guidant », il devrait être possible d’en retirer bien des informations intéressantes : il faut simplement le mettre sur la bonne voie – les Ptolémée ont eu l’occasion de voir ce que cela pouvait donner concernant les « cargaisons disparues ».

 

[V-4 : Németh, Bermyl : Iapetus Baris] Németh et Bermyl arrivent sur Khepri. Sans plus attendre, ils se rendent très officiellement à la représentation de la Guilde sur le marché-franc, exigeant de voir Iapetus Baris. Mais le Navigateur et ses services, à leur habitude, les font d’abord patienter un bon moment… Leur moyen habituel de rappeler qui est le maître, ici. Németh n’est pas reçue avant trois quarts d’heure – durant lesquels elle fulmine et ne cesse d’interpeller les agents de la Guilde, afin de susciter le scandale ; ce qui ne produit certes aucun effet : « le représentant Iapetus Baris vous recevra bientôt... » Pas d’autre réponse. C’est la Guilde : elle « accorde » des audiences, elle « octroie » des faveurs… Il en a toujours été ainsi, et c’est bien une chose qui ne changera jamais : Németh, et les Ptolémée avec elle, peuvent être tentés de se poser en « partenaires » de la Guilde, mais cette dernière est plus pragmatique – elle se sait infiniment supérieure à la médiocre Maison Ptolémée, qui n’est certes pas en position « d’exiger » quoi que ce soit : la Guilde est surpuissante, aussi n’a-t-elle pas à se montrer courtoise, et les faufreluches ne s’appliquent pas vraiment à son cas.

 

[V-5 : Németh, Bermyl : Iapetus Baris] Puis un domestique – même pas déférent – annonce que le représentant Iapetus Baris va recevoir Németh et Bermyl dans la salle d’audience. Les Ptolémée s’y rendent, et y trouvent le Navigateur, indescriptible, flottant dans sa cuve – deux de ses agents, d’apparence encore humaine, restent à ses côtés. La salle est bien sûr sécurisée, et entièrement protégée par des cônes de silence propres à la Guilde (et qui empêchent tout enregistrement). Baris salue froidement « Dame Németh », sans s’enquérir de la raison de sa visite. Németh réclame des « éclaircissements » sur la cause des milliers de morts qui ont endeuillé Gebnout IV la veille, et rappelle les « engagements » de la Guilde en matière de contrôle climatique ; à sa connaissance… Baris l’interrompt – indéchiffrable sous son aspect résolument non humain, mais clairement pas le moins du monde impressionné : « À votre connaissance ? » Németh est un peu déstabilisée, mais poursuit : ces phénomènes ne sont pas normaux sur Gebnout IV, ils ne peuvent qu’avoir été provoqués. « Et ? » Németh insiste : ils ont un contrat, dont les termes doivent être respectés ! Iapetus Baris lui demande si elle compte intenter un procès à la Guilde devant le Landsraad. Németh dit que la Maison Ptolémée « étudiera toutes les possibilités ». Silence… Puis Iapetus Baris ajoute laconiquement : « Bien. Autre chose ? » Németh s’attendait à ce genre de discussion, mais n’en est pas moins décontenancée par la sécheresse du Navigateur ; cependant, elle parvient dans l’ensemble à se contrôler – sa discipline paye en définitive. Toutefois, il est impossible de le « lire », du fait de son apparence, et les agents mutiques qui l’accompagnent, s’ils ont toujours un aspect humain, ne sont guère plus déchiffrables – c’est comme s’ils n’avaient pas d’âmes, d’une certaine manière. Németh avance enfin que les Ptolémée ont « des alliés ». Iapetus Baris ne répond pas.

 

[V-6 : Bermyl, Németh : Iapetus Baris] Bermyl glisse à l’oreille de Németh qu’elle devrait lui demander de s’expliquer sur le « dysfonctionnement » qui a provoqué la tempête, de manière plus précise – car elle est restée très évasive à ce sujet. Ce que fait Németh – qui décide d’évoquer en outre la Tempête permanente dans le Continent Interdit : s’il ne leur dit rien à ce propos, alors elle saura à quoi s’en tenir ! Mais Baris lui rétorque qu’elle sait déjà à quoi s’en tenir… « Un dysfonctionnement. Un léger dysfonctionnement. Un problème vite réglé, et tout va maintenant pour le mieux. Les satellites de la Guilde, en orbite autour de Gebnout IV depuis des millénaires, ont pu connaître un léger raté – c’est dans l’ordre des choses : ces technologies vous dépassent, de toute façon. » Németh exige un rapport écrit et détaillé sur ce « dysfonctionnement ».

 

[V-7 : Bermyl, Németh : Iapetus Baris ; Rauvard Kalus IV] Bermyl, qui perçoit bien que Németh est contenue par le protocole, décide de brusquer les choses en prenant la parole, en surjouant l'homme du commun : Iapetus Baris se moque d’eux ! La Tempête du Continent Interdit, est-ce encore un « dysfonctionnement » ? Et la catastrophe climatique qui a affecté Cair-el-Muluk et les archipels à l’est de la capitale, elle n’a bien évidemment aucun rapport avec les investigations menées par la Maison Ptolémée sur ce phénomène clairement artificiel dans le grand désert de sable ? La Maison Ptolémée est certes de peu de poids face à la Guilde – mais l’affaire sera bien portée devant l’Imperium, car elle dépasse la seule Gebnout IV ; et aussi puissante soit la Guilde, elle ne pourra s’en tenir à ce mépris inqualifiable quand la Maison Corrino et le Landsraad lui demanderont des comptes, ce qu'ils ne manqueront pas de faire ! Iapetus Baris prend son temps, mais répond – sur un ton différent : « Je crois que vous n’avez pas compris comment les choses fonctionnent dans l’Imperium. Vous n’arriverez certainement à rien de cette manière. Je ne vous présenterai pas d’excuses. La Guilde ne vous présentera pas d’excuses. Elle n’en présentera à personne, pas même à l’empereur Rauvard Kalus IV, pas même au Landsraad. Elle n’en a pas besoin. Nous sommes la Guilde. Nous sommes le pouvoir. » Bermyl rétorque qu’il n’attend pas d’excuses – ce qu’il dénonce, c’est que la Guilde « fricote » avec des « ennemis de l’Imperium », et ceci sera porté à l’attention des autres pouvoirs de la galaxie. Iapetus Baris émet comme un soupir : « C’est bien ce que je disais, vous ne comprenez pas comment les choses fonctionnent. Vous avez l’air horripilé par cette idée d’un simple dysfonctionnement, vous mettez en avant que c’est totalement improbable… Bien sûr que c’est totalement improbable. Mais c’est justement ce qui est magnifique dans cette situation : si d’autres factions venaient à enquêter sur ce qui s’est passé sur cette planète, nous leur répondrions exactement la même chose – qu’il s’agit d’un dysfonctionnement… Et tous comprendraient les implications de ce terme. » Bermyl l’interrompt : tous comprendraient que la Guilde s’est compromise avec le Bene Tleilax ? « Inutile d’envisager cette hypothèse. Non, ils comprendrait simplement que c’est la Guilde qui tire les ficelles – depuis le début, et pour l’éternité encore. Ils comprendraient que si la Guilde "ment" en parlant d’un "dysfonctionnement", ma foi, elle peut se le permettre, étant la plus puissante… Les autres intérêts de l’Imperium ne souhaiteront certainement pas souffrir à leur tour de ce genre de "dysfonctionnements" ; clairement, ils ne feront… rien. Personne ne fera jamais rien contre la Guilde. Ne le comprenez-vous toujours pas ? Croyez-vous que la menace d’un procès au Landsraad, ou que sais-je, dissuaderait d’autres "dysfonctionnements" ? Plus conséquents le cas échéant ? Vous le croyez vraiment ? » Bermyl est plus colérique que jamais – mais sait ne pas avoir d’arguments à lui opposer…

 

[V-8 : Németh, Bermyl : Iapetus Baris] Németh n’est guère plus à l’aise… mais, si son « visage » demeure indéchiffrable, elle perçoit bien que Iapetus Baris, attiré sur un terrain moins protocolaire par Bermyl, jubile, d’une certaine manière, à faire la démonstration de sa puissance écrasante. Ce n’est certes pas un imbécile qui se laissera prendre au piège de la conversation, et sans doute ne dira-t-il pas davantage que ce qu’il devrait, mais il y a peut-être moyen de le titiller ?

 

[V-9 : Németh, Bermyl : Iapetus Baris] Németh tente donc une autre approche : les choses sont claires, dit-elle, à un point près – est-ce à la Guilde qu’elle s’adresse, ou au Bene Tleilax ? À moins qu’il n’y ait pas de différence ? Qui dirige vraiment cet univers ? Iapetus Baris reprend, sur un ton subtilement différent : « Voyez les choses autrement. Nous autres à la Guilde n’avons aucun intérêt à nous... "séparer" des Ptolémée. Les Ptolémée ne sont certes pas grand-chose, mais, ma foi, en 5000 ans de présence conjointe sur cette planète, nous avons pu conclure des arrangements profitables aux deux partis – dans la mesure bien sûr où ces deux partis sont totalement asymétriques. Il n’y a aucune raison pour que cela cesse. Vous devez prendre conscience de ce que la Guilde peut faire en pareil cas – sur cette planète, sur d’autres, peu importe. Vous semblez croire que l’on peut nous menacer – or vous ne le pouvez pas, personne ne le peut. Personne ne peu arguer d’un vieux bout de papier et de quelques considérations éthiques ou religieuses en sus pour dire que la Guilde ne respecte pas ses "engagements" et qu’elle doit être sanctionnée : il n’y aura pas de procès, de quelque manière que ce soit, il n’y en aura jamais. Soyons francs – la Guilde pourrait atomiser la Maison Corrino, et on ne dirait pas autre chose, dans l’Imperium entier, que ceci : la Guilde a le pouvoir… Ce qui est la vérité. Et c’est la seule chose qui compte. Encore une fois, ce petit… "dysfonctionnement"… est un simple "rappel" de la situation dans laquelle se trouve la Maison Ptolémée, qui ne peut pas, ou ne devrait pas, succomber à la folie des grandeurs, ne serait-ce qu’en s’imaginant régner sur "sa" planète, non, nous savons très bien, vous et moi, ce qu’il en est. Quand un… "domestique" tend à devenir pénible de par son ambition, eh bien, on le remplace. Cela pourrait se produire – les candidats à la succession ne manquent pas. Mais pourquoi se séparer autrement d’un… disons, par exemple, un bon maître d’écurie, qui connaît ses chevaux, qui sait les soigner, les maintenir au meilleur de leur forme ? Si les relations entre la Guilde et la Maison Ptolémée peuvent demeurer cordiales, tout le monde en profitera. Ce "dysfonctionnement", dès lors, pourrait être perçu non pas comme une menace, ou un avertissement, mais comme… une main tendue. »

 

[V-10 : Németh, Bermyl : Iapetus Baris] Mais Németh fait alors valoir que, si la Maison Ptolémée n’est rien aux yeux de la Guilde, ce n’est visiblement pas le cas de Gebnout IV. Pour le coup, Iapetus Baris marque un temps d’arrêt, puis revient à sa sécheresse originelle : « Et ? » Bermyl chuchote à l’oreille de Németh que c’est bien joué de sa part… et elle poursuit – en gardant pour elle le contenu implicite de sa remarque, mais peut-être le Navigateur la comprend-elle très bien : elle menace en fait la Guilde, peu ou prou, de faire sauter Gebnout IV ! Et, techniquement, c’est tout à fait possible... Németh poursuit donc dans cette voie : la Guilde fait aux Ptolémée la faveur de s’adresser à eux comme à des domestiques raisonnables ; sans doute sont-ils des domestiques, guère plus… mais sont-ils si raisonnables que cela ? Iapetus Baris, sur un ton plus nerveux, répond : « Vous êtes des marchands – il n’y a rien au monde de plus raisonnable que des marchands. Je ne peux toutefois exclure qu’avec le temps vous soyez devenus de mauvais marchands – et, encore une fois, on peut remplacer un employé devenu incompétent. Cela peut être désagréable, car il est toujours délicat de se séparer d’un petit personnel auquel on s’est attaché avec le temps… S’il faut le faire, nous le ferons. »

 

[V-11 : Németh, Bermyl : Iapetus Baris] Németh répond qu’elle le laisse à ses spéculations quant à ce que sont au juste les Ptolémée, et lui fait ses adieux – avec un signe de la tête à Bermyl pour qu’il la suive hors de la salle d’audience. Lequel s’exécute, non sans un dernier regard courroucé à l’adresse du Navigateur, accompagné d’un sarcasme sur le poisson dans son aquarium…

VI : AU CHEVET DE LA FINE LAME

 

[VI-1 : Ipuwer : Anneliese Hahn, Vat Aills] Après une courte nuit, trop courte sans doute, mais qui a permis à chacun de reprendre un peu ses forces après la tension de la veille, Ipuwer considère de son devoir de se rendre au chevet d’Anneliese Hahn – laquelle a réintégré ses quartiers, sous surveillance médicale. Il a pris connaissance du rapport de Vat Aills témoignant de ce qu’elle ne souffrait pas de traumatismes physiques.

 

[VI-2 : Ipuwer : Ludwig Curtius ; Anneliese Hahn, Namerta] Toutefois, avant d’aller la voir, Ipuwer prend soin de se renseigner auprès de son maître d’armes Ludwig Curtius (un Delambre également), qui l’a bien plus souvent vue que lui-même. Sans doute est-il meilleur escrimeur que psychologue, mais n’aurait-il pas quelque conseil concernant Anneliese Hahn ? Comment la sent-il ? Curtius a un temps d’arrêt, puis, assez froidement, concède qu’il a déjà vu ce genre de réactions – de la part de ces gens qui se croient infiniment supérieurs au reste du monde, et qui découvrent au pire moment qu’ils sont en fait comme les autres, ni plus ni moins… C’est ce qui s’est produit avec la jeune femme – et le choc en retour est proportionnel à la morgue qu’elle avait déployée durant toutes ces années. Et à raison, pour partie du moins : c’était assurément une brillante épéiste, probablement une des meilleures de tout l’Imperium… et issue d’une des meilleures familles… Consciente de ce qu’elle était un très beau partie, mais compensant ce statut par ce qu’il fallait de rébellion pour la rendre plus séduisante encore, et pimenter une existence qui lui aurait été autrement insupportable, car bien trop monotone. Mais elle n’était certes pas habituée à ramper dans la boue, à être bousculée par la populace, presque écrasée par elle, sans même avoir la moindre opportunité de faire la démonstration de ses talents avec une rapière en main… Qu’y a-t-il de plus à en dire ? Ipuwer suppose que Curtius a raison – et songe que son père Namerta avait très bien fait de l’envoyer, au cours de sa formation, auprès des militaires lambda de sa Maison, ce qui l’a beaucoup instruit : oui, il faut de temps en temps ramper dans la boue… Il va aller la voir – et lui proposer un entraînement commun ; Ludwig Curtius lui souhaite bonne chance…

 

[VI-3 : Ipuwer : Anneliese Hahn] Ipuwer se rend donc dans les quartiers d’Anneliese Hahn – dont il fait se retirer les domestiques présents (mais des gardes restent toujours à la porte). La jeune femme a pris une bonne douche et changé ses vêtements – ce qui produit un contraste avec le tableau pitoyable de la veille, et elle a récupéré un peu de son aura… mais guère, car tout cela demeure superficiel : dans ses yeux, dans ses attitudes et ses gestes, elle reste visiblement très affectée par son expérience. Et la morgue n’est plus de la partie : jusqu’à présent, chaque fois qu’Ipuwer l’avait rencontrée, elle se montrait d'emblée arrogante, et ne tardait guère, soit à lancer avec brutalité quelque remarque salace et crue, soit à offrir de manière insistante de lui livrer une humiliante leçon d’escrime… Ce n’est plus du tout le cas.

 

[VI-4 : Ipuwer : Anneliese Hahn ; Clotilde Philidor, Németh, Ludwig Curtius] Ipuwer s’enquiert de la santé d’Anneliese Hahn : tout va bien ? Comment se sent-elle ? Sans être totalement bloquée, sans être hostile non plus, elle est atone – et, assise au bord de son lit, elle garde les yeux fixés sur le sol. Ipuwer constate que son corps est rétabli, mais pas son âme… Veut-elle lui raconter ce qui lui est arrivé ? On l’avait fait chercher quand la tempête s’était mise à menacer, mais il avait été impossible de la trouver à temps pour qu’elle évacue Cair-el-Muluk avec sa cousine Clotilde Philidor ainsi que d’autres notables, sous la protection de NémethIl s’en excuse, un peu confusément, mais Anneliese Hahn perçoit sa sincérité sous la maladresse, ce qui n’est pas plus mal. Mais elle lui fait comprendre qu’elle n’a pas envie, pour l’heure du moins, d’en parler – nulle hostilité dans ces paroles : c’est factuel, d’une certaine manière. Ipuwer sent bien que ce n’est pas le moment, et il sait tout autant ne pas être le plus apte à la réconforter... Elle se confiera sans doute à un moment ou à un autre – mais probablement pas à lui, et certainement pas maintenant. Il se contente donc de lui offrir, quand elle sera remise, dès demain le cas échéant, d’échanger quelques coups d’épée en compagnie de Ludwig Curtius.

 

[VI-5 : Ipuwer : Anneliese Hahn ; Clotilde Philidor, Németh] Il précise enfin que Clotilde Philidor est en sécurité et en bonne santé, et qu’elle a fait part de son inquiétude la concernant – elle a été mise au courant de ce que sa cousine se trouve maintenant au Palais, loin de toute menace. Cela éveille très vaguement Anneliese Hahn, mais surtout car cela la surprend – et peut-être cela lui fait-il un peu honte ? Clotilde Philidor, dans l’ornithoptère avec Németh, avait fait part de son inquiétude concernant le sort de sa cousine – mais Anneliese Hahn n’a visiblement pas pensé un seul instant à Clotilde Philidor ; c’est comme si on lui rappelait son existence, et leurs liens familiaux… Et Ipuwer comprend bien que c’est la honte qui domine chez son invitée – la honte qui l’affecte depuis les tragiques événements de la veille, et qui se trouve encore renforcée, maintenant, par la prise de conscience de ce qu’elle n’a jamais pensé à qui que ce soit d’autre qu’elle-même sur le moment ; et, maintenant, elle s’en veut – ce qui ne se serait jamais produit un jour plus tôt. Ipuwer le comprend – et lui assure que « la boue, ça se lave » ; la veille, elle aura probablement réagi en lui collant une gifle, mais ce n’est plus le cas maintenant. Il insiste : elle se relèvera plus forte.

 

À suivre...

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CR Imperium : la Maison Ptolémée (28)

Publié le par Nébal

Le tsunami déferle sur les archipels à l'est de Cair-el-Muluk.

Le tsunami déferle sur les archipels à l'est de Cair-el-Muluk.

Vingt-huitième séance de ma chronique d’Imperium.

 

Vous trouverez les éléments concernant la Maison Ptolémée ici, et le compte rendu de la première séance . La séance précédente se trouve ici.

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient donc Ipuwer, le jeune siridar-baron de la Maison Ptolémée, sa sœur aînée et principale conseillère Németh, le Docteur Suk Vat Aills, et l’assassin (maître sous couverture de troubadour) Bermyl.

 

I : APPRENDRE DU DÉSERT

 

[Lors de la partie précédente, le joueur incarnant le Docteur Suk, Vat Aills, était absent ; j’avais intégré dans le compte rendu quelques indications tenant aux instructions qu’il m’avait fournies, mais il fallait revenir sur quelques points corollaires en début de séance.]

 

[I-1 : Vat : Taharqa Finh, Nofrera Set-en-isi] Vat dirige donc une expédition dans le Continent Interdit afin de percer les secrets de la Tempête ; il est accompagné de l’archéologue et historien Taharqa Finh, de la climatologue Nofrera Set-en-isi, de deux guides atonistes de la Terre Pure, et d’une petite troupe de commandos d’élite habitués au désert.

 

[I-2 : Vat] Vat s’intéresse à plusieurs points de cet environnement très particulier – à la lisière du grand désert de sable au centre duquel se trouve la Tempête, sachant que leur camp de base, dans une grotte, se situe environ à 300 kilomètres de la limite du phénomène ; c'est, à en croire les Atonistes, l’abri le plus proche que l’on puisse trouver. Par ailleurs, ils n’ont jamais pu dépasser un rayon de 150 kilomètres environ, l’endroit où la violence des vents et le sable qu’ils transportent empêchent de s’approcher davantage sans un équipement adéquat (au moins une sorte d’armure, sans doute complétée par des suspenseurs afin de faciliter les mouvements), dont ils ne disposent pas sur place.

 

[I-3 : Vat] Premier point : la flore. Elle est très rare, mais il y en a tout de même un peu – généralement là où l’on trouve de l’eau, et donc souvent dans les abris rocheux (rien de la sorte dans le désert de sable environnant la Tempête). On trouve essentiellement des sortes de fougères, ou quelques plantes grasses, outre des champignons et moisissures assez variés ; seuls ces derniers semblent pouvoir être éventuellement comestibles. Mais, de manière générale, il n’y a aucune trace d’une quelconque agriculture, cette végétation est très limitée et clairement sauvage.

 

[I-4 : Vat : Thema Tena] Concernant la faune, elle consiste a priori uniquement en insectes – et Vat manque un peu de bagage zoologique pour apprécier leur singularité ; toutefois, cela correspond bien à ce que Thema Tena avait évoqué. Ces insectes sont propres au désert du Continent Interdit, on n’en trouve pas de semblables sur la face habitée de Gebnout IV. Ils sont somme toute peu nombreux, mais on en trouve souvent là où il y a de l’eau, et donc essentiellement dans les abris rocheux tel que celui où l’expédition a installé son camp de base ; ce sont des insectes fouisseurs, et par ailleurs des insectes sociaux, qui vivent en colonies pouvant évoquer des ruches – mais celles-ci ne semblent pas leur être imposées par la crainte de prédateurs ou le besoin de protection contre des phénomènes climatiques, seule la proximité systématique de l’eau peut être notée. Vat, attentif, a cependant pu remarquer, dans les mouvements les plus avancés de l’expédition, à environ 150 kilomètres de rayon de la Tempête, qu’on trouvait de semblables insectes dans le sable.

 

[I-5 : Vat] Vat se demande si les Atonistes n’auraient pas quelques « légendes » concernant cette flore et cette faune, mais on le détrompe très vite : le mouvement atoniste, par ailleurs assez récent, a une approche largement pragmatique de son Pèlerinage Perpétuel, et ne s’est pas construit sur une base folklorique…

 

[I-6 : Vat] Concernant la structure géologique du sol, elle est assez difficile à déterminer – même si l’expédition avait pris soin de se munir de matériel de forage. Mais le désert de sable ne facilite pas exactement les opérations ; il y a sans doute une couche plus dure, probablement de roche, sous le sable, mais c’est très profond – et rien à la surface ne permet de déterminer des variations à cet égard. Pas de sables mouvants, par contre. Mais, en surface, la morphologie du désert de sable est très variable, car les dunes sont poussées par le vent et sans cesse remodelées – elles vont donc toujours dans le même sens ; mais, à la lisière des zones rocheuses, des turbulences récurrentes peuvent propulser les particules de sable dans l’atmosphère et les ramener au cœur de la Tempête, ainsi auto-alimentée. Vat envisageait d’user d’une technologie de pointe, probablement ixienne, pour creuser des tunnels sous le sable, mais il ne dispose pas sur place de ce genre de matériel très pointu, et sans doute n’y en a-t-il pas à la base sur Gebnout IV ; maintenant, il est sans doute possible de s’en procurer via le marché franc de la lune de Khepri, mais ça ne s’annonce pas forcément évident… d’autant que la Guilde surveille les transactions, bien sûr. Le même problème se pose concernant les « sondes » que Vat aimerait envoyer dans la Tempête pour y rassembler des données (même si envoyer des projectiles, avec du matériel de mesure, pourrait être envisagé sans trop de difficultés ; le problème serait alors de récupérer les données).

 

[En termes de jeu : la Maison Ptolémée a un Niveau Technologique (NT) de 4, ce qui est le meilleur score envisageable pour une Maison noble créée par des PJ ; le NT 5 existe, mais n’est accessible qu’aux Maisons plus puissantes et davantage engagées dans la voie de la science et de la technologie, par exemple la Maison Wikkheiser (certaines technologies, dites NT X, sont inaccessibles aux Maisons quelles qu’elles soient, et réservées à des factions très spécifiques telles que la Guilde Spatiale ou le Bene Tleilax – forcément…) ; via Khepri, se procurer du matériel NT 5 est envisageable (contrairement au NT X), mais coûteux, long, et éventuellement dangereux.]

 

[I-7 : Vat] Par ailleurs, au fil des observations, les membres de l’expédition n’ont pas constaté de phénomène particulier tels que des « objets » qui « entreraient » ou « sortiraient » de la Tempête ; ils ont donc pu s’approcher dans un rayon d’environ 150 kilomètres, mais pas plus loin – cependant, les armures envisagées plus haut (avec suspenseurs, boucliers, etc.) pourraient sans doute être conçues sur Gebnout IV, sans nécessiter des transactions sur le marché franc de Khepri. À vrai dire, les armures des commandos pourraient être « bricolées » dans ce sens. Vat communique donc avec Cair-el-Muluk pour « passer commande » de tous ces éléments.

 

[I-8 : Vat : Nofrera Set-en-isi] Vat discute avec Nofrera Set-en-isi de la Tempête, mais la climatologue n’est pas forcément en mesure d’apporter grand-chose de neuf pour l’heure. En tout cas, elle confirme l’évidence : ce phénomène n’a absolument rien de naturel, et c’est forcément la Guilde qui l’a suscité à l’origine et entretenu depuis, via ses satellites de contrôle climatique. Elle analyse cependant le fonctionnement très concret du phénomène, avec sa nature de tourbillon, la formation des dunes, le circuit d’auto-alimentation, etc.

 

[I-9 : Vat : Taharqa Finh ; Taa] Vat s’entretient aussi avec Taharqa Finh de ses conclusions concernant le Mausolée des Ptolémée, qu’il avait étudié avant que l’expédition s’enfonce dans le désert. L’archéologue, fasciné par cette structure, confirme que « tout colle » au niveau des dates : le Mausolée a sans doute été construit il y a quatre ou cinq millénaires de cela, à l’époque où les Ptolémée ont progressivement déplacé le centre du pouvoir sur Gebnout IV dans la ville somptuaire de Cair-el-Muluk – d’abord en y transférant le Palais, ensuite en y bâtissant, avec l’accord voire à terme la complicité du Culte Épiphanique du Loa-Osiris, le Grand Sanctuaire d’Osiris ; c’est donc à la même époque que le rituel du « voyage des morts » a été mis en place, avec ses spécificités concernant les siridar-barons défunts, justifiant l’implantation secrète dans la région de l’ordre des Sœurs d’Osiris, dont Taa est aujourd’hui la dirigeante (Taharqa Finh s’est longuement entretenue avec elle – dans une discussion bien trop pointue pour qui n’est pas spécialiste de la matière) ; corrélativement, c’est donc l’époque où le « tabou » concernant le Continent Interdit a été formulé puis est devenu canonique, sans que l’on n’y change rien jusqu’à ces dernières semaines...

 

II : UNE AFFAIRE DE POISONS

 

[II-1 : Bermyl : Taho, Vat Aills, Németh Elihot Kibuz] Bermyl a fait évacuer le cadavre empoisonné de son agent Taho, confié aux services du Docteur Suk Vat Aills, même en l’absence de ce dernier. Il s’interroge sur le sens des paroles du défunt, affirmant que leurs ennemis connaissaient leurs mouvements (ou en tout cas ceux de Bermyl) à l’avance : auraient-ils recours à la Prescience ? Il lui faut communiquer aussitôt cette information à Németh, et l’assassin retourne de ce pas au Palais ; il soupçonne Elihot Kibuz, le maître assassin fantoche, dont il sait les talents en matière de poison, d'être le responsable de la mort de Taho

 

[II-2 : Bermyl : Németh] Mais, alors même qu’il rentre au Palais, Bermyl perçoit à son tour qu’une tempête approche – littéralement, qu’il y a de l’électricité dans l’air, ce qui n’est pas normal… Bien sûr, il n’est pas le seul à s’en rendre compte : la foule de Cair-el-Muluk, tout autour de lui, partage cette surprise, qui tourne immédiatement à l'inquiétude, voire à la panique – mais peut-être d’autant plus que, parmi cette foule, bien rares sans doute sont ceux qui ont pu se rendre sur d’autres planètes que Gebnout IV, et assister de leurs yeux à pareil phénomène, inédit sur le fief planétaire des Ptolémée Il n’est que plus urgent de discuter de tout cela avec Németh – de cette certitude que leurs ennemis ont au moins une longueur d’avance sur eux. Il lui adresse un message à cet effet, lui demandant aussi si elle a la moindre idée de comment leurs ennemis pourraient procéder (Prescience ou autre méthode).

III : RÉUNION DE CRISE

 

[III-1 : Németh : Bermyl, Taho] Németh est alors sur le balcon océanique, où elle regarde les yeux exorbités la tempête qui approche ; elle avait déjà reçu une laconique notification de Bermyl, rapportant la mort de Taho, mais les communications les plus récentes de l’assassin en route pour le Palais lui sont alors apportées sur le balcon par une estafette. Németh retourne à l’intérieur, prend connaissance du message, et congédie l’estafette après lui avoir confié la tâche de donner à Bermyl l’ordre de rentrer immédiatement au Palais.

 

[III-2 : Németh, Ipuwer : Apries Auletes, Ngozi Nahab, Clotilde Philidor] Une réunion de crise s’impose, dans un endroit approprié. Németh se rend compte alors qu’elle ne sait même pas où se trouve son frère Ipuwer, à impliquer forcément, depuis son retour d’Heliopolis où il s’était entretenu avec le chef de la police Apries Auletes (notamment concernant Ngozi Nahab) – même si elle lui avait communiqué, sans entrer dans les détails, l’incident survenu avec Clotilde Philidor la veille au soir. En fait, il se trouvait au bord de sa piscine… où il a lui aussi perçu la tempête qui s’annonçait ; dans le plus simple appareil ou peu s’en faut, il s’est aussitôt précipité dans les couloirs du Palais pour retrouver Németh, et les deux se rencontrent donc au détour d’un couloir, chacun en quête de l’autre.

 

[III-3 : Németh, Ipuwer, Bermyl : Clotilde Philidor, Abaalisaba Set-en-isi] Németh dit alors à son frère que Clotilde Philidor avait vu juste… Ils se rendent ensemble dans la « salle de guerre » du Palais (après avoir envisagé un temps de tenir conseil dans la bibliothèque, généralement délaissée – sauf qu’Abaalisaba Set-en-isi, ces derniers temps, y travaille beaucoup –, mais la situation impose un lieu de réunion tout autre). Déjà, en chemin, ils s’interrogent sur les mesures d’urgence à prendre : ils parlent d’évacuation, de déterminer les lieux en altitude et à l’intérieur des terres les moins susceptibles d’être affectés par le tsunami qui s’annonce (car Németh précise alors la vision de Clotilde Philidor, ce qu’elle n’avait pas fait jusqu’alors : c’est bien le tsunami qui est surtout à craindre, plutôt que la tempête à proprement parler), etc. Des idées échangées à la volée, sous la pression des événements, et sans données concrètes – qu’ils espèrent pouvoir rassembler dans la « salle de guerre », avec l’équipement et leurs subordonnés pour les assister dans cette tâche ; Bermyl est également en route pour cette réunion de crise – il suspecte quant à lui une diversion...

 

[III-4 : Ipuwer : Iapetus Baris] Ipuwer, comme de juste, contacte aussitôt la Guilde Spatiale, sur la lune de Khepri – car c’est la Guilde qui, via ses satellites, modèle le climat de Gebnout IV, ce qui devrait prohiber ce genre d’incidents. Il est impossible d’entrer directement en communication avec le représentant Iapetus Baris ; les services de la Guilde se contentent d’évoquer laconiquement « un léger dysfonctionnement », qui ne durera guère, et tout sera bientôt sous contrôle…

 

[III-5 : Ipuwer, Németh] Ipuwer pose donc la question de l’évacuation. Mais, même à s’en tenir aux seuls grands centres urbains sous le coup de la menace de la tempête, cela représente environ onze millions de personnes, réparties entre Cair-el-Muluk, quatre millions et demi d’habitants, et Heliopolis, six millions et demi d’habitants… même si la menace sur cette dernière ville est plus lointaine, et pour l’heure simplement hypothétique. Mais c’est oublier les très nombreuses petites villes réparties sur les côtes ou dans les archipels à l’est de Cair-el-Muluk, en plein sur le chemin de la tempête ! Organiser une évacuation de masse semble inimaginable – d’autant que Gebnout IV, en principe épargnée par toute menace du genre, ne dispose pas vraiment des infrastructures adéquates ; par ailleurs, pareille opération d’évacuation nécessiterait, en l’absence d’organisations dédiées, de déployer les forces militaires de la Maison en urgence – or ces troupes sont très limitées en nombre, si elles bénéficient d’une capacité de déploiement relativement efficace du fait de son équipement plus que correct en transports de troupes [concrètement, en termes de jeu, la Maison Ptolémée a un niveau de 2 en Guerre, ce qui est au mieux moyen ; une opération d’une telle envergure impliquerait de mobiliser au moins un de ces deux points pendant une durée indéterminée – puisqu’il faudra prendre en compte aussi les secours, en temps utile] ; et l’urgence complique encore la donne : la tempête va frapper ces zones dans quelques heures au plus tard ! En fait, ce genre d’évacuation est totalement inenvisageable ; Németh avance d’ailleurs que cela risquerait de susciter un mouvement de panique… mais comprend aussitôt qu’il y aura forcément des mouvements de panique, quoi que fasse la Maison Ptolémée.

 

[III-6 : Németh, Ipuwer, Bermyl : Elihot Kibuz, Clotilde Philidor, Namerta, Bahiti Arat] Németh suppose donc que la seule évacuation envisageable est celle du « gratin » de Cair-el-Muluk – les plus hauts responsables de la Maison Ptolémée dont la présence n’est pas requise (ce qui exclut pour partie les dirigeants militaires et ceux des services de renseignement – mais, suite aux derniers rapports de Bermyl, Németh envisageait de faire arrêter immédiatement Elihot Kibuz ; Bermyl, d’ailleurs, reste, sans l’ombre d’une hésitation, d’autant qu’il suspecte un coup fourré...), les invités de la Maison, éventuellement d’autres notables des Maisons mineures ou indépendants… Très peu de monde, somme toute, car il faut se livrer à un tri drastique, pas le temps de satisfaire tout le monde. Pour elle, c’est une évidence, Ipuwer, qui est « la personne la plus importante sur cette planète », doit être évacué. Mais Ipuwer entend rester sur place, « auprès de son peuple » (en rigolant, il rappelle à sa sœur qu’il a « une cote de popularité à soigner »...), et envisage aussi la possibilité que cette catastrophe tourne à la tentative de coup d’État, auquel cas les séditieux « le trouveront sur leur route » ; quoi que puisse lui dire Németh, il restera. Par contre, il sait qu’il ne faut pas que la Maison Ptolémée conserve tous ses œufs dans le même panier… En fait, il enjoint sa sœur, « la véritable dirigeante de cette Maison », dit-il, de partir, elle, et immédiatement, de Cair-el-Muluk Ipuwer va jusqu’à dire que, si lui mourait, la Maison Ptolémée pourrait s’en relever, mais qu’elle ne se relèverait pas de la perte de Németh ! Elle doit donc partir, elle, avec « leurs invités » (il ne cite expressément que Clotilde Philidor), à destination d’un relais de chasse à l’intérieur des terres, du nom de Darius, à quelque distance au nord-est de Memnon, dans les montagnes – une installation hautement sécurisée, conçue également pour ce genre de situations (plus précisément dans l’hypothèse d’une guerre).

 

[Note : les joueurs, dans cette discussion, se sont posé la question des règles de succession de la Maison Ptolémée, à laquelle nous n’avions jamais défini de réponse jusqu’alors, même si elle était sous-jacente à plusieurs développements de la chronique ; ainsi, Ipuwer avait succédé à Namerta, et non Németh, même si cette dernière était son aînée ; par ailleurs, les tractations matrimoniales, de longue date dans la partie, étaient motivées par le fait qu’Ipuwer n’avait pas d’héritier (légitime, du moins…), problème dont Németh elle-même considérait qu’il devait être réglé au plus tôt, et probablement par ses soins. Cependant, cela laisse une certaine marge de manœuvre aux joueurs pour déterminer le système en vigueur – de nombreuses solutions peuvent être envisagées, précisant la seule primogéniture masculine qui semble quant à elle acquise, et ce même dans un univers aussi fondamentalement sexiste (au sens le plus strict) que celui de Dune (y compris en se basant sur la thématique égyptienne de la Maison Ptolémée on avait déjà introduit dans la campagne l’idée du mariage entre frère et sœur, par exemple, avec les partisans d’Isis, et la variante propre à Bahiti Arat se voyant elle-même en Isis). J’ai préféré laisser cette question à la discrétion des joueurs, et tiendrai compte de leurs choix en la matière le moment venu.]

 

[III-7 : Németh, Ipuwer : Clotilde Philidor, Taestra Katarina Angelion, Labaris Set-en-isi, Abaalisaba Set-en-isi, Suphis Mer-sen-aki ; Anneliese Hahn, Hanibast Set, Vat Aills] Németh, un peu sceptique, peut-être aussi surprise, accepte enfin de se plier aux injonctions de son frère, et ne tarde guère à partir, avec les autres réfugiés notables, à bord d’ornithoptères, qui prennent la direction du sud tant qu’il leur est encore possible de voler… Les invités de la Maison l’accompagnent (ce qui inclut notamment, outre Clotilde Philidor, la Révérende-Mère Taestra Katarina Angelion ainsi que Labaris Set-en-isi, proche ami d’Ipuwer qui loue volontiers ses talents) – à l’exception toutefois d’Anneliese Hahn, qui ne se trouve alors pas dans le Palais, et il est impossible de déterminer où elle se trouve précisément (même si c’est à Cair-el-Muluk, elle n’a semble-t-il pas quitté la ville insulaire)… Sont aussi du lot quelques autres notables, tel qu’Abaalisaba Set-en-isi ; mais le Grand Prêtre Suphis Mer-sen-aki demeure à Cair-el-Muluk, Ipuwer l’exige, car il a besoin de ses services. En tout, 200 personnes environ quittent Cair-el-Muluk avec Németh, accompagnés de quelques troupes d’élite pour assurer leur sécurité (d’autres gagnent directement Darius). À noter, le Conseiller Mentat Hanibast Set n’est pas du voyage, car il ne se trouve pas à Cair-el-Muluk : le Docteur Suk Vat Aills l’a placé dans une institution psychiatrique isolée, au nord de Memnon, trop loin dans les terres pour être menacée par le tsunami, afin qu’il récupère de son « gel du Mentat ».

IV : AUX RAPPORTS

 

[IV-1 : Bermyl : Ipuwer] Bermyl, dès lors, suit Ipuwer comme son ombre – car il redoute que l’on ne profite de la situation pour tenter de s’en prendre à lui, et il remplit donc son office de garde du corps.

 

[IV-2 : Bermyl : Taho] Par ailleurs, Bermyl comprend, un peu tardivement (du fait de la précipitation des événements), que le poison qui avait tué Taho l’avait lui-même atteintsans doute quand le fidèle agent s’était écroulé dans ses bras ; mais sa connaissance des toxines, et sa pratique de la mithridatisation, lui ont permis de ne pas en subir les effets au-delà de quelques signes éloquents mais pas fatals – ses veines qui ressortent, notamment.

 

[IV-3 : Bermyl] Mais Bermyl joue aussi sa part dans la gestion de la crise : en tant que chef officieux des services de renseignement des Ptolémée, il reçoit de très nombreux rapports, en permanence, en temps réel – mais en ayant bien conscience que ses services ne sont pas fiables, de manière générale… Ces rapports confirment l’évolution de la tempête, qui semble devoir passer à l’est de Cair-el-Muluk, en plein sur une zone d’archipels, et éventuellement à terme dans la direction d’Heliopolis ; impossible cependant d’avoir des informations plus précises, car la tempête prohibe le survol de la zone par des ornithoptères – tandis que la Guilde, forcément, demeure muette, s’en tenant à la seule mention d’un « léger dysfonctionnement »… Par ailleurs, la zone couverte par la tempête, si elle est habitée, ne bénéficie gère d’infrastructures permanentes, et notamment de moyens de communication, permettant d’avertir Cair-el-Muluk de ce qui se produit dans les archipels.

 

[IV-4 : Bermyl] Des rapports d’un autre ordre lui parviennent : la situation demeure gérable pour l’heure à Heliopolis, encore à quelque distance de la tempête, mais, à Cair-el-Muluk, la population commence à succomber à la panique – il y a déjà eu des mouvements de foule, des bousculades… À l’évidence, il y a déjà des morts, et en nombre ! Car les habitants sont d’autant plus terrorisés que cet événement est pour la plupart d’entre eux, qui n’ont jamais quitté Gebnout IV, totalement incompréhensible, et d’une certaine manière apocalyptique – ce n’est pas censé pouvoir se produire sur le fief planétaire de la Maison Ptolémée ; laquelle, à l’évidence, ne dispose pas des troupes permettant de juguler ces mouvements de panique…

 

[IV-5 : Bermyl : Ipuwer, Namerta] Bermyl sait qu’il ne pourra probablement pas disposer de renseignements fiables, dans ces circonstances, portant sur d’éventuels mouvements de troupes (en provenance par exemple du Continent Interdit, ou dans sa direction ?) ; rien ne va dans ce sens. Par contre, dans ce contexte apocalyptique, même si cela ne semble pas pour l’heure témoigner de mouvements organisés, des rapports l'informent que, çà et là, des « prêcheurs » expriment et entretiennent la colère de la foule terrifiée en imputant la catastrophe à « la colère des dieux », et n’hésitent guère à accuser Ipuwer d’être le responsable de ce drame – certains allant jusqu’à dire que c’est là la preuve que Namerta doit remonter sur le trône de la Maison Ptolémée... Ce qui n’était jusqu’alors que latent dans les rues de Cair-el-Muluk devient subitement très concret : la tempête joue le rôle de la proverbiale goutte d’eau qui fait déborder le vase, et l’on passe des ragots et moqueries à la sédition.

V : GÉRER LA FOULE

 

[V-1 : Bermyl, Ipuwer : Kiya Soter] Kiya Soter est présent quand Bermyl communique ces informations à Ipuwer, et ne s’embarrasse pas de précautions : en pareil cas, il lui faut des instructions précises de son siridar-baron – comment doit-il gérer la foule, la panique, la sédition ? Il y a un risque non négligeable que tout cela vire à l’émeute…

 

[V-2 : Ipuwer : Suphis Mer-sen-aki] Pour Ipuwer, il faut d’abord communiquer – et pour cela, il a besoin de Suphis Mer-sen-aki, dont il exige la présence au Palais ; le Grand Prêtre se trouvant au Sanctuaire d’Osiris tout proche, il peut venir aussitôt. Ipuwer le charge de calmer la foule en communiquant à la radio et par hauts-parleurs.

 

[V-3 : Ipuwer] Ipuwer lui-même ne s’exprime pas directement sur les ondes, mais donne les grandes lignes d’une communication officielle jouant de la voix de la raison (et de la vérité), donnant des mesures de sécurité concrètes, et rappelant à ceux qui pourraient, dans la panique, l’oublier, que le climat sur Gebnout IV est géré par les satellites de la Guilde, temporairement affectés par un « dysfonctionnement », bientôt réglé, selon ses propres termes – mais certes dangereux, il faut donc garder la tête froide et se conformer aux consignes de sécurité.

 

[V-4 : Ipuwer] Mais Ipuwer s’implique directement dans la gestion de la crise au plan stratégique – ce qui influe sur la communication officielle au fur et à mesure que les événements progressent et que les réponses de la Maison Ptolémée se précisent. Ainsi, il faut réfléchir d’ores et déjà à « l’après ». Ipuwer met en place des points de collecte éloignés des côtes pour que la population affectée puisse obtenir des vivres et des soins une fois la tempête passée, et envisage notamment d’utiliser à cet effet les grands jardins ceinturant le Palais et le Sanctuaire d’Osiris.

 

[V-5 : Ipuwer : Kiya Soter] Mais Kiya Soter, s’il reste courtois, trépigne visiblement : Ipuwer ne lui a toujours pas répondu concernant la gestion de la foule et du risque d’émeute ! Sans le dire frontalement, il suppose qu’il lui faudra prendre des initiatives – quelles qu’elles soient. Mais tous deux savent que la Maison Ptolémée ne dispose pas d’effectifs militaires suffisants pour véritablement juguler les mouvements de panique… Dès lors, Ipuwer décide de concentrer les troupes autour du Palais et du Sanctuaire d’Osiris pour en assurer la protection. Mais il faut autant que possible s’abstenir de recourir à la force !

 

[V-6 : Ipuwer, Bermyl : Kiya Soter] En même temps, Ipuwer veut cependant... ouvrir le Palais et le Sanctuaire d’Osiris, ou plus exactement leurs immenses cours bien protégées, à certains habitants de Cair-el-Muluk – les femmes et les enfants. Décision qui n’enchante pas Bermyl et Kiya Soter – c’est faire entrer la menace dans le Palais même ! Bermyl loue la noblesse d’âme de son siridar-baron, désireux d’assister et protéger son peuple – mais ledit peuple se méfie de plus en plus de lui, et il en est même qui appellent à le renverser ! Et, bien sûr, il faut prendre en compte la panique… Ipuwer doit rester à distance, au moins – protégé à l’intérieur du Palais.

 

[V-7 : Ipuwer] Mais sa décision est prise : Ipuwer ouvre les cours du Palais et du Sanctuaire d’Osiris (voire l’aile est du Palais, de toute façon en perpétuels travaux de réfection – mais ses conseillers l’en dissuadent : personne à l’intérieur du Palais proprement dit !) aux femmes et aux enfants ; il envisage aussi d’y transférer les patients des hôpitaux, mais l’urgence comme la panique rendent une évacuation de ce type particulièrement improbable – à vrai dire, même concernant les femmes et les enfants se pressant dans les cours, ces problèmes se produiront de toute façon : les troupes doivent gérer l’accès aux cours, et la tâche s’annonce délicate et susceptible à chaque instant de déraper… Ipuwer prend donc les choses en mains, et obtient des résultats très concrets.

 

[En termes de jeu, sept succès à son jet de Stratégie, ce qui est admirable ; Ipuwer pâtit toujours de son Aura très faible – il n’a que 2 – mais obtient tout de même un succès, ce qui, dans ces conditions, s’avère suffisant, le jet de Stratégie compensant ce petit score.]

 

VI : LA MENACE SUR HELIOPOLIS

 

[VI-1 : Bermyl] Bermyl reçoit alors un nouveau rapport – en provenance des derniers ornithoptères en vol, qui doivent maintenant se poser car les conditions sont devenues trop dangereuses. Ils confirment que des tsunamis se sont bel et bien formé, qui ont déjà submergé des villages de pêcheurs dans les archipels à l’est de Cair-el-Muluk – ce qui confirme aussi que, si la situation continue de progresser de la sorte, Heliopolis aussi sera menacée.

 

[VI-2 : Ipuwer : Apries Auletes, Ngozi Nahab] Suite à ce rapport, Ipuwer communique aussitôt avec Apries Aletes à Heliopolis ; à lui de gérer la situation sur place – avec l’assistance le cas échéant de Ngozi Nahab, qu’Ipuwer décrit comme étant « son fidèle vassal ». Mais Ipuwer perçoit bien que son chef de la police n’est pas à l’aise – il a peur, et avant tout pour lui, ce qu’il ne dit bien sûr pas, mais le siridar-baron s’en rend compte.

 

[VI-3 : Ipuwer : Ngozi Nahab, Apries Auletes] C’est pourquoi il décide de contacter lui-même Ngozi Nahab – dans les mêmes termes : il faut qu’il protège la population au mieux, et prévienne les désordres d’émeutiers éventuels. Plus froid et stoïque, le chef de la Maison mineure Nahab a aussi l’air plus confiant que sa marionnette Apries Auletes – d’autant qu’Ipuwer insiste sur ce qu’ils ont tous à perdre dans cette affaire, pour leurs « sujets », dit-il, mais Ngozi Nahab les envisage surtout comme des « clients »… Qu’importe le terme : oui, leurs intérêts se rejoignent.

VII : « LES FEMMES ET LES ENFANTS D’ABORD ! »

 

[VII-1: Ipuwer, Bermyl : Kiya Soter ; Namerta] Kiya Soter, très sceptique mais loyal, organise et prend en charge, sur place, le plan d’Ipuwer visant à offrir un refuge aux femmes, aux enfants et aux malades (mais sans guère de succès pour ces derniers) dans les cours du Palais et du Sanctuaire d’Osiris – les incidents sont de la partie, mais, dans ces circonstances, et avec l’aide d’Ipuwer (qui pour l’heure demeure dans le bunker, mais se montre très efficace), il obtient finalement de bons résultats. Cependant, la panique complique la tâche – et, aux abords du Palais où l’on laisse entrer les seules femmes et enfants, et où les cordons de sécurité sont particulièrement difficiles à mettre en place, des éléments séditieux se manifestent, qui dénoncent l’incompétence d’Ipuwer et prônent un soulèvement visant à ramener Namerta sur le trône !

 

[VII-2 : Bermyl, Ipuwer] Bermyl, cependant, qui participe à toute cette gestion (et ça n’a rien d’évident, car la sécurité du Palais dépend pour une bonne partie de ses services, qu’il sait pas des plus fiables...), reconnaît alors que le choix d’Ipuwer, à terme, est sans doute le meilleur, afin de ne pas se mettre toute la population à dos (ou plus qu’elle ne l’est déjà) ; mais Ipuwer est très premier degré : il fait ça pour protéger sa population, pas pour en retirer à terme un éventuel bénéfice politique… Tout au plus concède-t-il que son choix de se limiter aux femmes et aux enfants doit aussi dissuader d’éventuels rebelles de tirer dans le tas – mais cela sent la justification « pragmatique » après coup : son premier mouvement était bien de pure compassion et générosité désintéressée. Bermyl n’en fait pas moins la remarque qu’ils ont déjà eu affaire à des « clones, des machines sans âme », ayant pris l’apparence de femmes…

 

[VII-3 : Bermyl] Mais c’est avant tout la panique qui règne dans les cours et aux abords. Les rapports de Bermyl ne peuvent se montrer très précis, mais, à l’évidence, il y a déjà eu des bousculades suscitées par la panique, et il y a déjà eu des morts : outre les victimes dans les archipels à l’est de Cair-el-Muluk, dans la capitale politique même, sans doute se comptent-elles déjà par milliers…

 

VIII : L’AUTRE TEMPÊTE

 

[VIII-1 : Vat] Pendant ce temps, sur le Continent Interdit, aux environs de la Tempête (de sable…), le Docteur Suk Vat Aills n’est pas du tout conscient de ce qui se passe de l’autre côté de la planète : pour lui, le ciel est parfaitement « normal ».

 

[VIII-2 : Vat] Mais un curieux phénomène se produit néanmoins alors qu’il observe à distance la Tempête : l’espace de quelques secondes à peine, quinze au plus, avec une vitesse qui tient lieu de la brutalité, le phénomène climatique s’interrompt totalement ! Le ciel est bleu, la vision est presque totalement dégagée – mais pas au niveau du sol, du fait du sable qui retombe à une vitesse anormale… Impossible, pour le coup, de repérer d’éventuels bâtiments à l'intérieur.

 

[VIII-3 : Vat : Nofrera Set-en-isi] Nofrera Set-en-isi, qui se trouvait non loin de Vat, a observé en même temps que lui l’improbable phénomène – et elle est visiblement terrorisée. En bafouillant, elle avoue au Docteur Suk que, même avec toutes ses connaissances en matière de climatologie, et sa compréhension des technologies employées par la Guilde pour gérer le climat de Gebnout IV, elle n’aurait jamais cru que ce contrôle pouvait aller à ce point, être d’une telle précision – à la seconde près, c’est proprement surréaliste ! Elle y voit, d’une certaine manière, une forme de moquerie – la Guilde, consciente de leur présence, les nargue… Elle a du mal à comprendre la raison d’être de ce comportement que l’on pourrait juger bien trop puéril de la part de pareil antagoniste, si ce n’est, bien sûr, de les effrayer – et, en ce qui la concerne, ça marche ! Sans doute faut-il y voir un avertissement…

 

IX : DE LA STRATÉGIE À LA TACTIQUE

 

[IX-1 : Ipuwer, Bermyl] À Cair-el-Muluk, Ipuwer et Bermyl n’ont plus guère de rapports sur le suivi direct de la tempête, car les ornithoptères de la région ne peuvent plus voler dans ces conditions ; la ligne permanente avec la Guilde Spatiale sur la lune de Khepri s’en tient toujours aux mêmes réponses, sur un ton froid et mécanique : il y a un dysfonctionnement, qui sera bientôt réglé. D’autres rapports, par contre, proviennent des troupes basées dans la ville, et chargées d’assurer que les femmes et les enfants trouvent à s’abriter dans les cours du Palais et du Sanctuaire d’Osiris ; l’affaire est compliquée, il y a des bousculades dues à la panique, il y a donc des morts (impossibles à chiffrer), mais, un bon point qui n’avait rien d’évident, les rapports semblent témoigner de ce que le risque que la cohue tourne à l’émeute est jugulé – pour l’heure, du moins ; cette politique semble donc bel et bien la meilleure, et être à même de porter ses fruits. Pourtant, il y a eu un moment où des rumeurs délirantes avaient commencé à circuler : pourquoi seulement les femmes et les enfants à l’intérieur ? Sans doute que les Ptolémée, voire Ipuwer lui-même, entendaient leur faire « quelque chose »… Mais ça n’a pas vraiment pris – peut-être, en fait, parce que la panique était déjà bien trop élevée pour cela.

 

[IX-2 : Ipuwer] Ipuwer continue de s’investir dans les opérations de protection de la population. Il réfléchit à d’autres lieux susceptibles d’accueillir des habitants de Cair-el-Muluk, mais il y en a très peu (il les fait néanmoins aussitôt communiquer par radio et hauts-parleurs) : c’est que la ville est une île, pour partie artificielle d’ailleurs, et clairement pas conçue pour ce genre de catastrophe normalement inenvisageable – l’océan n’est jamais bien loin, et les bâtiments les plus hauts ne résisteraient pas forcément à un tsunami qui pourrait les faire s’écrouler en détruisant leurs fondations… Le Palais et le Sanctuaire d’Osiris demeurent les endroits les plus sûrs, parce qu’ils bénéficient de leur architecture monumentale – avec de grandes murailles, etc. En prenant en compte toutefois que, sous cet angle, le Palais est plus sûr que le Sanctuaire – lequel, en effet, est aussi un port, du fait de son rôle dans les cérémonies mortuaires de la grande fête d’Osiris… Cependant, il est vaste, et les cours les plus éloignées de la côte devraient pouvoir abriter nombre d’habitants en cas de tsunami.

 

[IX-3 : Ipuwer : Kiya Soter] Ipuwer agit aussi à un niveau plus tactique, pour assister Kiya Soter dans la gestion concrète des troupes à Cair-el-Muluk, en charge de l’opération dans les cours du Palais et du Sanctuaire d’Osiris ; mais, sans être inutile, il n’est pas d’un grand secours – car le général Soter, d’abord très sceptique concernant les instructions de son siridar-baron, s’est cependant attelé à la tâche et avec une très grande efficacité [en termes de jeu, il a obtenu huit succès à son jet de Stratégie] ; il gère au mieux, et maintient l’ordre tant au sein de ses troupes (il est très ferme, ses soldats comprennent bien qu’il leur arrivera malheur s’ils ont la mauvaise idée d’ouvrir le feu) que dans les rues de la ville submergées par une foule terrorisée : pour ce faire, il a quitté le bunker, même s’il demeure en liaison permanente, pour superviser lui-même les opérations de secours depuis le grand balcon du Palais, qui donne sur la cour – il a fait jouer autant que possible l’autorité militaire, sur un ton très sec, très autoritaire, celui qu’il fallait adopter sur le moment (même si, à terme, cela pourra avoir d’autres répercussions). La vitesse à laquelle il donne ses ordres est ahurissante, de même que la précision et la pertinence de ces derniers, évoquant presque les capacités d’un ordinateur interdit.

X : QUESTIONS D’ÉCHELLE

 

[X-1 : Németh : Taestra Katarina Angelion, Clotilde Philidor, Abaalisaba Set-en-isi, Labaris Set-en-isi] Németh sont en vol pour le relais de chasse de Darius. Dans son ornithoptère se trouvent notamment la Révérende-Mère Taestra Katarina Angelion, Clotilde Philidor, Abaalisaba Set-en-isi et Labaris Set-en-isi. Elle est tenue au courant de l'évolution de la situation en temps réel, par radio.

 

[X-2 : Németh : Taestra Katarina Angelion, Clotilde Philidor] Si la Révérende-Mère réagit à la situation avec sa sévérité coutumière (le visage fermé, elle n’a pas prononcé un mot depuis le décollage), Clotilde Philidor est quant à elle visiblement abattue – elle ne parle pas davantage, mais ses yeux errent dans l’habitacle, en quête d’un réconfort que nul ne semble en mesure de lui prodiguer. Németh s’en rend compte, bien sûr – et sait très bien ce qu’il en est : si la jeune Delambre est aussi désemparée, ce n’est pas en raison des événements eux-mêmes, mais du fait de la confirmation de ce que sa vision, comme toujours, s’est réalisée, et qu’elle n’a rien pu y faire – adoptant par la force des choses un rôle pathétique de Cassandre… Németh ne peut pas faire grand-chose pour réconforter Clotilde Philidor, elle le sait – elle lui passe néanmoins le bras autour des épaules, et la presse contre elle. Elle lui dit aussi qu’il ne faut pas s’inquiéter davantage, qu’elles sont en sécurité, qu’elle retrouvera bientôt sa famille, ce genre de choses. Ça ne produit pas beaucoup d’effet...

 

[X-3 : Németh : Clotilde Philidor ; Anneliese Hahn] D’effet positif, du moins ; la mention par Németh de la famille de Clotilde Philidor amène cette dernière à s’inquiéter pour Anneliese Hahn, absente, quand elle aurait à l’évidence dû se trouver dans cet appareil : elle ne semblait pas faire grand cas, jusqu’alors, de sa famille en générale et de son expansive cousine, mais les circonstances ont changé tout cela – ce qui la surprend peut-être plus que quiconque. Németh l’assure qu’il n’arrivera rien à sa cousine ; simplement, elle en est désolée, mais, ne sachant pas où se trouvait la jeune épéiste, et les événements devenant toujours plus menaçants, l’attendre n’était pas une option – il fallait décoller au plus tôt pour gagner le relais de chasse de Darius, au risque de sacrifier « tous les autres »… Clotilde Philidor le comprend bien, hochant la tête doucement, sans dire un mot...

 

[X-4 : Németh : Taestra Katarina Angelion ; Ipuwer] Németh guette aussi les réactions de la Révérende-Mère Taestra Katarina Angelion – ce qui n’échappe bien sûr pas à cette dernière ; elle se tourne vers Németh, la dévisage à son tour, puis dit : « Bien évidemment, tout ceci n’est qu’un avertissement. » Németh lui demande de se montrer plus explicite – savait-elle ce qui allait se passer ? Savoir… À la réflexion, probablement : la « bombe climatique », dans le contexte de Gebnout IV, est la meilleure arme de la Guilde Spatiale – on pouvait supposer, avec une grande marge de certitude, qu’elle en ferait usage à partir du moment où les investigations de la Maison Ptolémée à son encontre deviendraient plus flagrantes ; elle ne pouvait pas déterminer que cela se produirait aussi vite et aussi brutalement, cependant. Mais... ce n’est donc qu’un avertissement. Très bientôt, dans quelques heures au plus, la Guilde contactera la Maison Ptolémée, s’excusera faussement pour ce « léger dysfonctionnement », l’assurera que le problème a été réglé, et que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes… Peut-être la Guilde fera-t-elle durer le plaisir, seulement pour étudier comment tournent les choses à Cair-el-Muluk, histoire de voir comment Ipuwer résistera face à la panique et à la colère d’une population de quatre millions et demi d’habitants chauffés à blanc ? Mais cela demeure un avertissement plus qu’un assaut décisif. Bien sûr, cet avertissement aura d’ici-là provoqué la mort de plusieurs milliers de personnes, et ils n’en tiendront absolument aucun compte. Que Németh ne s’y trompe pas, bien sûr : Taestra Katarina Angelion elle-même, et d’autant plus du fait de son rang dans le Bene Gesserit, est certes portée au cynisme, et ces milliers de morts ne l’affectent guère plus ; ce qui la perturbe, c’est justement cette nature d’avertissement, qui est en même temps la démonstration d’un pouvoir inouï, à même d’obliger à une redistribution des cartes… Pour dire les choses : ce qui l’effraie, c’est qu’elle ne sait pas comment il faudrait réagir face à un pouvoir pareil.

 

[X-5 : Németh : Taestra Katarina Angelion] Ces paroles de la Révérende-Mère laissent Németh un peu sceptique : elle sait, comme tout le monde à vrai dire, que le Bene Gesserit est par essence impliqué dans ce genre d’affaires, avec autant de compétence que de cynisme – comme la Guilde, comme le Bene Tleilax ; croire, alors, que l’ordre ne saurait pas comment réagir ? Taestra Katarina Angelion lui répond que c’est une question d’échelle : le Bene Gesserit s’implique à l’évidence dans ce genre d’affaires – dans l’ombre, il lutte, recule parfois, progresse souvent… Mais ces « plans dans des plans » s’inscrivent souvent dans des durées très longues, sur des millénaires, même. Ce qui pose problème ici, pour l’ordre, c’est l’immédiateté – elle parle d’une affaire où, subitement, tout est amené à se jouer en l’espace de quelques heures – et, à cette échelle-là, à l’en croire, le Bene Gesserit n’est finalement pas beaucoup plus compétent que quiconque. À terme, il pourra agir, et il pourra l’emporter ; mais concrètement, sur le moment… Les prochains jours, voire les prochaines heures, sur Gebnout IV La Révérende-Mère l’avoue sans peine : cela la dépasse – et elle n’a pas honte de le dire.

 

[X-6 : Németh : Taestra Katarina Angelion ; Bermyl] Mais Németh passe alors à autre chose – et évoque devant Taestra Katarina Angelion le rapport que lui avait adressé Bermyl, selon lequel leurs adversaires « prévoyaient » leurs actions. Ils bénéficieraient donc eux aussi du don de Prescience, dès lors plus l’apanage du Bene Gesserit ? La Révérende-Mère le savait-elle ? Taestra Katarina Angelion répond que ce n’est pas de la Prescience : il y a « d’autres moyens ». Ce qui laisse Németh pantoise… Mais la Révérende-Mère développe : la Prescience est une faculté que personne ne comprend très bien, et qui permet d’aboutir, sans que l’on sache comment, à des certitudes concernant l’avenir. Mais la science est une autre voie : sur la base du recoupement des observations et de l’analyse psychologique, sociologique, etc., elle peut aboutir, sinon à des certitudes à proprement parler, du moins à des probabilités telles qu’elles deviennent quasiment des certitudes ; c’est, après tout, ainsi que procèdent les Mentats dans leurs analyses projectives. Pas de la Prescience, pas de la précognition à proprement parler, mais de l’extrapolation à partir de données « objectives », « scientifiques », et selon des méthodes éprouvées de spéculation. Or circulent des rumeurs selon lesquelles le Bene Tleilax aurai produit des « Mentats déviants », échappant au conditionnement normal de l’Ordre des Mentats, et donc à leur limitations à la fois éthiques et techniques… Bien sûr, il ne s’agit que de rumeurs – et Taestra Katarina Angelion, avec un sourire narquois, souligne devant Németh qu’elle-même, ici, joue avec les probabilités… Mais elle croirait volontiers que le Bene Tleilax, dans le cadre de ses opérations sur Gebnout IV, disposerait d’un « groupe » de Mentats déviants, focalisés sur la prospective, lesquels, en s’associant dans leurs extrapolations, parviendraient à obtenir des analyses projectives avec un très haut degré de probabilité, touchant à la quasi-certitude.

 

[X-7 : Németh : Taestra Katarina Angelion ; Bermyl, Elihot Kibuz] Németh demande alors à Taestra Katarina Angelion si, à cet égard, elle doit se méfier de son entourage… Eh bien, en tant que véritable « tête » de la Maison Ptolémée, elle doit certes se méfier de tout le monde. Mais précisément eu égard à cette question ? Pas spécialement… Ils n’ont guère besoin de s’infiltrer, au fond – au-delà, disons, des services de renseignement de Bermyl, ou d’Elihot Kibuz, notoirement corrompus – lesquels transmettent alors leurs informations sensibles (ou moins) aux Mentats déviants, à charge pour eux de déchiffrer l’avenir au milieu des données ; ces fuites leur sont indispensables, mais, au-delà ?

 

[X-8 : Németh : Taestra Katarina Angelion] Németh lâche qu’elle a bien compris que la Maison Ptolémée et les habitants de Gebnout IV ne sont guère que des pantins sans âmes pour le Bene Tleilax et la Guilde – elle précise non sans rancœur qu’il en va également de même pour le Bene Gesserit Mais pourquoi ? Pourquoi se sont-ils emparés de la planète ? Pourquoi s’en prennent-ils à la lignée des Ptolémée ? La Révérende-Mère, sans hostilité, répond que la lignée des Ptolémée est à l’évidence totalement secondaire… Ce qui est certain, c’est que le Bene Tleilax, avec la complicité de la Guilde, ou, il faut l’espérer, de partie seulement de la Guilde (ce qu’elle tend à croire, mais on ne peut pas évacuer ainsi l’hypothèse contraire), a initié sur Gebnout IV un plan millénaire, qui semble approcher de sa conclusion. Le Bene Gesserit n’est pas en mesure de savoir ce qu’il en est au juste de ce plan… Mais, dit-elle, au risque d’effrayer Németh – et à raison, car elle devrait en être effrayée –, tout porte à croire, chose qui était encore improbable somme toute peu de temps auparavant, que Gebnout IV est, métaphoriquement, au centre de l’univers ; et qu’elle l’est en fait depuis des milliers d’années, sans que personne ou presque n'y ait prêté attention… Ce qui se passe ici décidera du destin de l’Imperium. L’alliance du Bene Tleilax et de la Guilde, les moyens mis en œuvre, les technologies de pointe testées in situ, le système de contrôle climatique comme garant de ce que la Maison Ptolémée demeure inoffensive, une armée de clones, une ou des bases secrètes çà et là et tout particulièrement sur le Continent Interdit, protégé par des tabous et des superstitions savamment élaborées et entretenues depuis des millénaires, des cargaisons étranges qui se volatilisent, des Mentats déviants spécialement affectés à la tâche de déterminer les moindres faits et gestes de leurs adversaires… Le Bene Tleilax ne gaspillerait pas ainsi ses ressources si ce qu’il avait entrepris sur cette planète n’était que d’une importance secondaire. À vrai dire, Taestra Katarina Angelion avance qu’elle a toujours été convaincue de ce que la partie qui se jouait là était capitale… Mais, à ce stade, cela devient incontestable – et tout particulièrement effrayant, mais notamment parce que les événements se précipitent. Cependant, elle l’avait déjà dit, cette précipitation peut devenir un atout… La démonstration de ce soir est toutefois éloquente : leurs adversaires ont des moyens, et pas de scrupules.

XI : Y A-T-IL UN MÉDECIN DANS LA SALLE ?

 

[XI-1 : Ipuwer : Vat Aills] Vat Aills n’avait pas été tenu au courant des événements sur l’autre face de la planète – dans la précipitation, l’informer n’était pas urgent… Mais Ipuwer, qui peste que le Docteur Suk soit absent quand on a besoin de lui – car un docteur aura beaucoup de travail à accomplir dans les jours qui viennent –, décide enfin de lui envoyer un message, que Vat reçoit donc aussitôt. Bermyl, par ailleurs, soupçonne que la catastrophe a quelque chose d’un avertissement – sans doute lié à ce que Vat a pu faire sur le Continent Interdit.

 

[XI-2 : Vat : Nofrera Set-en-isi] Le Docteur Suk n’hésite guère, et contacte la base du Mausolée pour qu’on lui envoie un ornithoptère ; il demande par ailleurs à être tenu informé de la situation exacte à Cair-el-Muluk, dès l’instant qu’il sera possible de faire un bilan des blessés, des possibilités d'accueil des hôpitaux, etc., afin qu’il coordonne les opérations de secours. Et concernant le reste de son expédition ? Doit-il laisser sur place les scientifiques et les commandos qui l’avaient accompagné ? Il hésite tout d’abord – mais la gravité de la situation à Cair-el-Muluk, et à vrai dire aussi l’effroi manifesté par Nofrera Set-en-isi, l’incitent à plier bagage – ils reviendront plus tard, mieux équipés, aucun intérêt à laisser qui que ce soit dans le désert de sable pour l’heure ; toutefois, leur rapatriement n’étant pas aussi urgent, ils pourront rester quelque temps à la base du Mausolée, et ne rentrer que plus tard, dans d’autres appareils – seul Vat Aills rentre aussitôt.

 

XII : « CHERCHEZ LA FEMME ! » (1)

 

[XII-1: Bermyl : Ipuwer, Kiya Soter ; Druhr, Ahura Mendes, Taa, « Lætitia Drescii »] À Cair-el-Muluk, tandis qu’Ipuwer et Kiya Soter supervisent les opérations de secours depuis le grand balcon du Palais (car Ipuwer a décidé de se montrer, sans se mettre pour autant en avant), Bermyl s’inquiète de la possibilité que le Palais lui-même, sinon seulement la grande cour, ait pu être infiltré par leurs ennemis. Il a tout spécialement en tête cette femme appelée Druhr, la responsable de l’assassinat d’Ahura Mendes, ou ses semblables, puisque les sœurs de Taa, au Mausolée, ont parlé d’une armée entière de clones ayant semble-t-il cette même apparence. Pour cette raison, l’accueil qu’a fait Ipuwer aux seuls « femmes et enfants » ne lui semble pas le moins du monde rassurant… D’autant qu’il faut y ajouter la fausse « Lætitia Drescii », elle aussi disparue sans la moindre trace !

 

[XII-2 : Bermyl : Kiya Soter] Bermyl rôde donc dans les couloirs du Palais, censément hermétique, quand il n’ausculte pas la foule des réfugiés depuis le balcon, voire directement depuis la cour. Dans le Palais, Bermyl ne repère pas de visages suspects – et il s’est appliqué à la tâche. Mais, dans la cour, les réfugiés sont déjà plusieurs milliers, et les risques de bousculades toujours à craindre – repérer un suspect quelconque dans ces conditions est peu ou prou impossible… Par contre, Bermyl constate que les semeurs de troubles mentionnés dans les rapports à lui adressés (ou à Kiya Soter) ne sont pas rentrés dans la cour, ou bien ont cessé d’y attiser la colère des victimes, plus ou moins réceptives ; en fait, les femmes et les enfants rassemblés dans la cour expriment avant tout une forme de résignation fataliste – au milieu des sanglots…

 

[XII-3 : Bermyl : Elihot Kibuz ; Németh, Taho] Mais Bermyl garde aussi un œil sur Elihot Kibuz – qui les avait rejoints dans la « salle de guerre » dès le début de la crise, et semble s’être depuis acquitté de sa tâche avec loyauté et compétence. Reste que la présence de ce traître plus ou moins notoire dans un lieu aussi stratégique n’était pas sans poser problème – en fait, Németh, avant de partir pour Darius, avait été sur le point de réclamer son arrestation immédiate ! Mais la pression des événements a fait que cet « ordre », si c’en était bien un, n’a pour l’heure toujours pas été exécuté. Or la mort de Taho, bien sûr, n’a fait que renforcer la défiance de Bermyl, porté à croire que le maître assassin fantoche a ainsi tenté de l’empoisonner lui-même – franchissant un pas supplémentaire dans sa traîtrise…

 

XIII : APRÈS LA PLUIE…

 

[XIII-1 : Vat Aills, Nofrera Set-en-isi] Quatre heures environ se sont écoulées depuis le début de l’alerte, et la tempête commence à tomber – mais « normalement », pas avec la soudaineté impossible de la Tempête de sable du Continent Interdit, sous les yeux mêmes de Vat Aills et Nofrera Set-en-isi. Le ciel commence à se dégager au large de Cair-el-Muluk (mais la nuit est tombée, pas de ciel bleu faisant contraste, donc) ; il pleut toujours, et à un volume inhabituel pour Cair-el-Muluk, dont certains quartiers sont inondés, mais sans plus constituer une menace, et le tsunami n’a donc pas affecté la capitale. Et, bientôt, la Guilde communique que « le dysfonctionnement a été réglé », sans plus d'explications...

 

[XIII-2 : Ipuwer : Ngozi Nahab, Apries Auletes] Les ornithoptères, du coup, peuvent à nouveau décoller – et reçoivent aussitôt d’Ipuwer l’ordre de le faire, pour tirer un premier bilan de la catastrophe. Cair-el-Muluk doit certes pleurer des milliers de morts, mais qui ne sont qu’indirectement les victimes de la tempête – le tsunami redouté n’a pas eu lieu, ce sont la panique et les bousculades qui ont tué. Quant à Heliopolis, elle a finalement toujours été trop loin pour être directement affectée par la tempête ; il y a bien eu quelques mouvements de panique, mais tenant surtout aux informations en provenance de Cair-el-Muluk ; quelques bousculades, oui, des morts sans doute, mais rien d’ampleur : Ngozi Nahab, plutôt qu’Apries Auletes, y a veillé – et il ne manque pas de le signaler à Ipuwer. Ambiance étrange dans la capitale administrative, du coup, où les agents de la pègre se sont substitués aux forces de l’ordre pour gérer la crise – et les habitants sont loin de leur en vouloir… Voilà pour les grands centres urbains – mais le tableau est on ne peut plus différent dans les archipels à l’est de Cair-el-Muluk : là-bas, le tsunami a frappé de plein fouet nombre de petites communautés, de pêcheurs essentiellement, ne bénéficiant pas des infrastructures des grandes villes ; et, très vite, les ornithoptères confirment que la situation sur place est catastrophique, voire apocalyptique – les villages ont été littéralement rayés de la carte, la quasi-totalité sans doute de leurs habitants ont été emportés par la vague : on comptera sans doute les morts par dizaines de milliers ; quant à venir au secours d’éventuels survivants, sur une zone aussi vaste, cela s’annonce compliqué…

 

[Se pose donc à nouveau, en termes de jeu, la question de la dépense temporaire d’un point de Guerre. Même si les éventuels survivants seront tous retrouvés dans les 72 heures, pas au-delà, l’implication des troupes mobiliserait énormément de ressources, surtout dans les premiers jours, mais aussi sans doute pour quelques semaines ensuite – probablement deux à trois. À l’évidence, l’offensive contre la Maison Arat devra être reportée, et peut-être d'autres opérations çà et là.]

 

XIV : À DARIUS

 

[XIV-1 : Németh] Németh arrive à Darius à peu près au même moment – son voyage n’a pas été émaillé de difficultés imprévues. Tenue au courant de l’évolution des événements en temps réel, elle rassemble ses 200 convives dès l’atterrissage pour leur récapituler la situation. L’alerte est terminée – mais il faudra attendre la confirmation de ce que la capitale est sécurisée avant de rentrer à Cair-el- Muluk.

 

XV : « CHERCHEZ LA FEMME ! » (2)

 

[XV-1 : Ipuwer, Bermyl : Anneliese Hahn, Ludwig Curtius] Ipuwer et Bermyl, par ailleurs, depuis le balcon où ils surveillent la situation dans la cour du Palais, constatent peu ou prou en même temps que, parmi les femmes réfugiées, se trouve Anneliese Hahn. La Delambre se remarque, car elle conserve même dans cette situation une certaine aura aristocratique – mais ce qui frappe bien vite les observateurs, pourtant, c’est qu’elle a perdu toute sa morgue dans l’épreuve : s’ils ne l’avaient jamais vue auparavant, ils n’auraient certainement pas pu la distinguer dans la foule de toutes ces femmes pauvres, sales, hagardes, blessées parfois, désespérées toujours… Des traces de boue partout, jusque sur le visage en temps normal si apprêté, des vêtements déchirés, aussi luxueux soient-ils, çà et là des griffures et peut-être d’autres blessures… Elle est visiblement traumatisée : la peur l’a brisée, la panique même, mais aussi, de toute évidence, la honte. Ipuwer envoie Ludwig Curtius la chercher, avec une escorte, pour qu’elle se remette dans le PalaisLa foule atone laisse faire – après avoir ressenti une vague crainte pendant un très bref laps de temps : ces femmes, ces enfants, sont tous plus abattus les uns que les autres.

 

À suivre...

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CR Imperium : la Maison Ptolémée (27)

Publié le par Nébal

Portrait de Taho, loyal agent des services de renseignement de la Maison Ptolémée.

Portrait de Taho, loyal agent des services de renseignement de la Maison Ptolémée.

Vingt-septième séance de ma chronique d’Imperium.

 

Vous trouverez les éléments concernant la Maison Ptolémée ici, et le compte rendu de la première séance . La séance précédente se trouve ici.

 

Le joueur incarnant le Docteur Suk, Vat Aills, était absent, mais avait laissé quelques instructions. Étaient donc présents les joueurs incarnant Ipuwer, le jeune siridar-baron de la Maison Ptolémée, sa sœur aînée et principale conseillère Németh, et l’assassin (maître sous couverture de troubadour) Bermyl.

 

Pour cause d’enregistrement ayant merdouillé, ce compte rendu uniquement basé sur des notes des joueurs et de moi-même est forcément plus succinct que d’habitude… et lacunaire en un endroit, hélas.

 

I : LE TEMPS PRESSE

 

[Il s’agit ici surtout de faire le bilan des actions longues entreprises par Németh et Ipuwer lors de la séance précédente.]

 

[I-1 : Németh, Ipuwer : Hanibast Set, Vat Aills] Au cours de ces deux dernières semaines, Németh et Ipuwer ne sont pas restés sans rien faire… Même si les résultats pour l’heure ne sont guère probants. Ainsi, notamment, de l’audit financier commandé par Németh aux services du Conseiller Mentat Hanibast Set : elle voulait croire qu’ils pourraient parvenir à quelque chose en l’absence de leur chef, mais l’affaire s’avère bien trop complexe, et l’expertise n’avance pas assez vite… Le retour du Conseiller Mentat s’impose plus que jamais ; heureusement, les échos de la clinique où il a été envoyé par le Docteur Suk Vat Aills afin de récupérer de son gel du Mentat sont assez bons, qui permettent d’envisager un retour à ses fonctions sous peu.

 

[I-2 : Németh, Ipuwer : Abaalisaba Set-en-isi, Bermyl] Németh et Ipuwer ont aussi maintes rencontres stratégiques, tout particulièrement concernant le sort à réserver à la turbulente Maison mineure Arat ; Abaalisaba Set-en-isi, qui a beaucoup de travail, est cependant tout naturellement affecté à ces réunions. Németh et Ipuwer prennent enfin une décision : il faut ordonner l’arrestation des zélotes de la Maison mineure Arat ayant participé au massacre des Atonistes de la Terre Pure dans leur campement d’Heliopolis – et ce avec le risque que le rôle de Bermyl, et donc de la Maison Ptolémée, dans cette triste affaire, soit éventé… Il faudra donc se montrer prudent – mais l’idée est bien d’envoyer un avertissement éloquent à Bahiti Arat ; même si anticiper la réaction d’une folle pareille n’a rien d’évident. Cependant, après avoir envisagé plusieurs hypothèses d’action, Abaalisaba se décide pour une approche juridique – et il est très confiant, le rusé avocat ! [En termes techniques, il a obtenu dix succès à son jet de Lois pour fonder en droit et gérer publiquement l’arrestation des zélotes d’Heliopolis] Mais, de leur côté, Kiya Soter et Apries Auletes, travaillant ensemble à la définition d’une stratégie d’assaut, en envisageant que l’affrontement tourne proprement à la guerre civile, obtiennent bien moins de résultats, et se perdent dans des hypothèses guère concluantes… [Concrètement, ils n’ont chacun obtenu qu’un seul succès à leurs jets de Stratégie]

 

[I-3 : Németh, Ipuwer : Bahiti Arat, Abaalisaba Set-en-isi, Soti Menkara, Ngozi Nahab, Ra-en-ka Soris] L’affaire, bien sûr, à d’autres implications – notamment dans les « alliances » à nouer contre Bahiti Arat : Abaalisaba Set-en-isi avait soutenu que, pour triompher des Arat, il fallait très probablement s’associer les Maisons mineures Sebek (des mercenaires, rivaux des Arat, mais beaucoup plus conventionnels) et Menkara (Maison mineure commerçante, mais d’un poids inégalé en matière cultuelle, et tout particulièrement à Nar-el-Abid, où aura lieu la confrontation). C’était après tout la raison essentielle de l’audit financier commandé par Németh – car tout cela risque de coûter très cher… Mais cela pose au moins un autre problème, que soulève Abaalisaba : si les Ptolémée s’allient à Soti Menkara pour affronter Bahiti Arat, Ngozi Nahab risque de ne pas rester sans réaction – ils sont impliqués dans un conflit larvé, et la dirigeante de la Maison mineure Menkara s’est déjà assuré le soutien de Ra-en-ka Soris… Or la Maison Ptolémée ne peut clairement pas acheter tout le monde !

 

[I-4 : Németh : Clotilde Philidor, Anneliese Hahn, Bermyl] Sur un mode plus secondaire, Németh entend aussi toujours s’occuper de ses invitées Delambre ; elle voit régulièrement Clotilde Philidor [et la revoit très vite, plus en détail, dans une séquence ultérieure de cette vingt-septième séance], mais ses contacts sont bien plus aléatoires concernant la sauvageonne Anneliese Hahn, qui s’ennuie à mourir et passe de plus en plus de temps en dehors du Palais, voire en dehors de Cair-el-Muluk, si elle ne semble pas avoir tenté quoi que ce soit pour quitter Gebnout IV. Németh profite d’une occasion où la jeune épéiste vient tout juste de rentrer au Palais pour s’en entretenir avec elle, avec les précautions imposées par l’étiquette, mais c’est une approche guère concluante avec Anneliese Hahn, qui se braque aussitôt. Németh n’insiste pas – et confie la tâche de s’assurer de sa sécurité aux services de renseignement de Bermyl… même s’ils sont débordés et notoirement guère fiables ; mais de quel autre choix dispose-t-elle ?

 

II : À L’ORÉE DE LA TEMPÊTE

 

[Le joueur incarnant Vat Aills, le Docteur Suk, était donc absent lors de cette séance, mais il m’avait laissé quelques instructions sur ce que son personnage envisageait, que je combine ici aux informations que je lui avais fournies.]

 

[II-1 : Vat : Nofrera Set-en-isi, Taharqa Finh ; Thema Tena] Vat part donc à nouveau pour le Continent Interdit, cette fois dans l’optique de participer à l’expédition destinée à en apprendre davantage sur la Tempête. Il est accompagné par deux scientifiques, la climatologue Nofrera Set-en-isi, et l’historien et archéologue Taharqa Finh, mais l’expédition comprend aussi un commando d’une dizaine de soldats d’élite de la Maison Ptolémée, des hommes habitués au désert, ainsi que deux Atonistes de la Terre Pure envoyés par Thema Tena, qui connaissent bien le terrain ainsi que les cartes de la région. Ils bénéficient de moyens de transport terrestres appropriés ; le cas échéant, ils peuvent aussi appeler un ornithoptère.

 

[II-2 : Vat] Vat Aills maîtrise de mieux en mieux l’utilisation des cartes des Atonistes – d’autant que les deux membres du mouvement qui ont rejoint l’expédition lui en facilitent la lecture. Les cartes sont remarquablement bien faites, et toutes leurs indications se vérifient – portant sur les endroits où trouver de l’eau, sur les abris, etc. Les Atonistes sont aussi en mesure de renseigner le Docteur Suk sur la faune de la région (minime, essentiellement de curieux insectes), et sur sa rarissime flore (peu ou prou cantonnée à certains abris uniquement). Mais la région autour de la Tempête est la plus hostile de toutes… Un immense désert de sable, centré sur la tempête, et d’un diamètre de plusieurs centaines de kilomètres ! Et là, rien : pas d’abris, pas d’eau, pas de faune, pas de flore. Du sable... et du vent.

 

[II-3 : Vat] Le « cercle » n’est toutefois pas parfait, et, avec l’aide des Atonistes, Vat repère un abri « relativement proche » (à plus de 300 kilomètres tout de même, mais, à la connaissance des Atonistes, il n’y en a pas de plus avancé), où l’on trouve par chance un peu d’eau. Ce sera le camp de base de l’expédition pour la première étape de son étude scientifique de la Tempête. Le Docteur Suk ne veut pas brusquer les choses : il faut y aller étape par étape, et se replier à chaque fois ; mais, au loin, la Tempête semble plus que jamais immuable…

 

III : RENSEIGNER/TROMPER

 

[III-1 : Bermyl : Ipuwer, Elihot Kibuz, Nefer-u-pthah, Kambish, Taho] Ipuwer a transmis à Bermyl la liste établie par Elihot Kibuz sur la loyauté des membres des services de renseignement de la Maison Ptolémée. Sans surprise, elle s’avère bien vite d’aucune utilité : le vieil assassin n’est sans doute pas au mieux de ses capacités, mais il n’est pas un imbécile pour autant – il a donc fait figurer sur sa liste, et dans le désordre, tant des éléments qui lui étaient acquis (et que Bermyl avait déjà identifiés, comme Nefer-u-pthah ou Kambish, il n’a aucun doute les concernant) que d’autres restés loyaux à Bermyl et à la Maison Ptolémée (ce qui inclut Taho, le seul de ses agents en qui Bermyl a pleinement confiance).

 

[III-2 : Bermyl : Ipuwer, Namerta, Elihot Kibuz, Nefer-u-pthah, Kambish] Mais Bermyl veut y voir plus clair, aussi passe-t-il bien du temps à s’entretenir en personne avec des membres de ses services de renseignement pour tester leur allégeance ; il s’y prend subtilement, mais en les baratinant – avançant le cas échéant qu’il n’entend plus servir Ipuwer, et que Namerta et sa cause ont sa préférence. La partie est serrée, car il doit juger de l’indignation des éléments fidèles et les rassurer sans se compromettre, tandis que les partisans d’Elihot Kibuz doivent se mettre à envisager la réalité de cette trahison… Les résultats sont mitigés : Bermyl parvient à établir une très courte liste d’éléments dont il pense pouvoir compter sur la loyauté, mais la certitude n’est pas de mise ; quant aux agents déloyaux, tels Nefer-u-pthah ou Kambish, les convaincre de la réalité de son revirement est une entreprise ardue et qui prendra au mieux beaucoup de temps… Reste que, au sortir de ces entretiens, et même en ayant conscience de ce qu’ils n’ont pas forcément débouché sur grand-chose de probant (mais il n’en attendait pas de miracles), Bermyl se sent plus confiant : il a le sentiment d’y voir un peu plus clair.

 

[III-3 : Bermyl : Taho] Mais Bermyl passe aussi du temps dans ses quartiers, prétextant la pratique de la balisette parfois ; en fait, il s’agit pour lui de préparer minutieusement un réseau de planques et de boîtes aux lettres dans chacune des principales villes de Gebnout IV ; il fait en sorte de cloisonner autant que possible les informations, afin qu’aucun de ses contacts n’en sache plus que ce qu’il doit à tout prix savoir – et cela vaut pour le fidèle Taho.

IV : SAVOUREUSE POMME POURRIE

 

[J’ai un gros problème pour cette scène… Bêtement confiant dans l’enregistrement de la partie, qui a merdé, je n’avais pas pris beaucoup de notes pour cette rencontre entre Ipuwer et Apries Auletes, et, n’ayant pas rédigé ce compte rendu dans la foulée de la partie, mais plusieurs semaines après, mea culpa, mea maxima culpa, j’ai à peu près tout oublié de ce qui s’y est dit, les joueurs n’en sachant a priori pas beaucoup plus…]

 

[Voici donc le – très – peu dont je me souviens : Apries Auletes, le chef de la police sur Gebnout IV, qui réside en temps normal à Heliopolis où il surveille tout particulièrement l’astroport, et qui est notoirement corrompu par Ngozi Nahab, n’en a pas moins, récemment, fait la preuve de sa compétence (notamment en gérant les tensions sociales à Heliopolis après l’affaire des zélotes de la Maison mineure Arat dans le campement des Atonistes de la Terre Pure, ou encore, depuis, en organisant l’évacuation de Linneke Wikkheiser après l’attentat contre sa personne déjoué par Ipuwer. Dans ce dernier cas tout particulièrement, Apries Auletes avait clairement adressé un message au siridar-baron – ses actions signifiaient implicitement et en substance : « Je suis pourri, mais je suis compétent, et vous avez besoin de moi. » Ipuwer l’avait bien compris, d’où cette rencontre – qui débute par un « cadeau » envisagé lors de la séance précédente : une caisse d’excellentes bouteilles que le chef de la police saura sans doute apprécier (même s’il est avant tout porté sur la consommation de drogue zha – ce qui lui donne cet air un peu « ralenti », mais il ne faut de toute évidence pas s’y tromper). Sans être explicite, la discussion entre le siridar-baron et son général ne s’embarrasse guère de faux-semblants ; elle est toutefois cordiale, respectueuse, et Apries Auletes renouvelle a priori avec sincérité ses démonstrations de loyauté.]

 

[La conversation a forcément porté sur Ngozi Nahab, à un moment ou à un autre – ne serait-ce que parce qu’Apries Auletes lui est notoirement dévoué, et que la position de la Maison mineure Nahab, dans les affaires à venir, devra être prise en compte pour déterminer les rapports entretenus par la Maison Ptolémée avec la Maison mineure Menkara afin d’abattre la Maison mineure Arat… mais, pour le coup, je ne me souviens plus du tout de ce que ça avait donné ! Oups… Ma faute...]

 

V : LE POIDS DES PRÉSAGES

 

[V-1 : Németh : Clotilde Philidor, Ipuwer, Anneliese Hahn] Ces derniers temps, Németh s’est toujours plus intéressée au cas de Clotilde Philidor. Elle avait en effet remarqué que son frère Ipuwer, de manière assez inattendue, était tombé sous le charme de la discrète et effacée jeune Delambre, et ce alors même qu’elle n’avait guère été envisagée que comme un « second choix » en vue d’une alliance matrimoniale, la fougueuse Anneliese Hahn ayant la préférence de tous. Sans s’immiscer, Németh avait cependant des aperçus de la cour maladroite que son frère tentait de faire à Clotilde Philidor… La situation l’amusait dans un premier temps, sans qu’elle l’envisage vraiment de manière très sérieuse, mais l’assiduité d’Ipuwer, ainsi que les talents cachés de la jeune femme, ont rendu progressivement l’idée d’une alliance matrimoniale entre les deux tourtereaux à la fois plus crédible et plus fructueuse. Németh a pris soin d’observer le cours des événements, sans intervenir d’abord – ce qui lui a d’ailleurs permis de déduire que Clotilde Philidor, à la différence de la très grande majorité des jeunes femmes de son rang, n’a étrangement pas reçu une éducation Bene Gesserit – et ce alors même que la Delambre dispose d’un don de Prescience très développé : Németh s’en doutait, mais en a bien obtenu confirmation de source sûre. Quelle éducation a-t-elle alors reçu ? Probablement de type mystique…

 

[V-2 : Németh : Clotilde Philidor] Quoi qu’il en soit, Németh entend désormais prendre les choses en mains – et les favoriser, voire les brusquer, le cas échant : une alliance matrimoniale avec les Delambre, et dans un bref délai, serait d’un grand secours pour les Ptolémée, et elle apprécie la jeune fille… Aussi, outre ses activités mondaines habituelles, Németh organise une nouvelle soirée, cette fois destinée à la seule Clotilde Philidor ; il y a bien sûr d’autres invités, mais Németh a pour seul objectif d’obtenir une discussion avec la Delambre dans un cadre différent, moins protocolaire. Il s’agit d’abord pour elle de sonder les sentiments de la jeune invitée à l’égard de son frère, puis de favoriser l’alliance le cas échéant. Clotilde Philidor se rend à la soirée organisée par Németh, sans enthousiasme mais avec toute la courtoisie nécessaire. Le dîner officiel est suivi d’une représentation théâtrale, Németh supposant que la Delambre prise ce genre de spectacles, elle qui a fait sans y penser la démonstration de ses talents artistiques, au chant et à la balisette.

 

[V-3 : Németh : Clotilde Philidor] Une fois la représentation achevée, Németh accoste Clotilde Philidor, et lui propose de faire une petite promenade nocturne dans les jardins du Palais. La Delambre accepte, avec sa soumission habituelle – elle est toujours aussi mutique, aussi n’est-il guère aisé de la percer à jour. En chemin, Németh lui demande ce qu’elle a pensé du spectacle. Clotilde Philidor, si elle entend demeurer aussi courtoise que possible, ne sait visiblement pas mentir en pareilles circonstances, et ses louanges forcées dissimulent bien mal son indifférence, au mieux, quant au spectacle proposé, et son scepticisme quant au bon goût de la chose… Németh, qui le perçoit bien, avance qu’elle a probablement été habituée à mieux ; mais Clotilde Philidor, non sans une certaine candeur, la détrompe : « Les Delambre non plus n’attachent pas une grande importance à l’art… »

 

[V-4 : Németh : Clotilde Philidor ; Ipuwer] Mais l’heure n’est plus à la critique théâtrale pour Németh. Elle finit par évoquer sans détours les sentiments que sa jeune invitée inspire de toute évidence à son frère Ipuwer. Oui, elle lui plait beaucoup – comme personne auparavant, peut-être… Sans même laisser Clotilde Philidor répondre, Németh lui dit qu’elle verrait quant à elle d’un très bon œil une alliance matrimoniale entre les Maisons Ptolémée et DelambreClotilde Philidor rougit, et baisse la tête, comme une jeune fille timide prise en faute ; avec la courtoisie qui sied à son rang, et son effacement caractéristique, elle murmure qu’elle se conformera « bien sûr » aux volontés de sa Maison… Elle semble très embarrassée – et peut-être de plus en plus à mesure que Németh vante les « qualités cachées » d’Ipuwer, en en rajoutant un peu ; mais cette dernière prend aussi bien soin de louer l’intelligence visible de Clotilde Philidor, ainsi que ses étonnants talents d’ordre... « spirituel ». Et elle s’y prend bien : si Clotilde Philidor continue de baisser la tête et paraît intimidée, l’entreprise de « séduction » de Németh ne la laisse pas indifférente.

 

[V-5 : Németh : Clotilde Philidor] La promenade se poursuit quelque temps dans l’agréable fraîcheur des jardins du Palais la nuit – et Németh seule fait véritablement la conversation. Les deux femmes revenues à leur point de départ, Németh, satisfaite, suppose qu’il est temps de prendre congé, et commence à s’éloigner de Clotilde Philidor, quand celle-ci, avec de l’inquiétude dans la voix, l’interpelle. Németh se retourne, étonnée. Plus timide que jamais, et d’un ton hésitant, la Delambre lui dit enfin qu’elle a eu… « une vision… Vous savez de quoi je parle, n’est-ce pas ? » Németh acquiesce, sans se compromettre davantage. Clotilde Philidor ajoute : « Et vous savez… qu’elles se réalisent ? » Németh hoche à nouveau la tête, et encourage son invitée, à deux doigts de la crise de panique, de lui raconter ce qu’elle a vu. Clotilde Philidor se lance enfin : « Il y avait… une île. Je ne sais rien de cette planète, mais, dans ma vision, c’est comme si j’avais été transportée depuis le Palais, et je n’ai aucun doute : elle existe bel et bien, quelque part dans l’océan, à l’est de Cair-el-Muluk… Sur cette île, il y avait un petit village de pêcheurs – guère plus qu’un hameau, mais avec des habitants affairés et quelque chose de… pittoresque ? Puis, d’un seul coup… Plus aucune vie – seulement des ruines. Et c’était… comme si ce village n’avait au fond jamais existé. »

 

[V-6 : Németh : Clotilde Philidor] Németh, par la force des choses et du fait de ses propres expériences récentes, prend au sérieux la vision de Clotilde Philidor – sans trop savoir quoi faire pour la calmer. En fait, c’est même tout le contraire : alors que Németh s’approche doucement de la Delambre, et essaye de la réconforter par des paroles guère assurées, cette dernière semble de plus en plus angoissée… au point où elle semble entrer dans une sorte de transe, tandis que ses yeux se figent et qu’elle est parcourue de tremblements. Németh comprend que son interlocutrice a une vision en ce moment même. Et Clotilde Philidor finit par crier, de manière guère cohérente – suffisamment cependant pour que Németh en comprenne l’essentiel : la Presciente voit en ce moment même « une immense vague, chargée de cadavres… et qui dévaste tout » !

 

[V-7 : Németh : Clotilde Philidor] Après quoi Clotilde Philidor s’évanouit. Németh se précipite sur la jeune femme tout en appelant à l’aide ; à mesure que les serviteurs arrivent, Clotilde Philidor reprend peu à peu connaissance. Németh la confie à ses domestiques, à charge pour eux de la ramener dans ses quartiers : elle a grand besoin de se reposer. Alors que l’on emmène Clotilde Philidor, Németh interloquée l’entend réclamer sa balisette, en larmes…

 

VI : DANS L’AUTRE SENS

 

[VI-1 : Bermyl] Bermyl, régulièrement, endosse une identité d’emprunt pour aller dans les bars, etc., prendre le pouls de la population de Cair-el-Muluk, en toute discrétion – et tout particulièrement dans le quartier des Abattoirs, assez populaire, où il avait rencontré des « ressuscités » en nombre.

 

[VI-2 : Bermyl : Taho, Namerta, Ipuwer] La situation, en conformité avec les rapports de Taho, semble se dégrader peu à peu : maintenant, à peu près toutes les boutiques affichent ici ou là un portrait de Namerta, et qu’importe les initiatives personnelles d’agents des forces de l’ordre y devinant une forme de subversion. Ipuwer, corrélativement, est toujours plus dénigré, ou du moins moqué.

 

[VI-3 : Bermyl : Németh, Ipuwer, Abaalisaba Set-en-isi, Apries Auletes, Ngozi Nahab, Soti Menkara] Bermyl s’intéresse cette fois plus particulièrement à l’image qu’ont les badauds de certaines Maisons mineures – au premier chef les Nahab et les Menkara : il suppose en effet que la Maison Ptolémée, à un moment ou à un autre, devra s’opposer à l’une ou l’autre de ces Maisons mineures. [À en juger par les réflexions de Németh et d’Ipuwer, conseillés notamment par Abaalisaba Set-en-isi et Apries Auletes, ce dernier étant par ailleurs notoirement corrompu par Ngozi Nahab, la probabilité que la Maison Ptolémée s’en prenne aux Nahab est en fait assez douteuse, et il s'agit a priori pour eux plutôt de soudoyer les Menkara pour obtenir leur appui contre les Arat, que de s'en prendre à Soti Menkara, bien au contraire... C'est d'ailleurs tout le problème : il faudra choisir avec qui s'allier, entre les Nahab et les Menkara, car il ne sera probablement pas possible de s'allier les deux... Sans garantie toutefois que le parti exclu pousse alors à la guerre, ou que la Maison Ptolémée entende régler ainsi l'affaire !] Il redoute, dans ce cas, la réaction de la populace : n’y a-t-il pas le risque qu’un tel coup de force dégénère en émeutes ? En fait, les deux Maisons mineures ne semblent pas très populaires, et c’est même plutôt l’inverse (pour des raisons bien sûr très différentes) ; cependant, les gens du commun se moquent, au fond, de semblables manœuvres politiques… Ils n’associent clairement aucune Maison mineure aux « ressuscités », qui sont bien les seuls qui leur importent – avec Namerta à leur tête.

 

[VI-4 : Bermyl : Németh] Bermyl achève son enquête pour aujourd’hui. À la sortie du dernier bar qu’il avait décidé de visiter, le maître assassin use de son communicateur standard pour informer Németh des fruits de ses investigations – mais en en rajoutant : tel qu’il voit les choses, la Maison Ptolémée aurait en fait tout intérêt à lancer une attaque contre les Nahab ou les Menkara – un moyen de voir son prestige rétabli aux yeux de la population !

 

[VI-5 : Bermyl : Taho] Mais Bermyl remarque alors Taho dans la foule – qui a l’air très perturbé. Après quelques secondes d’indécision, le précieux agent fend la foule à toute vitesse en direction de Bermyl ; ce dernier, par prudence, active aussitôt son bouclier Holtzmann, recule pour se mettre dos au mur, et porte la main à son kinjal. Mais Taho arrive devant lui, les yeux exorbités… et s’effondre par terre. Son visage marque clairement les stigmates d’un empoisonnement mortel ! Mais, avant de rendre son dernier souffle, Taho parvient à glisser quelques mots hésitants à son supérieur : « La filature… Pas ce que vous croyiez… Pas d’indicateurs… Pas de mouchards… Ce n’est pas… qu’ils vous suivent… C’est… qu’ils vous précèdent ! Ils savent toujours… où… vous vous… rendez… Peut-être même... avant que vous le sachiez... » Puis Taho ferme les yeux, et cesse de respirer.

 

[VI-6 : Bermyl : Taho ; Vat Aills] Une foule curieuse commence à s’assembler autour de la scène macabre. Bermyl se fait passer pour un agent en civil, et intime aux badauds stupéfaits de circuler. Il contacte aussitôt le Palais pour annoncer la mort d’un agent en mission, réclamer du renfort pour sécuriser la zone, et prévenir les services de Vat Aills, même en l’absence du Docteur Suk, pour qu’ils viennent évacuer le corps de Taho. Et, s’il n’en fait pas état, ses soupçons se portent tout naturellement sur Elihot Kibuz, maître empoisonneur…

 

VII : À L’HORIZON

 

[VII-1 : Németh] Pendant ce temps, au Palais, Németh, pour une raison qu’elle ignore, se sent oppressée. Désireuse de prendre un peu l’air, elle se rend sur un balcon… et remarque des nuages noirs à l’horizon, au-dessus de l’océan – des nuages annonciateurs de tempête ! Elle n’en a jamais vu de ses propres yeux, sur une planète telle que Gebnout IV, dont le climat est méthodiquement programmé par les satellites de la Guilde spatiale

 

À suivre…

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