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Dossier Kwaidan 03 : Kwaidan, de Lafcadio Hearn à Kobayashi Masaki - Lafcadio Hearn et l'imaginaire japonais

Publié le par Nébal

Dossier Kwaidan 03 : Kwaidan, de Lafcadio Hearn à Kobayashi Masaki - Lafcadio Hearn et l'imaginaire japonais

La première partie se trouve ici. La précédente .

Le travail de Lafcadio Hearn (1850-1904) s’inscrit dans le contexte que nous venons d’évoquer, particulièrement en ce qui concerne les kaidan-shû 怪談集. Quelques éléments biographiques s’imposent.

 

Patrick Lafcadio Hearn est né en 1850 sur l’île grecque de Leucade (d’où son second prénom, celui sous lequel il se fera connaître), d’un père irlandais (militaire dans l’armée britannique, alors en poste dans l’île) et d’une mère grecque, qui bientôt l’abandonnent à des parents en Irlande. Les premières années de sa vie sont marquées par de nombreuses difficultés familiales, et bientôt financières, qui l’inciteront à s’émanciper en voyageant de par le monde pour gagner sa vie.

 

À l’âge de 19 ans, ils se rend ainsi aux États-Unis, et d’abord à Cincinnati, où il devient journaliste – un métier de plume qui influera considérablement ses écrits de manière générale : tout au long de sa vie, il puisera son inspiration dans son environnement, et nombre de ses publications, qu’elles portent sur la cuisine, le folklore ou d’autres choses encore, n’étaient au fond pas autre chose que des reportages, d’un style certes supérieur.

 

En 1874, son mariage avec une métisse, illégal au regard de la loi de l’Ohio, constitue un prétexte pour que son journal le licencie (mais il semblerait que ses articles teintés de libre-pensée lui avaient attiré des inimitiés, qui auraient été la véritable motivation de cette sanction). Il retrouve un emploi dans un autre titre de presse, mais ce sont des années difficiles : son travail l’ennuie, et il préfère traduire en anglais des œuvres d’auteurs français – au fil des années, il fera ainsi office, déjà, de passeur, pour des auteurs tels que Théophile Gautier ou Gustave Flaubert, mais aussi Maupassant ou Mérimée (ce qui lui donne déjà l’occasion de se frotter à la littérature fantastique, parfois), ou encore Pierre Loti, qu’il admire particulièrement[1] ; son tumultueux mariage s’avère bien vite un échec (le couple divorce en 1877) ; et il ne tient pas en place…

 

Il traverse alors le pays, et s’installe à La Nouvelle-Orléans, où il demeure plusieurs années. Il est séduit par la culture créole, à laquelle il consacre plusieurs écrits sur des sujets très divers (incluant cependant déjà des « histoires étranges » issues du folklore), un goût qu’il approfondit lors d’un séjour de deux ans dans les Antilles françaises, et notamment à la Martinique.

 

Mais l’envie de partir le reprend. À l’invitation d’un ami diplomate, Lafcadio Hearn embarque pour le Japon, et arrive à Yokohama 横浜 en 1890 – et le prétexte de son voyage (devenir un correspondant au Japon pour la presse anglophone) est vite oublié : Hearn, l’éternel apatride, a enfin le sentiment de se trouver « chez lui ». Avec le soutien de Basil Hall Chamberlain, un des premiers japonologues britanniques, il obtient un poste de professeur à Matsue (sa carrière se poursuivra à Tôkyô 東京, d’abord à Tôdai 東大 puis à Waseda 早稲田). Il épouse une Japonaise, Koizumi Setsuko 小泉節子, puis, fait sans doute assez rare, il prend la nationalité japonaise, et adopte le nom de Koizumi Yakumo 小泉八雲. Pendant une quinzaine d’années, jusqu’à sa mort en 1904, Lafcadio Hearn multipliera les publications concernant le Japon, dans bien des domaines[2], et ce sont essentiellement ces écrits qui lui vaudront de devenir célèbre.

 

Les « histoires étranges », comme celles qui furent publiés dans Kwaidan à la veille de sa mort, ne représentent qu’une partie de sa production d’alors – mais certes pas négligeable : l’auteur a toujours prisé les récits fantastiques et le folklore, ce qu’il avait déjà montré notamment dans ses ouvrages consacrés à la culture créole, et éventuellement dans certaines traductions du français. On a parfois voulu, au nom de son ascendance irlandaise et de son enfance à Dublin, l’associer à certains « compatriotes », parmi les plus grands écrivains fantastiques de l’époque, incluant Oscar Wilde, Bram Stoker, Sheridan Le Fanu ou Lord Dunsany – ce qui s’accorde sans doute mal avec sa vie d’apatride jusqu’à ce qu’il se fixe au Japon…

 

Il est certes devenu un grand nom de la littérature fantastique, mais essentiellement en tant que passeur : au Japon, il n’est pas tant un créateur qu’un collecteur d’histoires, souvent purement orales jusqu’alors ; son épouse et ses étudiants, à sa demande, l’abreuvent de récits à la manière des kaidan-shû, comme en témoigne le titre de son plus fameux et ultime recueil, et c’est bien dans cette optique qu’il transmet à ses lecteurs anglophones la substance de l’imaginaire japonais – qu’il s’agisse de susciter l’effroi ou la mélancolie, ou même le rire, car le propos de ces contes est fluctuant. Mais il sait raconter toutes ces petites histoires avec brio, et sa plume habile lui vaut bien le statut de grand écrivain.

 

Mais Lafcadio Hearn n’a pas séduit qu’en Occident. Ses étudiants japonais l’appréciaient beaucoup – parmi lesquels Aizu Yaichi 会津 八一, sur lequel nous reviendrons. Passeur dans les deux sens, il a donné à certain d’entre eux le goût de la littérature anglaise, mais aussi de la culture de la Grèce antique, tout particulièrement. Mais, de manière plus inattendue, il a aussi rendu, d’une certaine manière, à ces étudiants le goût de leur propre folklore, à une époque où la modernisation à marche forcée du régime de Meiji 明治 avait parfois tendance à dénigrer le passé japonais. En effet, les kaidan-shû avaient leurs limites, et l’approche de Lafcadio Hearn relève davantage d’un travail de folkloriste – en la matière, il précède de quelques années les travaux fondateurs d’un ethnologue tel que Yanagita Kunio 柳田國男[3].

 

D’où une influence persistante de Lafcadio Hearn au Japon même – dont témoignera, s’il en était encore besoin, soixante ans après sa mort, le film Kwaidan (Kaidan 怪談) de Kobayashi Masaki 小林正樹.

 

[1] Rappelons que cet autre écrivain voyageur avait séjourné au Japon, ce qui lui avait inspiré notamment son roman Madame Chrysanthème – qui, comme les écrits de Lafcadio Hearn plus tard, contribuerait à développer la curiosité pour le Japon en Occident ; cependant, Loti s’y montrait pour le moins critique, à la différence de Lafcadio Hearn, lequel tomberait littéralement amoureux de ce pays lointain…

[2] Parfois surprenants – qu’on songe à ses nombreux écrits portant sur les insectes dans la poésie japonaise, bien au-delà des seules études concluant Kwaidan ; ils ont été rassemblés à titre posthume dans HEARN Lafcadio, Insectes, Paris, Les Editions du Sonneur, 2016.

[3] cf. Yanagita Kunio, « Contes de Tôno », in Mille Ans de littérature japonaise, t. 2, op. cit., pp. 235-246 (extraits).

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Dossier Kwaidan 02 : Kwaidan, de Lafcadio Hearn à Kobayashi Masaki - Les fantômes japonais dans les arts et les lettres

Publié le par Nébal

Dossier Kwaidan 02 : Kwaidan, de Lafcadio Hearn à Kobayashi Masaki - Les fantômes japonais dans les arts et les lettres

La première partie se trouve ici.

L’étude de l’adaptation cinématographique des « histoires de fantômes » de Lafcadio Hearn par Kobayashi Masaki 小林正樹 ne peut se faire dans le vide. Un travail préalable de contextualisation s’impose, qui visera notamment à inscrire les œuvres étudiées dans la biographie et la production des deux auteurs. Mais, encore avant cela, il nous faudra nous pencher sur les sources du fantastique japonais, littéraire et cinématographique. Ce n’est qu’au travers de la conjonction de ces trois approches que le film Kwaidan (Kaidan 怪談) pourra en son temps être analysé.

 

Le Japon, du fait notamment de sa tradition religieuse mêlant shintô 神道, bouddhisme et confucianisme, sur un socle de chamanisme, entretient avec l’idée même de « fantôme » des relations sans doute différentes de l’Occident de tradition judéo-chrétienne, dans laquelle ils n’ont absolument pas leur place, et sont dès lors tôt relégués au rang de la pure superstition ; les histoires de fantômes ne sont certes pas absentes de l’imaginaire européen ancien, mais elles ne peuvent dès lors avoir la même prégnance qu’au Japon, où, longtemps, l’existence des fantômes, comme celle des esprits de manière plus générale, a pu paraître aller de soi pour tous, et parfaitement conforme aux divers enseignements sacrés – ceci, jusqu’à leur remise en cause par certains intellectuels, tel Yamagata Bantô 山片蟠桃 (1748-1821), dans une optique pouvant évoquer en Europe, peu ou prou à la même époque, les attaques des philosophes des Lumières contre la superstition et la foi notamment catholique[1]. Il faut dire que les morts, sinon les fantômes à proprement parler, sont au cœur de la vie religieuse – mais la notion même de fantômes peut être avancée avec davantage d’assurance quand on prend en compte l’activité immémoriale des femmes chamanes, qui intercèdent entre les vivants et les morts. Aujourd’hui encore, la fête d’O-Bon お盆, chaque année, en été[2], célèbre la visite des ancêtres défunts, auquel un culte est traditionnellement rendu dans chaque famille tout au long de l’année, ce culte constituant le pilier de la pratique religieuse japonaise et du système traditionnel ie .

 

La foi bouddhique, de manière plus spécifique, s’en est très bien accommodée. On trouve des fantômes, parmi d’autres créatures surnaturelles, dans les Histoires qui sont maintenant du passé (Konjaku monogatari shû 今昔物語集)[3], dont le propos vise essentiellement à l’édification – cette signification religieuse exclut ces histoires du champ de ce que l’on appellera ultérieurement le fantastique, mais certains récits « vulgaires » (au sens de « profanes ») de la partie japonaise du recueil s’en rapprochent déjà davantage, qui inspireront en leur temps, par exemple, Akutagawa Ryûnosuke 芥川龍之介 (1892-1927)[4].

 

Il en va en partie de même concernant le registre merveilleux, dans des contes tels que celui du Coupeur de bambou (Taketori monogatari 竹取物語) ; mais, si l’idée d’un récit conçu pour le divertissement et non l’édification nous rapproche bel et bien de la littérature fantastique à venir, nous nous en tiendrons ici aux récits plus spécifiquement voués à l’angoisse et à l’épouvante, et au premier chef aux histoires de fantômes.

 

Le fait est que, au-delà des kami et des bouddhas, le folklore japonais est riche de nombreux yôkai 妖怪, parmi lesquels les yûrei 幽霊, fantômes « au sens strict » (le terme bakemono 化け物 peut désigner les fantômes, mais a une acception plus large), et la culture japonaise classique abonde en créatures surnaturelles, esprits de défunts ou non, qui peuvent intervenir dans un récit sans pour autant que l’œuvre en question ne verse le moins du monde dans le fantastique. À titre d’exemple, dans Le Dit du Genji (Genji monogatari 源氏物語) de Murasaki Shikibu 紫式部 (c. 973–c. 1014 ou 1025), le livre quatrième, Yûgao 夕顔, rapporte comment les maîtresses du Prince Resplendissant font les frais de la jalousie de « l’esprit vif » d’une ancienne compagne – et en meurent[5]. Certes, il ne s’agit pas là d’un fantôme au sens où nous l’entendons habituellement, l’esprit n’étant pas celui d’une défunte, mais ces manifestations surnaturelles particulières, fréquemment mentionnées dans le folklore du Japon, intéresseront beaucoup Lafcadio Hearn, qui en évoquera plusieurs cas dans ses contes et notamment dans Kwaidan[6].

 

Nous pouvons aussi citer, mêlant cette fois « véritables » fantômes et « esprits vifs », Taira no Kiyomori 平清盛 (1118-1181) confronté aux spectres de ses victimes, mortes ou exilées, qui perturbent l’accouchement de sa fille dans le livre troisième du Dit des Heike (Heike monogatari 平家物語)[7] – un ouvrage qui se veut une chronique historique, de manière assez significative.

 

Bien avant cela, à vrai dire, l’histoire officielle du Japon mentionnait déjà les manifestations de fantômes qu’il fallait s’accommoder à titre posthume – l’exemple le plus célèbre étant celui du conseiller banni Sugawara no Michizane 菅原道真 (845-903), finalement déifié sous le nom de Tenjin 天神, dieu des lettres et des études, pour apaiser sa colère.

 

Sur ces bases (historiques, religieuses, folkloriques), le traitement littéraire de la figure du fantôme va connaître une évolution marquée, au théâtre et dans la fiction en prose, qui sera à chaque fois d’une grande importance pour le cinéma fantastique japonais.

Tout d’abord, le théâtre nô , tel qu’il se constitue durant l’époque de Muromachi (Muromachi-jidai 室町時代, 1336-1573) au travers des œuvres de Kan.ami 観阿弥 (1333-1384) et de son fils Zeami 世阿弥 (1363-1443), fait très souvent, sinon systématiquement, appel à des personnages de fantômes, qui sont incarnés par le shite 仕手, soit l’acteur principal, revêtu d’un masque. Dans le programme classique de la journée de nô, la deuxième pièce est vouée aux « spectres de guerriers », les ashura 阿修羅, et la troisième à des « spectres féminins » ; si l’on ajoute que la première met en scène des « divinités » et la cinquième et dernière des « démons », la quatrième pièce seule, « de la vie réelle », semblant en principe dépourvue de créatures surnaturelles, on pèse combien celles-ci et notamment les fantômes sont indissociables de cet art[8]. Le nô est un « spectacle total », mêlant théâtre, poésie, musique, chant et danse, outre la conception des costumes et surtout des masques – il aura une certaine influence sur le cinéma japonais, bien plus tard, mais sa singularité demeurera ; en fait, dans le domaine qui nous intéresse, si cette prépondérance des fantômes ne sera pas sans conséquences sur le cinéma fantastique, le répertoire du nô abondant en sujets de films, l’influence de ce registre théâtral sera peut-être avant tout esthétique[9].

 

On peut avancer que la lenteur caractéristique d’un certain cinéma japonais, qui vaut d’ailleurs pour Kwaidan, film long (plus de trois heures) et d’un rythme très posé, dérive de cet art de la subtilité et de l’épure. Dans ce film à sketchs, c’est probablement dans le troisième, « Hôichi sans oreilles » (Mimi-nashi Hôichi 耳なし芳), que l’influence du nô serait la plus palpable, par exemple dans la gravité de la mise en scène de la bataille de Dan-no-ura (Dan-no-ura no tatakai 壇ノ浦の戦い)[10], mais sans exclure, loin de là, d’autres influences, dont celle du kabuki 歌舞伎, notamment dans la flamboyance marquée des costumes et du maquillage. La succession, dans le film de Kobayashi Masaki, de quatre histoires différentes, pourrait lointainement évoquer la succession des pièces dans la journée de nô, mais cette hypothèse, évoquée seulement pour mémoire, paraît peu concluante, dans la mesure où les quatre histoires (et non cinq) ne suivent pas la progression orthodoxe des pièces, outre qu’elles ne sont pas séparées par des kyôgen 狂言 destinés à relâcher l’atmosphère : celle-ci est délibérément pesante tout au long du film, et, s’il est bien quelques traits d’humour çà et là, ils demeurent rares et sont souvent tardifs…

 

Le théâtre nô, assez rapidement, devient un divertissement associé à l’élite, aux guerriers (bushi 武士). Mais, durant l’époque d’Edo (Edo-jidai 江戸時代, 1603-1868), qui voit l’émergence de la classe bourgeoise, de nouvelles formes théâtrales se développent, qui correspondent davantage aux goûts des marchands, et notamment le kabuki. Ce nouveau théâtre est antithétique du nô : flamboyant, nerveux, virtuose, riche d’effets spéciaux. Les classes supérieures, dans un mouvement de rejet, le jugent vulgaire, mais il n’en remporte pas moins un succès considérable, qui persistera, et affectera sans commune mesure le développement du cinéma japonais en général, et du cinéma fantastique en particulier[11].

En effet, le cinéma fait son apparition au Japon très tôt – le procédé d’Edison fait l’objet d’une démonstration en 1896, puis le cinématographe des frères Lumière arrive dès l’année suivante, avec des opérateurs qui filment des scènes de rue ou la danse de geishas 芸者. Et on ne tarde guère à filmer de fameux acteurs de kabuki, qu’il s’agit de rendre « immortels ». Les premiers films de ce type sont très simples, sans réalisation ni mise en scène à proprement parler : on se contente de poser la caméra, devant laquelle des « stars » du kabuki[12] se livrent à un pot-pourri de leurs meilleures scènes, sans narration suivie. Après quoi l’on se met à adapter véritablement des pièces : au Japon comme ailleurs, le cinéma ressemble d’abord beaucoup à du théâtre filmé – mais à terme se développe la grammaire de ce nouveau médium, le découpage, le montage, etc., ce qui débouche sur les premières réalisations à proprement parler. Et beaucoup s’inspirent d’abord du répertoire du kabuki, si d’autres se tournent vers le shinpa 新派, c’est-à-dire le théâtre « moderne » (ainsi désigné justement pour le distinguer du kabuki), qui se veut plus réaliste et prise les histoires « contemporaines ». Ces deux sources d’inspiration débouchent sur les deux versants du cinéma japonais pour une très longue période : d’un côté, dérivé du shinpa, il y a le gendaigeki 現代劇, cinéma « contemporain » et « réaliste » ; de l’autre, il y a le jidaigeki 時代劇, cinéma « historique », « d’époque », « costumé », qui provient essentiellement du kabuki. Cette distinction devient même bientôt géographique : on tourne les jidaigeki dans des studios situés à Kyôto 京都, tandis que les studios où l’on filme les gendaigeki se trouvent à Tôkyô 東京. Pendant une très longue période, le cinéma japonais se partagera à peu près équitablement entre ces deux styles – mais, en Occident, quand on commencera à s’intéresser au cinéma japonais dans les années 1950, après le succès inattendu à l’exportation du Rashômon 羅生門 de Kurosawa Akira 黒澤明[13], Lion d’or à la Mostra de Venise en 1951, le goût de l’exotisme aura pour conséquence qu’on ne s’intéressera peu ou prou qu’au jidaigeki pendant un long moment ; le gendaigeki, avec des réalisateurs aussi importants qu’Ozu Yasujirô 小津安二郎, ne sera « découvert » que bien plus tard, rétrospectivement[14].

 

Cette distinction aura une conséquence particulière pour le cinéma fantastique japonais. En effet, le shinpa, qui se veut « réaliste », ne prise guère les sujets fantastiques ; en revanche, le kabuki, avec son côté flamboyant, est bien plus propice à la narration de telles histoires ; son répertoire étant abondamment repris dans le jidaigeki, les classiques du kabuki relevant du fantastique deviennent bientôt des films « d’époque ». Mais, en conséquence, s’il y aura des exceptions (certains films de Nakagawa Nobuo 中川信夫, notamment), la proposition sera également vraie en sens inverse : longtemps, la majeure partie des films fantastiques japonais seront des jidaigeki[15]. Il faudra attendre au mieux les années 1980 et, surtout, la fin des années 1990, pour que le cinéma fantastique japonais ose s’exprimer pleinement dans un cadre contemporain, même en reprenant des figures classiques de yûrei, etc. – ce sera la vague de la « J-Horror », qui connaîtra un grand succès au Japon comme à l’étranger à partir du film Ring (Ringu リング) de Nakata Hideo 中田秀夫 en 1998, d’après le roman éponyme de Suzuki Kôji 鈴木光司[16].

 

Mais revenons-en au kabuki. Il faut mentionner une pièce en particulier : Tôkaidô yotsuya kaidan 東海道四谷怪談 (fréquemment abrégé en Yotsuya Kaidan 四谷怪談), œuvre de Tsuruya Nanboku IV 鶴屋南北 (4代目) (1755-1829). Ce classique du kabuki, qui avait remporté un succès colossal, a suscité bien des reprises au théâtre, bien des illustrations également, notamment dans le genre ukiyo-e 浮世絵 (fig. 1), puis a donné lieu à des dizaines d’adaptations cinématographiques, et ce dès le temps du muet[17] : le fourbe samouraï Iemon 伊右衛門 et sa pauvre femme Oiwa お岩 ont fourni des archétypes aux histoires de fantômes ultérieures ; Oiwa, à vrai dire, constitue le prototype de la figure de la « femme trompée » (« wronged woman »), si essentielle au cinéma fantastique japonais[18].

Fig. 1 : portrait d’Oiwa par Utagawa Kuniyoshi 歌川国芳

Mais le succès d’une pièce comme Yotsuya kaidan tient aussi sans doute à ce que, à l’époque de Tsuruya Nanboku IV, la perception des histoires de fantômes avait changé. En effet, l’approche édifiante de ces histoires, au plan religieux ou simplement moral, avait progressivement laissé de la place à une autre approche, selon laquelle les histoires de fantômes, sans prétendre à la « réalité », pouvaient constituer en tant que telles un divertissement. Durant l’époque d’Edo, la tradition orale des « histoires étranges », racontées en commun dans certaines circonstances plus ou moins « ritualisées », ou, progressivement, plus ludiques qu’autre chose, débouche sur des anthologies qui bénéficient des progrès en matière d’imprimerie et connaissent ainsi une large diffusion : on parle alors de kaidan-shû 怪談集, c’est-à-dire de « recueils d’histoires étranges », et essentiellement d’ « histoires de fantômes »[19]. Les meilleurs écrivains en prose s’y mettent, comme par exemple Ihara Saikaku 井原西鶴 (1642-1693), et, au cours notamment du XVIIIe siècle, plusieurs de ces recueils rencontrent un certain succès populaire. Le plus célèbre est le livre d’Ueda Akinari 上田秋成 (1734-1809) intitulé Contes de pluie et de lune (Ugetsu monogatari 雨月物語, 1776)[20], que l’on connaît notamment en Occident pour avoir inspiré le célèbre film de Mizoguchi Kenji 溝口健二 (1898-1956) Les Contes de la lune vague après la pluie (Ugetsu monogatari 雨月物語, 1953)[21] (fig. 2).

Fig. 2

 

Il y a de nombreuses raisons à cette évolution – déjà évoquées : l’émergence de la classe bourgeoise, les progrès de l’imprimerie, les nouveaux modes de diffusion… Mais sans doute faut-il revenir à l’appréhension différente de la notion même de fantôme : nous l’avons mentionné plus haut, à l’époque de la diffusion des kaidan-shû, un débat oppose les intellectuels japonais, qui porte sur l’existence des esprits en général, et des fantômes en particulier. Si nombre de ces auteurs, au fil de raisonnements parfois tortueux empruntant à une vaste érudition classique (au sens fort, et donc essentiellement chinoise), ne voient pas de raison d’en douter, d’autres se montrent plus sceptiques – et parfois d’une manière toute radicale : nous avons évoqué le cas de Yamagata Bantô (1748-1821). Or il faut relever que les auteurs de kaidan-shû, et tout spécialement Ueda Akinari, s’inscrivent dans ce débat : l’auteur des Contes de pluie et de lune, philologue des plus compétent, connaissait très bien ses classiques, et son recueil témoigne de sa vaste érudition, mais tout autant de son esprit critique ; car « [c]’était un esprit fort, un sceptique qui ne voyait que fables dans les mythes. Il polémiqua avec le grand maître des Études japonaises, Motoori Norinaga, sur le caractère divin du soleil. Akinari le tenait pour un simple astre qui éclairait aussi bien les Hollandais que les Japonais. »[22] Or la remise en cause des mythes, des dieux et des fantômes procédait d’un même esprit critique… même si notre auteur a rendu grâces à la divinité Inari 稲荷神 toute sa vie, et croyait volontiers aux métamorphoses des « renards », kitsune , et des « chiens viverrins », tanuki [23].

Demeure l’impression que, pour que le fantastique se constitue en tant que genre, pour que l’on écrive et lise ou voie des « histoires étranges » et effrayantes au seul titre du divertissement, outre les moyens de diffusion modernes, il faut un état d’esprit bien particulier, à même de tirer profit d’une longue et ancienne tradition de récits dans le folklore ou dans l’érudition, le cas échéant d’ailleurs dans une optique « conservatrice », mais en s’émancipant d’une foi trop obséquieuse. Il est tentant de relever qu’à la même époque un phénomène similaire se produit en Europe : tandis que les philosophes des Lumières, de Pierre Bayle à Voltaire, dénoncent avec vigueur les superstitions, apparaissent les romans gothiques anglais, à la suite du Château d’Otrante de Horace Walpole (1764). Les métamorphoses des mythes grecs, les contes de fées ou les fantômes shakespeariens n’y changeaient au fond rien : ce n’est qu’alors qu’apparaît véritablement le genre fantastique, et que la peur devient en elle-même un sujet littéraire, ainsi que Lovecraft l’a bien montré[24].

 

Le cinéma fantastique japonais saura se nourrir de ces différents apports, du nô, du kabuki, des kaidan-shû enfin, qu’ils relèvent de l’érudition classique, du folklore ou de la création pure. Les kaidan-eiga 怪談映画, puisque c’est ainsi que l’on désigne les « films de fantômes », au-delà de leur long cantonnement dans le jidaigeki, y gagneront en diversité : les films fantastiques japonais seront alternativement « de prestige » ou « d’exploitation », avec une infinité de degrés intermédiaires ; certains réalisateurs s’attacheront au genre, d’autres ne l’envisageront que ponctuellement (parmi lesquels, outre Kobayashi Masaki, on peut citer, donc, Mizoguchi Kenji ou éventuellement Kurosawa Akira, ou encore de manière davantage marquée Shindô Kaneto 新藤兼人). Le genre lui-même pourra être divisé en sous-genres, le cas échéant, relativement englobants comme le « gothique d’Edo » (« Edo gothic »)[25] ou le kaidan pinku eiga 怪談ピンク映画[26], ou très spécifiques, par exemple en fonction du type de créature mis en scène : Max Tessier évoque ainsi, sous le registre bakemono, le bakeneko-mono 化け猫物, qui porte sur des « femmes-chattes » maléfiques[27]. Et le genre évoluera considérablement à l’époque de la « J-Horror », mais cela dépasse l’objet de ce dossier.

 

Au-delà du traitement littéraire de ce thème, puisque c’est de cinéma que nous allons parler, il faut envisager également le traitement pictural ou, plus largement, relevant des arts visuels[28]. Certains de ces aspects ont en fait déjà été évoqués : le masque du shite dans le théâtre nô, les costumes et les maquillages du kabuki, enfin les estampes ukiyo-e qui, accompagnant les pièces de théâtre ou les kaidan-shû à succès, quand elles ne se montrent pas entièrement originales, contiennent nombre de représentations de fantômes bientôt canoniques, et qui marqueront le cinéma à venir. Ainsi par exemple de la figuration du yûrei féminin, dont Oiwa est donc un bon exemple, mais il y en a bien d’autres – car c’est en fait devenu un genre à part entière, appelé yûrei-zu 幽霊図, particulièrement florissant durant les XVIIIe et XIXe siècles (fig. 3 et 4).

 

Fig. 3 : Yûrei 幽霊 par Sawaki Sûshi 佐脇嵩之 (1737)
Fig. 4 : Le fantôme d’Oyuki (Oyuki no maboroshi お雪の幻), par Maruyama Ôkyo 円山応挙 (1733-1795)

 

La femme rachitique, vêtue d’une robe blanche parfois débraillée et qui accentue son aspect diaphane, et arborant une longue chevelure noire souvent sale et désordonnée, ce sont autant de codes que le cinéma fantastique japonais perpétuera[29], des premières adaptations muettes de Yotsuya kaidan à la Sadako 貞子 de Ring, sa plus célèbre incarnation moderne[30] (fig. 5).

 

Fig. 5

Entre les deux, cette figure se retrouve également dans Kwaidan, dont c’en est en fait une des plus célèbres illustrations – même si ce n’est alors pas l’apparence d’un fantôme à proprement parler, mais de la « femme des neiges » (yuki onna 雪女, fig. 6) [31] ; cependant, cet esprit était traditionnellement traité sur le même mode que les fantômes dans le yûrei-zu (fig. 7)

Fig. 6
Fig. 7 : Yuki-onna 雪女 par Sawaki Sûshi佐脇嵩之 (1737)

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Mais la peinture japonaise avait déjà une longue tradition de représentation de créatures de ce type – on peut penser, par exemple, aux Rouleaux des êtres affamés (Gaki zôshi 餓鬼草紙), fameux emaki 絵巻 datant du XIIe siècle. À vrai dire, si Kwaidan a des inspirations picturales (et c’est assurément le cas !), c’est avant tout dans des rouleaux illustrés de cette époque qu’elles se trouvent – et il en va de même pour d’autres arts, la statuaire ou l’architecture ; toutefois, les œuvres en question ne relèvent pas de l’illustration fantastique, et n’ont donc pas leur place ici (nous en parlerons dans la dernière partie de ce dossier).

[1] Cf. MACE François, « Circulez, il n’y a rien à voir – les fantômes japonais aux prises de l’esprit critique », in Fantômes dans l’Extrême-Orient d’hier et d’aujourd’hui – tome 1, sous la direction de LAUREILLARD Marie et DURAND-DASTES Vincent, Paris, Presses de l’Inalco, 2017.

[2] On a fait remarquer que, traditionnellement, au Japon, les films fantastiques et/ou d’horreur sortent le plus souvent durant l’été, à proximité de la fête d’O-Bon お盆, dont la date peut varier selon les régions (d’aucun avancent que les frissons procurés par ces films sont les bienvenus par temps de forte chaleur…) ; dans le monde anglo-saxon, certes, la fête d’Halloween a peu ou prou les mêmes conséquences, à ceci près que le sens religieux de cette fête a de longue date disparu, le christianisme étant passé par là, la « fête des morts » ayant été remplacée par la « fête de tous les saints », aux implications bien différentes.

[3] Cf. Histoires qui sont maintenant du passé, Paris, Editions Gallimard - UNESCO, 1968.

[4] Par exemple, cf. AKUTAGAWA Ryûnosuke, Rashomon et autres contes, Paris, Editions Gallimard - UNESCO, 2011.

[5] Cf. MURASAKI SHIKIBU, Le Dit du Genji, Lagrasse, Verdier, 2011, pp. 110-144.

[6] Par ailleurs, c’est un modèle éclatant et séminal de ce qui deviendra un personnage clef du fantastique japonais, la figure de la « femme trompée » (« wronged woman »), pour reprendre la terminologie de BALMAIN Colette, Introduction to Japanese Horror Film, Edinburgh, Edinburgh University Press, 2013, passim. Or cette figure intervient bel et bien dans le film de Kobayashi Masaki qui nous intéresse, nous y reviendrons.

[7] Cf. Le Dit des Heiké, Lagrasse, Éditions Verdier, 2012, pp. 189 sq.

[8] À titre d’exemple, dans Zeami, La Tradition secrète du nô, suivi de Une journée de nô, Paris, Éditions Gallimard – unesco, 2010, on peut citer la pièce Sanemori 実盛 (pp. 205-220), à « spectre de guerrier » (en l’espèce, il s’agit d’un personnage historique figurant dans Le Dit des Heike, op. cit.), ainsi que Yûgao 夕顔 (pp. 245-257), à « spectre féminin », qui brode quant à elle sur un personnage de fiction, figurant dans le passage du Dit du Genji, op. cit., évoqué plus haut (mais en en dérivant une histoire originale).

[9] Ceci au-delà du seul genre fantastique, d’ailleurs ; quand Mishima Yukio 三島 由紀夫, en 1966 (soit deux ans après Kwaidan) réalise son unique film, le court-métrage muet Rites d’amour et de mort (Yûkoku 憂國), adapté de sa propre nouvelle « Patriotisme » (Yûkoku 憂國 ; in Mishima Yukio, La Mort en été, Paris, Éditions Gallimard, 1988, pp. 163-202), la scénographie est clairement dérivée du nô, art que l’écrivain prisait beaucoup.

[10] Cette bataille, en 1185, a vu l’anéantissement du clan des Taira par les forces du clan Minamoto , et est racontée dans Le Dit des Heike, op. cit.

[11] Sur cette dernière question plus précisément, cf. Hand Richard J., « Aesthetics of Cruelty: Traditional Japanese Theater and the Horror Film », in Japanese Horror Cinema, sous la direction de McRoy Jay, Edinburgh, Edinburgh University Press, 2009, pp. 18-28.

[12] Car le kabuki, on l’a souvent relevé, a développé un « star system » qui vaut bien celui de Hollywood, ce qui là encore aura une influence sur le cinéma japonais, notamment à l’âge du muet.

[13] D’après deux nouvelles d’Akutagawa Ryûnosuke figurant dans Akutagawa Ryûnosuke, Rashômon et autres contes, op. cit. (« Rashômon » 羅生門, pp. 76-83 ; « Dans le fourré »Yabu no naka 藪の中, pp. 84-94). Notons au passage que, si l’on ne classe généralement pas ce film dans le genre fantastique, il fait cependant intervenir un fantôme et une chamane.

[14] Nous aurons l’occasion de voir infra que ce phénomène a particulièrement affecté la réception en Occident du cinéma de Kobayashi Masaki. De manière plus générale, sur l’histoire du cinéma japonais, et plus particulièrement de ses débuts, cf., en priorité, Satô Tadao 佐藤忠男, Le Cinéma japonais, 2 vol., Paris, Éditions du Centre Pompidou, 1997 ; également, Richie Donald, Le Cinéma japonais, Monaco, Éditions du Rocher, 2005, ainsi que Tessier Max, Le Cinéma japonais : une introduction, [s.l.], Nathan, 2003.

[15] Précisons à tout hasard que nous parlons ici du cinéma fantastique au sens strict : l’imaginaire peut prendre bien des formes différentes, et il va de soi que la question se pose de toute autre manière en ce qui concerne le cinéma de science-fiction, notamment dans la foulée du Godzilla (Gojira ゴジラ) de Honda Ishirô 本多猪四郎.

[16] Cf. SUZUKI Kôji, Ring, Paris, Pocket, 2002. Sur la « J-Horror » de manière générale, cf. notam. Mesnildot Stéphane du, Fantômes du cinéma japonais : les métamorphoses de Sadako, Pertuis, Rouge Profond, 2011.

[17] Des adaptations par ailleurs très diverses – voire contradictoires ! Kurosawa Kiyoshi 黒沢清en évoque quelques-unes dans Kurosawa Kiyoshi, Mon effroyable histoire du cinéma : entretiens avec Makoto Shinozaki, Pertuis, Rouge Profond, 2008, pp. 16-20. Noter que la pièce originelle avait déjà subi ce genre d’adaptations/variations bien avant l’apparition du cinéma.

[18] Cf. Balmain Colette, Introduction to Japanese Horror Film, op. cit.

[19] Cf. REIDER Noriko T., « The Emergence of "Kaidan-shū" The Collection of Tales of the Strange and Mysterious in the Edo Period », art. cité. D’où le titre du recueil de Lafcadio Hearn.

[20] Cf. Ueda Akinari, Contes de pluie et de lune, Paris, Éditions Gallimard – UNESCO, 2010.

[21] Plus exactement, le film de Mizoguchi Kenji adapte deux nouvelles tirées du recueil d’Ueda Akinari, en les associant à une troisième nouvelle, œuvre quant à elle de Guy de Maupassant.

[22] Macé François, « Circulez, il n’y a rien à voir – les fantômes japonais aux prises de l’esprit critique », art. cité, § 42.

[23] Ibid.

[24] Cf. Lovecraft Howard Phillips, « Épouvante et surnaturel en littérature », art. cité ; mais, via le grotesque, cette peur peut aussi être teintée de rire, dès cette époque.

[25] Cf. Balmain Colette, Introduction to Japanese Horror Film, op. cit., pp. 50-69. Ce genre est censé constituer l’équivalent japonais des films de la Hammer au Royaume-Uni ou de Roger Corman aux États-Unis à la même époque.

[26] Ibid., pp. 70-89. Les pinku eiga ピンク映画 (littéralement, les « films roses ») sont des films érotiques soft à petit budget, diffusés dans les salles de cinéma, et qui deviennent progressivement prépondérants dans la production cinématographique japonaise en crise à partir des années 1970. Les plus célèbres de ces films sont les roman porno ロマンポルノ produits en masse par le studio Nikkatsu 日活, qui bénéficient d’un budget plus conséquent (ne pas se tromper sur l’emploi du mot « porno » dans cette expression, qui est parfois pris trop au pied de la lettre). Les kaidan pinku eiga sont donc des films érotiques à prétexte fantastique.

[27] Cf. Tessier Max, Le Cinéma japonais, op. cit., p. 105. Le plus célèbre film dans ce sous-genre très spécifique est probablement Kuroneko (Yabu no naka no kuroneko 藪の中の黒猫), de Shindô Kaneto, en 1968.

[28] Resterait la musique, d’une grande importance, mais il n’est pas pertinent d’en parler ici, et nous y reviendrons amplement en fin de dossier.

[29] Un autre code de cette représentation sera souvent négligé : l’absence de jambes – mais certains films en jouent, comme Séance (Kôrei 降霊), de Kurosawa Kiyoshi.

[30] Qui ajoute à cet ensemble un nouveau code aussitôt devenu caractéristique de la « J-Horror » : la longue chevelure noire masque le visage et tout particulièrement les yeux.

[31] Le premier sketch, « Les Cheveux noirs » (Kurokami 黒髪), doit également être signalé, mais, comme le titre le souligne, l’accent est mis sur la longue chevelure noire aux dépends du reste, nous y reviendrons.

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Dossier Kwaidan 01 : Introduction

Publié le par Nébal

Dossier Kwaidan 01 : Introduction

Dans le cadre de mes études de japonais, j’ai été amené, en cours d’histoire de l’art, disons, à rédiger un dossier (sans doute beaucoup trop volumineux…) sur un sujet libre – en l’espèce, je me suis décidé pour le film Kwaidan, de Kobayashi Masaki, inspiré des contes de Lafcadio Hearn, dans le recueil éponyme ou ailleurs.

 

Ce n’est qu’un dossier de Licence 2, il ne vaut… que ce qu’il vaut. Il ne faudra d'ailleurs pas hésiter à me reprendre quand je dirai des bêtises ! Mais, au cas où cela intéresserait des lecteurs de ce blog interlope, et dans la mesure où ce dossier a été semble-t-il (?) plutôt bien accueilli, je vais tenter de le mettre en ligne, petit bout par petit bout.

 

Note au passage : j’avais déjà consacré un article de ce blog au film de Kobayashi Masaki, deux au Kwaidan de Lafcadio Hearn, d’abord dans sa traduction classique par Marc Logé, ensuite dans sa récente réédition chez Corti, salopée par Jacques Finné ; il faut y ajouter également un article sur le recueil plus ample de Lafcadio Hearn en français qu’est Fantômes du Japon.

 

Au cas où, donc…

La réouverture forcée du Japon, à partir de l’intervention des « vaisseaux noirs » du commodore Perry en 1853, a produit un véritable choc culturel – de part et d’autre. Si la fermeture du Japon n’était pas totale, cet événement a toutefois radicalement changé la donne, et le mouvement de modernisation/occidentalisation entrepris quelques années plus tard par le nouveau régime de Meiji 明治 a conduit à une multiplication des échanges de toutes sortes ; les personnes, désormais, pouvaient voyager d’un monde à l’autre, Occidentaux se rendant au Japon pour une plus ou moins longue période, et Japonais gagnant l’Europe et l’Amérique pour s’instruire des sciences, des arts et des pensées de l’Occident, et ramener dans l’archipel le fruit de leurs investigations. Ces échanges, motivés par une curiosité non exempte de préventions et de fantasmes, positifs comme négatifs, s’avèrent diversement fructueux ; la séduction exotique, souvent, demeure assez superficielle, ce dont nombre d’œuvres relevant du « japonisme », dans des domaines artistiques variés, peuvent témoigner, en Europe et tout particulièrement en France. Toutefois, d’autres de ces écrivains et artistes voyageurs, motivés par un engouement plus substantiel, se livrent à un travail davantage conséquent, et, souvent, font office de passeurs.

 

C’est le cas, tout particulièrement, de Lafcadio Hearn. Nous reviendrons ultérieurement sur les détails de sa biographie – pour l’heure, relevons seulement que cet écrivain et journaliste vagabond avait enfin trouvé sa patrie en arrivant au Japon en 1890, et qu'il s’est dès lors employé, à sa manière, à en faire connaître la culture à travers le monde. Lafcadio Hearn a consacré bien des ouvrages au Japon, dans des domaines très variés. Mais, dès avant de se fixer dans l’archipel, il avait déjà témoigné de son goût des « histoires étranges », puisant dans divers folklores pour en tirer des récits que l’on dirait aujourd’hui « fantastiques » ; ce qu’il avait fait, par exemple, concernant les contes créoles, il l’a poursuivi avec pour nouvelle base le folklore japonais – livrant plusieurs « histoires de fantômes », publiées çà et là ; surtout, en 1904, peu ou prou à la veille de sa mort, il a publié son plus célèbre recueil en la matière, un ouvrage assez bref titré Kwaidan[1]: Stories and Studies of Strange Things. Cet opuscule a permis de faire découvrir l’imaginaire japonais, sous l’angle notamment des histoires de fantômes[2], aux lecteurs occidentaux, et d’abord aux amateurs de littérature fantastique[3].

 

Toutefois, le travail de Lafcadio Hearn, même destiné prioritairement à un lectorat européen[4] ou américain, n’a pas laissé indifférents les lecteurs japonais – et d’abord ses propres étudiants à l’université de Tôkyô (Tôkyô daigaku 東京大学, ou Tôdai 東大) puis à l’université de Waseda (Waseda daigaku 早稲田大学), où il enseignait la littérature anglaise, faisant donc toujours office de passeur, mais cette fois en sens inverse (parmi ses élèves, il nous faudra notamment revenir sur le cas d' Aizu Yaichi 会津八一). Le recueil, écrit en anglais (Hearn n’est jamais parvenu à maîtriser véritablement la langue japonaise), a été rapidement traduit en japonais. D’une certaine manière, Kwaidan et d’autres publications d’un esprit proche ont pu ramener des lecteurs japonais curieux à leur propre folklore, à leur propre imaginaire, en cette période tumultueuse où le passé japonais était souvent dénigré, précédant en cela de quelques années les travaux, notamment, de l’ethnologue Yanagita Kunio 柳田國男[5].

 

Et, soixante ans après la parution de Kwaidan et la mort de son auteur, le réalisateur Kobayashi Masaki 小林正樹 a livré un film du même titre, dans lequel il adaptait quatre « histoires de fantômes » narrées en leur temps par Lafcadio Hearn[6]. Auréolé du succès critique, au Japon comme à l’étranger, de son précédent film, Harakiri (Seppuku 切腹), le cinéaste s’était lancé à corps perdu dans cette entreprise qui s’avérerait très coûteuse, et il en est résulté un objet esthétique à la stylisation extrême, qui lui a permis de remporter, pour la deuxième fois en trois ans, le prix spécial du jury au festival de Cannes, parmi d’autres récompenses au Japon comme en Occident. Le film est rapidement devenu un classique du cinéma fantastique japonais… mais en portant un coup presque fatal à la carrière de Kobayashi, ruiné et boudé désormais par les studios en crise.

 

Le réalisateur s’était beaucoup investi dans ce projet qui lui tenait particulièrement à cœur[7]. C’est qu’il ne s’agissait pas seulement, pour lui, de raconter des « histoires de fantômes » : c’était aussi le prétexte idéal pour livrer une œuvre en forme de synthèse des arts japonais, d’abord des traditions les plus anciennes, mais sans négliger non plus l’avant-garde (notamment en matière de musique, avec la collaboration cruciale du compositeur Takemitsu Tôru 武満徹). Kwaidan (Kaidan 怪談) est un film qui rejette toute forme de réalisme, et s’inscrit ainsi dans une logique radicalement « présentationnelle », pour reprendre une notion souvent appliquée au cinéma japonais, et sans doute de manière trop systématique[8]. Mais c’est qu’il a l’ambition de constituer un cinéma de tous les arts japonais, aux yeux du monde entier – et de la sorte un hommage au mentor du réalisateur, Aizu Yaichi, historien de l’art et poète, qui avait lui-même été l’élève de Lafcadio Hearn. Le film de Kobayashi Masaki constitue ainsi une double passerelle, dans le temps comme dans l’espace – le film est un hommage à un grand passeur, et en même temps un passeur lui-même.

 

Nous nous emploierons, dans le présent dossier, à montrer comment le travail d’adaptation cinématographique de l’œuvre écrite de Lafcadio Hearn a pu remplir cette ambition. Toutefois, avant d’en arriver là, il nous faudra contextualiser ces deux œuvres, en opérant un retour sur les sources du fantastique japonais, en littérature et au théâtre comme au cinéma.

 


[1] Kwaidan est une translittération du mot japonais kaidan 怪談 (on ne prononce plus le « w », mais, dans les langues occidentales, le titre de l’ouvrage de Lafcadio Hearn le comprend toujours). Le mot japonais semble être apparu vers le XVIIe siècle ; les deux kanji, pris ensemble, désignent des « histoires étranges », comme dans le sous-titre du recueil de Lafcadio Hearn, mais le mot en est venu à désigner plus précisément des « histoires de fantômes ». Cf. REIDER Noriko T., « The Emergence of "Kaidan-shū" The Collection of Tales of the Strange and Mysterious in the Edo Period », Asian Folklore Studies, vol. 60, n° 1, 2001, p. 80. De même, au cinéma, lexpression kaidan eiga 怪談映画 désignera essentiellement des « films de fantômes ».

[2] Mais pas seulement, loin de là : rappelons que le recueil s’achève sur des essais consacrés aux insectes, dans lesquels le lien avec la culture japonaise est plus ou moins relâché selon les créatures étudiées.

[3] À titre d’exemple, Howard Phillips Lovecraft le cite dans son essai « Épouvante et surnaturel en littérature », où c’est le seul ouvrage étudié portant sur un imaginaire non occidental. Cf. LOVECRAFT Howard Phillips, « Épouvante et surnaturel en littérature », in Œuvres, t. 2, Paris, Robert Laffont, 1991, pp. 1065-1132.

[4] En France, la plupart des œuvres de Lafcadio Hearn, et notamment celles portant sur le Japon, ont été traduites par Marc Logé, de son vrai nom Mary-Cécile Loge, dans les années 1910-1920. Tout récemment, Jacques Finné a livré une nouvelle traduction de Kwaidan, hélas percluse d’erreurs (HEARN Lafcadio, Kwaidan : histoires et études de sujets étranges, Paris, José Corti, 2018), aussi en resterons-nous à la traduction « classique » de Marc Logé, même si elle n’est pas exempte de tout reproche. Pour des raisons que nous expliquerons bientôt, notre ouvrage de référence pour la constitution de ce dossier ne sera pas le seul volume Kwaidan (HEARN Lafcadio, Kwaidan, ou histoires et études de choses étranges, Paris, Mercure de France, 1998), mais le recueil plus ample intitulé Fantômes du Japon (HEARN Lafcadio, Fantômes du Japon, [s.l.], Groupe Privat/Le Rocher, 2007).

[5] Par exemple, cf. YANAGITA Kunio, « Contes de Tôno », in Mille Ans de littérature japonaise, t. 2, sous la direction de CECCATTY René de et NAKAMURA Ryôji, Arles, Philippe Picquier, 1998, pp. 235-246 (extraits).

[6] Toutefois, seules deux de ces quatre histoires proviennent effectivement du recueil intitulé Kwaidan ; c’est pourquoi nous nous référerons au volume intitulé Fantômes du Japon, op. cit., qui contient quant à lui ces quatre histoires telles que les a contées Lafcadio Hearn.

[7] « J’ai rêvé à Kwaidan pendant huit ans. » Cf. BONNEVILLE Léo, « Entretien avec Masaki Kobayashi », Séquences, n° 53, 1968, p. 65.

[8] Cf. notam. RICHIE Donald, Le Cinéma japonais, Monaco, Éditions du Rocher, 2005, pp. 34-35.

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Wraith : Le Néant : Écran du Conteur

Publié le par Nébal

Wraith : Le Néant : Écran du Conteur
Wraith : Le Néant : Écran du Conteur

Wraith : Le Néant : Écran du Conteur, White Wolf – Ludis International, [1994] 1995, 24 p. [+ écran quatre volets]

Très vite – car il n’y a pas grand-chose à en dire... La (très limitée) gamme française de Wraith, passé le livre de base, s’est ouverte sur un traditionnel écran, accompagné d’un non moins traditionnel livret, de 24 pages en l’espèce.

 

L’écran quatre volets, côté joueurs… est hélas plutôt moche (François Launet a assurément fait bien mieux depuis) ; si son aspect plastifié est relativement appréciable (mais un peu plus de rigidité aurait été utile), et si le concept de l’illustration est plutôt intéressant, son rendu très « numérique old school », tout particulièrement pour ce qui est des chaînes, n’est pas exactement convaincant – c’est daté et... ben, hideux. Quant à la « fenêtre » du volet tout à gauche, une illustration qui sera reprise dans le Guide du Joueur dont je devrais vous parler prochainement, je ne comprends toujours pas ce qu’elle fait là, vingt ans plus tard.

 

Et côté MJ ? Je suppose que ça fait le job… Mais avec beaucoup de choses liées au combat. Certes, c’est, comme souvent, là où les règles se montrent le plus précises. Mais la baston n’est pas, ou en tout cas ne devrait pas être, une composante si essentielle d’une partie de Wraith

 

Quant au livret, il se montre plus ou moins intéressant. Les quatre premières pages sont les plus pertinentes : elles clarifient des points de règles ou de background qui demeuraient flous dans le livre de base – même si, à ce compte-là, il aurait mieux valu les intégrer directement dans ledit bouquin… Mais, oui, c'est souvent utile.

 

Suivent six pages qui visent à permettre, au plan technique, des crossovers entre Wraith et les trois jeux antérieurs du Monde des Ténèbres (Vampire, Loup-Garou et Mage), notamment en ce qui concerne les Disciplines, les Dons, etc. En fait, cela s’adresse à qui dispose également de ces autres jeux, et voudrait approfondir les choses par rapport au système très simple (simpliste ?) du livre de base. Pour ceux qui aiment, pourquoi pas.

 

Puis nous avons six pages de résumés des Arcanoi, moui, bon.

 

Et enfin, six pages… sur les armes à feu anciennes ? Allons bon… Là encore, ça ne devrait vraiment pas être si important dans Wraith – et en tout cas pas d’une manière aussi pointilleuse ! Cette aide de jeu présente une certaine utilité dans sa première page, qui fait cette remarque intéressante : si votre joueur bourrin a forcément fait en sorte d’avoir une arme à feu pour Relique (ce qui implique sa destruction dans le monde des vivants), qu’en est-il de la poudre et des munitions ? La réponse, c’est la Poussière d’Ombre – encore une trouvaille des artefacteurs stygiens, et de cette merveilleuse économie qui va avec… Passé ceci, et même si, à bon droit, on explique que la présence d’armes anciennes en nombre s’explique par la mort de tant de soldats cramponnés à leurs fusils, un élément d’ambiance effectivement intéressant, les cinq pages qui restent sont un délire ultra-précis façon catalogue dont je ne m’explique vraiment pas l’intérêt…

 

Bref : c’est un écran, et son livret – qui, m’est avis, aurait plutôt gagné à contenir un scénario. Mais à vous de voir.

 

La gamme française de Wraith ne va pas beaucoup plus loin : seulement le Guide du Joueur, et Midnight Express. Je devrais vous en parler un de ces jours – après quoi il sera peut-être temps de passer à une gamme VO autrement abondante, et qui prend la poussière depuis si longtemps dans ma ludothèque…

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Wraith : Le Néant

Publié le par Nébal

Wraith : Le Néant

Wraith : Le Néant, [Wraith: The Oblivion], White Wolf – Ludis International, [1994] 1995, 267 p.

RIEN DE PLUS FASCINANT QUE LA MORT

 

Haut les cœurs, la chronique rôlistique du jour porte sur un jeu qui bat pas mal de records en matière de déprime – au point éventuellement de le rendre injouable ? Faudra forcément y revenir… De manière plus générale, d'ailleurs. Mais... Oui : disons, « pour joueurs avertis ».

 

Wraith : le Néant est le quatrième jeu du « Monde des Ténèbres » classique de White Wolf – après Vampire : La Mascarade, Loup-Garou : L’Apocalypse, Mage : L’Ascension, et avant Changelin : Le Songe. Et on y joue des morts – pas des vampires gogoths et sexy, des vrais morts : des Ombres, des fantômes… Que du fun ! Gobez donc un antidépresseur, mais servez-vous quand même un verre (d’un truc plutôt fort et en vérité pas très bon), mettez en fond sonore un truc chialard à crever, fermez les rideaux, et, vous qui entrez ici, blah blah blah…

 

J’ai un rapport particulier avec ce jeu. Ado, il me fascinait – vu de loin, déjà. Et à l’égal d’un Kult, « étrangement » publié en français (parfois approximatif…) par le même éditeur, Ludis. Deux choses bien extrêmes, et d’un esprit assez voisin au fond, l’idéal pour un ado passablement névrosé amateur de musique triste, triste, triste. Mais si, à l’époque, j’avais finalement laissé Kult dans les rayonnages (au point d’en accroître le fantasme avec les années), je m’étais par contre procuré Wraith, moi qui avais beaucoup, beaucoup joué à Vampire (comme MJ et comme joueur), et un tout petit peu à Loup-Garou (qui ne me parlait pas vraiment, voire pas du tout, par contre). J’avais lu Wraith, ça m’avait fasciné (je crois que le mot n’est pas trop fort), j’avais voulu le maîtriser et… ma foi, ça n’avait pas donné grand-chose. Je m’étais bien amusé à créer une Nécropole toulousaine, mais, au final, nos parties ressemblaient pas mal à celles des diverses déclinaisons de Vampire auxquelles nous jouions, soit un truc vach’ment préten… profond en théorie qui se transformait en bastonnade super-héroïque dans la pratique. Ne me jetez pas la pierre, je sais de source sûre que ça a été la même chose pour tous ceux qui ont joué à Vampire ! Mais c’était encore plus hors de propos avec Wraith – totalement absurde, totalement crétin (même si amusant ; mais ce jeu doit-il être amusant ? C'est un jeu, mais...). Je m’en rendais bien compte, sans rien pouvoir y faire : l’honnêteté impliquerait dès lors de dire que, non, je n’ai jamais joué à Wraith, parce nous sommes passés à côté, plus ou moins consciemment là encore.

 

Mais le jeu me fascinait, oui – dans son principe « inaccessible ». Au point où je me suis procuré, avec les années, la quasi-totalité de la gamme associée (dont la relative abondance m’a surpris, pour un jeu qui a dit-on beaucoup moins « marché » que tous ses cousins de l’Art•du•Conteur©) ; sans jamais la lire… J’ai eu envie d’y remédier – pas forcément dans l’optique d’y jouer (même si ça n’est pas totalement exclu non plus), c’est essentiellement de la curiosité à satisfaire, au niveau des concepts disons, et avec sans doute une certaine dose de masochisme pervers. Tous les dépressifs connaissent ça – ou beaucoup d’entre eux/nous.

 

UN UNIVERS HORRIBLE(MENT BON)

 

À maints égards, Wraith reprend certains poncifs des jeux•de•l’Art•du•Conteur©, dont, outre le système, le côté « c’est l’apocalypse moins deux secondes », etc. En même temps, il s’en éloigne utilement à plusieurs titres, même en usant d’expédients en apparence fort proches – ainsi de ces treize « Arcanos » (j’aurais envie d’écrire « Arcanoi », ça m’écorcherait quand même un tout petit peu moins l’oreille), qui évoquent à vue de nez les Disciplines vampiriques, etc., à ceci près que les Clans, Tribus, etc., ne sont en fait pas de rigueur ici : les Guildes anciennes sont supposées ne plus exister depuis longtemps, et ne plus jouer aucun rôle dans l’organisation du Royaume des Ombres. Par ailleurs, si les « grandes factions » qui régissent concrètement cette organisation, peuvent, vues de très loin, évoquer la Camarilla, les Anarchs et le Sabbat, dans les faits cette assimilation ne tient pas très longtemps, ou pas totalement : c’est encore autre chose. Ce n’est pas si anodin que c’en a l’air, car c’est un des moyens de mettre l’accent sur le personnage et sa singularité, en lui refusant des moules tout prêts – j’y reviendrai, c’est en fait un point essentiel.

 

Mais il nous faut y ajouter une autre différence cruciale : à proprement parler, Wraith ne se déroule pas dans le Mondes des Ténèbres, entendre par-là « sur Terre », mais, pour l’essentiel, dans une sorte de monde parallèle, superposé au monde des vivants, et en même temps séparé de lui par ce qu'on appelle le Voile ; les Ombres voient le monde des vivants (sous des teintes morbides...), mais l'inverse n'est pas vrai (normalement...). Le Royaume des Ombres, donc, est une sorte de « purgatoire » où rôdent les âmes des défunts, ou plus exactement de certains d’entre eux, dans l’attente, soit de la Transcendance qui les libérera totalement, soit de l’Anéantissement… qui est ma foi une autre forme de libération, mais plutôt du genre à terrifier les Ombres : dans Wraith, ce n’est certainement pas parce que vous êtes mort que vous n’avez plus rien à craindre. Cependant, l’âme (…) du jeu réside probablement en fait dans l’interaction entre le Royaume des Ombres et « notre monde ». C’est probablement là que réside l’intérêt majeur de Wraith – et en même temps ce qui le rend si difficile à maîtriser et à jouer.

 

Wraith est donc d’abord un univers : fascinant, très bien conçu, mais pas toujours des plus aisé à appréhender, que ce soit sur le plan métaphysique ou, disons, « géographique » (or le bouquin n’est pas toujours très clair à cet égard – intégrer la Tempête, le Labyrinthe, Stygia et les Rives Lointaines dans un monde qui est d’abord et avant tout le calque du nôtre n’est pas toujours aussi évident que c’en a l’air). Nous sommes introduits dans cet univers par une longue lettre vraisemblablement écrite par un Lord Byron fantomatique à une dame que je suppose être Mary Shelley (mais la traduction française ne s’en embarrasse guère, francisant ici « George » en « Georges »…). Et le tableau qui nous est dépeint est passablement cauchemardesque : c’est celui d’un monde parallèle totalement désespéré et en même temps horriblement cynique – comme si mourir, et être en mesure de voir les vivants mais sans plus pouvoir (normalement…) interagir avec eux, n’était pas déjà assez rude comme ça, le Royaume des Ombres, en fait de purgatoire, s’avère un enfer, une société totalitaire et en même temps anarchique, et où l’esclavage est la règle ; un aspect particulièrement brillant dans ce contexte (comme peut briller ce qui est noir) réside dans… son économie, qui repose sur les âmes ; et ce n’est pas une métaphore : les âmes sont possédées, réduites en esclavage, éventuellement fondues enfin dans les forges de Stygia, pour devenir des artefacts… ou des pièces de monnaie, les Oboli : littéralement, ce que vous avez dans votre porte-monnaie, ce sont les âmes de vos semblables – je vous laisse déterminer s’ils étaient vraiment plus malchanceux que vous. Ce qui est certain, c'est que la Révolution industrielle et le capitalisme dominant ont affecté le Royaume des Ombres comme notre monde, et, les âmes étant une richesse, les Ombres les plus cyniques n'ont pas manqué... eh bien, de capitaliser sur la mort. Littéralement là encore.

 

Un jeu du Monde des Ténèbres ne serait sans doute pas complet sans une dose de « haute politique » et de factions qui s’entredéchirent. Wraith connaît donc quelque chose du genre – mais que l’on ne peut véritablement appréhender qu’à la condition de se pencher sur l’histoire du Royaume des Ombres, qui, comme le Royaume lui-même, se superpose à celle que nous connaissons. Nous avons un excellent guide pour ce faire, même si pas forcément impartial – et que la traduction française… ne francise pas, cette fois, alors qu’il l’aurait fallu. « Herodotus », donc, nous narre les origines de ce monde, et c’est un auteur d’autant plus approprié que tout ceci est très « grec » à la base (ce qui ne vaut bien sûr pas pour la Terre entière ; on évoque rapidement d’autres Sombres Royaumes, celui d’Ivoire pour l’Afrique, et celui de Jade pour l’Extrême-Orient, en mentionnant encore plus rapidement que celui d’Obsidienne, pour l’Amérique, a été anéanti. Le voyage entre ces divers Royaumes est néanmoins présenté comme étant extrêmement compliqué – peu ou prou impossible, en fait. Le Royaume de Jade seul a fait l’objet de suppléments, deux sauf erreur, dans la foulée de ce qui avait été fait avec Les Vampires d’Orient, etc.).

 

La personnalité clef, ici, est un certain Charon – et si l'histoire du nocher originel, toujours dans le jeu de miroirs habituel du Monde des Ténèbres, n’est pas sans évoquer celle de Caïn pour les vampires, etc., elle est à mon sens beaucoup plus intéressante, car elle constitue une belle illustration du triste phénomène voulant que les héros les plus vertueux et les plus altruistes, dès lors qu’on leur confie le pouvoir, deviennent systématiquement d’odieux tyrans ; le trait est poussé très loin ici, car, comme dit plus haut, la Hiérarchie (la faction « officielle » de Wraith, celle qui a été fondée par Charon, l’équivalent de la Camarilla dans Vampire), depuis sa « capitale » de Stygia, s’est progressivement transformée en un régime proprement totalitaire – et avec quelque chose de très fasciste dans l’esprit, que renforce encore l’inspiration romaine de ces institutions, très marquée (sans même parler de l’esclavage et de la « destruction programmée et scientifique » des âmes dans une entreprise, ou plus exactement une imagerie, qui peut sans doute évoquer la Shoah – d’où un certain supplément controversé…).

 

La Hiérarchie se meurt, cependant – surtout depuis que Charon a disparu dans la Tempête lors du dernier grand Maelstrom (des vagues de destruction issues de la Tempête, l'espace indéfini qui sépare et relie les différents Royaumes, le cœur du néant, l’empire des spectres ; l’imminence d’un ultime Maelstrom constitue l’équivalent dans Wraith de la Géhenne de Vampire, etc – « fin du monde moins deux secondes »). L’emprise de Stygia s’amoindrissant, les différentes « Nécropoles » du Royaume des Ombres, qui se superposent aux villes de « notre monde », même si elles sont souvent rattachées à la Hiérarchie en théorie, sont en pratique largement autonomes, ce qui ne contribue pas qu’un peu à l’anarchie généralisée – l’anarchie au sens de chaos et de loi du plus fort. Pas forcément la plus souriante des alternatives au totalitarisme stygien, donc – mais cela dépend, en fait, variant considérablement de Nécropole à Nécropole.

 

Cependant, il existe d’autres « grandes factions », que l’on qualifie globalement de Renégats et d’Hérétiques – mais ces deux « groupes » n’en sont en fait pas, au-delà de la nomenclature de la Hiérarchie, bien pratique, car ils sont constitués d’une infinité de sous-groupes très divers, et éventuellement antagonistes. Les Renégats contestent le pouvoir de la Hiérarchie – mais cela peut aussi bien être par idéal que par intérêt : on trouve parmi les Renégats aussi bien des esclavagistes sans scrupules que des groupes entièrement voués à l’éradication de l’esclavagisme.

 

Les Hérétiques, quant à eux, rassemblent une myriade de sectes, aux idéologies là encore très diverses, qui refusent, pas tant la Hiérarchie dans son principe, que le dogme qu’elle a développé au fur et à mesure de son histoire : ils cherchent à atteindre la Transcendance, notamment en gagnant les Rives Lointaines, des « îles » éparpillées dans la Tempête et qui correspondraient aux divers « paradis » de toutes les fois du monde ; et c’est en cela qu’ils sont perçus comme une menace à éradiquer par la Hiérarchie.

 

Et au milieu de tout ça, les personnages des joueurs.

 

DES PERSONNAGES AU CŒUR DU RÉCIT – ET DES INTERACTIONS AVEC LES VIVANTS

 

Or les personnages, dans Wraith, sont véritablement au cœur du récit. Bon, tous les jeux de rôle le prétendent, avec plus ou moins de sincérité et d’effet – les jeux•de•l’Art•du•Conteur© y sont davantage encore disposés : Vampire, c’est censé être la lutte de la Bête contre l’Humanité, etc. , blah blah blah... Mais c’est trop souvent une façade, et, en définitive, votre Gangrel, là, est bien davantage défini par ses putains de griffes qui font des dégâts aggravés que par sa nièce hippie qui vit dans une caravane et que vous n’allez voir que tous les trente scénarios pour qu’elle vous file du PX ou de la Volonté. Le risque est dès lors grand qu’il se produise exactement la même chose pour Wraith… où ce serait bien plus nuisible encore.

 

Car les personnages Ombres ne sont vraiment pas du tout censés être ce genre de « super-héros » badass. D’ailleurs, les Arcanoi, et en cela encore ils se distinguent des Disciplines, etc., n’ont souvent pas grand-chose de spectaculaire, et seuls quelques-uns ont du potentiel grobillesque – ils sont minoritaires, largement. Comme dans tous les jeux•de•l’Art•du•Conteur©, on noircit des ronds sur la fiche de personnage, et on y passe sans doute un peu plus de temps quand il s’agit des Arcanoi (au passage, je n’ai aucune envie d’approfondir ici la question du système – je me contenterai de dire que cette mécanique, parfois vertement critiquée de nos jours, m’a toujours fait l’effet d’être simple et efficace ; le sentiment demeure après relecture). Cependant, ce qui compte vraiment, dans cette fiche, c’est tout autre chose : des éléments de background personnel qui ont certes des effets très concrets en jeu, y compris au niveau des règles, mais qui sont capitaux à tous les niveaux – oui, c'est ce qui compte vraiment.

 

Il y a certes les Historiques typiques de Vampire, etc., et ce sont globalement les mêmes (outre quelques variations spécifiques aux créatures jouées – par exemple, ici, le Memoriam, soit le souvenir que le défunt a laissé parmi les vivants). Mais deux autres types de traits sont bien davantage importants, et d’une manière qui me paraît autrement fondamentale que dans Vampire ou Loup-Garou (je ne me prononcerai pas pour ce qui est de Mage et de Changelin, que je n’ai pas pratiqués) : les Passions, et les Entraves. Ce sont des sentiments, d’une part, et d’autre part des personnes ou des objets auxquels sont associés des sentiments, qui relient encore l’Ombre au monde des vivants. Et tout est fait, ici, pour déjouer les calculs pénibles des minimaxeurs de service : ces traits sont fondamentaux, mais à la condition d’avoir véritablement du sens pour le personnage. Une entrave n’est pas un contact utile pour dégoter une info, ou une source occasionnelle de points de Volonté, c’est un personnage à part entière, ou un lieu, qui a une signification particulière pour l’Ombre – et si on ne joue pas cela, on ne joue pas à Wraith. Car c’est l’essence même, aux plans éthique et métaphysique, du jeu – et je crois que c’est bien un jeu où on peut parler d’éthique et de métaphysique sans que cela soit une triste et absurde prétention.

 

Le lien avec les Entraves, ainsi que les Passions, sont les premiers éléments de définition des personnages Ombres. Il peut être utile, dès lors, de fonder ces sentiments particuliers au travers d’une scène de Prélude – un dispositif déjà présent dans Vampire, où son intérêt me laissait pour le moins perplexe, mais qui me paraît davantage faire sens ici : il s'agit après tout de jouer la mort même du personnage.

 

Mais, de manière plus générale, il y a quelque chose d’un peu cruel à cet égard, qui est tout autant au cœur du jeu – et que les noms mêmes d’ « Entraves » et de « Passions » expriment : elles relient le personnage au monde des vivants, c’est entendu ; mais on peut le dire autrement : elles sont les obstacles à la Transcendance du personnage.

 

Or il faut y ajouter une dimension peut-être plus cruelle encore, et qui touche plus encore au cœur du jeu, et c’est qu’il est très difficile d’interagir avec ces éléments « terrestres » : les Ombres vivent dans un monde superposé au nôtre, mais, en principe, elles ne peuvent pas interagir avec ce qui se trouve au-delà du Voile – et, selon la Hiérarchie, elles ne le doivent pas, en outre. Les Ombres voient parfaitement le monde des vivants, mais les vivants (normalement...) ne les voient pas. Et c'est une expérience qui doit être frustrante, et même déprimante. En même temps, ces interactions, aussi difficiles ou limitées soient-elles, doivent jouer un rôle central dans le récit ; et c’est bien pourquoi nombre d’Arcanoi visent à contourner les limitations du Voile pour permettre d’interagir avec le monde des vivants – mais dans quelle mesure, et de quelle manière ? Ceci, c’est à la liberté du joueur…

 

… et éventuellement d’un autre. Car on en arrive ici à une des meilleures idées de Wraith, et en même temps une des plus difficiles à jouer : le Côté Sombre. Il s’agit d’une méthode pour dépasser le caractère souvent trop stérile de la lutte entre la Bête et l’Humanité dans Vampire, etc. – que trop de joueurs sans doute négligent totalement. Lorsque l’on crée un personnage dans Wraith, le Conteur (en théorie, mais il peut laisser aussi le joueur en décider, ou un autre joueur) crée en même temps son Côté Sombre, donc – c’est l’autre facette de la personnalité du, euh, personnage, la part de lui qui recherche l’anéantissement dans la Tempête, c’est le Mr Hyde, et bien plus encore. Le Côté Sombre a sa propre fiche (même si bien plus courte), il a ses propres Passions obscures (qui contredisent souvent les Passions du personnage, mais on peut se montrer bien plus subtil que cela), ainsi que des capacités qui lui sont propres, les Barbelures ; il a enfin un score fluctuant d’Angoisse qui, en atteignant un certain niveau, peut lui permettre de soumettre l'Ombre, ses Entraves, ses Passions, à la torture, mais aussi de prendre le pas sur la personnalité « positive » du personnage. Mais, pour gérer ce système, et le rendre plus utile en même temps que plus contraignant, Wraith pose pour principe que le Côté Sombre est joué par un autre joueur, dit le Guide du Côté Sombre. Autour de la table, d’une certaine manière, chaque joueur joue en fait deux personnages – le sien, et le Côté Sombre d’un autre ; son propre Côté Sombre est donc joué par un autre Guide. Cependant, sauf erreur, quand le Côté Sombre l’emporte, cette dissociation cesse – et c’est au joueur « normal » d’incarner son personnage, cette fois emporté par ses passions les plus sombres, et souvent autodestructrices… Le joueur est ainsi amené à interpréter son personnage d’une manière très différente – un beau défi de roleplay ! C’est un système que je trouve très intéressant – il avait par ailleurs un équivalent, mais un peu moins poussé je crois, dans Les Vampires d’Orient. Cependant, il n’est pas forcément aisé à mettre en scène, je le conçois…

 

UN JEU INJOUABLE ?

 

C’est sans doute le principal souci avec Wraith : c’est un jeu fascinant – mais peut-on vraiment y jouer ? Je crois que oui – je veux dire, y jouer vraiment, pas comme mes tentatives ineptes de par le passé… Seulement, cela représente un certain défi, qui ne peut être relevé qu’avec la table adéquate, et en prenant le soin de bien réfléchir au préalable à ce que l’on veut faire au juste.

 

Disons-le : ici, ce livre de base ne nous aide guère. D’un plan un peu chaotique, il manque d’éléments spécifiques pour bien appréhender à quoi devrait ressembler au juste une « vraie » partie de Wraith. On s’en rapproche exceptionnellement dans quelques « exemples », surtout ceux touchant aux Passions et aux Entraves – ceux liés à certains (certains seulement) des Arcanoi également. C’est déjà plus flou en ce qui concerne le Côté Obscur – un des éléments les plus complexes du jeu, pourtant.

 

En toute fin d’ouvrage, il y a bien comme un « mini-cadre » (Little Five Points, un quartier d’Atlanta – la ville entière a ultérieurement fait l’objet d’un supplément, Necropolis: Atlanta, soit l’équivalent de Chicago By Night, etc., pour Vampire… à ceci près que je n’ai pas l’impression qu’il existe pour Wraith d’autres suppléments de cet ordre ?), avec quelques pistes intéressantes, mais l’absence de tout scénario d’introduction, pour le coup, se fait cruellement sentir.

 

Or on ne peut (ou ne doit) sans doute pas jouer n’importe quoi, à Wraith. Même si la plus ou moins haute politique peut être de la partie, comme toujours (« On est manipulés ! On est manipulés ! »), même si on peut ménager ici ou là une petite baston avec des Légionnaires ou des Spectres, comme il vous plaira, le sentiment à la lecture de ce livre demeure que la « vraie » partie se joue ailleurs – dans les rapports des personnages avec leurs Entraves et leurs Passions, d’une part, avec leur Côté Sombre, d’autre part. Mais c’est ici que les éléments manquent pour s’en faire véritablement une idée, matériellement, disons.

 

Et cela peut avoir une autre conséquence : les Ombres des différents joueurs sont supposées constituer un groupe, appelé « Cercle » (équivalent de la Coterie, etc.), mais un véritable scénario commun peut-il véritablement progresser, si les joueurs sont si souvent appelés à l’introspection et aux entreprises toutes personnelles ? C’est sans doute faisable, je veux le croire, mais, oui, cela implique de bien réfléchir à ce que l’on compte faire. Ce qui est en même temps un défi intéressant pour toute la table : en toile de fond, le Conteur fait son Trône de fer fantomatique, mais tel joueur se lance dans une romance à la Ghost, tel autre enquête sur les circonstances de sa mort, encore un autre voit dans son décès un commencement plutôt qu’une fin, par exemple en matière d’activisme religieux, etc. Je m'en tiens à des clichés, ici, parce que c'est plus parlant, mais il y a beaucoup de choses à faire, notamment dans l'optique du drama – le risque étant que la cohérence au niveau du Cercle en prenne un coup au passage.

 

Bien sûr, il y a un autre risque : Wraith est un jeu extrêmement sombre, et l'expérience qu'il propose ne sera pas du goût de tous. Tout le monde n'aime pas réfléchir à la/sa mort, et le Royaume des Ombres est véritablement cauchemardesque ; d'aucuns pourraient même trouver cela de mauvais goût, je suppose, à ces deux égards, même si ce n'est certainement pas mon cas. Mais, oui, c'est à prendre en compte : une partie de Wraith, ce n'est pas (idéalement, toujours) l'exploration d'un donj' de base, ce n'est pas fun comme un jeu d'aventure lambda, et c'est bien plus glauque que le Cthulhu typique, ou, probablement, tout autre jeu du Monde des Ténèbres.

 

Tous ces risques doivent être pris en compte. Mais je crois que ça en vaut la chandelle – et que Wraith, dans son principe, est trop fascinant pour qu’on refuse d’envisager cette expérience.

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Je suis Shingo, vol. 3, de Kazuo Umezu

Publié le par Nébal

Je suis Shingo, vol. 3, de Kazuo Umezu

UMEZU Kazuo, Je suis Shingo, vol. 3, [Watashi wa Shingo わたしは真悟], traduit du japonais par Miyako Slocombe, Poitiers, Le Lézard Noir, [1983-1984, 2009] 2018, 408 p.

 

Attention, je risque de SPOILER un peu…

Le troisième tome de Je suis Shingo est paru tout récemment, après que la série a été récompensée par un très légitime prix du patrimoine au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême – l’occasion, on l’espère, d’augmenter la visibilité en France de cet auteur de génie qu’est Kazuo Umezu. Et ceci, ai-je l’impression, alors même que Je suis Shingo n’est pas forcément la porte d’entrée la plus évidente à l’œuvre diverse et puissante d’Umezz… C’est tout de même une série très étrange, extrêmement riche aussi, et largement rétive à la classification. Science-fiction ? Au premier chef, oui, probablement – et ici plus frontalement que dans le premier tome, où c’était bien plus allusif. Mais il y a beaucoup d’autres choses dans Je suis Shingo – dont, et cela n’avait rien d’évident là encore au regard du seul premier tome, de l’horreur, la grande spécialité de l’auteur.

 

Celle-ci avait en fait été introduite à la toute fin du tome 2 – produisant un effet très brutal, et d’autant plus saisissant. Dans ce troisième volume, elle est toujours là – au premier plan ou dans l’ombre, comme une menace latente qui ne demanderait qu’à se réveiller. Il n’y a cependant pas que cela – et, à vrai dire, l’horreur ici génère des scènes poignantes, teintées de drame social, et qui permettent au robot Monroe d’accéder à une nouvelle étape fondamentale de sa prise de conscience, au sens fort, et de sa définition : c’est ici, enfin, qu’il revendique l’identité de Shingo, un nom totalement absent des deux premiers tomes, formé sur la base de la prononciation alternative des caractères employés pour écrire le nom de ses « parents », Marine et Satoru ; le robot s’affirme en même temps en tant qu’être humain.

 

Marine et Satoru, à vrai dire, sont quasi absents de ce troisième tome, après avoir été les vedettes des deux premiers – dans une veine particulièrement tragique et glauque dans le précédent. La petite fille est partie pour l’Angleterre avec ses parents – on n’y aime pas beaucoup les Japonais, la crise n’arrangeant rien… ou on les aime trop, car elle a aussi affaire à un bellâtre pédophile. Quant à Satoru, il déménage également – suivant sa mère, qui a trouvé un emploi dans un bar à Niigata, bien mieux payé que le sordide boulot finalement décroché par son fainéant de mari, licencié pour cause de robotisation donc, dans une entreprise de nettoyage. Et les deux enfants l’un pour l’autre ? Ils semblent pour l’essentiel résignés, fatalistes ; leurs amours sont du passé, idéalement il faudrait les oublier… Ce qui n’est bien évidemment pas possible.

 

Exeunt Marine et Satoru, d’autres personnages doivent prendre le devant de la scène – et tout d’abord Monroe/Shingo, le robot qui s’évade de l’usine où il était fixé à une chaîne de montage, après avoir tué plusieurs employés. Jusqu’à présent, le robot n’était qu’amour (A.I., prononcé ai, « amour » en japonais, en même temps que l’acronyme pour artificial intelligence), mais, ses « parents » enfantins n’étant plus là pour lui, le bébé robot manque de repères et de perspectives – ce qui le rend dangereux. Sa longue fuite lui impose de commettre bien des dégâts…

 

Cependant, au fil de séquences proprement surréalistes, Monroe va rencontrer un soutien inattendu, mieux, une amie – une certaine Miki, la fille (?) du couple ayant emménagé dans l’appartement où vivait il y a peu encore Satoru. Cependant, ladite Miki, nous ne la voyons jamais – elle n’est qu’une voix pressante jaillissant de derrière les rideaux opaques d’une sorte de lit d’hôpital ; nous ne savons rien d’elle, si ce n’est qu’elle ne tardera pas à mourir… Mais, d’une manière ou d’une autre, cette « créature » dont l’humanité semble questionnable est en mesure de suivre à la trace Monroe dans sa fuite – épreuve déconcertante pour qui ne sait rien du monde extérieur ; Miki sait que le robot doit se nourrir d’électricité, et lui explique comment faire... en communiquant avec lui par téléphone ! Les deux se rencontreront enfin – l’événement permettant à Monroe de devenir Shingo, et de s’affirmer en tant qu’être humain ; quant à Miki, elle semble bénéficier de la sorte de la possibilité de fuir à son tour ?

 

Tout ceci produit à nouveau un effet très déconcertant – décidément la marque de fabrique de cette série, sinon de l’œuvre de Kazuo Umezu en général ; prise de façon très abstraite, la trame pourrait donner l’impression d’être convenue – et peut-être ce genre d’article contribue-t-il à renforcer faussement cette impression. Mais l’histoire, en vérité, ne cesse de prendre des détours inattendus, parfois très brutaux, très secs, ce qui transfigure totalement la marche générale du récit ; celle-ci retombe toujours en définitive sur ses pattes, mais l’expérience n’en a été que plus saisissante en même temps que déconcertante.

 

Il y a cependant plus, dans ce troisième volume – et c’est l’insupportable personnage de Shizuka qui ménage (ce n’est peut-être pas le mot, du coup…) la transition. L’infecte petite fille, qui était toujours dans les pattes de Satoru, continue, à son habitude, d’espionner les voisins – ce qui, cette fois, la met sur la piste de l’intrigante Miki. Mais, au-delà, avec un petit groupe d’enfants, elle abrite Monroe/Shingo, désormais traqué, non seulement par la police, mais aussi par ses concepteurs – avec l’armée en fond, et comme une amorce d’apocalypse épidémique ? Bon, nous n’avançons pas trop dans cette direction, pour l’heure…

 

Des enfants, qui gardent une créature impossible, ici un robot, contre les adultes « officiels » qui lui veulent du mal… Vu de loin, ou de moins loin, ça pourrait pas mal évoquer l’E.T. de Steven Spielberg, non ? Le film était sorti un à deux ans avant la publication originelle de ces épisodes dans Big Comic Spirits, en 1983-1984. Maintenant, remplacez Spielberg par, mettons… un duo associant… Lars Von Trier… et Lucio Fulci ? Bon, plutôt d’autres peut-être, mais vous voyez l’idée. La fuite de Monroe/Shingo se prolonge, avec les enfants pour l’aider. Le gamin aux commandes d’un camion, alors qu’il ne sait pas conduire, ça aurait dû être mignon-rigolo-Amblin, non ? Sauf que ça ne l’est pas du tout… Pas seulement parce que cette folle course-poursuite n’aurait pas dépareillé dans Terminator. C’est surtout qu’Umezz se montre ici très extrême (en rappelant toutefois que Je suis Shingo visait un lectorat adulte, à la différence notamment de La Femme-serpent, et ce même si les héros sont des enfants) ; sans doute les codes ne sont-ils pas les mêmes au Japon, mais, pour le coup, la BD choque – bien loin du tabou hollywoodien qui relègue la souffrance et la mort des enfants dans le hors-champ, Umezz montre, il ne cache rien ; il ne fait pas à proprement parler dans le gore, ou à peine, moins encore le body horror, ce genre de choses, il n’y a d’ailleurs aucune vraie complaisance à cet égard, une case ici, une case là, suffisent amplement, mais nous voyons bel et bien des enfants souffrir et mourir au cours de cette course-poursuite ; l’effet n’est pas très E.T., pour le coup ! Et ces séquences nouent le ventre… Même si la mort la plus horrible de ce troisième volume, toujours celle d’un enfant, est encore à venir, qui débouche sur d’ultimes pages proprement terribles…

 

C’est peu dire : à ce stade de la BD – nous sommes en principe pile au milieu de la série, qui doit compter six tomes –, on est très, très loin de la charmante naïveté du premier volume, avec ces enfants rêveurs qui prenaient sur eux d’éveiller un ordinateur à une forme de conscience. Depuis, les amours contrariées de Marine et Satoru ont failli, tout juste, dégénérer dans le plus terrible des drames, et Monroe/Shingo, que l’on veut aimer, n’en a pas moins commis des atrocités, sans bien s’en rendre compte sans doute. Le body count augmentant radicalement dans les derniers chapitres de ce troisième tome, et pas exactement de manière à laisser le lecteur indifférent, demeure finalement le même sentiment qu’auparavant : Je suis Shingo, de bien des manières on ne peut plus différentes, a quelque chose de profondément dérangeant, voire glauque, derrière son postulat naïf et bienveillant – ceci, pourtant, sans le contredire, ou du moins pas totalement. La BD produit un effet très fort, peut-être même unique, mais rarement sinon jamais de la manière attendue.

 

Si mon appréciation des deux premiers tomes m’avait imposé de prendre un peu de recul – au moment de tourner la dernière page, j’étais avant tout perplexe –, celui-ci m’a bien davantage parlé immédiatement. Ce qui ne signifie absolument pas qu’il soit meilleur que les deux premiers (en fait, de ces trois volumes, avec le recul, c’est probablement le premier qui reste le plus réussi) ; c'est bien plutôt que la lecture de ces deux volumes antérieurs m’a d’une certaine manière « éduqué » de manière à ce que la suite produise un effet plus direct, emportant aussitôt l’adhésion – ne pas s’y tromper cependant, les éléments de surprise demeurent, la brutalité des changements de registre de même : cette « éducation » porte, disons, sur le principe de ces changements brutaux – sans rien dire de leur contenu.

 

Graphiquement, enfin, ce troisième tome est très réussi. Si l’on trouve assez peu de ces tableaux « pixélisés », ou « 3D fil de fer », etc., qui m’avaient tant plu dans le premier tome, il y en a tout de même quelques-uns, toujours aussi beaux et pertinents. Mais, dans ce troisième volume, ce qui convainc le plus à cet égard, ce sont probablement les nombreuses séquences où Monroe/Shingo, contraint de fuir, se retrouve dans des environnements particuliers, chaotiques, répugnants – là les égouts, ici une décharge : il y a comme un délice chez l’auteur à représenter les déchets, la pourriture, la corruption, en y inscrivant son robot – pour l’heure du moins dans une optique de contraste ; cela produit des séquences régulièrement impressionnantes, et méticuleuses, d’une extrême précision dans le détail.

 

Je suis Shingo, cela se confirme avec ce troisième tome, demeure une excellente série, et finalement unique : vu de loin, ça pourrait évoquer pas mal de choses, mais il suffit de tourner quelques pages pour percevoir combien cette œuvre n’a pas véritablement d’équivalent, et ne pouvait probablement jaillir que du cerveau et du pinceau de l’auteur de génie, et tellement hors-normes, qu’est Kazuo Umezu. En attendant le tome 4...

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (15)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (15)

Quinzième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici.

 

Les inspirations essentielles se trouvent dans le scénario Coffin Rock et la campagne Stone Cold Dead, le tout largement retravaillé de manière plus personnelle.

 

Le joueur incarnant Warren a quitté la campagne. Tous les autres étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Lozen, la chamane apache ; et Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero.

Vous trouverez également l'enregistrement de la séance dans la vidéo ci-dessous.

I : DE SALLE EN SALLE ET DE VILLE EN VILLE

 

[I-1 : Danny, Beatrice : Josh (?) Newcombe, le Maître] Les PJ sont stupéfaits de reconnaître Josh Newcombe – bien loin de Crimson Bay. Mais le journaliste, lui, ne semble pas les reconnaître… Il leur demande qui ils sont. Danny n’y comprend rien – il le connaît forcément ! Il s’est abonné à son journal ! Mais Beatrice se présente, lui tendant la main ; il se dit enchanté, mais écorche toujours son nom… « Vous êtes… des nouveaux-venus ? » Newcombe pose cette question les yeux exorbités – et il réalise alors quelque chose : « Mais alors… Vous êtes peut-être… » Il n’en dit pas plus – mais prend des notes sur son calepin « pour son prochain reportage ». Il n’y a pas beaucoup de monde dans les rues, par ici, avance la huckster ; Newcombe, tout naturellement, explique que c’est à cause des loups-garous – « Depuis que le Maître est arrivé… » À la requête de Beatrice, même s’il a beaucoup de travail, le journaliste accepte d’indiquer aux nouveaux-venus les endroits importants en ville ; ce qui se fait assez vite, Coffin Rock est une bourgade plus petite que Crimson Bay. Et pas très animée... D'autant que la nuit ne semble pas avoir de fin, ici. « Effectivement, on peut dire ça. Je conçois que cela peut être déconcertant pour… des nouveaux-venus… » Danny ne comprend absolument rien à tout ça – et, la boisson aidant, il commence à péter un câble… Newcombe parlait d’un Maître ? Oui – arrivé assez récemment somme toute, une sacrée exception, enfin, plus maintenant peut-être… Personne ne connaît son nom. Mais c’est un nègre – et Newcombe déplore qu’il lui ait refusé une interview… Mais il peut le décrire – sans doute en exagérant : « Approximativement 2m10 pour 95 kg, vêtu de haillons conformes à son extraction ethnique sinon à son rang, un chapeau haut-de-forme avec une plume… Mais je peux vous montrer un film, si cela vous intéresse. » Un quoi ? Beatrice ne relève pas – elle dit ne pas douter qu’un travailleur acharné comme Newcombe finira bien par obtenir une interview du Maître. Il acquiesce : « J’y travaille depuis les cinq ou six derniers siècles, vous savez. » Danny explose : « HEIN ? LES QUOI ?! » Beatrice le calme – et Danny ouvre une autre bouteille…

 

[I-2 : Josh (?) Newcombe] Mais Newcombe les invite à le suivre chez lui – ils y seront mieux pour discuter, les rues de Coffin Rock ne sont vraiment pas sûres… La cloche sonne – mais, comme à Crimson Bay, il n’y a pas de clocher. Newcombe lâche comme par réflexe : « Ah, encore un. » Encore un quoi ? « Encore un mort… Mais ne vous en faites pas, il sera de retour dès demain. » Ils progressent discrètement dans les rues ; Newcombe insiste pour qu’ils rasent les murs – par ailleurs, il leur suggère de ne pas regarder dans les vitres, etc. : « Il y a parfois des reflets, qui peuvent être un peu perturbants. » Chaque bâtiment est couvert des mêmes inscriptions à la peinture rouge : « COFFIN ROCK = VILLE MAUDITE !!!!! »

 

[I-3 : Danny, Beatrice, Nicholas, Lozen : Rob Newcombe, le Maître] Mais ils finissent ainsi par arriver chez Newcombe – il y a peu encore, c’était sans doute les bureaux d’un journal, mais ce n’est plus le cas, même s’il reste quelques piles de journaux invendus. Danny n’en peut plus… Beatrice relève le nom sur la façade : Rob Newcombe, et non pas Josh Newcombe… Il les invite à s’asseoir : « Je vais préparer la toile et le projecteur. » Les PJ ne comprennent absolument pas ce dont il parle – puis ce à quoi ils assistent : des images animées, en noir et blanc, projetées sur une toile blanche ?! Nicholas est abasourdi – Lozen aussi : pour la chamane, soumise au Serment des Ancienne Traditions, cette machine incarne tout ce que son peuple rejette. Rob Newcombe, qui s’amuse de leur étonnement, explique qu’il a pu, après avoir économisé, se procurer un des fameux appareils photographiques spéciaux du Tombstone Epitaph : une vraie merveille, n’est-ce pas ? Ils appellent ça des films ! Bien sûr, pour l’heure, c’est encore un mode de diffusion de l’information assez confidentiel, bien plus que la presse, mais il est confiant, il faut aller dans le sens du progrès technique. Et comment rendre avec sa plume des séquences aussi fortes ? En l’espèce, les images projetées montrent un horrible festin cannibale, avec des femmes en tenue légère et à la poitrine opulente qui dévorent des hommes parfois encore vivants, le sang gicle et dégouline en permanence… Nicholas dégaine son revolver et tire sur la toile ! « Mais qu’est-ce qui vous prend ? » hurle Newcombe en arrêtant le projecteur. Nicholas rugit : « Il faut arrêter cette horreur ! » Danny, ivre, demande où sont passés « les gens »… Beatrice essaye de calmer la situation, elle semble mieux comprendre de quoi il s’agit. Mais est-ce Newcombe qui a organisé cette… « scène » ? Bien sûr que non : il l’a prise sur le vif, c’est l’avantage de l’appareil du Tombstone Epitaph : pas besoin d’un trépied, de pose… Mais la huckster lui demande s’il n’aurait pas été plus « intéressant » de sauver ces gens ? Newcombe la regarde, interloqué : « Eh bien, non. De toute façon, les victimes sont revenues le lendemain. Et elles ne manqueraient pas de remettre ça dans la soirée. Alors, pour l’amour de l’art et de l’information… » Nicholas grogne : « Ça, de l’art ?! » Newcombe en est persuadé : pour l’heure, les critères académiques manquent, mais, dans un proche avenir… Beatrice se contient davantage, mais elle est elle aussi agacée ; peut-être serait-il intéressant de faire un « autoportrait », avec Newcombe qui se filmerait en train de se faire éclater la tête par le gourdin de Danny… Il reviendrait le lendemain, de toute façon ! Le reporter semble y réfléchir sérieusement quelques instants, mais : « Non, ça ne me paraît pas constituer un bon sujet. » Nicholas se montre aussi menaçant – et Lozen, persuadée que cette machine capture les âmes ! Mais le reporter ne semble comprendre que bien tardivement que c’est bien de menaces qu’il s’agit. Même quand Beatrice pointe son arme dans sa direction, en lui demandant de leur dire où se trouve le Maître – puis lui tire dans le pied quand il tarde à répondre ! « Aïe ! Mais c’est extrêmement douloureux ! » La huckster insiste, mais le reporter la prend de court : « Vous êtes tous des gens tout à fait désagréables ! Il est hors de question de poursuivre ainsi ! » Après quoi il sort un couteau de sa veste… et s’égorge devant les PJ ! Lesquels ne s’attendaient pas à ça – et, malgré les demandes pressantes de Beatrice, Lozen ne peut pas faire grand-chose pour sauver Rob Newcombe ou « purifier » son cadavre pour qu’il ne « revienne » pas… Ils décident tout de même de brûler le corps – et la maison avec !

 

[I-4 : Danny, Nicholas, Lozen, Beatrice : Rob Newcombe] Mais, d’abord, ils fouillent le cadavre et son logis, tandis que Danny, ivre, « fait le guet » à l’extérieur (où il ne se passe absolument rien). Nicholas trouve sur Rob Newcombe son carnet de notes – qui ne contient que la même phrase sempiternellement répétée : « COFFIN ROCK = VILLE MAUDITE !!!! » Seul le nombre de points d’exclamation varie. Il y a aussi son appareil du Tombstone Epitaph. Lozen déniche une trappe un peu dissimulée, qui donne sur une sorte de cave – mais c’est en fait semble-t-il la chambre du reporter. Sur tous les murs, il y a des petites traces à la craie, qui correspondent au décompte des journées, ou d’autres choses (les semaines ? ses morts ?) – et il y en a énormément… Un placard dissimulé contient des centaines, des milliers de carnets exactement semblables à celui qu’a trouvé Nicholas sur la dépouille de Newcombe. Mais les yeux de Beatrice s’égarent sur un grand miroir – qui ne renvoie pas son reflet, mais déroule, comme un film, ses souvenirs traumatisants de ce qu’elle avait vécu quelques années auparavant, dans ce fort assiégé par les Indiens où on l’avait peu ou prou réduite en esclavage… Ce souvenir la secoue rudement – pas moins la conviction ce que ce miroir a été placé là spécialement pour produire cet effet ! Elle brise le miroir sous le coup de la rage, mais l’effet persiste… Et, derrière, se trouve encore un placard dissimulé – toujours des milliers de carnets, tous semblables… Quelques journaux traînent çà et là ; Nicholas y jette un œil, à la suggestion de Lozen (qui ne sait pas lire l’anglais) – il s’agit d’exemplaires du Coffin Rock Post, tous les articles sont introduits de la même manière (« De notre envoyé spécial, Rob Newcombe »)… et les dates sont surprenantes : « An 4257, troisième mois, deuxième nuit (?) du Calvaire de Coffin Rock », etc.

 

[I-5 : Danny : Laughs At Darkness, Rob Newcombe] La cloche sonne à plusieurs reprises – et Danny, dehors, appelle sans cesse : « Darkie ! Darkiiiiiiiiiiie ! » En vain. Il ne prête pas attention à la pluie glaciale qui se met à tomber… Les autres mettent le feu au logis de Rob Newcombe, son cadavre à l’intérieur.

 

 

II : SIX FEET UNDER

 

[II-1 : Nicholas, Danny, Beatrice : Jeff/Dave Liston ; Rob Newcombe, le Maître] Les PJ errent dans la ville. Rob Newcombe leur avait indiqué un saloon, le Six Feet Under, et, emmenés par Nicholas, tandis que Danny continue de brailler comme un sourd, ils s’y rendent. Deux soiffards sont attablés – le barman ressemble en tous points à Jeff Liston. Danny l’interpelle ; le tavernier a l’air renfrogné : « On se connait, étranger ? » Danny n’a pas bien compris ce qui se passe autour de lui… Liston ne s’y attarde pas – tant qu’ils ont de quoi payer… Il sert aux PJ des bières aussi immondes qu'à Crimson Bay. Danny essaye de communiquer avec « Jeff » ; Beatrice explique au tavernier (qui s’appelle en fait Dave Liston) qu’ils ont vu quelqu’un qui lui ressemblait vraiment beaucoup, loin d’ici… Il les dévisage : « Des nouveaux-venus… On disait bien qu’il y en aurait, un jour – enfin, un jour… Y a rien qui change ici. Sauf vous. C’est votre faute, vous savez… La rumeur dit que la ville a été créée pour vous. Pour vous faire peur, je sais pas si ça marche… On dirait pas. C’est censé être votre enfer, mais pour le moment c’est surtout le nôtre… À cause de vous… Enfin, peut-être que ça va changer, du coup. Bienvenue à Coffin Rock, alors. Enfin, façon de parler. » Et bien sûr qu’on ne peut pas partir d’ici – sinon, ça serait pas drôle. L’enfer, c’est pour toujours – c’est ça, l’idée. Nicholas insiste : il doit bien y avoir un moyen de mettre un terme à tout ça... Liston, très sérieusement, lui répond : « Vous pouvez toujours essayer de vous mettre une balle dans la tête. Nous, ça change rien, on revient le lendemain. Vous, je sais pas… » Mais personne ne semble disposé à tenter le coup : « Marrant… J’étais franchement persuadé qu’il y en aurait au moins un pour essayer. » Et le Maître, dans tout ça ? « Ben, c’est le Maître, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise. Il vient, des fois, il nous réduit en esclavage pour trois ou quatre heures, il nous torture et après il tue tout le monde. » Alors on peut l’attirer ? Probablement pas, non… Il est pas bête. Et il a des pouvoirs – il commande aux morts, par exemple. Beatrice demande à Liston s’ils n’ont jamais essayé de s’en débarrasser. Si – durant quelque chose comme « les trois premiers siècles ». Mais ça n’a jamais rien donné, alors, au bout d’un moment, on s’y fait… Et la mine ? Y a les hommes de sang... Des fois, ils font une virée en ville, ils tuent des gens, ils en enlèvent d’autres… Beatrice : « Ils ne le feront plus. » Quoi, ils ont trouvé de nouvelles proies ? « Non. Ils sont morts », répond Danny. Dave Liston éclate de rire : « Ah ! T’es décidément complètement bourré, toi ! Les hommes de sang, morts ? Ah ! La bonne blague ! » Il paye sa tournée, ils sont rigolos… La cloche sonne. Liston et les deux autres clients, d’une même voix : « Ah, encore un. » Lui-même est quelqu’un de prudent, il n’a pas dû mourir plus de… allez, huit cents fois. « Un type comme Newcombe, qui fout le bordel, il a bien dû crever au moins quatre mille fois… » La cloche sonne : « Ah, encore un. » Liston évoque l’autre saloon, et plus ou moins bordel, le Jewel Theatre : « J’parie qu’ça vient de là-bas. Les clients s’y font bouffer par les putes. Toutes les nuits c’est pareil. Et ils reviennent quand même. Bah, faut bien s’occuper… Ah, encore un. » Le barman aimerait bien que les PJ parviennent à quelque chose, « à force on s’ennuie un peu ». Nicholas lui rétorque que « l’éternité c’est long, surtout vers la fin » ; Liston acquiesce : « C’est exactement ce que nous a dit le Maître, au mot près ! » Bon – s’ils veulent dormir, il y a le Crystal River Hotel : il y a toujours des chambres de libre, puisque personne ne passe par ici… Et s’ils essayaient de quitter la ville ? En marchant tout droit dans une direction ? Ben, ils reviendraient par l’autre… Il le sait, il a essayé – il y a un millénaire ou deux. « Ah, encore un. » Les PJ sortent…

III : HE SHOT THE SHERIFF

 

[III-1 : Danny, Beatrice, Nicholas, Lozen : Russell Drent, Denis O’Hara ; le Maître, Rob Newcombe, Josh Newcombe, Rafaela Venegas de la Tore] Danny braille sans cesse, dehors : « Oh, le Maître ! T’es où ? On est là ! On est arrivés ! » Mais une voix se fait entendre dans le dos des PJ : « Dites, je sais que vous venez d’arriver, d’accord, mais j’aimerais bien ne pas avoir à vous coffrer direct pour tapage nocturne… » C’est le shérif Russell Drent ! Beatrice sursaute, dégaine son arme et le braque. « Oh là, Mademoiselle ! Rangez ça, soyez gentille… Bon, pour moi, ça changerait pas grand-chose, mais on peut causer… C’est donc vous, les nouveaux-venus ? » Il sourit : « Vous êtes venus foutre le bordel dans ma ville, c’est ça ? » Il ne réagit pas tout à fait comme les autres… Mais Beatrice s’en moque, au fond : sa ville, elle l’emmerde… Elle veut juste trouver le Maître ; et si le shérif ne la renseigne pas, elle le butera – et le lendemain elle remettra ça – et tous les jours après ça, et chaque jour elle trouvera une nouvelle méthode… Nouveau sourire du shérif : « Mme Myers, vous étiez beaucoup plus sympathique à Crimson Bay. » C’est bien le shérif Russell Drent qu’ils ont connu ! Danny… est fou de joie : enfin quelqu’un qu’ils connaissent ! Même si c’était leur ennemi juré… La huckster ne cache pas que, même à Crimson Bay, elle avait une folle envie de le buter… ce que Drent sait parfaitement, il n’est pas totalement stupide. Certes, il a commis des erreurs, là-bas – et, pour prix de ses péchés… Comment se fait-il que lui les reconnaisse, et pas les autres ? Beatrice avance que c’est peut-être parce que le manitou a pris possession de son corps, là-bas ? « Bingo. » Il est quand même là depuis plus de 4000 ans – le temps, ça fonctionne un peu bizarrement, par ici… Il y a le père O’Hara, aussi, du coup – le seul avec qui il peut discuter du bon vieux temps… Il ne va certainement pas les empêcher de s’en prendre au Maître, en tout cas : il doute que ça change grand-chose à son sort, mais on sait jamais… Sinon, eh bien, c’est paisible, ici. À Crimson Bay, il fallait toujours rouler des mécaniques : c’est ma ville, et vous allez m’obéir, tout ça… Ici, pas la peine – les gens sont gentils… Enfin, jusqu’à ce qu’ils se mettent à s’attaquer, se mutiler, se tuer… Juste un mauvais moment à passer. Au début, il essayait de les en empêcher, mais sans succès – ils le tuaient lui aussi, et ils revenaient tous le lendemain, alors, bon… Il sent la douleur ? « Oui. Vous voulez me torturer ? » L’hypothèse n’a pas l’air de l’effrayer. Il sait ce qu’ils ont fait à Rob Newcombe, et ne les en blâme pas : « Il est au moins aussi pénible que l’était Josh, là-bas… » Beatrice proteste : ils ne l’ont pas tué, il s’est suicidé ! « Ouais… N’empêche que les gars de la morale et du bon droit, vous m’excuserez… » Mais il ne dit pas ça sur un ton agressif. Beatrice, de toute façon, ne considère pas qu’ils sont très moraux – « à part l’ivrogne, sans doute »… En parlant d’ivrogne, ils voient une silhouette s’avancer dans la rue en titubant : c’est clairement le père O’Hara ; mais Nicholas sort son arme et l’abat d’une balle en pleine tête sans plus attendre ! Danny est choqué… Pas les autres. Drent a quand même l’air un peu navré : « À quoi ça vous sert, de faire ça ? La démonstration de vos petits talents avec un flingue ? Vraiment ? » Le père O’Hara n’est pas un mauvais bougre… C’était un faux prêtre par contre – et ça, il l’avait compris, le nerveux « père Nicholas » ? Visiblement pas. Mais Drent, qui savait pour les deux, ça le faisait bien marrer, du temps de Crimson Bay… Et ça n’a pas changé grand-chose au sort de ses ouailles, n’est-ce pas ? Faux prêtre, vrai prêtre… Bah. En tout cas, quoi que fassent les excités de la gâchette, il suppose que lui-même ne retournera jamais à Crimson Bay – sans savoir ce qui lui arrivera au juste ; sans savoir non plus s’il est possible de revenir à Crimson Bay… « Bon, on sait jamais. Enfin, c’est ce qu’on dit. » Il ne parierait pas trop sur les chances de « l’adjoint Rafaela », de toute façon. Il a eu un aperçu de ce que le manitou avait fait en son nom, là-bas : « Je crois franchement qu’il est pire que moi. » Beatrice l’admet ; bon, ils vont sans doute tous crever, là-bas… En parlant de cadavre, le père O’Hara au milieu de la rue, ça fait pas propre – il va le mettre sous un porche, avec l’aide… de Nicholas. En tout cas, le retour des morts n’a rien à voir avec la situation ou l'état de leur cadavre. Newcombe reviendra même après avoir été brûlé. « Ses films sont un peu répétitifs, mais ça occupe… On a pas beaucoup de distractions par ici. » S’ils veulent ramasser des armes et des munitions dans le bureau du shérif, libre à eux : ici, il n’a pas d’adjoints, il n’en a pas besoin. Il a déjà vu le Maître ? Oui – il a même dirigé des assauts contre lui, dans le temps ; ça n’a jamais marché… Déjà, il faudrait franchir ses gardiens morts-vivants, et y en a un paquet – lui, il est derrière, et est-ce qu’on peut seulement lui faire du mal ? Il en doute. Mais qu’ils essayent, avec sa bénédiction. Ils n’ont qu’à partir vers l’est – c’est par-là, sans le soleil, c’est pas forcément évident de se repérer… Pour les habitants de Coffin Rock, ça ne donne rien, mais pour eux… « Il aime bien les symboles, le Maître – ou le manitou qui le contrôle ; alors peut-être que le soleil levant… » C’est ce qu’ils vont faire – en prenant le temps de se préparer (il est crucial que Lozen exécute ses rituels, qu’elle a un peu trop négligé ces derniers temps), et de se reposer (Danny doit cuver un peu… même s’il remettra ça dès le réveil). Ils proposent à Drent de les accompagner, mais il décline – il a son travail ici, et c’est leur enfer, après tout… En théorie...

 

IV : ZOMBIE OH ZOMBIE

 

[IV-1 : Nicholas, Lozen] Les PJ prennent donc la direction de l’est. Nicholas et Lozen, qui ont quelque compétence en Survie, sont particulièrement attentifs à leur environnement, qui est plus aride que dans les environs de Crimson Bay – et en altitude ; marcher sur ces hauteurs est d’ailleurs assez fatiguant… Et Lozen s’épuise rapidement : elle qui est habituée aux longs trajets en conclut vite que les esprits de la nature la mettent à l’épreuve pour sa négligence, le rituel seul n’a pas suffi… Nicholas s’en rend bien compte – et, sans un mot, il l’aide à avancer, lui qui haïssait les Indiens. Les autres avancent bien.

 

[IV-2 : Danny, Nicholas : Laughs At Darkness] Au bout d’un moment, ils n’ont plus guère de doute sur leur destination : apparaît une colline isolée, avec un chemin qui serpente dans les fourrés jusqu’à son sommet, où l’on devine comme des ruines – la seule construction aperçue après quelque chose comme cinq heures de marche ; de gros nuages noirs surplombent cet endroit qui pue littéralement le mal. Danny en tête, ils s’engagent sur le sentier… Nicholas est particulièrement aux aguets – et il espère retrouver bientôt Laughs At Darkness… mais ce n’est toujours pas le cas quand ils parviennent au sommet de la colline, face à ce qui évoque une sorte de temple antédiluvien… et une foule de morts-vivants les en sépare !

 

[IV-3 : Danny, Nicholas, Lozen, Beatrice : Warren D. Woodington] Le combat s’engage aussitôt. Danny fonce dans le tas avec son gourdin – mais Nicholas aimerait canaliser les zombies, qui sont beaucoup trop nombreux ; peut-être les Pouvoirs de Lozen pourraient-ils y aider… Elle cherche à faire appel aux éléments, à la terre en l’espèce, pour faire surgir des murailles – mais, avec la rancœur des esprits, et dans cet endroit, ça n’a rien d’évident, et elle ne parvient pas à mettre ce plan à exécution ! Nicholas extrait de sa croix l’Esprit saint, sa mitrailleuse, et fait feu… Il fauche plusieurs morts-vivants, mais la mitrailleuse chauffe vite, et il ne pourra pas l’utiliser en continu. Beatrice est plus prudente que Danny, lequel est bien vite encerclé, mais elle ne tarde pas à ventiler, comme à son habitude – elle enchaîne les chargeurs entiers, mais la foule des adversaires est telle qu’elle en vient bien vite à craindre de manquer de munitions ! D’autant que d’autres zombies surgissent des bois derrière les PJ… mais aussi deux diables de poussière rouge ! Et Nicholas comme Lozen ont gardé un mauvais souvenir de leur précédente confrontation avec pareille créature… Et ils ont cette fois beaucoup d’autres ennemis à prendre en compte ! Ils commencent bien vite à se sentir submergés : Danny parvient d’extrême justesse à éviter les coups, sa forte carrure lui permet d’encaisser ce qui passe, mais, à l’arrière, Lozen et Warren sont bientôt en situation critique, notamment du fait de l’intervention d’un diable de poussière rouge qui bloque leurs mouvements, et Nicholas ne s’en tire pas beaucoup mieux – qui fait tout son possible pour aider ses compagnons, et d'abord Lozen, mais sans grand succès… Seule Beatrice parvient à maintenir une certaine distance de sécurité avec les morts-vivants (elle en abat régulièrement, mais beaucoup moins qu’elle le souhaiterait…) et les tempêtes rouges, mais à terme elle est contrainte d’user de son Pouvoir de Téléportation pour prendre du champ, en passant derrière Warren, alors mis hors de combat, et Lozen pour qui ça ne semble plus devoir tarder…

 

À suivre…

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (14)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (14)

Quatorzième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici.

 

Les inspirations essentielles se trouvent dans le scénario Coffin Rock essentiellement, avec quelques éléments issus de la campagne Stone Cold Dead, le tout largement retravaillé de manière plus personnelle.

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Lozen, la chamane apache ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez également l’enregistrement de la séance dans la vidéo ci-dessous.

I : DANS LES VAPS

 

[I-1 : Lozen : Laughs At Darkness ; Tacheene] Laughs At Darkness, qui était resté à l’écart lors du combat contre le loup-garou, a indiqué aux PJ un corridor dans la direction du sud, et leur dit de les suivre à l’intérieur – il s’y engage sans plus attendre. Ils le suivent, un peu perplexes – Lozen a tout juste le temps de se soigner. Ce n’est visiblement pas un tunnel de la mine, on a l’impression d’un boyau naturel ; mais plus ou moins naturel, en fait… car il débouche enfin sur une salle un peu plus vaste, très profonde, et qui présente de nombreux signes d’aménagement artificiel. Rien à voir avec des travaux miniers, cependant, et ce qui demeure de ces aménagements – colonnes, arches, autels, carrelage… – date à l’évidence de très, très longtemps, bien avant l’arrivée des mineurs… Laughs At Darkness va s’asseoir sur une pierre au centre, étrangement luminescente. Lozen, très intriguée, lui demande où ils se trouvent. En fait, le vieux chaman ne le sait pas vraiment… C’est très ancien, en tout cas – bien plus que les pionniers blancs, bien plus que les Indiens, même : « Je pencherais pour les hommes-serpents de Valusie… » Mais cela n’importe guère. Ce qui compte, c’est son usage plus récent : Laughs At Darkness en a fait sa « kiva », comme disent d’autres Indiens plus au sud. Concrètement, c’est là qu’il se rendait pour entrer en contact avec l’esprit de la nature Tacheene.

 

[I-2 : Nicholas, Beatrice, Danny : Laughs At Darkness ; Tacheene] « Et pour ça, ben, y a pas 36 000 moyens, hein… » Le chaman dévisage les PJ en souriant, fouille dans son baluchon… et en extrait une longue pipe. Nicholas émet un soupir : ils sont vraiment obligés… Non – ils peuvent partir ; ils sont libres. Mais ceux qui resteront doivent passer une épreuve. Beatrice est inquiète des effets du « rituel » ; Laughs At Darkness, en fait, dit qu’il n’est pas bien sûr de ces effets… Il pense que le positif l’emportera, mais cela va dépendre de la constitution et de l’esprit des PJ. La huckster est sceptique : « Le meilleur guide qu’on ait jamais eu… » Mais le chaman dit n’être qu’un pourvoyeur : le guide, ce sera Tacheene. Danny n’est pas du genre à tergiverser : « Bourrez cette pipe et passez-la-moi, qu’on en finisse ! » Mais Laughs At Darkness, avec un sourire narquois, explique que, la pipe, c’est seulement pour lui : « Vous, vous allez respirer les vapeurs du feu que je vais préparer ici, et qui vont envahir très vite toute la salle… »

 

[I-3 : Lozen : Laughs At Darkness ; Tacheene] Le chaman constitue un brasier avec de nombreuses herbes étranges – que Lozen connaît, cependant : elles sont couramment employées dans des cérémonies du même ordre, auxquelles elle a pu assister au cours de ses voyages auprès des différentes tribus ; certaines de ces plantes ont des effets hallucinogènes, et leur combustion peut provoquer la nausée, mais rien de plus dangereux pour autant qu’elle le sache. Laughs At Darkness allume le feu, et les vapeurs commencent à monter ; elles envahissent bientôt la « kiva ». L’inhalation de ces fumées n’est pas agréable, mais tous les PJ se montrent capables de les subir sans vomir ou s’effondrer, et aucun ne ressent le besoin de quitter la caverne. Ils perçoivent, à travers la fumée, le rire un peu moqueur de Laughs At Darkness, qui leur fait tout d’abord l’effet… d’être complètement défoncé. « Vous avez passé la première partie de l’épreuve ! La deuxième, maintenant… » L’effet des vapeurs leur monte à la tête – mais la sensation n’est plus désagréable, à ce stade. Par contre, ils ne distinguent plus rien de ce qui se trouve autour d’eux – leurs camarades comme Laughs At Darkness. Mais apparaît aux yeux de tous, progressivement, une forme très indécise, impossible à décrire – Lozen comprend qu’il s’agit de la forme de Tacheene. À mesure que cette silhouette fluctuante s’impose à eux, l’agréable sensation qui a pris le relais de la nausée des vapeurs s’accroît – tous, ils se sentent… bien ? Et ça fait quelque temps que ça ne leur était pas arrivé – si ça leur était jamais arrivé… La forme ne leur parle pas, mais tous, en s’imprégnant de sa bonté fondamentale et paisible, comprennent cependant que l’esprit de la nature est inquiet et les appelle à l’aide : il est retenu prisonnier quelque part… L’expérience se prolonge, même si les PJ n’ont aucune sensation précise du temps qui s’écoule. Au bout de quelque temps, ils recommencent à distinguer les environs et ce qui se passe autour d’eux… Mais, quand ils reprennent conscience, au fur et à mesure, ils constatent tous qu’ils ne sont plus dans la « kiva » de Laughs At Darkness, mais « ailleurs » ; dans une mine, à l’évidence, mais pas du tout celle de San Lorenzo Point… et le vieux chaman a disparu.

 

II : UN FILON DE SANG

 

[II-1 : Nicholas, Danny, Lozen : Tacheene] D’une manière ou d’une autre, ils ont « voyagé », avec tout leur équipement (Nicholas s’en inquiétait tout spécialement), à ceci près qu’ils n’ont plus qu’une seule lampe. L’étrangeté de la situation ne les incite par pour autant à paniquer, car la sensation de bien-être due à la proximité de Tacheene demeure encore un peu, sous-jacente. Danny ne compte pas s’éterniser ici, et veut comprendre ce qu’il s’est produit. Confiant sa lanterne à Lozen (car c’est le personnage le moins « combattant »…), il sort de la pièce par un tunnel aménagé avec bien plus de soin qu’à San Lorenzo Point – impression qui se confirme à mesure qu’ils progressent dans la mine : il y a des étais solides, des rails dans les artères principales, avec des chariots vides çà et là, etc.

 

[II-2 : Beatrice, Lozen, Danny] Puis, presque tous, les PJ se mettent à discerner… de nouveaux appels à l’aide. Après leur expérience avec le loup-garou, ils sont portés à se méfier, mais ce n’est clairement pas la même chose. Ces appels au secours sont chuchotés, et on distingue plusieurs voix – des voix d’hommes, et qui parlent anglais ; il est par ailleurs impossible de les localiser précisément : ils ont l’impression que ces gémissements viennent de partout autour d’eux. Puis Beatrice croit repérer des mouvements… mais à peine discernables ; et quand Lozen éclaire l’endroit en question, ils ne voient qu’une paroi parfaitement normale, sans le moindre espace pour s’y mouvoir… Puis Danny et Beatrice croient repérer un endroit, au nord, où les appels à l’aide seraient plus « concentrés », et ils prennent cette direction – en constatant que, plus ils avancent, et plus les parois se mettent à « suinter » quelque chose de liquide, et d’un rouge prononcé… qu’ils identifient bientôt comme étant du sang, quand Danny touche la surface humide ; mais il a d’abord eu l’impression déconcertante que son doigt passait à travers la paroi – et il s’en était dégagé par mouvement réflexe. Mais non – c’est seulement du sang… mais en quantités invraisemblables et qui ruisselle de partout.

 

[II-3 : Danny, Lozen : William Wood] Ils arrivent à proximité d’un chariot abandonné… et distinguent alors les silhouettes évanescentes de plusieurs hommes en tenue de mineurs. Danny, méfiant même si pas menaçant à proprement parler, essaye de les toucher avec un morceau de bois qu’il avait retiré des rails après son expérience avec la paroi – et le bâton passe à travers : les mineurs sont des fantômes ! Mais Lozen, à la différence de ses camarades, n’est pas le moins du monde effrayée : elle comprend bien vite qu'ils ne sont pas hostiles. Elle essaye de parler aux fantômes, et de leur soutirer déjà des informations quant à l’endroit où ils se trouvent. Une silhouette, qui dégage une forme d’aura plus marquée, semble plus « solide » que les autres, et elle chuchote, en anglais, expliquant qu’ils sont dans la Cooked Earth Mine. Le fantôme se présente comme étant un certain William Wood. Ses camarades et lui ont été piégés – il faut qu’on les aide… Leurs corps ont « expulsé » leurs âmes ; et, de ces corps, « on » a fait des « horreurs », des « hommes de sang », des « écorchés » qui ruissellent sans cesse, et se livrent à « des rites »… Les répliques du fantôme sont très fugaces, à peine discernables, comme dans un souffle – et souvent interrompues par les mêmes suppliques, de la part de tous les fantômes, qui reviennent sans cesse : « Aidez-nous… »

 

[II-4 : Danny, Lozen, Beatrice : William Wood ; Tacheene] Danny, qui s’est repris, demande ce qu’ils doivent faire – et où il leur faut se rendre. William Wood s’approche, très lentement, du bagarreur ; il tend le doigt dans sa direction… Il va visiblement le toucher. Danny est effrayé, mais se laisse faire – la main du fantôme s’enfonce dans sa poitrine, et c’est comme si son corps l’aspirait ! La sensation est d’abord très désagréable : c’est comme s’il avait… avalé une âme ? Pourtant, la panique disparaît bien vite : le bien-être accordé par Tacheene permet à Danny de mieux encaisser le choc, et « d’accepter » la situation – notamment la sorte de « double vision » que le fait d’héberger deux âmes induit, ce qui ne rend pas les perceptions visuelles plus complexes, mais, d’une certaine manière, les rend plus limpides, plus lucides. Dans sa tête, Danny entend bien plus clairement les chuchotements de William Wood, qui lui dit de rassurer les autres – pour qu’ils acceptent tous qu’un fantôme intègre leur corps. En effet, les silhouettes des mineurs s’approchent lentement, avec hésitation, des camarades du bagarreur… lequel s’exécute : « Laissez-les faire ; vous verrez… mieux. » Lozen accepte aussitôt, puis les autres, et le même phénomène se reproduit – avec tout de même une conséquence imprévue : maintenant qu’ils abritent tous un fantôme, ils voient mutuellement, par intermittences, comme autant d’écorchés dégoulinant de sang, ou de mineurs fantomatiques, en sus de leur apparence normale ! Toutefois, ils encaissent le choc. Beatrice essaye de communiquer avec « son » fantôme, en « pensant » ses répliques, mais constate qu’elle ne peut pas échanger avec lui de la sorte ; les autres font le même constat – William Wood, qui a intégré le corps de Danny, a visiblement davantage d’assise que ses compères, c’est le seul à pouvoir véritablement échanger avec les vivants. Mais le bagarreur ne se livre pas à des expériences de communication silencieuse : il s’adresse à « son » fantôme à voix haute, même s’il est le seul à entendre ses réponses dans sa tête, qu'il doit ensuite rapporter aux autres – la conversation avec le groupe prend des atours surréalistes…

 

[II-5 : Beatrice, Nicholas, Lozen, Danny : William Wood ; Tacheene] Beatrice demande alors à William Wood ce qu’ils doivent faire pour aider les mineurs – et pour libérer Tacheene ? Ils connaissent ce nom – c’est l’esprit qu’ils ont dérangé en creusant la mine… Il est sous la garde des hommes de sang – c’est-à-dire des propres corps des mineurs, qu’ils ont « volé ». Il leur faut récupérer leur corps – pour reposer en paix. Mais comment faire ça, se demandent Nicholas et Lozen ? Les fantômes n’ont pas de réponse – mais ils leur demandent de les conduire auprès des hommes de sang. William Wood guidera Danny dans la bonne direction.

 

[II-6 : Danny, Nicholas : William Wood] Tous suivent donc Danny – ou William Wood ? À mesure qu’ils progressent, ils commencent à entendre des sons différents – indices d’une activité inconnue dans la direction où ils se rendent. Nicholas ne peut pas se montrer trop précis, mais suffisamment tout de même pour déterminer qu’il y a plusieurs « choses » qui se meuvent dans une pièce un peu plus loin. Il a la sensation qu’on les « attend »… et l’esprit dans la tête de Danny lui transmet un peu de sa panique – la proximité de son corps volé et souillé… Ils atteignent enfin la pièce où les attendaient quatre hommes de sang – les corps des mineurs, mais transfigurés en quelque chose de résolument non humain, et répugnant ; comme des sortes d’ « élémentaires » qui seraient faits d’un sang ruisselant sans cesse ! Et les créatures se jettent sur eux…

 

[II-7 : Danny, Beatrice, Lozen, Nicholas, Warren : William Wood] Le combat est rude – et long : les créatures encaissent ! Et font mal… Par ailleurs, elles émettent une forte chaleur, très déconcertante, ainsi que Danny en fait bientôt l’expérience – en fait, il comprend que cette chaleur est telle qu’elle pourrait bien mettre le feu à tout ce que les hommes de sang parviennent à toucher ! Beatrice doit vider ses chargeurs pour faire des dégâts – mais elle parvient enfin à en abattre un. Lozen, par contre, est en difficulté – les esprits de la nature la réprimandent, pour quelque raison qu’eux seuls connaissent ; peut-être un manque d’application dans l’exécution des rituels, depuis qu’elle s’est lancée dans cette aventure auprès de Blancs ? Sa Médecine tribale en est affectée… même si elle parvient en dernier ressort à maintenir une Armure sur Nicholas. Danny repousse ses assaillants contre les parois – et le fantôme de William Wood plonge dans l’un des hommes de sang ; cela ne met pas fin au combat, mais le bagarreur comprend que son ennemi est ainsi affaibli, même si d’une manière qu’il ne comprend pas très bien… Il parvient à le communiquer aux autres, mais Nicholas, même s’il sent que le fantôme dans son corps cherche à sortir, ne parvient pas à créer l’occasion lui permettant de le faire… Mais Beatrice parvient à abattre un autre homme de sang, tandis que Warren fait usage de son bras mécanique Roselyne pour garder les autres hommes de sang à distance. Danny se déchaîne, frénétique, et en massacre un autre – tous ensemble, ils viennent à bout du dernier. Les corps des hommes de sang se liquéfient, dans une masse brûlante, non sans avoir d’abord absorbé les fantômes des mineurs, qui quittent les corps des PJ. Les chuchotis cessent aussitôt : fantômes et hommes de sang ne sont plus qu’un mauvais souvenir…

 

III : AU FOND DU PUITS

 

[III-1 : Danny, Lozen, Beatrice, Warren : Tacheene, Laughs At Darkness] Mais il faut encore que les PJ libèrent Tacheene. Ils continuent de progresser dans la mine – Danny, à tout hasard, appelle : « Darkie ! » C'est le petit nom qu'il avait attribué à Laughs At Darkness... Mais c'est sans succès. Ils arrivent enfin dans un cul-de-sac. Au milieu de cette ultime pièce se trouve une sorte de bassin. Quand ils se penchent dessus, ils voient qu’il est rempli de sang bouillonnant – Lozen comprend sans peine que c’est ici qu’il s’agit de libérer Tacheene, même si elle n’est pas certaine de ce qu’il faut faire au juste pour purifier cet endroit ; elle pense cependant que l’exécution de ses rituels (pendant trois heures au moins – peut-être plus, en raison de la sanction que les esprits lui ont infligé peu avant) et l’usage de quelques éléments contenus dans sa bourse à médecine, elle devrait pouvoir parvenir à quelque chose. Elle en informe ses camarades – qui, quant à eux, ne savent absolument pas quoi faire ; et Beatrice aimerait bien trouver comment partir d’ici… En jetant un œil dans le puits, elle distingue, tout au fond, une sorte d’image – celle, vue de l’intérieur, d’une église brûlée, qui fait penser à celle de Crimson Bay ; mais elle sait, au fond d’elle-même, qu’il ne s’agit pas de l’église de Crimson Bay.

 

[III-2 : Danny, Warren] Danny, de son côté, va explorer le reste de la mine – après avoir ramassé un peu de bois sur les rails pour faire un feu dans la salle du puits de sang. Warren ne l’avait pas attendu… Mais le bagarreur trouve ainsi l’entrée de la mine – en fait, il est surpris qu’il y en ait une ! Il sort jeter un œil à l’extérieur ; il fait nuit – mais la lune est gibbeuse, qui éclaire assez bien les environs ; ils sont dans une région montagneuse, mais pas celle où ils se trouvaient à San Lorenzo Point ; en fait, sans pouvoir en être sûr, il a le sentiment de se trouver de l’autre côté des montagnes, sur le flanc est… En contrebas, il distingue une petite ville, silencieuse dans la nuit, à deux ou trois kilomètres de distance ; mais, juste à côté, il y a des bâtiments abandonnés de la compagnie minière, un peu comme à San Lorenzo Point, et Danny y trouve des lampes, qu’il ramène aux autres – après quoi il revient vers l’entrée pour y établir un campement où ils pourront récupérer le temps que la nuit s’achève.

 

[III-3 : Lozen : Tacheene, Laughs At Darkness] À l’intérieur, Lozen achève enfin son rituel, après plusieurs heures uniquement consacrées à cette tâche. Il n’y a pas d’effet spectaculaire, mais elle a la conviction que Tacheene est libre désormais. Mais absent ? Eux sont toujours au même endroit… Peut-être y aurait-il d’autres rites à accomplir pour partir d’ici ? Lozen ne le sait pas – mais, s’il y en a, ils ne sont pas forcément à sa portée ; à celle de Laughs At Darkness éventuellement… qui est absent lui aussi de toute façon.

 

[III-4 : Beatrice, Nicholas, Danny] Mais Beatrice jette à nouveau un œil dans le puits – où le sang a été changé en eau. Au fond, le reflet de l’église est maintenant parfaitement visible par tous. Nicholas touche l’eau, qui est fraîche (rien à voir avec le sang bouillonnant peu avant) : rien, si ce n’est des cercles concentriques à la surface du liquide. Il fait un signe de croix : rien non plus. Beatrice lui suggère de faire un « saut de la foi »… Le faux prêtre n’est pas très motivé. Danny, de retour, constate également le phénomène – et le reflet de l’église lui fait penser à celle de la ville qu’il a vue en contrebas de la mine : il est même à peu près sûr que c’est la même. Ils n’ont qu’à attendre que la nuit passe, après quoi ils iront y faire un tour…

 

[III-5 : Nicholas, Beatrice] Les PJ vont se reposer à l’entrée de la mine d’ici-là. Seulement voilà : la nuit dure… Les premiers à être de garde, Nicholas et Beatrice, prennent bientôt conscience de ce que des heures se sont écoulées sans que le tableau offert par le paysage ne change : la position de la lune ne varie pas, il n’y a pas de lueurs de l’aube à l’est… Rien de tout ça : la nuit, permanente, immuable. Les PJ contiennent leur effroi, mais ils sont profondément mal à l’aise ; et l’endroit devient de plus en plus flippant du fait même qu’il ne change pas…

 

[III-6 : Danny, Beatrice, Nicholas, Lozen, Warren : Tacheene] Ils retournent à la salle du puits. Danny s’attache une corde autour de la taille, qu’il assure à un chariot de la mine ; Beatrice s’accroche à lui, et ils descendent ensemble dans le puits. Ils flottent à la surface, puis plongent, et, au bout d'une moment, ils se sentent attirés par le fond ; mais impossible de distinguer quoi que ce soit dans ces conditions : de l'eau au fond d'un puits dans une mine... Beatrice fait signe à Danny qu’il vaut mieux remonter. Avec Nicholas, ils assemblent leurs cordes avec une pierre pour sonder le fond du puits. La pierre s’enfonce un bon moment, mais, après un certain temps, le poids disparaît ; ils remontent la corde, qui est coupée net. Lozen est portée à croire que le fond du puits est un « portail », qui envoie qui le franchit dans cette église ; elle cherche à s’en assurer auprès de Tacheene, mais n’obtient pas de réponse… Beatrice emballe bien ses affaires, pour qu’elles ne prennent pas l’eau ; comme elle voit l’image de l’église dans le puits, elle suppose être en mesure d’employer son Pouvoir de Téléportation pour atteindre le portail et l’emprunter – elle disparaît… Les PJ sont hésitants, car ils ne savent rien de son sort, mais Danny se prend une bonne rasade de whisky et saute à la suite de la huckster : il disparaît également. Lozen songe à gagner la petite ville à pied, en jouant la prudence, et Nicholas lui dit que, quoi qu’elle décide, il l’accompagnera ; mais à peine a-t-il dit cela que Warren se jette à son tour dans le puits… Dans ces conditions, Lozen et Nicholas font finalement la même chose : mieux vaut rester ensemble…

 

IV : COFFIN ROCK = VILLE MAUDITE !!!

 

[IV-1 : Beatrice] Beatrice est donc arrivée la première – en opérant, en fait, une « double téléportation », situation perturbante mais qu’elle a bien encaissée. Elle est à l’intérieur d’une église en ruines, incendiée, avec des bancs renversés, le clocher détruit, etc. Elle se trouve à la lisière d’une petite ville silencieuse, voire déserte : pas un chat dehors. Elle est bientôt rejointe par les autres.

 

 

 

[IV-2 : Danny, Lozen : Josh Newcombe ; Laughs At Darkness] Danny observe les environs, puis, de sa voix chargée d’alcool, il crie : « Darkie ! » Mais nulle réponse de Laughs At Darkness… Sortant de l’église, ils s’avancent vers la ville, et constatent que nombre de bâtiments présentent sur leurs murs la même inscription à la peinture rouge : « COFFIN ROCK = VILLE MAUDITE !!! » Avec un nombre de points d’exclamation variable. Puis Lozen remarque une silhouette dans la nuit – celle d’un homme vêtu de noir, un pot de peinture à la main… C’est lui le responsable des inscriptions. La chamane est déconcertée – mais finit par l’indiquer aux autres ; et Danny se précipite alors dans la direction de la silhouette emmitouflée ; d'une voix avinée : « Darkie, c’est toi ? » L’homme se retourne… et le bagarreur reconnaît Josh Newcombe. Stupéfait, il lui demande ce qu’il fait là. Le journaliste, interloqué, répond : « Eh bien, j’informe mes concitoyens ! Mais… Qui êtes-vous ? »

 

À suivre…

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (13)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (13)

Treizième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici.

 

Les inspirations essentielles se trouvent dans la campagne Stone Cold Dead et (surtout ?) le scénario Coffin Rock, retravaillés de manière plus personnelle.

 

Une nouvelle joueuse rejoint la partie, qui incarne Lozen, une chamane apache.

 

Sinon, tous les joueurs habituels étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez également l’enregistrement de la séance dans la vidéo ci-dessous.

I : SABLE ROUGE

 

[I-1 : Nicholas : la Tempête Rouge, Jeff Liston] Nicholas, qui ne porte pas exactement les Indiens dans son cœur, du fait du souvenir traumatisant de sa rencontre avec la Tempête Rouge, a préféré rester seul dans la planque de Jeff Liston plutôt que de suivre les autres PJ, en quête de la tribu des Red Suns. Il a le sentiment qu’il se passe quelque chose dehors – et a vu une sorte de poussière rouge pénétrer à l’intérieur de la cabane en passant sous la porte. Il se met au fond de la pièce – mais il y a trop d’ouvertures : il entreprend de calfeutrer et barricader portes et fenêtres, car, dehors, le « sable » rouge (dans une région où le sable n’est pas si commun) semble se mouvoir tout autour de la cabane. Cela lui fait penser à la Tempête Rouge, forcément, mais le format est tout autre – il y a de temps à autre des bourrasques contre la porte, violentes mais pas à même de la défoncer ; là encore, rien à voir avec la créature qui avait ravagé l’orphelinat où Nicholas avait été élevé. Cependant, quelques coups d’œil à la fenêtre lui donnent l’impression que tourne autour de lui comme une sorte de petite tornade de sable rouge, en gros à l’échelle humaine, et dont les mouvements ne sont clairement pas naturels mais laissent supposer une forme de conscience.

 

II : À ARMES ÉGALES

 

[II-1 : Danny, Beatrice : Flying Shadow, Lone Hawk] Au campement des Red Suns, Danny a pris un méchant coup en combattant le brave que le jeune chaman Flying Shadow avait désigné comme son champion – mais Beatrice a remarqué que le chaman assistait magiquement son poulain… Et elle ne manque pas de le dénoncer au chef des Red Suns, Lone Hawk – lequel se rend compte qu’elle a raison. Les Indiens se plaignaient de la « mauvaise magie » du vieux chaman attaché au poteau – mais cette tricherie, est-ce cela, la « bonne magie » ? Flying Shadow connaît sans doute quelques mots d’anglais, mais s’adresse dans sa langue seulement à Lone Hawk. La huckster avait déjà pu remarquer que ce dernier n’aimait pas beaucoup le jeune homme, même s’il s’était rallié à son idée de faire périr le vieil homme attaché au poteau ; elle ne comprend pas les paroles échangées, mais la colère et l’agacement du chef se lisent sur ses traits. Beatrice juge plus sage de ne pas intervenir davantage pour l’heure – mais Danny, lui, même bien sonné, ne manque pas de s’en prendre à son adversaire… qui l’ignore royalement. La discussion entre le chef et le jeune chaman s’envenime visiblement – sans qu’il soit besoin de comprendre leurs paroles. Lone Hawk finit par gueuler plus fort que les autres pour mettre un terme au débat, et, l’air furibond, il se rapproche du brave qui avait affronté Danny… et lui assène un violent coup de tomahawk sur le crâne ! Le cuir chevelu est entamé, du sang ruisselle sur le front du combattant… Et le chef, dans sa langue puis dans un anglais un peu approximatif, dit : « Maintenant vous êtes à égalité. Battez-vous ! »

 

[II-2 : Danny, Beatrice : Lone Hawk, Laughs At Darkness ; Mortimer Stelias] Le brave est toujours secoué – mais Danny n’attend pas qu’il se remette : il se jette sur son adversaire, et, d’un coup précis de son gourdin, l’assomme pour le compte ! Flying Shadow est furieux – les autres membres de la tribu plus indécis : la situation a été totalement renversée en très peu de temps… Mais les aînés de la tribu interviennent, dans leur langue, et on devine sans trop de peine qu’ils appuient la décision du chef Lone Hawk – et indirectement la victoire du bagarreur. Le vieil homme attaché au poteau regarde la scène avec un sourire un peu narquois… Danny s’assied à côté de son adversaire inconscient, et laisse les autres gérer la situation avec davantage de diplomatie… Beatrice retourne auprès de Lone Hawk – pas fâché d’avoir rabattu son caquet au jeune chaman ; mais il n’aime pas pour autant le vieux chaman Laughs At Darkness, dont il est convaincu que la « mauvaise magie » leur a attiré toutes ces misères… La huckster croit cependant que le vieil homme pourrait être utile pour régler la situation. Qui lui a dit ça ? Sans hésitation, elle répond qu’il s’agit de Mortimer Stelias. Le chef fait la moue : « L’homme blanc qui nous a volé nos terres... » Mais le combat a décidé du sort du vieil homme, non ? Il va les suivre pour l’heure – de toute façon, la tribu voulait qu’il s’en aille ? Après, ils en feront ce qu’ils voudront… Danny appuie la suggestion de Beatrice ; c’était le meilleur choix car, au fond, c’est une bonne manière de régler le problème de la tribu, Lone Hawk le sait bien – et les événements récents ont révélé au chef lui-même que ses sentiments sur la question étaient bien plus partagés qu'il ne se l'avouait… Qu’ils partent avec lui ! Et qu’ils restent à distance ! Beatrice le remercie – en suggérant de garder les mains du vieux chaman attachées, car elle non plus ne lui fait pas confiance…

 

III : CHOC DES CIVILISATIONS

 

[III-1 : Nicholas, Lozen] Nicholas, dans la cabane de Jeff Liston, est assiégé par la tornade – mais il jette régulièrement un coup d’œil par les fenêtres, et, du côté ouest, il aperçoit une Indienne sur un cheval, et elle a l’air étonnée par le spectacle auquel elle assiste ; mais pas véritablement stupéfaite pour autant. Il s’agit bien sûr de Lozen... qui, depuis l’Arizona, a régulièrement aperçu ce genre de phénomènes, ou en a relevé les signes, sans qu’elle puisse se les expliquer. Mais la tornade aussi l’a repérée, et se déplace aussitôt dans sa direction ! Tandis que Nicholas insulte l’Indienne, qu’il rend responsable de tout ça…

 

[III-2 : Lozen, Nicholas : Jeff Liston] Lozen, surprise, est bientôt englobée par la tornade – et le vent tourbillonnant, chargé de sable rouge, lui inflige des brûlures cinglantes ! Mais elle se reprend aussitôt, et cherche à se dégager, avec son cheval – même si ce dernier conserve étrangement le calme, ce qui n’a rien d’évident dans pareille situation… et la tornade s’adapte à leurs déplacements. Mais l’Indienne fait appel aux esprits : en manipulant les éléments, l’air en l’espèce, elle crée un courant qui tend à disperser la tempête. Nicholas, ayant constaté qu'elle attaquait l’Indienne, met ses préjugés raciaux de côté pour l’heure ; il sort de la cabane de Jeff Liston, et se précipite en direction des combattants. La tornade se reconstitue – mais les PJ ont pu entrapercevoir, l’espace d’un instant, une sorte de serpent flottant au cœur même du phénomène… Nicholas assène un coup au cheval pour qu’il fuie ! Mais il supportait la tornade, ce n’est pas un coup de poing qui va lui faire perdre ses moyens... Reste que Lozen a vu un homme blanc en tenue de prêtre, une grande croix dans le dos, frapper son cheval ?! L’Indienne maintient sa Médecine tribale – la tornade peine à se reconstituer véritablement. Nicholas, lui, dégaine un de ses pistolets, et tire au pif dans le phénomène ; par quelque miracle, la tempête se dissout aussitôt ! Le serpent au cœur de la tornade… a été abattu, le courant d’air suscité par Lozen ayant permis de l’atteindre.

 

[III-3 : Nicholas, Lozen : Jeff Liston] Nicholas vide son chargeur sur la créature qui est tombée par terre… Lozen en est stupéfaite : est-il fou ? Autant dire que leurs premiers échanges sont rugueux… L’Indienne remercie cependant le faux prêtre, qui, même bougon, l’invite à le suivre dans la cabane de Jeff Liston… Mais la santé mentale du pistolero a effectivement de quoi la rendre perplexe : il ne cesse de marmonner que « ça ne peut pas être un petit serpent qui a bousillé tout un orphelinat et tué tous ses occupants »…

IV : CELUI QUI RIAIT DANS LES TÉNÈBRES

 

[IV-1 : Danny, Beatrice : Laughs At Darkness, Lone Hawk, Jeff Liston ; Mortimer Stelias, Nicholas, Rafaela Venegas de la Tore] Retour chez les Red Suns. Le vieux chaman est bien Laughs At Darkness, l’homme qu’avait mentionné Mortimer Stelias – celui qui pourra renseigner les PJ quant au nom du Manitou qui sème le chaos à Crimson Bay. Il arbore en permanence un petit sourire narquois qui a quelque chose de profondément agaçant… Danny a bénéficié de quelques soins – en échange, il a offert un peu de gnôle aux Red Suns qui se sont occupés de lui, lesquels ont pris soin de vérifier que leur chef ne les surveillait pas avant d’accepter… Lone Hawk, justement, est assez pressé qu’ils s’en aillent tous avec le vieux chaman. Danny remercie aussi Liston, qui les a conduits ici, mais il est bien temps de retourner à la cabane pour retrouver Nicholas ; le trappeur ne les accompagnera pas au-delà. Beatrice, avant de partir, prend Laughs At Darkness entre quatre yeux – il parle très bien l’anglais : peuvent-ils lui faire confiance pour qu’il ne s’enfuie pas dès qu’ils auront le dos tourné ? « Je vous ai appelés, c’est pas pour vous fausser compagnie... » Il est déçu que Rafaela ne soit pas avec eux, d’ailleurs. Mais ce bon vieux Lone Hawk est un peu nerveux, mieux vaudrait parler de tout ça ailleurs…

 

[IV-2 : Danny : Laughs At Darkness ; Jeff Liston, Rafaela Venegas de la Tore, Mortimer Stelias] Ils prennent la direction de la cabane de Jeff Liston. Laughs At Darkness, tout âgé qu’il soit, est visiblement habitué aux longues marches dans la forêt ! Danny lui demande pourquoi il a contacté Rafaela : « Des facultés, et de la morale ; c’est très rare de trouver les deux ensemble. » Le chaman sait qu’ils ont vu Mortimer Stelias – ça se lit sur leurs traits. Ils « travaillent » ensemble, d'une certaine manière… Le chaman emprunte le mauvais whisky de Danny : il boit au goulot, et en quantité – avec un plaisir visible.

 

[IV-3 : Nicholas, Lozen] Dans la cabane, Nicholas est toujours prostré – répétant sans cesse : « C’était pas un serpent, c’était pas un serpent... » Mais Lozen a bien identifié le même phénomène qu’elle avait régulièrement croisé depuis l‘Arizona. Ce n’est pas quelque chose de chamanique – c’est une manifestation des Manitous. Nicholas la soupçonne toujours d’y être pour quelque chose – elle ou ceux de son peuple… Les dénégations de Lozen n’y changent rien. Elle sait qu’elle a contribué à disperser la tornade, par ailleurs, mais le faux prêtre ne semble pas s’en rendre compte, ou du moins refuse-t-il de l’admettre.

 

[IV-4 : Lozen, Nicholas, Beatrice, Danny : Laughs At Darkness, Jeff Liston] Les autres PJ reviennent à ce moment-là – et ont donc la surprise de trouver Lozen aux côtés de NicholasBeatrice et Danny sont très narquois à l’encontre du faux prêtre : pour quelqu’un qui ne voulait pas avoir affaire aux Indiens… Laughs At Darkness, aussitôt, salue Lozen dans son dialecte apache – qui n’a absolument rien à voir avec les langues de la région. Elle lui retourne ses salutations, et se présente à tous les nouveaux venus. Mais le vieux chaman ne s’y arrête pas : il passe la main sous le lit de Jeff Liston, et en sort trois bouteilles de mauvais whisky, qu’il pose sur la table de sa propre autorité ; il en débouche une et en prend aussitôt une énorme goulée – le trappeur est stupéfait, mais n’ose rien dire. Danny semble redouter qu’il engloutisse tout, mais le chaman le rassure : « Liston planque plein de bouteilles ici, et je sais où, alors on a de quoi voir venir... » Liston est interdit – le chaman n’était jamais venu ici… Nicholas s’empare d’une autre bouteille, et boit en grommelant. Danny demande au trappeur s’il n’y aurait pas quelque chose à manger, mais c’est Laughs At Darkness qui répond : « Ce coffre, et ce tonneau – plein de viande séchée, plutôt bonne ; oh, et, attrapez-moi un peu de ce tabac, dans le tiroir, là, j’ai besoin de fumer... » Danny est très gêné par cette désinvolture… Mais Liston se contente de hocher la tête : au point où ils en sont !

 

[IV-5 : Beatrice, Lozen, Nicholas : Laughs At Darkness] Mais, au fil de la discussion, Beatrice comprend vite que Lozen, qui arrive tout juste, n’est absolument pas au courant de la situation dans la région… Elle n’a pas croisé un seul mort-vivant ? Non… Seulement ces tornades de sable rouge… À la mention de ce phénomène, tout le monde se tourne vers Nicholas – qui se contente de boire. Et il est venu en aide à une Indienne ? Eh bien, oui… et elle le remercie, publiquement cette fois. Mais elle ne comprend pas bien ce qui se passe ici – et ce que Laughs At Darkness a à faire avec ces Blancs. Mais on lui explique la situation…

 

[IV-6 : Lozen, Danny, Beatrice : Laughs At Darkness : Tacheene, Grey Bear, Rafaela Venegas de la Tore] … et le vieux chaman, après avoir lâché un énorme rot, veut bien qu’on discute de son rôle dans tout ça. Oui, plusieurs pouvoirs s’affrontent, ici – ou du moins c’est ce qu’ils croient ; car ils sont en fait tous au service du Manitou, sans le savoir. Le vrai combat oppose les Manitous et les Esprits de la Nature – comme toujours… Qui ça ? « L’Esprit de la Nature, c’est Tacheene. » Celui qui protégeait le coin… Laughs At Darkness est un vieux chaman – il avait un lien direct avec Tacheene. Mais les choses ont mal tourné : un Manitou, bien sûr, qui a trouvé des sbires pour terrifier la région et se nourrir de cette peur… Le vieux chaman se tourne vers sa consœur Lozen : elle voyage auprès des diverses tribus de son peuple ? Il y en a... « un autre », qui le fait… comme elle le sait très bien. Oui, ce « voyageur » est passé ici, bien avant elle : il a séduit Grey Bear, « celui que pendant des années j’avais cru être mon loyal et fidèle apprenti »… Celui, pourtant, qui a monté une cabale pour faire bannir Laughs At Darkness, il y a de cela une quinzaine d'années. Il a fait bien pire : il a trouvé comment asservir Tacheene à la volonté du Manitou, qui a fait usage de ses pouvoirs pour ravager la région – et, accessoirement, il a rompu le lien entre Laughs At Darkness et Tacheene : le chaman, depuis, a perdu l’essentiel de ses pouvoirs. Danny et Beatrice ne s’intéressent pas plus que ça à ces vieilles histoires – la huckster, à vrai dire, se moque aussi de Crimson Bay, elle veut seulement sauver Rafie... Ce qui convient très bien au chaman : ils devraient pouvoir trouver un terrain d’entente de toute façon ? Certes, il a davantage d’ambitions – faire le bien, ce genre de choses… Bah ! Peu importe. La première étape, de toute façon, c’est de lui rendre ses pouvoirs – pour cela, il faut libérer Tacheene. Après, il faudra s’en prendre aux serviteurs du Manitou, et au Manitou lui-même. Ce qui ne se fera pas en claquant des doigts… Tout le secours nécessaire devra être engagé – et donc, d’abord, Tacheene. Sa prison se trouve dans les montages – à un bon jour de marche d’ici… Danny manque s’étouffer en avalant du whisky : le temps presse, à la blanchisserie ils ne tiendront pas bien longtemps ! Pas le choix : il leur faut se rendre à San Lorenzo Point, une mine – ou une tentative de mine, qui n’a pas fait long feu… Mais c'était quelque chose de bien différent à l’origine : la grotte sacrée où Laughs At Darkness conduisait ses rituels, avec Tacheene... Danny se lève aussitôt et se met à préparer des affaires pour leur voyage ; il s’excuse auprès de Jeff Liston, il leur faut ponctionner ses réserves, mais ça ne dérange pas le trappeur – qui boit les paroles du vieux chaman (en même temps que du mauvais whisky). Laughs At Darkness se lève enfin, et, après avoir lâché un énorme pet : « Alors, on y va ? »

 

V : FAIRE CONNAISSANCE AU COIN DU FEU

 

[V-1 : Lozen, Nicholas : Laughs At Darkness] Les PJ, guidés par Laughs At Darkness, prennent la direction du sud-est, dans les montagnes – pas très loin des limites du Grand Labyrinthe, un peu au-delà de la ligne de la Iron Dragon entre Portland et Shan Fan. Ils sont partis en milieu d’après-midi, et marchent tant qu’ils ont de la lumière (le cheval de Lozen porte de l’équipement – et, au moins dans un premier temps, un Nicholas complètement bourré). Mais ils sont bien contraints, alors, d’établir le campement pour la nuit.

 

[V-2 : Beatrice, Lozen : Victorio] Beatrice entend profiter de cet arrêt pour faire connaissance avec Lozen. La huckster, volubile, parvient à mettre la chamane en confiance – au point où elle ne rechigne guère à parler de ses sentiments pour l’homme qu’elle estime le plus au monde : son propre frère, Victorio… Il l’avait impliquée dans les combats de la tribu, et la soutenait dans tout ce qu’elle entreprenait. Mais, lors d’une bataille, sur le point d’être capturé par les Blancs, il a préféré se suicider. Lozen n’a jamais aimé personne comme Victorio.

 

[V-3 : Beatrice, Lozen : Victorio, Tacheene] Beatrice est touchée par le récit de Lozen – et par sa confiance : elle ne s’attendait certainement pas à ce que la chamane livre des choses aussi intimes… En fait, le sort des Indiens ne la laisse pas indifférente : elle admire leur liberté. Elle a vécu dans une ville fortifiée… assaillie par des Indiens, à vrai dire. Mais qu’importe, pour la huckster : blancs ou indiens, les hommes sont tous les mêmes ! Elle l’a constaté, là-bas… Depuis, comme la chamane, elle voyage, sans cesse – peut-être trouvera-t-elle un jour un endroit où s’installer, et où elle vivrait de ses propres moyens… À vrai dire, franche du collier, elle dit à Lozen que la mort de Victorio, tragique sans doute, a pu contribuer à la libérer ? L’Indienne ressent surtout son manque – mais il est mort en héros, au service d’une noble cause… Bah ! L’héroïsme et les nobles causes, très peu pour Beatrice – qui trouve ça « stupide ». Lozen demeure diplomate, mais la remarque de la huckster l’a probablement vexée. Elle n’est pas « soumise » à quoi que ce soit – sinon aux Esprits de la Nature. Mais Beatrice lui rappelle qu’ici et maintenant, ce sont les Manitous qui règnent. La chamane décrit l’asservissement de Tacheene comme un enfer ? L’enfer, oui, ils sont en plein dedans…

 

[V-4 : Laughs At Darkness] La nuit se passe bien – des tours de garde ont été organisés, mais aucune menace ne plane sur le camp. Ils se lèvent tôt pour reprendre leur route – ils doivent gagner au plus tôt la mine de San Lorenzo Point. Laughs At Darkness continue de les guider, dans les forêts et les contreforts des montagnes ; ils ont bien dix heures de marches à accomplir...

 

 

VI : MAUVAISE MINE

 

[VI-1 : Nicholas : Laughs At Darkness ; Fedor] Les PJ finissent par arriver à destination – d’abord le minuscule hameau de San Lorenzo Point, construit à la hâte par la Parker and Sons Mining Company, en quête de roche fantôme, et déserté plus vite encore si c’est possible, le filon ne s’avérant pas assez rentable. La mine se trouve quelques centaines de mètres plus loin et plus haut – on y accède par des corniches relativement étroites ; des travaux avaient été engagés pour charrier le minerai extrait de la mine, mais ils ne sont pas allés bien loin, et le manque d’entretien leur a fait du tort. Laughs At Darkness sait-il à quoi s’attendre ? Peut-être… Fedor, le type qui a réveillé ces hordes de morts-vivants ? Le chaman n’en était pas certain au départ, mais il est maintenant convaincu qu’il est passé par là ; c’est un lieu de pouvoir… et il y a des traces, indiscernables pour qui n’est pas suffisamment avancé dans la connaissance des arcanes. Nicholas fouine quoi qu’il en soit dans le hameau – pas grand-chose à signaler, si ce n’est du matériel pour la mine qu’il aurait été trop coûteux de rapatrier, et des pioches et des pelles à foison ; non, pas de dynamite… Des lampes, par contre, avec un peu d’huile – ce sera indispensable à l’intérieur de la mine.

 

[VI-2 : Danny, Warren] Les PJ gagnent les hauteurs – la mine à proprement parler. Y accéder n’est pas si évident, mais ils y parviennent. À peine arrivés à la double entrée dans la falaise, ils entendent une voix faible, en provenance de l’intérieur, qui appelle à l’aide… Danny fonce aussitôt dans l’obscurité, les autres se montrant plus prudents – sauf Warren, à vrai dire, mais c’est qu’il ne prête pas attention aux appels au secours : il examine minutieusement la mine, les étais, les filons vite épuisés de roche fantôme… Mais Danny parvient à situer la provenance des gémissements – un boyau vers le nord-est. Il s’y rend aussitôt, et appelle les autres : il est tombé sur un corps, d’un homme noir, baignant dans une flaque de sang ; il s’est même demandé s’il ne s’agissait pas d’un cadavre, le corps étant immobile, mais, au bout de quelque temps, il est agité de soubresauts, et appelle à l’aide, d’une voix très faible…

 

[VI-3 : Lozen, Danny, Nicholas, Beatrice, Warren : Cordell ; Fedor] Lozen rejoint Danny ; elle se penche aussitôt sur le corps, et essaye d’examiner ses blessures… mais il y en a tant que toute tentative de soins serait vaine. Nicholas suit, l’arme en main, puis Beatrice – qui reconnaît Cordell, le chef de la communauté des anciens esclaves. Danny lui donne à boire – de l’alcool, « ça guérit tout ». Beatrice va chercher Warren – mieux vaut ne pas se séparer dans ces conditions… Un examen plus approfondi de la part de Lozen révèle que Cordell a perdu beaucoup de sang, à cause de nombreuses griffures partout sur son corps. Danny lui demande ce qui s’est passé ; Cordell parvient à ouvrir les yeux et à les poser sur le bagarreur – mais si celui-ci met en avant que ses amis et lui avaient aidé les anciens esclaves à la communauté, Cordell, lui, ne retient qu’une chose : « Z’étiez avec le shérif... » Mais peu importe : de toute façon, Fedor n’est plus là – il continuera de venger les anciens esclaves… Danny ne comprend rien à ce qu’il raconte. Mais Cordell explique, à grand peine, qu’il avait suivi Fedor ici ; ça devait être une bonne planque… C’était la pire de toutes. « On a été… trop généreux… On… a entendu… les... appels à l’aide… Comme vous avez entendu les miens, ah… Tombés dans le même panneau… Un appât... » Danny se redresse aussitôt et scrute les environs – Nicholas de même ; le sixième sens de ce dernier, dont dispose également Lozen, lui permet de repérer du mouvement dans un boyau prenant la direction du sud. Danny hurle pour que Beatrice et Warren fassent attention… mais n’est-ce pas trop tard ? Un colossal loup-garou déboule dans la salle !

 

[VI-4 : Lozen, Beatrice, Danny, Nicholas, Warren] Par chance, l’étroitesse des boyaux joue contre le loup-garou… mais il demeure un adversaire redoutable. Lozen fait les frais de son premier assaut – qui l’envoie voltiger contre une paroi ! Beatrice se rapproche du combat, en augmentant magiquement sa Compétence de Tir. Danny écarte Lozen pour atteindre le loup-garou – mais le secoue à peine. Nicholas vise la tête – et touche ! Une partie du crâne de la créature explose… mais se régénère aussitôt ; le faux prêtre hurle aux autres de s’enfuir ! Un nouveau coup de gourdin de Danny ne produit pas davantage de résultats… mais la riposte du loup-garou se contente de le secouer. Nicholas tire à nouveau, et fait de lourds dégâts, mais la régénération vient à nouveau les annuler immédiatement. Lozen et lui connaissent les légendes sur les loups-garous – il faut de l’argent, ou de la magie, pour les abattre… Mais Beatrice veut au moins gagner du temps – et en donner aux autres : elle vide son chargeur sur le monstre… qui est réduit à l’état de charpie ! Mais le processus de régénération débute aussitôt – il prendra cependant davantage de temps, vu l’état dans lequel se trouve le loup-garou ! Cela leur ménage quelques précieuses secondes pour s’enfuir… ou pour tenter des choses bizarres ? Warren a la vieille montre en argent de son père… À l’aide de son bras mécanique Roselyne, il l’enfonce dans le corps en charpie du loup-garou ; il sait que cela ne suffira pas – mais en y ajoutant des éclairs de son autre bras, Hippolyte ? Ça marche ! La montre a interrompu le processus de régénération, et les éclairs ont pu faire suffisamment de dégâts pour que ce processus ne reprenne jamais…

 

[VI-5 : Danny : Laughs At Darkness ; Cordell] Laughs At Darkness, qui avait pris son temps, les rejoint une fois le loup-garou vaincu – Cordell est mort le temps qu'il arrive. Danny furieux roue le cadavre de coups, ce qui n’y change rien, mais ça le défoule : il considère maintenant Cordell comme un sinon le responsable de l’invasion de zombies… Mais le veux chaman indien a d’autres préoccupations ; sans s’intéresser le moins du monde à ce qu’ont vécu les PJ, il se contente de leur indiquer un boyau, vers le sud : « C’est par là. » Et il s’y engage…

 

À suivre...

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (12)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (12)

Douzième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici.

 

Les inspirations essentielles se trouvent dans la campagne Stone Cold Dead et le scénario Coffin Rock, retravaillés de manière plus personnelle.

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez également l’enregistrement de la séance dans la vidéo ci-dessous.

I : RIEN N’ENTRAVERA LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

 

[I-1 : Danny, Warren, Beatrice, Nicholas : Josh Newcombe] Danny et Warren ont gagné le refuge d’un toit, à proximité des bureaux du Crimson Post, le journal de Josh Newcombe, qui sont entourés par des zombies perplexes – qui savent qu’il y a de la « viande » à l’intérieur, mais ne sont pourtant pas en mesure de s’en repaître : pour une raison inconnue, les morts-vivants ne peuvent pas s’en prendre au journaliste. Beatrice et Nicholas, de leur côté, ont préféré rester en dehors du périmètre de la ville de Crimson Bay, et surveillent la situation depuis les collines boisées environnantes. Danny s’assure à la cheminée avec une corde, et saute sur un bâtiment à proximité, en face de l’imprimerie ; il se rattrape à une fenêtre un étage en dessous – et a le temps de voir que des zombies rôdent dans le bâtiment ; mais il se reprend vite, et grimpe aussitôt sur le toit, avec une grande aisance ; il accroche sa corde à une autre cheminée, ce qui permet à Warren de traverser pour le rejoindre sur le nouveau bâtiment.

 

[I-2 : Danny, Warren : Josh Newcombe ; Russell Drent] Ils se trouvent maintenant en face de la porte arrière des bureaux du Crimson Post – une porte plus large que les autres, car destinée à accueillir les livraisons de papier pour l’imprimerie. Cette porte est ouverte en grand, aussi Danny et Warren peuvent-ils constater que des zombies errent à l’intérieur du bâtiment. Danny ne voit pas Josh Newcombe, mais le hèle à tout hasard : « Oui ? Mais c’est Mr Cody ! Oh, et en compagnie de ce bon Mr Huntington ? » Danny explique que le savant fou est venu chercher son journal… Newcombe va de ce pas lui chercher ça – il avait parcouru toute la ville à sa recherche, mais sans succès… Il retourne à l’intérieur de l’imprimerie, sans que les morts-vivants autour de lui ne réagissent de quelque manière que ce soit, et en ressort bientôt avec deux éditions spéciales – oui, deux ! C’est qu’il se passe pas mal de choses en ce moment… Mais Danny aimerait aussi s’entretenir avec lui – même si le journaliste a du travail, une autre édition spéciale en vue… Newcombe est récalcitrant, mais Danny le convainc du moins de monter à l’étage du bâtiment où Warren et lui se sont réfugiés – suivi par quelques zombies, le journaliste peut leur tendre les deux éditions spéciales ; mais Warren n’a de toute façon aucune envie de les lire, et Danny n’en est pas capable… Ce dernier prend cependant le temps d’échanger quelques mots avec Newcombe – qui semble révérer le shérif Russell Drent, et ne pas douter le moins du monde que cet homme à poigne et béni du Seigneur saura rétablir l’ordre dans Crimson Bay ; qu’importe les dénégations de Danny, qui soutient que le shérif ne compte rien faire pour sauver les gens dans la blanchisserie... De toute façon, Newcombe publiera sous peu une édition spéciale consacrée à une interview du shérif, qui démontrera sans l’ombre d’un doute que Drent est un homme bon, mieux, admirable ! Bien sûr, il ne révélera rien du contenu de cette interview avant parution. Quant au fait que les morts-vivants ne s’en prennent pas à lui, il suppose que cela tient à la protection divine : « Il n’y a pas d’autre explication rationnelle. » Le programme du shérif portant sur la Nouvelle Alliance va dans ce sens : il a été mis à l’épreuve, et a démontré sa valeur. « Ses stigmates sont impressionnants, n’est-ce pas ? » Danny souscrit un abonnement, et Josh Newcombe l’assure qu’il fera de son mieux pour lui livrer ses éditions spéciales ; d’ici-là, il retourne à son travail : « Quelle activité, mazette, quelle activité ! »

 

[I-3 : Danny, Warren : Beatrice, Nicholas] Danny et Warren ne s’attardent pas. Le savant fou utilise la corde pour traverser à nouveau vers l’autre toit, tandis que le bagarreur, désireux de conserver sa corde, reproduit ensuite la même manœuvre de saut – mais avec davantage de difficultés : il ne parvient pas à s’agripper et s’étale par terre ! Le choc est douloureux, mais le courage éthylique de Danny lui permet de reprendre sur lui et d’escalader la façade pour retourner à la sécurité du toit. Il leur faut maintenant rejoindre les autres au-delà des limites de la ville ; Warren use d’un des feux d’artifice qui lui restaient pour attirer les zombies dans une autre direction. Cela leur permet de regagner le niveau de la rue, où les morts-vivants sont plus clairsemés – il en reste, cependant, qui les repèrent… et ils sont bientôt assez nombreux, qui les suivent tandis qu’ils fuient en courant – en direction du cimetière, au nord-est de la ville : Danny ne veut pas attirer les zombies dans la direction de Beatrice et Nicholas, qui n’interviennent pas, et fait de grands gestes pour qu’ils le suivent lui plutôt que Warren, lequel peut ainsi rejoindre leurs camarades. Ils entreprennent de remonter discrètement vers le nord. Les zombies sont tenaces derrière Danny, ils ne connaissent pas la fatigue, mais leur lenteur est telle qu’ils sont enfin contraints de lâcher l’affaire, pour la simple raison qu’ils ne voient plus leur proie. Les PJ se retrouvent dans les bois, un peu avant le cimetière.

 

[I-4 : Nicholas, Beatrice : Josh Newcombe] Ils sont maintenant dans une relative sécurité – et jugent qu’il est temps de lire les éditions spéciales de Josh Newcombe ; Nicholas lit la première, et tend la seconde à Beatrice

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (12)

Un Régime Alimentaire Répugnant !

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

Parmi les nombreux signes de ce que le Jour du Jugement est imminent, l’honnête homme attentif aux errements de ses contemporains ne manquera pas de relever combien la notion même d’alimentation a été pervertie.

 

Songez à ces pauvres gens, qui espèrent encore survivre à l’Apocalypse en s’entassant dans quelque entreprise asiate aux motivations aussi douteuses que ses financements ! Or les mœurs culinaires étranges de ces Orientaux Suspects menacent de déteindre sur ces moutons égarés…

 

Ainsi qu’il a été maintes fois rapporté par tant d’observateurs au-dessus de tout soupçon, de fait, les Jaunes, en période de crise, n’hésitent guère à recourir à la consommation de chair humaine – le cannibalisme est pour ainsi dire une institution à la cour du Mikado, et les mousmés si lubriques ne sont pas les dernières à se repaître de la chair de leurs semblables. Les chiens, les chats… Tant de mets déjà horribles, dont ils se régalent quand tout est prospère ! Qui s’étonnera donc de ce qu’ils s’abaissent à consommer le Réceptacle de l’Âme Immortelle de l’Homme quand les temps deviennent difficiles…

 

Un de nos informateurs, dont nous tairons le nom afin d’assurer sa protection, a ainsi surpris dans l’Usine Honteuse un Colloque Secret entre l’Infâme Tchouang Tchi Tchu et le Terrible Kung Keng Tzu Mi, Maîtres Secrets des Triades de Crimson Bay, et héritiers des Vils Secrets de Tchambahllha et d’Agghartha. Ces deux Criminels comptaient persuader, par de suaves paroles, les innocents bons Chrétiens captifs de cette Blanchisserie de l’Enfer, de se nourrir des cadavres de leurs regrettés parents. Quelle insolence ! Quelle vilenie ! La « Force Majeure », disent-ils ? Plutôt la Perversion inhérente à ces Êtres Maudits au teint de Prune !

 

Car ils ne comptent certes pas s’en tenir là – leurs rituels shintoïstes et tayhoïstes impies suivront, qui métamorphoseront leurs pauvres victimes en ces Êtres Hirsutes et Sauvages que les Peaux-Rouges, guère moins Sauvages il est vrai, appellent les Gwendigüs !

 

Cela ne doit pas être ! Les habitants de Crimson Bay doivent résister à cette Tentation Funeste et Orientalement Démoniaque !

 

Aussi suggérons-nous à Nos Aimables Lecteurs d’apaiser leur faim au travers d’un régime alimentaire plus sensé et respectueux de l’intégrité physique de chacun. En pareille situation, il apparaît clair que la consommation de légumes verts et de fruits frais s’impose comme l’unique garantie d’une santé rayonnante.

 

Nous attirons tout spécialement l’attention de Nos Aimables Lecteurs sur les vertus des Brocolis – un vrai mets citoyen, nutritif et pas moins délicieux.

 

Résistez à l’emprise alimentaire étrangère ! Mangez américain, et non des Américains !

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

 

[I-5 : Beatrice] De son côté, Beatrice lit la seconde édition spéciale…

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (12)

Ceux qui Rient dans les Ténèbres

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

Nos Aimables Lecteurs ne seront pas surpris d’apprendre qu’en ces temps difficiles, il se trouve des Êtres Immondes pour se réjouir de la misère des Bons Chrétiens…

 

Ainsi, bien sûr, de cet infâme « Homme du Cimetière », dont il nous est arrivé de parler dans nos colonnes (éditions spéciales du 3 janvier, du 25 février, du 5 mai, du 3 août, du 15 septembre, du 29 décembre 1879, et du 5 janvier, du 3 février, du 4 mars, du 23 avril, du 4 mai, du 6 mai, du 7 mai, du 24 mai, du 30 juillet, du 14 août, du 21 août et du 13 septembre 1880). Il ne pouvait rester en paix tandis que le Chaos déferlait sur Crimson Bay… Le Mort qui Marche, et comment pourrait-il ne pas être lié à la soudaine réapparition de tant de Nos Chers Disparus dans nos bonnes rues de Crimson Bay, le Mort qui Marche, disais-je, fait à nouveau des siennes, et menace de par sa simple présence l’intégrité de Nos Aimables Lecteurs. Nous ne saurions trop leur conseiller, dès lors, d’éviter de se promener dans les abords du cimetière – au charme bucolique certes fort appréciable, mais la sécurité passe avant tout.

 

Ceci d’autant plus que l’Homme du Cimetière, selon nos sources, aurait ouvertement pactisé avec les Démons des Peaux-Rouges ! Qui s’en étonnera, là encore ? Certainement pas quiconque a, dans ses cauchemars les plus moites, aperçu ne serait-ce qu’un bref instant le Hideux Faciès de ce Shamane Cruel, qui Rit dans les Ténèbres…

 

Prenez donc vos précautions, aimables lecteurs. En cette triste époque, les collines boisées qui environnent Crimson Bay ne sont hélas guère propices aux pique-niques en famille…

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

[I-6 : Warren, Danny, Beatrice : Josh Newcombe] La bigoterie haineuse de Josh Newcombe met les PJ quelque peu mal à l’aise… Warren le méprise depuis un bon bout de temps, le personnage l’a extrêmement déçu. Mais peut-être y a-t-il pourtant, disséminées dans ces élucubrations bornées et mensongères, des choses éventuellement utiles ? Il divague beaucoup, mais semble pourtant savoir certaines choses – peut-être a-t-il déjà vécu ce genre d'événements ? Danny se demande même s’il n’en serait pas le responsable… Sans aller jusque-là, Beatrice fait part de ce que l’accointance du journaliste avec le shérif Russell Drent ne lui inspire vraiment pas confiance. En même temps, Danny relève qu’ils sont tout près du cimetière, et suppose qu’il pourrait être utile d’y jeter un œil… La huckster l’approuve : elle serait curieuse de rencontrer ce Mort qui Marche !

 

II : REPOSE EN GUERRE

 

[II-1 : Beatrice : Mortimer Stelias, Gamblin’ Joe Wallace] Effectivement, le cimetière est tout proche. Ils y avaient jeté un œil de loin en se rendant aux bureaux du Crimson Post : pas de mouvement, mais des signes de passage. La plupart des croix sont en bois, mais deux gros caveaux en pierre se situent aux extrémités ouest et est du cimetière ; celui situé à l’ouest est une sorte de tombe commune, mais l’autre semble au plus familial, éventuellement individuel. Les tombes ont toutes été retournées – ou, plus exactement, elles sont ouvertes, car des morts s’en sont extraits… Le muret entourant le cimetière a souffert çà et là, et la grille de l’entrée a été défoncée. Les PJ s’avancent en direction du caveau à l’est du cimetière ; il y a une grille à l’entrée, à taille humaine, qui est ouverte – et permet d’apercevoir un cercueil ouvert également. Le nom du défunt se lit aisément : Mortimer Stelias, l’ancien propriétaire foncier de la région, celui qui a fait venir Gamblin’ Joe Wallace et a donné de ses terres à la communauté des anciens esclaves. Beatrice, qui n’en est plus à ça près, toque à la grille en disant : « Y a quelqu’un ? » Pas de réponse venant de l’intérieur – mais, à la lisière est du cimetière, on entend des bruits dans les fourrés…

 

[II-2 : Warren, Beatrice : Jon Brims ; Mortimer Stelias, Russell Drent] … et bientôt la voix de Jon Brims, le huckster reconverti en croque-morts – dont ils savaient qu’il était un ami de Stelias. Il sort des buissons, et salue les PJ, Warren notamment, qui ont mis le temps à venir… Mais il n’a pas de reproches à leur faire – lui qui a fui sans attendre ; il s’est montré… faible. Il aurait peut-être pu faire quelque chose, mais n’a pas voulu s’impliquer… Il ne « joue plus aux cartes » depuis qu’il s’est installé à Crimson Bay, mais... Eux, par contre, l’ont cherché, ils se sont inquiétés pour lui – et, chez lui, ils ont mis la main sur son journal et son exemplaire du Livre des Jeux de Hoyle. Warren lui rend aussitôt son journal, et Beatrice le livre. Il aurait pu partir avec… Peut-être les a-t-il laissés pour qu’on les trouve, sans bien en être conscient ? Ils échangent sur leurs expériences de ces derniers jours, et font le point sur la situation. Puis Brims confesse ne pas se trouver là par hasard ; non, il ne connaît pas le nom du démon qui loge dans le corps de Russell Drent… Mais il connaît... quelqu’un... qui en sait davantage, et mieux vaut qu’il leur parle directement. Beatrice sourit : « Mr Stelias est ici ? » Tout à fait – mais mieux valait l’introduire, pour refréner les ardeurs des accros de la gâchette…

 

[II-3 : Danny, Nicholas, Beatrice, Warren : Jon Brims, Mortimer Stelias ; Shane Aterton, Glenn Cabott] En effet, là où était apparu Jon Brims, les PJ distinguent maintenant la silhouette immédiatement reconnaissable du Déterré qu’ils avaient croisé aux environs de la résidence de Shane Aterton, et qui avait… « aspiré » l’âme de Glenn Cabott ? Instinctivement, Danny recule tandis que le nouveau venu les dévisage lentement, sans un mot ; Nicholas, lui, dégaine aussitôt ses armes et les pointe sur le DéterréBeatrice et Warren se positionnent aussitôt de façon à empêcher le faux prêtre de commettre une bêtise ! Brims fait les présentations ; il sait bien que l’apparence de son ami a de quoi faire peur, mais il les en prie : s’ils lui ont jamais accordé confiance, Warren notamment, qu’ils le croient : Stelias est de leur camp, « c’est un "gentil" dans toute cette affaire ». Danny approche – mais Nicholas n’y croit pas. Stelias s’avance vers le pistolero, très nerveux, et qui refuse d’écouter les injonctions du bagarreur, qui lui dit de déposer ses armes. « Il a quelques préjugés... » Le Déterré trouve ça bien compréhensible ; mais il s’adresse à Nicholas, qui ressasse la scène où Stelias a aspiré l’âme de Cabott : « Je n’ai pas choisi ma condition. Je n’ai pas choisi de revenir. On m’a fait revenir – pour me torturer. Voyez-vous… Je me targuais d’être un homme bon. Il faut croire que je n’étais pas le seul à avoir cette impression. On m’a fait revenir pour me dégrader. Par chance, cela ne s’est pas produit pour l’heure. » Brims prend son relais : un Manitou l’a fait revenir, oui, mais il est parvenu à le subjuguer ; Stelias est honnête, respectable : « Je ne prétendrais pas qu’il est inoffensif, car c’est probablement l’homme le plus dangereux que j’ai jamais connu ; mais il ne vous veut pas de mal. »

 

[II-4 : Nicholas, Beatrice : Mortimer Stelias ; Russell Drent, Mr Chow, Laughs At Darkness, Rafaela Venegas de la Tore, Fedor, Josh Newcombe] Nicholas ne comprend rien à ces histoires de « Manitous » ; c’est que la religion qu’il professe (ou feint de professer ?) ne les connaît pas – ou pas sous ce nom. Stelias explique que les Indiens désignent ainsi des esprits maléfiques qui se nourrissent de la peur : « Ils ont voulu faire de moi leur instrument, manière cruelle de narguer l’homme bon que j’étais, ou que je croyais être. » Beatrice lui demande si, dans ce cas, c’est un Manitou qui possède Drent – et c’est bien le cas ; en fait, c’est probablement celui qui commande, entre autres, le Manitou qui habite la carcasse du Déterré – oui, ils ont une hiérarchie. Il faut donc remonter jusqu’à lui. Peut-on le tuer ? « Vous ? J’en doute. Il est assez puissant. Cela implique de faire appel à des moyens surnaturels. » La huckster poursuit : Mr. Chow a avancé qu’il pourrait le vaincre – à la condition de connaître le nom du démon, ou plutôt du ManitouStelias connaît ce nom – mais n’a aucune confiance en le maître caché de Chinatown : mieux vaut chercher d’autres alliés. Auprès des Indiens, avance Beatrice ? Oui, c’est la meilleure chose à faire : « Il faut trouver Laughs At Darkness. Il a cherché à vous contacter. » Les visions de Rafie… « Oui. Lui non plus n’inspire pas confiance à vue d’œil. Pourtant… » Mais, avant que quiconque ne lui pose la question, non, Stelias ne peut pas s’en prendre lui-même à ce Manitou : « J’ai subjugué mon propre Manitou, mais il faut tout de même que je me tienne à distance, le risque est trop grand qu'il se réveille à cette proximité – et, croyez-moi, ce ne serait pas un risque seulement pour moi. C’est bien pour cela que je n’ai pas pu aller en ville lors des derniers événements. » Laughs At Darkness connaît le nom du Manitou – le Déterré préfère que ce soit lui qui le donne aux PJ – comme une garantie. Et concernant les morts-vivants ? Drent avançait que le responsable appartenait à la communauté des anciens esclaves… C’est pour partie vrai – mais c’est bien le Manitou qui est derrière tout ça, manipulant des pions qui croient se combattre quand en fait ils servent la même cause ; Drent, Fedor, Mr Chow, et quelques autres, qui n’ont absolument pas conscience de leur rôle dans cette affaire, comme Newcombe, bien sûr. Un bonhomme fanatique et bourré de préjugés… Mais le vrai problème est ailleurs : dans ses articles ! Généralement, on ne les prend pas au sérieux, et à bon droit ; cependant, ils ont la plupart un petit fond de vérité au milieu des bêtises, et quand ces « informations » semblent être confirmées, cela accroît la peur, et éventuellement son crédit, aussi l’article suivant fera-t-il encore plus peur et de moins en moins rire, etc. « Il croit sincèrement travailler pour Dieu, mais ça n’est certainement pas le cas. »

 

[II-5 : Nicholas : Mortimer Stelias ; Glenn Cabott] Nicholas reste nerveux – malgré l’attitude de ses camarades, il garde ses armes braquées sur le Déterré. Mais il est en même temps porté à interpréter les propos de Stelias selon une grille chrétienne – l’exorcisme, impliquant la connaissance du nom du démon, etc. Mais ses connaissances en la matière sont en fait très floues… Nicholas s’étonne aussi des raisons qui avaient amené Stelias en ville, au moment de la mort de Glenn Cabott : il était venu pour eux – pour juger de leurs capacités. Ils lui ont fait peur, d’ailleurs, avec leurs actions irréfléchies : « C’est ironique, n’est-ce pas ? » Même chose quand ils ont fait brûler l’église…

 

[II-6 : Beatrice, Nicholas : Mortimer Stelias ; Russell Drent, Rafaela Venegas de la Tore, Fedor] Mais Beatrice fait la remarque qu’ils manquent de temps – et d’options vraiment sûres. Elle se demande si Crimson Bay débarrassée des morts-vivants ne serait pas dans une situation encore pire, sous le contrôle de Russell Drent ou du Manitou qui habite son corps… Cependant, il y a des problèmes particulièrement pressants – et notamment ces « morts subites » qui frappent les habitants de Crimson Bay, y compris ceux qui se sont réfugiés à la blanchisserie. Ne peuvent-ils rien faire ? Si… « La cause est assez évidente, en fait : l’eau, bien sûr… » Ce n’est qu’alors que Nicholas se rappelle des pattes de poulets trouvées près des puits – qui ont bien été contaminés. Si les habitants de Crimson Bay cessent de boire cette eau (mais il faut alors trouver de quoi la remplacer), les « morts subites » cesseront. Purifier les puits, avec un élu, serait sans doute la chose à faire, à terme. Il faut communiquer cette information aux gens dans la blanchisserie – et notamment à Rafaela. Mais qu'en est-il, alors, du maître des zombies ? Pour Stelias, raisonner Fedor, au point où ils en sont, n'est hélas plus envisageable ; il le connaissait bien, le prêtre vaudou avait remisé de côté sa magie, et souhaité vivre en paix, avec un sincère désir de venir en aide aux siens – mais l’expédition à la communauté des anciens esclaves a ranimé la flamme, maintenant inextinguible. « Il me fait penser à moi, d’une certaine manière – à moi… ou plutôt à ce que je pourrais devenir si je perdais le contrôle. » Les PJ remercient Stelias pour ses précieuses informations – ils ont beaucoup de choses à faire.

III : UNE DERNIÈRE VIRÉE EN VILLE

 

[III-1 : Beatrice, Danny] Et, d’abord, il faut prévenir les réfugiés de la blanchisserie de ce que c’est l’eau qui provoque les « morts subites ». Les PJ contournent Crimson Bay, prenant soin de rester dans les collines boisées où les morts-vivants ne sont pas trop nombreux. L’idée est de laisser Beatrice seule gagner la blanchisserie en usant de son Sort de Téléportation ; Danny restera au cas où en soutien, non loin – la huckster prenant soin d’augmenter la Discrétion du bagarreur durant l’approche de la ville par le nord. La méthode, qui commence à être éprouvée, fonctionne très bien, et Beatrice peut ainsi se téléporter sur le toit de la boutique de la blanchisserie, où une trappe permet de pénétrer dans l’usine elle-même. Les gardes sont surpris de ne voir que Beatrice, mais ne font pas de remarque, et la laissent entrer.

 

[III-2 : Beatrice : Rafaela Venegas de la Tore ; Nicholas, Mr Chow, Josh Newcombe, Jon Brims] La première chose que fait Beatrice une fois à l’intérieur est de chercher où se trouve Rafie. L’élue a les traits marqués – cela fait plusieurs jours qu’elle se consacre presque en permanence au rituel de Sanctification de la blanchisserie. Les gardes aussi sont exténués – ils ne parviennent pas à tenir le rythme des « morts subites », même s’ils décapitent systématiquement ceux qui viennent à mourir. La population réfugiée est dans un état désespéré – mais c’est l’apathie qui domine, ou le fatalisme. Beatrice explique à son amie ce qui s’est produit depuis qu’ils ont quitté la blanchisserie – notamment le problème de l’eau ; en fait, Nicholas avait indiqué à Rafie les pattes de poulets à proximité des puits, et elle s’en veut terriblement de ne plus y avoir repensé depuis leur retour des sources, pendant la tempête ; elle culpabilise, à vrai dire… Ce n’est pas le moment : il faut trouver d’autres sources d’approvisionnement en eau – et plus tard, éventuellement, trouver comment purifier les puits. Rafie va en parler avec Mr Chow – qui n’est pas né de la dernière pluie, et ne manquera pas de demander à l’élue d’où vient cette soudaine illumination… La huckster préférerait ne pas mentionner le nom de Mortimer Stelias ; Rafie n’aura qu’à évoquer le bref retour de Beatrice – et s’il veut en savoir davantage, qu’elle dise que l’information vient de Josh Newcombe ! L’élue est sceptique : Chow ne croira jamais un truc pareil… Jon Brims, alors ? il a permis de recouper les informations ! Mais le bon sens devrait suffire à convaincre le maître de Chinatown. Beatrice ne s’attarde pas, et rejoint les autres en usant de sa Téléportation.

 

[III-3 : Beatrice, Danny : Gamblin’ Joe Wallace] Les PJ se retrouvent dans les collines au nord. Ils avaient évoqué l’idée de se rendre à l’usine de munitions de Gamblin’ Joe Wallace, plus loin au nord, au-delà des sources contaminées ; faire des provisions, avec tous ces zombies, pourrait être utile ! Cependant, les morts-vivants, en masse, environnent tout le grand bâtiment – ils sont bien trop nombreux, et l’usine à la fois trop massive et trop isolée par ailleurs, pour mettre en place un quelconque plan de diversion, ou user à nouveau de la Téléportation de Beatrice (qui consomme beaucoup de Points de Pouvoir, à force !) ; d’autant plus qu’ils ne peuvent pas identifier quelque accès que ce soit … Danny insiste, il cherche à envisager d’autres options, mais il est bien obligé d’admettre enfin qu’approcher davantage de l’usine de munitions serait suicidaire. Le plan est abandonné, et les PJ prennent la direction du point de rendez-vous que leur avait donné Jeff Liston – une petite cabane de pêcheur, sur un cap au nord-ouest de la ville ; ils s’y rendent à travers les collines et les bois, les zombies ne représentent pas une menace ici.

 

IV : COPAIN DES BOIS

 

[IV-1 : Nicholas, Beatrice : Jeff Liston] Identifier le point de rendez-vous n’est pas un problème, même pour quelqu’un qui ne connaît pas la région. La mer est toujours aussi démontée, mais ce petit cap demeure sûr. La cabane est une misérable bicoque qui prend l’eau, mais il apparaît clairement qu’elle a maintes fois servi de refuge, même si pas récemment a priori. Jeff Liston n’est pas là, les PJ vont l’attendre à l’intérieur – et se reposer, ils en ont bien besoin. Nicholas monte la garde, cependant – il a l’impression qu’on les observe, depuis la lisière de la forêt… Rien de très précis, mais la sensation est tenace. Il en prévient les autres à l’intérieur. Ils vont y jeter un œil de plus près ; le faux prêtre relève bien des traces – de mocassins, sans doute. « On est suivi par ces putains de Peaux-Rouges ! » Beatrice lui rappelle qu’ils sont justement censés aller à la rencontre de « ces putains de Peaux-Rouges », et que l’idée n’est certainement pas de les flinguer… Ils suivent cependant ces traces très légères – et déterminent qu’il y avait au moins deux individus. Au bout d’un moment, il y a des traces de chevaux, non ferrés, toutes fraîches ; mais elles disparaissent bientôt, en traversant une rivière dans un endroit par ailleurs davantage boisé.

 

[IV-2 : Nicholas, Danny, Beatrice : Jeff Liston] Mais Nicholas entend alors du bruit, venant de derrière eux, cette fois ; il n’est pas très inquiet, pour une fois – il suppose qu’il s’agit de Jeff Liston, et c’est bien le cas. Le tenancier du Red Bear se révèle pour le trappeur qu’il a au fond toujours été, avec l’équipement adéquat – mais il est bardé de plusieurs fusils de chasse, de cordes, etc. « Vous avez un peu d’avance », leur dit-il. Ils veulent aller à la rencontre des Red Suns ? Entendu – mais ils vont d’abord se rendre à la cabane de chasse qu’il a bâtie dans un vallon encaissé de la forêt, à quelques kilomètres d’ici : là-bas, ils pourront parler en toute sécurité. Jeff Liston constate que Nicholas est très nerveux, et encore moins sociable que d’habitude… Une petite blague du trappeur sur la foi du faux prêtre suffit pour que ce dernier sorte à nouveau ses armes et le braque ! Les autres interviennent, un peu las, mais Liston, pas le moins du monde intimidé, fait la moue : « Ça s'rait bien d'pas réagir comme ça avec les Red Suns, parce que z'allez vous prendre toute la tribu sur la gueule… J’croyais qu’z’étiez partis chercher des alliés, pas d'nouveaux ennemis ! » Danny lui apporte son soutien, et la situation se décrispe un peu… Mais Beatrice suggère que Nicholas reste dans la planque de Liston le temps qu’ils aillent parlementer avec les Indiens…

 

[IV-3 : Nicholas, Beatrice : Jeff Liston] Après trois ou quatre heures de marche, à travers les collines et les forêts, un terrain beau mais chaotique (et qui laisse supposer des hivers rigoureux), les PJ atteignent une sorte de petit vallon encaissé, plus sombre, et c’est là que se trouve la cabane de chasse de Jeff Liston. Rien à voir avec la cabane de pêcheur : c’est un endroit certes pas énorme, mais où on peut vivre dans un certain confort et en sécurité. Fatigués, ils prennent tous le temps de se reposer avant de partir à la rencontre des Red Suns. Nicholas va se plier à la suggestion de Beatrice, même si elle essaye une dernière fois de le raisonner, en vain : il va rester ici le temps que les autres trouvent les Indiens – qu’il ne porte vraiment pas dans son cœur, et l’idée de s’allier avec eux lui déplaît foncièrement…. Les trouver, par ailleurs, ne sera pas forcément si évident – à supposer même qu’il y ait encore quelque chose à trouver ! Les Red Suns sont nomades, et la forêt n’est pas l’endroit le plus indiqué pour suivre leur trace ; mais le trappeur a une vague idée de là où ils pourraient se trouver – vers le nord-est, à une distance plus que raisonnable de Crimson Bay. Ça sera au moins un point de départ…

 

V : ORDALIE SOUS UN SOLEIL DE SANG

 

[V-1 : Nicholas, Danny : Jeff Liston] Guidés par Jeff Liston, les PJ, à l’exception donc de Nicholas, s’enfoncent à nouveau dans la forêt. Le trappeur est compétent dans sa partie, ses intuitions s’avèrent fondées. Danny a régulièrement la sensation d’être épié, et, si Liston n’en fait pas état, il comprend qu’il s’en rend compte lui aussi. Le bagarreur suppose en fait qu’il y a une sorte de « pacte » entre le trappeur et les Indiens : il ne les interpellera pas, il faudra qu’il trouve le campement par ses propres moyens.

 

[V-2 : Jeff Liston, Lone Hawk] Et c’est bien ce qui se produit après cinq ou six heures de marche : le campement occupe la quasi-totalité d’une clairière – et il y règne une certaine agitation. Les Red Suns ne font rien pour empêcher les PJ de pénétrer dans le village. Mais, au centre du campement, toute la tribu ou presque est rassemblée en un cercle, à proximité du tipi un peu plus vaste que les autres dont ils supposent qu’il est celui du chef de la tribu – Liston leur a dit qu’il s’appelait Lone Hawk. [Et pas Proud Horse, comme dans l’enregistrement ; j’avais égaré mes notes, pardon…] Le trappeur est un peu inquiet, mais suppose qu’il leur faut bien approcher. Au centre du cercle se trouve un poteau, auquel est attaché un vieil Indien, assez petit, le profil aquilin et buriné, le regard plein de morgue. Lone Hawk est visiblement très en colère à son encontre… Liston ne sait pas assez de la langue des Red Suns pour savoir quel est au juste le problème, mais l’animosité est palpable.

 

[V-3 : Danny, Beatrice : Jeff Liston, Lone Hawk, Laughs At Darkness ; Grey Bear] On n’a pas prêté attention aux PJ – aussi Jeff Liston, après un certain temps, ose enfin se signaler à l’attention du chef Lone Hawk, qui se retourne vers eux, et les regarde furibond, avec également quelque chose de dédaigneux. Il les dévisage tous, puis s’adresse à Liston – dans un anglais relativement limité mais suffisant pour échanger. Leur venue n’est pas très propice – les Blancs de Crimson Bay sont à l’origine de l’assaut des morts-vivants, qui n’a pas épargné les Red Suns ! Danny l’avait déjà compris : de l’autre côté du campement, il a repéré des charniers… Beatrice et lui expliquent avec diplomatie et déférence qu’ils sont également des victimes de cette invasion ; et, à Crimson Bay, ils essayent, avec une amie restée sur place, de protéger les innocents… Ils aimeraient venir en aide aux Red Suns également. Lone Hawk est au mieux sceptique… Mais il a un autre coupable en tête : le vieil homme attaché au poteau, avec sa « mauvaise magie » ! Il l’identifie comme étant Laughs At Darkness – un chamane qui avait été banni depuis longtemps de la tribu des Red SunsGrey Bear, son successeur, l’avait pourtant dit : le bannissement n’était pas suffisant ! Lone Hawk regrette que ce dernier soit mort… mais il avait raison : Laughs At Darkness doit mourir ! Une vision le lui a confirmé… Beatrice constate que les jeunes braves manifestent violemment leur haine du vieux chaman – mais les membres de la tribu plus âgés sont davantage indécis, voire un peu gênés, mis mal à l’aise même, par la scène qui se déroule sous leurs yeux… même s’ils n’osent pas contredire leur chef. Beatrice avance que les visions sont parfois trompeuses… Lone Hawk rugit : « C’était une vision accordée par l’esprit Tacheene ! Tacheene ne ment pas ! » La huckster, diplomate, tourne la chose autrement : « Tacheene ne ment pas – mais ce sont les interprétations qui sont parfois biaisées. » Lone Hawk est stupéfait qu’une femme ose le reprendre… Mais Danny l’appuie : ils ont les mêmes intérêts, les mêmes ennemis. Beatrice ajoute que, plus il y a de morts, plus l’armée des morts grandit… Lone Hawk, même en colère, est un homme raisonnable ; sans vraiment le dire, il admet qu’il y a du vrai dans les paroles des visiteurs…

 

[V-4 : Flying Shadow, Jeff Liston, Lone Hawk, Laughs At Darkness ; Grey Bear, Raven] Mais sort alors des rangs un jeune Indien, visiblement un chaman – du nom de Flying Shadow, ainsi que Jeff Liston l’apprend à ses compagnons, précisant qu’il est le successeur de Grey Bear ; il s’était fait discret jusqu’alors, mais voir Lone Hawk flancher, ne serait-ce qu’un tout petit peu, l’incite à prendre la parole – dans la langue des Red Suns, les PJ n’y comprennent rien, mais comprennent sans peine que le nouvel intervenant alimente la colère de Lone Hawk à l’encontre de Laughs At Darkness. Liston n’est pas en mesure de traduire ses propos, mais le jeune chaman semble évoquer « la guerre de Raven », et le trappeur n’a aucune idée de ce que cela signifie.

 

[V-5 : Danny, Beatrice : Jeff Liston, Laughs At Darkness, Lone Hawk, Flying Shadow] Danny demande à Jeff Liston si les Red Suns n’auraient pas une tradition qu’ils pourraient utiliser pour sauver la vie de Laughs At Darkness. Liston hésite – mais suppose qu’une sorte de duel judiciaire pourrait faire l’affaire, s'il n'emploie pas ce terme : il faudrait que Danny se porte champion pour Laughs At Darkness, contre un champion de Lone Hawk... ou de Flying Shadow. C’est vraiment ce qu’il veut ? Or la discussion entre le chef indien et son jeune chaman est de plus en plus vive – puis ce dernier tourne le dos à son chef dans un geste plein de mépris, dégaine son tomahawk et s’avance vers Laughs At Darkness, dont le regard reste fier. Danny intervient : « C’est le moment, pas le choix ! » Le bagarreur se place entre le jeune chaman et son vieux prédécesseur, et Liston fait part de son défi à un Lone Hawk furieux… contre Flying Shadow. Ça se joue à peu de choses, mais le chef, visiblement désireux de rétablir son autorité, accède à la demande de Danny, et ordonne à Flying Shadow de choisir un champion ; le chaman a de la sorte les mains liées… Il désigne un jeune brave de la tribu – une vraie montagne ! Danny engloutit du whisky pour se mettre en condition… Discrètement, Beatrice offre d’user de sa Magie pour lui donner un avantage, mais Danny refuse – le risque serait trop grand qu’on le détecte… Vaincre ce brave est de toute façon dans ses cordes ! Tout le monde fait cercle autour d’eux ; ils ont droit à leurs armes, tomahawk pour le brave, gourdin pour le bagarreur. Tous deux échangent plusieurs passes, sans parvenir à percer la défense de l’adversaire ; Danny succombe bientôt à la frénésie, sans que cela ne lui confère vraiment d’avantage – le brave le nargue, mais sans se montrer plus efficace, et il est bientôt contraint de reculer et de se montrer plus prudent, après avoir été un tantinet secoué par un coup inattendu ; cependant, une maladresse du bagarreur lui permet enfin de lui asséner un violent coup à la tête… et Danny s’écroule !

 

[V-6 : Beatrice, Danny : Flying Shadow, Lone Hawk] Mais Beatrice intervient : elle n’en est pas tout à fait sûre, mais elle pense que Flying Shadow a fait exactement ce qu’elle avait envisagé de faire – le chaman a aidé magiquement son champion ! Avec un aplomb singulier, alors même que le brave triomphant semble s’apprêter à achever Danny, la huckster dénonce la tricherie à Lone Hawk et aux anciens. Est-ce cela, ce qu’ils appellent de la « bonne magie » ? Or le chef avait lui-même quelques doutes concernant le caractère loyal du combat… Il intervient pour empêcher le brave d’achever Danny – et sa colère à l’encontre de l’arrogant Flying Shadow le rend réceptif à la plainte de Beatrice

 

VI : MAUVAIS SOUVENIRS

 

[VI-1 : Nicholas : Jeff Liston] Pendant ce temps, dans la cabane de Jeff Liston, Nicholas ne tient pas en place – il fait plusieurs rondes dans les environs, à l’affût d’Indiens qui le surveilleraient… La sensation devient bientôt une conviction : oui, il y a quelque chose dans les bois alentours. Mais pas des Indiens – quelque chose d’autre… De bien pire… Il retourne à l’intérieur de la cabane, et barricade la porte d’entrée, ainsi que la fenêtre à côté ; il se pose sur une chaise à côté de la cheminée, et dégaine ses armes fétiches, le Père et le Fils. Bientôt, il y a des bruits dehors… Des pas ? Non, plutôt... le vent, mais un vent très particulier – le souffle s’accroît, qui réveille de mauvais souvenirs ; et, dans l’interstice en dessous de la porte, un vent de sable rouge s’insinue dans la cabane…

 

À suivre…

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