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"Dans la dèche à Paris et à Londres", de George Orwell

Publié le par Nébal

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ORWELL (George), Dans la dèche à Paris et à Londres, [Down and Out in Paris and London], traduit de l’anglais par Michel Pétris, Paris, Ivréa – 10/18, coll. Domaine étranger, [1933, 1935, 1982, 2001] 2005, 290 p.

 

Pour commencer, une petite anecdote.

 

Mon premier contact avec ce fameux livre de George Orwell, livre de souvenirs à l’instar de l’indispensable Hommage à la Catalogne, ce fut à Toulouse, avec une amie, probablement dans le cadre du Marathon des Mots, même si je ne suis pas tout à fait sûr de ce dernier point. Toujours est-il qu’une lecture publique et gratuite en était organisée, qui avait lieu au square Charles de Gaulle, juste derrière le Capitole. Ceux qui connaissent un tant soit peu Toulouse se douteront que le lieu n’avait probablement pas été choisi au hasard : ce square, à l’époque en tout cas – je ne sais pas ce qu’il en est maintenant – était fréquenté par pas mal de clochards, célestes ou pas, comme ceux dont parle Orwell essentiellement dans la partie londonienne de son ouvrage. Et ce qui devait arriver arriva : l’un d’entre eux se mit à foutre gentiment le bordel. Les bobos théâtreux qui lisaient essayaient tant bien que mal de l’ignorer, avec un certain mépris, puis un troisième homme – semble-t-il là pour ça – acheta le départ dudit clochard avec une tasse de café, qu’il lui servit avec une condescendance rare, et un imperturbable sourire aux lèvres. Personnellement, j’en étais malade. Le rapport (ou contraste) entre ce qui se disait et ce qui se faisait était on ne peut plus… glauque, je crois que c’était le mot que j’avais employé à l’époque. Nous sommes partis le ventre noué, gênés, et, quant à moi, j’aurais presque envie de dire traumatisé par cette scène pathétique.

 

En tout cas, ce souvenir déplorable m’a marqué, et peut-être m’a-t-il dissuadé de lire Dans la dèche à Paris et à Londres pendant un certain temps, le bouquin prenant la poussière dans mon étagère puis ma commode de chevet. Et, tout au long de ma lecture, j’en avais encore les images en tête…

 

Mais passons.

 

Tout est dans le titre : dans cet ouvrage – en son temps publié en français sous le titre La Vache enragée –, le jeune George Orwell, de son vrai nom Eric Blair, nous raconte ses années de galère à Paris et à Londres, au retour de la Birmanie où il avait servi dans la police indienne impériale.

 

Nous le suivons tout d’abord à Paris, pris dans la spirale infernale de la misère. Si, dans la capitale française, il a toujours eu un toit sur la tête, prenant la précaution de payer son loyer dans un hôtel miteux à l’avance, il n’en a pas moins connu des heures fort pénibles. Après avoir donné un temps des leçons d’anglais, le futur auteur de La Ferme des animaux et de 1984 s’est en effet retrouvé sans travail, à devoir vivre avec quelques sous par jour, et à connaître cette caractéristique fondamentale des miséreux : la faim. Après s’être séparé de quasiment tout et avoir mis ses vêtements au clou, il s’est retrouvé à errer désespérément dans les rues de Paris en quête d’un travail, notamment avec son ami Boris, un immigré russe. Il finit par en trouver : il fait la plonge dans un prestigieux hôtel, puis, sur les conseils de Boris, abandonne son tablier pour un métier en gros similaire à l’Auberge de Jehan Cottard, un restaurant naissant tenu également par un immigré russe. Et ce sont alors des heures et des heures d’exploitation sordide, dans des conditions infâmes : Blair travaille jusqu’à 17 heures par jour, sous le coup des insultes perpétuelles de ses supérieurs, et connaît un véritable enfer.

 

Pourtant, la spirale n’a pas fini de lui jouer des tours. Parti pour Londres où un ami lui a promis un travail autrement paisible – s’occuper d’un idiot, en gros –, il a la déconvenue d’apprendre que cet emploi ne pourra véritablement débuter qu’un mois plus tard. Et de se retrouver à la rue, en compagnie notamment d’un Irlandais du nom de Paddy, dans la cohorte des « trimardeurs » ou « chemineaux », qui errent d’asile de nuit en asile de nuit, ces derniers ne valant guère mieux que des prisons. Tableau édifiant, qui se conclut par un fort réquisitoire en faveur des vagabonds contraints à ce vagabondage permanent par une législation absurde, et qui sont bien loin, à ses yeux, d’être la lie de l’humanité que l’on présente généralement, ainsi qu’il s’emploie à le démontrer dans des pages puissantes.

 

Orwell présentait humblement son ouvrage comme un simple « journal de voyages ». C’est pourtant bien plus que ça. D’aucuns, à en croire la quatrième de couverture qui cite Henry Miller, en font le plus grand des ouvrages de l’auteur ; c’est à mon sens aller trop loin dans l’éloge – La Ferme des animaux et 1984, tout de même, et l’Hommage à la Catalogne aussi, dans un registre plus proche… C’est cependant un livre qui marque profondément, peint aux couleurs du réel, avec un sens de l’anecdote remarquable. Orwell, qui fait bien malgré lui dans l’observation participante, et s’affiche apolitique, nous fait vivre la misère sous tous ses aspects, celle du sans-travail, celle du plongeur, celle du trimardeur, navigant entre prolétariat et sous-prolétariat. Mais il ne sombre jamais, pas un seul instant, dans le misérabilisme. Son tableau n’en est que plus authentique et perturbant ; pourtant, tout n’est pas si noir, dans Dans la dèche à Paris et à Londres : c’est aussi le portrait d’une communauté vivante, malgré tout, traversé de figures fortes – on a cité Boris et Paddy, mais pensons aussi à « l’artiste de rue » Bozo, par exemple. On va des salauds ordinaires, poussant la mesquinerie aussi loin que possible, aux héros de la rue qui, même à sec, partagent leur dernier quignon de pain avec leur camarade de trimard. On vit, littéralement, avec eux, et on ressent, nous simple lecteur a priori bien loin de tout ça, leur faim, leur désespoir, leur ennui. Et leur joie, aussi, dans certaines occasions, notamment dans la partie parisienne de l’ouvrage, haute en couleurs, et qui contient quelques grands moments (je pense ici notamment à la description de la cuite du samedi soir…).

 

Quoi qu’il en soit, Dans la dèche à Paris et à Londres, magnifiquement servi par la plume simple et vivante d’Orwell, est de ces livres qui marquent profondément, et qui – éventuellement – peuvent permettre d’envisager le monde d’un œil nouveau. « Voilà le monde qui vous attend si vous vous trouvez un jour sans le sou. » Ça fait peur… d’autant que l’on ne peut s’empêcher de penser que ce qui est décrit ici reste sans doute largement vrai 80 ans plus tard. On relativise ainsi nos « petites » misères, confrontés que nous sommes avec la Misère avec un grand M. Et on prend conscience de certaines choses. À ce titre, j’aimerais conclure ce compte rendu par le dernier paragraphe de l’ouvrage, pour le moins éloquent :

 

« Je tiens toutefois à souligner deux ou trois choses que m’a définitivement enseignées mon expérience de la pauvreté. Jamais plus je ne considérerai tous les chemineaux comme des vauriens et des poivrots, jamais plus je ne m’attendrai à ce qu’un mendiant me témoigne sa gratitude lorsque je lui aurai glissé une pièce, jamais plus je ne m’étonnerai que les chômeurs manquent d’énergie. Jamais plus je ne verserai la moindre obole à l’Armée du Salut, ni ne mettrai mes habits en gage, ni ne refuserai un prospectus qu’on me tend, ni ne m’attablerai en salivant par avance dans un grand restaurant. Ceci pour commencer. »

 

« Ceci pour commencer »…

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"Madman Bovary", de Claro

Publié le par Nébal

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CLARO, Madman Bovary, Arles, Gallimard – Actes Sud, coll. Babel, [2008] 2011, 195 p.

 

Je ne connaissais jusqu’à présent, et seulement un peu, Claro qu’en tant que traducteur (d’excellents bouquins d’excellents auteurs) ; mais je n’avais jamais eu l’occasion de découvrir Claro romancier. Certes, CosmoZ dort dans ma commode de chevet depuis sa sortie, mais j’ai finalement jeté mon dévolu sur Madman Bovary pour entrapercevoir le travail du bonhomme. Ne serait-ce que parce que le sujet me parlait énormément, et que, à l’instar de l’auteur et du narrateur, ben, je kiffe veugra Flaubert (même si, personnellement, j’avoue une préférence pour L’Éducation sentimentale, mais c’est une autre histoire). A priori, l’histoire de cet homme qui, sous le choc d’une rupture, relit pour la énième fois Madame Bovary jusqu’à s’y noyer m’intéressait donc.

 

 

Aïe.

 

Autant le dire tout de suite : j’ai abandonné ce bouquin à mi-chemin, chose que je ne fais normalement jamais, même pour les pires merdes (et vous avez pu constater récemment qu’il m’arrive d’en lire par pure perversion). Puis-je pour autant qualifier Madman Bovary de « pire merde » ? Je n’en suis pas certain.

 

Ce dont je suis certain, par contre, c’est que je n’ai (une fois de plus, dirons les mauvaises langues…) rien panné à ce machin (cette « graphomanie post-moderne en roue libre », m’a-t-on dit). Il est vrai que, déjà, à la base, bon, mais en plus, j’ai récemment lu du Gemmell, ce qui n’arrange rien. Quoi qu’il en soit, au bout de cent pages, j’en étais à me demander depuis quelque temps déjà pourquoi je continuais à lire ce délire absolument vain à mes yeux de profane. Et j’ai reposé le bouquin pour m’emparer d’un Orwell. Ce qui m’a paru tout de même vach’ment plus sain.

 

Dans un premier temps, j’avais pensé illustrer ce bête et lapidaire compte rendu d’une lecture avortée par quelques extraits de ce Madman Bovary, pris au hasard ou en tête de chapitre, que sais-je. Mais ça ne fonctionnait pas vraiment. Alors autant sauter directement à la conclusion.

 

Si j’étais méchant-bourrin, je chercherais sans doute à pasticher bêtement et sans talent la plume de Claro, et finirais probablement sur quelque chose comme AAAAAAAAAaaaaaaaaaah putain c’est bon ça, quand je m’entends écrire je oh je Estée S.T. ester oh je je jejejeje tremble, frémis, bande, hurle, j’en fous partout (par-tout)

((((Oh !))))

je désire-délire-suppure-suppute, PUTE

Il souffla bien fort ce jour-là

Et le court jupon s’envola !

Ici-là. LA LA LA.

Extase (Continuons, brodons, Homais à la maison, Homais-tépafou SI ! Madman Bovary, tovaritch !!!)

Et le nouveau avec sa casquette qui. Art scénique. C’est re-bon ça (rebond, boing) oui, quand je, ah, quand je, oh, Emma M.A. aima EEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEMMA je oh mets-moi ton doigt littéraire dans le cul critique je sens que je vais je vais je vais jevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisjevaisJEVAIS

 

STOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOP !!!

 

Calmons-nous.

 

N’écrivons pas, nous, le cancre, que Madman Bovary n’est rien d’autre à nos yeux qu’une triste fumisterie bobo-branchouillo-pédante illisible et vaine.

 

Ce qui serait méchant-bourrin, or je ne suis pas méchant-bourrin. Je suis gentil-con.

 

Je vais donc me contenter de noter que, en dépit des apparences, Madman Bovary n’était de toute évidence pas un livre pour moi.

 

Et que moi, bon, vous, hein, c’est vous qui voyez, hein, mais moi, perso, moi, je préfère Flaubert.

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"La Parallèle Vertov", de Frédéric Delmeulle

Publié le par Nébal

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DELMEULLE (Frédéric), La Parallèle Vertov, préface de Gérard Klein, Paris, Mnémos – LGF, coll. Le Livre de poche Science-fiction, [2010] 2011, 473 p.

 

Voilà un livre qui aura connu une drôle d’aventure éditoriale. Initialement intitulé Nec Deleatur, il est refusé par un paquet d’éditeurs, dont Gérard Klein pour sa collection Ailleurs & Demain. Et c’est chez l’obscur et improbable Éditeur Indépendant que sortira ce titre. Gérard Klein, qui avait déjà remarqué et recommandé l’ouvrage sans le prendre pour autant (on jugera pertinentes ou non ses raisons, qu’il expose dans une préface qu’il vaut mieux lire en postface, même si elle se montre essentiellement « généraliste »), attire alors l’attention sur ce roman, notamment en en parlant, si mes souvenirs sont bons, sur le Cafard cosmique. Il faut croire que ça marche, puisque le roman est repris chez Mnémos, sous le nouveau titre La Parallèle Vertov. Et il est très vite repris en poche par – devinez – Gérard Klein, au Livre de poche Science-fiction.

 

Un roman qui traite du voyage dans le temps. Donc, très probablement, un roman qui fait mal à la tête – c’est courant avec ce thème, tant les paradoxes qu’il suscite sont éprouvants, je ne vous ferai pas l’affront de les rappeler ici. Et aussi un roman qui s’aventure sur un terrain très balisé, pour ne pas dire rebattu : depuis la séminale Machine à explorer le temps de Wells, on a beaucoup écrit (et lu) sur le sujet. Peut-on encore, aujourd’hui, faire quelque chose d’un tant soit peu original et palpitant à ce propos ? Eh bien, il semblerait que oui…

 

Nous sommes en 1910. Trois frères meurent dans des circonstances bizarroïdes en Angleterre. Deux journalistes, un Français et un Anglais, mènent l’enquête.

 

Nous sommes en 1993. Un homme qui se présente sous le nom de Campbell (…) fait l’achat… d’un sous-marin nucléaire soviétique, le Dziga Vertov (et ce n’est pas la seule allusion cinématographique de ce roman…). Pourquoi pas, hein ?

 

Nous sommes de nos jours (enfin, presque) (eh eh). Child Kachoudas – pourrait pas s’appeler Pierre Dupont, comme tout le monde ? –, historien mais plus exactement « recherchiste », se voit confier une mission par son oncle, José-Luis de Almédia (pourrait pas, etc.), qui lui demande de visionner les archives des funérailles d’Édouard VII en 1910, en regardant attentivement la foule. Child s’exécute, et remarque – il ne pouvait pas le manquer – un homme qui lance un coup d’œil vers la caméra : de toute évidence, il s’agit de son oncle… Ce qui est bien évidemment impossible.

 

Sauf que le bonhomme a découvert le voyage dans le temps ; et qu’il utilise pour ce faire le Vertov (pourquoi pas, hein ? d’autres ont bien utilisé une DeLorean ou une cabine téléphonique…). Et l’oncle et le neveu de s’embarquer pour Sélinonte en 117 après Jean-Claude, dans l’espoir d’y entrevoir Trajan, comme décrit dans une scène des Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar (qu’il faut que je lise, ça peut plus durer).

 

Bien évidemment, ça ne se passe pas très bien. Et l’oncle et le neveu de se dire qu’ils ont commis une grosse boulette aux conséquences incommensurables…

 

La Parallèle Vertov démontre que oui, on peut bel et bien écrire encore de nos jours des trucs intéressants à propos du voyage dans le temps. Mais il faut dire qu’il se montre pour ce faire sacrément malin (un peu trop, même, parfois – et là, du coup, ça ne marche plus…), et promène son lecteur avec astuce tout au long d’une trame savamment orchestrée, encore que la construction puisse paraître quelque peu critiquable à l’occasion.

 

Le roman est en effet loin d’être parfait. S’il se montre toujours intelligent, il accuse à l’occasion quelques coups de mou. Je dois dire que le début du roman, avec les intrigues du XXe siècle, m’a paru particulièrement brillant, et qu’il m’a semblé très intéressant d’envisager ainsi la problématique du voyage dans le temps « de l’extérieur », en quelque sorte ; aussi, quand débute l’aventure plus conventionnelle de Child et de son oncle, j’ai été – temporairement (eh eh) – un peu déçu, d’autant qu’elle adopte un ton plus léger que ce qui précède, à plus ou moins bon droit. Mais Frédéric Delmeulle, qui use d’une plume simple mais efficace et même assez jubilatoire, finalement, récupère malgré tout assez vite son lecteur, et c’est avec un plaisir, certes pas constant, mais bien réel, que l’on suit l’épopée des deux hommes sur La Parallèle Vertov.

 

Sans être révolutionnaire, ce premier tome des « Naufragés de l’Entropie » sait renouveler le thème éculé du voyage dans le temps, et ouvre des perspectives fascinantes – comme un vrai bon bouquin de SF, quoi. Ce qu’il est, à n’en pas douter, malgré ses quelques faiblesses. Type même du divertissement intelligent, La Parallèle Vertov propose en outre une belle réflexion sur l’histoire – puisque c’est de voyage dans le passé qu’il s’agit ici, ce qui, dans un sens, inscrit ce roman dans la filiation de « La Patrouille du temps » de Poul Anderson… mais pour mieux en prendre le contre-pied en définitive. Ce qui est assez audacieux, mais finalement très convaincant.

 

Frais, efficace et stimulant, malgré quelques défauts « de jeunesse », c’est là un roman tout à fait recommandable. Il méritait bien, effectivement, que l’on attire l’attention à son sujet, et on ne peut qu’espérer que cette nouvelle vie en poche lui permettra d’obtenir tout le succès qu’il mérite.

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"Le Visage Vert", n° 19

Publié le par Nébal

 

Le Visage Vert, n° 19, Cadillon, Le Visage Vert, novembre 2011, 191 p.

 

Ben alors ? Pas de dossier dans cette deuxième livraison annuelle (ouééé) de l’excellent Visage Vert nouvelle formule ? En fait, dans un sens, si, même s’il se cache un peu. La première moitié de ce numéro est en effet consacrée au thème du péril jaune (décidément, après ma récente lecture de Yue Laou. Le Faiseur de lunes…), envisagé notamment (mais pas uniquement) sous l’angle des tortures ô combien raffinées dont se montrent capables les Célestes, au moins dans l’imagination des auteurs occidentaux du début de notre siècle. Car, c’est connu, le Jaune est cruel… C’est ainsi que le numéro s’ouvre sur « La Cité des tortures » de René Thévenin, un texte qui va vraiment très loin dans le genre. C’est d’un racisme consternant, mais, avouons-le, aussi rigolo que répugnant, tant il se montre excessif ; mais c’est aussi finalement, malgré une conclusion un peu plate, une nouvelle plutôt bien ficelée, si l’on parvient à faire abstraction de son idéologie puante, ou, plus exactement peut-être, si l’on parvient à la replacer sereinement dans son contexte. Raffinements de cruauté au programme, donc, mais aussi assimilation des Chinois aux rats qui pullulent, théorie du complot et suggestion génocidaire tant qu’on y est… C’est du lourd ! Et ça mérite bien une mise à plat par le toujours aussi convaincant Michel Meurger dans un long article intitulé « Célestes ou infernaux ? L’Extrême-Orient des bourreaux et des monstres », bien évidemment passionnant et pertinent. En guise de complément, nous trouvons ensuite un bref texte sur le mode de l’anecdote édifiante de Harry De Windt, « L’Oiseau gris », qui n’est en somme que le rapport d’un procédé de torture particulièrement sophistiqué. Et Michel Meurger d’en rajouter une (petite) couche avec « Un bestiaire de la cruauté ». Tout cela était tout à fait intéressant, et j’avoue que je n’aurais pas rechigné sur un peu de rab…

 

Suit une ghost story épistolaire de Rhoda Broughton intitulée « La Vérité, toute la vérité et rien que la vérité ». Plutôt intéressante (et amusante) sur le strict plan formel, celle-ci se révèle néanmoins un peu terne sur le fond.

 

On passe alors à Ernst Raupach, dont j’avais bien aimé « Laisse dormir les morts », séminale nouvelle vampirique reprise dans l’anthologie Les Femmes vampires. Un texte qui en faisait des tonnes, mais pour notre plus grand plaisir. Cette fois, « Le Voyage » est un conte tout à fait charmant et délicieux, malgré un symbolisme qu’on pourra à bon droit trouver « un peu » lourd. Ah, l’amour…  compliqué, hein.

 

François Ducos livre ensuite un article (est-ce une nouvelle rubrique ?) sur l’illustrateur Jacques Leclerc, très porté sur les dames en tenue légère, moult documents à l’appui. J’avoue que cela m’a laissé pour le moins froid, et que je ne suis guère sensible à son travail…

 

Puis c’est au tour du contemporain H.V. Chao, avec « Le Joyau du Nord », déconcertante nouvelle russe pour le moins cryptique et très précieuse, riche de belles images et d’idées troublantes, cependant.

 

Et le numéro de s’achever (déjà ? nooooooooon…) avec Théophile Bergerat et son plutôt nanardesque, à mes yeux tout du moins, « Curieux Assassinat du professeur Gusmaüer (culpabilité d’un animal antédiluvien) ». Le titre à rallonge est éloquent. Au menu, corps astral (avec des vrais morceaux de « théorie psychique » pour le moins, euh, « farfelue ») et Megatherium cuvieri. Toute une époque ! Rigolo, malgré une conclusion qui se veut dramatique et une plume pour le moins indigente.

 

Au final, un numéro un peu inégal, que j’ai peut-être trouvé un petit cran inférieur par rapport au niveau d’excellence habituel de cette brillante revue. Rien de grave, cependant, et c’est avec impatience que j’attends d’ores et déjà le prochain numéro, qui devrait contenir la suite du dossier sur les singes voleurs de femmes (miam !).

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"Monty Python !", de Patrick Marcel

Publié le par Nébal

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MARCEL (Patrick), Monty Python ! Petit précis d’iconoclasme, Lyon, Les Moutons électriques, coll. Bibliothèque des miroirs, 2011, 242 p.

 

« And now, for something completely different… »

 

(Vach’ment original comme entrée en matière, non ?)

 

Qu’on se le dise : depuis qu’il a découvert émerveillé les Monty Python lors d’une diffusion de l’excellentissime La Vie de Brian sur Arte il y a de ça, ouf, au moins (mais c’était assez tardif, en même temps), Nébal est convaincu que ces gens-là étaient et resteront pour un bon bout de temps encore les plus drôles de notre continuum espace-temps. La découverte s’est prolongée tout d’abord avec les autres films du groupe, Sacré Graal, Le Sens de la vie (vu la première fois dans une version doublée en français, horreur glauque ! j’espère que les responsables de ce sacrilège ont payé, d’une manière ou d’une autre) et Pataquesse, avant de passer enfin (logique) aux quatre saisons du Monty Python’s Flying Circus par où tout a commencé. Chaque étape de cette initiation n’a fait que confirmer ce premier jugement : putain, qu’est-ce qu’ils étaient forts ! Et assez uniques, aussi. Leur humour n’est certes pas universel – j’ai eu maintes fois l’occasion de le constater, pété de rire que j’étais à côté d’autres spectateurs stoïques qui me regardaient bizarrement – mais, sur moi, en tout cas, il fait mouche à chaque coup. Tout ce que j’aime : grotesque, irrévérencieux, subversif, absurde, surréaliste, d’un mauvais goût réjouissant, et plus anglais qu’un five o’clock tea… La perfection faite sketch (sans chute, si possible). Aussi, quand j’ai vu paraître ce petit essai de Patrick Marcel (traducteur essentiel, mais aussi auteur, par exemple, chez le même éditeur, du très recommandable Les Nombreuses Vies de Cthulhu), je me suis en toute logique jeté dessus. Et j’ai dévoré le machin (sans SPAM).

 

Les Monty Python : cinq Angliches so Oxbridge, Graham Chapman (RIP), John Cleese, Eric Idle, Terry Jones, Michael Palin, et une pièce rapportée des ex-colonies, Terry Gilliam. Six terroristes de l’humour, qui ont tout dynamité ou presque en l’espace d’une vingtaine d’années. Je les aime, oh, oui, je les aime. Mais, finalement, je ne savais pas forcément grand-chose d’eux ; cet essai a le bon goût d’éclairer un peu tout ça, en commençant par resituer le groupe dans un contexte bien particulier, social autant qu’humoristique, en établissant notamment les influences qu’il a pu connaître, voire revendiquer (un exemple : le Goon Show, qu’avait l’air d’être pas mal dans le genre, aussi). Tout cela est franchement passionnant, et j’y ai appris plein de choses.

 

Il est temps, ensuite, d’étudier le (long) parcours de nos héros jusqu’à la création du Monty Python’s Flying Circus, puis de disséquer ses quatre saisons (la quatrième, avortée, étant un peu à part, et, avouons-le, en demi-teinte, voire en quart). Tout cela se fait pas mal sur le registre de l’anecdote, ce qui est tout à fait réjouissant, d’autant que l’auteur use d’une plume fort agréable, à la fois légère et sérieuse, en ayant le bon goût de s’abstenir dans l'ensemble de tenter d’être drôle (contrairement à la quatrième de couv’, qui peut un tantinet faire peur) pour mieux servir l’humour propre aux six joyeux drilles. C’est l’occasion d’en apprendre à nouveau beaucoup, notamment – c’est ce qui m’a le plus marqué – sur la « censure » occasionnelle (avec les pressions d’une effroyable bigote et la frilosité de la BBC) et sur les frictions qui parcouraient le groupe (au-delà de la seule distinction entre cantabrigiens et oxoniens ; on connaît bien sûr les problèmes de boisson de Chapman, mais il y avait bien d’autres éléments de discorde, et John Cleese, notamment, ne donne pas ici l’impression d’avoir été facile à vivre). Mais on se marre franchement, aussi, à l’évocation rapide mais suffisante de quelques gags mythiques, que je ne vous ferai pas l’affront de citer. Relevons également le chapitre sur les produits dérivés – de cela, je ne savais absolument rien – qui m’a plus qu’à son tour fait hurler de rire, avec sa belle et éloquente iconographie (où l’on voit que nos héros n’avaient peur de rien, et certainement pas de l’expérimentation). Puis l’on passe au cinéma : Pataquesse ne comptant pas vraiment, on étudie ici successivement, toujours dans le même registre, les trois véritables long-métrages des Monty Python dans leur ordre de parution, soit Sacré Graal, La Vie de Brian (et revoilà la « censure », sans surprise…) et enfin Le Sens de la vie. J’en ai moins appris ici que dans les chapitres précédents, mais ne regrette pas le voyage pour autant.

 

Et puis, la Mousse de Saumon du Destin frappe, et Graham Chapman meurt, ce qui marque la fin du groupe ; mais pas celle de la carrière des cinq autres, qui est ensuite brièvement évoquée (bien trop brièvement, à mon sens : il y avait de quoi dire, notamment pour Gilliam, qui a eu la carrière cinématographique que l’on sait ; en même temps, ben, on le sait, justement, alors bon…). Quelques mots, enfin, là encore trop brefs trouvé-je, sur l’héritage des Monty Python, notamment en France.

 

Tout cela, dans l’ensemble, est fort bel et bon. Les plus fans des fans n’y apprendront pas forcément grand-chose (encore que ça dépende des passages), mais tout amateur des Monty Python se régalera à la lecture de ce petit essai. Qui n’a à mon sens qu’un seul véritable défaut, et c’est celui, ben, d’être petit, justement : on en voudrait davantage, et c’est parfois frustrant. C’est qu’il y avait de la matière à explorer. On peut du coup regretter que Patrick Marcel en soit largement resté au stade de l’anecdote, qui fait un peu figure de surface, et, quand bien même le sérieux de son travail ne fait aucun doute, qu’il n’ait qu’occasionnellement étudié son sujet en « profondeur » (l’expression n’est pas très heureuse, mais j’espère que vous voyez ce que je veux dire), en décortiquant par exemple davantage les ressorts de l’humour pythonesque ou, pourquoi pas, la philosophie (si) qui le sous-tend.

 

N’empêche que tout cela se lit très bien : je l’ai dévoré en une journée, et c’est généralement bon signe. On ne fera donc pas la fine bouche, et appréciera comme il le mérite ce Petit précis d’iconoclasme.

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"Signal/Bruit", de Neil Gaiman & Dave McKean

Publié le par Nébal

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GAIMAN (Neil) & McKEAN (Dave), Signal/Bruit, [Signal to Noise], traduit de l’anglais par David Calvo et Charles Recoursé, Vauvert, Au Diable Vauvert, [1992, 2007] 2011, [n.p.]

 

Il est des duos qui ont marqué l’histoire de l’art. Bien sûr, on pensera en priorité à Stone & Charden, ou encore Ringo & Sheila. Pour autant, celui formé par Neil Gaiman & Dave McKean n’est pas à négliger, et on lui doit quelques fort belles réussites. Leur collaboration a d’abord donné le jour à quelques superbes bandes-dessinées : que l’on songe par exemple à Violent Cases ou à l’excellentissime Mr Punch ; dans un registre un peu différent, on pourrait d’ailleurs évoquer Sandman, qui reste à mes yeux le chef-d’œuvre de Gaiman tous médias confondus, dans la mesure où McKean a maquetté les albums et fourni les illustrations de couverture. Et puis leur association s’est poursuivie ailleurs, McKean illustrant les livres de Gaiman, ce dernier scénarisant le film du premier Mirrormask (à voir ; c’est pas parfait, loin de là, mais très intéressant).

 

Ce qui nous amène à Signal/Bruit, tout récemment publié en français par Au Diable Vauvert. Une BD, à l’évidence.

 

 

Ou pas. Enfin, un truc qui se dévore des yeux et qui se lit, en tout cas. Mais dans un registre assez expérimental, bien plus que les œuvres citées précédemment. Tout est dans le titre, dans un sens. Il y a le signal, et le bruit qui le perturbe. Signal/Bruit est une œuvre perturbée, qui fait notamment dans le collage et la découpe – on ne s’en étonnera pas de la part de McKean, mais Gaiman également se plie (…) à l’exercice –, pour ne pas dire (mais pourquoi ne pas le dire ?) le cut up.

 

Tout est parti du magazine The Face, pour lequel McKean avait déjà réalisé trois courtes œuvres dans le genre, dont une écrite par Gaiman, qui sont ici reprises en guise d’introduction. Mais Signal/Bruit, bien qu’assez bref, est en comparaison une œuvre de bien plus longue haleine, qui fut publiée par le magazine en feuilleton, puis en recueil en 1992, avant de faire l’objet d’une édition augmentée en 2007, celle qui nous est ici proposée.

 

« L’histoire » (un bien grand mot, peut-être, mais rien de péjoratif là-dedans) est fort simple : c’est celle d’un homme en train de mourir d’un cancer. Un réalisateur, en l’occurrence. Qui ne pourra pas tourner son dernier film, du coup. Mais qui le travaille néanmoins, dans sa tête tout d’abord, puis à l’écrit. L’histoire d’un village dans les dernières heures de l’an 999, à la veille de ce que tout le monde s’attend être l’apocalypse.

 

(Eh oui. Déjà.)

 

L’œuvre est presque nécessairement triste, évidemment morbide ; mais elle est aussi lumineuse, dans un sens ; et en même temps cryptique. Elle perturbe autant qu’elle est perturbée, en tout cas.

 

Perturbée par la forme, ces brèves séquences « narratives » (faut le dire vite, juste au cas où) entrecoupées d’intertextes façon cut up naturellement abscons, mais dont il se dégage pourtant une indéniable poésie. Parallèlement, les illustrations s’enchevêtrent, se fondent, se substituent, se génèrent, dans un magnifique chaos merveilleusement organisé. Perturbante, du coup, sur le seul plan formel ; mais aussi, bien sûr, au fond des choses, par son thème : la mort, sublimée et rendue plus atroce encore par l’expectative. Si Signal/Bruit est une histoire, c’est celle d’hommes qui attendent l’inéluctable ; mais il est bien des manières d’attendre, et notre héros n’a pas la passivité de ses personnages, figures égarées dans la brume et la neige. Aussi, en dépit de tout, construit-il son œuvre ultime sous nos yeux, peut-être à notre seule intention. L’attente de l’apocalypse : la mort, comme la révélation.

 

Signal/Bruit forme un tout indissociable, et on aurait sans doute tort de vouloir à tout prix séparer le travail de Neil Gaiman de celui de Dave McKean. Les deux sont à vrai dire exemplaires. Je ne cacherai pas, cependant, que, si la narration et le texte de Gaiman brillent par leur délicatesse, leur subtilité et leur émotion, c’est – comme souvent – avant tout le graphisme de McKean qui m’a séduit dans cette BD hors-normes. Il est ici à son sommet, ai-je le sentiment, meilleur encore (ou en tout cas aussi bon, cela au moins ne fait pas de doute) que dans les œuvres précitées, ou d’autres de ses réussites les plus marquantes, comme Batman : Arkham Asylum avec Grant Morrison ou, en solo, le monumental Cages. Signal/Bruit est sur ce plan une véritable merveille, conçue avec un art unique pour un résultat qui dépasse toutes les attentes. En d’autres termes : putain, que c’est BEAU !

 

À tomber par terre. À en mourir. Dieu, que la mort est belle, ainsi creusée, travaillée jusqu’au dernier souffle, au dernier battement de cœur… Malgré l’injustice, malgré la douleur, malgré l’inachèvement. Malgré le bruit qui vient perturber définitivement le signal, ou peut-être (sans doute) grâce à lui. On aura rarement lu cadavre plus exquis.

 

Précipitez-vous.

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"La Légende de Marche-Mort", de David Gemmell

Publié le par Nébal

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GEMMELL (David), La Légende de Marche-Mort, [The Legend of Deathwalker], traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Alain Névant, Paris, Bragelonne – Milady, [1996, 2005] 2011, 472 p.

 

« BEUAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARH !!! »

 

Ouais… Beuarh…

 

« … »

 

* Soupir *

 

« M’enfin ? »

 

* Énorme soupir *

 

« Mais… Mais… Nébal, que se passe-t-il ? »

 

Oh, rien, t’en fais pas…

 

« Ben si, là, y a quelque chose, ça se voit comme le nez au milieu de la figure… »

 

Rien de grave, je t’assure…

 

« Mais parle, bordel ! Accouche ! Qu’est-ce qu’il y a ? »

 

Y a que…

 

« … »

 

* Sanglots *

 

« Euh… »

 

Bouhouhou je suis triste, bouhouhou je suis malheureux, bouhouhou je veux ma maman, bouhouhou je veux mourir.

 

« Mais… mais… mais pourquoi ? »

 

Ben (snif), voilà, on passe des années à médire sur la big commercial fantasy (snif), on essaye de faire dans l’intransigeance et, et (snif), et tout ça pour, au bout du compte, à l’occasion d’un pari débile (snif), se retrouver à lire du David Gemmell et… et AIMER ÇA !

 

« … Ben, je vois pas trop le problème. Après tout, c’est… »

 

Mais même les pires, faut croire ! Et (snif) tu les vois pas, là, tous les autres (snif), qui me montrent du doigt en (snif) en se foutant de ma gueule ? Je les entends d’ici : ils font « Aha ! » Voilà, je suis foutu, tout est foutu, je n’ai plus aucun goût, je ferais mieux d’aller me…

 

« STOP ! On arrête ça tout de suite. D’abord c’est pas parce que t’as lu deux rom… »

 

Trois (snif).

 

« … Trois romans de David Gemmell que… euh… »

 

 

« … Euh… C’est lequel, le troisième ? »

 

C’est La Légende de Marche-Mort (snif).

 

« Ah ouais, quand même… Et… t’as aimé ? »

 

Oh ben non, j’ai trouvé ça tout pourri. En fait, c’est tellement du sous-sous-Howard qu’on dirait du Gemmell.

 

« … »

 

Euh…

 

Broumf.

 

Repartons sur de meilleures bases. Dans la mesure où, je l’avoue (snif), j’ai bien aimé Légende (snif) et même, même Druss la Légende (snif), je me suis dit, coupable (snif), que je me ferais bien une troisième aventure de Druss, le héros avec une putain de grosse hache. D’où ma lecture de La Légende de Marche-Mort. Oui, da.

 

C’était une très mauvaise idée. Oui, da.

 

L’histoire nous est racontée sous la forme d’un énorme flashback. Druss, lors du siège de Dros Delnoch par les Nadirs d’Ulric (cf. Légende), conte à un jeune soldat du nom de Pellin l’une de ses innombrables aventures passées, une qui l’a conduit en plein territoire nadir. Oui, da.

 

Tout commence à Gulgothir, où ont lieu des sortes de jeux olympiques pour lesquels Druss a été sélectionné en tant que lutteur (ce qui n’est pas un très bon début, déjà). Oui, da. Pour des raisons compliquées et peu vraisemblables, notre héros avec sa putain de grosse hache va partir en quête des joyaux d’Alchazzar, des pierres magiques aux fabuleux pouvoirs de guérison. D’après le chaman Nosta Khan, ces pierres se trouveraient au Tombeau d’Oshikaï, le légendaire héros nadir. Et Druss de se mettre en route avec son ami poète concupiscent Sieben. Oui, da.

 

Mais un jeune Nadir du nom de Talisman, ancien janissaire, prend également la route du Tombeau, accompagné d’une belle jeune fille chiatze qui, miracle, ne se fait pas enlever ; Nosta Khan lui a confié pour mission (entre autres) de retrouver également ces joyaux, qui doivent jouer un rôle dans la venue de l’Unificateur, le futur Ulric, qui saura dépasser les querelles des tribus nadires pour les rassembler en une horde invincible qu’il lancera à la face du monde. Oui, da.

 

Enfin, les Gothirs sont également de la partie. Le général Gargan, sorte d’émule de Custer (parce que, si les Nadirs sont ici plus Mongols que jamais, ils ont également une petite touche d’Indiens d’Amérique), affreux raciste bouffé par la haine, se dirige également sur le Tombeau d’Oshikaï pour le détruire, en massacrant autant de sauvages que possible sur la route. Oui, da.

 

Il va donc y avoir une baston désespérée au Tombeau (tiens, original…), et, bien évidemment, quand bien même il n’a aucune raison pour cela, Druss va y prendre part, aux côtés des Nadirs, qui lui confèreront son surnom de Marche-Mort. Oui, da.

 

Bon.

 

C’est nul. L’histoire ne tient pas la route deux secondes, tant elle est faite de bric et de broc et les motivations des personnages sont floues et/ou caricaturales. En même temps, on en a marre de lire toujours la même chose (parce que bon). Le roman peine à démarrer (et contient à l’occasion quelques ridiculeries), il est difficile de s’accrocher à un fil narratif véritablement convaincant, et les événements se succèdent un peu à la va-comme-je-te-pousse, jusqu’à une conclusion franchement ratée (c’est semble-t-il l’usage, chez Gemmell), ultra-prévisible, avec un deus ex machina bien pratique, un coup de théâtre qui n’en est pas un, et une révélation qui n’en est pas une. Bref, aucun intérêt sous cet angle, c’est même franchement très mauvais. Oui, da.

 

Or, si l’on retrouve bien en outre tous les défauts que j’avais pu mentionner dans mes comptes-rendus de Légende et de Druss la Légende, on n’en retrouve par contre pas les qual… oh, j’oubliais que ces deux romans n’avaient pas de qualités. Bon, ben, La Légende de Marche-Mort non plus. Mais le vrai problème, c’est que Légende et même, même Druss la Légende, à mes yeux en tout cas, avaient pour eux d’être efficaces, très « pro », mais enthousiasmants. Ici, non. Impossible de s’intéresser à ce qui se passe, et on soupire plus qu’à son tour. C’est l’aventure de trop, qu’on sent purement commerciale, et qui n’a vraiment, mais alors vraiment, aucun intérêt. Même les bastons ne convainquent pas dans ce roman, c’est dire si ça craint… parce qu’il n’y a quand même pas grand-chose d’autre à se mettre sous la putain de grosse hache. Oui, da.

 

Bref : à éviter, c’est très mauvais.

 

« Ben tu vois ! Tu n’aimes pas tout chez Gemmell ! Tout espoir n’est pas perdu ! »

 

Ben… j’ai quand même aimé Légende et Druss la Légende

 

« Un moment de faiblesse, rien de grave. Pis faut voir ce que tu t’es tapé, avec tes lectures festives, déviantes, stupides et vide-crâne, voire carrément perverses… »

 

Mais j’ai quand même envie d’en lire d’autres !

 

« Oui, bon, ben, remets ça à plus tard, hein. Il est temps de se remettre à lire des vrais livres. »

 

Tu as sans doute raison.

 

 

Je peux faire un petit « Beuarh » nostalgique, quand même ?

 

« Oui. Je suis sûr que ça te fera du bien. Allez, un, deux, trois : »

 

BEUAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARH !!! 

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"Les Lunes de Borée", de Brian Lumley

Publié le par Nébal

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LUMLEY (Brian), Les Lunes de Borée, [In the Moons of Borea], traduit de l’anglais par France-Marie Watkins, Paris, Albin Michel, coll. Super-Fiction, [1978] 1980, 249 p.

 

« Néb… »

 

Oui, je sais, faut qu’on parle, c’est à propos de mon idée débile de passer mes vacances à enchaîner les lectures festives, déviantes, stupides et vide-crâne, voire carrément perverses, ça pose problème, notamment pour ce qui est du très mauvais « cycle de Titus Crow », mais rassure-toi, même les meilleures choses ont une fin, et, si les pires peuvent sembler interminables (et dans « interminables », il y a « minables »), quoi qu’il en soit, ayé, avec Les Lunes de Borée, c’est fini (enfin, en français en tout cas, je ne sais pas si Lumley en a commis d’autres en anglais, mais bon, faut pas pousser mémé dans les yeux singulièrement carminés d’Ithaqua…). Content ?

 

« Oui. Ouf. »

 

C’est bien ce qui me semblait. Mais ta gueule quand même.

 

« Oh ! »

 

Si.

 

Avant de commencer véritablement ce compte-rendu, je souhaiterais tout d’abord rendre hommage à la collection Super-Fiction, que j’ai découverte grâce à ce cycle, et qui osait. Y a pas d’autre mot. Cette fois, j’avoue avoir été notamment charmé par cette couverture encore une fois du meilleur goût, centrée comme il se doit sur un cul féminin. Du beau travail.

 

Ceci étant, passé le contenant, il faut bien parler du contenu. Les Lunes de Borée rassemble les deux trames précédentes : cette fois, nous retrouvons bien Henri-Laurent de Marigny, contrairement à ce qui était indiqué sur la couverture du Démon du Vent. L’occultiste est toujours en route pour Elysia à bord de l’horloge temporelle de Titus Crow (qui n’apparaîtra par contre pas en personne dans ce roman). Las, on lui avait prédit bien des difficultés, et ça se vérifie : suite à un accident (lire : un grossier artifice de narration), Marigny se retrouve sur Borée. Et croise aussitôt (ça tombe bien) Hank Silberhutte, le héros du Démon du Vent. Ce qui tombe moins bien, c’est que les Enfants du Vent lui chourent immédiatement son horloge en forme de cercueil, ce qui bloque notre héros sur la planète gelée d’Ithaqua. Et le Grand Ancien, que faut pas le prendre pour un con, décide de planquer l’horloge sur les Lunes de Borée. Mouhaha.

 

Comment y accéder et retrouver l’engin ? Rien de plus simple : il suffit de demander à Armandra, la fille d’Ithaqua et épouse attentionnée du Seigneur de Guerre du Plateau, de créer un tourbillon de 30 000 kilomètres, et d’user en prime un peu de la cape volante, pour que Marigny et Silberhutte se retrouvent sur la première Lune, Numinos, habitée par des Vikings déportés là par le très concupiscent Ithaqua. Et c’est alors que débute véritablement l’aventure épique et apothéosesque, qui s’achèvera comme de bien entendu sur l’autre Lune, Dromos, avec ses sinistres et antédiluviens Prêtres des Glaces.

 

Bon.

 

C’est vraiment n’importe quoi.

 

Du concentré de nawak du début à la fin, qui fait beaucoup (mais alors beaucoup) de bruit pour pas grand-chose. Si j’ai été très (très) bon public pour le nanardesque Démon du Vent, je dois bien reconnaître que ces Lunes de Borée, à sempiternellement pousser le bouchon trop loin, donnent plutôt dans le naveteux. Certes, les scènes et répliques ridicules ne manquent toujours pas, et il y a à l’occasion de quoi bien se marrer dans cette purge indicible. Mais dans l’ensemble, on se fait quand même surtout chier, malgré tous les efforts de Lumley pour imposer à son histoire grotesque un rythme haletant. Mais voilà : tout cela se révèle vain, tant le matériau de base est pathétique.

 

De même que Le Démon du Vent, et malgré Ithaqua et les Prêtres des Glaces, Les Lunes de Borée n’a à peu près rien de lovecraftien. Ce n’est donc toujours pas le nanar cthuloïde que j’attendais… Finalement, ce qui doit s’en rapprocher le plus, c’est donc en définitive Le Réveil de Cthulhu, pourtant le tome le moins pire du cycle… Bon, tant pis.

 

On relèvera, bien sûr, la plume toujours aussi abjecte de l’auteur, et la traduction toujours aussi singulièrement carminée de France-Marie Watkins.

 

Et voilà. Pas grand-chose de plus à dire : Les Lunes de Borée est juste un très mauvais roman de gare. Quant au cycle dans son ensemble, ben, je crois que vous avez compris, non ? Allez, tirons un trait sur cette expérience.

 

« Pervers. »

 

Oui. D’ailleurs, je vais à nouveau me ridiculiser en lisant du David Gemmell. Allez, hop, et beuarh.

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"Druss la Légende", de David Gemmell

Publié le par Nébal

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GEMMELL (David), Druss la Légende, [The First Chronicles of Druss the Legend], traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Alain Névant, Paris, Bragelonne – Milady, [1994, 2002, 2010] 2011, 507 p.

 

« BEUAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARH !!! »

 

Tout à fait. Merci.

 

De toutes mes lectures festives, déviantes, stupides et vide-crâne, voire carrément perverses, Légende de David Gemmell a sans aucun doute été la moins mauvaise, et même, ne chipotons pas, bande de mauvaises langues, et disons le franchement : la meilleure. Ce qui peut surprendre. Et/ou en dire long sur le niveau du reste… Mais voilà : malgré pas mal de défauts, et, plus étrange, en dépit d’une absence de véritables qualités intrinsèques, j’ai passé un très bon moment à lire ce roman, ne me suis pas ennuyé une seule seconde, et, bref, j’y ai vu un divertissement plus qu’honnête. En fait, c’était sans doute ça que j’entendais de la manière la plus positive par « lectures festives, déviantes, stupides et vide crâne, voire carrément perverses ».

 

D’où une envie d’y retourner, notamment dans le « cycle Drenaï », et plus particulièrement de retrouver Druss et sa putain de grosse hache Snaga. C’est pourquoi je me suis pris d’autres bouquins de Gemmell, et notamment Druss la Légende, dont je vais vous entretenir aujourd’hui. On m’avait prévenu, on m’avait dit qu’il ne fallait surtout pas lire d’autres romans de Gemmell, et notamment du « cycle Drenaï »… mais trop tard. C’est pourquoi, prenant mon courage à deux mains (comme une putain de hache), je me suis lancé dans cette nouvelle aventure de Druss, sorte de préquelle à Légende, contant les premières aventures de Marche-Mort… et la naissance de sa légende. Bien loin du vieux guerrier de Légende, c’est ici, sur l’essentiel du roman, un petit jeunot que nous allons suivre. Mais pas n’importe lequel, déjà.

 

Quand débute le roman, Druss est un bûcheron, sans être pour autant une tarlouze (eh oui). Taciturne, le monsieur n’a pas beaucoup d’amis. Mais il a une femme, la belle et tendre Rowena. Alors, bien évidemment, elle se fait enlever (logique) par des pillards qui chopent toutes les femelles du village et trucident tout le reste. Sauf Druss, parti couper du bois, et qui se débrouille déjà bien avec une hache – hop, six de moins. Il faut dire que Druss a de qui tenir : son grand-père était un authentique psychopathe, tueur, violeur, etc., qui faisait régner la terreur avec sa putain de grosse hache Snaga. Druss s’empare à son tour de la putain de grosse hache, et se lance à la poursuite des pillards. Il ne se doute pas, alors (mais le lecteur de Légende le sait déjà), qu’il s’embarque ainsi pour une quête qui durera sept longues années, et transformera le simple bûcheron en authentique légende vivante. Notamment parce qu’il aura l’occasion de rencontrer Sieben, le Maître des Sagas, qui deviendra son plus proche ami, et s’empressera de rapporter, en les enjolivant, ses innombrables exploits. Mais peu importe pour Druss : au cœur des batailles les plus dantesques, et tandis qu’il fauche les ennemis par paquets de douze, il n’a de pensées que pour sa belle Rowena… et tout de même une crainte qui lui noue parfois le ventre : celle de devenir aussi abject que son méchant ancêtre.

 

Et là, mystère : à l’instar de Légende, mais de manière peut-être encore plus cinglante, Druss la Légende frappe (aïe) tout d’abord par son absence quasi totale d’intérêt : ce n’est pas spécialement bien écrit (et le traducteur fait sans doute un peu trop « glousser » les personnages, ce qui ne fait pas très sérieux), se contentant d’être utilitaire ; ça n’a absolument rien d’original ; l’histoire comme l’univers sont des resucées pures et simples ; les personnages sont d’intérêt variable, mais dans l’ensemble assez archétypaux, quand bien même sympathiques.

 

Par ailleurs, les défauts ne manquent pas : outre une tendance au bourrinage peut-être un chouia exacerbée (…), on pourra relever ainsi quelques scènes franchement pas vraisemblables, que la suspension d’incrédulité, ben, elle se fait la malle (je pense notamment au discours de Gorben en plein camp ennemi…) ; on pourra aussi regretter que la fin (décidément…) soit aussi bâclée (alors qu’il s’agit de la fameuse bataille de la Passe de Skeln, tout de même… qui fait un peu figure de cheveu sur la soupe rajouté in extremis pour gonfler le roman, en même temps) ; de même, on pourra soupirer devant le moralisme gnangnan du roman (même s’il parvient à éviter le manichéisme, dans l’ensemble ; mais le « code » que suit Druss est à hurler de rire…) et sa pénible idéologie « You can get it if you really want », voire – mais là j’abuse peut-être un peu – renacler devant certains aspects un brin puants : décidément, je trouve ça un peu faf, quand même, et, en tout cas, sérieusement macho, voire misogyne.

 

Et pourtant…

 

Ben, ça marche.

 

Sur moi, en tout cas.

 

Avec Druss la Légende, David Gemmell livre à nouveau un roman incontestablement « professionnel » (ce qui peut pourtant avoir tendance à m’agacer, d’habitude), placé sous le sceau de la seule efficacité. Mais, oui, à ce compte-là, on en a pour son argent (7 €) : de l’aventure, de l’action, de la baston, du panache… Et ça marche. Comme une sorte de type idéal du divertissement bière-pop corn, sans autre prétention que de faire passer un bon moment au lecteur. Alors que demande le peuple ? Pour ma part, je m’en satisfais très bien, et suis d’ores et déjà prêt à en redemander. Aussi, en dépit des avertissements contraires, je ne pense pas en avoir fini avec David Gemmell et le « cycle Drenaï », et lirai sans doute très prochainement La Légende de Marche-Mort, histoire de retrouver encore une fois Druss et sa putain de grosse hache. Parce que (tous en chœur) :

 

« BEUAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARH !!! »

 

Eh oui.

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"Le Démon du Vent", de Brian Lumley

Publié le par Nébal

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LUMLEY (Brian), Le Démon du Vent, [Spawn of the Winds], traduit de l’anglais par France-Marie Watkins, Paris, Albin Michel, coll. Super-Fiction, [1978] 1979, 218 p.

 

« Nébal ? »

 

Oui, je sais, faut qu’on parle, c’est à propos de mon idée débile de passer mes vacances à enchaîner les lectures festives, déviantes, stupides et vide-crâne, voire carrément perverses, ça pose problème, notamment pour ce qui est du très mauvais « cycle de Titus Crow », mais comme je te l’ai déjà dit ça constitue la pierre angulaire de cette session mauvais goût, et puis c’est presque fini, alors malgré toutes les pressions contraires et même si c’est très dangereux JE VAIS QUAND MÊME LE FAIRE, aussi ta gueule.

 

 « … »

 

Eh eh.

 

Donc, Le Démon du Vent (tiens, titre français fidèle, pour une fois…) de Brian Lumley, quatrième tome du « cycle de Titus Crow ». Même s’il faudrait sans doute l’appeler autrement, puisque Titus Crow n’y apparaît pas un seul instant (et Henri-Laurent de Marigny pas davantage, contrairement à ce que prétend la quatrième de couverture, qui en fait le héros du roman ; ils étaient décidément très très forts, chez Super-Fiction…). Les éditeurs proposent bien « cycle de Cthulhu », mais on a vu dans les précédents compes-rendus à quel point c’était abusé, et le dormeur de R’lyeh n’apparaît pas non plus dans ce roman. Que la vilaine DCC (Divinité du Cycle de Cthulhu, faut-il le rappeler), ici, c’est Ithaqua, comme le titre le laissait assez supposer.

 

Mais peu importe. Notre héros est cette fois, non pas Henri-Laurent de Marigny donc, mais bien Hank Silberhutte, télépathe au service de la Fondation Wilmarth vouée à l’éradication des DCC, et accessoirement texan jusqu’au bout des bottes de garçon vacher. Avec quelques autres membres de la Fondation, il a monté une expédition à destination du Grand Nord, afin d’en apprendre plus sur Ithaqua et éventuellement de lui défoncer sa vilaine gueule de Grand Ancien. Ben oui : on est dans une pseudo-lovecrafterie signée Brian Lumley, alors forcément ça bourrine, à tel point que…

 

« BEUAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARH !!! »

 

… Oui, voilà, c’est ce que j’allais dire, merci.

 

« Eh eh. »

 

Ta gueule. Donc, notre petite équipe très volontaire de s’embarquer à bord d’un avion, lequel abrite également une passagère clandestine : Tracy, la sœur de Hank, qui voulait lui faire une blague (si). Mais voilà : Ithaqua ne compte pas se laisser faire aussi facilement, et déporte les importuns en Borea, une dimension parallèle glaciaire balayée par les vents. Hank reste cependant en contact télépathique avec une Terrienne, Juanita Alvarez, et c’est au travers des restranscriptions de cette dernière que nous allons pour l’essentiel connaître les aventures épiques de Silberhutte et compagnie au pays d’Ithaqua, ravagé par une guerre millénaire opposant les Enfants du Vent, serviteurs écumants de bave du Grand Ancien, et le Peuple du Plateau, rebelle, et dirigé par… la fille d’Ithaqua, Armandra (si). Laquelle, bien évidemment, est amenée à connaître le grand amour avec notre super-héros, parce que sinon, ben, ça serait un peu décevant, quoi. Et Silberhutte et ses potes de prendre part à la guerre, ce qui explique largement le caractère de grosse bourrinade de ce roman qui n’a à peu près rien de lovecraftien (ce n’est donc toujours pas le nanar authentiquement cthuloïde que j’attends désespérément, groumf…).

 

 

Là, je crois qu’il me faut au préalable apporter quelques mauvaises raisons expliquant peut-être pourquoi mon jugement à l’encontre de ce roman a été potentiellement biaisé. Tout d’abord, à l’évidence, je suis à l’heure actuelle, par la force des choses dans un sens, très très bon public, et j’ai lu ces derniers jours des trucs tellement pathétiques que la moindre amélioration me paraît digne du prix Nobel de littérature (ou presque). Accessoirement, j’ai beaucoup fait dans la bourrinade, et ne m’en porte pas plus mal. En outre, je ne crache pas sur un bon petit nanar de temps en temps. Enfin, comme les plus attentifs d’entre vous l’auront peut-être remarqué en parcourant ce blog miteux, j’adoooOOOooore les récits polaires.

 

 

Tout cela explique sans doute en partie pourquoi j’ai passé un bon moment en lisant ce roman.

 

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne le prétends sûrement pas « bon », même si j’affirme qu’il est nettement moins mauvais que les deux atrocités qui l’ont précédé dans le cycle. Non, ça reste mauvais. Mais – et cette fois ça me paraît encore plus vrai que pour Le Heaume maudit – sympathiquement mauvais. C’est en effet une grosse bisserie louchant sur la zèderie avec des grands moments de nanaritude, qui en font tout le sel. Avouons-le : tout ceci est parfaitement ridicule. Mais je ne me suis pas ennuyé un seul instant pour autant, et je me suis pas mal marré. Il y a en effet quelques beaux morceaux de nawak dans ce roman invraisemblable et bœuf comme c’est pas permis, de la première baston (à la fois effrayante et ridicule, ce qui relève de la performance ; mais oui, j’ai à la fois frémi et éclaté de rire devant cet assaut de l’avion des héros par des guerriers-loups des Enfants du Vent, où ça flingue à tout va, y compris avec la mitrailleuse qui avait précédement servi sur Ithaqua en personne, c’est vous dire le niveau) à la dernière, épique en diable, et qui se conclut par une sorte de délire consternant quelque part entre les Monty Python et Dragon Ball Z.

 

Et, de manière dingue, comme avec cette première scène de baston dont je viens de vous parler, il y a dans ce roman des passages qui, aussi hénaurmes soient-ils, ne manquent pas d’une certaine classe. Lumley parvient, avec ses effets spéciaux pourraves et son style abject (toujours aussi bien servi par la traduction exécrable de France-Marie Watkins, qui a rajouté « carmin » et « carminé » à son vocabulaire), à susciter malgré tout quelques images fortes. Et je dois dire que les héros observant depuis le blacon d’Armandra sur le Plateau le terrible Ithaque juché sur son autel pyramidal, ça ne manque pas d’une certaine classe, par exemple.

 

Un roman paradoxal, donc, mauvais mais on a lu pire (mais mauvais quand même, oui, oui, d’accord), et qui a pour lui d’être rigolo tout plein. De la sous-littérature populaire complètement conne, mais rafraîchissante (aha).

 

Suite et fin avec Les Lunes de Borée.

 

« Perv… »

 

Ta gueule.

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