Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Articles avec #nebal lit des bons bouquins tag

"L'Argent et les mots", d'André Schiffrin

Publié le par Nébal

L-Argent-et-les-mots.jpg

 

SCHIFFRIN (André), L’Argent et les mots, traduit de l’anglais par Éric Hazan, Paris, La Fabrique, 2010, 103 p.

 

Et un nouveau André Schiffrin, un ! Après L’Édition sans éditeurs et Le Contrôle de la parole, voici donc L’Argent et les mots, toujours chez les ultra-gauchiss’ de La Fabrique. Et un premier constat s’impose rapidement : c’est que notre auteur a tendance à se répéter, et que ses livres, dont une bonne partie est constituée de simples mises à jour, sont de moins en moins intéressants…

 

Cela se vérifie assurément ici, quand bien même le champ d’investigation est étendu, géographiquement (l’enquête se fait au niveau mondial) et thématiquement (elle porte sur l’édition, le cinéma, la librairie et la presse). Mais si l’on excepte le long chapitre sur la presse, qui occupe une petite moitié de l’ouvrage, pour le reste, nous sommes surtout confrontés à des mises à jour ou à des développements, soit trop légers pour être vraiment consistants, soit n’apportant pas grand-chose de neuf au lecteur français s’intéressant un minimum à ces questions.

 

Pour ce qui est de l’édition, ainsi, on a surtout affaire à des rappels et mises à jour (notamment le rachat d’Editis par Planeta). Sont cependant brièvement esquissées quelques « solutions » possibles, passant par l’aide publique, notamment des collectivités locales (voir l’exemple édifiant de Chambon-sur-Lignon…) ou du CNL. Est également esquissé le rôle possible en la matière des universités et des bibliothèques.

 

Mais un (bref) chapitre est consacré intégralement à « l’exemple norvégien » (pp. 36-43), à la fois pour la presse, l’édition et le cinéma. Le bilan dressé par l’auteur a l’air effectivement paradisiaque, pour ce riche petit pays… Reste à voir si le « système exceptionnel » mis en place par la Norvège sans qu’elle se gargarise d’une quelconque « exception norvégienne » (p.43) pour autant (heureux pays !) serait véritablement applicable ailleurs.

 

On passe ensuite au cinéma, pour un chapitre assez bref là encore, et qui n’apprendra pas forcément grand-chose au lecteur français.

 

Autant passer de suite au bref chapitre suivant, consacré à la librairie… sauf qu’il est là encore largement constitué de redites et de mises à jour.

 

On passe alors au long chapitre sur la presse. Si les redites et mises à jour ne manquent pas là non plus, c’est néanmoins (et heureusement !) la partie la plus intéressante de ce petit ouvrage, en ce qu’elle confronte enfin véritablement médias anciens et nouvelles technologies, et notamment Internet. Le déclin de la presse dans les pays occidentaux y est analysé assez finement (pour le reste, on trouvera quelques conneries ; j’en relèverai une : quel est le rapport entre « l’intoxication » – p. 68 – supposée des Japonais aux jeux vidéos et la lecture des journaux ? Tsk tsk tsk…). Se pose alors la question, qui occupe approximativement la moitié du chapitre, de comment sauver la presse. Plusieurs solutions sont esquissées. Ainsi – mais l’auteur n’en est guère partisan – celle de l’endowment à la manière des universités américaines ; mais la plupart des autres solutions impliquent un minimum d’intervention publique, chose qui tend à effrayer quelque peu les Américains qui y voient une « socialisation » de la presse, néfaste à son « indépendance » supposée (la bonne blague…). Diverses autres possibilités sont néanmoins esquissées, comme l’aide de fondations ou d’universités.

 

La conclusion poursuit sur la confrontation entre les médias traditionnels et les nouvelles technologies. Ici, ce sont clairement Google et son programme de numérisation des livres, d’une part, et Amazon d’autre part, qui sont en ligne de mire, pour l’essentiel. André Schiffrin propose tout simplement une taxe… Mais il évoque aussi en passant d’autres sujets, comme le « Mickey Mouse Protection Act »…

 

 Il n’en reste pas moins que L’Argent et les mots déçoit. Le Contrôle de la parole était déjà plus dispensable que L’Édition sans éditeurs, et il en va a fortiori de même pour celui-ci. L’auteur tend à se répéter dans son analyse, ou bien à n’en livrer qu’une vision par trop fragmentaire pour qu’elle se montre convaincante. Sans doute le format est-il en cause : ces éternels petits bouquins de 100 pages ne permettent guère une analyse autre que purement « journalistique » et lapidaire. On en vient à « rêver » (façon de parler…) d’une somme, plus dense et plus complexe, plus longue assurément, qui viendrait, non pas clore la question et apporter une solution définitive au problème, ce qui serait illusoire, mais du moins témoigner d’une expérience (comme L’Édition sans éditeurs) et d’une analyse plus solides, résistant davantage au passage des années et à la contre-expertise. Car il ne fait à mon sens aucun doute qu’un tenant du néo-libéralisme un minimum motivé briserait en deux ce petit bouquin les doigts dans le nez et avec une seule jambe si jamais il lui en prenait l’envie, tant la conviction l’emporte ici largement sur la solidité et la pertinence de la démonstration. Et ça serait quand même bien dommage…

CITRIQ

Voir les commentaires

"Suleyman", de Simon Sanahujas

Publié le par Nébal

Suleyman.jpg

 

SANAHUJAS (Simon), Suleyman, Encino, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche, 2005, 201 p.

 

Simon Sanahujas, jusqu’à présent, je le connaissais en tant qu’essayiste et fanatique howardien (voyez notamment Les Nombreuses Vies de Conan). Ah, et pour avoir croisé le bonhomme, je peux vous dire qu’il est très sympathique. Mais je n’avais pas encore lu l’auteur de fictions. Pourtant, j’avais deux de ses romans (ses deux romans ?) qui traînaient dans mon étagère de chevet depuis pas mal de temps déjà (car le bonhomme avait attisé ma curiosité, dois-je dire). Alors, mieux vaut tard que jamais, hop, c’est parti, voyons voir ce que donne ce Suleyman.

 

Eh bien le premier constat, c’est celui d’une grosse bourrinade bière-cahuètes. Le genre où l’on pose son cerveau à côté, sur la table de chevet, là où personne ne viendra vous le prendre. Ce qui fait du bien des fois. Un chapitre = une baston. Yeah ! Mais en fait, on aurait tort d’en rester à cette première impression, qui vaut surtout pour le début du roman.

 

La seconde impression, par contre, est la bonne. Simon Sanahujas s’amuse bien ici à pasticher Robert How… PERDU ! Non, s’il y a bien ici ou là quelques allusions au papa de Conan (cité in english in ze text, d’ailleurs), c’est en fait Michael Moorcock la cible essentielle. Déjà, parce que nous sommes confrontés dans cette histoire à un Multivers qui ne manquera pas de faire penser à celui où zone le champion éternel. Ensuite parce qu’un des personnages, le sobrement dénommé Mercenaire, rappelle pour le moins le plus célèbre avatar du champion éternel : un guerrier ultime, mais albinos et taciturne, à la morale douteuse, mmmh, suivez mon regard… voui bon.

 

Mais commençons par le commencement.

 

C’est-à-dire une couverture particulièrement hideuse qui…

 

Non, bon, j’arrête, l’auteur semble en être content en plus (va comprendre, Charles…).

 

Commençons par le commencement, disais-je. Nous suivons l’essentiel du roman par les yeux d’une jeune Terrienne, Zoé, Lyonnaise de son état mais ce n’est pas sa faute, embarquée dans cette histoire où elle ne comprend rien pour avoir flâné quelques instants de trop au Parc de la Tête d’Or. Là, elle a vaguement surpris une conversation entre deux énergumènes accompagnés d’une horde de sbires, et n’a dû la vie sauve qu’à l’intervention de deux personnages, les énigmatiques Suleyman, tout de noir vêtu, treillis à l’appui et nunchaku en main, et Mercenaire, plutôt genre armure de plaques et fidèle destrier.

 

Ceux-ci lui expliquent vaguement la nature du Multivers, fondé sur les rêves de tout un chacun, et comprenant une infinité de mondes entre lesquels on peut naviguer dès l’instant que l’on connaît les portails adéquats. Ils conduisent la jeune Zoé, dont les souvenirs sont précieux, auprès du Conseil dirigé par la troublante Schamsralia, et c’est alors que la vérité se fait jour : les deux énergumènes, à savoir Monsieur Yargast et le Saâris Zangetoy, complotent rien de moins que la destruction et la recréation selon leurs rêves du Multivers ! Évidemment, il faut les en empêcher. Et devinez qui c’est qui s’y colle ? Mmmh ?

 

Sur ce canevas somme toute assez classique, Simon Sanahujas, bien que pâtissant d’un style plutôt médiocre, bâtit une histoire plus que correcte et divertissante, mêlant pastiche de Moorcock (donc) et aventure vancienne riche en détails sur les mondes traversés et leurs civilisations le cas échéant. Si les quelques traits d’humour qui figurent ici ou là ne font pas toujours mouche, l’action, très enlevée, est assurément efficace, et il y a quelques beaux moments de pathos, appropriés à l’atmosphère épique de l’ensemble, plutôt bien rendue.

 

Certes, tout cela n’est pas sans défauts, loin de là. À l’évidence, ce roman aurait mérité une ou deux bonnes grosses couches de relecture, tant les coquilles, répétitions et tournures malencontreuses abondent. On pourra ajouter que ce Multivers ne tient pas totalement debout – les mondes devraient être beaucoup, mais alors beaucoup plus nombreux que ça, rendant leur « immatriculation » beaucoup, mais alors beaucoup plus complexe… – ou s’amuser devant tous ces « extraterrestres » qui ont la bonne idée de parler français…

 

 Il n’en reste pas moins que, malgré un dernier tour de passe-passe un peu décevant (sur lequel je ne dirai rien, cherchez pas, je suis incorruptible), c’est sur une note plutôt positive que l’on conclut cet honnête roman de gare, dont on lira volontiers la suite (la suiiiiiiiite !), tout en l’espérant plus mature.

Voir les commentaires

"The Castle of Otranto", d'Horace Walpole

Publié le par Nébal

The-Castle-of-Otranto.jpg

 

WALPOLE (Horace), The Castle of Otranto, edited with an introduction and notes by Michael Gamer, London, Penguin Books, coll. Penguin Classics, 2001, XLII + 159 p.

 

Bon, j’ai du retard à rattraper, moi… Allez, c’est tipar.

 

Un beau jour (enfin, vu mon rythme de sommeil actuel, il devait faire encore nuit), je me suis réveillé avec une idée saugrenue en tête : « Et si que je lirais des livres in english in ze text, pour voir ? hein ? hein ? » Idée saugrenue s’il en est, quand on sait que mon niveau dans la langue de Shakespeare, s’il fut correct du temps où c’que j’avais des boutons sur la gueule, a considérablement pour ne pas dire dramatiquement chuté depuis mon entrée dans le supérieur. Quelques expériences ici ou là s’étaient d’ailleurs avérées des semi-réussites, mais sans doute cela venait-il du choix des textes : Stephen King, ça passait (en gros) ; Lewis Carroll, oui et non ; Bradbury et Wells, idem. Finalement, par pure lâcheté, je n’ai guère poursuivi (si ce n’est en comics, là, OK), et c’était sans doute un tort.

 

D’où l’idée saugrenue que voilà. Et cette fois, histoire de ne pas reculer devant l’adversité, je me suis payé un certain nombre de bouquins en VO. Et parmi ceux-là, quelques gothiques anglais, histoire de parfaire ma culture du genre. En effet, des grands classiques de ce domaine littéraire (entendu au sens strict), je n’avais lu jusqu’à présent (et en français, œuf corse) que Le Moine, de Matthew Lewis, que j’avais bien aimé au passage (normal, vu le côté éminemment « sadien » de la chose – quoi qu’ait pu en dire le divin marquis lui-même). D’où mon envie de commencer ce cycle de lectures anglaises par le « grand-père » de la littérature gothique britannique, The Castle of Otranto d’Horace Walpole.

 

D’Horace Walpole ? Mais c’est que ce petit filou cachait bien son jeu ! La première édition de ce texte séminal était signée « William Marshall, translator » : il s’agissait en effet de faire croire que le texte en question était une traduction d’un original italien datant de l’époque des croisades, retrouvé dans une vieille famille catholique du nord de l’Angleterre (ce qui, dans l’Albion d’alors, n’était certes pas innocent sur les plans politique, philosophique et spirituel)… Le pire étant que la supercherie a effectivement fonctionné, et en a berné quelques-uns. Mais dès la seconde édition, la vérité a été rétablie, et l’honorable Horace Walpole (d’autant plus honorable que, bien, bien qu’imprimeur à ses heures, il ne voulait pas de la réputation d’homme de lettres…) a reconnu sa paternité sur ce petit texte unique en son genre, destiné à réconcilier « two kinds of romances », l’ancienne et la moderne. Comprendre par-là la « naïveté » et la magie des récits de chevalerie et la psychologie et le sentiment des romans modernes.

 

Mais ce qui surprend énormément, chez ce « grand-père » de la littérature gothique (« grand-père », oui, je me répète : le genre ne sera véritablement à la mode, avec Ann Radcliffe et compagnie, qu’une ou deux générations plus tard), c’est son goût affiché pour l’humour (voyez la préface à la seconde édition, où Voltaire s’en prend plein la gueule, ce qui n’est pas pour me déplaire, uh uh…) et le grotesque, voire, diraient les mauvaises langues – et on en a un échantillon dans les appendices, comprenant des critiques contemporaines ou légèrement postérieures –, le ridicule.

 

Ainsi dès les toutes premières pages. La scène se déroule au château d’Otrante, dans le sud de l’Italie, cadre quasi unique de l’action. Conrad, chétif héritier de la maison d’Otrante, doit épouser Isabella. Mais – CHPLONK ! – il est écrasé le jour même, avant ses noces, par un heaume géant qui lui tombe du ciel directement sur la gueule (si, si !), première des nombreuses manifestations surnaturelles qui parsèment le roman, et dont bon nombre se ramènent à des éléments d’armure géants (ce qui a son sens, mais chut, chut…). C’est qu’une malédiction pèse sur la maison d’Otrante, qui a usurpé son pouvoir, et le tyrannique Manfred, dont Conrad était le seul fils, en est bien conscient ; il entend tout faire pour tromper la malédiction. Et bien que marié lui-même à la loyale Hippolita, le prince d’Otrante entend épouser Isabella en lieu et place de son fils (mouhahahaha !), afin d'en obtenir une descendance mâle. Il faut encore ajouter au tableau sa fille Mathilda, un jeune et brave paysan du nom de Théodore, le prêtre de l’église locale, le père Jérôme, et enfin toute une flopée de domestiques shakespeariens en diable (ceux qui font frémir Voltaire). Voilà pour les personnages et pour le décor.

 

Quant à l’histoire, vous vous en doutez déjà : fantômes, passages secrets, demoiselles en détresse, quiproquos, révélations improbables, drames familiaux, retournements de situation invraisemblables… le tout à fond de train, pour tenir dans une centaine de pages, en cinq chapitres extrêmement denses, et quasiment dénués de descriptions (ce qui en rend la lecture en anglais extrêmement aisée, dois-je dire) : tout passe dans les dialogues, très finement écrits ; on ne sera pas surpris d’apprendre que The Castle of Otranto a très tôt été adapté pour la scène, tant tout y incite ou presque. On notera au passage une chose qui a choqué à l’époque, mais qui me paraît un plus intéressant : l’absence de véritable morale dans cette histoire, ou plutôt le côté désagréable et injuste de sa « morale », puisqu’il s’agit bien, avec cette histoire de malédiction, de faire peser sur des innocents la faute commise par des ancêtres…

 

Au final, The Castle of Otranto se révèle être aujourd’hui encore ce qu’il était déjà il y a près de 250 ans : un divertissement efficace et jubilatoire, rondement mené et brillamment exécuté.

 

 Quelques mots pour finir sur cette édition : le fait est que c’est du beau boulot. On commence par une chronologie et une longue introduction suivie d’une bibliographie sur Horace Walpole et son œuvre, tout à fait intéressantes ; quelques notes viennent de temps en temps éclairer quelques points d’histoire ou de vocabulaire ; mais, surtout, il ne faut pas négliger les appendices, qui, comme je l’ai indiqué plus haut, contiennent de très intéressants jugements critiques sur The Castle of Otranto en particulier et/ou Horace Walpole en général (on y croise au passage quelques grands noms, comme Walter Scott). De la belle ouvrage, pour un classique de la littérature gothique, et de la littérature en général.

Voir les commentaires

Le Chant du barde, de Poul Anderson

Publié le par Nébal

Le-Chant-du-barde.jpg

 

ANDERSON (Poul), Le Chant du barde. Les meilleurs récits de Poul Anderson, ouvrage proposé et publié sous la direction de Jean-Daniel Brèque, avant-propos de Jean-Daniel Brèque, traduit de l’américain par Denise Hersant, Bruno Martin, Michel Deutsch, Pierre Billon, Jean-Pierre Pugi et Jean-Daniel Brèque, traductions revues et complétées par Jean-Daniel Brèque, Saint Mammès, Le Bélial’, [1953, 1957, 1960, 1963, 1968, 1970-1972, 1981] 2010, 586 p.

 

Ma chronique vient du beau site du Cafard Cosmique. Je la reproduis ici au cas où.

 

 

Poul Anderson a longtemps souffert d’un certain ostracisme en France ; il n’est d’ailleurs qu’à voir son étique fiche d’auteur sur le néanmoins beau site du Cafard cosmique pour s’en persuader, laquelle ose dire que « son œuvre n’est pas réellement impérissable »… Allons bon ! Heureusement, de l’eau a coulé sous les ponts depuis et, notamment grâce à l’exégète Jean-Daniel Brèque et aux éditions du Bélial’, on a pu revenir sur cette image défavorable. On leur doit ainsi la parution intégrale du cycle de « La Patrouille du temps » (enfin !), entre autres ; et aujourd’hui, la fine équipe nous concocte une sorte de best of science-fictif de l’auteur, sur son format de prédilection qu’est la novella. Un beau pavé comprenant neuf textes, qui totalisent six prix Hugo, un prix Locus et trois prix Nebula, oui, rien que ça. « Pas réellement impérissable » ? C’est ce qu’on va voir…

 

Le recueil obéit à la chronologie de la publication des textes, ce qui explique peut-être sa tendance au crescendo : s’il démarre sur un mode plus ou moins mineur, il ne cesse au fil des nouvelles de gagner en puissance, jusqu’à l’apothéose constituée par les trois dernières, toutes titulaires d’au moins deux prix. Aussi les premières novellas peuvent-elles sembler anodines, ou juste sympathiques ; c’est particulièrement le cas de « Sam Hall », nouvelle écrite dans le contexte du maccarthysme, et qui décrit une révolution conduite par un personnage imaginaire généré par ordinateur ; pas inintéressant, cela dit, et cela présage sur certains points le fameux Révolte sur la Lune de Robert Heinlein.

« Jupiter et les centaures » retient cependant davantage l’attention… surtout aujourd’hui, dans la mesure où un certain film à grand succès très récent dont le titre commence par un « A » et finit par un « R » ressemble largement à cette nouvelle très inventive, pour le reste assez influencée, comme le note Jean-Daniel Brèque dans sa note d’introduction, par un fameux épisode du classique de Clifford D. Simak Demain les chiens. On notera aussi que l’on peut y voir une forme de résurgence mythologique, ce qui reviendra plusieurs fois dans les textes ultérieurs, et notamment les meilleurs. Tout à fait intéressant.

Avec « Long cours » (prix Hugo 1961), on attaque les textes primés. Poul Anderson nous livre ici une sorte de texte post-apocalyptique très particulier, un tantinet vancien, et qui vibre tout entier d’un thème qui lui est cher : la liberté de choisir son destin. Là encore, c’est quelque chose qui reviendra dans le recueil.

Et ce dès le texte suivant, « Pas de trêve avec les rois ! » (prix Hugo 1964), nouvelle bien plus complexe et ambiguë qu’il n’y paraît au premier abord, et qu’il serait triste de balayer du revers de la main en la qualifiant bêtement de « réactionnaire », comme on a pu le faire en France à l’époque. Ce récit de guerre civile déchirant une famille dans une Amérique post-cataclysmique est une réussite indéniable, qui vaut bien plus que ça.

« Le Partage de la chair » (prix Hugo 1969) est un texte également assez subtil, sur les différences culturelles et la difficulté du jugement, ici poussée à son paroxysme puisque portant sur un acte vraiment atroce : le cannibalisme. Bien vu.

Mais c’est sans doute avec le pourtant non primé « Destins en chaîne » que l’on attaque les très grands textes de ce recueil. Il s’agit à l’origine d’un projet initié par l’écrivain Keith Laumer, qui rédigea un prologue, et mit au défi quatre de ses confrères de poursuivre le récit… dont le protagoniste venait de mourir. Poul Anderson, Gordon R. Dickson, Harlan Ellison et Frank Herbert relevèrent le gant. Mais Anderson s’amusa en outre à pasticher Philip K. Dick, qui l’avait lui-même mis en scène dans sa nouvelle « Projet Argyronète ». Le résultat est une excellente satire et une parodie de la plus belle eau, qui devrait régaler tous les amateurs des deux grands écrivains de science-fiction.

Arrive maintenant le tiercé gagnant du recueil, avec tout d’abord ce qui constitue probablement son sommet, « La Reine de l’Air et des Ténèbres » (Prix Hugo 1972, Nebula 1971, Locus). Un vrai chef-d’œuvre que cette novella mêlant avec une adresse exemplaire enquête policière, science-fiction et mythologie celtique, et où l’on retrouve en outre le thème de l’autodétermination. La quintessence de l’art de Poul Anderson, qui livre ici une de ses plus belles pièces. Un monument impérissable (si).

Suit « Le Chant du barde » (prix Hugo 1973 et Nebula 1972), très belle relecture science-fictive et rebelle du mythe d’Orphée, le harpiste étant ici confronté à un dieu informatique. Bien vu et très fin.

Et le recueil de s’achever sur une longue pièce visionnaire et palpitante, « Le Jeu de Saturne » (prix Hugo 1982 et Nebula 1981), où une mission d’exploration spatiale se trouve parasitée par une sorte de jeu de rôle médiéval-fantastique… avec les avantages et les inconvénients que ce « psychodrame pour adultes » peut présenter.

 

Le bilan est sans surprise : Le Chant du barde est bien un excellent recueil, indispensable aux amateurs de Poul Anderson, et constituant probablement une bonne porte d’entrée pour ceux qui souhaiteraient découvrir cet auteur que l’on aurait sans doute tort de vouloir enterrer trop vite. Il fut bien un des très grands auteurs américains de science-fiction, et les neuf textes ici repris en témoignent amplement.

CITRIQ

Voir les commentaires

"La Dimension des miracles", de Robert Sheckley

Publié le par Nébal

La-Dimension-des-miracles.jpg

 

SHECKLEY (Robert), La Dimension des miracles, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Guy Abadia, préface de Gérard Klein, Paris, Robert Laffont – L.G.F., coll. Le Livre de poche Science-fiction, [1968, 1973] 2009, 253 p.

 

Voilà bien un bouquin dont j’aurais attendu longtemps la réédition ! Impossible de mettre la main dessus chez un bouquiniste (et je n’ai décidément pas le réflexe de chercher sur le ouèbe) ; pourtant, ça faisait un bail que je voulais le lire, ce classique entre les classiques de la science-fiction humoristique. C’est que c’était le pilier manquant en ce qui me concerne : j’avais lu Douglas Adams (et trouvé ça pas terrible, franchement…), Fredric Brown (et adoré, là, par contre), me manquait Robert Sheckley, auteur tout de même d’une vingtaine de romans et, paraît-il, de plus de 400 nouvelles ; seulement, faut bien commencer quelque part… et j’avais envie de découvrir l’auteur par son titre le plus célèbre, qui est probablement son roman La Dimension des miracles (même s’il a la réputation d’être un bien meilleur nouvelliste que romancier ; mais on va voir que de toute façon…).

 

Adonc, La Dimension des miracles. « La journée avait été très peu satisfaisante, comme à l’accoutumée. » Et, effectivement, on ne peut pas dire que la vie de Tom Carmody, à première vue, soit très palpitante ; mais c’était sans compter sur le Sweepstake Intergalactique ! Un « Envoyé » déboule dans l’appartement de Carmody, et lui annonce qu’il a gagné un Prix. Pour le récupérer, il doit l’accompagner au Centre Galactique. Carmody – après s’être interrogé sur sa santé mentale – se dit que pourquoi pas, après tout, et accompagne l’intrus. Là, après quelques quiproquos et dialogues au choix kafkaïens ou ionesciens, on lui remet son Prix, un être pensant et métamorphe. Bon, très bien.

 

Maintenant, il s’agit de revenir sur Terre.

 

Et c’est là que les choses se corsent (boum). Car il faut connaître pour ce faire les coordonnées OQQ (Où ? Quand ? Quelle ?), et ça, Carmody n’en sait strictement rien, et personne ne semble prêt à l’aider. Or son problème est aggravé par la Loi de la prédation universelle : Carmody est en effet poursuivi par un carmodyphage qui en veut à sa peau, et est prêt à toutes les ruses pour le becqueter. Commence alors pour notre « héros » un long périple hystérique à travers l’espace et le temps pour regagner notre bonne vieille planète bleue, à la bonne époque, et dans la bonne version, avec une sale bébête à ses trousses…

 

Un roman, La Dimension des miracles ? Oui, dans le sens où il y a bien une histoire, un fil rouge, qui va du début à la fin. Mais disons-le franchement : c’est avant tout le prétexte à une succession de saynètes toutes plus jubilatoires les unes que les autres. Bien sûr, je ne vais pas vous en dévoiler ici le fond ; mais disons simplement que, entre autres, nous aurons l’occasion de voir Carmody tailler la causette avec un dieu, en apprendre un peu plus sur l’origine de la Terre et de la science, découvrir ce qu’il y avait avant l’homme, consommer, consommer et consommer, et souffrir mille morts dans l’enfer de Bellwether. Autant de passages souvent hilarants, très bien vus, pratiquant toutes sortes de formes d’humour, allant du burlesque à l’absurde en passant par la satire et le comique de répétition. Et s’il est ici un auteur avec lequel j’aurais envie de faire un lien de parenté, bien plus que Fredric Brown ou Douglas Adams, ce serait Terry Pratchett, quand il est au sommet de sa forme.

 

Car La Dimension des miracles déborde littéralement d’idées géniales. C’est un roman d’une inventivité surprenante, où chaque page ou presque recèle une idée qui pourrait à elle seule donner prétexte à une nouvelle ; instant réac : c’est pas pour dire, mais ce genre de richesse est devenu bien rare de nos jours, ma bonne dame (c’était mieux avant…).

 

On admirera tout particulièrement les « dialogues philosophiques » généralement très savoureux, quoique un tantinet puérils à l’occasion, notamment quand la question de la religion entre en jeu (c’est régulièrement le cas, c’est un thème dominant du roman), mais peu importe : le plaisir reste intact, et c’est avec un constant sourire aux lèvres que l’on parcourt les divagations absurdes de Carmody et de ses interlocuteurs tous plus farfelus et nonsensiques les uns que les autres. Les jeux de logique auxquels on aboutit auraient de quoi réjouir un Lewis Carroll.

 

Un seul regret dans tout ça (minime) : une traduction qui a sans doute un peu vieilli, et qui aurait peut-être gagné à être dépoussiérée un chouia. Mais c’est vraiment pour pinailler.

 

Vous l’aurez compris, en ce qui me concerne, cette fois, avec La Dimension des miracles, nous sommes bien face à un grand classique de la science-fiction qui n’a pas usurpé sa réputation, et qui vaut toujours le détour aujourd’hui. Ce court roman se dévore en quelques heures à peine de pur bonheur, les pages défilent sans qu’on y prenne garde, et on arrive à la fin sans avoir vu le temps passer.

 

 Que demande le peuple ? Une suite ? Ben figurez-vous qu’il y en a une, mais écrite bien des années plus tard : ça s’appelle La Dimension des miracles revisitée, et je vous en causerai un de ces jours…

CITRIQ

Voir les commentaires

"Les Origines de la pensée grecque", de Jean-Pierre Vernant

Publié le par Nébal

Les-Origines-de-la-pensee-grecque.jpg

 

VERNANT (Jean-Pierre), Les Origines de la pensée grecque, 9e édition, Paris, PUF, coll. Quadrige, [1962] 2002, 133 p.

 

Voilà un petit livre (enfin, petit, certes, mais plutôt dense, et cela ne l’empêche pas d’être un classique) que j’étais supposé lire depuis fort longtemps. En fait, en temps normal, j’aurais dû le lire à l’époque de ma Maîtrise en Science politique, alors que je rédigeais mon mémoire sur la morale et la politique chez les grands sophistes ; c’est d’ailleurs à cette occasion que je l’avais acheté. Et je peux bien affirmer, maintenant que je l’ai lu, qu’il aurait sacrément apporté de l’eau à mon moulin, ainsi que nous aurons l’occasion de le voir… Mais voilà, vous savez ce que c’est : les étudiants sont des branleurs qui rendent leurs mémoires à l’arrache, et font passer quelques sources à l’as ; j’avais le choix entre Gernet et Vernant : j’ai choisi le maître plutôt que l’élève (c’est au maître, d’ailleurs, qu’est dédié cet opuscule). Je n’ai pas eu à m’en plaindre, les écrits de Louis Gernet sur la Grèce antique sont passionnants, et m’ont amplement servi. Mais il ne fait donc aucun doute que ces Origines de la pensée grecque auraient constitué un plus non négligeable, qui allait parfaitement dans le sens de ma thèse…

 

La tâche que s’est assignée Jean-Pierre Vernant (ou plutôt : qui a été assignée à Jean-Pierre Vernant par Georges Dumézil, rien de moins) est assez colossale : synthétiser l’évolution de la pensée grecque de l’époque mycénienne à l’époque classique dans un bouquin de 130 pages environ. Soit une période de plus de sept siècles, coupée en deux par une période obscure où l’écriture a disparu (au passage, quand le livre est paru pour la première fois, en 1962, cela ne faisait que dix ans que l’on arrivait à déchiffrer le linéaire B)… On le voit : si le livre est mince, le projet ne l’est pas.

 

Mais derrière cette formulation générale se cache un projet plus précis : il s’agit de comprendre et d’expliquer par l’histoire l’émergence de la philosophie en Grèce – à Milet, notamment – au VIe siècle av. J.-C. Non pas l’émergence de la raison (tout de même…), mais d’une raison.

 

En l’occurrence, il s’agit de la raison politique, liée à l’univers social et spirituel de la polis, la cité grecque.

 

Cette raison a en outre pour caractéristique de donner une explication laïque, profane, de la genèse du cosmos, débarrassée des mythes de souveraineté antérieurs (caractéristiques, eux, de la civilisation mycénienne, palatiale, et qui ont survécu dans les cosmogonies ultérieures, jusqu’à Hésiode).

 

Enfin, elle a un caractère géométrique : elle s’intéresse aux rapports d’égalité (démocratie) et de proportionnalité (aristocratie).

 

Citons deux passages de la conclusion qui seront sans doute éclairants à cet égard. Tout d’abord (pp. 131-132) :

 

« Quand Aristote définit l’homme un « animal politique », il souligne ce qui sépare la Raison grecque de celle d’aujourd’hui. Si l’homo sapiens est à ses yeux un homo politicus, c’est que la Raison elle-même, dans son essence, est politique.

 

« De fait, c’est sur le plan politique que la Raison, en Grèce, s’est tout d’abord exprimée, constituée, formée. »

 

Et plus loin (p. 133 ; et là on voit particulièrement tout ce que ce petit bouquin aurait pu apporter à mon mémoire, groumf…) :

 

« La raison grecque ne s’est pas tant formée dans le commerce humain avec les choses que dans les relations des hommes entre eux. Elle s’est moins développée à travers les techniques qui opèrent sur le monde que par celles qui donnent prise sur autrui et dont le langage est l’instrument commun : l’art du politique, du rhéteur, du professeur. La raison grecque, c’est celle qui de façon positive, réfléchie, méthodique, permet d’agir sur les hommes, non de transformer la nature. Dans ses limites comme dans ses innovations, elle est fille de la cité. »

 

J’ai un peu mis la charrue avant les bœufs, là, certes… Jean-Pierre Vernant met du temps avant de parvenir à ces conclusions : huit chapitres, consacrés successivement au cadre historique, à la royauté mycénienne (où l’on voit notamment les rapports entretenus par celle-ci avec les empires orientaux), à la crise de la souveraineté, à l’univers spirituel de la polis, à la crise de la cité et aux premiers « sages » (Solon, Thalès, etc.), à l’organisation du cosmos humain, aux cosmogonies et mythes de souveraineté, et enfin à la nouvelle image du monde.

 

 L’exposé de Jean-Pierre Vernant, dans les premières pages, est d’une densité quelque peu rebutante, mais sans doute cela vient-il de ce que je ne connaissais rien, absolument rien à la civilisation mycénienne et au « moyen âge » grec… Les choses s’améliorent nettement au fur et à mesure que l’on se rapproche de l’âge classique, jusqu’à acquérir une très grande fluidité et une très grande clarté d’exposition. Aussi l’essai de Jean-Pierre Vernant se révèle-t-il en définitive passionnant et tout à fait convaincant. Je regrette décidément de ne pas l’avoir lu à l’époque, tiens… Mais sa lecture aujourd’hui ne fait que m’encourager dans mon idée de « profiter » de l’abandon de ma thèse pour lire de temps en temps des essais historiques, juridiques ou autres « de mon choix », et de vous en causer en Nébalie.

CITRIQ

Voir les commentaires

"Amuleto", de Roberto Bolaño

Publié le par Nébal

Amuleto.jpg

 

BOLAÑO (Roberto), Amuleto, [Amuleto], traduit de l’espagnol (Chili) par Émile et Nicole Martel, [s.l.], Le Rocher, coll. Motifs, [1999, 2002] 2008, 185 p.

 

Cela faisait un petit moment déjà que je voulais me lancer dans l’œuvre de Roberto Bolaño, à propos de laquelle je ne cessais d’entendre des louanges dithyrambiques, plus spécialement pour son énorme pavé 2666. Seulement voilà, moi, les énormes pavés me font peur (ce qui explique mes reculades réitérées devant L’Arc-en-ciel de la gravité et Contre-jour de Thomas Pynchon, ou plus récemment Le Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite…).

 

Alors, une fois n’est pas coutume, j’ai demandé à un libraire dont je tairais le nom pour ne pas faire de publicité aux excellents frères Floury s’il n’avait pas quelque chose de plus petit du même auteur à me recommander, idéal pour découvrir le monsieur sans se prendre d’entrée de jeu une grosse suée (et un gros trou dans le porte-monnaie). Le gentil libraire m’a alors suggéré deux titres : le court roman Amuleto, et le recueil de nouvelles Appels téléphoniques ; ne sachant pas choisir, j’ai pris les deux. Et ce qui est petit étant joli, j’ai commencé par le moins épais des deux volume, à savoir le court roman que voici.

 

Amuleto, donc. Un roman qui, pour ce que j’ai cru comprendre, contient pas mal d’éléments autobiographiques, à travers notamment la figure d’Arturito Belino, alter-ego fictionnel de l’auteur (mais j’y reviendrai). Amuleto est le récit à la première personne d’Auxilio Lacouture, une Uruguayenne « amie des poètes et de la poésie », « la mère de la poésie mexicaine » (p. 11). Celle-ci se trouvait à l’Université de Mexico en 1968, quand la police l’envahit, viola l’autonomie universitaire le 18 septembre « et entra sur le campus pour arrêter ou tuer tout le monde » (p. 32) ; même si les morts, en fait, ce fut surtout plus tard, à Tlatelolco… Mais Auxilio « résista » : elle se cacha dans les toilettes pour femmes du quatrième étage de la faculté de philosophie et lettres… et y passa treize jours et treize nuits hallucinées, seule avec un livre de poésie et la lumière de la lune sur les carreaux.

 

D’où cette superbe entrée en matière (p. 11) :

 

« Ça va être une histoire de terreur. Ça va être une histoire policière, un récit de série noire, et d’effroi. Mais ça n’en aura pas l’air. Ça n’en aura pas l’air parce que c’est moi qui raconterai. C’est moi qui parlerai et, à cause de cela, ça n’en aura pas l’air. Mais au fond, c’est l’histoire d’un crime atroce. »

 

Effectivement, ça n’en a pas l’air. Car, enfermée dans ses toilettes, Auxilio Lacouture, l’amie des poètes et de la poésie, pense, rêve et se souvient. Elle se souvient du passé, ce qui est la moindre des choses ; mais elle se souvient surtout de ce qu’elle n’a pas encore vécu – et là je n’ai pu m’empêcher de penser au fantabuleux Abattoir 5 de Kurt Vonnegut… –, voire de ce qu’elle ne vivra jamais (comme sa rencontre avec Remedio Varos, morte en 1963). Ce qu’elle n’a pas encore vécu, ce sont ces folles nuits qui feront d’elle, effectivement, « la mère de la poésie mexicaine », l’amie de tous ces jeunes poètes mexicains, et aussi de ce jeune poète chilien, Arturito Belino, qui repart au Chili faire la révolution, puis revient après Pinochet et n’est plus le même homme.

 

Dans ces souvenirs du futur – imposture ? confusion ? catharsis ? hallucination, comme quand cette « voix » argentine lui demande des « pronostics » sur la gloire future des écrivains majeurs ? –, Auxilio accumule les rencontres marquantes, si celle-ci est sans doute la plus importante. Mais on pourrait citer aussi Lilian Serpas et son peintre de fils, qui lui raconte une nuit l’histoire d’Érigone ; et une multitude d’enfants poètes, chantant bravement l’amour et la guerre, en se précipitant vers l’abîme…

 

Que dire ? Tout d’abord que c’est très beau et superbement écrit. Effectivement, rien à redire là-dessus. Certains passages – la fin, entre autres – sont vraiment de toute beauté, d’une très grande force. Aussi ne me suis-je pas ennuyé un seul instant à lire ce court roman, fluide, beau et émouvant.

 

Il me manque pourtant quelque chose pour en faire une œuvre que je pourrais vous recommander sans l’ombre d’un doute, mes chers lecteurs. J’avouerai, déjà, être sans doute passé à côté de bien des choses du fait de mon inculture crasse : ma méconnaissance de la littérature latino-américaine et mon mépris pour la polésie et les pouètes ont sans doute joué contre moi dans ce roman que l’on sent riche en références et allusions… Aussi, contrairement au gentil libraire, ne suis-je pas certain qu’Amuleto soit un choix très pertinent pour découvrir l’œuvre de Roberto Bolaño (‘fin, si ça se trouve, c’est encore pire ailleurs, hein, j’en sais rien, moi, après tout…).

 

Et… Je ne sais pas. J’ai ressenti une certaine frustration en refermant le roman. La fin est magnifique, pourtant. Mais j’ai eu un sentiment de précipitation, d’inachèvement… Je ne sais pas.

 

 Bref. J’ai aimé Amuleto, mais sans être encore totalement convaincu. Je vais voir ce que donne Appels téléphoniques et puis, oui, il sera bien temps, sans doute, de passer à 2666

CITRIQ

Voir les commentaires

"Souvenirs désordonnés", de José Corti

Publié le par Nébal

Souvenirs-desordonnes.jpg

 

CORTI (José), Souvenirs désordonnés, [Paris], José Corti, coll. Les Massicotés, 2010, 255 p.

 

ÇA Y EST ! J’EN SUIS ENFIN ARRIVÉ AU BOUT !

 

Non, parce que, c’est pas pour dire, mais les Souvenirs désordonnés du père Corti sont quand même comme qui dirait d’une lecture aride. Intéressante, certes, passionnante même (j’y reviens de suite, ne vous en faites pas), mais aride. À cela, trois raisons :

 

1/ Il s’agit effectivement de Souvenirs désordonnés : l’auteur se laisse guider par sa plume, passant sans cesse du coq à l’âne sans respecter le moindre plan.

 

2/ Ceci expliquant sans doute cela, il n’y a pas le moindre chapitre dans tout ce volume : tout s’enchaîne, sans queue ni tête, et sans répit.

 

3/ Pour cette réédition chez l’éditeur même (le livre, si je ne m’abuse, était autrefois paru en 10/18, et avait semble-t-il connu d’autres éditions auparavant… chez Corti même ?), le choix a été fait d’une police de caractères minuscule qui pique les yeux.

 

Bref, c’est aride.

 

Mais, heureusement, c’est fort intéressant, et même souvent passionnant. C’est que l’éditeur, entre autres, de Julien Gracq, en a des choses à dire, sur bien des sujets ; et, qui plus est, qu’il les dit fort bien, avec une verve, un phrasé, un style enfin, tout à fait remarquables, dignes des meilleurs prosateurs. On sent vraiment l’homme de lettres derrière le libraire et l’éditeur.

 

Alors José Corti raconte. En vrac, comme cela vient. Il raconte sa maison, bien sûr, la librairie Corti, la maison d’édition à la rose des vents, proclamant haut et fort sa devise : « Rien de commun ». C’est le moins que l’on puisse dire. Dans le paysage éditorial français, Corti a toujours fait figure de franc-tireur isolé, publiant peu, et à petit tirage, mais publiant avec un goût sûr. Citons Gérard Guillot dans Le Figaro :

 

« José Corti : un être rare, inconnu ou presque du grand public. Mais un modèle : l’éditeur qui n’a jamais publié ce qu’il n’aimait pas. Et il n’aimait que l’écriture la plus haute, la création la plus aiguë, la littérature la plus noble. »

 

(Avec un bémol sur ce dernier point : José Corti se déclare dans ces pages amateur de littérature populaire et notamment des Fantômas.)

 

Citons encore Jacques de Decker, dans Le Soir :

 

« Hostile non seulement à tout ce que Gracq avait dénoncé dans son pamphlet La Littérature à l’estomac, mais à toutes les techniques de mercantilisation et de vulgarisation du livre, il apparaissait, dans le milieu éditorial parisien, comme une sorte de dernier des Mohicans. »

 

Il y eut les surréalistes et les dadas, tout d’abord, qu’il fréquenta et édita à « la grande époque », et à propos desquels il ne manque pas d’anecdotes plus ou moins croustillantes, mais aussi de propos plus graves (il livre de longues et profondes réflexions sur Breton et son « silence », notamment). Et puis Gracq, bien sûr, auteur qu’il a « découvert » (il s’étend notamment sur le Goncourt refusé pour Le Rivage des Syrtes)…

 

Mais il ne s’arrête pas là, et multiplie digressions et portraits. À travers son livre, c’est tout un monde qui revit, notamment le Paris de l’entre-deux-guerres… et de l’Occupation. Période fatale, dramatique. Corti est un éditeur engagé, son fils est résistant. Mais, du fait des activités d’un sinistre individu, Dominique Corti sera capturé par les Allemands, déporté, et mourra dans les camps. Lourd traumatisme, qui pèse sur l’ensemble de l’ouvrage, et revient sempiternellement, avec la régularité d’un métronome. Et toujours reviennent, parallèlement, la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité du pardon, et la tentation de la vengeance, jusqu’au meurtre…

 

Il y a bien des passages tragiques dans ces Souvenirs désordonnés. Je retiens notamment l’évocation du suicide de Crevel, effroyablement touchante (et Corti s’y montre impitoyable avec les surréalistes). Mais il en est heureusement d’autres plus souriants, plus savoureux, très drôles, même, parfois ; comme la vie, en somme (pardon pour le cliché…). Il y a surtout toute une collection de portraits extrêmement vivants, plus vrais que nature pour ainsi dire, d’auteurs, de critiques, d’universitaires, de peintres, etc. Pour être franc, je n’avais jamais entendu parler, moi le béotien, des trois-quarts d’entre eux, mais ça ne m’a pas empêché de trouver le tout passionnant.

 

Bien sûr, il est des fois où Corti agace. On sent le vieillard, « l’anachronisme », l’homme d’une autre époque, d’un autre monde. Souvent à l’avant-garde, il n’en sombre pas moins parfois dans la réaction, et a bien de temps à autre quelques réflexions de, pardon aux familles, vieux con. Il ne manque pas non plus d’une certaine préciosité. Personne n’est parfait…

 

Reste que la lecture de ces Souvenirs désordonnés est indispensable à qui s’intéresse à l’édition en France au XXe siècle. Certes, avec José Corti, on est à des années-lumière de Gaston Gallimard… Mais c’est justement ce décalage qui fait l’intérêt de la chose, outre ses grandes et indéniables qualités littéraires, qui en font déjà une autobiographie du meilleur tonneau.

 

Aride, donc, mais fort bon.

CITRIQ

Voir les commentaires

"Roche-Nuée", de Garry Kilworth

Publié le par Nébal

Roche-Nuee.jpg

 

KILWORTH (Garry), Roche-Nuée, [Cloudrock], traduit de l’anglais par Monique Lebailly, Paris, Denoël, coll. Présence du futur, [1988] 1989, 252 p.

 

Certains libraires – que je ne nommerai pas pour ne pas faire de publicité à l’excellente librairie Scylla – se montrent particulièrement perfides. Non seulement ils vous appâtent avec des nouveautés alléchantes, mais en plus ils vous suggèrent des vieilleries inconnues au bataillon. Tenez, ce Roche-Nuée de Garry Kilworth, par exemple. Un roman pour le moins énigmatique et méconnu.

 

De l’auteur, en France, on ne sait pas forcément grand-chose de plus que ce que nous dit la quatrième de couverture, vieille de vingt ans ; simplement que Garry Kilworth est un auteur britannique né en 1941, qu’il a commencé à publier de la SF en 1975, et qu’on l’a placé dans la lignée de J.G. Ballard (pas mal, comme filiation, on a vu pire…). Depuis, le bonhomme a semble-t-il pas mal publié, mais je n’ai pas l’impression qu’il ait beaucoup attiré l’attention en France… à part pour sa série des « Rois navigateurs », bien sûr (je plaide coupable : au début, je n'avais pas fait le lien...).

 

Quoi qu’il en soit, Roche-Nuée fut son premier roman à être publié en français [EDIT : en fait, non : voir dans les commentaires...], après le recueil de nouvelles Les Ramages de la douleur. Et c’est un roman plutôt énigmatique, disais-je.

 

En effet, le cadre est pour le moins flou : sommes-nous dans un passé préhistorique, ou dans un futur post-apocalyptique ? Si l’écosystème est indéniablement terrien, sommes-nous seulement sur Terre, d’ailleurs ? On attaque in media res, et ces questions n’obtiendront au cours du roman que des réponses vagues, faites d’indices épars ; et vous pensez bien que je ne vais pas m’étendre sur le sujet ici… C’est assez déconcertant, dois-je reconnaître, et ceux qui veulent un cadre bien défini avant de s’embraquer dans un bouquin risquent d’avoir du mal avec Roche-Nuée… Mais contentons-nous donc de poser que le roman se déroule dans un cadre humain, certes, rationnel, certes, mais très très archaïque.

 

Roche-Nuée est un ancien atoll qui se dresse comme un champignon au milieu de l’énorme désert de sel des Terres Mortes. On dit qu’autrefois il y avait de l’eau à la place du désert… mais sans doute n’est-ce qu’une légende. Pour les membres des Familles, de toute façon, le monde se limite à Roche-Nuée. Il y a deux Familles : la Famille Jour, qui vit dans des yourtes, et la Famille Nuit, qui vit dans des grottes. Les deux Familles sont endogames, incestueuses même, et pratiquent le culte des ancêtres et d’une même divinité solaire, Dieurouge ; elles sont également cannibales, dans la mesure où les femmes mangent les parents décédés. Dernière tradition commune : celle consistant à jeter du haut de la falaise les indésirés, difformes ou débiles… qui ne manquent pas, on s’en doute.

 

Le narrateur, pourtant, est un indésiré. Ce nabot de sexe indéterminé ne doit la vie qu’à un caprice de son frère, Argile, de la Famille Jour. Il survit donc en se faisant passer pour l’ombre de son frère, et Argile de jouer le jeu, n’envisageant jamais l’indésiré que comme une ombre ; or, une ombre, on ne la regarde pas, et on lui parle encore moins…

 

Mais Ombre a survécu des années ainsi, dans l’ombre d’Argile, chassant avec lui. Pour le reste, dans le village, il lui fallait se faire discret : la menace du précipice était toujours présente… Ombre, à tout prendre, est resté ainsi pendant des années un non-être.

 

Mais les choses vont changer en l’espace de quelques mois. Lors d’une chasse, Argile, bien évidemment accompagné d’Ombre, fait la connaissance de Tilana, de la Famille Nuit, et en tombe éperdument amoureux. Un amour impossible, bien sûr : l’exogamie est le pire des tabous à Roche-Nuée, et Argile doit bientôt épouser sa propre mère, Chatcourant…

 

Mais les événements vont se précipiter, et Ombre, de simple témoin qu’il sera dans un premier temps, va jouer un rôle de plus en plus important au fil des pages, notamment du fait de son étrange affinité avec l’eau, le vent, le feu, et surtout la roche. Et il va ainsi découvrir que le monde ne s’arrête pas à Roche-Nuée…

 

Avec Roche-Nuée, Gary Kilworth livre un roman largement initiatique basé sur un solide fond anthropologique. Le cadre, pour énigmatique qu’il soit, est fascinant, et décrit avec une grande méticulosité. Les mœurs, rites et pratiques des Familles sont rapportés avec un sens du détail qui vaut bien un Jack Vance ou – plus encore – une Ursula K. Le Guin (ainsi en ce qui concerne les systèmes matrimoniaux, le culte des ancêtres ou le cannibalisme rituel). Sans surprise, cette thématique débouche sur les questions de l’ethnocentrisme, de la normalité et de sa relativité, très bien posées.

 

Mais il s’y ajoute un profond questionnement sur l’identité à travers le non-être Ombre, lequel accède à la personnalité au fil des pages. Individu attachant, tout d’abord enfant martyr mais sans excès de pathos – on trouve plutôt dans ces pages une sorte de naturalisme cru à la Narayama, très bien vu –, puis, progressivement, adulte et responsable, Ombre est un superbe personnage, merveilleusement travaillé et d’une grande complexité. Sans doute les autres personnages, Argile excepté – lui aussi est très ambigu, et donc fascinant –, sont-ils plus stéréotypés ; mais peu importe : le charisme du narrateur, ce nain hermaphrodite, l’emporte de toute façon.

 

La plume de Garry Kilworth, enfin, si elle est plus ou moins bien servie par la traduction de Monique Lebailly, est dans l’ensemble très juste et précise, et l’on peut effectivement comprendre, sous cet angle également, la filiation ballardienne (avec moins d’éclat, cependant).

 

 En conclusion, Roche-Nuée est un très bon roman « d’anthropologie-fiction », assez unique en son genre, intelligent, émouvant et prenant, qui mérite qu’on s’y attarde au-delà de son côté déconcertant au premier abord.

CITRIQ

Voir les commentaires

"Les Princes vagabonds", de Michael Chabon

Publié le par Nébal

Les-Princes-vagabonds.jpg

 

CHABON (Michael), Les Princes vagabonds, [Gentlemen of the Road], illustrations de Gary Gianni, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle D. Philippe, Paris, Robert Laffont, coll. Pavillons, [2007] 2010, 203 p.

 

J’ai déjà eu l’occasion de dire beaucoup de bien de Michael Chabon sur ce blog miteux, et ce à deux à deux reprises : pour Les Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay (Prix Pulitzer ô combien mérité), et pour Le Club des policiers yiddish (Prix Hugo, bientôt adapté au cinéma par les frangins Coen). Oui, rien que ça. Aujourd’hui, nous le retrouvons dans un tout autre registre.

 

Encore que…

 

Pas si sûr, en fait.

 

Dans un sens, y’a une logique. Mais ce qui est certain, c’est qu’il a dû en étonner plus d’un avec son dernier roman, notamment parmi les jurés du Pulitzer. Rendez-vous compte : avec Les Princes vagabonds, Michael Chabon a cette fois clairement pris le parti de la littérature de genre ; il a dit, purement et simplement, qu’il allait livrer un roman d’a-ven-tu-re.

 

Un-pur-di-ver-tis-se-ment.

 

Oh mon Dieu !

 

Et à l’ancienne, en plus, avec des illustrations à l’intérieur (de Gary Gianni, qu’on a notamment vu œuvrer pour les intégrales d’Howard ces derniers temps), avec la légende et tout et tout.

 

Oh mon Dieu !

 

Un roman dédié à Michael Moorcock (p. 7), et qui cite parmi ses références Conan et D’Artagnan (p. 199) ; ajoutons que les personnages principaux pourraient tout autant, même si ce n’est pas revendiqué (alors peut-être me goure-je ?), faire penser à Fafhrd et au Souricier Gris, les héros du « Cycle des épées » de Fritz Leiber (que je n’ai cependant pas lu, honte sur moi, et ne connais que par l’adaptation en BD de Mignola).

 

Oh mon Dieu !

 

Rassurez-vous, cependant : il ne s’agit ni de science-fiction, ni de fantasy.

 

Ouf. C’est toujours ça…

 

Nous sommes ici en plein dans la grande tradition du récit d’aventure historique, sur le versant le plus populaire. Autant dire, pour rester sur nos contrées, que les amateurs du Robert Howard du Seigneur de Samarcande, notamment, devraient être comblés…

 

Mais voyons un peu de quoi c’est-y donc qu’y nous cause, là, le Michael Chabon.

 

Eh bien, sans surprise…

 

De Juifs.

 

Oui, c’est un peu une habitude…

 

Mais des « Juifs d’épées » – tel était le titre de travail du roman, ce qui faisait beaucoup rire les proches de l’auteur. « Ils se représentaient Woody Allen en train de battre en retraite vers la sortie la plus proche, sous un flot de vannes, brandissant un sabre tremblant. » (p. 194) Mais non ! Non, pour Chabon, ses Juifs d’épées, ce sera un duo de princes vagabonds, ou de fieffés bandits, c’est selon, composé du gringalet franc Zelikman, médecin dépressif armé d’une anachronique rapière baptisée Lancette, et du colosse Amram, aussi Noir que Juif (ça fait beaucoup pour un seul homme…), habile tacticien et terriblement dangereux quand il en vient à manier sa hache viking, répondant au nom de (j’adore) « Profanateur-de-ta-Mère ». Les deux compères écument le Moyen-Orient et le Caucase aux environs de l’an 950, et enchaînent les aventures.

 

Mais voilà qu’un beau jour leur tombe dans les mains un jouvenceau khazar à la langue bien pendue, héritier d’un empire usurpé de fraîche date par une ignoble fripouille comme il y en a tant. Le jeunot ne rêve que d’une chose : restaurer son frère sur le trépied d’Itil, ou à défaut le conserver en attendant, bref : en chasser l’usurpateur, Boulan. Plus facile à dire qu’à faire. Et Zelikman et Amram sont-ils prêts à se lancer dans cette folle aventure ?

 

Prétexte classique, on le voit, à un déferlement de rebondissements en tous genres, certains gros comme une maison – mais c’est le jeu –, et à une avalanche d’action sans répit sur 200 pages (oui, c’est assez court ; juste ce qu’il faut, en fait). C’est très adroit, très bien ficelé (tout au plus pourra-t-on trouver quelques ellipses un peu brusques vers la fin du roman), superbement écrit (Chabon fait du divertissement, certes, mais il s’applique comme d’habitude), et, surtout, surtout, c’est extrêmement drôle et tout à fait jubilatoire. On ne s’ennuie pas un seul instant tout au long de ce court roman, qui nous happe dès la première page pour ne plus nous lâcher jusqu’à la postface. Ça se lit en quelques heures à peine, mais c’est délicieux comme peu de livres le sont.

 

Et en plus, il y a des éléphants.

 

En somme, Chabon a parfaitement réussi son pari, une fois de plus. Les Princes vagabonds correspond en tous points au cahier des charges : roman d’aventure historique efficace et bien écrit, il ne constitue en rien une compromission, mais bien une succulente friandise, de type lecture estivale idéale. Certes, quand on lit ce roman, on peut se permettre de poser un peu son cerveau, mais on n’en a même pas honte ; au contraire, on s’en réjouit, et on en veut davantage.

 

 Tiens, me f’rais bien du pulp, là… Ça tombe bien, j’ai (encore) du Howard qui m’attend…

CITRIQ

Voir les commentaires