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"Singulier Pluriel", de Lucas Moreno

Publié le par Nébal

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MORENO (Lucas), Singulier Pluriel, Vevey, Hélice Hélas, 2012, 227 p.

  

Après Vincent Gessler et Laurence Suhner (entre autres : je n’évoque ici que ceux qui ont écumé récemment ces pages interlopes), voilà-t-y pas que Lucas Moreno rejoint à son tour le Complot Suisse pour la Domination de la SF Francophone. Lucas Moreno, on s’en souvient notamment pour feu Utopod. Mais il a également commis quelques nouvelles ces dernières années, compilées dans le présent recueil publié par un éditeur au nom chelou. J’en avais pour ma part déjà lu trois, l’une dans Dimension Suisse et les deux autres dans Bifrost, et, ma foi, c’était plutôt convaincant. De là à lire ce court (très court, en fait) volume, il n’y avait qu’un pas, vite franchi.

 

Adonc. Singulier Pluriel, le premier livre de l’auteur, comprend neuf des dix nouvelles qu’il a publiées à ce jour. Ce qui peut faire un peu peur : on peut en effet craindre que tout cela flirte un peu trop avec l’amateurisme, certes rafraîchissant et enthousiaste, mais bon, quand même ; un recueil, c’est (ou cela devrait être) plus que la somme des nouvelles qui le composent, il ne suffit pas d’atteindre un certain quota pour que le recueil puisse sortir. Et, en effet, Singulier Pluriel, recueil le cul entre deux chaises, donne davantage une impression un brin fâcheuse de dispersion plutôt que celle, louable, de l’éclectisme. Ce qui se traduit dans les faits par deux parties : la première, comprenant cinq nouvelles, fait dans le fantastique et l’horreur (grosso merdo) ; la seconde, avec quatre nouvelles (dont les trois que je connaissais déjà…), est résolument SF, et, à mon sens, plus convaincante.

 

Commençons donc par les nouvelles « fantastiques ». Ça commence plutôt bien avec « Singulier Pluriel » (donc), nouvelle sur un étrange voisinage qui n’est pas sans évoquer Rosemary’s Baby mâtiné de Society. « Le Meilleur’ Ville dou monde », qui suit immédiatement, témoigne d’obsessions assez similaires, et fonctionne également plutôt bien. La plume de Lucas Moreno est assez agréable, sait éviter les lourdeurs et maladresses si communes aux débutants, les personnages sont bons, l’ambiance aussi. Rien de transcendant, n’exagérons rien, mais ça se lit bien. Mieux, sans doute, que « Shacham », dont le préambule fait un peu peur, même si la suite est plus intéressante (le cadre himalayen y est pour beaucoup). « Dellamorte Dellamore » (bah oui, comme le chouette film de Michele Soavi) est également très correcte, avec sa femme qui ne cesse de revenir d’entre les morts. Le polar fantastique « Comme au premier jour » convainc un peu moins (et sent un peu le réchauffé). Bilan de cette première partie : c’est du correct. Rien d’exceptionnel, mais, disons, moyen +.

 

La partie SF est à mon sens plus réussie. Je vous avais déjà dit tout le bien que je pensais de « L’Autre Moi » en traitant de Dimension Suisse, il me paraît donc inutile d’y revenir ici. Suit « Demain les eidolies », déjà lue dans Bifrost, et qui m’avait fait une forte impression. Cette histoire de « maïeutique de surface », avec en outre des éléments dickiens et d’autres relevant d’une science-fiction plus classique, me paraît constituer le meilleur du recueil : c’est irréprochable. « Trouver les mots », la seule des nouvelles de SF que je n’avais pas lues, est également assez séduisante : une SF sombre et désenchantée, qui m’a fait penser au Quinzinzinzili de Régis Messac (l’humour en moins). Et le recueil de se conclure sur une autre nouvelle bifrostienne avec « PV » et son jardin d’Eden truqué. L’impression globale ? Moyen ++, voire bon. Pas encore tout à fait ça, mais pas mal.

 

Au final, avec Singulier Pluriel, Lucas Moreno nous livre un court bilan de sa production passée, qui se dévore d’une traite (le livre se lit en quelques heures à peine), et séduit plus qu’à son tour. Sans jamais convaincre pleinement, certes – toujours, de temps à autre, cette impression d’amateurisme –, mais ça n’en fait pas moins une lecture dans l’ensemble plutôt recommandable, et surtout un témoignage éloquent des capacités latentes de l’auteur, que l’on qualifiera selon l’usage de prometteur. Et c’est déjà bien.

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"Pathfinder Univers : Le Guide de Korvosa"

Publié le par Nébal

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Pathfinder Univers : Le Guide de Korvosa

 

On va faire vite, une fois n’est pas coutume, dans la mesure où ce supplément est très bref et ne mérite guère que l’on s’y attarde, hélas.

 

Adonc. Korvosa est une quasi-colonie chélaxienne en Varisie. Parmi ses voisins notables, on notera la citadelle de Vraid, Janderhoff et Kaer Maga ; elle exerce par ailleurs un certain contrôle  sur Abken, Biston, Baslwief, Harse, Melfesh, la baie de Palin, Sirathu et Veldraine (cartes en couleur à l’appui, comme d’hab’).

 

On détaille ensuite les divers quartiers de la ville : l’Académie, spécialisée dans l’Invocation a fortiori depuis que la maison Thrune, trois-fois-damnée, a pris le contrôle du Chéliax ; le château de Korvosa, bâti sur un grand mastaba shoanti ; la Rive est ; la Grisaille, un vaste cimetière ; les Hauteurs ; le Médian ; la Pointe nord ; la Vieille Korvosa ; la Rive sud, enfin. Mais il faut aussi mentionner les Tuiles, une sorte de ville sur la ville ; et, en-dessous, les Caves…

 

Après quoi l’on s’intéresse aux habitants de Korvosa : gouvernement, organisations militaires, grandes familles, races, religion… C’est aussi l’occasion d’évoquer la Guilde des Voleurs… qui se trouve être la seule guilde officielle de Korvosa (toute tentative d’association est sévèrement réprimée) !

 

Suivent quelques données historiques, puis l’on passe aux secrets de la ville ; mais, autant le dire tout de suite, il n’y a là rien de très bandant…

 

Le problème, en effet, est simple : Korvosa est une ville affreusement banale. Certes, tout ne peut pas être extraordinaire sur Golarion, et Pathfinder est un jeu de rôle « générique » ; mais voilà : je n’aurais aucune envie d’y faire traîner mes joueurs, de crainte qu’ils ne meurent d’ennui devant la platitude du décor.

 

 Un supplément très dispensable, donc. Assurément le moins bon de la gamme « Pathfinder Univers » qu’il m’ait été donné de lire.

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"Zendegi", de Greg Egan

Publié le par Nébal

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EGAN (Greg), Zendegi, [Zendegi], traduit de l’anglais (Australie) par Pierre-Paul Durastanti, Saint-Mammès, Le Bélial’, [2010] 2012, 370 p.

 

Si Zendegi est le huitième roman du génial et mystérieux auteur australien Greg Egan, c’est aussi, je le confesse, le premier que j’ai l’occasion de lire. Je ne connaissais en effet jusque-là l’auteur que pour ses brillants recueils de nouvelles, déjà publiés par le Bélial’, Axiomatique, Radieux et Océanique. J’avoue avoir eu un peu peur de m’attaquer à Egan romancier : il avait en effet une réputation d’auteur hard science particulièrement velu sur la longue distance… Et là, je ne me sentais pas de le suivre. Zendegi, cependant, n’avait pas cette réputation. Et, effectivement, ce n’est pas du Egan hyper velu, mais plutôt proche de la majeure partie de ses excellentes nouvelles. Attention, cependant, citoyens : pour évoquer ce qui fait vraiment l’intérêt de ce roman, je vais devoir spoiler grave. Vous êtes prévenus…

 

Le roman commence… en 2012 (couillu !), alors que l’Iran connaît une révolution (rappelons que le roman est antérieur au « printemps arabe ») (oui, je sais très bien que l’Iran n’est pas un pays arabe, mais laissez donc ces mouches tranquille, je vous prie). Sur place, à Téhéran, Martin Seymour, journaliste australien, est aux premières loges pour assister au mouvement de contestation (qui brille par son astuce pour contourner les mesures de répression du régime).

 

Pendant ce temps, nous suivons aussi Nasim Golestani, une jeune scientifique iranienne en exil aux États-Unis, qui, tout en suivant les événements du pays natal, consacre l’essentiel de son temps à ses travaux sur le PCH (via des oizouilles), « un projet de cartographie des connexions neuronales du cerveau humain ».

 

2027. Martin Seymour est toujours en Iran, devenu démocratique, et a épousé une jeune révolutionnaire, avec laquelle il a eu un enfant. Nasim, de son côté, n’a pas résisté à la tentation, et, comme nombre d’anciens exilés, elle est retournée au pays. Elle travaille désormais sur Zendegi, une sorte de jeu de réalité virtuelle (ou plutôt un ensemble de ces jeux particulièrement immersifs). Zendegi, cependant, ne fait pas le poids face à ses concurrents les plus directs. Du moins jusqu’à ce que Nasim ressorte de ses cartons ses travaux du PCH pour les appliquer au jeu, ce qui crée des êtres virtuels d’un réalisme sans pareille… ce qui ne va pas sans susciter la controverse, voire pire ; on aborde déjà sous cet angle de passionnants questionnements d’ordre éthique, soulignés par la citation en quatrième de couv’ : « Créer un logiciel conscient incapable de prendre en main son destin est contraire à l’éthique… » Mais ce n’est là qu’un aspect du problème.

 

Spoilons comme des porcs

 

Gruik.

 

La femme de Martin Seymour meurt dans un accident de voiture, et Martin lui-même, au sortir d’une batterie d’examens, apprend qu’il n’en a plus pour longtemps. Mais il y a son fils ; et, quand bien même Martin dispose d’amis très chers désireux de venir en aide au petiot, Martin n’en considère pas moins que c’est à lui, son père, de lui fournir une éducation et une assistance. Sous la forme d’un avatar… et c’est pourquoi il contacte Nasim, et les deux se lancent dans un détournement de Zendegi.

 

Et là, ça devient vraiment très fort. Jusque-là, le roman était déjà assez intéressant, notamment dans ses aspects politiques et les premières controverses philosophiques suscitées par Zendegi et le PCH. Mais quand la « survie » de Martin entre en jeu, le roman prend une tout autre dimension, tout à fait fascinante, et qui n’a pas été sans me rappeler certaines des meilleures nouvelles de Greg Egan (rhââââââ, « Des raisons d’être heureux » !). Le roman acquiert au passage une forte dimension humaine, sincèrement émouvante, qui montre bien qu’on aurait tort de réduire la production de l’auteur australien à de la « SF d’ingénieur ».

 

Bon, maintenant, calmons-nous. Je ne vais pas crier au chef-d’œuvre : Zendegi n’en est pas un. Il est à l’occasion un peu bancal, tend à se disperser, et on peut se demander si la forme romanesque était réellement la plus appropriée pour traiter de ces sujets (une novella, peut-être ?).

 

Il n’en reste pas moins que ce roman vaut beaucoup mieux que sa réputation – je l’avais entendu/vu qualifié de « mineur » – et que les amateurs de Greg Egan auraient tort de faire l’impasse dessus. Certes, ce n’est pas le plus hard des Egan, ce qui pourrait décevoir certains fans ; mais un peu de douceur dans ce monde de brutes, ça fait du bien aussi, parfois, non ?

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"L'Appel de Cthulhu : Terra Cthulhiana"

Publié le par Nébal

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L’Appel de Cthulhu : Terra Cthulhiana

 

Terra Cthulhiana est un (volumineux) atlas du Mythe et plus généralement de bizarreries diverses et variées qui essaiment sur notre belle planète, que l’on doit aux Allemands de Pegasus Press. Amateurs d’histoire secrète et de théorie du complot, vous trouverez là à n’en pas douter votre bonheur, sous la forme d’un vaste compendium merveilleusement documenté.

 

Le supplément (qui fait partie de la gamme de L’Appel de Cthulhu mais se révèlerait sans doute très approprié également pour Delta Green) est composé grosso merdo de deux parties bien inégales : la première, et de loin la plus longue, correspond à l’atlas à proprement parler, découpé en zones géographiques distinctes. Mais il reste encore un dernier chapitre, « Légendes », qui fournit des squelettes de campagnes internationales à base de mystères mystérieux et autres délires mystico-ufologiques, etc.

 

Commençons par évoquer les différents sites détaillés dans l’atlas. On commence par l’Amérique du Nord, avec les pueblos anasazis et Y’ha-nthlei (ce dernier chapitre n’étant finalement pas redondant avec le guide d’Innsmouth). En Amérique centrale et du Sud, nous jetons ensuite un œil (voire deux, ou plus si affinités) sur divers sites précolombiens. Passons à l’Europe et l’Asie mineure : la forteresse au trésor de Kiyinda sur Karasi, Malte et ses 8000 ans d’histoire, les reliques minoïques en Crète et sur Santorin, le tombeau de Nimrod, et enfinles villes souterraines troglodytes de Cappadoce. En Afrique et au Proche-Orient, nous nous intéressons aux ruines du Grand Zimbabwé, à la ville d’Irem, aux pyramides nubiennes de Méroé et à la Cité sans Nom. Suit un gros chapitre asiatique, avec les temples d’Angkor, les grottes d’Ellorâ et le temple Kailasa, le Krakatoa, le plateau de Leng (qu’on pourrait préférer situer uniquement dans les Contrées du Rêve, mais bon, admettons), Shamballa, la Toungouska et son mystérieux phénomène, et enfin les pyramides de Yonaguni. En Australie, on se penche sur le désert des Pinacles et sur Pnakotus, la ville de la Grande Race. Dans l’Arctique, on retrouve l’Hyperborée légendaire et la ville de Lomar où someille Iranon. En Antarctique, le lac Vostok et Kadath (là, dans ce dernier cas, je ne suis pas d’accord : Kadath, à mon sens, ne peut se trouver que dans les Contrées du Rêve de la Terre ; de toute façon, ce chapitre ne fait pas le poids face à l’excellent guide de Kadath publié par Mnémos dans sa belle collection Ourobores…). Restent enfin les océans : le continent perdu de Mu, l’île artificielle de Nan Madol, l’île de Pâques et ses secrets et, last but not least, R’lyeh, of course.

 

Chacun de ces sites est décrit, avec son histoire, de manière approfondie, et la lecture de ce guide est un véritable régal, qui offre l’occasion de très nombreuses découvertes.

 

Restent les « Légendes », présentées sous forme de squelettes de campagnes, et qui dévoilent encore de nouveaux sites mystérieux : c’est ainsi que l’on part à la recherche du Graal, puis de la haute technologie de l’Antiquité ; on marche ensuite dans les pas des Assassins et des Templiers (forcément…), avant de s’intéresser aux secrets impies de la Terre Sainte ; restent le monde souterrain (re-forcément…) et, dans un dernier éclat passionnant, la géométrie sacrée et profane des pyramides.

 

Tout cela nous fait un excellent supplément, probablement un des meilleurs de la gamme, et que l’on peut en outre facilement détourner pour d’autres jeux (il n’y a pas une seule caractéristique technique dans tout le volume), voire lire pour son édification personnelle, tout simplement. Un beau volume, certes pas exhaustif, mais néanmoins irréprochable, qui fourmille de bonnes idées et est doté d’une iconographie abondante et superbe. Chapeau bas.

 

 De la même équipe, Sans-Détour annonce pour (très) bientôt un nouveau guide, consacré au Necronomicon et autres livres impies ; s’il est fait avec autant de soin et de passion, je crois qu’on peut déjà en baver d’avance…

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"Vestiges", de Laurence Suhner

Publié le par Nébal

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SUHNER (Laurence), Vestiges, Nantes, L’Atalante, coll. La Dentelle du cygne, 2012, 575 p.

 

Vestiges est le premier roman de Laurence Suhner. Enfin… pas tout à fait. Plus exactement, Vestiges est le premier tome d’une trilogie (mais pourquoi, bordel ?), intitulée « QuanTika » (c’est quoi ce nom ?). La quatrième de couverture nous promet « un planet opera somptueux, une plongée archéologique envoûtante ». Mazette, c’est que ça doit être bien, alors.

 

Dans quelques siècles. Nous sommes sur Gemma, une planète glacée, et la plus lointaine colonie humaine. Mais ce qui singularise vraiment ladite planète, ce sont les vestiges qu’y ont laissé les « Bâtisseurs », une civilisation extraterrestre disparue (ou bien…?) ; ainsi cet immense artefact en orbite, dont on n’a jamais pu percer les secrets. Mais une équipe de scientifiques triée sur le volet met bientôt à jour, sous une épaisse couche de glace, d’autres vestiges des Bâtisseurs ; ils se lancent en secret dans l’exploration de ces ruines sans pareille, qui pourraient expliquer bien des choses, et notamment les étranges phénomènes physiques constatés par les chercheurs d’une petite base, non loin de là. Mais cela n’ira pas sans susciter des convoitises, notamment de la part de la Milice, gardienne de l’ordre autoproclamée face aux menées de plus en plus ambitieuses des « Enfants de Gemma », un groupe écologiste et nationaliste d’un genre nouveau.

 

Alors voilà. Un planet opera, donc. Mais avec un Big Dumb Object. Et qui louche plus qu’à son tour sur la hard science. Sans négliger pour autant la dimension humaine et sociale, a priori. Voilà qui est particulièrement alléchant. S’agit maintenant de tenir les promesses…

 

Et là ça coince un peu. Enfin, en tout cas, ça a coincé pour moi. Pour deux raisons essentiellement (plus ou moins les mêmes que pour Tau Zéro, tiens) : le style, et les personnages.

 

Disons-le franchement, au moins au début du roman, c’est passablement atroce. Du genre écrit avec les pieds, mais tant qu’à faire les deux dans le même sabot. On ne compte pas les lieux communs et autres formulations malhabiles. De même que l’on peut se montrer sceptique devant les changements incessants de personnages, toute une kyrielle, et qui ont tous le fameux dictionnaire de Flaubert sous le bras pour plomber inévitablement leurs dialogues, au mieux purement utilitaires, au pire d’une naïveté confondante.

 

Du coup, sur environ 200 ou 300 pages, je me suis plutôt fait chier, personnellement. Et puis – miracle ! – ça s’améliore, et on finit par se prendre au jeu (à mesure que les scientifiques avancent dans leur exploration des vestiges, ce n’est certainement pas un hasard). On peut en déduire que l’exposition, trop longue, est mal gérée. C’est en tout cas mon intime conviction. Et, du coup, je ne saurais véritablement recommander la lecture de ce roman bancal, qui fourmille certes de bonnes idées, mais ne sait pas toujours les exploiter avec l’adresse qui en ferait une vraie réussite. Pas certain de lire la suite… on verra bien. Reste un premier roman bourré de défauts, mais pas totalement raté non plus ; vu la pénurie de SF ambitieuse de par chez nous, on pourra peut-être s’en contenter… ou pas.

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"Pathfinder Univers : Le Recueil du val de Sombrelune"

Publié le par Nébal

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Pathfinder Univers : Le Recueil du val de Sombrelune

 

Le Recueil du val de Sombrelune est un supplément de la gamme « Pathfinder Univers » composé de cinq éléments : le guide du val de Sombrelune est en effet suivi de quatre scénarios, trois donjons formant une mini-campagne et un quatrième scénario « en extérieur » pouvant s’y agréger aisément.

 

Commençons par le guide de cette région sauvage de l’Andoran. On s’intéresse tout d’abord, et fort logiquement, aux étendues sauvages : la forêt d’Arthfell, les montagnes Aspodell, les plaines de Sombrelune, la forêt de Sombrelune, la Faille de Droskar (un gigantesque volcan), le Promontoire d’Elberwick, les montagnes des Cinq Rois, l’Écume et les collines aux Loups. Toutes ces régions sont décrites à grands renforts de cartes, et réservent chacune bien des possibilités de jeu, même si la plupart ne sont qu’esquissées lors de ce premier chapitre. Les organisations et créatures (en premier lieu, les lycanthropes) qui fréquentent ces régions sont également décrits, et plus largement la flore et la faune. Rien de bien original, mais ça se lit bien.

 

On s’intéresse ensuite à la civilisation (un bien grand mot, peut-être…). Trois villes sont examinées : Nid-du-Faucon (qui sera au cœur des quatre scénarios concluant l’ouvrage), Olfden, et la Falaise de Piren. Mêmes causes, mêmes effets que pour ce qui précède. On s’attardera cependant ici sur la description du sinistre Consortium du Bois, qui contrôle largement la région.

 

Le très bref troisième chapitre concerne la tumultueuse histoire de la région, depuis la colonisation naine jusqu’à l’époque actuelle. Passionnant, mais un peu frustrant : on en voudrait plus…

 

Et on en arrive enfin aux Secrets, qui approfondissent ce qui a été évoqué plus haut. Tout à fait intéressants pour bon nombre d’entre eux, même s’ils ne brillent pas toujours pas l’originalité, ces secrets offrent bien de quoi faire dans cette région sauvage.

 

En guise de preuve, les quatre scénarios qui suivent : faisons tout d’abord un sort aux trois donjons formant mini-campagne, et destinés respectivement à des personnages de niveau 2 (La Couronne du roi kobold), 5 (La Revanche du roi kobold) et 6 (Affamés sont les morts). C’est du donjon fort classique, mais aussi fort bien fait, et ça doit être très amusant à jouer. Même si, perso, je trouve qu’il y a certaines bastons dont on pourrait se passer pour sortir de la logique « j’ouvre la porte, je tue le monstre, je ramasse le trésor » ; c’est quand même très bourrin…

 

Le scénario le plus intéressant est donc sans surprise, « en extérieur », La Foire aux larmes (personnages de niveau 5). Comme les trois autres, il se situe (cette fois intégralement) à Nid-du-Faucon, et confronte les PJ à une étrange fête foraine qui ne tarde pas à dégénérer : un très bon scénario, vraiment bien ficelé.

 

Au final, ce recueil constitue donc un supplément de qualité, bien digne de la gamme « Pathfinder Univers » et offrant bien des opportunités de jeu.

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Où Nébal est entrevu

Publié le par Nébal

Si, si, sans déconner.

 

C'est l'ami Gromovar qui s'en est chargé, et ça se trouve chez lui, là.

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"L'Histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça", de Catherine Dufour

Publié le par Nébal

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DUFOUR (Catherine), L’Histoire de France pour ceux qui n’aiment pas ça, Paris, Fayard – Mille et une nuits, 2012, 301 p.

 

Qu’on ne se méprenne pas en raison de ce titre fâcheux : Nébal aime l’histoire de France ; même qu’il adore ça. Seulement il aime aussi Catherine Dufour, sa plume et sa verve (zob, c’est bien écrit). Impossible donc de passer à côté de cet ouvrage (au passage, c’est la première fois que je vois un Mille et une nuits en grand format).

 

Une croisière. On embarque avec le capitaine Dufour pour un voyage de 2000 ans (dates arbitraires), tout au long de l’histoire de notre pays. Bien sûr, en fonction des époques, les sources sont plus ou moins abondantes, ce qui explique quelques passages en accéléré, tandis que d’autres émanent de la volonté de l’auteur (qui le rappelle : elle n’est pas une historienne, seulement une amateur de livres d’histoire ; mais son livre  « a été relu et approuvé par un véritable historien »).

 

Un bien beau voyage, même s’il ne fait pas toujours bon accoster auprès de nos ancêtres : famine, peste, guerre en dissuadent souvent. Mais il est un point important à noter, ici, et qui, dans un sens, fait de l’ouvrage de Catherine Dufour un livre d’histoire assez « tradtionnel » : c’est que, dans une large mesure (et là encore les sources ont leur mot à dire), l’histoire de France se confond ici avec celle de ses rois. Approche éminement critiquable, mais très classique.

 

On suit donc toute une kyrielle de Louis et autres, dans leurs difficultés familiales et conjugales. En fonction des époques, les témoignages se font plus ou moins précis, mais toujours colorés. Et Catherine Dufour ne rechigne pas à l’anecdote édifiante, selon un schéma à nouveau très classique : on n’échappera donc pas au vase de Soissons et compagnie.

 

Sans surprise, un tel abrégé de la longue et complexe histoire de France abonde en raccourcis et approximations, mais pas trop fâcheux dans l’ensemble. Il y a cependant à l’occasion des erreurs qui ont de quoi faire tousser, et je me suis pour ma part quasiment étranglé quand j’ai vu le sort réservé par Catherine Dufour à ma période de prédilection, la IIe République, expédiée en quatre lignes tout simplement fausses… Cela dit, j’aurais pu m’y attendre…

 

Enfin, il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’une histoire non seulement partielle, mais aussi partiale, témoignant d’un engagement et de quelques idées bien ancrées (notamment concernant les rois de France, dont le portrait est généralement peu flatteur ; suffit de regarder leur nez…), qu’on peut ne pas partager.

 

Mais on peut très bien passer outre ces « défauts ». Si l’amateur d’histoire n’apprendra probablement pas grand-chose, voire rien, dans ces pages, on peut supposer que l’ouvrage remplit néanmoins parfaitement son rôle auprès des non-initiés. Car, oui, Catherine Dufour nous montre bien, avec son talent habituel, que l’histoire de France n’a rien d’ennuyeux, et se révèle au contraire passionnante.

 

Certains passages sont tout particulièrement réjouissants ; généralement, il s’agit des mieux sourcés, comme celui consacré au Grand Siècle. D’autres révèlent une très belle plume, comme les quelques pages (bien trop courtes, hélas) consacrées à la Révolution, ou cet étrange final en forme de danse macabre.

 

Un ouvrage de vulgarisation plutôt bien foutu, donc ; souvent drôle, parfois beau, toujours intéressant. On ne le recommandera probablement pas aux amateurs d’histoire ; mais si vous êtes de ceux que la simple évocation de cette matière fait bailler, ce livre est fait pour vous.

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"L'Appel de Cthulhu : Les Ombres de Léningrad & autres contes"

Publié le par Nébal

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L’Appel de Cthulhu : Les Ombres de Léningrad & autres contes

 

Une fois n’est pas coutume, on va pouvoir faire vite. En effet, Les Ombres de Léningrad & autres contes, recueil de trois scénarios de la gamme « Age of Cthulhu » de Goodman Games, ne mérite guère que l’on s’y attarde. Si le livre est assez joli et les aides de jeu sympathiques, les scénarios proposés n’en sont pas moins médiocres, et surtout d’un classicisme à faire peur. Les amorces, notamment, sont une véritable caricature : chacun (!) de ces trois scénarios débute par « un affreux suicide » survenant après que les investigateurs aient été contactés par ledit suicidé ! Tout de même…

 

Mort à Louxorest pour le reste un scénario des plus médiocres, et sans surprise. Finalement, c’est Folie londonienne qui s’en sort encore le mieux, malgré son classicisme et sa linéarité. Quant à Les Ombres de Léningrad, c’est un scénario too much, qui en fait des caisses comme c’est pas permis, et se révèle en définitive complètement grotesque, comme un mauvais pastiche lovecraftien.

 

 Un supplément passablement dispensable, donc. À réserver aux collectionneurs et aux gardiens les plus téméraires.

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"Femme qui écoute", de Tony Hillerman

Publié le par Nébal

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HILLERMAN (Tony), Femme qui écoute, [Listening Woman], traduit de l’américain par Danièle et Pierre Bondil, Paris, Rivages, coll. Noir, [1978, 1988] 1989, 252 p.

 

Allez, hop, ça faisait longtemps : un petit polar navajo signé Tony Hillerman. En l’occurrence, Femme qui écoute est la troisième enquête du lieutenant Joe Leaphorn.

 

Celui-ci, un jour, manque de se faire écraser par un chauffard qui en voulait de toute évidence à sa peau. Bien que ce ne soit pas tout à fait dans les règles, il décide d’enquêter là-dessus, et compte bien retrouver la trace du chauffard, qu’il suspecte d’avoir des choses à cacher. Aussi se débrouille-t-il pour éviter de participer au gardiennage de scouts dans la région, tout en rouvrant de vieux dossiers en guise de prétexte. Deux l’intéressent tout particulièrement : un hélicoptère qui a disparu après un vol, et la mort de Hosteen Tso et Anna Atcitty, tous deux assassinés lors d’une cérémonie impliquant Margaret Cigaret, une femme-qui-écoute, hélas aveugle.

 

En chemin, Joe Leaphorn va rencontrer beaucoup de coïncidences. Et ça lui pose problème ; ça ne correspond pas à sa vision du monde, profondément navajo, et qui insiste sur l’harmonie. Il s’agit donc de trouver les liens entre tous ces événements. Joe Leaphorn y parviendra, bien sûr, mais à ses risques et périls…

 

Le roman est un peu lent au démarrage, mais on finit par y retrouver tout ce qui fait le charme des polars navajos de Tony Hillerman, jusqu’à une conclusion très réussie. Il n’en reste pas moins que Femme qui écoute est jusque-là le livre qui m’a le moins convaincu de la part de cet auteur qu’on a pu connaître particulièrement enthousiasmant (ainsi avec le volume précédent, le très bon Là où dansent les morts). De là à vous dire pourquoi, c’est une autre paire de manches. Peut-être le jeu des coïncidences est-il un peu trop artificiel pour que l’on y croie ?

 

Une raison, sans doute, tient au style. C’était déjà plus ou moins le cas dans les précédents romans de Tony Hillerman que j’ai pu lire, mais c’était cette fois particulièrement criant. Cela vient-il du texte original ou bien de la traduction ? Je ne saurais le dire avec exactitude ; toujours est-il que le résultat est un tantinet lourdingue, et c’est dommage.

 

 Parce que, pour le reste, c’est quand même dans l’ensemble fort intéressant. La dimension ethnologique est toujours aussi présente et passionnante, et Tony Hillerman fait des miracles en matière d’action et de suspense.

 

Au final, Femme qui écoute laisse donc un sentiment mitigé ; le bon et le moins bon alternent régulièrement, jusqu’à une conclusion explosive et fort réussie. Mais cette dernière bonne impression ne suffit pas à effacer les défauts incontestables des pages précédentes. Ce qui ne m’empêchera bien évidemment pas de continuer à lire les polars navajos de Tony Hillerman : c’est quand même ma came.

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