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CR L'Appel de Cthulhu : Etoiles brûlantes (02)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Etoiles brûlantes (02)

Deuxième et dernière séance d’ « Étoiles brûlantes », scénario pour L’Appel de Cthulhu signé David Conyers, et qui figure dans le supplément Terreurs de l’au-delà.

 

 

La première séance se trouve ici.

 

Voici la vidéo du compte rendu de cette deuxième séance :

Voici également l’enregistrement audio de cette séance (à l’état brut, sans montage – et sans la musique et les effets sonores de Roll20, hélas) :

Les trois joueurs incarnaient…

 

… James Sterling, le richissime industriel…

 

… Donna Sterling, sa fille un peu rebelle, étudiante en anthropologie…

 

… et enfin Dirk Kessler, détective privé, embauché par James Sterling.

 

Pour illustrer ce compte rendu, je vais avoir recours à diverses photographies récupérées çà et là sur le ouèbe et parfois un chouia trafiquées (pas grand-chose : seulement la conversion en niveaux de gris le plus souvent). J’ai cependant le très mauvais réflexe de ne pas noter à qui appartiennent les droits de ces photographies quand je prépare mes scénarios… Si les propriétaires de ces droits souhaitent que j’en fasse mention, je m’exécuterai, bien entendu.

 

Par ailleurs, les aides de jeu de ce scénario étant en principe disponibles gratuitement et légalement au téléchargement sur le site de Sans-Détour, éditeur du jeu, j’ai supposé qu’il m’était possible de les faire apparaître dans ce compte rendu, sachant que je les ai de toute façon presque systématiquement retouchées, dans le texte et/ou dans l’aspect. J’espère, là encore, ne pas léser qui que ce soit.

 

Allez, c’est parti…

I : MAMA JOSÉPHINE

 

 

Après l’altercation lors de laquelle James Sterling, sous le coup de la panique, a dégainé son revolver au milieu de la foule en train de préparer la Fet Guédé (qui a lieu le lendemain et le surlendemain) aux environs du Grand Cimetière de Port-au-Prince, Dirk Kessler a pris les choses en main pour qu’ils se montrent plus discrets – même si sa morsure par plusieurs tarentules ne l’a pas laissé au mieux de sa forme. Ils se sont éloignés pour gagner des rues moins bondées, et rejoignent ainsi l’adresse de la mambo Mama Joséphine, adresse qu’ils avaient trouvée dans le journal intime de feu l’anthropologue Bruce Northeast.

 

Comme dans le cas de Marie Jérôme, ainsi que l’avait constaté Dirk, l’adresse ne donne pas directement sur une maison d’habitation ou une échoppe au nom de la personne à laquelle ils viennent rendre visite, mais correspond à un commerce tout ce qu’il y a de banal – en l’espèce, une blanchisserie.

 

 

Un homme à la forte carrure…

… fait la lecture du journal aux femmes en train de laver le linge. Dirk fait les présentations, un peu hésitant, mais l’homme, qui répond au nom de Jim, lui dit qu’il le reconnaît, et que Mama Joséphine les attend dans l’arrière-boutique – car c’est là que se trouve le hounfor. Il le lui indique d’un coup de tête et reprend sa lecture.

 

 

Derrière la porte, c’est le jour et la nuit ; le hounfor est une pièce assez petite, et à la décoration très chargée : vévés, icônes, statues, poupées, de Papa Legba, d’Erzulie, de Damballa

… mais aussi, dans le désordre, cages de perroquets, bocaux divers remplis de décoctions peu ragoutantes, peaux de serpents, poissons séchés, etc.

 

Au fond de la pièce, assise sur une chaise, se trouve une vieille femme noire, vêtue d’une robe blanche immaculée ; elle est relativement corpulente, et son regard est fixe – elle n’est probablement pas tout à fait aveugle, mais a tout de même une vision déficiente.

 

 

James la salue et se présente – en supposant que son nom lui dit quelque chose ? Souriante, la mambo répond qu’ils sont déjà venus la consulter… Mais James explique leur amnésie. Ils ne se souviennent donc pas de ce qu’ils devaient lui apporter ? Le papillon… Dirk n’avait pas le souvenir de l’avoir emmené, mais, fouillant instinctivement dans ses poches, il trouve la boîte d’allumettes et la tend à Mama Joséphine – qui se penche dessus, les yeux myopes immédiatement posés sur l’insecte ; elle se dit satisfaite, et range la boîte d’allumettes dans ses étagères qui débordent de choses bien plus étranges encore.

 

 

Mama Joséphine s’installe dans un fauteuil (son dos la fait visiblement souffrir) et désigne des chaises à ses invités. Elle doit remplir sa part du contrat, maintenant. L’Horreur Flottante… Un sujet désagréable. James lui rétorque que la vie de son fils est en jeu. Se sont-ils rendus aux Étangs Célestes, leur demande la mambo ? Ils le supposent – mais ne s’en souviennent pas. En revanche, on les a retrouvés, amnésiques, dans les environs... Mama Joséphine acquiesce ; elle avait entendu parler d’un groupe de touristes morts dans les collines… Elle craignait d’apprendre que c’était d’eux qu’il s’agissait. Mais de quoi se souviennent-ils, concernant le très secret culte de l’Horreur Flottante ? ou le Roi Kaliko, le prétendu « bokor » à sa tête ? Rien, ou presque. L’essentiel de ce qu’ils savent provient des notes de Bruce Northeast… qui a été assassiné. Mama Joséphine le connaissait, mais son visage figé est impénétrable, impossible de deviner ses émotions.

 

Quoi qu’il en soit, le journal de l’anthropologue leur a appris que Jack devait être sacrifié lors d’une cérémonie dans deux jours, à la fin de la Fet Guédé, aux Étangs Célestes. Dirk s’impatiente : peut-elle les aider à combattre le culte ? Oui – mais ils doivent d’abord comprendre une chose : Jack est toujours vivant… mais il faut le considérer comme étant déjà mort. James, très las, suppose que cela a à voir avec ces symptômes qu’ils ont découvert çà et là – le corps écailleux, le troisième œil au milieu du front… Exactement. Mais l’industriel succombe alors à la colère : comment le sait-elle ? Comment peut-elle décider ainsi de son sort ? Très calme, Mama Joséphine lui répond qu’elle sait tout cela parce qu’ils en ont déjà parlé ensemble – et il avait eu la même réaction de déni.

 

La mambo se lève, et le geste est visiblement douloureux, puis se dirige vers ses étagères encombrées. Elle y attrape une petite boîte gravée d’une sorte de pentagramme étrange, qu’elle pose sur la table devant ses invités :

 

 

 

 

Elle ouvre la boîte, et, à l’intérieur, se trouve une petite pierre aux reflets verts, et visiblement très coupante, avec un trou permettant de glisser une ficelle pour s’en faire un collier :

 

 

James ouvre de grands yeux : c’est donc là la Pierre Tranchante dont ils avaient entendu parler ? Notamment dans la fable du guerrier ashanti ? C’en est une, oui – il en existe plusieurs. S’ils ont lu la fable, ils savent que le guerrier ashanti a « mal négocié »… Cette pierre est une sorte de piège. Le fil de ces pierres est tel que, quand on les saisit, on se coupe – et, quand on se coupe, on appartient irrémédiablement à… « cet être », que l’on a pu appeler le Messager Masqué. Dès ce moment opère « ce que vos scientifiques appelleraient une infection, ou une contamination » ; mais c’est bien pire, en vérité – la victime de la pierre devient un hôte pour la divinité connue sous le nom d’Horreur Flottante.

 

James sanglote : il implore la mambo, il doit bien y avoir un moyen de sauver son fils ? Non, le craint Mama Joséphine ; tout ce qu’ils peuvent faire à ce stade, c’est lui épargner de terribles souffrances… et épargner à Haïti, voire au monde, des souffrances plus atroces encore. Parce que la cérémonie à la fin de la Fet Guédé va consister à… « extraire » de « l’hôte » l’Horreur Flottante elle-même. James fond en larmes et quitte la pièce en criant : « Non ! Non ! »

 

Mama Joséphine laisse faire, se taisant un instant – puis continue. Dirk prend alors les choses en main : cet objet pourrait-il leur être utile ? Oui, s’ils comptent retourner aux Étangs Célestes et tuer « l’hôte » avant qu’il ne soit trop tard – et en le frappant à la tête, impérativement, car c’est du troisième œil que surgira l’Horreur Flottante. Mais Dirk devine la menace sous-jacente : pour approcher Jack, ils doivent se couper avec la Pierre Tranchante ? Mais alors… ils deviendront comme lui !

 

Mama Joséphine, stoïque, explique qu’ils devront utiliser la pierre pour une raison bien particulière : « Les Étangs sont gardés. Il y a… une créature. Bien pire que tout ce que vous pourriez imaginer. Ce sombre serviteur de l’Horreur Flottante… Il faut se l’amadouer – sinon il tue tout le monde sur son passage. Le Roi Kaliko et ses fidèles ne risquent en principe rien, car ils sont liés au monstre, mais tout autre personne qui se rendrait aux Étangs Célestes en ignorant cela serait condamnée. C’est ici qu’intervient la Pierre Tranchante : en se coupant avec, en devenant un nouvel hôte de l’Horreur Flottante, on leurre la créature, qui n’attaque pas. » Dirk demande s’ils doivent se couper tous les trois, alors – Mama Joséphine s’interrompt un bref instant, puis : « N’importe lequel d’entre vous. Cela vous permettra de ne pas passer pour un ennemi auprès du sombre serviteur. »

 

Mais le détective insiste : qui se coupe avec la pierre se sacrifie avec ce geste ! La mambo ne le nie pas. Mais le processus de transformation demande du temps – et elle a une… « potion » qui permettra de ralentir ce processus. Mais elle ne va pas leur mentir : ça n’est qu’un répit – la personne demeure condamnée à moyen terme. Donna Sterling, mal à l’aise avec cette « magie », avance que le simple fait de quitter Haïti pourrait peut-être y remédier, mais Mama Joséphine la détrompe aussitôt. Tout cela ne concerne pas qu’Haïti. D’ailleurs, l’Horreur Flottante n’est qu’un des noms d’une divinité qui en porte beaucoup, à travers le monde entier : le Messager Masqué, la Femme Boursouflée, la Langue Sanglante, le Rampant Qui Hurle, ou encore la Chauve-Souris des Sables, ou le Pharaon Noir… « Baron Samedi, même, à en croire certains – ce qui m’attaque dans ma propre foi… » Il est partout – « et c’est bien pour cela que vous devez comprendre que la menace ne pèse pas seulement sur Jack Sterling, ou sur Haïti : c’est le monde entier qui est menacé. » Haïti serait certes aux premières loges si l’Horreur Flottante venait à s’incarner – l’île subirait pendant des années, des décennies peut-être, le chaos, la folie destructrice, avec sa kyrielle de meurtres, de massacres, de torture, de viols… Mais ce chaos gagnerait progressivement le reste du monde.

 

Dirk avance qu’ils doivent se concerter à ce sujet – puisqu’il faudrait décider que l’un d’entre eux se sacrifie… Les investigateurs vont se retirer. Mais Mama Joséphine retient encore un instant Dirk : elle se lève péniblement, et va attraper quelque chose sur une de ses étagères, quelque chose qu’elle tend au détective – une nouvelle carte de ce tarot étrange, le 10 de Bâtons, inversé :

 

 

 

La mambo suppose qu’il s’agit de la Langue Sanglante, comme on l’appelle au Kenya. Quoi qu’il en soit, on lui a remis cette carte quelques minutes avant leur arrivée – pour qu’elle la leur donne. Elle a demandé le nom du messager, qui a répondu : « Nyarlathotep. » Donna, devant les sonorités égyptiennes de ce nom, suppose que cela pourrait renvoyer au Pharaon Noir dont parlait Mama Joséphine ? Oui – mais ce n’est qu’un nom parmi d’autres… Il a des centaines de noms. Il est partout. Et il les attend. La carte peut être un avertissement, une condamnation, ou une mauvaise blague… Elle va laisser les investigateurs réfléchir à leur dilemme – ils repasseront ensuite la voir pour qu’elle leur donne la Pierre Tranchante et la potion. Ils doivent faire vite : s’il ne sert à rien, et serait même sans doute trop risqué, de se rendre d’ores et déjà aux Étangs Célestes, il faudra qu’ils s’y trouvent impérativement dans deux jours, au soir – quand la cérémonie touchera à sa fin, l’Horreur Flottante devant jaillir du troisième œil de… « l’hôte ».

 

James fait les cent pas à l’extérieur, en tirant sur son cigare. Sa détresse l’incite à la paranoïa – et il remarque un homme noir qui guette devant la blanchisserie, de l’autre côté de la rue ; mais il n’a rien à voir avec le docker guère discret avec lequel il avait eu une altercation quelques heures plus tôt (outre qu’un renflement dans sa poche ne laisse aucun doute quant au fait qu’il est armé). L’industriel fait d’abord celui qui n’a rien remarqué, mais choisit ensuite de rentrer dans la boutique au prétexte d’offrir un cigare à Jim – lequel n’est cependant pas en mesure de le renseigner sur l’identité de l’homme qui fait le guet dehors.

 

Dirk et Donna sortent alors du hounfor. La douleur des morsures d’araignées n’est plus handicapante à ce stade – par contre, le détective a eu comme une brève « absence », un trou noir… James lui offre un cigare et désigne en même temps discrètement l’homme qui les observe, et qui a l’air d’un « vrai dur »… Dirk suggère de retourner à l’hôtel en empruntant une autre porte de la blanchisserie. Pas trace du guetteur, ils prennent un taxi.

II : HÔTEL OLOFFSON

 

 

De retour à l'Hôtel Oloffson, James demande à Nathaniel si personne n’a cherché à les joindre. Ça n’est pas le cas, mais le zélé réceptionniste offre ses services s’ils souhaitent contacter qui que ce soit ? Non, mais James supposait qu’on leur avait adressé « un coursier », et il décrit l’homme entraperçu devant chez Mama Joséphine ; mais cela n’évoque rien à Nathaniel : « En tout cas ce monsieur n’est pas rentré dans l’hôtel. » James lâche un billet au réceptionniste, qui l’empoche avec joie.

 

Les investigateurs se réunissent dans la chambre de James, et discutent de leur situation. Donna suppose qu’ils pourraient s’adresser à quelqu’un d’autre que Mama Joséphine, quelqu’un de plus compétent, pour trouver un autre moyen de sauver Jack, sans condamner qui que ce soit. Dirk est dans un état d’esprit similaire. James était sorti avant que la mambo ne parle de se sacrifier, et cette révélation l’abasourdit : non seulement son fils doit mourir, mais il faut encore qu’un autre d’entre eux meure ?! « C’est une plaisanterie ? Le chaos en Haïti, et puis quoi encore… Depuis quand croyez-vous à ces racontars de vieille sorcière ? » Mais, si cette situation n’enchante pas Dirk, il a tendance à croire la mambo…

 

Le détective suggère de passer en revue ensemble les documents qu’ils avaient rassemblés et tout ce qu’on leur a dit depuis qu’ils ont quitté l’hôpital militaire d’Elmwood. Ils s’attellent tous trois à la tâche, et se rendent compte que le culte de l’Horreur Flottante était mentionné, même de manière cryptique, dans un document qu’ils avaient laissé de côté – la note marginale de Dirk dans le livre Sombres Sectes africaines, à la Bibliothèque Nationale d’Haïti : « S. Sénégal sait des choses sur le culte. » Ils se souviennent que le « marchand d’armes haïtien Sébastien Sénégal » était mentionné dans le rapport secret de la Shaw’s Investigations sur les Industries Sterling. Ce qui les ramène au manifeste d’embarquement de « matériel agricole » à destination de l’entreprise Labadie Import/Export, sur les quais de Port-au-Prince. Dans l’espoir que le mystérieux Sénégal saura leur proposer une autre méthode que celle préconisée par Mama Joséphine, les investigateurs montent dans un taxi à destination des quais, au nord-ouest de Port-au-Prince.

 

III : LABADIE IMPORT/EXPORT, QUAIS DE PORT-AU PRINCE

 

 

Les investigateurs traversent la ville, en passant par son centre. Mais l’ambiance change du tout au tout à mesure qu’ils se rapprochent de la mer. Les quais sont encombrés, le port très actif ; partout, des dockers chargent et déchargent des navires, dont l’essentiel commerce avec les États-Unis.

 

 

Si l’environnement est relativement anarchique, trouver Labadie Import/Export n’est pas très compliqué – c’est un grand entrepôt, qui ne paye pas vraiment de mine ; le nom de l’établissement est peint à la peinture blanche sur une simple planche cloutée. Devant s’activent des dizaines de manœuvres noirs exténués…

… parmi lesquels Donna reconnaît sans peine l’homme qui avait frappé son père aux environs du Grand Cimetière (et James n’a aucune envie de l’accoster !).

 

 

Les ouvriers sont surveillés par un mulâtre à l’œil sévère, vêtu d’un costume en piteux état ; mais tout indique que ce contremaître ne rechigne pas à l’effort physique pour lui-même, le cas échéant.

 

 

James s’approche du surveillant, et, tout naturellement, lui dit qu’il a « rendez-vous avec Mr Sénégal ». Le mulâtre frémit – chuchotant : « Mais ça va pas de crier son nom comme ça ?! » Il invite l’industriel à le suivre à l’intérieur de l’entrepôt, où ils vont s’installer dans un petit bureau. En chemin, il grommelle : « Putain, z'avez mis l'temps… Moi, quand j’ai vu l'journal, j’ai cru que z’étiez morts… ». Une fois assis : « Ouais, z’avez mis l'temps. Déjà, le BRN fait chier, ces derniers temps, et là j’avais l’impression qu’y se rapprochaient de plus en plus. Vous vous rendez compte des risques, pour moi ? » James n’est pas d’une meilleure humeur : leur envoyer cet homme au mauvais caractère… Le mulâtre tape du poing sur le bureau : « L'était énervé parce que moi j’étais énervé ! C’était pas c'qui était prévu au contrat ! J’ai encore ces soixante putains de caisses ! Je sais même pas à qui j'dois les livrer, personne m’a donné d’instructions ! Plus j'gardais ça longtemps, plus j'risquais d'me faire choper – alors ça, déjà, ça vous fera une rallonge de 300 $ ! »

 

James veut d’abord en savoir davantage : c’est Jack qui était chargé de négocier, pas lui – et s’ils n’ont pas perdu la vie dans les collines, ils ont perdu la mémoire… Il faut la leur rafraîchir. L’homme (Francis Métraux, son nom est affiché devant lui sur son bureau) est interloqué (« C’est l’excuse la plus bidon qu'j’aie jamais entendue… »), mais finit par s’exécuter : il a ces soixante caisses, elles sont arrivées avec « ce p'tit con de Jack Sterling » ; lequel a disparu du jour au lendemain, avant même de lui dire à qui il devait livrer tout ça ! Mais il se doutait de ce qu’il y avait dans ces caisses – ce n’était pas la première fois qu’il traitait avec les Industries Sterling… « Et j'me suis r'trouvé comme un con avec tout ce "matériel agricole", que si l'BRN mettait la main dessus moi j’étais bon pour qu’on me colle au mur, et hop ! douze balles dans la peau ! Bon sang, j’étais prêt à tout balancer à la flotte… Alors ça f'ra 300 $ ! »

 

James obtempère sans discuter davantage, et lâche sur le bureau une liasse de la somme demandée (soit la quasi-totalité de ses liquidités !). Son interlocuteur est bouche bée, il ne pensait visiblement pas s’en tirer aussi bien, et sans négocier – il empoche les billets avant que James ne change d’avis. L’industriel demande alors à voir le contenu d’une de ces caisses. Métraux le conduit dans un espace séparé des autres dans l’entrepôt Labadie Import/Export, où se trouve effectivement une soixantaine de grosses caisses en bois. Le mulâtre tend un pied-de-biche à James, qui ouvre la première caisse : à l’intérieur, trente carabines de calibre .30-06, et une boîte de cinquante cartouches pour chaque fusil. Métraux soupire : « Et les cinquante-neuf autres, c’est pareil… » James avait le vague souvenir d’une transaction douteuse, mais n’imaginait pas qu’elle aurait ces proportions : il y a là de quoi équiper toute une armée ! L’industriel défaille un instant… Métraux ne sait donc pas qui doit récupérer ces armes ? On ne lui a rien dit. « Mais bon, on peut s’en douter : qui aurait besoin d'tout ça en Haïti, sinon Sébastien Sénégal ? » Mais James, qui farfouille dans la caisse en même temps que le propriétaire de Labadie Import/Export lui parle… découvre qu’une nouvelle carte du tarot étrange est fichée à l’intérieur :

 

 

James, tout pâle, tend la carte à sa fille – qui poursuit l’interrogatoire : Métraux a donc parlé à Jack ? Oui – mais, après ça, le fils Sterling a disparu, aucune idée d’où il a bien pu aller. Le mulâtre se creuse la tête ; il se souvient que Jack ne se sentait pas bien, il lui avait dit être un peu malade – le climat, peut-être, allez savoir… Mais Donna en déduit aussitôt que son frère s’était alors déjà coupé avec la Pierre Tranchante, si elle le garde pour elle. Quoi qu’il en soit, poursuit Métraux, c’est pour ça qu’il était parti tôt – il devait revenir le lendemain pour finaliser la transaction, mais il ne l’a jamais revu…

 

James s’est un peu repris : il lui faut voir ce Sébastien Sénégal. Métraux en aurait-il l’adresse ? « Non, on évite ce genre de trucs, quand on est dans ma partie… » Mais il sait comment le contacter, par un moyen détourné, et si son interlocuteur désire le rencontrer, il fera passer le message. De toute façon, il faut que Sénégal récupère ce chargement ! Métraux parle d’un délai de deux jours – si d’ici là il n’a pas de nouvelles : « Hop ! à la baille ! » Il a fait sa part du boulot, et même plus que ça… C’est entendu – James considère ce délai suffisant, et précise loger à l’Hôtel Oloffson. Il assure enfin Métraux qu’il saura rembourser ses dettes. Les investigateurs s’en vont (à l’initiative de James, Dirk s’est saisi d’une des carabines et d’une boîte de munitions – le détective parvient à dissimuler tout cela de sorte qu’on ne vienne pas lui causer des soucis le temps de regagner l’hôtel), tandis que le propriétaire de Labadie Import/Export, indifférent, houspille plus sévèrement que jamais ses employés.

IV : HÔTEL OLOFFSON

 

 

En chemin, les investigateurs s’interrogent sur la marche à suivre. Un temps, ils envisagent, Donna notamment, de se renseigner auprès des autorités – à la douane, ou même à l’ambassade américaine – sur les allées et venues de Jack… Mais l’idée est vite écartée : après avoir découvert l’objet de la transaction à Labadie Import/Export, et entrepris de contacter Sébastien Sénégal, ils ont moins envie que jamais de retomber entre les pattes du major Lloyd Medwin ! Cependant, ils peuvent se renseigner quant à l’hôtel où Jack a logé avant de disparaître – autant commencer ces recherches dans leur propre hôtel : ils retournent donc à l’Oloffson.

 

Une fois sur place, Dirk va ranger son « paquet » dans sa chambre, et James interroge Nathaniel à la réception : Jack a bel et bien logé à l’Hôtel Oloffson un peu plus tôt dans le mois – en fait, il résidait dans la chambre actuelle de Mr Kessler. Jack Sterling a un peu écourté son séjour, et résilié sa chambre, après quoi Nathaniel ne l’a pas revu. James remercie le réceptionniste.

 

Les investigateurs se retrouvent dans la chambre de Dirk (de toute évidence, la fouiller à nouveau en rapport avec le séjour de Jack ne donnera rien). L’éventualité du sacrifice perturbe toujours autant le détective – tandis que l’industriel ricane de sa crédulité… Mais on toque à la porte ; entre l’homme qui faisait le guet devant chez Mama Joséphine. Donna sort son pistolet aussitôt, mais James intervient : « Tout doux ! Tout doux ! À qui avons-nous l’honneur ? » L’homme est visiblement surpris par le comportement contradictoire des investigateurs – mais il n’a pas l’air le moins du monde apeuré. Finalement : « Vous vouliez rencontrer mon employeur. Suivez-moi. » Sébastien Sénégal ? Mais, décidément, c’est un nom qu’il vaut mieux éviter de prononcer… Les investigateurs ne font pas de difficultés, et suivent le messager.

 

V : ENTREPÔT DE SÉBASTIEN SÉNÉGAL

 

 

On conduit les investigateurs vers une voiture, à quelque distance de l’Hôtel Oloffson. Leur guide prend place au volant, mais un autre homme, lui aussi armé, occupe le siège passager avant. La voiture démarre, et fait de nombreux détours dans Port-au-Prince – au point où les investigateurs perdent tout sens de leur localisation. Finalement, la voiture s’arrête devant un entrepôt, entre les quais et Manneville. Les deux gardes invitent les investigateurs à entrer dans le vaste bâtiment. S’y trouvent nombre d’hommes armés – de toute évidence des rebelles cacos.

 

 

Diverses caisses sont ouvertes – qui contiennent des fusils, des pistolets, et même quelques mitrailleuses Thompson.

 

 

Un mulâtre charismatique et très digne accueille les investigateurs – il ne fait aucun doute qu’il s’agit du fameux Sébastien Sénégal :

 

 

Le révolutionnaire, sans un mot, conduit les investigateurs dans son bureau, accessible par la mezzanine qui court tout le long de l’entrepôt. Il s’installe dans son fauteuil, il n’a toujours pas prononcé la moindre parole. James prend l’initiative de se présenter en tendant la main. Sénégal tique devant le nom de « James Sterling », mais se présente à son tour – même si son ton a quelque chose de glacial – et sa poignée de main est très franche, très virile. Métraux lui a dit qu’ils voulaient le voir ? C’est exact – mais cela sort du strict cadre des affaires… « Vous êtes peut-être la dernière personne à avoir vu mon fils… » Le révolutionnaire plisse les yeux : « Votre fils ? De qui parlez-vous ? » James le lui explique – mais non, il n’a pas été directement en contact avec « ce monsieur Sterling » : Métraux fait usuellement office d’intermédiaire, pour éviter de compromettre tout le monde. Est-ce tout ? Ou ont-ils d’autres questions à lui poser ? Après la conclusion, même tardive, de ce contrat, il est tout disposé à se montrer courtois, mais son temps n’en est pas moins précieux…

 

Alors James va droit au but – ne dissimulant rien de son inquiétude et de sa panique : Jack est en grand danger, aux mains d’une secte, qui l’a enlevé pour un rituel fatal qui doit avoir lieu dans deux jours quelque part dans les collines à l’est de Port-au-Prince. Or il semblerait que le révolutionnaire saurait quelque chose à propos de ce culte ? Et tout renseignement serait bienvenu… Bien loin de trouver l’histoire narrée par l’industriel abracadabrante, Sénégal la prend de suite au sérieux – il est difficile de lire ses émotions, toutefois. James, dès lors, ne rechigne pas à parler de ces histoires « d’hôte », de « troisième œil », et de cette créature terrible qui est supposée jaillir du front de son fils… L’industriel ne cesse de s’excuser pour le caractère fantasque de son récit, mais Sénégal ne semble pas avoir le moindre doute à cet égard ; et, au fur et à mesure, la compassion se lit sur ses traits. Il se lève, et va ouvrir un coffre-fort au fond de son bureau – sans prendre la moindre précaution pour se montrer discret (les investigateurs entrevoient à l’intérieur de l’argent, des armes, etc.) ; il en sort un crâne humain, dont le front arbore l’orbite d’un troisième œil, qu’il dépose sur le bureau :

 

 

Qu’est-ce donc ? « Mon frère – Michel. » James est stupéfait : « Dites-moi… que ce trou dans le front vient d’une balle… » Sénégal répond : « En définitive, oui – et c’est moi qui l’ai tirée. Mais ce trou était déjà là – pour faire de la place à un troisième œil. » Cela a eu lieu six ans plus tôt. À ce stade, ils ont sans doute entendu parler de la Pierre Tranchante ? C’est un piège – Michel l’a ramassée, quelque part, dans un caniveau de Port-au-Prince. Il s’est aussitôt coupé avec. Et le processus était dès lors enclenché. Sénégal sait qu’ils sont allés voir Mama Joséphine ; sans doute leur a-t-elle expliqué tout cela ? Oui – et elle a suggéré que quelqu’un devrait se couper avec une pierre dont elle dispose pour mettre fin à la cérémonie, ce qui reviendrait à se suicider… C’est effectivement la seule solution – et tout ce que Sénégal a pu faire pour son frère, c’était de l’abattre d’une balle en pleine tête. « Vous avez bien conscience de ce que cela implique pour votre fils ? » Il faut considérer qu’il est déjà mort – il en est franchement désolé, pour être lui-même passé par là… Mais si James veut faire une ultime démonstration d’amour paternel, alors il fera comme lui-même l’a fait pour son frère.

 

Ils ont aussi entendu parler des Étangs Célestes, donc – et de la fin de la Fet Guédé. C’est alors qu’ils devront abattre Jack. Mais, pour approcher de la zone, il faudra se couper, oui – car il y a ce… « Rôdeur »… « Je l’ai vu – et je ne veux plus jamais le revoir. C’est un monstre, une abomination terrifiante… et mortelle… » Il n’en a échappé que de justesse, et refuse de retourner là-bas. C’était un vrai miracle, aussi ne doivent-ils pas se monter la tête quand au fait qu’il a survécu, lui – s’ils se rendent là-bas sans avoir fait usage de la Pierre Tranchante, ils mourront. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Il n’était pas tout seul à s’être rendu aux Étangs Célestes : il avait avec lui une bonne quarantaine de ses frères d’armes cacos… « Ils sont tous morts. Le Rôdeur les a dévorés. Je suis le seul survivant. » Il peut indiquer comment gagner les Étangs Célestes – il y a un chemin, indiscernable si l’on ne sait pas où le chercher, mais qui saute aux yeux quand on le sait. Mais il ne les suivra pas là-bas, sous aucun prétexte ! James le comprend très bien – et ne le lui demande pas.

 

Sénégal griffonne un plan, qui vient compléter celui que l’on pouvait dessiner sur la base des indications de Bruce Northeast. Il est prêt à mettre à la disposition des investigateurs une voiture et deux hommes, qui les escorteront jusqu’au pied de la montagne – pas au-delà ; cela peut prendre une à deux heures – mais il leur restera encore une bonne demi-journée de grimpette dans la montagne très densément boisée. James remercie Sénégal : les Industries Sterling se souviendront de son assistance… même s’il sera sans doute amené à l’avenir à négocier avec sa fille, et non avec lui-même – précise-t-il en glissant un regard entendu à Donna (la réaction du révolutionnaire est très étonnée).

 

Mais Donna, justement, relève que Sébastien Sénégal était accompagné d’une quarantaine d’hommes… Oui – c’est qu’il fallait compter avec les fidèles du Roi Kaliko. Il y a eu une vraie bataille – mais aucun de ses hommes n’y a survécu, dès lors que le Rôdeur a commencé son massacre… Il le répète : sans se couper avec la Pierre Tranchante, ils n’arriveront à rien. Et il faut abattre Jack à la tête, sans quoi l’Horreur Flottante jaillira malgré tout de son troisième œil. Sénégal est visiblement affecté par cette discussion, et y met un terme. Les investigateurs quittent librement l’entrepôt.

VI : HÔTEL OLOFFSON

 

 

Les investigateurs devront partir le surlendemain matin, pour arriver au bon moment aux Étangs Célestes. De retour à l’Hôtel Oloffson, Dirk fait une suggestion aux autres : même si l’issue s’est avérée fatale pour les hommes de Sénégal, le détective pense qu’il pourrait être utile de se faire accompagner de soldats pour se rendre là-bas. Peut-être pourraient-ils faire en sorte qu’une troupe de marines les accompagne ? Avec certaines précautions – car il ne faut pas, ni que cela débouche sur un nouvel interrogatoire voire, pire encore, une incarcération sur l’ordre du méfiant major Medwin, ni que cela nuise véritablement aux Cacos avec lesquels ils ont négocié… L’idée séduit James et Donna. Ils y réfléchissent beaucoup d’ici à leur départ, et décident enfin de passer par un message sibyllin confié à Nathaniel (même si Donna se méfie de lui), prétextant des mouvements cacos dans la région, liés à la mort des touristes américains rapportée par Le Progrès d’Haïti – mais il faudra jouer serré, pour que les vrais Cacos dépêchés par Sébastien Sénégal à leur service n’en fassent pas les frais ! Il leur faudra donc partir avec suffisamment d’avance…

 

Mais ils ont d’autres préoccupations. James, très grave, annonce enfin aux autres qu’il est prêt à se couper avec la Pierre Tranchante une fois arrivé devant les Étangs Célestes – autrement dit, à se sacrifier, dans l’espoir d’approcher suffisamment Jack pour le délivrer de sa malédiction.

 

 

VII : CENTRE-VILLE DE PORT-AU-PRINCE

 

 

L’ambiance est pesante… et les investigateurs, à l’initiative de James qui se sait donc condamné, décident de faire un peu de tourisme, puisqu’il leur reste une soirée et toute une journée avant de prendre la direction des Étangs Célestes. Dirk pensait d’abord se mettre en retrait, pour que les Sterling puissent vivre ces derniers moments en famille, mais James lui fait comprendre qu’il n’est absolument pas de trop. D’un commun accord, toutefois, ils choisissent de ne pas assister à la Fet Guédé, l’atmosphère étant déjà plus que morbide, et tout spécialement de ne pas se rendre aux environs du Grand Cimetière… Ils n’y échapperont pas totalement, la fête aura lieu partout, mais ils en garderont l’épicentre à distance. Les voilà donc partis pour le centre-ville, où ils voient la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption, récemment achevée…

… de même pour ce qui est du Palais National, dont les statues célébrant les libérateurs d’Haïti ont quelque chose de tristement ironique en cette période d’occupation…

… après quoi ils passent du temps dans le célèbre et bondé Marché de Fer, avec sa façade d’un rouge éclatant et son architecture étonnante…

 

James sait qu’il s’agit, pour lui, de la dernière occasion de passer du temps avec sa fille, qu’il a trop longtemps négligée. Mais c’est un peu tard… Il se révèle pourtant enfin en père aimant – mais peut-être trop envahissant, quand il vante les charmes de Donna à DirkDonna ne s’en montre en fait que plus distante – le nez collé dans un livre.

 

 

Le lendemain, Dirk, qui disposait de matériel de randonnée dans sa chambre à l’Hôtel Oloffson, suggère aux Sterling de s’équiper également de la sorte – ça n’est en rien un problème, une virée au Marché de Fer y remédie rapidement.

 

 

 

 

VIII : MARIE JÉRÔME

 

 

Tous trois décident alors, à la suggestion de Dirk qui est le seul à l’avoir vue, de rendre visite à Marie Jérôme ; mais la cartomancienne n’est pas chez elle, ainsi que le leur explique (avec difficultés) la boulangère. Peut-être en raison de la Fet Guédé ?

 

IX : BIBLIOTHÈQUE NATIONALE D’HAÏTI

 

 

Donna, qui a mal dormi, est, des trois, la plus affectée par la perspective de la mort de Jack mais aussi de James – ou du moins ne parvient-elle pas à le cacher autant que les autres (l’industriel fait preuve d’un sang-froid étonnant à la perspective de son suicide). Elle est obsédée par ses lectures. À sa requête, ils retournent à la Bibliothèque Nationale d’Haïti pour faire de nouvelles recherches qui permettraient à Donna de sauver son frère et son père… mais font chou blanc. Quelques rares documents évoquent lapidairement le culte de l’Horreur Flottante, et son origine probablement congolaise, mais il est impossible d’en tirer quoi que ce soit d’utile – même si Donna relève, dans Sombres Sectes africaines, que les adorateurs de l’Horreur Flottante, les plus âgés notamment, se lacèrent avec des pierres qu’elle suppose être des Pierres Tranchantes, sans devenir des hôtes pour autant ; mais il faut sans doute y voir une forme de suicide collectif rituel – ils meurent bien avant que leur divinité ne se loge dans leur crâne…

 

X : MAMA JOSÉPHINE

 

 

Il ne leur reste plus guère qu’à retourner chez Mama Joséphine. La mambo est là – qui les attend : elle n’est restée que pour eux, leur fait-elle entendre, son statut de prêtresse vaudou lui impose de participer bien plus activement à la Fet Guédé… Il lui faut se rendre dès que possible au Grand Cimetière. Mais elle a déjà préparé la boîte gravée contenant la Pierre Tranchante, ainsi qu’un bocal contenant une mixture laiteuse dans laquelle on devine que flottent çà et là des éléments peu ragoûtants – incluant notamment des scorpions morts ! Elle répète ses instructions : James, puisqu’il s’est désigné volontaire, devra se couper avec la pierre au dernier moment, et boire aussitôt sa décoction – qui ne fera que ralentir le processus de contamination ; sans cela, une personne qui s’est coupée avec une Pierre Tranchante sombre dans le coma en l’espace de quelques heures, mais, ainsi, le délai s’accroît jusqu’à atteindre plusieurs jours.

 

Avant de partir, Dirk mentionne tout de même à la mambo le sort de Michel, le frère de Sébastien Sénégal – mais elle connaissait déjà cette histoire, comme le révolutionnaire l’avait laissé supposer. Le détective revient sur le fait que Sénégal était parti aux Étangs Célestes accompagné d’une troupe d’une quarantaine d’individus. S’ils s’y rendent seulement tous les trois, ont-ils la moindre chance ? Ne devraient-ils pas trouver à se faire accompagner ? Mama Joséphine remarque que ces quarante hommes n'ont guère été utiles à Sénégal, et sont tous morts… Le problème est la créature qui garde les Étangs Célestes : face à elle, même le meilleur régiment, le mieux entraîné, le mieux équipé, ne peut absolument rien. Le Rôdeur n’attaquera pas la personne qui s’est coupée, mais tuera toutes les autres. Le détective en déduit qu’il en ira de même pour Donna et pour lui, si James seul se blesse avec la Pierre Tranchante… La mambo se fige un instant – puis acquiesce ; mais elle avance que trois personnes se montreront plus discrètes que quarante, de toute façon. Et concernant les adorateurs ? Pas de quartier ? Ils sont eux-mêmes condamnés, à ce stade – cela n’est pas du ressort des investigateurs. Haïti ne s’en portera que mieux si le Roi Kaliko et nombre de ses fidèles périssent dans l’affaire, mais ils feraient mieux de se concentrer sur le gardien des Étangs Célestes, et sur… « l’hôte ». James approuve aussitôt la mambo, qui leur souhaite bonne chance… et bon courage.

 

XI : HÔTEL OLOFFSON

 

 

Les investigateurs retournent à leur hôtel – où Dirk, qui avait bien pris soin de ne pas boire une goutte d’alcool depuis six ans, demande à Nathaniel de leur faire monter une bouteille à la chambre ! Une initiative qu’approuve James, qui se montre généreux en cigares – l’industriel, au passage, tâte le terrain auprès du réceptionniste pour lui confier le lendemain la mission de porter à l’ambassade américaine le message que les investigateurs ont convenu de rédiger. Nathaniel, toujours aussi zélé, est tout disposé à accomplir cette mission, « question de vie ou de mort ». James insiste sur le timing – et, si possible, le réceptionniste devrait remettre le billet à une personne bien précise : le major Lloyd Medwin, du BRN. L’industriel donne un acompte à Nathaniel, et l’assure de la bienveillance à jamais acquise des Industries Sterling à son égard.

 

Les investigateurs se retrouvent tous trois dans la chambre de James, où ils travaillent sur le message, en attendant qu’on leur livre leur bouteille. Au bout de quelques minutes, ils entendent toquer à la porte – James va ouvrir… et le livreur est un peu particulier – correspondant en tous points à la représentation de Baron Samedi :

 

 

Il fume un énorme cigare qui pue horriblement – et il a la bouteille commandée dans la main droite. Il fixe un moment James, qui recule interloqué, puis pose la bouteille par terre, ôte le cigare de sa bouche… et, la main sous les lèvres, il souffle quelque chose à la figure de l’industriel ! Une... poudre ? James a fermé les yeux par réflexe et cherche à ventiler la poudre, mais, en passant la main sur son visage, il se rend compte qu’il y a quelque chose dedans… Il s’éloigne vers la fenêtre pour aérer. Derrière lui, Baron Samedi éclate d’un rire gras et fou, empreint d’obscénité, désignant du doigt James pour le railler violemment. Puis il se passe la main sur le visage – et, quand il l’enlève, un troisième œil est apparu au milieu de son front ! Et ce n’est pas une peinture, mais un véritable œil, animé, et qui dévisage tout le monde !

 

Dirk se précipite sur l’intrus pour le plaquer au sol. Il ne parvient toutefois pas à le renverser, car sa cible se recule à temps – mais quand Dirk redresse les yeux, ce n’est pas Baron Samedi qu’il voit… mais un simple groom de l’Hôtel Oloffson, un adolescent mulâtre ! Le garçon terrifié ne comprend rien à ce qui s’est passé – il pose la bouteille et fuit en courant.

 

 

James, à la fenêtre, regarde enfin ce qu’il a dans la main – et c’est une nouvelle carte du tarot étrange, le Dix d’Épées :

 

 

 

 

À ce stade, Dirk réalise sans l’ombre d’un doute qu’ils ont « trouvé » précisément les cinq cartes du tirage qu’avait fait Marie Jérôme à son sujet. Le détective craque, il envoie promener toutes précautions, l’ex-alcoolique buvant sans retenue à la bouteille… au point de la finir quasiment tout seul. Il encaisse l’ivresse – mais il se méprise pour ce qu’il a fait, et qui pourrait le remettre sur la pente fatale qui l’avait vu, jadis, devenir à force de beuveries l’homme qu’il détestait le plus au monde : son propre père, individu violent, haineux et pathétique…

 

Le lendemain matin – le jour fatidique –, James apporte le message à Nathaniel, avec des instructions précises pour sa délivrance à l’ambassade.

XII : VERS LES ÉTANGS CÉLESTES

 

 

Puis les investigateurs, obéissant à leurs propres instructions, à eux confiées par Sébastien Sénégal, trouvent à quelque distance non loin de l’hôtel les deux hommes qui doivent les conduire en voiture à la lisière de la forêt dissimulant les Étangs Célestes.

 

 

Munis de leurs armes, de matériel de randonnée, de la Pierre Tranchante et de la potion de Mama Joséphine, ils quittent Port-au-Prince dans la direction de l’est – vers ces collines où on les a retrouvés errants, choqués et amnésiques…

 

 

Ils progressent dans un territoire accidenté, où la déforestation, notamment pour le bois de chauffe, a déjà fait des ravages. Mais, à mesure qu’ils approchent de leur destination, la végétation reprend ses droits, sur les flancs de coteaux qui deviennent subitement bien plus pentus. Après deux heures de route environ, le terrain n’est plus carrossable : les Cacos s’arrêtent là, ils n’iront pas plus loin. Mais, de cet endroit, gagner à pied le chemin très discret qui s’ouvre dans la forêt n’a rien de bien compliqué, avec les indications de Bruce Northeast et de Sébastien Sénégal. Les investigateurs s’engagent dans les fourrés, très denses, et sur un terrain très pentu – ils savent qu’ils en ont bien pour quatre heures de marche, dans cet environnement passablement hostile, avant d’atteindre les mystérieux et menaçants Étangs Célestes, où ils devront faire face à leur destin. Il leur faut prendre un peu d’avance par rapport aux éventuels « renforts » envoyés par le major Lloyd Medwin, aussi s’engagent-ils sans plus attendre sur le sentier.

 

La pluie tombe, si la canopée protège les investigateurs. La flore est dense et variée, la faune abondante – beaucoup d’insectes et d’araignées, notamment. Mais, après trois heures de marche environ, alors que le bruit des tambours à quelque distance de là devient plus envahissant, quelque chose se produit : Donna se sent attirée en dehors du chemin. La jeune fille ne résiste pas à cette impulsion, et quitte le sentier pour s’enfoncer dans les fourrés sur sa gauche. Dirk et James en sont étonnés, ils ne ressentent rien de la sorte, mais ils ne protestent pas, et la suivent. Après quelques minutes, Donna trouve, contre un arbre, un cadavre dépecé et calciné, celui d’une jeune femme ; dans son état, ses traits sont inidentifiables – des croutes et des plaques charbonneuses couvrent le corps de part en part, et les contorsions des membres laissent supposer une mort très douloureuse, avant que l’accumulation des blessures n'ait mis un terme à l’agonie de la pauvre jeune femme. Donna comprend alors sans l’ombre d’un doute pourquoi elle a été attirée par ce cadavre – car elle revit pleinement la scène, qui la vit être la première victime du Rôdeur. Une créature colossale, dont les tentacules s’étendent à des dizaines de mètres de long – elle a été attrapée alors qu’elle fuyait en hurlant, et ramenée de la sorte dans un bec monumental ; la créature l’a gobée vivante – et Donna ressent à nouveau la douleur atroce provoquée par les acides que sécrète le monstre à l’intérieur de son ventre, l’horreur de son corps lentement rongé, en pleine conscience. La jeune fille, par quelque miracle sordide, avait encore un souffle de vie quand la créature l’a régurgitée, calcinée, démantibulée, pour mieux s’occuper des autres ; elle n’est jamais revenue finir le travail. Donna fait face à son propre cadavre – et disparaît à la vue des autres.

 

James vomit. Entre deux régurgitations, il dit à Dirk : « Vous aviez raison depuis le début… » Mais le détective ne sait absolument pas quoi penser de tout ça. Or l’industriel est à son tour attiré en dehors du chemin – mais sur la droite, cette fois. Résolu, James s’y rend sans tenter le moins du monde de résister à cette pulsion. Dirk, très inquiet, n’a d’autre choix que de suivre son employeur. Bientôt, James tombe sur un autre cadavre – celui d’un homme, relativement corpulent, et littéralement mis en pièces. Les organes et les membres ont été dispersées sur un rayon de dix mètres. La tête est restée attachée par quelques tendons au bras droit : horrifié, mais plus guère surpris à ce stade, James y décèle ses propres traits, défigurés par la peur panique. Il sait ce qui s’est passé. Il a été mutilé par une sorte « d’animal » énorme – la créature qui avait tué Donna peu de temps avant lui. Il fuyait désespérément, mais, où qu’il aille, il se trouvait bientôt immanquablement face à la créature, et à ses tentacules. Il a été dépecé en l’espace de quelques secondes. Le cadavre est là – James disparaît à la vue de Dirk.

 

Ne reste plus que Dirk, debout perplexe devant les reliquats du cadavre démembré de son employeur. Il panique… mais peut-être pas autant qu’il le devrait ? Quoi qu’il en soit, le monde se fige autour de lui – c’est comme si le temps s’arrêtait, nul bruit, nul mouvement : seulement Dirk Kessler face à lui-même, et qui doit comprendre quelque chose à ce qui s’est passé pour être en mesure d’aller au-delà. Il multiplie les hypothèses, nombre d’entre elles sont erronées. Lentement, toutefois, les éléments s’associent : Dirk croit comprendre, dès lors, qu’ils étaient allés tous les trois aux Étangs Célestes, mais que lui seul avait survécu au Rôdeur. Pourtant, au fond de son crâne… Donna et James sont toujours là, et ils s'interrogent ensemble sur ce problème. Les Sterling ne comprennent pas leur état, pas davantage que Dirk, mais ils peuvent y réfléchir collectivement. Cette approche leur permet, après bien des fausses pistes, de toucher du doigt ce qui s’est réellement produit. D’une manière ou d’une autre, les Sterling ont accompagné Dirk sans être physiquement là ; des souvenirs, peut-être ? des visions, des prédictions, des rêves ? Des fantômes ? Non, ce n’est pas tout à fait ça. Mais Dirk a tout de même rassemblé suffisamment d’éléments pertinents : il peut reprendre sa progression. L’équipement des Sterling a disparu en même temps qu’eux, mais Dirk a toujours le sien – ce qui inclut la Pierre Tranchante et la potion de Mama Joséphine.

 

Je reviendrai sur l’explication à la conclusion de cet article. À ce stade du scénario, Dirk Kessler devait se poser des questions, mais il ne s’agissait pas non plus d’interrompre le récit trop longtemps, au risque de nuire à la narration comme à l’ambiance. J’ai considéré qu’à ce stade il avait déduit suffisamment d’éléments, même sans tout bien comprendre, pour aborder la dernière partie du scénario dans de bonnes conditions. Le détail des explications a été fait en debrief.

 

Une chose cependant doit être d’ores et déjà notée : James et Donna jouent encore ! Seules les actions strictement physiques leur sont interdites à titre personnel, mais ils peuvent parler entre eux et avec Dirk, et éventuellement l’assister avec leurs compétences intellectuelles ou sociales… À vrai dire, par le pur sentiment, ils peuvent avoir un impact d’ordre physique – ce qu’ils comprennent bien quand James fait la remarque qu’il fumerait bien un cigare… Dirk se rend compte qu’il a une boîte de cigares sur lui, et ressent l’envie d’en fumer un, même s’il n’y est pas contraint !

 

XIII : LES ÉTANGS CÉLESTES

 

 

Le son des tambours est assez proche maintenant. Dirk s’avance, le plus discrètement possible. Il gagne ainsi un fourré qui lui permet d’observer sans être vu les Étangs Célestes et la cérémonie qui s’y déroule. C'est une grande clairière avec en son centre cinq bassins de taille variable et remplis d’une eau verdâtre. Entre les bassins, et autour d’eux, se dressent de grands monolithes noirs. Un autel de crânes et autres ossements est situé un peu plus loin, devant trois huttes. Des dizaines, peut-être des centaines d’adorateurs de l’Horreur Flottante, dont le front est orné d’un troisième œil peint, dansent au son des tambours, emportés par la transe extatique – certains ont déjà entrepris de se lacérer eux-mêmes avec leurs dagues.

 

 

Au-dessus, le ciel nocturne (déjà ?!) brille de bien trop d’étoiles : en aucun endroit de la Terre il ne devrait être possible d’en voir autant !

 

 

James intervient dans l’esprit de Dirk. Son attention est attirée par les trois huttes au fond de la clairière. Devant la première se tient un homme sévère et débraillé, très sale, mais qui, en dépit de son allure rachitique, en impose bien plus que tous les autres – sans doute s’agit-il du Roi Kaliko, le prétendu bokor et authentique chef du culte de l’Horreur Flottante. À sa ceinture sont accrochées des dagues, et, autour du cou, il porte en collier une autre Pierre Tranchante.

 

 

Mais c’est alors la deuxième hutte qui attire le regard de Dirk Kessler, quand en sort une créature humanoïde mais totalement écailleuse, dont le faciès évoque quelque peu un iguane, et dont les membres disjoints font des angles impossibles – le mouvement de la créature a de quoi susciter la nausée pour cette seule raison. Pourtant, et ça n’en est que plus horrible, les yeux de la créature témoignent encore d’un semblant d’humanité… Dirk comprend qu’il s’agit de Jack Sterling, le futur hôte de l’Horreur Flottante, presque au stade terminal de sa transformation.

 

 

Mais quelque chose remue dans les étangs – faisant bouillonner la surface. James intervient : il est temps pour Dirk de se couper avec la Pierre Tranchante, et de boire la potion de Mama Joséphine. Dirk sait qu’il n’a pas le choix – il accomplit cet ultime sacrifice en pleine conscience, en se coupant à la main gauche. Il éponge le sang, puis boit la décoction de scorpions morts, au goût parfaitement répugnant. Surgit au même instant d’un des bassins une créature colossale : le Rôdeur dans les Étangs Célestes !

 

 

C’est une... chose... indescriptible, qui jaillit des étangs dans un déluge hystérique de membres difformes, de tentacules et de pinces, de gigantesques ailes membraneuses parfois, et d'autres appendices encore, incompréhensibles, en perpétuel mouvement. Une théorie de crocs, de becs et de mandibules participent de l'odieux spectacle en évolution constante. Çà et là, des yeux apparaissent subitement, puis disparaissent dans un magma chaotique de chair fondante – parfois, ce sont même des visages que l'on entrevoit, des visages humains hurlant de terreur, mais à peine une fraction de seconde... et ces brefs et aléatoires aperçus d'une dimension vaguement humaine de la créature ne la rendent que plus répugnante encore. Dirk avait banni de sa mémoire cet horrible spectacle, mais il voit bel et bien à nouveau la monstruosité qui avait tué sous ses yeux Donna et James – la répugnante créature qu’il avait fuie en courant comme un dératé dans les fourrés, et dont il avait effacé jusqu’au souvenir.

 

Le jaillissement du sombre gardien n’a guère perturbé la danse des adorateurs de l’Horreur Flottante, mais le Roi Kaliko a visiblement compris qu’il se passait quelque chose. Balayant les environs, il repère enfin Dirk. Le faux bokor tend la main dans sa direction, en braillant des ordres incompréhensibles. Un des tentacules du Rôdeur se lance dans la direction de Dirk… et puis s’arrête subitement : il ne l’attaquera pas. Mais les ordres du Roi Kaliko ont été prononcés avec suffisamment de force pour que certains des adorateurs quittent leur transe et s’avancent dans la direction de l’intrus, machette en main. Le Rôdeur est immobile. Dirk se déplace, relativement discrètement, mais il ne leurrera les adorateurs que pour un temps. Cependant, le Roi Kaliko se met visiblement à paniquer… Le Rôdeur disparaît dans le bassin – mais ressort presque aussitôt par un autre ! Et il lance ses tentacules dans toutes les directions : trois adorateurs tétanisés en font aussitôt les frais !

 

James presse Dirk : il faut faire vite ! Il doit tuer Jack ! D’une balle en pleine tête ! Le détective privé vise avec sa carabine, et assure son tir autant que possible. Finalement, il fait feu… et l’hôte s’écroule aussitôt, le crâne pulvérisé !

 

 

Le Rôdeur disparaît à nouveau dans le bassin, sort par un autre étang, et tue encore trois autres adorateurs. Mais d’autres se rapprochent dangereusement de DirkJames intervient : il est condamné… Sa mission est accomplie. S’il veut s’épargner davantage de souffrances, il ferait mieux de se tirer une balle en pleine tête… Le détective aimerait pourtant abattre le Roi Kaliko – mais cela impliquerait de se débarrasser au préalable des fanatiques envoyés pour le tuer. Le Rôdeur poursuit son massacre dans les rangs de ses fidèles. Dirk évite bien les coups, mais sa tentative de tuer le Roi Kaliko échoue – et la pression des adorateurs deviendra bientôt insupportable. L’un d’entre eux lui fait même une impressionnante balafre. James insiste : il faut en finir ! D’autant que Donna a pu comprendre partie des imprécations du Roi Kaliko : il a compris ce qui s’est passé, et enjoint ses fidèles de capturer Dirk – surtout pas de le tuer : c’est lui le nouvel hôte ! James le pousse plus que jamais au suicide – et Donna le seconde. Dirk, dans un soupir, pose le canon du revolver contre sa tempe… et fait feu. Il s’écroule aussitôt – fondu au noir…

 

Définitif.

Il a accompli sa mission. Peut-être a-t-il sauvé Haïti, peut-être même plus encore. Dans la paix de la mort, il ne peut de toute façon plus se poser la moindre question. Et notamment se demander si les exactions du culte prendront véritablement fin… La Pierre Tranchante est toujours là, après tout ! Son ultime prière, il l’adresse au Rôdeur – pour qu’il anéantisse la secte et son dirigeant. Au-delà, plus rien n’a d’importance.

 

L’EXPLICATION

 

 

Il ne s’agit pas ici de révéler tous les secrets du scénario, bien sûr, mais sa mécanique particulière appelle quelques derniers développements sur Le Grand Secret au cœur de l'histoire – et sur tout ce qu’il impliquait depuis le début, notamment en termes de maîtrise.

 

Dans ce scénario, à maints égards, les investigateurs enquêtent sur eux-mêmes bien plus que sur quoi que ce soit d’autre (incluant le sort de Jack Sterling). Ils sont amenés à refaire un même cheminement intellectuel, qu’ils avaient déjà fait, et qui les conduit à nouveau au même drame. Ce qui, pour le coup, peut aussi faire penser à une forme de psychanalyse ?

 

Quoi qu’il en soit, James, Donna et Dirk se sont bien rendus à Port-au-Prince pour enquêter sur la disparition de Jack. Rassemblant petit à petit diverses informations, auprès de personnages comme Marie Jérôme, Bruce Northeast et Mama Joséphine, ils sont parvenus à localiser les Étangs Célestes, et s’y sont rendus dans l’espoir de sauver Jack. Hélas, ils n’avaient pas conscience de l’existence du Rôdeur dans les Étangs Célestes… Ils n’ont alors pas trouvé « l’hôte » sur place, mais seulement le gardien. La créature a surgi sans prévenir, et très vite éliminé, d’abord Donna, ensuite James. Dirk seul a survécu – par miracle, en courant comme un dératé dans les fourrés (d’où les lacérations sur ses bras). Dirk seul a été retrouvé dans les collines à l’est de Port-au-Prince – en état de choc, amnésique.

 

L’amnésie était un processus de protection de la psyché sévèrement atteinte du détective. Mais ses troubles psychiques allaient au-delà. En effet, et le background et l’état mental sur la fiche de personnage en attestaient, Dirk est un homme qui fait preuve d’un sens du devoir et d’un dévouement proprement exceptionnels. Il a ainsi, inconsciemment, développé un autre mécanisme psychique qui, cette fois, avait pour but de lui permettre d’achever sa mission – en retournant aux Étangs Célestes pour y tuer Jack avant qu’il ne soit trop tard. Ce mécanisme agissait parallèlement à celui de l’amnésie, et bénéficiait de ce que le passé traumatique de Dirk (un enfant battu et peut-être violé par son père alcoolique et violent) y constituait un terrain favorable : il s’agissait de développer un trouble de la personnalité multiple, également appelé aujourd’hui trouble dissociatif de l’identité.

 

Concrètement, dès le début du scénario, il n’y avait qu’un seul personnage : Dirk. James et Donna n’étaient pas d’autres personnages, pas plus qu’ils n’étaient les fantômes des amis décédés (ce n’est pas Le Sixième Sens, etc.) : ils étaient les personnalités multiples du seul Dirk Kessler, ils n’existaient que dans sa tête – mais ils avaient une double fonction : motiver le détective privé à refaire le cheminement intellectuel devant le ramener aux Étangs Célestes à la date fatidique, et lui fournir des compétences, des caractères ou des comportements qui n’étaient pas dans sa nature mais qui lui seraient très utiles pour parvenir à ses fins.

 

C’est la raison pour laquelle les fiches de personnage doivent être distribuées au dernier moment (et tenues globalement « secrètes », car certaines compétences notamment physiques sont en fait les mêmes dans les trois fiches, même si je ne me suis personnellement pas montré trop rigoureux à cet égard, ayant l’exemple de Billy Milligan en tête) : il ne s’agit pas des vrais personnages, mais des tentatives de l’esprit de Dirk pour les recréer tels qu’il les concevait, avec des essais et erreurs – se traduisant par des pertes de conscience.

 

Celles-ci jouaient en effet un rôle de « disjoncteur » : quand la réalité des faits devenait incompatible avec la représentation erronée que se faisait Dirk de lui-même « et de ses compagnons », son cerveau réagissait en bloquant tout. Durant la partie, c’est ce qui s’est produit quand les personnages se sont « séparés », et cela se serait produit à nouveau à chaque séparation ultérieure : puisqu’il n’y avait qu’un seul personnage, Dirk Kessler, il ne pouvait pas se trouver en même temps en deux endroits différents – en l’espèce, à la Bibliothèque Nationale d’Haïti et chez Marie Jérôme. Dirk seul a en fait vécu ces deux scènes, mais successivement – sur une période plus brève, il aurait pu trouver comment se forger un « mensonge » légitimant tout cela (ne serait-ce qu'une brève absence, ce qui s'est produit quand James a quitté le hounfor de Mama Joséphine alors que Dirk et Donna étaient restés à l'intérieur), mais, en l’espèce, la réalité ne le permettait pas. Il n’y avait dès lors qu’une seule solution : l’extinction des feux. Notez que, dans le cadre de la bibliothèque, il y avait un indice marqué dans le sens du caractère successif des séquences : le nombre changeant des usagers…

 

En fait, le scénario comprend nombre d’indices de cet ordre (ne serait-ce que le tirage de Marie Jérôme qui commence par la Mort, ou le fait d’avoir son attention attirée, chez Bruce Northeast, par un livre intitulé Mondes imaginaires et démence, par exemple), car le psychisme de Dirk était intuitivement amené à lutter contre le mécanisme irrationnel qu’il s’était forgé inconsciemment pour aller au bout de sa tâche. D’où les « visions » morbides de James et Donna à la bibliothèque.

 

En même temps, ce mécanisme était parfois à même de tordre suffisamment la réalité pour asseoir sa légitimité – et, en certaines occasions, cela revenait à fournir d’autres indices aux joueurs les plus attentifs. Un bon exemple est celui du contenu de la boîte laissée dans le coffre-fort de l’Hôtel Oloffson. Comme vous l’avez sans doute compris, il s’agissait des seules affaires de Dirk Kessler – mais les investigateurs y ont trouvé six armes de poing ! Ce qui était totalement invraisemblable. La vérité, c’est qu’il n’y en avait en fait que deux, une de chaque type, et qui appartenaient toutes deux à Dirk… Mais chacune de ses personnalités devait être en mesure de se défendre, dans un contexte aussi dangereux : chaque personnalité a donc cru avoir ses propres armes, quand elles étaient en fait partagées entre les trois personnalités.

 

Notez, au passage, que j’ai choisi de faire l’impasse sur quelques brèves scènes, ou certains indices hermétiques, qui me semblaient ne pas aller dans le sens de cette explication d’ordre psychologique, et somme toute « rationnelle » ; par exemple, le scénario décrit quelques très brèves séquences qui ne font sens que si l’on considère que Donna et James sont des fantômes, et non des personnalités multiples (la panique de la femme de chambre à l’hôpital, les enfants qui plantent un clou dans l’empreinte de pas de Dirk…) – ces moments m’ont paru incohérents, et j’ai donc choisi de ne pas en faire usage.

 

Mais la plupart des indices étaient de toute façon d’un autre ordre – plus insidieux. Celui qui vient immédiatement en tête est le fait que Nathaniel n’ait donné que la seule clef de Dirk Kessler quand les investigateurs sont retournés à l’Hôtel Oloffson (outre que les deux autres chambres avaient été fouillées). Mais, au-delà, c’est le comportement global des PNJ qui était important : en bien des occasions, il s’agissait pour moi, en tant que Gardien, de traduire la gêne voire l’inquiétude de ces personnages, quand ils se trouvaient confrontés à un unique interlocuteur qui tenait tout seul et à voix haute des débats contradictoires, se comportait occasionnellement comme une femme, ou tenait absolument à parler de « son fils Jack et sa fille Donna ».

 

Mais, ici, il faut prendre en compte que ces personnages avaient parfois leurs raisons de ne pas s’étonner, ou plus exactement de ne pas s’étonner trop ouvertement, du comportement très étrange de Dirk : le Dr Alan Kelly suspectait la vérité, et voulait garder son patient en observation à l’hôpital militaire d’Elmwood, mais il était contraint d’obéir aux ordres de son supérieur, le major Lloyd Medwin, qui lui a intimé de faire sortir Dirk ; car le major ne croyait pas au trouble de Dirk Kessler, il y voyait une forme de simulation, et espérait que le détective « libéré » révèlerait le pot aux roses en le conduisant à James Sterling (lui aussi disparu aux yeux du major) ou à Jack Sterling – tous deux suspectés (à raison) d’avoir fourni des armes aux Cacos via Sébastien Sénégal, une question de sécurité nationale : le cadre du BRN n’allait pas s’embarrasser à cet égard des préventions d’ordre médical du Dr Kelly. Par ailleurs, Medwin avait acheté le (trop) zélé et serviable réceptionniste de l’Hôtel Oloffson, Nathaniel, pour qu'il le renseigne sur les faits et gestes de Dirk Kessler – il l'avait prévenu que le suspect pourrait avoir un comportement « étrange », destiné à le leurrer… Mama Joséphine, enfin, n’avait peut-être pas pleinement appréhendé l’idée d’un trouble de la personnalité multiple, ce qui n’est guère de son ressort, mais elle avait du moins compris que le comportement de Dirk Kessler, si étrange, était probablement nécessaire à l’accomplissement de sa mission. Les autres PNJ majeurs – Marie Jérôme, Francis Métraux et Sébastien Sénégal – ne savaient rien de tout cela, mais avaient tous de bonnes raisons de ne pas attacher trop d’importance aux bizarreries de leur interlocuteur Dirk Kessler.

 

Ce scénario représente un certain challenge pour le Gardien des Arcanes, notamment parce que l’idée est que les personnages ne comprennent vraiment ce qui s’est passé que le plus tard possible, quand les PJ trouvent leurs propres cadavres à proximité des Étangs Célestes. En même temps, ils doivent alors le comprendre. Il faut mentionner que l’aide de jeu consistant en un article du Progrès d’Haïti, évoquant la mort de touristes américains dans les collines à l’est de Port-au-Prince, est à cet égard d'un emploi très risqué, surtout si elle intervient très tôt dans la partie (le scénario suggère l'hôtel, j'ai à peine un peu repoussé avec la bibliothèque) – elle risque de tout gâcher. Je suppose que son emploi ou non dépend de la table – qui a ici très bien réagi, en envisageant la possibilité de la mort des personnages, mais en y répondant aussitôt par la rationalisation à tout crin, ôtant toute pertinence à cette hypothèse. Le Gardien doit aussi composer avec les comportements les plus étranges de Dirk, et en même temps assurer que les PNJ ne « bloquent » pas la situation en raison de ces bizarreries.

 

Mais le Gardien dispose en même temps de certains outils pour entretenir l’ambiguïté, tout en avançant occasionnellement des indices quant à la réalité des faits. Deux sont particulièrement importants, et il faut s’y tenir tout au long du scénario (je crois l’avoir fait, mais j’ai pu merder çà et là...) ; or, par leur nature, ils ne ressortent pas du tout de ce compte rendu à la troisième personne, et c’est pourquoi je crois qu’il faut que je les mentionne ici en dernière mesure :

 

1°) Il y a, tout d’abord, et en français, l’emploi de « vous » : la nature même des séquences amenait les joueurs à croire qu’il s’agissait généralement d’un « vous » collectif – en fait, il s’agissait toujours d’un « vous » de politesse… Mais toutes les séquences ne permettaient pas dans une égale mesure l’usage de ce « truc ». Le tutoiement était parfois envisageable, voire nécessaire, mais devait être autant que possible réservé à l’adresse à une unique personnalité, et de préférence Dirk. En anglais, je suppose que « you » remplit cet office d’une manière assez proche, sinon exactement semblable – toutes les langues ne le permettent probablement pas.

 

2°) C’est peut-être un corollaire du procédé qui précède, car c’est à nouveau une question d’adresse aux personnages, mais le Gardien doit faire très attention quand il emploie leurs noms. La règle est simple dans sa formulation, mais pas toujours dans sa mise en œuvre : le seul personnage appelé par son nom par les PNJ est Dirk Kessler, puisque c’est le seul personnage en réalité. Jamais un PNJ ne doit s’adresser à « Mr Sterling » ou encore moins à « Donna ». Si les joueurs sont attentifs, ils peuvent s’en rendre compte à terme, et cela peut les aiguiller sur l’explication de ce qui leur arrive – mais il faut donc là aussi que le Gardien se montre extrêmement prudent.

 

Je crois que j’ai dit l’essentiel. N’hésitez pas à venir compléter ces développements si jamais, ou à poser des questions, ou à critiquer, ou truc !

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CR L'Appel de Cthulhu : Etoiles brûlantes (01)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Etoiles brûlantes (01)

J’ai récemment maîtrisé, pour la troisième fois (ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant), un scénario pour L’Appel de Cthulhu que j’aime vraiment beaucoup : « Étoiles brûlantes », de David Conyers, qui figure dans le supplément Terreurs de l’au-delà.

 

Cette fois, je vais tenter d’en faire un compte rendu sur ce blog. Mais la mécanique assez particulière de ce scénario m’a incité à ne publier les deux articles portant sur les deux séances de jeu (de trois heures chacune environ) qu’après la conclusion du scénario. Voici la vidéo de ce compte rendu de la première séance :

Notez au passage que, les deux fois précédentes où j’avais maîtrisé ce scénario, une IRL et une en virtuel, il avait fallu exactement la même durée, même si les joueurs ont pu se comporter de manière très différente – c’est que le scénario a une structure relativement linéaire, mais que je crois à propos, qui évite de trop dilater l’intrigue.

 

Comme pour ma campagne de Deadlands Reloaded récemment, je vais également mettre en ligne les enregistrements audio de ces deux séances. Voici pour celle-ci :

Note au passage : j’ai utilisé Roll20 pour la musique et les bruitages, mais, comme j’ai enregistré ces parties via TeamSpeak, tous ces effets sonores sont hélas absents des enregistrements… Si prochaine fois il y a, je vais tâcher de remédier à ce problème. Voir Roll20 pourrait être intéressant, aussi... Par ailleurs, ces enregistrements sont livrés à l’état brut, sans montage – d’où quelques brefs passages absolument dénués de son en l'état, c’est parfaitement normal.

 

Ce scénario fait appel à des personnages prétirés. Terreurs de l’au-delà en propose six. Dans l’idéal, je pense qu’il fonctionne au mieux avec quatre PJ. Cette fois, nous avons cependant joué à trois PJ seulement, les joueurs incarnant…

 

… James Sterling, le richissime industriel…

 

… Donna Sterling, sa fille un peu rebelle, étudiante en anthropologie…

 

… et enfin Dirk Kessler, détective privé, embauché par James Sterling.

 

Pour illustrer ce compte rendu, je vais avoir recours à diverses photographies récupérées çà et là sur le ouèbe et parfois un chouia trafiquées (pas grand-chose : seulement la conversion en niveaux de gris le plus souvent). J’ai cependant le très mauvais réflexe de ne pas noter à qui appartiennent les droits de ces photographies quand je prépare mes scénarios… Si les propriétaires de ces droits souhaitent que j’en fasse mention, je m’exécuterai, bien entendu.

 

Par ailleurs, les aides de jeu de ce scénario étant en principe disponibles gratuitement et légalement au téléchargement sur le site de Sans-Détour, éditeur du jeu, j’ai supposé qu’il m’était possible de les faire apparaître dans ce compte rendu, sachant que je les ai de toute façon souvent retouchées, dans le texte et/ou dans l’aspect. J’espère, là encore, ne pas léser qui que ce soit.

PROLOGUE

 

Pour les investigateurs, tout commence dans le noir le plus total. Ils ne savent pas où ils sont. À vrai dire, ils ne savent même pas vraiment qui ils sont. Ils n’ont pas la force de prononcer le moindre mot. Le premier sens à se réveiller est l’ouïe – ils entendent bientôt la pluie qui tombe, et drue ; quelques coups de tonnerre occasionnels, aussi. D’autres sensations reviennent – et tout d’abord celle d’une chaleur particulièrement étouffante ; il fait très chaud, et très humide. Mais ils sont confiants : le reste va revenir. La vue, notamment – apparaît devant leurs yeux…

… une infirmière ? À en juger par sa tenue… Elle est très souriante.

 

Puis le noir revient.

 

L’infirmière réapparaît sans prévenir.

 

D’autres aussi, parfois – tout aussi souriantes, et qui les regardent.

 

Les visions alternent : le noir, les sourires… Mais au bout d’un moment apparaît un autre visage – celui, très rond, d’un homme, cette fois, avec de petites lunettes, et qui les regarde d’un air intrigué.

Il prend la parole : « Comment vous sentez-vous ? Vous m’entendez ? » L’homme, qui est vêtu d’une blouse de docteur, est un peu indécis.

 

Les investigateurs, qui reprennent peu à peu conscience, perçoivent bien qu’ils se trouvent dans une sorte d’hôpital ; ils sont allongés dans des lits blancs en fer, vêtus, comprennent-ils, de pyjamas – ils ont aussi comme un bracelet en plastique au poignet…

 

James Sterling, bouillant, trouve enfin dans la colère la force de parler – qu’est-ce que cela signifie ? Que fait-il ici ? Il veut sortir tout de suite ! Le docteur, très embarrassé, cherche à le calmer. Il ne compte pas le retenir ici contre son gré, il n’en a pas le pouvoir de toute façon… Mais il leur faut d’abord avoir « une petite conversation ». Savent-ils où ils se trouvent ? James Sterling rugit : non, et il s’en moque !

 

Mais Dirk Kessler prend à son tour la parole. Il ne sait pas où il se trouve, il n’a aucune idée de comment il est arrivé « ici », où que ce soit… Le docteur lui demande quel est son dernier souvenir, mais en vain. « Savez-vous… quel jour nous sommes ? » James Sterling prétend que cela n’a aucune importance, il menace de faire appel à ses avocats, mais le docteur n’en tient pas compte et repose la même question. Les investigateurs ont tous la conviction d’être le 26 octobre 1930 – ou du moins est-ce le dernier jour dont ils se souviennent. Le docteur n’est visiblement pas surpris ; mais il leur explique qu’ils sont en fait le jeudi 30 octobre… et il ajoute que ce n’est pas la première fois qu’ils ont cette conversation ; en fait, c’est la huitième… Une révélation qui assomme tout le monde, et James au premier chef.

 

C’est qu’ils ont été affectés par une sorte d’amnésie très radicale, accompagnée de pertes de conscience. Encore une fois, le docteur (Alan Kelly, car il se présente enfin) ne va pas les empêcher de partir, mais il leur faut tout de même, au préalable, éclairer quelques points. La condition de leur départ est même expressément qu’ils se souviennent de cet entretien : quand ce sera le cas, il les laissera partir.

 

Mais la date n’est pas seule en jeu… De toute évidence, ils sont dans un hôpital – l’hôpital militaire d’Elmwood, précise le docteur. Savent-ils où se trouve cet hôpital ? Non, absolument pas, ils ont beau se creuser la tête… James Sterling lâche : « C’est de toute façon beaucoup trop loin de chez moi ! » Ce que confirme le Dr Alan Kelly dans un soupir : « Effectivement… Nous sommes à Port-au-Prince. En Haïti. »

I : HÔPITAL MILITAIRE D’ELMWOOD, PORT-AU-PRINCE

 

 

Les investigateurs sont tous stupéfaits. Ils ne savent absolument pas ce qu’ils font là. Ou peut-être que si ? Car ils ne sont pas totalement amnésiques… Ce dont ils ne se souviennent pas, leur explique le Dr Alan Kelly, c’est ce qui leur est arrivé depuis leur débarquement en Haïti – mais ils reprennent progressivement conscience de qui ils sont, de leur passé ; et, s’ils sont encore trop dans le vague pour rentrer dans les détails, ils ont tous conscience, même s’ils le gardent pour eux à ce stade, de s’être rendus dans les Caraïbes pour… « retrouver » Jack Sterling (le fils de James, le frère aîné de Donna), qui aurait disparu. L’industriel a le vague souvenir qu’il avait dépêché son fils sur l’île pour négocier un contrat. Mais quoi exactement ? Ils discutent d’autres choses quant à leur situation présente, à demi-mots, et le docteur a l’air un peu embarrassé devant ces échanges. Puis il reprend la parole. Il reste un certain nombre de choses à éclaircir… Il va les laisser, pour l’heure – ils ont besoin de calme et d’intimité pour se reprendre. Ils auront l’occasion de reparler de tout cela ensemble par la suite – après quoi ils ne tarderont guère à quitter l’hôpital, il en est certain.

 

C’est à ce moment seulement que je donne aux joueurs l’accès à leurs fiches de personnage (un peu retravaillées par rapport aux prétirés fournis dans le scénario). Ces fiches sont accompagnées d’un background relativement développé, dont je n’avais donné que de très, très succincts aperçus aux joueurs auparavant (seulement de quoi leur permettre de choisir leur personnage) ; mais elles comprennent aussi des éléments concernant « l’état mental actuel » des investigateurs. Les joueurs doivent garder tout cela pour eux. Je laisse cinq minutes aux joueurs pour qu’ils puissent s’imprégner de tout cela – mais il est normal qu’ils soient « dans le pâté » à ce stade. La suite du scénario justifiera ce procédé.

 

Je donne aussi alors aux joueurs l’accès à une aide de jeu (pour partie personnelle, pour partie reprise des données du scénario) comprenant divers éléments de contexte sur Haïti et Port-au-Prince (géographie, démographie, histoire, politique…) – des choses dont les investigateurs peuvent se souvenir, car ils les savaient avant d’arriver sur l’île.

 

Un point essentiel est que Haïti, alors, est un pays occupé par l’armée américaine – les marines ont pris le contrôle du territoire et de son économie en 1915. Depuis leur chambre, les investigateurs, qui savent maintenant qu’ils sont dans un hôpital militaire, ont d’ailleurs l’occasion de voir circuler des marines dans les couloirs.

 

 

Ils savent par ailleurs que cette occupation est… « compliquée » : la rébellion des Cacos a été officiellement réprimée vers 1919-1920, mais le pays est encore peu ou prou en état de siège, un couvre-feu est en place, et les forces d’occupation n’hésitent pas à passer à la mitrailleuse les foules de manifestants réclamant l’indépendance ; par ailleurs, il demeure des Cacos qui sont engagés dans une lutte à mort avec l’occupant américain, et qui recourent régulièrement au terrorisme.

 

 

Les investigateurs reprennent peu à peu leurs esprits. Un simple coup d’œil à la fenêtre semble confirmer les propos du Dr Alan Kelly : ils sont de toute évidence dans un environnement tropical. Et si les infirmières sont blanches, les aides-soignantes et femmes de ménage sont toutes noires. Ils jettent un œil à leurs bracelets, qui servent visiblement à les identifier, et qui mentionnent la même date : le mardi 28 octobre 1930.

 

Des souvenirs leur reviennent petit à petit : Jack Sterling a bien été envoyé sur l’île par son père James – et pour des affaires… probablement un peu douteuses, ils en sont tous convaincus, sans pouvoir dire exactement de quoi il s’agit. Mais cela les incite à la prudence, ils ne peuvent pas parler de tout cela devant témoin.

 

 

Dirk Kessler ne tient pas en place. Il se lève, et constate qu’il est globalement dans une bonne forme physique. Il remarque en revanche que ses bras, notamment, arborent comme des coupures ou des griffures – et cela vaut aussi pour ses deux compagnons. Elles ne sont pas douloureuses. Aucune idée par contre de ce qui lui a fait ça. James Sterling n’est pas du genre à rester couché quand son employé se lève, et lui aussi est dans une bonne forme physique ; Donna de même, si elle se montre moins agitée. Personne ne vient leur intimer de rester couchés – les infirmières, toujours souriantes, pas davantage que les soldats.

 

Donna aborde une des infirmières, qui confirme qu’ils sont là depuis deux jours. Mais elle n’est pas en mesure de la renseigner énormément… L’étudiante en anthropologie, méfiante, lui demande si elle a quelque chose à leur cacher, mais l’infirmière, toujours très affable, la rassure à ce propos – c’est seulement qu’elle n’est pas au courant de tout… Elle offre d’aller chercher le Dr Kelly, quand ils le souhaiteront – il est le mieux à même de répondre à leurs questions, et devra les revoir avant qu’ils puissent quitter l’hôpital.

 

Dirk ne participe pas à la discussion ; il passe dans le couloir, et entrevoit d’autres chambres – beaucoup de lits sont inoccupés, mais il y a d’autres patients çà et là, essentiellement des hommes, dont un certain nombre de militaires, à en juger par leurs effets personnels.

 

 

 

Le Dr Alan Kelly revient. Dirk l’interroge aussitôt quant aux griffures qu’ils arborent tous – mais, avant que le médecin au fort accent texan ne puisse lui répondre, James, très envahissant, lui réclame des explications concernant leur amnésie et leurs pertes de conscience. Le docteur répond que c’est une réaction psychologique souvent associée à des expériences traumatisantes – le fait d’assister à un meurtre, ou à une catastrophe, ce genre de choses… Ce « blocage » est en fait comme une mesure de protection de l’esprit. Sans doute ont-ils assisté à quelque chose d’horrible, qui les a fait réagir de la sorte ? Quant à dire quoi exactement… Et la date sur le bracelet ? C’est la date à laquelle on les a trouvés – des fermiers les ont vus, errant dans les collines à l’est de Port-au-Prince, les yeux dans le vague, les vêtements parfois déchirés, et en tout cas couverts de boue… Ils étaient visiblement en état de choc – d’hypothermie, aussi. Les « griffures » étaient alors bien plus visibles, certaines saignaient encore (le docteur n’est pas bien sûr de ce qui a pu les causer – il n’y a pas de grands félins ou ce genre de choses en Haïti…), mais il n’y avait pas vraiment de problème d’ordre physique, de manière générale ; concernant la santé mentale, en revanche… James explose : « Je ne suis pas fou ! » Le Dr Kelly ne le prétend pas – d’autant que « fou », ça ne veut pas dire grand-chose. Mais ils souffrent bien d’un trouble d’ordre psychique – ce qui n’a rien de dégradant !

 

Quoi qu’il en soit, les circonstances de leur découverte, deux jours plus tôt, ont justifié une enquête – et le major Lloyd Medwin, du Bureau du Renseignement Naval (BRN – les services secrets de l’époque), souhaite avoir une petite discussion avec eux, préalable nécessaire à leur « libération », qui prendra effet très vite après cela. Il va appeler l’ambassade, le major ne tardera dès lors guère. Le comportement de James évolue progressivement : il remise de côté sa colère pour se montrer plus conciliant, voire aimable – remerciant le Dr Kelly pour ses soins, affirmant qu’il souhaite récompenser les fermiers qui les ont adressés à l’hôpital… même s’il ne manque pas de ricaner sur « tous ces Noirs » qui vivent en Haïti. Mais Dirk perçoit bien que le médecin n’est pas à l’aise en leur présence – il garde sans doute quelque chose pour lui !

 

Quelques heures plus tard, deux hommes rejoignent les investigateurs dans leur chambre. L’un, petit, trapus, respire l’autorité, l’énergie et la conviction :

L’autre est un très jeune homme qui s’installe aussitôt derrière une machine à écrire qu’il a emmenée avec lui. Le premier se présente comme étant le major Lloyd Medwin, du BRN. James Sterling se présente à son tour, très cordialement, et lui serre énergiquement la main – Medwin lui adresse un regard très interloqué, ou peut-être en égale mesure méfiant… et hostile ? Un temps de silence, puis il lâche : « Le Dr Kelly disait que vous alliez mieux… » Ce que confirme aussitôt James : « Beaucoup mieux ! Nous sommes prêts à partir ! » Avant cela, il leur faut toutefois répondre à quelques questions, rétorque le major sur un ton sévère. Dirk commence à protester, est-ce vraiment si important, mais le major l’interrompt brusquement : « Mes fonctions ne me laissent pas le temps de m’amuser. Si je vous pose ces questions, c’est qu’elles sont importantes. »

 

Bref silence, puis : « Tout d’abord, pourquoi êtes-vous venus en Haïti ? » Pour affaires, répond aussitôt James. Pourrait-il se montrer plus explicite ? Quelles affaires ? C’est lié à Jack Sterling… Le nom n’est visiblement pas inconnu de Medwin. Donna lui demande s’il sait où se trouve son frère. « Non. Et vous ? », répond-il brusquement. James, tout aussi brusque : « Nous ne plaisantons pas avec la famille. Si nous vous le demandons, c’est que nous avons une bonne raison ! »

 

Medwin passe : que faisaient-ils dans ces collines, il y a deux jours de cela ? Ils l’ont oublié. Le major ricane : « Vous avez oublié. C’est commode… » James n’apprécie visiblement pas ces insinuations – mais Medwin est une grande gueule, et quelqu’un de difficilement impressionnable ; dans cet échange, c’est l’industriel qui est intimidé, même s’il essaye de conserver une façade de dignité austère… Mais le Dr Kelly pourra confirmer qu’ils sont bel et bien amnésiques ! Donna intervient : sont-ils soupçonnés de quelque chose, pour qu’on les interroge ainsi ? Medwin avance que tout cela relève du « secret défense », mais qu'ils doivent bien en avoir une idée...

 

Ils sont toutefois libres de partir, si le docteur juge qu’ils en sont capables. Mais Medwin leur intime de ne pas quitter Haïti avant plus ample informé – il ne plaisante pas : ceci est pleinement de son ressort, et la moindre tentative de ne pas tenir compte de ses avertissements sera sanctionnée avec la plus extrême sévérité. James proteste : est-ce ainsi que l’on traite les citoyens américains ? Medwin, plus sévère que jamais, l’incite à ne pas cracher sur le drapeau – le statut de citoyen américain est ce qui lui a permis d’être soigné dans cet hôpital… Et Haïti est un territoire occupé, où l’autorité appartient aux marines. Par ailleurs, les mouvements des investigateurs demeurent assez libres, au-delà de cette interdiction de sortie du territoire. James n’insiste pas – il est même à deux doigts de présenter ses excuses ! Medwin ne s’y attarde pas : qu’ils regagnent leur hôtel – l’Hôtel Oloffson, précise-t-il, où leurs chambres ont été gardées.

 

Il leur laisse sa carte : ils peuvent le contacter à l’ambassade ; si jamais la mémoire leur revenait…

 

Medwin et son secrétaire s’en vont. Quelque temps après, le Dr Kelly revient dans la chambre, avec un bon de sortie, et accompagné d’une aide-soignante qui apporte aux investigateurs des vêtements de rechange – le temps qu’ils rejoignent leur hôtel où ils retrouveront leurs propres vêtements : ceux qu’ils portaient sur eux deux jours plus tôt sont en effet inutilisables.

 

Le temps de se changer, en l’absence du médecin, James et Donna discutent du sort de leur famille ; la jeune fille s’inquiète pour sa mère, mais James est obnubilé par Jack. Il est très inquiet, même s’il ne sait pas au juste pourquoi…

 

 

Dirk, pendant ce temps, vadrouille dans les couloirs, et discute avec un autre patient alité, mais n’en tire rien d’utile.

 

 

 

 

 

Les investigateurs quittent alors l’hôpital, dans les vêtements qu’on leur a confiés. Ils prennent la direction de l’Hôtel Oloffson – James hèle un taxi, il n’a pas de monnaie sur lui, mais promet un gros pourboire une fois qu’ils seront arrivés à destination ; son assurance emporte la conviction du chauffeur (les Américains payent en dollars, ce qui vaut mieux que la monnaie nationale, la gourde). Durant le trajet, qui les amène à longer le centre-ville, ils ont quelques aperçus de Port-au-Prince, une ville très animée et colorée. Ils constatent cependant qu’il serait très facile de se perdre dans ce dédale, absolument dénué de plan d’urbanisme, outre que des chantiers et des égouts à ciel ouvert, partout, pourraient causer des difficultés à qui ne saurait pas très bien où il va – ce n’est bien sûr pas un problème pour leur taxi, un mulâtre très zélé. Ce bref trajet est tout ce qu’il y a d’exotique – et les investigateurs ne peuvent s’empêcher de remarquer qu’ils sont quasiment les seuls Blancs des environs, ce qui les perturbe un peu ; ils sont décidément bien loin de New York, cœur de l’empire industriel Sterling, de Providence, la ville de leurs ancêtres, ou d’Arkham, où Donna étudie l’anthropologie à l’Université Miskatonic…

II : HÔTEL OLOFFSON, PORT-AU-PRINCE

 

 

Les investigateurs avaient conservé une vague idée de l’Hôtel Oloffson – avec son architecture « gingerbread » typiques des Caraïbes, c’est un endroit qui suinte le luxe, le meilleur hôtel de Port-au-Prince et donc d’Haïti… et aussi le plus cher. Toutefois, ils ne se souviennent pas y avoir séjourné.

 

 

Les investigateurs pénètrent dans l’hôtel. Le hall, qui se prolonge en restaurant, est très luxueux, de la meilleure tenue. Ils se dirigent vers la réception, où s’affaire un jeune mulâtre zélé répondant au nom de Nathaniel.

 

Derrière lui, les investigateurs remarquent une affiche :

 

James Sterling demande au réceptionniste les clefs de leurs chambres. Nathaniel attrape une (seule) clef sur le tableau et la leur tend. Avant que quiconque puisse s’en étonner, Donna demande s’ils ont laissé quelque chose dans le coffre – ce que confirme Nathaniel, il va chercher ce qui s’y trouve. Il revient bientôt avec une boîte assez volumineuse, qu’il pose sur le comptoir. Donna l’interroge sur leur séjour, mais le réceptionniste ne peut pas dire grand-chose… Dirk suggère d’attendre d’être dans la chambre (puisqu’il n’y en a semble-t-il qu’une seule) pour ouvrir la boîte, et tous trois s’y rendent.

 

 

La chambre est assez spacieuse, et très confortable. Il n’y a qu’un seul lit, toutefois – sur lequel est posée une valise, comprenant des vêtements masculins et des affaires de toilette ; tout cela appartient à Dirk Kessler, rien ne correspond aux affaires des Sterling. Le détective reconnaît aussitôt, au milieu de ses vêtements, un jeu de rossignols. Sur un bureau se trouve une machine à écrire Remington, avec du papier – ce avec quoi le détective tape usuellement ses rapports. Ses réflexes lui reviennent : il se penche pour regarder ce qui se trouve sous le lit… et y trouve plusieurs boîtes de munitions, ainsi qu’un fusil à pompe calibre 12 démonté – le remonter ne lui demanderait pas le moindre effort. James pâlit un peu… Il y a des munitions pour ce fusil, mais aussi pour des armes de poing de calibre 38 et 45. Dans le tiroir du bureau, Dirk trouve également une petite boîte d’allumettes, au nom d’un speakeasy new-yorkais que sa profession l’a amené à fréquenter régulièrement (même s’il prend soin de ne pas boire) ; à l’intérieur se trouve…

… un étrange papillon, qui arbore un motif faisant immanquablement penser à un crâne humain. Le détective n’a aucune idée de ce qu’il fait là. Reste qu’il s’agit visiblement de sa chambre – et seulement de la sienne : si les Sterling ont séjourné dans cet hôtel, c’était ailleurs.

 

La situation interloque tout le monde – mais avant de faire quoi que ce soit, Dirk ouvre la boîte que lui a remise Nathaniel. Perplexes, les investigateurs y trouvent trois pistolets .38, et trois revolvers .45 ! Mais il y a bien d’autres choses – dont 300 $ en billets, que James s’approprie d’autorité (il descend payer le taxi). Mais il y a également plusieurs documents. Le premier est une liste de noms – de l’écriture de Dirk :

 

Il y a également une lettre de Roger Shaw, directeur de la Shaw’s Investigations and Security Services, adressée à James Sterling – mais Dirk sait très bien qu’il s’agit d’une copie lui appartenant, annexée à son contrat de travail :

La lettre est complétée par une note manuscrite, expliquant que Guy Randall a été retenu à la dernière minute par des problèmes personnels ; Roger Shaw présente ses plus profondes excuses pour le désagrément, et verra à proposer une compensation adéquate.

 

Le troisième document est un rapport de la Shaw’s Investigations portant sur les Industries Sterling – Dirk comprend aussitôt que ce document lui est destiné personnellement, et que son contenu pourrait déplaire à son employeur…

En voici le texte :

 

Shaw’s Investigations and Security Services

Sammons Building, 212 E 38th Street, New York City

 

Rapport sur les industries Sterling

Non divulgué au client

Réuni par Harrison Zamsky, détective privé

 

14 octobre 1930

 

Sterling Industries est une firme installée à New York et contrôlée par la famille Sterling. Le PDG et le propriétaire en est James Sterling, un riche industriel issu de six générations d’une vieille fortune du Rhode Island. Ses affaires regroupent divers investissements dans les transports, le caoutchouc et le pétrole. Durant la Grande Guerre, Sterling a acheté une usine de munitions à Mott Haven dans le West Bronx et a fait de gros bénéfices en vendant des armes aux forces alliées en Europe. Après la guerre, les munitions sont devenues le cœur de l’empire commercial Sterling. Les Industries Sterling ont vendu des armes à travers le monde, essentiellement en Europe (Italie, Irlande...) et en Amérique centrale (Mexique, Nicaragua...).

 

Le fils de James, Jack, après avoir récemment obtenu un diplôme universitaire à la Columbia University, a rejoint la firme.

 

Sterling est un homme secret, et au comportement parfois douteux. Plusieurs cadres supérieurs ont exprimé leur mécontentement quant à ses méthodes et l’un d’eux a même mis en cause leur légalité.

 

Les Industries Sterling ont été la cible de plusieurs enquêtes du BRN pour une supposée collaboration avec des forces armées hostiles aux intérêts du gouvernement des États-Unis. Mais aucune charge n’a été retenue contre James Sterling, et il n’a fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire, sans doute par manque de preuves.

 

On a aussi dit que New World Incorporated, la société basée à Chicago, avait failli racheter les Industries Sterling au début de l’année 1928, afin d’éliminer la concurrence dans le domaine de la vente d’armes. Toutefois, cette manœuvre n'a pas abouti, pour des raisons encore à déterminer.

 

Enfin, les Industries Sterling ont fourni en armes le gouvernement des États-Unis dans le cadre des opérations militaires en Haïti, mais des rumeurs courent que Sterling aurait aussi ouvert des négociations secrètes pour vendre des armes aux rebelles cacos. On pense que le trafiquant d’armes haïtien Sébastien Sénégal serait associé dans cette affaire. Ces faits pourraient constituer un acte de trahison s’ils étaient jugés aux USA.

 

Enfin, au fond de la boîte, il y a une carte d’Haïti, ainsi qu’un billet de retour à bord du paquebot Louisiana Queen au nom de Dirk Kessler.

 

Ces informations suscitent un certain malaise : à l’évidence, Jack a disparu… et sans doute parce que son père James l’a envoyé en Haïti négocier des contrats très douteux (le nom de Sébastien Sénégal lui dit vaguement quelque chose). Rien d’étonnant à ce que le BRN s’intéresse à eux dans ces conditions ! Donna est furieuse – et plus inquiète que jamais quant au sort de son frère.

 

Mais se pose aussi la question de la chambre. Pour une raison inconnue, Nathaniel ne leur a donné que la clef de la chambre de Dirk, mais les Sterling avaient leurs propres chambres dans cet hôtel – sans doute à côté. Tandis que ces derniers ont une discussion tendue (Donna dénonce la cupidité de son père, qu’elle rend responsable de la disparition de Jack, tandis que l’industriel minimise ses torts et accuse sa fille d’en faire trop – et elle ne devrait pas mépriser l’argent, c’est ce qui lui paye ses études ! etc.), le détective se fait petit et descend chercher les autres clefs.

 

Dirk retourne à la réception, et s’étonne de ce que Nathaniel ne leur a donné qu’une clef – n’y avait-il pas d’autres chambres ? Le réceptionniste, un peu perplexe, dit qu’il lui a bien donné sa clef… Mais qu’en est-il des autres chambres ? Le visage du réceptionniste paraît subitement s’illuminer : oui, bien sûr ! Il attrape deux autres clefs au tableau (les numéros sont ceux des chambres voisines de celle de Dirk) et les tend au détective : « Toutes mes excuses, c’était une très bête erreur de ma part. » Et il se remet au travail, un peu embarrassé – mais Dirk ne peut rien en tirer ; le téléphone sonne, et Nathaniel s’empresse de répondre…

 

Dirk retourne à l’étage et décrit la scène aux deux autres : Nathaniel cacherait-il quelque chose ? James Sterling suppose que c’est simplement que le réceptionniste mulâtre est stupide… Quoi qu’il en soit, les Sterling récupèrent les clefs de leurs chambres respectives – ils n’ont aucun mal à les identifier. Chacun s’équipe d’un .38 et d’un .45, puis se rend dans sa chambre. Ils se donnent rendez-vous dans le hall – Donna a hâte de partir à la recherche de Jack

 

Quand Donna pénètre dans sa chambre, elle comprend aussitôt qu’on l’a fouillée. La plupart de ses affaires sont là, ses vêtements notamment, même si un peu en désordre, mais elle a la conviction qu’il lui manque certains objets, sans pouvoir vraiment les identifier. Elle se rend aussitôt dans la chambre de son père : James n’y avait pas du tout fait attention, empressé qu’il était de s’offrir enfin un bon cigare, mais sa fille y fait le même constat, elle est formelle. Elle remarque notamment que la serviette où son père range ses documents, et qui ne le quitte en principe jamais, ne se trouve nulle part ici. James est d’abord incrédule, mais les arguments de sa fille finissent par le convaincre. En fouinant dans la chambre de son père, Donna trouve une feuille égarée, qui a glissé sous le lit – et dont elle pense qu’elle provient de sa serviette : il s’agit d’un manifeste d’embarquement, portant sur une machine agricole, en provenance de l’usine Sterling de Mott Haven dans le Bronx, et devant être livrée à une entreprise du nom de Labadie Import/Export, qui se trouve sur les quais de Port-au-Prince ; la date d’arrivée estimée est le mardi 6 octobre – et James comprend aussitôt que cela correspond approximativement à la date à laquelle son fils Jack est arrivé à Port-au-Prince. Par ailleurs, l’industriel et sa fille savent pertinemment que les Industries Sterling ne fabriquent pas de matériel agricole…

 

Donna remarque aussi, à travers la porte entrouverte du petit cabinet de toilettes de la chambre de son père, que quelque chose est attaché au miroir. Elle va voir ce dont il s’agit…

… et c’est une carte… de tarot ? Mais un tarot très étrange, d’une sorte qu’elle n’a jamais vu… Quoi qu’il en soit, c’est l’arcane XIII : la Mort… La carte était fixée à l’envers. Donna la montre à son père, qui n’y comprend goutte. Sa fille suppose que la carte a été laissée là par ceux qui ont fouillé leurs chambres. Dirk, qui les a rejoints, avance que cela pourrait être une sorte de « signature »… James se demande s’il s’agit de quelque chose renvoyant à ce « vaudou » mentionné dans les notes du détective – mais il n’y connait absolument rien (Donna, par contre, a brièvement abordé le vaudou dans ses études d’anthropologie – mais sa mémoire aurait bien besoin d’être rafraîchie !). Dirk avait noté l’adresse d’une tireuse de cartes – Marie Jérôme, à Bel Air… Il pourrait être utile de lui rendre visite ? Tous ont la conviction que le temps presse – ils se changent prestement, et quittent l’hôtel.

 

Mais pour aller où ? Ils ont plusieurs pistes. Finalement, ils décident de se rendre tous à la Bibliothèque Nationale, où Donna, accompagnée de son père, fera quelques recherches sur divers sujets ; Dirk les y laissera et rendra visite de son côté à la cartomancienne Marie Jérôme.

III : BIBLIOTHÈQUE NATIONALE D’HAÏTI, PORT-AU PRINCE

 

 

La Bibliothèque Nationale est la plus grande et la plus riche bibliothèque de Port-au-Prince, et de tout Haïti. Cependant, elle demeure beaucoup moins fournie que d’autres institutions similaires de par le monde… Par ailleurs, la très grande majorité des documents que l’on peut y consulter sont en français ou en créole.

 

 

Avant de quitter les lieux pour rejoindre Marie Jérôme, Dirk Kessler, qui a ainsi que Donna la sensation d’être déjà venu ici, arpente les rayonnages pour voir s’il ne se rappelle rien de plus précis. Arrivé dans la section anthropologie, même si elle est plutôt du ressort de Donna, il s’arrête – et c’est comme si sa main était attirée vers un livre en particulier, qui s’intitule Sombres Sectes africaines, et qui est dû à un certain Nigel Blackwell.

 

Le détective demande à Donna si cela lui dit quelque chose, et c’est le cas : elle sait que c’est un livre assez récent, dû à un explorateur anglais, une sorte de compilation de notes de voyage en Afrique dans les années 1910, qui se focalise sur des cultes étranges aux noms colorés – la Langue Sanglante, le Rampant Qui Hurle, l’Horreur Flottante, etc. Elle sait aussi que très peu d’exemplaires en subsistent : c’était à la base un petit tirage, mais il y a autre chose à ce propos, qu’elle ne saurait préciser… Quoi qu’il en soit, mettre la main dessus n’a rien d’évident – et elle pense même qu’il ne figure pas dans les collections de la Bibliothèque Orne, à l’Université Miskatonic d’Arkham, où elle fait ses études. On ne peut l’emprunter, il faut le consulter sur place. Dirk laisse le livre à Donna, qui est la plus expérimentée dans ce domaine – mais quand l’étudiante veut ouvrir le livre… elle découvre qu’une carte de ce tarot étrange (à l’envers) fait office de marque-page :

 

Mais elle découvre aussi de la sorte un passage du livre marqué au crayon, avec en sus des notes dans la marge, qui sont de la main de Dirk ! Voici l’extrait mis en avant :

 

Et voici les notes marginales de Dirk :

 

James Sterling, qui lisait par-dessus l’épaule de sa fille, est intrigué par cette histoire de « troisième œil ». Cela lui fait aussitôt penser à la carte de tarot trouvée dans le cabinet de toilettes de sa chambre à l’Hôtel Oloffson. L’industriel se dit qu’il pourrait être utile de faire des recherches sur le tarot, et s'y essaye. Il ne trouve certes pas de choses très précises, notamment quant à l’interprétation des tirages, mais rassemble quelques généralités : ces cartes à jouer sont apparues au XIVe siècle en Italie, et sont souvent utilisées aujourd'hui pour lire l'avenir. Le jeu originel comprend 78 lames : les arcanes mineurs, qui sont des cartes numérotées avec quatre figures (roi, reine, cavalier, valet), et les arcanes majeurs, soit vingt-deux lames représentant des figures uniques. Il en existe de plusieurs types, mais le jeu le plus populaire aux États-Unis en 1930 est le Rider-Waite, publié pour la première fois à Londres en 1910. Voici la liste des arcanes majeurs :

 

Dirk a noté le nom des « Étangs Célestes ». Cela aurait-il un lien avec l’endroit où des fermiers les ont retrouvés, dans les collines à l’est de Port-au-Prince ? Mais ses recherches sur des atlas et des cartes ne donnent rien : aucun endroit en Haïti n’est désigné sous ce nom.

 

 

 

Donna, de son côté, suppose qu’il pourrait être intéressant de consulter les journaux, pour voir si des événements récents pourraient leur être liés. Les journaux haïtiens sont généralement écrits en français, mais quelques-uns ont également quelques pages en anglais depuis l’occupation américaine. C’est notamment le cas du Progrès d’Haïti – dans lequel l’étudiante trouve un article intriguant :

 

La lecture de cet article met Dirk très mal à l’aise… Cela paraît recouper ce qui leur est arrivé à la même date, à en croire les informations du Dr Alan Kelly. Le détective, qui réfléchit à haute voix, se demande si on ne les aurait pas retrouvés… morts ? James balaie cette remarque comme parfaitement idiote : il est bien vivant ! Et les autres aussi, à l’évidence. Donna suppose qu’il faut plutôt comprendre que les morts évoqués par l’article sont des personnes qui les avaient accompagnés dans cette région – mais qui exactement ? Il s’est en tout cas passé quelque chose de particulièrement horrible là-bas…

 

Donna a d’autres recherches à faire – l’étudiante en anthropologie est convaincue d’être déjà venue ici pour se renseigner sur le vaudou, et entend rafraîchir sa mémoire à ce propos. James l’approuve – c’est sa place, si les études qu’il lui paye peuvent miraculeusement aboutir à quelque chose d’utile… Lui irait bien se reposer à l’hôtel, en attendant. Mais sa fille s’insurge : il n’a donc rien à faire de la disparition de Jack ? Dirk ajoute que la demoiselle ne serait pas en sécurité, toute seule. L’industriel, piqué au vif, et infect avec tout le monde, grommelle qu’elle est armée, mais il reste finalement avec sa fille pour l’assister dans ses recherches, contraint et forcé. Mais tout ceci prend du temps, et ils ne peuvent pas continuer éternellement ainsi : Dirk, de son côté, ira voir la cartomancienne Marie Jérôme, comme prévu – à ceci près qu’ils ont maintenant deux cartes du tarot étrange, et non une seule… ce qui rend cette visite plus pressante. Il repassera ensuite chercher les Sterling à la Bibliothèque Nationale, et ils rentreront ensemble à l’Hôtel Oloffson.

IV : MARIE JÉRÔME, 87 RUE MACAJOUX, BEL AIR

 

 

Dirk Kessler, muni des cartes de tarot, se rend à l’adresse de Marie Jérôme, qu’il avait retrouvée dans ses notes – elle se trouve à Bel Air, au nord de Port-au-Prince, avant la Saline. Il a la surprise de se retrouver devant une boulangerie. Avant même qu’il ait le temps de se présenter, la boulangère, une femme noire à la forte corpulence, lui indique de la tête une porte donnant sur l’arrière-boutique, et lui fait signe d’y aller. Le détective s’exécute, et se retrouve dans une pièce d’allure bien différente, une sorte de petit salon très richement décoré.

 

 

Il s’y trouve tout un bric-à-brac de tentures, de cages de perroquets, etc. Une femme noire aux traits un peu émaciés, qu’il suppose être Marie Jérôme, y est installée...

... derrière une petite table en bois, gravée d’un pentagramme :

 

Le détective a à peine le temps de se demander s’il était déjà venu ici que la femme l’interpelle : « Mr Kessler ! Je ne pensais pas vous revoir de sitôt… Vous avez changé d’avis, pour ce qui est du tirage de cartes ? » Dirk est intrigué : ce n’est donc pas la première fois qu’il vient ? Bien sûr que non ! Il était venu lui poser des questions sur le vaudou… Les cérémonies, notamment – elle lui avait parlé de la Fet Guédé, très bientôt ; la fête des morts, les 1er et 2 novembre… « Ah, et Mr Northeast, du coup, vous êtes allé le voir ? » C’est elle qui lui avait donné l’adresse de l’anthropologue – mieux à même d’expliquer le vaudou à un Américain… Mais il n’en a aucun souvenir.

 

Mais il est… revenu, donc, pour parler d’autres choses – il a trouvé ces cartes de tarot, assez étranges, et… À peine les a-t-il posées sur la table en bois que la cartomancienne se lève avec un cri d’effroi ! Comment a-t-il récupéré ça ? Dirk l’explique, étonné par la réaction de son interlocutrice, qui lui dit que ces cartes sont « maléfiques » : il ferait bien de les détruire ! Ce n’est pas le « vrai » tarot, c’est autre chose – un très mauvais signe… Seules des personnes aux motivations très sombres les emploient. Elle refuse d’en dire davantage, opposant un « non » catégorique aux questions du détective, qui n’est pas à même de la persuader de se montrer plus conciliante – les personnes qui utilisent ce jeu, le détective ferait mieux de ne pas les rencontrer, elles sont dangereuses !

 

Le détective, la fois précédente, s’était montré très désagréable à l’encontre de son activité de cartomancienne, quand elle lui avait proposé de faire son tirage ; il avait dénigré le tarot, ces « bêtises de bonnes femmes »… Mais Marie Jérôme y voit la confirmation qu’un sort funeste est prêt à s’abattre sur son visiteur ! Et, comme pour se rassurer, elle bat son propre jeu de tarot. Dirk suppose qu’il pourrait effectivement être bienvenu de lui faire un tirage, tout compte fait… La cartomancienne le regarde, incrédule – mais elle reprend ses esprits : ça fera 1 $.

 

La cartomancienne bat ses cartes. Elle ferme les yeux en collant le paquet contre son sein ; puis : « Cinq cartes. Les loas me recommandent un tirage de cinq cartes… Le passé, le présent, le futur, l’obstacle, les conséquences. » Elle demande à Dirk de lui poser une question – ce qui pourra faciliter le tirage. Le détective n’hésite pas une seconde : « Où est Jack ? » Marie Jérôme réfléchit un instant, les yeux fermés, puis tire une première carte…

 

 

« Le passé… La Mort. Mais la Mort inversée. On se méprend souvent sur sa signification – d’autant qu’elle est ici inversée et associée au passé. Ici… L’inertie, le manque d’espoir. Vous êtes dans une impasse… Vous ne savez pas quoi faire. Vous avez perdu quelque chose de très important. Mais il y a autre chose… Cette carte est peut-être bénéfique, oui, en fin de compte. Vous avez trouvé un moyen de vous débrouiller. Malgré la perte, malgré la tentation de l’inertie, le manque d’espoir. Vous avez trouvé quelque chose. » Marie Jérôme tire la deuxième carte…

« Le présent… Le Diable. Inversé, également. Une autre carte sur laquelle on se méprend souvent. Ici, c’est peut-être une bonne carte – surtout après la Mort inversée. L’esprit clair, serein ? L’intellect domine les instincts, les émotions. Mais ça n’est pas sans risque, en même temps. Les intuitions, les émotions, pourraient mettre fin à cet état de clairvoyance très particulier. Quoi qu’il en soit, c’est votre situation présente. Nous allons tirer la troisième carte… »

« Le futur… Le Pendu, inversé. L’égoïsme, l’égocentrisme… Se débarrasser de ses peurs pour vaincre, ne pas rechigner au sacrifice, y compris de soi-même, pour le bien commun. Vous cherchez quelqu’un. » Dirk approuve aussitôt. « Ce quelqu’un est la cause de vos problèmes actuels. Le futur… Il faudra peut-être le laisser partir, en définitive. » Le détective est perplexe : le laisser partir ? « Ça n’est pas très clair. Aussi bien, il pourrait s’agir de vous débarrasser d’une partie de vous-même… Je pense que les dernières cartes nous éclaireront davantage. Quatrième carte… »

« L’obstacle. Dix de Bâtons, inversé. La trahison. La perte. Le mensonge… Mais… Oui, avec les autres cartes, c’est plus clair : vous vous mentez à vous-même. Et cela pourrait vous conduire à votre perte. Pour vaincre, il faudra mettre un terme à l’illusion. Voyons la dernière carte, les conséquences… »

« Dix d’Épées. Droit, cette fois. Hum… La douleur, l’angoisse aussi. Vous tomberez au plus bas. Mais il y a… comme une résonance. Je crois que… le pire sera passé… et un plus grand bien pourra être accompli. La vérité, d’une manière ou d’une autre, résultera de l’abandon. Et peut-être… Peut-être ! Peut-être cela débouchera-t-il sur le succès. »

 

Dirk est sceptique : ça n’est pas très clair… « Ça ne l’est jamais, Mr Kessler. Mais les loas m’ont guidé dans ce tirage, et, ma foi… Vous savez, l’activité de la cartomancienne, ce n’est pas forcément de prédire le futur. Cela peut être de donner les clefs pour que quelqu’un construise son futur. Et je crois vous avoir donné ces clefs. Je crains de ne pas pouvoir en faire plus pour vous. » Dirk le comprend. Il prend congé, en remerciant Marie Jérôme, et retourne à la Bibliothèque Nationale d’Haïti.

V : BIBLIOTHÈQUE NATIONALE D’HAÏTI, PORT-AU PRINCE

 

 

À la Bibliothèque Nationale d’Haïti, les recherches de Donna Sterling sur le vaudou avancent – si son père ne lui est pas d’un grand secours. Cela demande du temps, mais elle rassemble plusieurs éléments qui lui permettent de mieux appréhender la réalité du vaudou haïtien.

 

 

 

Je donne aux joueurs l’accès à une aide de jeu essentiellement personnelle sur le vaudou, comprenant des généralités sur cette foi, et un lexique des termes les plus essentiels et des divinités les plus connues.

 

 

James Sterling s’est bien vite lassé de toutes ces recherches auxquelles il ne comprend rien – il se met à déambuler entre les rayonnages, sans véritable objectif. Depuis leur arrivée en ces lieux, il constate que nombre d’usagers sont venus faire leurs propres recherches. La plupart sont des Noirs ou des mulâtres. Le racisme instinctif de James, mais à vrai dire tout autant celui de Donna, s’il est plus discret, font qu’ils ne se sentent pas très à l’aise… Ils ne peuvent identifier personne qui aurait un comportement agressif, mais le sentiment persiste – et s’aggrave.

 

Donna a bientôt le sentiment d’être observée. Quand elle lève les yeux des ouvrages qu’elle compulse, elle remarque systématiquement quelqu’un qui semble la fixer, et qui détourne aussitôt le regard. Ce quelqu’un change à chaque fois… Les intentions de ces curieux ne sont pas forcément hostiles, mais le malaise s’accroît.

 

James également constate ce petit jeu. Autrement plus direct que sa fille, il s’avance avec détermination auprès d’un de ces observateurs, qu’il a pris sur le fait : « Qu’est-ce qu’il y a ? On vous dérange ? » Le jeune homme mulâtre lève les yeux, d’abord l’air agacé par cet Américain qui vient l’ennuyer quand il a du travail… mais il regarde bientôt James avec des yeux exorbités – son regard est celui d’un homme terrorisé ! Il recule sur sa chaise… James est plus agressif que jamais : « C’est quoi, votre problème ! » L’homme qu’il prend à parti se lève brusquement et se précipite vers la sortie, pris d’une peur panique ! Mais l’incident ne semble pas susciter l’attention des autres usagers de la bibliothèque…

 

James a alors la sensation d’avoir quelque chose d’humide dans ses poches de pantalon. Il les palpe… C’est poisseux. Quand il sort les mains de ses poches, il constate qu’elles ruissellent de sang ! Et Donna vit exactement la même expérience au même moment… L’étudiante remarque en même temps qu’il y a subitement beaucoup moins de monde dans la bibliothèque : tous ces Noirs et ces mulâtres qui les observaient… ont disparu ? Le père et la fille se regardent mutuellement… et constatent qu’ils dégoulinent de sang tous les deux. Mais il y a autre chose qui les terrifie bien davantage : ils n’ont pas de visages ! Chacun a comme un grand ovale noir en lieu et place de la tête !

 

James bredouille : « Ce connard de Kessler… avait raison ? » Son regard est attiré par un miroir – et il constate qu’il a lui-même ce grand ovale noir à la place de sa tête, tandis que le sang ruisselle sur le reste de son corps… Le père et la fille commencent à hurler de conserve – puis sombrent dans le noir le plus total.

 

 

VI : HÔTEL OLOFFSON

 

 

Dirk Kessler également a sombré dans l’inconscience, sur le chemin du retour ! Il se réveille dans sa chambre à l’Hôtel Oloffson, de même que James et Donna Sterling. Ils sont tous couchés dans leurs lits respectifs, en pyjamas, sans la moindre idée de comment ils sont revenus là... Pas la moindre trace non plus du sang qui poissait les vêtements des Sterling.

 

 

James se rue à la réception, où Nathaniel est à son poste. L’industriel, visiblement sous le coup de la panique, lui demande la date en bredouillant, et le jeune mulâtre, intrigué, lui répond qu’ils sont le vendredi 31 octobre, bien sûr… « Vous voulez prendre le petit déjeuner ? » Mais James a d’autres idées en tête – pris d’un rire dément, il crie presque : « La veille de la Toussaint ! Bien sûr ! » Nathaniel, très mal à l’aise, suggère qu’ils pourraient prendre leur petit déjeuner dans leurs chambres, avec le room service… « Vous lisez dans mon esprit… » lui répond James.

 

Les investigateurs se retrouvent tous dans la chambre de Dirk. James leur indique la date. Ils font le point sur leurs trouvailles respectives – et sur l’expérience qu’ils ont vécue (Dirk n’a pas eu de vision de son corps ruisselant de sang ou de son visage disparu – mais il raconte la séance de tirage de tarot). Ils se perdent en conjectures… Donna se demande s’ils n’ont pas été drogués – à l’hôpital, peut-être ? James se calme petit à petit – c’est sans doute un effet du climat tropical, auquel ils ne sont pas habitués…

 

Quoi qu’il en soit, Donna considère qu’ils ont assez perdu de temps avec des tireuses de cartes, ce genre de choses : il est bien temps de consulter un vrai scientifique, le Dr Bruce Northeast ! Ce nom n’est pas inconnu de l’étudiante en anthropologie – elle ne connaît pas plus que ça ses travaux, mais sait que c’est un anthropologue australien, attaché à l’Université d’Adélaïde – quelqu’un de sérieux, qui s’intéresse aux religions et spiritualités. Dirk ne serait pas étonné de découvrir qu’ils lui avaient déjà rendu visite, après ce qui s’est passé chez Marie Jérôme

VII : BRUCE NORTHEAST, 50 RUE PACOT, PACOT

 

 

L’adresse de Bruce Northeast se situe à Pacot, au sud-est de Port-au-Prince. Il s’agit plus précisément d’un « bungalow » à un étage, relativement coquet, plutôt excentré par rapport à la rue (le premier voisin est à bien cent mètres), et entouré de végétation tropicale.

 

Quand les investigateurs gagnent la véranda, ils voient qu’un coq décapité a été pendu à la porte d’entrée, son sang s’étant écoulé par terre. Dirk Kessler sait qu’il s’agit d’une offrande traditionnelle à Baron Samedi – ce que confirme aussitôt Donna Sterling, qui fait part à ses compagnons de ce qu’elle sait plus généralement du vaudou. La première carte de tarot qu’ils avaient trouvée évoquait immanquablement Baron Samedi, mais le troisième œil au milieu du front ne correspond pas à l’iconographie traditionnelle du célèbre loa petro. Dirk constate que la porte a été forcée : la serrure est défoncée, et la porte de guingois.

 

À l’intérieur, le grand salon a été complètement retourné – les meubles ont été renversés, le sol est jonché de livres et de cahiers. Un escalier mène à l’étage, mais, pour l’heure, les investigateurs restent au rez-de-chaussée. Fouiller avec précision demanderait des heures, dans ces conditions, mais Dirk remarque rapidement que les murs et les meubles portent régulièrement les traces de coups assénés avec une grande lame – comme une épée, ou une machette, peut-être. Quant aux Sterling, qui s’intéressent plus particulièrement au bureau de Bruce Northeast, ils trouvent rapidement les livres que l’anthropologue étudiait quand on a retourné la pièce ; trois éléments attirent leur attention, et d’abord ce qui est vraisemblablement le journal intime de Northeast :

 

Le journal comprend suffisamment d'indications pour localiser les « Étangs Célestes », dans les collines à l'est de Port-au-Prince. Une feuille est glissée en guise de marque-page ; il s'agit de l'adresse, à Port-au-Prince, d'une certaine « Mama Joséphine », une mambo très appréciée des autochtones ; son nom revient régulièrement dans les dernières pages du journal, Bruce Northeast semble l'avoir consultée à plusieurs reprises tout récemment.

 

Les Sterling trouvent également un manuscrit en arabe, accompagné d’un autre livre cette fois en anglais, et intitulé Le Messager masqué – il s’agit de la traduction anglaise, par Samuel Colbridge, révisée et annotée par Rudolph Pearson, d'un original en arabe (marocain) datant du début du XVIIIe siècle et dû à une femme du nom de Sharinza ; tout laisse supposer qu’il s’agit bien du manuscrit arabe trouvé à côté. Il n’est guère difficile d’y trouver dès lors le passage mentionné dans le journal de Bruce Northeast, « la Fable du Guerrier Ashanti » :

 

 

Les investigateurs montent alors l’escalier menant à l’étage. Une odeur infecte stagne – une odeur de décomposition… en provenance du cadavre démembré d’un homme blanc, étendu sur le lit. James est pris de nausée, il ne peut pas s’approcher davantage – la chaleur aggrave encore l’odeur de pourriture. Donna et Dirk tiennent mieux le choc, et s’approchent – là aussi, des meubles ont été renversés et des livres jonchent le plancher : Mondes imaginaires et démence, L’Île magique de Seabrook… et bien d’autres.

 

Mais Dirk et Donna ont l’impression… que le cadavre est animé ? En tout cas, il y a du mouvement sous les draps. Le détective s’approche du lit, contemplant les membres arrachés de la victime, sa tête tranchée. Il retire les couvertures, qui révèlent le tronc du cadavre – percé de part en part. Et de ces trous jaillissent… des dizaines de tarentules ! Dirk ne s’était pas montré très prudent, et il est la victime de plusieurs morsures – extrêmement douloureuses, si elles ne sont pas mortelles… Les araignées se dispersent à l’étage – les Sterling s’en vont sans plus attendre, bientôt suivis par Dirk qui souffre le martyre…

 

VIII : DANS LES RUES DE PORT-AU-PRINCE, AUX ENVIRONS DU GRAND CIMETIÈRE

 

 

Les investigateurs mettent de la distance entre le bungalow de Bruce Northeast et eux – mais Dirk Kessler et James Sterling ne sont pas au mieux de leur forme. Ce qu’ils y ont trouvé a de quoi les mettre mal à l’aise… Mais que faire maintenant ? Ils y réfléchissent en s’abritant d’une violente averse. Ils ont la localisation des Étangs Célestes… Le détective semble disposé à s’y rendre – James plus encore : son fils se trouverait là-bas ! Et en grand danger ! Donna est moins partante : ce n’est pas tout près, et ils ne savent pas ce qu’ils vont trouver là-bas… Et, d’après le journal de Bruce Northeast, la cérémonie doit avoir lieu dans deux jours ? Ils ont d’autres pistes – celle de Labadie Import/Export, notamment ; peut-être le dernier endroit où on a vu Jack Sterling avant sa disparition ? Mais son père y voit une perte de temps… Il y a aussi la mambo Mama Joséphine, dont ils ont trouvé l’adresse chez l’anthropologue ; ils se décident finalement pour cette dernière, et s’y rendent à pied.

 

L’adresse se situe au sud-ouest de Port-au-Prince, vers Léogâne – au-delà du Grand Cimetière de Port-au-Prince, en longeant la ville par le sud. Dans les environs du cimetière, il y a foule : les fidèles préparent avec entrain la Fet Guédé, qui doit commencer officiellement le lendemain et durer deux jours. Le Grand Cimetière est le principal point de ralliement de Port-au-Prince pour cette fête dédiée à Baron Samedi et aux Guédé.

 

 

Et, alors qu’ils sont amenés à fendre la foule, Dirk a la conviction qu’ils sont suivis. Il le suspectait déjà auparavant, mais il en est maintenant certain – en fait, il suppose que deux types d’individus différents guettent leur trajet – des Blancs qui se relaient régulièrement et qu’il suppose être des agents du BRN, mais aussi, depuis peu, des Noirs dont le comportement n’a pas grand-chose à voir, et qui sont sans doute moins habitués à cette tâche. Dirk y prend garde, mais fait celui qui n’a rien remarqué, tout en en informant James et Donna.

 

La foule devient toujours plus dense. Les agents du BRN, qui se voient comme le nez au milieu de la figure, préfèrent lâcher l’affaire – mais les investigateurs sont toujours suivis par l’autre groupe, ou du moins Dirk le suppose-t-il : avec tout ce monde, c’est difficile à dire… Mais cela semble se confirmer : un de ces hommes, aux vêtements très sales, s’approche, il les a clairement en vue.

Dirk le signale à James, et prend du champ – mais les Sterling ont une autre idée : James, ayant identifié le suiveur, décide bien au contraire d’avancer dans sa direction – la main sur la crosse de son revolver. Arrivé au niveau de l’indélicat, l’industriel lui lâche sur un ton très hostile : « Il y a un problème ? » Le Noir est étonné, mais il passe à côté de James, et lui murmure, dans un anglais approximatif : « Bon sang, mais qu’est-ce que vous foutez ! Métraux y va pas garder ces caisses pendant trois mille ans ! » James ne sait pas de quoi il parle. Le Noir lui dit : « Métraux ! Labadie Import/Export ! » Mais James s’en moque, il n’a qu’une chose en tête : « Où est Jack ? » Le docker ne répondant pas, l’industriel repose la même question, sur un ton haché. L’autre dit ne pas savoir ce qu’il en est – il n’est qu’un messager ; mais il poursuit : « Faut s’occuper des caisses ! Sinon y va tout balancer à la flotte ! Les Yanks y flairent le coup ! » James veut l’intimider, il lui crie au visage – et lui crache à la face ! L’homme n’est pas le moins du monde impressionné, mais visiblement furieux, et balance un bon coup de poing en pleine figure à James ! Et il paraît prêt à continuer – d’autant que, dans la foule tout autour d’eux, d’autres ont vu l’Américain cracher à la figure de l’Haïtien, et sont tout disposés à prendre le parti de l’agressé… James est ulcéré : « Mon garçon, je vais te faire un deuxième trou de balle ! » Et il dégaine son revolver .45 ! L’homme se recule, les yeux exorbités : « L’est complètement dingue ! » Et il prend la fuite dans la foule… Or des dizaines de personnes fixent James, certaines effrayées, mais beaucoup plus sont en colère… Dirk vient attraper James et l’emmène rapidement à l’écart, Donna les suivant. Puis ils contournent le Grand Cimetière par le sud, pour ne plus subir la menace de la foule. Une fois qu’ils se sont repris, ils reprennent la direction de l'adresse de Mama Joséphine.

 

À suivre…

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (16)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (16)

Seizième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici.

 

Cette séance-ci est la dernière… du moins d’une première partie de la campagne. On va s’arrêter là pour l’heure, on verra si, un jour, on joue la suite ou pas – il y a du matériel si jamais, essentiellement dans… The Great Northwest.

 

Les inspirations essentielles pour cette séance se trouvent cependant toujours dans le scénario Coffin Rock et la campagne Stone Cold Dead, le tout largement retravaillé de manière plus personnelle. Ceci étant, cette dernière séance a consisté essentiellement en un grand combat final – on s’était arrêté en plein milieu dans la séance 15...

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Lozen, la chamane apache ; et Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero.

Vous trouverez également l'enregistrement de la séance dans la vidéo ci-dessous.

I : À MORT !

 

[I-1 : Lozen, Nicholas, Danny, Beatrice : Warren ; le Maître] Les PJ sont en plein combat contre une horde de zombies – les serviteurs du Maître, dont ils supposent qu’il reste caché dans une caverne au-delà, aménagée en une sorte de temple. La situation est critique : Warren semble condamné, tandis que Lozen est en très fâcheuse posture, et Nicholas guère mieux – car il est gêné dans ses mouvements par les morts-vivants et les diables de poussière rouge qui l’assaillent. Danny, qui a foncé en première ligne, ne tient que du fait de sa forte carrure, mais il est cerné de part en part – seule Beatrice, à ce stade, semble en relative sécurité, ayant usé de son Pouvoir de Téléportation pour se soustraire à ses ennemis en se déplaçant instantanément à l’entrée de la clairière ; cependant, elle constate que d’autres morts-vivants sortent sans cesse des fourrés, y compris derrière elle…

 

[I-2 : Lozen, Beatrice, Nicholas, Danny] Lozen profite de ce qu’un diable de poussière rouge a tenté de suivre Beatrice pour faire appel aux esprits et se soigner quelque peu – elle ne parvient cependant pas à se désengager des zombies… Mais la huckster, à son habitude, ventile dans son dos – elle fait le ménage, dans l’ensemble, mais commence à s’inquiéter pour ses munitions, elle en a une consommation soutenue ! Et ses cylindres déjà préparés ne sont bien vite plus qu’un lointain souvenir... Cependant, à force, elle dégage ainsi le champ pour que Nicholas et la chamane respirent un peu. Le pistolero est enfin en mesure de faire parler la poudre ! Et l’Indienne, même un peu sceptique, constate que son arc n’est pas inutile dans ces circonstances... Les PJ ont cependant une mauvaise surprise : un loup-garou a surgi de la caverne et s’avance dans leur direction en contournant la cohue par le nord ! Et c’est maintenant Beatrice qui devient la cible prioritaire des zombies – à l’exception bien sûr de ceux qui sont engagés dans une impasse avec Dannylequel décide de forcer la situation en se précipitant de lui-même dans un diable de poussière rouge ! La tempête affecte aussi les morts-vivants à sa suite… Et Nicholas croit entendre des coups de feu en provenance de l’est – et constate que les zombies ne semblent plus affluer de cette direction ? Mais il a bien vite une autre préoccupation : le loup-garou l’attaque ! Et, d’un unique coup de griffe très vicieux, il éventre le faux prêtre, lui provoquant une grave déchirure qui l’amène aux portes de l’agonie…

 

[I-3 : Danny, Beatrice, Lozen, Nicholas] La situation redevient critique, le répit a été très bref, et Danny en a bien conscience : il parvient à se désengager des zombies qui le cernaient, et va se réfugier dans le bosquet immédiatement au sud – praticable pour lui, sans doute bien moins pour ses adversaires morts-vivants. Beatrice se replie elle aussi, et tente de retrouver le bagarreur – mais le loup-garou les a repérés et les suit ; Danny échappe de justesse à ses attaques ! Il brise sa lampe contre un tronc dans l’espoir d’y mettre le feu (en vain), et file sur le côté, vers l’est… Lozen a pu gagner la lisière de la forêt, mais ses mouvements sont gênés. Beatrice veut les téléporter tous les trois hors de portée du loup-garou et des zombies, mais, pour cela, elle est contrainte de « tenter le diable »et subit de plein fouet le Contrecoup ; ce n’est qu’après avoir « parié » qu’elle réalise qu’elle se trouve dans un environnement où les Manitous règnent sans partage ! Elle parvient à téléporter ses amis plus loin au sud… mais elle tombe aussitôt inconsciente, le cerveau frit ou peu s’en faut. [En termes de mécanique, elle a perdu un dé d’Arcane de manière permanente…] Le loup-garou est cependant toujours en mesure de les suivre, même s’ils ont gagné du temps ; le bosquet est assez dense, de quoi gêner les déplacements d’une créature aussi massive que le lycanthrope, mais la bête sauvage est en même temps habituée à ce genre d’environnement… Ils ont quelques tours de répit, à mettre à bon usage – tandis que Nicholas, seul dans la clairière, à terre, entouré de zombies, est dans une situation extrêmement périlleuse !

 

[I-4 : Danny, Beatrice : Russell Drent] Danny prend Beatrice sur son épaule, et fuit vers l’est – le sentier qui leur a donné accès au sommet de la colline ; il distingue une silhouette – un homme avec un grand manteau et un chapeau, qui a une carabine en main : il pense qu’il s’agit de Russell Drent ! Impression qui se confirme bientôt. Le shérif a l’air stoïque, et épaule tranquillement, genou à terre, abattant à chaque tir un zombie à distance. Danny le rejoint – il ne pensait jamais dire ça un jour, mais il est content de le revoir ! Drent acquiesce – mais il ne veut pas faire le ménage dans le vide, il va falloir qu’ils se battent eux aussi… Ce que comptait bien faire le bagarreur, qui dépose Beatrice inconsciente avant de retourner dans la mêlée.

 

[I-5 : Lozen : Laughs At Darkness ; Fedor] Mais Lozen, quant à elle, est attirée vers le sud – où elle sent la présence d’un esprit de la nature, et puissant… qui lui rend aussitôt sa pleine capacité en Médecine tribale. Quelque chose bouge, là-bas, et de bonne taille… Elle s’approche, intriguée, et reconnaît bientôt la silhouette de Laughs At Darkness – mais le chaman est accompagné d’un ours colossal, le plus gros grizzli que Lozen ait jamais vu ! Le vieil Indien est toujours aussi aimable : « Va peut-être falloir y retourner, j’vais pas faire tout l’boulot à vot’ place comme d’habitude... » Lozen est séchée – mais Laughs At Darkness ne lui laisse pas le temps de protester : « Bon, on va s’occuper de ce putain d’loup-garou – mais toi et tes copains, faut y aller sur Fedor ! » Et il progresse, avec l’ours, sans plus attendre. Lozen, d’abord indécise – et pas bien certaine de ce que le chaman attend véritablement d’elle – longe la clairière par le sud, à la lisière du bosquet, pour s’approcher de la caverne où doit se trouver le Maître. Elle entend les échos du combat entre l’ours et le loup-garou… et, clairement, c’est le premier qui l’emporte ; il sort bientôt dans la clairière, la mâchoire et les griffes barbouillées de sang – tandis que le chaman suit à distance Lozen.

[I-6 : Danny, Nicholas, Beatrice : Russell Drent ; Warren] Danny retourne dans la clairière en courant – par l’est. Il constate que Nicholas n’a pas repris ses esprits… et que des zombies s’approchent lentement de lui pour le dévorer, après avoir éviscéré Warren ! Heureusement, le shérif Russell Drent assiste le bagarreur de loin, avec sa carabine. Danny fait le vide autour de lui, et atteint le corps inanimé de Nicholas – il n’a pas subi d’autres blessures, mais il n’en est pas moins à l’agonie : il faut l’évacuer ! Danny s’en empare, et le ramène dans la direction de Drent, aux côtés de Beatrice qui revient progressivement à elle, très affaiblie cependant. Le bagarreur ne connaît absolument rien en médecine, mais, en improvisant à la rude, il parvient à stabiliser Nicholas ; les zombies étant maintenant moins nombreux, Drent offre de s’occuper de soigner le faux prêtre – et Danny retourne dans la mêlée, non sans laisser son colt et ses munitions à la huckster..

 

[I-7 : Lozen, Danny, Nicholas : Fedor, Russell Drent] Lozen continue de progresser vers la caverne, à la lisière du bosquet ; quelques zombies lui barrent le passage, qui vacillent sur l’escalier. La chamane aperçoit un vieil homme noir, aux cheveux blancs, qui sort du temple. Derrière elle, l’ours fait des ravages dans les rangs des morts-vivants. Danny en profite pour traverser la clairière dans la direction de la caverne – et il renverse et neutralise le vieil homme noir ; au fond de la grotte, il distingue un autre homme noir, plus jeune, correspondant à la description du Maître qu’on leur avait faite à Coffin Rockc’est bien Fedor, de la communauté des anciens esclaves de Crimson Bay. À l’arrière, les soins de Drent s’avèrent efficaces : Nicholas est toujours dans un sale état, mais conscient et capable de se mouvoir – il s’avance lentement dans la direction du temple, mu par une force intérieure, et le shérif ne proteste pas : le faux prêtre fait ce qu’il veut. Beatrice aussi a récupéré – et avance en faisant feu sur Fedor. Ce dernier rugit : « Imbéciles ! Vous ne pouvez pas me blesser ! » Mais la huckster le touche, pourtant – et il en est stupéfait ! Il a à peine le temps de constater qu’une balle s’est logée dans sa poitrine, qu’une autre balle l’atteint en plein front – et il s’effondre ! Beatrice achève de vider son chargeur dans le cadavre du prêtre vaudou, qui conserve dans la mort cet air éberlué : il était totalement convaincu d’être intouchable… Les zombies s’effondrent aussitôt, inanimés – et le vieil homme noir pleure.

 

[I-8 : Danny, Nicholas : Fedor, Laughs At Darkness, la Tempête Rouge/Ahpuk] Mais le corps de Fedor est bientôt secoué de violents spasmes. Laughs At Darkness, accompagné de l’ours, s’approche de la dépouille. Danny s’inquiète de la scène, mais le chaman lui dit d’appeler leur copain Nicholas, lequel approche, intrigué. Le chaman lui dit qu’il a sans doute mérité « qu’on lui laisse ça »… Le cadavre de Fedor se fend en deux par le milieu et en surgit une énorme créature démoniaque, environnée d’un tourbillon de poussière rouge : le pistolero reconnaît sans l’ombre d’un doute la Tempête Rouge de son enfance – emporté par la rage, il se précipite dans sa direction en dégainant ses armes, mais le chaman ajoute : « Il vous manque juste une petite chose. » Il se tourne vers le manitou, et, avec un sourire carnassier, prononce son nom : « Ahpuk ! » Ce qui permet à Nicholas de le blesser. Ahpuk n’est pas un combattant, c’est un manipulateur ; son nom révélé, face à la rage indomptable du faux prêtre, il ne peut rien faire – et se dissout bientôt dans le vide, criblé de balles… Nicholas ne se fait pas d’illusions : il n’a pas tué pareille créature, ce n’est pas dans ses moyens – mais il l’a bannie, pour un temps indéterminé : le mieux qu’il pouvait faire.

II : LE JOUR SE LÈVE

 

[II-1 : Danny, Lozen : Laughs At Darkness, Fedor, Tacheene, Ahpuk] Les PJ subissent alors une sensation très étrange : c’est comme si leur corps avait été « retourné » ou « inversé » brutalement, ils ont senti les organes se déplacer dans leur corps – rien de plus, cela dit, et la sensation disparaît bientôt. Le soleil se lève – à l’est, forcément, mais l’est n’est plus dans la même direction, c’est comme si le monde avait fait un virage à 180 degrés, tandis que la nuit éternelle autour de Coffin Rock se dissipe enfin. Laughs At Darkness s’approche de la dépouille éventrée de Fedor, et l’ours se met à la dévorer – tandis que le vieil homme noir pleure, désespéré, convaincu que le prêtre vaudou avait eu raison de déchaîner sa colère sur Crimson Bay, ce qui répugne à Danny : justifier la mort de tant d’hommes, de femmes, d’enfants ? Lozen réclame des explications au chaman : que s’est-il passé au juste ? Ils étaient passés dans ce qu’on appelle les Terres Mortes ; en l’espèce, un piège, un enfer conçu spécialement pour eux, pour leur faire peur au point de les paralyser, d’empêcher qu’ils agissent ; mais grâce à leurs actions, Tacheene (il indique l’ours de la tête) a pu récupérer son pouvoir – avec son aide, ils ont ainsi pu vaincre Ahpuk, et rendre ce « territoire » à la Terre qu’ils connaissaient. C’était une sorte de miroir… Ils sont retournés « du bon côté des montagnes », s’ils comptent retourner à Crimson Bay. Car leur tâche n’est pas tout à fait terminée : les manitous se nourrissent de la peur, et c’est pourquoi ils la répandent partout ; mais ils ont montré qu’on peut vaincre ce mal. Il ne suffit pas de l’avoir fait – il faut que cela se sache, il faudra raconter tout cela. Les gens riront peut-être – ils parleront de délires d’ivrognes ; mais, même ainsi, ils feront reculer la peur – et c’est tout ce qui compte. Laughs At Darkness les remercie – il caresse l’ours, et ils disparaissent tout deux progressivement.

 

[II-2 : Nicholas, Danny, Beatrice : Warren] Nicholas et Danny entendent bien ramener le corps de Warren (Beatrice ne s’était pas privée de récupérer la roche fantôme que gardait le savant fou sur lui…), et, un peu déconcertés par le changement d’orientation, les PJ reprennent la route de Coffin Rock… si c’est bien cela ? Car ils sont bel et bien passés de l’autre côté des montagnes – et supposent qu’au nord-ouest devrait se trouver Crimson Bay. Impression bientôt confirmée : Coffin Rock n’est plus, mais ils reconnaissent à sa place les bâtiments abandonnés de la mine de San Lorenzo Point. À partir de là, s’orienter n’est plus un problème. Ils en ont bien pour deux jours de voyage...

III : THERE’S JUST ONE KIND OF MAN THAT YOU CAN TRUST THAT’S A DEAD MAN… OR A GRINGO LIKE ME

 

[III-1 : Nicholas : Warren, Rafaela Venegas de la Tore] Les PJ arrivent enfin à Crimson Bay. La ville est déserte – pas un bruit, pas un mouvement, sinon de quelques animaux épars, dont des chevaux en liberté. Il fait assez beau, un peu frais – les nuages de la tempête ont disparu, la mer est étale… Ils prennent la direction de la blanchisserie – dont les portes sont ouvertes. À l’intérieur, ils tombent enfin sur des humains – ou plutôt ce qu’il en reste… Des reliquats de scènes de cannibalisme, partout. Des corps éventrés, posés sur des tables auprès d’assiettes pour certains d’entre eux, d’autres simplement laissés là et dévorés comme l’a été Warren. Mais ce ne sont pas des zombies qui ont commis le massacre : ce sont des humains qui ont mangé d’autres humains. Parmi les cadavres se trouve celui de Rafie – qu’ils ne peuvent identifier qu’en raison de ses vêtements. Sur les parois, à l’intérieur, ils distinguent çà et là des traces de griffes – mais pas celles des zombies, quelque chose de plus volumineux, évoquant des bêtes sauvages particulièrement agressives. Nicholas va enterrer le cadavre de Rafie.

 

[III-2 : Danny, Beatrice, Nicholas : Josh Newcombe] Quand ils sortent de la blanchisserie, ils entendent une voix – celle de Josh Newcombe : « Excusez-moi ? » Le journaliste est souriant, et toujours aussi impeccable ; il tend un journal à Danny : « Votre édition spéciale ! » Le bagarreur lui jette un œil noir, et Beatrice le braque… ce qui le surprend : il ne fait que son travail ! Nicholas, qui haïssait littéralement le journaliste, dit cependant à ses amis de le laisser. Danny lui demande ce qu’il s’est passé ici. « Eh bien, tout figure dans ce journal. Vous savez, le bon journaliste ne s’attarde pas sur le passé, il précède l’information, et... » Danny se montre menaçant, il réclame des explications – il veut l’entendre, pas qu’on lui lise ses élucubrations. Newcombe est bien contraint de s’exécuter, mais son discours reprend le contenu de son ultime édition spéciale…

Le Dernier Numéro du Crimson Post...

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

Ainsi que l’a toujours proclamé la Sagesse Populaire, Elle qui ne se trompe Jamais, toutes les Bonnes Choses, même les Meilleures, ont une fin… Nous sommes au regret d’annoncer à Nos Fidèles Lecteurs que le présent numéro du Crimson Post sera le dernier. Non que notre soif d’Information se soit tarie, non que notre Sainte Croisade pour la Vérité nous apparaisse désormais vaine ! Cependant, la Rédaction se doit de reconnaître que la Bonne Ville de Crimson Bay n’abrite désormais plus assez de lecteurs pour que cette entreprise de presse demeure viable…

 

Nous avons frémi ensemble devant les Terreurs de ces derniers jours. Nous étions là quand le ci-devant maire « Gamblin’ » Joe Wallace, sur un coup de tête, a jailli dans les rues, soudainement libérées des morts-vivants étrangers qui nous étouffaient de leur intolérable promiscuité ; sa vieille Winchester en main, l’entrepreneur s’est alors précipité dans le bureau du shérif, le Preux Russell Drent, et l’a abattu d’une balle en pleine tête – triste fin pour l’excellent fonctionnaire de police qui, en ces temps troublés, avait pourtant su assurer l’unité de nos concitoyens dans un attentisme prudent et circonspect face aux manigances impies qui se tramaient dans la Blanchisserie… L’assassin, comme si son comportement n’était pas déjà suffisamment blasphématoire, a ensuite retourné sa propre arme contre lui-même – une dernière cartouche l’a expédié à jamais en Enfer, Là où était assurément sa place.

 

Dans les rues désormais désertes, nous avons erré, le Cœur Serré après cette Ultime Ignominie… Avions-nous alors perdu le Courage ? Certes non ! Nous ressaisissant sous le coup de l’Inspiration Divine, nous avons alors pris la direction de la Blanchisserie Diabolique. Là-bas, nous avons découvert un Bien Terrible Spectacle… Nul être vivant dans ces parages – même démoniaque. Seulement les cadavres innombrables des pauvres fous qui avaient cru pouvoir trouver un asile dans cette souillure perverse d’orientalisme, et n’y ont trouvé que la Mort. Devant nous s’entassaient les répugnants reliquats d’Odieux Festins Cannibales…

 

Or les Sauvages, qui parfois ne se trompent pas totalement, quand bien même leur absence de Foi pour Christ Notre Sauveur les condamne Justement à l’Enfer Éternel, les Sauvages, disions-nous, nous ont de longue date informé du Sordide et Terrible Destin de ceux qui, dans cette belle mais cruelle région, succombent à l’appel de la bestialité et se nourrissent de la chair de leurs semblables… Ils deviennent des « WENDIGOS », tel est le terme barbare – d’horribles créatures hirsutes et griffues qui mutilent et tuent et se repaissent de la chair de l’Homme, dans un cycle sans fin…

 

S’étonnera-t-on, dès lors, que, dans cette région comme ailleurs, on ait fait état de manifestations de cet ordre impie ? À Seattle, tout particulièrement, dans l’État voisin de Washington, des sources parfaitement fiables ont mentionné à maintes reprises les horreurs cruelles commises par des spécimens particulièrement titanesques de « Big Foot »…

 

Ceci n’est en rien surprenant. Mais nous y voyons aussi un Message – mieux, un Signe Divin de la Marche à Suivre ! Que les lecteurs qui demeurent à Crimson Bay nous pardonnent, mais il nous faut continuer notre chemin – et c’est celui du Nord ! Le vent de l’hiver nous pousse dans le dos… et il reste bien des histoires à raconter.

 

Adieu, Chers Lecteurs – et que Christ vous garde dans la Nuit qui s’annonce ; avec l’assurance que le soleil se lèvera enfin !

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

[III-3 : Danny, Beatrice : Josh Newcombe] Josh Newcombe cherche à se dégager de l’emprise de « Mr. Cody », mais celui-ci, après un temps de réflexion, lui dit qu’ils auraient bien une histoire à raconter au journaliste. Il a rangé son matériel… mais il peut toujours prendre des notes sur son calepin ! Beatrice va se charger de raconter leur histoire – contre la garantie que le journaliste la publiera, et la publiera telle quelle, sans de ses déformations coutumières. La huckster lui raconte tout – même si en parlant de démons plutôt que de manitous ; mais le point important est que ces démons veulent répandre la peur… Et c’est pourquoi il faut diffuser cette histoire. Bien sûr, Beatrice se garde de dire qu’elle sait que ce n’est pas le Christ qui protège Newcombe, mais un manitou… En fait, elle joue le jeu du journaliste à cet égard. En dehors de ce genre de choses, sont récit est complet et exact, même si parfois confus ; elle sait que, çà et là, Newcombe risque de broder, mais elle pense l’avoir convaincu de raconter leur histoire sans trop en rajouter. Il va prendre la direction de Seattle, mais son nouveau journal comprendra sans doute le récit des PJ.

 

[III-4 : Beatrice, Danny : Josh Newcombe : Jeff Liston, Jon Brims, Mortimer Stelias, Laughs At Darkness] Mais Beatrice a une dernière question : absolument tout le monde a disparu dans cette ville ? Quelques adjoints ont survécu – qui ne comptaient pas s’attarder dans Crimson Bay : la ville-champignon est devenue une ville fantôme – ce qui n’est pas si rare… Josh Newcombe n’a pas de nouvelles de Jeff Liston ou des Red Suns, pas davantage concernant Jon Brims ou a fortiori Mortimer SteliasIl y a eu quelques survivants anonymes, oui – des gens qui s’étaient réfugiés dans leur cave, ce genre de choses… Ils sont partis discrètement, certains vers le nord, d’autres vers le sud, d’autres encore ont pris la mer, très calme depuis… Mais la ville est maintenant déserte ; Newcombe était le dernier à être resté – pour livrer son édition spéciale à « Mr. Cody »…

 

[III-5 : Beatrice, Danny, Nicholas, Lozen : Jeff Liston, Laughs At Darkness] Beatrice compte tout de même ratisser la ville – et, avec Danny, essayer de retrouver Liston ou les Indiens… Ils retrouvent ces derniers, mais ils n’ont pas de nouvelles de Liston – ou de Laughs At Darkness, d’ailleurs ; les Red Suns eux aussi comptent partir, de toute façon – vers le nord également… même si l’hiver approche, qui s’annonce particulièrement rigoureux. Beatrice choisit de les accompagner – elle offre à Danny de venir également, et le bagarreur accepte, soulagé d’une certaine manière. Quant à Nicholas et Lozen, ils partent de leur côté – ils se sont découvert une vocation commune de chasseurs de manitous ; le faux prêtre, si raciste il y a peu, est devenu curieux de la culture indienne, et des esprits de la nature...

 

FIN

 

(DE LA PREMIÈRE PARTIE ?)

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (15)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (15)

Quinzième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici.

 

Les inspirations essentielles se trouvent dans le scénario Coffin Rock et la campagne Stone Cold Dead, le tout largement retravaillé de manière plus personnelle.

 

Le joueur incarnant Warren a quitté la campagne. Tous les autres étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Lozen, la chamane apache ; et Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero.

Vous trouverez également l'enregistrement de la séance dans la vidéo ci-dessous.

I : DE SALLE EN SALLE ET DE VILLE EN VILLE

 

[I-1 : Danny, Beatrice : Josh (?) Newcombe, le Maître] Les PJ sont stupéfaits de reconnaître Josh Newcombe – bien loin de Crimson Bay. Mais le journaliste, lui, ne semble pas les reconnaître… Il leur demande qui ils sont. Danny n’y comprend rien – il le connaît forcément ! Il s’est abonné à son journal ! Mais Beatrice se présente, lui tendant la main ; il se dit enchanté, mais écorche toujours son nom… « Vous êtes… des nouveaux-venus ? » Newcombe pose cette question les yeux exorbités – et il réalise alors quelque chose : « Mais alors… Vous êtes peut-être… » Il n’en dit pas plus – mais prend des notes sur son calepin « pour son prochain reportage ». Il n’y a pas beaucoup de monde dans les rues, par ici, avance la huckster ; Newcombe, tout naturellement, explique que c’est à cause des loups-garous – « Depuis que le Maître est arrivé… » À la requête de Beatrice, même s’il a beaucoup de travail, le journaliste accepte d’indiquer aux nouveaux-venus les endroits importants en ville ; ce qui se fait assez vite, Coffin Rock est une bourgade plus petite que Crimson Bay. Et pas très animée... D'autant que la nuit ne semble pas avoir de fin, ici. « Effectivement, on peut dire ça. Je conçois que cela peut être déconcertant pour… des nouveaux-venus… » Danny ne comprend absolument rien à tout ça – et, la boisson aidant, il commence à péter un câble… Newcombe parlait d’un Maître ? Oui – arrivé assez récemment somme toute, une sacrée exception, enfin, plus maintenant peut-être… Personne ne connaît son nom. Mais c’est un nègre – et Newcombe déplore qu’il lui ait refusé une interview… Mais il peut le décrire – sans doute en exagérant : « Approximativement 2m10 pour 95 kg, vêtu de haillons conformes à son extraction ethnique sinon à son rang, un chapeau haut-de-forme avec une plume… Mais je peux vous montrer un film, si cela vous intéresse. » Un quoi ? Beatrice ne relève pas – elle dit ne pas douter qu’un travailleur acharné comme Newcombe finira bien par obtenir une interview du Maître. Il acquiesce : « J’y travaille depuis les cinq ou six derniers siècles, vous savez. » Danny explose : « HEIN ? LES QUOI ?! » Beatrice le calme – et Danny ouvre une autre bouteille…

 

[I-2 : Josh (?) Newcombe] Mais Newcombe les invite à le suivre chez lui – ils y seront mieux pour discuter, les rues de Coffin Rock ne sont vraiment pas sûres… La cloche sonne – mais, comme à Crimson Bay, il n’y a pas de clocher. Newcombe lâche comme par réflexe : « Ah, encore un. » Encore un quoi ? « Encore un mort… Mais ne vous en faites pas, il sera de retour dès demain. » Ils progressent discrètement dans les rues ; Newcombe insiste pour qu’ils rasent les murs – par ailleurs, il leur suggère de ne pas regarder dans les vitres, etc. : « Il y a parfois des reflets, qui peuvent être un peu perturbants. » Chaque bâtiment est couvert des mêmes inscriptions à la peinture rouge : « COFFIN ROCK = VILLE MAUDITE !!!!! »

 

[I-3 : Danny, Beatrice, Nicholas, Lozen : Rob Newcombe, le Maître] Mais ils finissent ainsi par arriver chez Newcombe – il y a peu encore, c’était sans doute les bureaux d’un journal, mais ce n’est plus le cas, même s’il reste quelques piles de journaux invendus. Danny n’en peut plus… Beatrice relève le nom sur la façade : Rob Newcombe, et non pas Josh Newcombe… Il les invite à s’asseoir : « Je vais préparer la toile et le projecteur. » Les PJ ne comprennent absolument pas ce dont il parle – puis ce à quoi ils assistent : des images animées, en noir et blanc, projetées sur une toile blanche ?! Nicholas est abasourdi – Lozen aussi : pour la chamane, soumise au Serment des Ancienne Traditions, cette machine incarne tout ce que son peuple rejette. Rob Newcombe, qui s’amuse de leur étonnement, explique qu’il a pu, après avoir économisé, se procurer un des fameux appareils photographiques spéciaux du Tombstone Epitaph : une vraie merveille, n’est-ce pas ? Ils appellent ça des films ! Bien sûr, pour l’heure, c’est encore un mode de diffusion de l’information assez confidentiel, bien plus que la presse, mais il est confiant, il faut aller dans le sens du progrès technique. Et comment rendre avec sa plume des séquences aussi fortes ? En l’espèce, les images projetées montrent un horrible festin cannibale, avec des femmes en tenue légère et à la poitrine opulente qui dévorent des hommes parfois encore vivants, le sang gicle et dégouline en permanence… Nicholas dégaine son revolver et tire sur la toile ! « Mais qu’est-ce qui vous prend ? » hurle Newcombe en arrêtant le projecteur. Nicholas rugit : « Il faut arrêter cette horreur ! » Danny, ivre, demande où sont passés « les gens »… Beatrice essaye de calmer la situation, elle semble mieux comprendre de quoi il s’agit. Mais est-ce Newcombe qui a organisé cette… « scène » ? Bien sûr que non : il l’a prise sur le vif, c’est l’avantage de l’appareil du Tombstone Epitaph : pas besoin d’un trépied, de pose… Mais la huckster lui demande s’il n’aurait pas été plus « intéressant » de sauver ces gens ? Newcombe la regarde, interloqué : « Eh bien, non. De toute façon, les victimes sont revenues le lendemain. Et elles ne manqueraient pas de remettre ça dans la soirée. Alors, pour l’amour de l’art et de l’information… » Nicholas grogne : « Ça, de l’art ?! » Newcombe en est persuadé : pour l’heure, les critères académiques manquent, mais, dans un proche avenir… Beatrice se contient davantage, mais elle est elle aussi agacée ; peut-être serait-il intéressant de faire un « autoportrait », avec Newcombe qui se filmerait en train de se faire éclater la tête par le gourdin de Danny… Il reviendrait le lendemain, de toute façon ! Le reporter semble y réfléchir sérieusement quelques instants, mais : « Non, ça ne me paraît pas constituer un bon sujet. » Nicholas se montre aussi menaçant – et Lozen, persuadée que cette machine capture les âmes ! Mais le reporter ne semble comprendre que bien tardivement que c’est bien de menaces qu’il s’agit. Même quand Beatrice pointe son arme dans sa direction, en lui demandant de leur dire où se trouve le Maître – puis lui tire dans le pied quand il tarde à répondre ! « Aïe ! Mais c’est extrêmement douloureux ! » La huckster insiste, mais le reporter la prend de court : « Vous êtes tous des gens tout à fait désagréables ! Il est hors de question de poursuivre ainsi ! » Après quoi il sort un couteau de sa veste… et s’égorge devant les PJ ! Lesquels ne s’attendaient pas à ça – et, malgré les demandes pressantes de Beatrice, Lozen ne peut pas faire grand-chose pour sauver Rob Newcombe ou « purifier » son cadavre pour qu’il ne « revienne » pas… Ils décident tout de même de brûler le corps – et la maison avec !

 

[I-4 : Danny, Nicholas, Lozen, Beatrice : Rob Newcombe] Mais, d’abord, ils fouillent le cadavre et son logis, tandis que Danny, ivre, « fait le guet » à l’extérieur (où il ne se passe absolument rien). Nicholas trouve sur Rob Newcombe son carnet de notes – qui ne contient que la même phrase sempiternellement répétée : « COFFIN ROCK = VILLE MAUDITE !!!! » Seul le nombre de points d’exclamation varie. Il y a aussi son appareil du Tombstone Epitaph. Lozen déniche une trappe un peu dissimulée, qui donne sur une sorte de cave – mais c’est en fait semble-t-il la chambre du reporter. Sur tous les murs, il y a des petites traces à la craie, qui correspondent au décompte des journées, ou d’autres choses (les semaines ? ses morts ?) – et il y en a énormément… Un placard dissimulé contient des centaines, des milliers de carnets exactement semblables à celui qu’a trouvé Nicholas sur la dépouille de Newcombe. Mais les yeux de Beatrice s’égarent sur un grand miroir – qui ne renvoie pas son reflet, mais déroule, comme un film, ses souvenirs traumatisants de ce qu’elle avait vécu quelques années auparavant, dans ce fort assiégé par les Indiens où on l’avait peu ou prou réduite en esclavage… Ce souvenir la secoue rudement – pas moins la conviction ce que ce miroir a été placé là spécialement pour produire cet effet ! Elle brise le miroir sous le coup de la rage, mais l’effet persiste… Et, derrière, se trouve encore un placard dissimulé – toujours des milliers de carnets, tous semblables… Quelques journaux traînent çà et là ; Nicholas y jette un œil, à la suggestion de Lozen (qui ne sait pas lire l’anglais) – il s’agit d’exemplaires du Coffin Rock Post, tous les articles sont introduits de la même manière (« De notre envoyé spécial, Rob Newcombe »)… et les dates sont surprenantes : « An 4257, troisième mois, deuxième nuit (?) du Calvaire de Coffin Rock », etc.

 

[I-5 : Danny : Laughs At Darkness, Rob Newcombe] La cloche sonne à plusieurs reprises – et Danny, dehors, appelle sans cesse : « Darkie ! Darkiiiiiiiiiiie ! » En vain. Il ne prête pas attention à la pluie glaciale qui se met à tomber… Les autres mettent le feu au logis de Rob Newcombe, son cadavre à l’intérieur.

 

 

II : SIX FEET UNDER

 

[II-1 : Nicholas, Danny, Beatrice : Jeff/Dave Liston ; Rob Newcombe, le Maître] Les PJ errent dans la ville. Rob Newcombe leur avait indiqué un saloon, le Six Feet Under, et, emmenés par Nicholas, tandis que Danny continue de brailler comme un sourd, ils s’y rendent. Deux soiffards sont attablés – le barman ressemble en tous points à Jeff Liston. Danny l’interpelle ; le tavernier a l’air renfrogné : « On se connait, étranger ? » Danny n’a pas bien compris ce qui se passe autour de lui… Liston ne s’y attarde pas – tant qu’ils ont de quoi payer… Il sert aux PJ des bières aussi immondes qu'à Crimson Bay. Danny essaye de communiquer avec « Jeff » ; Beatrice explique au tavernier (qui s’appelle en fait Dave Liston) qu’ils ont vu quelqu’un qui lui ressemblait vraiment beaucoup, loin d’ici… Il les dévisage : « Des nouveaux-venus… On disait bien qu’il y en aurait, un jour – enfin, un jour… Y a rien qui change ici. Sauf vous. C’est votre faute, vous savez… La rumeur dit que la ville a été créée pour vous. Pour vous faire peur, je sais pas si ça marche… On dirait pas. C’est censé être votre enfer, mais pour le moment c’est surtout le nôtre… À cause de vous… Enfin, peut-être que ça va changer, du coup. Bienvenue à Coffin Rock, alors. Enfin, façon de parler. » Et bien sûr qu’on ne peut pas partir d’ici – sinon, ça serait pas drôle. L’enfer, c’est pour toujours – c’est ça, l’idée. Nicholas insiste : il doit bien y avoir un moyen de mettre un terme à tout ça... Liston, très sérieusement, lui répond : « Vous pouvez toujours essayer de vous mettre une balle dans la tête. Nous, ça change rien, on revient le lendemain. Vous, je sais pas… » Mais personne ne semble disposé à tenter le coup : « Marrant… J’étais franchement persuadé qu’il y en aurait au moins un pour essayer. » Et le Maître, dans tout ça ? « Ben, c’est le Maître, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise. Il vient, des fois, il nous réduit en esclavage pour trois ou quatre heures, il nous torture et après il tue tout le monde. » Alors on peut l’attirer ? Probablement pas, non… Il est pas bête. Et il a des pouvoirs – il commande aux morts, par exemple. Beatrice demande à Liston s’ils n’ont jamais essayé de s’en débarrasser. Si – durant quelque chose comme « les trois premiers siècles ». Mais ça n’a jamais rien donné, alors, au bout d’un moment, on s’y fait… Et la mine ? Y a les hommes de sang... Des fois, ils font une virée en ville, ils tuent des gens, ils en enlèvent d’autres… Beatrice : « Ils ne le feront plus. » Quoi, ils ont trouvé de nouvelles proies ? « Non. Ils sont morts », répond Danny. Dave Liston éclate de rire : « Ah ! T’es décidément complètement bourré, toi ! Les hommes de sang, morts ? Ah ! La bonne blague ! » Il paye sa tournée, ils sont rigolos… La cloche sonne. Liston et les deux autres clients, d’une même voix : « Ah, encore un. » Lui-même est quelqu’un de prudent, il n’a pas dû mourir plus de… allez, huit cents fois. « Un type comme Newcombe, qui fout le bordel, il a bien dû crever au moins quatre mille fois… » La cloche sonne : « Ah, encore un. » Liston évoque l’autre saloon, et plus ou moins bordel, le Jewel Theatre : « J’parie qu’ça vient de là-bas. Les clients s’y font bouffer par les putes. Toutes les nuits c’est pareil. Et ils reviennent quand même. Bah, faut bien s’occuper… Ah, encore un. » Le barman aimerait bien que les PJ parviennent à quelque chose, « à force on s’ennuie un peu ». Nicholas lui rétorque que « l’éternité c’est long, surtout vers la fin » ; Liston acquiesce : « C’est exactement ce que nous a dit le Maître, au mot près ! » Bon – s’ils veulent dormir, il y a le Crystal River Hotel : il y a toujours des chambres de libre, puisque personne ne passe par ici… Et s’ils essayaient de quitter la ville ? En marchant tout droit dans une direction ? Ben, ils reviendraient par l’autre… Il le sait, il a essayé – il y a un millénaire ou deux. « Ah, encore un. » Les PJ sortent…

III : HE SHOT THE SHERIFF

 

[III-1 : Danny, Beatrice, Nicholas, Lozen : Russell Drent, Denis O’Hara ; le Maître, Rob Newcombe, Josh Newcombe, Rafaela Venegas de la Tore] Danny braille sans cesse, dehors : « Oh, le Maître ! T’es où ? On est là ! On est arrivés ! » Mais une voix se fait entendre dans le dos des PJ : « Dites, je sais que vous venez d’arriver, d’accord, mais j’aimerais bien ne pas avoir à vous coffrer direct pour tapage nocturne… » C’est le shérif Russell Drent ! Beatrice sursaute, dégaine son arme et le braque. « Oh là, Mademoiselle ! Rangez ça, soyez gentille… Bon, pour moi, ça changerait pas grand-chose, mais on peut causer… C’est donc vous, les nouveaux-venus ? » Il sourit : « Vous êtes venus foutre le bordel dans ma ville, c’est ça ? » Il ne réagit pas tout à fait comme les autres… Mais Beatrice s’en moque, au fond : sa ville, elle l’emmerde… Elle veut juste trouver le Maître ; et si le shérif ne la renseigne pas, elle le butera – et le lendemain elle remettra ça – et tous les jours après ça, et chaque jour elle trouvera une nouvelle méthode… Nouveau sourire du shérif : « Mme Myers, vous étiez beaucoup plus sympathique à Crimson Bay. » C’est bien le shérif Russell Drent qu’ils ont connu ! Danny… est fou de joie : enfin quelqu’un qu’ils connaissent ! Même si c’était leur ennemi juré… La huckster ne cache pas que, même à Crimson Bay, elle avait une folle envie de le buter… ce que Drent sait parfaitement, il n’est pas totalement stupide. Certes, il a commis des erreurs, là-bas – et, pour prix de ses péchés… Comment se fait-il que lui les reconnaisse, et pas les autres ? Beatrice avance que c’est peut-être parce que le manitou a pris possession de son corps, là-bas ? « Bingo. » Il est quand même là depuis plus de 4000 ans – le temps, ça fonctionne un peu bizarrement, par ici… Il y a le père O’Hara, aussi, du coup – le seul avec qui il peut discuter du bon vieux temps… Il ne va certainement pas les empêcher de s’en prendre au Maître, en tout cas : il doute que ça change grand-chose à son sort, mais on sait jamais… Sinon, eh bien, c’est paisible, ici. À Crimson Bay, il fallait toujours rouler des mécaniques : c’est ma ville, et vous allez m’obéir, tout ça… Ici, pas la peine – les gens sont gentils… Enfin, jusqu’à ce qu’ils se mettent à s’attaquer, se mutiler, se tuer… Juste un mauvais moment à passer. Au début, il essayait de les en empêcher, mais sans succès – ils le tuaient lui aussi, et ils revenaient tous le lendemain, alors, bon… Il sent la douleur ? « Oui. Vous voulez me torturer ? » L’hypothèse n’a pas l’air de l’effrayer. Il sait ce qu’ils ont fait à Rob Newcombe, et ne les en blâme pas : « Il est au moins aussi pénible que l’était Josh, là-bas… » Beatrice proteste : ils ne l’ont pas tué, il s’est suicidé ! « Ouais… N’empêche que les gars de la morale et du bon droit, vous m’excuserez… » Mais il ne dit pas ça sur un ton agressif. Beatrice, de toute façon, ne considère pas qu’ils sont très moraux – « à part l’ivrogne, sans doute »… En parlant d’ivrogne, ils voient une silhouette s’avancer dans la rue en titubant : c’est clairement le père O’Hara ; mais Nicholas sort son arme et l’abat d’une balle en pleine tête sans plus attendre ! Danny est choqué… Pas les autres. Drent a quand même l’air un peu navré : « À quoi ça vous sert, de faire ça ? La démonstration de vos petits talents avec un flingue ? Vraiment ? » Le père O’Hara n’est pas un mauvais bougre… C’était un faux prêtre par contre – et ça, il l’avait compris, le nerveux « père Nicholas » ? Visiblement pas. Mais Drent, qui savait pour les deux, ça le faisait bien marrer, du temps de Crimson Bay… Et ça n’a pas changé grand-chose au sort de ses ouailles, n’est-ce pas ? Faux prêtre, vrai prêtre… Bah. En tout cas, quoi que fassent les excités de la gâchette, il suppose que lui-même ne retournera jamais à Crimson Bay – sans savoir ce qui lui arrivera au juste ; sans savoir non plus s’il est possible de revenir à Crimson Bay… « Bon, on sait jamais. Enfin, c’est ce qu’on dit. » Il ne parierait pas trop sur les chances de « l’adjoint Rafaela », de toute façon. Il a eu un aperçu de ce que le manitou avait fait en son nom, là-bas : « Je crois franchement qu’il est pire que moi. » Beatrice l’admet ; bon, ils vont sans doute tous crever, là-bas… En parlant de cadavre, le père O’Hara au milieu de la rue, ça fait pas propre – il va le mettre sous un porche, avec l’aide… de Nicholas. En tout cas, le retour des morts n’a rien à voir avec la situation ou l'état de leur cadavre. Newcombe reviendra même après avoir été brûlé. « Ses films sont un peu répétitifs, mais ça occupe… On a pas beaucoup de distractions par ici. » S’ils veulent ramasser des armes et des munitions dans le bureau du shérif, libre à eux : ici, il n’a pas d’adjoints, il n’en a pas besoin. Il a déjà vu le Maître ? Oui – il a même dirigé des assauts contre lui, dans le temps ; ça n’a jamais marché… Déjà, il faudrait franchir ses gardiens morts-vivants, et y en a un paquet – lui, il est derrière, et est-ce qu’on peut seulement lui faire du mal ? Il en doute. Mais qu’ils essayent, avec sa bénédiction. Ils n’ont qu’à partir vers l’est – c’est par-là, sans le soleil, c’est pas forcément évident de se repérer… Pour les habitants de Coffin Rock, ça ne donne rien, mais pour eux… « Il aime bien les symboles, le Maître – ou le manitou qui le contrôle ; alors peut-être que le soleil levant… » C’est ce qu’ils vont faire – en prenant le temps de se préparer (il est crucial que Lozen exécute ses rituels, qu’elle a un peu trop négligé ces derniers temps), et de se reposer (Danny doit cuver un peu… même s’il remettra ça dès le réveil). Ils proposent à Drent de les accompagner, mais il décline – il a son travail ici, et c’est leur enfer, après tout… En théorie...

 

IV : ZOMBIE OH ZOMBIE

 

[IV-1 : Nicholas, Lozen] Les PJ prennent donc la direction de l’est. Nicholas et Lozen, qui ont quelque compétence en Survie, sont particulièrement attentifs à leur environnement, qui est plus aride que dans les environs de Crimson Bay – et en altitude ; marcher sur ces hauteurs est d’ailleurs assez fatiguant… Et Lozen s’épuise rapidement : elle qui est habituée aux longs trajets en conclut vite que les esprits de la nature la mettent à l’épreuve pour sa négligence, le rituel seul n’a pas suffi… Nicholas s’en rend bien compte – et, sans un mot, il l’aide à avancer, lui qui haïssait les Indiens. Les autres avancent bien.

 

[IV-2 : Danny, Nicholas : Laughs At Darkness] Au bout d’un moment, ils n’ont plus guère de doute sur leur destination : apparaît une colline isolée, avec un chemin qui serpente dans les fourrés jusqu’à son sommet, où l’on devine comme des ruines – la seule construction aperçue après quelque chose comme cinq heures de marche ; de gros nuages noirs surplombent cet endroit qui pue littéralement le mal. Danny en tête, ils s’engagent sur le sentier… Nicholas est particulièrement aux aguets – et il espère retrouver bientôt Laughs At Darkness… mais ce n’est toujours pas le cas quand ils parviennent au sommet de la colline, face à ce qui évoque une sorte de temple antédiluvien… et une foule de morts-vivants les en sépare !

 

[IV-3 : Danny, Nicholas, Lozen, Beatrice : Warren D. Woodington] Le combat s’engage aussitôt. Danny fonce dans le tas avec son gourdin – mais Nicholas aimerait canaliser les zombies, qui sont beaucoup trop nombreux ; peut-être les Pouvoirs de Lozen pourraient-ils y aider… Elle cherche à faire appel aux éléments, à la terre en l’espèce, pour faire surgir des murailles – mais, avec la rancœur des esprits, et dans cet endroit, ça n’a rien d’évident, et elle ne parvient pas à mettre ce plan à exécution ! Nicholas extrait de sa croix l’Esprit saint, sa mitrailleuse, et fait feu… Il fauche plusieurs morts-vivants, mais la mitrailleuse chauffe vite, et il ne pourra pas l’utiliser en continu. Beatrice est plus prudente que Danny, lequel est bien vite encerclé, mais elle ne tarde pas à ventiler, comme à son habitude – elle enchaîne les chargeurs entiers, mais la foule des adversaires est telle qu’elle en vient bien vite à craindre de manquer de munitions ! D’autant que d’autres zombies surgissent des bois derrière les PJ… mais aussi deux diables de poussière rouge ! Et Nicholas comme Lozen ont gardé un mauvais souvenir de leur précédente confrontation avec pareille créature… Et ils ont cette fois beaucoup d’autres ennemis à prendre en compte ! Ils commencent bien vite à se sentir submergés : Danny parvient d’extrême justesse à éviter les coups, sa forte carrure lui permet d’encaisser ce qui passe, mais, à l’arrière, Lozen et Warren sont bientôt en situation critique, notamment du fait de l’intervention d’un diable de poussière rouge qui bloque leurs mouvements, et Nicholas ne s’en tire pas beaucoup mieux – qui fait tout son possible pour aider ses compagnons, et d'abord Lozen, mais sans grand succès… Seule Beatrice parvient à maintenir une certaine distance de sécurité avec les morts-vivants (elle en abat régulièrement, mais beaucoup moins qu’elle le souhaiterait…) et les tempêtes rouges, mais à terme elle est contrainte d’user de son Pouvoir de Téléportation pour prendre du champ, en passant derrière Warren, alors mis hors de combat, et Lozen pour qui ça ne semble plus devoir tarder…

 

À suivre…

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (14)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (14)

Quatorzième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici.

 

Les inspirations essentielles se trouvent dans le scénario Coffin Rock essentiellement, avec quelques éléments issus de la campagne Stone Cold Dead, le tout largement retravaillé de manière plus personnelle.

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Lozen, la chamane apache ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez également l’enregistrement de la séance dans la vidéo ci-dessous.

I : DANS LES VAPS

 

[I-1 : Lozen : Laughs At Darkness ; Tacheene] Laughs At Darkness, qui était resté à l’écart lors du combat contre le loup-garou, a indiqué aux PJ un corridor dans la direction du sud, et leur dit de les suivre à l’intérieur – il s’y engage sans plus attendre. Ils le suivent, un peu perplexes – Lozen a tout juste le temps de se soigner. Ce n’est visiblement pas un tunnel de la mine, on a l’impression d’un boyau naturel ; mais plus ou moins naturel, en fait… car il débouche enfin sur une salle un peu plus vaste, très profonde, et qui présente de nombreux signes d’aménagement artificiel. Rien à voir avec des travaux miniers, cependant, et ce qui demeure de ces aménagements – colonnes, arches, autels, carrelage… – date à l’évidence de très, très longtemps, bien avant l’arrivée des mineurs… Laughs At Darkness va s’asseoir sur une pierre au centre, étrangement luminescente. Lozen, très intriguée, lui demande où ils se trouvent. En fait, le vieux chaman ne le sait pas vraiment… C’est très ancien, en tout cas – bien plus que les pionniers blancs, bien plus que les Indiens, même : « Je pencherais pour les hommes-serpents de Valusie… » Mais cela n’importe guère. Ce qui compte, c’est son usage plus récent : Laughs At Darkness en a fait sa « kiva », comme disent d’autres Indiens plus au sud. Concrètement, c’est là qu’il se rendait pour entrer en contact avec l’esprit de la nature Tacheene.

 

[I-2 : Nicholas, Beatrice, Danny : Laughs At Darkness ; Tacheene] « Et pour ça, ben, y a pas 36 000 moyens, hein… » Le chaman dévisage les PJ en souriant, fouille dans son baluchon… et en extrait une longue pipe. Nicholas émet un soupir : ils sont vraiment obligés… Non – ils peuvent partir ; ils sont libres. Mais ceux qui resteront doivent passer une épreuve. Beatrice est inquiète des effets du « rituel » ; Laughs At Darkness, en fait, dit qu’il n’est pas bien sûr de ces effets… Il pense que le positif l’emportera, mais cela va dépendre de la constitution et de l’esprit des PJ. La huckster est sceptique : « Le meilleur guide qu’on ait jamais eu… » Mais le chaman dit n’être qu’un pourvoyeur : le guide, ce sera Tacheene. Danny n’est pas du genre à tergiverser : « Bourrez cette pipe et passez-la-moi, qu’on en finisse ! » Mais Laughs At Darkness, avec un sourire narquois, explique que, la pipe, c’est seulement pour lui : « Vous, vous allez respirer les vapeurs du feu que je vais préparer ici, et qui vont envahir très vite toute la salle… »

 

[I-3 : Lozen : Laughs At Darkness ; Tacheene] Le chaman constitue un brasier avec de nombreuses herbes étranges – que Lozen connaît, cependant : elles sont couramment employées dans des cérémonies du même ordre, auxquelles elle a pu assister au cours de ses voyages auprès des différentes tribus ; certaines de ces plantes ont des effets hallucinogènes, et leur combustion peut provoquer la nausée, mais rien de plus dangereux pour autant qu’elle le sache. Laughs At Darkness allume le feu, et les vapeurs commencent à monter ; elles envahissent bientôt la « kiva ». L’inhalation de ces fumées n’est pas agréable, mais tous les PJ se montrent capables de les subir sans vomir ou s’effondrer, et aucun ne ressent le besoin de quitter la caverne. Ils perçoivent, à travers la fumée, le rire un peu moqueur de Laughs At Darkness, qui leur fait tout d’abord l’effet… d’être complètement défoncé. « Vous avez passé la première partie de l’épreuve ! La deuxième, maintenant… » L’effet des vapeurs leur monte à la tête – mais la sensation n’est plus désagréable, à ce stade. Par contre, ils ne distinguent plus rien de ce qui se trouve autour d’eux – leurs camarades comme Laughs At Darkness. Mais apparaît aux yeux de tous, progressivement, une forme très indécise, impossible à décrire – Lozen comprend qu’il s’agit de la forme de Tacheene. À mesure que cette silhouette fluctuante s’impose à eux, l’agréable sensation qui a pris le relais de la nausée des vapeurs s’accroît – tous, ils se sentent… bien ? Et ça fait quelque temps que ça ne leur était pas arrivé – si ça leur était jamais arrivé… La forme ne leur parle pas, mais tous, en s’imprégnant de sa bonté fondamentale et paisible, comprennent cependant que l’esprit de la nature est inquiet et les appelle à l’aide : il est retenu prisonnier quelque part… L’expérience se prolonge, même si les PJ n’ont aucune sensation précise du temps qui s’écoule. Au bout de quelque temps, ils recommencent à distinguer les environs et ce qui se passe autour d’eux… Mais, quand ils reprennent conscience, au fur et à mesure, ils constatent tous qu’ils ne sont plus dans la « kiva » de Laughs At Darkness, mais « ailleurs » ; dans une mine, à l’évidence, mais pas du tout celle de San Lorenzo Point… et le vieux chaman a disparu.

 

II : UN FILON DE SANG

 

[II-1 : Nicholas, Danny, Lozen : Tacheene] D’une manière ou d’une autre, ils ont « voyagé », avec tout leur équipement (Nicholas s’en inquiétait tout spécialement), à ceci près qu’ils n’ont plus qu’une seule lampe. L’étrangeté de la situation ne les incite par pour autant à paniquer, car la sensation de bien-être due à la proximité de Tacheene demeure encore un peu, sous-jacente. Danny ne compte pas s’éterniser ici, et veut comprendre ce qu’il s’est produit. Confiant sa lanterne à Lozen (car c’est le personnage le moins « combattant »…), il sort de la pièce par un tunnel aménagé avec bien plus de soin qu’à San Lorenzo Point – impression qui se confirme à mesure qu’ils progressent dans la mine : il y a des étais solides, des rails dans les artères principales, avec des chariots vides çà et là, etc.

 

[II-2 : Beatrice, Lozen, Danny] Puis, presque tous, les PJ se mettent à discerner… de nouveaux appels à l’aide. Après leur expérience avec le loup-garou, ils sont portés à se méfier, mais ce n’est clairement pas la même chose. Ces appels au secours sont chuchotés, et on distingue plusieurs voix – des voix d’hommes, et qui parlent anglais ; il est par ailleurs impossible de les localiser précisément : ils ont l’impression que ces gémissements viennent de partout autour d’eux. Puis Beatrice croit repérer des mouvements… mais à peine discernables ; et quand Lozen éclaire l’endroit en question, ils ne voient qu’une paroi parfaitement normale, sans le moindre espace pour s’y mouvoir… Puis Danny et Beatrice croient repérer un endroit, au nord, où les appels à l’aide seraient plus « concentrés », et ils prennent cette direction – en constatant que, plus ils avancent, et plus les parois se mettent à « suinter » quelque chose de liquide, et d’un rouge prononcé… qu’ils identifient bientôt comme étant du sang, quand Danny touche la surface humide ; mais il a d’abord eu l’impression déconcertante que son doigt passait à travers la paroi – et il s’en était dégagé par mouvement réflexe. Mais non – c’est seulement du sang… mais en quantités invraisemblables et qui ruisselle de partout.

 

[II-3 : Danny, Lozen : William Wood] Ils arrivent à proximité d’un chariot abandonné… et distinguent alors les silhouettes évanescentes de plusieurs hommes en tenue de mineurs. Danny, méfiant même si pas menaçant à proprement parler, essaye de les toucher avec un morceau de bois qu’il avait retiré des rails après son expérience avec la paroi – et le bâton passe à travers : les mineurs sont des fantômes ! Mais Lozen, à la différence de ses camarades, n’est pas le moins du monde effrayée : elle comprend bien vite qu'ils ne sont pas hostiles. Elle essaye de parler aux fantômes, et de leur soutirer déjà des informations quant à l’endroit où ils se trouvent. Une silhouette, qui dégage une forme d’aura plus marquée, semble plus « solide » que les autres, et elle chuchote, en anglais, expliquant qu’ils sont dans la Cooked Earth Mine. Le fantôme se présente comme étant un certain William Wood. Ses camarades et lui ont été piégés – il faut qu’on les aide… Leurs corps ont « expulsé » leurs âmes ; et, de ces corps, « on » a fait des « horreurs », des « hommes de sang », des « écorchés » qui ruissellent sans cesse, et se livrent à « des rites »… Les répliques du fantôme sont très fugaces, à peine discernables, comme dans un souffle – et souvent interrompues par les mêmes suppliques, de la part de tous les fantômes, qui reviennent sans cesse : « Aidez-nous… »

 

[II-4 : Danny, Lozen, Beatrice : William Wood ; Tacheene] Danny, qui s’est repris, demande ce qu’ils doivent faire – et où il leur faut se rendre. William Wood s’approche, très lentement, du bagarreur ; il tend le doigt dans sa direction… Il va visiblement le toucher. Danny est effrayé, mais se laisse faire – la main du fantôme s’enfonce dans sa poitrine, et c’est comme si son corps l’aspirait ! La sensation est d’abord très désagréable : c’est comme s’il avait… avalé une âme ? Pourtant, la panique disparaît bien vite : le bien-être accordé par Tacheene permet à Danny de mieux encaisser le choc, et « d’accepter » la situation – notamment la sorte de « double vision » que le fait d’héberger deux âmes induit, ce qui ne rend pas les perceptions visuelles plus complexes, mais, d’une certaine manière, les rend plus limpides, plus lucides. Dans sa tête, Danny entend bien plus clairement les chuchotements de William Wood, qui lui dit de rassurer les autres – pour qu’ils acceptent tous qu’un fantôme intègre leur corps. En effet, les silhouettes des mineurs s’approchent lentement, avec hésitation, des camarades du bagarreur… lequel s’exécute : « Laissez-les faire ; vous verrez… mieux. » Lozen accepte aussitôt, puis les autres, et le même phénomène se reproduit – avec tout de même une conséquence imprévue : maintenant qu’ils abritent tous un fantôme, ils voient mutuellement, par intermittences, comme autant d’écorchés dégoulinant de sang, ou de mineurs fantomatiques, en sus de leur apparence normale ! Toutefois, ils encaissent le choc. Beatrice essaye de communiquer avec « son » fantôme, en « pensant » ses répliques, mais constate qu’elle ne peut pas échanger avec lui de la sorte ; les autres font le même constat – William Wood, qui a intégré le corps de Danny, a visiblement davantage d’assise que ses compères, c’est le seul à pouvoir véritablement échanger avec les vivants. Mais le bagarreur ne se livre pas à des expériences de communication silencieuse : il s’adresse à « son » fantôme à voix haute, même s’il est le seul à entendre ses réponses dans sa tête, qu'il doit ensuite rapporter aux autres – la conversation avec le groupe prend des atours surréalistes…

 

[II-5 : Beatrice, Nicholas, Lozen, Danny : William Wood ; Tacheene] Beatrice demande alors à William Wood ce qu’ils doivent faire pour aider les mineurs – et pour libérer Tacheene ? Ils connaissent ce nom – c’est l’esprit qu’ils ont dérangé en creusant la mine… Il est sous la garde des hommes de sang – c’est-à-dire des propres corps des mineurs, qu’ils ont « volé ». Il leur faut récupérer leur corps – pour reposer en paix. Mais comment faire ça, se demandent Nicholas et Lozen ? Les fantômes n’ont pas de réponse – mais ils leur demandent de les conduire auprès des hommes de sang. William Wood guidera Danny dans la bonne direction.

 

[II-6 : Danny, Nicholas : William Wood] Tous suivent donc Danny – ou William Wood ? À mesure qu’ils progressent, ils commencent à entendre des sons différents – indices d’une activité inconnue dans la direction où ils se rendent. Nicholas ne peut pas se montrer trop précis, mais suffisamment tout de même pour déterminer qu’il y a plusieurs « choses » qui se meuvent dans une pièce un peu plus loin. Il a la sensation qu’on les « attend »… et l’esprit dans la tête de Danny lui transmet un peu de sa panique – la proximité de son corps volé et souillé… Ils atteignent enfin la pièce où les attendaient quatre hommes de sang – les corps des mineurs, mais transfigurés en quelque chose de résolument non humain, et répugnant ; comme des sortes d’ « élémentaires » qui seraient faits d’un sang ruisselant sans cesse ! Et les créatures se jettent sur eux…

 

[II-7 : Danny, Beatrice, Lozen, Nicholas, Warren : William Wood] Le combat est rude – et long : les créatures encaissent ! Et font mal… Par ailleurs, elles émettent une forte chaleur, très déconcertante, ainsi que Danny en fait bientôt l’expérience – en fait, il comprend que cette chaleur est telle qu’elle pourrait bien mettre le feu à tout ce que les hommes de sang parviennent à toucher ! Beatrice doit vider ses chargeurs pour faire des dégâts – mais elle parvient enfin à en abattre un. Lozen, par contre, est en difficulté – les esprits de la nature la réprimandent, pour quelque raison qu’eux seuls connaissent ; peut-être un manque d’application dans l’exécution des rituels, depuis qu’elle s’est lancée dans cette aventure auprès de Blancs ? Sa Médecine tribale en est affectée… même si elle parvient en dernier ressort à maintenir une Armure sur Nicholas. Danny repousse ses assaillants contre les parois – et le fantôme de William Wood plonge dans l’un des hommes de sang ; cela ne met pas fin au combat, mais le bagarreur comprend que son ennemi est ainsi affaibli, même si d’une manière qu’il ne comprend pas très bien… Il parvient à le communiquer aux autres, mais Nicholas, même s’il sent que le fantôme dans son corps cherche à sortir, ne parvient pas à créer l’occasion lui permettant de le faire… Mais Beatrice parvient à abattre un autre homme de sang, tandis que Warren fait usage de son bras mécanique Roselyne pour garder les autres hommes de sang à distance. Danny se déchaîne, frénétique, et en massacre un autre – tous ensemble, ils viennent à bout du dernier. Les corps des hommes de sang se liquéfient, dans une masse brûlante, non sans avoir d’abord absorbé les fantômes des mineurs, qui quittent les corps des PJ. Les chuchotis cessent aussitôt : fantômes et hommes de sang ne sont plus qu’un mauvais souvenir…

 

III : AU FOND DU PUITS

 

[III-1 : Danny, Lozen, Beatrice, Warren : Tacheene, Laughs At Darkness] Mais il faut encore que les PJ libèrent Tacheene. Ils continuent de progresser dans la mine – Danny, à tout hasard, appelle : « Darkie ! » C'est le petit nom qu'il avait attribué à Laughs At Darkness... Mais c'est sans succès. Ils arrivent enfin dans un cul-de-sac. Au milieu de cette ultime pièce se trouve une sorte de bassin. Quand ils se penchent dessus, ils voient qu’il est rempli de sang bouillonnant – Lozen comprend sans peine que c’est ici qu’il s’agit de libérer Tacheene, même si elle n’est pas certaine de ce qu’il faut faire au juste pour purifier cet endroit ; elle pense cependant que l’exécution de ses rituels (pendant trois heures au moins – peut-être plus, en raison de la sanction que les esprits lui ont infligé peu avant) et l’usage de quelques éléments contenus dans sa bourse à médecine, elle devrait pouvoir parvenir à quelque chose. Elle en informe ses camarades – qui, quant à eux, ne savent absolument pas quoi faire ; et Beatrice aimerait bien trouver comment partir d’ici… En jetant un œil dans le puits, elle distingue, tout au fond, une sorte d’image – celle, vue de l’intérieur, d’une église brûlée, qui fait penser à celle de Crimson Bay ; mais elle sait, au fond d’elle-même, qu’il ne s’agit pas de l’église de Crimson Bay.

 

[III-2 : Danny, Warren] Danny, de son côté, va explorer le reste de la mine – après avoir ramassé un peu de bois sur les rails pour faire un feu dans la salle du puits de sang. Warren ne l’avait pas attendu… Mais le bagarreur trouve ainsi l’entrée de la mine – en fait, il est surpris qu’il y en ait une ! Il sort jeter un œil à l’extérieur ; il fait nuit – mais la lune est gibbeuse, qui éclaire assez bien les environs ; ils sont dans une région montagneuse, mais pas celle où ils se trouvaient à San Lorenzo Point ; en fait, sans pouvoir en être sûr, il a le sentiment de se trouver de l’autre côté des montagnes, sur le flanc est… En contrebas, il distingue une petite ville, silencieuse dans la nuit, à deux ou trois kilomètres de distance ; mais, juste à côté, il y a des bâtiments abandonnés de la compagnie minière, un peu comme à San Lorenzo Point, et Danny y trouve des lampes, qu’il ramène aux autres – après quoi il revient vers l’entrée pour y établir un campement où ils pourront récupérer le temps que la nuit s’achève.

 

[III-3 : Lozen : Tacheene, Laughs At Darkness] À l’intérieur, Lozen achève enfin son rituel, après plusieurs heures uniquement consacrées à cette tâche. Il n’y a pas d’effet spectaculaire, mais elle a la conviction que Tacheene est libre désormais. Mais absent ? Eux sont toujours au même endroit… Peut-être y aurait-il d’autres rites à accomplir pour partir d’ici ? Lozen ne le sait pas – mais, s’il y en a, ils ne sont pas forcément à sa portée ; à celle de Laughs At Darkness éventuellement… qui est absent lui aussi de toute façon.

 

[III-4 : Beatrice, Nicholas, Danny] Mais Beatrice jette à nouveau un œil dans le puits – où le sang a été changé en eau. Au fond, le reflet de l’église est maintenant parfaitement visible par tous. Nicholas touche l’eau, qui est fraîche (rien à voir avec le sang bouillonnant peu avant) : rien, si ce n’est des cercles concentriques à la surface du liquide. Il fait un signe de croix : rien non plus. Beatrice lui suggère de faire un « saut de la foi »… Le faux prêtre n’est pas très motivé. Danny, de retour, constate également le phénomène – et le reflet de l’église lui fait penser à celle de la ville qu’il a vue en contrebas de la mine : il est même à peu près sûr que c’est la même. Ils n’ont qu’à attendre que la nuit passe, après quoi ils iront y faire un tour…

 

[III-5 : Nicholas, Beatrice] Les PJ vont se reposer à l’entrée de la mine d’ici-là. Seulement voilà : la nuit dure… Les premiers à être de garde, Nicholas et Beatrice, prennent bientôt conscience de ce que des heures se sont écoulées sans que le tableau offert par le paysage ne change : la position de la lune ne varie pas, il n’y a pas de lueurs de l’aube à l’est… Rien de tout ça : la nuit, permanente, immuable. Les PJ contiennent leur effroi, mais ils sont profondément mal à l’aise ; et l’endroit devient de plus en plus flippant du fait même qu’il ne change pas…

 

[III-6 : Danny, Beatrice, Nicholas, Lozen, Warren : Tacheene] Ils retournent à la salle du puits. Danny s’attache une corde autour de la taille, qu’il assure à un chariot de la mine ; Beatrice s’accroche à lui, et ils descendent ensemble dans le puits. Ils flottent à la surface, puis plongent, et, au bout d'une moment, ils se sentent attirés par le fond ; mais impossible de distinguer quoi que ce soit dans ces conditions : de l'eau au fond d'un puits dans une mine... Beatrice fait signe à Danny qu’il vaut mieux remonter. Avec Nicholas, ils assemblent leurs cordes avec une pierre pour sonder le fond du puits. La pierre s’enfonce un bon moment, mais, après un certain temps, le poids disparaît ; ils remontent la corde, qui est coupée net. Lozen est portée à croire que le fond du puits est un « portail », qui envoie qui le franchit dans cette église ; elle cherche à s’en assurer auprès de Tacheene, mais n’obtient pas de réponse… Beatrice emballe bien ses affaires, pour qu’elles ne prennent pas l’eau ; comme elle voit l’image de l’église dans le puits, elle suppose être en mesure d’employer son Pouvoir de Téléportation pour atteindre le portail et l’emprunter – elle disparaît… Les PJ sont hésitants, car ils ne savent rien de son sort, mais Danny se prend une bonne rasade de whisky et saute à la suite de la huckster : il disparaît également. Lozen songe à gagner la petite ville à pied, en jouant la prudence, et Nicholas lui dit que, quoi qu’elle décide, il l’accompagnera ; mais à peine a-t-il dit cela que Warren se jette à son tour dans le puits… Dans ces conditions, Lozen et Nicholas font finalement la même chose : mieux vaut rester ensemble…

 

IV : COFFIN ROCK = VILLE MAUDITE !!!

 

[IV-1 : Beatrice] Beatrice est donc arrivée la première – en opérant, en fait, une « double téléportation », situation perturbante mais qu’elle a bien encaissée. Elle est à l’intérieur d’une église en ruines, incendiée, avec des bancs renversés, le clocher détruit, etc. Elle se trouve à la lisière d’une petite ville silencieuse, voire déserte : pas un chat dehors. Elle est bientôt rejointe par les autres.

 

 

 

[IV-2 : Danny, Lozen : Josh Newcombe ; Laughs At Darkness] Danny observe les environs, puis, de sa voix chargée d’alcool, il crie : « Darkie ! » Mais nulle réponse de Laughs At Darkness… Sortant de l’église, ils s’avancent vers la ville, et constatent que nombre de bâtiments présentent sur leurs murs la même inscription à la peinture rouge : « COFFIN ROCK = VILLE MAUDITE !!! » Avec un nombre de points d’exclamation variable. Puis Lozen remarque une silhouette dans la nuit – celle d’un homme vêtu de noir, un pot de peinture à la main… C’est lui le responsable des inscriptions. La chamane est déconcertée – mais finit par l’indiquer aux autres ; et Danny se précipite alors dans la direction de la silhouette emmitouflée ; d'une voix avinée : « Darkie, c’est toi ? » L’homme se retourne… et le bagarreur reconnaît Josh Newcombe. Stupéfait, il lui demande ce qu’il fait là. Le journaliste, interloqué, répond : « Eh bien, j’informe mes concitoyens ! Mais… Qui êtes-vous ? »

 

À suivre…

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (13)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (13)

Treizième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici.

 

Les inspirations essentielles se trouvent dans la campagne Stone Cold Dead et (surtout ?) le scénario Coffin Rock, retravaillés de manière plus personnelle.

 

Une nouvelle joueuse rejoint la partie, qui incarne Lozen, une chamane apache.

 

Sinon, tous les joueurs habituels étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez également l’enregistrement de la séance dans la vidéo ci-dessous.

I : SABLE ROUGE

 

[I-1 : Nicholas : la Tempête Rouge, Jeff Liston] Nicholas, qui ne porte pas exactement les Indiens dans son cœur, du fait du souvenir traumatisant de sa rencontre avec la Tempête Rouge, a préféré rester seul dans la planque de Jeff Liston plutôt que de suivre les autres PJ, en quête de la tribu des Red Suns. Il a le sentiment qu’il se passe quelque chose dehors – et a vu une sorte de poussière rouge pénétrer à l’intérieur de la cabane en passant sous la porte. Il se met au fond de la pièce – mais il y a trop d’ouvertures : il entreprend de calfeutrer et barricader portes et fenêtres, car, dehors, le « sable » rouge (dans une région où le sable n’est pas si commun) semble se mouvoir tout autour de la cabane. Cela lui fait penser à la Tempête Rouge, forcément, mais le format est tout autre – il y a de temps à autre des bourrasques contre la porte, violentes mais pas à même de la défoncer ; là encore, rien à voir avec la créature qui avait ravagé l’orphelinat où Nicholas avait été élevé. Cependant, quelques coups d’œil à la fenêtre lui donnent l’impression que tourne autour de lui comme une sorte de petite tornade de sable rouge, en gros à l’échelle humaine, et dont les mouvements ne sont clairement pas naturels mais laissent supposer une forme de conscience.

 

II : À ARMES ÉGALES

 

[II-1 : Danny, Beatrice : Flying Shadow, Lone Hawk] Au campement des Red Suns, Danny a pris un méchant coup en combattant le brave que le jeune chaman Flying Shadow avait désigné comme son champion – mais Beatrice a remarqué que le chaman assistait magiquement son poulain… Et elle ne manque pas de le dénoncer au chef des Red Suns, Lone Hawk – lequel se rend compte qu’elle a raison. Les Indiens se plaignaient de la « mauvaise magie » du vieux chaman attaché au poteau – mais cette tricherie, est-ce cela, la « bonne magie » ? Flying Shadow connaît sans doute quelques mots d’anglais, mais s’adresse dans sa langue seulement à Lone Hawk. La huckster avait déjà pu remarquer que ce dernier n’aimait pas beaucoup le jeune homme, même s’il s’était rallié à son idée de faire périr le vieil homme attaché au poteau ; elle ne comprend pas les paroles échangées, mais la colère et l’agacement du chef se lisent sur ses traits. Beatrice juge plus sage de ne pas intervenir davantage pour l’heure – mais Danny, lui, même bien sonné, ne manque pas de s’en prendre à son adversaire… qui l’ignore royalement. La discussion entre le chef et le jeune chaman s’envenime visiblement – sans qu’il soit besoin de comprendre leurs paroles. Lone Hawk finit par gueuler plus fort que les autres pour mettre un terme au débat, et, l’air furibond, il se rapproche du brave qui avait affronté Danny… et lui assène un violent coup de tomahawk sur le crâne ! Le cuir chevelu est entamé, du sang ruisselle sur le front du combattant… Et le chef, dans sa langue puis dans un anglais un peu approximatif, dit : « Maintenant vous êtes à égalité. Battez-vous ! »

 

[II-2 : Danny, Beatrice : Lone Hawk, Laughs At Darkness ; Mortimer Stelias] Le brave est toujours secoué – mais Danny n’attend pas qu’il se remette : il se jette sur son adversaire, et, d’un coup précis de son gourdin, l’assomme pour le compte ! Flying Shadow est furieux – les autres membres de la tribu plus indécis : la situation a été totalement renversée en très peu de temps… Mais les aînés de la tribu interviennent, dans leur langue, et on devine sans trop de peine qu’ils appuient la décision du chef Lone Hawk – et indirectement la victoire du bagarreur. Le vieil homme attaché au poteau regarde la scène avec un sourire un peu narquois… Danny s’assied à côté de son adversaire inconscient, et laisse les autres gérer la situation avec davantage de diplomatie… Beatrice retourne auprès de Lone Hawk – pas fâché d’avoir rabattu son caquet au jeune chaman ; mais il n’aime pas pour autant le vieux chaman Laughs At Darkness, dont il est convaincu que la « mauvaise magie » leur a attiré toutes ces misères… La huckster croit cependant que le vieil homme pourrait être utile pour régler la situation. Qui lui a dit ça ? Sans hésitation, elle répond qu’il s’agit de Mortimer Stelias. Le chef fait la moue : « L’homme blanc qui nous a volé nos terres... » Mais le combat a décidé du sort du vieil homme, non ? Il va les suivre pour l’heure – de toute façon, la tribu voulait qu’il s’en aille ? Après, ils en feront ce qu’ils voudront… Danny appuie la suggestion de Beatrice ; c’était le meilleur choix car, au fond, c’est une bonne manière de régler le problème de la tribu, Lone Hawk le sait bien – et les événements récents ont révélé au chef lui-même que ses sentiments sur la question étaient bien plus partagés qu'il ne se l'avouait… Qu’ils partent avec lui ! Et qu’ils restent à distance ! Beatrice le remercie – en suggérant de garder les mains du vieux chaman attachées, car elle non plus ne lui fait pas confiance…

 

III : CHOC DES CIVILISATIONS

 

[III-1 : Nicholas, Lozen] Nicholas, dans la cabane de Jeff Liston, est assiégé par la tornade – mais il jette régulièrement un coup d’œil par les fenêtres, et, du côté ouest, il aperçoit une Indienne sur un cheval, et elle a l’air étonnée par le spectacle auquel elle assiste ; mais pas véritablement stupéfaite pour autant. Il s’agit bien sûr de Lozen... qui, depuis l’Arizona, a régulièrement aperçu ce genre de phénomènes, ou en a relevé les signes, sans qu’elle puisse se les expliquer. Mais la tornade aussi l’a repérée, et se déplace aussitôt dans sa direction ! Tandis que Nicholas insulte l’Indienne, qu’il rend responsable de tout ça…

 

[III-2 : Lozen, Nicholas : Jeff Liston] Lozen, surprise, est bientôt englobée par la tornade – et le vent tourbillonnant, chargé de sable rouge, lui inflige des brûlures cinglantes ! Mais elle se reprend aussitôt, et cherche à se dégager, avec son cheval – même si ce dernier conserve étrangement le calme, ce qui n’a rien d’évident dans pareille situation… et la tornade s’adapte à leurs déplacements. Mais l’Indienne fait appel aux esprits : en manipulant les éléments, l’air en l’espèce, elle crée un courant qui tend à disperser la tempête. Nicholas, ayant constaté qu'elle attaquait l’Indienne, met ses préjugés raciaux de côté pour l’heure ; il sort de la cabane de Jeff Liston, et se précipite en direction des combattants. La tornade se reconstitue – mais les PJ ont pu entrapercevoir, l’espace d’un instant, une sorte de serpent flottant au cœur même du phénomène… Nicholas assène un coup au cheval pour qu’il fuie ! Mais il supportait la tornade, ce n’est pas un coup de poing qui va lui faire perdre ses moyens... Reste que Lozen a vu un homme blanc en tenue de prêtre, une grande croix dans le dos, frapper son cheval ?! L’Indienne maintient sa Médecine tribale – la tornade peine à se reconstituer véritablement. Nicholas, lui, dégaine un de ses pistolets, et tire au pif dans le phénomène ; par quelque miracle, la tempête se dissout aussitôt ! Le serpent au cœur de la tornade… a été abattu, le courant d’air suscité par Lozen ayant permis de l’atteindre.

 

[III-3 : Nicholas, Lozen : Jeff Liston] Nicholas vide son chargeur sur la créature qui est tombée par terre… Lozen en est stupéfaite : est-il fou ? Autant dire que leurs premiers échanges sont rugueux… L’Indienne remercie cependant le faux prêtre, qui, même bougon, l’invite à le suivre dans la cabane de Jeff Liston… Mais la santé mentale du pistolero a effectivement de quoi la rendre perplexe : il ne cesse de marmonner que « ça ne peut pas être un petit serpent qui a bousillé tout un orphelinat et tué tous ses occupants »…

IV : CELUI QUI RIAIT DANS LES TÉNÈBRES

 

[IV-1 : Danny, Beatrice : Laughs At Darkness, Lone Hawk, Jeff Liston ; Mortimer Stelias, Nicholas, Rafaela Venegas de la Tore] Retour chez les Red Suns. Le vieux chaman est bien Laughs At Darkness, l’homme qu’avait mentionné Mortimer Stelias – celui qui pourra renseigner les PJ quant au nom du Manitou qui sème le chaos à Crimson Bay. Il arbore en permanence un petit sourire narquois qui a quelque chose de profondément agaçant… Danny a bénéficié de quelques soins – en échange, il a offert un peu de gnôle aux Red Suns qui se sont occupés de lui, lesquels ont pris soin de vérifier que leur chef ne les surveillait pas avant d’accepter… Lone Hawk, justement, est assez pressé qu’ils s’en aillent tous avec le vieux chaman. Danny remercie aussi Liston, qui les a conduits ici, mais il est bien temps de retourner à la cabane pour retrouver Nicholas ; le trappeur ne les accompagnera pas au-delà. Beatrice, avant de partir, prend Laughs At Darkness entre quatre yeux – il parle très bien l’anglais : peuvent-ils lui faire confiance pour qu’il ne s’enfuie pas dès qu’ils auront le dos tourné ? « Je vous ai appelés, c’est pas pour vous fausser compagnie... » Il est déçu que Rafaela ne soit pas avec eux, d’ailleurs. Mais ce bon vieux Lone Hawk est un peu nerveux, mieux vaudrait parler de tout ça ailleurs…

 

[IV-2 : Danny : Laughs At Darkness ; Jeff Liston, Rafaela Venegas de la Tore, Mortimer Stelias] Ils prennent la direction de la cabane de Jeff Liston. Laughs At Darkness, tout âgé qu’il soit, est visiblement habitué aux longues marches dans la forêt ! Danny lui demande pourquoi il a contacté Rafaela : « Des facultés, et de la morale ; c’est très rare de trouver les deux ensemble. » Le chaman sait qu’ils ont vu Mortimer Stelias – ça se lit sur leurs traits. Ils « travaillent » ensemble, d'une certaine manière… Le chaman emprunte le mauvais whisky de Danny : il boit au goulot, et en quantité – avec un plaisir visible.

 

[IV-3 : Nicholas, Lozen] Dans la cabane, Nicholas est toujours prostré – répétant sans cesse : « C’était pas un serpent, c’était pas un serpent... » Mais Lozen a bien identifié le même phénomène qu’elle avait régulièrement croisé depuis l‘Arizona. Ce n’est pas quelque chose de chamanique – c’est une manifestation des Manitous. Nicholas la soupçonne toujours d’y être pour quelque chose – elle ou ceux de son peuple… Les dénégations de Lozen n’y changent rien. Elle sait qu’elle a contribué à disperser la tornade, par ailleurs, mais le faux prêtre ne semble pas s’en rendre compte, ou du moins refuse-t-il de l’admettre.

 

[IV-4 : Lozen, Nicholas, Beatrice, Danny : Laughs At Darkness, Jeff Liston] Les autres PJ reviennent à ce moment-là – et ont donc la surprise de trouver Lozen aux côtés de NicholasBeatrice et Danny sont très narquois à l’encontre du faux prêtre : pour quelqu’un qui ne voulait pas avoir affaire aux Indiens… Laughs At Darkness, aussitôt, salue Lozen dans son dialecte apache – qui n’a absolument rien à voir avec les langues de la région. Elle lui retourne ses salutations, et se présente à tous les nouveaux venus. Mais le vieux chaman ne s’y arrête pas : il passe la main sous le lit de Jeff Liston, et en sort trois bouteilles de mauvais whisky, qu’il pose sur la table de sa propre autorité ; il en débouche une et en prend aussitôt une énorme goulée – le trappeur est stupéfait, mais n’ose rien dire. Danny semble redouter qu’il engloutisse tout, mais le chaman le rassure : « Liston planque plein de bouteilles ici, et je sais où, alors on a de quoi voir venir... » Liston est interdit – le chaman n’était jamais venu ici… Nicholas s’empare d’une autre bouteille, et boit en grommelant. Danny demande au trappeur s’il n’y aurait pas quelque chose à manger, mais c’est Laughs At Darkness qui répond : « Ce coffre, et ce tonneau – plein de viande séchée, plutôt bonne ; oh, et, attrapez-moi un peu de ce tabac, dans le tiroir, là, j’ai besoin de fumer... » Danny est très gêné par cette désinvolture… Mais Liston se contente de hocher la tête : au point où ils en sont !

 

[IV-5 : Beatrice, Lozen, Nicholas : Laughs At Darkness] Mais, au fil de la discussion, Beatrice comprend vite que Lozen, qui arrive tout juste, n’est absolument pas au courant de la situation dans la région… Elle n’a pas croisé un seul mort-vivant ? Non… Seulement ces tornades de sable rouge… À la mention de ce phénomène, tout le monde se tourne vers Nicholas – qui se contente de boire. Et il est venu en aide à une Indienne ? Eh bien, oui… et elle le remercie, publiquement cette fois. Mais elle ne comprend pas bien ce qui se passe ici – et ce que Laughs At Darkness a à faire avec ces Blancs. Mais on lui explique la situation…

 

[IV-6 : Lozen, Danny, Beatrice : Laughs At Darkness : Tacheene, Grey Bear, Rafaela Venegas de la Tore] … et le vieux chaman, après avoir lâché un énorme rot, veut bien qu’on discute de son rôle dans tout ça. Oui, plusieurs pouvoirs s’affrontent, ici – ou du moins c’est ce qu’ils croient ; car ils sont en fait tous au service du Manitou, sans le savoir. Le vrai combat oppose les Manitous et les Esprits de la Nature – comme toujours… Qui ça ? « L’Esprit de la Nature, c’est Tacheene. » Celui qui protégeait le coin… Laughs At Darkness est un vieux chaman – il avait un lien direct avec Tacheene. Mais les choses ont mal tourné : un Manitou, bien sûr, qui a trouvé des sbires pour terrifier la région et se nourrir de cette peur… Le vieux chaman se tourne vers sa consœur Lozen : elle voyage auprès des diverses tribus de son peuple ? Il y en a... « un autre », qui le fait… comme elle le sait très bien. Oui, ce « voyageur » est passé ici, bien avant elle : il a séduit Grey Bear, « celui que pendant des années j’avais cru être mon loyal et fidèle apprenti »… Celui, pourtant, qui a monté une cabale pour faire bannir Laughs At Darkness, il y a de cela une quinzaine d'années. Il a fait bien pire : il a trouvé comment asservir Tacheene à la volonté du Manitou, qui a fait usage de ses pouvoirs pour ravager la région – et, accessoirement, il a rompu le lien entre Laughs At Darkness et Tacheene : le chaman, depuis, a perdu l’essentiel de ses pouvoirs. Danny et Beatrice ne s’intéressent pas plus que ça à ces vieilles histoires – la huckster, à vrai dire, se moque aussi de Crimson Bay, elle veut seulement sauver Rafie... Ce qui convient très bien au chaman : ils devraient pouvoir trouver un terrain d’entente de toute façon ? Certes, il a davantage d’ambitions – faire le bien, ce genre de choses… Bah ! Peu importe. La première étape, de toute façon, c’est de lui rendre ses pouvoirs – pour cela, il faut libérer Tacheene. Après, il faudra s’en prendre aux serviteurs du Manitou, et au Manitou lui-même. Ce qui ne se fera pas en claquant des doigts… Tout le secours nécessaire devra être engagé – et donc, d’abord, Tacheene. Sa prison se trouve dans les montages – à un bon jour de marche d’ici… Danny manque s’étouffer en avalant du whisky : le temps presse, à la blanchisserie ils ne tiendront pas bien longtemps ! Pas le choix : il leur faut se rendre à San Lorenzo Point, une mine – ou une tentative de mine, qui n’a pas fait long feu… Mais c'était quelque chose de bien différent à l’origine : la grotte sacrée où Laughs At Darkness conduisait ses rituels, avec Tacheene... Danny se lève aussitôt et se met à préparer des affaires pour leur voyage ; il s’excuse auprès de Jeff Liston, il leur faut ponctionner ses réserves, mais ça ne dérange pas le trappeur – qui boit les paroles du vieux chaman (en même temps que du mauvais whisky). Laughs At Darkness se lève enfin, et, après avoir lâché un énorme pet : « Alors, on y va ? »

 

V : FAIRE CONNAISSANCE AU COIN DU FEU

 

[V-1 : Lozen, Nicholas : Laughs At Darkness] Les PJ, guidés par Laughs At Darkness, prennent la direction du sud-est, dans les montagnes – pas très loin des limites du Grand Labyrinthe, un peu au-delà de la ligne de la Iron Dragon entre Portland et Shan Fan. Ils sont partis en milieu d’après-midi, et marchent tant qu’ils ont de la lumière (le cheval de Lozen porte de l’équipement – et, au moins dans un premier temps, un Nicholas complètement bourré). Mais ils sont bien contraints, alors, d’établir le campement pour la nuit.

 

[V-2 : Beatrice, Lozen : Victorio] Beatrice entend profiter de cet arrêt pour faire connaissance avec Lozen. La huckster, volubile, parvient à mettre la chamane en confiance – au point où elle ne rechigne guère à parler de ses sentiments pour l’homme qu’elle estime le plus au monde : son propre frère, Victorio… Il l’avait impliquée dans les combats de la tribu, et la soutenait dans tout ce qu’elle entreprenait. Mais, lors d’une bataille, sur le point d’être capturé par les Blancs, il a préféré se suicider. Lozen n’a jamais aimé personne comme Victorio.

 

[V-3 : Beatrice, Lozen : Victorio, Tacheene] Beatrice est touchée par le récit de Lozen – et par sa confiance : elle ne s’attendait certainement pas à ce que la chamane livre des choses aussi intimes… En fait, le sort des Indiens ne la laisse pas indifférente : elle admire leur liberté. Elle a vécu dans une ville fortifiée… assaillie par des Indiens, à vrai dire. Mais qu’importe, pour la huckster : blancs ou indiens, les hommes sont tous les mêmes ! Elle l’a constaté, là-bas… Depuis, comme la chamane, elle voyage, sans cesse – peut-être trouvera-t-elle un jour un endroit où s’installer, et où elle vivrait de ses propres moyens… À vrai dire, franche du collier, elle dit à Lozen que la mort de Victorio, tragique sans doute, a pu contribuer à la libérer ? L’Indienne ressent surtout son manque – mais il est mort en héros, au service d’une noble cause… Bah ! L’héroïsme et les nobles causes, très peu pour Beatrice – qui trouve ça « stupide ». Lozen demeure diplomate, mais la remarque de la huckster l’a probablement vexée. Elle n’est pas « soumise » à quoi que ce soit – sinon aux Esprits de la Nature. Mais Beatrice lui rappelle qu’ici et maintenant, ce sont les Manitous qui règnent. La chamane décrit l’asservissement de Tacheene comme un enfer ? L’enfer, oui, ils sont en plein dedans…

 

[V-4 : Laughs At Darkness] La nuit se passe bien – des tours de garde ont été organisés, mais aucune menace ne plane sur le camp. Ils se lèvent tôt pour reprendre leur route – ils doivent gagner au plus tôt la mine de San Lorenzo Point. Laughs At Darkness continue de les guider, dans les forêts et les contreforts des montagnes ; ils ont bien dix heures de marches à accomplir...

 

 

VI : MAUVAISE MINE

 

[VI-1 : Nicholas : Laughs At Darkness ; Fedor] Les PJ finissent par arriver à destination – d’abord le minuscule hameau de San Lorenzo Point, construit à la hâte par la Parker and Sons Mining Company, en quête de roche fantôme, et déserté plus vite encore si c’est possible, le filon ne s’avérant pas assez rentable. La mine se trouve quelques centaines de mètres plus loin et plus haut – on y accède par des corniches relativement étroites ; des travaux avaient été engagés pour charrier le minerai extrait de la mine, mais ils ne sont pas allés bien loin, et le manque d’entretien leur a fait du tort. Laughs At Darkness sait-il à quoi s’attendre ? Peut-être… Fedor, le type qui a réveillé ces hordes de morts-vivants ? Le chaman n’en était pas certain au départ, mais il est maintenant convaincu qu’il est passé par là ; c’est un lieu de pouvoir… et il y a des traces, indiscernables pour qui n’est pas suffisamment avancé dans la connaissance des arcanes. Nicholas fouine quoi qu’il en soit dans le hameau – pas grand-chose à signaler, si ce n’est du matériel pour la mine qu’il aurait été trop coûteux de rapatrier, et des pioches et des pelles à foison ; non, pas de dynamite… Des lampes, par contre, avec un peu d’huile – ce sera indispensable à l’intérieur de la mine.

 

[VI-2 : Danny, Warren] Les PJ gagnent les hauteurs – la mine à proprement parler. Y accéder n’est pas si évident, mais ils y parviennent. À peine arrivés à la double entrée dans la falaise, ils entendent une voix faible, en provenance de l’intérieur, qui appelle à l’aide… Danny fonce aussitôt dans l’obscurité, les autres se montrant plus prudents – sauf Warren, à vrai dire, mais c’est qu’il ne prête pas attention aux appels au secours : il examine minutieusement la mine, les étais, les filons vite épuisés de roche fantôme… Mais Danny parvient à situer la provenance des gémissements – un boyau vers le nord-est. Il s’y rend aussitôt, et appelle les autres : il est tombé sur un corps, d’un homme noir, baignant dans une flaque de sang ; il s’est même demandé s’il ne s’agissait pas d’un cadavre, le corps étant immobile, mais, au bout de quelque temps, il est agité de soubresauts, et appelle à l’aide, d’une voix très faible…

 

[VI-3 : Lozen, Danny, Nicholas, Beatrice, Warren : Cordell ; Fedor] Lozen rejoint Danny ; elle se penche aussitôt sur le corps, et essaye d’examiner ses blessures… mais il y en a tant que toute tentative de soins serait vaine. Nicholas suit, l’arme en main, puis Beatrice – qui reconnaît Cordell, le chef de la communauté des anciens esclaves. Danny lui donne à boire – de l’alcool, « ça guérit tout ». Beatrice va chercher Warren – mieux vaut ne pas se séparer dans ces conditions… Un examen plus approfondi de la part de Lozen révèle que Cordell a perdu beaucoup de sang, à cause de nombreuses griffures partout sur son corps. Danny lui demande ce qui s’est passé ; Cordell parvient à ouvrir les yeux et à les poser sur le bagarreur – mais si celui-ci met en avant que ses amis et lui avaient aidé les anciens esclaves à la communauté, Cordell, lui, ne retient qu’une chose : « Z’étiez avec le shérif... » Mais peu importe : de toute façon, Fedor n’est plus là – il continuera de venger les anciens esclaves… Danny ne comprend rien à ce qu’il raconte. Mais Cordell explique, à grand peine, qu’il avait suivi Fedor ici ; ça devait être une bonne planque… C’était la pire de toutes. « On a été… trop généreux… On… a entendu… les... appels à l’aide… Comme vous avez entendu les miens, ah… Tombés dans le même panneau… Un appât... » Danny se redresse aussitôt et scrute les environs – Nicholas de même ; le sixième sens de ce dernier, dont dispose également Lozen, lui permet de repérer du mouvement dans un boyau prenant la direction du sud. Danny hurle pour que Beatrice et Warren fassent attention… mais n’est-ce pas trop tard ? Un colossal loup-garou déboule dans la salle !

 

[VI-4 : Lozen, Beatrice, Danny, Nicholas, Warren] Par chance, l’étroitesse des boyaux joue contre le loup-garou… mais il demeure un adversaire redoutable. Lozen fait les frais de son premier assaut – qui l’envoie voltiger contre une paroi ! Beatrice se rapproche du combat, en augmentant magiquement sa Compétence de Tir. Danny écarte Lozen pour atteindre le loup-garou – mais le secoue à peine. Nicholas vise la tête – et touche ! Une partie du crâne de la créature explose… mais se régénère aussitôt ; le faux prêtre hurle aux autres de s’enfuir ! Un nouveau coup de gourdin de Danny ne produit pas davantage de résultats… mais la riposte du loup-garou se contente de le secouer. Nicholas tire à nouveau, et fait de lourds dégâts, mais la régénération vient à nouveau les annuler immédiatement. Lozen et lui connaissent les légendes sur les loups-garous – il faut de l’argent, ou de la magie, pour les abattre… Mais Beatrice veut au moins gagner du temps – et en donner aux autres : elle vide son chargeur sur le monstre… qui est réduit à l’état de charpie ! Mais le processus de régénération débute aussitôt – il prendra cependant davantage de temps, vu l’état dans lequel se trouve le loup-garou ! Cela leur ménage quelques précieuses secondes pour s’enfuir… ou pour tenter des choses bizarres ? Warren a la vieille montre en argent de son père… À l’aide de son bras mécanique Roselyne, il l’enfonce dans le corps en charpie du loup-garou ; il sait que cela ne suffira pas – mais en y ajoutant des éclairs de son autre bras, Hippolyte ? Ça marche ! La montre a interrompu le processus de régénération, et les éclairs ont pu faire suffisamment de dégâts pour que ce processus ne reprenne jamais…

 

[VI-5 : Danny : Laughs At Darkness ; Cordell] Laughs At Darkness, qui avait pris son temps, les rejoint une fois le loup-garou vaincu – Cordell est mort le temps qu'il arrive. Danny furieux roue le cadavre de coups, ce qui n’y change rien, mais ça le défoule : il considère maintenant Cordell comme un sinon le responsable de l’invasion de zombies… Mais le veux chaman indien a d’autres préoccupations ; sans s’intéresser le moins du monde à ce qu’ont vécu les PJ, il se contente de leur indiquer un boyau, vers le sud : « C’est par là. » Et il s’y engage…

 

À suivre...

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (12)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (12)

Douzième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici.

 

Les inspirations essentielles se trouvent dans la campagne Stone Cold Dead et le scénario Coffin Rock, retravaillés de manière plus personnelle.

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez également l’enregistrement de la séance dans la vidéo ci-dessous.

I : RIEN N’ENTRAVERA LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

 

[I-1 : Danny, Warren, Beatrice, Nicholas : Josh Newcombe] Danny et Warren ont gagné le refuge d’un toit, à proximité des bureaux du Crimson Post, le journal de Josh Newcombe, qui sont entourés par des zombies perplexes – qui savent qu’il y a de la « viande » à l’intérieur, mais ne sont pourtant pas en mesure de s’en repaître : pour une raison inconnue, les morts-vivants ne peuvent pas s’en prendre au journaliste. Beatrice et Nicholas, de leur côté, ont préféré rester en dehors du périmètre de la ville de Crimson Bay, et surveillent la situation depuis les collines boisées environnantes. Danny s’assure à la cheminée avec une corde, et saute sur un bâtiment à proximité, en face de l’imprimerie ; il se rattrape à une fenêtre un étage en dessous – et a le temps de voir que des zombies rôdent dans le bâtiment ; mais il se reprend vite, et grimpe aussitôt sur le toit, avec une grande aisance ; il accroche sa corde à une autre cheminée, ce qui permet à Warren de traverser pour le rejoindre sur le nouveau bâtiment.

 

[I-2 : Danny, Warren : Josh Newcombe ; Russell Drent] Ils se trouvent maintenant en face de la porte arrière des bureaux du Crimson Post – une porte plus large que les autres, car destinée à accueillir les livraisons de papier pour l’imprimerie. Cette porte est ouverte en grand, aussi Danny et Warren peuvent-ils constater que des zombies errent à l’intérieur du bâtiment. Danny ne voit pas Josh Newcombe, mais le hèle à tout hasard : « Oui ? Mais c’est Mr Cody ! Oh, et en compagnie de ce bon Mr Huntington ? » Danny explique que le savant fou est venu chercher son journal… Newcombe va de ce pas lui chercher ça – il avait parcouru toute la ville à sa recherche, mais sans succès… Il retourne à l’intérieur de l’imprimerie, sans que les morts-vivants autour de lui ne réagissent de quelque manière que ce soit, et en ressort bientôt avec deux éditions spéciales – oui, deux ! C’est qu’il se passe pas mal de choses en ce moment… Mais Danny aimerait aussi s’entretenir avec lui – même si le journaliste a du travail, une autre édition spéciale en vue… Newcombe est récalcitrant, mais Danny le convainc du moins de monter à l’étage du bâtiment où Warren et lui se sont réfugiés – suivi par quelques zombies, le journaliste peut leur tendre les deux éditions spéciales ; mais Warren n’a de toute façon aucune envie de les lire, et Danny n’en est pas capable… Ce dernier prend cependant le temps d’échanger quelques mots avec Newcombe – qui semble révérer le shérif Russell Drent, et ne pas douter le moins du monde que cet homme à poigne et béni du Seigneur saura rétablir l’ordre dans Crimson Bay ; qu’importe les dénégations de Danny, qui soutient que le shérif ne compte rien faire pour sauver les gens dans la blanchisserie... De toute façon, Newcombe publiera sous peu une édition spéciale consacrée à une interview du shérif, qui démontrera sans l’ombre d’un doute que Drent est un homme bon, mieux, admirable ! Bien sûr, il ne révélera rien du contenu de cette interview avant parution. Quant au fait que les morts-vivants ne s’en prennent pas à lui, il suppose que cela tient à la protection divine : « Il n’y a pas d’autre explication rationnelle. » Le programme du shérif portant sur la Nouvelle Alliance va dans ce sens : il a été mis à l’épreuve, et a démontré sa valeur. « Ses stigmates sont impressionnants, n’est-ce pas ? » Danny souscrit un abonnement, et Josh Newcombe l’assure qu’il fera de son mieux pour lui livrer ses éditions spéciales ; d’ici-là, il retourne à son travail : « Quelle activité, mazette, quelle activité ! »

 

[I-3 : Danny, Warren : Beatrice, Nicholas] Danny et Warren ne s’attardent pas. Le savant fou utilise la corde pour traverser à nouveau vers l’autre toit, tandis que le bagarreur, désireux de conserver sa corde, reproduit ensuite la même manœuvre de saut – mais avec davantage de difficultés : il ne parvient pas à s’agripper et s’étale par terre ! Le choc est douloureux, mais le courage éthylique de Danny lui permet de reprendre sur lui et d’escalader la façade pour retourner à la sécurité du toit. Il leur faut maintenant rejoindre les autres au-delà des limites de la ville ; Warren use d’un des feux d’artifice qui lui restaient pour attirer les zombies dans une autre direction. Cela leur permet de regagner le niveau de la rue, où les morts-vivants sont plus clairsemés – il en reste, cependant, qui les repèrent… et ils sont bientôt assez nombreux, qui les suivent tandis qu’ils fuient en courant – en direction du cimetière, au nord-est de la ville : Danny ne veut pas attirer les zombies dans la direction de Beatrice et Nicholas, qui n’interviennent pas, et fait de grands gestes pour qu’ils le suivent lui plutôt que Warren, lequel peut ainsi rejoindre leurs camarades. Ils entreprennent de remonter discrètement vers le nord. Les zombies sont tenaces derrière Danny, ils ne connaissent pas la fatigue, mais leur lenteur est telle qu’ils sont enfin contraints de lâcher l’affaire, pour la simple raison qu’ils ne voient plus leur proie. Les PJ se retrouvent dans les bois, un peu avant le cimetière.

 

[I-4 : Nicholas, Beatrice : Josh Newcombe] Ils sont maintenant dans une relative sécurité – et jugent qu’il est temps de lire les éditions spéciales de Josh Newcombe ; Nicholas lit la première, et tend la seconde à Beatrice

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (12)

Un Régime Alimentaire Répugnant !

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

Parmi les nombreux signes de ce que le Jour du Jugement est imminent, l’honnête homme attentif aux errements de ses contemporains ne manquera pas de relever combien la notion même d’alimentation a été pervertie.

 

Songez à ces pauvres gens, qui espèrent encore survivre à l’Apocalypse en s’entassant dans quelque entreprise asiate aux motivations aussi douteuses que ses financements ! Or les mœurs culinaires étranges de ces Orientaux Suspects menacent de déteindre sur ces moutons égarés…

 

Ainsi qu’il a été maintes fois rapporté par tant d’observateurs au-dessus de tout soupçon, de fait, les Jaunes, en période de crise, n’hésitent guère à recourir à la consommation de chair humaine – le cannibalisme est pour ainsi dire une institution à la cour du Mikado, et les mousmés si lubriques ne sont pas les dernières à se repaître de la chair de leurs semblables. Les chiens, les chats… Tant de mets déjà horribles, dont ils se régalent quand tout est prospère ! Qui s’étonnera donc de ce qu’ils s’abaissent à consommer le Réceptacle de l’Âme Immortelle de l’Homme quand les temps deviennent difficiles…

 

Un de nos informateurs, dont nous tairons le nom afin d’assurer sa protection, a ainsi surpris dans l’Usine Honteuse un Colloque Secret entre l’Infâme Tchouang Tchi Tchu et le Terrible Kung Keng Tzu Mi, Maîtres Secrets des Triades de Crimson Bay, et héritiers des Vils Secrets de Tchambahllha et d’Agghartha. Ces deux Criminels comptaient persuader, par de suaves paroles, les innocents bons Chrétiens captifs de cette Blanchisserie de l’Enfer, de se nourrir des cadavres de leurs regrettés parents. Quelle insolence ! Quelle vilenie ! La « Force Majeure », disent-ils ? Plutôt la Perversion inhérente à ces Êtres Maudits au teint de Prune !

 

Car ils ne comptent certes pas s’en tenir là – leurs rituels shintoïstes et tayhoïstes impies suivront, qui métamorphoseront leurs pauvres victimes en ces Êtres Hirsutes et Sauvages que les Peaux-Rouges, guère moins Sauvages il est vrai, appellent les Gwendigüs !

 

Cela ne doit pas être ! Les habitants de Crimson Bay doivent résister à cette Tentation Funeste et Orientalement Démoniaque !

 

Aussi suggérons-nous à Nos Aimables Lecteurs d’apaiser leur faim au travers d’un régime alimentaire plus sensé et respectueux de l’intégrité physique de chacun. En pareille situation, il apparaît clair que la consommation de légumes verts et de fruits frais s’impose comme l’unique garantie d’une santé rayonnante.

 

Nous attirons tout spécialement l’attention de Nos Aimables Lecteurs sur les vertus des Brocolis – un vrai mets citoyen, nutritif et pas moins délicieux.

 

Résistez à l’emprise alimentaire étrangère ! Mangez américain, et non des Américains !

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

 

[I-5 : Beatrice] De son côté, Beatrice lit la seconde édition spéciale…

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (12)

Ceux qui Rient dans les Ténèbres

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

Nos Aimables Lecteurs ne seront pas surpris d’apprendre qu’en ces temps difficiles, il se trouve des Êtres Immondes pour se réjouir de la misère des Bons Chrétiens…

 

Ainsi, bien sûr, de cet infâme « Homme du Cimetière », dont il nous est arrivé de parler dans nos colonnes (éditions spéciales du 3 janvier, du 25 février, du 5 mai, du 3 août, du 15 septembre, du 29 décembre 1879, et du 5 janvier, du 3 février, du 4 mars, du 23 avril, du 4 mai, du 6 mai, du 7 mai, du 24 mai, du 30 juillet, du 14 août, du 21 août et du 13 septembre 1880). Il ne pouvait rester en paix tandis que le Chaos déferlait sur Crimson Bay… Le Mort qui Marche, et comment pourrait-il ne pas être lié à la soudaine réapparition de tant de Nos Chers Disparus dans nos bonnes rues de Crimson Bay, le Mort qui Marche, disais-je, fait à nouveau des siennes, et menace de par sa simple présence l’intégrité de Nos Aimables Lecteurs. Nous ne saurions trop leur conseiller, dès lors, d’éviter de se promener dans les abords du cimetière – au charme bucolique certes fort appréciable, mais la sécurité passe avant tout.

 

Ceci d’autant plus que l’Homme du Cimetière, selon nos sources, aurait ouvertement pactisé avec les Démons des Peaux-Rouges ! Qui s’en étonnera, là encore ? Certainement pas quiconque a, dans ses cauchemars les plus moites, aperçu ne serait-ce qu’un bref instant le Hideux Faciès de ce Shamane Cruel, qui Rit dans les Ténèbres…

 

Prenez donc vos précautions, aimables lecteurs. En cette triste époque, les collines boisées qui environnent Crimson Bay ne sont hélas guère propices aux pique-niques en famille…

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

[I-6 : Warren, Danny, Beatrice : Josh Newcombe] La bigoterie haineuse de Josh Newcombe met les PJ quelque peu mal à l’aise… Warren le méprise depuis un bon bout de temps, le personnage l’a extrêmement déçu. Mais peut-être y a-t-il pourtant, disséminées dans ces élucubrations bornées et mensongères, des choses éventuellement utiles ? Il divague beaucoup, mais semble pourtant savoir certaines choses – peut-être a-t-il déjà vécu ce genre d'événements ? Danny se demande même s’il n’en serait pas le responsable… Sans aller jusque-là, Beatrice fait part de ce que l’accointance du journaliste avec le shérif Russell Drent ne lui inspire vraiment pas confiance. En même temps, Danny relève qu’ils sont tout près du cimetière, et suppose qu’il pourrait être utile d’y jeter un œil… La huckster l’approuve : elle serait curieuse de rencontrer ce Mort qui Marche !

 

II : REPOSE EN GUERRE

 

[II-1 : Beatrice : Mortimer Stelias, Gamblin’ Joe Wallace] Effectivement, le cimetière est tout proche. Ils y avaient jeté un œil de loin en se rendant aux bureaux du Crimson Post : pas de mouvement, mais des signes de passage. La plupart des croix sont en bois, mais deux gros caveaux en pierre se situent aux extrémités ouest et est du cimetière ; celui situé à l’ouest est une sorte de tombe commune, mais l’autre semble au plus familial, éventuellement individuel. Les tombes ont toutes été retournées – ou, plus exactement, elles sont ouvertes, car des morts s’en sont extraits… Le muret entourant le cimetière a souffert çà et là, et la grille de l’entrée a été défoncée. Les PJ s’avancent en direction du caveau à l’est du cimetière ; il y a une grille à l’entrée, à taille humaine, qui est ouverte – et permet d’apercevoir un cercueil ouvert également. Le nom du défunt se lit aisément : Mortimer Stelias, l’ancien propriétaire foncier de la région, celui qui a fait venir Gamblin’ Joe Wallace et a donné de ses terres à la communauté des anciens esclaves. Beatrice, qui n’en est plus à ça près, toque à la grille en disant : « Y a quelqu’un ? » Pas de réponse venant de l’intérieur – mais, à la lisière est du cimetière, on entend des bruits dans les fourrés…

 

[II-2 : Warren, Beatrice : Jon Brims ; Mortimer Stelias, Russell Drent] … et bientôt la voix de Jon Brims, le huckster reconverti en croque-morts – dont ils savaient qu’il était un ami de Stelias. Il sort des buissons, et salue les PJ, Warren notamment, qui ont mis le temps à venir… Mais il n’a pas de reproches à leur faire – lui qui a fui sans attendre ; il s’est montré… faible. Il aurait peut-être pu faire quelque chose, mais n’a pas voulu s’impliquer… Il ne « joue plus aux cartes » depuis qu’il s’est installé à Crimson Bay, mais... Eux, par contre, l’ont cherché, ils se sont inquiétés pour lui – et, chez lui, ils ont mis la main sur son journal et son exemplaire du Livre des Jeux de Hoyle. Warren lui rend aussitôt son journal, et Beatrice le livre. Il aurait pu partir avec… Peut-être les a-t-il laissés pour qu’on les trouve, sans bien en être conscient ? Ils échangent sur leurs expériences de ces derniers jours, et font le point sur la situation. Puis Brims confesse ne pas se trouver là par hasard ; non, il ne connaît pas le nom du démon qui loge dans le corps de Russell Drent… Mais il connaît... quelqu’un... qui en sait davantage, et mieux vaut qu’il leur parle directement. Beatrice sourit : « Mr Stelias est ici ? » Tout à fait – mais mieux valait l’introduire, pour refréner les ardeurs des accros de la gâchette…

 

[II-3 : Danny, Nicholas, Beatrice, Warren : Jon Brims, Mortimer Stelias ; Shane Aterton, Glenn Cabott] En effet, là où était apparu Jon Brims, les PJ distinguent maintenant la silhouette immédiatement reconnaissable du Déterré qu’ils avaient croisé aux environs de la résidence de Shane Aterton, et qui avait… « aspiré » l’âme de Glenn Cabott ? Instinctivement, Danny recule tandis que le nouveau venu les dévisage lentement, sans un mot ; Nicholas, lui, dégaine aussitôt ses armes et les pointe sur le DéterréBeatrice et Warren se positionnent aussitôt de façon à empêcher le faux prêtre de commettre une bêtise ! Brims fait les présentations ; il sait bien que l’apparence de son ami a de quoi faire peur, mais il les en prie : s’ils lui ont jamais accordé confiance, Warren notamment, qu’ils le croient : Stelias est de leur camp, « c’est un "gentil" dans toute cette affaire ». Danny approche – mais Nicholas n’y croit pas. Stelias s’avance vers le pistolero, très nerveux, et qui refuse d’écouter les injonctions du bagarreur, qui lui dit de déposer ses armes. « Il a quelques préjugés... » Le Déterré trouve ça bien compréhensible ; mais il s’adresse à Nicholas, qui ressasse la scène où Stelias a aspiré l’âme de Cabott : « Je n’ai pas choisi ma condition. Je n’ai pas choisi de revenir. On m’a fait revenir – pour me torturer. Voyez-vous… Je me targuais d’être un homme bon. Il faut croire que je n’étais pas le seul à avoir cette impression. On m’a fait revenir pour me dégrader. Par chance, cela ne s’est pas produit pour l’heure. » Brims prend son relais : un Manitou l’a fait revenir, oui, mais il est parvenu à le subjuguer ; Stelias est honnête, respectable : « Je ne prétendrais pas qu’il est inoffensif, car c’est probablement l’homme le plus dangereux que j’ai jamais connu ; mais il ne vous veut pas de mal. »

 

[II-4 : Nicholas, Beatrice : Mortimer Stelias ; Russell Drent, Mr Chow, Laughs At Darkness, Rafaela Venegas de la Tore, Fedor, Josh Newcombe] Nicholas ne comprend rien à ces histoires de « Manitous » ; c’est que la religion qu’il professe (ou feint de professer ?) ne les connaît pas – ou pas sous ce nom. Stelias explique que les Indiens désignent ainsi des esprits maléfiques qui se nourrissent de la peur : « Ils ont voulu faire de moi leur instrument, manière cruelle de narguer l’homme bon que j’étais, ou que je croyais être. » Beatrice lui demande si, dans ce cas, c’est un Manitou qui possède Drent – et c’est bien le cas ; en fait, c’est probablement celui qui commande, entre autres, le Manitou qui habite la carcasse du Déterré – oui, ils ont une hiérarchie. Il faut donc remonter jusqu’à lui. Peut-on le tuer ? « Vous ? J’en doute. Il est assez puissant. Cela implique de faire appel à des moyens surnaturels. » La huckster poursuit : Mr. Chow a avancé qu’il pourrait le vaincre – à la condition de connaître le nom du démon, ou plutôt du ManitouStelias connaît ce nom – mais n’a aucune confiance en le maître caché de Chinatown : mieux vaut chercher d’autres alliés. Auprès des Indiens, avance Beatrice ? Oui, c’est la meilleure chose à faire : « Il faut trouver Laughs At Darkness. Il a cherché à vous contacter. » Les visions de Rafie… « Oui. Lui non plus n’inspire pas confiance à vue d’œil. Pourtant… » Mais, avant que quiconque ne lui pose la question, non, Stelias ne peut pas s’en prendre lui-même à ce Manitou : « J’ai subjugué mon propre Manitou, mais il faut tout de même que je me tienne à distance, le risque est trop grand qu'il se réveille à cette proximité – et, croyez-moi, ce ne serait pas un risque seulement pour moi. C’est bien pour cela que je n’ai pas pu aller en ville lors des derniers événements. » Laughs At Darkness connaît le nom du Manitou – le Déterré préfère que ce soit lui qui le donne aux PJ – comme une garantie. Et concernant les morts-vivants ? Drent avançait que le responsable appartenait à la communauté des anciens esclaves… C’est pour partie vrai – mais c’est bien le Manitou qui est derrière tout ça, manipulant des pions qui croient se combattre quand en fait ils servent la même cause ; Drent, Fedor, Mr Chow, et quelques autres, qui n’ont absolument pas conscience de leur rôle dans cette affaire, comme Newcombe, bien sûr. Un bonhomme fanatique et bourré de préjugés… Mais le vrai problème est ailleurs : dans ses articles ! Généralement, on ne les prend pas au sérieux, et à bon droit ; cependant, ils ont la plupart un petit fond de vérité au milieu des bêtises, et quand ces « informations » semblent être confirmées, cela accroît la peur, et éventuellement son crédit, aussi l’article suivant fera-t-il encore plus peur et de moins en moins rire, etc. « Il croit sincèrement travailler pour Dieu, mais ça n’est certainement pas le cas. »

 

[II-5 : Nicholas : Mortimer Stelias ; Glenn Cabott] Nicholas reste nerveux – malgré l’attitude de ses camarades, il garde ses armes braquées sur le Déterré. Mais il est en même temps porté à interpréter les propos de Stelias selon une grille chrétienne – l’exorcisme, impliquant la connaissance du nom du démon, etc. Mais ses connaissances en la matière sont en fait très floues… Nicholas s’étonne aussi des raisons qui avaient amené Stelias en ville, au moment de la mort de Glenn Cabott : il était venu pour eux – pour juger de leurs capacités. Ils lui ont fait peur, d’ailleurs, avec leurs actions irréfléchies : « C’est ironique, n’est-ce pas ? » Même chose quand ils ont fait brûler l’église…

 

[II-6 : Beatrice, Nicholas : Mortimer Stelias ; Russell Drent, Rafaela Venegas de la Tore, Fedor] Mais Beatrice fait la remarque qu’ils manquent de temps – et d’options vraiment sûres. Elle se demande si Crimson Bay débarrassée des morts-vivants ne serait pas dans une situation encore pire, sous le contrôle de Russell Drent ou du Manitou qui habite son corps… Cependant, il y a des problèmes particulièrement pressants – et notamment ces « morts subites » qui frappent les habitants de Crimson Bay, y compris ceux qui se sont réfugiés à la blanchisserie. Ne peuvent-ils rien faire ? Si… « La cause est assez évidente, en fait : l’eau, bien sûr… » Ce n’est qu’alors que Nicholas se rappelle des pattes de poulets trouvées près des puits – qui ont bien été contaminés. Si les habitants de Crimson Bay cessent de boire cette eau (mais il faut alors trouver de quoi la remplacer), les « morts subites » cesseront. Purifier les puits, avec un élu, serait sans doute la chose à faire, à terme. Il faut communiquer cette information aux gens dans la blanchisserie – et notamment à Rafaela. Mais qu'en est-il, alors, du maître des zombies ? Pour Stelias, raisonner Fedor, au point où ils en sont, n'est hélas plus envisageable ; il le connaissait bien, le prêtre vaudou avait remisé de côté sa magie, et souhaité vivre en paix, avec un sincère désir de venir en aide aux siens – mais l’expédition à la communauté des anciens esclaves a ranimé la flamme, maintenant inextinguible. « Il me fait penser à moi, d’une certaine manière – à moi… ou plutôt à ce que je pourrais devenir si je perdais le contrôle. » Les PJ remercient Stelias pour ses précieuses informations – ils ont beaucoup de choses à faire.

III : UNE DERNIÈRE VIRÉE EN VILLE

 

[III-1 : Beatrice, Danny] Et, d’abord, il faut prévenir les réfugiés de la blanchisserie de ce que c’est l’eau qui provoque les « morts subites ». Les PJ contournent Crimson Bay, prenant soin de rester dans les collines boisées où les morts-vivants ne sont pas trop nombreux. L’idée est de laisser Beatrice seule gagner la blanchisserie en usant de son Sort de Téléportation ; Danny restera au cas où en soutien, non loin – la huckster prenant soin d’augmenter la Discrétion du bagarreur durant l’approche de la ville par le nord. La méthode, qui commence à être éprouvée, fonctionne très bien, et Beatrice peut ainsi se téléporter sur le toit de la boutique de la blanchisserie, où une trappe permet de pénétrer dans l’usine elle-même. Les gardes sont surpris de ne voir que Beatrice, mais ne font pas de remarque, et la laissent entrer.

 

[III-2 : Beatrice : Rafaela Venegas de la Tore ; Nicholas, Mr Chow, Josh Newcombe, Jon Brims] La première chose que fait Beatrice une fois à l’intérieur est de chercher où se trouve Rafie. L’élue a les traits marqués – cela fait plusieurs jours qu’elle se consacre presque en permanence au rituel de Sanctification de la blanchisserie. Les gardes aussi sont exténués – ils ne parviennent pas à tenir le rythme des « morts subites », même s’ils décapitent systématiquement ceux qui viennent à mourir. La population réfugiée est dans un état désespéré – mais c’est l’apathie qui domine, ou le fatalisme. Beatrice explique à son amie ce qui s’est produit depuis qu’ils ont quitté la blanchisserie – notamment le problème de l’eau ; en fait, Nicholas avait indiqué à Rafie les pattes de poulets à proximité des puits, et elle s’en veut terriblement de ne plus y avoir repensé depuis leur retour des sources, pendant la tempête ; elle culpabilise, à vrai dire… Ce n’est pas le moment : il faut trouver d’autres sources d’approvisionnement en eau – et plus tard, éventuellement, trouver comment purifier les puits. Rafie va en parler avec Mr Chow – qui n’est pas né de la dernière pluie, et ne manquera pas de demander à l’élue d’où vient cette soudaine illumination… La huckster préférerait ne pas mentionner le nom de Mortimer Stelias ; Rafie n’aura qu’à évoquer le bref retour de Beatrice – et s’il veut en savoir davantage, qu’elle dise que l’information vient de Josh Newcombe ! L’élue est sceptique : Chow ne croira jamais un truc pareil… Jon Brims, alors ? il a permis de recouper les informations ! Mais le bon sens devrait suffire à convaincre le maître de Chinatown. Beatrice ne s’attarde pas, et rejoint les autres en usant de sa Téléportation.

 

[III-3 : Beatrice, Danny : Gamblin’ Joe Wallace] Les PJ se retrouvent dans les collines au nord. Ils avaient évoqué l’idée de se rendre à l’usine de munitions de Gamblin’ Joe Wallace, plus loin au nord, au-delà des sources contaminées ; faire des provisions, avec tous ces zombies, pourrait être utile ! Cependant, les morts-vivants, en masse, environnent tout le grand bâtiment – ils sont bien trop nombreux, et l’usine à la fois trop massive et trop isolée par ailleurs, pour mettre en place un quelconque plan de diversion, ou user à nouveau de la Téléportation de Beatrice (qui consomme beaucoup de Points de Pouvoir, à force !) ; d’autant plus qu’ils ne peuvent pas identifier quelque accès que ce soit … Danny insiste, il cherche à envisager d’autres options, mais il est bien obligé d’admettre enfin qu’approcher davantage de l’usine de munitions serait suicidaire. Le plan est abandonné, et les PJ prennent la direction du point de rendez-vous que leur avait donné Jeff Liston – une petite cabane de pêcheur, sur un cap au nord-ouest de la ville ; ils s’y rendent à travers les collines et les bois, les zombies ne représentent pas une menace ici.

 

IV : COPAIN DES BOIS

 

[IV-1 : Nicholas, Beatrice : Jeff Liston] Identifier le point de rendez-vous n’est pas un problème, même pour quelqu’un qui ne connaît pas la région. La mer est toujours aussi démontée, mais ce petit cap demeure sûr. La cabane est une misérable bicoque qui prend l’eau, mais il apparaît clairement qu’elle a maintes fois servi de refuge, même si pas récemment a priori. Jeff Liston n’est pas là, les PJ vont l’attendre à l’intérieur – et se reposer, ils en ont bien besoin. Nicholas monte la garde, cependant – il a l’impression qu’on les observe, depuis la lisière de la forêt… Rien de très précis, mais la sensation est tenace. Il en prévient les autres à l’intérieur. Ils vont y jeter un œil de plus près ; le faux prêtre relève bien des traces – de mocassins, sans doute. « On est suivi par ces putains de Peaux-Rouges ! » Beatrice lui rappelle qu’ils sont justement censés aller à la rencontre de « ces putains de Peaux-Rouges », et que l’idée n’est certainement pas de les flinguer… Ils suivent cependant ces traces très légères – et déterminent qu’il y avait au moins deux individus. Au bout d’un moment, il y a des traces de chevaux, non ferrés, toutes fraîches ; mais elles disparaissent bientôt, en traversant une rivière dans un endroit par ailleurs davantage boisé.

 

[IV-2 : Nicholas, Danny, Beatrice : Jeff Liston] Mais Nicholas entend alors du bruit, venant de derrière eux, cette fois ; il n’est pas très inquiet, pour une fois – il suppose qu’il s’agit de Jeff Liston, et c’est bien le cas. Le tenancier du Red Bear se révèle pour le trappeur qu’il a au fond toujours été, avec l’équipement adéquat – mais il est bardé de plusieurs fusils de chasse, de cordes, etc. « Vous avez un peu d’avance », leur dit-il. Ils veulent aller à la rencontre des Red Suns ? Entendu – mais ils vont d’abord se rendre à la cabane de chasse qu’il a bâtie dans un vallon encaissé de la forêt, à quelques kilomètres d’ici : là-bas, ils pourront parler en toute sécurité. Jeff Liston constate que Nicholas est très nerveux, et encore moins sociable que d’habitude… Une petite blague du trappeur sur la foi du faux prêtre suffit pour que ce dernier sorte à nouveau ses armes et le braque ! Les autres interviennent, un peu las, mais Liston, pas le moins du monde intimidé, fait la moue : « Ça s'rait bien d'pas réagir comme ça avec les Red Suns, parce que z'allez vous prendre toute la tribu sur la gueule… J’croyais qu’z’étiez partis chercher des alliés, pas d'nouveaux ennemis ! » Danny lui apporte son soutien, et la situation se décrispe un peu… Mais Beatrice suggère que Nicholas reste dans la planque de Liston le temps qu’ils aillent parlementer avec les Indiens…

 

[IV-3 : Nicholas, Beatrice : Jeff Liston] Après trois ou quatre heures de marche, à travers les collines et les forêts, un terrain beau mais chaotique (et qui laisse supposer des hivers rigoureux), les PJ atteignent une sorte de petit vallon encaissé, plus sombre, et c’est là que se trouve la cabane de chasse de Jeff Liston. Rien à voir avec la cabane de pêcheur : c’est un endroit certes pas énorme, mais où on peut vivre dans un certain confort et en sécurité. Fatigués, ils prennent tous le temps de se reposer avant de partir à la rencontre des Red Suns. Nicholas va se plier à la suggestion de Beatrice, même si elle essaye une dernière fois de le raisonner, en vain : il va rester ici le temps que les autres trouvent les Indiens – qu’il ne porte vraiment pas dans son cœur, et l’idée de s’allier avec eux lui déplaît foncièrement…. Les trouver, par ailleurs, ne sera pas forcément si évident – à supposer même qu’il y ait encore quelque chose à trouver ! Les Red Suns sont nomades, et la forêt n’est pas l’endroit le plus indiqué pour suivre leur trace ; mais le trappeur a une vague idée de là où ils pourraient se trouver – vers le nord-est, à une distance plus que raisonnable de Crimson Bay. Ça sera au moins un point de départ…

 

V : ORDALIE SOUS UN SOLEIL DE SANG

 

[V-1 : Nicholas, Danny : Jeff Liston] Guidés par Jeff Liston, les PJ, à l’exception donc de Nicholas, s’enfoncent à nouveau dans la forêt. Le trappeur est compétent dans sa partie, ses intuitions s’avèrent fondées. Danny a régulièrement la sensation d’être épié, et, si Liston n’en fait pas état, il comprend qu’il s’en rend compte lui aussi. Le bagarreur suppose en fait qu’il y a une sorte de « pacte » entre le trappeur et les Indiens : il ne les interpellera pas, il faudra qu’il trouve le campement par ses propres moyens.

 

[V-2 : Jeff Liston, Lone Hawk] Et c’est bien ce qui se produit après cinq ou six heures de marche : le campement occupe la quasi-totalité d’une clairière – et il y règne une certaine agitation. Les Red Suns ne font rien pour empêcher les PJ de pénétrer dans le village. Mais, au centre du campement, toute la tribu ou presque est rassemblée en un cercle, à proximité du tipi un peu plus vaste que les autres dont ils supposent qu’il est celui du chef de la tribu – Liston leur a dit qu’il s’appelait Lone Hawk. [Et pas Proud Horse, comme dans l’enregistrement ; j’avais égaré mes notes, pardon…] Le trappeur est un peu inquiet, mais suppose qu’il leur faut bien approcher. Au centre du cercle se trouve un poteau, auquel est attaché un vieil Indien, assez petit, le profil aquilin et buriné, le regard plein de morgue. Lone Hawk est visiblement très en colère à son encontre… Liston ne sait pas assez de la langue des Red Suns pour savoir quel est au juste le problème, mais l’animosité est palpable.

 

[V-3 : Danny, Beatrice : Jeff Liston, Lone Hawk, Laughs At Darkness ; Grey Bear] On n’a pas prêté attention aux PJ – aussi Jeff Liston, après un certain temps, ose enfin se signaler à l’attention du chef Lone Hawk, qui se retourne vers eux, et les regarde furibond, avec également quelque chose de dédaigneux. Il les dévisage tous, puis s’adresse à Liston – dans un anglais relativement limité mais suffisant pour échanger. Leur venue n’est pas très propice – les Blancs de Crimson Bay sont à l’origine de l’assaut des morts-vivants, qui n’a pas épargné les Red Suns ! Danny l’avait déjà compris : de l’autre côté du campement, il a repéré des charniers… Beatrice et lui expliquent avec diplomatie et déférence qu’ils sont également des victimes de cette invasion ; et, à Crimson Bay, ils essayent, avec une amie restée sur place, de protéger les innocents… Ils aimeraient venir en aide aux Red Suns également. Lone Hawk est au mieux sceptique… Mais il a un autre coupable en tête : le vieil homme attaché au poteau, avec sa « mauvaise magie » ! Il l’identifie comme étant Laughs At Darkness – un chamane qui avait été banni depuis longtemps de la tribu des Red SunsGrey Bear, son successeur, l’avait pourtant dit : le bannissement n’était pas suffisant ! Lone Hawk regrette que ce dernier soit mort… mais il avait raison : Laughs At Darkness doit mourir ! Une vision le lui a confirmé… Beatrice constate que les jeunes braves manifestent violemment leur haine du vieux chaman – mais les membres de la tribu plus âgés sont davantage indécis, voire un peu gênés, mis mal à l’aise même, par la scène qui se déroule sous leurs yeux… même s’ils n’osent pas contredire leur chef. Beatrice avance que les visions sont parfois trompeuses… Lone Hawk rugit : « C’était une vision accordée par l’esprit Tacheene ! Tacheene ne ment pas ! » La huckster, diplomate, tourne la chose autrement : « Tacheene ne ment pas – mais ce sont les interprétations qui sont parfois biaisées. » Lone Hawk est stupéfait qu’une femme ose le reprendre… Mais Danny l’appuie : ils ont les mêmes intérêts, les mêmes ennemis. Beatrice ajoute que, plus il y a de morts, plus l’armée des morts grandit… Lone Hawk, même en colère, est un homme raisonnable ; sans vraiment le dire, il admet qu’il y a du vrai dans les paroles des visiteurs…

 

[V-4 : Flying Shadow, Jeff Liston, Lone Hawk, Laughs At Darkness ; Grey Bear, Raven] Mais sort alors des rangs un jeune Indien, visiblement un chaman – du nom de Flying Shadow, ainsi que Jeff Liston l’apprend à ses compagnons, précisant qu’il est le successeur de Grey Bear ; il s’était fait discret jusqu’alors, mais voir Lone Hawk flancher, ne serait-ce qu’un tout petit peu, l’incite à prendre la parole – dans la langue des Red Suns, les PJ n’y comprennent rien, mais comprennent sans peine que le nouvel intervenant alimente la colère de Lone Hawk à l’encontre de Laughs At Darkness. Liston n’est pas en mesure de traduire ses propos, mais le jeune chaman semble évoquer « la guerre de Raven », et le trappeur n’a aucune idée de ce que cela signifie.

 

[V-5 : Danny, Beatrice : Jeff Liston, Laughs At Darkness, Lone Hawk, Flying Shadow] Danny demande à Jeff Liston si les Red Suns n’auraient pas une tradition qu’ils pourraient utiliser pour sauver la vie de Laughs At Darkness. Liston hésite – mais suppose qu’une sorte de duel judiciaire pourrait faire l’affaire, s'il n'emploie pas ce terme : il faudrait que Danny se porte champion pour Laughs At Darkness, contre un champion de Lone Hawk... ou de Flying Shadow. C’est vraiment ce qu’il veut ? Or la discussion entre le chef indien et son jeune chaman est de plus en plus vive – puis ce dernier tourne le dos à son chef dans un geste plein de mépris, dégaine son tomahawk et s’avance vers Laughs At Darkness, dont le regard reste fier. Danny intervient : « C’est le moment, pas le choix ! » Le bagarreur se place entre le jeune chaman et son vieux prédécesseur, et Liston fait part de son défi à un Lone Hawk furieux… contre Flying Shadow. Ça se joue à peu de choses, mais le chef, visiblement désireux de rétablir son autorité, accède à la demande de Danny, et ordonne à Flying Shadow de choisir un champion ; le chaman a de la sorte les mains liées… Il désigne un jeune brave de la tribu – une vraie montagne ! Danny engloutit du whisky pour se mettre en condition… Discrètement, Beatrice offre d’user de sa Magie pour lui donner un avantage, mais Danny refuse – le risque serait trop grand qu’on le détecte… Vaincre ce brave est de toute façon dans ses cordes ! Tout le monde fait cercle autour d’eux ; ils ont droit à leurs armes, tomahawk pour le brave, gourdin pour le bagarreur. Tous deux échangent plusieurs passes, sans parvenir à percer la défense de l’adversaire ; Danny succombe bientôt à la frénésie, sans que cela ne lui confère vraiment d’avantage – le brave le nargue, mais sans se montrer plus efficace, et il est bientôt contraint de reculer et de se montrer plus prudent, après avoir été un tantinet secoué par un coup inattendu ; cependant, une maladresse du bagarreur lui permet enfin de lui asséner un violent coup à la tête… et Danny s’écroule !

 

[V-6 : Beatrice, Danny : Flying Shadow, Lone Hawk] Mais Beatrice intervient : elle n’en est pas tout à fait sûre, mais elle pense que Flying Shadow a fait exactement ce qu’elle avait envisagé de faire – le chaman a aidé magiquement son champion ! Avec un aplomb singulier, alors même que le brave triomphant semble s’apprêter à achever Danny, la huckster dénonce la tricherie à Lone Hawk et aux anciens. Est-ce cela, ce qu’ils appellent de la « bonne magie » ? Or le chef avait lui-même quelques doutes concernant le caractère loyal du combat… Il intervient pour empêcher le brave d’achever Danny – et sa colère à l’encontre de l’arrogant Flying Shadow le rend réceptif à la plainte de Beatrice

 

VI : MAUVAIS SOUVENIRS

 

[VI-1 : Nicholas : Jeff Liston] Pendant ce temps, dans la cabane de Jeff Liston, Nicholas ne tient pas en place – il fait plusieurs rondes dans les environs, à l’affût d’Indiens qui le surveilleraient… La sensation devient bientôt une conviction : oui, il y a quelque chose dans les bois alentours. Mais pas des Indiens – quelque chose d’autre… De bien pire… Il retourne à l’intérieur de la cabane, et barricade la porte d’entrée, ainsi que la fenêtre à côté ; il se pose sur une chaise à côté de la cheminée, et dégaine ses armes fétiches, le Père et le Fils. Bientôt, il y a des bruits dehors… Des pas ? Non, plutôt... le vent, mais un vent très particulier – le souffle s’accroît, qui réveille de mauvais souvenirs ; et, dans l’interstice en dessous de la porte, un vent de sable rouge s’insinue dans la cabane…

 

À suivre…

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (11)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (11)

Onzième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici.

 

Les inspirations essentielles se trouvent dans la campagne Stone Cold Dead et le scénario Coffin Rock, mais les événements de cette séance sont largement personnels.

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez également l’enregistrement de la séance dans la vidéo ci-dessous.

I : LE POIDS DE SES FAUTES

 

[I-1 : Danny, Nicholas : Russell Drent] La posture christique de Russell Drent a quelque chose d’extatique. Les adjoints ne réagissent pas – c’est comme s’ils n’avaient pas conscience de ce phénomène pourtant à même de capter l’attention… Le shérif explique qu’il lui a fallu faire des sacrifices pour le bien commun – ce que Danny est plus à même de comprendre que le faux prêtre Nicholas (qui est très nerveux et s’agrippe à sa croix, Christina). Danny fait le benêt – il faudrait soigner le shérif, il perd tout de même beaucoup de sang… Mais il s’y refuse : « C’est le sang de la Nouvelle Alliance. De temps en temps il faut que le sang coule. Cela régénère les terres. » Mais il replie enfin ses bras, et lape le peu de sang qui gouttait encore de ses paumes.

 

[I-2 : Danny, Beatrice : Russell Drent] Le shérif se tourne à nouveau vers Danny : lui qui a exercé ses fonctions en temps de crise, a-t-il des suggestions à lui faire ? Oui – il faut se rendre à la blanchisserie avec les adjoints (ils sont une quinzaine) pour sauver les habitants de Crimson Bay qui s’y sont réfugiés. Mais Russell Drent dit trouver cela prématuré – il y a des centaines de morts-vivants entre le bureau du shérif et l’usine… Il faut patienter encore un peu. Danny insiste : ils n’ont pas assez de vivres pour deux jours ! Le shérif l’entend bien : « Vous connaissez cet Anglais qui parle de la "sélection naturelle" ? » Danny le regarde l’air perplexe… « C’est dans l’ordre des choses que les faibles périssent – ce qui laisse du champ aux forts. » Le bagarreur y réfléchit, et trouve cela affreux – et ils sont les représentants de la loi dans cette ville, ils ont pour tâche de protéger les faibles ! Beatrice ajoute que ce qui se produit en ville n’est pas très « naturel »… Le shérif l’admet – mais, dans ce cas, il faut prendre garde à ne pas aller à l’encontre des plans du Seigneur !

 

[I-3 : Beatrice, Danny : Russell Drent, Bill ; Fedor] Mais Beatrice demande alors à Drent, qui a cette relation si particulière avec Dieu, s’il sait qui est derrière l’invasion de morts-vivants. Il a son idée, oui : « Ce nègre, Fedor… C’est un nègre des îles, ils sont un peu différents de ceux du Sud. Ils ont cette religion étrange, le vaudou, je crois… Ils sont en lien avec des esprits maléfiques, des démons ! Qui leur permettent de réveiller les morts… » Naïvement, Danny en conclut : « C’est peut-être à cause de nous, alors. » Drent le croit ; mais il est toujours utile d’admettre ses erreurs. Sauf qu’ils ne parlent pas de la même chose : « Cela ne doit pas être facile d’avoir sur ses épaules le poids de toute cette responsabilité… Mais vous savez ce que vous avez fait, là-bas. » Le shérif insinue en fait que les PJ, en prévenant la communauté des anciens esclaves de l’expédition, ont permis à Fedor de s’enfuir avec les femmes et les enfants – c’est donc leur faute ! « C’est fâcheux, il aurait fallu l’abattre… » Danny hurle : « QUOI ?! » Il n’en revient pas. Mais Drent, d’un calme olympien, n’en démord pas – poliment, aimablement, il accuse le bagarreur et ses amis d’être les responsables de la mort de dizaines, peut-être de centaines d’habitants de Crimson Bay

 

[I-4 : Danny, Beatrice, Warren, Nicholas : Bill, Russell Drent ; Tom Jenkins, Jeff Liston] Les adjoints ne réagissent toujours pas. Danny fait appel à eux, mais ils l’ignorent. Qu’est-ce que Drent leur a fait ? Bill est là, la goutte au front, la mâchoire crispée, mais il ne dit rien. Il retient visiblement des sanglots. Il balbutie, puis finit par dire et répéter : « LA NOUVELLE ALLIANCE ! LA NOUVELLE ALLIANCE ! » D’autres adjoints reprennent ses paroles, plus sèchement. Drent, lui, engage les PJ à se mettre au travail – à sortir d’ici, donc. Quant aux réfugiés de la blanchisserie… Le shérif ne pense pas agir avant au moins trois ou quatre jours : « À raison de, disons, trente ou quarante morts par jour… Oui, voilà, quatre jours, ce sera de suite beaucoup plus raisonnable. » Danny est furieux – qu’il lui confie du moins quelques adjoints, deux ou trois ! Le shérif refuse : « Un peu de patience ; quatre jours, ce n’est pas grand-chose… » Beatrice, Warren et Nicholas ont compris le message : Drent les met dehors, avec tous les zombies qui rodent… Mais ils y sont prêts – le savant fou aimerait jeter un œil à l’atelier de Tom Jenkins pour récupérer des outils et du matériel, la huckster compte se réfugier chez Jeff Liston. Mais Danny s’obstine : il s’adresse à Bill, qui a l’air de résister au contrôle de Russell Drent – lui au moins pourrait le suivre ! Mais le vieil adjoint, secoué par des spasmes, marmonne désespérément entre ses dents serrées : « La Nouvelle Alliance ! La Nouvelle Alliance ! » Danny insiste – avec Bill, ils vont boire un verre au Red Bear… Mais Bill dégaine son Colt, l’amène contre sa tempe et fait feu. Contemplant le cadavre du suicidé, Drent dit d’un air navré : « Encore une mort tragique dont vous devrez porter la responsabilité… » Danny furieux suit ses camarades dehors – tandis que les adjoints qui restaient sous l’auvent, à disperser les zombies un peu trop téméraires, retournent à l’intérieur du bureau : où qu’ils aillent, les PJ seront seuls avec les morts-vivants.

 

II : L’OURS DANS SA TANIÈRE

 

[II-1 : Nicholas, Danny, Beatrice, Warren : Jeff Liston] Les PJ partent donc vers l’ouest – dans la direction du Red Bear, en espérant que leur ami Jeff Liston est toujours de ce monde. Mais nombre de zombies sont sur leur chemin… sans parler de ceux qui les suivent, maintenant que les adjoints ne s’en occupent plus ! Il y a plusieurs centaines de mètres à parcourir dans ces conditions… Et il va falloir faire vite ! Le périple est compliqué par la masse toujours renouvelée des assaillants – Nicholas, qui prend un peu de retard, est rapidement entouré par une foule de morts-vivants dont il ne s’extraie qu’à grand peine ; de l’autre côté, Danny, qui avait pris de l’avance et assénait de furieux coups de gourdin aux morts-vivants à portée, est bientôt dans une situation aussi mal engagée. Mais quelqu’un vient à leur secours : Jeff Liston ! L’ex-trappeur, qui a préparé plusieurs fusils de chasse, dégage l’accès au Red Bear, où les PJ se précipitent tandis qu’il les couvre ; Danny et Nicholas, qui sont parvenus à se dégager de la foule de leurs assaillants, sont les derniers à gagner l’abri du Red Bear, et Liston, assisté de Beatrice et Warren (dont le bras mécanique Hippolyte, qui produit des éclairs meurtriers, s’est avéré utile), entreprend aussitôt de fermer la porte et de la barricader – pour autant qu’ils le sachent, cette porte est l’unique accès à ce bouge dénué de fenêtres…

 

[II-2 : Beatrice, Warren : Jeff Liston] L’endroit devrait être sûr – mais tous, une fois à l’intérieur, ont le même réflexe : recharger leurs armes… Beatrice, notamment, a vidé quelques chargeurs ! Elle pensait avoir de la marge, mais c’est de moins en moins le cas, avec pareils ennemis… Liston fait de même avec ses divers fusils de chasse, posés dans des endroits stratégiques. Après quoi il redevient, même brièvement, « le tavernier ». Warren, après tout de même avoir remercié son hôte, n’a en effet guère tardé à lui commander, tout naturellement, une limonade, qu’un Liston perplexe lui sert bientôt, sur un plateau ; le savant fou se tient un peu à l’écart, c’est comme s’il discutait avec ses bras mécaniques – il songe aux plans d’un dispositif pour leurrer les morts vivants…

 

[II-3 : Beatrice, Nicholas : Jeff Liston ; Gamblin’ Joe Wallace] Puis Jeff Liston ouvre une bouteille : « Un vrai bon whisky. J’en n’ai acheté qu’une bouteille dans ma vie, je crois que c’est l’occasion que j’attendais pour la boire. » Et il s’installe à table avec les autres. Ils échangent leurs informations, racontent comment ils ont survécu. Beatrice mentionne aussi leur entrevue avec Gamblin’ Joe Wallace, qui avait avancé que, de tous les habitants de Crimson Bay, le patron du Red Bear était peut-être le seul à entretenir au moins de vagues contacts avec les Indiens de la tribu des Red Suns, dans la forêt du même nom ; Liston dit les croiser parfois, oui – ils ne lui ont jamais posé de problème… Il lui est arrivé de discuter avec quelques-uns d’entre eux autour d’un feu de camp : la valeur de cette peau d’ours, ce genre de choses… Guère plus. Nicholas, cependant, devine que l’ex-trappeur ne dit pas toute la vérité à ce propos – il lui demande s’il n’aurait pas fricoté avec une Indienne, mais Liston l’ignore… En tout cas, le patron du Red Bear se montre réservé, devant ce qu’il perçoit comme des accusations de la part de Wallace : dès qu’il y a un souci, dans ce pays, on dit « les Indiens, les Indiens »… Conneries. Les Red Suns sont paisibles. Mais Beatrice n’accuse personne – c’était seulement pour savoir si les Indiens du coin tireraient à vue ou discuteraient, dans l’éventualité où ils en rencontreraient… Liston répond qu’il y a un problème : ce qui se passe à Crimson Bay se passe peut-être aussi chez les Red Suns – ça pourrait les inciter à tirer (à l’arc, ils sont assez traditionalistes) d’abord et poser les questions ensuite… Mais Liston y a réfléchi : il pense que la forêt serait plus sûre que la ville – « enfin, à condition de connaître la forêt, bien sûr ». Il songeait à s’y planquer.

 

[II-4 : Beatrice, Danny, Nicholas : Jeff Liston ; Rafaela Venegas de la Tore, Russell Drent, Bill, Mr Chow] Mais Beatrice mentionne les réfugiés à la blanchisserie (dont Rafie), qui ont besoin d’aide… Et il y a un autre souci : Drent. Danny maugrée en se resservant un verre, et prend le relais : le shérif se la joue christique, mais il a des fantasmes d’épuration – il a clairement dit qu’il allait laisser les gens de la blanchisserie crever pour régner ensuite sur les survivants, sinon sur les cadavres. Liston s’enquille une bonne rasade – ça fait beaucoup de bonnes nouvelles… Danny est formel : il faut prévenir les réfugiés de Chinatown que Drent ne fera rien pour les aider. Mais une puissante magie est en jeu, de toute évidence. Le terme même fait hausser le sourcil de Liston­ – mais, après tout, les morts-vivants… Nicholas et Beatrice décrivent avec précision ce qui vient de se passer dans le bureau du shérif – et le contrôle « démoniaque » qu’il exerçait sur ses adjoints, au point de pousser le seul qui tentait de lui résister, Bill, au suicide. Mais peut-on organiser un repli des réfugiés de la blanchisserie dans la forêt ? Personne n’y croit – ils sont trop nombreux, et les morts-vivants plus encore… Et, parmi eux, il y a des vieillards, des enfants… Et même si ça marchait, qu’en diraient les Indiens ? Non, ce plan n’est pas raisonnable. Par ailleurs, le vieux Chinois qui dirige tout là-bas, Mr Chow, pue la magie et en tout cas le pouvoir – Jeff Liston ne lui avait jamais vraiment prêté attention… Mais la menace, c’est Drent – outre la famine, bien sûr.

 

[II-5 : Danny, Warren, Nicholas : Jeff Liston] Danny est persuadé qu’il faut qu’ils retournent d'abord à la blanchisserie. Liston est sceptique : ça fait toute une ville à traverser, avec ces macchabées partout… Danny est confiant : ils l’ont déjà fait, ils peuvent le refaire. Mais Liston est pensif – il a réfléchi à quelque chose… D’où viennent tous ces morts-vivants ? Il y en a des centaines, peut-être même des milliers… Le cimetière de Crimson Bay n’abritait certainement pas autant de monde. Et s’il fallait y ajouter des millénaires de cadavres d’Indiens ? Mais il n’en sait rien – il s’égare peut-être… Warren avait relevé que les cadavres étaient généralement assez récents, en même temps – pas des squelettes sans le moindre lambeau de chair ; et il s’agissait plutôt de Blancs a priori. Nicholas avance qu’ils ont les moyens de piéger ces morts-vivants – mais Liston le reprend : ce sont eux qui sont piégés. L’avantage d’un cerveau ? De la vitesse ? Oui, mais face à des hordes infinies… Beatrice et Danny n’y croient pas davantage que l’ex-trappeur : le bon père Nicholas est un peu trop optimiste…

 

[II-6 : Danny, Beatrice, Warren, Nicholas : Jeff Liston ; Mr Chow] Cependant, si retourner à la blanchisserie est la priorité pour Danny, il n’exclut pas de rendre ensuite une visite aux Red Suns – ce en quoi il est appuyé par Beatrice et Warren. Ils auraient pour cela bien besoin de l’aide de Jeff Liston… Il pourrait tenir un bon moment au Red Bear, même seul – mais il admet avoir une sortie de secours : il a, depuis des années, « au cas où » (« je suis un chasseur, merde »), creusé un tunnel vers l’ouest, et débouchant dans la forêt, au-delà de la voie ferrée, pas très loin de la côte. Il suffit de continuer à creuser sur quelques mètres au bout, et on est hors de la ville. Ils peuvent l’emprunter – et gagner Chinatown en faisant un détour par les collines au nord de Crimson Bay ; il pense que les morts-vivants y seront moins nombreux. Mais, quant à lui… Il n’est pas un bon samaritain – il ne risquera pas sa peau pour les gens de la blanchisserie ; mais il n’empêchera par les PJ de le faire. S’ils ont besoin de son aide, ils peuvent le retrouver dans deux jours dernier délai – après quoi il se réfugiera de toute façon dans la forêt. Il fixe un point de rendez-vous aisé à repérer pour qui n’a jamais pratiqué la forêt de Red Sun – un petit cap à quelques centaines de mètres au nord du port, avec une vieille cabane de pêcheur en sale état. Il a une vraie planque dans la forêt – mais impossible de l’indiquer, c’est trop compliqué pour se repérer ; en tout cas, c’est là qu’il se rendra ensuite. Nicholas envisage d’autres moyens de se retrouver – par exemple en faisant usage des feux d’artifice trouvés dans la boutique de Mr Chow, mais l’ex-trappeur le reprend aussitôt ; s’ils doivent s’associer, d’une manière ou d’une autre, la règle numéro un est : « On n’attire pas l’attention. »

 

[II-7 : Warren : Jeff Liston ; Gamblin’ Joe Wallace] C’est entendu. Les PJ prennent un minimum de repos avant de s’atteler à achever le tunnel – long et obscur, étroit surtout, il les met quelque peu mal à l’aise ; ils ont de la chance que Liston soit un homme d’une certaine carrure… Creuser sur les derniers mètres demandera bien trois ou quatre heures de travail avec pelles et pioches ; Roselyne, le bras mécanique de Warren, est d’une aide appréciable. Ils sortent du tunnel non loin des rails, au nord-ouest de Crimson Bay. Ils vont longer la ville par le nord, dans les collines boisées, pour rejoindre Chinatown et la blanchisserie – ce qui impliquera de passer dans un « couloir » assez étroit, finalement, car, un peu plus loin au nord, il y a d’une part, sur les collines, les sources qui approvisionnent Crimson Bay en eau potable, et d’autre part l’usine de munitions de Gamblin’ Joe Wallace… Cependant, les suppositions de Jeff Liston, et des PJ tout autant, s’avèrent fondées : dans cet espace distinct de la ville, il y a beaucoup moins de zombies – car il y a beaucoup moins de viande. Jeff Liston les regarde une dernière fois : « Vous avez deux jours. Pas une minute de plus. » Les PJ prennent la direction de l’est…

III : FORT FONG CHOW

 

[III-1 : Warren, Danny : Mr Fong, Mr Chow] Contourner la ville discrètement demande un certain temps, mais ne présente pas de vrai danger – ou, du moins, les PJ ont de la chance à cet égard. Reste, ensuite, à gagner la blanchisserie – elle est certes située à la limite nord de la ville, mais il y a tout autour, cette fois, quantité de morts-vivants qui errent, affamés de la chair des réfugiés. Et il faut parvenir ensuite à remonter sur le toit de la boutique, pour accéder à la trappe qu’ils avaient empruntée pour sortir de l’usine ; là, ils ont convenu d’un code avec les hommes de Mr Fong. Le meilleur moyen reste de faire diversion, une fois encore : ils vont utiliser pour ce faire un des feux d’artifice du bazar de Mr Chow ; c’est Warren, avec l’aide de son bras mécanique Roselyne, qui se charge de le tirer. La diversion fonctionne, pour l’essentiel – nombre de zombies s’avancent en direction de l’explosion, mais pas tous. Une majorité, cependant – et les PJ ne peuvent pas se permettre d’attendre mieux : ils gagnent la boutique de la blanchisserie au plus tôt. Quelques zombies les approchent, mais Danny fait la courte échelle aux autres (avec l’assistance toujours bienvenue de Roselyne) afin qu’ils montent tous sur le toit bien avant que les morts-vivants ne représentent à nouveau une véritable menace. Le bagarreur peut ensuite escalader la façade, c’est dans ses cordes.

 

[III-2 : Danny, Warren : Mr Fong] Danny tape le code sur la trappe – pas de réponse. Mais c’est que le bagarreur s’est trompé ! Warren, lui, s’en souvient parfaitement. Ils tapent à nouveau le code… et, au bout de quelques minutes un peu angoissées, la trappe s’ouvre enfin : les hommes de Mr Fong permettent aux PJ de pénétrer à l’intérieur de l’usine.

 

[III-3 : Nicholas, Warren] Sitôt à l’intérieur, Nicholas se fait une idée de la situation : depuis leur départ, il y a eu des pertes – d’autres morts subites, sans doute ; mais au-delà d’une récurrence statistique – il y a eu comme un pic, qui a compliqué la tâche des gardiens ; d’autant que, en l’absence de Warren pour surveiller au mieux l’état de la chaudière, ils ont préféré se montrer prudents, et ne pas la pousser à fond. Il y a de nombreux cadavres décapités à proximité, tellement que s’en débarrasser prend beaucoup de temps. Sans surprise, le moral est au plus bas – mais la plupart des réfugiés ont dépassé le stade de la panique pour s’en tenir à l’apathie désespérée.

 

[III-4 : Nicholas, Beatrice, Warren : Rafaela Venegas de la Tore ; Josh Newcombe] Nicholas repère également Rafie, toujours plongée dans son rituel de Sanctuarisation – ce qui implique qu’elle se déplace sans cesse pour couvrir tout le bâtiment. Il la rejoint, avec Beatrice et Warren. Elle est visiblement épuisée – et craint, sans le dire ouvertement, de ne pas parvenir à exécuter son Miracle à temps… Il lui faudrait bien quatre jours encore ! Mais elle continuera. Pas le choix. La Vierge de Guadalupe ne l’a pas envoyée ici pour rien : si cet effort ne sauvait qu’une seule personne, il en vaudrait toujours la peine. Mais Rafie a eu d’autres visions, ponctuellement – quelque chose de l’ordre de la crainte, cette fois. Newcombe en avait vaguement parlé : « Le cannibalisme. Il y a quelque chose, dans cette région, avec le cannibalisme… Surtout l’hiver… Ces histoires de wendigos… » Les visions de l’élue allaient dans ce sens : qu’importe l’absence de blizzard, dans l’usine même elle voyait des hommes manger la chair des cadavres… et se transformer progressivement en créatures hirsutes et maléfiques. « C’est dans la région, ça fait partie d’elle. » À ce stade, ce qu’elle craint par-dessus tout, c’est d’en arriver là. Un destin bien pire que la mort. Beatrice la prend (plus ou moins) au sérieux – il faut voir avec les patrons de Chinatown, trouver comment ravitailler en nourriture les réfugiés de la blanchisserie.

 

[III-5 : Danny : Mr Fong ; Russell Drent] Danny, de son côté, avait aussitôt pris la direction de la mezzanine, pour s’entretenir avec les maîtres de Chinatown, toujours en réunion permanente. Les gardes de Mr Fong ont hésité un instant, puis ont décidé de le laisser passer. Arrivé au bureau, il est interrogé par le patron de la blanchisserie, et lui rapporte ce qu’ils ont vu en ville – au premier chef la situation avec le shérif Russell Drent ; si c’est bien ainsi qu’il faut l’appeler… Car « quelque chose » habite Drent – quelque chose qui est derrière les malheurs de la ville. En ce qui concerne Danny, ce « démon » est la vraie menace : il n’y va pas par quatre chemins, et avance qu’il faut prendre les armes pour éliminer Drent. Une bonne fois pour toutes. Mais Mr Fong trouve la menace des morts-vivants autrement palpable… Oui, ils sont juste à côté ; mais ceux que les zombies n’auront pas tués seront exterminés par Drent et ses hommes d’ici à quatre jours.

 

[III-6 : Danny, Beatrice : Mr Fong, Mr Chow] Les autres PJ rejoignent Danny. Beatrice, un brin sarcastique, demande à Mr Fong s’ils ont « avancé ». Sans surprise, ce n’est pas le cas – et il y a eu des morts à la pelle… Il faut trouver une solution de ravitaillement – certains gardes devraient pouvoir se débrouiller comme les PJ l’ont fait, non ? Peut-être. Mais la boutique de Mr Chow est vide… Beatrice ne mange pas de ce pain-là : il y a forcément d’autres sources d’approvisionnement – l’élevage de porcs, etc.  En même temps, Danny revient sans cesse sur la menace constituée par Drent ; mais Mr Fong monte le ton (tandis que Mr Chow a l’air amusé…) : quoi ? Lever une armée ? Qui devrait déjà franchir des centaines, des milliers de zombies avant d’entrapercevoir le bureau du shérif ? Folie ! Les PJ insistent sans cesse sur leur brillante réussite – mais en oubliant un paramètre essentiel : ils étaient un tout petit groupe ! Déplacer dans ces conditions un corps armé pour faire la guerre au shérif, ça n’est pas du tout la même chose !

 

[III-7 : Warren, Nicholas, Beatrice, Danny : Mr Chow, Mr Fong] Mais Warren a de tout autres pensées en tête : ce qui se passe ici a à voir avec le passé de la ville. Ils ont besoin d’informations. Naïvement, il avance que Mr Chow et les autres pourraient leur en fournir… Danny aussi avait lâché l’affaire avec Mr Fong pour s’adresser directement au vieil épicier. Et celui-ci leur répond – de manière très déconcertante, car les PJ savent qu’il leur parle en chinois, mais pourtant le comprennent… Les paroles des PJ sont sévères mais justes. Il va dépêcher quelques hommes à l’élevage de porcs ; il y aura probablement des pertes, mais acceptables (Warren envisage de concevoir un mécanisme permettant de hisser les provisions, voire les porcs, sur le toit de la boutique de la blanchisserie, et laissera des instructions aux gardes). Concernant Drent… Non, effectivement, ce n’est plus de Drent qu’il s’agit – comme ils le savent très bien. Ils devraient savoir aussi que des armes « normales » ne lui feront absolument rien ; on peut certes détruire son enveloppe corporelle (« J’avoue que j’y prendrais un certain plaisir… »), mais la créature à l’intérieur… Non, il ne sait rien de très précis la concernant – tout au plus son espèce ? En chinois comme en anglais, on parlerait de « démons » (Nicholas tique à ce mot). Pour les vaincre, il faut bénéficier d’une aide... particulière. Un vrai prêtre (il regarde Nicholas d’un air qui ne laisse aucune place au doute) pourrait se livrer à un « exorcisme », mais la créature lui rirait au nez – « ceci, bien sûr, avant de plonger ses griffes dans sa poitrine pour en extirper le cœur et s’en repaître sous ses yeux ». Un véritable… « élu »… pourrait se montrer plus efficace : « votre amie, quelque peu invertie mais qu’importe », a sans doute de la ressource, pas assez toutefois pour triompher du démon, ce n’est pas dans ses cordes ; et on peut d'ailleurs douter qu’elle accomplisse son rituel de Sanctuarisation à temps. Lui pourrait peut-être se montrer à la hauteur, si les PJ y tiennent... Mais il ne va pas risquer inutilement sa vieille carcasse. Il sait de toute façon qu’il ne pourra rien faire de concret sans davantage… d’informations – eh oui, lui aussi en a besoin, dit-il en fixant Warren… « Cette créature… Je veux son nom. Et son rôle exact dans cette affaire. » Beatrice lui demande s’il a une piste – trouver le nom d’un démon n’a pas l’air facile… Mais non, il n’en sait rien – si ce n’est que l’intuition du savant fou est juste : c’est sans doute dans le passé de la ville qu'ils trouveront quelque chose. La huckster avance que les Indiens pourraient être impliqués – possible, mais Mr Chow dit ne jamais avoir eu de contacts avec eux ; il sait, cependant, qu’il y un certain « pouvoir » chez eux, « comme il y en a trop dans cette ville ». La conversation s’arrête là – Danny remercie Mr Chow de leur avoir parlé franchement.

 

IV : FIDÈLES LECTEURS

 

[IV-1 : Nicholas, Beatrice : Josh Newcombe] La quête d’informations sur le passé de cette ville incite les PJ à envisager de rendre une nouvelle visite à l’étonnant Josh Newcombe… Par chance, les bureaux du Crimson Post ne se trouvent pas en pleine ville, mais à l’entrée est (la principale) de Crimson Bay. Il est donc possible, là encore, de contourner par les collines – dans une certaine mesure, et il y a tout de même plus de morts-vivants ici qu’ailleurs. Toutefois, les PJ prennent soin de ne pas trop s’écarter de la bourgade – à l’est de leur route se trouve le cimetière de Crimson Bay, et ils préfèrent éviter de passer trop près… À distance, ils y jettent cependant un œil : Nicholas et Beatrice partent en éclaireurs ; ils constatent qu’il y a eu du passage et des dégradations, mais ne distinguent pas spécialement de mouvement – ils relèvent aussi qu’il y a une sorte de caveau bien plus massif que toutes les autres tombes (sans compter une sorte de sépulcre commun). Ils poursuivent leur chemin en direction du Crimson Post.

 

[IV-2 : Nicholas : Josh Newcombe] À l’entrée de la ville, la concentration de zombies est particulièrement importante – moins qu’aux environs de la blanchisserie ou du bureau du shérif, mais des plus conséquente tout de même ; une vingtaine de morts-vivants encerclent les bureaux du Crimson Post. Nicholas comprend pourquoi : les zombies se rassemblent autour de la viande ; Josh Newcombe relève de cette viande… et pourtant les morts-vivants ne semblent pas en mesure de s’en prendre à lui. Ils sont pris dans un paradoxe, à l’échelle de leurs capacités de réflexion très limitées, et ne parviennent pas à résoudre ce dilemme… Le faux prêtre est à peu près certain qu’il y en aura au moins autant dans les bureaux mêmes du journal !

 

[IV-3 : Nicholas, Beatrice, Danny, Warren] Les PJ se rapprochent – cherchant à trouver un accès à l’arrière du bâtiment. Mais, à l’exception des très prudents Nicholas et Beatrice, ils ne sont pas très discrets… Ils attirent l’attention d’une bonne vingtaine de zombies ! Danny, notamment… qui court pour rentrer dans un bâtiment voisin et gagner l’étage ; Warren le suit – mais les morts-vivants pourront monter les escaliers : pour s’en protéger, il faut passer sur le toit ; les talents du bagarreur pour l’escalade leur permettent d’y parvenir sans trop de problèmes. Mais les PJ se retrouvent ainsi scindés en deux groupes, deux îlots, entourés de morts-vivants affamés.

 

À suivre…

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (10)

Publié le par Nébal

Illustration tirée du supplément *Stone Cold Dead*

Illustration tirée du supplément *Stone Cold Dead*

Dixième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici. L’enregistrement de la séance est disponible .

 

Les inspirations essentielles se trouvent dans la campagne Stone Cold Dead et le scénario Coffin Rock, mais les événements de cette séance sont largement indépendants.

 

La joueuse l'incarnant ayant dû s'arrêter, le personnage de Rafaela Venegas de la Tore, alias « Rafie », devient un PNJ. Étaient présents tous les autres joueurs, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez l'enregistrement de la séance ci-dessous.

I : LES RUES ENVAHIES

 

[I-1 : Danny : Rafaela Venegas de la Tore] Les PJ bataillent contre une horde de zombies dans les rues de Chinatown. Ils ont pris la direction de la blanchisserie, et entendu des bruits de combat en provenance du nord. Bientôt, ils voient apparaître, dans cette direction, le molosse chinois à la chemise rouge sang – cet homme qui les suivait systématiquement dès l’instant qu’ils pénétraient dans Chinatown. Il n’est pas tout seul, d’autres le suivent. Mais, par ailleurs, une foule de morts-vivants arrive par le sud… Danny rejoint le Chinois, en constatant au passage que d’autres zombies arrivent par l’est et le nord-est. Il voit que Rafie fait partie de ce petit groupe autour de l’homme à la chemise rouge, avec d’autres Chinois au profil de combattants – dont un qui se bat d’une manière inédite pour le bagarreur. Tous se rassemblent progressivement.

 

[I-2 : Nicholas : Rafaela Venegas de la Tore] Nicholas comprend que Rafie était sortie pour les retrouver… là où ses compagnons chinois avaient pour mission de la garder à la blanchisserie, qu’elle avait entrepris de « sanctuariser » : ils ont donc une attitude un peu ambiguë, cherchant tout à la fois à protéger l’élue, et, d’une certaine manière, à « l’enlever », ou du moins à la ramener à la blanchisserie contre sa volonté… Mais le fait de retrouver les PJ change la donne – car Rafie a bien conscience que l'usine, dans leur situation, est le seul abri envisageable… et ils en reprennent donc le chemin – après que l’élue a eu un bref échange, visiblement sec, en mandarin, avec l’homme à la chemise rouge sang.

 

[I-3 : Danny, Nicholas, Beatrice] Alors que les PJ arrivent aux environs de la blanchisserie, la foule des zombies approchant par l’est se fait tout particulièrement menaçante : il faut entrer dans le bâtiment, et vite ! Danny, qui reste un peu en arrière avec son gourdin (il est ivre, et bénéficie de son Courage liquide…), et Nicholas et Beatrice avec leurs armes à feu, font de leur mieux pour éliminer les morts-vivants les plus avancés – mais la progression de la horde est inexorable… et la huckster est à deux doigts d’abattre Danny d’une balle perdue ! Ils ont toutefois éliminé suffisamment d’assaillants pour se dégager du combat et rejoindre les autres devant la porte de la blanchisserie – non pas la porte principale de l’usine, qui a été barricadée ainsi que toutes les autres, mais une plus petite et plus facile à contrôler. Elle est fermée… Le Chinois à la chemise rouge cogne comme un sourd sur la porte métallique – il n’y a pas de réponse immédiate… Il crie quelque chose en chinois : la porte s’ouvre enfin, ils se ruent à l’intérieur et on ferme aussitôt derrière eux ; les zombies sont à quelques mètres en arrière à peine.

 

II : LA BLANCHISSERIE ASSIÉGÉE

 

[II-1 : Rafaela Venegas de la Tore ; Mr Fong] Outre les gardes armés (de pistolets mais aussi d’armes blanches, un peu inattendues parfois – ils n’ont pas l’air commode, et on peut supposer qu’ils savent s’en servir), il y a beaucoup de monde à l’intérieur – non seulement ceux qui s’étaient réfugiés dans l’usine sur le conseil des PJ, mais aussi nombre d’habitants de Chinatown, qui n’avaient pas forcément eu ce réflexe lors de la tempête, mais ont afflué en masse sous le coup de l’invasion des morts-vivants. Dans les 300 personnes s’entassent dans l’usine – des gens hagards, terrifiés… Les PJ discutent avec Rafie, qui fait le point – notamment sur ce qui s’est passé dehors avec les Chinois ; Mr Fong tient vraiment à ce que l’élue achève son rite miraculeux sur la blanchisserie… Elle compte bien le faire, même si cela prendra encore plusieurs jours, mais n’a pas apprécié qu’on se comporte de la sorte avec elle – même si sortir dans ces conditions était peu ou prou suicidaire, elle l'admet.

 

[II-2 : Nicholas, Warren : Mr Fong, Mr Shou, Mike Jones, Mrs Duvall, Ms Worthington, Rafaela Venegas de la Tore] En faisant le tour de l’usine (sans véritablement repérer des réfugiés qu’ils ont eu l’occasion de croiser, en mettant à part Mr Fong, bien sûr, qui est chez lui, et Mr Shou – autrement, il y a aussi Mike Jones, Mrs Duvall et Ms Worthington, et c’est tout : le reste de la foule est anonyme), les PJ constatent qu’il y a des morts à l’intérieur – une trentaine de corps rassemblés dans un coin au nord-est : ces cadavres ne présentent pas de signes particuliers, ils en déduisent que les morts subites ont frappé ici également… et les réfugiés ne savent absolument pas quoi faire à ce propos. Nicholas et Warren, tout particulièrement, s’en inquiètent : il faut s’en débarrasser – sinon, « ils reviendront ». Il faut faire ça dans les formes : leur couper la tête… Les brûler, peut-être ? Rafie en souffre visiblement, mais concède qu’ils ont raison. C’est une chose terrible à admettre, pour elle – mais ce sera encore pire avec les parents et les proches des victimes : comment leur faire comprendre une chose pareille ? Voyez par exemple Mrs Duvall, perdue dans ses dévotions larmoyantes… Nicholas considère justement que c’est à Rafie et lui d’agir : ils ont du réconfort religieux à prodiguer ! Le faux prêtre pose sa croix Christina dans un coin, et elle constitue un autel improvisé.

 

[II-3 : Danny, Beatrice : Mr Fong] Il faut dire que l’ambiance est pesante… notamment quand se font entendre, certes de moins en moins souvent, les cris de désespoir de personnes ayant tenté trop tard de gagner la sécurité de la blanchisserie, et auxquelles on refuse l’accès à ce refuge. Leurs hurlements de détresse et de douleur pénètrent seuls à l’intérieur… Danny en est révolté – mais sait qu’il ne pourra rien y faire, et que les gardes de la blanchisserie, à supposer même qu’ils puissent l’entendre, refuseront d’agir autrement. Ils obéissent à leurs chefs – pas seulement Mr Fong, d’autres sommités de Chinatown sont impliquées, qui tiennent une réunion permanente dans le bureau du patron de la blanchisserie, situé à la mezzanine (laquelle permet à la fois de surveiller tout le grand hangar de l’usine, et aussi de jeter un œil à l’extérieur, au travers de grandes baies vitrées autrement inaccessibles).

 

[II-4 : Nicholas, Danny, Beatrice : Rafaela Venegas de la Tore ; Mr Fong] Mais Nicholas, de son côté, tout en jouant au prêtre, est formel : il faut s’occuper des cadavres au plus tôt. Les moyens ne manquent pas : ici, il y a de grandes cuves, une immense chaudière… Il sait que cette hypothèse heurte les sentiments religieux de Rafie, mais pas le choix – il faut en parler à Mr Fong et aux autres ; l’élue pouvant s’adresser à eux en chinois, ce qui peut constituer un atout, il vaut mieux que ce soit elle qui les persuade. Danny et Beatrice ont d’ailleurs été refoulés par les gardes, qui se moquent bien de l’étoile de shérif du bagarreur… Ils ne parlent qu’en chinois, et la huckster, qui se posait la question, suppose que ce n’est pas de la comédie : ils ne comprennent pas l’anglais au-delà de quelques tournures simples. Rafie perçoit bien ce qu’elle a à faire : elle ne se pose même pas la question de demander aux gardes de la laisser passer, elle gagne la mezzanine d’autorité, en ayant à peine dit trois mots de mandarin, et en ayant fait signe aux PJ de la suivre.

 

[II-5 : Danny, Beatrice : Mr Fong, Mr Shou, Rafaela Venegas de la Tore, Nicholas ; Denis O’Hara] Le bureau de Mr Fong est un outil de surveillance – il a de grandes baies vitrées. La contrepartie est que les PJ, quand ils parviennent au balcon, peuvent également voir ce qui se passe à l’intérieur. Plusieurs sommités de Chinatown sont présentes, mais, de toute évidence, les puissants Mr Fong et Mr Shou ne sont pas en position d’autorité : il apparaît clairement qu’ils ont un rang subordonné par rapport à un très vieil homme (dans les 80 ans ? au moins ?), vêtu traditionnellement, qui les toise très sévèrement, et ne dit pas grand-chose – mais chacune de ses paroles a visiblement quelque chose de définitif. Rafie doit cependant patienter quelques petites minutes avant qu’on lui autorise l’accès au bureau, ainsi qu’à ses amis. La répartition des rôles, à l’intérieur du bureau, change aussitôt : concernant les PJ, Mr Fong retrouve sa position hiérarchique supérieure, tandis que le vieil homme se tient en retrait et n’intervient pas ; le patron de la blanchisserie, par ailleurs, sait que Rafie est une femme, mais ni lui ni elle n’y attachent d’importance. Danny, à sa demande, lui résume ce qu’il a vu en ville – en y incluant les événements de l’église, et l’aura diabolique du père O’Hara ; Beatrice l’interrompt pour expliquer qu’ils ont dû partir suite à une explosion – l’idée étant de ne pas en supporter la responsabilité…

 

[II-6 : Beatrice : Mr Fong, Rafaela Venegas de la Tore ; Warren, Nicholas] Mais Beatrice ne s’y attarde pas : bien plus pressant, il y a le problème des morts subites – qu’ils ont pu constater en ville avant d’atteindre la blanchisserie ; or, la plupart du temps, ces morts se relèvent… et il y en a une bonne trentaine ici. Il faut faire quelque chose. Mr Fong le supposait bien… Beatrice avance que la solution la plus humaine et la plus rapide serait de faire brûler les cadavres dans la chaudière. Le patron de la blanchisserie est d’accord, mais, même si c’est une grande chaudière, cela prendra du temps… et il ne faudrait pas qu’il lui arrive un « souci technique », dans ces circonstances – une nouvelle explosion, pour dire les choses. Mais Warren pourra y veiller. Beatrice suggère en outre de couper préalablement la tête des cadavres avant de les enfourner dans la chaudière. Il faudra garder les réfugiés à l’écart, pour éviter tout débordement – le père Nicholas pourrait célébrer un office à l’autre bout de l’usine, captivant les plus religieux… Ce plan paraît sensé à Mr Fong, qui quête par réflexe l’approbation discrète du vieil homme mutique, puis donne de brefs ordres en mandarin. Après quoi il se tourne vers Rafie, mais en s’adressant visiblement aux PJ par la même occasion : « Vous nous êtes précieux. Ne nous faussez pas compagnie. »

 

[II-7 : Danny : Mr Fong] Mr Fong aimerait maintenant retourner à sa réunion, mais Danny ne s’en va pas de suite ; assez brutalement, il lui demande ce qu’il compte faire – à part attendre… Le patron de la blanchisserie, un peu interloqué, fait un bilan de la situation : il y a dans les 300 personnes à l’usine – et clairement pas de nourriture pour ces 300 personnes, même pour une seule journée, si l’approvisionnement en eau ne devrait pas poser de problème (des canalisations joignent directement les sources non loin au nord et la blanchisserie). Et comme ils n’ont aucune idée du temps qu’il leur faudra passer ici – du temps que durera… « ce phénomène »… C’était bien ce qu’entendait souligner Danny – qui songe déjà à mener une petite expédition à l’extérieur ; il faut pour cela que les gardes les laissent sortir… et rentrer. Mr Fong exige qu’il lui en parle d’abord, le moment venu. Le bagarreur hoche la tête.

 

[II-8 : Beatrice, Nicholas, Danny : Mr Fong] En bas, les gardes ont entrepris, assez rudement, de séparer les vivants des morts. Ce qui n’a rien d’évident, avec tous ces proches de victimes en larmes, et qui vivent cette séparation comme un drame de plus… Beatrice rejoint Nicholas pour lui expliquer ce qu’ils vont faire : lui, il doit faire diversion, en organisant une sorte de messe. D’ici-là, la huckster va parcourir les rangs des fidèles pour les prévenir de cet office religieux (à l’autre bout de l’usine…) – en commençant par les plus éplorés. Ses mots les touchent, et elle les convainc sans peine de participer à la cérémonie. Nicholas se prépare – avec du whisky de Danny en guise de « sang du Christ ». Il fait tendre des draps pour séparer son « église » du reste de l’usine, et éviter que les fidèles puissent voir les hommes de Mr Fong s’occuper des cadavres de leurs proches… Le prêche de Nicholas est un peu bancal, mais fait illusion. Maintenant, ses ouailles ne sont pas stupides… Sans doute ont-elles parfaitement compris ce qui se passait de l’autre côté des draps. Mais la messe improvisée leur a fourni un bon prétexte pour fermer les yeux. En fait, ce sont les moins religieux qui posent problème : en dehors de « la chapelle » du père Nicholas, quelques protestations se font entendre épisodiquement – sèchement rabrouées en chinois. Mais Beatrice ne perd pas le nord – qui fait la quête « pour la reconstruction de l’église » ; les fidèles ne savaient même pas qu’elle était détruite… et ils se méfient un peu de cette jeune femme qui n’a pas vraiment l’allure d’une bonne chrétienne. Mais il n’y a pas d’esclandre – c’est seulement que la huckster ne collecte pas grand-chose.

 

[II-9 : Warren, Danny : Mr Fong] De l’autre côté des draps, Warren, qui se sent mal dans cet espace confiné et bondé, d’autant plus quand la religiosité se met de la partie, surveille la chaudière. Mais il est aussi très intrigué par les cadavres qu’on y enfourne, et qu’il observe avec une grande attention. Il constate aussi que les hommes de Mr Fong (et probablement d’autres personnalités de Chinatown) agissent avec un professionnalisme quelque peu inquiétant : couper des têtes et enfourner des cadavres dans une chaudière n’a pas l’air de leur poser le moindre souci. Danny, qui ne s’est pas attardé dans « l’église », fait le même constat.

 

III : LES SECRETS D’UN CROQUE-MORT

 

[III-1 : Warren, Beatrice : Rafaela Venegas de la Tore ; Jon Brims, Jeff Liston] Mais, dans leur situation, les PJ comme les autres sont contraints d’attendre. Warren et Beatrice ont cependant quelque chose à faire (tandis que Rafie poursuit son rite de Sanctuarisation) : étudier les documents récupérés chez Jon Brims (qui ne figure pas parmi les réfugiés de la blanchisserie, pas plus que Jeff Liston – ce sont les deux personnages qu’ils cherchaient en priorité, mais ils ne se trouvent de toute évidence pas ici). Ils s’isolent tant bien que mal – ça n’a rien d’évident avec cette foule, mais, même dans ces circonstances, demeure un certain besoin d’intimité. Warren s’intéresse au journal intime du croque-mort, tandis que la huckster se penche sur son exemplaire abondamment annoté du Livre des jeux de Hoyle.

 

[III-2 : Beatrice : Jon Brims, Richard Lightgow] Visiblement, Brims savait très bien ce qu’il étudiait, et ses analyses sont d’une extrême finesse – elles sont très abstraites, aussi, et pourtant pas dépourvues à terme d’applications pratiques, c’est une approche très rationnelle, scientifique ; Beatrice se souvient que, lors du tournoi de poker, c’était le Dr Lightgow qui avait mis en avant son intérêt pour les statistiques et les probabilités appliquées aux jeux de cartes, mais la huckster en vient à se demander si ce n’était pas le taiseux Brims qui, à un moment ou un autre, avait pu façonner cette approche particulière du jeu. Un temps, Beatrice s’inquiète de ce que le huckster caché aurait pu s’intéresser à la résurrection des morts, ce genre de choses, mais rien n’en fait état dans ce livre. Mais c’est une approche de la magie très différente de la sienne – Beatrice s’est largement formée sur le tas, et les passages où Brims parle, très posément, des manitous, la mettent un peu mal à l’aise… C’est qu’elle ne sait pas grand-chose de tout cela : elle a eu affaire, en ce qui la concerne, à quelque chose qui pourrait être un manitou, mais sans bien savoir s’il en existe d’autres – et, même si elle n’en a bien évidemment pas conscience, elle sait tout au fond d’elle-même que cette unique rencontre, traumatique, a bouleversé sa vie [et entraîné son délire sur les Barons du Rail qui mettent des puces dans la tête des gens pour les contrôler…]. Mais ce livre n’a probablement pas été ouvert depuis longtemps, de toute façon.

 

[III-3 : Warren : Beatrice ; Jon Brims, Mary Brims, Mortimer Stelias, Gamblin’ Joe Wallace, Cordell] Warren, de son côté, en apprend davantage sur le parcours de Jon Brims en étudiant son journal intime (et en jetant un œil à la photo qui l’accompagnait, datée de 1865 (et visiblement pas prise à Crimson Bay – mais probablement quelque part dans l’Ouest). Les notes liées le plus précisément à l’activité de huckster dépassent largement les compétences du savant fou, mais il comprend du moins que Jon Brims était un individu de la sorte de Beatrice – ainsi que sa femme, Mary. Tous deux étaient d’habiles joueurs de poker, et ils ont beaucoup voyagé dans tout l’Ouest étrange. Ils se sont fait beaucoup d’argent ainsi… jusqu’à ce qu’ils tombent sur deux autres hucksters, de très mauvais perdants ; il en a résulté un affrontement très violent, où la magie s’est déchaînée – Mary est morte à cette occasion… Brims rendu fou de rage et de tristesse a éliminé ses deux assassins, mais l’événement l’a profondément marqué – et il a décidé de « prendre sa retraite » : fini, la magie ; fini, le jeu – tout ça était désormais du passé. Brims a poursuivi ses voyages, jusqu’à se fixer à Crimson Bay, qui n’était alors qu’un petit port de pêche. Il s’est lié avec le principal (le seul ?) propriétaire terrien du coin, Mortimer Stelias ; c’était avant l’arrivée de Gamblin’ Joe Wallace – mais Warren apprend que c’est Stelias qui a fait venir ce dernier : il semble qu’ils se connaissaient du temps où ils vivaient sur la Côte Est, et ils étaient bons amis. Mais les notes de Brims deviennent amères au moment du décès de Stelias (de vieillesse) : très vite, il a le sentiment désagréable d’être le seul à se souvenir du défunt – ce n’est pas que Wallace ait délibérément pris la place de son ami, mais il a tant accompli depuis que le souvenir de l’ancien propriétaire a sombré dans l’oubli, d’autant que, la ville se développant à marche forcée, la très grande majorité des habitants de Crimson Bay ne sont arrivés que bien après la mort de Stelias, qu’ils n’ont donc jamais connu ; seuls quelques-uns s’en souviennent – parmi lesquels son ancien jardinier, Cordell, et les autres membres de la communauté des anciens esclaves, qui en ont hérité le terrain où ils vivaient jusqu’aux fâcheux événements de ces derniers jours. Une des dernières entrées du journal (qui date cependant de quelques années) est très hermétique, une simple note soulignée de trois traits : « Stelias – subjugué manitou ? » Warren la montre à Beatrice – qui est perplexe : faut-il comprendre que Stelias aurait subjugué un manitou, ou au contraire aurait été subjugué par un manitou ? Mais, dans tous les cas, la huckster n’est pas certaine de bien comprendre ce que cela signifierait au juste… Warren pense que Wallace pourrait les éclairer sur pas mal de points. S’ils peuvent sortir de la blanchisserie, et si le maire est toujours en vie, le savant fou aimerait lui rendre une petite visite…

 

IV : D’AUTRES MAGICIENS CACHÉS ?

 

[IV-1 : Beatrice : Rafaela Venegas de la Tore ; Mr Fong, Mr Chow] De toute façon, ils ne sortiront pas durant la nuit. Mieux vaut qu’ils se reposent quelques heures avant de tenter quoi que ce soit. Mais, avant d’aller se coucher, Beatrice va voir Rafie. La huckster se méfie de leurs hôtes chinois – ne cachent-ils pas quelque chose ? L’élue pouvant comprendre leur langue quand elle bénéficie du Miracle adapté, peut-être a-t-elle pu surprendre quelque chose ? Rafaela emmène Beatrice dans un endroit un peu à l’écart – et use d’un autre Miracle pour les isoler. Ces précautions sont nécessaires… Le vieil homme, dans le bureau de Mr Fong, est de toute évidence le vrai maître de Chinatown. Mais ce Mr Chow est plus que cela, Rafaela en est convaincue : elle sent en lui un pouvoir débordant – mais certainement pas celui d’un élu ; en fait, c’est probablement bien davantage du domaine de la huckster… Pour autant, Rafie ne pense pas qu’il soit le responsable des calamités qui se sont abattues sur Crimson Bay ; ce qu’elle craint, c’est qu’ils se retrouvent au milieu de l’affrontement entre cet homme et un autre puissant sorcier, celui qui a fait appel aux zombies…

 

[IV-2 : Beatrice : Rafaela Venegas de la Tore ; Jon Brims, Mortimer Stelias, Russell Drent] Beatrice digère l’information – et dit à Rafaela ce qu’ils ont trouvé dans les affaires de Jon Brims. Notamment ce qui concerne Mortimer Stelias… qui n’est peut-être pas tout à fait mort ? Serait-ce lui, le véritable supérieur de Drent ? Rafie, à vrai dire, redoute qu’il y ait plus de deux pouvoirs en jeu dans cette affaire… C’est comme si beaucoup trop de gens beaucoup trop puissants s’étaient retrouvés au même endroit ; ça a mariné pendant des années et des années de coexistence plus ou moins forcée, jusqu’à ce que ça explose… Mais ils sont toujours là, et ne comptent pas se faire éliminer par les autres. Reste que les PJ sont au milieu de la poudrière…

 

[IV-3 : Beatrice : Rafaela Venegas de la Tore] Un silence pesant s’installe… Il apparaît clairement que Rafie a autre chose à dire, mais qui lui coûte. Elle finit cependant par s’en ouvrir à Beatrice – à la condition que la huckster n’en parle à personne ! Elle a eu une autre vision… mais pas de la Vierge de Guadalupe, cette fois : un… vieil Indien ? Une sorte de chaman ; il n’avait pas l’air spécialement hostile, mais, à vrai dire, Rafie n’a pas su décrypter ses intentions – peut-être parce qu’elle n’acceptait de recevoir de semblables visions que de la part de la Vierge de Guadalupe. Il la regardait, sans un mot… Elle ne sait pas ce qu’il faut en penser. Ce qu’elle sait, c’est que sa protectrice l’a envoyée ici pour une raison – à Beatrice avançant qu’il faudrait fuir cette poudrière, mais bien consciente que c’était inimaginable pour l’heure, l’élue répond qu’elle ne partira pas de Crimson Bay tant qu’elle n’aura pas accompli ce pourquoi elle a été appelée ; quoi que ce soit. Et elle reprend son rite de Sanctuarisation.

V : PRENDRE L'AIR

 

[V-1 : Nicholas : Josh Newcombe] Après s’être reposés quelques heures, maintenant que le soleil s’est levé, les PJ réfléchissent à une sortie – au moins, dans un premier temps, pour ramener des vivres. Nicholas va jeter un œil à l’extérieur depuis les baies vitrées de la mezzanine. Les morts-vivants cernent la blanchisserie – ils ne sont pas en mesure de lancer un assaut planifié, mais ils sont très nombreux ; avec toute cette viande à l’intérieur… Mais Nicholas observe aussi une scène très incongrue : un homme se déplace parmi les zombies, qui n’en est de toute évidence pas un – le faux prêtre le reconnaît enfin : c’est Josh Newcombe ! Et le journaliste se promène au milieu des morts-vivants le calepin en main – comme s’il cherchait à les interviewer… Or les morts-vivants ne lui prêtent aucune attention ; Newcombe n’est visiblement pas le moins du monde menacé !

 

[V-2 : Beatrice, Danny, Warren : Mr Fong, Rafaela Venegas de la Tore] Mais sortir de la blanchisserie, et a fortiori y rentrer après coup, est de toute façon problématique. Il faut convaincre les gardes, ou, mieux, leur chef théorique, Mr Fong. Beatrice demande à Rafie de les accompagner au bureau. Danny et la huckster défendent leur idée, avec le soutien de Warren : rester ici sans rien faire, c’est mourir à petit feu ; sans nourriture, sans espoir de sortie, les gens péteront les plombs d’ici à quelques dizaines d’heures au plus tard ! Les gens qui se sont réfugiés dans la blanchisserie ont besoin de vivres, et d’informations sur la situation en ville. Le groupe des PJ a fait la démonstration qu’ils pouvaient survivre dehors – plus que quiconque ici. Il faut les autoriser à sortir – mais aussi à revenir le moment venu : ils ne partiront pas tant qu’ils n’auront pas de certitude à cet égard. Mr Fong, de toute façon, n’en croit pas ses oreilles : sortir ? Ses hommes ne cessent de lui ramener les mêmes rapports, sur cette foule de morts-vivants qui entoure la blanchisserie ! Mais Danny est convaincu qu’il y a moyen de contrôler un passage vers l’extérieur, qui ne représenterait pas pour autant une menace. Or la situation ici risque de devenir très vite intenable… Danny a à peine le temps de finir sa phrase que résonne un coup de feu à l’intérieur de l’usine : un garde vient d’abattre un des morts de la nuit (il y a eu de nouvelles morts subites pendant que les PJ se reposaient), qui s’était soudain animé et montré menaçant alors qu’on était en train de tirer le cadavre vers la chaudière, pour y être décapité et brûlé… Les réfugiés sont terrifiés – le coup de feu a illico entraîné des hurlements de panique. Le temps presse ! martèle Danny. Mr Fong se tourne enfin vers Mr Chow – qui donne son accord d’un mouvement du menton presque imperceptible. Le patron de la blanchisserie concède que l’intuition de Danny est bonne : effectivement, il y a un accès sur le toit de la boutique – une sorte de trappe. Ce toit est plus bas que celui du hangar, il se situe à quelque chose comme trois ou quatre mètres de hauteur par rapport au niveau de la rue… Accessible pour des humains, pas pour des zombies. Mais, en contrepartie, les toits des bâtiments adjacents, de toute façon éloignés de quelques cinq à six mètres au moins, par endroits dix mètres, sont plus élevés. Durant l’excursion des PJ, les hommes de Mr Fong surveilleront cet accès, et leur ouvriront le moment venu ; ils conviennent au cas où d’un code.

 

[V-3 : Nicholas, Danny, Warren : Yuen Chang, Mr Chow] L’expédition est décidée. Nicholas confectionne des cordes avec des draps (Danny a déjà une vraie corde sur lui). Warren se munit d’autres pièces de tissu, colorées, qu’il compte disposer au bout de ses bras mécaniques – en guise de leurres, cette stratégie avait pu se montrer efficace lors de leur fuite du bureau du shérif à la blanchisserie. Ils se munissent tous de sacs, bien sûr. Danny songe qu’il vaut mieux ne pas descendre dans les rues – mais par les toits, ou les étages des bâtiments abandonnés, ça devrait être jouable. Maintenant, où trouver de la nourriture à proximité ? On leur indique l’élevage de porcs de Yuen Chang, non loin, mais comment ramener un porc dans ces conditions ? Sinon, l’épicerie la plus proche… est celle de Mr Chow. On dessine un plan pour que Danny puisse se repérer.

 

[V-4 : Beatrice] Maintenant, la vraie question, c’est comment passer à travers tous ces zombies ? L’idée d’une diversion s’impose : Beatrice offre de se munir de casseroles, etc., qui feront beaucoup de bruit. Or elle dispose d’un Pouvoir de Téléportation : elle l’utilisera pour se positionner en sécurité sur un toit à l’opposé de ses camarades et fera un boucan de tous les diables pour attirer les morts-vivants vers elle, sans se mettre en danger pour autant ; à condition de répéter l’opération à plusieurs reprises, les rues devraient être suffisamment dégagées pour que les autres aillent où ils le souhaitent… et en reviennent.

 

VI : EN QUÊTE DE VIVRES, ET D’INFORMATIONS

 

[VI-1 : Beatrice, Danny : Josh Newcombe ; Mr Fong, Mrs Jansen, Mike Paltron, Russell Drent, Mr Jansen] L’idée de Beatrice est approuvée. Depuis le toit de la boutique (les gardes de Mr Fong referment la trappe aussitôt après leur passage), et sous une pluie un brin pénible mais bien plus supportable que les jours précédents, la huckster se téléporte sur le toit d’une maison un peu plus loin. Sur un signe de Danny, elle commence à marteler ses casseroles ; cela semble produire son effet – les réflexes des zombies sont on ne peut plus lents, mais la plupart des morts-vivants (et ça fait vraiment beaucoup) se dirigent vers Beatrice, dégageant le passage pour les autres. Mais, en faisant du bruit, Beatrice n’attire pas que des zombies… Du niveau de la rue, elle entend : « Ah ! Une survivante ! Ms Elizabeth Meyers, pourriez-vous m’accorder une interview ? » C’est Josh Newcombe, carnet de notes en main, tranquille au milieu des morts-vivants ! La huckster lui fait signe de monter. Le journaliste n’est pas des plus agile, il a besoin de son aide… Mais il parvient à la rejoindre sur le toit. « Je dois l’avouer, je suis heureux de rencontrer enfin quelqu’un de vivant ! Ils ne sont pas très communicatifs, vous savez... Mais racontez donc à nos lecteurs comment vous vous en êtes tirée ! » Beatrice se contente de dire qu’elle a tiré et couru… Mais lui, comment a-t-il fait ? Benoîtement, le journaliste répond qu’il n’a jamais été inquiété par les morts-vivants… Pourquoi donc ? Il y a beaucoup réfléchi ; il n’y a qu’une seule réponse possible, « et c’est la grâce divine, bien entendu ». Mais Beatrice est méfiante : est-il bien sûr d’être vivant ? C’est qu’ils ont eu quelques soucis avec Mrs Jansen… Le journaliste s’offusquait de ce qu’on le soupçonne d’être mort, mais la mention de la tenancière du Washington suffit à détourner sa colère. Il explique très simplement qu’il savait très bien ce qu’il en était, la concernant, et depuis des années – depuis, en fait, cette dispute conjugale qui avait décidé de son état ; il avait même publié un article à ce sujet, mais, bizarrement, les gens n’y ont pas accordé beaucoup de crédit. Il y a pourtant eu d’autres cas en ville – de ces disputes qui tournent mal, veut-il dire : « Vous savez, Mr Paltron, par exemple, il est évident qu’il a tué sa femme – Russell Drent le savait aussi bien que moi ; bizarrement, c’est pourtant le shérif qui m’a dissuadé d’écrire un article à ce propos… Très bien, il avait sans doute ses raisons… Bah, ce n’est pas si grave. Mr Jansen avait certes poussé un peu fort Mrs Jansen dans les escaliers, mais qui ne le fait pas ? » Mais ils s’égarent – tout cela, c’est du passé, et ses lecteurs s’intéressent à l’avenir ! Alors, comment vont-ils faire – avec tous ces gens à l’intérieur de la blanchisserie, a-t-il cru comprendre ? Il a voulu essayer de rentrer à l’intérieur, mais ces Chinois ne se sont pas montrés très coopératifs… Beatrice préfèrerait que le journaliste l’assiste de ses conseils, elle en a bien besoin… Le journaliste semble réfléchir un instant ; puis : « Mangez des légumes. Des brocolis, par exemple. Vous savez, c’est très bon pour la santé, d’ailleurs j’avais écrit un arti… » Il n’a pas le temps de finir sa phrase que la huckster lui tire une balle dans le pied !

 

[VI-2 : Danny, Nicholas, Warren : Josh Newcombe, Beatrice] Entre-temps, les autres, inconscients de cette petite discussion avec Josh Newcombe, profitent de ce que les rues ont été dégagées pour progresser, autant que possible sur les toits ou d’étage en étage, par les fenêtres (en s’aidant des cordes), dans la direction opposée de Beatrice. Danny ouvre la marche, Nicholas la ferme, avec Warren au milieu. Mais la ruse de la diversion a ses limites : si la plupart des zombies y ont cédé, il en reste cependant çà et là dans les rues, voire dans certains bâtiments.

 

[VI-3 : Beatrice : Josh Newcombe] Josh Newcombe, blessé au pied par Beatrice, crie de douleur (« Aïe ! Mais qu’est-ce qui vous prend ? »), et tombe à la renverse dans la rue (« Aïe ! »). Depuis le toit, la huckster, toujours l’arme en main, se montre menaçante : « J’en ai assez de vos bêtises. Je veux savoir comment ça se fait que vous êtes toujours au courant de tout, et toujours épargné… » Le journaliste parvient tant bien que mal à se lever, et il est furibond : « Saleté ! Vous allez me le payer, Ms Elizabeth Meyers, je vous le garantis ! Je vais dresser de vous un portrait dont vous me direz des nouvelles ! » Et il s’en va clopin-clopant vers l’est – probablement dans la direction des bureaux du Crimson Post ; il semble déjà prendre des notes sur son carnet. Mais Beatrice lui jette une pièce d’un dollar – elle s’abonne ! S’il peut lui apporter en main propre les éditions spéciales… Le journaliste ignore la pièce et continue son chemin, en fulminant.

 

[VI-4 : Danny, Warren, Nicholas : Beatrice, Mr Chow] Le coup de feu a alerté les autres, mais ils ont supposé, comme il n’y en avait pas d'autres, que cela faisait partie de la diversion de Beatrice – qui continue de faire du boucan tant que les autres ne sont pas revenus. On entend les porcs de l’élevage, ils sont bien vivants – mais en ramener à la blanchisserie s’annonce compliqué… Danny n’y croit pas. Mieux vaut pour l’heure s’en tenir à la boutique de Mr Chow. À mesure qu’ils progressent, ils distinguent d’autres coups de feu – plus effacés, un de temps à autre ; ils proviennent du sud, probablement du bureau du shérif. La boutique tient plus du bazar que de l’épicerie. S’y repérer n’est pas très évident, car toutes les étiquettes, etc., sont en chinois – mais ils peuvent identifier sans trop de risque d’erreur des aliments, frais (du riz, du thé…) ou en conserve, et en remplissent leurs sacs ; Warren use de ses bras mécaniques, qui lui permettent de porter bien plus de sacs que les autres. Mais il n’y a pas de quoi nourrir tous les réfugiés de la blanchisserie… Nicholas cherche aussi d’autres choses qui pourraient être utiles en dehors de la nourriture ; le faux prêtre tombe notamment sur cinq feux d’artifice – des reliquats du nouvel an chinois, qui a eu lieu il y a déjà longtemps de ça… La diversion de Beatrice continue, permettant aux autres de retourner à la blanchisserie. La même manœuvre est répétée une autre fois, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à ramener de la boutique de Mr Chow.

 

VII : UN HOMME FORT EN TEMPS DE CRISE

 

[VII-1 : Warren : Gamblin’ Joe Wallace, Jeff Liston, Josh Newcombe] Mais les PJ ne s’en tiennent pas là : une fois le ravitaillement effectué, ils comptent bien, en usant de la même technique, jeter un œil à ce qui se passe en ville – notamment au bureau du shérif, d’où parviennent de temps à autre des coups de feu, ou encore, non loin, à la résidence de Gamblin’ Joe Wallace (Warren y tient beaucoup) ; les noms de Jeff Liston ou Josh Newcombe sont également évoqués, mais leurs logis sont aux deux extrémités de la ville… Ils s’y prennent très bien, et rejoignent sans trop de difficultés la grande rue (impossible à traverser de la même manière, elle est bien trop large), qu’ils remontent côté nord vers l’ouest, jusqu’à atteindre la maison du maire. Des zombies rôdent dans les environs, mais assez peu ; la plupart sont attirés par les coups de feu sporadiques émanant du bureau du shérif, un peu plus à l’ouest. En y jetant un œil au passage, les PJ constatent que la rue en face est jonchée de dizaines de cadavres de morts-vivants, laissés là où ils sont tombés – les canons de Winchesters jaillissent parfois des fenêtres, les tireurs prenant le temps de viser avant de faire feu, éliminant méthodiquement chaque zombie qui s'approche un peu trop d’une balle en pleine tête. Mais les munitions manqueront très vite, à ce rythme…

 

[VII-2 : Danny, Warren : Gamblin’ Joe Wallace] Les PJ descendent dans la rue, pour gagner l’entrée de la maison de Wallace. Danny élimine de son gourdin les zombies les plus proches, mais d’autres les ont repérés et avancent lentement dans leur direction. Warren toque tout naturellement à la porte, mais sans obtenir de réponse ; il est évident qu’elle a été barricadée – et toutes les fenêtres du rez-de-chaussée de même. Mais à l’étage ? La paroi est glissante, avec tout cette pluie, mais Danny parvient à accéder à une fenêtre du premier, fermée mais aisée à franchir. Le bagarreur pénètre à l’intérieur de la maison, et, sur ses gardes, il descend au plus vite au rez-de-chaussée, afin de trouver une ouverture rapide à dégager pour que ses amis puissent se réfugier à leur tour dans la belle bâtisse ; ils parviennent à le faire avant que les zombies qui s’approchaient ne soient trop menaçants, et, sitôt à l’intérieur, ils barricadent la fenêtre derrière eux.

 

[VII-3 : Warren, Danny : Gamblin’ Joe Wallace] Quand ils se retournent, ils voient le domestique chinois de Wallace, qui se tient raide comme un piquet en haut de l’escalier, une carabine en main. Il n’est pas hostile – dès l’instant qu’il les voit barricader la fenêtre derrière eux. Il est simplement méfiant. Mais Warren lui fait part de ce qu’ils aimeraient s’entretenir avec Wallace – tandis que Danny indique son étoile de shérif, au cas où… Comme si la situation était parfaitement ordinaire, le domestique, s’il mentionne en passant que Mr Wallace est quelque peu fatigué, demande aux visiteurs de patienter le temps qu’il les annonce, après quoi il les invite à le suivre dans le bureau du maire, au premier étage.

 

[VII-4 : Danny, Warren, Beatrice, Nicholas : Gamblin’ Joe Wallace ; Russell Drent, Jon Brims, Mortimer Stelias, Jeff Liston, Mr Fong] Gamblin’ Joe Wallace est dans un état lamentable – une loque humaine, qui a bu beaucoup, beaucoup d’alcool ces derniers jours. Le domestique part préparer du thé – tandis que Danny ramasse un seau d’eau, qu’il balance à la figure du maire. Amorphe et déprimé, Wallace se plaint de ce qu’ils veulent l’humilier encore davantage. Warren veut se montrer diplomate… mais se rend compte qu’il ne sait pas quoi dire ; il fait quelques pas en arrière, et marmonne indistinctement… Vu de l’extérieur, c’est un peu comme s’il s’entretenait avec Roselyne et Hippolyte, ses bras mécaniques ! Danny est plus direct : maintenant que Drent est hors-jeu… Mais Wallace affirme qu’il n’est pas hors-jeu. Il demande à ses visiteurs où ils se sont planqués, ce qui pourrait expliquer qu’ils ne soient pas au courant concernant le shérif ? Danny dit que, la dernière fois qu’il a vu Drent, il se faisait dessus dans une cellule de son propre bureau… Mais Wallace lui rétorque que, la dernière fois qu’il l’a vu lui, par cette fenêtre juste à côté, et tout récemment, il coordonnait ses hommes dans l’élimination méthodique des morts-vivants des environs – froid, distingué, classe : du pur Drent d’avant toute cette folie… Le maire remarque alors seulement que Danny arbore l’étoile de shérif : « Il va vouloir la récupérer… » Warren sort de son soliloque, et demande à Wallace s’il a vu Jon Brims – mais ce n’est pas le cas : « Encore un peu tôt pour le croque-mort ? » Les gens n’ont plus besoin de « venir quémander des audiences à Sa Majesté Gamblin’ Joe Wallace » Warren veut l’aider – mais il lui faut comprendre ce qui se passe ; le maire n’a-t-il rien à dire sur tous ces événements surnaturels ? Il évoque aussi le nom de Mortimer Stelias ; comment est-il mort ? « De sa belle mort… Enfin, de vieillesse. Il aurait peut-être trouvé une autre mort plus belle. Il a été colonel de cavalerie de l’Union, vous savez… » Le souvenir semble quelque peu émouvoir le maire : « C’était un type bien. Y en a pas beaucoup. » Mais Warren a appris que Mr Stelias avait eu affaire à des… manitous ? Cela pourrait avoir un lien… Il fait appel à Beatrice – qui se contente de dire qu’il s’agit d’esprits du folklore indien ; d’ailleurs elle se demande si un Indien du coin ne serait pas impliqué dans l’affaire… « Dans le coin, côté Indiens, y a que la tribu des Red Suns – dans la forêt du même nom. Z’ont jamais posé de problème. Enfin… Vous le savez, hein : terra nullius, tout ça, c’est des conneries, quand les Blancs s’installent quelque part dans l’Ouest, c’est pas sur des terrains vierges, c’est sur les territoires de tels ou tels Indiens… Alors ils se sont plaints, dans les premières années. Ça n’a pas duré. » Wallace dit ne jamais avoir eu affaire à eux, c’était déjà du passé quand il est arrivé de Boston. Le seul habitant de Crimson Bay à y connaître quoi que ce soit, ça serait Jeff Liston – qui va chasser l’ours dans la forêt de Red Sun. Peut-être. « Les Indiens… Faut croire qu’on avait pas assez de soucis, hein ? Des tiques de prairie, des dégénérés cannibales, des morts-vivants, des démons même à ce qu’on dit… Et tout ça depuis votre arrivée… dans la charmante petite ville de Crimson Bay. » Et les Chinois ? demande Beatrice. Wallace n’en sait rien – il traitait avec Mr Fong, c’est tout ; et à travers lui avec les triades de Shan Fan voire de Hongkong, qui approvisionnaient l’usine en poudre… Ça n’a rien d’un secret. Il n’a pas de secrets. Et le surnaturel ? Il n’y connait rien – il n’y croyait pas il y a de ça trois jours à peine. De toute façon, c’est Drent qui va régler la situation : c’est un malin… Wallace savait dès le départ que c’était un dur – il le savait parce que c’était exactement ce qu’il recherchait. Une ville doit avoir un shérif. Et… « À l’époque, chaque nuit, je faisais des cauchemars, terribles – c’était l’anarchie, le chaos à Crimson Bay… C’était comme un message : embauche quelqu'un pour maintenir l'ordre. Quelqu'un qui sait y faire. Les cauchemars ont cessé avec l’arrivée de Drent. Il a fait son office. Vous connaissez la suite. » Des coups de feu retentissent par intermittence du bureau du shérif. Danny redescend, il en a assez – ils ne tireront rien d’utile de ce pauvre type. Beatrice compte le suivre, mais dit d’abord au maire qu’il lui doit 35 $... Wallace se lève, tangue un peu, ramasse une liasse entière dans son coffre ouvert et la jette aux pieds de la huckster. « Servez-vous. Ça servira à payer la caution quand Drent vous coffrera. Enfin, s’il vous laisse la possibilité de payer une caution... » Mais Beatrice se contente de ses 35 $ (Nicholas est moins scrupuleux…).

 

[VII-5 : Danny, Beatrice, Nicholas, Warren : Gamblin’ Joe Wallace, Russell Drent] Les PJ laissent là Wallace, et prennent la direction du bureau du shérif, tout proche – en profitant d’un moment d’accalmie, quand les morts-vivants sont relativement peu nombreux, et trop éloignés pour être vraiment dangereux. Danny a l’intention de rendre à Russell Drent son étoile – il est d’un calme olympien, face à Beatrice et Nicholas de plus en plus démangés par l’envie de tirer sur tout le monde… Le bagarreur ne fait certainement pas confiance au shérif (Warren était très inquiet à ce propos…), mais il ne veut pas avoir tout le monde à dos – pas maintenant. Il a d’autres méthodes pour passer ses nerfs – les zombies les plus proches font les frais de son gourdin, le faux prêtre et la huckster achevant ceux qui sont un peu plus loin. Ils attirent ainsi l’attention des adjoints – deux sont sortis sous l’auvent, qui voient bien qu’ils ne sont pas des morts-vivants, et les laissent approcher…

 

[VII-6 : Danny, Beatrice, Nicholas, Warren : Russell Drent ; Gamblin’ Joe Wallace, Mr Fong, Mr Shou, Josh Newcombe] Et Russell Drent sort également du bureau, comme pour prendre l’air – et il est ainsi que Gamblin’ Joe Wallace l’avait décrit : froid, distingué, classe. Le Drent d’avant – rien à voir avec l’homme qui s’était effondré sous les yeux des PJ. Danny et Beatrice l’approchent, l’air de rien – Nicholas et Warren restent un peu plus en arrière. Drent les remarque enfin et les regarde approcher, souriant. Danny lui rend illico son étoile – comme il a repris ses esprits… Drent le remercie – ajoutant qu’il avait eu raison de faire ce qu’il a fait. Il s’était effondré, c’était… lamentable. Danny, conciliant, avance que ça arrive à tout le monde, mais Drent, avec un regard dur, lui répond sèchement : « Non. Cela ne m’arrive pas. À moi. » Ou du moins ça ne devrait pas être visible – il y a peu de choses aussi importantes que ce qui est visible, et ce qui ne l’est pas. Passons : ils ont à discuter ! 300 civils se sont réfugiés dans la blanchisserie, et ils ne tiendront pas trois jours. Drent commence par féliciter les PJ : la blanchisserie, c’était une bonne idée. Ce sont probablement les seuls à avoir survécu, à quelques exceptions près, comme bien sûr Drent et ses adjoints (une quinzaine). « C’est bon à savoir que toute la population de mes administrés se trouve là-bas. » Danny suggère de faire une battue pour dégager les ruelles – là-bas, ils sont encerclés. Drent est d’accord – et ses administrés seront heureux de voir qu’en ces temps troublés un homme à poigne a pris les rênes du pouvoir : « Ensemble, nous allons pouvoir bâtir une nouvelle alliance. » L’expression n’a pas échappé à Nicholas... Qu’entend-il par-là ? « Il faut faire un pacte. Il y a ceux d’en dessous, et ceux d’au-dessus. Qui les dirigent. Et les protègent. Exactement, le troupeau et son berger. C’est une chose que vous, homme d’Eglise, comprenez parfaitement. Le berger a tout intérêt à garder son troupeau en vie. » Mais « ces Fong, ces Shou… Il faudra qu’ils se soumettent. On dit que les Orientaux sont pragmatiques… » Danny n’est pas exactement un lettré, mais cette idée de soumission l’étonne – ce n’est pas ça, une alliance… Drent affiche un rictus sardonique : « Demandez à votre ami le prêtre, il vous expliquera comment ça se passe dans la Bible… » Warren lui demande s’il a vu d’autres personnalités de la ville : « Les personnes qui comptent sont toutes ici en ce moment même. » Et Newcombe ? Il est passé lui poser quelques questions – un homme étonnant… et qui sait raconter des histoires – c’est une qualité bien singulière. Peut-être est-il protégé par Dieu, ainsi qu’il le prétend… Peut-être le shérif lui-même, et Danny, et ses camarades, sont-ils également sous la protection du Seigneur ? Croient-ils vraiment qu’ils ont survécu par hasard ? On a toujours besoin d’une volonté supérieure… « Plus que jamais. Devant cette… parodie du Jugement Dernier… Je ne peux pas tolérer pareille chose. Moi moins que quiconque. » Le shérif écarte les bras en croix, et du sang s'écoule des stigmates de ses paumes…

 

À suivre…

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (09)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (09)

Neuvième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici. L’enregistrement de la séance est disponible .

 

Les inspirations essentielles se trouvent dans la campagne Stone Cold Dead et le scénario Coffin Rock.

 

La joueuse incarnant Rafaela Venegas de la Tore, ou « Rafie », était absente, et devrait l’être pendant quelques séances. Étaient présents les joueurs incarnant Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero (dont le joueur était cependant absent en tout début de séance) ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez l'enregistrement de la séance ci-dessous.

I : LE CLIENT EST ROI ?

 

[I-1 : Beatrice, Danny : Mr Jansen, Mrs Jansen] Les PJ font face aux cadavres des Jansen… et s’étonnent enfin de ce qu’il n’y a pas eu la moindre réaction dans l’hôtel, ni au cri de Mr Jansen dévoré par son épouse, ni aux coups de feu qui ont suivi – et Beatrice a tout de même vidé son chargeur sur la morte-vivante anthropophage ! Danny va jeter un œil à l’entrée – la rue est déserte. Mais Beatrice fait un rapide tour des chambres ; toquer aux portes ne suscite pas la moindre réponse – pour la bonne raison que tous les clients du Washington, qui étaient une bonne quinzaine, sont maintenant des cadavres éviscérés… Mais la huckster ne se laisse pas abattre – elle ramasse quelques dollars qui traînaient sur une commode… Danny ne revient pas de ce qui vient de se produire – mais, surtout, il craint que Mrs Jansen ne soit pas le seul cadavre ambulant responsable du carnage ! Ils fouillent ensemble l’hôtel – notamment la cave ; mais rien de spécial.

 

[I-2 : Danny : Rafaela Venegas de la Tore ; Mrs Jansen, Jeff Liston] Mais il y a de toute évidence un problème en ville – qui dépasse le seul cas de Mrs Jansen. Une menace plane ; vaut-il mieux se rendre au bureau du shérif, où veillent nombre d’adjoints ? Ou à la blanchisserie, où compte retourner de toute façon Rafie, et où se sont installés contraints et forcés bien 200 à 300 habitants ? En sortant du Washington, Danny suggère déjà d’aller voir leur ami Jeff Liston, au Red Bear – qui est tout proche. Mais Rafie part de son côté.

 

[I-3 : Danny, Beatrice : Jeff Liston, Mr Fong] La pluie a forci. Elle n’est pas aussi menaçante que lorsque la tempête s’était abattue sur Crimson Bay, mais elle est très pénible, et ne facilite pas les déplacements dans les rues éventrées. Un simple coup d’œil vers l’ouest, en direction du port, laisse comprendre que la mer est démontée et qu'embarquer à bord d’un bateau serait peu ou prou suicidaire. L’impression générale est qu’il est impossible de quitter la ville pour l’heure, par voie de mer ou de terre – ce qui n’empêche pas quelques citoyens apeurés de charger leurs bagages et même leurs meubles à bord de charrettes, et qu’importe si elles ne feraient pas cinquante mètres avant de casser une roue… Et, devant le Red Bear, il y a foule – une foule avinée et de mauvais poil. Des clients refoulés se plaignent de Liston, qui refuse de les servir et les a jetés dehors ! Sous la pluie ! Ils sont complètement bourrés, et agressifs… Danny pense les disperser simplement en montrant son étoile d’adjoint, mais cela n’a aucun effet ; que Beatrice sorte son Colt, même sans le braquer sur qui que ce soit, est plus productif. Danny les aiguille tout de même vers la blanchisserie de Mr Fong, mais ils sont au-delà d’être raisonnés… Tous n’ont même pas le réflexe de s’abriter sous un auvent, avec cette pluie. Mais la façade du Red Bear est tout de même dégagée.

 

[I-4 : Danny, Beatrice, Nicholas : Jeff Liston ; Mrs Jansen] À l’intérieur, c’est plus ou moins le même tableau – en pire. Les clients qui restent se montrent agressifs, tandis que Liston, bourru, leur hurle qu’il ne les servira pas ; ce qui n’a probablement jamais eu lieu dans un bouge pareil. La tension est palpable – l’ex-trappeur a les mains sous le comptoir, là où il planque ses armes. Danny et Beatrice parviennent à le rejoindre, et Liston, nerveux, confirme qu’il n’a jamais vu ses clients boire autant, et en même temps avoir l’alcool aussi mauvais – au point où même lui s’en inquiète. Il a eu quelques rumeurs de ce qui s’est passé devant le bureau du shérif, mais n’y accordait pas vraiment de crédit – cependant, les PJ lui confirment que la rumeur disait vrai. Danny et Beatrice ajoutent que, depuis, ils ont croisé un autre mort-vivant – « la vieille Jansen »… et, non, ce n’est pas une blague. Elle a tué tout le monde au Washington. Liston, d’abord sceptique, est finalement prêt à les croire – lui aussi se rend bien compte qu’il se passe… quelque chose à Crimson Bay. En fait, Beatrice avance qu’il serait bien temps de fermer le Red Bear – peut-être définitivement, semble-t-elle sous-entendre… Mais Liston aurait déjà bien besoin de leur aide pour faire vider les lieux aux clients pénibles ; lui est porté à faire usage de la manière forte – mais un nouveau sermon bizarre du « père Nicholas » produit également ses fruits ; cependant, ceux qui quittent ainsi le bar tendent à grossir les rangs de ceux qui végètent juste devant, sous la pluie battante… Ils réclament à cor et à cri que Liston les serve : ils veulent boire ! Et c’est trop cher, ailleurs… « Jeff, merde, quoi, fais péter ta recette spéciale, c’est l’apocalypse, quoi ! » Beatrice ne rigole plus, toutefois – et ça se lit dans son regard, faut-il croire, car ses menaces pèsent bien plus que celles de Liston ; l’attroupement se disperse.

 

[I-5 : Beatrice, Danny, Nicholas : Jeff Liston ; Mr Fong, Denis O’Hara, Russell Drent, Gamblin’ Joe Wallace] Bien sûr, les PJ sont une clientèle que Liston veut bien servir… Il les fait entrer, et verrouille la porte du bar derrière eux. Il s’attable avec eux, ouvrant une bouteille d’un whisky parfaitement immonde. Ils ont tous fait le même constat : Crimson Bay part à vau l’eau – et à une vitesse ahurissante encore. Beatrice interroge Liston sur la tempête – en appuyant tellement sur le mot qu’il devient évident que la huckster ne lui parle pas simplement de la météorologie à Crimson Bay dans les dernières années. De toute façon, il est clair que la ville n’aurait pas pu se développer si elle devait régulièrement faire face à ce genre de cataclysmes. Mais les coulées de boue sont un moindre problème aux yeux de la huckster. Liston n’envisage pas les choses de la même manière – il confirme que la ville est coupée du monde ; quelques heures plus tôt, on lui a dit que la voie ferrée également était impossible à emprunter – les rails ont souffert au nord comme au sud, impossible de gagner Portland ou Shan Fan. L’ex-trappeur se dit qu’il aurait dû prolonger son escapade dans la forêt de Red Sun, il ne serait pas dans cette merde… Danny affirme que le mieux est encore de rejoindre les autres à la blanchisserie de Mr Fong – mais Liston n’en est pas convaincu : « Au moment de la tempête, c’était sans doute un bon conseil, z’avez bien fait… Mais maintenant, y a quoi, 200, 300 personnes là-bas ? T’imagines un peu s’y s’mettent à réagir comme ceux d’ici ? » Même chose pour l’église, lui a-t-on dit ; mais là, de toute façon, il n’a aucune envie d’y aller – et Nicholas le lui déconseille ouvertement ; Beatrice ajoute qu’il va falloir s’occuper du père O’Hara, ce qui interloque un peu Danny – elle ne le sent pas… Il y a une cause derrière tous ces phénomènes, et son instinct conduit la huckster à supposer que le pasteur rougeaud y est pour quelque chose… La « cloche fantôme » constitue un argument en ce sens – elle continue d’ailleurs de sonner, de manière très irrégulière. Cependant, Beatrice admet que le marionnettiste pourrait être quelqu’un d’autre – mais qui ? Drent, qui est complètement à l’ouest, et en principe assommé par l’opium ? Wallace, cette loque humaine ? Les Chinois ? Danny compte bien enquêter. Il propose à Liston de les suivre, mais il refuse – il préfère rester là à garder son bouge contre ses dégénérés de clients… Beatrice le comprend – et elle ne compte certainement pas dormir à la blanchisserie, les craintes exposées par l’ex-trappeur lui paraissent fondées ; clairement, elle demande à Liston s’il pourrait les héberger – il est surpris, mais ça lui va : « C’est pas l’grand luxe, par contre, hein… », dit-il en désignant les taches de vomi par terre. La huckster est décidément très convaincante, ce soir ! Les PJ le laissent là – il a chargé deux gros fusils de chasse, disposés au mieux sur le comptoir…

 

[Depuis le début de la séance, Beatrice a enchaîné les jets brillants ; j’ai considéré que cela méritait une récompense, et elle a tiré un Jeton rouge.]

 

II : SHÉRIF, FAIS-MOI PEUR

 

[II-1 : Danny] Les PJ prennent la direction du bureau du shérif. La pluie est toujours aussi pénible, mais le même tableau revient, de ces bons citoyens qui ont décidé de déménager dans l’urgence – un vœu pieux… Ainsi de cette petite famille qui s’embarrasse encore du superflu : la grande horloge murale, ce genre de choses. Leur fillette joue dans la boue – elle ne comprend sans doute pas très bien ce qui se passe autour d’elle, et s’amuse comme une petite folle… jusqu’à ce que la foudre s’abatte sur elle, et la carbonise en l’espace d’un instant ! Danny est sidéré, la bouche grande ouverte… La mère de la pauvre petite fille hurle et se précipite sur le fragile cadavre réduit en cendres, mais son époux reprend bien vite ses esprits – finalement, mieux vaut ne pas s’embarrasser de l’horloge de papy, et partir au plus vite… Les PJ aussi pressent le pas. Devant le Gold Digger, une scène assez proche de celle du Red Bear se déroule – avec peut-être un peu moins de monde. Le bureau du shérif, non loin, est gardé par des adjoints visiblement très nerveux – et leurs yeux témoignent de ce qu’ils ont sans doute vu eux aussi leur quota d’horreurs. Le triste sort de la fillette a ouvert les yeux de Danny et de ses camarades – peut-être ne voulaient-ils pas les voir, mais il y a çà et là des cadavres dans la rue…

 

[II-2 : Danny, Warren, Beatrice, Nicholas : Russell Drent, Bill ; Josh Newcombe] En dépit de leurs bisbilles avec Russell Drent, les adjoints ne s’opposent pas à ce que les PJ pénètrent dans le bureau. On entend le shérif ronfler dans la pièce où on l’a confiné – l’opium a dû faire son effet, même s’il a sans doute fallu y mettre la dose… C’est un adjoint relativement âgé, du nom de Bill, qui a tant bien que mal pris les choses en mains – même si le retour de Danny le soulage, à tort ou à raison. Reste que le bureau est géré comme une forteresse assiégée par un ennemi encore invisible – les fusils sont sortis, les munitions à portée. Ce qui rassure Warren : c’est l’endroit le plus sûr de la ville, bien plus que la blanchisserie ! Le savant fou va veiller le shérif quelque temps. Bill est effaré par l’état de Drent – c’était censé être un dur… Beatrice avance qu’il paye le prix de ses saloperies ; Bill ne les nie pas, mais pour lui ça n’a rien à voir… Danny se pose un peu – une bouteille à ses côtés. Nicholas aimerait bien aller poser quelques questions à Josh Newcombe – le journaliste a décidément prédit pas mal de choses qui se sont avérées fondées…

 

[II-3 : Nicholas, Danny, Warren, Beatrice : Bill, Russell Drent ; Richard Lightgow, Ms Lilly Brown, le Déterré, Denis O’Hara] : Ils attendent, pour l’heure – et Nicholas observe un petit manège qui se répète à plusieurs reprises : de jeunes adjoints paniqués qui viennent faire leur rapport à Bill… mais en le chuchotant dans son oreille ; il le signale à Danny, qui aimerait bien avoir quelques explications. Bill n’a rien à lui cacher : cela fait quelques heures qu’ils ont des… des informations… Les premières venaient de Richard Lightgow, ou de son infirmière Ms Lilly Brown… mais depuis… « Comment dire ça… Il y a… des morts subites. Des morts inexplicables. Dans plusieurs endroits de la ville, toute la ville, des types qui s’effondrent d’un seul coup, quoi qu’ils soient en train de faire, même en plein milieu d’une phrase, bam. Et je saurais même pas faire le compte des victimes. Mais, avec tous ces rapports… Disons qu’il y a eu au moins une cinquantaine de cas, et c’est pas parti pour s’arrêter… » Nicholas établit un lien avec le Déterré qui l’avait tant terrifié quelques heures auparavant. Il le décrit du mieux qu’il peut à Bill, mais, non, ça ne lui dit rien. Le faux prêtre mentionne aussi la cloche qui n’arrête pas de sonner – bien sûr que Bill l’entend, faudrait être sourd pour pas l’entendre, même s’il n’a aucune idée de pourquoi elle sonne comme ça – il a bien dépêché un ou deux adjoints sur place, mais… Nicholas lui révèle que le clocher a brûlé : il n’y a pas de cloche. Bill n’est tout simplement pas en mesure d’envisager une chose pareille – Danny s’esclaffe en se resservant un verre (un double ou un triple), mais il confirme pourtant que ce n’est pas une blague. Et Nicholas a son idée de pourquoi elle sonne : c’est le glas, même si c’est un glas impossible – la cloche sonne pour chaque mort… Bill fait un blocage, mais la vérité commence à lui apparaître, et il s’effondre désespéré sur une chaise… Nicholas convainc aussi Danny – qui a tout de même un petit coup dans le nez, même si sa longue expérience fait qu’il encaisse : « Faut s’occuper de ça, faut s’occuper du pasteur… Et maintenant, parce que plus on attend et plus y aura des morts… »

 

[II-4 : Warren, Danny, Beatrice : Russell Drent, Bill] Les PJ sont tous d’accord et prêts à partir. Warren récupère au passage l’étoile de Drent et la tend à Danny – tout en suggérant de mettre Drent dans une cellule « au cas où » (ce que Beatrice approuve également). Un petit jeune s’en offusque : « Hey ! C’est le patron, merde ! » Il cherche désespérément du soutien, notamment auprès de Bill… mais les autres adjoints, soit s’en foutent, soit considèrent que Danny est effectivement le plus compétent d’entre eux – et que garder Drent dans une cellule est bien la meilleure chose à faire.

 

[II-5 : Nicholas, Warren, Beatrice, Danny : Bill ; Denis O’Hara] Les intentions de Nicholas semblent cependant… « radicales » : il veut des explosifs pour « disperser la foule » ! Warren peut-il l’aider ? Ce n’est pas vraiment son domaine, mais… Beatrice suppose qu’il y a un moyen plus simple – le bureau du shérif a peut-être quelque chose dans ce goût-là ? Bill est très inquiet de la tournure que prend la situation… Beatrice insiste sur le « clocher fantôme » ; peut-être qu’en faisant disparaître le reste du bâtiment… Mais cette histoire n’a jamais convaincu Bill – et il craque : « C’est un message divin ! C’est ça, c’est l’apocalypse ! Le Jour du Jugement ! Les morts qui ressuscitent, et… ce qu’il faut faire, c’est rejoindre le père O’Hara ! N’est-ce pas, mon père ? », dit-il en se tournant vers Nicholas… lequel lui colle une baffe. Bill est tellement surpris qu’il n’a aucun réflexe de riposter. Nicholas livre un sermon nerveux : ce sadisme, ça ne peut pas être Dieu, Dieu ne tue pas ! C’est une lecture de la Bible expurgée de tous ses massacres, mais Bill est trop décontenancé pour contredire un homme en tenue de pasteur et qui porte sur le dos une immense croix de métal… Danny, plus pragmatique, se passe de l’autorisation de son désormais subordonné Bill, et se rend de lui-même à l’armurerie : il s’y trouve bien trois bâtons de dynamite – des instruments de démolition pour chantier, ce genre de choses, à mèche longue, pas destinés à être jetés, mais faits pour être disposés soigneusement. Danny en garde un et donne les deux autres à Nicholas – tous deux ont bien sûr de quoi les allumer… sachant qu’il pleut toujours des cordes.

 

III : UN PEU TROP DE MORGUE

 

[III-1 : Warren, Nicholas, Beatrice : Richard Lightgow ; Jon Brims, Ms Lilly Brown] Ils prennent la direction de l’église, sous une pluie battante, et à travers des rues largement impraticables. En chemin, Warren et Nicholas remarquent la silhouette de quelqu’un qui court dans leur direction – il s’agit du Dr Lightgow. Le médecin arrive auprès d’eux, il n’a plus du tout l’air défoncé, mais il est par contre saisi par une profonde panique. Reprenant son souffle, il explique tant bien que mal que, non seulement les gens tombent comme des mouches, mais aussi… « Je voulais en parler à Jon, mais je ne sais pas où il est, et… Warren, je ne plaisante pas, il… il y a du bruit dans la morgue ! Et ce n’est pas Jon, la porte de la morgue est verrouillée de l’extérieur chez lui aussi, et… » Warren est bien embêté, mais, ainsi que Beatrice l’explique, il tend à croire que la priorité est de se rendre à l’église – que c’est là-bas que se trouve la cause de tout ce mal… Un argumentaire qui sidère le bon docteur – lequel est aussi imperméable que Bill à l’idée d’une cloche qui sonnerait toujours alors que le clocher a brûlé… C’est forcément que ce dernier point est faux, non ? Warren l’engage à aller se réfugier dans le bureau du shérif, mais le docteur a une autre idée en tête : « Une dose, une bonne dose, oui… » Il s’en va sans plus attendre, laissant Warren stupéfait. Mais le savant fou ne peut pas laisser son ami dans cet état… Il n’attend pas qu’on lui en donne l’autorisation, et se met à suivre Lightgow, qui a pris la direction, non de son cabinet, mais du nord de la ville. Beatrice le rattrape – après avoir dit aux autres qu’ils les rejoindront rapidement. Le médecin est au bord du délire… et réalise subitement qu’il a laissé Lilly seule dans la clinique ! Il en prend cette fois la direction, et Warren et Beatrice pressent le pas.

 

[III-2 : Warren, Beatrice : Richard Lightgow ; Jon Brims, Ms Lilly Brown] Sur place, Richard Lightgow introduit Warren et Beatrice dans son cabinet, après avoir constaté que l’atelier de pompes funèbres de Jon Brims était fermé. Il y a toujours des patients, qui – pour ceux du moins qui sont encore vaguement en état de réagir – sont stupéfaits de voir leur docteur dans cet état ! Car il est visiblement au bord du délire, voire au-delà : il cherche partout Ms Lilly Brown, mais jusque dans les endroits les plus incongrus – en se mettant à quatre pattes pour jeter un œil sous chaque armoire, etc. Puis ils entendent des coups violents en provenance de la porte métallique de la morgue – du moins est-ce ce que comprend Warren, qui s’y était déjà rendu (c’est une structure semi enterrée qui fait la jonction entre la clinique et l’entreprise de pompes funèbres).

 

[III-3 : Beatrice] Beatrice enjoint les patients à se rendre à la blanchisserie – le docteur n’est pas en état de leur venir en aide… Ils sont totalement amorphes. « Ce sont les consignes du bureau du shérif ! C’est l’endroit le plus sûr en ville ! » Mais un des patients, d’une voix atone, lui répond qu’il n’y a pas d’endroit sûr en ville… « Vous savez pas ? Les gens tombent comme des mouches – même dans leur salon… » Il se lève, cependant, et paraît obéir – mais, à la vitesse à laquelle il se déplace, il n’arrivera pas à la blanchisserie avant un bon bout de temps…

 

[III-4 : Warren : Ms Lilly Brown, Jon Brims] Mais les coups contre la porte métallique résonnent à nouveau. Warren appelle Ms Brown, mais il n’y a pas de réponse. Beatrice suggère de passer plutôt par l’entreprise de pompes funèbres – Warren culpabilise un peu de laisser son ami le Dr Lightgow dans cet état… mais, en même temps, il est curieux du sort de Jon Brims, et se laisse persuader. À l’intérieur, effectivement, nulle trace du croque-morts – et des coups résonnent en provenance de la morgue… Le savant fou va jeter un œil dans l’appartement de Jon Brims à l’étage – en quête dit-il d’indices sur l’endroit où il pourrait se trouver ; mieux vaut ne pas se séparer, Beatrice le suit. C’est un petit appartement coquet ; rien ne laisse supposer qu’il aurait été abandonné délibérément, par quelqu’un qui aurait préparé ses affaires. Warren remarque (et prend) une photographie de Jon Brims souriant, une femme charmante à ses côtés. Il y a un journal intime dans un tiroir – et plusieurs jeux de cartes ; Warren adresse un regard à Beatrice, qui hoche la tête… Le tiroir a un double-fond : à l’intérieur, un exemplaire du Livre des Jeux de Hoyle, abondamment annoté – par quelqu’un qui l’a étudié en profondeur, pas un amateur…

 

[III-5 : Beatrice, Warren : Jon Brims, Ms Lilly Brown] La porte de la morgue, côté pompes-funèbres, est martelée de coups. Beatrice lâche à Warren que, après ce qui s’est passé avec Mrs Jansen, ils savent très bien ce qu’ils vont trouver de l’autre côté… Le savant fou acquiesce – et suggère de simplement barricader les portes, des deux côtés. Il appelle d’abord Jon Brims et Ms Lilly Brown… mais n’obtient pour seule réponse que des grognements.

 

[III-6 : Beatrice, Warren : Richard Lightgow ; Ms Lilly Brown] Après avoir renforcé la porte de la morgue côté pompes funèbres, ils sortent dans la rue, puis repassent dans la clinique, pour la consolider de ce côté également. Les patients sont partis, nulle trace de Lightgow, ni de Ms Lilly Brown. Mais, tandis que Warren ramasse une trousse de soins, « au cas où », Beatrice entend frapper faiblement à une autre porte – en bois, l’effet n’est pas du tout le même ; Warren comprend que cela vient de l’atelier où il travaillait avec le docteur. Ils ouvrent la porte (verrouillée) avec précaution… et, de l’autre côté, se trouve un homme, ou ce qu’il en reste, qui se traîne par terre en gémissant. Il est amputé des quatre membres, et on lui a greffé des prothèses – de celles sur lesquelles travaillait Warren –, mais n’importe comment : un bras droit au moignon du bras gauche, une jambe à celui du bras droit, etc. De toute évidence, ce n’était pas un cobaye volontaire ; la souffrance du pauvre homme saute aux yeux – son regard semble implorer la mort, et Beatrice achève son calvaire sans y penser à deux fois. Warren est tétanisé : il voit ce que le Dr Lightgow, à l’évidence, a fait des prothèses sur lesquelles ils avaient tous deux travaillé avec tant d’assiduité et d’enthousiasme, il est au bord de la nausée. Puis ils entendent la voix du docteur derrière eux : « Mais… mais qu’est-ce que vous avez fait ? Vous avez interrompu mon expérience ?! Ce n’est pas pour ça que je vous avais appelé, c’était pour la morgue, bon sang ! Vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ?! Vous avez abattu ce pauvre homme ! Mais vous êtes complètement fous, ma parole ! Bon sang, c’était greffé si magnifiquement bien… Vous êtes sans cœur ! Et vous n’avez aucun respect pour la science ! » Lightgow fond en larmes, le cadavre dans ses bras, qu’il berce. Warren, lui, retient tant bien que mal ses propres larmes – chaque fois que le médecin prononce le mot « science », au fil de son discours totalement incohérent et inhumain, il est sur le point d’exploser. Le médecin le prononce une fois de trop : Warren se laisse emporter par la colère, et, à l’aide de son bras mécanique Roselyne, il brise la nuque du tortionnaire – son ami…

IV : PLUS PRÈS DE TOI MON DIEU

 

[IV-1 : Nicholas, Danny : Denis O’Hara] Pendant ce temps, Nicholas et Danny se sont rendus directement à l’église du père O’Hara. Celle-ci déborde de monde : le tableau est encore plus saisissant que les fois précédentes, et une bonne centaine de fidèles doivent rester dehors, sous la pluie – ils ne semblent pas y prêter la moindre attention, obnubilés qu’ils sont par leurs dévotions hystériques ; ils n’entendent pas le prêche, mais hurlent qu’il faut se repentir, se roulent dans la boue, se flagellent, etc. À l’intérieur, il y a sans doute encore plus de monde – mais, pour s’en assurer, il faudrait déjà pouvoir franchir la foule contrainte de rester à l’extérieur, et qui encercle le bâtiment.

 

[IV-2 : Nicholas, Danny : Denis O’Hara] Nicholas en fait le tour – et obtient confirmation de ce qu’il y a une autre porte à l’arrière, donnant sur le presbytère, et sans doute plus proche de l’autel derrière lequel doit se trouver le père Denis O’Hara en pleine homélie. Une quinzaine de fidèles aux yeux fous en barrent l’accès – impossible d’entendre le sermon d’ici, la pluie battante et la cloche qui ne cesse de sonner n’arrangeant rien à l’affaire. Danny essaye de faire une diversion pour dégager le passage pour Nicholas – il prétend que le pasteur est en train de sortir de l’église par la façade… Mais les fidèles sont bien au-delà de ce genre d’imposture. Danny n’insiste pas : il chope le premier venu et l’écarte violemment du chemin de Nicholas. Le problème est que la foule se renouvelle sans cesse : pour un d’écarté, deux arrivent qui le remplacent sans même en avoir conscience…

 

[IV-3 : Danny, Nicholas : Denis O’Hara] Danny comme Nicholas, en tout cas, ne comptent pas faire dans la demi-mesure : si l’accès à l’intérieur de l’église pose problème, ils sont prêts à la faire sauter de toute façon ; qu’importe si 200 personnes au moins se trouvent à l’intérieur, des citoyens innocents, venus en famille, quêter la protection de leur Seigneur… Danny suppose qu’il serait possible de grimper jusqu’au niveau d’un vitrail, et, de là, balancer un bâton de dynamite à l’intérieur, autant que faire se peut en direction du père O’Hara. Escalader la paroi est très compliqué, avec cette pluie qui rend en outre la surface glissante – mais le bagarreur a de la ressource et y parvient, pas le faux prêtre. Danny jette un œil par le vitrail… et il se produit quelque chose de très étrange : de l’extérieur, de nuit et sous cette pluie, il n’aurait jamais dû y distinguer quoi que ce soit – et pourtant, c’est comme s’il le voyait de l’intérieur et en plein jour, par grand beau temps ; le vitrail figure une scène apocalyptique, ou, plus largement, décrivant avec un luxe de détails les châtiments réservés aux pécheurs en enfer – cela n’a rien à voir avec la décoration antérieure de l’église. Pire : la scène s’anime sous ses yeux… et Danny se reconnait indubitablement sous les traits d’un mauvais chrétien vicieusement torturé par une cohorte de démons hilares. Le réalisme de la scène est tel que Danny hurle d’effroi et lâche prise – il tombe sur le dos, heureusement sans trop de dégâts.

 

[Cependant, il a gagné le Handicap Phobie mineure (scènes de torture)]

 

[IV-4 : Beatrice, Warren, Danny, Nicholas : Richard Lightgow, Denis O’Hara] C’est à ce moment que Beatrice et Warren rejoignent Danny et Nicholas devant l’église – ils ont couru depuis la clinique de feu le Dr Lightgow, et assisté à la chute de Danny. Autour d’eux, le comportement de la foule se modifie : sans doute en écho au sermon inaudible du père O’Hara à l’intérieur, ses fidèles se mettent à scander : « LA NOUVELLE ALLIANCE ! LA NOUVELLE ALLIANCE ! », en se martelant rythmiquement le torse du poing. Warren, qui avait hâtivement consulté les autres du regard, décide de disperser la foule à l’aide de son bras mécanique Hippolyte – dont l’éclair électrique devrait se montrer efficace, sous cette pluie ; le savant fou vise une flaque d’eau et fait confiance à la conductivité. Mais il est difficile d’en contrôler les effets… Pour le coup, la décharge sonne un dévot – et en grille un autre. En réaction, une trentaine de fidèles, les yeux fous, se tournent vers Warren – scandant toujours : « LA NOUVELLE ALLIANCE ! LA NOUVELLE ALLIANCE ! » Beatrice réagit en lançant son Pouvoir de Ténèbres sur les fanatiques en marche ; ils ne voient plus où ils vont, mais continuent mécaniquement d’aller tout droit, l’un d’eux, très inspiré, braillant même : « LA GRANDE NUIT TOMBE ! MAIS NOUS NE DEVONS PAS AVOIR PEUR, CAR LE SEIGNEUR EST AVEC NOUS », etc. Les PJ sortent de leur chemin – et, de la sorte, les dévots dégagent le passage vers le presbytère.

 

[IV-5 : Danny : Denis O’Hara] Les PJ se glissent à l’intérieur. Le prêche du père O’Hara devient audible – et, confirmation, il n’a plus rien à voir avec le ton débonnaire associé au pasteur jusqu’alors : c’est un sermon radical, violent, terrible – qui martèle la crainte de l’enfer et prône la dévotion fanatique, sur un ton haché et grandiloquent. En même temps, comme un leitmotiv, revient sans cesse la nécessité de conclure une « nouvelle alliance » avec Dieu – et, chaque fois que le prêtre lance ses mots, ils sont repris en chœur par l’assistance : « LA NOUVELLE ALLIANCE ! LA NOUVELLE ALLIANCE ! » Par ailleurs, les PJ, comme Danny avant eux, voient désormais les vitraux de l’église, comme en plein jour – et les scènes de supplice qu’ils figurent, et qui les impliquent eux-mêmes. Cependant, ils tiennent le choc.

 

[IV-6 : Nicholas : Denis O’Hara] Nicholas s’approche discrètement dans le dos du père O’Hara, ses armes fétiches le Père et le Fils en mains. La foule comme le prêtre l’ignorent. Nicholas vise soigneusement la tête du père O’Hara, et fait feu – le pasteur s’effondre en avant, sur son pupitre ! La foule stupéfaite hurle : que s’est-il passé ? Mais, quelques secondes plus tard… le père O’Hara se redresse, les bras en croix, faisant face à ses ouailles et tournant le dos à Nicholas : l’arrière de son crâne est bel et bien explosé, mais cela ne semble pas l’affecter beaucoup… Les fidèles hurlent au miracle ! Nicholas interpelle le prêtre, qui se retourne : la balle a traversé son crâne, et il a la mâchoire démantibulée. Le pistolero lui jette un bâton de dynamite (non allumé…) dans l’espoir qu’il l’attrapera par réflexe, mais il l’ignore totalement – se contentant de fixer Nicholas d’un drôle d’air où se mêlent en parts égales la pitié et le sarcasme, et en le pointant du doigt. Nicholas essaye sans succès de tirer sur le bâton de dynamite qui a roulé aux pieds du prêtre ressuscité [sauf erreur, il n’aurait pas explosé ainsi de toute façon]. O’Hara crie, d’une voix qui n’a plus rien d’humain : « LA NOUVELLE ALLIANCE ! » Les dévots reprennent en chœur l’injonction du prêtre miraculé, et le voient pointer du doigt Nicholas dans l’entrebâillement de la porte du presbytère – ils avancent dans sa direction, hommes, femmes, enfants…

 

[IV-7 : Beatrice, Warren, Nicholas : Denis O’Hara] Beatrice ne prend pas de pincettes : elle ventile dans la foule menaçante, vidant son chargeur ! Cinq morts… Warren use de Hippolyte sur le père O’Hara ; il le touche, les éclairs se sont visiblement répercutés sur tout son corps, mais cela ne semble pas l’avoir affecté le moins du monde. Nicholas sort de sa croix Christina sa mitrailleuse Gatling, le Saint Esprit, et allume le prêtre à la mâchoire fracassée, qui parle maintenant dans une langue inhumaine : les balles percent de part en part le torse de Denis O’Hara, qui est déchiqueté ; il ne paraît pas en souffrir, mais son corps est dans un tel état qu’il ne peut plus en faire usage… Alors survient une vision totalement folle et démoniaque : s’extrait du corps en charpie une créature gigantesque à la peau rouge sang et dotée d’ailes de cuir dans le dos, qui fixe Nicholas des yeux ! Ce dernier recule, tétanisé – mais les dévots ne sont pas du tout perturbés par cette révélation, et marchent toujours en direction des PJ.

 

[Nicholas gagne le Handicap Phobie mineure (« démons »).]

 

[IV-8 : Beatrice, Nicholas, Danny] Beatrice recharge rapidement à l’aide d’un barillet préparé et ventile à nouveau dans la foule. Nicholas terrifié garde cependant suffisamment de contrôle sur ses propres actions pour allumer le bâton de dynamite qui lui reste et le jeter sur le démon – Danny allume également son bâton, et ils prennent tous la fuite ; quelques secondes plus tard, une violente explosion souffle le fond de l’église – Beatrice, qui avait trébuché dans sa course, a failli y passer, mais a su se reprendre au dernier moment. Impossible de faire le décompte des victimes, mais on peut supposer qu’une vingtaine de personnes au moins y sont passées – outre que l’église prend feu, et qu’il y a encore près de 200 fidèles terrifiés à l’intérieur ! La cloche sonne à tout va, sans cesse. Mais Nicholas garde en tête la vision d’une grande surface noire apparue dans le dos du démon peu avant l’explosion – il croit avoir vu la créature y disparaître, mais ne saurait en jurer… Il garde ça pour lui. Les PJ ne comptent certes pas s’attarder, et ils prennent comme un seul homme la direction du bureau du shérif – tandis que le glas résonne à n’en plus finir…

 

[Le choix des PJ de faire sauter l’église, avec tous ces fidèles à l’intérieur, venus en famille, et ce même s'ils étaient fanatisés, était d’une moralité plus que douteuse, qui appelait une sanction : ils ont tous perdu tous les Jetons qui leur restaient – dommage pour Beatrice, car elle avait pioché l’unique Jeton légendaire… qui retourne dans le pot.]

 

V : L’ASSAUT DES MORTS

 

[V-1 : Nicholas, Danny : Rafaela Venegas de la Tore] Les petites rues sont désertes, mais il y a du passage sur la rue principale – des gens qui cherchent désespérément à fuir Crimson Bay. Leur situation déjà terrible s’aggrave encore : la foudre tombe à plusieurs reprises sur la grande rue, comme quelques heures plus tôt avec la petite fille – chaque impact laisse un cadavre derrière lui, et la panique s’accroît. Nicholas, à vrai dire, est secoué par un éclair qui a frappé juste à côté de lui ! Dans le bureau du shérif, les adjoints se sont barricadés – et assistent sans pouvoir rien faire au massacre de la population de leur ville par cette foudre surnaturelle. Mais il y a pire… Le regard des PJ et notamment de Danny est attiré vers l’est – où une immense foule est rassemblée, peut-être des milliers de personnes, qui s’avance vers le cœur de la ville, très lentement… À mesure que cette horde se rapproche, sa nature ne fait plus aucun doute : ce sont des morts-vivants ! Que faire ? Un temps, Danny et ses camarades envisagent de se planquer dans le bureau du shérif – au moins, ils y auraient des alliés armés… Mais la menace est d’une ampleur telle que cet atout a quelque chose de futile. Et ils se rappellent que Rafaela se trouve à la blanchisserie, qu’elle a entrepris de « sanctuariser » ! « Entrepris » seulement – cela ne sera d’aucun secours pour l’heure… Mais ce n’est pas la question : les PJ partent aussi vite que possible dans la direction du nord de la ville, vers Chinatown.

 

[V-2 : Danny, Beatrice, Nicholas, Warren] Mais rejoindre Chinatown s’annonce compliqué : si le gros de la horde emprunte la rue principale, un nombre non négligeable de morts-vivants rôde dans les ruelles en provenance de l’est et du nord – il faudra les éliminer ou les leurrer pour gagner la blanchisserie. Pris isolément, les zombies ne constituent pas une très grande menace – le problème, c’est leur nombre : chaque mort-vivant éliminé est bientôt remplacé par deux ou trois autres… Le gourdin de Danny, les pistolets de Beatrice et de Nicholas, les bras mécaniques de Warren éliminent (ou trompent) de nombreux morts-vivants, mais la progression vers la blanchisserie est très lente et très compliquée… Et, au bout d’un moment, des bruits de combat leur parviennent du nord – là où ils se rendent…

 

À suivre…

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