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"J.R.R. Tolkien, une biographie", d'Humphrey Carpenter

Publié le par Nébal

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CARPENTER (Humphrey), J.R.R. Tolkien, une biographie, [J.R.R. Tolkien, A Biography], traduit de l’anglais par Pierre Alien, édition revue par Vincent Ferré, Paris, Christian Bourgois – Pocket, [1977, 1980, 2002, 2004] 2009, 318 p. [+ 8 p. de pl.]

 

Ma lecture aujourd’hui de cette biographie de J.R.R. Tolkien par Humphrey Carpenter ne doit certes rien au hasard. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas la sortie prochaine de l’adaptation de Bilbo le Hobbit par Peter Jackson (dont la trilogie du « Seigneur des Anneaux » m’avait laissé une impression mitigée…) qui l’explique, même si j’ai du coup pas mal envie de relire ledit livre dans sa nouvelle traduction. Non, la vraie raison est ailleurs : c’est que je compte me faire très bientôt L’Étoile du matin de Wu Ming 4, dont Tolkien est un des personnages principaux, et que j’avais envie auparavant, même si cela n’a sans doute rien d’obligatoire, d’en savoir un peu plus sur le bonhomme.

 

Certes, je n’étais pas à cet égard totalement dans le flou, pour avoir été un tolkiénien fanatique dans ma prime adolescence : ainsi que j’ai eu l’occasion de le confier (ici), Le Seigneur des Anneaux est un livre qui a énormément compté pour moi, en ce qu’il a constitué ma porte d’entrée vers les littératures de l’imaginaire (et probablement la littérature tout court) ; je sais ne pas être très original, là… Mais voilà : pré-ado puis ado, j’ai lu et relu le monument de Tolkien, et me suis également régalé de ses autres œuvres, au premier chef Bilbo le Hobbit (donc, que j’ai lu après) et Le Silmarillion, que j’ai de même lus et relus. Je me suis alors farci tout ce qui portait le nom de Tolkien (ou presque), et j’en suis même passé (ou du moins j’ai essayé) par les fonds de tiroir publiés par son fils et exécuteur littéraire Christopher… jusqu’à ce que je craque sur l’illisible Livre des contes perdus, réservé aux exégètes plus fanatiques encore que je ne l’étais. Et du coup, depuis, rien, à part, à sa sortie,  Les Enfants de Húrin, que j’avais beaucoup apprécié, y retrouvant dans un soupir nostalgique (arf) l’émerveillement que j’avais pu ressentir quinze à vingt ans plus tôt (putain, le coup de vieux…).

 

J’avais donc pu me forger une image, assez vague mais sans doute suffisante, de J.R.R. Tolkien, faite de quelques éléments épars : je savais qu’il était né en Afrique du Sud, mais qu’il avait vécu presque toute sa vie en Angleterre (et qu’il était définitivement anglais) ; je le savais distingué professeur de philologie à Oxford, estimé de ses pairs ; je savais qu’il avait fait la Première Guerre mondiale, et que l’expérience avait été passablement traumatisante (même si j’ai appris ici qu’il n’a en fait que très peu été sur le Front, étant presque systématiquement malade à l’époque) ; je le savais catholique (mais ne l’imaginais pas aussi intransigeant), conservateur (très), et il me semblait bien avoir lu ici ou là qu’il était gallophobe (mais je n’imaginais pas que c’était à ce point) ; je connaissais à peu près son goût de l’amitié masculine, et savais que figurait parmi ses proches un autre professeur à Oxford et écrivain d’imaginaire, C.S. Lewis (que je n’ai jamais lu, cela dit) ; j’avais une idée plus ou moins nette de sa biographie littéraire, et de l’histoire de son succès, comme de son refus de se prêter à l’allégorie (sauf très rares exceptions). Mais c’était à peu près tout. Et je voulais en savoir plus.

 

La biographie de Humphrey Carpenter – qui fut longtemps considérée, et peut-être encore aujourd’hui, comme la biographie « officielle » de Tolkien – me paraissait donc constituer une lecture potentiellement utile. Celle-ci, savamment composée, mais de manière presque strictement chronologique, se veut le récit d’une vie, et non un ouvrage de critique littéraire (notamment parce que Tolkien estimait qu’une œuvre ne devrait pas être interprétée à l’aune d’un parcours biographique : refus de l’allégorie, là encore). Écrite dans une langue agréable, elle se lit à peu de choses près comme un roman, impression renforcée par l’absence de notes, qui ne doit cependant pas nous tromper : Humphrey Carpenter a de toute évidence accompli un travail colossal, et s’est énormément documenté, notamment auprès de sources inédites et destinées à le rester ; mais il ne voulait pas « polluer » son récit avec des références trop précises et probablement guère utiles pour le lecteur profane, et préférait lui conserver une certaine simplicité et fluidité (par exemple pour ce qui est des citations). Et c’est bien l’occasion d’en apprendre beaucoup sur Tolkien. La très mauvaise quatrième de couverture me faisait un peu craindre l’hagiographie, mais Humphrey Carpenter ne tombe en définitive guère dans ce travers (Tolkien n’est pas toujours présenté ici comme quelqu’un de forcément très sympathique, en dépit des affirmations de l’auteur…), et sait dresser un portrait que j’estime à vue de nez fidèle.

 

Nous suivons donc Tolkien de sa naissance en Afrique du Sud en 1892 à sa mort en 1973. Le jeune Ronald (c’est ainsi qu’il est presque systématiquement désigné) est très tôt orphelin ; plus ou moins élevé par un prêtre, il s’attache fortement à la religion catholique, à laquelle s’était convertie sa mère, et cela restera toute sa vie d’une importance cruciale. Issu de la petite bourgeoisie, il connaît cependant une existence plutôt modeste, et doit se battre pour obtenir les indispensables bourses lui permettant d’entamer puis de poursuivre ses études. Il développe très tôt son goût pour les langues anciennes, devenant rapidement un linguiste des plus talentueux… et imaginant bientôt ses propres langages, ce qui, là encore, sera d’une importance capitale pour la suite. Il trouve alors dans la littérature nordique et anglo-saxonne (Beowulf, les sagas islandaises…) de quoi stimuler son goût pour les mots et l’imaginaire, et celle-ci constituera l’arrière-plan de son œuvre ultérieure (on notera au passage que, contrairement à une idée reçue, Tolkien a toujours professé le plus grand mépris pour Wagner et son Ring). Il rencontre l’amour en la personne d’Edith, qui deviendra son épouse dévouée après une longue séparation imposée par son tuteur, et lui donnera quatre enfants. Passé la guerre, où nombre de ses amis tombent sur le champs d’horreur, le professeur mène dans l’ensemble une vie sans histoire, qu’on pourrait à vue de nez juger d’une banalité écrasante, et mortellement ennuyeuse… Mais son récit n’a rien d’ennuyeux, loin de là.

 

C’est qu’on se passionne pour l’itinéraire intellectuel et littéraire de Tolkien, qui élabore très tôt les premiers éléments de son œuvre, pour ne pas dire de sa mythologie : les premiers textes de ce qui deviendra Le Silmarillion datent de 1917, et Tolkien y reviendra sans cesse. Qu’on ne s’y trompe pas, cependant : il ne faut pas y voir véritablement les germes de Bilbo le Hobbit et du Seigneur des Anneaux, Tolkien n’avait certainement pas de plan d’ensemble, et ne savait pas vraiment où il allait. Il commença donc ses œuvres de fiction – qui ne devaient être, celles-là, publiées qu’après sa mort – en recréant à destination d’un public très restreint, famille et amis proches, la mythologie anglaise, qui deviendra progressivement sa propre mythologie. Son perfectionnisme, virant à la maniaquerie, l’empêche d’envisager de publier ces récits de ce qui deviendra ultérieurement le Premier Âge (du moins jusqu’au succès du Hobbit). Alternant prose et poésie allitérative, il construit tout un univers, riche de références mais pourtant original, et parfois très personnel (il est à bien des égards Beren, et sa femme Lúthien, à titre d’exemple – leur tombe le mentionne, d’ailleurs).

 

Mais, bien loin de l’érudition étouffante de ses travaux universitaires (finalement assez rares, quand bien même très prisés et admirés : Tolkien consacrait davantage de temps – énormément, même – à l’enseignement qu’à la recherche, et son perfectionnisme, là encore, l’empêcha plus d’une fois de mener à terme ses projets) et du Silmarillion, c’est en se tournant vers les enfants, et d’abord les siens, qu’il finira par trouver sa voie. Car Bilbo le Hobbit est indéniablement un livre pour enfants, et est bien reçu comme tel (même si j’aurais pour ma part envie de nuancer : si la dimension enfantine est très présente dans les premières pages, elle cède le pas à la dimension mythologique et épique sur le tard) ; il rencontre un certain succès, et on réclame bientôt à l’auteur une nouvelle histoire de Hobbits.

 

Tolkien se met à la tâche, sans trop savoir où il va ; et c’est ainsi, au terme de douze années de travail ponctué d’interruptions et de doutes, que l’auteur, loin de se contenter de renouveler Bilbo, va, avec Le Seigneur des Anneaux, créer un monument qui saura conjuguer de manière totalement inédite son érudition mythologique et son goût de l’imaginaire plus ou moins enfantin. Le livre, cette fois, n’est pas destiné aux enfants, c’est une évidence, et est à vrai dire inclassable ; ceci, et sa longueur, font que la publication du Seigneur des Anneaux est perçue comme une « prise de risque »… Mais le risque fut pris, et, en dépit de critiques très diverses, le livre trouva comme par magie son public, jusqu’à devenir, notamment dans les campus américains des années 1960, un succès colossal, dont Tolkien fut le premier surpris.

 

Humphrey Carpenter dresse dans sa biographie le parcours presque schizophrène d’un homme partagé entre la banalité de son quotidien de professeur et le grandiose de son imaginaire aussi foisonnant qu’inventif. Et l’on en ressort convaincu d’une chose : avec ses défauts indéniables, Tolkien était néanmoins un authentique génie, un créateur comme on n’en rencontre que rarement, l’inventeur – pour le meilleur et pour le pire… – d’un genre destiné à connaître le succès que l’on sait. Et, une fois la dernière page tournée, on est pris d’une envie irrépressible de lire ou relire Tolkien. M’étonnerait donc pas que je m’y remette, voire que je me risque à nouveau – soyons fous – aux publications de Christopher Tolkien (certaines d’entre elles du moins). On verra bien… Mais la mission est donc accomplie. Cette biographie, qui se dévore, est donc tout à fait recommandable, et mérite bien qu’on s’y arrête ; à vrai dire, pour les fans de Tolkien, c’est même probablement une lecture indispensable. J’ai ressenti beaucoup de plaisir à accompagner le professeur oxonien au long de ces pages, et, maintenant, j’ai à nouveau envie d’arpenter la Terre du Milieu en compagnie des Hobbits, ce qui n’était pas forcément gagné d’avance. Mais en attendant, on se retrouvera pour tolkiéniser plus ou moins avec L’Étoile du matin, donc.

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"Jeunesse", de Joseph Conrad

Publié le par Nébal

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CONRAD (Joseph), Jeunesse, [Youth], traduit de l’anglais par G. Jean Aubry, révisé et annoté par Claude Noël Thomas et Sylvère Monod, Paris, Gallimard, coll. Folio 2€, [1925, 1985, 1993, 2002] 2009, 88 p.

 

Patrick Mallet est quelqu’un de fort sympathique et de bon goût. Ce passionné de récits maritimes (incluant notamment les variantes poulpesques) m’a ainsi fait découvrir William Hope Hodgson (même si je n’en ai lu pour le moment que  L’Horreur tropicale), La Montagne morte de la vie de Michel Bernanos, et, si je ne m’abuse, La Peau froide d’Albert Sánchez Piñol. Que du bon. Et, un beau jour, il m’a fait une surprise en glissant à mon insu dans ma pile d’achats bouquinesques un petit cadeau, toujours maritime mais non poulpesque cette fois, le court roman (ou plutôt la longue nouvelle…) Jeunesse de Joseph Conrad. Qu’il en soit mille fois remercié.

 

De Joseph Conrad, écrivain anglophone d’origine polonaise, je n’avais lu jusqu’à présent (et adoré, comme de juste) que ce qui constitue probablement son œuvre la plus célèbre : Au cœur des ténèbres (évidemment, Apocalypse Now était auparavant passé par là). Je n’avais encore jamais trouvé d’occasion d’approfondir ma découverte de cette auteur, même si Le Duel prend depuis longtemps la poussière dans ma commode de chevet (là encore à la base pour des raisons cinéphiles, dans la mesure où j’ai adoré Les Duellistes de Ridley Scott – son premier film, si je ne m’abuse).

 

Jeunesse partage certains traits avec Au cœur des ténèbres : on y retrouve un narrateur (mais mérite-t-il vraiment ce titre ?) anonyme, qui n’est en fin de compte qu’un véhicule pour le récit du marin Marlow (celui qui remonte le fleuve vers Kurtz, mais que l’on retrouve aussi semble-t-il dans d’autres œuvres de l’auteur). Conrad fut marin avant que de devenir écrivain, et Jeunesse est imprégné de son expérience.

 

Marlow y narre donc à une compagnie de buveurs – « Passez-moi la bouteille. » – un voyage maritime important de sa jeunesse : sa première traversée en tant que lieutenant, à l’âge de 20 ans, à bord de la Judée, un infâme vieux rafiot à destination de Bangkok, autant dire d’un Extrême-Orient mythifié. Un voyage qui commence mal, et se poursuit pire encore… Tempêtes, mutinerie, incendie : le périple de la Judée tourne à l’odyssée.

 

Mais c’est avant tout – le titre est assez explicite – une ode à la jeunesse, arrogante et insouciante. Marlow se tourne avec nostalgie sur ses jeunes années (« Ah ! Jeunesse ! »), et son récit prend des allures, tantôt enthousiastes, tantôt vaguement désabusées, de parabole initiatique sur le passage à l’âge adulte. Et celui-ci ne se fait pas tout seul…

 

Le texte est si court que je ne peux guère m’étendre à son sujet. Je me contenterai de noter que Conrad, usant d’une fort belle plume (rendue cependant quelque peu hermétique par l’usage abondant de termes nautiques, qui contribuent il est vrai au réalisme de la chose), traite avec passion et intelligence d’un sujet qui lui tient visiblement à cœur. Rien d’étonnant à ce que mon généreux donateur ait apprécié, du coup, ce « grand livre de mer et d’aventures ».

 

J’avouerai cependant n’avoir pas été aussi enthousiaste. Si je ne regrette pas ma lecture, et multiplie les remerciements pour ce cadeau, je confesse n’en avoir pas forcément retiré grand-chose, et crains de vite oublier le périple de la Judée… Mais il est vrai que les récits « purement » maritimes ne m’ont jamais séduit plus que cela (certes, il y a des exceptions : il y a quelque temps, je vous avais entretenu de  Moby Dick, après tout…), même si, de manière générale, les récits d’exploration suscitent plus qu’à leur tour mon intérêt (et s’il y a du poulpe dedans, c’est encore mieux). Or, malgré le talent indéniable de Conrad, sa sincérité, et de manière plus générale l’authenticité du récit de Marlow, Jeunesse m’a laissé relativement froid… d’autant que je n’y ai pas retrouvé la profondeur (si j’ose dire) d’Au cœur des ténèbres.

 

Cela ne me dissuadera certes pas de lire Conrad à nouveau – en fait, malgré ma relative indifférence à l’égard de cette nouvelle, mon envie de découverte s’en est tout de même retrouvée renforcée. Mais je ne saurais véritablement conseiller Jeunesse qu’aux amateurs chevronnés de récits maritimes ; ce que je ne suis de toute évidence pas…

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RIP Boris Strougatski

Publié le par Nébal

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Ce soir, la science-fiction (et plus largement la littérature) russe (et plus largement mondiale) a perdu un très grand monsieur : Boris Strougatski s'est éteint. Il était notamment le coauteur avec son frère Arkadi de l'extraordinaire Stalker, mais aussi, pour m'en tenir à ceux que j'ai évoqués sur ce blog interlope, de L'Île habitée et de Il est difficile d'être un dieu. Tristesse.

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Lancement "Tadjélé" et "Dystopia Anthologie 01" à Charybde (17/11/2012)

Publié le par Nébal

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Dystopiales 4 (13/11/2012)

Publié le par Nébal

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Dédicace Carlos Zanon à Charybde (17/10/2012)

Publié le par Nébal

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Dédicace Michael Moorcock à Charybde (14/10/2012)

Publié le par Nébal

(Pardon pour le flou, on m'avait privé de flash et je ne maîtrise pas encore mon appareil...)

 

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"Malpertuis", de Jean Ray

Publié le par Nébal

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RAY (Jean), Malpertuis, Paris, Librairie des Champs-Élysées, coll. Le Masque Fantastique, [1943] 1978, 250 p.

 

Ayé, j’ai enfin lu Malpertuis de Jean Ray. Et il était plus que temps. Ce livre, unanimement considéré comme un chef-d’œuvre du fantastique, me faisait de l’œil depuis un bon moment déjà. J’en avais dégoté une édition chez un bouquiniste, mais elle a longtemps pris la poussière dans ma commode de chevet… Ce n’est que tout récemment, dans le cadre de mes lectures de lovecrafteries diverses et variées, qu’il m’est apparu évidemment nécessaire de franchir le pas (du fait de l’article de Jacques Van Herp comparant Ray et Lovecraft dans  le cahier de l’Herne consacré à ce dernier, et plus encore sans doute de mon acquisition de l’essai de Patrice Allart D’Arkham à Malpertuis ; je dois cependant dire a priori que ce roman n’a pas grand-chose à mes yeux de « lovecraftien » ou « para-lovecraftien », ce qui explique pourquoi je ne vais pas le faire figurer dans la page idoine). Las, le sort s’est acharné sur moi : arrivé environ à la moitié du roman, j’ai connement paumé mon exemplaire dans les rues parisiennes… Malédiction ! Il s’est heureusement trouvé une fort aimable citoyenne pour me prêter son édition du roman, sans doute atterrée qu’elle était par mon inculture crasse et pleine de compassion à l’égard de mon indicible frustration. Et j’ai donc, contre vents et marées, enfin pu finir la bête.

 

Nous sommes dans la première moitié du XIXe siècle. Malpertuis (le nom est plus ou moins directement emprunté au  Roman de Renart, preuve de bon goût) est une inquiétante demeure, que l’on supposera située en Belgique. C’est entre ses murs que vit le vieux Cassave, abominable vieillard qui n’en a plus pour très longtemps. Aussi réclame-t-il à son chevet les membres de sa famille et quelques autres proches, pour leur faire lecture de son testament. Ses héritiers bénéficieront de son immense fortune, mais à une condition : celle d’habiter Malpertuis. Le dernier à demeurer dans la vieille bâtisse emportera la totalité de l’héritage ; s’il reste en définitive un homme et une femme, ils devront se marier ensemble. Un testament pour le moins étrange… mais auquel se plient bien vite les héritiers désignés, avides de la fortune du vieux bonhomme, qui ne tarde pas à exhaler son dernier soupir.

 

Mais, bien évidemment, les choses vont mal se passer. Au-delà des rivalités, jalousies et autres petites haines mesquines qui divisent les habitants de Malpertuis (sous cet angle, je n’ai pu m’empêcher de penser à la « trilogie de Gormenghast » de Mervyn Peake, à peu près contemporaine si je ne m’abuse) et rendent leur cohabitation pour le moins éprouvante, la maison elle-même semble dotée de vie, et porter en elle les germes d’une fatale malédiction. Une maison hantée ? Peut-être… mais la vérité est potentiellement ailleurs.

 

L’histoire de Malpertuis nous est contée par différents narrateurs. Le principal est l’un des héritiers de Cassave, le jeune et naïf Jean-Jacques Grandsire, qui livre dans ses carnets la majeure partie de la description des événements étranges ayant pris Malpertuis pour cadre. Mais son récit est agencé et complété par d’autres documents, par un mystérieux « voleur » bien décidé à faire la lumière sur cette étrange affaire, dont les sources sont bien plus lointaines qu’il n’y paraît, à en croire les documents laissés par l’affreux abbé Doucedame-le-vieil, dont le descendant, également abbé, est un ami de Jean-Jacques, qui en sait long sur les mystères du testament de Cassave. La construction du roman, du coup, est d’une complexité et d’une subtilité remarquables.

 

Ce n’est pas là le moindre atout de Malpertuis, mais ce n’est certes pas le seul. Le roman bénéficie en outre d’une belle galerie de personnages (généralement tous plus répugnants les uns que les autres), et d’une plume très baroque et chargée, mais dont il se dégage un charme indéniable. Jean Ray sait enfin mitonner quelques jolies scènes d’épouvante, lorgnant plus qu’à leur tour vers le surréalisme.

 

Mais je dois dire que ce côté « surréalisant » m’a laissé parfois perplexe. Les enchaînements et rebondissements de l’intrigue donnent parfois une vague impression de confusion, et l’on est longtemps sans véritable certitude de comprendre au juste ce qui se passe, jusqu’aux derniers chapitres qui viennent faire la lumière sur l’ensemble (de manière plus ou moins satisfaisante à mon sens, d’ailleurs), en convoquant la mythologie dans le cadre glauque de Malpertuis.

 

Et, au final, c’est quand même, en dépit de toutes les qualités précédemment évoquées, et qu’il ne me viendrait pas deux secondes à l’esprit de nier, ce sentiment de perplexité qui domine depuis que j’ai achevé ma lecture. J’ai le sentiment, diffus mais non moins réel, d’être un peu passé à côté du roman (ou plus exactement de certaines de ses scènes). Et, surtout, si j’ai aimé lire Malpertuis, je ne saurais honnêtement cacher une déception, toute relative certes, mais néanmoins prégnante. C’est que l’on m’avait tellement dit de bien de ce roman, souvent présenté comme le chef-d’œuvre de Jean Ray, voire comme le chef-d’œuvre du fantastique francophone, que j’en attendais énormément. En entamant ma lecture, je m’attendais à peu de choses près à être soufflé à chaque page par le brio du conteur et son talent fantastique. Or ce ne fut pas le cas. Non que j’entende dénier à Jean Ray le statut de grand auteur fantastique ; simplement, j’en attendais probablement trop, la faute à une propagande ardente, et peut-être à mes yeux légèrement excessive.

 

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : Malpertuis est assurément un bon, et même un très bon roman fantastique, qui a bien des atouts en sa faveur, et je ne regrette certainement pas de l’avoir enfin lu ; je veux bien concéder qu’il s’agit d’un texte important pour le genre, et dont la lecture est sans doute incontournable pour tout amateur qui se respecte. Mais, en ce qui me concerne, ce n’est pas pour autant le chef-d’œuvre que j’attendais, et j’aurais tendance à penser que ce serait quelque peu galvauder cette qualification que de l’appliquer au roman de Jean Ray.

 

Malpertuis ne manque donc pas de charme, témoigne du talent aux mille facettes de son auteur, et vaut amplement d’être lu ; mais je me vois donc contraint d’avouer néanmoins une certaine déception une fois la dernière page tournée. Et, si c’est bien là le chef-d’œuvre de Jean Ray, je ne suis pas certain d’avoir envie d’approfondir véritablement ma découverte de cet auteur…

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Dossier Dystopia Workshop dans "Frontières", n° 2

Publié le par Nébal

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Vous pouvez accéder à l'intégralité du numéro gratuitement ici.

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"Retour à Arkham", de Robert Bloch

Publié le par Nébal

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BLOCH (Robert), Retour à Arkham, [Strange Eons], traduit de l’américain et présenté par François Truchaud, Paris, NéO, coll. Fantastique/Science-fiction/Aventures, [1979] 1980, 238 p.

 

Robert Bloch, peut-être surtout connu aujourd’hui pour avoir été l’auteur de Psychose, fut en son temps le plus jeune membre du « cercle Lovecraft ». S’il n’a jamais rencontré en personne le pôpa de Cthulhu, il a entamé avec lui une importante correspondance, et livré, surtout dans sa jeunesse donc, un certain nombre de lovecrafteries, allant du franchement médiocre au très correct, ainsi que je vous en avais entretenu en rendant compte de ma lecture des  Mystères du Ver.

 

Mais si Bloch s’est ensuite tourné vers d’autres domaines – un fantastique moins connoté, du polar également –, il est néanmoins retourné à ses premières amours en 1979, avec un roman cette fois, ce Retour à Arkham dont je vais traiter aujourd’hui (notons d’emblée que ce titre français est très mal choisi : dans le roman, Arkham reste une ville fictive, issue de l’imagination de Lovecraft, et il ne s’agit donc en rien d’y « retourner » ; est par contre évoqué un « Projet Arkham » très Delta Green… Mais on préfèrera donc le titre original, Strange Eons, autrement approprié). Enfin, un roman… Il est découpé en trois parties (« Maintenant », « Plus tard » et « Bientôt ») aux liens finalement assez relâchés ; mais on y reviendra.

 

Tout commence à Los Angeles, lorsqu’un homme du nom d’Albert Keith – qui ne connaît rien à l’œuvre de Lovecraft – tombe en fascination devant un étrange tableau, dans lequel les amateurs du maître de Providence ne manqueront pas de reconnaître celui du « Modèle de Pickman ». Waverly, un ami de Keith, qui, lui, connaît bien Lovecraft et son œuvre, établit par contre le rapport. Mais en cherchant à se renseigner sur l’origine de ce tableau macabre, les deux hommes tombent sur un cadavre… exactement comme dans  La Peur qui rôde. Et ce n’est pas fini, loin de là : bien des événements auxquels ils auront le malheur d’assister (ou de participer…) évoqueront les fictions lovecraftiennes. Et évidemment, ça va mal se finir pour eux… Dans la deuxième partie (mal rattachée à la première…), nous suivons l’ex-femme d’Albert Keith, Kay, qui se retrouve bien malgré elle entraînée dans une spirale d’événements lovecraftiens, et fait notamment la rencontre d’un mystérieux révérend Nye, chef de la secte de la Sagesse des Étoiles… Enfin, la troisième et dernière partie – peut-être la plus réussie, du fait de son atmosphère – nous plonge dans un futur proche passablement apocalyptique, avec le journaliste Mark Dixon. Avec cette interrogation sous-jacente à chaque fois : « L’art imite-t-il la réalité ou est-ce l’inverse ? »

 

Retour à Arkham est donc un hommage à Lovecraft et à son œuvre, saturé de références, tombant parfois comme un cheveu sur la soupe, sans que l’histoire ne le nécessite vraiment. Mais, à la limite, ce côté-là est plutôt amusant, et François Truchaud, le traducteur, a sans doute raison, dans son indicible préface souffrant d’exclamationnite aiguë (à tel point qu’elle en est franchement pénible à lire ; on notera au passage qu’il ne manque pas une occasion de faire la promo de son cahier de l’Herne…), de mettre l’accent sur l’humour de Bloch. Las, en dehors de ces nombreux clins d’œil pour fans, ce roman n’est pas vraiment drôle… ou alors malgré lui.

 

On ne fera pas de mystère : Retour à Arkham est en effet un roman raté. Mal écrit (et probablement traduit itou), mal construit (l’enchaînement entre la première et la deuxième parties est particulièrement foireux), ce polar ou thriller lovecraftien ne suscite guère que l’ennui, quand ce n’est pas la consternation, devant ses innombrables rebondissements aussi prévisibles que grotesques (hélas généralement dans le mauvais sens du terme). Alors parfois, on sourit, oui ; mais plus du livre qu’avec le livre…

 

Il faut dire que ce Retour à Arkham, même en étant bon prince ou bon public, n’a pas grand-chose pour lui. Passé le jeu de références qui devient vite lourdingue, il fait montre d’un complet manque d’intérêt : difficile (comme chez Lovecraft, certes) de s’intéresser au sort de ses « héros » en mousse ; plus difficile encore de frémir devant ses meuchants ridicules (et souvent basanés) ; difficile enfin de croire ne serait-ce que deux secondes à ce qui nous est raconté, et qui évoque, bien plus que Lovecraft lui-même, une mauvaise partie de  L’Appel de Cthulhu (ou peut-être plus encore de Delta Green, donc, du fait du cadre contemporain et de l’ambiance – faut le dire vite – conspirationniste), mal écrite, mal préparée, et mal gérée par un Gardien enthousiaste mais débutant (alors que Bloch commençait tout de même à avoir de la bouteille à ce moment-là).

 

Retour à Arkham est donc un roman raté, hommage poussif oscillant entre le nanar et le navet, qui ne retiendra véritablement l’attention que des collectionneurs les plus acharnés ou des rôlistes désireux de découvrir ce qu’il ne faut pas faire. Dommage…

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