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"Necronomicon", de Simon

Publié le par Nébal

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SIMON, Necronomicon, [Dead Names: the Dark History of the Necronomicon ; Necronomicon ; Necronomicon Spellbook ; The Gates of the Necronomicon], traduit de l’anglais (États-Unis) par Philippe Touboul, illustrations de Goomi et al., Paris, Bragelonne, [1977, 1981, 1987, 2006] 2012 + [16 p. de pl.], 878 p.

 

On poursuit dans les « livres maudits », cette fois avec un gros morceau, le Necronomicon du mystérieux Simon. Je ne reviendrai pas ici sur l’histoire du Necronomicon selon Lovecraft, j’en ai déjà traité à plusieurs reprises (notamment ici et ). Et, de toute façon, il n’est pas certain que cela soit très pertinent, ce gros livre n’entretenant que des rapports très ténus avec le pôpa de Cthulhu. Et pour cause : c’est du vrai Necronomicon qu’il s’agit, bien sûr ! En tout cas, le mystérieux Simon n’en démord pas… et pousse à vrai dire la plaisanterie très loin, le bougre (ce qui lui avait valu de se faire très justement défoncer la gueule ici, par exemple).

 

Mais ne mettons pas la charrue avant les shoggoths.

 

On va commencer par un compliment : le livre de Bragelonne est beau. Très beau, même. Il a un vrai rendu de « grimoire », est relié avec une couverture assez classe, et abondamment illustré (surtout par des diagrammes à la con, mais on trouve aussi seize planches couleurs de Goomi et d’autres, ou fournies par Sans-Détour). Bon, certes, ça fait 40 €… Mais à n’en juger que par l’esthétique, ça les vaut. Le problème, c’est quand on le lit… Parce que là, autant le dire de suite, on ne peut s’empêcher de trouver que ça fait cher du PQ.

 

Mais ne mettons pas la charrue avant les shoggoths.

 

Ce volumineux Necronomicon comporte en fait quatre livres, dont c’est si je ne m’abuse la première traduction française. On commence par Les Noms morts. L’histoire secrète du Necronomicon, livre paru en 2006 originellement, donc bien après le Necronomicon « à proprement parler » (1977). C’est qu’il s’agit en fait d’une longue introduction. Le mystérieux Simon y rapporte comment le manuscrit grec de l’authentique Necronomicon, traduit de l’arabe, est tombé entre ses mains. Une histoire totalement folle, à base de jeunes couillons devenus prêtres orthodoxes (d’une espèce pas super orthodoxe) pour éviter de partir au Vietnam. Le livre aurait été volé par d’autres prêtres plutôt douteux, qui faisaient leur commerce de vieux bouquins poussiéreux acquis frauduleusement dans des universités ou des collections privées. D’où vient-il ? On ne sait pas. Et maintenant, il est où ? Oh ! Ben, figurez-vous, dites donc, qu’il a été brûlé par un des jeunes couillons sus-mentionnés, qui craignait d’avoir des ennuis avec la police après l’arrestation des voleurs. C’est ballot, tout de même… Toujours est-il que cet authentique Necronomicon s’est retrouvé dans les pattes du mystérieux Simon (qui nous explique sans rigoler qu'en fait c'est lui le héros de La Neuvième Porte) et de ses copains passionnés d’occultisme, dont un seul, semble-t-il, connaissait Lovecraft. L’idée, en fait, c’est que le grimoire en question, bien loin de constituer un canular (non mais oh !), serait une authentique traduction en grec d’un livre écrit par un « Arabe dément » (pas nommé ; forcément, puisque Abdul Alhazred n’est pas un vrai nom arabe, bien joué…), et véhiculant par-delà les siècles la magie de l’ancienne civilisation de Sumer ; Lovecraft, bien loin d’en être le créateur, en aurait entendu parler, et c’est pour cela qu’il l’aurait intégré dans ses récits, en l’adaptant à sa sauce. Du coup, on ne trouve finalement pas grand-chose de lovecraftien dedans, mais j’y reviendrai. En attendant, je vous le demande : mon cul est-il essentiellement constitué de poulet ? Pourtant, cette première lecture m’a étrangement plutôt séduit. Si. Évidemment, c’est con comme un boulon, et, le mystérieux Simon a beau dire (il se défend mal, en plus), le canular est gros comme moi, mais, à la différence du Necronomicon édité par George Hay, il est plutôt bien fait. On n’y croit pas, bien sûr, mais on peut reconnaître malgré tout une belle mécanique et, oui, à ce niveau, c’est plutôt bien foutu, et ça se lit avec un certain plaisir, comme un (bon) roman d’occultisme vaguement conspirationniste, avec plein de personnages hauts en couleurs et de développements saugrenus mais rigolos. Peu importe, ici, qu’on y croie ou pas, en fin de compte : ne serait-ce qu’à titre sociologique, cette longue introduction est même intéressante, constituant une agréable (et rigolote) (et instructive) plongée dans le monde de l’ésotérisme des années 1970. C’est farfelu, ça mélange tout, de Sumer (donc) à Aleister Crowley, et de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy aux meurtres du « Fils de Sam », avec en arrière-plan l’underground occultiste de New York, la guerre du Vietnam, etc. Le livre se serait arrêté là, j’aurais presque pu le conseiller.

 

Presque.

 

Hélas, après, on passe au Necronomicon « à proprement parler ». Et là, l’illusion ne tient plus. Ce charabia pseudo-sumérien, passé l’amusant « Témoignage de l’Arabe dément », est à se pisser dessus. Ou à pleurer. Ou les deux (en même temps, tant qu’à faire). On y trouvera sans surprise beaucoup plus de références à MARDUK ou INANNA qu’à KUTULU, AZAG-TOTH ou ISHNIGARRAB, malgré quelques « IA ! » de temps en temps, et autres prétendus « mots de pouvoir ». Bien loin, en outre, d’être un livre « maléfique », ce Necronomicon est censé être un outil pour contrer le retour des méchants Grands Anciens (enfin, des trois que je viens de citer, les autres passent à la trappe), avec la bénédiction des dieux de Sumer, qui font figure de Dieux très anciens à la Derleth (youpi). C’est à la fois chiant à mourir et désopilant. Mais, ce qui est certain, ce que l’on n’y croit plus ; enfin, on n’y croyait pas avant non plus, mais on pouvait reconnaître que c’était bien fait… Mais c’est décidément le problème : une fois rédigé, le Necronomicon perd toute son aura de malignité (déjà bien écornée ici, de toute façon, puisque « l’Arabe dément » est un « gentil »), et ne reste plus qu’un gros foutage de gueule (certains diagrammes font vraiment caricatures…), qui ne convaincra que les plus schizophrènes, incultes et cons des dégénérés de Dunwich ou d’Innsmouth.

 

Les choses ne s’améliorent pas avec le très court Livre de sorts du Necronomicon, sorte de spin-off cynique et mercantile au précédent, qui se contente de reprendre les cinquante noms de MARDUK avec de brèves « explications ». Le foutage de gueule atteint ici des proportions épiques.

 

Mais le pire est à venir, avec le gros Les Portes du Necronomicon. C’est le plus gros livre, avec le premier (ils sont sortis en même temps, à peu près). Et là, on se dit que la (mauvaise) plaisanterie a assez duré. On en a franchement marre des élucubrations du mystérieux Simon, de son discours à la con infesté de charlatanerie à dix sous, avec des vrais morceaux d’astrologie dedans (Lovecraft a dû s’en retourner dans sa tombe, et continuer encore à vrai dire…), et des délires (décidément répandus dans certains milieux) sur des visiteurs extra-terrestres qui auraient apporté la civilisation à l’humanité, et autres fadaises du même genre. C’est très pénible. On ne rigole plus. Du tout. Et je vous l’avoue, très chers lecteurs : j’ai vite décidé de me contenter de parcourir ce torchon en diagonales, c’est tout bonnement illisible (à moins d’être un demeuré complet ou un psychiatre), et répugnant de cynisme.

 

Gardez vos sous, ça fait bien trop cher du barbecue. Le mystérieux Simon est un connard, et son livre un torchon. Il n’a quasiment rien de lovecraftien, et son contenu est puant. Pardonnez-leur, mon Yog-Sothoth, ils ne savent que trop bien ce qu’ils font…

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"Lovecraft et la politique", de Jacky Ferjault

Publié le par Nébal

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FERJAULT (Jacky), Lovecraft et la politique, postface de Gérard Klein, Paris, l’Œil du sphinx, coll. Bulletin de l’Université de Miskatonic, 2008, 149 p.

 

Lovecraft et la politique. Diantre, le passionnant sujet que voilà. Sensible, aussi : on sait en gros ce qui s’y cache… Comme le dit Joseph Altairac en quatrième de couverture, « c’est une chance que l’écrivain de fantastique et de science-fiction Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) ait choisi la carrière d’homme de lettres plutôt que celle d’homme politique »… Ce qui ne l’empêchait cependant pas d’avoir des opinions sur les sujets politiques et de les exprimer, surtout dans sa volumineuse correspondance.

 

Jacky Ferjault a donc écumé cette dernière (principalement des lettres des années 1930, cependant) pour nous en livrer la substance. Et le résultat est pour le moins édifiant, confirmant à l’occasion certaines idées reçues, mais dressant en définitive un portrait complexe et fluctuant ; après tout, comme le dit la sagesse populaire, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et Lovecraft n’était pas un imbécile.

 

Ce bref essai s’articule donc essentiellement sur le changement idéologique de Lovecraft au cours des années 1930 : le réactionnaire borné se rallie plus ou moins à une forme de « socialisme modéré » tempéré par un net penchant pour l’aristocratie ; de républicain farouchement conservateur, il devient démocrate et fervent partisan de Roosevelt et du New Deal ; entre-temps, il est toutefois séduit par le fascisme… Et, à l’arrière-plan, même si l’expression et l’intensité de ces sentiments évoluent, restent toujours xénophobie, racisme et antisémitisme.

 

Ce petit ouvrage – mal chapitré, mais bon, tant pis – peut être découpé en trois parties : dans la première, nous voyons quelques généralités d’ordre théorique, sur la conception lovecraftienne du monde et des doctrines politiques ; on passe ensuite, dans un très long chapitre, à la politique intérieure des États-Unis ; et l’ouvrage se s’achever (enfin, avant la postface de Gérard Klein, « Un Marx du cauchemar », expression pour le moins déconcertante empruntée à Jean-François Revel…) sur la politique extérieure.

 

Nous voyons d’abord comment le matérialisme mécaniste de Lovecraft, conjugué à son « indifférentisme », ne l’empêche pas, bien au contraire, de s’intéresser à la politique : un autre aspect du « régionalisme cosmique » qui caractérise son œuvre. Puis l’on s’intéresse aux doctrines : le fascisme est envisagé assez naïvement (dans un premier temps, du moins), mais plutôt loué dans l’ensemble, comme étant à même de préserver les traditions culturelles auxquelles Lovecraft est tellement attaché (ce qui est pour le moins douteux… et sans doute le très conservateur Lovecraft a-t-il fini par s’en rendre compte) ; la démocratie et le pacifisme sont en tout cas nettement vilipendés, au prix parfois de jeux rhétoriques pour le moins douteux. La question du socialisme est nettement plus complexe : c’est ici que l’on voit Lovecraft évoluer, progressivement… même s’il reste dans l’ensemble anticommuniste (et terrorisé à bien des égards par la révolution bolchevique, dont il craint le modèle), et si sa conception de l’anarchisme, sans surprise, relève de la caricature.

 

Le long chapitre sur la politique intérieure des États-Unis confirme et détaille cette évolution (notamment au travers de passionnantes et longues lettres à Robert E. Howard et Catherine L. Moore). Mais, auparavant, il nous est donné d’étudier d’autres questions, peu ragoûtantes : l’immigration, les Juifs, les Noirs… La désastreuse expérience new-yorkaise, ici, joue un grand rôle (qu’on ne doit toutefois pas surévaluer), et on lit sous la plume de Lovecraft des choses pour le moins abominables, qu’on ne saurait en aucun cas occulter (et qui, contrairement à ce que d’aucuns ont pu dire, transparaissent clairement dans sa fiction). On voit en tout cas la pensée de Lovecraft évoluer, que ce soit de manière très théorique, ou en étant confrontée à des faits divers ou des personnalités du moment.

 

La politique extérieure est envisagée selon trois angles : la guerre (on retrouve ici son hostilité au pacifisme et son engagement auprès de la « mère patrie » anglaise lors du premier conflit mondial, avec déploration de ce que cette guerre oppose des membres de la même « race »…), la montée du fascisme en Europe (l’accent est mis sur « le bel Adolf », envisagé peu ou prou comme un clown tragique : Lovecraft éprouve de la sympathie pour le Führer, mais rejette ses moyens, et – c’est intéressant – s’oppose au racisme exacerbé des nazis, la culture étant pour lui le vrai critère, et non le sang… ce dont on pourrait douter à lire certaines de ses nouvelles traitant du thème obsessionnel de l’hérédité, comme « Arthur Jermyn » ou « Le Cauchemar d’Innsmouth » ; disons qu’il y a des nuances…), et enfin les relations avec le Japon (ce qui nous replonge dans un contexte bien précis dont on a sans doute du mal à prendre conscience aujourd’hui, et qui nous montre la future guerre comme inévitable à bien des égards…).

 

Ce petit ouvrage est donc à n’en pas douter passionnant et même fascinant (oui, c’est bien un « n »…). Je lui adresserais néanmoins quelques reproches : tout d’abord, s’il est signé « Jacky Ferjault », c’est pourtant largement un livre de Lovecraft, « l’auteur » se contentant de citer longuement des lettres interminables, et n’écrivant presque rien de lui-même ; il a en fait opéré une sélection… mais les commentaires et l’analyse sont hélas passés à la trappe. On regrettera également (enfin, moi, en tout cas, je le regrette) que seules les lettres de Lovecraft aient été ici envisagées : il me semble que d’autres de ses textes (fictions, poèmes, essais) auraient également pu éclairer la problématique ; dommage, enfin, que l’accent ait été mis sur les seules années 1930… Pour toutes ces raisons, je dois donc avouer une légère frustration, qui sera je l’espère ultérieurement comblée par l’importante étude de S.T. Joshi H.P. Lovecraft. The Decline of the West, dont j’attends beaucoup. En attendant, cet ouvrage reste tout à fait recommandable, à condition de bien prendre conscience de la manière dont il a été composé.

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RIP Nelson Mandela

Publié le par Nébal

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Ce bref billet ne sera sûrement pas très original, mais voilà : ce n'est pas tous les jours qu'un homme aussi admirable nous quitte. Gloire à lui, et RIP, comme on dit chez les croyants.

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"Crypt of Cthulhu", no. 3

Publié le par Nébal

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Crypt of Cthulhu, vol. 1, no. 3, Bloomfield, Cryptic Publications, Candlemas 1982, 24 p.

 

Crypt of Cthulhu, suite, avec ce troisième numéro, consacré pour l’essentiel au correspondant et collègue de Lovecraft, le créateur du célèbre Conan, Robert E. Howard. Si les deux hommes ne se sont jamais rencontrés, ils n’en ont pas moins beaucoup échangé (je reviendrai en partie sur leurs lettres dans le prochain compte rendu), et REH a apporté à plusieurs reprises sa contribution à l’édifice « mythique » élaboré par HPL. Comment exactement, dans quelle mesure et à quel titre, c’est ce que les études comprises dans ce numéro permettront de dire.

 

On commence avec « The Strange Case of Robert Ervin Howard », de Charles Hoffman et Marc A. Cerasini. Après avoir présenté quelque peu le personnage et sa participation à Weird Tales, notamment, les deux auteurs se penchent sur les deux seules histoires (à leurs yeux) écrites par Robert E. Howard et relevant véritablement du « Mythe de Cthulhu » (c’est-à-dire au-delà de simples allusions de passage à des divinités, etc.)… et portent dans l’ensemble des jugements peu flatteurs. « The Black Stone », sans surprise, est néanmoins jugée supérieure à « The Thing on the Roof » (j’avais beaucoup aimé cette première histoire, pour autant que je m’en souvienne, y voyant même une des meilleures « Légendes du Mythe de Cthulhu »…). Les deux histoires sont détaillées, et on y relève ce qui les unit, ainsi que les contributions de l’auteur au « Mythe » – essentiellement les fameux Nameless Cults de Von Junzt et le personnage de poète fou Justin Geoffrey (mais il y a d’autres éléments, plus anecdotiques). Finalement, les récits fantastiques de Robert E. Howard détachés du « Mythe » se voient accorder une bien plus grande estime (je lis ça prochainement, en principe).

 

Robert M. Price poursuit avec « The Borrower Beneath. Howard’s Debt to Lovecraft in « The Black Stone » ». Le titre est assez explicite. Il s’agit donc pour l’auteur de montrer où Howard a puisé son inspiration pour « The Black Stone ». À l’en croire (mais je ne suis que moyennement convaincu), il s’agirait tout simplement d’une reprise de « La Cité sans nom » (avec le même voyage en un lieu exotique, Nameless Cults pour le Necronomicon, Justin Geoffrey pour Abdul Alhazred – les vers des deux poètes sont comparés, et là c’est effectivement assez flagrant –, etc.). Admettons ; cependant, la conclusion ne saurait faire de doute : pour Robert M. Price (et pour votre serviteur aussi, pour autant qu’il s’en souvienne), la nouvelle de Howard est bien meilleure que celle de Lovecraft (que j’ai toujours trouvée plutôt mineure, ainsi que j’ai déjà eu à plusieurs reprises l’occasion de le dire).

 

Robert M. Price encore, pour « Yag-Kosha the Elephant Man ». Le personnage de Yag-Kosha apparaît dans « La Tour de l’éléphant », une des premières histoires de Conan (voyez ici). Et il est vrai que cette créature a quelque chose de passablement lovecraftien – ça crève les yeux –, même si elle est beaucoup plus sympathique que Yog-Sothoth et compagnie. Pour l’auteur, c’est même la nouvelle dans son ensemble qui a quelque chose de lovecraftien, dans la mesure où, une fois libéré par Conan, Yag-Kosha prend la vedette, tandis que le Cimmérien reste à l’arrière-plan ; là, je suis moins convaincu…

 

Robert M. Price toujours (eh, on est chez lui…) livre ensuite « Gol-Goroth, a Forgotten Old One ». Le personnage de Gol-Goroth apparaît à l’en croire dans plusieurs nouvelles de Howard (notamment « Les Dieux de Bal-Sagoth », voyez ici), et il l’identifie avec la bestiole de « The Black Stone », qu’on retrouve plus ou moins dans « The Thing on the Roof ». Ce Grand Ancien « oublié » des catalogues dressés par les lovecraftiens est donc décortiqué dans chacune de ses apparitions.

 

On s’arrête là pour Howard, mais le numéro se poursuit avec… devinez ? Eh oui, Robert M. Price (vous êtes trop forts). « Genres in the Lovecraftian Library » est plus ou moins un catalogue de « livres maudits », qui a surtout pour intérêt, donc, de différencier divers types d’ouvrage : grimoires, traités de démonologie, « écritures », chroniques non humaines, monographies, poésies (et autres œuvres d’art, en fait) « inspirées », et enfin variantes des précédents. On voit le nombre de « copies » pures et simples, absolument dénuées d’intérêt…

 

Les rubriques, ensuite. Le « fun guy from Yuggoth » de ce numéro est John Anthony, qui livre une jolie « réminiscence » de son premier (et dernier…) contact avec Lovecraft dans « The Call of Cthlhu’s Cadillac ». Amusant.

 

C.J. Henderson, dans la « R’lyeh Review », se répand en louanges à propos de l’anthologie dirigée par Ramsey Campbell New Tales of the Cthulhu Mythos (j’avais lu ça il y a une éternité, je n’en ai pas conservé le moindre souvenir, à part le titre de la contribution de Stephen King…). Après quoi Robert M. Price évoque brièvement des éditions de poche de Lovecraft.

 

Reste le « Mail-Call of Cthulhu », composé cette fois d’une unique lettre d’Ed Babinski, lequel défonce Lovecraft et lui préfère Poe ; le monsieur est censé écrire un article dans un prochain numéro, ça promet…

 

Bilan très sympathique dans l’ensemble, donc, pour ce troisième numéro de Crypt of Cthulhu, largement plus convaincant que le précédent. On verra bientôt ce qu’il en est de la suite des opérations.

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"La Flamme Chantante", de Clark Ashton Smith

Publié le par Nébal

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SMITH (Clark Ashton), La Flamme Chantante, [The Collected Fantasies of Clark Ashton Smith, vol. 2], nouvelle traduite de l’anglais (États-Unis) par Joachim Zemmour, Arles, Actes Sud, coll. Un endroit où aller, [1931] 2013, 107 p.

 

C’est bien simple : ils étaient trois. H.P. Lovecraft, Robert E. Howard et Clark Ashton Smith. La Sainte Trinité de Weird Tales (et d’autres pulps aussi, pour ce texte précisément, d’ailleurs). J’ai beaucoup lu le premier (sans déconner ?), pas mal le deuxième, quasiment pas du tout le dernier (juste ses nouvelles figurant dans les « Légendes du Mythe de Cthulhu », sauf erreur). Or cela faisait (du coup) très longtemps que je voulais lire du Clark Ashton Smith. Las, s’il fut pas mal traduit à une certaine époque (chez Néo, notamment), il est aujourd’hui quasiment impossible de mettre la main sur ces textes, accaparés par de perfides collectionneurs. Des années que j’en cherche (à des prix décents) sans en trouver. Aussi, quand Actes Sud a annoncé cette réédition dans une nouvelle traduction de La Flamme Chantante, j’ai quasiment sauté au plafond, et me suis empressé de faire l’acquisition de la chose. Et ce malgré un prix carrément prohibitif : 14 € pour une centaine de pages, ça relève quand même peu ou prou du foutage de gueule pur et simple. Mais bon, je ne suis pas en état de bouder : je voulais lire du Clark Ashton Smith, et j’en ai lu. Voilà. Et merci malgré tout.

 

Il y a Giles Angarth, auteur de fantastique, et son pote Ebbonly, illustrateur dans le même genre (un dédoublement de Clark Ashton Smith ?). Angarth s’est retiré dans un bungalow dans un trou perdu, non loin de Crater Ridge. Et, en se baladant dans les environs, il fait un jour une étrange découverte : deux pierres, qui donnent vaguement l’impression de débris de colonnes malmenés par le temps. Angarth aurait pu se contenter, comme précédemment, de laisser son esprit fantasque vagabonder sur ces étranges pierres, y cherchant des significations improbables, mais voilà : il passe entre les deux.

 

… et se retrouve propulsé dans un étrange monde parallèle, empli de créatures tout aussi étranges. Des pèlerins pour la plupart, sans doute, qui viennent rendre hommage à la Flamme Chantante, qui les attire comme des phalènes. Angarth résiste à la tentation de se jeter dans le feu ardent, mais n’en est pas moins sacrément perturbé (il faut dire qu’on le serait à moins). Dans les jours qui suivent, il revient plusieurs fois dans la cité de la Flamme, observant les déconcertants phénomènes qui s’y produisent.

 

Puis il disparaît, avec son comparse Ebbonly qui l’a rejoint, quasiment sans laisser de trace. Quasiment : il a laissé un journal adressé à son ami Hastane, qui relate l’étonnante découverte. Canular ? Récit authentique ? Hastane ne sait d’abord trop que penser. Mais après avoir livré à ses lecteurs le journal d’Angarth, il se rend à son tour à Crater Ridge, trouve les pierres, et…

 

Arrêtons-nous là. J’en ai probablement déjà trop dit…

 

Clark Ashton Smith, donc, était un correspondant de Lovecraft. Un de ses grands amis, même s’ils ne se sont jamais rencontrés. Le poète et fantastiqueur californien et le gentleman de Providence se sont à vrai dire mutuellement influencés. Et ça crève les yeux à la lecture de cette nouvelle datant de 1931. Si La Flamme Chantante évoque plus la fascination pour l’étrange que l’horreur pure, la parenté n’en est pas moins nette, et s’exprime dans un style chatoyant, que d’aucuns (on les comprend) pourront trouver abominablement chargé, souffrant de « l’adjectivite » souvent reprochée à Lovecraft. Mais votre serviteur, du coup, a l’habitude, avoue même bien aimer cette hérésie stylistique, et, dès lors, a pris beaucoup de plaisir à cette excursion dans un monde parallèle « grotesque » (le mot revient souvent, trop souvent, dans la traduction de Joachim Zemmour, qui n’exclut pas ainsi quelques répétitions sans doute plus fâcheuses en français qu’en anglais ; mais bon : ça reste dans l’ensemble du beau travail, avec un rendu délicieusement emphatique).

 

Aussi La Flamme Chantante prend-elle des allures de poème en prose. Riche en visions dantesques, le texte de Clark Ashton Smith se dévore, oscillant entre le pulp pur et dur et l’Art (oui, avec un grand « A »), démonstration éloquente que les deux sont loin d’être incompatibles. Mais, encore une fois, pour avoir beaucoup lu Lovecraft (…), je n’en doutais pas un seul instant. Toujours est-il que cette nouvelle de Clark Ashton Smith se joue des catégories, et devient une illustration sensible et forte de la Beauté (avec un grand « B », oui) (je mets des grands trucs si je veux).

 

Autant dire que je n’ai pas été déçu par cette lecture si désirée. Je n’espère désormais plus qu’une chose : que cette nouvelle traduction inaugure une nouvelle ère de publications de Clark Ashton Smith en français. Parce que, hein, bon, merde. Voilà.

CITRIQ

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"Crypt of Cthulhu", no. 2

Publié le par Nébal

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Crypt of Cthulhu, vol. 1, no. 2, Bloomfield, Crypt of Cthulhu, Yuletide 1981, 28 p.

 

Crypt of Cthulhu, suite. Avec ce deuxième numéro, Robert M. Price commence à être rejoint par ses petits camarades, et ne s’occupe plus de tout tout seul, même s’il reste le principal rédacteur du fanzine.

 

C’est d’ailleurs lui qui ouvre le bal, avec « What Was the « Corpse-Eating Cult of Leng » ? ». Robert M. Price part d’une sentence du « Molosse » sur ledit culte, ce qui lui offre l’occasion de faire une bien étrange étude de religions comparées. Il commence par s’intéresser à la nécrophagie chez Lovecraft, et en élimine deux aspects – le cannibalisme primitif et les goules (un peu trop facilement pour ces dernières, je trouve, m’enfin bon…) – pour en retenir un troisième : la secte. Ben, en même temps, y a « cult » dans le nom, hein… Il s’intéresse ensuite à la localisation fluctuante au fil du temps et des récits de Leng, tour à tour au Tibet, dans les « Contrées du Rêve » et en Antarctique. Le thème tibétain est cependant privilégié, puisque l’auteur conclut son article en évoquant la nécrophagie religieuse en Asie, avec des exemples sikhs et bouddhistes qui ont de quoi laisser un brin perplexe. Disons-le tout net : cet article guère passionnant ne me paraît pas vraiment pertinent…

 

Charles Garofalo livre ensuite « Lovecraft the Name-Dropper », très brève (sans doute trop) « réflexion » sur la manie lovecraftienne de balancer des références sans en dire plus sur ce qu’elles impliquent. Mouais ; ça n’apporte pas grand-chose une fois de plus…

 

Retour à Robert M. Price avec « The Statement of Lin Carter », article dans lequel il étudie les différentes facettes du pastiche de Lovecraft (et de Derleth…) chez le prolifique (et mal-aimé) Lin Carter. Il se montre sans surprise très sévère pour ses tentatives de rédaction de « livres maudits », mais plus compatissant avec ses nouvelles relevant du « cycle xothique » (j’ai ça dans ma pile à lire, mon Dieu…), tout en soulignant leur fondamental manque d’originalité… et en trouvant à le défendre, quelque part. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne fait pas envie, pourtant.

 

Le « fun guy from Yuggoth » de ce numéro, c’est Ronald Shearer, qui se pose en occultiste, mais, hélas, pas tout seul, dans « The Occult Relevance of Lovecraft ». Pas très « fun », du coup, et ça nous donne un tissu d’inepties…

 

C’est désormais C.J. Henderson qui tient la « R’lyeh Review »… et pour une première, on ne peut pas dire qu’il se montre très convaincant. Il entend parler de deux films d’horreur, Halloween II de Rick Rosenthal et Ghost Story de John Irwin. Et s’il descend le second, il fait l’éloge du premier, qu’il considère… meilleur que l’original. Je n’ai certes pas vu cette « séquelle », mais suis pour le moins sceptique… Il faut dire que si le chroniqueur tresse des lauriers à Carpenter, pourtant pas le réalisateur du film, c’est en cassant du sucre sur le dos d’autres réalisateurs d’horreur que j’estime énormément, mais qui n’ont pas la même approche de l’horreur, comme « Kronenberg » (sic), DePalma ou Romero. Monsieur n’aime pas le gore, et ça se sent, mais il n’a pas d’arguments, si ce n’est un soupçon de moraline tendant au « c’était mieux avant »… Pas un hasard, j’imagine, s’il qualifie Stephen King de « unreadable »… Bref. C’est mauvais.

 

Ce deuxième numéro, du coup, m’a paru plutôt médiocre… Heureusement, les choses s’améliorent avec le suivant, consacré pour l’essentiel à Robert E. Howard, et beaucoup plus enthousiasmant.

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"Le Peuple blanc", d'Arthur Machen

Publié le par Nébal

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MACHEN (Arthur), Le Peuple blanc, préfacé et traduit [de l’anglais] par Jacques Parsons, [Paris], Christian Bourgois, coll. Dans l’épouvante, [1965] 1970, 392 p.

 

Arthur Machen fait à n’en pas douter partie des principales inspirations de Lovecraft. Je ne l’avais jusqu’à présent que très peu lu ; trois nouvelles, en fait : « Le Grand Dieu Pan », bien sûr – c’est son plus célèbre récit –, il y a longtemps, puis à nouveau dans Le Cycle de Dunwich, de même que « Le Peuple blanc », qui figure évidemment aussi dans ce recueil, et enfin « Histoire du cachet noir », un épisode des Trois Imposteurs, dans Le Cycle d’Hastur. L’expérience ayant été concluante à chaque fois, dans les grandes lignes du moins, je me suis dit que je ne pouvais en rester là, et ai cherché à me procurer d’autres œuvres du grand auteur gallois. D’où la lecture de ce Peuple blanc comprenant cinq nouvelles, généralement assez longues (avec une exception notable, « Les Archers »), témoignant des multiples facettes de l’art de Machen dans le registre fantastique.

 

Le recueil s’ouvre tout naturellement sur « Le Peuple blanc ». Une nouvelle assez étrange, et que je ne peux m’empêcher de trouver un brin bancale. La majeure partie du texte – et la plus intéressante – consiste en un journal tenu par une petite fille qui y parle de son initiation à la sorcellerie, où elle s’intègre dans une lignée de femmes remontant fort loin (ce qui ne manque pas de faire penser, ultérieurement, à la thèse de Margaret Murray évoquée ici). Ce journal, écrit dans un style naïf très particulier, est tout à fait fascinant. Mais il est encadré par un prologue et un épilogue qui viennent y rajouter une connotation « mystique », le journal étant censé constituer une illustration du « péché véritable » (voir à ce sujet l’article de Robert M. Price évoqué ici) ; ces développements paradoxaux, dois-je dire, me laissent assez perplexe (et c’était déjà mon sentiment à ma première lecture).

 

On trouve ensuite « Le Grand Retour », nouvelle qui témoigne de la mystique chrétienne de l’auteur (il s’y est investi assez tardivement). Le fantastique, ici, s’il n’est pas totalement dégagé du sentiment primordial de la peur, réside tout de même avant tout dans la fascination, et c’est bien de miracles qu’il s’agit. Ce qui, je le confesse (…), ne m’a pas passionné.

 

Heureusement, la suite est à mon sens bien meilleure, même si, prise isolément, la très courte nouvelle qu’est « Les Archers » pourrait passer pour anecdotique… Elle ne l’est certainement pas. En effet, ce récit prenant pour cadre la Première Guerre mondiale conjugue mystique et propagande, en faisant intervenir, au secours des Anglais battant en retraite devant une percée allemande, les archers d’Azincourt et de Crécy conduits par saint Georges. On aura reconnu ici la légende des « Anges de Mons » : à la suite du texte de Machen (et j’étais totalement ignorant du fait qu’il y avait un de ses récits à l’origine de cette légende dont j’avais toutefois entendu parler), plusieurs soldats ont en effet assuré que les anges étaient véritablement intervenus pour les sauver ! L’histoire, ainsi, est passée de la fiction relativement innocente à la rumeur miraculeuse colportée par tout un chacun ; étrange destinée pour ce texte, qui a dû particulièrement surprendre l’auteur… qui y reviendra ultérieurement lui-même, l’intégrant dans sa prose.

 

Ainsi dans « La Terreur », novella qui atteint à vrai dire les dimensions d’un roman. Dans ce récit prenant à nouveau place pendant la guerre, et très astucieusement construit, il nous est fait part d’étranges et terribles phénomènes dans toute l’Angleterre, mais plus particulièrement dans un comté gallois : les cadavres se ramassent à la pelle, sans que l’on puisse expliquer les circonstances de leur mort ni le lien qui les unit (s’il y en a un). La rumeur enfle (de même que pour les « Anges de Mons », donc…), et l’on commence à parler de contingents allemands infiltrés dans les sous-sols de l’Angleterre pour y susciter la terreur… L’explication finale, bien différente on s’en doute, convainc plus ou moins (dans son aspect moralisant digne d’une fable, je ne peux m’empêcher de voir un brin de naïveté, malgré la tonalité sombre de l’ensemble ; on retrouve aussi sans doute dans cette histoire un peu de mystique chrétienne). Mais peu importe : « La Terreur » emporte l’adhésion du fait de sa superbe ambiance, de l’inquiétant mystère qui en constitue le prétexte, et de l’art du conteur de Machen. Une vraie réussite.

 

Le recueil s’achève enfin sur « La Pyramide de feu », un des récits du « Petit Peuple » de Machen (à l’instar de « Histoire du cachet noir » ; sur ce thème, voyez l’article de Michel Meurger dont je parlais ici). Le récit est conçu comme une enquête policière « à l’ancienne » (une disparition, de mystérieux dessins…), et se révèle tout à fait fascinant. C’est là encore un texte palpitant, témoignant du grand talent de Machen.

 

Aussi, quand bien même j’ai quelques réserves à émettre ici ou là, le bilan ne saurait faire de doute : j’ai passé dans l’ensemble un très bon moment en compagnie de ce grand « fantastiqueur », et il va falloir que je remette ça prochainement…

CITRIQ

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Autopromo et copinage : "Jusqu'ici tout va bien"

Publié le par Nébal

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Jusqu’ici tout va bien. 12 nouvelles sur la phobie, Paris, aNTIDATA, 2013, 165 p.

 

Hop, ma nouvelle « Blanc Néon » figure dans cette anthologie thématique sur la phobie.

 

N’hésitez pas à m’envoyer vos retours dans la gueule.

 

Lancement de l'anthologie à la Librairie Charybde

 

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Emily Vaquié sur Café Powell 

 

Eulimène Deslettres sur Salon des lettres

 

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"Crypt of Cthulhu", no. 1

Publié le par Nébal

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Crypt of Cthulhu, vol. 1, no. 1, Bloomfield, Crypt of Cthulhu, Hallowmas 1981, 24 p.

 

Petite pause dans les Lovecraft Studies, donc… que je vais combler avec des Crypt of Cthulhu, parce que y a pas de raison, d’abord, et que j’en ai récupéré une montagne grâce à la Providence incarnée en la personne d’un « fun guy from Yuggoth », loué soit son nom. Crypt of Cthulhu, c’est le joujou fanzinesco-cthulhien de Robert M. Price, grand exégète lovecraftien lui aussi, et théologien de formation (si). Ce premier numéro, très court, est entièrement dû à sa main indicible. On voit très vite que le ton de ce fanzine, quand bien même il est destiné à publier des contributions très sérieuses, de Price lui-même ou d’autres, se montre autrement plus rigolard que les très sérieuses Lovecraft Studies du « concurrent » S.T. Joshi, ce qui, dois-je dire, n’est pas forcément pour me déplaire. En tout cas – conséquence peut-être du fait qu’il n’y ait pour l’instant qu’un unique rédacteur ? – la part de subjectivité et de simple « fun » est plus grande, et, dans un sens, revendiquée.

 

Ce qui n’empêche pas le sérieux des communications… enfin, de la communication, puisqu’il n’y en a qu’une seule dans le présent numéro. Robert M. Price, donc (surprise !), semble se faire un petit plaisir de théologien lovecraftophile avec « Lovecraft’s Concept of Blasphemy ». Le terme « blasphemous » (et tous ses dérivés) revient en effet souvent sous la plume de cet athée impénitent qu’était Lovecraft ; on peut dès lors s’interroger sur le sens que revêt ce mot dans la fiction lovecraftienne. L’auteur commence par distinguer plusieurs définitions du « blasphème », et retient dans le cas de Lovecraft, le plus souvent, celle qui renvoie à une violation prométhéenne des catégories instaurées par la nature (même si la notion de « sacrilège » ou « d’hérésie » est parfois pertinente). Cependant, bien sûr, la sanction de cette violation prométhéenne n’est pas infligée par Dieu : celui qui joue au Prométhée est puni par la chose même qu’il recherche (exemple parmi tant d’autres, L’Affaire Charles Dexter Ward) ; dès lors, souvent, plus qu’avec le titan, c’est avec Icare que la comparaison se montre pertinente. Cette conception du « blasphème », en tout cas, semble faire écho à celle du « péché véritable » exposée par Arthur Machen dans « Le Peuple blanc » (j’y reviendrai très prochainement). Elle nécessite peut-être quelques ajustements, cependant (mais pas forcément tant que ça), dans le sentiment de « sublime » évoqué par Les Contrées du Rêve. Puis l’auteur distingue quatre sens de l’adjectif « blasphemous » : objectif, subjectif, suggestif et associatif. L’idée étant… ah, le petit canaillou ! que le choix des adjectifs chez Lovecraft, et de celui-ci en particulier, ne doit donc rien au hasard, mais est délibéré et mûrement réfléchi ; « l’adjectivite » est donc nettement moins sujette à la critique qu’on ne pourrait le croire. Conclusion de fan, sans doute (je me suis déjà exprimé à plusieurs reprises sur cette question) ; toujours est-il que cet article mêlant théologie et lovecrafterie se montre très intéressant (si).

 

Suivent plusieurs rubriques, pour l’instant simplement tenues par Robert M. Price, donc. Et d’abord la légendaire « The Fun Guys from Yuggoth » (j’adore ce jeu de mots débile), chronique rigolote de rencontres d’éminents lovecraftiens.

 

Dans « R’lyeh Texts », L’auteur nous parle de ses lectures : ici, il ne tarit pas d’éloges pour Stephen King, en l’occurrence ‘Salem’s Lot, le premier livre qu’il lisait du Roi ; je ne vais pas vous livrer le détail de toute la rubrique, hein. Notons juste qu’elle se clôt sur le « current flood of fun-but-usually-junky Cthulhoid fiction »… et que l’on y retrouve à la meilleure place Stephen King… pour « Jerusalem’s Lot » (dans Night Shift) ? (Je note aussi « More Light » de James Blish, que j’avais lu dans une publication ultérieure, Le Cycle d’Hastur, anthologie dirigée par… ben oui, Robert M. Price.)

 

Reste enfin « Mail-Call of Cthulhu » (ah ça, quand je vous disais que le ton n’était pas le même que dans Lovecraft Studies…). Pas de courrier dans ce premier numéro, sans surprise, mais quelques remarques sur des publications lovecraftiennes de « fun guys from Yuggoth » (oui, je me répète, mais j’aime ça) ; je note surtout « The Mythic Hero Archetype in « The Dunwich Horror » » de Don Burleson (dans… Lovecraft Studies, n° 4). Robert M. Price s’oppose à cette lecture « retournée » qui fait d’Armitage un loser

 

C’est tout pour ce très petit numéro. Suite au prochain…

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"La Piste du Dakota", de Pierre Pelot

Publié le par Nébal

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PELOT (Pierre), La Piste du Dakota, Paris, Gallimard, coll. Folio, [1966, 1999] 2001, 193 p.

 

Il faut bien commencer quelque part ; alors pourquoi pas par un western ? C’est en tout cas ce que fit un tout jeune Pierre Pelot, qui n’avait pas vingt ans quand a été publié ce premier roman qu’est La Piste du Dakota ; un western, oui, mais pas encore un Dylan Stark ; et, selon les propres mots de l’auteur, un « western qui ne voulait pas déserter l’enfance ». Effectivement : autant le dire de suite, c’est là le gros problème de cette Piste du Dakota un tantinet régressive ; l’âge de l’auteur transpire à chaque page, et sans doute ce court roman est-il en priorité destiné à des lecteurs dans les mêmes eaux, ce qui n’est plus mon cas…

 

Mais on y reviendra. Présentons un peu l’histoire tout d’abord. Nous sommes juste au lendemain de la guerre de Sécession, dans l’Arkansas du Sud. Brad Heart, ex-soldat nordiste, cherche à rejoindre le Dakota du Nord, où sa femme Sally Ann l’attend dans son ranch. Accompagné de son fidèle ami indien Attowack – qui s’est lui aussi battu dans les rangs de l’Union –, le Yankee trouve du travail auprès du ranchman Forward (ce nom est tout un programme…) : il s’agit, pour une centaine de cow-boys, de convoyer un troupeau de 2000 têtes de bétail le long de la piste du Dakota, pour s’établir enfin dans le Pays-de-l’herbe-verte. Une belle occasion d’accomplir le voyage vers Sally Ann.

 

Mais cela ne s’annonce pas facile. Forward sait qu’une bonne partie du troupeau va crever en chemin. Il sait aussi que les Indiens – les Sioux, essentiellement – représentent une menace avec laquelle il va falloir compter. Tous les cow-boys n’arriveront pas vivants au ranch de la White Valley…

 

Mais cette menace pèse encore plus sur les épaules de Brad et Attowack… dans la mesure où ils étaient nordistes, et où une bonne partie des convoyeurs s’est battue dans les rangs de la Confédération. Or certains ont la défaite amère, et la rancune tenace. Ainsi, notamment, Cudgel (qui n’est pas vraiment astucieux…), lequel s’est juré de faire la peau du Yankee et de son pote à la peau rouge…

 

Une traversée des États-Unis du Sud au Nord. Forcément, devant cette odyssée, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au bien plus récent Lonesome Dove… Mais ne nous engageons pas trop sur ce terrain : la comparaison, outre son anachronisme foncier, aurait quelque chose d’un peu absurde ; La Piste du Dakota ne joue tout simplement pas dans la même catégorie. Roman de pur divertissement écrit par un jeunot à une époque autrement plus friande de westerns, ce premier Pelot n’a pas l’ambition du monument de Larry McMurtry.

 

Cela dit, ce western très classique (trop classique ?) ne passe plus guère aujourd’hui (et on ne s’explique pas forcément cette réédition, quand bien des romans de Pierre Pelot, tous genres confondus, se montrent bien plus intéressants). L’âge de l’auteur, disais-je, ressort à chaque page. Il s’agit bien d’une histoire basique de cow-boys et d’Indiens, c’est rien de le dire : tous les clichés sont là (oui, des clichés plus que des codes). Nulle surprise dans ce roman très linéaire – encore qu’il multiplie à plus ou moins bon droit les ellipses –, où les événements s’enchaînent dans l’ordre. Les personnages, en carton-pâte, n’arrangent rien à l’affaire. Et la plume de l’auteur non plus : amateurs de Pelot, vous ne trouverez pas ici l’élégante efficacité qui caractérise ses productions ultérieures, y compris dans le domaine du western (voyez ici). Chaque phrase est un cliché, chaque réplique est téléphonée ; à vrai dire, ça en devient même parfois franchement pénible… ou, et ce n’est sans doute pas mieux, plutôt risible (notamment quand Attowack a la mauvaise idée d’ouvrir la bouche).

 

Alors tout n’est pas totalement raté dans ce premier roman : une, voire deux, scènes de « stampede », de panique du troupeau, sont plutôt correctes. Et sans doute y a-t-il un peu du Pelot futur dans l’hécatombe qui frappe les convoyeurs… mais l’empathie à l’égard de ces personnages étant nulle, on les voit mourir à la pelle, au détour d’une ligne quelconque, sans jamais rien ressentir. Si l’on y ajoute quelques invraisemblances narratives (concernant Cudgel, notamment), on a tôt fait de confirmer la première impression laissée par La Piste du Dakota : celle d’un mauvais roman « jeunesse », témoin d’une autre époque, et dont la naïveté n’a hélas rien de rafraîchissant.

 

Pelot a fait tellement mieux… Oublions donc cette « erreur de jeunesse », qui n’en était sans doute pas totalement une, dans la mesure où elle a malgré tout lancé la carrière de l’auteur ; mais La Piste du Dakota ne témoigne en rien du talent qu’il saura déployer par la suite, et ce dans tous les genres. Il faut bien commencer…

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