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La Cité des asphyxiés, de Régis Messac

Publié le par Nébal

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MESSAC (Régis), La Cité des asphyxiés, préface de Roger Bozzetto, postface de Natacha Vas Deyres, Paris, Ex nihilo, 2010, 326 p.

 

Ma chronique se trouvait sur le défunt Cafard cosmique... La revoici.

 

 

 

La belle entreprise de réédition des œuvres de Régis Messac, initiée depuis quelque temps par la Société des amis de Régis Messac, poursuit son petit bonhomme de chemin, et commence à prendre forme. On avait ainsi pu lire l’excellent Quinzinzinzili, repris chez L’Arbre Vengeur ; mais, en la matière, les éditions Ex Nihilo se sont montrées plus volontaires en publiant pas moins de neuf volumes de Régis Messac ces dernières années – parmi lesquels on retiendra notamment le caustique roman Valcrétin ou l’essai Les Premières Utopies. Le dernier en date est La Cité des asphyxiés, roman de « merveilleux-scientifique » originellement publié en 1937.

 

Le scientifique de génie Rodolphe Carnage a inventé une machine extraordinaire : un « chronoscope », qui permet de voir dans le futur. La découverte, installée dans la « salle T » de son laboratoire de Passy, laisse sa compagne, la bien nommée Belle Sims, fille d’un fameux physicien, relativement indifférente. Mais elle fascine littéralement (le bien nommé également) Sylvain Le Cateau, petit bourgeois médiocre, ami d’enfance de Carnage. Or, un jour, un accident se produit : sans que l’on sache trop comment ni pourquoi – ce qui, avouons-le, est bien pratique pour l’auteur… – la machine projette Le Cateau plusieurs milliers d’années dans le futur, sans espoir de retour. Mais si le « héros » ne peut pas revenir, il peut cependant toujours communiquer – dans un seul sens – avec son ami Carnage et sa Belle par le biais du chronoscope… Belle Sims méprise le falot anti-héros, mais elle entreprend néanmoins de noter tous les « rapports » que celui-ci émet du futur, sous la forme de trois « fragments ».

Or la Terre a bien changé entre-temps. La surface est devenue inhabitable, et l’air l’a abandonnée. Les humains – ou leurs descendants, petits, chauves et plus ou moins télépathes – se sont réfugiés dans les entrailles de la planète, dans un monde souterrain hallucinant et absurde. Le Cateau y débarque tel le proverbial étranger arrivant en Utopie. Et, à première vue, le système tel qu’il le voit fonctionner a bien l’air parfait ; pourtant, Le Cateau ne peut s’empêcher d’avoir des doutes… et, bientôt, des failles apparaissent dans le système, et l’utopie se mue en dystopie.

Cependant, à la différence de l’étranger accueilli à bras ouverts et qui se voit offrir une visite guidée de l’Utopie, Le Cateau – par ailleurs un peu dur de la comprenette – est un homme désespérément seul dans cette époque, quand bien même il parvient à se faire des amis… et des petites amies (on notera l’érotisme ambigu de certaines séquences, étonnant pour un roman « de SF » de 1937). Par voie de conséquence, il se trompe souvent dans son analyse, et trompe le lecteur en même temps – une idée intéressante de Messac, très judicieusement employée.

Il faut reconnaître que le monde dans lequel il tombe est d’une complexité effarante et totalement étranger aux préoccupations d’un petit bourgeois de Passy du « siècle XX ». L’organisation hiérarchique de la société, par exemple : si l’on comprend vite que les bovrils sont au sommet et les zeroes à la base, on a de quoi se perdre entre-temps entre les pubils, cubils, ferlons, gorils, etc. Sans parler, bien sûr, des Zyntels-Ecuels, toujours prêts à s’entretuer pour des questions de préséance… Mais tout est si étrange, dans ce monde où les hommes doivent fabriquer de l’air pour survivre, et où les zeroes sont toujours au bord de l’asphyxie quand les bovrils, eux, bénéficient d’air « de luxe » ! Et comment le fabriquent-ils, d’abord, cet air ? Qu’est-ce que ça signifie, donner son « san » pour La-Pah-Trîh ? Et qu’apprend-t-on, au juste, dans la Grande Cônerie ? Et c’est quoi, les six nés nains ? et les mantrys ? et les pompes célèbres ? et les dix putains ? Oui, Sylvain a bien des choses à apprendre…

Sur ce canevas, assumant clairement la filiation entre utopie, voyages extraordinaires et science-fiction, Régis Messac brode un roman double, pour ne pas dire bicéphale, mêlant l’imaginaire scientifique vernien et la satire sociale voltairienne ou swiftienne (avec un goût prononcé, et si délicieux, pour le cynisme et la méchanceté pure et simple…).

Sur le premier tableau, Messac se montre inégal : certes, le monde qu’il nous dépeint est fascinant, mais – outre qu’il n’a rien d’un grand styliste – il tend à s’éparpiller quelque peu et à s’étendre sur des « passages obligés », typiquement verniens, parfois à la limite de l’ennui, et qui n’apportent pas forcément grand chose au roman. Si quelques descriptions se montrent particulièrement savoureuses, d’autres sont assez lourdes, et ce n’est certes pas ici que Messac se montre à son meilleur.

Mais, par contre, quel merveilleux satiriste ! C’est à n’en pas douter ici que Régis Messac brille de mille feux – ainsi qu’on avait déjà pu le constater dans de précédentes rééditions, comme Quinzinzinzili ou Valcrétin. Il se montre particulièrement sévère pour la société de son temps – bien entendu celle qu’il vise, derrière le prétexte de La-Pah-Trîh… Tout y passe : l’organisation politique, économique et sociale, le système éducatif – un cheval de bataille classique pour Messac –, la religion, la morale, le patriotisme, tout, absolument tout. Rien n’est épargné par la plume à l’humour ravageur (et très noir, naturellement…) de Messac, qui s’en donne à cœur-joie, et n’hésite pas à verser dans les calembours les plus grotesques, voire dans la scatologie la plus éhontée.

On a pu faire, selon Roger Bozzetto dans sa préface, une lecture marxiste de La Cité des asphyxiés. Sans doute, oui… mais cela paraît bien trop sérieux au regard de l’excellente mauvaise blague que constitue ce roman dans ses meilleurs moments ; et il serait sans doute regrettable de le réduire ainsi à un dogme plutôt qu’un autre : de par son nihilisme ravageur, le roman semble bien plus anti-dogmatique par définition, et, si l’on y tient, anarchisant plutôt qu’anarchiste…

Mais évoquons justement cette préface : elle n’est pas inintéressante, loin de là, mais on en déconseillera très fortement la lecture préalable au roman… du moins si le lecteur entend conserver le moindre élément de surprise, puisque Roger Bozzetto raconte tout, et déflore tous les meilleurs gags. Quelle idée, du coup, d’en faire une préface… Quant à la postface de Natacha Vas Deyres, intitulée « Régis Messac et les femmes », c’est une lecture féministe [EDIT : qualificatif à débattre, oui...] de la vie et de l’œuvre de Régis Messac en général et de La Cité des asphyxiés en particulier. Pour ce qui est du « général », on suivra volontiers l’auteur ; mais, pour ce qui est de ce roman précis, on pourra trouver sa lecture quelque peu idéaliste…

 

Roman bicéphale, La Cité des asphyxiés n’atteint pas la perfection d’un Quinzinzinzili. Mais il reste un bel exemple de « merveilleux-scientifique » utilisé à bon escient pour livrer une critique sociale mordante et hilarante, hélas toujours d’actualité. Si le roman n’est pas parfait, s’il se montre sans doute trop long et pèche par certains excès verniens, il n’en confirme pas moins le talent de Régis Messac et la nécessité de redécouvrir son œuvre.

 

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"Transmetropolitan", t. 6. "Une dernière fois", de Warren Ellis et Darick Robertson

Publié le par Nébal

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ELLIS (Warren) & ROBERTSON (Darick), Transmetropolitan, t. 6. Une dernière fois, Saint-Laurent-du-Var, Panini France, coll. Vertigo Big Book, [2000-2002, 2004] 2010, [n.p.].

 

Cette fois, ça y est.

 

C’est fini.

 

Avec Une dernière fois, sixième et ultime tome de la série Transmetropolitan, les aventures du plus génial et déjanté des journalistes de tous les temps, j’ai nommé Spider Jerusalem himself, touchent à leur terme. On n’y croyait pas forcément au début, mais ça y est, la série entière a été publiée en français.

 

Ouf.

 

On peut souffler, maintenant, et se réjouir, car il s’agit tout de même, là, d’un véritable monument de la science-fiction en bande-dessinée, et assurément d’une des meilleures BD que j’ai lues ces dernières années. J’irai même plus loin : c’est la meilleure BD que j’ai lue ces quinze dernières années, si l’on fait abstraction de celles qui ont été scénarisées par Alan Moore et de Sandman (oui, parce que bon, quand même). Carrément. Ouais. Et le premier qui me contredit se prend un coup d’agitateur d’intestins, réglé sur la position « prolapsus » (un classique indémodable).

 

Je pourrais m’étendre sur des pages et des pages sur tout ce qui fait la qualité exceptionnelle de ce comic book, mais je vais faire ma feignasse : reportez-vous donc à mes anciens compte rendus, et en priorité à celui du tome 1 (oui, je sais, je n’ai pas chroniqué la série complète, et c’est mal, mais bon, tant pis…).

 

Passons plutôt directement à ce dernier tome, qui est composé de deux parties bien distinctes, chacune occupant environ la moitié du TPB.

 

La première partie est elle-même subdivisée en deux sous-parties, « Laissez-moi partir » et « La Lie de la ville » (une cinquantaine de pages chacune), et est illustrée par une kyrielle de dessinateurs (la liste est longue comme le bras ; je me contenterais d’en citer quelques-uns parmi les plus célèbres : Glenn Fabry, Steve Dillon, Tim Bradstreet, David Mack, Steve Pugh, Jill Thompson, Chris Sprouse, Bill Sienkiewicz, Yanick Paquette, Klaus Janson, Garry Leach…). Il ne s’agit pas de bande-dessinée à proprement parlée, mais d’illustration des articles de Spider Jerusalem, couvrant les six tomes de la saga. La plume de Warren Ellis s’y révèle souvent délicieuse, et certains passages sont tout à fait savoureux. On pourrait en citer plusieurs, mais il en est un que j’ai trouvé particulièrement intéressant, notamment en ce qu’il concerne les préoccupations habituelles (enfin… en temps normal…) de ce blog (miteux, oui) :

 

« Cela étant dit : avez-vous remarqué combien le futur est parti en sucette ?

« Je veux dire, le futur n'était pas censé être comme ça, si ? On a tous grandi avec le futur imaginé par la télévision et par les vieux films du dimanche après-midi, après les brochettes de lézard en famille. Le futur était censé être énergique, vif, glamour, de superbes rayons laser peignant le ciel de traits bariolés tandis qu'ils pourfendaient, phasaient, disruptaient, blastaient ou dépeçaient l'opposition. Les hommes portaient des tenues de gym féminines mais restaient des hommes, et les femmes étaient faciles et criaient beaucoup, comme ma première copine.

« C'était ça, le futur qu'on nous avait promis. Et voilà qu'on regarde toujours la lueur triste de la télé, au-dessus d'un Faiseur qui ressemble à un vieux lave-linge... C'est une des pires choses au monde, la façon dont le futur finit toujours par s'avérer chiant»

 

Ça, dans une BD d’anticipation, ben moi, je trouve ça couillu. Pour reprendre le profond concept théorique développé par l’ami Captain Spaulding, Transmetropolitan est en effet, à l’instar de Preacher (toujours chez Vertigo – loué soit Vertigo), une BD caractérisée avant tout par le βυρνος, ce qui ressort tout particulièrement dans les insultes et menaces que s’adressent mutuellement les personnages. J’avoue avoir un faible pour celle-ci, dans le présent tome :

 

« J'apprécierais beaucoup que vous m'arrêtiez. Car cela garantira que d'ici une semaine, vous serez dans une prison des plus inconfortables, l'érection mutante d'un violeur de chiens récidiviste bien calée au fond de votre colon. »

 

Merci, Monsieur Warren Ellis, pour toutes ces merveilles.

 

Mais, justement, cette tirade nous amène à la deuxième partie de Une dernière fois, plus traditionnelle. Sauf qu’on y rigole beaucoup moins que d’habitude. L’atmosphère est résolument dramatique : c’est que l’on aboutit au choc des titans, le vrai, la confrontation finale entre le Sourire et Spider Jerusalem, le Président et le Journaliste, l’exécutif et le « quatrième pouvoir ». Dans une ambiance de pur chaos urbain : le Sourire a décrété la loi martiale, et Spider Jerusalem et ses Sordides Assistantes risquent leur peau ; tout cela dans l’indifférence, semble-t-il, des autres médias, qui ont trop peur du Sourire pour entraver son action. Seul Le Trou est encore à même de le faire vaciller sur son trône. Et c’est un Spider Jerusalem physiquement très diminué qui va s’y employer ; mais le journaliste gonzo a plus d’un tour dans son sac… tandis que le président se voit de plus en plus acculé et contraint de recourir aux méthodes les plus extrêmes.

 

Ce finale apocalyptique, qui entre en résonance avec les premiers épisodes de Transmetropolitan, est bien digne de la génialissime série de Warren Ellis et Darick Robertson. Le ton est plus grave, certes, mais l’aventure est palpitante, l’intrigue bien ficelée, les dialogues superbement écrits… Bref, tout ça coule parfaitement.

 

 Une fois la dernière page retournée, le sourire aux lèvres, on se dit qu’on a décidément lu quelque chose d’exceptionnel, une BD hors-normes, comme on n’en croise que trop rarement. Alors lisez Transmetropolitan (bordel de pompe à chiottes), vous ne le regretterez pas. Ou si vous le regrettez, c’est que vous n’avez pas de goût. Na. Hop.

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"Angoisses", t. 2, de Kurt Steiner

Publié le par Nébal

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STEINER (Kurt), Angoisses, t. 2, préface de François Angelier, postface de Philippe Curval, Encino, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche / Noire, [1958-1959] 2010, 380 p.

 

Le nom de Kurt Steiner, c'est-à-dire d'André Ruellan, m’avait frappé pour la première fois à la lecture de Critique de la science-fiction de Jacques Goimard ; on y parlait alors essentiellement « d’Ortog », ce qui ne m’avait honnêtement pas l’air plus passionnant que ça, et surtout pas des plus facile à se procurer, mais je n’en avais pas moins noté le (double) nom du personnage dans un coin de mon crâne.

 

Or le Grand Ancien est doublement ressurgi récemment : sous son (vrai) nom d’André Ruellan, il a signé une brève et très morbide, mais assez belle, nouvelle pour l’anthologie dirigée par Serge Lehman Retour sur l’horizon, laquelle, ma foi, m’avait bien plu. Et, parallèlement, Rivière Blanche, dans sa collection Noire, s’est lancée dans la réédition de ses romans d’horreur publiés dans les années 1950 dans la collection « Angoisse » du Fleuve Noir ; et ça, ma foi, ça me bottait bien de tenter l’expérience, pour au moins deux raisons : 1°) j’étais dans une période où j’avais faim de lectures « faciles », de bons romans de gare ; 2°) j’ai toujours eu un goût prononcé pour l’horreur et le fantastique, difficilement rassasié par les politiques de publication actuelles…

 

J’ai donc lu le tome 1 d’Angoisses, qui comprenait trois romans : Le Seuil du vide, Les Rivages de la nuit et Le Village de la foudre. Trois romans assez proches dans l’esprit, et dans lesquels on pouvait relever quelques points saillants : je pense notamment à une atmosphère assez typiquement « gothique », au sens où elle fait irrésistiblement penser aux film de la Hammer alors en vogue ou (référence personnelle, et non influence de l’auteur…) aux plus tardifs mais meilleurs encore films de Mario Bava, et ce quand bien même le cadre contemporain était privilégié ; je note également la récurrence d’un soupçon de romance, ce qui serait justifié semble-t-il par le fait que la collection « Angoisse », à l’origine, avait été créée pour vous, mesdames ; on pourra enfin relever quelques thématiques récurrentes, dont celles des réminiscences du passé, du double, du pourrissement, de la paranoïa, des livres prophétiques, des pièges…

 

Autant de thèmes et de procédés que nous retrouvons dans ce deuxième tome d’Angoisses, comprenant à nouveau trois romans, Lumière de sang, Dans un manteau de brume et Mortefontaine, auxquels il faut ajouter une enthousiaste et enthousiasmante préface de François Angelier (« Ce dont Steiner est le nom », pp. 7-9) et une postface de Philippe Curval (« Promenades avec la Mort, l’Amour et l’Humour », pp. 365-380 ; texte prévu pour constituer la préface du Livre d’or consacré à André Ruellan qui n’a jamais été publié, et qui est finalement paru, légèrement modifié, dans l’anthologie De flamme et d’ombre).

 

Commençons donc par Lumière de sang (pp. 11-129 ; notons que, de même que dans le tome 1, les couvertures originales sont reproduites). Laurent est un auto-stoppeur. Contraint de faire halte en pleine nuit dans un coin perdu, il est surpris par la grêle, et trouve refuge dans un étrange manoir (* accords d’orgue *), où il est accueilli par une domestique chauve. Le manoir entier baigne dans une lumière rouge produite par des bougies noires qu’il est impossible de souffler… Et Laurent se retrouve bientôt pris dans un piège diabolique préparé à son intention par le maître des lieux, dans ce manoir labyrinthique dont les pièces s’agencent sans cesse différemment, et, toujours, sont envahies par ces mêmes bougies noires répandant une lumière rouge…

 

Une excellente entrée en matière. Le manoir fournit un cadre gothique idéal, et, avec cette histoire de « lumière rouge », il est difficile de ne pas penser au (bien postérieur) film de Dario Argento Suspiria, dont les images ont parfois tendance à ressurgir, quand bien même le héros est masculin. Ce qui n’exclut pas une large part de romance, avec la belle Isabelle, victime des machinations de son oncle diabolique. On retrouve en tout cas certains procédés et thèmes déjà évoqués : piège, réminiscences du passé, livre prophétique, double, paranoïa… Le résultat est un très bon roman de gare, bien construit, palpitant de la première à la dernière page, et largement au-dessus du lot. Mon préféré du recueil (et même des deux recueils, je crois bien), et de loin

 

Suite des opérations avec le très différent Dans un manteau de brume (pp. 131-249). Un petit village normand, en bord de mer, tout ce qu’il y a de paisible. Mais bientôt d’étranges rumeurs se mettent à circuler : on parle de bêtes mutilées, d’étranges apparitions la nuit sur la côte… et un enfant disparaît. Face à l’incurie des autorités et devant le caractère potentiellement surnaturel des phénomènes observés, deux hommes que tout semble opposer vont mener l’enquête : le Père Bourru, l’instituteur, digne « hussard noir de la République », et le curé du village...

 

Parler « d’horreur », ici, serait sans doute exagéré ; il s’agit bien davantage d’un travail sur l’ambiance, parfaitement maîtrisé. Les personnages sont plus travaillés qu’il n’est d’usage, et l’aspect « romance » disparaît totalement, de même que la dimension « gothique », d’ailleurs. Le roman relève davantage de la « comédie de mœurs », façon chronique villageoise, mâtinée de fantastique. On n’a jamais vraiment peur, mais sans doute n’est-ce pas le but : ainsi que les enfants terribles Jagu, et en partie les deux héros, nous sommes plus fascinés que terrifiés par les manifestations du surnaturel auxquels ils sont confrontés. Et le spectre en question – puisque la quatrième de couverture lâche le mot – fait plus figure d’âme en peine que de terrible esprit vengeur… Une lecture agréable, avec un beau travail sur l’atmosphère.

 

Troisième et dernier roman de ce recueil, Mortefontaine (pp. 251-364) est le plus stéréotypé. Ici, nous sommes en plein dans le gothique à la Hammer, riche en romance qui plus est. Le narrateur, Michel, est fasciné depuis sa plus tendre enfance par le château normand de Mortefontaine ; devenu adulte, il y fait un jour, dans ses environs, la rencontre de la belle Cécile de Clécy, et en tombe irrémédiablement amoureux. Comme par magie (…), on lui propose alors de devenir le précepteur de la jeune fille, dont l’éducation est largement à revoir. Mais Cécile est fantasque, et le château de Mortefontaine recèle bien des secrets… à commencer par la présence du mystérieux Armand, qui ressemble tant à Michel !

 

Ici, on retrouve absolument tout ce que j’avais détaillé plus haut : réminiscences du passé, double, pourrissement, paranoïa, livres prophétiques, pièges… Tout y passe, absolument tous les thèmes traités par Steiner dans les cinq autres romans que j’ai pu lire de lui se retrouvent condensés dans celui-ci. Et, à vrai dire, cela fait un peu trop… Surtout dans la mesure où la romance prend malgré tout le pas sur le fantastique et l’horreur, et où tout ce déferlement de thématiques steineriennes, finalement, ne débouche pas sur grand chose… Sans aucun doute le moins bon des trois romans, largement dispensable.

 

 Mais dans l’ensemble, j’ai passé un fort agréable moment avec ce tome 2 d’Angoisses, de même qu’avec le tome 1. Je n’ai pas l’impression qu’un tome 3 soit à l’ordre du jour, dommage (car il existe encore d’autres romans fantastiques de Kurt Steiner, mais Rivière Blanche a souhaité se limiter aux « six introuvables »... mais les autres ne sont pas si faciles que ça à trouver, non ?) ; si ça devait être le cas, je serais sans doute preneur… Mais bon, tant pis. J’ai passé un assez bon moment avec ces six bons romans de gare, et c’est l’essentiel.

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Dans ma grotte

Publié le par Nébal

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Au début, je pensais faire un truc genre qui en jette, « la bibliothèque de Babel », t’vois, ou une allégorie de la « tabula rasa ». Ou un truc plus léger, mais bibliothécaire quand même, qui serait orange, et qui ferait « Ook ». Pis finalement je me suis dit que le mieux c’était encore de retourner à cette simple image du bonheur à l’état pur : Gaston faisant la sieste dans sa grotte de livres et de courrier en retard. Je sais pas vous, mais moi, cette illustration du génial Franquin m’a toujours fait fantasmer. Et elle m’a donc paru très appropriée pour revenir brièvement sur mes lectures non universitaires depuis l’interruption de mon blog (ben oui, j’en ai malgré tout tenu la liste ; on est maniaque ou on ne l’est pas, que voulez-vous…). Par contre, il va de soi que je ne serai la plupart du temps capable de livrer ici que de brèves notules, et non de véritables comptes rendus…

 

Commençons donc, et dans l’ordre alphabétique des auteurs, s’il vous plait (on est maniaque ou on ne l’est pas, que voulez-vous…). Ce qui nous fait commencer par du bref mais intense, du concentré de chef-d’œuvre, avec Rashômon et autres contes de Ryûnosuke Akutagawa (dans la collection « Folio 2€ », hein, pas « Connaissance de l’Orient »). C’est bien évidemment le film de Kurosawa qui m’a attiré vers cette lecture (même s’il s’inspire plus de la nouvelle « Dans le fourré » que de « Rashômon » à proprement parler), mais quelle baffe mes aïeux ! et s’il n’y avait qu’un texte à retenir, ce ne serait pas un de ces deux-là, mais bien plutôt « Figures infernales », un long conte magnifique, riche en image cruelles et superbes. À lire à tout prix. Or, le prix, c’est 2 €, alors, hein, merde…

 

Passons maintenant au cas de monsieur Anderson, Poul de son prénom. Un auteur dont je vous ai déjà dit beaucoup de bien… Mais pour une fois je vais en dire du mal : j’ai en effet péniblement lu Agent de l’Empire terrien, le premier tome des aventures de Dominic Flandry, et je vous le déconseille fortement ; c’est de la SF à papy qui a très très très mal vieilli. Totalement illisible aujourd’hui. Je vais probablement faire l’impasse sur la suite… Heureusement, le bougre est remonté dans mon estime presque aussitôt après avec Trois Cœurs, trois lions, suivi de Deux regrets, bel ouvrage comprenant un bon roman de fantasy et deux magnifiques nouvelles. Ouf. Maintenant, c’est ballot, j’attends avec impatience Le Chant du barde

 

Après quoi l’on passe au grand, à l’immense, au mort J.G. Ballard. Tout d’abord – rhaaaaaa, j’en fous partout – pour le fabuleux, l’extraordinaire, l’indispensable Nouvelles complètes, 2. 1963-1970, qui vaut bien le premier tome, et dans lequel on voit un tournant s’opérer, avec les premiers textes de La Foire aux atrocités. C’est excellent de bout en bout. J’ai également lu, du grand homme, son autobiographie, La Vie et rien d’autre ; un texte touchant, souvent drôle, que l’on sent cependant gagné par la rongeasse ; émouvant et dur, au final ; et beau.

 

Jacques Barbéri, maintenant, avec Le Tueur venu du Centaure, ultime volet au titre éminemment dickien de la trilogie « Narcose ». J’avoue avoir été un peu déçu par ce récit que j’ai trouvé un peu trop confus pour pas grand chose, au final… En définitive, de cette trilogie, seul le premier tome m’a totalement convaincu ; le reste, j’ai bien aimé, mais sans plus.

 

Un petit classique pour la suite avec Peter Pan de James Matthew Barrie. Je parle du conte, hein, pas de la pièce de théâtre originelle qui vient tout juste d’être rééditée chez Terre de brume. Ben voilà, étrangement, je n’avais jamais lu Peter Pan. Erreur enfin réparée. Un régal de bout en bout, bien sûr, à la Alice, même si l’univers de Lewis Carroll me parle davantage. Mais ce qui m’a stupéfait dans Peter Pan, c’est le côté horrible, voire carrément gore, de la chose. Pratchett a bien raison dans sa description des contes de fées, décidément… Mais là, dans le genre, je crois que c’est le pire que je connaisse.

 

Tiens, un autre Angliche, là, Stephen Baxter. L’homme qui est capable du meilleur comme du pire, avec le même thème. Mais l’expérience y est pour beaucoup. Prenez les Xeelees : dans Exultant (« Les Enfants de la destinée », 2), ça nous donne un space op’ militaire, limite starwarsien (si), et un gros pavé, en même temps hard science (si), et palpitant de la première à la dernière page ; c’est bien simple : je crois que c’est le meilleur space op’ que j’ai lu avec La Paille dans l’Œil de Dieu de Larry Niven et Jerry Pournelle (ce qui est un sacré compliment, au cas où vous en douteriez). Mais des années plus tôt, avec Singularité (« Les Xeelees », 2), ça donnait juste une vilaine grosse bouse écrite avec les pieds de la voisine, totalement illisible et chiante à mourir. Après un Gravité déjà pas top… Du coup, je ne sais pas si je vais les continuer, ces « Xeelees », moi… Alors que « Les Enfants de la destinée », si.

 

J’ai également lu le Bifrost, n° 57. Spécial Robert Heinlein… Un très bon numéro, avec deux chouettes nouvelles d’Heinlein, une sympathique de John Varley, et un dossier riche et intéressant. Mais, comme d’habitude, il faut que j’intervienne, bien après la bataille, pour faire mon compte rendu sur les razzies… Pour ce qui est de la « pire nouvelle francophone » je trouve très con que Daylon ait eu le prix, dans la mesure où j’avais bien aimé son texte pour Retour sur l’horizon… Moi, on m’aurait demandé, j’aurais choisi (mais il n’était pas dans la liste) « Kainsmal » de Ludovic Lavaissière, dans Identités ; mais il semblerait que le chroniqueur ait trouvé des qualités à cette nouvelle : moi pas comprendre… Je ne peux pas me prononcer pour la « pire nouvelle étrangère ». Pour le « pire roman francophone », bon, je m’en suis tenu à des extraits, hein, mais Cathédrales de brume m’avait l’air bien placé (par contre, les blagues sur Oksana & Gil Prou étaient vraiment nulles). La catégorie « pire roman étranger » m’a laissé très sceptique : déjà parce que j’ai entendu dire du bien de Orgueil et préjugés et zombies (mais j'aime les zombies, aussi), ensuite parce que j’ai bien aimé Un jour je serai invincible, roman pour lequel l’argumentaire me semblait pour le moins limité (« N’est pas Alan Moore qui veut » ? Certes, mais c’est un peu court, jeunes gens…). Pour la traduction, je constate avec effroi l’unanimité, qui a fait reculer Brasyl dans mon étagère de chevet ; eh merde… Pour le « prix Jackie Paternoster de la pire couverture », j’ai trouvé le jury bien sévère avec Sébastien Bermès ; pour ma part, j’aurais fait un ex aequo Atalante / Livre de poche. OK pour le « prix de la pire non-fiction », il était bien temps de le dire. Pour le « prix de l’incompétence éditoriale », j’ai trouvé le jury bien sévère avec Sébastien Guillot ; pour ma part, le coup de Bragelonne / Milady était quand même le plus énorme, et de loin ; mais je dois avouer, moi, le misérable insecte, que les arguments avancés dans ces pages à l’encontre de Dieu ne manquaient pas forcément de pertinence… et c’est bien triste. Pour le « prix putassier », en temps normal mon préféré, je m’insurge : l’attribuer à Patrick Imbert, c’est petit, mais alors vraiment tout petit ; tous les autres candidats le méritaient bien davantage… OK, par contre, pour le « Grand Master Award ». Quant au « prix des lecteurs de Bifrost », j’y suis toujours opposé, pour les mêmes raisons qu’auparavant (et je n’ai donc pas voté). Bon, on verra bien l’année prochaine…

 

Dans la catégorie « bref mais intense », j’ai également lu La Triste Fin du petit Enfant Huître et autres histoires de Tim Burton, recueil bilingue et illustré par l’auteur de poésies naïves sur des enfants freaks, qui date de l’époque où Burton avait du talent. Sympa, à lire en VO, par contre.

 

J’ai enfin lu du Orson Scott Card, en m’attaquant au « cycle d’Ender ». Pour le moment, je me suis enfilé les trois premiers volumes. Bilan : La Stratégie Ender m’a paru sympa, sans plus ; ça se lit bien, sans véritablement casser des briques ; ça s’inscrit dans la lignée de Starship Troopers et La Guerre éternelle, sans y apporter beaucoup plus d’éléments nouveaux, ai-je trouvé. J’y ai largement préféré La Voix des morts, que j’ai trouvé véritablement excellent : Card y met en place une écologie extraterrestre fascinante, et y développe des concepts culturels fort intéressants. Xénocide en prend la suite directe… mais se révèle abominablement long et verbeux, et donc chiant. Du coup, j’ai repoussé ma lecture du dernier tome…

 

Un tout petit bouquin ensuite, La Morale des elfes, de Gilbert Keith Chesterton. Un pamphlet contre le modernisme, en fin de compte ; c’est rigolo, mais sans plus. Non, décidément, je crois que Chesterton n’est pas un auteur pour moi…

 

Autre petit bouquin, mais beaucoup plus à mon goût celui-ci, Adolphe de Benjamin Constant (auteur dont je n’avais lu jusqu’alors – et je vous en avais parlé – que les écrits politiques). Ça commence un peu comme un mélange entre Les Liaisons dangereuses et Le Rouge et le noir, puis, subitement, cela prend une tonalité unique. Résumons Adolphe pour nos amis les djeuns : 1°) Whoa zyva la taspé comment qu’elle est trop bonne j’vais trop m’la faire ! 2°) Uh t’as vu comment que j’l’ai emballé la salope là tranquille et tout wesh wesh… 3°) Rhaaa putain c’est trop la demer elle veut plus m’lâcher la teupu non j’t’assure j’pète un câble là… 4°) Non mais putain mais merde quoi mais j’te jure zyva la pute elle est trop à fond moi j’peux rien faire t’sais si si la famille quoi c’est relou p’tain fait iech’… etc. C’est très subtil, en tout cas. J’ai beaucoup aimé.

 

On passe à quelque chose d’autrement volumineux avec Océanique de Greg Egan. Troisième tome de « l’intégrale raisonnée » de ses nouvelles (mais finalement il y en aura un quatrième, joie, joie !), et confirmation qu’Egan est à l’heure actuelle ZE écrivain de science-fiction. C’est bien simple (‘fin, façon de parler, bien sûr) : même quand on n’y capte rien – par exemple, quand, dès la première nouvelle, il nous parle de football quantique –, eh bien, même là, c’est beau, c’est fort, c’est intelligent, c’est juste, c’est vrai, c’est grand. C’est Egan, quoi, l’auteur à suivre à l’heure actuelle. Je ne le connais toujours que par ses nouvelles, il faudra que je m’essaye à ses romans un de ces quatre… Mais je ne sais pas s’il sera aussi efficace sur la durée… Boah, verra bien.

 

J’ai également lu Père des mensonges de Brian Evenson. Disons-le tout net : c’est franchement moins bon qu’Inversion ou La Confrérie des mutilés. Et ça se répète un peu… Mais c’est quand même pas mal du tout, cette histoire de prêtre pédophile – eh eh…

 

Quant au Fiction, t. 10, je n’ai pas grand chose à en dire, si ce n’est qu’il s’agissait là d’un numéro de grande qualité dans l’ensemble, avec de vraies petites merveilles de nouvelles. La norme de Fiction, quoi.

 

Un petit bouquin ensuite, de Gandhi, La Voie de la non-violence. Une déception. Le texte est composite, mêlant des extraits de diverses œuvres de Gandhi un peu à la va-comme-je-te-pousse, et c’est plus ou moins intéressant ; les passages autobiographiques m’ont bien plu (et ils permettent de montrer que le film de Richard Attenborough est assez fidèle à la réalité historique, du moins telle que Gandhi l’a rapportée) ; hélas, les passages spirituels/mystiques abondent, qui sont chiants comme la pluie, et, parfois, puent franchement du zboub. La toute fin, émouvante, ne rachète pas tout ça…

 

Les hasards de l’alphabet font que l’on continue dans les livres de sagesse (yeurk) mystico-spirituels (gni), mais cette fois sous forme de poésie (argh), avec Le Prophète de Khalil Gibran. Tout pour me plaire, a priori, hein ? Mais le pire, messieurs dames, c’est que ça m’a plu ! Honnêtement, c’est très beau. Je l’ai lu parce qu’une patiente m’avait suggéré de le faire, et que c’était court, et que après tout pourquoi pas, et je ne le regrette en rien. C’est effectivement une grande œuvre, qui contient des passages de toute beauté. Faudra probablement que je le relise dans de meilleures conditions…

 

Petit bouquin encore, mais dans un genre bien différent, avec les Souvenirs de la cour d’assises d’André Gide, où l’auteur rapporté son expérience de juré. Évidemment, tout cela date d’il y a un siècle environ, et d’une époque où la peine de mort existait, mais, pour le reste, ce petit livre reste d’une actualité troublante. Son épilogue, notamment, vaut le détour, et le regard que pose Gide sur la justice, son métier, et le rôle des jurés ne manque pas de pertinence.

 

On reste toujours et encore dans les petits bouquins (oui, je m’en étais fait un petit stock) avec Gilgamesh, dans l’adaptation de Léo Scheer (c’est-à-dire une version « grand public », et non « savante »). « Le premier roman de l’histoire », nous dit-on. On pourrait en débattre… Quoi qu’il en soit, j’étais curieux de connaître enfin le mythe de Gilgamesh, et j’avoue en être ressorti un peu déçu. Je ne sais pas, il y manque encore quelque chose, qui n’apparaîtra semble-t-il que chez les Grecs, mais que je serais bien incapable de définir… Enfin, je n’ai pas perdu mon temps, hein, et je mourrai un peu moins bête, mais ça ne m’a pas passionné…

 

Tiens, on parlait tout à l’heure de Robert Heinlein. Eh bien j’ai lu son juvenile Le Vagabond de l’espace (Dieu que ce titre français est plat, comparé à l’original : Have Space Suit, Will Travel !)… et j’en ai été terriblement déçu. Rien à voir avec l’excellent Citoyen de la galaxie ; mais sans doute Heinlein vise-t-il ici un public plus jeune, et peut-être la traduction y est-elle pour quelque chose ; quoi qu’il en soit, je trouve que ça a fort mal vieilli, et ne présente plus guère d’intérêt aujourd’hui…

 

 

Ah. Ça y est. On y arrive. Yama Loka Terminus, de Léo Henry & Jacques Mucchielli. Voyez-vous, tout est de leur faute. J’avais rédigé une chronique de Yama Loka Terminus, mais je l’ai trouvée tellement mauvaise, tellement ridicule, que j’ai préféré jeter l’éponge et arrêter de chroniquer, parce que je ne m’en sentais plus capable (enfin, c’était la phase 1 ; pour la phase 2, voir plus bas). Et je ne vais bien évidemment pas la reprendre aujourd’hui, mon texte – je l’ai toujours – ne s’étant bien évidemment pas bonifié avec le temps. Alors je me contenterai de vous dire qu’il s’agit là d’un excellent recueil de nouvelles, qui m’a tout simplement foutu sur le cul. Et je ne dis pas ça parce que les auteurs sont des gens charmants. Je dis ça parce que c’est vrai. Ce recueil est tellement bon que… ben… que même aujourd’hui je ne sais pas quoi en dire. À part : lisez-le.

 

Dans la catégorie « gros lourd qui tâche et qui n’est pas facile à chroniquer », La Forêt des mythagos. L’intégrale de Robert Holdstock se pose un peu là, aussi. Commençons par le commencement, c’est-à-dire L’intégrale 1/2 : en posant les choses clairement, La Forêt des mythagos au sens strict est un authentique chef-d’œuvre, une merveille de finesse et d’intelligence, au style sans faille ; lisez-moi cette merveille tout de suite. TOUT DE SUITE ! Pour le reste, c’est un peu différent : Lavondyss, ainsi, commence remarquablement bien, et, pendant longtemps, je trouve qu’il vaut bien le premier tome, voire qu’il lui est supérieur ; hélas, à mon sens, le roman s’éternise un peu trop, et part franchement trop en couille sur le tard… Par contre, la novella « La Femme des neiges » a un format idéal, et est de toute beauté. Passons à L’intégrale 2/2 : Le Passe-broussailles est un roman très correct, étonnant mais efficace, quoique peut-être un peu trop long là encore. Quant à La Porte d’ivoire, je ne peux pas encore vous le dire, puisque je ne l’ai pas encore lue [j’éditerai cette notule le moment venu]… EDIT : Ben c'était très bon !

 

On passe à quelque chose de bien plus léger avec Éric Holstein et ses Petits Arrangements avec l’éternité, amusante variation sur le vampirisme, gouailleuse et fantasque, argotique sans que jamais cela ne sonne faux (merci mon Dieu), et finalement plus inventive qu’il n’y paraît au premier abord. Ça se lit tout seul, et c’est très bien comme ça. À suivre, moi j’dis.

 

Puis l’on poursuit l’intégrale des œuvres de Robert E. Howard avec Bran Mak Morn. L’intégrale, rassemblant les récits « pictes » et du « petit peuple » du papa de Conan. En ce qui me concerne, il s’agit là d’un des meilleurs volumes de Howard publiés chez Bragelonne, bien plus intéressant que le précédent Seigneur de Samarcande. Il contient notamment une superbe nouvelle de fantasy, « Les Vers de la terre », et une autre très fameuse, « Les Rois de la nuit », qui convoque également le roi Kull. J’attends déjà le prochain volume avec impatience…

 

Retour à un de mes auteurs fétiches, ensuite, avec Joris-Karl Huysmans, dont j’ai lu (ou, en fait, relu, mais voyez plutôt…) deux petits ouvrages. Commençons par Gilles de Rais. La Magie en Poitou, suivi de deux documents inédits : n’achetez pas cette chose, c’est une escroquerie pure et simple. Il s’agit d’une simple reprise des passages « biographiques » du génial Là-bas… expurgés de tout ce qui pouvait avoir une dimension érotique ou trop violente ! Lisez Là-bas plutôt que cette brochure censurée totalement dénuée d’intérêt. J’ai ensuite lu Sac au dos, suivi de À vau l’eau, ce qui nous ramène cette fois à la veine naturaliste de l’auteur ; ou, plus exactement, j’ai lu « Sac au dos »… puisque j’avais déjà lu (et adoré) « À vau l’eau », superbe récit naturaliste d’un homme qui passe son ennui dans des restaurants tous plus désolants les uns que les autres… Mais « Sac au dos », donc ; joli récit – passablement autobiographique, ai-je cru comprendre – sur la débilité profonde de la guerre et la désorganisation totale de l’armée française lors de celle de 1870 : ça se lit tout seul, c’est beau comme… comme du Huysmans, et c’est très bien comme ça. Tout ça m’a donné envie de m’y remettre, tiens. Du coup, je me suis payé En rade. On verra bien ce que ça donnera.

 

On reste dans les tout petit bouquins (tout un stock, vous dis-je !) avec Sleepy Hollow. La légende du Cavalier sans tête de Washington Irving. On est là à des années-lumières du film de Burton et de ses ambiances à la Mario Bava. Le texte d’Irving est en fait une parodie très légère, dans laquelle l’ambiance est censée susciter le sentiment du fantastique mais n’y parvient pas (du moins en français), sans que le fantastique à proprement parler n’intervienne jamais. Une grosse déception en ce qui me concerne.

 

Par contre, dans les classiques du fantastique, je ne saurais trop vous recommander, postérieur d’un peu moins d’un siècle, Le Tour d’écrou d’Henry James. Là, on a une superbe ghost story paranoïaque, dans une magnifique ambiance victorienne. Très efficace, et étrangement flippant encore aujourd’hui. Par contre – et « on » m’a confirmé qu’il n’y avait là aucune étrangeté –, durant toute ma lecture, j’avais les images du film d’Alejandro Amenabar Les Autres qui défilaient dans ma tête. Ambiance…

 

 

Ah. Phase 2. Michel Jeury, Soleil chaud poisson des profondeurs. Après Yama Loka Terminus (voir plus haut), c’est celui-là qui m’a fait arrêter le blog. Tout simplement parce que, arrivé à la dernière page, et même si je savais que j’avais trouvé ça « pas mal », je ne savais absolument pas quoi en dire. Syndrome de la page blanche. Radical. D’où arrêt immédiat et prolongé. Deux à la suite, c’était mauvais signe. Aujourd’hui, trop de temps a passé pour que je sache davantage quoi en dire, hélas… Mais Le Temps incertain a rejoint mon étagère de chevet, on verra bien ce qu’il en sera de celui-ci (j’espère ne pas faire de blocage, cette fois…).

 

Passons à Daniel Keyes, avec Les Mille et Une Guerres de Billy Milligan, « suite » (que l’on n’espérait pas) du fabuleux Les Mille et Une Vies de Billy Milligan. Cette fois, on s’intéresse surtout au parcours de Billy dans le système carcéral américain (enfin, mi-psychiatrique, mi-carcéral) ; pas inintéressant, mais franchement pas indispensable, à la différence du « premier tome »

 

Re-petit bouquin avec Marouflages de Sylvie Lainé. Où celle-ci confirme bien qu’elle est une des meilleures nouvellistes SF eud’ chez nous ; cependant, je dois avouer avoir trouvé ce petit volume un cran inférieur aux précédents… Mais bon, rien de grave.

 

… Et là, je triche un peu, puisque je rajoute dans la liste un bouquin que je n’ai pas vraiment terminé, mais que je feuillette de temps à autre, quand j’en ai le courage : SF : la science mène l’enquête de Roland Lehoucq, compilation des articles de vulgarisation scientifique du susdit dans Bifrost. Le problème, c’est que, ça a beau être de la vulgarisation, trois fois sur quatre, j’y panne rien de rien… Mais le reste est intéressant… Et je sens que si je faisais l’effort de faire un peu chauffer mes neurones, je pourrais réduire la proportion à une fois sur deux. Pour le reste, je n’ai tout simplement pas le bagage : pas pour rien si j’ai arrêté les sciences dès la première, hein…

 

On passe maintenant à Roi du matin, reine du jour de Ian McDonald, un bouquin dont j’avais entendu dire le plus grand bien. À m’en tenir au début, je comprends pourquoi : c’est effectivement excellent. Puis ça part méchamment en couille… et beaucoup trop à mon goût. Sur le tard, j’ai même trouvé ça plutôt chiant. Bien écrit, oui, mais plutôt chiant quand même. Dommage…

 

Après l’excellent Quinzinzinzili, je suis retourné à l’excellent Régis Messac avec Valcrétin. Disons-le tout net, c’est un bon cran en-dessous, voire deux. Mais ça se lit quand même avec plaisir, cette farce caustique au cynisme destructeur. En attendant, là, je suis en pleine lecture de La Cité des asphyxiés, et je vous en dirai bientôt des nouvelles…

 

Retour aux petits bouquins mais aux grands auteurs avec Dojoji et autres nouvelles de Yukio Mishima. C’est évidemment très très bon, avec une préférence particulière pour la terrible « Patriotisme » (gulp !), et la plus sardonique « Les Sept Ponts » (les deux autres nouvelles étant un cran en-dessous à mes yeux). Il faudra vraiment que je me remette à Mishima un de ces jours.

 

En attendant, un petit peu de science-fiction tout de même, avec Nuigrave de Lorris Murail. Je ne serais pas aussi dithyrambique que d’aucuns ont pu l’être sur cette parution d’Ailleurs et Demain, mais il faut reconnaître que c’était pas mal du tout. Un page-turner efficace, avec une certaine causticité dans le ton qui passe pour le mieux. Sympathique, en somme.

 

Et puis, bien sûr, il y a Jérôme Noirez. C’est vrai que c’est bien, ce qu’il fait, ce jeune homme. En témoigne notamment Le Diapason des mots et des misères, recueil de nouvelles tout ce qu’il y a de fréquentable. C’est parfois un peu inégal, certes (mais comme tout recueil ou presque, j’aurais envie de dire), mais dans l’ensemble, c’est de la fort belle ouvrage. Chapeau bas, m’sieur Noirez.

 

… Ah. Oui. Là, il va falloir que je m’explique. Bon, c’est vrai, je le reconnais, j’avoue, je le confesse, mea culpa, mea maxima culpa, j’ai lu du Amélie Nothomb. Pour voir. Pour savoir ce que c’était, avant d’en dire du mal. Parce qu’un patient (écrivain, nous disait-il, mais avec des goûts littéraires un peu de chiottard, faut quand même dire ce qui est) me la recommandait malgré tout. Parce que c’était trèèèèèèèèèès court. Et parce que, après tout, je n’avais rien à perdre, si ce n’est un peu de temps, et du temps à perdre, à ce moment-là, j’en avais plein. J’ai donc lu du Amélie Nothomb. J’ai commencé par Cosmétique de l’ennemi… qui est une vraie merde. Très franchement, si ce n’était pas Madame qui avait signé la chose, aucun éditeur n’aurait voulu de ce torchon, évoquant une sorte de croisement bâtard et médiocrement théâtral entre du sous-Duras et du sous-Palahniuk. Ri-di-cule. Après quoi – deuxième chance – j’ai lu Journal d’Hirondelle ; bon, c’était moins pire, mais quand même totalement dénué d’intérêt, et là encore avec de fâcheux airs de sous-Palahniuk. Moi, ce patient, en échange, je lui ai fait lire Evenson, Pynchon et Vonnegut, qu’il ne connaissait ni d’Ève, ni d’Adam. Ben je soutiens que c’est mieux, na.

 

Mais, tiens, en parlant de Chuck Palahniuk, j’ai justement lu Le Festival de la couille et autres histoires vraies. Ne pas se fier à ce titre français racoleur (l’original est plus sobre : Stranger Than Fiction), ce bouquin-là vaut mieux que ça ; ce recueil de chroniques déviantes est étonnant et réjouissant, et tout à fait passionnant. Si l’on excepte le récit-titre, toute la première partie ou presque est à proprement parler fascinante : le récit sur les lutteurs est incroyablement émouvant, celui sur les bâtisseurs de châteaux et celui sur les combats de moissonneuses-batteuses sont réjouissants au possible, celui sur les stéroïdes marque durablement… Si la deuxième partie, consacrée aux interviews, est moins intéressante, la troisième, essentiellement centrée sur le ressenti de Palahniuk face au succès de Fight Club (et notamment du film) est également tout à fait passionnante. Un bouquin surprenant, mais qui vaut franchement le détour.

 

Un peu de copinage, maintenant, avec un bouquin publié à l’origine en micro-édition chez les potos des Éditions Personnelles, mais qui, ai-je cru comprendre, a été réédité depuis (peut-être pas évident à se procurer, quand même…) : Mort et vie des 26 maréchaux d’Empire, une aventure hystérique, écrit et (joliment) illustré par Stéphane Pêtre. Tout est dans le titre… ou presque. Disons qu’ici on ne fait pas exactement dans la légende napoléonienne, mais on présente les maréchaux pour ce qu’ils étaient ; c’est-à-dire, pour la plupart, une bande de médiocres et d’arrivistes, de fouteurs de merde et d’incompétents… L’ouvrage, s’il n’est pas sans menus défauts par-ci par-là (et il contient notamment une grosse bourde de datation, récurrente qui plus est, qui m’a fait bondir à maintes reprises, groumf…), se dévore néanmoins comme un roman, est très instructif et solidement documenté, et, on l’avouera, est souvent tout bonnement hilarant en plus d’être passionnant. Une vraie réussite pour un bouquin d’histoire pas comme les autres. Chapeau (enfin, bicorne) bas, citoyen Pêtre.

 

On passe à tout autre chose avec le dernier Terry Pratchett, Monnayé, qui vient donc prolonger le très sympathique Timbré. Hélas, ce n’est pas avec la même réussite… Décidément, les derniers Pratchett ne m’ont pas convaincu ; je crois bien que je commence à saturer… Argh.

 

Bon. On re-passe à tout autre chose avec Thomas Pynchon et Vente à la criée du lot 49. Mazette ! Un Pynchon court ! Ça mérite bien des applaudissements : CLAPCLAPCLAPCLAP. Merci. Et maintenant, que voulez-vous que je vous dise ? Bien sûr que c’était excellent. Même si je crois, dans le fond, que V. m’a fait une plus forte impression sur le moment. Celui-ci, c’est avec le recul que ça s’est mis à marcher vraiment bien. Mais alors vraiment très très bien…

 

Pour la peine, on peut bien s’accorder un peu de sous-littérature de genre avec Kristine Kathryn Rusch et son Extrêmes (« Les Experts-récupérateurs », 2… et le dernier à être traduit de par chez nous, hélas, puisque la série a fait un four…). Polar-SF, comme le premier, mais là où ce dernier séduisait par son côté ethno-SF à la Le Guin, celui-ci joue davantage la carte du thriller. Perso, ça me parle beaucoup moins, mais faut avouer que c’est efficace. Une bonne littérature de divertissement.

 

Tout le contraire, par exemple, de La Nef des fous de Richard Paul Russo, roman dont j’avais entendu dire le plus grand bien, que j’avais entendu qualifier d’excellentissime space opera, et qui s’est révélé à la lecture être une vilaine baudruche écrite avec les pieds. Chiant comme la pluie et totalement dénué du moindre intérêt. Passez votre chemin, braves gens.

 

Par contre, dans un genre qui n’a absolument, mais alors absolument rien à voir, vous pouvez vous attarder sur Firmin. Autobiographie d’un grignoteur de livres de Sam Savage, ou l’histoire à la première personne d’un rat plus bibliophile que bibliophage. Très mignon. J’ai été appâté par les pubs dans le métro parisien (rhaaaaaa, la pub, c’est le maaaaaaaaaal), mais pour une fois je ne le regrette pas. Une jolie découverte.

 

Tiens, en passant, une petite babiole d’une vingtaine de pages, un cadeau de libraire, qui se lit dans le métro, justement : la nouvelle de John Scalzi La Diplomatie en trois rounds. Ça se passe bien évidemment dans le même univers que Le Vieil Homme et la guerre, et c’est une fois de plus très rigolo. Moi, j’aime bien, décidément. Par contre, il va falloir se décider, là, pour l’illustrateur : ça peut pas durer…

 

On reste dans la littérature populaire, mais alors ‘ach’ment populaire, avec Kurt Steiner, et Angoisses, t. 1, un recueil de trois romans parus initialement dans les années 1950 dans la collection « Angoisse » du Fleuve Noir. Trois romans qui jouent pas mal, même si le cadre est souvent contemporain, la carte de l’horreur gothique, type Hammer ou peut-être plus encore Mario Bava en grande forme, avec pas mal de réussite je trouve. Bon, c’est du roman de gare, hein. Mais du bon. Enfin, moi, j’aime bien. Du coup, je me suis lancé dans le tome 2, et je vous en causerai prochainement.

 

Avec Jennifer Morgue, on retrouve l’univers délirant mis en place par Charles Stross dans Le Bureau des atrocités, versant carrément James Bond, cette fois. C’est sympa, mais j’ai quand même beaucoup moins aimé, personnellement…

 

Une autre déception « relative », Il est difficile d’être un dieu, d’Arkadi et Boris Strougatski. J’attendais beaucoup des deux auteurs russes, dont je n’avais rien lu jusqu’alors, et j’avoue avoir été un peu déconcerté par le ton de cet ouvrage et son style étrangement baroque. Ce n’était pas mal, mais pas tout à fait non plus ce à quoi je m’attendais, et… bref. J’ai été un peu déçu. On verra bien ce qu’il en sera très bientôt pour les prochaines sorties en Lunes d’encre, et notamment Stalker.

 

Un autre cadeau de libraire, maintenant, Les Trésors de la Rivière Blanche, petit recueil de nouvelles écrites par des auteurs de la maison ; j’en avais déjà lu quelques-unes (parmi les meilleures, d’ailleurs – celles de Thomas Geha, de Sylvie Miller & Philippe Ward, celle, véritablement excellente, de Bruno B. Bordier), j’en ai lu d’autres avec joie ; en fait, il n’y a que pour les papys de la SF que j’ai fait un blocage : non, là, décidément, je peux pas… Mais sinon, c’était une initiative tout ce qu’il y a de sympathique, et, si l’on excepte trois ou quatre brontosaures, ça se lit avec beaucoup de plaisir.

 

Tiens, en parlant de « SF à papy », un peu, mais de très très bonne, j’ai lu Planète géante. L’intégrale de Jack Vance. Ben, mine de rien, c’est du très très bon Vance, ça ! Les histoires sont même moins nulles que d’habitude, les personnages moins falots, le style moins fade, et l’univers toujours aussi merveilleusement riche : que demande le peuple ? J’ai même été surpris par la tonalité tragique du premier volet… et ai été très bon public devant le burlesque du deuxième. À ranger illico parmi les meilleures pièces de Maître Jack, aucun doute à cet égard.

 

On reste dans la littérature populaire – ouep, j’en ai lu pas mal aussi, je voulais pas trop me flinguer le cerveau ces derniers mois – avec Julia Verlanger et le troisième tome de son intégrale, intitulé Dans les mondes barbares. Quatre romans, quatre planet operas, situés sur des mondes relativement archaïques, et qui, ma foi, se lisent plutôt bien. J’accorderais pour ma part une mention spéciale au dernier, D’un lieu lointain nommé Soltrois, qui se lit vraiment très bien. Ce troisième tome, sans égaler le premier – le très bon post-apocalyptique La Terre sauvage – me paraît bien supérieur au deuxième – le space op’ Récits de la grande explosion. Et, une fois de plus, on est là devant de la littérature populaire dans ce que cette expression a de plus noble.

 

Passons à Utopiales 09, l’anthologie du festival, dirigée par Jérôme Vincent. Une antho relativement correcte avec du bon et du moins bon, du très bon (la préface d’Ugo Bellagamba) et du très mauvais (l’insipide, euh, « nouvelle » ? de Bordage). Ça se lit, sans laisser un bien grand souvenir.

 

Toujours chez ActuSF, c’est un peu la même chose, hélas, pour 69, l’anthologie de SF érotique (dans un nouveau format, tiens ?) dirigée par Charlotte Volper. Pour ce qui est des textes vraiment réussis, je ne retiens – sans surprise… – que Mélanie Fazi et Sylvie Lainé (là, rien à redire, c’est du haut vol). On trouve après des choses correctes (Beauverger, Bétruger, Wintrebert), d’autres au mieux douteuses (Berthelot, Gudule), le reste étant sans intérêt, voire carrément nul. Dommage…

 

Retour aux petits bouquins – et aux classiques – avec H.G. Wells et Un rêve d’Armageddon, précédé de La Porte dans le mur. « La Porte dans le mur » est une assez jolie, encore qu’un peu lourde, allégorie sur le bonheur, qui passe plutôt bien. « Un rêve d’Armageddon » joue dans un registre similaire, et c'est une fable sur la responsabilité ; je l’ai trouvée pour ma part moins percutante. Je ne dirais pas qu’il s’agit là de très grand Wells…

 

J’achève enfin (ouf) sur Joëlle Wintrebert et Le Créateur chimérique. Et là… énooooooooooooorme déception. Ce bouquin, pourtant récompensé en son temps et dont je n’avais entendu dire que du bien, s’est révélé chiant comme la pluie. À mourir d’ennui. Heureusement que j’ai connu la dame par d’autres textes ; qui commencerait par celui-ci risquerait de s’en faire une bien piètre image…

 

 Sur ce, chers amis, je vous laisse pour quelque temps : je dois chroniquer des choses pour ailleurs qu’ici. Mais je reviens dès que possible. Salut et fraternité.

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Pub copinage : "Dimension Russie", de Viktoriya et Patrice Lajoye (éd.)

Publié le par Nébal

Dimension-Russie.jpg

 

LAJOYE (Viktoriya & Patrice) (éd.), Dimension Russie, avant-propos de Vladimir Pokrovski, Encino, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche – Fusée, 2010, 282 p.

 

Ayant participé ne serait-ce qu’un chouia à la chose, je ne peux pas décemment en faire une chronique.

 

 Aussi me contenterais-je de cette pub copinage : lisez Dimension Russie, c’est une anthologie qu’elle est vach’ment bien.

 

Et vos commentaires sont bien évidemment les bienvenus.

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"Bifrost", n° 56

Publié le par Nébal

Bifrost 56

 

Bifrost, n° 56, Saint Mammès, Le Bélial’, octobre 2009, 191 p.

 

Bon, ayant participé – même si ce n’est qu’un chouia – à la chose, il ne me paraît pas honnête d’en faire un compte rendu…

 

Donc je vais faire ma feignasse, et me contenter de rappeler que s’y trouve un de mes comptes rendus : La Brigade de l’Œil de Guillaume Guéraud (pp. 85-86).

 

 

 Hop.

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"La Brigade de l'OEil", de Guillaume Guéraud

Publié le par Nébal

La-Brigade-de-l-OEil.jpg

 

GUÉRAUD (Guillaume), La Brigade de l’Œil, Paris, Gallimard, coll. Folio Science-fiction [2007] 2009, 317 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 56 (pp. 85-86).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant un an.

 

 En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

  

EDIT : Hop :

  

La Brigade de l'Œil est le premier roman de science-fiction de Guillaume Guéraud, après une dizaine d'autres titres publiés aux éditions du Rouergue. Un roman qui annonce franchement la couleur, dès sa première page : l'auteur joue en effet de la carte dystopique dans ce récit (jeunesse ? malgré l’âge d’un des principaux protagonistes, et, semble-t-il, le passé de l’auteur, on est en droit d’en douter…) qui se présente d'entrée de jeu comme un hommage appuyé au Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Mais pas de pompiers pyromanes pour autant, ici : cette fois, ce ne sont pas les livres qui trinquent, bien au contraire : on lit beaucoup, dans ce roman, et l'on y révère les grands noms de la littérature.

 

Dans l'État de Rush Island, dans un futur proche, ce sont en effet les images que la Loi Bradbury (aha) interdit depuis une vingtaine d'années. Le dessin, la photo, le cinéma, la télévision ont été bannis de l'île par l'Impératrice Harmony, après sa Révolution victorieuse. La propagande l'assène : les images sont néfastes, elles mentent, elles sont l'opium du peuple (refrain connu). Une brigade spéciale a été créée pour appliquer cette loi draconienne ; ses agents, les najas aux yeux grand ouverts par les galiscopes, brûlent les documents interdits, au chalumeau ou au lance-flammes. Quant aux contrevenants – il y en a nécessairement, même après toutes ces années –, ils se voient tous appliquer une même sanction, terrible : ils sont purement et simplement aveuglés. Ils sont ainsi châtiés par où ils ont péché ; mais les écrits du philosophe officiel Kimsoon les consolent... en braille, et en lieux communs.

 

Falk est un capitaine de la Brigade de l'Œil, et un des plus brillants avatars de ces iconoclastes modernes... même s'il a bien entendu lui aussi ses faiblesses. Face à lui, le lycéen Kao, petit-fils d'un projectionniste « résistant », est un « terroriste » : un dealer d'images interdites... Le roman alterne les points de vue du chat et de la souris, jusqu'à leur inévitable confrontation finale, dans un grand incendie inéluctable...

 

Rien que de très classique, on le voit. Si l'objet de la censure change, on se retrouve bien devant un plaidoyer en faveur de la liberté sous toutes ses formes. L'hommage est appuyé, dès le postulat un tantinet absurde lorgnant vers la fable surréalisante. Mais, si le roman vibre en quelques occasions d'un amour frappant du cinéma autorisant quelques jolies scènes, il peine cependant à convaincre, et n'arrive en tout cas pas à la cheville de son illustre modèle, sans surprise. Là où la quatrième de couverture, élogieuse comme il se doit, nous promet « un roman coup de poing » par « l'un des auteurs les plus stimulants et dérangeants de sa génération » (rien que ça !), on n'a en fin de compte qu'une dystopie falote et déjà lue, saturée de clichés, et qui n'apporte rien au genre... L'hommage est un peu trop poussé, en somme. Et sans grande pertinence, ce qui est plus gênant...

 

Hélas, si la narration assez « cinématographique » n'est pas désagréable, le style est par contre à l'avenant : lapidaire, tout en répétitions, et perclus de tics parfois horripilants, il se montre au mieux fade, au pire un brin pénible.

 

Le roman n'a du coup pas grand chose pour lui ; on pourra lui concéder, outre sa brièveté relative, sa violence sèche, et, en contrepoint, quelques séquences cinéphiles plutôt réussies, parfois même émouvantes. C'est peu...

 

 Bien trop peu. On peut s'interroger, dès lors, sur l'intérêt de cette publication anodine, pas nécessairement mauvaise, mais franchement médiocre. Une fois n'est pas coutume : on préférera l'original (les originaux...) au remake...

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Déluge, de Stephen Baxter

Publié le par Nébal

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BAXTER (Stephen), Déluge, [Flood], traduit de l’anglais par Dominique Haas, Paris, Presses de la Cité, [2008] 2009, 551 p.

 

Ma chronique figurait sur le défunt site du Cafard cosmique... La revoici.

 

 

 

On a souvent dit de la science-fiction britannique qu’elle aimait jouer des thèmes catastrophistes. Stephen Baxter ne fait pas mentir le lieu commun, lui qui entame, avec son nouveau roman, un cycle dans lequel il submerge notre pauvre planète sous les flots furibonds du déluge…

 

2016. Lily, Helen, Gary et Piers, retenus en otages depuis plusieurs années par des fanatiques religieux dans une Espagne rongée par la Guerre Civile – ça crée des liens –, sont enfin libérés par le groupe AxysCorp que détient le milliardaire Nathan Lammockson. Mais le monde a bien changé en leur absence. Le dérèglement climatique suscite violentes tempêtes et pluies diluviennes qui submergent bientôt l’Angleterre, puisque le niveau des eaux est monté de plus d’un mètre… Bientôt, les otages deviennent les témoins impuissants d’une terrible inondation à Londres, mais le pire est encore à venir.

La quatrième de couverture, un brin racoleuse comme il se doit, insiste sur le thème, ô combien actuel, du réchauffement climatique, ce qui placerait Déluge dans la lignée de la désastreuse « trilogie climatique » de Kim Stanley Robinson, publiée chez le même éditeur. Heureusement pour le lecteur, ce n’est pas tout à fait vrai. Entendons-nous bien : le réchauffement climatique est ici une réalité, qui tient sa part dans les événements du roman. Pourtant, le déluge annoncé résulte d’autres causes, que l’on ne dévoilera pas ici, et se révèle pire que prévu, puisqu’il est destiné à submerger l’intégralité de la planète en quelques années à peine.

Nos quatre otages (en premier lieu Lily, la pilote et astronaute frustrée) seront ainsi les témoins privilégiés d’une catastrophe sans précédent, véritablement apocalyptique. Ici, Baxter se place assez clairement dans la lignée de J.G. Ballard (davantage celui du Vent de nulle part – les ressemblances ne manquent pas – que celui du Monde englouti). C’est ainsi que nous assistons avec eux à la montée exponentielle des flots au fil des pages, avec son cortège de morts et de réfugiés, présageant de l’extinction pure et simple de l’humanité à court terme.

Une éventualité pourtant difficile à admettre… La communauté scientifique, obnubilée par ses vieux modèles climatiques, reste longtemps aveugle et sourde devant le phénomène, en dépit des efforts de l’océanologue Thandie Jones. Mais certains se montrent plus visionnaires, ainsi le cynique milliardaire Lammockson, le protecteur des otages, qui se réfugie bien vite dans les hauteurs et entame avec d’autres un projet démiurgique de construction d’arches géantes. Mais il n’y aura pas de place pour tout le monde, évidemment, et la pitié n’est pas au programme…

Déluge ne manque pas d’atouts pour faire un bon roman apocalyptique, et constitue un page turner plus que correct. Si le style de Stephen Baxter est, comme à son habitude, au mieux médiocre et purement fonctionnel, la narration n’en reste pas moins efficace, rythmée par des chapitres brefs et denses, véritable succession de saynètes plutôt bien vue. L’auteur sait par ailleurs nous concocter de superbes images de fin du monde – Londres inondée puis submergée, la Ville en marche, l’absurde Troisième Arche, jusqu’à la disparition de l’Everest… La cruauté et la froideur du ton participent de l’efficacité du roman. Mais, en même temps, les personnages sont assez réussis – pour une fois –, complexes et humains, et résolument non manichéens, qu’il s’agisse des otages, de leur famille, ou de leurs connaissances.

Mais Déluge pèche par d’autres aspects. Comme souvent chez Baxter, le roman est sans doute un peu trop long, et aurait pu bénéficier de quelques coupes salutaires – même si ce défaut récurrent est moins flagrant ici que dans d’autres œuvres de l’auteur, car rien ou presque n’y est véritablement gratuit. En même temps, on pourra regretter que certains aspects de la catastrophe ne soient pas traités, ou trop rapidement évacués (notamment, et de manière un peu paradoxale, la dimension religieuse du phénomène), puisque tout est envisagé du seul point de vue des otages et de leurs proches. Mais il faut y ajouter une foultitude de rebondissements téléphonés et/ou grotesques – dès les premières pages, à vrai dire… –, qui relancent régulièrement l’intrigue, mais n’en restent pas moins à l’occasion un brin pénibles, et pas toujours très crédibles. Le roman se traîne ainsi avec plus ou moins de finesse et de bon goût jusqu’à une conclusion en forme de fin ouverte qui ne manque pas de grandeur, certes, mais qui ne surprendra personne. Et c’est peut-être là le problème, en définitive : si l’origine du phénomène apocalyptique est relativement originale, Déluge souffre pourtant régulièrement d’un fâcheux air de déjà-lu…

 

Au final, on se retrouve donc devant un roman pas désagréable, mais en même temps assez moyen, ou plus exactement un peu frustrant, bien loin du meilleur Stephen Baxter, celui des Vaisseaux du temps, de Temps ou encore d’Évolution. On verra bien ce qu’il en sera de la suite, Arche

 

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"Jirel de Joiry", de Catherine L. Moore

Publié le par Nébal

MOORE (Catherine L.), Jirel de Joiry, [Jirel of Joiry], traduit de l’américain par Geogres H. Gallet, introduction de Jacques Sadoul, Paris, J’ai lu, coll. Science-fiction, [1937, 1969] 1974, 244 p.

 

Je vous arrête tout de suite, bande de mauvaises langues ! Non, ce n’est pas à cause de la couverture érotomane et fantasmée de Caza que j’ai lu Jirel de Joiry. J’aurais presque envie de dire : bien au contraire… Seulement, voilà, Catherine L. Moore fait partie de ces auteurs (plus ou moins) classiques de la science-fiction que je n’avais jamais lus jusqu’à présent. Or il me semblait bien avoir lu ici ou là moult appréciations positives de son œuvre, et notamment de Shambleau et de Jirel de Joiry, de même que de ses collaborations avec son époux Henry Kuttner, généralement sous le pseudonyme commun de Lewis Padgett, si je ne m’abuse.

 

Aussi, quand je suis tombé par hasard sur cet ouvrage sur un étal de bouquiniste, je me suis laissé tenter, alléché par une quatrième de couverture qui semblait promettre un mélange audacieux de sword’n’sorcery à l’ancienne (pionnière, même : les nouvelles sont publiées entre 1934 et 1939, et Catherine L. Moore n’a alors pas 30 ans…) et d’une touche de science-fiction typiquement pulp, publiée à ce que j’ai cru comprendre à l’origine dans Weird Tales, comme bien des choses que j’aime – Lovecraft, bien sûr, mais aussi et surtout, plus comparable, Howard, qui avait livré peu de temps auparavant ses aventures de Conan dans la célèbre revue. Le genre de bouquins, probablement, que l’on lit en posant son cerveau, ce qui fait du bien, des fois. Enfin, là, j’en ressentais le besoin.

 

Jirel de Joiry est un recueil, composé de six nouvelles, dont la dernière écrite en collaboration par Catherine L. Moore et son futur époux Henry Kuttner (donc). L’action se déroule dans un Moyen Âge français plus qu’approximatif : la dernière nouvelle (p. 213) évoque l’année 1500, mais l’éditeur a préféré parler de 900, ce qui semble effectivement plus logique… quand bien même le cadre n’est que de peu d’importance, l’auteur ne s’y arrêtant pas un seul instant ou presque : la plupart des aventures plongent en effet rapidement l’héroïne dans des sortes de mondes parallèles…

 

Jirel, la Dame de Joiry, est une authentique amazone : guerrière farouche aux colères épiques, elle gère son fief avec une poigne de fer, et malheur à ceux qui lui chercheraient des noises ; la belle Jirel est un véritable garçon manqué (plus qu’une féministe anachronique), bien éloignée des clichés courtois. Elle est même sacrément bourrine, passablement cruelle, et finalement assez peu attachante… une anti-héroïne, en somme, sorte de Conan au féminin, en moins réussie et sympathique.

 

Et elle se retrouve maintes fois confrontée à l’étrange et à la magie. Dans « Le Baiser du Dieu noir » (pp. 7-43), ainsi, alors que Joiry vient de succomber aux assauts du Sire Guillaume, elle se rend dans un inquiétant monde souterrain pour trouver une arme à même de satisfaire son besoin irrépressible de vengeance. C’est pas mal, sans plus (et encore…), et un peu longuet…

 

Et, hélas, ça ne s’arrangera guère par la suite : le recueil, autant le dire d'emblée, est incroyablement répétitif et verbeux…

 

En témoigne immédiatement la deuxième nouvelle, « L’Ombre du Dieu noir » (pp. 45-77), qui suit immédiatement la première… et se contente largement de la répéter, sur un mode inversé (Jirel se rend cette fois dans l’autre monde pour lever, en quelque sorte, la malédiction qu’elle en a retirée dans la première nouvelle…). « Souvent femme varie », comme disait un barbu ; mais à ce point, quand même… Bon, peu importe. Le vrai problème, c’est que l’on vient de lire tout ça, et que l’on s’ennuie à mourir.

 

Le niveau stagne avec « Le Ténébreux pays » (pp. 79-114), où Jirel, à nouveau plongée dans un étrange monde parallèle – un poil plus intéressant peut-être –, doit faire face à un courtisan vraiment très très amoureux, et vraiment très très puissant. Même schéma ou peu s’en faut que dans les deux nouvelles précédentes, et même tendance à l’inflation et à la répétition, bref : au tirage à la ligne.

 

Un constat qui s’applique assez largement à « Hellsgarde » (pp. 115-159), même si la trame change un peu, cette fois, sans grande originalité cela dit : Jirel se rend dans un château hanté en quête d’un mystérieux trésor… Mouais. Quelques ambiances correctes ici ou là, mais, dans l’ensemble, * baille *.

 

Retour au premier schéma (* ronfle *) avec « Jirel contre la magie » (pp. 161-204) : une vengeance à accomplir dans un monde parallèle… Quelques jolis moments, allez, mais, bon : on s’ennuie ferme…

 

« La Quête de la Pierre-étoile », la dernière nouvelle, enfin (…), co-écrite avec Henry Kuttner, est une sorte de crossover : Jirel y croise la route de Northwest Smith, le héros de Shambleau, ici manipulé par un sorcier qui entend s’emparer d’un artefact possédé par la guerrière rousse. Un mélange de fantasy assez moyenne – et horriblement répétitive… – et de SF à la papy, avec héros insupportable à l’avenant, sans grand intérêt.

Bref : à la différence des récits de Robert E. Howard auxquels elles ne manquent pas de faire penser, les aventures de Jirel de Joiry font partie de ces classiques (?) mineurs qui se sont pris un sacré coup de vieux. Les intrigues simplistes et ennuyeuses, le manque de caractérisation des personnages – seule Jirel ressort, mais elle est affreusement basique –, le côté routinier des nouvelles ainsi accolées (ce qui en rajoute une couche), et, last but not least, le style porté sur l’inflation et la répétition, sont autant d’éléments qui, malgré (ou à cause de ?) son caractère pionnier, rendent ce recueil à peu de choses près illisible aujourd’hui. On le laissera donc prendre la poussière sur les étagères des bouquinistes. Et je crains de faire également l’impasse sur Shambleau, si l’on doit y retrouver les mêmes défauts…

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"Retour sur l'horizon", de Serge Lehman (éd.)

Publié le par Nébal

LEHMAN (Serge) (éd.), Retour sur l’horizon. Quinze grands récits de science-fiction, Paris, Denoël, coll. Lunes d’encre, 2009, 575 p.

 

Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Lunes d’encre (etlascience-fictionfrançaisesionveut), joyeux anniversaire ! Dix ans et encore toutes ses dents (‘fin je crois) pour la meilleure collection grand format dédiée au genre, à mes yeux en tous cas. Un beau chemin parcouru, dont on espère qu’il se prolongera encore longtemps. Et cent ans (mais si on veut), pour la science-fiction française. Pour fêter ce double anniversaire, Serge Lehman a donc réalisé, sous un titre abominablement REACTIONNAIRE, une anthologie attendue comme le messie (et au tournant aussi, donc), où les nouvelles plumes côtoient Grands Anciens et auteurs installés. Un beau gâteau, que l’on s’empressera de dévorer (comme diraient les journalistes).

 

Après une intéressante « Préface » de Serge Lehman (pp. 9-23 ; pas de quoi crier au scandale en ce qui me concerne, en tout cas… mais sans doute suis-je passé à côté de l’essentiel, con de moi), on attaque immédiatement les choses sérieuses (enfin, ce qui m’intéresse le plus) avec Fabrice Colin, « Ce qui reste du réel », suivi de (hum) Emmanuel Werner, « Effondrement partiel d’un univers en deux jours » (pp. 25-50). Une lettre du premier, expliquant pourquoi il ne livrera pas de nouvelle (hum), suivie d’une nouvelle du second (hum), au titre éminemment dickien (voyez par exemple ici). Et dans ces deux textes en miroir, Fabrice K. Dick et Horselover Werner, en partant d’un androïde du maître en personne, rendent un bel hommage au génial auteur d’Ubik et autres chefs-d’œuvre, en usant de ses thèmes comme de ses procédés. Une belle entrée en matière.

 

Après quoi, Eric Holstein, avec « Tertiaire » (pp. 51-87), livre une nouvelle de SF satirique assez jubilatoire. Ça n’est sans doute pas bien original (on pense beaucoup à Planète à gogos, un peu à American Psycho, voire – mais là j’abuse probablement – aux Joueurs de Titan de Philip K. Dick), mais c’est très sympathique, plutôt bien écrit, et ça donne envie, dans un genre très différent, de s’attaquer au premier roman de l’auteur, Petits Arrangements avec l’éternité, tout juste publié chez Mnémos. Je vous tiens au jus.

 

Catherine Dufour, avec « Une fatwa de mousse de tramway » (pp. 89-109), prolonge pas mal les thématiques de la nouvelle précédente. Comme d’habitude, c’est très bien écrit et efficace, pertinent aussi, assez drôle également (dans un registre aigre-doux), mais peut-être un peu court, et donc frustrant…

 

On passe à tout autre chose avec Jean-Claude Dunyach et « Les Fleurs de Troie » (pp. 111-177), seul véritable space opera de l’anthologie, où l’on va prospecter dans la ceinture d’astéroïdes. Une bonne novella, bien ficelée et riche de sense of wonder, mais peut-être un brin déséquilibrée (et/ ou trop dense ?).

 

Je ne pourrais guère m’étendre, par contre, sur le premier texte de Maheva Stephan-Bugni, « Pirate » (pp. 179-198), tout simplement parce que je n’y ai rien panné, con de moi. L’ambiance kafkaïenne avait pourtant tout pour me plaire, mais, non, décidément, je suis passé totalement à côté de ce texte (peut-être un peu trop pouétique pour mes yeux de béotien). Désolé…

 

On revient à quelque chose de plus simple et efficace, pour ne pas dire bourrin, avec « Trois Singes » de Laurent Kloetzer (pp. 199-234), un techno-thriller à base d’arme ultime très bien conçu et palpitant de la première à la dernière ligne. Généralement, ce genre ne m’attire pas vraiment, mais là ça a très bien marché. Une réussite.

 

Suit en ce qui me concerne le premier grand moment de l’anthologie avec l’excellente « Lumière Noire » de Thomas Day (pp. 235-314), un très bon récit post-apocalyptique, post-cyberpunk, post-singularité, post-humain et post-ce que vous voulez. Ce road trip entre Canada et Etats-Unis ravagés est tout d’abord très efficace (sans être très original), mais s’enrichit au fil des pages jusqu’à une fin absolument superbe. Une très bonne novella.

 

On change radicalement de format et de procédés avec le Grand Ancien André Ruellan, qui livre avec « Temps mort » (pp. 315-323) une short story très rude sur la mort et la douleur, portée par une jolie plume.

 

Un nouvel auteur ou peu s’en faut, ensuite, avec Léo Henry et « Les Trois Livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais » (pp. 325-352). Cette fois, on peut bien parler de chef-d’œuvre. Cette nouvelle joliment borgesienne est un vrai petit bijou, bourré d’idées et riche en émotions. Serge Lehman, cruel dans sa présentation du texte, gage qu’un « jour, Les trois livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais figurera dans tous les manuels de littérature française ». Coup bas. Cette petite merveille mérite infiniment mieux que ça. Le point d’orgue du recueil à mes yeux. Et de quoi me donner envie de m’atteler enfin à Yama Loka terminus, co-écrit avec Jacques Mucchielli. Là encore, je vous tiens au jus.

 

Suit Daylon, avec « Penchés sur le berceau des géants » (pp. 353-394), et ses étranges entités en orbite. Un texte intéressant, qui n’a pas été sans m’évoquer Ballard ; le style, par contre, m’a semblé osciller entre très bon et un brin pénible à l’occasion, en raison de tics d’écriture parfois lassants. Cela dit, ça reste pas mal du tout : Daylon n’est donc pas qu’un bon illustrateur, il est également capable de livrer de bonnes nouvelles. À suivre.

 

Retour aux Grands Anciens avec Philippe Curval et son « Dragonmarx » (pp. 395-445). Où l’on se plonge dans une Europe de l’Est magico-marxiste. Un texte totalement délirant et grotesque (dans tous les sens du terme). Ça pourrait être intéressant et/ou drôle, ça l’est à l’occasion, mais ça m’a surtout paru bien lourd… Pas accroché. Tant pis, on passe.

 

À Jérôme Noirez, avec « Terre de fraye » (pp. 447-525). Bloop ! (C’était pas un projet à quatre mains avec Catherine Dufour, ça, à l’origine ?) Au programme, surf, alcool, et partouzes extraterrestres semi-lovecraftiennes. Sans doute à cause du surf, ça m’a un peu fait penser à Rudy Rucker. En tout cas, c’est bien, c’est (très) drôle, c’est (très) riche, c’est bien écrit. Du Noirez, quoi. Mais peut-être un chouia trop long ?

 

David Calvo, lui, fait dans le très court avec « Je vous prends tous un par un » (pp. 527-537). Mouais… Pas vraiment accroché là non plus. C’est cinglant, certes, mais… humf… Non, une fois de plus, je suis passé largement à côté. Tant pis.

 

Et l’anthologie de s’achever avec Xavier Mauméjean et son « Hilbert Hôtel » (pp. 539-567) infini, une très bonne nouvelle très kafkaïenne (oui, une fois de plus). La meilleure des conclusions.

Au final, Retour sur l’horizon est bien une très bonne anthologie, variée, riche et tout à fait convaincante. Mais peut-être pas l’excellentissime anthologie que l’on était en droit d’attendre (et que moi j’attendais, en tout cas, mais c’est parce que je suis un grand naïf) : les textes sont pour la plupart bons à très bons, et c’est déjà beaucoup, mais seuls deux ou trois m’ont semblé véritablement excellents. Dommage ? Bof. J’avais sans doute les yeux plus gros que le ventre (déjà bien proéminent pourtant). Allez, ne boudons pas notre plaisir : c’était très bien, tout ça. Merci, M. Lehman, et merci, M. Dumay. Tous en chœur : joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Lunes d’encre, joyeux anniversaire ! Et tous mes vœux de bonheur pour la suite.

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