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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (07)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (07)

Septième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici. L'enregistrement de la séance est disponible .

 

À ce stade, presque tout provient encore de la campagne Stone Cold Dead, mais je commence à y mettre quelques éléments de « The Winter War » et de Coffin Rock également, qui vont progressivement gagner en importance.

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; Rafaela Venegas de la Tore, ou « Rafie », l’élue (mais sa joueuse a dû partir un peu avant la fin de la séance) ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez ci-dessous l'enregistrement de la séance.

I : BRÛLE

 

[I-1 : Warren, Nicholas, Danny, Beatrice : Russell Drent ; Cordell, Shane Aterton] Warren et Nicholas, depuis Crimson Bay, ont perçu les coups de feu en provenance de la communauté des anciens esclaves, et, inquiets, y retournent – Danny et Beatrice sont toujours sur place. Warren et Nicholas ne peuvent cependant arriver qu’une fois que l’affaire est jouée : le hameau brûle – un ordre du shérif Russell Drent qu’il a été aisé d’exécuter. Les anciens esclaves, que leur chef Cordell, dépité, a dissuadé de riposter, ont quitté les lieux sans que les adjoints du shérif ne se préoccupent de les en empêcher – ils se sont contentés de rassembler les sacs contenant le pactole du tournoi sur la petite place au milieu de la communauté. Drent contemple les flammes sans un mot – il refuse de partir tant que le hameau n’est pas réduit en cendres. Danny, dès lors persuadé de ce que tout cela était un coup monté dès le départ, sait qu’il l’a vu « disposer » du corps inconscient de Shane Aterton, mais le shérif ne lui a pas fait la moindre remarque à ce sujet.

 

[I-2 : Danny : Russell Drent ; Shane Aterton, Gamblin’ Joe Wallace] Danny s’approche cependant de Drent – et ne mâche pas ses mots. Justice est faite ? En brûlant tout un village sans s'embarrasser de trier les coupables, et alors même que l’argent volé a été retrouvé ? Drent reste stoïque – et signale qu’il a vu Danny s’occuper de Shane Aterton : il n’a pas de leçons à lui donner. Le shérif n’a aucune envie de débattre – mais que son adjoint vertueux note ceci : des voleurs, dans tout autre ville, on les aurait pendus ; lui s’est contenté de leur dire d’aller voir ailleurs – ça n’est pas si « disproportionné ». Il y a eu un mort, mais, comme Danny est bien placé pour le savoir, le coupable a été puni : justice a été faite, oui. Danny laisse entendre qu’il a bien compris qu’il s’agissait d’un coup monté – et suspecte que le shérif a agi motivé par son racisme ; il en parlera à Wallace ! Mais Drent s’en moque : « Faites. » Danny rejoint ses amis, et retourne en ville avec eux.

 

[I-3 : Beatrice, Warren, Nicholas, Danny : Russell Drent] Beatrice, qui a accueilli Warren et Nicholas, discute avec eux de ce qui s’est passé. Tous sont également convaincus qu’il s’agissait d’un coup monté, que l’argent n’avait jamais disparu… et que Drent est pourri jusqu’à l’os ; Warren, un peu naïf, ne comprend pas forcément tout le tableau, mais ses camarades l’éclairent à ce propos. Ils rentrent à Crimson Bay avec Danny.

 

II : RÉVÉLATION TARDIVE

 

[II-1 : Rafaela : Gamblin’ Joe Wallace ; Russell Drent, Mike Paltron] Mais Rafaela était restée en ville – elle ne sait pas ce qui s’est passé exactement à la communauté des anciens esclaves, mais qu’importe, elle voulait déjà parler de tout cela avec Gamblin’ Joe Wallace. Le maire de Crimson Bay se trouve toujours au Gold Digger, qui reprend peu à peu une activité normale – Wallace a toutefois déserté la grande salle pour s’installer dans son bureau à l’étage. Rafie toque à la porte – à plusieurs reprises avant que le maire ne réagisse, il est visiblement saoul et au bout du rouleau ; son bureau est jonché de bouteilles vides. Rafie explique qu’elle a rendu son étoile à Drent, et pourquoi ; mais elle ajoute sans l'ombre d'une hésitation qu’elle s’est aussitôt rendue à la communauté des anciens esclaves pour les prévenir de l’arrivée imminente du shérif (elle ne mentionne pas ses camarades qui l’avaient accompagnée)… La parole du seul « témoin », Mike Paltron, n’était pas fiable – et le shérif et ses adjoints étant plutôt nerveux, elle a fait en sorte que les femmes et les enfants, au moins, ne soient pas sur place quand ils parviendraient à la communauté des anciens esclaves. Le racisme de Drent est pour elle une certitude – et elle confie à Wallace que, ce que le shérif a fait pour les anciens esclaves, il pourrait le faire également pour Chinatown, ce qui concernerait bien plus immédiatement Crimson Bay et les intérêts de Wallace dans la région.

 

[II-2 : Rafaela : Gamblin’ Joe Wallace ; Russell Drent] Le maire dodeline de la tête… Rafie a bien fait ; c’est une décision qu’il aurait peut-être dû prendre lui-même… Mais elle comprend qu’il était pieds et poings liés par le shérif ; simplement, elle insiste sur le fait que la violence n’est pas toujours la solution ! Mais Wallace est ivre, et sombre. Pour lui, cette affaire a fait office de révélation : pendant des années, il avait cru que Crimson Bay était sa ville ; maintenant, il a compris que c’était celle de Russell Drent. Tout ce temps. Rafie l’incite à reprendre les choses en mains, mais le maire n’y croit visiblement plus. Il ouvre une nouvelle bouteille de whisky – Rafie lui dit qu’il ne trouvera pas la solution dans la boisson, mais il n’en tient pas compte, et boit au goulot.

 

III : BLANCHIR

 

[III-1 : Danny, Beatrice, Warren, Nicholas : Mr Fong, Mr Shou] Danny, Beatrice, Warren et Nicholas, de retour, passent par Chinatown. Danny, aiguillé par Warren, souhaite parler à Mr Fong, le patron de la blanchisserie, et semble-t-il de Chinatown de manière générale (Danny songeait d’abord à Mr Shou, le patron du White Tiger – mais ce sinistre individu répugne à tous). Le savant fou guide les autres vers la blanchisserie ; il y était déjà venu, le garde le reconnaît, et, après un bref temps d’hésitation, il les laisse entrer dans l’usine à proprement parler – le bureau de Mr Fong est à la mezzanine, ce qui permet de surveiller toute l’usine.

 

[III-2 : Danny : Mr Fong ; Russell Drent] Mr Fong est bien dans son bureau. Il accueille les PJ, un peu perplexe – ils l’interrompent dans son travail, mais il n’a rien à refuser aux adjoints du shérif Russell Drent. Mais justement ! Danny lui résume la situation – et lâche sans plus de précautions qu’ils sont convaincus que tout cela était un coup monté, et ce dès la découverte du cadavre derrière le White Tiger, ce qui implique directement Chinatown : il s’agissait de tout mettre sur le dos des Chinois – Drent est foncièrement raciste, il s’en prendra à Mr Fong et aux siens dès que possible ! Fong relève que Danny lui dénonce ses collègues et supérieurs – le shérif n’appréciera pas… Mais, surtout, le patron de la blanchisserie assure Danny qu’il se trompe : Chinatown n’a rien à craindre de Russell Drent. Il n’en dit pas plus… Mais Fong avance à demi-mots qu’il croit deviner que Danny, à l’entendre, envisage de remplacer l’actuel shérif ? Un peu gêné, le bagarreur dit que ça n’est pas (pour l’heure ?) dans ses intentions, mais qu’il compte bien déloger Drent au plus tôt, oui. En homme d’affaires, Mr Fong ne peut pas se permettre de critiquer l’ambition – mais il recommande à l’adjoint zélé de se montrer plus prudent à l’avenir ; il le remercie de ses confidences – mais elles pourraient lui attirer des ennuis, ailleurs dans Crimson BayFong n’est pas un joueur, par ailleurs : s’il doit parier sur un cheval, à terme, ce sera sur celui dont il sait qu’il l’emportera…

 

[III-3 : Warren, Danny : Mr Fong ; Mr Shou] Mais Warren intervient, naïvement, devant Fong : il y avait cette affaire avec Mr Shou… Doivent-ils encore enquêter, alors ? Le patron du White Tiger semblait croire que quelqu’un voulait le piéger… Mr Fong a un vague sourire : « Vous devriez décidément vous montrer plus prudents… » Mais il prend bonne note de tout ça, et remercie l’adjoint Danny. Ils sortent.

 

[III-4 : Beatrice : Russell Drent] Dehors, Beatrice est sur le point d’exploser : personne ne va donc faire quoi que ce soit dans cette ville ? Elle ne s’y éternisera pas, si Drent reste en place et continue ses magouilles ! Ses amis l’incitent au calme – d’habitude, par la force des choses, la huckster dissimule bien mieux ses émotions… Par chance, les adjoints ne patrouillent pas dans Chinatown, mais le Chinois massif à la chemise rouge sang est toujours là à les observer, à distance…

 

IV : NOUVELLE RÉVÉLATION TARDIVE

 

[IV-1 : Rafaela, Danny, Beatrice : Gamblin’ Joe Wallace ; Russell Drent] Les PJ se retrouvent au Gold Digger, où ils font le point sur la situation. Le constat est navrant, et Rafie confirme que Wallace, bourré, déprimé, ne fera absolument rien. Danny entend bien lui secouer les puces : il monte à l’étage, frappe au bureau du maire, et entre sans attendre de réponse. Wallace est dans un état encore pire : « Trinquons ! Trinquons au succès du grand tournoi de poker de Crimson Bay ! » Danny lui suggère plutôt de trinquer « à la reprise de cette ville ». Wallace sait bien que « tout le monde est au courant, maintenant »… Peut-être ont-ils toujours su… Danny s’empare de la bouteille du maire. Il ne va pas lui faire de sermon, ça ne sert à rien – mais il lui faut agir ! Il faut déloger Drent de sa position : il a détruit un village entier sur un prétexte ; l’argent n’avait jamais été volé, il l’avait dès le départ en sa possession ! Beatrice, qui avait suivi discrètement Danny, ajoute que le shérif a fait tuer ses propres adjoints, pour accomplir son plan… Danny confirme : Drent a volé l’argent de Wallace, c’est lui qui a anéanti le tournoi de poker. La huckster prend le relais : peut-être le maire a-t-il toujours été un homme de paille, ce qu’il ne cesse de répéter, mais ça n’est pas important – ce qui compte, c’est ce qu’il va faire maintenant. « Boire une autre bouteille ? Tirer des plans sur la comète : les transports maritimes et ferroviaires… Oh, et l’usine : il faut prier pour que la guerre reprenne ! Mais ça ne serait pas très chrétien… » Danny s'énerve : non ! Il faut prendre les armes, et virer Drent et ses hommes – mais ils se comptent par dizaines, note Wallace… « On peut pas demander aux braves gens de cette ville de faire la révolution simplement parce que le shérif se montre un petit peu méchant... En fait, ils aiment que ça se passe comme ça – Drent assure la sécurité dans la ville, c’est tout ce qu’ils veulent. Ils en ont peur, mais c’est une peur qu’ils acceptent, qu’ils apprécient, même. »

 

[IV-2 : Beatrice, Danny : Gamblin’ Joe Wallace ; Russell Drent, Kang, Cordell] Le maire paye le salaire du shérif – mais ce dernier n’en a visiblement pas besoin, et il va lui rendre l’argent du tournoi, retrouvé « quelques heures après le départ des joueurs, c’est fâcheux »… Car Drent a sans doute trouvé quelqu’un d’autre pour le financer ; on peut lui reprocher beaucoup de choses, mais c’est clairement quelqu’un d’intelligent ; il ne se serait pas lancé dans un truc pareil sans avoir des appuis – et pas seulement une milice à ses ordres, mais quelque chose au-dessus de lui. Beatrice lui demande s’il a quelqu’un en tête. Possible… Danny le presse d’en dire plus. Le maire s'explique un peu : la clef, c’est la communauté des anciens esclaves. Drent, raciste ? Wallace ne le pense pas : c’est un homme pragmatique. Il se trouve que c’était des Noirs, là-bas… Oui, ça a sans doute facilité les choses, mais des Blancs ou des Chinois, ça n’aurait pas forcément posé beaucoup plus de problèmes, croit-il. Quand on regarde une carte de la région, finalement, ça n’est pas bien mystérieux… On veut étendre le réseau de chemin de fer ? Il faut un endroit approprié pour ça – la Iron Dragon de Kang ne peut pas se satisfaire du semblant d’axe qui passe par Crimson Bay, ultime reliquat d’une petite compagnie bientôt asphyxiée par les barons du rail. La clef des négociations, c’était ce terrain. Wallace est un homme d’affaires, mais réglo – et il savait que Cordell était le propriétaire légitime de ces terres ; Drent le savait aussi, Wallace le lui avait confié… Peut-être le shérif l’a-t-il trouvé trop « mou », et a-t-il décidé d’agir de manière plus radicale « pour le salut de Crimson Bay : imaginez tout l’argent de la Iron Dragon qui affluerait dans les caisses de la ville ! » Eh oui : Danny et ses amis n’ont pas seulement affaire à un shérif un peu rude et à sa milice d’une vingtaine d’hommes au moins ; derrière, il y a un baron du rail… Ils veulent toujours faire leur petite révolution ? « Plus que jamais », l’assure aussitôt Beatrice – qui est obsédée par les barons du rail et les « puces » qu’ils mettent dans la tête des gens… Il ne veut rien faire ? Il méritera ce qui lui arrivera. Les PJ sortent – Danny s’est emparé d’une bouteille de Wallace, qui ne réagit pas, il en a d’autres…

V : PRENDRE LE POULS DE LA VILLE

 

[V-1 : Warren, Danny, Beatrice, Nicholas, Rafaela : Richard Lightgow, Jon Brims, Josh Newcombe, Russell Drent, Gamblin’ Joe Wallace, Jeff Liston, Denis O’Hara] Dehors, Crimson Bay a repris des couleurs. Il fait un temps magnifique, le soleil est éclatant – la pluie de ces derniers jours n’est plus qu’un mauvais souvenir. Les gens sourient, l’air un peu béat... Les soucis de tout un chacun semblent s’être envolés. Tout va bien… Warren décide d'organiser un repas dans la soirée, au Washington, avec le médecin Richard Lightgow, son ami l’entrepreneur de pompes funèbres Jon Brims, et peut-être également le journaliste Josh Newcombe, du Crimson Post – il est curieux de ce qu’ils pensent tous de Drent, mais aussi de Wallace (dont le tableau de l’économie de la ville ne l’a pas laissé indifférent : le maire a sans doute raison, Crimson Bay disparaîtra sans le soutien de la Iron Dragon). Danny et Beatrice, eux, ont bien besoin de boire quelque chose, et prennent la direction du Red Bear – l’avis de Jeff Liston les intéresse également. Quant aux dévots Nicholas et Rafie, ils se rendent à l’église du père Denis O’Hara.

 

[V-2 : Warren : Richard Lightgow, Josh Newcombe ; Jon Brims] Warren va donc à la clinique du Dr Lightgow pour l’inviter ainsi que Jon Brims au repas du soir, et mentionne qu’il va proposer également à Josh Newcombe de se joindre à eux ; mais, à peine a-t-il eu le temps de le dire... que le journaliste entre dans le cabinet, vêtu d’un grand manteau, et affichant un regard inquiet de conspirateur ! Il chuchote à l’oreille de Warren : « Psst ! J’ai votre édition spéciale ! Je vous avais dit que je vous la livrerais en personne ! » Il tend un exemplaire de son journal au savant fou… sauf qu’il ne s’agit pas d’un imprimé – sans doute le journaliste n’avait-il toujours pas accès à sa machine, car « l’édition spéciale » en question est un exemplaire bien mince et entièrement manuscrit, au crayon ! Newcombe s’en va aussitôt, sans un mot de plus – Warren a à peine le temps de l’interpeller (« Soyez discret, bon sang ! Je représente la presse libre qui lutte contre l’oppression ! Si l’on sait que je suis ici, cela pourrait très mal tourner… ») : le savant fou l’invite au repas du soir – et garantit que sa protection sera assurée. Le journaliste acquiesce rapidement et s’éclipse. Warren retourne au Washington, et y lit son « édition spéciale »…

 

La Sainte Résurrection des Morts parodiée par d’Impies Charlatans !

 

Un billet d’humeur signé Josh Newcombe

 

Christ mort et ressuscité nous en a fait la Sainte Promesse : nous vivrons pour l’Éternité quand viendra le Jugement. D’ici là, cependant, nous ne pouvons que constater qu’il se trouve en notre sein de bien impudents et sinistres personnages, qui prétendent exercer des Miracles en lieu et place du Saint Fils de Dieu.

 

Leurs Voies sont multiples, si toutes mensongères : d’aucuns prétendent que leur Science Impie saura perpétuer les corps au-delà du terme fixé à notre vie, de toute éternité, par Dieu le Père. Même en admettant que ces féroces et cruels émules de l’Odieux Docteur Frankenstein pourraient bel et bien accomplir leurs Sombres Promesses, le fait demeure : ils entendent préserver les corps, mais qu’en est-il de l’Âme ? Ils ne sauraient la réduire en équations, et n’en tiennent donc même pas compte ! Quelle promesse est-ce là, sinon une preuve supplémentaire des ravages que l’Odieux Matérialisme suscite chez les Mécréants, au péril même de ce qui en fait des hommes ?

 

Mais ces méprisables personnages qui s’honorent du titre de Savants, lequel ne devrait jamais être autre chose qu’un Stigmate d’Infamie, ne sont pas seuls à proférer pareilles sottises. On dit qu’il est chez les Nègres des Îles de Sataniques Hommes-Médecines qui dérobent au Seigneur les corps fraîchement enterrés pour s’en faire des Légions de serviteurs. Certains, dit-on, auraient même le secret d’une poudre qui, projetée à la face d’un de nos semblables, le plongerait tout aussitôt dans un sordide comas, sans plus jamais d’espoir d’en sortir ! Quoi de plus tragique que le destin de ces « Zompés » privés de la Gloire de la Résurrection pour n’en exhiber que la plus grotesque et scandaleuse des Caricatures ?

 

L’Union doit agir ! La Résurrection des Morts n’appartient qu’à Christ Notre Sauveur ! Ceux qui la moquent sont les pires des Hérétiques, et la plus grave des menaces qui pèsent sur notre Communauté de Fidèles…

 

Josh Newcombe

 

[V-3 : Warren : Nicholas, Rafaela ; Josh Newcombe] Warren n’en revient pas de tant de bigoterie – qui plus est anti-scientifique ! Il n’y avait pas pris garde – mais, en y réfléchissant, Josh Newcombe avait bien, en quelques occasions, exprimé des idées religieuses, par exemple quand il s’en était pris au « faux prêtre » Nicholas… Le savant fou regrette maintenant de l’avoir invité ! Il avait fait en sorte que Nicholas ne les rejoigne pas, au vu de son différend avec le journaliste, mais, tout compte fait… Il réalise cependant que Nicholas lui-même... est parti à l’église ! Ce qui ne fait pas vraiment son affaire… Des grenouilles de bénitier partout ! Ce qu’il accepte chez Rafie, avec sans doute une certaine part de sentiment de culpabilité, il le tolère bien moins chez les autres… Il prend toutefois sur lui, et rejoint ses amis croyants ; il explique à Nicholas que, tout compte fait, eh bien… Cessant de bafouiller, il leur laisse son « édition spéciale », et retourne sans plus attendre au Washington. Là-bas, il décide de griffonner un message : « Lieu compromis. Attendre instructions. Rentrez chez vous. » Il le confie à un gamin, avec une pièce, pour qu’il le livre à Josh Newcombe

 

[V-4 : Nicholas, Rafaela : Denis O’Hara ; Russell Drent, Josh Newcombe] En attendant, à l’église justement, tandis que Rafaela prie, Nicholas échange quelques mots avec le père O’Hara, toujours aussi rougeaud, et qui le taquine sur son statut ambigu de « prêtre ». Nicholas cherche à connaître son sentiment concernant Drent, mais les circonvolutions de son discours ne laissent guère de doute : il ne dira rien et ne fera rien contre le shérif. La richesse de Crimson Bay l’intéresse bien plus que sa liberté (qui est « plutôt un truc de catholiques »)… La discussion s’envenime progressivement, même si elle procède par citations bibliques parfois très approximatives – Nicholas accuse le père O’Hara de « fuir ». Mais non : il est très content de sa place, de sa résidence, de ses ouailles... Quand Nicholas pose sa main sur l’épaule du père O’Hara, ce dernier se crispe et affiche un regard noir : « Veuillez ôter cette main, "mon père"… » Nicholas s’exécute – mais il ne laisse pas là le pasteur ; obtenant de discuter dans un cadre davantage privé, il présente le shérif Drent comme étant un véritable démon, parlant de l’œil de Caïn, etc. Ce que le père O’Hara trouve bien mélodramatique. Mais quand Nicholas pose à nouveau sa main sur son épaule, il la dégage d’un geste brusque, et saisit son interlocuteur par le bras – et il a de la poigne… D’un ton sec et menaçant, avec le regard sombre et dur associé, il exige que Nicholas s’en aille, sous-entendant qu’il ne veut plus le revoir dans son église… Rafaela n’a pas suivi tous les échanges, mais suffisamment pour se faire une opinion du pasteur de Crimson Bay. Nicholas et elle s’en vont – le premier annonçant que « l’œil de Caïn se met en route »… Quant à Newcombe, après avoir lu le « journal », ils sont partagés ; pour Nicholas, il n’a aucune importance – mais Rafie a noté qu’il avait raison pour la pieuvre, peut-être y a-t-il bien quelque chose… Elle n’a certes pas oublié les avertissements de la Vierge de Guadalupe ! Pour cette raison, l’article portant sur les morts ressuscités ne la fait pas rire, loin de là…

 

[V-5 : Beatrice, Danny : Jeff Liston ; Russell Drent, Shane Aterton] Pendant ce temps, au Red Bear, Beatrice discute avec Jeff Liston tandis que Danny furieux se contente de boire. Que faut-il penser de Drent ? L’ex-trappeur n’en est pas bien sûr : Shane Aterton (dont il ne sait pas qu’il est mort) est un connard, ça, oui ; Drent… C’est l’employeur du connard – ce qui ne joue pas en sa faveur. Au-delà… Il fait peur à pas mal de gens, oui. Beatrice informe Liston que, concernant Shane Aterton, il faut désormais en parler au passé. « Il a eu chaud », ajoute laconiquement Danny, plongé dans sa mauvaise bière... Beatrice explique au tenancier du Red Bear ce qui s’est passé à la communauté des anciens esclaves. Ils sont remontés contre le shérif… Liston s’assied à leur table, avec une bouteille d’un affreux whisky ; ils ont son oreille. Comme le dit Beatrice elle-même, il ne veut pas foutre le bordel en ville si ça doit nuire aux habitants ; il ne va pas les suivre dans une tentative précoce de « coup d’État » qui ferait plus de mal que de bien… Mais il se tiendra au courant.

 

[V-6 : Warren, Nicholas : Richard Lightgow, Jon Brims ; Josh Newcombe, Russell Drent, Gamblin’ Joe Wallace, Edgard Tomlick, Mortimer Stelias, Cordell, Mr Fong, Mr Shou] Le soir, Warren reçoit ses invités Richard Lightgow et Jon Brims au Washington (dont Nicholas a étudié les sorties, etc. – il pourrait y avoir du grabuge qui rendrait ce savoir utile, très prochainement...) ; le savant fou regrette qu’il n’y ait pas de poulpe au dîner… En attendant qu'on les serve, les invités expliquent qu’ils ont vu le Gold Digger bondé – tous les hommes du shérif y fêtent ce qui s’est passé à la communauté des anciens esclaves… Quant à Newcombe, Warren a reçu ce message sibyllin : « Ne peux assister à kermesse. Tendinite. » Ils en discutent : finalement, le savant fou est bien obligé de reconnaître que Lightgow avait raison concernant le journaliste… La discussion (à table dans une salle privée) tourne bientôt et assez ouvertement autour de Russell Drent, et de ce que les compagnons en pensent. Lightgow ne fait guère qu’exprimer le sentiment général à Crimson Bay : il fait peur aux habitants, mais la ville est sûre… Bien sûr, on pourrait tenir un débat philosophique sur la liberté contre la sécurité… Et Brims ? Le croque-mort, essentiellement mutique, réfléchit un bon moment… puis répond – et tient un discours incroyablement long pour qui le connaît si taiseux habituellement ! En fait, au point où son ami le Dr Lightgow lui-même est stupéfait… Le croque-mort ne fait pas confiance à Drent ; le coup monté contre la communauté ne le surprend pas, hélas… Oui, l’économie de la ville dépend sans doute du ralliement au réseau de la Iron Dragon ; sinon, à moins qu’on ne trouve un filon de roche fantôme dans les collines… Mais la communauté ? Pour tous les habitants de Crimson Bay, les anciens esclaves s’étaient établis illégalement là-bas – mais c’est faux : Brims fait partie des rares personnes à le savoir, avec Wallace et Drent, peut-être quelques rares autres, comme, probablement, le banquier Edgard Tomlick… Avant l’arrivée de Wallace, il y avait un autre grand propriétaire dans le coin – un type du nom de Mortimer Stelias. Riche comme Crésus, mais progressiste – abolitionniste, quoi, et depuis un bail. C’est lui qui avait fait venir à Crimson Bay les anciens esclaves, pour certains exfiltrés par le Underground Railroad ; il leur donnait du travail, mais salarié, dans des conditions qui n’avaient rien à voir avec celles qu’ils connaissaient dans le Sud – ou dans les îles, d’ailleurs. Cordell était son jardinier, par exemple. Et quand il a senti la mort approcher, il a vendu le terrain audit Cordell, pour un dollar symbolique – à charge pour lui d’accueillir les autres anciens esclaves, qu’ils aient un endroit où vivre en paix, libres et sereins... Du coup, les anciens esclaves, via Cordell, étaient (et sont toujours) légalement les propriétaires de la communauté et des terres environnantes. Wallace est bien l’homme « réglo » qu’il prétend être : en sous-main, discrètement, il n’a cessé de proposer à Cordell de racheter ces terres – et pour une belle somme ; mais l’ex-jardinier a toujours refusé, ç’aurait été une marque de mépris pour son ex-employeur et bienfaiteur… Drent n’a de toute évidence pas les scrupules de Wallace ; si les occupants du terrain avaient été des Blancs, il aurait peut-être été davantage embarrassé – mais avec des Noirs… En fait, le shérif lui-même, à cet égard, n’a pas spécialement besoin d’être raciste, il suffit bien que les habitants de Crimson Bay le soient, de manière plus ou moins avouée. Mais Chinatown ? Non, ce n’est pas la même chose : c’est une ville dans la ville, mais pas aussi isolée que ses maîtres le prétendent ; ils sont liés aux triades de Shan Fan, et peut-être même à d’autre au-delà du Pacifique ; c’est ce qui explique leur lien avec Wallace – les triades fournissent la poudre pour son usine de munitions. Maintenant, ils ne forment pas nécessairement un bloc uni – les triades rivalisent entre elles, et pas à fleurets mouchetés... À Chinatown, d’ailleurs, le vrai pouvoir n’est pas celui que l’on montre : Fong ? Ou même Shou ? Des façades… Le vrai pouvoir est dans l’ombre – et bien plus redoutable. Quoi qu’il en soit, ils n’ont probablement pas grand-chose à craindre de la part de Drent – qui en est lui-même parfaitement conscient. Sous les yeux du Dr Lightgow, qui n’en revient toujours pas de ce que son vieil ami se soit montré aussi loquace, Warren remercie chaleureusement Jon Brims pour toutes ces précieuses informations ; le croque-mort explique qu’il a pris soin, avant de parler, d’étudier leur petit groupe tout récemment arrivé en ville : des électrons libres, sans attache, et qui semblent parfois faire preuve de sens moral, « même à géométrie variable ». Leur liberté... Eh bien, il y a un revers à cette médaille : ils ne connaissent pas la ville. Et ils ont besoin de ce genre d’informations pour agir utilement – c’est pourquoi le croque-mort s’est montré aussi disert. A-t-il des conseils à leur donner ? Non – il s’est retiré comme entrepreneur de pompes funèbres ici pour ne plus avoir à prendre ce genre de décisions ; maintenant, s’il trouve quelqu’un qui en vaut la peine, il fournit des informations – et ça s’arrête là. La suite du repas est plus détendue – Warren et Lightgow échangent sur leurs prothèses, qu’ils vont bientôt pouvoir tester. Le savant fou enthousiaste se voit déjà produire tout cela en série, au lieu des munitions, dans l’usine de Wallace ! Le docteur est plus sceptique : « Il y a sans doute un lien entre les deux, mais les munitions se vendent quand même beaucoup mieux que les prothèses… » Mais il n’est pas un homme d’affaires. Warren compte bien en parler à Wallace, quand le maire se sera un peu repris… Avant son départ, Warren suggère enfin à Brims, s’il lui est difficile de parler, de coucher ce qu’il sait sur le papier – et il pourrait bien avoir convaincu le croque-mort de le faire !

VI : APRÈS LE BEAU TEMPS, LA PLUIE

 

[VI-1 : Rafaela, Beatrice : Josh Newcombe ; Samantha Goggins] Le lendemain matin, le temps est encore plus beau que la veille – il fait très bon, l’été connaît comme un dernier sursaut alors que l’automne approche. Rafaela, accompagnée par Beatrice, rend visite à Josh Newcombe, qui travaille cette fois à composer l’édition « normale » du Crimson Post. L’élue souhaite lui parler de son article sur les morts-vivants… « Chut ! Pas si fort ! » C’était une édition très spéciale… Normalement, il aurait d’abord dû faire d'abord son édition spéciale météorologique, mais : impossible ! Alors il s’était contenté de ce billet d’humeur, bien malgré lui… Les morts-vivants sont sans doute un sujet un peu moins exaltant que le climat, mais, que voulez-vous… Beatrice lui demande ce dont il comptait parler, dans cette édition impossible à réaliser – la météorologie, vraiment ? « Oui ! La tempête qui s’annonce… » Mais il fait un temps magnifique ! « Ne vous y trompez pas : les nuages viendront de l’océan d’ici quelques heures à peine, et il va y avoir des pluies diluviennes. Vous voyez, la grande rue, devant le Gold Digger ? Dix dollars que la crevasse à cet endroit fera dans les… mmmh, 80 cm de large, d’ici à… allez, six ou sept heures au plus. » Mais comment peut-il se montrer aussi précis ? « Un journaliste ne révèle pas ses sources ! » Il n’invente donc rien ? Bien sûr que non, pour qui le prennent-ils ! Certes, sa plume est portée sur l’emphase, mais cela fait partie des règles de l’art, comme il voit les choses. Les informations n’en sont pas moins exactes ! D’ailleurs, ils feraient bien de se munir d’imperméables et de bottes bien épaisses… À la boutique de Samantha Goggins, par exemple (« une très bonne informatrice »). Et sur quoi porte son édition du jour ? Il ne révélera rien ! Les cousins cannibales, peut-être ? « Non, c’est déjà du passé… Et une menace mineure, avouons-le. Même s’il y avait moyen de faire une série sur le cannibalisme, oui, c’est un sujet pittoresque dans cette région. » Rafaela comme Beatrice ne voient absolument pas où il veut en venir… « Les wendigos, bien sûr ! C’est du folklore peau-rouge, mais pas des bêtises pour une fois, il y a des témoignages très solides – des vrais témoignages, de Blancs… Ils disent que les hommes qui succombent au cannibalisme, particulièrement dans les très rigoureux hivers qui frappent immanquablement l’Oregon, se changent en ces grandes créatures hirsutes et proprement démoniaques… » Il n’en dira pas plus : il protège ses sources ! Et il a du travail, la liberté de la presse n’attend pas.

 

[La joueuse incarnant Rafaela a dû s’absenter après cette scène.]

 

[VI-2 : Danny, Beatrice : Russell Drent, Glenn Cabott ; Shane Aterton, Jeff Liston] Danny et Beatrice sont toujours officiellement des adjoints du shérif Russell Drent… On ne les a pas mandés, et ils se disputent d’ailleurs concernant ce qu’il faut faire – Beatrice veut agir tout de suite, Danny préfère laisser passer deux, trois jours… dans l’espoir notamment que les adjoints surnuméraires engagés pour le tournoi arrivent au terme de leur contrat. Mais ils veulent savoir ce que Drent mijote, ou compte faire d’eux, et se rendent à son bureau. Quand ils pénètrent à l’intérieur, ils sont aussitôt frappés par le large sourire qu’affiche le shérif, dont ils n’avaient connu jusqu’alors qu’un visage bien plus fermé… Glenn Cabott a semble-t-il récupéré les attributions de Shane Aterton, par ailleurs. Drent se montre très sarcastique pour les « justiciers », qui n’ont pas fait la fête avec eux au Gold Digger… « Vous préférez boire chez Liston, à ce que l’on m’a dit ; pas un établissement de grand standing… » Quoi qu’il en soit, ils doivent toujours régler l’affaire du meurtre de Chinatown : « On ne peut pas laisser un crime impuni… » Danny répond sèchement qu’ils y veilleront...

 

[VI-3 : Warren, Nicholas : Gamblin’ Joe Wallace, Slim Jim Carrighan] Un peu plus tard, Warren souhaite parler à Gamblin’ Joe Wallace – il est accompagné de Nicholas. Au Gold Digger, Slim Jim Carrighan les informe que le maire s’est retiré chez lui – la grande maison très luxueuse un peu plus à l’est, qui fait plus ou moins office de mairie du seul fait que tout le monde sait que Wallace est le maire… Tandis que le domestique chinois les fait patienter dehors, le temps d’informer son employeur de leur visite, ils constatent que de gros nuages noirs sont apparus au large – une immense muraille qui tend à se rapprocher de la ville, et bien trop vite… Wallace est fatigué, mais a un peu décuvé ; il se morfond devant son petit-déjeuner, qu’il n’a pas touché, depuis des heures probablement… Warren lui parle de son projet concernant les prothèses – de quoi permettre un regain de moral ! Le maire dit qu’il en prend bonne note, mais il faudra sans doute le lui rappeler, il risque d’oublier tout ça et de ne rien faire du tout…

 

[VI-4 : Nicholas : Mr Fong] Mais quand les PJ sortent, ils constatent que la tempête a progressé bien plus vite qu’ils ne le pensaient : la luminosité a drastiquement changé, c’est presque comme s’il faisait nuit – il ne pleut pas, mais le tonnerre gronde, tout proche, et très menaçant… L'orage ne va plus tarder à s'abattre sur la ville ; un très gros orage... Nicholas comprend vite que Crimson Bay pourrait faire les frais de coulées de boue se ruant depuis les collines alentour, notamment… Par ailleurs, il faut prendre en compte le risque d’incendie : toute la ville est en bois, à l’exception de quelques rares bâtiments plus massifs – il pense aussitôt à la blanchisserie de Mr Fong. Les PJ se retrouvent tous au Washington. Nicholas est catégorique : il faut partir ! Les autres sont sceptiques, même s’ils ont bien perçu le changement de luminosité… Et le tonnerre gronde, tandis que la cloche de l’église se met à sonner… Ils sortent, et prennent la direction de la blanchisserie. Mais les éclairs frappent maintenant la ville ! En plusieurs endroits, des incendies se déclarent…

 

[VI-5 : Danny, Beatrice, Rafaela, Nicholas, Warren : Mrs Duvall] La foule se met à hurler, prise de panique – et la rumeur circule bientôt : l’école est touchée, le feu a pris ! Il y a les gamins qui sont coincés à l’intérieur, avec leur institutrice, Mrs Duvall ! Les PJ étaient prêts à suivre Nicholas à la blanchisserie, mais c’est maintenant hors de question : Danny, Beatrice et Rafie se dirigent comme un seul homme dans la direction de l’école, à côté de l’église, dont la cloche ne cesse de sonner… Le faux prêtre et Warren sont un peu moins déterminés, mais suivent tout de même. L’école est bien en flammes – ne laissant aucune issue aux enfants et à leur institutrice, prisonniers du bâtiment. Warren use de son bras mécanique Roselyne pour déblayer le passage, et fait des miracles – il a peut-être ouvert un couloir ! Mais les occupants sont coincés plus loin, sous la menace du feu et de la fumée. Danny se colle un mouchoir sur le nez et se jette à l’intérieur de l’école – tandis que Nicholas, après avoir cherché en vain un accès alternatif, humidifie ses vêtements dans un abreuvoir à proximité pour suivre Danny. Beatrice également pénètre à l’intérieur, usant de son Pouvoir de Déflexion sur elle-même pour se protéger des flammes et des débris qui s’effondrent sans cesse à l’intérieur – Danny a en fait évité de justesse une poutre tandis qu’il essayait de se repérer dans la fumée. Le bagarreur et la huckster parviennent cependant à localiser les enfants – avec leur institutrice qui s’est jetée à terre pour prier en sanglotant ; Beatrice la saisit par le col pour l’entraîner, mais il y a une vingtaine d’enfants, certains n’ont pas six ans, et ils sont terrifiés, en larmes… Danny en soulève sous ses bras, et invite quelques autres à monter sur son dos – sa force et sa vigueur le lui permettent. Warren parvient à garder le passage libre à l’aide de son bras mécanique, et Nicholas rejoint les autres à l’intérieur pour évacuer les enfants. Cela demande un peu de temps, mais ils ont su se coordonner pour évacuer tout le monde, sous les yeux ébahis des habitants qui acclament les héros.

 

[VI-6 : Nicholas, Beatrice : Rafaela, Mr Fong] D’autres incendies se sont déclarés en ville… mais ce n’est plus la principale menace : la pluie se met enfin à tomber, diluvienne ! L’intuition de Nicholas se confirme : les coulées de boue menacent, et les rues éventrées deviendront très vite impraticables… Ils guident les enfants et les habitants qu’ils croisent vers la blanchisserie, l’endroit le plus sûr de la ville – s’il s’en est trouvé pour préférer se réfugier dans l’église, sous l’œil de Dieu… Un très mauvais choix ! Mais les PJ parviennent à en convaincre un certain nombre de les suivre – et leur sauvent ainsi la vie ? Beatrice et Rafie usent de leurs Pouvoirs en chemin pour protéger tout le monde ; parvenir à la blanchisserie est épuisant… Mais c’est bien la meilleure solution – et Mr Fong comme ses employés ne font pas de difficultés pour accueillir les réfugiés.

 

[VI-7 : Nicholas, Warren, Beatrice, Danny : Gamblin’ Joe Wallace, Rafaela] Cependant, à proximité de la blanchisserie, Nicholas a repéré trois hommes qui descendaient tant bien que mal de la colline immédiatement au nord ; il les entend réclamer de l’aide – il faut prévenir Mr Wallace ! Le problème concerne les puits aménagés sur la colline, et qui alimentent Crimson Bay en eau potable – la tempête va détruire les installations, les auvents et poulies tout particulièrement, ce qui risque de poser des problèmes d’approvisionnement, voire d’entraîner une contamination de l’eau par les coulées de boue, ou pire ! Il faut consolider les installations, de toute urgence ! Les PJ n’hésitent pas un seul instant, et aident les trois employés à charger une charrette avec le matériel nécessaire pour des réparations d’urgence. Problème : le sentier sur la colline est déjà dans un tel état qu’il est inenvisageable d’y faire passer des chevaux ; d’une manière ou d’une autre, il faudra que les hommes eux-mêmes déplacent la charrette et son précieux chargement, ce sur plus de 300 m, sous la pluie battante, et en faisant l’ascension d’une colline rendue traîtresse par les coulées de boue ! Tous s’y mettent : Roselyne s’avère à nouveau d’une aide précieuse, tandis que Beatrice use de son Pouvoir d’Augmentation de Trait sur Danny, pour accroître sa Force (Rafie fait de même sur d’autres à l’aide de ses Miracles, qu’elle ne peut toutefois pas maintenir – mais elle passe de l’un à l’autre, fonction des circonstances). Tant bien que mal, guidés par Nicholas qui se concentre sur l’identification des meilleurs passages à emprunter, ils parviennent ainsi à progresser, lentement (mais peut-être moins lentement qu’ils ne le redoutaient, ils se débrouillent très bien !), jusqu’aux sources.

 

[VI-8 : Nicholas, Warren, Danny, Beatrice : Rafaela ; Josh Newcombe] Sur place, effectivement, les installations sont sur le point de s’écrouler – il faut s’en occuper illico ! Mais Nicholas, aux aguets, croit aussi distinguer plusieurs silhouettes, impossible d’en dire plus, qui fuient en direction du nord… Des saboteurs ? Warren trouve à employer ses talents d’ingénieur pour guider les réparations d’urgence – et use à nouveau de Roselyne pour décharger le matériel (mais ses réserves s’amenuisent – le bras mécanique, après cela, ne fonctionnera plus tant qu’il ne sera pas réalimenté en roche fantôme, et il faudra sans doute effectuer quelques réparations d’appoint ; c’est que le savant fou l’a utilisé au maximum de ses capacités…). Mais Nicholas est inquiet : ces silhouettes… Il fouille les environs – dans des conditions terribles, mais sa paranoïa lui est d’un précieux secours : il aurait été impossible de repérer pareille chose normalement, pourtant le faux prêtre remarque que, à proximité de chacun des trois puits, il se trouve des amas… de pattes de poulet tranchées ? Qu’il indique à Rafaela ; celle-ci suspecte une magie noire, mais n’en sait pas plus… Ils dispersent les pattes tranchées à tout hasard, en redoutant le pire… Les autres aident aux réparations – la force et l’endurance de Danny lui permettent de transporter le matériel où on en a besoin, tandis que Beatrice s’applique du mieux qu’elle peut à suivre les instructions de Warren, propulsé par la force des choses au rang de contremaître. Les consolidations devraient être efficaces – les puits sont protégés pour l’heure. Mais, sous cette pluie battante, ils ne peuvent pas s’attarder... Une fois à peu près sûrs d’avoir fait tout ce qu’il était possible de faire pour consolider les puits, ils reprennent la direction de Crimson Bay. Le retour est à peine moins difficile que l’aller, même sans s’embarrasser de la charrette… Ils constatent par ailleurs que d’autres incendies sont toujours en cours – même si le déluge devrait en venir à bout sans autre intervention ; par contre, il y a d’autant plus de fumée… et l’orage est tel que les PJ ont l’impression d’être en pleine nuit, alors qu’il est environ midi. Ils regagnent la ville sous le coup d’une panique apocalyptique… Pourtant, leurs conseils de se réfugier dans la blanchisserie, après quelques hésitations, ont été massivement suivis – ils ont à l’évidence sauvé des vies, et beaucoup… Mais il y a eu des pertes, c'est certain, impossibles à chiffrer pour l’heure. La pluie, si elle reste violente, perd toutefois un peu en intensité, dès lors – mais la ville est ravagée, et les rues sont largement impraticables (Josh Newcombe a d’ailleurs remporté son pari…).

 

À suivre…

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (06)

Publié le par Nébal

Illustration tirée du supplément *Stone Cold Dead*

Illustration tirée du supplément *Stone Cold Dead*

Sixième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici. L'enregistrement de la séance est disponible .

 

À ce stade, presque tout provient de la campagne Stone Cold Dead.

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; Rafaela Venegas de la Tore, ou « Rafie », l’élue ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez dans la vidéo ci-dessous l'enregistrement de la séance.

I : PIÈCE À CONVICTION

 

[I-1 : Danny, Beatrice : Russell Drent, Gamblin’ Joe Wallace] Danny a renoncé à faire son rapport au shérif Russell Drent concernant les événements survenus dans le port – le shérif est visiblement en train de se faire passer un sérieux savon par Gamblin’ Joe Wallace, ce n’est vraiment pas le moment… Danny ne s’attarde donc pas – car il a bien mieux à faire : il a récupéré un foulard sur un des trois cadavres retrouvés dans le bureau du shérif, et souhaite le confier à Beatrice ; car il a vu la huckster tirer de précieux enseignements simplement à manipuler tel ou tel indice…

 

[I-2 : Beatrice, Danny] Beatrice fait donc usage de son Pouvoir de Pressentiment sur le foulard. La vision est perturbante – comme souvent : Beatrice se retrouve en effet à voir par les yeux de la victime, alors qu’elle a déjà reçu la balle dans sa gorge et est en train de se vider de son sang ; elle est donc au niveau du sol, et voit essentiellement des pieds nus qui marchent dans une flaque de sang – des pieds blancs, même maculés de boue. La huckster n’est pas en mesure de diriger le regard fixe du mourant – et sa vision s’interrompt seulement quand l’adjoint meurt, emportant en enfer l’ultime image de ces pieds nus. Beatrice rapporte ce qu’elle a vu à Danny.

 

II : GUEULE DE BOIS

 

[II-1 : Nicholas, Danny, Rafaela, Beatrice : Russell Drent] Le lendemain, après une nuit guère réparatrice car lourde de tensions (Nicholas a veillé quelques heures à la fenêtre de sa chambre du Washington, voyant passer de temps à autres quelques adjoints qui patrouillaient), les adjoints Danny et Rafaela supposent qu’il est bien temps de s’entretenir avec Russell Drent de tout ce qui s’est passé la veille, ainsi que de ses instructions ; Beatrice décide de les accompagner. La ville ne va pas bien – d’une certaine manière, c’est palpable… Une sacrée gueule de bois. Mais Crimson Bay est tout de même active – d’autres adjoints s’occupent de conduire les 125 joueurs inscrits au tournoi à la sortie de la ville, ou à la gare, ou au port ; Danny et Rafaela n’ont pas été contactés à cet effet, mais ils se doutent que cela fera partie des tâches que leur confiera Drent.

 

[II-2 : Danny, Rafaela, Beatrice : Russell Drent] Le shérif est dans son bureau – il a visiblement passé une très mauvaise nuit ; ses traits sont marqués par la colère autant que la fatigue. Danny fait son rapport sur l’attaque de la pieuvre géante. Drent en avait eu quelques échos – le rapport est tardif, mais, effectivement, il n’avait vraiment pas envie qu’on le fasse chier avec ça hier au soir, Danny a bien fait d’attendre. Drent constate que Rafie est blessée : si son adjoint a besoin d’un congé, il ne s’y opposera pas, mais, en même temps, il a vraiment besoin de tout le monde en ce moment… Pas de problème ! Le shérif constate aussi la présence de Beatrice – que veut-elle ? Eh bien, s’il a besoin d’une aide supplémentaire, vu ce qu’il en est du tournoi… Il réfléchit – il n’a pas d’étoile à lui confier, il ne va pas en ramasser une sur le cadavre d’un de ses hommes, mais si elle veut aider, il ne va pas l’en empêcher, certainement pas. Silence, puis le shérif, évacuant l’idée du port, ordonne à ses désormais trois adjoints d’aller s’occuper du départ des joueurs à la gare.

 

III : FAKE NEWS

 

[III-1 : Nicholas, Warren : Josh Newcombe ; Danny, Rafaela] Pendant ce temps, Nicholas et Warren vont rendre une petite visite à Josh Newcombe, le rédacteur en chef du Crimson Post. Les bureaux ne payent pas de mine. Le journaliste est assis derrière une table, l’air colérique… et un peu affolé quand il voit Nicholas. Lequel s’étonne de ce que le journal n’ait encore rien dit de ce qui s’est passé la veille ? Le journaliste grogne que le faux prêtre s’y connaît pourtant en entraves à la liberté de la presse ! Un adjoint arrive par la porte de l’imprimerie, et s’installe sur un tabouret, sans un mot, tout sourire, tandis que Newcombe explique que, non, il n’y aura pas d’édition spéciale aujourd’hui – alors qu’il aurait dû y en avoir deux ! Le vol, oui, mais aussi la pieuvre – il avait raison ! Nicholas interrogerait bien le journaliste sur ce qui s’est produit au bureau du shérif, mais, indiquant l’adjoint, Newcombe se contente de répondre qu’on lui interdit d’en parler – avançant seulement que, parfois, la vérité est bien étrange… Nicholas sait qu’il n’en tirera pas davantage – mais, avant de partir, Warren souscrit un abonnement au Crimson Post, ce qui ravit Newcombe, qui offre de lui livrer les éditions spéciales en personne ! Du moins, d’ici trois ou quatre jours, le temps qu’on l’autorise à nouveau à faire son travail… Nicholas et Warren sortent – le scientifique suppose qu’il pourrait être intéressant d’en parler à Danny et Rafaela : peut-être l’un des deux pourrait-il être affecté à la surveillance du journaliste ?

IV : UN TÉMOIGNAGE CLEF

 

[IV-1 : Danny, Rafaela, Beatrice : Kang, Russell Drent, Gamblin’ Joe Wallace] Danny, Rafaela et Beatrice sont à la gare – un petit bâtiment dépendant d’une ligne très secondaire et qui se fera sans doute rapidement absorber par la Iron Dragon de Kang. Seuls deux trains passent chaque jour, un qui vient de Portland et l’autre de Shan Fan. Les voyageurs sont essentiellement des joueurs floués du tournoi de poker, mais il y a quelques autres personnes qui prennent le train pour des raisons qui leur sont propres. Un constat que fait Danny – qui n’en revient pas qu’on les laisse partir sans les fouiller ! Il prend sur lui d’ordonner la fouille des bagages de tous les gens sur le départ ; les autres adjoints sur place concèdent aisément qu’il a sans doute raison, et entreprennent de vérifier les affaires de tout le monde – ce qui n’est pas sans susciter quelques grognements indignés… d’autant que Beatrice, plus habile à convaincre que Danny, a emporté la décision par son bagout ; les joueurs qui ont perdu face à elle n’en sont que davantage agacés, percevant cela comme une humiliation ! Les adjoints s’en moquent, ils ont d’autres préoccupations. La politique de Drent et Wallace visant à évacuer en priorité les éventuels perturbateurs de l’ordre public est-elle vraiment pertinente en pareil cas ? Rafie elle-même dit que, si la décision lui avait appartenu, elle aurait bien au contraire bouclé la ville… Mais les fouilles ne révèlent rien de suspect. Les sarcasmes de Beatrice (« N’hésitez pas à revenir à Crimson Bay ») passent très mal, y compris auprès des autres adjoints… au point où Danny lui donne un coup d’épaule – qu’elle arrête ses conneries…

 

[IV-2 : Rafaela, Danny, Beatrice : Mike Paltron ; Tom Jenkins, Mrs Jenkins] Pendant la fouille, Rafaela est discrètement appelée par un homme qui a l’air nerveux, et se présente comme étant Mike Paltron – celui qui était supposé garder l’atelier de Tom Jenkins la veille, Mrs Jenkins en avait parlé. Ils s’éloignent un peu pour discuter en privé (mais à portée de vue de Danny et Beatrice). Paltron cherche ses mots, il est visiblement très embarrassé… Il explique qu’il ne se passe jamais rien à l’écurie – alors, oui, il a abandonné son poste vers 23 h pour aller boire un verre ou deux au Gold Digger, et assister au tournoi… Mais, en repartant, vers minuit, il dit avoir vu les hommes qui ont attaqué le bureau du shérif : ils étaient trois, avec des cagoules, et des sacs dans les bras. Paltron a entrevu un cadavre dans le bureau, et craint d’être lui aussi sur la liste des bandits, en tant que témoin gênant – il a passé le reste de la nuit à se cacher, sans oser retourner à l’atelier… Paltron insiste sur le fait qu’un des hommes était pieds nus – et il ajoute : « Y a vraiment que des négros pour faire un truc pareil... » Il est formel : les trois hommes étaient des Noirs, on le voyait aux jambes et aux bras.

 

[IV-3 : Rafaela, Danny, Beatrice : Mike Paltron] Rafaela appelle Danny et Beatrice – malgré Paltron, qui souhaiterait que son nom ne soit pas ébruité… Rafie rapporte le témoignage de l’apprenti maréchal-ferrant, que Danny interroge à nouveau pour obtenir davantage de détails : il s’était rendu dans la rue derrière le Gold Digger pour soulager un besoin naturel, les trois hommes sont partis par les ruelles au nord… Rafie insiste sur le fait que le témoin affirme que les coupables étaient des Noirs – Danny et Beatrice, qui savent ce qu’il en est grâce au Pressentiment de la huckster, n’en font pas état de quelque manière que ce soit, même involontairement. Paltron est terrorisé, mais les trois adjoints l’assurent qu’on saura le protéger contre ces brigands encagoulés…

 

[IV-4 : Danny, Nicholas, Warren, Rafaela, Beatrice : Shane Aterton, Mike Paltron ; Russell Drent, Tom Jenkins] Ils le conduisent au bureau du shérif, Danny ayant donné des ordres aux autres adjoints – car il a pu constater avoir acquis une certaine aura auprès des employés subalternes du bureau. Mais Drent est absent, c’est Shane Aterton qui tient l'office – il ne cesse de bâiller ; il lâche que le shérif est au Gold Digger. Danny s’y rend, avec Nicholas et Warren qui les ont rejoints, tandis que Rafie et Beatrice continuent d’interroger Paltron, en dehors de la présence d’Aterton. Il y a des hommes noirs en vile ? Pas en ville même… mais il y a la communauté des anciens esclaves, au nord-est de Crimson Bay, deux à trois kilomètres, par là. Ils viennent de temps en temps pour faire des courses ou vendre des produits de la ferme ; il y a eu quelques incidents, surtout avec les jeunes… D’habitude, ils ne se mélangent pas, heureusement. Pour Paltron, c’est là-bas qu’on trouvera les coupables. Il a rencontré des gens au Gold Digger, qui pourraient corroborer son témoignage ? Oui, sans doute – dont Mr Jenkins, qui, bien loin de le blâmer pour avoir abandonné son poste, lui a offert un verre ; il était saoul… Paltron a peur – cet interrogatoire, bien trop public à son goût, le plonge dans la panique… Rafie constate alors que Shane Aterton s’était approché sans qu’ils y prennent garde : il a sans doute entendu une partie de l’interrogatoire.

 

[IV-5 : Danny : Slim Jim Carrighan, Gamblin’ Joe Wallace, Russell Drent] Pendant ce temps, Danny se rend donc au Gold Digger – peu ou prou vide, et qui n’a pas fermé de la nuit. Slim Jim Carrighan est visiblement épuisé, de même pour Wallace, affalé sur une table au milieu de la pièce, l’air désespéré, et parfaitement saoul après avoir vidé quantité de verres de whisky. Russell Drent, lui, semble avoir récupéré un peu – ou du moins fait-il davantage illusion. Il s’étonne d’abord de ce que Danny ne soit pas à la gare, mais ce dernier explique qu’ils ont un témoin du vol… Drent se lève et les suit à son bureau.

 

[IV-6 : Nicholas, Warren, Rafaela, Danny, Beatrice : Russell Drent, Shane Aterton, Mike Paltron] Russell Drent, Shane Aterton (qui continue de bâiller et s’amuse en même temps visiblement à faire flipper un Mike Paltron aux abois), et les trois PJ adjoints pénètrent à l’intérieur du bureau, laissant Nicholas et Warren dehors. L’interrogatoire reprend : pourquoi Paltron ne s’est-il pas directement adressé au bureau du shérif ? Parce qu’il savait que l’adjoint Rafael s’était rendu à l’atelier de Tom Jenkins dans la nuit et y avait appris son nom… Il refait le même témoignage, en apportant quelques précisions : ils devaient avoir quatre ou cinq sacs en mains, il y en avait deux qui avaient des couteaux, il a bien entendu un coup de feu, rétrospectivement, mais très étouffé, et il n’avait pas compris sur le moment… Rafie ne cesse de le presser sur les heures qu’il a mentionnées, en lui tendant quelques pièges – dans lesquels Paltron ne tombe pas. Drent comprend ce petit jeu sans intervenir – Aterton trouve ça très amusant. Ce dernier dit enfin qu’ils vont garder Paltron, pour assurer sa sécurité, en posant une grosse patte sur l’épaule du témoin...

 

[IV-7 : Rafaela, Danny : Russell Drent ; Mike Paltron, Gamblin’ Joe Wallace] Pour Drent, ce témoignage change tout : ils ont maintenant des suspects, et ils peuvent agir. Rafie n’en est pas convaincu : c’est un témoignage bien flou, simplement dire que des Noirs avaient fait le coup ne permet pas de suspecter véritablement qui que ce soit… d’autant plus que c’est un témoignage unique, en tant que tel insuffisant. Drent la regarde, l’air amusé : « Sans déconner ? Testis unus, testis nullus… Il m’est arrivé d’entendre ça dans l’Est, mais alors j’aurais jamais cru que quelqu’un le ressortirait à Crimson Bay ! » Non, il ne va pas s’embarrasser de ces délicatesses procédurales : il va enquêter, c’est son boulot, on verra si le témoignage est confirmé ou pas. Rafael a un problème avec ça ? Danny intervient avant que sa camarade ne réponde : non, non, pas de problème… Mais Rafie ne lâche pas l’affaire : elle veut faire une enquête de voisinage – peut-être y a-t-il d’autres témoins qui, comme Paltron, ont eu peur de parler ? Le shérif ne s’y opposera pas – et concède que ça pourrait être utile ; quant à lui, il va discuter de ce témoignage avec Wallace, pour déterminer la suite des opérations.

 

[IV-8 : Beatrice, Danny : Shane Aterton, Mike Paltron] Au bureau du shérif, les sarcasmes de Beatrice ne font plus rire Aterton – qui devient agressif et lui dit de dégager… Elle sort – mais Danny, de son côté, fait le tour du bureau et parvient à attraper quelques mots de la conversation entre Aterton et Paltron : l’adjoint multiplie avec jubilation les insinuations, sur un ton menaçant – Paltron n’est pas allé le voir lui en premier ? Il s’en souviendra… Mais Danny n’entend pas de coups ou quoi que ce soit d’autre.

V : COMPLÉMENT D’ENQUÊTE

 

[V-1 : Rafaela : Mr Talbott] Rafaela compte travailler méthodiquement, et se rendre notamment dans les commerces du voisinage du bureau du shérif – ceux du moins dont les gérants vivent sans doute à l’étage. Elle se rend tout d’abord à l’épicerie de Mr Talbott. C’est un magasin général de base – beaucoup de choses à vendre, très diverses (dont « le meilleur café de Crimson Bay ! »), pas mal de matériaux de construction… Une réserve abrite du charbon et du bois, dont Mr Talbott fait régulièrement des livraisons à travers toute la ville. Le gérant est très aimable… mais n’a absolument rien à dire sur ce qui s’est passé la veille : il était au Gold Digger, « comme tout le monde ». Il est veuf, par ailleurs… Il n’y avait personne chez lui.

 

[V-2 : Nicholas, Warren : Mr Fong, Gamblin’ Joe Wallace] De leur côté, Nicholas et Warren se rendent à l’usine de munitions, au nord de la ville, à un peu moins de deux kilomètres de là. Il y a du trafic – par exemple pour livrer les blouses à nettoyer à la blanchisserie de Mr Fong. L’usine n’est pas entourée d’un grillage ou quoi que ce soit d’autre, mais deux hommes armés montent la garde à l’entrée. Warren se présente, déroulant ses diplômes : Mr Wallace a dû leur en parler ? Il devait venir pour jeter un œil aux machines… Un premier garde dit que Wallace n’a pas mentionné le scientifique, dont il se moque : « Ça doit êt’ parce que moi chuis jus' diplômé d’l’université d’mon cul... » Mais l’autre est plus conciliant : oui, le maire leur a parlé de « ce type avec le harnais dans le dos, avec ses bras mécaniques bizarres »… Mais, après ce qui s’est passé hier, ils n’ont aucune envie de prendre le moindre risque – si le savant peut revenir avec une autorisation de Wallace ? Ils jettent aussi un œil à Nicholas – le prêtre avec le chouette sermon comme quoi c’est bien d’aller aux putes. Elle est pas lourde, cette croix ? Nicholas tend à se montrer agressif… Mais le premier garde est trop bête pour comprendre vraiment qu’on se fout de sa gueule. L’autre sourit, mais sa position demeure : pas de visite sans un mot spécial de Wallace.

 

[V-3 : Rafaela : Samantha Goggins] Rafie poursuit son enquête de voisinage, et se rend à la boutique de Samantha Goggins. C’est une échoppe relativement petite vue de l’extérieur, mais très bien aménagée. Il s’agit surtout d’un commerce de vêtements, pour hommes et pour femmes, pour tous les usages, pour toutes les bourses. Les manières de la pimpante propriétaire, la soixantaine, laissent suggérer qu’elle a déjà fait sa vie et mis pas mal d’argent de côté ; elle aime son métier et fait preuve d’un goût très sûr. C’est aussi une redoutable commère, qui, après avoir servi le thé à Rafie, l’abreuve de ragots en tous genres faisant toujours intervenir le même groupe de cinq « sources », des petites vieilles curieuses et bigotes dans son genre. Mais impossible d’en tirer quoi que ce soit de concret ou a fortiori d’utile...

 

[V-4 : Danny, Beatrice : Tom Jenkins ; Mike Patron] Danny et Beatrice, quant à eux, se rendent à l’atelier de Tom Jenkins, le maréchal-ferrant, qui a visiblement une terrible gueule de bois : « Pas si fooooooort... » Il multiplie les promesses d’ivrogne : plus – jamais – ça… Danny l’interroge sur Mike Paltron, mais Jenkins ne saurait dire s’il l’a croisé au Gold Digger la veille. Il ne lui manque pas de chevaux, non… « Il y a toujours quelqu’un pour surveiller, vous savez... » Beatrice sourit – et en obtient l’adresse de Mike Paltron, dans la partie sud-ouest de la ville.

 

[V-5 : Nicholas, Warren : Richard Lightgow ; Josh Newcombe, Jon Brims] Accompagné de Nicholas, Warren, déçu par sa tentative infructueuse à l’usine de munitions, et tout autant au port (le cadavre de la pieuvre géante, s’il y en a un, a coulé, impossible de l’étudier – les hommes de la capitainerie sont maussades, suite à la mort d’un des leurs), se rend à son laboratoire dans la clinique du Dr Lightgow. Il ne dérange pas outre mesure ce dernier, mais évoque tout de même avec lui la justesse des « prédictions » de Josh Newcombe ; le docteur ne le prend pas au sérieux pour autant : « Même une horloge cassée indique la bonne heure deux fois par jour... » Mais ce n’est pas un mauvais bougre, certes. Et le docteur relève qu’un jour Jon Brims lui avait tenu un discours assez similaire – comme quoi le journaliste, parfois, « verrait » bien des choses qui s’avéraient étrangement fondées. L’inviter aux réunions de leur petit cercle ? Pourquoi pas… dès l’instant qu’il ne s’agit pas de se moquer de lui ! Warren rassure le médecin, ça n’est certes pas son intention. Après quoi le savant fou se rend donc dans l’atelier, où il travaille sur une idée qui lui trotte dans la tête depuis quelque temps : la conception d’un outil destiné à aveugler les adversaires – et de lunettes spéciales qui lui permettraient de ne pas en être affecté. Il entend mettre Nicholas à contribution – mais le faux prêtre est obsédé par l’idée d’une « machine à bénir »… Idée qui stupéfie le savant fou.

 

[V-6 : Danny, Beatrice : Jeff Liston ; Shane Aterton, Russell Drent] Nouvelle étape de l’enquête, du côté de Danny et Beatrice : le Red Bear, dont le patron Jeff Liston l’a un peu mauvaise – lui qui comptait avoir plein de clients en raison du tournoi de poker, et ce dès l’inauguration… Mais Danny aimerait surtout parler d’Aterton – il en obtient l’adresse, « pas un grand secret ». Mais Liston, qui devine les intentions de Danny, le met en garde : Aterton est un type dangereux… Mieux vaut réfléchir avant d’agir, hein ? Beatrice le comprend très bien – il fait visiblement peur à tout le monde en ville… La pique atteint Liston : il n’en a pas peur, lui, non ; il sait que, tout crétin qu’il soit, Aterton a tout de même un certain instinct de survie… Mais le quidam de Crimson Bay ne bénéficie pas de la carrure de l'ex-trappeur. Alors, oui, les gens ont peur de l'adjoint – mais comme ils ont peur de Drent, dans un style différent. Wallace n’a pas peur du shérif, non, il a décidé une bonne fois pour toutes de détourner les yeux des affaires de police dans sa ville, mais les autres… Justement : Beatrice a du mal à comprendre pourquoi Drent garde Aterton dans ses rangs. « Parce que c’est un molosse. Bien méchant. Prêt à faire toutes les crasses sans discuter, il est dénué de tout sens moral. Et c’est aussi un petit chef, trop con pour avoir de l’ambition. Mais les petits chefs, c’est souvent pire que les chefs. »

 

[V-7 : Warren : Jon Brims ; Richard Lightgow] Warren, qui a relevé les mots de Richard Lightgow, décide d’aller rendre une visite de courtoisie au croque-mort, Jon Brims – en plein travail, et appliqué : la famille de Warren a fait fortune dans la fabrication de cercueils, et le savant fou peut en juger, c’est du bon boulot. Il évoque le cas de Josh Newcombe, ce qui laisse le taciturne croque-mort indifférent…

VI : LA JUSTICE EN MARCHE

 

[VI-1 : Nicholas : Gamblin’ Joe Wallace, Russell Drent, Shane Aterton, Glenn Cabott, Mike Paltron, Denis O’Hara, Edgar Tomlick, Mike Jones ; Cordell] Alors que les PJ se réunissent, un messager réclame les trois adjoints (mais Nicholas s’invite dans le lot) : ils sont convoqués au Gold Digger. Le saloon est fermé à la clientèle, enfin, et gardé par des adjoints subalternes. Une réunion est en cours : parmi les présents, Gamblin’ Joe Wallace, le shérif Russell Drent et ses adjoints Shane Aterton et Glenn Cabott, le témoin Mike Paltron, et quelques notables de Crimson Bay, incluant le père Denis O’Hara et le banquier Edgar Tomlick ou encore Mike Jones, du relais de diligences. Wallace a l’air désespéré – mais Drent le presse d’agir, il a clairement de l’ascendant sur lui – et Aterton en rajoute : au bureau, ils ont plein de plaintes sur ces nègres qui foutent le bordel en ville, il est bien temps d’aller traiter le mal à la racine… Les PJ restent silencieux. Drent leur présente la communauté des anciens esclaves – et leur chef, un certain Cordell. « Shane a pas tort, y a des ennuis, des fois, avec ces types – les jeunes, surtout… En temps normal, ma politique, c’est la même que pour Chinatown : chacun ses oignons. Mais là, c’est comme s’ils avaient déclaré la guerre à la ville, en ruinant le tournoi, les ambitions de Mr Wallace... Le maire sait bien qu’il faut agir – avec célérité. » Wallace, soumis, acquiesce timidement, en se resservant un whisky.

 

[VI-2 : Rafaela, Beatrice, Danny, Nicholas : Russell Drent, Mike Paltron] Mais, pour Rafie (mise au courant de la vision de Beatrice), impossible de simplement acquiescer : elle y revient, ils n’ont qu’un seul témoignage, et des plus suspect – d’un homme qui s’avouait ivre au moment des faits. Ce qui fait rire DrentPaltron ne parlait que de deux ou trois pintes… Et il n’y a pas d’autre piste ! Il compte bien se rendre sur place pour enquêter. Ça lui pose un problème ? Danny, une fois de plus, cherche à prendre de vitesse sa camarade – mais elle ne se laisse pas faire : elle rend son étoile – ça sera sans elle. Le shérif prend l’étoile, et la fait voler dans les mains de Beatrice, qui se dit prête à partir. Ils ont une heure pour se préparer…

 

[VI-3 : Beatrice, Rafaela, Warren, Danny : Shane Aterton, Russell Drent, les cousins Sannington] Une heure que Beatrice (dont le pire cauchemar est de retomber dans l’esclavage) entend bien mettre à profit. Elle rattrape vite Rafie, qui était partie en claquant la porte : ils peuvent se rendre à la communauté des anciens esclaves avant le shérif et ses hommes ! Le temps d’attraper Warren... Le problème est que ça risque de ne pas être très discret. Qu’importe, en ce qui concerne Rafie ! Elle est prête à porter le chapeau, n’étant plus adjoint – Beatrice viendra avec son propre cheval, par une voie séparée, et rejoindra l’expédition ensuite. Danny reste en ville, lui, il n’en pense pas moins, mais ne doit pas compromettre sa position – il espère en même temps attirer les regards, qu’ils ne s’attardent pas sur l’absence de ses camarades… Lesquels prendront les ruelles de Chinatown, qui ne sont pas surveillées par les hommes du shérif (mais ils croisent le Chinois massif à la chemise rouge sang, qui semble les avoir repérés à l’instant même où ils ont pénétré dans le quartier) ; cela leur permet de quitter la ville loin au-dessus de son entrée Est, dont ils savent qu’elle est forcément gardée. En chemin, tandis qu’ils suivent la piste Rockwell, qui passe à proximité du cimetière de Crimson Bay, Beatrice échange aussi à propos d’Aterton et de Drent : elle n’a pas davantage confiance en ce dernier, qui a tout l’air d’être une crevure lui aussi… Pas question de le voir appliquer la « justice » comme il l’a fait à la ferme des cousins Sannington – ces derniers, au moins, leur culpabilité ne faisait aucun doute !

 

[VI-4 : Rafaela, Beatrice, Nicholas, Warren : Cordell ; Fedor] Ils arrivent bientôt à la communauté des anciens esclaves – un petit hameau d’une dizaine de maisons, à l’écart, dans un endroit assez bucolique, un peu encaissé. Des Noirs travaillent dans de petits champs ou des potagers, typiques d’une agriculture de subsistance ; ils sont un peu surpris par l’équipage des PJ, mais pas le moins du monde hostiles ou effrayés. Les nouveaux venus s’arrêtent au milieu du hameau, et Rafaela dit vouloir parler au responsable – on lui indique un certain Cordell, dans une maison un peu plus grande que les autres, mais sans rien d’ostentatoire. Cordell est un bel homme, doté d’un charisme certain. Rafie lui résume à gros traits la situation – ils ne savent pas grand-chose de ce qui s’est produit en ville dans la nuit ; simplement, ils ont eu de vagues échos d’un vol ? Rafaela confirme... et un témoignage les en accuse. Cordell se braque un peu, redoutant d’abord que les visiteurs soient venus pour les incriminer ! Mais Rafie explique qu’ils sont justement venus en avance parce qu’ils ne sont pas du tout persuadés de leur culpabilité – le chef de la communauté n’a aucun doute quant à lui, les siens sont innocents. Quoi qu’il en soit, les hommes du shérif arriveront d’ici une demi-heure... Cordell, plus confiant après ces explications, remercie Rafie pour son initiative, mais que faire dans un délai aussi court ? Se préparer à se défendre, dit Beatriceet Nicholas l’appuie : il s’y connaît en martyrs… Mais Cordell frémit à cette idée : prendre les armes ? « S’il le faut. » Un suicide, pour Cordell – le meilleur moyen d’envenimer encore les choses. Mais Warren a une autre suggestion : au moins, qu’ils profitent de ce délai pour mettre les femmes et les enfants à l’abri, de crainte que les choses ne dérapent… Ce qui convainc Cordell, qui dépêche un gamin pour qu’il aille avertir un certain Fedor, à charge pour ce dernier de mettre les femmes et les enfants en sécurité en dehors du hameau. Cordell est totalement démoralisé : il craint pour les siens, mais aussi pour ces gens qui ont pris sur eux de le prévenir – à un moment ou un autre, le shérif saura ce qu’il en est…

 

[VI-5 : Rafaela, Warren, Nicholas, Beatrice] Rafie, Warren et Nicholas retournent à Crimson Bay, en repassant par Chinatown. Beatrice, quant à elle, fait un détour, mais maîtrise assez bien son cheval pour retourner relativement discrètement en ville avant le départ de l’expédition.

 

[VI-6 : Danny : Mike Paltron] À Crimson Bay, pendant ce temps, Danny use de son ascendant pour que l’adjoint qui surveille Mike Paltron lui permette d’avoir une petite conversation en privé avec le témoin. Jouant de sa masse corporelle pour l'intimider, il lui demande s’il est bien certain de ce qu’il a raconté – que les coupables étaient des Noirs. Paltron, terrifié, le confirme – sûr et certain ! Danny le regarde droit dans les yeux – il a conscience de ce que ce témoignage pourrait avoir des conséquences très graves ? Qu'il sache qu'il en portera la responsabilité…

VII : PERQUISITION DANS LA COMMUNAUTÉ DES ANCIENS ESCLAVES

 

[VII-1 : Danny, Beatrice : Russell Drent, Shane Aterton, Glenn Cabott, Cordell] Outre Danny et Beatrice, participent à l’expédition le shérif Russell Drent, ses adjoints principaux Shane Aterton et Glenn Cabott, ainsi que sept autres adjoints subalternes ; ils sont tous à cheval. Danny prend soin de rester aux côtés d’Aterton. Ils empruntent le même itinéraire que les PJ auparavant. Dans la communauté, quand les adjoints arrivent, sont présents, dehors, Cordell et une quinzaine d’hommes.

 

[VII-2 : Danny : Russell Drent, Cordell, Shane Aterton] Drent descend de cheval et s’approche de Cordell. Sans préambule, et d’un ton très sec, il lui dit de rendre l’argent. Cordell est moins surpris qu’il n’aurait dû l’être, ayant été prévenu ; il proteste de son innocence… Mais Drent le coupe sans cesse : « Rends l’argent ! » Cordell persistant à vouloir « discuter d’un malentendu », le shérif donne l’ordre à ses hommes de fouiller partout. Tous descendent de cheval et s’attellent à la tâche (Danny reste à côté d’Aterton)… mais les anciens esclaves sont ulcérés, ils n’ont aucune envie de ce que l’on viole ainsi leur logis ! Et le ton monte – surtout du côté d’Aterton. Cordell veut croire qu’il est encore possible d’en discuter, mais, alors qu’il appelle ses hommes au calme, tournant le dos au shérif, celui-ci lui assène un violent coup de crosse sur la nuque ! Les esclaves stupéfaits lâchent un cri, et Aterton dégaine son pistolet : sans plus attendre, il abat d’une balle en pleine tête l’homme qui lui résistait !

 

[VII-3 : Beatrice, Danny : Russell Drent, Glen Cabott, Shane Aterton] Drent et Cabott ont l’air surpris… Mais il est bien tard pour les regrets ! C’est l’escalade. Les anciens esclaves saisissent ce qu’ils ont sous la main – des instruments agricoles essentiellement – pour tenter de résister aux hommes du shérif. Cabott se sert de ses poings, et étale un ancien esclave pour le compte. Beatrice hurle à Drent de maîtriser ses hommes – et tente de s’interposer face à Aterton, sur lequel se précipite Danny, qui le plaque contre un mur en hurlant à tout le monde d'arrêter les conneries. Mais les anciens esclaves, choqués, n’ont plus envie de discuter eux non plus – plusieurs s’avancent sur Drent, d’autres sur Cabott, tandis que certains cherchent à mettre Cordell en sécurité ; un autre se penche sur le cadavre de la victime d’Aterton, en sanglotant… Beatrice continue les appels au calme – mais n’en sort pas moins son revolver. Danny fait lâcher son arme à Aterton, et rugit : sa voix puissante fige les combattants alentour. Mais, de l’autre côté de la place, Cabott assomme un autre ancien esclave d’un coup de gourdin. Drent réagit enfin : les mains écartées en signe de paix, même brandissant un revolver, il dit à tout le monde de se calmer. Il veut fouiller le village, c’est tout ! Les adjoints obéissent – mais Danny ne lâchera pas Aterton, qui a abattu froidement un homme désarmé sous ses yeux ; que les autres fouillent si c’est c’est ce que veut Drent. Mais les anciens esclaves, choqués par ce qui s’est produit, ne se calment pas aussi facilement, et deux s’en prennent à Cabott, tandis qu’un autre avance sur Danny et Aterton... Beatrice tente de les raisonner : ils n’arriveront à rien ainsi ! En vain… Et certains s’avèrent avoir des pistolets – la huckster tire sur l’un d’entre eux, qu’elle blesse à l’épaule. Danny lâche brièvement Aterton, et s’en prend à son assaillant : faisant d’une pierre deux coups, il le saisit et le plaque contre l’adjoint sadique – les deux sont ainsi immobilisés, et l'adjoint est même assommé. Drent multiplie les appels au calme ; cette fois, cela produit un minimum d’effet sur les anciens esclaves, qui retournent auprès de Cordell en train de reprendre conscience, et qui cherche lui aussi à calmer le jeu, même s'il est encore très faible.

 

[VII-4 : Danny, Beatrice : Glenn Cabott, Russell Drent, Shane Aterton] C’est alors que résonne la voix de Glenn Cabott – il s’était éloigné dans la partie est du hameau, et dit avoir « trouvé quelque chose » dans un des bâtiments. Il revient vers le centre, accompagné de deux adjoints – ils ont dans les mains deux sacs correspondant à l’argent volé dans le bureau du shérif… Les anciens esclaves, dont Cordell, sont stupéfaits. Drent et ses adjoints, dont Danny (qui porte Aterton inconscient sur ses épaules) et Beatrice, se dirigent dans la direction de Cabott, qui jette les sacs plein d’argent par terre : « Il y en a d’autres, ils sont tous là... » Les traits de Drent se durcissent ; il saisit Cordell au col, d’un geste violent, puis le repousse au sol, et grogne à Cabott : « Brûlez tout. »

 

[VII-5 : Danny : Cordell, Russell Drent, Shane Aterton] Les adjoints obéissent aussitôt ; les cheminées étant allumées dans les maisons, trouver de quoi mettre le feu n’est pas un problème – et les anciens esclaves sont désemparés ; certains tentent bien de s’interposer, mais les adjoints, revolver en main, les repoussent – et Cordell, navré, retient ses hommes : ils ne parviendront à rien… Danny, furieux, approche de Drent avec le corps inconscient d’Aterton sur ses épaules ; le shérif le regarde un instant, sans dire un mot, et Danny poursuit son chemin – il va déposer Aterton dans une maison qui commence à bien flamber. Il n’est certainement pas discret, plusieurs des adjoints, outre le shérif lui-même, le voient faire, mais personne ne pipe mot. L’adjoint sadique périra dans les flammes. Les autres adjoints ont rassemblé l’argent volé au centre du hameau, lequel brûle très vite ; il n’en restera presque plus rien. Cordell et ses hommes se sont éclipsés, l’air désabusé – personne n’a pris soin de les arrêter ni même de les suivre, où qu’ils se soient rendus…

 

À suivre...

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Kwaidan, de Lafcadio Hearn (traduction Finné, lecture 2018)

Publié le par Nébal

Kwaidan, de Lafcadio Hearn (traduction Finné, lecture 2018)

HEARN (Lafcadio), Kwaidan : histoires et études de sujets étranges, [Kwaidan: Stories and Studies of Strange Things], traduction française [de l’anglais] et présentation de Jacques Finné, Paris, José Corti, coll. Merveilleux, 2018, 247 p.

 

Ma chronique « à proprement parler » figurera dans un prochain numéro de Bifrost (et sera ultérieurement mise en ligne sur le blog de la revue, après quoi j'en donnerai le lien ici). J’entends par là qu’il s’agira d’une chronique, disons, « indépendante », prenant le livre pour ce qu’il est, dans son contenu et dans son rendu français. Cependant, je mets déjà en ligne cette chronique d’une certaine manière plus développée, car elle a en fait un objet tout autre : je ne vais pas vraiment rentrer dans le détail des textes et de leur contexte, pas plus que je ne reviendrai sur les éléments biographiques concernant Lafcadio Hearn, etc. Pour cela, je vous renvoie, le cas échéant, à ma précédente chronique de Kwaidan, dans la traduction de Marc Logé ; certes, elle remonte à six ans déjà… Mais, en dehors de quelques « mises à jour », il ne me paraît pas utile d’en rajouter sur ces différents aspects. Ici, je vais surtout parler de ce qui, à mes yeux, rend cette nouvelle traduction, euh, problématique – un sujet que je ne peux pas traiter de la même manière dans une chronique pour Bifrost, qui ne m'en laisserait pas la place…

 

[NB : j'ai des soucis de mise en page avec Over-blog, on dirait... Je verrai plus tard si je peux y remédier...]

 

EDIT 24/04/2018 : la chronique courte figure dans le n° 90 de Bifrost, p. 90.

 

EDIT 13/07/2018 : la chronique de Bifrost est accessible en ligne sur le blog de la revue, ici.

RÉVISIONS

 

J’avais déjà lu (en 2012) Kwaidan, fameux recueil d’histoires de fantômes japonais dû à l’étonnant Lafcadio Hearn, dans sa traduction française « classique », par Marc Logé – et je redécouvre au passage que je l’avais lu en fait avant de voir le génial film éponyme de Kobayashi Masaki… Ce qui m’a d’ailleurs amené à ce constat déconcertant : contrairement à ce que je croyais, seuls deux des quatre récits du film sont tirés à proprement parler de Kwaidan ; « Les Cheveux noirs » et « Le Fantôme de la tasse de thé » ont bien été racontés par Lafcadio Hearn, mais pas dans ce recueil (et j’ai donc dit des bêtises également à cet égard quand j’ai chroniqué, en 2016, le curieux petit volume où trois auteurs français cherchent à « conclure » ce dernier récit, laissé inachevé) ; j’y reviendrai probablement en vous causant du recueil Fantômes du Japon.

 

Mais, outre que j’envisage un petit boulot pour la fac en lien avec ce recueil, et, surtout, avec le film de Kobayashi, il m’a été donné de relire Kwaidan du fait de la publication, chez José Corti, de cette nouvelle traduction due à Jacques Finné – un bonhomme qui ne m’inspirait pas plus que ça confiance, après quelques lectures pas toujours très convaincantes… et, hélas, mes craintes, toutes vagues qu’elles étaient, se sont tristement confirmées – ou, à vrai dire, c’est allé encore au-delà, bien pire que tout ce que je pouvais redouter.

 

Pour faire bref, et vous dispenser de la suite de cet article si vous êtes pressés : la traduction de Jacques Finné est trop aléatoire pour convaincre – parfois correcte, voire jolie, elle se montre en d’autres occasions bien trop lourde, et, surtout, elle est percluse d’erreurs, dont une parfaitement invraisemblable dès le premier récit du livre, qui n’incite pas vraiment à la confiance pour la suite… Il semblerait que Marc Logé, dont le texte français était très élégant, avait cependant ce défaut bien de son temps de « couper » quand il « s’ennuyait » ; mais, même ainsi, cette traduction « classique » reste sans doute bien préférable à cette nouvelle version, largement inférieure. En gros, Jacques Finné ici est comme François Bon ailleurs, hein…

 

Mais il y a bien pire : un paratexte parfaitement affligeant, crétin, borné… Ce sont des mots « forts », sans doute, mais je les crois à la hauteur du massacre : la postface est aberrante, et j’en suis sorti furieux…

 

QUELQUES NOTES SUPPLÉMENTAIRES

 

Je reviendrai sur tout cela plus en détail : en fait, ce sera donc l’essentiel dans cette nouvelle chronique, car je n’ai pas forcément tant de choses à ajouter concernant la biographie de Lafcadio Hearn, l’atmosphère de l’ensemble, la portée du projet ou le contenu des histoires en elles-mêmes, par rapport à ma chronique initiale, même si elle était bien plus lapidaire que ce que je fais ces dernières années sur ce blog.

 

Ceci étant, quelques notes supplémentaires sont peut-être bienvenues malgré tout, car, depuis, mon regard a pu changer, pour plusieurs raisons : le visionnage (répété) du film de Kobayashi Masaki, la lecture d’un autre recueil de Lafcadio Hearn (Insectes), et des connaissances un chouia moins lacunaires sur le contexte japonais.

 

La première histoire du recueil, « Mimi-Nashi-Hôichi », en témoigne, c’en est même sans doute la meilleure illustration : depuis ma première lecture, j’ai donc vu le film de Kobayashi, dont c’est, je pense, le « sketch » que je préfère, le plus impressionnant ; mais j’ai aussi lu depuis Le Dit des Heiké, ce qui a rendu le contexte de la légende bien autrement saisissant – la bataille de Dan-no-Ura, la mort de l’empereur enfant, la fin et le dépit des Taira, les moines au biwa, etc. Tout cela rend le récit bien plus prenant, bien plus efficace ; et m’autorise à y déceler une subtilité qui pouvait m’avoir échappé lors de ma première lecture.

 

Mais, sur un mode plus léger, d’autres récits m’ont affecté différemment du fait de ce que j’ai vu, lu, etc., depuis. Ainsi de « Mujina », nouvelle horrible et drôle… mais peut-être surtout drôle maintenant que j’ai vu et revu l’excellent Pompoko de Takahata Isao. Dans ce registre plus ou moins humoristique, « Rokuro-Kubi » m’est apparu pour le délire gore burlesque qu’il était, bien loin de tout sentiment réel de peur.

 

La gravité, l’empathie, dans d’autres textes, m’ont davantage saisi pour des raisons somme toute similaires – la lecture, par exemple, des Contes de pluie et de lune de Ueda Akinari (et le re-visionnage de son adaptation « partielle » par Mizoguchi Kenji, Les Contes de la lune vague après la pluie), a sans doute affecté mon ressenti dans des textes davantage tournés vers la mélancolie, notamment au travers d’histoires d’amours impossibles, ou d’amitié jusqu’au-boutiste.

 

Et il y a tout un entre-deux plus difficilement définissable. Prenez par exemple « Le Rêve d’Akinosuké » ; c’est une nouvelle des plus charmante, agréablement fantaisiste, et qui introduit le thème des insectes, sur lequel se conclura le recueil. Mais cette histoire, même « positive » globalement, résonne peut-être différemment après avoir envisagé plusieurs états de la fameuse légende d’Urashima Tarô, bien autrement mélancolique pourtant (et ambiguë ?).

 

Mais, même ainsi, certains textes sont à part – qui n’ont rien des histoires étranges reprises et transmises par Lafcadio Hearn. Ainsi tout d’abord de « Hi-Mawari », superbe nouvelle qui, pour quelque raison que j’ignore, ne figurait pas dans la traduction de Marc Logé, mais que j’avais déjà pu lire dans le n° 21 du Visage Vert (dans une traduction d’Anne-Sylvie Homassel) – une réminiscence enfantine bien éloignée du Japon, en dépit de son titre, mais fabuleuse de par sa délicatesse et sa sensibilité. La traduction de Jacques Finné ne lui fait probablement pas honneur…

 

Mais il faut mentionner également « Hôrai », qui tient plus de la parabole que du récit – sur la base du vieux mythe taoïste de la résidence cachée des immortels, l’auteur livre ouvertement sa crainte de ce que le Japon, en s’ouvrant sur le monde, perde sa singularité culturelle. C’est plus ou moins juste, et globalement, j’ai trouvé ce texte assez lourd – la traduction est peut-être en cause, là encore…

 

Enfin, Kwaidan se conclut sur tout autre chose, avec un long texte intitulé « Études sur les insectes », où le contexte japonais demeure (plus ou moins, assez peu quand il traite des fourmis), et le surnaturel n’est pas toujours absent, mais nous sommes tout de même assez loin des histoires de fantômes nippons qui occupent la majeure partie de l’ouvrage. Ici, tout particulièrement, la traduction de Jacques Finné m’a régulièrement paru bien lourde… Ces textes ne sont pourtant pas sans charme, même si l’intérêt manifesté par Lafcadio Hearn pour le spencerisme, bien de son temps, peut parfois nouer quelque peu l’estomac. Dans tous les cas, je vous engage à la lecture d’Insectes, un très beau volume rassemblant de nombreux textes de Lafcadio Hearn sur la question (dont celui-ci sauf erreur, dans un rendu plus satisfaisant).

UNE NOUVELLE TRADUCTION SANS APPLICATION

 

Mais j’en arrive à l’essentiel de cette chronique : l’apport, quel qu’il soit, de cette nouvelle traduction par Jacques Finné. Quel qu’il soit… Bon, je n’en ai pas fait mystère : je ne suis pas satisfait – au mieux.

 

Le projet d’une nouvelle traduction pouvait faire sens – aussi belle soit la traduction classique de Marc Logé, il semblerait donc qu’elle était lacunaire… Et, de manière générale, dépoussiérer quelque peu s’avère souvent profitable – dans les genres de l’imaginaire, nous savons très bien ce qu’il en est. Pour autant, toute nouvelle traduction est-elle forcément meilleure que celles qui l’ont précédée ? Là encore, nous savons ce qu’il en est – et j’ai assez râlé sur les abominations commises par François Bon « retraduisant » un Lovecraft, qui en avait pourtant bien besoin, pour ne pas avoir à y revenir ici. La chronologie des traductions ne nous renseigne en effet en rien quant à la compétence des traducteurs.

 

Généralement, j’évite de trop m’étendre sur les éventuels soucis de traduction, ne me sentant guère compétent pour cela. D’autant bien sûr que je ne me sens pas de comparer mot à mot l'original et les traductions, de manière générale, et ici celles de Marc Logé et de Jacques Finné. Mais certains problèmes sautent aux yeux, même sans cet examen approfondi, qui suffisent probablement à instiller au moins le doute quant au sérieux et au professionnalisme de cette nouvelle traduction.

 

Le travail de Jacques Finné, ici, n’est pas unilatéralement mauvais, je suppose – en cas de lecture distraite, on peut s’en accommoder, et le texte français n’est pas sans charme, parfois, « vu de loin ». Mais, dans le détail, ça coince régulièrement bien davantage…

 

Et, parfois, cela saute donc aux yeux – donnant l’impression d’un traducteur qui ne comprend absolument rien à ce qu’il traduit. Ceci, sans surprise, se produit souvent, mais pas toujours, au travers de références culturelles nippones que le traducteur ne maîtrise pas initialement (on ne l’en blâmera pas, je ne maîtrise d’ailleurs certainement pas ces sujets moi-même) ; le problème, impardonnable, c’est peut-être alors l’absence de curiosité du traducteur, qui n’a pas cherché à s’assurer du sens à accorder à ce qu’il traduisait.

 

De manière très fâcheuse, une énorme boulette de cet ordre intervient dès le tout premier texte du recueil – autant dire que cela n’engage pas à accorder beaucoup de crédit à la suite… Il s’agit donc de « Mimi-Nashi-Hôichi », pourtant peut-être la plus célèbre histoire de Kwaidan avec « Yuki-Onna » (et ce sont d’ailleurs les deux histoires adaptées par Kobayashi Masaki dans son Kwaidan). La nouvelle, chez Jacques Finné, se conclut ainsi (p. 35) :

 

Toutefois, depuis ces événements, on ne l’appela plus Mimi-Nashi-Hôichi, mais « Hôichi-le-sans-oreilles ».

 

Bon sang, je n’en reviens toujours pas… Bien évidemment, « Mimi-Nashi-Hôichi » n’est pas le nom « antérieur » du personnage, mais signifie précisément « Hôichi-le-sans-oreilles » ! Mais... mais que s’est-il passé ? Jacques Finné traduit de l’anglais, pas du japonais, et le texte original n’est pas le moins du monde ambigu, ici :

 

But from the time of his adventure, he was known only by the appellation of Mimi-nashi-Hoichi: "Hoichi-the-Earless."

 

Ce n’est pas comme s’il y avait une difficulté de traduction, là… Et, bon sang, même en accordant que nul n’est parfait et qu’un traducteur, même le plus compétent, peut commettre une étourderie, comment est-il possible que personne ne s’en soit rendu compte avant publication ? Le livre a-t-il seulement été relu ?

 

Eh bien, plus ou moins, ai-je l’impression – tantôt oui, tantôt non ; car divers passages de ce volume semblent témoigner de l’absence de conception générale, en faisant usage de choix opposés et même contradictoires.

 

En effet, avant même la gaffe monumentale concernant « Mimi-Nashi-Hôichi », Jacques Finné livre des « Remerciements » qui m’ont laissé pantois (p. 7) :

 

S’il [Lafcadio Hearn] cite des mots japonais (noms propres, noms communs, proverbes…), il les transcrit selon la phonétique anglaise. Il est clair que celle-ci n’est pas la phonétique française. Un seul exemple : le « papillon » s’écrit « Cho », en phonétique anglaise – mais avec le -ch prononcé à la britannique (comme dans chocolate) et le -o allongé. La graphie française pour cho deviendra donc tchô. Sans l’aide d’une Japonaise parlant parfaitement le français, les dieux savent à quelles aberrations [Sic ! Putain de sic !!!] ne m’aurait pas conduit la simple reproduction des transcriptions anglaises. J’ai donc cherché (et trouvé) l’oiseau rare qui a surveillé et rectifié l’orthographe de tous les mots japonais transcrits selon la prononciation française.

 

 

WHAT ?

 

Alors, je ne m’en prends pas du tout à la « Japonaise parlant parfaitement le français », là. Mais… Jacques Finné semble ne pas être au courant que, depuis le temps de Lafcadio Hearn, soit plus d’un siècle tout de même, on a traduit en français des milliers, des centaines de milliers de livres, de films, de BD, etc., en provenance du Japon, et qu’il existe, au-delà même des rômaji, des règles concernant la transposition – règles simples et en rien problématiques, par ailleurs bien connues de tous ceux qui, depuis plus d’un siècle, lisent des œuvres japonaises en traduction françaises ; il n’est même pas nécessaire d’entrer dans les détails de la méthode Hepburn (qui reste la plus couramment utilisée, même si une autre approche a été proposée depuis par les autorités japonaises), et cela fait longtemps que les traductions françaises se passent même du petit résumé de ce système qui avait un temps été de coutume. Ce traducteur vit-il dans une autre époque ? Parce que, perso, si j’ai trouvé des vieux bouquins en français traitant de « Tchikamatsou », quand j’ai lu le dramaturge en français, c’était bien sous le nom de « Chikamatsu », universellement adopté. Par ailleurs, je n’ai (bizarrement) jamais vu de film de Koullossaoua ou de Midzogoutchi, pas plus que je n’ai lu de livre de Akoutagaoua, ou de BD de Tanigoutchi.

 

Par chance, en dépit de ces « Remerciements », invraisemblablement conservés en tête d’ouvrage, la quasi-totalité du recueil ne suit en fait pas cette vilaine et absurde promesse en forme de menace – je suppose donc que quelqu’un, chez Corti, a pu notifier au traducteur que c’était vraiment une idée à la con… mais en oubliant de retoucher l’entête. C'est ballot... Mais, ouf, nous avons bien « Hôichi » et pas « Hôitchi », nous avons bien « Mujina » et pas « Moudjina ».

 

Cela dit, çà et là, de ces bizarreries phonétiques demeurent pourtant – par exemple quand Jacques Finné parle du « kitsouné », sur lequel il me faudra revenir… Surtout, nous avons cette note de bas de page, qui revient sur l’exemple du papillon figurant dans les « Remerciements » (note n° 118, p. 171) :

 

Monsieur Oghino, dans un de ses courriels, m’a expliqué que « pour la prononciation occidentale, il faudrait écrire tchô ; pour le respect du kanji, il faudrait écrire chô. » J’ai choisi la première graphie pour une raison bien subjective : elle justifie le nom Cio-Cio San, dans Madame Butterfly, de Puccini. En italien, cio se prononce tchô.

 

Ce qui, vous l’avouerez, est bien la meilleure des raisons.

 

Putain…

 

Les « Remerciements » louent enfin une relecture attentive (p. 8) : « elle a permis l’élimination de jolies bourdes, dans tous les domaines du français ». Eh bien, pas assez, faut-il croire, et il aurait été utile d’envisager d’autres « domaines » que ceux du français…

 

Tout cela ne donne décidément pas l’impression d’un grand sérieux. Et il en va de même dans d’autres endroits du recueil, de manière plus ou moins discrète. On a ainsi l’impression, parfois, d’un traducteur qui ne comprend tout simplement pas ce qu’il traduit et ne fait pas le moindre effort de curiosité pour éviter d’écrire des contresens, etc. Ou, tout simplement, qui s'en moque ? Par exemple, quand il accole à la nouvelle « Mujina » le titre français « Le Fantôme sans tête » (p. 81) : le récit est pourtant très explicite (même dans cette traduction !) sur le fait que la créature n’est pas « sans tête », mais « sans visage » ; et, non, ce n’est pas du tout la même chose, et ça n’a rien d’anodin, parce que c’est ce trait précisément qui fonde, tout à la fois, le frisson d’horreur, et l’éclat de rire ironique chez le lecteur.

 

Des choses plus anodines, certes, il y en a – comme ce Japon « du » Meiji, etc. Vous pouvez vous montrer bon prince si ça vous chante, je n'en ai pas tant que ça envie pour ma part.

 

Car, non, je ne pourrais pas relever de semblables erreurs à chaque page, je ne le prétendrai pas – mais, à ce stade, l’accumulation est déjà bien assez suffisante pour se montrer méfiant quant au travail de Jacques Finné ; et pour déplorer qu’un livre aussi beau, fort et important que Kwaidan ait été ainsi traité par-dessus la jambe par un traducteur qui se moquait totalement de ce qu’il faisait.

UN PARATEXTE… AFFLIGEANT

 

Mais il y a pire, bien pire… De quoi passer du dépit au dégoût, du soupir à la colère : le paratexte ahurissant que Jacques Finné a accolé à sa traduction. Je ne sais même pas par où commencer…

 

Il y a trois temps : après les « Remerciements », une brève présentation de l’auteur (pp. 11-15) ; ensuite, des notes de bas de page, hélas pas toujours bien distinguées de celles de l’auteur (mais quand une de ces notes est totalement à côté de la plaque, on a généralement sa petite idée du responsable…) ; enfin, une longue « postface » (pp. 211-250)… et c’est surtout là qu’est le drame (même si je reviendrai sur les notes de bas de page un peu plus loin).

 

Jacques Finné commence par nous dire que « les stéréotypes c'est pas bien », OK, avec, comme angle d’attaque… Tintin et le Lotus bleu (p. 213). Bon, admettons… Vous savez, ce passage où Tchang explique au reporter du Petit Vingtième que les Chinois ne sont pas les cruels personnages que l’on croit en Europe ? Certes, la BD date de 1934-1935, en plein « péril jaune », et on pouvait croire, naïvement, que l’on avait un peu dépassé tout cela en l’espace de 80 ans… De même que l’on n’envisageait peut-être plus les Japonais au seul prisme de Mitsuhirato, tant qu’à causer de stéréotypes négatifs, justement dans cette BD ? Parce que bon, les Chinois, OK, mais les Ja…

 

 

 

Attendez : justement, Tchang parle des Chinois, là. On devrait plutôt parler de Japonais, non, pour Kwaidan ? Associer les deux, dans cette référence par ailleurs bien plus contrastée que Finné ne le prétend, n’est-ce pas un peu… un stéréotype ?

 

Mais non, voyons ; c’est juste que Jacques Finné entend nous parler, pas tant des fantômes japonais, que des « Fantômes extrême-orientaux » (c’est le titre). En fait, le Japon, et Kwaidan notamment… ne sont quasiment pas étudiés dans cette postface à Kwaidan, où 90 % des développements au bas mot portent sur des textes chinois ou vietnamiens. Enfin, « des » textes… Plus exactement, un livre chinois, et un livre vietnamien – un seul pour chaque pays, putain ! Assurément un corpus suffisant pour parler des « fantômes extrême-orientaux » sans sombrer dans les stéréotypes...

 

Quoi ? Des cultures différentes ? Dans l’espace, et dans le temps ? Oh, c’est des bridés, hein… Et, de toute façon, le Japon comme le Vietnam ne sont rien sans la Chine, tout le monde le sait, donc on pourrait même se contenter de cette dernière, en fait, hop. À l’évidence. Bon, en ce qui me concerne, ça serait comme de traiter du fantastique européen en prenant « La Métamorphose » de Kafka et « Le Horla » de Maupassant pour seuls référents, et pour aussitôt en remonter à Ovide (seul), parce que le reste n’est rien sans la Rome antique, alors ON S’EN BALEK. Ce qui n’aurait assurément rien d’un stéréotype – au contraire, une approche censée, pondérée, pertinente comme aucune autre…

 

D’ailleurs, notre postfacier, sur la base de son corpus érudit à l’ampleur sans pareille, trouve le moyen… de nous balancer des développements façon « sadisme et supplice oriental » ! Ce qui, vous en conviendrez, est probablement ce que l’on peut faire de moins stéréotypique depuis au moins le XIXe siècle. Je croyais naïvement qu’on en était revenu depuis… allez, Le Lotus bleu, à tout hasard, dont c’était partie du propos, appliqué à la Chine, et que Jacques Finné citait justement en ouverture de son « analyse » ? Mais Jacques Finné en trouve des exemples dans son unique référence vietnamienne, c’est donc que ça vaut aussi pour le Japon – spareil. Inversement, il peut balancer trois mots sur le shintô pour en citer des exemples au Vietnam, cela arrive à plusieurs reprises, alors bon…

 

C’est peu dire : il raconte plein, mais plein de conneries, en procédant systématiquement à des généralisations abusives sur la base de ses trois seuls livres sources – ou deux et demi… car Kwaidan, justement, est censé parler pour le Japon, mais Jacques Finné ne s’y rapporte quasiment jamais ! En fait, il cite bien un autre ouvrage, pleinement japonais, çà et là : les Contes de pluie et de lune de Ueda Akinari – pas le pire des choix ; mais je ne suis pas certain qu’il soit allé bien au-delà de la préface de René Sieffert, préface de toute façon mal comprise – puisqu’il y voit un « argument » en faveur de sa « thèse » voulant que le Japon doit absolument tout à la Chine ; et ce n’est certainement pas ce que dit René Sieffert, éminent japonologue, dans ce texte !

 

Vous en voulez encore ? Masochistes… Mais y en a. Car Jacques Finné, après nous avoir abreuvé de sa colossale érudition orientaliste, prend sur lui de nous présenter de manière exhaustive (...) les plus fantastiques et terribles des créatures : les femmes. « Sa thèse », vach'ment audacieuse, c’est que le « fantôme extrême-oriental » est presque toujours « la » fantôme, ainsi de « la » yûrei au Japon.

 

Tandis que, comme chacun sait, le « kitsouné » est toujours un homme ; toujours ! En fait (p. 215, note n° 162), c'est même « l'équivalent masculin d'une yûrei ». Bon sang, le kitsune est peut-être la créature la plus connue du folklore japonais, et sous des avatars si souvent féminins… même sans compter la scène classique du mariage des renards (à moins qu’il ne faille y voir un « mariage pour tous » ?).

 

En fait, pareille étude aurait pu faire sens – si elle avait été confiée à quelqu’un de compétent, et qui n’aurait pas simplement cherché, au travers d’une typologie débile, à exposer ses préjugés sur un ton narquois qui ne rend la manœuvre que plus lamentable… Figurez-vous que Jacques Finné trouve le moyen, dans son étude déjà admirablement resserrée et précise, de glisser trois mots sur les Femen en plein examen des « fantômes extrême-orientaux » (p. 242) ; c’est ici que nos amis anglo-saxons écrivent : « WTF ?! », je crois.

 

Mais, en fait, Jacques Finné a fait bien, bien pire encore avant cela… en glissant de semblables récriminations peu ou prou dans le texte même de Lafcadio Hearn ! Dans « Études sur les insectes », Hearn traitant des fourmis nous dit ceci (p. 199) :

 

Ce monde de travail ininterrompu rappelle celui des vestales. Certes, il arrive de voir quelques mâles, mais ils n’apparaissent qu’en des saisons particulières et n’ont rien à voir avec le travail – ni avec les travailleuses. Aucun d’entre eux n’oserait s’adresser à une ouvrière – sauf situation d’urgence ou péril pour la race entière. En échange, aucune travailleuse ne parle à un mâle – dans ce monde bizarre, les mâles sont des êtres inférieurs, tout aussi incapables de travailler que de combattre – on les tolère, mais on voit en eux « un mal nécessaire ».

 

Et là, Jacques Finné nous livre cette précieuse note de bas de page (n° 156) :

 

De nos jours, certaines cyniques défendent pareilles théories. (N.d.T.).

 

Ce qui, vous en conviendrez (une fois de plus…), était non seulement pertinent, mais aussi parfaitement indispensable.

 

 

Bon sang – ce n’est pas en préface, ce n’est pas en postface, c’est dans le texte même !

 

Je ne suis certainement pas le plus fanatiquement féministe des hommes – prétendre le contraire ferait à bon droit rigoler les copines (à moins que ça ne les navre ou ne les agace en égale mesure), même si j’essaye de me soigner, et il est bien temps. Mais quand je lis des conneries pareilles – et surtout associées à un texte originel qui vaut tellement mieux et ne demandait absolument rien de la sorte… Bon sang, c’est vrai qu’il y a du boulot, hein !

 

L’ensemble est de toute façon parfaitement consternant, à peu près systématiquement à côté de la plaque, un vrai catalogue du pire essentialisme appliqué à l’imaginaire, perclus d’archaïsmes et de préjugés, totalement dénué de la moindre culture sur le sujet, pas moins balancé avec un très pénible aplomb souriant et hautain de vieux sage à qui on ne la fait pas.

 

Et il a d’autres marottes – des cibles habituelles, qui n’ont pas grand-chose à voir avec Kwaidan, mais qu’importe : Jacques Finné n’est pas à une gratuité près. On a donc droit aux ritournelles habituelles : le gore c’est le mal absolu, Stephen King est un médiocre voire pire, etc. Au regard des conneries précédemment mentionnées, ces autres formes de préjugés crétins ont quelque chose de reposant, en fin de compte…

 

LAFCADIO HEARN VAUT MIEUX QUE ÇA

 

Mais, bon sang… Comment a-t-on pu publier des bêtises pareilles ? Et dans pareil livre ?

 

Lafcadio Hearn vaut mieux que ça – bien mieux.

 

Ce massacre, décidément, me renvoie aux « traductions » de Lovecraft par François Bon. Je pourrais vaguement passer l’éponge quant à semblables bêtises, si je les trouvais dans un livre médiocre. Mais dans Kwaidan ? C’en est presque criminel…

 

Lisez Kwaidan. Mais pas comme ça. Et si vous n’avez « pas le choix », prenez au moins soin d’arracher la postface – vous y gagnerez.

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (05)

Publié le par Nébal

Illustration tirée du supplément *Stone Cold Dead*

Illustration tirée du supplément *Stone Cold Dead*

Cinquième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici.

 

À ce stade, presque tout provient de la campagne Stone Cold Dead.

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; Rafaela Venegas de la Tore, ou « Rafie », l’élue ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez l'enregistrement de la séance dans la vidéo juste en dessous.

I : TOURISME INDUSTRIEL

 

[I-1 : Warren : Richard Lightgow ; Gamblin’ Joe Wallace] Warren a obtenu de beaux résultats dans son travail avec le Dr Lightgow pour mettre au point de nouvelles prothèses ; le médecin s’est avéré un très bon guide, et, ensemble, ils ont conçu des prototypes prometteurs – sans doute bien plus confortables pour les patients amputés. Il va falloir se livrer à quelques essais, avec un patient volontaire ; mais, si le test est convaincant, le docteur ne doute pas qu’il sera possible d’obtenir un financement sur la durée de la part de Gamblin’ Joe Wallace – lequel est à la recherche de nouveaux débouchés et de nouveaux moyens pour faire parler de sa ville, depuis que le cessez-le-feu a affecté les commandes de son usine de munitions.

 

[I-2 : Warren, Nicholas : Gamblin’ Joe Wallace] Heureux de ce succès, Warren décide de s’octroyer une pause tourisme. Accompagné par Nicholas D. Wolfhound « au cas où », et conscient de ce que le paternalisme viscéral de Gamblin’ Joe Wallace fait que ce n’est pas le jour le plus indiqué pour visiter son usine, qui tourne au minimum en ce jour d’inauguration du tournoi de poker (il a accordé un congé exceptionnel à tous ses employés), le savant fou se replie sur « l’autre » usine de Crimson Bay – cette étonnante blanchisserie située à Chinatown, qui l’intrigue énormément. Le bâtiment fait dans les 300 m² et occupe une cinquantaine de salariés, qui se relaient pour que l’usine, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit, tourne jour et nuit.

 

[I-3 : Warren, Nicholas : Mr Shou, Mr Fong] Warren et Nicholas se rendent dans une sorte de petite boutique, où les particuliers peuvent déposer et récupérer leur linge. La plupart des panneaux sont en chinois, mais il y en a quelques-uns dans un anglais un peu approximatif. Une femme tient le comptoir, et attend, stoïque, que l’on fasse appel à elle. Un homme passablement baraqué reste debout non loin, à côté de la porte conduisant à « l’usine ». Warren et Nicholas s’approchent, mais, silencieusement, l’homme se positionne devant la porte, en faisant « non » de la tête. Warren avance un : « Mr Shou ? Enquête ? » qui ne donne aucun résultat – il faut dire qu’il semble avoir confondu Mr Shou, le patron du bordel le White Tiger, et Mr Fong, le propriétaire et gérant de la blanchisserie, et le « patron » officieux de ChinatownWarren et Nicholas multiplient les gesticulations et les mimes pour convaincre l’homme de leur laisser le passage, mais ne provoquent que son rire…

 

[I-4 : Warren : Mr Fong] Par chance, ils entendent soudain une voix en chinois, derrière eux, et le vigile se met au garde-à-vous ; puis l’homme qui vient de parler ainsi passe à l’anglais, très correct même si avec plus qu’une pointe d’accent : il s’agit de Mr Fong, le patron – un homme très souriant, très aimable. Warren s’empresse de lui expliquer qu’il est ingénieur, curieux de comment les choses fonctionnent ici, et désireux de rendre service si jamais. L’industriel s’en étonne, il ne reçoit guère de touristes, mais veut bien faire une visite guidée – il a vaguement entendu parler du scientifique. Et il admet manquer de personnel qualifié, ici – il n’a pas vraiment d’ingénieur en titre. Les petits soucis habituels peuvent être gérés sur place, mais, pour les problèmes plus importants, il faut souvent faire appel à des ingénieurs bien éloignés – à Shan Fan au mieux, sinon de l’autre côté du Pacifique, Shanghai ou Hongkong

 

[I-5 : Warren : Mr Fong ; Mr Gamblin’ Joe Wallace] Mr Fong fait donc le tour du propriétaire : une grande pièce très bruyante, avec une énorme chaudière (qui occupe cinq hommes à elle seule, en permanence), un réseau de tuyauterie très complexe qui fait tout le tour du hangar, un soufflet conséquent, et une sorte de tapis roulant (nombre des blouses qui y circulent sont du même type, on comprend aisément qu’elles viennent de l’usine de munitions de Gamblin’ Joe Wallace, les deux usines fonctionnent en symbiose) ; un escalier conduit à une mezzanine d’où l’on voit tout le hangar, et où se trouve le bureau du propriétaire ; il y a çà et là des gardes qui surveillent attentivement. Warren est ravi par ce qu’il voit – et positivement surpris : la technologie est assez moderne (mais n’a rien à voir avec la Science étrange, cependant), sans être révolutionnaire, mais c’est surtout qu’on en fait un usage inattendu, très innovant. Il n’a jamais vu ça ailleurs – y compris dans bien des villes plus grandes et plus industrialisées. Il s’intéresse plus particulièrement à la chaudière, et s’entretient avec Mr Fong de son fonctionnement – mais, humblement, le Chinois explique ne pas être un ingénieur… Il a des contremaîtres qui comprennent un peu mieux le fonctionnement de la machine et qui font le relais, lui-même est vite dépassé par tout cela. Mais, oui : c’est le point critique – d’où la très grande attention portée à la chaudière. Le temps passe, la discussion est aimable, mais, au bout d’un moment, très cordialement, Mr Fong explique devoir retourner à son travail, ce qui convient tout à fait à Warren, qui le comprend fort bien ; tous deux ont apprécié leur discussion et échangé leurs cartes.

 

II : AFFEC(TA)TIONS

 

[II-1 : Danny, Rafaela : Russell Drent] Danny et Rafaela se rendent au bureau du shérif, Russell Drent, pour y recevoir leurs affectations en tant qu’adjoints alors que l’inauguration du grand tournoi de poker aura lieu dans quelques heures à peine au Gold Digger. Le shérif a sa mine des mauvais jours : il est sous pression, et faut pas le faire chier… Mais, voyant Danny et Rafaela arriver, il leur demande ce qu’il en est de leur enquête sur le meurtre de Chinatown. Danny dit que cela progresse, de manière assez laconique – Drent aimerait visiblement davantage de détails… En tout cas, il faut continuer à travailler là-dessus.

 

[II-2 : Danny, Rafaela, Beatrice : Russell Dent, Shane Aterton ; Joshua Harranger] Mais il y a beaucoup de travail en sus. Drent balaie l’assistance, passant sans cesse des PJ à Shane Aterton – puis conclut qu’il a besoin de ce dernier ici. Il affecte les nouveaux à la surveillance du port pour cette nuit – il leur faudra voir les hommes de la capitainerie, leur chef est un certain Joshua Harranger. OK pour Danny et Rafie, pas de problème – même si ça leur fait rater l’inauguration. Ils en informent leurs camarades via Tricksy, puis se rendent au port.

 

[II-3 : Danny, Rafaela : Joshua Harranger ; Gamblin’ Joe Wallace, Russell Drent, Shane Aterton] Le port de Crimson Bay a beaucoup changé ces dernières années, à l’évidence : il ne reste plus grand-chose du tout petit port de pêche d’avant l’arrivée de Gamblin’ Joe Wallace. Des travaux conséquents en ont fait un port capable d’accueillir des bateaux de bonne taille, avec trois jetées toutes neuves et imposantes. Et trois bateaux sont actuellement amarrés : le plus gros est le Iron Fish (visiblement un bateau chinois, dont le nom figure d’abord en sinogrammes), les deux autres s’appellent le Sea Wolf et le Morton/Filmore. Danny et Rafaela se rendent à la capitainerie, un bâtiment récent et relativement confortable. Il s'y trouve une dizaine d’hommes qui s’occupent à diverses tâches, et leur chef est Joshua Harranger – un vieux bonhomme qui commence par s’étonner de ce que Drent ne lui ait pas envoyé Shane Aterton, « mais c’est pas grave ». Il a lu des trucs sur les PJ, et notamment « Mr Cody », dans le journal… Inutile d’avoir le pied marin pour bosser ici, qu’ils se rassurent ! Mais Harranger insiste : s’il y a un bateau à surveiller, c’est le Iron Fish, parce que c’est lui qui livre la poudre pour l’usine de munitions, depuis Hongkong ; une partie en a été déchargée, mais il y en a encore à bord. Les cales des deux autres bateaux sont vides. Bien ! Harranger retourne travailler... ou plutôt jouer aux cartes avec ses camarades – que les hommes du shérif fassent ce qu’ils ont à faire.

 

[II-4 : Danny, Rafaela : Beatrice, Warren] Danny et Rafaela font le tour du port, pour en avoir une vue d’ensemble : ce qui demeure du vieux port de pêche, reliquat d’une autre époque ; une avancée rocheuse ; un phare d’une dizaine de mètres de haut – plus une structure qu’un monument… Le port est relativement désert, hormis les hommes de la capitainerie – sans doute les dockers, etc., comptent-ils profiter de l’inauguration du tournoi de poker, qui ne va plus tarder… Danny trouve un endroit bien placé pour surveiller l’ensemble du port et au premier chef le Iron Fish. Rafaela saisit l’occasion pour parler de ce qui leur est arrivé depuis les jours lointains où, enfants puis adolescents, ils avaient été élevés dans le même bordel… Rafie explique comment elle a vu la Vierge de Guadalupe (sa mère était très croyante) – qui lui a confié la mission d’éliminer des créatures maléfiques qui arpentent ce pays. Elle sait que ça sonne bizarre… mais Danny veut bien la croire – surtout parce qu’il a vu Beatrice « faire des choses vraiment bizarres », elle aussi… Mais c’est quoi son rapport avec « le p’tit bonhomme », Warren ? Une sincère amitié ; Rafie avait obtenu du travail auprès de sa famille, et elle s’était attachée à lui – qui avait finalement assez vite compris qu’elle était une femme. Il faisait des expériences… Danny l’interrompt : il a cru comprendre qu’une de ces expériences avait mal tourné pour Rafie ? Oui – celle qui a été suivie de la vision de la Vierge de Guadalupe, en fait. Elle ne l’en blâme pas. Leur amitié est sincère et forte : quand elle a expliqué au savant qu’elle avait une mission, il n’a pas tergiversé et a offert de la suivre et de l’aider – elle l’en remercie. Danny la croit – mais s’il y a un souci, qu’elle n’hésite pas à faire appel à lui ! Il sort une bouteille – ils vont bien avoir besoin de se réchauffer…

III : L’INAUGURATION

 

[III-1 : Beatrice, Warren : Gamblin’ Joe Wallace] La grande rue de Crimson Bay déborde de monde – plus encore devant le Gold Digger, qui a été réaménagé pour l’occasion : il accueille vingt-cinq tables de cinq joueurs, même si, les poules n’ayant pas commencé, la clientèle a pu s’y installer de manière un peu anarchique, et une grande estrade a été dressée, pour que Gamblin’ Joe Wallace fasse son discours d’inauguration. Beatrice, qui est inscrite au tournoi, garde Warren à son bras pour qu’ils se livrent tous deux aux mondanités.

 

[III-2 : Beatrice, Warren : Richard Lightgow, Jon Brims, Tom Jenkins, Slim Jim Carrighan ; Gamblin’ Joe Wallace, Sam « Royal » Bernstein, André de Fonteville, Ace Plinkett] Le savant fou est un peu gêné par cette promiscuité, mais il repère une table où sont installés ses amis le Dr Lightgow et Jon Brims, le croque-mort – ils s’y rendent ensemble, et Warren offre sa tournée (sans alcool – un peu plus loin, Tom Jenkins, le maréchal-ferrant, ne cesse d’en offrir de bien autrement alcoolisées, et il est déjà très rougeaud) ; les serveuses de Slim Jim Carrighan naviguent avec aisance entre les tables pour apporter les commandes de chacun. Warren demande à ses amis s’ils participent au tournoi : le Dr Lightgow dit que non – il aime bien jouer, mais il n’est pas assez doué… « Par contre, Jon, fût un temps… » Mais le croque-mort lève discrètement la main, et son ami le docteur n’en dit pas davantage. Et Warren ? Participe-t-il ? Certainement pas… mais son amie Beatrice, oui. Il ne doit pas y avoir beaucoup de concurrentes, non ? Mais Beatrice la joue de toute façon très humble… Qu’importe : Wallace a réussi son coup. Warren a relevé que Lightgow disait venir « en spectateur » : il trouve cela intéressant de regarder des parties ? Vraiment ? Tout à fait : la psychologie, l’audace, le bluff, la chance… Mais cela va au-delà, quand on a affaire à des grands joueurs comme Sam « Royal » Bernstein. Pour le médecin, c’est le favori – en tout cas son favori, mais il croit vraiment qu’il va gagner ; or on dit qu’il travaille sur les probabilités ! Un jeu vulgaire, le poker ? Cet homme gagne en faisant appel à la science ! Bien sûr, les autres ne sont pas à négliger : André de Fonteville est notoirement un joueur redoutable. Ace Plinkett est moins connu, mais semble prometteur… Beatrice cherche à faire intervenir Jon Brims dans la conversation : lui aussi est venu en spectateur ? Le croque-mort, lentement, lâche enfin quelques mots : oui… Il est venu observer. Il y a pas mal de choses à observer… C’est comme si un courant froid traversait le Gold Digger – heureusement, ça ne dure pas.

 

[III-3 : Gamblin’ Joe Wallace, Russell Drent, André de Fonteville, Ace Plinkett, Sam « Royal » Bernstein ; Richard Lightgow] Le temps passe… Puis, le silence se fait, progressivement, tandis que Gamblin’ Joe Wallace monte sur l’estrade pour faire son discours d’inauguration (le shérif Russell Drent est là, à côté, mais refuse de monter sur l’estrade). Wallace est un orateur doué ; il passe avec une grande fluidité des proclamations un peu ampoulées au discours plus pragmatique du self-made man qu’il est avant toutes choses, n’hésitant pas à glisser aussi des petites blagues sur les personnes dans l’assistance, suscitant bien des rires… Mais il peut aussi se montrer plus sérieux : il évoque le cessez-le-feu, mais surtout le développement de Crimson Bay – le port, le train… L’ambiance est chaleureuse, très agréable. Des salves d’applaudissement ponctuent ses dires. Puis il fait monter sur l’estrade les trois favoris – il sait que c’est une bonne publicité. Il les présente – en commençant par André de Fonteville… qui n’a pas l’air d’un type aimable ; il fait la gueule, il semble même mépriser profondément l’assistance – et ses concurrents, Ace Plinkett en tête, de manière très visible ; son rapport à Sam « Royal » Bernstein est d’un autre ordre – c’est de la rivalité respectueuse, cette fois. Ce dernier a un abord beaucoup plus sympathique – beaucoup plus humble, surtout, même si l’opinion du Dr Lightgow voyant en lui le favori est assez communément partagée. Ace Plinkett est le petit nouveau – et perturbe les autres, visiblement ; à en croire les ragots, c’est un type parfaitement médiocre en tout, et un ignare tant qu’à faire, mais c’est un joueur de poker brillant – tout à l’instinct ? On le dit… Quoi qu’il en soit, tous se voient saluer par des applaudissements enthousiastes. Et, enfin, d’un ton très solennel, Gamblin’ Joe Wallace déclare le grand tournoi de poker de Crimson Bay ouvert !

 

[III-4 : Beatrice, Warren : Tom Jenkins, Richard Lightgow, Jon Brims] Les officiels annoncent alors la composition des vingt-cinq tables de jeu – en invitant les spectateurs à se montrer moins expansifs, pour ne pas perturber les joueurs : on ne réclame pas un silence de cathédrale, simplement un bon compromis – ce que Tom Jenkins, déjà complètement bourré, semble avoir du mal à intégrer… Beatrice se voit donc attribuer une table, et a affaire à quatre inconnus – elle échappe aux stars pour l’heure… Warren reste à ses côtés en spectateur – Lightgow et Brims font le tour des tables : le médecin est visiblement ravi, le croque-mort a toujours autant l’air de se faire chier… Beatrice, le temps que la partie prenne son envol, jette un œil à la sécurité dans la salle. De nombreux hommes du shérif sont là, placés aux endroits stratégiques – ce qui n’a rien d’une surprise, elle avait pu s’en faire une idée en discutant avec ses camarades adjoints ; mais elle remarque aussi un homme et une femme, accoudés à la mezzanine, qui surveillent visiblement la salle – et, pour ceux qui savent voir ce genre de choses, c’est comme s’il y avait un panneau lumineux affichant : « HUCKSTERS ! » Clairement, il s’agit de hucksters engagés pour s’assurer de ce qu’il n’y a pas de hucksters qui participent au tournoi, ce dont Beatrice prend bonne note… Quoi qu’il en soit, cette première partie se passe bien pour elle : elle l’emporte facilement, sans briller, sans trop en faire… Mais en surjouant l’humilité : ceux qu’elle a battus la regardent d’un sale œil !

 

IV : SAINT NICHOLAS DANS LE DÉSERT

 

[IV-1 : Nicholas : Denis O’Hara, Russell Drent, Warren] Nicholas est assez nerveux. Il n’a pas voulu entrer dans le Gold Digger pour l’inauguration, et passe son temps à errer dans la ville – et à surveiller tout le monde. Or… tout le monde se trouve au Gold Digger, ou devant. La rue principale est bondée, au point d’en être étouffante, tandis que tout le reste de Crimson Bay est peu ou prou désert (ou presque : probablement pas Chinatown, par exemple ; Warren avait pu constater que l’assistance était presque uniformément blanche – presque, car, en l’absence d’Asiatiques, il a cependant pu constater la présence de quelques rares Noirs, deux ou trois, pas plus, qui attiraient régulièrement l’attention par leur seule présence). Le faux prêtre le constate même en poursuivant sa ronde du côté de l’église du père Denis O’Hara : le jovial et débonnaire pasteur n’est pas là, sans doute est-il lui aussi au Gold Digger (Warren a pu l’y voir, oui) ; il y a bien deux ou trois enfants qui jouent mollement (ils auraient aimé participer à l’agitation du tournoi…) sous l’œil sévère de leurs mères trop bigotes pour tolérer les jeux d’argent, mais l’ambiance est plus que maussade. Cependant, au fil de ses errances, de temps à autre, Nicholas tombe sur des patrouilles d’agents du shérif – qui s’étonnent sans doute un peu de le croiser lui, si personne ne lui en fait part… Il remarque notamment que les patrouilles se relaient régulièrement devant le bureau du shérif Russell Drent – et il s’en étonne. En fait, il a une intuition soudaine : il y a certes une banque à Crimson Bay, mais… et si le pactole du tournoi, la jolie somme de 15 000 $, était en fait gardé dans le bureau du shérif ?

 

V : UN SUPPLÉMENT DE TENTACULES

 

[V-1 : Danny, Rafaela] La nuit est tombée sur Crimson Bay – et sur son port. Danny et Rafaela font régulièrement des rondes – ils se sont munis de lampes. C’est nécessaire : le phare ne leur est pas d’un grand secours, car la brume s’est levée sur la cote, contrastant avec les beaux couchers de soleil typique de la baie et qui lui ont valu son nom. Les hommes de la capitainerie sont restés dans leur caserne – à jouer au poker, si l’on en croit les insultes et les rires. Les adjoints ont pu constater que le Iron Fish n’était pas désert : il y a, à bord, quelques marins chinois, discrets, et qui n’ont pas cherché à échanger la moindre parole. Mais la brume s’épaissit… et Rafie ne se sent pas très bien ; elle croit entendre des bruits, qu’elle ne sait pas identifier ni expliquer – comme un souffle ? Mais très indistinct dans le bruit du ressac… Elle prend sur elle, faisant appel à la bienveillance de la Vierge de Guadalupe, mais la sensation de quelque chose d’étrange demeure, et elle le signale, avec ses mots, à Danny, plutôt perplexe ; bien, il restera sur ses gardes... Et, bientôt, il entend lui aussi quelque chose – un bruit de bois qui craque, vers le sud du port ! Tous deux s’avancent dans cette direction – et voient enfin un immense tentacule jaillir de l’eau et s’enrouler autour de la proue du Sea Wolf !

 

[V-2 : Danny, Rafaela] Danny hurle pour alerter les hommes de la capitainerie, et court vers la créature. Rafie le suit sur un rythme plus modéré. La pieuvre lâche la proue du bateau, et les tentacules disparaissent à nouveau sous l’eau, mais la tête de la créature demeure visible – elle est colossale ! Et probablement très résistante… Danny en a bientôt la confirmation : il dégaine son colt Dragoon .44, fait feu et touche… mais sans faire de dégâts. Rafie tente une autre approche : faisant appel à la Vierge de Guadalupe, l’élue use d’un Miracle de Tempête afin de perturber et ralentir la créature (il y a une contrepartie : elle sera aussi plus difficile à atteindre…).  Elle remarque en outre qu’il y a non loin des sortes de lance-harpons alignés derrière un étal… Les coups de feu de Danny sont vains – et la pieuvre se reprend : un tentacule jaillit des flots... et percute violemment Rafaela, qui est projetée contre un mur ! L’élue sombre aussitôt dans l’inconscience, sa condition est critique ; elle a subi une redoutable déchirure au niveau du ventre : un coup a suffi… Danny terrorisé par ce qui s’est produit se précipite sur Rafie pour lui venir en aide – et assène un violent coup de gourdin sur le tentacule, qui tenait toujours son amie, et la lâche aussitôt, se repliant rapidement. Les hommes commencent à sortir de la capitainerie – ils sont équipés de lance-harpons. Tandis que Danny met Rafie en sécurité, ils commencent à attaquer la pieuvre géante ; leurs armes sont plus efficaces, mais ne peuvent pas non plus faire de miracles – toutefois, la créature est blessée… et furieuse ! Un virulent coup de tentacule projette un de ses assaillants dans la mer, les os brisés dans un bruit répugnant… Mais elle commence en même temps à dériver, tandis que son sang se mêle à l’eau sombre du port. Danny s’empare d’un lance-harpon abandonné – mais n’a pas le temps d’en faire usage : un des hommes de la capitainerie a enfin pu loger un harpon dans l’œil terrifiant de la créature, qui s’enfonce sous les flots, morte.

 

[V-3 : Danny, Rafaela] Danny ne prend pas le temps de célébrer la victoire : il prend Rafaela inconsciente dans ses bras, sans réfléchir, et court dans la direction de Crimson Bay (quelque chose comme 300 m séparent le port de la ville à proprement parler) : il lui faut un médecin !

VI : PANIQUE EN VILLE

 

[VI-1 : Nicholas] Pendant ce temps, en ville, Nicholas, qui patrouille sans cesse, aux aguets, remarque qu’il y a de l’agitation du côté du bureau du shérif. Il s’en approche, et voit un adjoint dont il ne connaît pas le nom, l’air paniqué, qui en sort et se précipite aussitôt dans la direction du Gold Digger. Nicholas décide de le suivre.

 

 

[VI-2 : Beatrice, Warren, Nicholas, Beatrice : Russell Drent ; Gamblin’ Joe Wallace] À l’intérieur, Beatrice joue au poker – et continue de gagner, pour l’heure, sous l’œil un peu voilé d’incompréhension de son supporter, Warren. Ils n’ont pas pris garde à l’adjoint qui est entré dans le saloon, mais Nicholas l’a suivi, et le voit se rendre aussitôt auprès du shérif Russell Drent, qui surveille la salle à proximité de l’escalier menant à l’étage (et au bureau de Wallace). Jouant des coudes, Nicholas parvient à s’approcher – et entend l’adjoint dire, essoufflé : « On a volé le pactole ! » Drent, aussitôt, lui fait signe de se taire ; il s'approche d'un de ses hommes, et lui chuchote quelque chose – cet adjoint se rend à l’étage auprès de Wallace, tandis que Drent entreprend de sortir du Gold Digger. Nicholas le suit ; Warren, qui ne comprend pas très bien ce qui se passe, rejoint son ami, et Beatrice de même – elle vient de remporter une partie, et, le temps qu’une autre table soit mise en place, elle est libre de ses mouvements. Ils ne sont pas les seuls à remarquer qu’il se passe quelque chose : la foule dans et devant le Gold Digger se met à chuchoter, on entend même parfois le mot « pactole »…

 

[VI-3 : Danny, Rafaela, Warren : Richard Lightgow] Au même moment, Danny approche du Gold Digger, Rafaela inconsciente dans ses bras. Il crie : « Un médecin ! Un médecin ! » Warren, stupéfait, réagit aussitôt en allant chercher le Dr Lightgow à l’intérieur du saloon – le pressant de venir immédiatement : « Rafael » compte beaucoup pour lui ! Tous deux sortent aussitôt en jouant des coudes, tandis que la foule autour d’eux, consternée, est à deux doigts de la panique – et les hommes du shérif sont prêts à dégainer leurs armes… Dans cette ambiance électrique, le très sérieux Dr Lightgow se penche sur Rafie et entreprend de lui donner les premiers soins, tandis que Danny raconte ce qui s’est passé à un Warren qui n’en revient pas… Lightgow fait des miracles : il ne se contente pas de stabiliser l’état de Rafie, son intervention rapide et sûre permet à sa patiente (car il a sans l'ombre d'un doute compris que c'était une femme, s'il n'en fait pas état...) de récupérer un minimum. Warren le remercie, les larmes aux yeux.

 

[VI-4 : Danny, Warren, Rafaela, Nicholas, Beatrice : Russell Drent] Danny, rassuré (Warren reste aux côtés de Rafie, et la ramène au Washington), suppose qu’il lui faut faire son rapport au shérif Russell Drent quant à ce qui s’est passé au port – lui-même étant un peu affolé, il n’a pas pris la mesure de la panique qui gagne la foule rassemblée devant le Gold Digger ; mais Nicholas l’éclaire à ce propos, et lui indique que le shérif a pris la direction de son bureau – tous deux s’y rendent à leur tour, suivis de Beatrice, qui a bien perçu que le tournoi était interrompu. Quelques adjoints, devant le bureau du shérif, ont l’air particulièrement nerveux – et on entend des éclats de voix à l’intérieur. Danny pénètre dans le bâtiment, mais les autres adjoints barrent le passage à Nicholas et Beatrice (qui se montre narquoise, et s’attire quelques regards noirs…).

 

[VI-5 : Danny] Danny tombe bientôt sur le cadavre d’un adjoint, égorgé, noyé dans son propre sang – il y a des traces de pas ensanglantées qui conduisent à la réserve à l’arrière du bureau ; là-bas se trouve un deuxième cadavre d’adjoint, égorgé également. Dans la réserve, il voit un petit coffre-fort, qu’il n’avait jamais repéré avant, sans doute parce qu’il était dissimulé dans un meuble – les deux sont ouverts, et vides. Derrière le meuble, il y a un troisième cadavre – mais cet adjoint-ci n’a pas été égorgé : il y a un impact de balle au niveau de sa jugulaire, et le sang en a giclé très violemment sur les murs. Les traces de pas sont omniprésentes – des traces de bottes… mais aussi... de pieds nus ? Danny en déduit qu’il y avait probablement trois agresseurs – il marmonne ses observations et déductions… Mais impossible de suivre ces traces à l’extérieur : elles se noient dans la boue et le très abondant passage dans la ville euphorique…

 

[VI-6 : Danny : Russell Drent, Glenn Cabott, Gamblin’ Joe Wallace ; Nicholas, Slim Jim Carrighan, Shane Aterton] Tandis que Danny fait ces observations, il entend, dans la pièce principale, un Russell Drent furieux qui réclame des explications – Glenn Cabott se trouve également sur place, qui est revenu de l’entrée est de la ville, qu’il gardait jusqu'alors avec quelques autres adjoints. L’intuition de Nicholas s’avère exacte : c’était ici que l’on conservait la récompense du tournoi, le pactole de 15 000 $. Les trois adjoints morts restaient en permanence à l’intérieur, et les patrouilles à l’extérieur étaient organisées de sorte à multiplier les passages devant le bureau. Mais l’assaut a dû avoir lieu pile au moment où les patrouilles étaient les plus éloignées – il n’y avait donc que les trois adjoints à l’intérieur, qui ont été tués très rapidement. Quand la patrouille est arrivée, elle n’a vu que les cadavres, et le coffre vidé… Drent engueule tout le monde, ses adjoints sont terrorisés. Puis intervient une autre voix – qui gueule encore plus fort, et sur le shérif tout particulièrement ! C’est Wallace, arrivé du Gold Digger et plus furieux que quiconque : son joli rêve du tournoi s’écroule… Danny les rejoint, et, s’il est bien conscient que ce n’est sans doute pas le moment d’évoquer la pieuvre géante, il explique ce qu’il a découvert en observant la scène de crime. Silence… puis Drent, l’air mauvais : « Putain, on a embauché un génie ! » Le shérif va jeter un œil dehors, plus pour se calmer les nerfs qu’autre chose. Wallace retourne quant à lui au Gold Digger, accompagné par Cabott ; le maire va dire à Slim Jim Carrighan de garder le Gold Digger ouvert toute la nuit, et lui-même va payer pas mal de tournées pour essayer de calmer les choses ; ce qui ne sera probablement pas suffisant… Danny a entendu qu’Aterton était affecté à la surveillance de l’usine de munitions, mais on a envoyé un adjoint le prévenir, et il ne devrait plus tarder.

 

[VI-7 : Sam « Royal » Bernstein, Ace Plinkett, André de Fonteville, Gamblin’ Joe Wallace] Au Gold Digger (et devant, car les informations circulent, et c’est comme ça que les PJ apprennent ce qui suit), tout le monde sait maintenant plus ou moins que le pactole a été dérobé – et que l’avenir du tournoi est compromis. Sam « Royal » Bernstein et Ace Plinkett, un peu décontenancés, ne succombent cependant pas à la panique, et attendent de voir comment les choses évoluent – ils entament une partie amicale avec trois autres joueurs, d’ici-là. André de Fonteville, lui, a clairement fait entendre qu’il allait dès que possible monter dans une diligence pour se barrer de « ce patelin de merde ». Il sait très bien que, même très riche, Wallace ne va pas pouvoir aligner aussi sec 15 000 $ de plus ; sans cette récompense, le tournoi ne l'intéresse bien évidemment pas.

 

[VI-8 : Danny, Nicholas, Beatrice : Shane Aterton] Danny et Nicholas retournent au Gold Digger, tandis que Beatrice se rend au Washington. Mais la foule rassemblée devant le saloon est à deux doigts de l’émeute, désormais… Les premiers perdants, qui l’ont mauvaise, et nombre de spectateurs bien trop alcoolisés, commencent à se montrer violents. Et les adjoints ripostent, Shane Aterton en tête, qui est donc revenu de l’usine, et qui ne fait pas dans la demi-mesure : c’est l’escalade, et si ça continue comme ça il y aura des blessés, voire des morts… Danny sait qu’il lui faut agir. Il s’approche d’Aterton, et gueule aux émeutiers de rentrer chez eux, le temps que tout le monde se calme – sans le moindre effet positif. Aterton n’en tient pas compte, et jette même de l’huile sur le feu. La situation s’envenime, c’est flagrant… et Nicholas tente de ramener tout le monde à la raison, avec un sermon des plus improbable, qu’on pourrait résumer par : « Ne vous attachez pas trop aux choses de ce monde, et allez donc tirer un coup au bordel, comme ça tout ira bien. » Les émeutiers sont pour le moins interloqués – ce qui suffit à les calmer un peu… Pas Aterton, qui se montre toujours aussi violent et renverse un homme dans la boue. Nicholas s’approche de la victime de l’adjoint en prêchant sa bonne parole aux autres : « L’église est par là-bas, sinon les troquets sont ouverts, et si vous voulez vous en prendre à Dieu, bon courage à vous », etc. Ce prêtre décidément bien étrange stupéfait tellement ses ouailles du moment que la tension baisse – on entend même quelques rires avinés. D’autres adjoints rentrent dans le jeu de Nicholas, et il en est même pour faire en sorte de ramener Aterton à l’intérieur du Gold Digger. Le risque d’émeute est considérablement réduit…

 

[VI-9 : Beatrice, Warren, Rafaela, Mrs Jenkins : Tom Jenkins, Mike Paltron] Au Washington, Beatrice a expliqué à Warren et Rafie ce qui s’est passé. La huckster, sur une intuition, aimerait jeter un œil à l’écurie de Tom Jenkins – peut-être les voleurs sont-ils passés par là, pour les chevaux ? Rafie est très faible, mais elle ne veut pas rester sans rien faire : elle demande à Warren de l’accompagner dehors, en la transportant avec Roseline, un de ses bras mécaniques, et ils se rendent tous les trois à l’atelier du maréchal-ferrant… que personne ne garde, ce qui n’est pas normal : il y a normalement toujours quelqu’un, c’est un argument important du commerçant, qu’il rappelle sans cesse. Tom Jenkins était complètement bourré au Gold Digger, mais peut-être y a-t-il sa famille au logement à l’étage ? Beatrice tape à la porte – pas de réponse, mais de la lumière filtre par dessous. Elle insiste – et, au bout d’un moment, une voix de femme terrifiée leur crie de s’en aller. Beatrice explique qu’elle accompagne un adjoint du shérif, mais… « Allez-vous-en ! Sinon j’appelle… J’appelle un adjoint ! » Rafie explique être « le Petit Poucet » dont a parlé la presse, mais elle ne veut rien entendre... Il faut qu’elle se calme, ils sont là pour l’aider, et auraient aussi des questions à lui poser. Beatrice entend alors le bruit d’un fusil que l’on arme… « Je suis armée ! Je vais tirer ! Allez-vous-en ! » Mais Rafie fait glisser son étoile sous la porte – ce qui rassure la femme suffisamment pour qu’elle leur ouvre. Mrs Jenkins a un fusil en main, qu’elle ne manie sans doute pas très bien, et elle est toujours très paniquée. Warren lui explique qu’un vol a eu lieu – peut-être les voleurs ont-ils pris des chevaux… Beatrice relève que personne ne gardait l’écurie, c’est pour cela qu’ils sont montés la voir, pour s’assurer qu’il ne lui était rien arrivé… Elle ne s’occupe pas de la gestion de l’atelier, c’est l’affaire de son mari, « sans doute ivre-mort quelque part… » Mais, oui, normalement, il y a toujours quelqu’un, « pour la protéger »… Ce soir, ce devait être un certain Mike Paltron. « Où est-il passé encore celui-là ! » Mais Rafie aimerait jeter un œil aux documents de son époux – ce qu’elle refuse. Bon… En tout cas, qu’elle reste enfermée ici ! Qu’elle n’ouvre à personne ! « Pas même à un adjoint ! » Sauf si c’est lui – « le Petit Poucet »… Mais il faudra que son mari se rende au bureau du shérif, aussi.

 

[VI-10 : Danny, Nicholas : Shane Aterton, Russell Drent, Gamblin’ Joe Wallace] Danny et Nicholas rentrent dans le Gold Digger. Au passage, Danny jette un œil aux bottes de Shane Aterton, mais elles n’ont rien de suspect. L’adjoint toujours à cran leur dit que Drent et Wallace sont à l’étage – visiblement en train de tenter de convaincre les stars du tournoi de poker de rester… Mais la discussion est tendue, et ne portera probablement pas ses fruits.

 

[VI-11 : Danny : Beatrice] Dehors, la foule s’est dispersée et calmée. Danny retourne au bureau du shérif pour voir s’il pourrait encore apprendre quelque chose en observant les lieux du crime, mais ce n’est pas vraiment le cas. Qu’importe : ce qu’il voulait faire, c’était récupérer un objet personnel sur un des cadavres – à ramener à Tricksy, pour qu’elle fasse usage de ses talents bizarres… Il jette son dévolu sur un foulard imbibé de sang.

 

À suivre…

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (04)

Publié le par Nébal

Illustration tirée du livre *Stone Cold Dead*

Illustration tirée du livre *Stone Cold Dead*

Quatrième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici.

 

À ce stade, presque tout provient de la campagne Stone Cold Dead.

 

La joueuse incarnant Rafaela Venegas de la Tore, ou « Rafie », l’élue, était absente. Étaient présents les joueurs incarnant Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez l'enregistrement de la séance dans la vidéo juste en dessous.

I : ENQUÊTE À CHINATOWN

 

[I-1 : Warren : Russell Drent, Shane Aterton ; Richard Lightgow, Mr Shou, Chan] Les PJ sont à Chinatown, où ils ont pu examiner le cadavre retrouvé dans une ruelle derrière le White Tiger, le plus infâme bordel de Crimson Bay, en présence du shérif Russell Drent. Son adjoint Shane Aterton s’occupe de transférer le cadavre au cabinet du Dr Richard Lightgow pour une autopsie – Warren, guère désireux de rester dans le coin, s’y rend de même, pour assister son nouvel ami dans son travail. Fouiller le cadavre n’a rien donné – rien, notamment, qui permette de l’identifier. Le shérif a expliqué que, normalement, il ne s’occupe pas des affaires de Chinatown, mais il ne peut pas appliquer cette politique à la veille du grand tournoi de poker – ce serait une très mauvaise publicité pour la ville. Il a confié deux noms aux PJ : celui de Mr Shou, le patron du White Tiger, et celui de Chan (« ou Tchang ? On sait jamais vraiment avec eux… »), un employé du précédent, celui qui a trouvé le cadavre.

 

[I-2 : Nicholas : Shane Aterton, Glenn Cabott] Nicholas scrute les environs, curieux de savoir si quelqu’un les observe. La foule des badauds a été dispersée par Shane Aterton et Glenn Cabott, mais rien de spécial au-delà.

 

 

 

[I-3 : Nicholas, Beatrice, Danny : Mr Shou, Chan, Rafaela] Normalement, le White Tiger est fermé en journée, mais il y a clairement de l’activité à l’intérieur, et un videur invite d’un geste (accompagné de quelques mots d’un anglais très approximatif) les PJ à pénétrer à l’intérieur, où, de toute évidence, Mr Shou les attend. Mais les filles ne sont pas là. Un autre gros dur indique l’escalier menant au premier étage, où se trouve le bureau du gérant – gardé par un énième molosse, le plus impressionnant de tous, et qui ne passe pas inaperçu avec son inquiétante chemise rouge sang. Mais Mr Shou, vêtu richement et à l’occidentale, accueille les PJ avec un sourire et dans un anglais parfait (une sacrée exception dans le quartier), où pointe à peine un reliquat d’accent ; il est d'une extrême politesse. Le bureau pue le fric – avec un goût prononcé pour les dorures. Il y a un autre homme dans la pièce, visiblement d’un tout autre statut et très nerveux – le dénommé Chan. Nicholas et Beatrice attendent clairement que les adjoints « officiels » entament le dialogue, et, Rafaela restant en retrait, Danny s’y résout. Très déférent, Mr Shou reconnaît en lui « le Daniel Cody dont a parlé la presse ». Chan ne parlant pas très bien l’anglais, le patron du White Tiger offre de faire office de traducteur. L’employé, très nerveux (et qui commence par répéter sans cesse, en anglais : « Rien vu ! Rien vu, rien entendu ! »), explique enfin, via son employeur (quant à lui d’un calme olympien), avoir découvert le corps à l’aube, tandis qu’il sortait les poubelles, comme d’habitude, par la porte située à l’arrière de l’établissement (le cadavre n’était pas juste en face, mais à une vingtaine de mètres environ) ; bon citoyen, il a aussitôt prévenu Mr Shou, qui s’honore lui aussi de ce titre et dit avoir aussitôt contacté le bureau du shérif. Chan n’a visiblement pas grand-chose de plus à dire…

 

[I-4 : Beatrice : Mr Shou] Mais le gérant est formel : la victime n’a pas mis les pieds au White Tiger. Personne ne l’y a vu – et lui-même y était présent tout au long des horaires d’ouverture, comme à son habitude. Il assure les enquêteurs de sa totale coopération : sans doute est-ce un peu tard pour faire vraiment preuve de discrétion, mais, d’une manière ou d’une autre, c’est lui qui à le plus à perdre dans cette sale affaire – on devine, dans ses intonations, qu’il est furieux de ce qui s’est produit, et qui l’incrimine tant… Il avance même qu’on aurait pu délibérément chercher à lui nuire – sans dire qui exactement ; mais il ajoute que personne, à Chinatown, n’oserait pareille folie – il ne le tolérerait pas, pas même les activités de petits délinquants à proximité de son établissement : à Beatrice qui l’interrogeait à ce propos, il répond sur un ton plus brut, et foncièrement intimidant – qui suffit à convaincre la huckster que ce n’est pas là un homme qu’on aimerait s’aliéner.

 

[I-5 : Danny, Nicholas : Mr Shou, Chan] Danny ne remet pas en cause le témoignage de Mr Shou, mais il aimerait cependant faire le tour du White Tiger en quête d’indices concernant l’éventuel passage de la victime dans les lieux. Le patron suppose que c’est dans l’ordre des choses, et ne fait pas de difficultés : il offre de servir de guide – après avoir aboyé quelque chose en chinois à Chan, sur le ton d’un employeur passablement agacé. Le molosse à la chemise rouge accompagne les visiteurs. Rien à relever dans la salle principale – très décemment entretenue. Mais il y a aussi vingt chambres, réparties sur deux étages. Danny tient à les visiter toutes : « Cela va être quelque peu monotone... » dit Mr Shou, mais cela ne lui pose pas de problème. Les chambres ne donnent pas la même impression que la salle principale – c’est plus sale… Elles sont par ailleurs vides, les filles ne sont pas là. Nicholas s’en étonne… Mais il guette les taches de sang – et constate qu’il y en a dans plusieurs chambres, au moins six : ce n’est pas une vraie piste – mais le simple constat de ce que les services offerts par le White Tiger peuvent impliquer des actes de cruauté sur les prostituées. Danny en fait la remarque – Mr Shou ne nie rien : certains de ses clients ont des désirs « particuliers », et il faut bien que quelqu'un les satisfasse… « Mais rien de si sordide ; nos filles sont habituées à supporter une gifle à l’occasion, cela n’a rien de bien méchant. » Danny n’insiste pas – mais s’étonne à son tour de l’absence des filles, qu’il aimerait interroger. Il met en avant qu’il a une certaine expérience des bordels, pour avoir été élevé dans un. Mr Shou répond laconiquement qu’elles se reposent après une longue nuit de travail… et les filles ont leurs propres quartiers. Danny fait la moue, mais n’en dit pas plus. Il constate de toute façon que Mr Shou se montre globalement très coopératif, et sans doute sincère – la question des filles le rend plus réservé, mais il ne semble pas avoir l’intention d’induire en erreur les enquêteurs.

 

[I-6 : Danny, Beatrice, Nicholas : Mr Shou, Chan] Danny compte dès lors poursuivre les investigations à l’extérieur – Mr Shou oriente les PJ vers la porte arrière, en dépêchant son garde du corps pour les accompagner ; lui-même demeure dans son établissement, mais reste à la disposition des enquêteurs, et offre par ailleurs ses services, de traducteur notamment, si les adjoints du shérif rencontraient des difficultés à cet égard dans Chinatown. Beatrice se trouvait déjà devant la porte arrière, après avoir surveillé les activités de Chan – qui demeurait très nerveux, à l’évidence, mais travaillait « normalement ». Nicholas constate qu’il n’a a priori pas d’endroit particulier où déposer les poubelles à proximité. Et Danny perçoit une sale odeur… Pas la blanchisserie, davantage au sud – plutôt quelque chose qui vient du nord. Le faux prêtre fait le même constat – et identifie un élevage de porcs assez conséquent (facile une centaine de bêtes), où l’odeur est particulièrement atroce (le Chinois à la chemise rouge les suit). Il y a une enseigne au-dessus de la bâtisse, mais elle est en chinois. Nicholas ne manque pas de remarquer (discrètement…) que ces animaux mangent tout, et suppose que c’est ainsi que disparaissent les ordures… Dans tous les sens du terme ? Mais Beatrice et Danny sont plus réservés : justement, cette fois du moins, le cadavre n’a pas disparu… Bon, ils peuvent garder l’idée en tête.

 

II : AUTOPSIE AU PETIT DÉJEUNER

 

[II-1 : Warren : Shane Aterton, Glenn Cabott, Richard Lightgow ; les cousins Sannington] Pendant ce temps, Warren a accompagné les adjoints du shérif Shane Aterton et Glenn Cabott à la « clinique » du Dr Richard Lightgow, son ami. Ils ont fait en sorte de ne pas trop attirer le regard des badauds, mais c’était sans doute peine perdue… Les adjoints déposent le cadavre sur la table d’autopsie – Warren avait déjà assisté le Dr Lightgow dans ses œuvres, sur le cadavre d’un des cousins Sannington. Il explique au docteur la situation, et ce dernier ne voit aucun inconvénient à ce qu’il assiste à l’autopsie, même s’il jette d’abord un œil à Aterton, qui s’en fout complètement (Cabott, de son côté, est retourné au bureau du shérif).

 

[II-2 : Warren : Richard Lightgow ; Russell Drent] Lightgow se met au travail. La victime est un homme blanc, les cheveux bruns ; 25 à 30 ans, taille moyenne, assez large d’épaules sans être spécialement baraqué… Warren demande au docteur s’il aurait pu croiser cette personne, mais il ne le croit pas. Le docteur confirme vite que la victime a été battue à mort, avec de nombreux coups portés au visage, qui l’ont défiguré, ainsi qu’à l’abdomen – la cause du décès est une hémorragie interne à ce niveau ; il y a plusieurs cotes de cassé, mais l’intuition du shérif Drent concernant un poumon perforé s’avère erronée. Par contre, la rate et le foie ont éclaté. Cela implique des coups particulièrement violents. Le docteur se penche sur le cadavre et fait signe à Warren de jeter un œil à des traces qu’il a repérées à la commissure des lèvres : « C’est assez sordide… Il a été bâillonné. Des coups pareils l’auraient sans doute fait hurler, autrement… » Warren se demande s’il aurait également pu être ligoté, et Lightgow confirme qu’il avait les mains liées – il ne sait pas ce qu’il en est des jambes. Le cadavre a probablement été traîné, sans pouvoir déterminer plus précisément où l’inconnu a été tué, ou sur quelle distance il a été transporté. En tout cas, c’est frais – il est mort il y a quelques heures à peine. Warren suggère d’étudier ce que la victime a consommé avant de périr ; dans son état, ce n’est pas forcément évident à déterminer, mais Lightgow est à peu près certain que le macchabée n’a rien mangé dans la nuit – par contre, il avait bu, très clairement. Sans que cela soit forcément habituel chez lui. Pas de signes distinctifs autrement, de type marque de naissance, cicatrice, etc.

 

[II-3 : Warren : Richard Lightgow, Shane Aterton ; Josh Newcombe, Jon Brims] Warren se demande s’il serait possible de faire quoi que ce soit pour aider les adjoints dans leur enquête. Prendre une photo est faisable, mais, dans cet état… Le Dr Lightgow avance que, s’ils trouvaient d’autres éléments pour « reconstituer » le visage de la victime, ils pourraient faire appel à Josh Newcombe, qui « a un bon coup de crayon » ; mais il sait que les PJ ont eu affaire au bonhomme, qui n’est sans doute pas le type le plus fiable à Crimson BayAterton se fout complètement de tout ça : il bâille sans cesse. Quoi qu’il en soit, le cadavre va rester disponible à la morgue dans les quelques jours qui viennent, mais ensuite il faudra l’enterrer – le boulot de Jon Brims.

 

[II-4 : Warren, Danny, Beatrice : Richard Lightgow] Les autres PJ se rendent au cabinet du Dr Lightgow après le départ de Warren (le Chinois a cessé de les suivre dès l’instant qu’ils ont quitté Chinatown). Danny, à la suggestion de Beatrice, prend le docteur à part pour qu’il lui fasse son rapport, tandis que la huckster, laissée seule avec le cadavre, use de son sort de Pressentiment pour en apprendre davantage sur les conditions de sa mort. L’effet a quelque chose d’un peu traumatisant, car Beatrice se retrouve à la place du type tabassé, en vue subjective – elle sent les coups, elle sent aussi le bâillon sur sa bouche. Difficile dans ces conditions de se montrer très précise quant à ce qu’il passe, mais elle peut au moins déterminer qu’il y avait trois agresseurs, avec des vêtements occidentaux et un foulard sur le visage ; mais, en pleine nuit, elle ne peut pas se montrer plus précise... La scène a lieu dans une ruelle inidentifiable en tant que telle, mais probablement différente de celle où le corps a été retrouvé – en fait, ce n’était probablement pas dans Chinatown, de manière générale.

III : LA CHASSE AUX INDICES

 

[III-1 : Nicholas : Josh Newcombe, Ned Bland] Les PJ se retrouvent tous au Washington pour discuter de tout ça en déjeunant. Quand ils pénètrent dans la salle de restaurant, ils sont interloqués par l’attitude des clients, visiblement morts de rire à la lecture du journal. Nicholas attrape un exemplaire du Crimson Post, avec en une un dessin d’une gigantesque pieuvre. Il lit à haute voix l’article associé :

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (04)

La Terrible Pieuvre du Pacifique Nord aperçue au large de Shan Fan !

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

Panique à Shan Fan ! Et, exceptionnellement, ce n’est pas là le fait des Triades qui rongent cette ville déjà considérablement affectée par le Grand Tremblement de Terre… On a appris, de source sûre, qu’une Titanesque Créature, une Sorte de Pieuvre ayant atteint les proportions d’un véritable Léviathan, rôde dans les eaux traîtresses de ce qui était encore il y a peu le splendide Golden Gate.

 

Plusieurs pêcheurs l’ont aperçue, dont Mr Ned Bland, un vétéran de la chasse à la baleine – le Pittoresque Navigateur n’a pas manqué d’effrayer ses confrères avec le récit plus vrai que nature de cet Animal Monstrueux, qui aurait, sous les propres yeux du pauvre (mais courageux) harponneur, englouti trois navires dans son Bec Immonde, en un seul Coup Vicieux de Colossal Tentacule ! Ces trois navires (de bonne taille) n’ont pas encore été identifiés, mais nous ne doutons pas un seul instant être sous peu en mesure de confirmer cette précieuse information, et de livrer, si nécessaire, pareils détails, que vous avouerez cependant bien dérisoires voire futiles alors que la Menace s’apprête à frapper à nouveau…

 

Et ce pourrait bien être dans les eaux de Crimson Bay ! Car tous les marins interrogés à ce propos sont formels : le Céphalopode Démoniaque a pris la route du Nord… Le Crimson Post ne manquera pas de vous tenir informés de la Situation. Ne manquez pas notre prochaine Edition Spéciale !

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

[III-2 : Danny, Beatrice, Nicholas : Mr Jansen ; Mr Shou] Danny explose de rire, comme la majorité des convives… Puis ils se retirent dans une chambre pour faire le point – notamment suite aux révélations de Beatrice, dont les autres ne savaient encore rien. La huckster suppose qu’ils pourraient se renseigner sur un groupe de trois voyageurs… Sinon, c’est que les tueurs habitent en ville. L’intention de nuire à Mr Shou n’en paraît que plus plausible. Nicholas suppose qu’ils pourraient aussi écumer les lieux où l’on consomme de l’alcool en ville – et cela inclut les bordels. Beatrice ajoute que les moyens de transport doivent aussi être envisagés (on peut venir à Crimson Bay par bateau, même si ça n’est pas très fréquent, par train depuis Portland ou Shan Fan, mais c’est surtout du fret qui transite par la ville, et par une petite ligne pas rattachée aux grands réseaux, ou enfin au relais de diligence – ceci bien sûr à la condition que la victime ne soit pas venue par ses propres moyens). Et il faut aussi, ajoute-t-elle, se renseigner auprès des hôtels – une chambre réservée quelque part, où la victime ne serait jamais venue… Ils sont au Washington, après tout, et interrogent donc Mr Jansen, au travail derrière son comptoir ; il confirme bien vite qu’un homme est passé la veille, en fin d’après-midi, pour se renseigner sur les tarifs, mais explique qu’il est parti après quelques verres sans réserver – simplement en promettant qu’il reviendrait quelques heures plus tard ; ce qu’il n’a pas fait. Danny remercie l’hôtelier (qui lui donne sans cesse du : « Monsieur l’adjoint. »).

 

[III-3 : Danny : Slim Jim Carrighan] Étape suivante : le Gold Digger, très fébrile à deux jours du tournoi de poker (une grande banderole a été suspendue sur la rue principale), même si les « stars » ne sont pas encore arrivées. Danny interroge le barman, Slim Jim Carrighan, qui est formel – personne n’est passé la veille qui aurait correspondu au profil esquissé. Danny (ou « Mr Cody »…) le remercie et ne s’attarde pas davantage.

 

[III-4 : Danny : Jeff Liston] Côté bars à proprement parler, ne reste plus que le Red Bear – le moins bien fréquenté, et celui que Danny préfère. Mais, surprise en arrivant, le bouge est fermé… Une affiche est plantée sur la porte, qui dit : « FERMÉ POUR TROIS JOURS ». Danny en est très étonné : fermer en cette période, à la veille du grand tournoi de poker ? S’est-il passé quelque chose dans la soirée ? Le nouvel adjoint fait le tour de l’établissement, jetant un œil aux ruelles à l’arrière, sans rien y relever de spécial (il n’y a pas de porte arrière au Red Bear). Mais l’épicier à côté du bouge explique que Jeff Liston, et ça n’a rien d’un secret, a « d’autres occupations » : il ferme régulièrement comme ça, généralement pas sans prévenir, pour aller chasser l’ours dans la forêt de Red Sun – la vraie passion de l’ex-trappeur. Il habite normalement à l’étage de son établissement, mais là il doit être quelque part en forêt, Dieu sait où… Nicholas jette tout de même un œil à la porte du Red Bear : elle est verrouillée – mais sans doute pas très solide.

 

[III-5 : Danny, Beatrice, Warren, Nicholas : Mike Jones ; Al Burden, Richard Lightgow] Ne pouvant en apprendre davantage pour l’heure, les PJ décident de se rendre au relais routier Jones, très actif en cette période. Mike Jones est un individu foncièrement désagréable, qui se montre très grossier devant les PJ en refusant d’abandonner son travail pour se consacrer à eux (il ne lève même pas les yeux de ses dossiers), ne répondant à leurs questions que très sèchement, en tamponnant feuille après feuille. Danny se montre quant à lui très poli, et fournit à Jones autant de détails que possible. Le bonhomme ne lui prêtant pas attention, il met en avant son statut d’adjoint du shérif (en exhibant son étoile). Jones ne se montre pas plus aimable, et Danny commence à avoir les poings qui le chatouillent… Mais en précisant la description avec les vêtements, Jones finit par supposer que la personne qu’ils recherchent pourrait être un certain Al Burden, arrivé la veille de Portland, et qui doit repartir dans quelques heures pour Shan Fan « pour affaires ». Seul a priori. Comptait passer la nuit en ville, disait qu’il faisait toujours comme ça parce qu’il n’aimait pas les longs voyages, ce genre de choses. Beatrice lui demande s’il y aurait un groupe de trois personnes de prévu pour cette diligence, mais non, pas a priori. Il y a un problème avec la réservation de ce Mr Burden ? Danny se montre mystérieux, et dit qu’il va attendre de le voir monter dans la diligence. Beatrice et lui vont rester à jouer aux cartes sous un porche, si Jones veut bien lui faire signe quand son client arrive (Warren va travailler sur ses prothèses pour le Dr Lightgow, il fait quelques progrès, l’ambiance est agréable ; Nicholas s’en retourne au Washington). Le temps passe, on prépare la diligence pour Shan Fan : cinq passagers arrivent progressivement, qui n’ont rien de suspect (en dehors d’un vieux couple, il y a trois hommes, mais qui ne voyagent pas ensemble de manière générale, et dont l’allure très disparate ne correspond pas à ce que Beatrice avait entraperçu avec son Pressentiment). Mais Al Burden manque à l’appel… Danny pense avoir identifié la victime, et suppose à bon droit que Mike Jones tient des registres très complets ; il obtient une copie de sa fiche sur le passager absent (qu’il serait bien en peine de lire, mais ses camarades sauront le faire à sa place). Après quoi le grossier bonhomme se replonge dans son travail en maugréant, visiblement désireux qu’on lui foute enfin la paix…

 

[III-6 : Danny, Beatrice : Russell Drent, Shane Aterton, Rafaela ; Mike Jones, Al Burden] Danny et Beatrice se rendent illico au bureau du shérif Russell Drent – s’y trouve également Shane Aterton. Le shérif est bourru, avec toute cette agitation – Danny et Rafaela, dans la semaine qui vient de s’écouler, ont amplement eu l’occasion de constater qu’il n’était pas du genre commode, et n’aimait pas qu’on lui fasse perdre son temps… Il jette un œil à la fiche de Mike Jones, mais le nom d’Al Burden ne lui dit rien (pour la forme, il regarde les affiches « Wanted » qui tapissent le mur de son bureau, mais, non, rien). C’est une avancée, il ne dira pas le contraire – mais qu’ils ne reviennent pas avant d’avoir trouvé des éléments plus probants : il a du travail !

 

[III-7 : Nicholas, Beatrice, Danny : Al Burden] Les PJ se retrouvent, et Nicholas fait méthodiquement le point sur l’itinéraire emprunté par Al Burden : le type est arrivé de Portland par la diligence de 15 h. Il s’est alors rendu au Washington, où il a bu quelques verres, promettant de revenir dans la soirée prendre une chambre, ce qu’il n’a pas fait. Beatrice relève qu’à ce stade il n’avait pas assez bu pour être cuité – ça, il l’a fait plus tard. Au Red Bear ? Peut-être. Mais Danny tend à croire qu’il s’est (d’abord ?) rendu dans un bordel. Pour y passer la nuit ? Au White Tiger, ça aurait été envisageable, car il ferme à l’aube, mais le London et le Paradise ferment quant à eux vers 3 ou 4 h du matin. Les vêtements de qualité de la victime incitent plutôt Danny à chercher du côté du London, la maison de passe la plus cotée de la ville.

 

[III-8 : Danny, Beatrice : Gamblin’ Joe Wallace, Slim Jim Carrighan ; Al Burden] En début de soirée, les PJ se rendent au Gold Digger dans l’espoir de voir Gamblin’ Joe Wallace. Le maire est débordé… Il supervise l’aménagement du saloon, où vingt-cinq tables de cinq joueurs doivent être mises en place, et en profite pour revoir certains aspects de la décoration. Tandis que Slim Jim Carrighan et ses serveuses enchaînent les commandes, Wallace fait sa tournée habituelle des clients, mais pour la forme : il ne peut pas consacrer plus d’une minute à qui que ce soit. Danny laisse Beatrice prendre l’initiative d’aborder le maire – qui ne cache pas être pressé. Mais la huckster relève que Wallace a la réputation d’accueillir tout le monde en ville – en principe, oui, mais il y a beaucoup d’arrivants en ce moment… Certes – mais le nom d’Al Burden lui dirait-il quelque chose ? Le maire prend le temps d’y réfléchir ; mais, non, ce n’est pas le cas.

 

[III-9 : Danny, Nicholas, Beatrice : Ms Worthington ; Al Burden, Jeff Liston] Danny n’y croyait pas, de toute façon ; il emmène les autres au London. Nicholas, un peu paranoïaque, se demande s’ils ne sont pas suivis, mais a priori non – ceci dit, il y a tellement de monde en ville… La propriétaire et gérante du London est une certaine Ms Worthington, C’est de toute évidence un établissement de qualité, tenu avec soin, avec une décoration du meilleur goût, des filles absolument sublimes… et une clientèle uniformément blanche ; la carte des tarifs est à l’avenant (avec notamment des alcools de qualité, très coûteux, en provenance directe de la cave du Gold Digger). Beatrice aborde la gérante, qui dirige les opérations depuis sa place derrière le comptoir – un peu à la manière d’un chef-d’orchestre. D’abord un peu sceptique, Ms Worthington se montre plus aimable quand Beatrice précise accompagner l’adjoint au shérif, Danny – la mère maquerelle s’était méprise sur son compte, croyant tout d’abord que Beatrice venait lui proposer ses services, ce qui était hors de question… Tricksy décrit Al Burden, en précisant son nom – ce dernier ne dit rien à Ms Worthington, mais la description lui évoque, sans grande certitude, un « gentleman » effectivement passé la veille, dès l’ouverture – il avait sollicité une fille, « Clara » sauf erreur. Il avait réglé la passe comptant, bu plusieurs verres d’un de ses meilleurs whiskys mais pas au point d’être véritablement enivré, après quoi il était monté avec la fille, qu’il a traitée avec tous les égards dus à une dame : « Un client idéal. » Il est reparti seul vers 21 h. Beatrice souhaiterait s’entretenir avec Clara – elle est disponible : si c’est une enquête pour le bureau du shérif… La fille est splendide, souriante, très polie, très coopérative – son client n’était pas du genre à s’épancher, mais, à peine un peu éméché, il avait l’alcool joyeux ; elle lui a proposé de rester autant qu’il le souhaitait, mais il avait d’autres projets : il parlait d’aller jouer aux cartes. Vu ce qu’il cherchait au juste, Clara lui a conseillé le Red Bear. Danny échappe un : « Ah ! Quand même ! » qui perturbe un peu la prostituée… Ce client avait de l’argent, elle lui avait donc d’abord conseillé le Gold Digger, mais il a expliqué préférer les choses plus « simples », « pittoresques » : l’établissement de Jeff Liston lui paraissait tout désigné. Beatrice et Danny remercient leurs interlocutrices (Ms Worthington précisant qu’elle souhaite compter bientôt « Mr Cody » parmi les clients de son établissement), et prennent aussitôt la direction du Red BearDanny d’un pas très décidé.

IV : DANS LA TANIÈRE DE L’OURS ROUGE

 

[IV-1 : Danny, Beatrice, Nicholas : Jeff Liston, Russell Drent] Le Red Bear est bien sûr toujours fermé. Quelques clients potentiels, déjà un peu allumés, ont la mauvaise surprise de trouver le tripot dans cet état, et semblent hésiter sur l’endroit où aller… Danny n’y prête pas vraiment attention, et va frapper à la porte du bouge de Jeff Liston. Pas de réponse. Il colle son oreille à la paroi, mais n’entend rien. Les PJ avaient par ailleurs pu constater que le saloon n’avait pas de fenêtres. Beatrice rappelle tout de même que rien n’incrimine forcément Liston… mais cette absence est décidément suspecte. Danny demanderait bien au shérif Drent l’autorisation de perquisitionner légalement le Red Bear, mais sait très bien que son supérieur l’enverrait chier… Nicholas n’a pas ce genre de scrupules : Danny est la loi ! Oui, mais il y a des passants… Le bagarreur préfère attendre que l’affluence diminue : le temps de prendre un bon dîner.

 

[IV-2 : Danny] Les PJ reviennent vers minuit. Il n’y a plus de passage à cette heure-là – justement parce que le Red Bear est fermé. Danny s’appuie contre la porte pour tâter sa résistance : elle cédera facilement. Par précaution, il tape à nouveau à la porte – toujours pas de réponse. Danny donne un bon coup d’épaule, puis un second : la porte est ouverte, pas au point d’être sortie de ses gonds, mais ce sera tout de même visible.

 

[IV-3 : Nicholas, Danny, Beatrice : Jeff Liston, Al Burden] Nicholas enjoint ses camarades à la prudence : un trappeur, ça sait poser des pièges… Danny prend par ailleurs soin de bloquer la porte avec une table. La pièce est totalement obscure, mais il y a des lampes à huile sur chaque table. C’est vraiment miteux – mal, voire pas, nettoyé depuis la veille. Ils regardent d’un autre œil les nombreux massacres d’ours suspendus aux murs – réalisés par un taxidermiste accompli. Nicholas cherche un fusil accroché à un râtelier, comme font souvent les chasseurs, mais non. Par contre, derrière le comptoir, Beatrice trouve très vite un autre fusil, solide mais pas des plus approprié pour la chasse – c’est une grosse pétoire, qui fait beaucoup de bruit, et éventuellement beaucoup de dégâts sur les clients récalcitrants ; Beatrice prend soin d’en retirer les cartouches. Elle trouve aussi un pistolet à côté – mais elle et Nicholas s’y connaissent en armes de poing, et celle-ci est probablement hors d’usage ; elle n’est d’ailleurs même pas chargée – mais des traces sur la crosse laissent supposer qu’on a pu l’utiliser comme arme contondante. Les réserves d’alcool sont derrière le comptoir également – des trucs infâmes, dont la « recette spéciale » que Liston avait mentionnée comme n’étant pas « une boisson de fillettes ». Une porte près du comptoir donne sur une sorte de réserve – qui s’avère être plutôt l’atelier de taxidermie du tenancier, avec ses nombreux outils, et un râtelier d’armes presque vide. À l’étage se trouve l’appartement de Jeff Liston : il est vide, et on n’y a pas dormi la nuit précédente. Danny y cherche des affaires ayant pu appartenir à Al Burden, mais rien ne semble coller – tout va dans le sens de la vie qu’ils peuvent supposer être celle de l’ex-trappeur (dont le matériel de chasse est absent). Danny suppose que Liston est bien parti dans la forêt de Red Sun, il n’a peut-être rien à voir avec tout ça, c’est peut-être effectivement une coïncidence… Mais il est possible aussi que des clients du Red Bear soient coupables.

 

[IV-4 : Beatrice, Nicholas : Jeff Liston] Beatrice use à nouveau de son Pouvoir de Pressentiment sur le râtelier d’armes de l’atelier ; elle a la sensation de Jeff Liston en faisant régulièrement usage, et voit un fusil de chasse très impressionnant – rien à voir avec la pétoire sous le comptoir. La huckster, à la suggestion de Nicholas, réitère son sort sur l’affiche placardée sur la porte – sans doute la dernière chose que Liston a touchée ici. Elle a une vision du trappeur qui la cloue ; c’est la nuit, juste un peu avant l’aube ; il a un gros sac sur le dos, et son fusil de chasse ; il a l’air un peu fatigué, mais aussi content – et pas le moins du monde nerveux. Ils ne s’attardent pas davantage, et vont se coucher dans leur hôtel.

V : PIÉTINER… OU PAS ?

 

[V-1 : Jeff Liston] Le lendemain soir, ce sera l’inauguration du grand tournoi de poker. La ville est fébrile et active. Les PJ, quant à eux, ont un peu le sentiment d’être dans une impasse… Leur enquête a plutôt bien progressé au départ, mais que faire maintenant ? Le retour de Jeff Liston semble constituer la prochaine étape, mais elle ne dépend donc pas d’eux…

 

[V-2 : Nicholas, Danny : Tom Jenkins, Steve] Mais la nuit porte conseil, et Nicholas n’est pas du genre à rester les bras croisés. Dans la matinée, il se rend à l’atelier du maréchal-ferrant, Tom Jenkins – il sait qu’il s’y trouve toujours quelqu’un, la nuit, pour surveiller les chevaux ; or l’atelier est très proche du Red Bear, on en voit aisément l’entrée… C’est une piste intéressante aux yeux de Danny, qui accompagne le faux prêtre. Le patron est un peu rougeaud – il est très enthousiaste à la perspective du tournoi, et, dans les jours qui précèdent, on l’a beaucoup vu au Gold Digger, où il payait tournée sur tournée, l’air absolument ravi (et gentiment lourdingue, du genre qui fait sourire et un peu ricaner plutôt qu’il n’agace). Les PJ lui demandent qui avait monté la garde deux nuits plus tôt – il s’agissait de Steve, le gamin qui les avait accueillis à Crimson Bay, un des apprentis du maréchal-ferrant. Ils l’interrogent sur ce qu’il a pu voir ou entendre l’avant-veille du côté du Red Bear… Mais absolument rien de spécial ! Danny en est parfaitement démoralisé… Ils n’ont plus qu’à attendre le retour de Jeff Liston.

 

[V-3 : Beatrice, Danny : André de Fonteville, Ace Plinkett, Sam « Royal » Bernstein, Russell Drent, Rafaela] La journée s’écoule… Les « stars » du tournoi de poker sont arrivées, chacune de son côté : André de Fonteville, Ace Plinkett et Sam « Royal » Bernstein – ils ne sont pas passés inaperçus. Il y a certes 122 autres participants… mais ils sont d’une tout autre catégorie. Parmi les inscrits figure donc Beatrice. Elle a pris soin d’étudier le règlement, et constaté deux choses : une politique très particulière, assurée par le shérif Russell Drent, impliquera de faire quitter la ville aux perdants au fur et à mesure de leurs défaites (plus exactement, ils ont droit à une dernière nuit en ville ; un crédit particulièrement élevé semble pouvoir légitimer des exceptions, de même que la résidence à Crimson Bay) – ceci afin d’éviter que ne se forment des attroupements de mécontents susceptibles de faire du grabuge, et tout autant de circonvenir les « fausses inscriptions » de desperados qui auraient d’autres choses que le poker en tête… En fait, ce sera une tâche non négligeable des adjoints du shérif dans les jours qui viennent – Danny et Rafaela inclus. Par ailleurs, une clause sibylline du règlement n’est véritablement compréhensible que par ceux, rares, qui sont concernés : les hucksters ne seront pas tolérés – ce dont la huckster prend bonne note…

 

[V-4 : Danny, Beatrice, Nicholas : Jeff Liston] Puis se produit l’événement que Danny attendait avec tant d’impatience : le retour en ville de Jeff Liston, qui remplace son affiche sur la porte (défoncée, mauvaise surprise à l’arrivée…) du Red Bear, par une autre, laquelle constitue une sorte d’appel du pied, incitant ceux qui ne pourraient pas se permettre de consommer outre mesure au Gold Digger de venir le faire dans son bouge, où tout est beaucoup, beaucoup moins cher… Nul doute qu’il y aura des affaires à faire dans les jours qui viennent ! Danny s’y rend aussitôt, accompagné de Beatrice et Nicholas.

 

[V-5 : Danny, Nicholas : Jeff Liston, Rafaela ; Al Burden, Shane Aterton, Keith Rim, John Lowry] Liston travaille derrière son comptoir – son bouge est presque vide. Il ne se fait pas d’illusions : en début de soirée, tout le monde sera au Gold Digger pour l’inauguration ; après, par contre… Danny commande une bière : bonne chasse ? Oui… Bientôt un nouveau trophée au mur, qui surveillera les clients… Danny veut orienter la conversation sur un autre sujet, mais Liston l’interrompt, l’appelant « Monsieur l’adjoint » avec un regard plus sombre : il a une plainte à formuler… Il comptait aller au bureau du shérif, mais « puisque Monsieur l’adjoint est là »… On a forcé sa porte pendant son absence. Ce sont des choses qui ne se font pas. Danny l’assure qu’il transmettra – Rafaela notera la déposition. Liston explique qu’on ne lui a rien volé, mais, cette intrusion dans son domicile, quand même… On ne peut pas tolérer ce genre de choses à Crimson Bay. Danny acquiesce – mais, jouant le jeu, il ajoute aussitôt qu’il aurait quelques questions à lui poser à propos d’un de ses clients, la nuit de son départ… Liston ne sait rien de la mort d’Al Burden – et on n’en a pas vraiment parlé en ville. Mais Danny lui explique le meurtre, et en rajoute : peut-être l’intrusion au Red Bear a-t-elle un rapport avec ça… Liston lui demande une description de la victime – oui, il l’a vu la nuit du meurtre, il jouait aux cartes ici. Est-ce qu’il a fait un esclandre ? Non : il était complètement bourré, ça oui, mais pas le moins du monde agressif ; il avait perdu, mais s’en foutait complètement ; il est parti, seul, en laissant un très gros pourboire : dix dollars ! Et les types avec qui il avait joué ? Ils étaient partis avant : il y avait Shane Aterton… Et puis… Liston se braque : il n’aime pas balancer les noms de ses clients. Mais Danny insiste : c’est une affaire du bureau du shérif – ce dont le trappeur semble se contrefoutre. Danny remarque que ça pourrait jouer très défavorablement sur son établissement – s’il a accueilli des meurtriers et leur victime… Liston ne mange pas de ce pain : il a des principes. Nicholas s’y met – plus menaçant, même indirectement : si la paroisse apprenait que… Et, contre toute attente, même si avec une certaine gêne, Liston cède enfin : si c’est d’un meurtre qu’il s’agit, il ne peut pas se permettre de bloquer l’enquête… Même s’il n’aime pas ça. Bon… Les autres joueurs étaient donc Aterton, Keith Rim – un ouvrier de l’usine –, et John Lowry, un assureur. Des clients réguliers – et il répond d’eux… enfin, pas d’Aterton. Lui s’est barré vers 3 h, les deux autres un peu plus tard. Burden a été le dernier à quitter les lieux, sur les 4 h du matin. Il était bourré – pas méchant, juste un peu lourd… Mais Liston devait préparer sa partie de chasse, alors il a fermé, raccompagnant le bonhomme gentiment à la porte. Puis il s’est occupé de ses affaires. Danny interroge le barman sur Aterton, plus précisément – il est donc parti bien avant, il était torché, il avait perdu… Mais il n’était pas aussi agressif que de coutume ; il est pourtant du genre à avoir l’alcool mauvais, lui – très, très mauvais… Là, il avait l’air content – tant mieux. Danny remercie Liston ; il comprend ses principes, qui l’honorent, et il va transmettre sa plainte au bureau du shérif.

 

[V-6 : Danny, Beatrice : Jeff Liston ; Shane Aterton, Glenn Cabott, Russell Drent] Ils commencent à s’éloigner… mais Liston, après une certaine hésitation, demande à parler en privé avec « l’adjoint ». Danny revient donc en arrière, et laisse partir ses amis. Liston explique qu’il l’a à la bonne – il a été un chouette client, avant de devenir adjoint du shérif. Le truc… C’est qu’il a pas confiance en les adjoints du shérif. Danny sait comment ça se passe, dans ce genre de bouges. Y a des cris, y a des coups de poing qui volent… Rien de bien méchant, au fond. Mais les adjoints… Ils croient que leur étoile leur donne tous les pouvoirs. Aterton, tout particulièrement ; il débarque, il s’en prend à un pauvre type, lui explose la gueule sans que Liston puisse intervenir, le jette dehors et lui pisse dessus, tant qu’à faire. « Quand vous avez pris votre étoile, j’me suis dit : un d'plus… Mais j'crois qu’vous valez mieux qu'ça. Comme vous parlez, tout ça. Ça s’rait bien qu’ça continue. Et on m'fait pas chier chez moi. » Danny le comprend, le rassure – et lâche qu’il a lui aussi une très mauvaise image d’Aterton… Des choses à dire sur Cabott, ou Drent ? Non – ils viennent pas ici ; et il aime pas balancer… enfin, sauf concernant Aterton. À demi-mots, Liston revient sur le problème de sa porte… et Danny lui explique aussi franchement que lui-même ce qui s’est passé. Le patron du Red Bear s’en doutait. En temps normal, il lui aurait explosé la gueule… mais, d’une certaine manière, il comprend – et il apprécie la franchise de Danny. Qui lâche un billet pour les réparations… et fait signe à Beatrice de rendre à Liston les cartouches prises dans le fusil sous le comptoir. « Petits malins... » grommelle Liston – mais pas forcément de manière agressive : il semble disposé à ce que Danny demeure un bon client, même après tout ça.

 

À suivre…

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L'Appel de Cthulhu (V7) : La Pierre onirique

Publié le par Nébal

L'Appel de Cthulhu (V7) : La Pierre onirique

L’Appel de Cthulhu (V7) : La Pierre onirique, Contre le Chaos Rampant, [Call of Cthulhu: The Dreaming Stone], Sans-Détour, [1997] 2017, 80 p.

LA FIN DU RÊVE

 

Et voilà : j’en arrive aujourd’hui (après Les Contrées du Rêve, Kingsport, la cité des brumes, Le Sens de l’Escamoteur et Murmures par-delà les songes, à la cinquième et dernière chronique en rapport avec le financement participatif de l’édition « Prestige » des Contrées du Rêve pour la septième édition de L’Appel de Cthulhu, chez Sans-Détour ; il y a encore du matériel en sus, en forme de goodies plus ou moins gadgétoïdes mais le plus souvent très beaux et très appréciables, mais je peux difficilement en dire davantage ici…

 

L’aventure s’achèvera donc avec La Pierre onirique, une campagne se passant (presque) intégralement dans les Contrées, écrite par Kevin Ross, et publiée originellement en 1997 ; elle fut semble-t-il longtemps la seule campagne de ce type pour L’Appel de Cthulhu, même si, depuis, et partie intégrante de ce crowdfunding, il y a eu au moins Le Sens de l’Escamoteur pour explorer davantage cette matière bien rare (et le passage des années se fait ici sentir, car sur une base assez proche, les développements sont finalement tout autres).

 

À la différence des quatre autres titres précédemment traités, La Pierre onirique n’est pas disponible à la vente seul : c’est un contenu exclusif de l’édition « Prestige » des Contrées du Rêve – ce qui se traduit notamment par son absence de numérotation au dos. Mais je suppose que c’est aussi ce qui « justifie » quelque chose d’un peu mesquin : c’est le seul des cinq livres du trouvage de corbeau à ne pas être relié en dur… Pas grave, mais un peu dommage.

 

Par ailleurs, tant qu’on en est aux considérations matérielles, il faut relever que la taille n’est pas forcément très révélatrice : le bouquin fait 80 pages, une soixantaine si on enlève les annexes, et c'est donc le plus court des cinq en termes de pagination, très nettement. Pour autant, la campagne n’est pas forcément brève – elle est d’une taille standard, qui vaut bien par exemple Le Sens de l’Escamoteur, et pourrait même aller au-delà. Il faut dire que le contenu est très dense, d’autant sans doute que, autre bizarrerie, l’éditeur a ici déclaré la guerre aux sauts de page : tout le texte est présenté en continu, les différents épisodes (ou scénarios) de la campagne ne se voyant pas distingués matériellement au-delà du sommaire : on a un seul très gros chapitre. Ce que je re-trouve un peu mesquin. Cela n’a sans doute encore rien de dramatique, mais cela n’aide pas à s’y repérer et à naviguer aisément entre les divers éléments utiles, a fortiori sur le vif.

 

Par contre, de manière plus positive, les illustrations sont assez nombreuses et généralement assez chouettes – notamment celles renvoyant au bestiaire, assez développé ; et les aides de jeu, tout spécialement en fin de volume, où elles sont en pleine page, sont très belles et incomparablement plus lisibles que ce à quoi nous avait habitués Sans-Détour avec la V6 de L'Appel de Cthulhu. J’espère (et suppose) que l’éditeur poursuivra sur cette lancée, c’est très appréciable.

 

PIERRE QUI ROULE ET CHAOS QUI RAMPE

 

La Pierre onirique est une campagne qui se passe donc presque intégralement dans les Contrées du Rêve – presque, car il y a un prologue et un épilogue dans le Monde de l’Éveil ; par contre, entre les deux, il n’y a pas de possibilités de retour, même très temporaire, un trait semble-t-il commun à ce genre de scénarios.

 

Dès lors, nulle surprise à cet égard, mais disons-le au cas où pour les éventuels lecteurs novices : l’aventure qui nous est ici proposée n’a peu ou prou rien à voir avec votre séance « classique » de L’Appel de Cthulhu ; les investigateurs deviennent des aventuriers, et l’Amérique des années 1920 cède la place à un univers de fantasy coloré, bigarré, ouvertement surnaturel – et peut-être plus propice aux rencontres mouvementées avec des créatures à passer au fil de l’épée (votre calibre .38 ne fera pas le voyage, lui).

 

Cependant, nous commençons bien dans le Monde de l’Éveil, les investigateurs sont des occultistes qui ont régulièrement eu maille à partir avec un rival du nom de Byron Humphrey. Celui-ci, toutefois, semble désireux (mais pourquoi ?) d’enterrer la hache de guerre, et requiert l’aide des PJ concernant une étrange pierre sur laquelle il a tout récemment mis la main – un artefact dont il ne doute pas qu’il a des propriétés occultes d’importance.

 

Certes : cette Pierre onirique est une émanation de Nyarlathotep, le Chaos Rampant – une sorte de piège, autant le dire, attirant ses victimes dans les Contrées du Rêve pour y emprisonner leurs âmes… Et le piège se met en place, qui expédie d’abord Byron Humphrey et la Pierre onirique elle-même dans les Contrées, puis les investigateurs, qui n’ont guère d’autre choix, s’ils entendent revenir un jour sur Terre, que de se lancer sur la piste de leur rival et de son curieux artefact…

 

À LA POURSUITE D’UN RÊVE (OU : POUR LA SUITE, ÇA SE PASSE LÀ-BAS)

 

Par chance pour nos héros, la piste de Byron Humphrey n’est guère difficile à suivre : l’arrogance cultivée du bonhomme fait qu’il ne passe pas inaperçu, et il se trouvera toujours un aimable citoyen des Contrées pour indiquer la direction prise par le zouave.

 

L’occasion de pérégrinations dans les Contrées, qui couvrent une vingtaine de pages assez denses : de la Caverne de la Flamme aux Terres Interdites, en passant par le Bois Enchanté, le fleuve Oukranos (et la terrible malédiction de son dieu) ou encore la jungle de Kled, et Hlanith…

 

C’est un monde fascinant et riche, très coloré, abondant en opportunités de rencontres et d’aventures. L’ensemble se coule tout naturellement dans un mode de fantasy probablement pas inconnu des joueurs de manière générale, mais affiche cependant la singularité de l’univers onirique lovecraftien qui, pour être intéressant, doit justement s’émanciper de ce canon global (largement postérieur). Kevin Ross connaît ses Contrées, et multiplie les saynètes qui en témoignent – il déploie beaucoup d’efforts en ce sens.

 

Mais, du coup, ces pérégrinations sont dirigées : il s’agit de suivre la (double) trace de Byron Humphrey et de la Pierre onirique, et l’on sait toujours très facilement où il faut se rendre. La densité du scénario peut tout d’abord donner l’impression de multiples rebondissements qui devraient être savoureux en tant que tels, mais ça ne prend pas : passé ce mince et fragile vernis, les joueurs n’ont tout simplement aucune prise sur l’aventure à ce stade, et enchaînent mollement les rencontres qui sont finalement souvent autant de diversions imposées – l’abus des tables de rencontre (j’y reviendrai) en est peut-être le plus triste témoignage.

 

MAN IN THE MOON (SANS JIM CARREY)

 

Concernant ce dirigisme très marqué, la donne change un peu, tout de même, quand on en arrive au cœur de la campagne (après quoi il y aura de nouvelles pérégrinations de retour dans les Contrées, sur un mode assez proche de celui qui précède, à ceci près que les rôles seront alors inversés : cette fois, ce sont les PJ qui seront poursuivis).

 

Et ce cœur, c’est donc un voyage sur la Lune, où un suppôt de Nyarlathotep du nom de Vredni Vorastor, plus connu sous le sobriquet de l’Homme dans la Lune, vit dans un incroyable palais, avec Byron Humphrey pour invité, et sans doute aussi, à terme, les investigateurs eux-mêmes – en attendant que son Boss Nyarlathotep fasse la tournée de sa succursale lunaire pour bouffer les âmes de tout ce joli monde.

 

Se rendre sur la Lune n’a rien d’évident, même si quelques pistes sont clairement soulignées dans le bouquin, impliquant une galère noire des hommes de Leng, avec un capitaine veule et répugnant (et éventuellement des compagnons de route, pour la baston...) ; ici, exceptionnellement, les PJ ont toutefois un minimum de choix – par ailleurs, à condition de bien travailler l’ambiance, le voyage spatial et onirique pourrait susciter quelques beaux moments.

 

Sur la Lune, le palais est abondamment détaillé, avec un plan adéquat, et nombre de développements sur ses habitants, entités singulières comme Vredni Vorastor et sa (très, très) glauque promise Lucerna, ou sous-fifres génériques au service de l’Homme dans la Lune. Il y a ici une ambiance de non-sens morbide qui pourrait évoquer un Lewis Carroll ayant rejoint le côté obscur (du miroir) ; je suppose qu’il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que La Pierre onirique, sous cet angle, m’ait à plusieurs reprises rappelé un bouquin de jeu de rôle bien plus récent, le fascinant (et injouable me concernant) A Red and Pleasant Land, pour Lamentations of the Flame Princess.

 

Toutefois, le temps presse : Nyarly arrive, il faut s’être barré avant qu’il ne sonne à la porte. C’est le moment-clef de la campagne, où les PJ doivent organiser l’évasion de Byron Humphrey et la leur, sans oublier de reprendre au passage la Pierre onirique – et tant qu’à faire le bidule à ramener au dieu Oukranos pour éviter de faire les frais de sa colère (si les joueurs y pensent encore).

 

Dès lors, nouveau lien avec A Red and Pleasant Land, le palais fantastique de l’Homme dans la Lune ressemble tout de même un peu, en fin de compte, à un bon vieux donjon des familles, avec une adversité conséquente (voire plus que ça), et des courses-poursuites haletantes (théoriquement…), qui ne prendront fin qu’avec le retour des PJ dans le Monde de l’Éveil.

 

SITES DE RENCONTRES (ADOPTE UN MONSTRE SUR MYTHIC DE CTHULHU)

 

Ultime illustration d’un gros problème de la campagne à mes yeux, corollaire de son dirigisme marqué : la multiplication recommandée des rencontres plus ou moins en lien avec la « quête principale », si j’ose m’exprimer ainsi – et des rencontres souvent tirées sur des tables aléatoires, comme s’il n’y en avait pas déjà assez comme ça (et il y en a plus qu’assez). Si ce n’est pas systématique (ouf), nombre de ces rencontres, aléatoires ou pas, peuvent dériver vers la baston pure : non, décidément, ce n’est pas votre partie lambda de L’Appel de Cthulhu. C’est une aventure de fantasy plus qu’à son tour héroïque, et assez old school dans son traitement – trop, probablement. Et finalement pas très enthousiasmante, même si Kevin Ross s’amuse avec les singularités de l’univers onirique lovecraftien.

 

Notons d’ailleurs que ces (bien trop) nombreuses rencontres peuvent s’avérer très coriaces – notamment chez Vredni Vorastor, of course. En fait, cela a un impact sur les rares décisions que peuvent prendre les joueurs, quand le scénario les y autorise, ou plutôt semble les y autoriser : il y a tant d’optiques résolument suicidaires que la « bonne » solution, la plus raisonnable ou la moins déraisonnable, apparaît très clairement – cela ne fait donc que renforcer le dirigisme omniprésent de La Pierre onirique.

 

Peut-on alors se passer de ces rencontres ? Probablement pour bon nombre d’entre elles – et au premier chef celles générées aléatoirement sur des tables. Mais faut voir, parce que cela revient en même temps à déshabiller un peu vertement la campagne : à trop vouloir tailler dans le gras, on risque fort de se retrouver en face d’un navrant squelette – ce qu’est au fond la quête de La Pierre onirique…

 

(BAILLE)

 

Il y aurait peut-être un équilibre à trouver entre les deux, mais, pour dire les chose, c’est un effort que je n’ai pas envie de fournir : tout ça ne m’emballe pas. Tout ça m’ennuie, même – me fait bailler…

 

Et c’est peut-être dommage, oui – car il y a de bonnes idées, çà et là, des rencontres amusantes exceptionnellement, et un peu plus souvent de beaux morceaux d’ambiance, dans les Contrées, dans l’espace, sur la Lune…

 

Il y a quelques blagues, aussi – dont une, ultime, par ce vilain trickster de Nyarlathotep. Disons-le : ça ne suffit pas à changer la donne. Clairement pas. Même si jouer ce vilain tour aux joueurs pourra faire jubiler les plus sadiques des Gardiens.

 

La Pierre onirique, sans être à proprement parler calamiteuse, est finalement une campagne assez médiocre, et qui a peut-être aussi pris un coup de vieux ; le contraste avec Le Sens de l'Escamoteur, campagne bien plus récente et assez proche dans son point de départ, est marqué. En l’état, c’est le moins intéressant des cinq suppléments de l’édition « Prestige » des Contrées du Rêve.

 

Ceux qui n’ont pas investi dans le financement participatif n’ont donc pas forcément beaucoup de regrets à avoir concernant ce bonus exclusif, qui demeure pourtant un apport bienvenu pour les autres – même en étant une campagne globalement ratée, La Pierre onirique renferme davantage de matériau exploitable que bien des goodies, ne serait-ce que pour se poser la question pas si simple de ce qu’il est possible et souhaitable de faire dans les (ou avec les) Contrées du Rêve, et ce qu’il vaut mieux éviter.

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CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (03)

Publié le par Nébal

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (03)

Troisième séance de « The Great Northwest » pour Deadlands Reloaded. Vous trouverez la première séance , et la séance précédente ici.

 

À ce stade, presque tout provient de la campagne Stone Cold Dead.

 

Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient Beatrice « Tricksy » Myers, la huckster ; Danny « La Chope », le bagarreur ; Nicholas D. Wolfhound alias « Trinité », le faux prêtre mais vrai pistolero ; Rafaela Venegas de la Tore, ou « Rafie », l’élue ; et enfin Warren D. Woodington, dit « Doc Ock », le savant fou.

Vous trouverez ci-dessous l'enregistrement de cette séance.

I : QUARTIER LIBRE

 

[I-1 : Warren : Russell Drent, Gamblin’ Joe Wallace, les cousins Sannington] Le shérif Russell Drent doit discuter avec le maire de Crimson Bay, Gamblin’ Joe Wallace, afin de décider de l’action contre les cousins Sannington – que les PJ ont identifié comme étant des voleurs de bétail… et des assassins cannibales. D’ici-là, pas d’initiative personnelle ! Il les recontactera. Les personnages ont quartier libre – mais Warren n’a vraiment pas envie de faire de folies : il retourne au Washington, et travaille sur ses plans dans sa chambre.

 

[I-2 : Nicholas, Rafaela : Jon Brims ; Denis O’Hara, Richard Lightgow] Nicholas et Rafaela, quant à eux, se rendent à l’église du père Denis O’Hara – mais il est relativement tard : l’église est ouverte, elle l’est toujours, mais le pasteur n’est pas là ; sans doute est-il allé boire un verre… Les rues sont calmes aux alentours. Tous deux rentrent cependant dans l’église, et Rafie va s’asseoir sur un des bancs pour prier. Ils ne sont pas seuls, toutefois : un homme, petit et gros, est assis – sans doute prie-t-il, à moins qu’il ne soit simplement perdu dans ses pensées. Sa mise éloquente ne laisse guère de doutes quant à sa profession : c’est le croquemort de Crimson Bay. Nicholas, curieux des ouailles du père O’Hara, s’installe sur un banc dans le fond de l’église et garde un œil sur le fidèle. Au bout de quelques minutes, ce dernier se lève, s’étend un peu – cela fait peut-être quelque temps qu’il est ici –, et se dirige vers la sortie, sans prêter attention à Rafie et Nicholas. Ce dernier l’interpelle, toutefois – il cherche le père O’Hara. Le croquemort, intrigué par la robe de prêtre, dit qu’il est sans doute en train de boire un verre quelque part, il n’en sait pas plus. Nicholas essaye de converser, mais, sans être désagréable, son interlocuteur ne se montre pas très bavard. Il quitte l’église, et Nicholas le suit discrètement : le croquemort retourne vers un grand bâtiment, qui abrite à la fois son entreprise de pompes funèbres et le cabinet (en fait une clinique) du Dr Lightgow – mais c’est bien la porte de ce dernier qu’il franchit, non celle de son entreprise. Nicholas retourne à l’église, où Rafie prie ; quelque temps plus tard, ils s’en retournent ensemble au Washington.

 

[I-3 : Danny, Beatrice : André de Fonteville, Sam « Royal » Bernstein, Ace Plinkett, Gamblin’ Joe Wallace, Kang, Warren] Pendant ce temps, Danny et Beatrice se rendent au Paradise – un bordel… Le milieu de gamme, à Crimson Bay ; le bagarreur s’y est déjà rendu plusieurs fois – et sait qu’il y en a là-bas pour tous les goûts. Des gens s’y rendent simplement pour boire un verre et jouer aux cartes, même si c’est un comportement un peu secondaire – un préalable toutefois apprécié de certains clients, avec lesquels les filles jouent aux hôtesses, avant de les conduire dans une chambre pour une passe. La clientèle comme les employées jettent un œil interloqué à Beatrice quand elle franchit le seuil, mais elle n’en tient pas compte. Après avoir bu un verre, Danny s’offre une passe, tandis que Tricksy reste au rez-de-chaussée, approchant une table où des clients jouent au poker, dans l’espoir qu’une place se libère – mais ce n’est pas du tout la même ambiance qu’au Red Bear la veille. Par ailleurs, les joueurs se demandent visiblement si Beatrice est une nouvelle employée… D’abord rétifs à la conversation, ils deviennent rapidement plus conviviaux, et échangent des potins – sur le grand tournoi de poker, par exemple : on annonce de véritables stars ! André de Fonteville, Sam « Royal » Bernstein, Ace PlinkettBeatrice n’a jamais entendu ces noms, mais ce sont visiblement des joueurs très connus de la côte Ouest. Les clients, en tout cas, sont enthousiastes : ça sera bon pour Wallace, ça sera bon pour la ville. C’est un secret de polichinelle : avec le cessez-le-feu, l’usine de munitions est en difficulté, il faut trouver d’autres sources de revenus. Le tournoi est une opération promotionnelle – mais le maire réfléchit à d’autres choses, comme de relier Crimson Bay au réseau ferré de la Iron Dragon. Beatrice se crispe un peu… Les joueurs n’y prennent pas garde. Ils n’aiment pas vraiment Kang, c’est un Chinetoque, hein, mais bon, c’est lui qui a le pognon, alors… Danny redescend, satisfait. Il se demande si ça ne serait pas bien, pour Warren, de faire un saut ici, avec une fille gentille… Beatrice et le bagarreur retournent au Washington.

 

II : LE QUATRIÈME POUVOIR

 

[II-1 : Danny, Nicholas, Beatrice, Rafaela : Josh Newcombe] Le lendemain matin, les PJ descendent à leur rythme dans la salle de restaurant du Washington, pour y prendre un copieux petit déjeuner. Les clients semblent les regarder un peu bizarrement… Il y a une raison évidente à cela : ils ont lu l’édition spéciale du Crimson Post parue quelques heures plus tôt. Danny ne sait pas lire, mais il remarque tout de même la photographie prise par Josh Newcombe quand il était entré dans le restaurant la veille – toutefois, elle a été coupée : Nicholas n’y figure pas, et Beatrice à moitié seulement. Le bagarreur est un peu déçu que la photo « martiale » que Newcombe avait prise de lui ne figure pas à la une – à la place, il y a un dessin assez bien fait représentant un colossal loup-garou. Rafie lit la une, « Crimson Bay sauvée des griffes du Loup-Garou ! », à haute voix pour que Danny en profite.

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (03)

Crimson Bay sauvée des griffes du Loup-Garou !

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

Crimson Bay peut dormir tranquille. Sous la houlette de notre bienaimé maire Mr Wallace, et du bras armé de la Loi, le shérif Russell Drent, de nouveaux-venus en ville, désireux de témoigner de leur volonté de s’intégrer au plus tôt dans notre vibrante communauté, ont épargné à celle-ci un bien terrible sort, en allant chasser jusqu’au plus profond de sa tanière le redoutable Loup-Garou de la Ferme Sannington, responsable du massacre horrible d’une trentaine de têtes de bétail.

 

Ainsi que l’aimable propriétaire du ranch, Mr Lawrence Robert Richard Sannington, nous l’a confié : « Le pire était à deux doigts de se produire. Le Loup-Garou, hirsute et sauvage, aux griffes acérées, était sur le point d’éviscérer ma pauvre petite Irma, nonobstant l’intervention musclée de ces quatre étrangers habiles au six-coups. Me concernant, il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’authentiques héros, les dignes héritiers des Chevaliers de la Table Ronde, et leur détermination sans faille leur a permis d’emporter la partie contre une adversité des plus conséquente. »

 

Le combat, épique, aurait pu très mal tourner. La bête féroce, les crocs ruisselant d’une bave enragée, dominait de ses deux mètres trente les Fiers Défenseurs de la Paix Publique. Enchaînant les moulinets de ses griffes de quarante centimètres de long, le démon n’aurait pas manqué d’expédier Miss Elizabeth Meyers dans un autre monde (nous n’avons aucune garantie qu’il se serait agi du paradis, la demoiselle étant des plus délurée), n’était les habiles parades du chef de notre petite bande de héros, Mr Daniel Cody, colosse à l’agilité de danseuse étoile ; armé de son seul sabre, hérité de son père, un des plus admirés et redoutés des colonels de cavalerie de l’Union, cet Hercule des temps modernes a enfin décapité le monstre d’un coup de taille bien placé – la tête velue, nous a-t-on dit de source sûre, a volé sur trente mètres suite à ce coup magistral. Notre héros est des plus humble, guère porté à s’enorgueillir de sa maîtrise parfaite de l’Art de la Guerre, mais ses actes parlent pour lui.

 

Il nous faut aussi mentionner la bravoure des fidèles amis de Mr Cody, dont le soutien moral, nous n’en doutons pas, a été déterminant face à pareille abomination tout droit jaillie des Fosses Putrides du Cinquième Cercle de l’Enfer. Si Miss Meyers n’était guère en posture d’user, à son habitude, de ses charmes pour amadouer son adversaire, saluons la bravoure de Mr Raphaël Delapore, le Petit Poucet de Crimson Bay, ainsi que de Mr Warren B. Woodentown, diplômé de la prestigieuse Université Brown de Providence ainsi que de Harvard, Oxford et La Sorbonne (Paris, France), un des plus notables représentants de la Nouvelle Science développée depuis la découverte des propriétés fascinantes de la Roche Fantôme, et dont on m’a dit qu’il avait travaillé aux côtés du Pr. Darius Hellstromme en personne – ses érudites indications concernant l’écologie des loups-garous ont été d’une aide précieuse quand il s’est agi pour Mr Cody d’expédier le Monstre de Crimson Bay ad patres.

 

Ajoutons qu’en récompense de leurs hauts faits, Mr Cody, et, attention charmante, le petit Raphaël Delapore, ont tous deux été aussitôt promus au rang d’adjoints du shérif. Nos sources nous confirment que Mr Russell Drent ne tarit pas d’éloges sur ses nouveaux officiers.

 

Citoyens de Crimson Bay ! Félicitons tous Mr Cody et ses compagnons ! À n’en pas douter, c’est Dieu qui les a envoyés à Crimson Bay, pour défendre la Paix Publique et l’Économie Locale. À la veille du Grand Tournoi de Poker, qui ne manquera pas de propulser notre communauté au rang des plus actives métropoles de l’Union, il est heureux de constater que la Loi et l’Ordre règnent à Crimson Bay. Vous pouvez dormir tranquilles : le Terrible Loup-Garou est d’ores et déjà une histoire ancienne !

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe


 

[II-2 : Nicholas] Mais l’œil de Nicholas est attiré par un autre article, plus bref, intitulé « Un faux prêtre en ville ? ».

CR Deadlands Reloaded : The Great Northwest (03)

Un faux prêtre en ville ?

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

Nous vivons une bien triste époque, où le loup se déguise plus qu’à son tour en agneau… Même à Crimson Bay, la turpitude des serviteurs du Mal peut frapper, soudain, comme un Voleur dans la Nuit ! Non sans un curieux sens de l’ironie : des fois, le Loup affiche de lui-même son origine démoniaque jusque dans son patronyme…

 

Pareils Sbires de Satan sont prompts à menacer les honnêtes gens pour les faire taire – mais quand a-t-on vu semblables pressions empêcher le Crimson Post de remplir sa vitale mission d’information ? Non, Mr Wolfhouse ! Vous ne nous ôterez pas la liberté de la presse, le bien le plus précieux de l’Union !

 

Ce curieux individu au passé trouble est arrivé il y a peu en ville, dans un costume élimé sans doute dérobé à quelque bienveillant et débonnaire pasteur des États situés de l’autre côté des montagnes… Il ne passe certes pas inaperçu : la morgue des Pirates ! Le sinistre personnage traîne derrière lui une grande croix – comportement blasphématoire qui devrait appeler à la plus sévère des sanctions. Car, nous le savons de source sûre, cet homme-là – si c’est un homme – n’a absolument rien du bon prêtre qu’il prétend être.

 

Notre enquête diligente nous l’a bientôt confirmé : le bon père Denis O’Hara a fait part de son inquiétude quant au tort que cet homme, qui cite la Bible « fort approximativement », pourrait infliger à ses ouailles… nous autres honnêtes citoyens de Crimson Bay !

 

Les élucubrations hérétiques de cet imposteur à la mise Noire comme la Nuit, divagant sur une prétendue « Tornade Rouge » sans doute née de ses délires éthyliques, en d’autres temps, auraient à elles seules justifié son arrestation et son interrogatoire – et, à terme, la sanction appropriée. Les autorités n’ont pas encore cru bon de s’emparer du malandrin – soit. Mais faudra-t-il donc attendre un drame pour débarrasser la bonne ville de Crimson Bay de Klaus le Loup ? Nous enjoignons le bureau du shérif à prendre au sérieux la menace constituée par cet individu violent et pervers, qui n’hésite pas à malmener nos concitoyens dans les ruelles même de cette ville vouée au Seigneur, qu'il insulte à chacune de ses respirations !

 

De notre envoyé spécial, Josh Newcombe

 

[II-3 : Nicholas, Danny] Les poings de Nicholas ont eu tendance à froisser la feuille de chou à mesure qu’il progressait dans l’article – et ça n’a pas échappé à certains clients, qui font profil bas… Danny n’a pas tout compris à l’article qui fait son éloge, mais il est plutôt content, finalement ! Dommage pour la photo, mais… Il accroche son étoile d’adjoint sur sa poitrine, l’air empli de fierté. Et fête ça avec une bière ! Ils s’attablent pour petit-déjeuner, et la tension initiale s’efface progressivement.

III : AND JUSTICE FOR ALL

 

[III-1 : Warren, Nicholas : Shane Aterton, Russell Drent, Glenn Cabott ; Gamblin’ Joe Wallace, les cousins Sannington, Josh Newcombe] Quelque temps plus tard, un homme pénètre dans la salle de restaurant du Washington : c’est Shane Aterton, un des adjoints du shérif Russell Drent. Il dit aux nouveaux adjoints de se rappliquer – les assistants officieux feront ce qu’ils veulent. Tous décident de venir, sauf Warren – qui préfère se rendre à l’usine de munitions dans l’espoir d’y retrouver Wallace et de discuter avec ses ingénieurs. Aterton marche d’un bon pas, et conduit les PJ au bureau du shérif, où Drent les attend en compagnie de l’adjoint Glenn Cabott. Ils font dégager les adjoints anonymes qui s’affairaient dans l’arrière-salle. Une fois seuls, Drent prend la parole : il n’a pas été difficile de convaincre Wallace – il faut se débarrasser des Sannington ; le maire pense confier la gestion de leur ranch à trois de ses employés – l’économie de Crimson Bay ne sera pas affectée. Les cousins sont hors concours : si on peut les arrêter, très bien, si on doit les buter, c’est pas un problème. Drent dévisage tous les PJ, l’un après l’autre – il s’attarde sur Nicholas, qui aurait « bousculé Newcombe » ? Tant qu’il ne fout pas le bordel en ville, le shérif n’en aura pas après lui. Comme tous savent ce qu’il en est des cousins, ils peuvent tous se joindre à eux pour l’expédition au ranch. Ils y iront avec leurs chevaux – le bureau peut en prêter à ceux qui n’en ont pas.

 

[III-2 : Rafaela, Warren : Russell Drent ; les cousins Sannington] Mais Rafie dit à Drent qu'elle va d’abord tâcher d’intercepter Warren sur le chemin de l’usine : il pourrait leur être d’une aide précieuse… Le type avec son harnais bizarre dans le dos ? Possible – même si à vrai dire il inquiète le shérif davantage qu’un faux prêtre… Mais Drent ne les attendra pas, qu’ils les rejoignent en chemin. Rafie se dépêche – le savant fou n’a pas encore atteint l’usine, située à un bon kilomètre ou deux au nord de Crimson Bay. Warren est indécis – il aimerait bien aller à l’usine… Mais si Rafie pense que ça serait mieux pour tout le monde… Il monte (difficilement) en croupe, et tous deux reprennent la direction du ranch des Sannington, rattrapant les autres avant de parvenir à l’embranchement entre la grande route et la ferme.

 

[III-3 : Nicholas, Danny : Russell Drent, Shane Aterton, Glenn Cabott ; Les cousins Sannington] Tous avancent prudemment – et font même une pause à l’embranchement, pour que Drent, avec une lunette, jette un œil aux environs. Pas de mouvement dans la ferme, mais la charrette des cousins Sannington est là, dételée ; le bétail doit être plus loin au sud. Bon, il faut y aller… Qu’ils préparent leurs armes au cas où. Ils avancent lentement, guettant le moindre mouvement – mais Nicholas, toujours particulièrement aux aguets, croit avoir aperçu, brièvement, un reflet, non pas dans la ferme, mais dans un bosquet au nord-est. Il le signale aux autres – Aterton est sceptique, il ne voit rien… Mais Drent l’a entendu : les cousins sont probablement au courant de leur visite ; ils sont stupides, mais peut-être pas à ce point… Le shérif dit à Glenn Cabott de se rendre dans le bosquet avec Danny et Nicholas – les autres continuent lentement vers la ferme.

 

[III-4 : Nicholas, Danny, Beatrice, Rafaela, Warren : Glenn Cabott, Russell Drent, Shane Aterton, Larry, Chuck et Bob Sannington] Dans le bosquet, tout est calme… Mais Nicholas perçoit enfin un mouvement – le canon d’une Winchester ! Il s’empare de ses armes fétiches, le Père et le Fils… Les trois cousins sont là ! Nicholas hurle pour prévenir les autres. Danny s’accroupit pour progresser inaperçu – Cabott de même. Mais les Sannington les ont repérés… (Les autres, à la ferme, ont entendu le cri de Nicholas ; Beatrice fonce d’elle-même en direction du bosquet, en cherchant à le contourner par l’ouest – mais Drent fait de même, très vite, et fait signe à Aterton ; Rafie et Warren ne peuvent pas y aller aussi rapidement, mais se lancent également dans cette direction.Cabott n’a pas de chance au tir, mais Nicholas a davantage de réussite, et abat Larry Sannington d’une balle en pleine tête ; quant à Danny, il s’est précipité sur Chuck Sannington, et lui a écrasé son gourdin sur le crâne, le défonçant à moitié – le fermier n’est pas mort, mais clairement hors de combat. Ne reste donc plus que Bob Sannington, qui a assisté au sort de ses cousins, et qui entend se venger contre Nicholas – mais sa balle se contente de frôler le faux prêtre. (Les autres progressent, Beatrice en tête.) Cabott fait un détour dans les fourrés pour prendre Bob à revers – tandis que Nicholas lui hurle de se rendre… mais lui tire en même temps dessus : il atteint le dernier des cousins à la main, le contraignant à lâcher sa Winchester. Danny se contente de se planquer en tirant le corps inconscient de Chuck. Beatrice pénètre dans le bosquet par l’ouest – elle repère Nicholas, mais pas Bob. Cabott cherche à abattre ce dernier, mais le rate de peu – pour autant, le dernier cousin, la main en sang, ne parvient pas à ramasser son fusil, la douleur est trop cuisante… Nicholas avance dans sa direction en se protégeant derrière sa croix, Christina. Rafie et Warren entrent dans le bosquet par le sud. Beatrice érafle Bob d’une balle, il ne constitue plus vraiment une menace…

 

[III-5 : Danny, Beatrice, Nicholas, Warren, Rafaela : Russell Drent, Chuck et Bob Sannington, Glenn Cabott, Shane Aterton ; Larry Sannington, Richard Lightgow, Jon Brims, Denis O’Hara] Drent les rejoint, Danny lui amenant Chuck inconscient – tandis que Beatrice s’assure que Larry est bien mort… mais qu’il n’a rien à dérober dans ses poches. Nicholas braque Bob, attendant les instructions du shérif. Drent s’approche lentement, fait un signe de tête à Cabott, et ce dernier explose la tête de Bob d’un coup de carabine. Il précise que Chuck est toujours en vie ; Drent se retourne vers Danny : « On va s’épargner un procès, hein. » Inutile d’en dire davantage : Danny défonce la tête de sa victime inconsciente à coups de gourdin. Les corps ? Un cadeau pour les expériences du Dr Lightgow (une allusion que ne manque pas de relever Warren) : « Chargez-les dans leur charrette. » Shane Aterton s'occupe de la rapprocher du bosquet. Drent va tout de même jeter un œil à la ferme – il inspecte la cave sans être le moins du monde affecté par le sinistre tableau. Il fait rassembler par Cabott les éléments permettant d’identifier les victimes des cousins Sannington – dont il faudra confier les corps ou ce qu’il en reste au croquemort, Jon Brims, et au père O’Hara, qu’ils aient une bonne sépulture chrétienne. Mais, ainsi que Rafie n'a pas manqué de le remarquer, ce n'était clairement pas là la première de ses préoccupations.

 

[III-6 : Rafaela, Danny, Warren : Russell Drent ; les cousins Sannington] Rafie est visiblement gênée par la scène à laquelle elle a assisté – surtout de la part de Danny (et Drent s’en rend compte) : les Sannington étaient des êtres foncièrement mauvais, mais la froideur de cette exécution sommaire ne lui plait pas – elle songe à rendre son étoile d’adjoint… Warren perçoit bien son trouble, et essaye d’en discuter avec elle, en privé : la Vierge de Guadalupe ne l’a certainement pas envoyée ici pour faire ce genre de choses ! Mais Warren avance que son étoile d’adjoint pourrait lui faciliter la tâche pour obtenir une véritable justice à Crimson Bay

 

[III-7 : Danny, Beatrice, Nicholas, Rafaela : Shane Aterton, Russell Drent] Il est temps de rentrer en ville. Aterton jette une pièce aux pieds de Danny – qu’il aille fêter sa promotion, le nouveau ! Beatrice et Nicholas, en même temps, apprécieraient visiblement une modeste ou moins modeste récompense… Drent ne fait pas de difficultés – mais les enjoint au silence ; de même pour son jeune adjoint Rafael

 

IV : LE CERCLE DES INTELLECTUELS DE CRIMSON BAY

 

[IV-1 : Warren : Richard Lightgow] Warren a noté le nom du Dr Lightgow et que ce médecin fait des « recherches ». Il voit donc en lui un de ses semblables, et compte bien le rencontrer pour échanger entre gentlemen érudits – et pourquoi pas, dans la foulée, créer un cercle des intellectuels de Crimson Bay ? Il arrange un rendez-vous pour la soirée, au Washington.

 

[IV-2 : Nicholas, Beatrice : Russell Drent, Shane Aterton ; Josh Newcombe, les cousins Sannington] Nicholas confie ses 5 $ à Beatrice – si elle peut les faire fructifier lors du tournoi… Il faut d’ailleurs qu’elle s’inscrive, aussi se rend-elle au Gold Digger pour s’acquitter de sa cotisation de 25 $. Mais, une fois Drent revenu en ville, elle retourne au bureau du shérif, pour « une affaire privée ». Aterton ne pige rien, mais Drent comprend très bien et confie une tâche inutile à son adjoint – il est maintenant seul avec Beatrice. C’est à propos de Josh Newcombe, qui semble ennuyer le shérif comme le maire – elle suggère qu’elle pourrait aller le voir et le mener en bateau en ce qui concerne les Sannington… Mais Drent n’a pas confiance en elle. Et si ses canulars conduisent à des difficultés en ville, elle entendra parler de lui. Beatrice insiste… et le shérif lui fait clairement entendre qu’il a du travail, et qu’il fait beaucoup, beaucoup d’efforts présentement pour ne pas la faire dégager. Beatrice doit se retirer – elle se demande si Drent ne serait pas un huckster… Mais l’idée de taquiner le journaliste demeure : peut-être faudrait-il voir ça avec Nicholas ? Mais sans en parler aux autres…

 

[IV-3 : Warren : Richard Lightgow, Jon Brims ; Gamblin’ Joe Wallace] Le Dr Richard Lightgow rejoint Warren au Washington à l’heure dite, mais il n’est pas seul – Jon Brims l’accompagne, ce qui jette un froid dans l’assistance… Le croquemort ne lâche pas un mot, mais la conversation entre le savant fou et le médecin (un homme bon, cela se sent, et qui ne prend pas ses patients de haut, mais, bien au contraire, les traite avec le plus grand respect, leur expliquant les soins qu’il leur prodigue) est vite enjouée… et pointue. Chacun excelle dans un domaine que l’autre ne maîtrise pas vraiment – mais ils se rejoignent sur l’éventualité d’un travail en commun : le Dr Lightgow est avant tout un chirurgien, ses recherches portent essentiellement sur les amputations et les prothèses – or Warren pourrait peut-être l’aider concernant ces dernières ! Le docteur va en parler à Gamblin’ Joe Wallace, qui a financé sa clinique et ne refusera probablement pas d’investir dans les travaux prometteurs qui s’annoncent, pour aménager un atelier dans le grand bâtiment. Par contre, Lightgow a l’air assez méfiant en ce qui concerne la roche fantôme et la Nouvelle Science… Mais ces projets avec le savant fou sont très enthousiasmants – et cette idée de réunions entre intellectuels, pourquoi pas ? Il n’y en a pas tant que cela en ville… Mais Lightgow fait clairement entendre qu’il tient à ce que son ami Jon Brims soit invité – même s’il n’est guère bavard, il y a sa place.

 

V : PASSE UNE SEMAINE…

 

[V-1 : Warren : Richard Lightgow, Jon Brims ; les cousins Sannington Une semaine s’écoule… Warren travaille d’arrache-pied sur ses plans, et apprécie ses autres réunions avec le Dr Richard Lightgow et son ami Jon Brims – il assiste même à une autopsie, celle d’un des cousins Sannington.

 

[V-2 : Beatrice, Danny : Mr Shou] Beatrice, pendant ce temps, fait méthodiquement le tour des endroits où l’on peut jouer aux cartes dans Crimson Bay ; avec Danny, elle va aussi se renseigner sur les activités de Chinatown (ce qui n’a rien d’évident : presque personne ne semble parler anglais, là-bas), et notamment le bordel appelé White Tiger – là-bas, le tableau est pour le moins sinistre : pour nos deux héros qui ont grandi dans une maison close, il ne fait guère de doutes que l’entreprise de Mr Shou est de la pire espèce : une véritable usine, où les filles font de l’abattage, camées jusqu’à l’os pour supporter tant bien que mal leur misère, qui ne dure de toute façon pas éternellement : ce n’est pas un endroit où l’on fait de vieux os…

 

[V-3 : Danny, Rafaela : Russell Drent, Jeff Liston ; les cousins Sannington] Le tournoi de poker approche. La ville attire de plus en plus de joueurs et de simples curieux (les plus grandes stars ne sont pas encore là). Toute l’équipe du shérif Drent est sur le pied de guerre, il y a beaucoup de travail – Danny et Rafaela se voient régulièrement confier des tâches, même si rien d’aussi dangereux que l’affaire des cousins Sannington. Danny a maintes fois l’occasion de constater combien l’étoile qu’il porte à sa chemise influe sur le comportement des citoyens de Crimson Bay, qui font vraiment attention à ne pas faire de conneries quand il y a un adjoint dans les parages – ils semblent avoir peur du shérif et de ses hommes… Le comportement de Jeff Liston, le patron du Red Bear, le bouge où Danny aime aller se détendre, a également changé depuis sa promotion ; sans être à proprement parler hostile, l’ex-trappeur semble très méfiant.

 

VI : UN CADAVRE QUI TOMBE MAL

 

[VI-1 : Danny, Rafaela : Shane Aterton, Glenn Cabott ; Russell Drent] Un matin, Shane Aterton passe au Washington pour convoquer Danny et Rafie – ils ont du boulot, qu’ils le suivent… Il n’a pas invité les autres, mais, dans la semaine passée, qu’ils soient venus également n’a jamais posé de problème au shérif Russell Drent. Aterton les conduit… dans Chinatown, plus précisément dans une petite ruelle derrière le White Tiger. Il y a foule – des Chinois curieux… Mais Glenn Cabott les écarte.

 

[VI-2 : Russell Drent, Glenn Cabott, Shane Aterton ; Richard Lightgow] Au milieu du cercle des voyeurs, Russell Drent est debout sous la pluie, un cadavre à ses pieds, couché sur le ventre, la tête noyée dans une flaque de boue. On disperse la foule, Cabott et Aterton imposant un cordant de sécurité. Les PJ, eux, peuvent rejoindre Drent – qui retourne le cadavre : il a le visage extrêmement tuméfié, au point d’être impossible à identifier ; mais c’est un Blanc. Le shérif, sans un mot, désigne du doigt les éléments à noter : la chemise est de qualité, le pantalon neuf ; les bottes, par contre, sont un peu usées ; pas d’impact de balle, il a été tabassé à mort, littéralement – mais il n’a pas été frappé qu’au visage : en écartant un pan de gilet, Drent montre un bout de côte qui dépasse – il ne peut être sûr de rien avant l’autopsie (on confiera au plus tôt le cadavre au Dr Lightgow), mais le shérif en déduit une hémorragie interne, et peut-être aussi un poumon perforé.

 

[VI-3 : Danny : Russell Drent ; les cousins Sannington, Mr Shou, Chan] Pile-poil le genre d’emmerdes dont Drent ne veut surtout pas à la veille du tournoi de poker. Il a beaucoup de travail, par ailleurs… Mais les PJ se sont bien démerdés avec les Sannington – et ils ont fait vite, surtout. C’est pourquoi il leur confie cette enquête, qu’il faut régler au plus tôt – et avec la plus grande discrétion, c’est impératif. Et ça ne va pas être facile : c’est Chinatown… Généralement, le bureau du shérif n’intervient pas ici – les Chinois gèrent leurs affaires à leur manière, et ça n’est pas un problème. Mais là les circonstances sont particulières… Peu des habitants du quartier parlent anglais ; mais c’est le cas de Mr Shou, le patron du White Tiger – qui doit être furieux ; c’est d’ailleurs un de ses employés, « Chan, Tchang, un truc comme ça », qui a trouvé le corps. Danny suppose que la victime a pu faire un saut au bordel avant de rendre son dernier souffle, et qu’il leur faudra se renseigner à ce propos, la première étape de leur enquête…

 

À suivre…

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L'Appel de Cthulhu, de Lovecraft et Baranger

Publié le par Nébal

L'Appel de Cthulhu, de Lovecraft et Baranger

LOVECRAFT (Howard Phillips) et BARANGER (François), L’Appel de Cthulhu, [The Call of Cthulhu], une nouvelle de H.P. Lovecraft, illustrations de François Baranger, traduction [de l’anglais (États-Unis)] de Maxime Le Dain, préface de John Howe, Paris, Bragelonne, coll. Les Récits de Howard Phillips Lovecraft illustrés par François Baranger, [1926, 1928, 2012] 2017, [64 p.]

LE GRAND LOVECRAFT ILLUSTRÉ

 

Comme une confirmation (parue un peu avant) du contenu de Lovecraft au prisme de l’image : François Baranger, illustrateur qui avait peut-être surtout fait parler de lui (très diversement) en science-fictionnie pour son gros roman Dominium Mundi, a livré il y a peu une superbe interprétation de la plus célèbre des nouvelles du gentleman de Providence, « L’Appel de Cthulhu ».

 

Globalement, je ne suis pas très « beaux livres ». J’en ai peu dans ma bibliothèque, et rares sont les textes pour lesquels je suis près à débourser un peu plus de sous pour en acquérir une version joliment illustrée. Il y a bien quelques exceptions, et, clairement, au premier chef, Tolkien – ce qui entre en résonnance avec le présent volume, puisqu’il est préfacé par John Howe, un des plus fameux illustrateurs du philologue oxonien (avec Alan Lee et quelques autres, comme peut-être Ted Nasmith, dont j’avais apprécié Le Silmarillion). Tout récemment, par ailleurs, même si ça n’a pas été l’élément déterminant de mon implication dans le financement participatif, j’ai pu apprécier, avec un ravissement certain, les très beaux livres de « l’intégrale » de Clark Ashton Smith chez Mnémos, tandis qu’au format « beau livre » le Gotland de Nicolas Fructus et Thomas Day avait indéniablement de la gueule (sans même parler, un peu plus ancien mais toujours par Nicolas Fructus, de Kadath).

 

Mais justement, puisque je tourne visiblement autour : si j’ai lu et relu Lovecraft, je n’ai pas forcément eu le réflexe de le faire dans des éditions illustrées. Non que j’adhère à la thèse souvent avancée, et un peu trop légèrement à mon sens, de l’impossibilité supposée de représenter Lovecraft (thèse qui revient ici dans la préface de John Howe, bizarrement) : une nouvelle comme « L’Appel de Cthulhu », à vrai dire, incite à la représentation, même si elle a bel et bien un caractère de défi – simplement, pas tant au regard du thème de « l’indicible », ça se joue à un autre niveau. C’est seulement que ce que j’avais pu voir jusqu’à présent était plus (Breccia, Druillet…) ou moins enthousiasmant (en faisant la part des adaptations, car ce n'est certes pas tout à fait la même chose).

 

L’acquisition de cette version illustrée de L’Appel de Cthulhu n’avait donc rien d’une certitude fanique, me concernant – d’autant que, prompt à la dépense « au poids », réflexe certes idiot, je ne suis pas vraiment porté à mettre 25 € dans une nouvelle déjà lue. Ce prix, pourtant, n’a à l’évidence rien d’une escroquerie en l'espèce, je suppose même qu’on peut le trouver plutôt généreux, au regard du magnifique objet-livre, enrobé d’une belle jaquette. Car le travail accompli est admirable – et feuilleter un tantinet l’ouvrage incite déjà à la compulsion d’achat. Son format démesuré (je ne m’attendais pas à ça, ça a été une grosse surprise) y participe aussi – de manière très appropriée, puisque la démesure est sans doute au cœur du propos.

 

UNE NOUVELLE TOUJOURS AUSSI FHTAGN

 

Cette chronique, pour l’essentiel, va concerner le travail d’illustration effectué par François Baranger. J’ai régulièrement eu l’occasion de dire quelques mots de la nouvelle « L’Appel de Cthulhu » (le plus récemment, c’était dans ma bibliographie raisonnée en vingt-cinq titres figurant dans Lovecraft : au cœur du cauchemar), et ne me sens pas forcément d’y revenir une fois de plus, du moins pas maintenant.

 

Cela ne m’a pas empêché de relire cette nouvelle (ici dans la traduction de Maxime Le Dain). Oui, encore une fois. Et le bilan demeure : cette nouvelle est toujours aussi fhtagn ! Elle fait partie de ces rares textes que je peux lire et relire sans me lasser – mieux, que je trouve encore meilleurs à chaque relecture. C’est un immense chef-d’œuvre, d’une richesse admirable.

 

Ce qui n’exclut pas des aspects éventuellement critiquables : outre la question du racisme (j’y reviendrai brièvement, mais c’est bel et bien, des « grands textes » de Lovecraft, un de ceux où ce fâcheux trait de l’auteur s’exprime le plus ouvertement, sans aller jusqu’au « Cauchemar d’Innsmouth »), et celle encore plus bateau de son hyperadjectivite cyclopéenne et impie, je n’ai pu m’empêcher de vaguement pouffer au regard d’un procédé que j’avais certes déjà remarqué, hein, mais sur lequel je me suis davantage penché à l’occasion de cette relecture : la tendance du narrateur à dire « il ne faut surtout pas parler de tout ça, je n’aurais jamais dû le lire, je ne dois pas l’écrire, personne ne doit le faire, ne me lisez pas, je vais détruire ce manuscrit », etc., justement en écrivant ce rapport… Ce qui se retrouve ailleurs dans la bibliographie lovecraftienne (je suppose qu’on pourrait parler des Montagnes Hallucinées, où c’est peut-être un peu plus subtil), et constitue probablement un avatar, tout de même plus acceptable, de la pratique du journal intime rempli jusqu’à la toute dernière minute, quitte à coucher sur le papier ses délires terminaux avec une ponctuation malmenée (si je me souviens bien, Frank Belknap Long va plus loin encore dans « Les Chiens de Tindalos », avec son narrateur qui écrit son hurlement de terreur – une anticipation bien risible du « Castle of Aaaaarrrrrrggghhh » des Monty-Python…).

 

Mais c’est un détail. L’essentiel, c’est que cette nouvelle demeure toujours aussi forte, et unique, relecture après relecture, et qu’elle y gagne même toujours en intérêt. C’est ce qui fait les chefs-d’œuvre.

 

(Oh, en parlant de « détails », mais là c’est la mise en page qui est concernée : je renâcle souvent à la lecture en grand voire très grand format ; même le jeu de rôle, où c’est pratique courante, me pose des difficultés à cet égard – trop de texte en une seule page, avec des colonnes, je trouve souvent ça fatiguant, sans être en mesure de dire pourquoi… Mais ça n’a pas du tout été le cas ici : au-delà du plaisir des yeux tenant à la qualité des illustrations, la mise en page a su demeurer équilibrée pour que la lecture suive un rythme continu, très adapté à la progression des images, et très agréable en tant que tel. Je note aussi le jeu bien vu de l’article de journal représenté tel quel au tout début de la troisième partie de la nouvelle.)

 

AUTOUR DE LA NOUVELLE

 

Rapidement, mentionnons qu’il y a une sorte de très bref paratexte. Et tout d’abord une préface de John Howe, donc, un des plus fameux illustrateurs de Tolkien, notamment, et à vrai dire une star en son domaine – je suppose que François Baranger a dû frétiller, et il y avait de quoi, en obtenant pareil parrainage.

 

Ceci étant, le contenu même de cette préface est inégalement pertinent – John Howe semblant même avancer que Lovecraft n’a été que « peu » illustré. Ce qui est absurde : il l’a été énormément ! Mais rarement « bien »… Je vous renvoie à Lovecraft au prisme de l’image, une fois de plus – entre autres ; les amateurs de BD pourront aussi jeter un œil au Guide des comics lovecraftiens de Patrice Allart, par exemple.

 

Ceci étant, ce qui m’a le plus déstabilisé dans cette préface, même si vous pourrez trouver ça mesquin de ma part, c’est cette très déconcertante note de bas de page (de celles qui sont fatales, ça arrive…) expliquant que « L’Horreur surnaturelle dans la littérature », texte de 1927, est « non traduit en français »… Il existe à ma connaissance trois traductions françaises différentes d’Épouvante et surnaturel en littérature. Aheum. Bon, ce manque de sérieux ne semble pas affecter le reste du bouquin. Mais qui a commis cette note ? Je doute que le traducteur de la nouvelle, Maxime Le Dain, ait pu faire pareille bourde, il semble connaître sa matière… Bon, ça n’a rien de grave, mais voilà, quoi.

 

En parlant de notes : l’ouvrage se conclut sur une « Note de l’éditeur », un bref paragraphe un peu embarrassé portant sur le racisme de Lovecraft. Quand j’ai vu ça, j’ai d’abord haussé un sourcil, mais, au fond, ça n’a rien de bien problématique. À vrai dire, cette note a peut-être davantage de quoi faire hausser les sourcils dans ses protestations (relevant à mes yeux de l’évidence) de ce que l’on peut et doit toujours lire Lovecraft dans un monde où le racisme navrant de l’auteur jure et pas qu’un peu, que dans le constat un peu désabusé (et indéniable) de ce racisme. Mais OK. Si l’on y tient, ça me va. Peut-être même cela sera-t-il profitable à certains lecteurs, les novices surtout.

 

Au moins, ce n’est pas cette abomination, entrevue il y a quelque temps de cela sur Internet, d’un guignol américain ayant publié une édition de « The Call of Cthulhu » expurgée de son vocabulaire tendancieux – un délire puritain très américain, « F-word » et compagnie (enfin, plutôt « N-word », ici…), mais, surtout, une consternante démonstration de bêtise : ledit guignol croit-il vraiment que c’est le lexique de Lovecraft qui pose problème, au regard de la question de son racisme ? Tout particulièrement dans une nouvelle telle que « L’Appel de Cthulhu » ?! Ça, ça me sidère et ça m’énerve, ce révisionnisme idiot : on ne récrit pas, bordel. Qui plus est de manière aussi stupide. Heureusement, la « Note de l’éditeur », ici, ne va pas du tout dans ce sens – en fait, qu’elle se « cache » un peu en toute dernière page du volume m’a presque fait sourire, eh…

VOIR LA DÉMESURE

 

Mais venons-en à l’essentiel : les illustrations de François Baranger.

 

Le choix d’une nouvelle telle que « L’Appel de Cthulhu » a ses conséquences, au regard des principes d’illustration. Bien loin des textes qui mettent le plus en avant le concept d’indicible, comme « La Couleur tombée du ciel » ou, dans un autre registre, « La Musique d’Erich Zann », ou de ceux qui usent de divers procédés pour « cacher » le monstrueux, comme « Celui qui hantait les ténèbres », « L’Appel de Cthulhu » fait partie de ces récits (avec également, je suppose, d’autres choses comme Les Montagnes Hallucinées ou « Dans l’abîme du temps ») où Lovecraft montre, sans ambiguïtés. Ce n’est pas un hasard s’il y a tant de représentations picturales de Cthulhu lui-même (incomparablement plus que de tout autre Grand Ancien), et cela ne doit pas uniquement, je crois, à la célébrité de la nouvelle, envisagée de manière « abstraite » : si l’auteur use d’un certain nombre de procédés pour exprimer ce que sa représentation a de déconcertant (par exemple, la description en forme d’inventaire à la Prévert, à la fois dragon et pieuvre, etc., ou « l’anti-description » consistant à dire ce que la chose n’est pas plutôt que ce qu'elle est), il n’en reste pas moins que, dans la nouvelle, et à plusieurs reprises, on voit Cthulhu.

 

On le voit d’abord au travers d’objets d’art le figurant : le bas-relief de Wilcox, la statuette trouvée par Legrasse dans le bayou, celle enfin trouvée à bord du bateau fantôme ; c’est le procédé de l’ekphrasis (je vous renvoie à l'article de Denis Mellier dans le numéro 1044 d'Europe), dont la plus célèbre utilisation, chez Lovecraft, se trouve dans la nouvelle « Le Modèle de Pickman » (nouvelle d’ailleurs contemporaine de « L’Appel de Cthulhu », ce n’est probablement pas un hasard).

 

Mais, à la toute fin de la nouvelle, on voit directement Cthulhu… ou, plus exactement, Johansen et ses hommes le voient directement ; nous, nous ne le voyons qu’au travers du récit de Johansen, tel que le narrateur nous le rapporte – procédé de distanciation courant, et à vrai dire essentiel, dans cette nouvelle (dont l’emploi le plus vertigineux se trouve dans les rapports de Legrasse décrivant le Culte de Cthulhu à partir des informations que lui transmettent les adeptes de Louisiane, comme Castro).

 

Cependant, si Lovecraft nous montre Cthulhu, il insiste au moins dans une égale mesure sur son caractère résolument non humain, aliène. Peut-être pas, toutefois, avec autant d’audace que dans certains textes ultérieurs (« La Couleur tombée du ciel », Les Montagnes Hallucinées, « Dans l’abîme du temps ») : Cthulhu, d’une manière ou d’une autre, demeure largement anthropomorphe. Mais, dans le texte, il se singularise surtout par la démesure – et c’est le parti adopté par François Baranger dans ses illustrations, de manière très pertinente : il se montre ici fidèle à l’esprit de la nouvelle, et peut-être davantage que bien des représentations pourtant jugées « canoniques » de Cthulhu, mais autrement timides au regard des proportions. Le Cthulhu de François Baranger, comme celui de Lovecraft, fait des centaines de mètres de hauteur – et c’est ainsi, classiquement, en comparaison, que ressort l’insignifiance de l’humanité, réduite à la taille insectoïde : l’horreur cosmique peut donc s’exprimer ainsi, même avec une créature qui n’est pas aussi frontalement « inhumaine » que bien d’autres, ultérieures, du bestiaire lovecraftien. En fait, au-delà de Lovecraft, je tends à croire que François Baranger a pu piocher dans les kaijû eiga : une illustration prophétique montre d’ailleurs Cthulhu ravageant une mégalopole, tel un avatar apocalyptique de Godzilla. Pourtant, là encore, même les plus colossaux des kaijû font figure de nains au regard de la démesure de ce Cthulhu-là. Avouons par ailleurs que le très grand format du livre est particulièrement propice à ce genre d’effets d’échelle – le résultat est très convaincant.

 

Mais le caractère non humain de l’ensemble relève aussi d’un autre procédé, à savoir la figuration de R’lyeh – à maints égards bien plus problématique que celle de Cthulhu. Il y a ces « angles étranges » qui défient la description et la représentation. François Baranger, pour rendre cette (ces) dimension(s), a, je crois, eu recours à deux principes de figuration : la démesure, une fois de plus (le monolithe d’abord aperçu par les marins vaut bien Cthulhu lui-même à cet égard), et le choix d’angles de vue incongrus, avec des jeux de perspective déconcertants. Le résultat manque peut-être un peu d’audace, mais pas de pertinence – et produit assurément son effet, même s’il aurait peut-être été possible d’aller plus loin.

 

Notons enfin, corollaire de tout ce qui précède, l’emploi d’une palette connotée, qui privilégie, outre les ombres noires se fondant dans les angles des pages pour laisser de la place à l’écrit, à des teintes bleuâtres ou verdâtres qui conviennent aussi bien à la créature Cthulhu qu’à son environnement océanique, que François Baranger représente déchaîné et intimidant de par sa majesté infinie mais tourmentée, nouvel effet d’échelle achevant de dissoudre l’humanité dans le néant, via quelque maelstrom où plongera nécessairement la risible car minuscule barque où les rares survivants s’entassent dans le vain espoir d’échapper à l’inéluctable.

 

DES GRANDS ANCIENS ET DES HOMMES

 

Vous me direz peut-être que j’ai commencé par la fin, avec Cthulhu, R’lyeh, et l’océan déchaîné. C’est parfaitement exact, mais j’ai mes raisons : c’est là que les illustrations de François Baranger sont les plus saisissantes, et c’est aussi là qu’il s’attarde le plus, en raison d’une mise en page qui associe à chaque « planche » toujours un peu moins de texte, ce qui a pour double conséquence de multiplier les illustrations en modifiant le rythme de lecture, pour coller davantage à l’action. Et c’est très pertinent, très à propos. De la sorte, outre qu’il respecte les effets produits par le texte de Lovecraft, l’illustrateur, à la fois, se fait plaisir et nous fait plaisir…

 

Il se passe bien des choses d’ici-là, cependant – les deux premières parties de la nouvelle ne sont pas aussi spectaculaires que la troisième et dernière (à quelques exceptions près, j'y reviendrai), mais François Baranger ne les néglige bien sûr pas pour autant. Simplement, ces moments du récit mettent davantage l’accent sur les personnages humains, comme de juste. C’est – forcément ? – un peu moins enthousiasmant, car la sidération n'est pas de mise, mais ça demeure très bien fait.

 

Et quelques visions s’avèrent particulièrement saisissantes – je relèverais bien, par exemple, l’artiste hurlant dans son lit à l’asile, dans un dortoir où il souffre seul, un classique du genre, mais qui produit à n’en pas douter son effet, ou, plus inattendu, l’inspecteur Legrasse déboulant dans le congrès des archéologues, attirant les regards dans son costume hard-boiled (chapeau mou, imperméable, cigarette au bec et volutes de fumée) passablement anachronique (cette scène de flashback est supposée avoir lieu en 1908), mais finalement pertinent (et sans doute aussi amusant).

 

Cette scène, par ailleurs, est l’occasion de mentionner que les séquences « humaines » de cette édition illustrée de L’Appel de Cthulhu peuvent faire usage d’une palette de couleurs plus étendue, et comprenant des couleurs plus « chaudes » que les séquences maritimes et cthulhiennes : ici, par exemple, le jaune. Effet de contraste, dès lors, entre les moments « en retrait » où l’action est en pleine lumière, et ceux, comme le dortoir de l’asile, ou telle remise abritant de dangereuses archives, où la nuit, les ombres, les recoins inaccessibles, le froid même, envahissent la page avec un caractère bien autrement menaçant ; ceci dit, les couleurs chaudes du jour produisent nécessairement des ombres, où patientent par exemple quelques « métis » prêts à commettre un sale coup…

 

Mais, en fin de compte, là aussi, la démesure peut être de la partie. Une des scènes les plus fortes de cette version illustrée, mais à vrai dire aussi de la nouvelle « pure », est la cérémonie prétendument « vaudou » dans le bayou de Louisiane, à laquelle Legrasse et ses hommes de la police de la Nouvelle-Orléans entendent mettre un terme. L’action est ici « humaine », donc, mais envisagée par François Baranger avec une certaine distance qui met en valeur l’inquiétante folie païenne du rituel meurtrier. Par ailleurs, la progression des illustrations est là encore en parfaite adéquation avec le rythme du texte, et rapporter ce qu’il en est pourra peut-être en témoigner. Nous voyons d’abord les fourgons de policiers s’enfonçant dans la très menaçante végétation du bayou, tordue, pourtant éclairée par un lointain brasier au centre haut de l'image, brasier que l’on sait plus menaçant encore – illustration efficace, mais au prix éventuellement d’un nouvel anachronisme, qui passe peut-être moins bien que celui précédemment cité (les véhicules, vus de loin certes, me paraissent un peu trop modernes pour 1907 ?) ; ensuite, image plus connotée encore, mais bienvenue, nous voyons les policiers (sans visage du fait de la luminosité réduite) s’enfoncer dans ce qui, à ce stade, relève de la jungle la plus sauvage, percluse d’ombres inquiétantes et même hostiles ; enfin, contraste marqué et saisissant, nous voyons, de loin, et pourtant dans l’intégralité d’une double page heureusement grotesque, le brasier du sacrifice humain dans toute sa splendeur satanique, qui, à nouveau, réduit l’humanité à la plus sordide insignifiance – celle, matérialiste, de la simple viande morte offerte à des dieux qui n’en ont que faire, si même ils existent. C’est très fort, très efficace.  

 

VIVEMENT LA SUITE !

 

Jugement qui vaut donc pour l’ensemble de l’ouvrage. François Baranger a accompli un très beau travail, qui met superbement en valeur le génial texte de Lovecraft. Dans le champ si périlleux de l’illustration lovecraftienne, il a su faire preuve du talent et de la pertinence nécessaires pour se situer d’emblée tout en haut de la pyramide.

 

Or il semblerait que cet Appel de Cthulhu doive être suivre par d’autres titres – il est présenté comme faisant partie, déjà, d’une série ou collection intitulée « Les Récits de Howard Phillips Lovecraft illustrés par François Baranger » (ce qui a le mérite d’être clair). Je suis très emballé à l’idée de voir paraître d’autres volumes dans ce goût-là

 

Ou à vrai dire dans un autre goût tout autant ? Car il y a une multiplicité des registres lovecraftiens. L’Appel de Cthulhu joue donc de la monstration et de la démesure, mais je serais curieux de voir comment François Baranger se débrouillerait avec des textes plus ambigus à cet égard, voire jouant plus ouvertement de l’idée d’indicible – ce qui laisserait aussi du champ pour les récits oniriques des Contrées du Rêve, dans un genre presque diamétralement opposé.

 

Je ne sais pas ce que l’avenir et François Baranger nous réservent – mais je suis curieux, et j’ai un a priori plus que favorable, après l’éclatante réussite de cet Appel de Cthulhu.

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Nous avons toujours vécu au château, de Shirley Jackson

Publié le par Nébal

Nous avons toujours vécu au château, de Shirley Jackson

JACKSON (Shirley), Nous avons toujours vécu au château, [We Have Always Lived in the Castle], traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Paul Gratias, Paris, Payot & Rivages, coll. Rivages/Noir, [1962, 2012] 2013, 234 p.

 

SPOILERS éventuels en toute fin de chronique.

MIEUX VAUT TARD…

 

Il était bien temps sans doute que je lise Shirley Jackson, et notamment ce très célébré roman qu’est Nous avons toujours vécu au château, que bien des gens recommandables… eh bien, me recommandaient. En notant toutefois que cette romancière autour de laquelle je tournais depuis bien trop longtemps a connu quelques autres réussites majeures dans les domaines de l’horreur et du mystère, comme le roman Maison hantée, qui a inspiré à Robert Wise sa géniale Maison du diable, ou la nouvelle « La Loterie », qui a semble-t-il déchaîné les passions à l’époque outre-Atlantique.

 

À vrai dire, je n’en savais guère plus – je ne savais même pas si le présent roman relevait du fantastique ou du policier ; certes, il a été publié en « Rivages/Noir », mais ça a également été le cas d’autres œuvres plus ambiguës, voire ouvertement surnaturelles (je serais bien preneur d’une réédition du John Silence d’Algernon Blackwood, moi, au passage, hein). Si, il y avait bien une chose : beaucoup de gens, parlant de ce roman, usaient du terme « gothique », mais dans sa perspective littéraire originelle, même « réactualisée » dans le cadre de la Nouvelle-Angleterre des années 1960 ; ça n’aurait pas déplu à un auteur local cher à mon cœur, je suppose…

 

J’ai donc entamé la lecture de ce roman avec un mélange (explosif ?) d’attentes très élevées et d’innocence virginale (si, si). Mais il a bel et bien sa magie : dès le premier paragraphe, il s’empresse de confirmer certaines attentes, et en même temps malmène certitudes et préconçus avec une jubilation perverse…

 

PAS FIABLE – VRAIMENT PAS FIABLE

 

Je m’appelle Mary Katherine Blackwood. J’ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J’ai souvent pensé qu’avec un peu de chance, j’aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l’index est aussi long que le majeur, mais j’ai dû me contenter de ce que j’avais. Je n’aime pas me laver, je n’aime pas les chiens, et je n’aime pas le bruit. J’aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantagenêt, et l’amanite phalloïde, le champignon qu’on appelle le calice de la mort. Tous les autres membres de ma famille sont décédés.

 

OK. Pareille entrée en matière nous saute à la gueule, et en braillant : « JE SUIS LA NARRATRICE ET JE NE SUIS PAS FIABLE DU TOUT MAIS ALORS VRAIMENT PAS DU TOUT !!! » Délibérément, bien sûr – le propos est maîtrisé de bout en bout. Reste que cet emploi du procédé du « narrateur non fiable » a justifié, presque systématiquement, que l’on établisse ici une filiation avec Le Tour d’écrou, de Henry James – sans doute, c’est la référence primordiale s’il doit y en avoir une, mais la violence de l’attaque en force me tire aussi bien du côté du Lovecraft du « Monstre sur le seuil », quant à moi. Et j’imagine que, derrière les deux, il pourrait y avoir Poe – le gothique à proprement parler, si jamais, c’est encore au-delà. Et, dans un autre registre, il y a bien sûr aussi Agatha Christie.

 

Il y a quelque chose de brutal, ici – dans un roman par ailleurs subtil –, dont je suppose que l’on peut dériver une clef de lecture : la « révélation » tant attendue (en fait devinée, au moins dans les grandes largeurs, dès ces premières lignes, et c’est pour partie leur fonction) n’est finalement que d’une importance limitée, et l’essentiel est ailleurs.

 

Qu’on ne s’y méprenne pas : Nous avons toujours vécu au château est bien un « roman à mystère », mais il est probablement d’abord un tableau angoissant de la névrose et de la haine – un concentré de malaise, d’autant plus savoureux en bouche qu’il se montre pervers et impitoyable.

 

OSTRACISME VILLAGEOIS

 

Suivons donc notre guide, l’enjouée Mary Katherine, qui se rend au village pour y effectuer les courses de la semaine. C’est une épreuve – et terrible… La jeune femme, avec sa fausse candeur de narratrice, qui n’a cependant rien d’une pudeur, dépeint un monde hostile, un microcosme villageois qui en a après elle et les siens – sur le mode pathétiquement lâche de la moquerie vicieuse à peu de frais, pratiquée par ces ersatz de « petits chefs », qui évacuent leurs frustrations sur les cibles les plus faciles de crainte de s’attirer l’ire d’autres plus à même de se défendre. Un héritage de la cour de récréation, typique de ces petits villages aux mentalités étriquées et bornées, où les réflexes de coqs de la basse-cour tournent aisément à l’exclusion de ce qui ose différer ne serait-ce qu’un tout petit peu – car il faut aller dans le sens du groupe, aucun autre sens n’est concevable : atavisme grégaire.

 

La scène est horriblement gênante – révoltante, même. Shirley Jackson y fait preuve d’une parfaite maîtrise de ses outils, point de vue biaisé et répétitions délibérée des mêmes allusions lourdingues mais qui se croient spirituelles, faux-semblants et non-dits, dans un cruel jeu de dupes qui serre le ventre. Elle sait aussi susciter une certaine empathie, voire sympathie, pour Mary Katherine – même si nous nous méfions d’elle, et peut-être d’autant plus quand, au détour d’un paragraphe, la narratrice exprime son vœu muet que tous ces imbéciles haineux meurent sur-le-champ…

 

COMBIEN DE SUCRES ?

 

Mais l’affaire est intrigante, aussi. Pourquoi tant de haine ? Car c’est bien de haine qu’il s’agit, sous le vernis de plaisanteries pas drôles. Pour l’heure, nous n’en savons encore trop rien, même si quelques indices surnagent de temps à autre : il doit y avoir un problème avec la sœur de Merricat, Constance – une sombre histoire, dans un passé proche… Probablement une histoire d’empoisonnement.

 

Les indices sont distillés au fur et à mesure, très savamment. C’est finalement l’oncle Julian (oui : Merricat mentait en prétendant dès le premier paragraphe que, hors Constance, tous les membres de sa famille étaient décédés…), un vieux gâteux coincé dans son fauteuil roulant sinon son lit, qui, au fil de ses ressassements, auxquels il confère une vertu proprement littéraire, lâche enfin le morceau (de sucre).

 

Les Blackwood étaient une riche famille de la région. Dans ce « château » qui n’en est un que métaphoriquement, disons que c’est une grande, prétentieuse même, bâtisse bourgeoise de Nouvelle-Angleterre, vivait toute une famille étendue. Mais, il y a six ans de cela, un drame s’est produit : quatre membres de la maisonnée sont morts – les parents des deux filles, leur petit-frère et leur tante, soit l’épouse de Julian – qui lui-même n’en a réchappé que de peu, étant dès lors condamné à l’invalidité.

 

L’affaire, on s’en doute, avait fait grand bruit. On a compris qu’il s’agissait d’un empoisonnement à l’arsenic – qui avait été versé dans le sucre. Constance n’ayant pas pris de sucre (et la petite Mary Katherine, douze ans, étant alors punie dans sa chambre), c’est donc la fille aînée des Blackwood qui a été accusée de l’odieux assassinat et parricide, matricide, fratricide (et, euh, tanticide ? Pardon…) : il y a eu un procès, mais impossible de trouver la moindre preuve… Constance, bénéficiant de la présomption d’innocence, a été acquittée.

 

Mais, pour les villageois, il ne fait guère de doutes qu’elle est bien la coupable – que le juge n’en ait pas décidé ainsi n’y change rien, elle a bel et bien commis ce crime abject ! Nous ne savons pas grand-chose des relations des Blackwood avec les villageois avant le drame – mais il a en tout cas servi de défouloir libérateur : les gens du coin haïssent les débris de la famille Blackwood, au premier chef la coupable Constance, mais, par un détournement révélateur, cette haine affecte tout autant les victimes supposées que sont éventuellement Mary Katherine et en tout cas Julian. C’est la famille entière qui est maudite, car perverse – les enfants du coin raillent les participants au drame, serinant toujours la même comptine idiote et cruelle, où Constance offre du thé à sa petite sœur, qui préfère ne pas prendre de sucre…

 

Cette haine bien pratique, en même temps, peut se muer en fascination puérile: gamins et adolescents bravaches se mettent au défit d’approcher la demeure du crime, et, plus singulier encore, quelques bonnes femmes du coin jouent à se faire peur, en allant… prendre le thé chez les Blackwood.

 

Ceci, tout en écoutant le récit sans cesse repris du drame par l’oncle Julian – obsédé par ce qui s’est alors produit, et qui emmagasine les notes, depuis six ans, pour un livre qui ne paraîtra jamais. Aveu du vieux bonhomme : il n’y dira pas la vérité – mieux vaut embellir, en pareil cas, c’est plus intéressant ; ce en quoi il est bien l’oncle de sa nièce Merricat…

UNE UTOPIE RECLUSE

 

Mais ces visites sont exceptionnelles – encore que réglées comme du papier à musique, de même que les courses de Mary Katherine au village, qui obéissent à un rituel bien précis. Car tout est rituel, ici…

 

Mais, pour l’essentiel, les trois Blackwood survivants vivent en reclus. De Résidence – non, pardon… Bref : Mary Katherine est en fait la seule à sortir du « château ». Oncle Julian, invalide, en est physiquement incapable. Constance en est psychiquement incapable : très affectée par le crime, le procès et les accusations portées contre elle, la haine ouverte, enfin, des villageois, mêlée de fascination perverse pour sa personne d’empoisonneuse supposée, elle ne peut pas aller au-delà du jardin où elle fait pousser ses légumes pour la cuisine.

 

Mais tout cela n’a rien de sinistre, n’est-ce pas ? Le château des Blackwood, nous laisse entendre Constance (ou plutôt Mary Katherine ?), a tout d’une utopie, pour elle – même recluse. Ce côté presque carcéral appuie la filiation gothique du roman, et le lecteur, lui, peut à bon droit trouver cela parfaitement sinistre, mais Constance, dans cet environnement qui est le seul qu’elle connaisse, joue à la parfaite femme d’intérieur, qui siffle en travaillant, appréciant la sérénité propre aux ordres immuables et aux terrains connus. Souriante et généreuse, mère-poule à vrai dire, elle s’active en cuisine, et ses soins de tous ordres témoignent de son affection débordante pour sa sœur encore toute gamine (« Petite folle de Merricat… ») et son vieil oncle malade. TOUT VA BIEN.

 

Les connotations de la vieille demeure auront assurément l’occasion d’évoluer d’ici à la fin du roman – comme, aux yeux du lecteur, une métaphore qui s’incarnerait dans la pierre et les poutres. Constance n’en témoignera que davantage de ce qu’elle est portée au déni…

 

Mais il s’agit de protéger cette utopie – le château et la parfaite petite famille heureuse qui y vit dans une rassurante routine. C’est l’affaire de Mary Katherine. Parallèlement aux rituels de Constance, cette vie bien ordonnée autour des tâches ménagères toujours exécutées dans les mêmes conditions et selon un emploi du temps agréablement rigide, la fantasque adolescente, entre deux séjours sur la lune, assure la sécurité de la résidence par d’autres rituels, les siens, qui obéissent quant à eux (ou, plus exactement, de manière plus ouverte ?) à une forme de pensée magique. Enterrer quelque chose ici, clouer ce livre-là… Autant de talismans garantissant l’inviolabilité du foyer ! Elle a d’autres techniques tout aussi efficaces, ainsi, cette liste de trois mots : Mélodie – Gloucester – Pégase. Si personne ne les prononce, alors TOUT IRA BIEN. Et comment quelqu’un pourrait-il prononcer trois mots aussi bien choisis, avec tant de soin, tant de ruse ?

 

À vrai dire, Merricat, choisissant ces trois mots, n’est pas vraiment rassurée – et si elle s’y livre avec autant d’attention, c’est justement parce qu’elle devine qu’il va se produire… quelque chose.

 

Quelque chose de fatal à l’heureuse utopie du château.

 

UNE MENACE (DE PLUS)

 

Un jour, quelqu’un toque à la porte. Pas l’une de ces bonnes femmes du village venant chercher dans la demeure Blackwood une excitation supposée épicer leur morne quotidien de quidams, quelqu’un de bien plus inquiétant pour Mary Katherine – le cousin Charles…

 

Issu d’une autre branche des Blackwood, qui avait rompu avec la « château » suite au drame (il n’y a pas que les villageois du coin qui ne veulent pas avoir affaire avec Constance – les barrières sont multiples), le cousin Charles apparaît très tôt comme un sale bonhomme ; ceci étant, c’est Mary Katherine notre narratrice, elle a… un point de vue un peu biaisé ? À l’en croire, et après tout nous n’avons pas forcément le choix, Charles rompt très vite la rassurante routine du château en cherchant à s'installer sur place ; pour ce faire, il tente de (re ?) nouer des liens avec Constance, comprenant très bien que la partie était d’emblée mal engagée avec Merricat. Il s’en accommode – et son comportement évolue, toujours plus autoritaire, cruel même, parfois…

 

C'est que Charles a une idée derrière la tête, dans le récit de Mary Katherine : c’est l’or des Blackwood qui l’intéresse – on dit que les défunts avaient accumulé une coquette fortune… Et il faut bien que Constance pioche de l’argent quelque part, pour que Mary Katherine puisse payer les courses… En fait, à ce stade, cette dernière nous avait déjà confié qu’elle avait enterré de l’argent çà et là, pour protéger le manoir.

 

Charles, quoi qu’il en soit, est obsédé par cette fortune. Individu cupide, égoïste et mesquin, il peut tromper Constance, mais pas Mary Katherine.

 

Il en résultera un nouveau drame.

 

Et ce sera la faute de Charles, hein !

 

Pas de Mary Katherine.

 

AMBIGUÏTÉS À LA PELLE

 

On met ici la balise SPOILERS ?

 

Au cas où ?

 

Allez.

 

Bon, le truc de base, vous le savez déjà : c’est bien la petite Mary Katherine, douze ans alors, qui est la responsable de l’empoisonnement – pas le moins du monde Constance… laquelle savait toutefois très bien ce qu’il était depuis le début, si elle ne le confesse que bien tardivement à sa meurtrière de sœur. Le premier paragraphe du roman, aussi ouvertement « non fiable », nous assure peu ou prou cette « révélation », qui n’en est du coup pas une.

 

Et cela n’a rien d’un problème, car l’essentiel se joue sans doute ailleurs – tout en impliquant à nouveau ce procédé primordial de la narratrice non fiable, qui subvertit subtilement toutes les « informations » contenues dans le roman, au point de rendre le lecteur bientôt paranoïaque.

 

Comme dit plus haut, le premier paragraphe du roman s’avère très vite un mensonge sur un point qui n’est probablement pas tout à fait un détail (du moins, c’est ce que je suppose, mais je pars peut-être déjà en vrille) : outre sa sœur Constance, un autre membre de la famille de Merricat a survécu – à savoir l’oncle Julian… qui aurait dû être une victime, du coup. Cette première incohérence incite très vite le lecteur (en tout cas le Nébal) à scruter les détails du récit de Mary Katherine pour la prendre en faute. Et cela peut arriver à plusieurs reprises, très régulièrement en fait.

 

Mais le plus important, dans ce registre qui est effectivement aussi celui du Tour d’écrou, c’est une ambiguïté fondamentale, que le lecteur perçoit mais subit, et qui est à même de l’inciter aux plus déments des fantasmes sur la base de la narration non fiable – éventuellement au point de s’interroger sur la dimension fantastique du récit : Merricat, après tout, ne tarit pas de commentaires sur ses rituels magiques – ou sur son anticipation de la venue de Charles, même si, dans ce dernier cas, nous sommes particulièrement incités à y voir une manipulation narrative (et à deux niveaux, bien sûr, avec Shirley Jackson qui s’amuse derrière Mary Katherine).

 

L’ambiguïté du cas de Julian, par ailleurs, m’a fait envisager un temps la possibilité qu’il soit bel et bien mort – une ambiguïté éventuellement étendue à l’ensemble de la petite famille : ne seraient-ils pas tous morts, en fait, comme dans, mettons, Les Autres, d’Alejandro Amenábar (film fantastique qui emprunte d’ailleurs beaucoup au Tour d’écrou) ? Nous parlons ici d’un roman de l’auteur de Maison hantée… Et le titre même du présent livre nous y incite peut-être.

 

Cette référence en entraîne éventuellement une autre – via le film de Robert Wise, le cas échéant. Et si Merricat était la seule à être restée en vie, qui se serait construit un univers fantasmatique de compagnons survivants pour gérer tel ou tel trauma… quitte à incarner elle-même tous les rôles ? Le roman de Shirley Jackson date de 1962, mais Psychose, de Robert Bloch, était paru en 1959, et avait été adapté par Hitchcock en 1960 – bien évidemment, je ne parle pas ici d’influence, plutôt de quelque chose dans l’air du temps…

 

Vous savez quoi ? Oui, vous le savez – je parle d’autant moins d’une éventuelle influence que toutes ces hypothèses… sont fausses. Nul fantastique ici, au-delà de l’ambiance. Et la psychose façon Norman Bates, à base de trouble de la personnalité multiple, n’est pas non plus de rigueur. Qu’importe : l’ambiguïté reste savoureuse, un bel outil pour captiver le lecteur et l’impliquer dans l’histoire – et, si l’on n’y trouve rien d’aussi excessif que le cas de Norman Bates, les pathologies mentales sont bien au cœur du récit, associées à un malaise permanent.

 

FIGURES DU MALAISE ET DE LA NÉVROSE

 

C’est sans doute ce qui prime, en définitive – cette folie sous-jacente, qui peut s’exprimer de manière brutale ou insidieuse, mais toujours au prisme du malaise. Cette « petite folle de Merricat », à tout prendre, même si elle a pour fonction première de biaiser le récit, et ce en adoptant un comportement, ou du moins un discours, véritablement fou, si tant est que cela veuille dire quelque chose, laisse pourtant du champ pour que s’exprime la souffrance qui caractérise le quotidien de sa sœur Constance depuis l’empoisonnement, et sa faiblesse psychique qui en résulte. L’oncle Julian aussi y passe – dont le traumatisme n’a jamais été évacué, même au fil de ses notes où la catharsis n’opère pas, et peut-être du fait d’une certaine complaisance de sa part à sans cesse revivre le drame. Une vraie famille de dingues.

 

Tous trois, pour se protéger, mettent donc en place des rituels de divers ordres – et d’une efficacité à peu près aussi douteuse les uns que les autres. En fait, ces rituels sont peut-être les plus éloquents témoignages de la douleur qui suinte sous les protestations de bonheur domestique les plus invraisemblables. En tant que tels, ils participent de cet étouffant malaise qui s’exprime à chaque page de Nous avons toujours vécu au château.

 

Mais ce malaise s’exprime aussi au-delà de la psyché torturée de ses protagonistes et des protocoles qu'ils mettent en place pour se défendre – il acquiert une dimension sociale, dans les relations malsaines des survivants Blackwood avec l’extérieur, ce Village sauf erreur anonyme, dont l’abstraction même a quelque chose de menaçant dans ce qu'elle laisse supposer d'universalité.

 

Le roman de Shirley Jackson ne manque pas de scènes terribles, imprégnées d’une tension redoutable autant que captivante – mais les scènes les plus effroyables résident bien dans cette confrontation de deux mondes séparés par une barrière peu ou prou infranchissable, mais pas forcément bien certains de qui l’a construite au juste.

 

Cela peut se faire sur un mode presque humoristique, ainsi dans la scène du thé où Julian décrit par le menu la journée fatidique, six ans plus tôt, à deux voisines qui jouent à se faire peur – la plus forte et/ou perverse n’étant pas celle que l’on croit.

 

Mais cela peut aussi emprunter des atours plus terribles, insupportables même : j’ai déjà évoqué Mary Katherine faisant ses courses dans la communauté hostile et impudique, mais l’incendie du château et le pillage qui s’ensuit sont du même ordre. En fait, les remords exprimés ensuite par les villageois ne rendent cette scène que plus terrible encore – cérémonie païenne à laquelle se livrent des gosses mal élevés, jamais aussi heureux que quand ils cassent en toute impunité les jouets des autres, avec une méchanceté gratuite typique de ces lynchages au nom du bon droit et de la morale.

 

Leur puérilité mesquine vaut bien la cupidité hypocrite du cousin Charles : l’humanité ne sort pas grandie de Nous avons toujours vécu au château. Mary Katherine a beau être l’empoisonneuse, la bêtise haineuse de ces quidams en fait des ersatz de monstres finalement bien plus répugnants dans leur abjecte et insupportable banalité.

 

Ceci, certes, en prenant en compte... que c’est justement l’empoisonneuse qui nous les décrit ainsi.

 

TRÈS FORT

 

Je m’y suis mis bien tard, mais ça valait le coup : Nous avons toujours vécu au château est bien le chef-d’œuvre que l’on dit. Ce récit finalement inclassable, s’il emprunte aux codes de genres mieux déterminés comme le gothique, l’horreur, le fantastique, le policier, le thriller, etc., ce récit disais-je est admirable de tension – chaque page, chaque mot si ça se trouve, est un outil de manipulation d’autant plus pervers que l’on en a conscience et que l’on s’en réjouit. Le malaise qui ruisselle de chaque chapitre y participe également, les deux sont à vrai dire indissociables, et l’effet est imparable.

 

Nous avons toujours vécu au château est un roman très fort, et, je n’en doute pas, très marquant.

 

Il me faudra sans doute poursuivre la découverte de cette autrice – Maison hantée, notamment, sera une étape indispensable (et tant qu’à faire, je reverrais bien La Maison du diable).

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L'Appel de Cthulhu (V7) : Murmures par-delà les songes

Publié le par Nébal

Couverture de Loïc Muzy

Couverture de Loïc Muzy

L’Appel de Cthulhu (V7) : Murmures par-delà les songes, Sans-Détour, 2017, 128 p.

 

ATTENTION : contient des SPOILERS, surtout pour les derniers scénarios…

JE RÊVAIS – D’UN AUTRE MONDE (TA, TA-DAN, TA, TA-DAN…)

 

Pour tout un tas de raisons, j’ai fait une pause de plusieurs mois, mais il me faut bien, maintenant, revenir sur le contenu de l’édition « Prestige » des Contrées du Rêve pour la septième édition de L’Appel de Cthulhu – me restait en effet deux livres à chroniquer, Murmures par-delà les songes et, contenu exclusif cette fois, La Pierre onirique. Après Les Contrées du Rêve au sens le plus strict, Kingsport, la cité des brumes, et Le Sens de l’Escamoteur, va donc aujourd’hui, toujours sous une superbe couverture de Loïc Muzy, pour Murmures par-delà les songes, un recueil inédit de huit scénarios de création 100 % Qualité France – ce qui le singularise doublement dans ce financement participatif.

 

Plusieurs auteurs se sont attelés à la tâche, parmi lesquels il faut sans doute mettre en avant Tristan Lhomme, responsable de trois de ces huit scénarios, et Cyril Puig, qui en a signé deux – d’autant plus que ces cinq scénarios, me concernant, sont clairement, et de très loin, les plus intéressants du lot.

 

Murmures par-delà les songes s’inscrit parfaitement dans le contexte des Contrées du Rêve, en proposant huit aventures qui abordent l’univers onirique lovecraftien de manière variée, où le cauchemar perce différemment sous les décors typiquement chatoyants. Il faut noter, d’ailleurs, que cet univers autorise des scénarios éventuellement lovecraftiens sans être cthulhiens pour autant – c’est même assez récurrent : plusieurs scénarios sont garantis sans tentacules indicibles, mais n’en ont pas moins leur saveur particulière et tout à fait pertinente – je ne parle pas de sans gluten, pour le coup. La place de l’horreur est d’ailleurs plus ou moins fondamentale, certains scénarios semblent la remiser de côté, mais, au fond, c’est peut-être affaire de connotations : il y a un monde (ou deux) entre le survival frénétique de « La Malédiction de Leng » et le mélodrame sous-jacent à « La Vapeur des soupirs », scénario qui paraît d’abord bien autrement léger, mais la douleur et le remords s’y expriment pourtant d’une manière subtile et finalement pas moins oppressante.

 

Parallèlement, d’autres réflexes rôlistiques associés à L’Appel de Cthulhu ont pu survivre à cette transposition : l’enquête y conserve globalement une part importante. Mais d’autres approches sont envisageables, louchant sur la fantasy plus classiquement rôlistique, sans toutefois pousser le bouchon trop loin : si un scénario (« Entre deux rives », probablement le pire…) avance, après la référence à Gary Myers, auteur qui me demeure inconnu, qu’il pourrait être abordé « à la Brian Lumley » (et de suite, c’était pas hyper engageant pour moi…), même celui-ci fait pourtant en sorte de ne pas verser outre-mesure dans les excès héroïques et martiaux, et, oui, les donjons ne sont nulle part du lot.

 

Le monde de l’Éveil, en miroir de ces Contrées qu’arpentent surtout les PJ, est plus ou moins important dans ces huit scénarios – il l’est surtout dans « Le Trésor des doges » et « L’Onirographe », tandis que « La Malédiction de Leng » a pour objet essentiel de jouer sur l’ambiguïté du passage entre les deux mondes (et y parvient habilement). A contrario, « La Morte et le chevalier » l’exclut presque totalement. L’approche dominante, cependant, consiste à panacher les deux mais de manière déséquilibrée, en mettant avant tout l’accent sur les Contrées du Rêve, tout en prenant soin de ménager des incursions brèves mais fortes et cruciales dans le monde de l’Éveil : c’est ainsi que procèdent « La Vapeur des soupirs », « Entre deux rêves », « Le Vice et la vertu » et « Rêve d’antan » (encore que ça pourrait peut-être se discuter pour ce dernier). Le point de départ varie, mais le procédé est récurrent.

 

Bon, autant faire d’emblée une sorte de bilan au format le plus lapidaire – pour les cultistes pressés… Globalement, j’ai bien aimé, voire plus que ça, ce recueil – inégal comme tous les recueils, mais le bon grain l’emporte sur l’ivraie. Concrètement ? Allez, du pire au meilleur…

 

Il y a ce que je n’ai pas (du tout) aimé : « Le Trésor des doges », scénario d’Éric Dubourg, et surtout « Entre deux rêves », signé Raphaël et Alicia Hamimi.

 

Il y a ce que j’ai trouvé… « sans plus » – le correct mais pas très enthousiasmant : cela concerne un unique scénario, « L’Onirographe », d’Éric Dedalus.

 

Il y a ce que j’ai aimé, franchement aimé même, beaucoup aimé souvent – mais avec parfois quelques tout petits bémols (pas insurmontables, loin de là), le cas échéant : Tristan Lhomme figure ici pour deux de ses scénarios, « La Morte et le chevalier » et « Rêve d’antan » ; les deux scénarios de Cyril Puig, « Le Vice et la vertu », et « La Malédiction de Leng », relèvent également de cette catégorie, sans doute un peu trop vaste.

 

Il y a, enfin, ce que j’ai adoré – un scénario absolument brillant comme je n’en ai que bien trop rarement lu : « La Vapeur des soupirs », une merveille signée (à nouveau) Tristan Lhomme.

 

Bon, essayons de détailler un peu tout ça, maintenant… En suivant l’ordre du recueil. Et en essayant de ne pas trop SPOILER, mais, bon, hein : si vous êtes joueurs, méfiance… Vers la fin de cet article, surtout, je tends à me lâcher un peu...

 

LE TRÉSOR DES DOGES

 

Murmures par-delà les songes s’ouvre sur « Le Trésor des doges », un scénario signé Éric Dubourg – principal auteur, sauf erreur, du supplément maousse Byzance An 800, que j’ai, qu’il me faudra lire, car je suis curieux… mais, en même temps, si j’en ai toujours repoussé la lecture, c’est que j’éprouve quelques craintes, des préconçus sans doute – mais que le présent scénario tend hélas à conforter.

 

Il commence à Venise (ah bon ?). Et l’auteur aime visiblement jouer à l’historien comme au guide touristique : l’exposition est passablement pointue, avec moult détails d’une utilité rôlistique, eh bien… un peu douteuse. Il se fait plaisir, et en soit ça n’est pas inintéressant dans l’absolu – mais ça ne sert à rien ; pire, c’est même régulièrement hors-sujet. Pour le coup, oui, je craignais un peu quelque chose du genre…

 

Mais c’est d’autant plus problématique que le « scénario », sur cette base, est atrocement convenu et terne – au point de la caricature, en fait. Une vente aux enchères, oh (avec tout le catalogue détaillé à l’excès), un problème pendant ladite, ah, oui, c’est qu’il y avait un sacré (…) artefact voire plus, et, alléchés, des figures notables de l’occultisme, éventuellement empruntées à d’autres lovecrafteries rôlistiques…

 

Incluant notamment le duc Jean Floressas Des Esseintes, la variation sur Huysmans dans la campagne « mythique » (…) Terreur sur l’Orient-Express. En fait, ce gros machin est ici régulièrement rappelé à notre bon (enfin, plus ou moins bon…) souvenir, au point où le présent scénario pourrait éventuellement… s’y insérer, disons, de manière neutre, ou constituer un épisode alternatif – hélas tristement redondant, aux plans de l’intrigue (on se débarrasse probablement du vilain objet magique exactement comme dans « Terres Oniriques Express », et on suggère de toute façon de faire intervenir ce train bien particulier) comme de l’ambiance (Des Esseintes peut rappeler l’épisode « Nocturne » à Lausanne, les communistes et les fascistes s’affrontent en arrière-champ comme dans « Note pour note » à Milan, etc.). Tout ceci en rappelant que la campagne… compte justement un épisode vénitien, « La Mort (et l’amour) dans une gondole ». Oui, quand même. Faut-il y voir un digest ?

 

Mais, même en fermant l’œil sur ce procédé, ou en lui accordant davantage de pertinence que je ne le fais, quel ennui ! Classiquement, le scénario tourne très vite à la poursuite du méchant sorcier qui a chopé l’artefact impie, artefact qu’il faudra ensuite détruire – comme un certain anneau, mais pas avec la même ampleur narrative, on est censé faire dans le one-shot, hein. La traque passe donc du monde de l’Éveil aux Contrées du Rêve, mais comme « pour la forme », sans vraie conviction. Les excès de précision de l’introduction vénitienne ne sont plus de la partie, c’est peu dire : cette fois, les détails manquent, pour ce périple onirique qui devrait être long, mais s’avère expédié sans plus s’y attarder. Au final, c’est convenu, c’est fade, c’est terne – je ne vois absolument aucune raison de faire jouer un truc aussi ennuyeux et aussi peu « impliqué ».

 

Mauvaise entrée en matière, donc…

 

LA VAPEUR DES SOUPIRS

 

Le contraste n’en est que plus marqué avec le scénario suivant, « La Vapeur des soupirs », dû à Tristan Lhomme – qui est clairement le grand moment de ce supplément. C’est un scénario que j’ai trouvé absolument génial de bout en bout, même s’il faut bien noter qu’il peut être assez délicat à maîtriser (sa conclusion, du moins).

 

C’est un scénario pas cthulhien pour un sou. Pour autant, et à la différence, par exemple, à mes yeux du moins, du scénario suivant, « Entre deux rêves », il s’inscrit bien dans l’univers onirique des Contrées, et en travaille les aspects les plus intéressants, tout en en dérivant des choses bien différentes, pas forcément très « canoniques » (si pas « hérétiques » pour autant), mais dont la pertinence est telle que l’expérience globale en profite énormément.

 

Ainsi du ton, qui est très habilement travaillé. Au départ, le scénario a quelque chose de « léger » en apparence, l’auteur avançant qu’on pourrait le jouer « à la Princess Bride », par exemple. Ce qui peut inclure des moments assez drôles, et pourtant pas totalement drôles – ainsi avec le génial et cruel personnage du « terrible pirate », que j’adore, y a pas d’autre mot. Mais cette impression de superficialité s’avère bientôt erronée, à mesure que le fond de l’affaire se dévoile progressivement – bien plus subtil que tout ce que les personnages pouvaient supposer. Ce qui opèrera surtout lors d’une incursion dans le monde de l’Éveil, plus ou moins présentée comme « optionnelle » – de même que les moments les plus tournés vers « l’action » à vrai dire –, mais qui me paraît tout de même fort utile.

 

C’est à la vérité d’un mélodrame qu’il s’agit – ou peut-être plus exactement d’un drame psychologique et social tout à la fois, bien loin de l'horreur cosmique, le fantasme lourd de remords d’une desperate housewife ; autant dire d’un personnage pour lequel le rêve est une échappatoire vitale (cela vaut aussi pour le « terrible pirate », au fond). Lovecraft lui-même n’aurait sans doute pas présenté les choses ainsi (on sait ce qu’il en est de l’absence des femmes dans son œuvre), et pourtant, dans l’esprit (ou l’inconscient ?), je crois que ça colle. C’est en même temps un beau détournement, malin et saisissant, du cliché pulp de la « damsel in distress », et tout à la fois un très complexe dilemme où aucune solution n’est intrinsèquement « bonne », comme de juste.

 

Pourtant, au gré des multiples conclusions proposées, il en est peut-être qui pourront apparaître comme étonnamment positives, pour un jeu aussi connoté que L’Appel de Cthulhu. On ne s’attend pas exactement, quand on joue à ce Grand Ancien, à vivre ou voir une histoire d’amour… Et ça aussi, le vieil oncle Theobald, ça l’aurait sans doute rendu tout chose. Mais c’est très bien fait, c’est juste, c’est fort.

 

Ce genre d’exercice est pourtant périlleux, du scénario qui met (plus ou moins) en avant une couche de « méta », on va dire, supposée transcender l’expérience, mais pouvant tout aussi bien ne constituer guère plus qu’une fanfaronnade d’auteur un peu trop malin pour son propre bien. Sauf que Tristan Lhomme, ici, dose avec habileté ses effets et son propos, pour un résultat qui s’avère rôlistiquement savoureux, enthousiasmant, palpitant, en même temps qu’intelligent et pertinent dans sa dimension de « commentaire » (que ledit commentaire porte sur Lovecraft, le jeu de rôle, le rêve, la société contemporaine, etc.). « La Vapeur des soupirs », c’est du (bon) Alan Moore rôlistique – ou du Neil Gaiman ? On peut penser à Sandman, ici – par exemple ce couple de pseudo-super-héros vivant dans un univers factice à la Little Nemo

 

J’ai adoré – vraiment. C’est clairement le sommet du recueil, et le reste peut paraître un peu pâlichon en comparaison. Pourtant, les bons (même si moins bons) scénarios ne manquent pas, par la suite, qui valent bien qu’on les estime individuellement. Mais il y en a aussi quelques-uns de mauvais – enfin, un surtout, un seul en fait… Celui qui suit immédiatement.

ENTRE DEUX RÊVES

 

« Entre deux rêves », donc, un scénario de Raphaël et Alicia Hamimi. Et qui, à mes yeux du moins, ne fonctionne pas du tout. Je ne sais pas vraiment par où commencer, à vrai dire…

 

Peut-être parce que ce scénario est d’emblée assez confus ? Dans ses premières pages, il explicite avec plus ou surtout moins de clarté quelques concepts qui lui sont propres et s’intègrent avec une pertinence variable dans la « mythologie », au sens large, des Contrées du Rêve. Bon, c’est le truc, avec les Contrées : c’est un univers à la fois cohérent et fluctuant, susceptible de mille lectures – respecter un supposé « canon » de bout en bout ne fait pas forcément sens, et, en bien des occasions, ce genre d’apports s’avère tout à fait profitable. Mais, ici… C’est pas clair. Dans l’absolu comme sur un plan plus fonctionnel – directement associé aux enjeux du scénario.

 

Une remarque toute personnelle, ici – parce que j’abuse, si ça se trouve, c’est peut-être juste moi qui… Mais la plume des auteurs m’a paru d’une lourdeur redoutable, qui participe de ce sentiment général de confusion et d’hermétisme. J’ai écarquillé les yeux à plusieurs reprises, notant même des tournures un peu pachydermiques comme « … telles les écumes de mer dansant par vagues sur les étendues d’eau… », ou, dans le paragraphe suivant, « … longent les berges luxuriantes qui bordent… », ce qui ne m’a pas aidé. Je sais : on n’est pas là pour faire de la littérature, sans doute ; mais justement – ça m’a fait l’effet d’une tentative pas vraiment heureuse pour ce faire…

 

Or tout ce dispositif, fond et forme, présenté comme crucial, s’avère d’un usage finalement limité en jeu – ou qui, du moins, n’aurait en rien nécessité tant de précautions conceptuelles. Car le scénario à proprement parler s’avère tristement commun. Dans l’entrée en matière, les auteurs tentent quelque chose de potentiellement intéressant, avec ces PJ membres d’un cirque qui doivent décrire leur spectacle, mais la suite est téléphonée, linéaire – et, pire encore, le risque est non négligeable, de ce que les joueurs deviennent bientôt davantage des spectateurs que des acteurs du récit, en dehors d’une brève séquence de devinettes formalisée sans vraie nécessité, pour une « révélation » qui en est peut-être une pour les personnages (vaudrait mieux), mais certainement pas pour les joueurs (et sur ce mode, même si pas totalement équivalent, on a régulièrement lu bien autrement convaincant et même enthousiasmant – voyez par exemple « Étoiles brûlantes », dans Terreurs de l’au-delà). C’est tout de même bien fâcheux. Que la conclusion du scénario soit dès le départ gravée dans le marbre, mais surtout de la sorte, avec un deus ex machina que les PJ côtoyaient depuis la première minute de jeu, c’est encore plus fâcheux.

 

Mais la subtilité de la mise en place est aussi contredite à un plan davantage fondamental, peut-être, en ce que la trame de fond est tristement manichéenne – dans les faits comme dans la symbolique (lumière contre ténèbres, etc.). Et c’est bien cet aspect qui domine, à terme : la nature des personnages, leurs artefacts, le monde autour d’eux – toute cette fausse complexité est vite réduite à une eschatologie… eh bien, de cirque.

 

Ce qui ressort tout particulièrement dans ce choix que je ne m’explique pas (sinon comme une vague forme d’affectation ?), consistant à mettre en scène un personnage historique, en l’espèce le Sar Joséphin Péladan, pour lui faire jouer un rôle a priori sans rapport aucun avec sa biographie – non que je puisse prétendre m’y connaître en la matière, mais, franchement, je n’arrive tout simplement pas à faire le lien, pour le très peu que j’en sais, entre l’excentrique guignol des salons de la Rose-Croix, qui a bel et bien existé, et le ténébreux méchant en carton de ce scénario, une sorte de sous-Napoléon de l’occulte, dénué de la moindre consistance. Quant à extraire malgré tout de sa biographie quelques éléments à mettre en scène… Ben, faut voir comment et pourquoi : la passion du bonhomme pour l’art du Quattrocento, ici, débouche sur la création d’une ville onirique « inspirée de Rome et de Florence », et qui s’appelle Quattrocento. Ce qui me paraît tout de même un peu bizarre, et j’ai haussé un ou deux sourcils. Clairement, un personnage totalement fictif aurait été plus pertinent, à tous points de vue – ça n’est pas la première fois, certes. D’aucuns diront : histoire, viol, enfants – mais les mioches ici sont au mieux quelconques.

 

Un scénario inutilement confus, mal branlé, finalement bien banal et même simpliste, plus que linéaire (au point de l’absence de véritable impact des décisions des PJ), et dont la lecture, au plan du style tout particulièrement, m’a fait l’effet d’un calvaire : je crois que le bilan est sans appel…

 

LA MORTE ET LE CHEVALIER

 

Mais Tristan Lhomme is back, et remonte le niveau avec « La Morte et le chevalier » (même si pas au point de « La Vapeur des soupirs ») ; encore une histoire d’amour triste, tiens ! Avec quelque chose d’arthurien – et qui, dans son entrée en matière, aurait pu être monty-pythonesque : un chevalier noir qui exige un combat à des inconnus…

 

Cette dimension qui peut paraitre d’abord humoristique est pourtant un leurre, même si elle aura l’occasion de ressurgir de temps à autre ; la mélancolie authentique et pourtant excessive du chevalier endeuillé en est peut-être un également ? Au fond, cette histoire, même sous couvert de conte de fées, car c’en est une autre dimension importante, est bien davantage un policier de type whodunit, très « Agatha Christie », j’ai trouvé – avec un voyage contraint en trois étapes, pour les funérailles de l’épouse assassinée du chevalier, voyage au cours duquel nos investigateurs (car c’est bien de cela qu’il s’agit, même contre leur gré, même en armure) doivent percer à jour les intentions et petits secrets de tout un microcosme de compagnons de route, qui ont bien évidemment tous quelque chose à cacher, encore qu’ils n’en soient pas forcément tous très conscients.

 

Et il faut agir vite : trois jours, pas un de plus. Et pas d’intervention extérieure qui tienne, ici : loin d’être inéluctable, comme dans le triste scénario qui précède, la conclusion dépendra intégralement des actions des PJ – et c’est ainsi à eux d’orienter le conte de fées vers telle ou telle chute, de la plus niaise à la plus gore, avec divers degrés entre les deux pôles…

 

C’est très amusant – et d’une taille idéale pour un one-shot vraiment one-shot. L’idée d’associer ce registre policier très classique à une esthétique chevaleresque de fantasy est bien trouvée, et l’ensemble devrait s’avérer savoureux.

 

Ceci toutefois à condition que les PJ entrevoient assez tôt leur rôle dans cette affaire, quitte à être un peu « poussés » au tout début (car aucun des PNJ, ici, n’est censé leur dire ce qu’ils doivent faire au juste, ils doivent en prendre l’initiative ; ce qui est très bien, mais le piège serait d'un peu trop s'éterniser dans la passivité).

 

Mais ça devrait très bien le faire ; ça n’est pas aussi fort que « La Vapeur des soupirs », c’est bien plus appeldecthulhuïstiquement correct, mais c’est clairement un bon scénario.

 

LE VICE ET LA VERTU

 

Ce que j’ai envie de dire également pour « Le Vice et la vertu », de Cyril Puig – mais en relevant que ce scénario-ci présente toutefois quelques aspects qui me paraissent moins satisfaisants, et qui auraient bien besoin d’être retravaillés par le Gardien pour que tout fonctionne au mieux jusqu’au bout.

 

En effet, le début du scénario me paraît incomparablement plus intéressant et réussi que sa fin – peut-être un problème récurrent de l’auteur, car il y a aussi de ça dans le scénario suivant, « La Malédiction de Leng », mais qui m’a paru plus constant tout de même.

 

Et il y a un autre problème, ici – pas absent du scénario suivant non plus, mais davantage marqué dans celui-ci… et qui, pour le coup, pourrait ramener aux défauts de « Entre deux rêves » : c’est passablement linéaire, avec même une scène ultra-dirigiste au milieu de l’aventure, et la fin connaîtra probablement un ersatz de deus ex machina. Et pourtant, j’ai trouvé ça bien meilleur… Diantre !

 

C’est que les bonnes idées ne manquent pas – ainsi, dès le départ, celle de conférer aux personnages (des prétirés en principe) une stature proprement mythologique dans les Contrées du Rêve, et qui pourtant s’associe très bien avec leur dimension plus classique d’investigateurs. Ceci dans un cadre à la fois chatoyant et menaçant, qui retranscrit bien l’atmosphère des Contrées du Rêve – en l’espèce, plane sur l’univers onirique une menace terrible, fatale, en forme d’épidémie de mélancolie…

 

Mais le scénario repose aussi sur une bascule qui « justifie » le dirigisme forcené de la scène qui la précède immédiatement – et là, attention, cette fois je vais SPOILER ouvertement !

 

Adonc, nos personnages, qui se croyaient natifs des Contrées du Rêve, comprennent enfin qu’ils sont en vérité des rêveurs – là encore, on a la même chose dans « Entre deux rêves »… et pourtant cela fonctionne bien mieux ici ! En raison d’un choc bien autrement ample et douloureux : les rêveurs… sont des enfants de huit à dix ans. Et pas n’importe quels enfants – des petits Éthiopiens dans un camp de réfugiés, de nos jours (idée de base, susceptible d’adaptations à d’autres contextes historico-politiques, pouvant inclure des choses aussi mignonnes que la Shoah, etc.) ; autant dire un de ces endroits sur Terre qui s’avèrent plus cauchemardesques que tous les cauchemars. Tout est donc affaire de contraste, et le rêve y prend tout son sens.

 

Mais cela requiert une certaine subtilité ! Disons-le, un thème pareil est forcément casse-gueule : une inadvertance passagère peut aisément transformer cette idée pertinente mais dangereuse en une très désagréable putasserie. Gare, donc : le Gardien doit mûrir la bascule et les scènes qui en découlent, et, à l’évidence, tous les joueurs ne seront pas adaptés à pareil scénario.

 

À vrai dire, le travail du Gardien doit être d’autant plus appliqué que la description de ces événements m’a paru un peu trop hâtive, là où la complexité et l’éventuelle dangerosité du propos auraient bien été accompagnés de quelques détails supplémentaires. Par exemple, le camp n'est pas situé (je crois qu'il gagnerait à l'être), même si l'on peut pencher pour l'Europe de l'Est ; et j'aurais apprécié d'en savoir davantage sur l'organisation interne du camp, et la place qu'y occupe « le Rat », de manière bien plus précise ; j'imagine qu'on pourrait dénicher sur Internet de la doc sur les « passeurs », mais...

 

Reste que c’est un bon scénario, là encore, j'y tiens – même avec ses défauts, il est bien pensé, fort, fait pour remuer les tripes : s’il n’y parvient pas, c’est que quelque chose a merdé quelque part. Mais il n’est pas fait pour toutes les tables, et le même soin n'a pas été apporté à la rédaction de ses différentes parties, je trouve.

LA MALÉDICTION DE LENG

 

« La Malédiction de Leng », toujours de Cyril Puig, est plus classique, globalement, mais peut-être aussi plus convaincant sur la durée. Je l’ai beaucoup aimé, en fait, ce scénario – même s’il n’est à nouveau pas sans défauts ; notamment, là encore, le début est probablement mieux conçu que la fin – assez ouverte par ailleurs.

 

Ce scénario n’entretient pas avec les Contrées du Rêve les mêmes rapports que les autres figurant dans ce supplément, dans l'ensemble. Comme, surtout, « Le Trésor des doges » et, plus loin, « L’Onirographe », il débute dans le monde de l’Éveil, et s’y attarde quelque peu. Mais peut-être pas autant qu’on serait tenté de le croire ? C’est que Cyril Puig joue de l’ambiguïté du plateau de Leng – à la fois dans notre monde, et dans les Contrées. D’une certaine manière, ici, ce ne sont donc pas les personnages qui voyagent, mais le monde autour d’eux

 

Le cadre est chouette, par ailleurs : de nos jours (en principe), un observatoire astronomique paumé dans un plateau sibérien, loin de tout. Lovecraft, initialement, avait semble-t-il localisé son plateau de Leng en Asie, plutôt dans l’Himalaya, cela dit, alors que nous serions ici plutôt du côté des contreforts nordiques, disons (avec un personnage de nomade toungouze pour faire le liant). En même temps, cette station scientifique coupée du monde renvoie à une autre localisation, plus tardive : celle, dans l’Antarctique, des Montagnes Hallucinées. Et Cyril Puig fait d’une pierre deux coups, j’imagine, car tout cela rappelle aussi énormément, comme de juste, The Thing, de John Carpenter…

 

C'est qu'au fond il en découle un survival d’abord très classique, mais aussi très bien fait – et vraiment flippant : bien mené, ça doit être un sacré cauchemar… En fait de références littéraires, pour le coup, je penserais peut-être surtout à La Maison au bord du Monde, de William Hope Hodgson ?

 

Mais ce survival se singularise tout de même par certains aspects, qui le rendent bien plus intéressant (là encore, gros SPOIL).

 

En premier lieu, il y a les PJ – tous des Russes, issus d’un bled sibérien à peine moins paumé, et qui se connaissent tous depuis l’enfance, dont ils ont toutefois hérité des cauchemars plus ou moins collectifs. Or l’ambiguïté du plateau de Leng a ici un effet particulier : les scientifiques (ou autres) adultes sont « aidés » par leurs avatars enfantins – les rêveurs (ce qu’ils avaient oublié) qui sont restés dans les Contrées, où le temps n’a pas la même signification… Mais tous leurs conseils, d’apparence « fantomatique », sont-ils bons à prendre ? Il en est un de particulièrement désagréable…

 

En second lieu, eh bien, justement : c’est de rêveurs qu’il s’agit – à même de remodeler le monde dans l’instant : l’auteur propose ici une variante intéressante dans le cadre d’un survival en huis-clos, car elle en anéantit finalement les règles – dans ce bâtiment où sont enfermés les PJ, il n’y a pas, pour l’heure, de porte de derrière, ou de fenêtres au rez-de-chaussée… mais il pourrait très bien y en avoir dans quelques minutes seulement ! Quant aux courses-poursuites dans un environnement fluctuant, où les couloirs se ferment, se tordent, etc., au gré des fantaisies labyrinthiques des poursuivants, puis peut-être également des poursuivis… J’aime beaucoup ce principe !

 

Qui peut emprunter, j’imagine, à des films comme Dark City, Matrix ou Inception (à titre personnel, pas trop aimé le premier, OK pour le deuxième, pas eu envie de voir le dernier), ou à d’autres choses qui se cachent éventuellement derrière, comme un certain nombre de récits de Philip K. Dick. Quelque chose que l’on retrouvera dans le scénario suivant, « Rêve d’antan », sous une forme peut-être un peu plus subtile.

 

Un très bon scénario, donc – un très beau cauchemar, classique dans l’ensemble, mais peut-être moins qu’on le croirait au départ…

 

RÊVE D’ANTAN

 

Suit « Rêve d’antan », ultime scénario signé Tristan Lhomme, qui le qualifie lui-même de « Inception barbare au pays des archétypes ». Et, oui, il y a de ça !

 

Les PJ y sont amenés à remodeler l’histoire, ou plutôt la préhistoire – des événements qui se sont produits il y a bien longtemps de cela, mais dont on a perdu depuis bien longtemps le souvenir ; la mise au jour d’un impressionnant tumulus, pourtant, va ramener les héros – oui, exceptionnellement : les héros – dans un temps antédiluvien, où s’est joué, dans l’ignorance la plus totale de nos contemporains, l’avenir de l’humanité.

 

Côté références littéraires lovecrafto-compatibles, je serais tenté de chercher dans deux directions ; chez Lovecraft lui-même, dans « Polaris », qui est le plus vieux récit des Contrées du Rêve, et par ailleurs, à l’en croire, celui qui avait déjà été écrit avant qu’il ne découvre l’œuvre de Lord Dunsany – ce qui peut expliquer que, dans le cadre alors pas le moins du monde défini ni même envisagé des Contrées, le ton soit très différent du chatoiement baroque qu’on y associerait par la suite. Mais il faut y ajouter, j’imagine, Robert E. Howard – et ce au-delà des allusions relativement ouvertes que sont « Les Vers de la terre » (qui renvoie surtout à Bran Mak Morn) ou la Valusie (qui renvoie plutôt à Kull, mais a, depuis Lovecraft même, intégré le lexique cthulhien dérivé) : il y a quelque chose de fondamentalement barbare, ici (même si je privilégierais donc le lien avec les Pictes de Bran Mak Morn plutôt qu’avec le bien plus célèbre Conan) ; et le jeu marqué sur les archétypes peut renvoyer à plusieurs récits howardiens, notamment ceux jouant de la « mémoire raciale », avec par exemple le personnage récurrent de James Allison (une nouvelle telle que « La Vallée du Ver » met justement en avant ces archétypes héroïques).

 

Quoi qu’il en soit, l’ambiance est superbe – qui incite à l’approfondissement d’ordre anthropologique, avec une belle galerie de personnages archétypaux et pourtant… humains ? C’est en fait peut-être cette humanité le problème – avec un chef de tribu du nom de « Ours » qui a commis des erreurs (l’amûr, tûjûrs l’amûr…), et en a payé le prix fort, avec le risque que tout son peuple, voire toute l’humanité que l’on entrevoit derrière le petit groupe, en paye à son tour le prix, fatal.

 

Mais il y a donc des héros, qui peuvent intervenir. Pas, cependant, de la manière la plus classiquement « héroïque », épée en main : le premier combat contre les ennemis de l’humanité n’en est pas un, c’est spécifiquement une scène d’horreur – il y aura bien, en définitive, un vrai combat, conçu pour résonner de hauts-faits épiques, mais, d’ici-là, ce que les héros doivent faire, c’est comprendre ce qui s’est passé… et changer rétroactivement le cours des événements.

 

Ici, même chose que dans « La Morte et le chevalier » : dans l’idéal, personne ne dira aux PJ ce qu’ils doivent faire, cela doit dépendre entièrement de leurs initiatives personnelles – mais, avouons-le, ce comportement n’est pas forcément très évident… En même temps, le scénario en joue – avec une sorte de chamane stupéfaite de constater que les héros de la prophétie n’ont aucune idée de ce qu’ils doivent faire : un vague humour absurde au cœur de la tragédie épique !

 

Mais cette liberté d’action a son corollaire : le scénario, même en comptant quelques passages obligés, s’avère finalement assez ouvert. En même temps, il est bien censé amener à une conclusion autrement solide et ferme que dans nombre de scénarios qui précèdent…

 

Un bel exercice d’équilibriste, pour un scénario à nouveau très convaincant, tout particulièrement dans l’ambiance barbare et l’implication des PJ. Et, là encore, c’est idéalement calibré pour du one-shot.

 

L’ONIROGRAPHE

 

Reste un dernier scénario, « L’Onirographe », signé Éric Dedalus, pas mauvais à proprement parler, mais tout de même bien inférieur à ceux de Tristan Lhomme et de Cyril Puig, me concernant. On fait ici dans le « correct », le « sans plus ». Ça se tente, mais sans grand enthousiasme – il y a bien mieux à faire, d’autant que c’est assez convenu.

 

Dès l’entrée en matière, qui joue assez banalement de l’amnésie : la partie s’ouvre sur le procès d’un des investigateurs, qui n’a aucune idée de ce qu’il fait là… Mais il est bientôt libéré – de manière plus ou moins crédible, à vrai dire.

 

Il s’agit dès lors d’expliquer comment l’investigateur a pu commettre ce geste criminel guère dans ses manières – or une épidémie de crimes incongrus pointe tout droit sur un voleur de rêves : un homme que la guerre a définitivement écarté des Contrées, et qui ne peut y retourner qu’à l’aide d’une machine de sa conception, qui vampirise l’imaginaire de ses « patients » infortunés… ou demandeurs ! Mais, mort sur Terre (il n’en sait rien, et le scénario connaît peut-être une autre défaillance au plan de la crédibilité dans les rapports que peuvent entretenir les PJ avec l’assassin…), il vit maintenant dans les Contrées – dans une vaste bibliothèque où il a pour ambition de collecter et conserver tous les rêves de l’humanité.

 

Tout cela n’est sans doute pas bien original, et c’est dès lors plus ou moins enthousiasmant… En fait, ce qui m’a le plus parlé, dans ce scénario un peu médiocre, c’est le cadre strasbourgeois des investigations des PJ dans le monde de l’Éveil – pourtant optionnel, mais plutôt intéressant : l’épidémie de tuberculose, la percée, le souvenir encore proche de la Première Guerre mondiale…

 

L’autre point intéressant est ce PNJ d’un artiste qui ne veut plus rêver, tout en sachant très bien que cela revient à tirer un trait sur sa carrière de peintre : c'est un bon personnage, mais pas suffisant, à lui seul, pour rendre le scénario vraiment intéressant.

 

D’où un résultat sans vraie saveur – pas mauvais, juste pas vraiment enthousiasmant…

 

DÉMENTS ET VERVEINES

 

Le bilan est tout de même clairement positif. Ce genre de recueil connaît presque invariablement des hauts et des bas. C’est le cas ici, mais les hauts l’emportent clairement : sur les huit scénarios proposés, cinq me paraissent valoir le coup, et ils ne sont pas forcément si nombreux, les suppléments de scénarios qui peuvent en dire autant. Ils sont encore moins nombreux, ceux qui contiennent quelque chose d’aussi fort que « La Vapeur des soupirs »…

 

Murmures par-delà les songes est aussi une réussite sous un autre rapport : c’est une illustration très convaincante des possibilités très variées offertes par le cadre des Contrées du Rêve. On voit bien, ici, que, dans l’idéal, il ne s’agit pas d’un banal univers de fantasy comme les autres, mais bien de quelque chose d’assez singulier et en même temps susceptible de bien des variations, dans des genres très différents, et presque toujours avec un appréciable à-propos. Les scénarios qui concluaient Les Contrées du Rêve en donnaient sans doute une idée bien moins éloquente et palpitante, à vrai dire…

 

Un bon supplément, donc, que cet inédit parfaitement françouais.

 

Quant à moi, je conclurai prochainement ces chroniques de l’édition « Prestige » des Contrées du Rêve avec le dernier des cinq suppléments dans la boîte, l’exclusivité du financement participatif : La Pierre onirique – à un de ces jours…

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