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Articles avec #nebal lit des bons bouquins tag

"Endymion", de Dan Simmons

Publié le par Nébal

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SIMMONS (Dan), Endymion, [Endymion], traduit de l’américain par Guy Abadia, suivi d’Endymion de John Keats, préface de Gérard Klein, Paris, Robert Laffont, coll. Ailleurs & Demain, [1995-1996] 2012, [édition numérique]

 

(Des avantages de l’édition numérique : je n’ai pas eu à m’infliger ni à infliger aux autres au cours de ma lecture cette hideuse couverture de l’inénarrable Jackie P. Et c’est pas rien.)

 

J’en aurai mis, du temps, avant de lire ce troisième tome des « Cantos d’Hypérion ». Des années (et des années) après avoir lu (et relu) l’excellentissime Hypérion et le moins bon mais néanmoins très bon La Chute d’Hypérion. Faut dire que ça se tenait tout seul, et n’appelait pas nécessairement une suite. Mais surtout, si j’ai retardé ma lecture d’Endymion (encore un titre emprunté à Keats ; à noter que le poème en question figure en annexe du roman, très bonne initiative dont je ne saurais hélas dire grand-chose de plus, en raison de mon exécration de la polésie – vous êtes peut-être au courant…), si j’ai retardé ma lecture d’Endymion, donc, c’est en bonne partie à cause de la relative mauvaise réputation de ce titre, qui paraissait faire l’unanimité contre lui. Mais la curiosité a fini par l’emporter – associée à mon enthousiasme kindlien –, et j’ai donc entamé la lecture de ce pavé (car pavé il y a).

 

Nous sommes pas loin de 300 ans après les événements cataclysmiques de La Chute d’Hypérion. La majeure partie de l’humanité est dominée par l’Église catholique régénérée et son bras armé, la Pax. Il faut dire que la découverte du cruciforme sur Hypérion a permis de rendre très concrets les espoirs de résurrection… Mais il en est cependant quelques-uns qui n’ont pas embrassé la croix tel, sur Hypérion, le jeune Raul Endymion. Ce qui tombe plutôt mal, dans la mesure où il est condamné à mort pour avoir tué un gros con de chasseur plus ou moins par accident. Mais le vieux – très vieux – poète Martin Silenus, un des fameux pèlerins des Tombeaux du Temps, lui sauve la peau. À charge pour lui de retrouver, accompagner et protéger la petite Énée, la fille de Brawne Lamia et du cybride de Keats, qui s’était il y a bien longtemps réfugiée dans le Sphinx, mais ne va pas tarder à en sortir. Or l’Église et la Pax voient en elle une abomination et une menace. Il y a donc du boulot pour (ce petit con de) Raul Endymion, assisté de l’androïde A. Bettik et du vaisseau du Consul. Boulot d’autant plus compliqué que la jeune fille est quelque peu entêtée, et décide de se lancer, là, comme ça, dans l’exploration de ce qui reste du Thétys, le fleuve qui coulait autrefois entre les mondes grâce aux portes Distrans depuis tombées hors d’usage. Et vogue le radeau !

 

Parallèlement – mais, au passage, ça ne s’emmanche pas toujours très bien –, nous accompagnons également les soldats de la Pax lancés à la poursuite de nos héros, à savoir le père-capitaine de Soya, jésuite et commandant de vaisseau-torche revêtu d’une autorité démentielle du fait d’un disque papal en sa possession, et ses trois gardes du corps. Mais, pour passer d’un monde à l’autre à bord de leur vaisseau ultra-perfectionné le Raphaël, ces adeptes du cruciforme n’ont d’autre choix que de se lancer dans un perpétuel et douloureux cycle de mort et de résurrection… Autant le dire de suite, cependant : en dépit de la richesse et de la densité des mondes traversés par Raul Endymion, Énée et A. Bettik, on prend très vite beaucoup plus de plaisir dans les chapitres consacrés à de Soya et compagnie, personnages bien mieux campés et autrement complexes, dont le sort nous émeut bien davantage que celui de nos héros.

 

C’est là une des faiblesses du roman. Ce n’est pas la seule. L’essentiel, le pire dans tout ça, c’est que c’est long. Atrocement long. Beaucoup trop long. Entendons-nous bien, Dan Simmons n’est pas un manchot ni un imbécile, et ça tourne à plein régime dans son cerveau : les idées sont là, nombreuses et bonnes, qui font d’Endymion une fresque riche de détails superbement composés. Aussi ne serai-je pas aussi sévère que beaucoup concernant ce troisième tome des « Cantos d’Hypérion » : non, Endymion, c’est pas si pire. C’est même plutôt pas mal.

 

Mais c’est long.

 

Atrocement long.

 

Beaucoup trop long.

 

Aussi s’ennuie-t-on régulièrement, malgré les efforts de l’auteur, au long de ces pages. Le lecteur est pris d’une irrésistible envie d’accélérer la cadence – ce qui entre en contradiction avec la lenteur certes nécessaire du périple sur le Thétys : fail – et compte les pages qui restent avant la fin (ou, sur son Kindle, a les yeux rivés sur le pourcentage). Et c’est quand même sacrément dommage. Parce qu’il y a malgré tout bien des choses intéressantes dans Endymion. Objectivement, ce n’est pas un mauvais roman. Il est certes bien inférieur à La Chute d’Hypérion, qui était lui-même bien inférieur à Hypérion. Mais cet ennui frappe en dépit de la bonne volonté du lecteur (or, dès qu’il s’agit de – ce gros con talentueux de – Dan Simmons, je suis clairement bon public, ainsi que vous avez pu le constater à plusieurs reprises dans ces lieux interlopes), lecteur qui rame autant que les principaux protagonistes ; on ne va pas pousser le vice jusqu’à y voir un effet d’identification, hein : c’est clairement, à cet égard, un échec. Regrettable, donc, mais indéniable.

 

Dommage. Ça ne m’empêchera pas de lire un jour prochain le quatrième et dernier tome, L’Éveil d’Endymion, mais j’avoue craindre que les défauts de ce roman-ci y réapparaissent, peut-être en pire étant donné la jusqu’à présent constante baisse de qualité du cycle au fil des volumes. Bon, on verra bien ; et je ne manquerai pas de vous tenir au courant, bien entendu.

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"La Condition humaine", d'André Malraux

Publié le par Nébal

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MALRAUX (André), La Condition humaine, dossier et notes réalisés par Sophie Doudet, lecture d’image par Agnès Verlet, Paris, Gallimard, coll. Folio plus classiques, [1946, 2007, 2010] 2012, [édition numérique]

 

[Oui, je sais, ces derniers temps mes comptes rendus étaient particulièrement miteux. Mais c’est que je les avais rédigés à un moment où. Bon. Hélas, le compte rendu d’aujourd’hui est probablement le pire dans le genre (et c’est bien pour cette raison que je le publie en dernier). J’en suis conscient et vous prie de m’en excuser, je ne publie cette (petite) bouse que parce que j’ai lu le bouquin, et que, ma foi, je me suis engagé à chroniquer tout ce que je lisais. Encore une fois toutes mes excuses.]

 

Je n’avais jusqu’à présent jamais rien lu d’André « Entre ici Jean Moulin » Malraux. Une lacune qu’il était très certainement nécessaire de combler au plus tôt, parce que « Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas », alors bon (réponse 2). Par exemple avec La Condition humaine (prix Goncourt, si je ne m’abuse), probablement le plus célèbre roman de son auteur, malgré un titre qui a de quoi faire peur, m’enfin ce n’est que mon avis, et il vaut ce qu’il vaut, c’est-à-dire pas grand-chose. Allez, hop.

 

Shanghaï, 1927 (la drôle d’idée que voilà). Une époque pour le moins chaotique en Chine. Celle-ci est en proie aux intérêts occidentaux comme aux seigneurs de guerre locaux, même si, après la mort de Sun-Yat-Sen, se dessine un pouvoir fort autour du généralissime Chang-Kaï-Shek. Ce qui n’est cependant pas pour plaire aux communistes (on ne dit pas encore maoïstes). André Malraux, dans un décor un peu fantasmé, nous invite à suivre toute une kyrielle de personnages issus de tous horizons, mais notamment les militants communistes que sont Tchen, le nihiliste angoissé, et Kyo Gisors, le métis qui cherche sa place. Mais on pourrait en citer d’autres, comme le fantasque baron de Clappique – « Pas un mot ».

 

La Condition humaine est un roman de l’histoire en train de se faire ; celle, en l’occurrence, de la Chine contemporaine. C’est aussi un roman profondément métaphysique et éthique, roman de l’engagement jusqu’à l’absurde. C’est enfin le brillant roman d’un jeune homme aux dents longues, qui compte bien inscrire son nom dans l’histoire (justement). Autant dire qu’il ne manque pas d’ambition. Et le fait est que ce roman, pour périlleux qu’il soit, marche. On est en permanence sous le coup de son extrême densité, à tel point qu’on ne suit pas toujours, au juste, de quoi l’auteur nous raconte l’histoire (si tant est qu’il le fasse). La Condition humaine, sous cet angle, ne manque pas d’audace, pas plus que de brillant. L’auteur joue notamment de la multiplicité des points de vue avec une maestria qui mérite d’être soulignée.

 

Mais il fait bien plus. Et, l’air de rien, il interroge le lecteur sur des grands thèmes d’une actualité indéniable. Avec Tchen et Kyo, notamment, Malraux questionne nos espoirs comme nos désillusions, secoue le lecteur d’interrogations aussi fines que brutales.

 

Aussi La Condition humaine est-il très certainement un roman à la hauteur de sa réputation.

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"Des homicides commis par les aliénés", d'Emile Blanche

Publié le par Nébal

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BLANCHE (Émile), Des homicides commis par les aliénés, [s.l.], [n.c.], 2011, [édition numérique]

 

Émile Blanche était un médecin, et un expert judiciaire, à la fin du IInd Empire et au début de la IIIe République. Dans cette monographie, il s’intéresse à la question de la responsabilité pénale, atténuée ou disparue, pour cause d’aliénation mentale, dans des cas extrêmement graves puisque l’auteur a choisi de se focaliser sur les homicides (ce qui n’en rend l’ensemble que plus spectaculaire). Son mémoire est constitué pour l’essentiel de rapports d’expertise, faits à la demande du juge d’instruction dans des affaires d’homicide. Aussi, si l’on excepte quelques pages plus « abstraites » au début et quelques interruptions ici ou là, nous n’avons quasiment à faire ici qu’à des études de cas.

 

Il s’agit donc de voir dans quelles cironstances les troubles mentaux peuvent entraîner au moins une atténuation de la responsabilité pénale. Dans les premiers cas qui sont ici portés à notre connaissance, le discernement est aboli en raison de délires de persécution, éventuellement accompagnés d’hallucinations (visuelles ou auditives). C’est à vrai dire assez terrifiant (et éloquent), et la perte de la responsabilité ne saurait faire ici aucun doute.

 

Dans le deuxième type de cas, l’abolition de la responsabilité pénale ou son atténuation est due… à l’épilepsie, ce qui peut nous paraître étrange (enfin, à moi, en tout cas, ça m’a paru étrange, mais à vrai dire je n’y connais rien), mais semble tout naturel à notre bon docteur comme à ses collègues.

 

Mais il est des cas qui ne relèvent ni des délires de persécution, ni des troubles épileptiques, mais dans lesquels le discernement est aboli ou au moins atténué, et par voie de conséquence la responsabilité également. L’étude de ces cas, débouchant le plus souvent sur une responsabilité atténuée (on évite la peine de mort, c’est toujours ça de pris…), occupe toute la fin du mémoire du docteur Blanche. J’avoue avoir été assez surpris par la mansuétude dont fait preuve le docteur, qui accorde assez facilement a priori l’atténuation de responsabilité (il y a même quelques cas d’infanticide où la responsabilité est abolie à en croire le docteur, et que l’on peut trouver très surprenants – même s’il faut bien entendu prendre en compte le caractère alors illicite de l’avortement, qui peut expliquer bien des choses). L’alcoolisme est également un facteur d’atténuation récurrent (ce qui n’est pas si évident que ça), mais on pourrait en citer bien d’autres.

 

 Une lecture intéressante (et parfois savoureuse), qui m’a surpris – positivement – plus qu’à son tour.

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"L'Etranger", d'Albert Camus

Publié le par Nébal

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CAMUS (Albert), L’Étranger, Paris, Gallimard, coll. Folio, [2009] 2012, [édition numérique]

 

Bah non, je n’avais jamais lu L’Étranger d’Albert Camus. Du même auteur, j’avais lu La Peste, j’avais lu La Chute, je m’étais même risqué à aborder Le Mythe de Sisyphe, et j’ai laissé traîner trop longtemps dans ma volumineuse commode de chevet les Réflexions sur la peine capitale (avec Arthur Koestler), mais je n’avais encore jamais lu le classique d’entre les classiques qu’est L’Étranger. Cela dit, comme vous, j’en connaissais déjà le propos (qui vient en droite ligne des deux essais précités ; par ailleurs, Camus l’incluait dans un « cycle de l’absurde », tétralogie comprenant justement Le Mythe de Sisyphe comme point d’orgue philosophique). N’empêche, il était bien temps que je le lise. Alors hop.

 

 

Musique !

 

 

(Tiens, ça pourrait être mal interprété, ça, en ce moment…)

 

« Aujourd’hui, maman est morte. » C’est sur cette très célèbre sentence que s’ouvre L’Étranger, et que débutent les malheurs du narrateur, Meursault.

 

Nous sommes en Algérie (et l’Algérie, c’est encore la France, ah mais). Meursault est un petit employé, et sa mère vient de mourir, donc. Mais, à vrai dire, ça ne lui fait ni chaud ni froid (ou ça lui en touche une sans remuer l’autre, c’est vous qui voyez), même s’il serait peut-être plus juste de dire qu’il n’a rien à exprimer à ce sujet. Cependant, il en va de même pour ce qui est de ses projets de mariage : reste l’idée prépondérante selon laquelle cela n’a pas vraiment d’importance.

 

Et puis le drame survient, un jour, alors que Meursault et sa « copine » accompagnent un voisin violent à la plage. Celui-ci a des ennuis avec un petit groupe d’Arabes ; il s’est armé en conséquence. Meursault lui a pris son flingue, mais que voulez-vous : un accident est si vite arrivé… Meursault va tomber sur un des Arabes de la bande, et va le tuer : cinq balles dans le buffet. Et, croyez-le ou non, il va être poursuivi en justice et risquer la peine de mort pour ça, pour avoir tué un Arabe (ce qui montre bien qu’on nage en pleine science-fiction).

 

Mais…

 

‘tendez voir : est-ce vraiment pour avoir tué un Arabe qu’on menace Meursault de la guillotine… ou parce qu’il n’a pas pleuré le jour où sa mère est morte ?

 

Que dire, dès lors, qui n’ait pas déjà été dit cent fois (ce qui vient sacrément réduire l’intérêt de ce compte rendu encore plus miteux que d’habitude, mais, voyez-vous, je l’avais écrit à un moment où, bon…) ? L’Étranger fait partie de ces œuvres trop étudiées pour que l’on puisse l’aborder d’un œil totalement innocent. Récit naïf (formellement s’entend) sur l’absurdité du monde (voir Le Mythe de Sisyphe) et, à titre secondaire, sur l’horreur et l’hypocrisie de la peine de mort (Réflexions sur la peine capitale, donc), L’Étranger convainc sans peine, et est effectivement une œuvre forte, qui ne saurait laisser indifférent (oui, je fais particulièrement dans le cliché, aujourd’hui). Mais, à mon sens (sens ?) tout du moins, il ne fait guère plus (cela dit, c’est déjà pas mal). Je l’envisage à vrai dire surtout comme une introduction « light » au Mythe de Sisyphe, qu’il va falloir que je dissèque sérieusement un de ces jours. En attendant, reste un court roman cinglant et efficace, probablement un peu simpliste (en toute conscience) même s’il soulève bien des questions pas si évidentes que ça ; ce qui ne l’empêche pas de se lire sans effort. Je ne peux cependant que difficilement cacher une certaine déception relative face à ce récit qui me paraît un poil surévalué (mais a-t-on le droit de dire que L’Étranger est un poil surévalué ? l’ai-je, en tout cas, moi, petit con de Nébal en petite forme ?). Un sentiment de « tout ça pour ça », quoi. Je ne regrette rien (non, rien de rien), mais voilà.

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"Les Sources de la honte", de Vincent de Gaulejac

Publié le par Nébal

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GAULEJAC (Vincent de), Les Sources de la honte, Paris, Desclée de Brouwer, coll. Sociologie clinique, [1996] 1997, 315 p.

 

Bon, vous m’en voudrez pas de faire mes devoirs à la maison ?

 

La honte, donc. « Une souffrance d’autant plus forte que par nature on en parle peu », et que Vincent de Gaulejac se propose d’étudier ici dans une perspective de sociologie clinique, au carrefour de la sociologie « traditionnelle » et de la psychanalyse.

 

L’ouvrage s’ouvre sur quatre études de cas permettant de mettre en évidence les diverses facettes de la honte (je dois confesser ne m’être un tant soit peu reconnu que dans le portrait d’Alain, où la honte se mêle de ridicule et d’exhibitionnisme) (ben oui). Il y a des caractéristiques communes : l’illégitimité, la défaillance parentale, l’infériorité, la violence, le déchirement, la déchéance, le non-dit, l’inhibition, autant de traits qui constituent un « méta-sentiment » fort complexe, qui peut prendre la forme d’une honte réactive ou d’une honte intériorisée.

 

L’auteur se penche ensuite sur les violences humiliantes. On fait tout d’abord ressortir deux caractéristiques : le processus d’instrumentalisation et l’absence de réciprocité. La honte est alors essentiellement décrite sous l’angle de la pauvreté, de la mendicité et de l’assistance. Puis – et c’est un peu le grand écart – Vincent de Gaulejac évoque les violences extrêmes (de la Shoah aux « enfants du placard »). Tout cela débouche sur une identité blessée, provoquant une souffrance objective et une souffrance subjective.

 

On passe ensuite à trois « biographies » d’intellectuels confrontés à la honte. Freud, tout d’abord, avec l’ambition comme réaction à l’humiliation, et la mise en évidence d’un véritable « complexe d’Hannibal ». Sartre, ensuite, qui évoque « la fulgurante décharge de la honte » ; or « c’est autrui qui me donne conscience d’exister »… Camus, enfin (sur lequel je reviendrai prochaînement), dont le parcours est marqué par la honte, celle-ci étant par ailleurs au cœur de La Chute.

 

Mais, au-delà de ces expériences particulières, il s’agit de souligner les caractéristiques du « nœud socio-psychique » constitué par la honte. On évoque tout d’abord les cinq « paliers de la honte », cinq moments décisifs : « le stade du miroir et l’entrée au monde par le narcissisme », « le stade œdipien ou la confrontation à l’interdit et l’ordre symbolique », « le stade des comparaisons, et la découverte du monde social à la fin de la période de latence », « le stade de l’adolescence lorsque s’affirment les choix sexuels et sociaux », et enfin « l’entrée dans la vie sociale pour les jeunes adultes, ou la quête d’une place et l’affirmation identitaire comme citoyen ». On passe ensuite au cœur du sujet, à savoir « l’intrication du sexuel et du social dans le symptôme », et l’approche « entre sociologie et psychanalyse », qui permet de s’interroger sur « l’intériorisation des contradictions sociales ».

 

Se pose alors la question du dénouement. On étudie tout d’abord le contrepoison qu’est l’ambition, avec notamment l’exemple… de Bernard Tapie. Bon, c’est pas pour moi… Sont ensuite envisagées les diverses réactions défensives : repli sur soi et secret (ça me parle déjà plus), alcoolisme, orgueil (« honte inversée »). Mais comment sortir véritablement de la honte ? Plusieurs pistes : levée du refoulement de l’imaginaire, émergence du sujet socio-historique, soutiens matériels et psychologiques (sortir de l’intériorisation par exemple par le militantisme… ou par l’humour, ce qui, là aussi, me parle davantage). Quoi qu’il en soit, on s’accorde sur l’importance de la parole publique (eh) et des récits de vie en groupe. Reste enfin à analyser les réactions à la honte, et enfin à se poser la question du contre-transfert.

 

Au final, un ouvrage d’une lecture intéressante et sans doute pertinent sur bien des points. Toutefois, je ne suis pas certain d’y trouver beaucoup de clés pour combattre efficacement ma honte…

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"Sur des mers plus ignorées", de Tim Powers

Publié le par Nébal

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POWERS (Tim), Sur des mers plus ignorées, [On Stranger Tides], traduit de l’anglais (États-Unis) par France-Marie Watkins, Paris, Bragelonne – Milady, [1988] 2011, [édition numérique]

 

Pfff…

 

Bon, je vais pas vous mentir et bricoler un compte rendu d’une honnêteté douteuse en pompant des éléments à droite à gauche (enfin, surtout à gauche, on ne se refait pas) : j’ai été une fois de plus victime d’un trou de mémoire. Mais un méchant, là ; à tel point que je ne me souvenais quasiment de rien concernant ce roman de Tim Powers ; seulement que je l’avais lu (oui), et que sur le moment j’avais trouvé ça sympa.

 

Alors je pourrais m’étendre sur les liens entre Sur des mers plus ignorées et la série « Pirates des Caraïbes » (qu’il a largement inspiré, officieusement d’abord, officiellement pour le quatrième épisode), voire évoquer (ça s’est vu) les « Monkey’s Island » (et j’ai effectivement de vagues souvenirs comme quoi ce serait pertinent, maintenant que j’y repense) ; je pourrais combiner un résumé en pompant comme un taré, parler de vaudou et de fontaine de jouvence, etc., mais ça ne serait pas d’une grande utilité : après tout, tout ça, vous pouvez le lire ailleurs.

 

Donc, je vais en rester là : Sur des mers plus ignorées m’a paru sympa sur le coup, mais j’en ai tout oublié un à deux mois plus tard ; est-ce que cela tient au roman en lui-même (c’est possible) ou à mon état personnel ces derniers temps (c’est probable), je n’en sais rien et ne le saurais probablement jamais. Mais voilà : trou noir.

 

J’en ai marre…

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"Daemone", de Thomas Day

Publié le par Nébal

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DAY (Thomas), Dæmone, Saint-Mammès, Le Bélial’, [2011] 2012, [édition numérique]

 

Les Thomas Day se suivent et ne se ressemblent pas (et c’est tant mieux). Entre La Maison aux fenêtres de papier et This Is Not America d’une part, et Du sel sous les paupières et Women In Chains d’autre part, j’avais laissé passer ce Dæmone, réédition augmentée du court roman Les Cinq Derniers Contrats de Dæmone Eraser. Avec ce roman indépendant prenant place dans le « cycle des Sept Berceaux », « l’histoire du futur » de l’auteur, celui-ci fait dans la science-fiction régressive, définitivement adolescente, mais avec ce qu’il faut de sexe et de sang (eh : c’est du Thomas Day, quand même). Tout juste ce qu’il me fallait, là, présentement. Alors hop (et plus vite que ça).

 

Il a été David Rosenberg. Il est mort. Il est maintenant Dæmone Eraser, un terrible gladiateur également connu sous le nom de « Golem de New Edo ». Une machine à tuer… mais pas totalement dénuée de sentiments. C’est qu’il aime toujours Susan, à l’heure actuelle en animation suspendue. Et il ferait tout (ou presque) pour la « ressusciter ». Et c’est pourquoi il va conclure un pacte faustien avec Lhargo, le Guerrier du Temps insectoïde. Cinq derniers contrats. Cinq cibles à abattre. « Pas d’enfants. Pas d’innocents. » (Tapette ! Même pas drôle…) Le reste, pas de problème. Et Dæmone Eraser de se mettre en route pour son baroud d’honneur, accompagné de ses « gardes du corps » l’überkriegrische Kimoko, femme fatale s’il en est, et l’homme-chat Gilrein. Va y avoir du sport…

 

SPLATCH !

 

Disons-le tout net : ce n’est pas pour Dæmone que Thomas Day restera dans l’histoire, et il n’y fait pas vraiment dans la finesse. Il en fout partout, oui ! Et ma foi, du coup, il atteint parfaitement son but : faire une pure SF pop-corn, largement décérébrée, et – lâchons le mot fatidique – divertissante. Et il fait ça très bien. C’est court, c’est dense, et il est impossible de s’y ennuyer. Aussi la naïveté du propos (oui, il me semble qu’on peut parler de « naïveté », même si c’est entre une éviscération et une sodomie à sec) n’est-elle en rien gênante. Elle participe du côté très ado de ce joyeux délire baignant dans les fluides corporels. Et dès l’instant que le lecteur est prêt, lui aussi, à conclure ce pacte faustien, il aurait bien tort de se plaindre parce que Dæmone ne révolutionne pas la pensée occidentale. C’est pas le propos. On est ici pour s’amuser et en foutre partout. Foutons-en donc partout.

 

SPLATCH !

 

Yeah.

 

Il en reste un peu, là, au fond.

 

SPLATCH !

 

Quel fond ?

 

Voilà. C’est ça, Dæmone. C’est con comme un balai (mais pourquoi un balai serait-il particulièrement con ?), mais ça fait du bien par où ça passe. Aussi pardonnera-t-on bien des choses à Thomas Day (je parle du contenu de ce roman, pas de Du sel sous les paupières), parce que de temps en temps, régresser, c’est bien bon.

 

Oh les jolies couleurs !

 

SPLATCH !

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"La Submersion du Japon", de Sakyo Komatsu

Publié le par Nébal

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KOMATSU (Sakyo), La Submersion du Japon, [Nihon Chinbotsu], édition adaptée et traduite par M. et Mme Shibata Masumi, Arles, Philippe Picquier, coll. Picquier poche, [1973, 1977, 1996, 2000] 2011, [édition numérique]

 

La science-fiction japonaise me rend curieux. Hélas, c’est pas évident d’en trouver de par chez nous. Mais s’il est un roman pour prétendre au titre de « classique » du genre, c’est probablement La Submersion du Japon de Sakyo Komatsu, qui me faisait de l’œil depuis pas mal de temps déjà.

 

La tectonique des plaques est une salope. Et elle pourrait bien, à terme, entraîner la disparition du Japon tout entier. C’est du moins le postulat de ce roman culte au Pays du Soleil Levant, qui nous invite à suivre plusieurs personnages confrontés à cet épineux problème. On en relèvera plus particulièrement trois : le pilote de bathyscaphe Onodera, le scientifique et spécialiste du volcanisme sous-marin Tadokoro, et enfin le mystérieux Watari, éminence grise qui semble tirer les ficelles de l’ensemble de la politique nippone. Ceux-ci, et bien d’autres, vont devoir ouvrir les yeux sur ce drame fou qu’est la disparition à terme de leur patrie.

 

Dès lors, tout s’enchaîne, avec un savoureux parfum de film-catastrophe des 70’s. Mais, disons-le tout net : si le succès de ce roman au Japon est fort compréhensible, tant son thème est prégnant, on ne saurait pour autant en faire une réussite. La forme pèche ; c’est rien de le dire, mais La Submersion du Japon est mal écrit (et/ou traduit ?). Et si on s’accroche, c’est au prix de bien des douleurs… Le roman est aussi maladroit que son thème est inquiétant et, des personnages plats au comportement parfois étrange au style général perclus de béquilles, on ne trouve pas grand-chose au final pour sauver le roman de Sakyo Komatsu. Une déception, du coup.

 

C’est d’autant plus regrettable que le thème est indéniablement fort ; aussi, de temps à autre, l’auteur touche juste malgré tout et parvient à faire vibrer une corde sensible. On ne saurait effectivement rester indifférent face au sort de ses compatriotes tel qu’il est décrit en ces pages ; cette « apocalypse partielle » suscite en effet bien des échos – les catastrophes ne manquent hélas pas qui, à terme, pourraient sonner le glas de l’archipel nippon.

 

Cependant, ainsi que j’ai déjà pu vous le faire entendre dans ces pages interlopes, c’est là un type de science-fiction que je ne peux tout simplement plus apprécier, et La Submersion du Japon n’atteint pas le niveau d’exigence que je me sens en droit de réclamer pour tout roman, quel qu’il soit. Aussi, si je ne regrette certainement pas de l’avoir lu – pour l’édification, si j’ose dire –, je ne saurais véritablement en conseiller la lecture. Dommage… mais les bonnes idées ne font pas tout, à mes yeux tout du moins.

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"New Cthulhu. The Recent Weird", de Paula Guran (ed.)

Publié le par Nébal

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GURAN (Paula) (ed.), New Cthulhu. The Recent Weird, [s.l.], Prime Books, 2011, [édition numérique]

 

LOVECRAFT IS NOT DEAD !

 

Mais là je ne vous apprends rien. C’est que le bonhomme, ce « Copernic littéraire » pour reprendre l’expression de Fritz Leiber, a révolutionné l’horreur en littérature, qu’elle tende vers la science-fiction ou le fantastique, et a laissé une empreinte plus que durable. Aussi, nombreux sont ceux qui ont marché (à plus ou moins bon droit, mais on y reviendra) dans les pas du géant. Il y avait, dès le vivant de l’auteur, un « cercle Lovecraft » ou un « Lovecraft Club ». Il n’est probablement pas nécessaire de mentionner ici le travail d’August Derleth, lequel, non content de faire connaître (ouééé) les œuvres de Lovecraft et parfois de les « achever » (hum…), a également publié, sous le nom générique de « Légendes du Mythe de Cthulhu », les nouvelles lovecraftiennes des membres de ce premier cercle, parmi lesquels on pourrait citer Robert E. Howard, Robert Bloch, Frank Belknap Long, etc. D’autres se sont mis plus tard à un semblable travail de compilation, tels Ramsay Campbell ou Robert M. Price. Il y a eu aussi des tentatives en solo, plus ou moins réussies (j’ai mentionné le cas de Brian Lumley…). C’est en effet le problème : de manière générale, le nom de Lovecraft est devenu une marque, apposée parfois sur tout et n’importe quoi, à plus ou moins bon droit, que ce bon droit tienne au caractère authentiquement lovecraftien du texte considéré, ou plus généralement à sa qualité intrinsèque. Aussi, les amateurs de Lovecraft et de lovecrafteries ont appris à se méfier des innombrables anthologies jouant de la filiation avec le « reclus » de Providence et avec ce qu’il est convenu d’appeler « Mythe de Cthulhu » (avec tout ce que cette expression a de derlethien).

 

Voici donc une nouvelle anthologie du genre, volumineuse ma foi, et consacrée aux créations les plus récentes du genre. Et là on reconnaîtra d’emblée qu’il y a du beau monde à l’affiche… Une chronique de ce beau volume chez l’ami Gromovar avait attiré mon attention sur la chose, et je dois dire, d’ores et déjà, que je n’ai pas été déçu. Loin de là ! J’aurais même envie de dire que j’ai rarement lu une aussi bonne anthologie, dans le genre lovecraftien, déjà, mais aussi – soyons fous – de manière plus générale. Certes, c’est peut-être le fan décérébré qui s’exprime, là, mais voilà : j’ai vraiment adoré ce New Cthulhu compilé par Paula Guran, dans lequel je n’ai trouvé qu’un seul texte véritablement et incontestablement mauvais. Le reste est au pire moyen, et souvent bon, voire excellent. Ben désolé, mesdames et messieurs, mais rares sont les anthologies qui peuvent prétendre à une telle réussite…

 

Mais arrêtons-là les salamalecs introductifs, et reprenons tous en chœur le mot d’ordre de cette anthologie : « WEIRD ! » Que ce soit drôlement horrible ou horriblement drôle, authentiquement lovecraftien ou simplement à coloration lovecraftienne, que ce soit le fond ou la forme qui témoigne de l’influence du maître, peu importe, dans un sens : il s’agit de faire ici dans le « weird », sous tous ses aspects.

 

Allez, hop, décortiquons. Passons sur « Introduction » de Paula Guran (pas inintéressante, cela dit), et abordons immédiatement le vif du sujet.

 

Commençons par le meilleur, tiens. La première nouvelle vraiment marquante est « Fair Exchange » de Michael Marshall Smith ; assez peu lovecraftienne sans doute, mais pleine de gouaille et tout à fait convaincante. « Mr. Gaunt » de John Langan, ensuite, est une chouette nouvelle mêlant Lovecraft et Henry James. Très sympa. On retourne à quelque chose de plutôt marrant avec « Bad Sushi » de Cherie Priest. Une évidence, quelque part… « A Study in Emerald » de Neil Gaiman est un chouette mélange de lovecrafteries et de Sherlock Holmes. Mais je l’avais déjà lu dans Des choses fragiles« Take Me to the River » de Paul McAuley est une chouette nouvelle musicale et psychotrope, avec une belle ambiance. Ensuite, j’ai adoré « The Essayist in the Wilderness » de William Browning Spencer. Beaucoup d’humour, une jolie plume, le résultat est très satisfaisant. « Shoggoths in Bloom » d’Elizabeth Bear mêle écologie des Shoggoths, racisme et esclavagisme. Pas mal du tout. « Details » de China Miéville (comme dans « the devil is in the details ») est un petit bijou. Ce type est écœurant, et montre une fois de plus qu’il est un des plus brillants auteurs d’imaginaire à l’heure actuelle. Autre franche réussite : « Another Fish Story » de Kim Newman, délire apocalyptique et hippie, avec dans les premiers rôles la « Family » de Charles Manson. Excellent. « Tsathoggua » de Michael Shea, malgré son titre, ne joue pas la carte lovecraftienne d’entrée de jeu. Mais c’est une très chouette nouvelle, avec ses p’tites vieilles et leurs p’tits chiens. « Mongoose » d’Elizabeth Bear & Sarah Monette mêle les influences (Lovecraft, Lewis Carroll, Rudyard Kipling, Alien, etc.) avec beaucoup de talent. Une réussite. Et l’anthologie de s’achever sur « A Colder War » de Charles Stross, histoire secrète de la guerre froide où Soviets et Ricains font mumuse avec des Shoggoths et compagnie. Une nouvelle absolument géniale, la meilleure du recueil avec celle de China Miéville.

 

Passons ensuite aux nouvelles qui sont correctes, voire plus, mais sans faire péter les scores non plus. L’anthologie s’ouvre sur Caitlín R. Kiernan et « Pickman’s Other Model (1929) » ; comme son nom l’indique, il s’agit d’une variation sur la nouvelle de Lovecraft « Le Modèle de Pickman ». Correct, sans plus. « The Vicar of R’lyeh » de Marc Laidlaw se contente d’être amusant. On sourit… « The Crevasse » de Dale Bailey & Nathan Ballingrud est une variation sur « Les Montagnes hallucinées », un de mes textes de Lovecraft préférés. Belle ambiance, mais j’avoue être sensible à ces récits polaires. « Old Virginia » de Laird Barron est une histoire d’opé noires. Correct, mais Charles Stross, dans le genre, fait beaucoup mieux en fin de volume. « Cold Water Survival » de Holly Phillips est une nouvelle variation sur « Les Montagnes hallucinées » ; alors, forcément… « The Great White Bed » de Don Webb est assez sympathique, et plutôt jolie. « Lesser Demons » de Norman Partridge est une apocalypse plus ou moins zombifique. C’est assez bourrin, mais ça se lit. « Grinding Rock » de Cody Goodfellow est une nouvelle étrange, dont je ne sais trop s’il faut la prendre avec humour ou pas, et si elle est réussie ou pas. L’ambiance est plutôt sympa, cela dit. « Head Music » de Lon Prater, malgré son vague érotisme guedin, est très anecdotique.

 

On passe au trou noir. J’ai eu quelques petits soucis de mémoire, ces derniers temps, et ça ne me facilite pas ce compte rendu, arf. Je préfère donc classer ici cinq nouvelles dont je ne me souviens pas assez pour pouvoir en parler honnêtement. « The Dude Who Collected Lovecraft » de Nick Mamatas & Tim Pratt, malgré son titre alléchant, ne m’a ainsi pas laissé le moindre souvenir. Bon… « The Oram County Whoosit » de Steve Duffy ne m’a pas laissé beaucoup de souvenirs non plus – le temps, quelle pute –, mais me semble que c’était pas mal du tout… « The Fungal Stain » de W.H. Pugmire ? Mais j’en sais rien, moi ! « Buried in the Sky » de John Shirley… ben j’en sais pas plus. Beuh… Idem pour « Bringing Helena Back » de Sarah Monette (j’ai honte).

 

Mais une seule véritable fausse note (donc). Les trous noirs ne doivent pas vous tromper : je me souviens au moins que les nouvelles qui en ont été victimes étaient au pire médiocres, et même généralement plutôt correctes. Mais on arrive ici au seul authentique ratage de cette anthologie, avec « The Disciple » de David Barr Kirtley, qui donne l’impression d’une mauvaise zèderie adolescente et qui, faute de goût suprême, ose être morale. Beurk. Celle-là, j’aurais préféré l’oublier, tiens…

 

Mais cette seule erreur ne change rien à l’essentiel : cette anthologie est dans l’ensemble d’un bon, voire très bon niveau. En matière de lovecrafteries, j’ai du mal à imaginer mieux. Autant dire que j’ai été plus que comblé par ce gros recueil bourré jusqu’à la gueule de bonnes choses, ou au pire de trucs sympas. J’en veux encore !

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"Discovering H.P. Lovecraft", de Darrel Schweitzer (ed.)

Publié le par Nébal

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SCHWEITZER (Darrel) (ed.), Discovering H.P. Lovecraft, [s.l.], Wildside Press, [1995] 2012, [édition numérique]

 

Oh ben tiens ! Un petit recueil d’essais sur Lovecraft, pour pas cher ? Je dis : « Banco. »

 

« Banco ! »

 

Commençons par le commencement, c’est-à-dire « Introduction. The Eternal Lovecraft », par Darrel Schweitzer, qui n’en est visiblement pas à son coup d’essai. Il va sans dire que je le rejoins dans son constat : quoi qu’en disent les mauvaises langues, « Lovecraft is the most important writer of supernatural horror fiction in English since Poe ». Et personnellement, je ferais bien dans le bourrin ultra-fanique, et j’enlèverais « in English since Poe ». J’assume. C’est que c’est bon, Lovecraft, tout de même.

 

Robert Bloch, le fameux auteur de Psychose, nous livre ensuite ses souvenirs de vétéran du cercle Lovecraft avec « Notes on an Entity ». On reste chez les Grands Anciens avec Fritz Leiber, Jr. et son « A Literary Copernicus », qui établit bien l’importance définitive du « reclus » de Providence. Tout cela se lit tout seul, même s’il y a de fortes chances pour que cela ne prêche que des convaincus.

 

Dirk W. Mosig, avec « The Four Faces of the Outsider », se penche (donc) sur « The Outsider » (« Je suis d’ailleurs », si j’ai bien tout compris ?) et ses différentes interprétations : autobiographique, psychanalytique, « antimétaphysique », et plus généralement philosophique. Intéressant et plutôt pertinent.

 

Avec « The First Lewis Theobald », R. Boerem se penche sur l’inspiration de Lovecraft pour un de ses pseudonymes. Ce qui m’a paru un peu vain…

 

Suit… H.P. Lovecraft himself, avec « Story-Writing », une lettre qui parle d’elle-même. Évidemment chouette.

 

Après quoi nous retrouvons Darrel Schweitzer, pour « Character Gullibility in Weird Fiction, or Isn’t Yuggoth Somewhere in Upstate New York? ». Là encore, le sujet de l’article est assez explicite. Ça se lit.

 

Arthur Jean Cox nous livre ensuite « Some Thoughts on Lovecraft », sur ses talents d’écrivain plus précisément. M’a pas vraiment marqué…

 

« The Derleth Mythos » de Richard L. Tierney rappelle utilement que bon nombre d’aspects du Mythe de Cthulhu – généralement pas les plus intéressants… – sont en fait l’œuvre d’August Derleth, et fait la part des choses. Un peu convenu, cela dit.

 

Suit un article que j’ai trouvé vraiment passionnant : « Genesis of the Cthulhu Mythos » de George Wetzel, sur l’impact de la mythologie grecque sur Lovecraft. Salutaire.

 

« Lovecraft’s Ladies », de Ben P. Indick, cherche à faire mentir la réputation de Lovecraft en ce qui concerne le rôle minime des personnages féminins dans son œuvre. C’est à mon sens un échec complet, à tel point qu’on pourrait y trouver des arguments en faveur de la thèse traditionnelle…

 

« When the Stars are Right » de Richard L. Tierney, à nouveau, sur les configurations astrologiques dans « The Call of Cthulhu », est le type même de l’article inutile. Nous n’avons pas besoin de cette érudition lovecraftienne-là…

 

Heureusement, on passe à quelque chose de bien plus intéressant avec « Lovecraft and Lord Dunsany » de re-Darrel Schweitzer, qui établit définitivement et intelligemment l’influence de l’auteur irlandais sur le pôpa de Cthulhu.

 

Un autre article fort bienvenu, même s’il peut fâcher (d’autant que son propos peut être étendu à la science-fiction en général), est « H.P. Lovecraft and Pseudomathematics » de Robert Weinberg, article qui se fonde essentiellement sur « Dreams in the Witch House » (« La Maison de la sorcière »). Très pertinent.

 

Après quoi S.T. Joshi, auquel on droit la biographie définitive de Lovecraft qu’il faudra bien que je lise un jour, livre une somme monstrueuse, même si d’un intérêt limité pour le lecteur francophone, avec « Textual Problems in Lovecraft: A Preliminary Survey ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est pointu (j’avais pas idée à quel point). Y a du boulot…

 

Suit une autre somme, avec « H.P. Lovecraft: The Books », le fameux « catalogue » des livres du Mythe établi par Lin Carter, corrigé et annoté par Robert M. Price & S.T. Joshi. Une aide de jeu bienvenue…

 

Et re-re-Darrel Schweitzer de conclure avec une bibliographie (anglophone, of course), « H.P. Lovecraft: A Basic Reading List ».

 

S’il y a du bon et du moins bon, le niveau reste dans l’ensemble très correct. Juste ce qu’il fallait pour les fans décérébrés dans mon genre.

 

Même si j’en veux encore.

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