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Articles avec #nebal lit des bons bouquins tag

"Singulier Pluriel", de Lucas Moreno

Publié le par Nébal

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MORENO (Lucas), Singulier Pluriel, Vevey, Hélice Hélas, 2012, 227 p.

  

Après Vincent Gessler et Laurence Suhner (entre autres : je n’évoque ici que ceux qui ont écumé récemment ces pages interlopes), voilà-t-y pas que Lucas Moreno rejoint à son tour le Complot Suisse pour la Domination de la SF Francophone. Lucas Moreno, on s’en souvient notamment pour feu Utopod. Mais il a également commis quelques nouvelles ces dernières années, compilées dans le présent recueil publié par un éditeur au nom chelou. J’en avais pour ma part déjà lu trois, l’une dans Dimension Suisse et les deux autres dans Bifrost, et, ma foi, c’était plutôt convaincant. De là à lire ce court (très court, en fait) volume, il n’y avait qu’un pas, vite franchi.

 

Adonc. Singulier Pluriel, le premier livre de l’auteur, comprend neuf des dix nouvelles qu’il a publiées à ce jour. Ce qui peut faire un peu peur : on peut en effet craindre que tout cela flirte un peu trop avec l’amateurisme, certes rafraîchissant et enthousiaste, mais bon, quand même ; un recueil, c’est (ou cela devrait être) plus que la somme des nouvelles qui le composent, il ne suffit pas d’atteindre un certain quota pour que le recueil puisse sortir. Et, en effet, Singulier Pluriel, recueil le cul entre deux chaises, donne davantage une impression un brin fâcheuse de dispersion plutôt que celle, louable, de l’éclectisme. Ce qui se traduit dans les faits par deux parties : la première, comprenant cinq nouvelles, fait dans le fantastique et l’horreur (grosso merdo) ; la seconde, avec quatre nouvelles (dont les trois que je connaissais déjà…), est résolument SF, et, à mon sens, plus convaincante.

 

Commençons donc par les nouvelles « fantastiques ». Ça commence plutôt bien avec « Singulier Pluriel » (donc), nouvelle sur un étrange voisinage qui n’est pas sans évoquer Rosemary’s Baby mâtiné de Society. « Le Meilleur’ Ville dou monde », qui suit immédiatement, témoigne d’obsessions assez similaires, et fonctionne également plutôt bien. La plume de Lucas Moreno est assez agréable, sait éviter les lourdeurs et maladresses si communes aux débutants, les personnages sont bons, l’ambiance aussi. Rien de transcendant, n’exagérons rien, mais ça se lit bien. Mieux, sans doute, que « Shacham », dont le préambule fait un peu peur, même si la suite est plus intéressante (le cadre himalayen y est pour beaucoup). « Dellamorte Dellamore » (bah oui, comme le chouette film de Michele Soavi) est également très correcte, avec sa femme qui ne cesse de revenir d’entre les morts. Le polar fantastique « Comme au premier jour » convainc un peu moins (et sent un peu le réchauffé). Bilan de cette première partie : c’est du correct. Rien d’exceptionnel, mais, disons, moyen +.

 

La partie SF est à mon sens plus réussie. Je vous avais déjà dit tout le bien que je pensais de « L’Autre Moi » en traitant de Dimension Suisse, il me paraît donc inutile d’y revenir ici. Suit « Demain les eidolies », déjà lue dans Bifrost, et qui m’avait fait une forte impression. Cette histoire de « maïeutique de surface », avec en outre des éléments dickiens et d’autres relevant d’une science-fiction plus classique, me paraît constituer le meilleur du recueil : c’est irréprochable. « Trouver les mots », la seule des nouvelles de SF que je n’avais pas lues, est également assez séduisante : une SF sombre et désenchantée, qui m’a fait penser au Quinzinzinzili de Régis Messac (l’humour en moins). Et le recueil de se conclure sur une autre nouvelle bifrostienne avec « PV » et son jardin d’Eden truqué. L’impression globale ? Moyen ++, voire bon. Pas encore tout à fait ça, mais pas mal.

 

Au final, avec Singulier Pluriel, Lucas Moreno nous livre un court bilan de sa production passée, qui se dévore d’une traite (le livre se lit en quelques heures à peine), et séduit plus qu’à son tour. Sans jamais convaincre pleinement, certes – toujours, de temps à autre, cette impression d’amateurisme –, mais ça n’en fait pas moins une lecture dans l’ensemble plutôt recommandable, et surtout un témoignage éloquent des capacités latentes de l’auteur, que l’on qualifiera selon l’usage de prometteur. Et c’est déjà bien.

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"Zendegi", de Greg Egan

Publié le par Nébal

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EGAN (Greg), Zendegi, [Zendegi], traduit de l’anglais (Australie) par Pierre-Paul Durastanti, Saint-Mammès, Le Bélial’, [2010] 2012, 370 p.

 

Si Zendegi est le huitième roman du génial et mystérieux auteur australien Greg Egan, c’est aussi, je le confesse, le premier que j’ai l’occasion de lire. Je ne connaissais en effet jusque-là l’auteur que pour ses brillants recueils de nouvelles, déjà publiés par le Bélial’, Axiomatique, Radieux et Océanique. J’avoue avoir eu un peu peur de m’attaquer à Egan romancier : il avait en effet une réputation d’auteur hard science particulièrement velu sur la longue distance… Et là, je ne me sentais pas de le suivre. Zendegi, cependant, n’avait pas cette réputation. Et, effectivement, ce n’est pas du Egan hyper velu, mais plutôt proche de la majeure partie de ses excellentes nouvelles. Attention, cependant, citoyens : pour évoquer ce qui fait vraiment l’intérêt de ce roman, je vais devoir spoiler grave. Vous êtes prévenus…

 

Le roman commence… en 2012 (couillu !), alors que l’Iran connaît une révolution (rappelons que le roman est antérieur au « printemps arabe ») (oui, je sais très bien que l’Iran n’est pas un pays arabe, mais laissez donc ces mouches tranquille, je vous prie). Sur place, à Téhéran, Martin Seymour, journaliste australien, est aux premières loges pour assister au mouvement de contestation (qui brille par son astuce pour contourner les mesures de répression du régime).

 

Pendant ce temps, nous suivons aussi Nasim Golestani, une jeune scientifique iranienne en exil aux États-Unis, qui, tout en suivant les événements du pays natal, consacre l’essentiel de son temps à ses travaux sur le PCH (via des oizouilles), « un projet de cartographie des connexions neuronales du cerveau humain ».

 

2027. Martin Seymour est toujours en Iran, devenu démocratique, et a épousé une jeune révolutionnaire, avec laquelle il a eu un enfant. Nasim, de son côté, n’a pas résisté à la tentation, et, comme nombre d’anciens exilés, elle est retournée au pays. Elle travaille désormais sur Zendegi, une sorte de jeu de réalité virtuelle (ou plutôt un ensemble de ces jeux particulièrement immersifs). Zendegi, cependant, ne fait pas le poids face à ses concurrents les plus directs. Du moins jusqu’à ce que Nasim ressorte de ses cartons ses travaux du PCH pour les appliquer au jeu, ce qui crée des êtres virtuels d’un réalisme sans pareille… ce qui ne va pas sans susciter la controverse, voire pire ; on aborde déjà sous cet angle de passionnants questionnements d’ordre éthique, soulignés par la citation en quatrième de couv’ : « Créer un logiciel conscient incapable de prendre en main son destin est contraire à l’éthique… » Mais ce n’est là qu’un aspect du problème.

 

Spoilons comme des porcs

 

Gruik.

 

La femme de Martin Seymour meurt dans un accident de voiture, et Martin lui-même, au sortir d’une batterie d’examens, apprend qu’il n’en a plus pour longtemps. Mais il y a son fils ; et, quand bien même Martin dispose d’amis très chers désireux de venir en aide au petiot, Martin n’en considère pas moins que c’est à lui, son père, de lui fournir une éducation et une assistance. Sous la forme d’un avatar… et c’est pourquoi il contacte Nasim, et les deux se lancent dans un détournement de Zendegi.

 

Et là, ça devient vraiment très fort. Jusque-là, le roman était déjà assez intéressant, notamment dans ses aspects politiques et les premières controverses philosophiques suscitées par Zendegi et le PCH. Mais quand la « survie » de Martin entre en jeu, le roman prend une tout autre dimension, tout à fait fascinante, et qui n’a pas été sans me rappeler certaines des meilleures nouvelles de Greg Egan (rhââââââ, « Des raisons d’être heureux » !). Le roman acquiert au passage une forte dimension humaine, sincèrement émouvante, qui montre bien qu’on aurait tort de réduire la production de l’auteur australien à de la « SF d’ingénieur ».

 

Bon, maintenant, calmons-nous. Je ne vais pas crier au chef-d’œuvre : Zendegi n’en est pas un. Il est à l’occasion un peu bancal, tend à se disperser, et on peut se demander si la forme romanesque était réellement la plus appropriée pour traiter de ces sujets (une novella, peut-être ?).

 

Il n’en reste pas moins que ce roman vaut beaucoup mieux que sa réputation – je l’avais entendu/vu qualifié de « mineur » – et que les amateurs de Greg Egan auraient tort de faire l’impasse dessus. Certes, ce n’est pas le plus hard des Egan, ce qui pourrait décevoir certains fans ; mais un peu de douceur dans ce monde de brutes, ça fait du bien aussi, parfois, non ?

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"Vestiges", de Laurence Suhner

Publié le par Nébal

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SUHNER (Laurence), Vestiges, Nantes, L’Atalante, coll. La Dentelle du cygne, 2012, 575 p.

 

Vestiges est le premier roman de Laurence Suhner. Enfin… pas tout à fait. Plus exactement, Vestiges est le premier tome d’une trilogie (mais pourquoi, bordel ?), intitulée « QuanTika » (c’est quoi ce nom ?). La quatrième de couverture nous promet « un planet opera somptueux, une plongée archéologique envoûtante ». Mazette, c’est que ça doit être bien, alors.

 

Dans quelques siècles. Nous sommes sur Gemma, une planète glacée, et la plus lointaine colonie humaine. Mais ce qui singularise vraiment ladite planète, ce sont les vestiges qu’y ont laissé les « Bâtisseurs », une civilisation extraterrestre disparue (ou bien…?) ; ainsi cet immense artefact en orbite, dont on n’a jamais pu percer les secrets. Mais une équipe de scientifiques triée sur le volet met bientôt à jour, sous une épaisse couche de glace, d’autres vestiges des Bâtisseurs ; ils se lancent en secret dans l’exploration de ces ruines sans pareille, qui pourraient expliquer bien des choses, et notamment les étranges phénomènes physiques constatés par les chercheurs d’une petite base, non loin de là. Mais cela n’ira pas sans susciter des convoitises, notamment de la part de la Milice, gardienne de l’ordre autoproclamée face aux menées de plus en plus ambitieuses des « Enfants de Gemma », un groupe écologiste et nationaliste d’un genre nouveau.

 

Alors voilà. Un planet opera, donc. Mais avec un Big Dumb Object. Et qui louche plus qu’à son tour sur la hard science. Sans négliger pour autant la dimension humaine et sociale, a priori. Voilà qui est particulièrement alléchant. S’agit maintenant de tenir les promesses…

 

Et là ça coince un peu. Enfin, en tout cas, ça a coincé pour moi. Pour deux raisons essentiellement (plus ou moins les mêmes que pour Tau Zéro, tiens) : le style, et les personnages.

 

Disons-le franchement, au moins au début du roman, c’est passablement atroce. Du genre écrit avec les pieds, mais tant qu’à faire les deux dans le même sabot. On ne compte pas les lieux communs et autres formulations malhabiles. De même que l’on peut se montrer sceptique devant les changements incessants de personnages, toute une kyrielle, et qui ont tous le fameux dictionnaire de Flaubert sous le bras pour plomber inévitablement leurs dialogues, au mieux purement utilitaires, au pire d’une naïveté confondante.

 

Du coup, sur environ 200 ou 300 pages, je me suis plutôt fait chier, personnellement. Et puis – miracle ! – ça s’améliore, et on finit par se prendre au jeu (à mesure que les scientifiques avancent dans leur exploration des vestiges, ce n’est certainement pas un hasard). On peut en déduire que l’exposition, trop longue, est mal gérée. C’est en tout cas mon intime conviction. Et, du coup, je ne saurais véritablement recommander la lecture de ce roman bancal, qui fourmille certes de bonnes idées, mais ne sait pas toujours les exploiter avec l’adresse qui en ferait une vraie réussite. Pas certain de lire la suite… on verra bien. Reste un premier roman bourré de défauts, mais pas totalement raté non plus ; vu la pénurie de SF ambitieuse de par chez nous, on pourra peut-être s’en contenter… ou pas.

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"L'Histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça", de Catherine Dufour

Publié le par Nébal

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DUFOUR (Catherine), L’Histoire de France pour ceux qui n’aiment pas ça, Paris, Fayard – Mille et une nuits, 2012, 301 p.

 

Qu’on ne se méprenne pas en raison de ce titre fâcheux : Nébal aime l’histoire de France ; même qu’il adore ça. Seulement il aime aussi Catherine Dufour, sa plume et sa verve (zob, c’est bien écrit). Impossible donc de passer à côté de cet ouvrage (au passage, c’est la première fois que je vois un Mille et une nuits en grand format).

 

Une croisière. On embarque avec le capitaine Dufour pour un voyage de 2000 ans (dates arbitraires), tout au long de l’histoire de notre pays. Bien sûr, en fonction des époques, les sources sont plus ou moins abondantes, ce qui explique quelques passages en accéléré, tandis que d’autres émanent de la volonté de l’auteur (qui le rappelle : elle n’est pas une historienne, seulement une amateur de livres d’histoire ; mais son livre  « a été relu et approuvé par un véritable historien »).

 

Un bien beau voyage, même s’il ne fait pas toujours bon accoster auprès de nos ancêtres : famine, peste, guerre en dissuadent souvent. Mais il est un point important à noter, ici, et qui, dans un sens, fait de l’ouvrage de Catherine Dufour un livre d’histoire assez « tradtionnel » : c’est que, dans une large mesure (et là encore les sources ont leur mot à dire), l’histoire de France se confond ici avec celle de ses rois. Approche éminement critiquable, mais très classique.

 

On suit donc toute une kyrielle de Louis et autres, dans leurs difficultés familiales et conjugales. En fonction des époques, les témoignages se font plus ou moins précis, mais toujours colorés. Et Catherine Dufour ne rechigne pas à l’anecdote édifiante, selon un schéma à nouveau très classique : on n’échappera donc pas au vase de Soissons et compagnie.

 

Sans surprise, un tel abrégé de la longue et complexe histoire de France abonde en raccourcis et approximations, mais pas trop fâcheux dans l’ensemble. Il y a cependant à l’occasion des erreurs qui ont de quoi faire tousser, et je me suis pour ma part quasiment étranglé quand j’ai vu le sort réservé par Catherine Dufour à ma période de prédilection, la IIe République, expédiée en quatre lignes tout simplement fausses… Cela dit, j’aurais pu m’y attendre…

 

Enfin, il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’une histoire non seulement partielle, mais aussi partiale, témoignant d’un engagement et de quelques idées bien ancrées (notamment concernant les rois de France, dont le portrait est généralement peu flatteur ; suffit de regarder leur nez…), qu’on peut ne pas partager.

 

Mais on peut très bien passer outre ces « défauts ». Si l’amateur d’histoire n’apprendra probablement pas grand-chose, voire rien, dans ces pages, on peut supposer que l’ouvrage remplit néanmoins parfaitement son rôle auprès des non-initiés. Car, oui, Catherine Dufour nous montre bien, avec son talent habituel, que l’histoire de France n’a rien d’ennuyeux, et se révèle au contraire passionnante.

 

Certains passages sont tout particulièrement réjouissants ; généralement, il s’agit des mieux sourcés, comme celui consacré au Grand Siècle. D’autres révèlent une très belle plume, comme les quelques pages (bien trop courtes, hélas) consacrées à la Révolution, ou cet étrange final en forme de danse macabre.

 

Un ouvrage de vulgarisation plutôt bien foutu, donc ; souvent drôle, parfois beau, toujours intéressant. On ne le recommandera probablement pas aux amateurs d’histoire ; mais si vous êtes de ceux que la simple évocation de cette matière fait bailler, ce livre est fait pour vous.

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"Femme qui écoute", de Tony Hillerman

Publié le par Nébal

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HILLERMAN (Tony), Femme qui écoute, [Listening Woman], traduit de l’américain par Danièle et Pierre Bondil, Paris, Rivages, coll. Noir, [1978, 1988] 1989, 252 p.

 

Allez, hop, ça faisait longtemps : un petit polar navajo signé Tony Hillerman. En l’occurrence, Femme qui écoute est la troisième enquête du lieutenant Joe Leaphorn.

 

Celui-ci, un jour, manque de se faire écraser par un chauffard qui en voulait de toute évidence à sa peau. Bien que ce ne soit pas tout à fait dans les règles, il décide d’enquêter là-dessus, et compte bien retrouver la trace du chauffard, qu’il suspecte d’avoir des choses à cacher. Aussi se débrouille-t-il pour éviter de participer au gardiennage de scouts dans la région, tout en rouvrant de vieux dossiers en guise de prétexte. Deux l’intéressent tout particulièrement : un hélicoptère qui a disparu après un vol, et la mort de Hosteen Tso et Anna Atcitty, tous deux assassinés lors d’une cérémonie impliquant Margaret Cigaret, une femme-qui-écoute, hélas aveugle.

 

En chemin, Joe Leaphorn va rencontrer beaucoup de coïncidences. Et ça lui pose problème ; ça ne correspond pas à sa vision du monde, profondément navajo, et qui insiste sur l’harmonie. Il s’agit donc de trouver les liens entre tous ces événements. Joe Leaphorn y parviendra, bien sûr, mais à ses risques et périls…

 

Le roman est un peu lent au démarrage, mais on finit par y retrouver tout ce qui fait le charme des polars navajos de Tony Hillerman, jusqu’à une conclusion très réussie. Il n’en reste pas moins que Femme qui écoute est jusque-là le livre qui m’a le moins convaincu de la part de cet auteur qu’on a pu connaître particulièrement enthousiasmant (ainsi avec le volume précédent, le très bon Là où dansent les morts). De là à vous dire pourquoi, c’est une autre paire de manches. Peut-être le jeu des coïncidences est-il un peu trop artificiel pour que l’on y croie ?

 

Une raison, sans doute, tient au style. C’était déjà plus ou moins le cas dans les précédents romans de Tony Hillerman que j’ai pu lire, mais c’était cette fois particulièrement criant. Cela vient-il du texte original ou bien de la traduction ? Je ne saurais le dire avec exactitude ; toujours est-il que le résultat est un tantinet lourdingue, et c’est dommage.

 

 Parce que, pour le reste, c’est quand même dans l’ensemble fort intéressant. La dimension ethnologique est toujours aussi présente et passionnante, et Tony Hillerman fait des miracles en matière d’action et de suspense.

 

Au final, Femme qui écoute laisse donc un sentiment mitigé ; le bon et le moins bon alternent régulièrement, jusqu’à une conclusion explosive et fort réussie. Mais cette dernière bonne impression ne suffit pas à effacer les défauts incontestables des pages précédentes. Ce qui ne m’empêchera bien évidemment pas de continuer à lire les polars navajos de Tony Hillerman : c’est quand même ma came.

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"La Prière d'Audubon", de Kôtarô Isaka

Publié le par Nébal

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ISAKA (Kôtarô), La Prière d’Audubon, [Audubon no Inori (A Prayer)], traduit du japonais par Corinne Atlan, Arles, Philippe Picquier, [2000] 2011, 440 p.

 

 

Ouin.

 

 

Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin !

 

 

J’y arrive pus. Je suis devenu impuissant du blog. Désolé de commencer ce compte rendu miteux en chouinant, mais une fois n’est pas coutume, et je vous dois des explications sur mon retard au chroniquage. Voilà, c’est dit : j’y arrive pus. J’ai de plus en plus de mal à écrire (ça se voyait, de toute façon), et même lire, à la limite… Aussi ai-je pensé remettre ce blog en mode « interruption momentanée des programmes », comme ça m’était arrivé il y a quelque temps de ça, et il n’est pas impossible que je m’y résigne dans les jours à venir. En même temps, j’ai pas grand-chose d’autre à quoi me raccrocher, et ça m’ennuie franchement… Alors on verra bien. En attendant, je vais essayer malgré tout – je dis bien : essayer – de vous causer de mes dernières lectures.

 

Donc : La Prière d’Audubon de Kôtarô Isaka. Un roman étrange, d’un jeune auteur nippon que l’on place d’ores et déjà dans la filiation de Haruki Murakami (que, bordel, je n’ai toujours pas lu, et ça peut pas durer). Chaudement recommandé par quelques connaissances, et doté d’une quatrième de couverture suffisamment intrigante et alléchante pour que je tente l’expérience.

 

Notre héros se nomme Itô, et c’est un informaticien.

 

… Non, mais, partez pas, y en a des biens…

 

Bon, donc, Itô. Il a démissionné de son boulot il y a quelques mois de ça, brisé son couple par la même occasion, et, depuis, il a fait une connerie qui l’a placé entre les vilaines pattes d’un flic psychopathe. Heureusement pour lui (et pour nous), Itô a pu s’échapper… et il a trouvé refuge sur une île bien mystérieuse, sans trop savoir comment. Une île qui s’est refermée sur elle-même et a rompu quasiment tout contact avec l’extérieur depuis près de 150 ans, à l’époque même (Meiji) où le Japon mettait fin au shogunat et s’ouvrait enfin sur le monde. Seul un bâteau fait de temps à autre la liaison entre l’île et le reste du Japon, mais Itô n’est que le deuxième étranger à être débarqué sur l’île depuis sa « fermeture ». Et il pourrait avoir un rôle à jouer dans une prophétie…

 

Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour le moment, Itô se voit confié à un guide, enthousiaste mais un peu bizarre, qui lui fait découvrir tous les (nombreuses) bizarreries de l’île. On ne les citera pas toutes, et on se contentera d’évoquer la plus singulière : Yûgo, un épouvantail parlant et visionnaire. Itô lie amitié avec Yûgo, mais, hélas, cela ne sera que pour une courte durée : on retrouve bientôt l’épouvantail démembré, ce qui s’apparente bel et bien à un meurtre… Et Itô de se mettre en chasse pour essayer de trouver le coupable.

 

La Prière d’Audubon prend ainsi l’apparence d’un policier dilletante et doux-dingue, gentiment barré, et porté par une plume confondante de naïveté (mais qui n’en est pas moins délicieuse). On suit avec beaucoup de plaisir Itô dans son périple insulaire, auprès des habitants si étranges de cette île plus qu’étrange. Il y a là toute une galerie de personnages hauts en couleurs, et le roman fourmille de bonnes idées. D’une grande richesse, La Prière d’Audubon part un peu dans tous les sens, mais sans jamais perdre de vue sa trame essentielle. Car tout, ici, semble lié au reste, et le moindre événement prend des allures d’indice permettant à terme d’identifier le coupable du meurtre de Yûgo, ainsi que de répondre aux nombreuses questions qu’il suscite ; une, notamment, revient sans cesse : si Yûgo pouvait prévoir le futur, alors pourquoi n’a-t-il pas prévu sa mort, ou du moins n’en a-t-il parlé à personne ? Cela a-t-il un rapport avec l’arrivée d’Itô sur l’île, d’ailleurs ?

 

Je n’en dirai évidemment pas plus ici (je crois de toute façon en être incapable…). Je ne peux guère, à mon tour, que vous recommander ce roman joliment fou et enthousiasmant. Pour ce premier livre traduit en français, le moins que l’on puisse dire est que Kôtarô Isaka a réussi son coup à tous points de vue. Le voyage dans cette île étrange est aussi fascinant que dépaysant, souvent drôle, et toujours astucieux. Bien ouéj’.

 

 

Je m’en veux de ne pas être capable de faire mieux que ça, ce roman le mériterait assurément. Enfin bon, on verra bien dans les jours à venir ce qu’il en sera…

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"Le Château d'Eymerich", de Valerio Evangelisti

Publié le par Nébal

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EVANGELISTI (Valerio), Le Château d’Eymerich, traduit de l’italien par Sophie Bajard avec la collaboration de Doug Headline, [s.l.], La Volte, [2001] 2012, 371 p.

 

Celui-là, on pourra dire que je l’ai attendu, sans trop y croire : cela faisait des années que plus personne ne publiait en France les enquêtes de Nicolas Eymerich… Heureusement, il y a La Volte, qui a eu la double bonne idée de rééditer les premiers volumes (très jolie présentation, par ailleurs), et de commencer à traduire les inédits au fur et à mesure. Attention donc, toi le lecteur qui aurais découvert Eymerich avec La Volte : avec Le Château d’Eymerich, tu n’as pas entre les mains le troisième volume des aventures de ton inquisiteur préféré – c’est Le Corps et le sang d’Eymerich –, mais le septième. Cela dit, et quand bien même on y retrouve deux personnages apparus plus tôt dans la série, on peut parfaitement lire ce volume-ci en troisième position sans que cela jure trop.

 

L’essentiel de l’intrigue – celle où intervient Eymerich, donc – se déroule en 1369 en Castille, alors que notre salopiaud d’inquisiteur adoré est convié, avec un collègue, par le roi Pierre le Cruel, alors en fort mauvaise passe : son rival Henri de Trastamare, secondé par Bertrand Du Guesclin (guest star !), lui a quasiment tout bouffé, sauf une ultime forteresse, l’énigmatique château de Montiel, construit selon des plans kabbalistiques et théâtre d’étranges manifestations qui ne sauraient bien évidemment être que diaboliques… Du pain sur la planche pour l’inquisiteur, qui se retrouve, à la cour du roi, entouré par les Juifs et les mahométans. Et ce sont bien les Juifs et leur Kabbale qui sont au cœur de l’histoire, ainsi qu’on le devine très tôt ; or Eymerich ne porte pas vraiment dans son cœur le peuple déicide, auquel on impute par ailleurs des sacrifices rituels… Mais il en est une, pourtant, que l’inquisiteur retrouve ici, et qui lui inspire bien malgré lui des sentiments contrastés : Myriam, la « fille » de Ha-Levi…

 

Comme il est d’usage dans la série, l’intrigue se développe parallèlement, encore que de façon bien moindre, à d’autres époques. Tout d’abord, vingt ans plus tôt, nous assistons à la réunion de cinq mystérieux dominicains à Gérone. Ensuite, en 1944, au camp de concentration de Dora, nous suivons le Sturmbannführer Von Ingolstadt dans ses expériences inédites. Mais ce ne sont là, très franchement, que des épisodes négligeables en comparaison avec la trame principale, et qui, dans le cas de l’intrigue nazie, ne rejoignent que fort indirectement le propos (le but de l’auteur, bien entendu, est d’établir un lien entre la Shoah et les persécutions des Juifs au Moyen-Âge, et c’est surtout à cela que servent ces chapitres). On pourra regretter, d’ailleurs, que Valerio Evangelisti, dans ce volume d’Eymerich, ne mette pas en place une mécanique aussi bien huilée à cet égard que d’habitude, pour livrer un roman plus conventionnel, ne jonglant pas avec les époques. Mais bon…

 

En tout cas, les amateurs ne seront probablement pas déçus : Le Château d’Eymerich est un page turner redoutablement efficace, et le lecteur se laisse balader par un auteur très professionnel le long d’une intrigue palpitante en diable et riche en rebondissements. Eymerich est toujours autant un salaud magnifique dévoré par la haine, un personnage génial même si unilatéralement décrié par son auteur – on ne reviendra pas là-dessus –, une ordure de choix que l’on prend plaisir à suivre, et que l’on peut même admirer pour sa sagacité et sa droiture. Les autres personnages ne sont d’ailleurs pas en reste, et Valerio Evangelisti livre ici une belle galerie d’hommes (et de femmes…) singuliers.

 

Une remarque, pourtant, qui n’est pas tant une critique qu’un constat : cette fois, Valerio Evangelisti se livre clairement au fantastique le plus débridé, ni la science ni la pseudo-science ne venant « justifier » les événements les plus étranges ayant lieu à Montiel ; ce sont bien la Kabbale et la démonologie qui sont au cœur de cette enquête. Ce qui n’en rend pas le roman moins palpitant, mais simplement lui confère une place bien particulière dans la série.

 

Alors, certes, on ne va pas crier au chef-d’œuvre : Le Château d’Eymerich n’en a de toute façon pas l’ambition. Mais c’est toujours autant du divertissement fort bien troussé et diablement efficace, et c’est tout ce qu’on lui demande. Aussi ne s’attardera-t-on guère sur les quelques critiques – habituelles – que l’on pourrait formuler à l’encontre de l’auteur, notamment dans son jugement aussi sévère de son personnage comme de l’institution qu’il représente. Là n’est pas le propos, et nous avons affaire en Valerio Evangelisti à un romancier, non un historien : il peut bien violer l’histoire, si c’est pour lui faire de beaux enfants. Or, il se place décidément dans la filiation d’un Alexandre Dumas (la comparaison vient de l’auteur lui-même, dans sa postface sur la tombe de l’inquisiteur), et fait avec Eymerich ce que son prédécesseur avait fait avec D’Artagnan. On ne s’en plaindra pas, loin de là, et même : on en redemandera.

 

Encore ! Encore !

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"Le Roi en jaune", de Robert W. Chambers

Publié le par Nébal

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CHAMBERS (Robert W.), Le Roi en jaune, [The King in Yellow], traduit [de l'américain] et présenté par Christophe Thill, Noisy le Sec, Malpertuis, coll. Absinthes, éthers, opiums, [1895] 2008, 269 p.

 

Quand on évoque Le Roi en jaune à un amateur de Lovecraft et de lovecrafteries, normalement, ça fait tilt. Et d'enchaîner sur ce livre maudit (une pièce de théâtre, en fait) qui rend fou, et fait allusion à l'Indicible Hastur, à Carcosa dans les Hyades, aux étoiles sombres et au lac de Hali... Mais tout cela – c'est moins connu – est en fait antérieur à Lovecraft, même si l'insertion du Roi en jaune parmi les volumes du Mythe de Cthulhu a beaucoup fait pour sa postérité. Le Roi en jaune est à l'origine un recueil de nouvelles fantastiques et décadentes de l'Américain Robert W. Chambers (dont j'avais déjà pu lire Yue Laou. Le Faiseur de lunes) ; et encore ! Si l'idée du livre qui rend fou vient bien de Chambers, tout ce lexique que nous venons d'utiliser a en fait été piqué à Ambrose Bierce... Toujours est-il que, dès que j'ai appris l'existence d'une traduction intégrale (et critique) du recueil de Chambers, je me suis emparé de la chose et l'ai intégrée dans ma volumineuse commode de chevet. Les astres étant propices, je me suis dit qu'il était bien temps de le lire, et donc voilà.

 

Un livre étrange, que ce Roi en jaune, que l'on peut très nettement scinder en deux parties. La première, et de loin la plus intéressante, est composée de nouvelles fantastiques reliées entre elles par quelques personnages communs et ces allusions inévitable au livre qui rend fou et donne son titre au recueil. La seconde partie est quant à elle composée de nouvelles décadentes et « bohémiennes » narrant les frasques et les amours de quelques étudiants américains en art dans le Quartier latin ; et, de ces dernières, on se contentera de dire qu'elles sont interminables, chiantissimes, et pour ainsi dire à peu de choses près illisibles aujourd'hui (malgré quelques bonnes idées ici ou là, comme celle qui consiste à déployer le récit dans Paris assiégé par les Prussiens, pour « La Rue du premier obus »). Passons donc outre, on ne s'en portera que mieux.

 

Ce qui précède est autrement plus intéressant, même si ce n'est pas exempt de défauts. Robert W. Chambers sait créer des ambiances étonnantes et de délicieux frissons qui le placent dans la postérité d'un Poe ou d'un Bierce (justement). Parfois, il se montre étonnament inventif – ainsi dans la première nouvelle du recueil, un brin confuse, mais qui fait en outre dans l'anticipation sur une vingtaine d'années. Et l'on comprend, du coup, l'influence qu'a pu avoir ce livre bancal sur un Lovecraft, parmi d'autres : il y a bien de temps à autre des traits d'horreur cosmique dans tout cela, qui sont tout à fait saisissants.

 

Je ne vais pas faire le détail des nouvelles et de leur contenu, cela me paraîtrait quelque peu absurde. Du coup, je n'ai plus grand-chose à dire sur cet étrange bestiau... Si, tout de même : on remerciera Christophe Thill pour cette édition critique d'un classique oublié (c'en est la première traduction intégrale en français, au passage), et l'on s'arrêtera aux premières nouvelles du recueil, celles qui correspondent véritablement à son si célèbre titre, faisant l'impasse sur ce qui suit et qui mérite bien aujourd'hui d'être oublié. Un livre schizo, donc ; pas étonnant qu'il rende fou...

 

EDIT : Gérard Abdaloff en cause un peu, .

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"Women in chains", de Thomas Day

Publié le par Nébal

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DAY (Thomas), Women in chains. Petite pentalogie des violences faites aux femmes, préface de Catherine Dufour, Chambéry, ActuSF, coll. Les Trois Souhaits, 2012, 194 p.

 

Chose promise, chose due : après vous avoir fait part de ma déception suite à la lecture du mauvais roman jeunesse qu'est Du sel sous les paupières, je reviens aujourd'hui sur l'actualité de Thomas Day, sous son autre visage, et c'est rien de le dire. Women in chains, c'est autrement plus violent et dérangeant, et, ma foi, intéressant. Le sous-titre nous éclaire sur les intentions de l'auteur : il s'agit ici de livrer cinq nouvelles sur les violences infligées aux femmes de par le monde. Ah, tout de même. Mais en même temps, pourquoi pas ? Pour ma part, je faisais pleinement confiance à Thomas Day pour traiter de ce sujet au mieux. Et il s'avère que j'avais raison d'en attendre beaucoup de bien : Women in chains est peut-être bien la meilleure chose écrite par Thomas Day qu'il m'ait été donné de lire. Sans blague. D'où contraste...

 

Les hostilités s'engagent sur un texte que j'avais déjà lu dans Utopiales 2010, « La Ville féminicide ». J'en avais pensé et dit beaucoup de bien à l'époque, et il n'y avait pas de raison pour que cela change. Cette plongée dans l'enfer des mortes de Juárez est absolument terrible, mais tout aussi saisissante. Le recueil s'ouvre ainsi sur une nouvelle sans concessions, qui laisse augurer du pire (on se comprend) pour la suite, et laisse déjà planer sur l'ensemble du volume une ombre de fascination sadienne. Une grande réussite, qui, en maniant intelligemment des clichés, éveille chez le lecteur des sensations fortes, aussi troubles qu'intenses.

 

Suit « Eros-Center », longue novella « déchronologisée » sur la prostitution et la sorcellerie africaines en Europe. Le sujet est aussi fascinant que sordide, et poursuit de la meilleure manière ce tour du monde du sexe glauque que l'on a entamé au Mexique avec la nouvelle précédente ; ici, le récit se partage entre l'Allemagne, la France et le Cameroun. Le résultat ? En ce qui me concerne, c'est là un des tous meilleurs textes de Thomas Day que j'ai jamais lus. Tout simplement bluffant.

 

La tension redescend d'un cran (à mes yeux en tout cas) avec « Tu ne laisseras point vivre... », nouvelle groenlandaise dotée d'une belle ambiance (enfin, belle, on se comprend...) et d'un personnage principal remarquable. Cette nouvelle, probablement la plus ouvertement pornographique du recueil, est cependant un peu moins efficace que ce qui précède, sans doute du fait de sa thématique fantastique assez classique.

 

On repasse à quelque chose d'effroyable avec « Nous sommes les violeurs », atroce anticipation afghane sur le viol en tant qu'arme de guerre, que j'aurais normalement déjà dû lire dans Bifrost si je n'avais pas accumulé un tel retard dans ma lecture de la revue... Quoi qu'il en soit, cette nouvelle qui prend la forme de témoignages des violeurs et d'une femme violée devant une commission d'historiens fait froid dans le dos, et réussit parfaitement son coup. Un très bon texte, à n'en pas douter.

 

Et le recueil de s'achever sur quelque chose de (comparativement) plus léger avec « Poings de suture », courte nouvelle de science-fiction sur les violences domestiques, en forme de revanche. Classique, un peu convenu peut-être, mais néanmoins efficace ; et c'était sans doute la meilleure manière de conclure ce recueil aussi brillant qu'horrible.

 

La plume de Thomas Day, impeccable, fait des miracles dans chacun de ces cinq textes ; malgré la thématique aisément porno-trash, l'auteur stupéfie par son sens de la mesure ; les textes sont justes, sans jamais sombrer sur les écueils de la complaisance comme de la dénonciation qui ne coûte rien. L'auteur manie ainsi son sujet avec une adresse digne des plus grands, pour un résultat qui ne saurait laisser indifférent.

 

Au risque de me répéter, c'est là peut-être ce que j'ai lu de mieux de la part de Thomas Day ; un recueil à ne pas mettre entre toutes les mains, probablement ; un recueil ardu, difficile, sans doute ; mais une franche réussite, qui coupe le souffle et laisse le lecteur K.O.

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"Sans nouvelles de Gurb", d'Eduardo Mendoza

Publié le par Nébal

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MENDOZA (Eduardo), Sans nouvelles de Gurb, [Sin noticias de Gurb], traduit de l'espagnol par François Maspero, Paris, Seuil, coll. Points, [1990-1992, 1994] 2006, 125 p.

 

Je ne sais pas, peut-être s'est-il agi de publicité subliminale ; toujours est-il que l'autre jour, en déambulant dans MA librairie à moi que j'ai, quand je suis tombé sur Sans nouvelles de Gurb d'Eduardo Mendoza, j'étais persuadé d'en avoir entendu parler, plusieurs fois et en bien – même si je suis bien incapable aujourd'hui de dire quelles étaient les sources de ces éloges. Alors évidemment, la chose étant courte et pas chère, je m'en suis emparé, et l'ai lue aussitôt ou presque.

 

Deux extraterrestres, sous forme d'intelligences pures, atterrissent dans les environs de Barcelone. L'un d'eux, le sous-fifre Gurb, est envoyé en mission de reconnaissance, sous les traits de Madonna. Las, le temps passe, et l'autre extraterrestre, notre narrateur et héros, est sans nouvelles de Gurb. Aussi décide-t-il de partir à sa recherche dans Barcelone, sous une apparence moins voyante (encore que), et note-t-il fidèlement le résultat de ses observations dans son journal.

 

On l'aura compris aisément à ce résumé : nous sommes ici en présence d'une fable satirique sur le mode des Lettres persanes de Montesquieu. Simplement en plus délirant, et contemporain.

 

Il s'agit donc d'un livre qui se veut drôle. Il l'est à l'occasion, je ne saurais le nier : quand l'humour de l'auteur lorgne vers l'absurde ou la satire sociale grinçante, il fait généralement mouche. Hélas, ce n'est pas toujours le cas, et l'on ne compte pas les blagues qui tombent à plat, pour une raison ou pour une autre ; et je dois dire que, bien loin du récit jubilatoire auquel je m'attendais pour je ne sais trop quelles raisons, j'ai trouvé dans l'ensemble Sans nouvelles de Gurb plutôt lourdingue (d'autant qu'il n'hésite pas de temps à autre à verser dans le pipi-caca). Certes, je n'étais pas armé pour apprécier tout le sel de ce très court roman, et j'imagine que seul un Barcelonais en serait vraiment capable. Mais voilà : pour une blague qui fonctionne bien, il y en a au moins une qui ne fonctionne pas. Or l'auteur jouant volontiers du comique de répétition – c'est une formule que l'on voit très tôt se mettre en place –, c'est particulièrement périlleux...

 

Aussi, malgré son postulat délectable et quelques gags vraiment réussis, j'ai été plutôt déçu par Sans nouvelles de Gurb, dont j'attendais il est vrai beaucoup sans trop savoir pourquoi. À l'heure où j'écris ces lignes, le mystère reste entier... Subliminal, moi j'vous l'dis.

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