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"La Fureur de Cthulhu", de Brian Lumley

Publié le par Nébal

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LUMLEY (Brian), La Fureur de Cthulhu, [The Transition of Titus Crow], traduit de l’anglais par France-Marie Watkins, Paris, Albin Michel, coll. Super-Fiction, [1975] 1977, 251 p.

 

« Nébal ? »

 

Oui ?

 

« Nébal. Faut qu’on parle. »

 

Mmmh ?

 

« C’est à propos de ton idée débile de passer tes vacances à enchaîner les lectures « festives, déviantes, stupides et vide-crâne, voire carrément perverses ». Je… ça pose problème. »

 

Oh ?

 

« Tu… tu te rends compte que tu lis vraiment de la merde ? »

 

Oh, oui !

 

« Et… que ton blog miteux est en train de perdre toute crédibilité, si tant est qu’il en avait une ? »

 

Yep. Uh uh.

 

« Non, mais, franchement, ça peut plus durer. Ce n’est pas sain. Tu es maso, ou quoi ? »

 

Peut-être un peu, oui. Mais ça me fait rire, aussi. Et…

 

« Et ? »

 

Et… et c’est QUE LE DÉBUT, MOUHAHAHA !

 

« Mon Dieu. Mais… »

 

Ta gueule. Je lis tout qu’est-ce que j’veux, d’abord. Et la descente aux Enfers ne fait que commencer (gnihihi). J’en veux pour preuve que j’ai lu le deuxième tome du « cycle de Titus Crow », bêtement intitulé en français La Fureur de Cthulhu (là encore, rien à voir avec le titre original, et pas grand-chose avec le contenu du bouquin, mais j’y reviendrai), et que je suis toujours vivant. Et là, pourtant, c’était vraiment très mauvais. Mais je sais quand même que d’ici à mon retour sur Paris, je vais très probablement lire PIRE ENCORE ! AH AHAHAHAH !

 

« Mais c’est dingue ! C’est obscène ! C’est… »

 

Mais ta gueule ! Parlons plutôt de ce bousin. La Fureur de Cthulhu, donc. Ou plutôt : The Transition of Titus Crow. Une chose indicible dédiée à H.P. Lovecraft, qui n’en demandait sûrement pas tant, et qualifiée en quatrième de couv’ de « vertigineuse épopée ». Car, qu’on se le dise : « Brian Lumley a donné au Réveil de Cthulhu la suite que tous les amateurs de fantastique attendaient. » Aha. Ce qui montre bien que je ne suis pas le seul pervers dans cette sphère littéraire.

 

Nous sommes dix ans après Le Réveil de Cthulhu (enfin, The Burrowers Beneath). Pile poil. Le précédent roman s’était achevé sur la destruction de Blowne House et la disparition de nos deux héros, Titus Crow, propriétaire des lieux, et son pote Henri-Laurent de Marigny. Ce qui appelait de toute évidence une suite. Mais quelle suite, mes aïeux ! Autant gommer d’entrée de jeu un vilain mensonge, tant qu’on y est : La Fureur de Cthulhu n’est pas un roman pour « les amateurs de fantastique ». C’est un pur roman de science-fiction, et de la plus laide eau.

 

Tout commence avec la « résurrection » (ou réapparition, comme on voudra) d’Henri-Laurent de Marigny. La première partie du roman, qui devrait en principe nous conter son lent retour à la vie, ne consiste en fait qu’en un grossier et interminable résumé de l’épisode précédent, qui en rajoute encore sur les plus mauvaises idées que ce glorieux prédécesseur avait déjà osé avancer (non mais franchement, déjà, les Anciens Dieux, bon – on y reviendra – ; mais la famille de Cthulhu !). C’est donc le plus nanardesque du Réveil de Cthulhu qui nous est longuement rappelé. Ce qui en dit déjà beaucoup sur la qualité de cette suite.

 

Mais le roman ne débute véritablement qu’avec le retour de Titus Crow. Et celui-ci de nous conter, via Marigny, sa longue odyssée à travers le temps, l’espace et les autres dimensions, à bord de sa mystérieuse horloge voyageuse en forme de cercueil. Et sa « transition ».

 

Et attention, c’est du lourd (dans tous les sens du terme). Cela nous vaut en effet un roman qui n’entretient qu’épisodiquement des rapports véritables avec le Mythe de Cthulhu. Certes, on croise bien, et à plusieurs reprises, les Chiens de Tindalos, qui harcèlent notre héros, ou encore la Grand-Race, et même Yog-Sothoth. Mais, au fond, tout cela n’importe guère. La Fureur de Cthulhu, très mal nommée donc, est bien avant tout un roman de science-fiction d’Ancien Régime, très popu, mais surtout très ringarde et dans l’ensemble très chiante, accumulant le déjà-lu avec une constance que l’on peut bien qualifier d’audace, à ce niveau. En avant, en arrière, sur le côté : tout cela a déjà été lu et relu cent fois en cent fois mieux, depuis Wells notamment, et on s’emmerde grave.

 

Même si des fois on rigole (c’est les nerfs). Et à la fin, on se bidonne carrément. Il faut lire, en effet, le récit par Super Titus Crow de son périple en Elysia, le domaine des Anciens Dieux (quelle idée à la con, décidément), où il retrouve son Élue des Dieux, Tiania, éperdue d’amour pour lui. C’est d’un bisounoursesque gnangnan à se rouler par terre. Et ça, très certainement, n’a pas grand-chose de lovecraftien (même quand Super Titus Crow, après avoir batifolé avec des dragons zozoteurs et compagnie, découvre le terrible secret de l’Ancien Dieu Kthanid, moment d’anthologie d’un ridicule achevé).

 

Saluons également la performance de la traductrice, qui parvient à livrer ici un « travail » encore plus ignoble que ce qu’elle avait déjà effectué pour le roman précédent, et c’était pas gagné. Bravo, Madame.

 

Inutile de s’étendre plus que de raison : La Fureur de Cthulhu est une vilaine bouse, qui tient en outre à peu de choses près de l’escroquerie pure et simple (remboursez !). Contrairement au Réveil de Cthulhu et, dans un autre genre, à Légende de David Gemmell, ce roman pathétique n’offre pas au lecteur ce qu’il était venu chercher. Et ça, c’est mal.

 

Mais ça ne m’empêchera pas de lire la suite, à savoir Les Abominations de Cthulhu (j’en frémis déjà), parce que c’est le jeu. J’espère cependant qu’il y aura un peu plus de Mythe dedans, même mauvais. Parce que merde, quand même. Je le veux, mon nanar cthuloïde !

 

« Pervers. »

 

Ta gueule.

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"Légende", de David Gemmell

Publié le par Nébal

Legende.jpg

 

GEMMELL (David), Légende, [Legend], traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Alain Névant, Paris, Bragelonne – Milady, [1984, 2000, 2008] 2009, 511 p.

 

Ah ben voilà un bouquin dont au sujet duquel que pour en rendre compte, ben qu’il me fallait au moins les 30 points de QI supplémentaires qu’on m’a généreusement offerts pour la Nouwël, tiens !

 

Que je vous explique.

 

Légende, premier roman de David Gemmell, et fondateur du « cycle Drenaï », n’a rien à voir avec le film éponyme de Ridley Scott. Ici, on ne fait pas dans la fantasy pour fillettes, avec Tom Cruise et autres nabots. Nan. Ici, fantasy-BASTON ! Avec MUSCLES ! Et COUILLES !

 

BEUAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARH !!!

 

 

Reprenons plus calmement.

 

Nébal, de temps à autre, aime bien l’heroic fantasy où c’est qu’on tranche des têtes, et notamment la sword’n’sorcery bien barbare. Nébal adorer « Conan », adorer « Kane ». Aussi, un jour ou l’autre, je devais nécessairement me taper du David Gemmell. C’était fatal. La curiosité a bien fini par l’emporter, et c’est tout naturellement que Légende (sous-titré « l’ultime combat ! », comme un fantabuleux nanar) a trouvé sa place dans mon cycle de lectures festives, déviantes, stupides et vide-crâne, voire carrément perverses. Une expérience.

 

Résumons la chose (ça ira vite). Légende, c’est d’abord et avant tout Druss. Que c’est lui, la Légende. Pour vous le présenter rapidement, disons qu’il s’agit d’une sorte de Cohen le Barbare en moins sympathique (mais pas moins rigolo), avec une touche de John Rambo. Vieux guerrier arthritique qui a quasiment pris sa retraite là haut sur la montagne, il attend la mort. Et il va bien trouver une occasion de précipiter les événements, et de ressortir sa bonne vieille hache.

 

En effet, Ulric, Khan des Nadirs fourbes (ils ont des yeux bridés ; c’est pas parce qu’on s’appelle Ulric qu’on ne peut pas avoir des yeux bridés, arrêtez tout de suite), a réussi à fédérer les tribus des steppes, et avance avec une armée de 500 000 hommes sur la forteresse de Dros Delnoch (pas de doute, on est bien dans un roman de fantasy), qui garde l’entrée de l’Empire drenaï (ou de ce qu’il en reste). La Dros n’abrite que quelques milliers de soldats, pour la plupart des fermiers inexpérimentés. Autant dire qu’ils vont se faire méchamment écraser la gueule.

 

Sauf que Druss rapplique. Et Druss avoir MUSCLES ! Et COUILLES !

 

BEUAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARH !!!

 

 

Pardon.

 

N’empêche que voilà : Légende, c’est grosso merdo 300 pages de préparatifs (avec Druss, mais aussi une multitude d’autres figures, même si l’on en retiendra surtout le voleur berserk Rek, sa compagne Virae, et les Trente, templiers menés par un albinos – tiens, original…), et 200 pages de baston. Ça charcle sévère. « Quand Conan rejoint Fort Alamo », nous dit-on. Oui, certes, pourquoi pas. Mais, pour ma part, j’aurais plutôt envie de comparer Légende à 300 : en effet, comme 300, Légende est sacrément crétin, passablement jouissif, et un peu facho quand même. Certes, à la différence de 300 (je parle bien entendu de la chouette BD de Frank Miller, pas du navet « réalisé » par ce tâcheron de Zach Snyder), Légende sacrifie à peu près tout sur l’autel de la seule efficacité. Le roman n’a rien d’original, n’est certainement pas subtil, n’a rien de beau, est écrit de manière purement utilitariste (avec plein de dialogues) et traduit à l’arrache, construit de manière contestable, les personnages y sont des clichés sur pattes (même si Druss ne manque pas de charisme, reconnaissons-le), les situations sont vues et revues… Et pourtant, ça marche.

 

Zarbi.

 

Mais, oui, le fait est qu’on se prend d’enthousiasme pour Druss et ses potes, et qu’on s’imagine bien beugler à son tour sur les six murailles de Dros Delnoch. On ressent chaleureusement l’atmosphère si gay friendly de franche camaraderie virile qui règne dans les casernements, odeur de vestiaire incluse. « Ma-cho, ma-cho man ! » D’ailleurs, tant qu’on y est, on notera au passage le caractère fondamentalement navrant des (très rares ; seulement deux parmi les principaux) personnages féminins du roman, qui n’ont guère d’alternatives : ce sont des salopes et/ou des infirmières. Mais bon, passons ; après tout, par définition, même psychopathes, elles manquent de MUSCLES ! Et de COUILLES !

 

BEUAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARH !!!

 

 

Aheum.

 

Efficacité, donc. Parce que oui, David Gemmell, à défaut d’autre chose, sait aller à l’essentiel et emporter son lecteur. Le fait est que ça marche, et que j’ai dans l’ensemble pris beaucoup de plaisir à suivre le siège de Dros Delnoch. En tout cas, je ne me suis pas ennuyé un seul instant, et c’est déjà pas mal.

 

 

Cependant…

 

[SPOILER !]

 

… il faut bien reconnaître que la fin gâche un peu tout, tant elle est ridicule, lamentable, pathétique, invraisemblable et conne. Si j’étais aussi macho que ses personnages, je dirais volontiers que David Gemmell, pour le coup, n’en a pas eu, de COUILLES !

 

BEUA…

 

 

Non, pas cette fois, justement.

 

Et c’est sacrément dommage. Parce que sans ça, Légende, si l’on n’en fera pas un roman exceptionnel, serait vraiment un divertissement plus qu’honorable, et même tout à fait correct.

 

Bon, n’exagérons rien : dans la mesure où ce ne sont que les vingt ou trente dernières pages qui sont vraiment à chier, on peut dire, allez, soyons bon prince, que Légende est bel et bien un divertissement plus qu’honorable, et même tout à fait correct. Je ne vais pas bouder mon plaisir déviant. Et j’ajouterais même que ça m’a donné envie, comme ça, à l’occasion, de lire d’autres bouquins de David Gemmell. Pourquoi pas, hein ? Après tout, de temps en temps, ça fait du bien, un peu de MUSCLES ! Et de COUILLES !

 

BEUAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARH !!!

 

 

BEUAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARH !!!

CITRIQ

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"Le Réveil de Cthulhu", de Brian Lumley

Publié le par Nébal

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LUMLEY (Brian), Le Réveil de Cthulhu, [The Burrowers Beneath], traduit de l’anglais par France-Marie Watkins, Paris, Albin Michel, coll. Super-Fiction, [1974] 1976, 247 p.

 

Ouééééééééééé ! C’est les vacances ! L’esprit de Nouwël descend sur moi ! Du coup, j’ai envie de lectures festives, déviantes, stupides et vide-crâne. Voire carrément perverses.

 

MORT À LA LITTÉRATURE !

 

Là, présentement, je veux du gros qui tache. Pas envie de me prendre la tête avec des choses aussi superflues que la beauté ou l’intelligence. Pas envie de bons livres, en fait. Envie de trucs efficaces, même cons. Et va y avoir du lourd, autant vous le dire de suite.

 

FUYEZ, PAUVRES FOUS !

 

Mouhahahaha.

 

 

Gnihihihihihi.

 

 

Ben, par exemple, j’avais envie de me refaire le « cycle de Titus Crow » de Brian Lumley, que j’avais hâtivement parcouru étant gosse dans une édition « abominable » au Fleuve Noir. Je me suis donc pris les cinq bouquins parus dans la très kitsch collection Super-Fiction, histoire de.

 

Et là, j’aimerais m’attarder un peu sur l’emballage de ce premier tome qu’est Le Réveil de Cthulhu, parce que c’est quand même un beau cas-limite. Maquette et illustration hideuses, coquille sur le nom de l’auteur, titre français crétin et racoleur qui n’a rien à voir, ni avec l’original, ni avec le contenu du bouquin, et savoureuse présentation de l’auteur, que je ne peux m’empêcher de vous livrer in extenso :

 

« Brian Lumley, bien que né exactement neuf mois après la mort de H.P. Lovecraft, nie être la réincarnation de l’âme hallucinée du Maître de l’horreur.

 

« Les apparences, notamment la passion évidente de Lumley pour le mythe de Cthulhu et le fait qu’il est de plus en plus souvent reconnu comme l’héritier du talent littéraire de Lovecraft, tendraient plutôt à témoigner du contraire.

 

« D’autant que Lumley n’est pas un simple imitateur mais un innovateur génial dans la science-fiction fantastique, que Lovecraft lui-même aurait été heureux de saluer. »

 

 

And my ass, is it some chicken ?

 

Ça pousse quand même bien mémé dans les shoggoths. N’exagérons rien, donc, et essayons d’envisager plus sereinement ce roman de Brian Lumley. Oui, il s’agit bien d’un héritier de Lovecraft ; mais de sa création, pas de son talent littéraire ; et encore faut-il reconnaître que cette succession s’est faite via August Derleth, dont Lumley reprend certaines mauvaises idées, s’éloignant du rationalisme et du matérialisme de l’horreur cosmique lovecraftienne stricto sensu (même s’ils ressurgissent à l’occasion, comme, par exemple, dans la perception d’Azathoth, ici). Ainsi, on retrouve ce fâcheux panthéon « élémentaire » typiquement derlethien, et, pire encore, cette quasi-trahison qu’est l’intervention d’Anciens Dieux « bons » contre les maléfiques Grands Anciens… Méfiance, donc.

 

Nous avons deux héros, deux occultistes chevronnés : Titus Crow, donc, et son ami Henri-Laurent de Marigny (le fils du pote à Randolph Carter). C’est essentiellement à travers les carnets de Marigny que nous vivrons la terrible aventure qui va, pour la première fois, confronter véritablement les deux hommes au Mythe, aux terribles DCC (Divinités du Cycle de Cthulhu) (si). Mais de Cthulhu à proprement parler, et a fortiori de son réveil, il ne sera en fait quasiment pas question dans ce roman, qui tourne principalement autour des Cthoniens et de leur vilain pas beau de pater, l’indicible Shudde-M’ell. Affaissements de terrain et étranges secousses sismiques ont mis la puce à l’oreille de Crow ; et il en est arrivé à cette conclusion effroyable :

 

LES CTHONIENS ENVAHISSENT LA GRANDE-BRETAGNE !

 

Horreur ! Malheur ! Il faut faire quelque chose ! Et Titus Crow et Henri-Laurent de Marigny de partir en croisade contre les terribles Fouisseurs des profondeurs. Voilà, en gros, pour le pitch.

 

Comme vous l’aurez compris, Le Réveil de Cthulhu, ou plutôt The Burrowers Beneath, s’il s’inscrit bien dans la tradition lovecraftienne, le fait un peu à la manière d’un Stuart Gordon au cinéma : on fait ici, plus que dans le pastiche « sérieux » de ce qui relevait bel et bien d’une forme de littérature populaire, dans la franche bisserie tendance feuilletonesque, avec plus ou moins de talent. Aussi le roman oscille-t-il tout du long entre série B plus qu’honnête, voire jubilatoire (si), et série Z consternante, en se tapant quasiment tout l’alphabet en cours de route. Certains passages, les plus lovecraftiens d’ailleurs, sont très réussis : cela vaut notamment pour tout le début du roman, et en particulier pour ce moment d’anthologie qu’est le récit de Paul Wendy-Smith, qui dévoile la sinistre réalité derrière les Fragments de G’harne.

 

Hélas, au fur et à mesure que l’on avance dans le roman, l’investigation cède le pas à l’action, et Lumley fait de plus en plus péter les effets spéciaux. Mais le manque de budget se ressent, et certaines scènes qui se voudraient terrifiantes se révèlent en définitive plus ridicules qu’autre chose…

 

Dommage, parce que, en dépit de ses nombreuses « imperfections » (le mot est un peu faible) et d'un style lamentable remarquablement rendu par une traduction abjecte, The Burrowers Beneath se lit plutôt bien : on tourne les pages l’air de rien, et on respire avec bonheur les effluves de bière et de pop-corn. Lovecraft, contrairement à ce que prétend la quatrième de couv’, s’en est peut-être à l’occasion retourné dans sa tombe, mais pourtant, c’est à bon droit que l’on fait de Lumley un des plus célèbres (sinon des plus talentueux) continuateurs de l’œuvre du Maître de Providence. Bon, on a plus l’impression, parfois, de lire un compte-rendu d’une partie de L’Appel de Cthulhu qu’un véritable récit lovecraftien, mais, dans l’ensemble, on s’amuse bien, et on apprécie, du moins dans la partie « investigation » du roman, la manière dont l’auteur reprend à son compte les codes du Mythe.

 

Bien entendu, je ne saurais faire de ce Réveil de Cthulhu une lecture recommandable. Je suis très bon public, là, comme vous l’aurez deviné (et ça vaudra pour mes autres comptes-rendus pervers) ; objectivement, je devrais plutôt reconnaître que tout cela n’est « pas très bon »… Mais je me suis bien marré quand même, parfois aux dépends du bouquin certes, mais peu importe au final : bière, pop-corn, tout ça… Je n’en demandais pas plus. Alors je vais bel et bien jouer le jeu du cliffhanger final, écrivant à peu de choses près en lettres capitales « SUITE AU PROCHAIN ÉPISODE », et poursuivre le cycle avec La Fureur de Cthulhu.

 

Burp…

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"Berazachussetts", de Leandro Avalos Blacha

Publié le par Nébal

Berazachussetts.jpg

 

ÁVALOS BLACHA (Leandro), Berazachussetts, [Berazachussetts], traduit de l’espagnol (Argentine) par Hélène Serrano, postface d’Hélène Serrano, Paris, Asphalte, [2007] 2011, 185 p.

 

Voilà un livre que l’on m’a fort bien vendu. En effet, dès avant sa parution, on m’avait assuré qu’il y aurait dedans des pingouins, des zombies et des paralytiques. Or Nébal aime les pingouins, les zombies et les paral…

 

 

Broumf.

 

Disons que ce livre, si le programme était bien respecté, était a priori fait pour moi. Et c’était en outre l’occasion de découvrir enfin les éditions Asphalte, dont j’ai accumulé plusieurs ouvrages sans trouver d’opportunité pour les lire (honte sur moi). Ayé, le tort est réparé (enfin, en partie…), Berazachussetts est lu, et je peux dire, après en avoir quelque peu douté, que le programme a bien été respecté. Oui, on trouve dans le roman de Leandro Ávalos Blacha (pourrait pas s’appeler Jean-Pierre Martin, comme tout le monde…) des pingouins, des zombies et des paralytiques. Mais aussi bien d’autres choses. C’est rien de le dire, que ça foisonne dans ce court bouquin. Il en retire quasiment un côté picaresque, ou hystérique, c’est selon.

 

Aussi n’est-il pas très évident de le présenter, ou a fortiori d’en résumer l’intrigue, au-delà de cette sentence qui aurait déjà dû vous convaincre de vous précipiter dessus : dedans, il y a des pingouins, des zombies et des paralytiques.

 

Oui.

 

Bon, essayons tout de même. Nous sommes à Berazachussetts, une sorte de banlieue de Buenos Aires fantasmée (voir la postface pour les « précisions » – façon de parler – cartographiques de cette géographie décalée). Quatre cûpines, anciennes instits à la retraite et toutes veuves, vivent ensemble : Dora, Milka, Beatriz et Susana. Un jour, elles tombent par hasard sur Trash, une zombie punk et obèse qui se promène les énormes nichons à l’air, et décident de la ramener chez elles, parce qu’elle a quand même un peu l’air dans un sale état.

 

En fait de zombie, Trash n’a pas grand-chose à voir avec les classiques vaudous ou romeriens : certes, elle est anthropophage, mais elle pense, parle, boit de la bière et pogote sur les Misfits. Quelqu’un de bien, donc. Ce qui en fait quelque peu une exception dans cet univers sordide où les psychopathes se rencontrent par paquet de dix, jusque dans le petit groupe des cûpines.

 

Sans rentrer dans les détails, disons que ce petit groupe va – sévèrement – battre de l’aile, que ça va se séparer dans les insultes, et que ça va – de manière générale – charcler pas mal, dans une ambiance de délire généralisé, jusqu’à une conclusion nécessairement apocalyptique. Ben oui. Mais d’ici là, on aura croisé un ancien maire pervers qui fait du tourisme chez les pauvres, son fiston qui tourne des snuff movies, des pingouins en vitrine (parce que c’est chouette), des vieux et des cadavres révolutionnaires, et un gang d’handicapés très Action mutante versant faf, mené par la terrible et omnisciente et paralytique Periquita (hi hi hi).

 

Mais c’est complètement n’importe quoi, ma parole !

 

Eh bien, oui et non. C’est, d’une part, un grand nawak jubilatoire, qui se savoure comme une comédie horrifique de la plus belle eau et du plus mauvais goût (miam), et, d’autre part, sous la couche de réjouissant délire, un tableau acide et sans appel de l’Argentine contemporaine, pays qui en a chié, c’est le moins qu’on puisse dire. Entre cumbia et bidonvilles, cartes postales et réalités moins glop, Leandro Ávalos Blacha dresse mine de rien un constat passablement putride d’une société en décomposition, bouffée par la crise, la misère et la corruption, une société anarchique dans le mauvais sens du terme, appelant l’anarchie dans un sens autrement plus laudatif.

 

Et ça marche parfaitement. Sans être le livre de l’année, Berazachussetts remplit parfaitement son office sur tous les plans. Il part dans tous les sens, mais c’est tant mieux – comme ça, on voit du pays. Et on s’amuse beaucoup, on éclate même parfois de rire, tout en devinant sous la chouette mauvaise blague quelque chose de plus grinçant et nettement moins enthousiasmant.

 

Servi par une plume limpide et d’une fluidité tout à fait remarquable (mais qui, je dois dire, m’a semblé étrangement pudibonde par moments), Berazachussetts se dévore comme un humain encore chaud. On y trucide dans la joie, on s’y lâche pour exaucer tous ses rêves, mesquins ou pas, et, de manière générale, on se fait plaisir. L’auteur aussi, sans doute, et le lecteur itou.

 

Alors lisez Berazachussetts : un roman qui fait du bien, mais pas que, avec dedans des pingouins, des zombies et des paralytiques, mais pas que. Et comme ça fait déjà pas mal, je ne vois pas de raison de bouder son plaisir.

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"L'Horreur tropicale", de William H. Hodgson

Publié le par Nébal

L-Horreur-tropicale.jpg

 

HODGSON (William H.), L’Horreur tropicale et autres nouvelles, traduit de l’anglais et préfacé par François Truchaud, [s.l.], Terre de brume, coll. Terres fantastiques, 2011, 119 p.

 

Ça commençait à faire pas mal de temps qu’on me disait qu’il fallait que je lise un de ces jours William Hope Hodgson. Ma passion pour Lovecraft n’y était bien sûr pas étrangère, mais je crois que le véritable déclencheur a été ma lecture de l’excellent La Peau froide. Encore fallait-il qu’une occasion se présente, du fait de la bête organisation scientifique de ma commode de chevet… Occasion il y eut, avec la publication par Terre de brume, qui a déjà plein de titres de l’Anglais au compteur, de L’Horreur tropicale et autres nouvelles, petit recueil de sept histoires courtes, a priori bien représentatif de l’œuvre du bonhomme.

 

D’où un thème dominant : la mer. Terrifiante. Fascinante et mortelle. Les souvenirs de l’auteur, de son expérience de huit ans dans la marine, ont profondément marqué l’ensemble de son œuvre, et ce recueil en témoigne à coup sûr : cinq des sept nouvelles ici reprises ont la mer pour cadre (et une sixième tourne encore autour de l’eau). La mer, donc. Porteuse de malédictions indicibles, recelant des monstres invraisemblables, ou devenant elle-même un monstre, ou en suscitant parmi les hommes ; la mer, lieu propice à l’aventure fantastique, assurément.

 

On commence avec une nouvelle de « jeunesse » (enfin, 30 ans…), la deuxième de l’auteur, « L’Horreur tropicale » : un texte qui n’est certainement pas sans faiblesses, et accuse l’âge et surtout l’inexpérience de son auteur. Pas d’intrigue, à vrai dire, dans cette nouvelle qui démarre sur les chapeaux de roues et va à l’essentiel. Juste un motif : un monstre répugnant surgit dès la première page de la mer, et s’en prend aux pauvres marins sans défense du Glen Doon. Un peu maladroit, donc, et pourtant d’une efficacité certaine : la nouvelle, avec ses défauts, contient amplement de quoi glacer le sang. Quant au lien avec l’œuvre ultérieure de Lovecraft, il est ici indéniable et saute aux yeux.

 

Le court texte qu’est « Une voix dans la tempête », de même, n’est pas sans défauts et se réduit à un motif : la communication d’un homme perdu dans une tempête qu’il sait devoir mettre fin à ses jours. Mais là encore, le tableau est saisissant, et, si l’on fait abstraction de quelques philosopheries peu convaincantes, l’horreur, bien présente, s’empare du lecteur et ne le lâche plus.

 

« À la recherche du Graiken » est peut-être bien la nouvelle qui m’a le plus séduit dans ce recueil, malgré un happy end qui nuit un peu à la force de l’ensemble. Ce texte est cependant remarquablement construit, et contient de très belles idées, de la communication « télépathique » entre une femme et son époux à la description hallucinée de la mer des Sargasses. Une vraie réussite.

 

On change complètement de registre avec l’intrus du recueil, « Éloi Éloi lama sabachthani ». Une étrange nouvelle oscillant entre science-fiction et fantastique, où un sympathique savant fou reproduit les derniers instants du Christ. Le postulat vaut ce qu’il vaut, mais Hodgson fait montre ici d’un véritable don pour rendre la douleur dans ce qu’elle a de plus terrifiant.

 

« Le Réservoir de la peur » est une enquête policière mêlée de science-fiction, à nouveau éloignée de la mer. Assez prévisible et somme toute peu convaincante, c’est probablement la nouvelle la moins intéressante du recueil, à mes yeux en tout cas. Ce qui n’en fait pas un échec total pour autant.

 

Mais c’est décidément sur la mer que William Hope Hodgson peut faire la démonstration de tout son talent. En témoigne aussitôt « L’Albatros », qui met du temps à démarrer et est là encore un peu gâché par un happy end, mais contient un superbe tableau d’horreur avec sa horde de rats grouillant sur le pont d’un navire où survit contre tout espoir une jeune femme…

 

Reste enfin « Le Fantôme du Lady Shannon », qui vaut à mon sens surtout pour sa condamnation sans appel des brimades infligées aux marins, et en premier lieu aux novices, par des officiers sadiques. Un texte qui sent l’expérience personnelle, et produit donc son petit effet, même si on peut à bon droit le trouver plus faible que les nouvelles maritimes plus résolument horrifiques qui ont précédé.

 

Un recueil qui n’est pas sans défauts, donc, mais qui m’a plus que séduit. Il y a effectivement un vrai talent chez Hodgson, et certains passages de ces nouvelles constituent du « pré-Lovecraft » de la plus belle eau. Aucun doute, j’y reviendrai.

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"Yue Laou. Le Faiseur de lunes", de Robert W. Chambers

Publié le par Nébal

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CHAMBERS (Robert W.), Yue Laou. Le Faiseur de lunes, [The Maker of Moons], traduit de l’anglais (États-Unis) par Achille Laurent et Louis-Martin Dupont, revu et complété par Norbert Gaulard et Jean-Daniel Brèque, postface de Michel Meurger, illustrations de Lancelot Speed, Cadillon, Le Visage Vert, [1896] 2009, 100 p.

 

Je plaide coupable : je n’ai entendu parler que tardivement de Robert W. Chambers et, comme beaucoup de monde j’imagine, essentiellement pour son mythique (si j’ose dire…) Le Roi en jaune, qu’il faudra bien que je lise un de ces jours. Mais cette œuvre a peut-être phagocyté le reste de la production de ce « dilettante du fantastique et du macabre », qu’il pourrait être bon de redécouvrir. C’est ce que nous proposent les gens bien du Visage Vert en nous offrant (enfin, non, en nous vendant, faut pas déconner non plus) cette étrange nouvelle qu’est Yue Laou. Le Faiseur de lunes, publiée originellement dans le English Illustrated Magazine en 1896.

 

Dans la mesure où il s’agit d’un texte fort court, il est bien entendu hors de question d’en fournir ici un résumé. Contentons-nous donc de dire que l’on y croisera, sur fond de parties de chasse, des bestioles éminemment répugnantes tenant « de l’oursin, de l’araignée… et du diable », des bouilleurs d’or, une clairière hors du temps, et une louche de péril jaune, ce qui en fait bien un texte de son temps.

 

Un texte étrange, déstabilisant, et d’une richesse peu commune, oscillant entre un certain naturalisme qui n’a pas été sans me faire penser à l’Algernon Blackwood de L’Homme que les arbres aimaient et dérèglement des sens pré-surréaliste et décadent, très « fin de siècle ». Une nouvelle fantastique complexe et marquante, jouant sur une multitude de registres, et préfigurant bien des œuvres ultérieures, dont celle, bien sûr, de Lovecraft. La construction est exemplaire, le style détonnant et dérapant dans les excès, mais finalement très savoureux. Les idées ne manquent pas, et le résultat est plus que satisfaisant.

 

Difficile, hélas, d’en dire plus ici, sous peine de déflorer excessivement l’intrigue… Quant à analyser l’œuvre, qui saurait prétendre faire mieux que l’indispensable Michel Meurger dans sa passionnante postface, toujours aussi bluffant d’érudition ? Certainement pas moi… Je vous renvoie donc in fine à ce précieux complément d’un livre précieux, et m’en tiendrai là.

 

N’empêche, va bien falloir que je le lise un jour ce foutu Roi en jaune, par Hast…

 

* plop *

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"Le Prince des loups", de Dave Gross

Publié le par Nébal

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GROSS (Dave), Le Prince des loups, traduit de l’anglais (Canada) par Aurélie Pesséas, Lyon, Black Book, coll. Pathfinder Romans, 2011, 353 p.

 

Je vous arrête tout de suite, je sais ce que vous pensez : « Quoi ? Encore une licence ? Après la désastreuse expérience de La Cité infernale, Nébal remet le couvert ? Pfff… » C’est pas faux. Mais rappelez-vous : Nébal est un con, un faible, probablement un brin masochiste, etc.

 

Et pis merde, je lis ce que je veux, d’abord ! Et en ce moment, à l’approche des fêtes, j’ai envie de facile, léger, potentiellement stupide, mais distrayant. Alors je tente.

 

 

Et vous plaignez pas, parce que pendant les vacances, ça sera pire encore. Mouhahaha.

 

Mais donc. Dave Gross, Le Prince des loups. Un roman du jeu de rôle Pathfinder, comme vous l’avez très vite remarqué. Ce qui, il est vrai, n’augure en temps normal rien de bon. Mais voilà : j’aime l’univers de Golarion, et j’étais curieux. Et puis je suis assez d’accord, finalement, avec ce blogueur (c’était sur Hugin & Munin, je crois) disant en substance qu’il valait mieux une licence honnête qu’une bouse autonome. Alors j’ai essayé ce premier roman de la gamme, comme ça, pour voir.

 

Ben vous savez quoi ? C’est même pas si mauvais que ça, en fait. C’est même un divertissement tout ce qu’il y a de correct, pile poil ce que je cherchais (sans trop y croire, j’avoue).

 

Le roman prend place en Ustalav, la contrée « gothique » de la mer Intérieure, en Avistan. Ce fut le lieu de batailles épiques contre la terrible liche appelée le Tyran qui murmure, qui dort depuis sous sa forteresse de Gibet, surveillée par les croisés de Dernier-Rempart. Mais si la liche ne s’est pas manifestée depuis bien longtemps, l’Ustalav reste une terre dangereuse, riche de secrets plus ou moins avouables et de mystères à même de ravir les aventuriers les plus inconscients/enthousiastes. Les Éclaireurs, par exemple.

 

Et justement, il se trouve qu’un Éclaireur a disparu en effectuant une mission en Ustalav. Son Capitaine, le comte de Chéliax demi-elfe Varian Jeggare, décide aussitôt de mener l’enquête, accompagné de son fidèle garde du corps aux origines diaboliques, Radovan. Joli duo que celui formé par ces deux personnages, l’aristocrate ex-mage arrogant et condescendant mais subtil, et la brute damnée qui, malgré sa malédiction et son passé tumultueux, se révèle bien loin d’être un mauvais bougre. Les deux font la paire, et nous suivrons leurs aventures en alternant les points de vue, un chapitre sur deux.

 

Procédé classique, mais plutôt bien géré ici, et d’autant plus indiqué que, très tôt, nos deux héros se trouvent séparés, chacun étant persuadé de la mort de l’autre. Varian Jeggare se retrouvera dans un château terriblement gothique et franchement inhospitalier, à enquêter sur la disparition de son Éclaireur ; mais il comprendra bien vite qu’on lui cache pas mal de trucs, et que l’ersatz de la noblesse ustalavienne qui l’héberge a potentiellement bien des choses à se reprocher… Radovan, de son côté, est récupéré et soigné par la guérisseuse revêche et muette Azra ; mais, surtout, il aura maille à partir avec une meute de loups-garous sczarnis… dont il deviendra par la force des choses le chef, lui, l’éternel valet ; et de s’interroger sur ses mystérieux ancêtres en Ustalav, qui pourraient bien ne pas être exactement n’importe qui.

 

Bien évidemment, les deux personnages seront amenés à se retrouver. Mais ce ne sera pas pour autant la fin de leurs ennuis. C’est qu’ils ont soulevé un gros lièvre, fait une découverte fondamentale sur l’histoire de la région, et mis à jour un secret que d’aucuns préfèreraient laisser enterré à jamais…

 

Ben ça marche, en fait. Contrairement à ce qui s’était produit avec Greg Keyes pour La Cité infernale, l’univers est ici pleinement utilisé, et à bon escient. Les personnages sont fort réussis, et, si le style est passablement atroce (mais là je crains que la traduction soit largement en cause) et si le roman souffre de quelques petits défauts de construction (notamment une tendance à user de manière peu convaincante des flash-backs et flash-forwards), le fait est que l’on se prend au jeu (si j’ose dire) et que l’on ne s’ennuie pas.

 

Alors, évidemment, tout cela n’a rien d’exceptionnel, et je ne saurais véritablement en recommander la lecture ; je ne vais certes pas, a fortiori, crier au génie, ou m’ébaubir devant la stupéfiante originalité de la chose, ce qui serait un peu pousser mémé dans le piège FP 14. Non, ce Prince des loups n’a rien de génial, et n’est certainement pas bien original. Mais, en même temps, ce n’est pas ce qu’on lui demande… Et le contrat est rempli, de manière parfaitement honnête. Le résultat s’avère tout à fait distrayant, et meilleur que ce que j’en attendais. Autant dire que ce petit roman de gare s’est révélé être plutôt une bonne surprise, surtout si l’on prend en compte sa multitude d’handicaps au départ.

 

Alors faudra pas s’étonner si, un de ces jours, je remets ça. Parce que la lecture, ma bonne dame, c’est comme la gastronomie : on ne se plaindrait pas si on pouvait manger tous les jours dans un trois étoiles, mais, qu’on l’admette ou non, il est des fois où on se ferait volontiers un petit McDal. Le Prince des loups, c’est un peu ça : un menu maxi best of Big Mac débordant de gras et de sucre, pas vraiment fin et sans doute pas très heureux pour la santé, on s’en fout partout quand on le bouffe, mais on a ce qu’on était venu chercher, et, ma foi, on s’en accommode très bien.

 

Ben moi je vais reprendre des nuggets, tiens.

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"Monographie de la presse parisienne", d'Honoré de Balzac

Publié le par Nébal

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BALZAC (Honoré de), Monographie de la presse parisienne, postface de Patrick Besson, [s.l.], Fayard – Mille et Une Nuits, [1842] 2003, 127 p.

 

Dans mon inculture crasse, j’avoue n’avoir quasiment rien lu de Balzac. Si mes souvenirs sont bons, je crois bien n’être passé que par la case Eugénie Grandet, sans que cela me fasse beaucoup d’effet. À tort ou à raison, j’ai préféré me tourner vers d’autres auteurs du XIXe siècle français, comme Stendhal (mais à peine aussi), Hugo, Zola, Huysmans ou surtout Flaubert (qui est le meilleur, rappelons-le). Je ne suis donc pas exactement un fanboy dévorant tout opuscule signé Balzac me tombant sous la main. Mais, sans doute du fait de mon intérêt pour l’histoire de la presse, qui a d’ailleurs pu jouer un certain rôle dans mes études avortées, je ne pouvais pas décemment passer à côté de cette Monographie de la presse parisienne, publiée en 1842 dans La Grande Ville, nouveau tableau du Paris comique, critique et philosophique. Outre qu’il s’agissait là d’un texte quasiment contemporain de ma période de prédilection, j’étais curieux de voir le jugement que pouvait bien porter le grand écrivain sur la presse de son temps. Le moins que l’on puisse dire est que je n’ai pas été déçu du voyage…

 

La Monographie de la presse parisienne relève largement du pamphlet satirique, mais revêt pour l’essentiel l’aspect d’une dissertation savante de type zoologique ou botanique, parsemée d’axiomes railleurs. Balzac y dissèque avec un plaisir sadique les travers de « l’ordre Gendelettre (comme gendarme) » de son temps, et établit une taxinomie savoureuse des journalistes et assimilés.

 

Le grand écrivain commence par s’en prendre aux publicistes, sur la moitié de son ouvrage. Il en établit des types et sous-types. Nous avons donc le Journaliste, l’Homme d’État, le Pamphlétaire (le seul à obtenir un tantinet son approbation), le Rienologue, le Publiciste à portefeuille, l’Écrivain monobible, le Traducteur et enfin l’Auteur à convictions. Parmi les Journalistes, il faut distinguer le Directeur-rédacteur-en-chef-propriétaire-gérant, le Ténor, le Faiseur d’articles de fond, le Maître-Jacques et les Camarillistes. Parmi les journalistes Hommes d’État, l’Homme politique, l’Attaché, l’Attaché détaché et le Politique à brochures. Les autres sont « sans variété », voire disparus (le Traducteur), à l’exception de l’Auteur à convictions, qui se subdivise en Prophète, Incrédule et Séide. Balzac tape fort, à droite comme à gauche, mais, disons-le, surtout à gauche quand même… Il n’empêche que la satire est assez souvent bien vue, et emporte régulièrement l’adhésion. Ce tableau a bien vieilli, c’est certain, mais quelques traits peuvent encore s’appliquer à notre molle presse contemporaine, ce qui ne fait qu’accroître l’intérêt de ce petit texte.

 

Mais l’essentiel de cette Monographie de la presse parisienne, comme la Vérité, est ailleurs, dans la seconde partie de l’ouvrage, qui en justifie sans doute aux yeux de Balzac l’ensemble. C’est, en effet, qu’il réserve la moitié de ses attaques à un genre particulièrement exécrable de journalistes : les critiques.

 

Ah, les critiques !

 

SALAUDS !

 

Déjà, hein, ce sont tous des artistes (en l’occurrence surtout des écrivains) frustrés et impuissants, caractérisés avant toute chose par leur médiocrité. Et là, Balzac s’en donne à cœur-joie. Nouvelle classification : le Critique de la vieille roche, le Jeune Critique blond, le Grand Critique, le Feuilletoniste, les Petits Journalistes. Nouvelles subdivisions : le Critique de la vieille roche peut être Universitaire ou Mondain ; le Jeune Critique blond, Négateur, Farceur, Thuriféraire (paradoxalement, c’est peut-être ce dernier que Balzac méprise le plus…) ; le Grand Critique, Exécuteur des hautes œuvres ou Euphuiste ; Balzac n’établit pas de variétés pour le Feuilletoniste, mais y revient pour les Petits Journalistes : le Bravo, le Blagueur, le Pêcheur, l’Anonyme et le Guérillero. Citons la postface de Patrick Besson (pour le reste fort courte et assez dispensable) :

 

« Tous les grands écrivains en veulent à la presse, et surtout à la critique. Pour eux, les journaux servent à emballer le poisson et les journalistes sont des poisons. Lire un journal, c’est mauvais ; écrire dedans, c’est au mieux une perte de temps et au pire une perte de talent. La presse n’a pas bonne presse chez les artistes. Ils ont contre elle une dent du Diable. S’ils étaient au pouvoir, ils feraient comme les dictateurs, puisque ce sont des dictateurs : ils l’interdiraient. Ils sont pour la liberté de la presse, sauf quand elle dit du mal d’eux, et elle dit toujours du mal d’eux, d’une façon ou d’une autre. Ou pas assez de bien. Ou pas le bien qu’il faut. »

 

Ce qui se vérifie encore largement aujourd’hui… Salauds de journalistes ! SALAUDS DE CRITIQUES ! N’en doutons pas : cette critique de la critique est le cœur de la Monographie de la presse parisienne. Aussi est-il difficile, après coup, d’en parler, puisque l’on se retrouverait à faire la critique de la critique de la critique, ce qui a de quoi donner le vertige… Arrêtons-nous là, donc, sur ces attaques perfides mais souvent drôles contre les vilains juges de l’art. Et reconnaissons que la Monographie de Balzac, y compris, voire surtout, dans cette partie, se montre fort drôle, que l’auteur y fait preuve d’un remarquable don pour la parodie, et que l’on sourit plus qu’à son tour, généralement avec le texte… mais parfois aussi de lui.

 

Une chose amusante, donc, que cette Monographie de la presse parisienne, et qui a gardé, au-delà des années et de quelques vieilles charges poussives contre la presse et son odieuse liberté, la majeure partie de son intérêt et de son actualité. Ce qui n’était pas gagné.

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"La Nuit du Jabberwock", de Fredric Brown

Publié le par Nébal

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BROWN (Fredric), La Nuit du Jabberwock, [Night of the Jabberwock], traduit de l’anglais (États-Unis) par France-Marie Watkins, Paris, Rivages, coll. Noire, série Mystère, [2005] 2007, 238 p.

 

Après m’être régalé des œuvres science-fictives et fantastiques de Fredric Brown (j’en ai évoqué pas mal sur ce blog miteux), je poursuis ma découverte du versant polar de l’auteur. J’avais commencé, poussé par le très bon Rouge gueule de bois de Léo Henry, par le très bon aussi La Fille de nulle part. Aujourd’hui, je passe à l’un des titres les plus célèbres du monsieur avec cette Nuit du Jabberwock ; un titre pour le moins évocateur :

 

« Il était reveneure ; les slictueux toves

Sur l’allouinde gyraient et vriblaient.

Tout smouales étaient les borogoves ;

Les verchons fourgus bourniflaient. »

 

Ça, c’est de la littérature, gazier ! Pas de mystère d’entrée de jeu, donc : le livre tout entier est placé sous le sceau des œuvres de Lewis Carroll, et en premier lieu les « Alice ». Soit ce qui se fait de mieux, ou presque. Pourtant, ce roman ne relève en rien (à moins que…) du merveilleux ou du fantastique, mais constitue bien un polar pur jus, fort bien troussé par ailleurs.

 

Notre narrateur et héros est un certain Doc Stoeger, propriétaire-rédacteur en chef du Carmel City Clarion depuis vingt-trois ans. Problème : il ne se passe jamais rien, absolument rien, dans ce foutu patelin. Du coup, chaque exemplaire de ce petit hebdomadaire de village tend à ressembler au précédent, et, autant le dire, le résultat n’est guère bandant. Aussi, pour passer le temps, Doc Stoeger se bourre régulièrement la gueule – il déteste le goût du whisky mais en apprécie l’effet –, joue aux échecs (cf. Rouge gueule de bois), et lit. Beaucoup. Essentiellement les œuvres dites « pour la jeunesse » de Lewis Carroll, qu’il connaît à peu de choses près par cœur, mais ne se lasse pas de lire, relire et commenter. Doc Stoeger est donc un type bien et de bon goût, mais il est au bout du rouleau : songeant à vendre, il donnerait tout, ce jeudi soir – le soir du bouclage – pour qu’il se passe quelque chose, enfin, quelque chose qu’il pourrait publier dans son journal, après vingt-trois ans d’attente.

 

Ça sent la malédiction chinoise… En effet, pour son plus grand malheur, Doc Stoeger va être exaucé, et connaître la plus folle des nuits, où, par une couille dans les probabilités, tout va avoir lieu en même temps. Et ce « tout » commencera à peu de choses près quand un étrange individu disant s’appeler Yehudi Smith sonnera à sa porte ; un fanatique de Lewis Carroll lui aussi, qui parle à notre héros d’une société ésotérique baptisée les Lames vorpales…

 

Impossible d’en dire plus : ce serait déflorer l’intrigue, d’une richesse rare, et élaborée avec une habileté diabolique. Si la plume de Fredric Brown ne brille guère, c’est le moins qu’on puisse dire (mais peut-être la traduction est-elle en cause ?), son talent de conteur, si frappant notamment dans ses histoires courtes, resplendit ici de mille feux. La Nuit du Jabberwock est ainsi un « page-turner » d’une efficacité remarquable, qu’il est impossible de lâcher après l’avoir entamé (je parle littéralement, là ; ça m’a changé…). Avec une astuce impressionnante, ce roman jubilatoire mêle polar, humour et terreur, outre les références fantastiques, ce qui en fait en quelque sorte une somme de l’œuvre de Fredric Brown. Les amateurs ne sauraient donc passer à côté.

 

Bon, du calme, maintenant. La quatrième de couverture en fait un peu des caisses : « un chef-d’œuvre de la littérature, un roman total, un trésor de bibliothèque à côté duquel on ne peut passer ». Mouais, bon, n’exagérons rien. J’ai beaucoup aimé La Nuit du Jabberwock, j’ai passé un excellent moment à le lire, c’était même pile-poil ce qu’il me fallait, mais je n’irai quand même pas jusque-là. Le roman, avec toutes ses qualités, n’en souffre pas moins de certaines faiblesses à l’occasion : outre la question du style, déjà soulevée, et sans véritablement se plaindre du côté rocambolesque de l’histoire, qui n’est en rien gratuit, on pourra ainsi regretter quelques menus défauts, comme cet étonnant passage « moraliste » (mais pro-alcool…) qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe ; de même, après la furie d’inventivité qui caractérise la quasi-totalité du roman, et qui fait qu’on ne sait jamais sur quoi on va tomber à la page suivante – sensation délicieuse –, on pourra très légitimement trouver la résolution de l’affaire un peu terne, et pour le coup tristement prévisible.

 

N’empêche : avec La Nuit du Jabberwock, on tient un excellent divertissement, et c’est déjà beaucoup. À ce livre palpitant comme peu le sont est ainsi attachée une étiquette qui proclame en gros caractères : « LISEZ-MOI. » Et si l’on n’en ressort pas grandi pour autant, on passe néanmoins un très bon moment de l’autre côté du verre de whisky.

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"Les Tours de Samarante", de Norbert Merjagnan

Publié le par Nébal

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MERJAGNAN (Norbert), Les Tours de Samarante, Paris, Denoël – [Gallimard], coll. Folio Science-fiction, [2008] 2011, 393 p.

 

Je ne sais pas pourquoi, je me suis d’emblée méfié de ce bouquin. De manière complètement irrationnelle sans doute, et que je serais en tout cas bien en peine d’expliquer, je l’ai senti mal dès sa sortie en Lunes d’encre en 2008. Ce qui explique (?) d’ailleurs pourquoi je n’en avais pas fait l’acquisition à l’époque. Mais voilà : récemment, un sympathique personnage m’a filé la suite de ce roman, Treis, altitude zéro, alors que ce premier tome venait de sortir en poche. Je me suis dit, du coup, que je n’avais pas vraiment, si tant est que j’en aie jamais eu, de raison de ne pas le lire. Allez, zou, j’achète, et je lis.

 

 

Enfin, j’essaye. Autant le dire de suite, ce fut terriblement laborieux. À un point tel, à vrai dire, que je me sens obligé de remonter au sinistre Monde des Ā de Van Vogt pour évoquer un refus d’obstacle similaire. Mais j’y reviendrai…

 

Bon, là, en principe, je devrais résumer brièvement l’histoire de ce roman. Mais, problème : pour des raisons qui deviendront bientôt évidentes pour tous, je n’y ai quasiment rien panné. Je me suis même demandé, en préparant ce compte-rendu, si je n’allais pas recourir au détestable expédient si commun dans la blogosphère consistant à reproduire la quatrième de couverture, ce qui m’aurait pas mal simplifié la vie. Mais bon.

 

Nous sommes… euh, quelque part, à un moment donné (113 ans avant le Seuil, qui doit marquer un bond radical dans l’évolution humaine : hop, singularité, transhumanisme, toussa). Le roman se situe essentiellement dans la cité de Samarante, dominée par six tours, et entourée par l’Aliène, une sorte de vaste désert qui fleure les carrières post-apo.

 

Trois points de vue (pour l’essentiel) nous seront proposés pour visiter ce monde où les idées fusent, les bonnes comme les mauvaises (mais là encore, j’y reviendrai), mais qui n’en a pas moins un certain fond « old school », pas forcément désagréable d’ailleurs. Tout d’abord, Cinabre, une « préfigurée » (comprendre : créée en labo pour une tâche précise, quand bien même mystérieuse), qui fréquente en temps normal les salons bobo-artisteux, mais se retrouve sans que l’on sache trop pourquoi avant un bon moment avec des tueurs aux trousses, tueurs dont le caractère « officiel » n’est en rien rassurant. Il y a ensuite Triple A, un jeunot vaguement simplet en quête d’une mère et qui rêve d’escalader les tours, lequel va se trouver comme de bien entendu transfiguré par son périple initiatique. Il y a enfin Oshagan, un guerrier furtif de l’Aliène, porteur d’armes uniques en leur genre, et dévoré par le besoin de vengeance.

 

Évidemment, ces trois-là sont (plus ou moins) amenés à se rencontrer, et, par une suite de coïncidences, se trouveront éminemment liés dans le gros bordel qui va tomber sur Samarante. Mais ça, quand bien même on s’en doute évidemment dès le départ, ça n’arrivera que très tardivement dans le roman, qui joue pendant un long moment de son hermétisme.

 

En temps normal, voilà qui n’est pas du genre à me rebuter. Au contraire, même : j’apprécie souvent d’être largué en immersion dans un univers qui me dépasse, pour en comprendre les tenants et aboutissants au fur et à mesure, sans que l’on me prenne par la main.

 

Mais ici ça n’a pas marché. Parce que trop, c’est trop.

 

 

Et parce que du coup je me suis fait chier comme un rat mort, enfin non, plus encore (vu que le rat, lui, il est mort). J’ai mis un temps fou à lire ce livre. J’ai même failli – j’ai honte de le dire – l’abandonner en cours de route, ce qui ne m’arrive normalement jamais, même pour les pires daubes (et, malgré tout, je ne crois pas que Les Tours de Samarante entre dans cette catégorie). Je me suis forcé, en fait – en me répétant que si j’étais arrivé au bout de La Cité infernale, il n’y avait pas de raison pour que je ne fasse pas de même avec le présent truc…

 

Mais quel ennui ! Très franchement, je ne parvenais pas à en lire plus de dix pages sans m’endormir. C’était radical – je me suis trouvé un bon somnifère, du coup. Un moment, j’ai mis ça sur le compte des circonstances, me disant que peut-être, en ce moment, je n’y arrivais tout simplement pas… Mais dans la mesure où je me suis enquillé hier La Nuit du Jabberwock de Fredric Brown en une seule soirée, il faut bien que je me rende à l’évidence : c’est ce bouquin, là, qui ne fonctionnait pas. Sur moi en tout cas.

 

Un ennui sans nom… Ou peut-être que si, mais ça pourrait donner une impression de méchanceté, or je n’ai malgré tout pas véritablement envie d’être méchant… Mais voilà : cet ennui, j’aurais envie de le qualifier de vanvogtien, en remontant, encore une fois, au Monde des Ā, qui m’avais fait exactement le même effet. Et peut-être en partie pour les mêmes raisons : un déluge d’idées, plus ou moins intéressantes et plus ou moins originales, qui tombent sur la gueule du lecteur dans le bordel le plus total. D’où, en ce qui me concerne en tout cas, le sentiment d’être complètement perdu, de ne pouvoir se raccrocher à rien, et, en définitive, de s’emmerder veugra.

 

Alors, certes, il y a bien une différence : contrairement au détestable AEVV, Norbert Merjagnan n’écrit pas véritablement ou totalement comme une pine. Pourtant, la forme non plus ne m’a pas séduit dans ce roman. Le style est atrocement bavard et jargonneux, souvent en décalage avec le fond, et il en fait des caisses ; un peu comme du Barbéri ou du Gibson, la fluidité en moins (ce qui fait un sacré moins).

 

Aussi, quel ennui ! Je me répète, je sais. Mais je ne vois pas vraiment quoi dire de plus. J’imagine que je pourrais trouver révélateur que ces farceurs de sénateurs du lundi aient remis à ce livre le (aha) Nouveau Grand Prix de la science-fiction française 2008, mais révélateur de quoi, je préfère ne pas trop m’engager sur ce terrain…

 

Allez, n’en jetez plus, je me suis fait suer de la première (quasiment) à la dernière page, et c’est tout ce que je peux retenir de ces Tours de Samarante. Comme quoi, ma méfiance instinctive, une fois n’est pas coutume, avait quelque chose de fondé. Et malgré l’offre, je crois que Treis, altitude zéro, ça sera sans moi.

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