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"Sable Rouge" + "Sable Rouge : Livret & écran"

Publié le par Nébal

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Sable Rouge

Sable Rouge : Livret & écran

 

Sable Rouge est un jeu de rôle « prêt à jouer » (comprendre par là a priori « sans gamme », hélas, car il en mériterait assurément une) créé par Willy Favre pour 7e Cercle. On trouve donc un livre de règles de 135 pages, couverture souple, mais en couleurs s’il vous plait, et, séparément, un écran avec son livret. Et, sauf erreur, ce sera tout (même si l’on peut peut-être espérer – mais cela fait semble-t-il longtemps qu’on l’attend – des compléments en .pdf).

 

Sur le site de 7e Cercle, à la question « type », Sable Rouge se voit qualifier de trois termes : « médiéval-fantastique ; post-apocalyptique ; violent ». Et si je suis sans l’ombre d’un doute d’accord avec les deux derniers, je m’inscris en faux contre le premier, qui me semble plus destiné à appater le chaland qu’autre chose. Oh, certes, il n’est pas besoin de fouiller bien loin sous la couche de sable pour trouver des ersatz d’elfes noirs (les Silicates), de nains (les Pygmachines), de dragons (les pyrodactiles), etc. Et, après tout, dans ce monde-là, à travers l’Encre, il y a même de la magie, sous deux formes différentes, le Lumbo des Molokis maadims et la Précokinésie des Fakirs silicates. Enfin, tout cela est censé se dérouler dans un lointain passé, sur une Mars fantasmée, et rebaptisée Nirgal… Mais ne nous fions pas aux apparences. Les différentes espèces, après tout, ne sont que cela : des espèces extraterrestres ; la « magie », notamment sous sa forme la plus enthousiasmante – la précokinésie des Silicates – tient largement plus de Philip K. Dick que de Tolkien et compagnie : on y parle de drogue, de précognition, de simulacres, de distortion de la réalité… Quant au passé, on sait depuis longtemps que la science-fiction n’implique pas l’anticipation. Car voilà mon point : Sable Rouge, qu’on le veuille ou non, est bel et bien un pur jeu de science-fiction. Versant post-apocalyptique avant tout, donc (même si l'on pense aussi à John Carter et compagnie, bien sûr). Et avec un parfum de western, dirais-je (spaghetti, tant qu’à faire). Ce que nous indique assez un très beau background qui, s’il n’est pas forcément d’une originalité foudroyante – les emprunts sont multiples, en forme de clins d’œil –, se montre néanmoins d’une richesse insoupçonnée, et offre un très joli terrain de jeu.

 

Il y a bien longtemps, donc (mais pas dans une lointaine galaxie, c’est toujours ça de pris), il y avait de la vie sur Mars. Pardon : sur Nirgal. Nirgal a toujours connu deux types d’habitat, que l’on dénomina ultérieurement Planitia (la surface) et Chasma (le sous-sol). Planitia était balayée par les vents, et connaissait des températures extrêmes, dues à l’éloignement du soleil. Ce qui n’empêcha cependant pas la vie de s’y développer : on trouvait en effet en surface quatre espèces intelligentes (et jouables…), les Maadims, les Furiens, les Squals et les Bleeks (ces derniers étant les « humains » de Nirgal) ; tandis que dans les profondeurs de Chasma vivaient les Silicates et les Pygmachines. Évidemment, les tensions entre les communautés et au sein même de ces espèces étaient monnaie courante – mais ce n’était rien comparé à ce qui allait advenir, quand les Silicates se mirent à utiliser l’Encre à leur manière. Jusqu’alors, en effet, les Molokis maadims, dans le cadre du Lumbo, n’usaient du venin des lothos que pour influer sur le passé et le présent – l’avenir étant la chasse gardée d’une monstrueuse divinité arachnéenne. Mais les Silicates ne se restreignirent pas ainsi, et leurs Fakirs développèrent la Précokinésie, science de qui sera ou peut être. Ils créèrent parallèlement des « enfants de la Veuve », des mutants précognitifs, dont les moindres paroles étaient analysées. Et c’est en suivant ces prophéties – ou à cause d’elles – que les Silicates se lancèrent dans un immense projet aux proportions démiurgiques, qui devait les amener à une maîtrise totale de la planète, aidés en cela par la technologie des Pygmachines. L’Empire silicate, qui avait toujours une longueur d’avance sur ses ennemis, commit bien des exactions – il extermina presque totalement les Squals, par exemple –, mais sembla parvenir à ses fins…

 

C’est alors qu’advint un événement qui, semble-t-il, n’avait pas été prévu par les précognitifs (ou alors ont-ils choisi de se taire ? ou bien est-ce ce qui a motivé malgré tout dès le départ le grand projet ?) : trois astéroïdes arrivèrent aux abords de Nirgal ; l’un s’écrasa sur la grande ville d’Argyre, tandis que les deux autres – Peur et Terreur – restaient en orbite et devenaient des lunes de Nirgal. Mais le cataclysme d’Argyre n’était qu’un prélude. L’astéroïde contenait une colonie de Pilleurs de corps, des extraterrestres parasites s’emparant des corps d’autrui et les transformant en « cadavres qui marchent ». S’ensuivit une guerre qui mit l’Empire silicate à genoux, et ravagea tant Planitia que Chasma. Puis les Pilleurs de corps cessèrent étrangement de se manifester… Et, pour les survivants terrorisés, il y avait tout un monde à reconstruire… si c’était encore faisable. Dans ce monde-là, qui sort tout juste du chaos, les PJ jouent un rôle pour le moins particulier. Ils sont ce que l’on appelle des « Vertèbres de Fer » : cela signifie qu’ils ont été attaqués et contaminés par des Pilleurs de corps, mais qu’ils n’ont pas perdu leur conscience pour autant ; évidemment, cela les rend suspects, d’autant que cela leur donne une affinité particulière avec la Ruche…

 

Sympa, non ? Moi, j’aime bien. L’essentiel de ce que je viens de vous rapporter provient du premier chapitre, « Planète morte », qui décrit in fine les six espèces jouables en termes non techniques. La technique, ça commence tout de suite après. Et j’aime autant vous le dire de suite : au début, ça perturbe. Le système employé (qui repose sur l’utilisation de xD20) est assez original, et donc déstabilisant au premier abord ; en matière de combat, le jeu est d’une précision rare, sans que cela soit chiant pour autant (bel exploit !) ; en matière de magie, il y a de quoi se choper quelques petites migraines, par contre, j’ai l’impression. Quoi qu’il en soit, tout cela, en définitive, se révèle assez simple, de manière surprenante. Mais il faut le temps d’appréhender les mécanismes, et de saisir l’atmosphère du jeu, parallèlement.

 

Aussi la création de personnage – du moins la première fois – prend-elle nécessairement du temps. Tout cela est détaillé dans le chapitre suivant, « Créer un survivant ». Le système proposé est par contre très original et très bien vu, ne laissant aucune place au hasard : durant toute la phase de création de personnage, vous n’aurez pas à jeter un seul dé, et ça, c’est bien (en fait, si, une règle optionnelle permet d’en jeter un tout à la fin, mais bon, hein, bon…). On enchaîne une succession de « cubes », qui définissent progressivement le personnage. Le cube 1 correspond à l’espèce : celle-ci modifie les caractéristiques, les scores d’influences, donne certaines manœuvres de combat, et modifie les scores de compétences. Le cube 2 correspond à l’origine (Chasma/Planitia), ce qui modifie les influences. Le cube 3 correspond à « ce qui fut », c’est-à-dire à ce qu’était le personnage avant la catastrophe, ce qui modifie les caractéristiques et les compétences : Artisan, Artiste, Big Bug, Bronco Buster, Chasseur de primes, Colporteur, Cultivateur, Ecclésiaste, Égaliseur, Esclave, Fakir, Homme-médecine, Hors-la-loi, Maraudeur-Cimmerium, Moloki, Pionnier, Sagamore, Scribe, Soldat, Tête de rail. Le cube 4 correspond à « ce qui est », c’est-à-dire à ce qu’est le personnage depuis la catastrophe, ce qui modifie les caractéristiques et les compétences et donne des manœuvres : Bricoleur de soupe, Colon, Desperado, Étoile de plomb, Faiseur de veuves, Ferrailleur, Gueule d’horizon, Mercenaire, Pieds rouges, Pistolero, Prêcheur, Prostitué(e), Scieur d’os (on peut y rajouter le Transporteur, décrit dans le livret de l’écran). Le cube 5 correspond au « gimmick », c’est-à-dire à la mentalité actuelle du personnage, ce qui modifie caractéristiques et compétences : Brute, Cœur brisé, Déchu, Déloyal, Fouilleur, Héros, Ironique, Pèlerin, Salopard, Suicidaire, Truand, Vautour. Le cube 6 permet de compléter les scores de caractéristiques et compétences en fonction de l’âge du personnage. Le cube 7 définit, en fonction des scores précédents, les influences, jauges et pools. Le cube 8, enfin, finalise le personnage ; reste à lui donner son équipement (20 points de troc : il n’y a plus de monnaie sur Nirgal…).

 

« Mécanique interne » décrit le système de jeu : comment effectuer une action face à un obstacle, face à un adversaire, lorsqu’on ne possède pas de compétence ; enfin, comment agissent les malus, bonus, influences, la prémonition et, notion fondamentale du jeu, le sacrifice.

 

« Hack’n Slash », plus long, décrit le système de combat. Ne nous leurrons pas : Sable Rouge se déroule dans un univers violent, et si rien n’impose d’y jouer de manière bourrine (encore heureux !), le combat y jouera probablement un rôle. Aussi, tout a été fait pour rendre les bastons vivantes et variées. Souvent, quand on me dit ça, j’ai peur : des règles interminables, des jets de dés dans tous les coins, des combats qui durent des plombes… misère ! Mais ici, c’est loin d’être le cas. Ca fait peur (très peur) (très TRÈS peur) vu de loin, mais, sans avoir encore maîtrisé la moindre partie de Sable Rouge, j’ai le sentiment que cela doit être très fluide, et même palpitant (si), en cours de partie. Je me trompe peut-être, mais, à vue de nez, c’est peut-être le système de combat « fouillé » le plus intelligemment conçu que j’aie jamais vu…

 

Suivent trois autres chapitres techniques. « Consolider les personnages » est un très bref chapitre sur la constitution d’un groupe de Vertèbres de Fer, l’expérience, et le Build’Up (une notion amusante, mais pas d’une importance capitale, je passe). « Morbus Chaos », encore plus bref, décrit le rapport particulier des Vertèbres de Fer à la Ruche. « L’Encre », plus long et complexe, décrit le (double) système de magie, Lumbo et Précokinésie. ‘tention la tête…

 

« Nirgal », découpé en deux parties (« Planitia » et « Chasma »), décrit la planète en long et en large, en s’attardant sur quelques points précis, histoire de fournir autant d’amorces de scénarios. Très intéressant.

 

« Choses qui saignent » est un assez bref bestiaire, comprenant d’assez grosses bébêtes – de quoi contenter et/ou bouffer les plus bourrins de vos joueurs. Suite logique : « Choses qui font saigner », sur l’équipement.

 

Reste enfin un scénario, « L’Œil blanc », assez moyen…

 

Passons à l’écran : quatre volets, plutôt joli, bien conçu, rigide de chez rigide : rien à redire.

 

Il est accompagné d’un livret de 16 pages assez dense. « Le Planum Express » décrit la compagnie du même nom et les grandes « Traces Rouges » de Nirgal, les moyens de transport qui vont avec, et pas mal d’équipement ; on y trouve également des règles sur la météorologie de Nirgal, et une nouvelle profession, le Transporteur (cube 4).

 

« Morceaux de barbaque & morceaux de fer » décrit de nouvelles créatures (dont une qui faisait cruellement défaut dans le livre de base, le Pilleur de corps larvaire), et de nouvelles armes.

 

Le livret s’achève enfin sur « L’Origine du mal », un scénario faisant intervenir le Planum Express, franchement pas terrible.

 

Bilan global : miam. Sable Rouge m’a tout l’air d’un excellent jeu de science-fiction post-apocalyptique, au cadre riche et passionnant, à l’atmosphère bien torchée, au système bien conçu, bref, avec tout qui va bien, quoi. Des apocalypses comme ça, moi, j’en veux tous les jours.

 

PS : Intrigué par le système – et à vrai dire plus qu’alléché –, je n’ai pas pu résister à l’envie de créer un PJ – et contrairement à mon habitude, je crois que j’ai fait dans la machine à tuer… Je conclue cette chronique en vous en donnant les caractéristiques, à titre d’exemple.

 

Nom : Shah Neb’shalani

Espèce : Squal

Âge : 16 ans

Taille : 1m70

Poids : 60kg

Ce que tu as été : Maraudeur-Cimmerium

Ce que tu es : Étoile de Plomb

Gimmick : Suicidaire

Caractéristiques : Dimension 0, Muscles 8, Carcasse 5, Articulations 8, Crâne 4, Sens 5, Peau 4, Style 5, Sacrifice 8, Morbus Chaos 3 ; Réaction 12

Influences : Planitia +2 ; Chasma 0 ; Rouille –1 ; Renommée –1

Compétences : Manier une arme tranchante 10, Manier une arme tranchante lourde 2, utiliser une arme de tir 3, Utiliser une arme à poudre 5, Cogner 3, Esquiver 10, Trouver de la nourriture 5, Pister une proie 5, Se dissimuler 5, Repérer son chemin 1, Trouver de l’eau 5, Fouiller 1, Se déplacer avec une monture 1, Se mouvoir en silence 5, Localiser une menace 5, Crocheter un mécanisme 1, Culture native 5, Culture étrangère (Silicate) 3, Mettre au point un stratagème 1, Connaître Nirgal 1, Soigner 5, Faire pâlir un adversaire 3, Commander des hommes 1, Arrêter un conflit 5, Humilier 1

Manœuvres :

-          Mains nues : Brise-reins (2, -1, +0, Dommages +2, /), Coup sauté (3, -1, +0, dommages +4, /), Coup simple (1, +0, +0, 0, /)

-          Bras armé : Attaque simple (1, +0, +0, 0, /), Balestra (3, +1, +0, dommages +4, /), Contre-offensive (1, spécial, +0, 0, /), Désarmement (4, -2, +2 échecs, +1 action, /), Kaamkata coupe-gorge (5, +1, +1 réussite, dommages +8, finition – condition), Kaamkata perce-organes (2, +2, +0, 0, /), Kaamkata tranche-artères (4, +0, +0, 0, saignement), Kaamkata tranche-tendons (5, +1, +0, 0, douleur)

-          Distance : Duel (5, +2, +3 échecs, dommages +8, /), Tir standard (1, +1, +0, 0, /), Tir visé (5, -3, +3 réussites, 0, /)

-          Défense : Esquive acrobatique (2, /, +1 réussite, 0, /), Esquive simple (1, /, +0, 0, /), Parade simple (1, /, +0, 0, /), Tac (4, /, +1 échec, 0, choc)

-          Mouvement : Changement de position (2, /, /, /, /), Manipulation (5, /, /, /, /), Menace (2, /, /, /, /), Recharger (1, /, /, /, /), Retraite (2, /, +1 réussite, /, /), Saut arrière (1, /, /, /, /)

Jauges (paliers) : Santé 23, 46, 69 ; Panique 16, 32, 48 ; Encre 18, 36, 54

 Pools : Points d’action 22, Prémonition 5, Build’Up 10

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"Gog", de Giovanni Papini

Publié le par Nébal

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PAPINI (Giovanni), Gog, [Gog], traduction de l’italien de René Patris, augmentée de cinq chapitres inédites traduits par Marc Voline, voltface de Benoît Virot, dessins de Rémi, Le Rayol – Paris, Flammarion – Attila, coll. Nocturne, [1932] 2010, 289 p.

 

« Plus cynique qu’Ubu, plus sadique que Maldoror, plus cruel que Fantômas, plus drôle que Moravagine, GOG ! N’achetez surtout pas ce livre, vous le regretteriez. » Évidemment, avec une quatrième de couverture pareille, je ne pouvais que succomber ; d’autant que l’objet est, il faut bien le reconnaître, magnifique : maquette splendide, couverture avec jaquette et rabats, illustrations intérieures... miam.

 

Pourtant, il fallait tout de même un petit déclencheur pour pousser à l’acquisition de la bête. Ce déclencheur était tout trouvé : il s’agit de la bande-dessinée La Brigade chimérique, dans laquelle le personnage de Gog joue un rôle (secondaire, certes), en tant que leader fasciste et « surhomme » gardien de Rome. Disons-le de suite : c’est là un personnage très éloigné de la création de Giovanni Papini, qui emprunte en partie à son auteur, mais qui est beaucoup moins sympathique que les deux...

 

Quelques mots sur l’auteur, donc. Giovanni Papini a fini par se rallier (étrangement... ou pas ?) au christianisme puis au fascisme. Mais, à l’époque où il écrit Gog, en 1930, il est encore l’homme de toutes les avant-gardes, et a conservé bien des traits du misanthrope nihiliste qui avait écrit son autobiographie à l’âge de 25 ans sous le titre Un homme fini... Fouteur de merde de profession, il tire à boulets rouges sur tout ce qui bouge, et encore plus sur ce qui ne bouge pas assez ; après une période de frictions et quelques bagarres, cela lui vaut l’amitié des futuristes, sans trop de surprises (et Gog en témoigne, sur un ton parfois railleur ; il suffit pour s’en convaincre de lire le passage édifiant et génial sur la musique de l’avenir, où Luigi Russolo en prend un peu pour son grade... et John Cage aussi, tant qu’on y est !). Créateur d’innombrables revues, chantre de l’humour noir, il signe avec Gog son chef-d’oeuvre.

 

Gog est un roman hors-normes, prenant l’aspect d’une succession de très brèves saynètes, extraites d’un journal, sans que l’organisation chronologique ne soit certaine. On passe ainsi sempiternellement du coq à l’âne. C’est que Papini prétend avoir recueilli ces notes auprès de Gog lui-même, dans une institution psychiatrique, sans que l’illustre pensionnaire ne lui ait laissé d’indications quant à l’usage qu’il devait en faire...

 

Qui est Gog ? Un métis originaire d’une des îles Hawaï, né d’une mère indigène et d’un père blanc... mais inconnu. Quelqu’un qui a connu la misère dans sa jeunesse, mais qui, à force d’astuce, a réussi à se bâtir une fortune colossale, jusqu’à devenir un des hommes les plus riches du monde. Puis il a décidé de se retirer des affaires, par lassitude. Car Gog s’ennuie. Son argent ne l’amuse plus (il essaye, à un moment, de « nager dans l’or », pour vérifier l’expression ; c’est un échec...). Alors il cherche un quelconque intérêt à la vie en multipliant les rencontres de par le vaste monde (Ford, Gandhi, Einstein, Freud, etc., mais aussi d’illustres inconnus), en se lançant dans des projets démiurgiques, ou en entamant d’étranges collections (d’êtres humains, le plus souvent) dans son repaire de New Parthénon. Tout cela entre deux séjours à l’asile...

 

Gog, finalement, est une sorte de conte philosophique, placé sous le signe de l’humour noir et de la misanthropie ; et son « héros », si sympathiquement monstrueux (encore que...), est en quelque sorte un anti-Candide. La charge est féroce, qui n’épargne rien ni personne : tous les thèmes ou presque, à vrai dire, sont abordés, même si certains ont la préférence de l’auteur (la critique littéraire, par exemple...). Et Papini de se montrer régulièrement visionnaire, sous son masque de clown sadique ; il tape dur, mais souvent juste.

 

À la pertinence de la critique, il faut encore ajouter l’inventivité phénoménale des tableaux. Gog lorgne plus qu’à son tour vers le surréalisme, le fantastique, ou si l’on y tient le « réalisme magique » (On pense régulièrement à Borges). Sans jamais quitter totalement le domaine du rationnel, il infuse suffisamment de bizarreries dans sa trame et dans son discours pour que l’on puisse le qualifier de « transfiction ».

 

Si le style est assez simple – les chapitres sont pour l’essentiel de longs monologues qu’écoute attentivement Gog –, l’humour de Papini fait par contre mouche à tous les coups. Son sens de la parodie est tout à fait remarquable, son ironie est ravageuse. Gog est un roman bicéphale, finalement assez sérieux sous ses dehors de farce : il donne à penser, mais, avouons-le, il est avant tout très drôle, et c’est déjà beaucoup...

 

En somme : GOG ! Achetez ce livre, vous ne le regretterez pas.

CITRIQ

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La nécro du jour (18)

Publié le par Nébal

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J'ai appris aujourd'hui la mort de Sidney Lumet, qui reste avant tout pour moi le réalisateur de l'ndispensable Douze Hommes en colère, chef-d'oeuvre du huis-clos et du film judiciaire. J'avoue mal connaître le reste de sa carrière (honte sur moi), va falloir que je m'y mette. En attendant, RIP, comme on dit chez les croyants...

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"Que faire ?"

Publié le par Nébal

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… comme disait l’autre ? Oh, je n’ai certes pas ses prétentions révolutionnaires – je ne les partage même pas, à dire vrai –, mais je ne manque pas de m’interroger. Et cette petite question, toute sotte, revient régulièrement, de plus en plus fréquemment, même, ces derniers temps : « Que faire ? » Je n’en sais rien. Eh ! C’est bien le problème… Et la raison d’être de cet article. J’en ai assez de m’interroger tout seul dans mon coin. J’irai même plus loin : je n’en peux plus, là, présentement. J’en ai marre. Je suis à bout. Parce que les principes qui me tiennent le plus à cœur sont tous les jours bafoués, instrumentalisés par des connards de la pire espèce, chose en soi passablement désagréable ; mais, peut-être pire encore, il semblerait que tout cela se fasse sans que personne ou presque ne s’en indigne. Comme si ce n’était pas grave. Ou comme si, bah, de toute façon, hein, ma bonne dame, qu’est-ce que vous voulez que l’on y fasse…

 

Hein ?

 

D’abord, je ne suis pas une dame.

 

Ensuite, je n’en sais rien.

 

Mais justement, je vous pose la question : « Que faire ? »

 

Le problème, donc. Il paraît qu’il concerne la « laïcité ». Laissez-moi rire…

 

Aha.

 

C’est marrant, mais, moi-même – qui suis agnostique tendant vers l’athéisme, s’il faut que je sorte mon passeport idéologico-religieux –, je me suis toujours considéré comme proche de la libre-pensée, anti-clérical et assurément laïcard, prônant même une laïcité dite « de combat » sur certaines questions qui fâchent encore aujourd’hui (l’école, pour n’en citer qu’une). Seulement j’ai toujours concilié ça avec un vieux fond de libéralisme politique – qui fait dans une égale mesure partie du pacte républicain. Or ce pacte garantit comme libertés fondamentales la liberté de culte, la liberté de conscience, la liberté d’opinion, la liberté d’expression et la liberté d’association. Ces libertés, qu’elles figurent dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 ou qu’elles soient considérées comme des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République, font partie du bloc de constitutionnalité sur lequel le Conseil constitutionnel se fonde pour exercer son contrôle de la constitutionnalité des lois. En d’autres termes : c’est du lourd. Des notions qu’on ne manie pas à la légère. Le jeu, c’est de concilier l’intervention de l’État et la liberté des citoyens. Or le principe de la laïcité, tel qu’exposé dans la fameuse loi de 1905, est simple : séparation des Églises et de l’État. Autrement dit, l’État et les cultes n’ont rien à voir ensemble.

 

(En principe : pour la bonne bouche, on pourrait dire à ces messieurs-dames de l’UMP qui font mumuse avec la « laïcité » de jeter un coup d’œil à ce qui se passe en Alsace-Moselle, où le régime de 1905 ne s’applique toujours pas… Il y a d’ailleurs d’autres exceptions, mais celle-ci est juste la plus flagrante.)

 

Comme Michou, je cite Wikipédouille :

 

« La laïcité en France est un principe qui distingue le pouvoir politique des organisations religieuses – l’État devant rester neutre – et garantit la liberté de culte (les manifestations religieuses devant respecter l’ordre public) ; il affirme parallèlement la liberté de conscience et ne place aucune opinion au-dessus des autres (religion, athéisme, agnosticisme ou libre-pensée), construisant ainsi l’égalité républicaine. »

 

Posons les choses autrement : la laïcité – du moins telle qu’on me l’a présentée et telle que je l’ai toujours conçue – est une règle de droit public, qui s’exerce dans la sphère publique. Dans la sphère privée, par contre, le principe, de la part de l’État, est celui de la neutralité, et, pour le citoyen, c’est celui de la liberté.

 

Donc, quand on parle de « laïcité » pour prohiber des comportements de la part des usagers du service public, moi, ça m’agace. Parce qu’il me semble bien que le principe de laïcité, dans ce sens, ne s’applique – et ne doit s’appliquer – qu’aux agents du service public. Alors les propositions saugrenues, comme celle de Pécresse suggérant la création d’un assez peu vraisemblable « diplôme de laïcité », vous imaginez bien ce que j’en pense, et où elle peut se le carrer…

 

Évidemment vous allez me dire : « Et l’ordre public ? » Et je vous dirais : « Oui, certes. C’est la limite imposée à la manifestation du sentiment religieux. Mais jusqu’à présent ça n’a pas posé de problème, alors pourquoi en inventerait-on ? »

 

 

PARCE QUE C’EST DES BOUGNOULES, PARDI !

 

C’est qu’il est là, le vrai problème – qui ne se posait pas du tout en 1905, quand il ne s’agissait que de se séparer des cathos, de briser le concordat qui avait succédé à l’alliance du trône et de l’autel (la France, fille aînée de l’Église…). Cessons un peu l’hypocrisie quelques secondes, voulez-vous ? Surtout à l’heure où nos chers « laïcards » de droite (au passage, si la laïcité était une valeur de droite, depuis le temps, ça se saurait) témoignent de leur attachement aux « racines chrétiennes » de l’Europe, refusent l’adhésion de la Turquie à cette même Europe, etc. Ce prétendu « débat » (sans opposants) sur la « laïcité » n’est jamais qu’une charge même pas déguisée contre une religion bien déterminée, la petite bête qui monte, qui monte, et qui fait peur : l’Islam.

 

Pas besoin d’être un subtil analyste pour s’en rendre compte : il suffit de les écouter parler, ces misérables petites putes de Guéant, de Copé et compagnie, qui racolent à tour de bras un électorat populaire qui leur a glissé entre les pattes pour rejoindre la vague bleue Marine. En fait de neutralité, on a ainsi pu entendre notre « croisé » de ministre de l’Intérieur dire – attention les yeux et les oreilles – que « le nombre de musulmans en France pose problème ». La droite, plus que jamais décontractée du Guéant (© Humour de droite), ne se cache pas et affiche bien haut et fort ses intentions. Et ceux qui boudent le débat, par conviction ou stratégie, les Fillon, les Baroin, se voient qualifier en gros de traîtres… Il s’agit de suivre la ligne générale voulue par l’omniprésident, qui y tient, à son « débat », comme il tenait à son avant-goût déjà nauséabond, le prétendu « débat » sur « l’identité nationale » (avec en corollaire des charters de Roms ; moi, pendant ce temps-là, je devais faire cours sur le nationalisme et le racisme à des 1ère année d’AES – joie : j’ai pris le parti de m’étendre sur Renan, et d’expliquer que, fut un temps, on qualifiait son « plébiscite de tous les jours », son « vouloir-vivre ensemble », de « conception française de la nation » – par opposition aux conceptions dites « objectives » fondées sur le territoire, la « race », la langue, l’intérêt économique… ou la religion ; puis je me suis longuement penché sur le racisme : après tout, on sait jamais, ça pouvait toujours servir…).

 

Donc. Il paraît que « le nombre de musulmans en France pose problème ». Moi, il ne me pose pas de problème. Enfin, je veux dire, pas plus que le nombre de n’importe quels croyants, quelle que soit leur religion. Et encore, tant qu'ils ne viennent pas m'emmerder en m'imposant leurs idées, je ne peux pas dire que ça me gêne... Je ne suis pas pris d’une attaque quand je croise une femme avec un voile sur les cheveux dans la rue (dans mon quartier, vaut mieux, en même temps). J’ai même un, non, deux exemplaires du Coran chez moi – de même que de la Bible, parce que je considère que cela devrait figurer dans toute bonne bibliothèque (et, rappelez-vous, je suis agnostique tendant vers l’athéisme ; seulement c’est pas une raison pour ne pas avoir de culture ; et en tant qu’apprenti historien, a fortiori des idées, j’ai dû régulièrement fouiner dans tout ça). Mais il semblerait que ce soit un problème pour notre bon ministre, pour nombre de ses comparses de l’UMP… et, hélas, pour une masse non négligeable de GROS CONS qui ont une carte d’électeur.

 

Et c’est effrayant, tout ça. Je trouve. Parce qu’on dépasse cette fois les délires isolés d’un Dantec, ou d’un Michou (avec tout le respect que j’ai par ailleurs pour son œuvre) qualifiant bêtement l’Islam de « religion la plus conne » (en substance), ou d’un Taguieff obsédé par « l’islamo-gauchisme ». On n’en est plus à l’amalgame beauf : « musulman = islamiste = terroriste », en vogue depuis 2001 (au plus tard) dans les PMU. Cette fois – et vous aurez beau me dire qu’il n’y a pas de débat à l’Assemblée, je vous répondrai que ça ne change rien au problème – ces questions et leurs sous-entendus puants sont traînés sur le devant de la scène publique par des représentants du peuple français ou des membres de l’Exécutif. Rien de moins. C’est le parti de la majorité qui fait une convention spécialement sur cette question. Rien de moins. Il n’y a pas de loi en débat ? Mais c’est pire ! Sur une loi, on peut exercer un contrôle ! Là, rien ! Et je trouve ça grave. Très grave. Infiniment grave. Parce qu’on assiste là à ce qu’il faut bien appeler une banalisation de l’islamophobie, au mieux (un mieux très relatif, hein…), voire de la xénophobie, au pire. La chasse gardée du FN, de De Villiers, bref, de l’extrême droite, se voit squattée par l’UMP, qui est censée représenter la droite « traditionnelle » et « républicaine » en France. Et ça craint. Parce que si ça fait des années que je me pose la question : « Où est la gauche ? » sans obtenir de réponse, j’en viens maintenant à me demander : « Où est la droite ? », i.e. la « vraie droite », la droite respectable, celle avec laquelle on peut débattre… et à n’avoir pour seule réponse que l’écho de ma propre question.

 

Banalisation de l’islamophobie, voire de la xénophobie. Grave, très grave. Pourtant, des fois, j’ai l’impression d’être le seul ou presque – j’exagère, j’en connais bien quelques-uns, je ne vous oublie pas… – à m’en indigner. Et voilà qui m’effraie plus encore, comme je le posais en introduction de ce texticule.

 

Hier, j’ai fait un coup de sonde – après plusieurs tentatives avortées – sur le forum d’ActuSF. Pourquoi là-bas ? Parce qu’il y a un sujet fourre-tout où il me semblait possible d’exprimer impunément mes craintes, d’une part, et, d’autre part, parce qu’il y avait eu sur ce site une forte mobilisation au moment d’Hadopi, loi qui avait entraîné de vives réactions dans la communauté science-fictive. Je reproduis ici mon message – tout simple (pour voir sur le forum, hop) :

 

« Bon.

 

« Je suis décidément écœuré par les Guéant, les Copé et compagnie, et le pseudo-débat aha sur la soi-disant « laïcité » – mais comment osent-ils souiller ce beau nom ? – qui a lieu à l’heure actuelle.

 

« Et je suis, on va dire, « étonné », ou « déçu », du peu de réactions que cela semble susciter.

 

« Parce que, désolé, mais tout ça me paraît mille fois plus grave qu’Hadopute, pour citer un autre « débat » qui a par contre entraîné de vives réactions ici.

 

« Faut quoi pour que ça bouge ? »

 

On m’a répondu qu’il n’y avait pas de débat à l’Assemblée, que les présidentielles, c’était dans treize mois, que de toute façon rien à foutre, que « l’indifférence est le plus grand des mépris ».

 

Et moi qui pensais être pessimiste et désabusé…

 

Alors que franchement, Hadopute, moi, j’en avais pas grand-chose à foutre… Mais dois-je en conclure que, quand on tape sur nos ordinateurs, c’est la guerre, mais quand c’est sur le Bougnoule en bas de la rue qui nous vend la binouze quand tout le reste est fermé, boarf, de toute façon, hein, bon ?

 

Ben merde.

 

D’où ma question : « Que faire ? »

 

Je n’en sais rien.

 

Ce que je sais, c’est que je trépigne tous les jours devant les conneries que je lis sur Internet ou que j’entends à la radio (j’ai pas la télé, c’est toujours ça de pris…). Et que j’ai envie de faire quelque chose. Pas une quelconque bisounourserie, c’est pas l’esprit de la maison. La militance, ça ne l’est pas vraiment non plus (certainement pas s’il faut prendre une carte). Mais quelque chose. Quoi ?

 

Je ne sais pas.

 

« Que faire ? »

 

 Je vous pose la question.

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"Z-Corps : 8 Semaines plus tard"

Publié le par Nébal

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Z-Corps : 8 Semaines plus tard

 

8 Semaines plus tard (bon, inutile de vous faire un dessin…) est le premier supplément de la gamme « fermée » de Z-Corps. Principalement axé « Survivants », il est censément accessible pour plus de la moitié aux PJ – qui se voient par contre comme précédemment interdire l’accès à la « Restricted Area » –, mais ne nous voilons pas la face : il y a une marge considérable de la théorie à la pratique, et ce supplément n’a dans son ensemble de véritable intérêt que pour le MJ ; il est même souhaitable que certaines pages de la première partie ne tombent pas entre les mains des joueurs, à mon sens (on y reviendra).

 

En guise de sous-titre général : « Résister ou fuir ? » C’est là en effet la question qui traverse l’ensemble de ce supplément plus dense qu’il n’y paraît au premier coup d’œil, et qui justifie son orientation « Survivants » (désolé, MM. les « Z-Corps », pour vous, il faudra sans doute attendre le prochain…). Le livre, à partir de là, se divise donc en deux parties : « Le Guide du Survivant » et la « Restricted Area ». Et la première partie, fort logiquement, se divise à son tour (pour l’essentiel) en deux parties : « Fuir et survivre », puis « Résister et survivre ».

 

« Fuir et survivre » se focalise donc sur l’élaboration d’une « roadmap ». On voit ainsi tout ce qui peut en justifier l’existence, et comment la rendre plus complexe, puis tout un ensemble assez enthousiasmant de bonnes et de mauvaises rencontres, qui permettront au MJ d’improviser une campagne de type « fuite » ; plusieurs idées de scénario émaillent en outre cette partie (de même que la suivante), ainsi que des « dTunes », suggestion de playlists ma foi fort bienvenues (m’en vais faire mon marché, moi).

 

« Résister et survivre » décrit l’autre grande possibilité d’action (ou d’inaction ?) pour un groupe de « Survivants » : la planque, qu’il s’agisse de se planquer pour ne pas mourir ou de se planquer pour attendre. Sont alors développés les quinze principes de survie qui font la bonne planque (que je ne citerai pas ici, c’est aux joueurs de les découvrir au fur et à mesure… c’est aussi pour cela que je pense que ce n’est guère une bonne idée que de laisser aux PJ « Survivants » l’accès à cette première partie ; c’est intéressant, en tout cas), puis quelques planques types sont ensuite présentées (dont le fameux supermarché – et de vous démontrer que ce n’est pas une si bonne idée que ça…). Il y a ensuite quelques règles sur les planques qui me paraissent trop artificielles pour être vraiment utiles, et sur lesquelles je pense donc faire pour ma part l’impasse.

 

Cette partie se conclut étrangement sur quelques conseils au MJ sur comment gérer les Hostiles (on se demande un peu ce que ça vient faire là…), puis sur trois nouveaux archétypes de « Survivants » (Écrivain, Showgirl, Routier).

 

La « Restricted Area », plus courte, commence par décrire l’évolution de l’épidémie et les actions des principaux protagonistes durant les sixième, septième et huitième semaines. C’est, comme dans le livre de base, passionnant… même si très court. On s’intéresse ensuite à la progression de l’épidémie dans deux nouveaux États, le Colorado et le Wyoming. Puis on fait la connaissance avec un nouveau type d’Hostile…

 

Restent enfin deux scénarios. Le premier, « Eden », est en principe destiné à des « Survivants » (en fuite, tant qu’à faire), mais peut aisément être transposé pour des « Z-Corps ». Situé bien après « Clinique Apocalypse », il suppose que le MJ a trouvé de quoi occuper ses joueurs entre-temps (et c’est là que la première partie du supplément se révèle fort utile). Un scénario assez correct, riche en rebondissements, et potentiellement stressant (pour des « Survivants », en tout cas ; j’ai plus de doute pour des « Z-Corps »…).

 

Le second, « Embrouilles », est cette fois un scénario « Z-Corps », qui met en avant les cafouillages de l’organisation. L’idée est bonne, mais le scénario peut facilement virer au massacre joyeusement bourrin, et demande pas mal de capacités d’improvisation. À manier avec précaution, donc.

 

 8 Semaines plus tard n’est pas un supplément d’une qualité exceptionnelle. Il est néanmoins d’une utilité certaine pour un MJ désireux d’avoir des bases pour improviser sans trop de sueurs froides avec des joueurs « Survivants » en planque ou en maraude. C’est déjà pas mal. J’espère cependant que le reste de la gamme se montrera un peu plus ambitieux… et moins coquillé, tant qu’on y est.

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"Z-Corps" + "Z-Corps : Livret et écran" + "Z-Corps : Carnets du Survivant"

Publié le par Nébal

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Z-Corps

Z-Corps : Livret et écran

Z-Corps : Carnets du Survivant

  

Moi, les zombies, ce sont mes amis. Alors, oui, je sais, à l’heure actuelle, ce n’est pas très original. Mais je plaide l’antériorité, même de justesse. Je me suis pris de passion pour Romero (rappelez-vous mon éloge de La Nuit des morts-vivants, d’ailleurs faudrait peut-être que je poursuive pour les autres – au moins Zombie…) et consorts peu de temps avant la Grande Déferlante. Et puis peu importe, après tout. Le fait est que les zombies, ce sont mes amis. Le thème me passionne. Pas pour rien si un de mes bouquins cultes est Je suis une légende de Richard Matheson, qui a eu sur le genre l’influence que l’on sait ; pas un hasard si l’un des bouquins les plus jubilatoires que j’ai lus ces dernières années est l’excellent World War Z de Max Brooks (je vous ferais bien la même en BD, mais, non, je fais partie des déçus de Walking Dead… et du coup, à la téloche, je parlerais plutôt de Dead Set). Alors quand j’ai appris l’existence d’un jeu de rôle (de création FRANÇAISE, oui, Madame) surfant sur la vague et fleurant bon la chair en décomposition, je n’ai pas tardé à craquer, sans surprise…

 

Et voici donc Z-Corps, édité et publié par 7e cercle, que je connaissais jusque-là pour la traduction (calamiteuse) de Cthulhu « système Gumshoe » ; ben autant le dire de suite, pour les créations maison, c’est de suite vach’ment mieux, hein (même si pas parfait). Un jeu pour lequel on annonce une gamme « fermée » (j’y reviendrai). Z-Corps se base sur le système de jeu « Open D6 », et le livre de base se découpe en trois parties : les deux premières sont accessibles aux joueurs, selon qu’ils jouent des non-infectés (des « survivants ») ou des « Z-Corps », la dernière (« Restricted Area ») est réservée au maître de jeu. Les règles (que ce soit celles de création de personnage ou de jeu) figurent pour l’essentiel dans la première partie, sauf quelques-unes qui demeurent le domaine réservé du MJ.

 

Quelques mots sur la forme : en fait de « couleurs », ce livre à couverture rigide de 250 pages est en teintes rougeâtres, comme celui de Cthulhu était en teintes verdâtres ; l’effet est assez correct. Le texte est sur deux colonnes, écrit assez gros, ce qui le rend très agréable à lire (les myopes disent merci, ce qui est loin d’être toujours le cas en matière de jeu de rôle).

 

Passons maintenant au contenu, avec la première partie : « Survivre ». Après une courte nouvelle d’ambiance, la chronologie des six premières semaines de l’épidémie est détaillée du point de vue du citoyen lambda, avant de passer aux dix points sans cesse ressassés du « guide de survie ». Puis on passe directement aux règles de création de personnage. Il est proposé de recourir directement à un archétype (plusieurs sont proposés en fin de partie), mais, comme vous vous en êtes peut-être rendus compte, je ne suis vraiment pas fan du procédé… Sinon, le processus ne m’a pas l’air très limpide à vue de nez, mais il faut voir à l’usage… Les règles, par contre, qu’il s’agisse du système de base ou du système de combat qui ne fait que le développer, m’ont l’air simples et accessibles. Le système d’initiative a l’air intéressant, notamment. On trouve ensuite quelques pages consacrés à l’équipement « normal » et, donc, des archétypes : Chasseur de primes, Miss Épi de Maïs, Hell’s Angel, Geek, et Chanteuse de country…

 

La deuxième partie, « Décontaminer », est bien plus courte, dans la mesure où les règles ont déjà été exposées. Il ne s’agit plus que de présenter les Z-Corps, cette milice privée gérée par la société OneWorld qui, sous le commandement du président des Etats-Unis, est chargée de gérer le problème zombie. Là encore, on trouve une petite nouvelle d’introduction, puis une chronologie des six premières semaines d’épidémie (un peu plus explicite, naturellement), et les divers points du « Manuel des contrôleurs » (juridiction, observation, extraction, préservation, éradication, stérilisation). Suit une section consacrée à l’équipement spécifique des Z-Corps, puis on a de nouveau droit à quelques archétypes : Soldat, Médecin épidémiologiste, Ex-détenu, Responsable Transcom’ et Aumônier.

 

Et on en arrive à la « Restricted Area », domaine réservé du MJ. Tout commence par une chronologie détaillée des six premières semaines de l’épidémie, et de ce qui l’a précédé (ça ne répond pas à toutes les questions, mais soulève le voile par bien des côtés…). Suit une description des territoires contaminés, avec parfois un zoom sur une situation bien particulière, autant dire une amorce de scénario. Après quoi l’on passe au chapitre le plus passionnant de cet ouvrage, celui consacré aux « Protagonistes », OneWorld en tête (et je ferme ma gueule sur les autres…) ; c’est bourré d’idées, de secrets derrière la porte, de révélations, de mystères… c’est véritablement excellent. Mais mieux vaut ne pas en dire davantage ici… Suivent un certain nombre de règles qui sont l’apanage du MJ ; mais dans la mesure où elles ne sont pas destinées à rester secrètes, il me semble légitime de les nommer, au moins, ici : nous avons donc ce qui concerne le stress et la folie, la contamination par le virus Z, l’expérience (ces règles figurent de toute façon dans les Carnets du Survivant, voir plus bas)… et différentes sortes de zombies (je ne dirai pas lesquelles, par contre…).

 

Restent enfin deux scénarios. « Open All Night ! » est destiné à un groupe de « Survivants », et se situe durant les tout premiers jours de l’épidémie. C’est plus un « squelette » de scénario qu’autre chose, nécessitant une grande capacité d’improvisation. En l’état, je ne me sens pas capable de le juger… « Sunday Night Fever », ensuite, est un scénario « Z-Corps » prenant place durant la sixième semaine d’épidémie. Plus carré que le précédent, il m’a l’air tout à fait intéressant, et très stressant. Une réussite.

 

On pourrait croire, à vue de nez, qu’un jeu de rôle basé sur des zombies risquerait de se montrer un tantinet répétitif, et donc lassant. Je ne pense pas que ce soit le cas ici : l’univers créé me semble suffisamment riche pour varier les situations, et les passerelles entre « survivants » et « Z-Corps » ne font que prolonger la durée de jeu. Je pense par contre que le jeu « Z-Corps » se prête davantage à la campagne que le jeu « Survivants »… Mais on verra bien.

 

L’écran est d’un goût exquis. Et rigide de chez rigide, ce qui est bien. Il est accompagné d’un livret intitulé « Clinique Apocalypse », consistant en un scénario « Survivants » pouvant être joué en one-shot ou, mieux, faisant suite à « Open All Night ! ». Pas mal, sans plus.

 

Un mot, pour finir, sur les Carnets du Survivant. Ce sont, en gros, des « méga-fiches de personnage » pour PJ « Survivants » (il en existe un équivalent, que je n’ai pas encore, pour les joueurs « Z-Corps », appelé Manuel du Contrôleur – il en faut donc un par PJ) : on y trouve le guide de survie en dix points, un résumé des règles, une GROSSE fiche de personnage avec de quoi prendre des notes, un récapitulatif des règles d’expérience et une carte des Etats-Unis. Pas franchement indispensable, mais joli…

 

Bon, on se retrouve 8 Semaines plus tard pour le premier des suppléments de la gamme « fermée »…

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"L'Appel de Cthulhu : Les Terres de Lovecraft : Innsmouth. Avant et après la Chute"

Publié le par Nébal

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L’Appel de Cthulhu : Les Terres de Lovecraft : Innsmouth. Avant et après la Chute

 

ATTENTION ! CONTIENT DES SPOILERS ! LES JOUEURS, OUSTE !

 

Troisième excursion dans les Terres de Lovecraft, après Arkham et Dunwich. Et cette fois-ci, autant le dire de suite, le voyage pourrait bien être un aller-simple… Ce qui explique assez les différences essentielles entre ce supplément et les précédents, outre le changement d’auteur (c’est cette fois Kevin Ross le maître d’œuvre). Innsmouth est en effet probablement la plus terrifiante des bourgades de Nouvelle-Angleterre inventées par Lovecraft ; et, à la différence d’Arkham, Dunwich ou Kingsport, ce n’est pas un endroit où l’on revient volontiers si l’on a eu la chance d’en sortir vivant une première fois, ce qui est posé dès l’introduction. Aussi est-ce le « guide » le plus court des trois parus jusqu’ici ; pourtant, c’est aussi le plus gros des trois volumes des « Terres de Lovecraft », puisqu’il fait près de 300 pages en tout : c’est qu’il contient pas loin de 200 pages de scénarios, « avant et après la Chute », commençant par tourner autour de la ville avant de s’y enfoncer résolument pour une campagne bourrée d’action et un épilogue particulièrement délicat…

 

Un mot sur l’aspect général du livre : wha. La quasi-intégralité de l’iconographie, y compris pour les personnages, repose sur des photographies d’époque, et c’est vraiment très beau. Glauque, mais beau. Parfait.

 

Comme d’habitude, on entame l’ouvrage par une nouvelle de Lovecraft : « Le Cauchemar d’Innsmouth », bien évidemment, qui fait partie de mes nouvelles préférées de l’auteur ; si j’en avais oublié quelques aspects (notamment son impressionnante précision « cartographique »), l’essentiel était bien resté présent dans ma mémoire, et notamment la fameuse confession éthylique de Zadok Allen, un grand moment de narration lovecraftienne. Un petit chef-d’œuvre, qui plonge immédiatement dans l’ambiance, et justifie assez l’avertissement de l’introduction : Innsmouth est une ville où (d’où ?) l’on ne revient pas… à moins que… ?

 

« Innsmouth la mystérieuse » est un bref chapitre assez redondant, qui se contente largement de synthétiser les très nombreuses informations contenues dans la nouvelle, opposant ainsi l’histoire officielle d’Innsmouth à son histoire secrète (avec une chronologie). Est proposé également un système reposant sur une nouvelle compétence, « Connaissance d’Innsmouth » ; personnellement, je trouve ça un peu artificiel, et ne pense pas l’utiliser.

 

« Bienvenue à Innsmouth » contient diverses informations sur la ville, face visible comme face cachée : comment s’y rendre (rappelons qu’elle n’est pas indiquée sur les cartes…), son climat, sa municipalité, crime et châtiment, le « masque d’Innsmouth », L’Ordre Ésotérique de Dagon, les Profonds, le pouvoir du Signe des Anciens, et deux encadrés, l’un sur la magie d’Innsmouth, l’autre sur les sources d’information concernant la ville.

 

Suit le « Guide d’Innsmouth et de ses environs ». On retrouve le découpage en zones, le premier chiffre indiquant celle-ci. Notons que cette fois la grande carte reprend ces références, ce qui la rend de suite beaucoup plus utile que celles des deux précédents suppléments de la série. Nous visitons donc successivement les taudis de la rive nord, Old Town Square et New Church Green, les vieux quartiers résidentiels, les quartiers résidentiels du nord, le quartier commerçant et les usines situées le long du fleuve, les quartiers résidentiels du sud, le nouveau quartier marchand, les taudis de la rive sud, le port, et enfin les alentours de la ville (ce qui inclut les hameaux de Boynton Beach et Falcon Point… et Y’ha-nthlei). Tout cela forme un panorama particulièrement glauque de ville fantôme où, effectivement, on n’a guère envie de traîner…

 

Et d’enchaîner sur le gros morceau avec les scénarios. Ceux-ci se découpent en trois chapitres. Tout d’abord, « Avant la chute » rassemble quatre brefs scénarios… hélas tous très décevants. C’est le gros point noir de ce volume. « Mary » est une enquête qui aurait pu être intéressante, mais dont le manque d’enjeu, au final, laisse un vilain arrière-goût en bouche (de poisson, probablement). « Une vieille connaissance » est un peu trop artificiel dans l’implication des personnages, et présente le risque de trop introduire les personnages dans Innsmouth ; or, si l’on joue en campagne, il vaut mieux préserver Innsmouth pour la suite (voyez plus bas). « Innsmouth Connection », très court, n’est guère palpitant, et présente un danger bien trop grand à mes yeux pour un scénario sans vrai climax. « La Lumière occultée », enfin, est très classique… trop, sans doute. Bref, tout cela n’est guère excitant. Non, si l’on désire à tout prix jouer des scénarios dans Innsmouth avant la Chute, le mieux est encore de les créer soi-même, ou de s’inspirer des « Germes sinistres pour des aventures à Innsmouth » présentés plus loin.

 

Deuxième partie consacrée aux scénarios, et de loin la plus volumineuse : « Le Raid sur Innsmouth ». Eh oui. Carrément. Deux scénarios longs et bourrés d’action, très palpitants, qui recréent « Le Cauchemar d’Innsmouth » spécialement pour les joueurs (cinq, dans l’idéal)… « L’Évasion d’Innsmouth » plonge les investigateurs au cœur de la ville et de ses mystères, mais, comme le titre l’indique assez, le vrai problème est encore d’en sortir vivant… Puis vient le très gros morceau, qui adopte une forme très particulière : « Le Raid sur Innsmouth » à proprement parler (près de 60 pages). Cinq objectifs sont désignés ; chaque investigateur se voit assigner un de ces objectifs, les autres incarnant pendant ce temps-là des « personnages secondaires » militaires (ce qui, au début, me gênait considérablement, et continue de me gêner pas mal – en termes de roleplay, il me paraissait justement intéressant de mettre l’accent sur l’isolement relatif des personnages, et j’ai toujours trouvé que ce genre de procédés nuisait à l’identification, « côté sombre » ou trucs du genre exceptés ; mais il est vrai qu’autrement les joueurs, à rester simples spectateurs pendant un bon bout de temps, risquent de se faire chier… J’imagine que le mieux à faire est encore de décider avec eux si l’on utilise ou pas ce système de « personnages secondaires » ; mais cela peut avoir son importance pour le scénario « après la Chute »…). C’est bourrin (enfin, ça dépend des objectifs), mais surtout périlleux, vraiment très éprouvant, et franchement palpitant au final ; j’en doutais un peu au départ, et ça ne doit pas être facile à mettre en place, mais il y a de quoi faire des scènes d’anthologie. Ah, et, perso, moi, je monte pas dans le sous-marin. Non non non non non. Le chapitre se conclut sur des « Germes sinistres pour des aventures à Innsmouth », la plupart prenant place avant la Chute, sauf la dernière suggestion.

 

Reste enfin « Après la chute ». Un scénario (ou plutôt un squelette de scénario) de création française, « Retour à Innsmouth », qu’il vaut mieux jouer quelque temps après le raid. C’est très intéressant, très bien vu, la conclusion (victorieuse, s'entend...) est géniale… mais c’est passablement délicat, et très dangereux pour les investigateurs, qui n’ont pas 36 000 façons de s’en tirer ; encore faut-il qu’ils trouvent la bonne, et ce n’est pas si évident que ça…

 

 Au final, oui, bien sûr, Les Terres de Lovecraft : Innsmouth. Avant et après la Chute est un très bon supplément. Pourtant, je m’avouerai un peu déçu, et j’en ferai le moins bon des trois de la série, à cause de ce vilain point noir constitué par les quatre scénarios « avant la Chute ». Dommage… Mais le reste m’a tout l’air de valoir le coup.

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"Entretiens du Maître avec ses disciples", de Confucius

Publié le par Nébal

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CONFUCIUS, Entretiens du Maître avec ses disciples, [Liun Iu], traduction du chinois par Séraphin Couvreur, révision de la traduction et postface de Muriel Baryosher-Chemouny, [s.l.], Mille et une nuits, 1997, 199 p.

 

Une fois n’est pas coutume, c’est d’une relecture que je vais vous entretenir (aha) aujourd’hui. Fut un temps en effet où je bouffais du Mille et une nuits à tout va, et où, par pure curiosité, je m’étais notamment intéressé, dans cette collection, aux quelques écrits que l’on pouvait y trouver relevant de la « sagesse orientale », comme l’on dit trop souvent pour éviter de parler de philosophie… Évidemment, dans ces conditions, Confucius avait une place de choix : le Maître, dont on a peu ou prou fait le fondateur d’une « religion », fait après tout figure de moraliste « officiel » de la Chine depuis des siècles… et il n’a pas été sans intéresser également les occidentaux, qui ont cherché à établir des passerelles entre confucianisme et christianisme, au prix d’interprétations sans doute partiales, mais semblant presque couler de source à l’occasion.

 

Il y aurait de quoi écrire bien des pages à propos de cet ouvrage… ce qui est sans doute au-dessus de mes forces. Posons déjà le personnage. Confucius – nom « latinisé » par les Jésuites aux XVIIe et XVIIIe siècles –, ou plutôt K’ong-tzeu, vécut, selon l’historiographie traditionnelle, de 551 à 479 avant Jean-Claude, soit durant la période appelée en Chine « Printemps et Automnes », marquée par l’effondrement du système féodal, période qui serait suivie par celle des « Royaumes combattants » jusqu’à la fondation de l’empire en – 221. Une période pour le moins troublée, donc, ce qui explique sans doute bon nombre d’aspects de la morale de Confucius : celui-ci, pour rétablir l’ordre, se tourne en effet vers le passé, les trois premières dynasties exemplaires, Hia, Chang-In et Tcheou, dont il s’agit de rétablir les rites et les usages.

 

Mais n’allons pas trop vite, et évoquons d’abord la forme adoptée par ces Entretiens du Maître avec ses disciples. Ce livre, constitué de vingt courts chapitres passablement désordonnés, relève à bien des égards de ce que l’on qualifierait en Occident de « doxographie », par exemple pour évoquer les Présocratiques à travers, disons, Diogène Laërce. Sont en effet rapportés des opinions, actes et anecdotes qui forment autant de témoignages sur la vie du Maître et sur celle de ses disciples. Ces Entretiens n’adoptent donc pas une forme organisée suivant un plan rigoureux (quand bien même, en certaines occasions, on peut déceler une thématique prépondérante) : ils n’ont rien d’un essai ou d’une dissertation destinés à la publication en tant que tels, et ne constituent pas l’exposé d’un système cohérent. Ces aphorismes et faits marquants ont été relevés et compilés par divers disciples, assez peu probablement de la première génération, mais sans doute plutôt d’une époque ultérieure – qui avait déjà magnifié le portrait du « saint homme ». Il en existe plusieurs versions différentes, celle qui nous est proposée ici consistant en un « amalgame ».

 

Confucius et ses disciples abordent de très nombreux thèmes au cours de cet ouvrage, et je n’ai certes pas la prétention de vous en livrer un compte rendu savant et exhaustif – vous trouverez sans peine des gens beaucoup plus compétents que moi pour cela. Je me contenterai donc d’évoquer quelques-uns de ces thèmes, qui m’ont plus particulièrement marqué, tels que j’ai pu les comprendre… ce qui, ma foi, n’est pas toujours évident : si la morale de Confucius a une destinée pratique manifeste, ces Entretiens n’en sont pas moins souvent cryptiques – l’exotisme et la distance temporelle ajoutant encore à la difficulté. Pas toujours facile, donc, de comprendre ce que veut dire au juste le père Confucius, dont la pensée, sans être confuse (aha), est du moins complexe, et parfois en apparence du moins susceptible de contradictions (les mêmes questions reviennent souvent, qui débouchent sur des réponses différentes). Le livre est heureusement émaillé des précieux commentaires traditionnels attribués à Tchou Hsi (1130-1200), qui viennent régulièrement apporter un éclairage historique et philosophique bienvenu, et il faut y ajouter les notes de Séraphin Couvreur  et de Muriel Baryosher-Chemouny.

 

Confucius, le « roi sans couronne », est – on l’a dit – un moraliste. Confronté à l’anarchie de son époque, il entend, par son enseignement ouvert à tous, contribuer à restaurer l’ordre et l’harmonie (il attache une grande importance à ces deux notions ; on y reviendra). Pour ce faire, il se tourne donc essentiellement vers le passé plus ou moins mythique de la Chine : Confucius est traditionaliste ; on aurait envie de dire conservateur, et même réactionnaire, dans le sens le plus prosaïque (ne pas verser dans l’anachronisme ici, telle n’est pas mon intention).

 

Il attache une grande importance aux rites des anciennes dynasties, rites qu’il entend restaurer. Mais il ne faudrait pas en conclure que Confucius est un esprit formaliste – bien au contraire, c’est là aussi un thème qui revient souvent, il se méfie des apparences : les rites seuls ne sont rien, c’est l’intention droite qui préside à leur exécution qui importe. Les rites sont donc un moyen, et non une fin en soi. L’ordre et l’harmonie, de même, ne doivent pas être confondus avec le conformisme (XIII, 23) :

 

« Le Maître dit : « L'homme honorable cultive l'harmonie et non le conformisme. L'homme de peu cultive le conformisme et non l'harmonie. » »

 

Il s’agit pour lui de suivre la Voie, ce qui passe par le respect de vertus majeures, qu’il faut mettre en pratique, mais en pleine connaissance de cause. Par exemple, XVII, 8 :

 

« Le Maître dit : « Iou, connais-tu les six paroles [= les six vertus] et les six ombres [= les six défauts dans lesquels tombe celui qui veut pratiquer ces six vertus et ne cherche pas à les bien connaître] ? » Tzeu lou se levant, répondit : « Pas encore. – Assieds-toi, reprit Confucius, je te les dirai. Le défaut de celui qui aime à se montrer bienfaisant, et n’aime pas l’étude, c’est le manque de discernement. Le défaut de celui qui aime le savoir, et n’aime pas l’étude, c’est de tomber dans la futilité. Le défaut de celui qui aime à tenir ses promesses, et n’aime pas l’étude, c’est de nuire aux autres [= en leur promettant et en leur accordant des choses nuisibles]. Le défaut de celui qui aime la franchise, et n’aime pas l’étude, c’est d’être tranchant. Le défaut de celui qui aime à montrer du courage et n’aime pas l’étude, c’est de troubler l’ordre. Le défaut de celui qui aime la fermeté d’âme, et n’aime pas l’étude, c’est le fanatisme. » »

 

Une vertu domine, aux contours flous, et que ses disciples demandent souvent à Confucius de définir : c’est la « vertu d’humanité », qui consiste à « aimer les hommes », à « élever autrui comme on souhaiterait l’être soi-même », ou encore, inévitablement, à ne pas faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’on nous fasse. Cette vertu doit trouver à s’exprimer dans tous les actes, privés comme publics.

 

On en arrive à un autre point d’orgue de la pensée de Confucius, qui est le respect de l’autorité. Celui-ci s’exprime, conjointement avec la vertu d’humanité, dans la piété filiale, par exemple. Mais on pense aussi bien évidemment au champ du politique, et, en cette ère troublée où Confucius se veut le restaurateur de l’ordre, la loyauté à l’égard du Prince est d’une importance capitale. Elle ne doit cependant pas tout autoriser : si l’État suit la Voie, il est bon d’y exercer une charge (Confucius, par exemple, fut ministre de la Justice) ; sinon, exercer une charge peut devenir problématique, voire honteux. Et si la trahison ou a fortiori le tyrannicide sont ici hors de propos, il n’en reste pas moins que la loyauté au Prince, pour être vraiment efficace, doit être corrélée à la vertu d’humanité et au respect du « Décret céleste », c’est-à-dire de la loi naturelle. Si, dans un État qui suit la Voie, le Prince est Prince, et le sujet sujet – c’est-à-dire si les mots ne sont pas vides de sens (encore cette question des apparences) mais renvoient bien à une réalité concrète, d’où l’importance de la rectification du langage –, il n’en faut pas moins que la loyauté du sujet à l’égard du Prince soit dans un sens compensée par la confiance que l’on peut lui accorder – sans quoi tout part à-vau-l’eau. Un passage instructif (XII, 7) :

 

« Tzeu koung interrogea Confucius sur l'art de gouverner. Le Maître répondit : « Celui qui gouverne doit avoir soin que les vivres ne manquent pas, que les forces militaires soient suffisantes, que le peuple lui donne sa confiance. » Tzeu koung dit : « S'il était absolument nécessaire de négliger une de ces trois choses, laquelle conviendrait-il de négliger ? – Les forces militaires », répondit Confucius. « Et s'il était absolument nécessaire d'en négliger une seconde, dit Tzeu koung, quelle serait-elle ? – Les vivres, répondit Confucius, car de tout temps les hommes ont été sujets à la mort, mais si le peuple n'a pas confiance en ceux qui le gouvernent, c'en est fait de lui. » »

 

Confucius, issu de la noblesse pauvre, n’attache pas une grande importance aux distinctions sociales. Ceci étant, la tradition et les rites imposent certaines observances particulières, et le peuple se trouve bien placé dans une situation d’infériorité. Là encore, c’est le respect de l’ordre qui prédomine, conjointement avec la vertu d’humanité, incarnés dans le Décret céleste.

 

La morale de Confucius est censément devenue la morale « officielle » de la Chine – voire au-delà – pendant des siècles et des siècles (il faudra attendre la République pour que l’enseignement du canon confucianiste cesse d’être obligatoire). Ce qui n’est pas rien, tout de même… Hélas, si certains aspects en ont été retenus – les plus favorables à l’ordre des choses et au pouvoir en place, généralement –, d’autres ont été bien négligés… J’avoue avoir été stupéfait par cette vision fulgurante de Confucius (exprimée en XIII, 11, et envisagée à nouveau, dans un sens, en XX, 2), qui semblait, il y a donc 2500 ans de cela, envisager (quand bien même c’était pour souligner et déplorer son improbabilité, du moins à court terme…) l’élimination de la peine de mort. On ne peut pas vraiment dire que la Chine contemporaine se soit montrée très confucianiste sur ce point…

 

 Concluons en disant que ces Entretiens du Maître avec ses disciples brossent en outre un beau tableau de la Chine antique. Ce témoignage au plus près de la pensée de Confucius – parfois fort éloignée, donc, de ce qu’est devenu le confucianisme – constitue, malgré sa forme déconcertante, une œuvre majeure de la philosophie mondiale ; l’ethnocentrisme des occidentaux ne jurant que par Platon et Aristote (et oubliant mes chers Présocratiques au passage) ne doit pas nous tromper : il s’est trouvé des « amis de la sagesse » avant et ailleurs. Confucius n’en est qu’un exemple, mais ce n’est pas le moindre…

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La 7e Nuit Excentrique

Publié le par Nébal

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Cela faisait un sacré bout de temps que je comptais me faire la Nuit Excentrique, l’événement nanarlandais annuel, en collaboration avec la Cinémathèque française. Las, quand j’étais encore un pauvre provincial naïf, je ne me sentais guère de monter à la Kapitale pour cette occasion, je l’avoue… Mais étant maintenant un putain de Parigot (toujours naïf), je n’avais plus vraiment d’excuse. Il fallait, cette fois, que j’y assiste. Et il le fallait d’autant plus que la programmation de cette septième Nuit Excentrique s’annonçait pour le moins exceptionnelle. Petit retour sur les quatre films projetés lors de cette grand-messe du mauvais film sympathique.

 

Nous eûmes tout d’abord droit à la traditionnelle « découverte » de la Cinémathèque. Cette année, une première : ce fut un documentaire. Enfin, un « documentaire »… un mondo, quoi (pour ceux qui ne sauraient pas de quoi il s’agit, hop, un lien vers l’indispensable glossaire de l’indispensable Nanarland, où on vous expliquera tout ça beaucoup mieux que je ne saurais le faire). Adonc, Suède, enfer et paradis de Luigi Scattini. Après ce film, vous ne regarderez plus jamais la Suède de la même façon. Sans parler des Suédoises : imaginez un peu, ces salopes ont des cours d’éducation sexuelle et prennent la pilule ! Et comme elles travaillent, plutôt que de rester à la maison, elles laissent leurs pauvres enfants dans des crè… des « parkings pour enfants » ! Rien d’étonnant à ce que ces derniers tournent mal et que, à dix ans, il s’en trouve pour tuer leurs parents à coups de pieds ou multiplier les coucheries avec les voisins débouchant sur d’inévitables avortements à répétition. Le relâchement moral des Suédois (et en particulier des Suédoises, notamment des hôtesses de l’air qui laissent mourir leurs vieux sans un adieu) est en effet consternant. Effet des pornophones en vente libre, sans doute. La gabegie socialo-communiste a fait des ravages dans ce pays nordique aux statistiques confuses. Preuve en est son étrange système pénal : si vous êtes jeune, vous avez parfaitement le droit de voler une voiture ou de défoncer un parcmètre pour en chourer la monnaie (après quoi, il faut le jeter dans le lac ; les aveugles, à l’aise dans les profondeurs, se feront un plaisir de le remonter à la surface) (si, si) ; mais gare à celui qui voudrait empêcher le petit voyou de perpétrer ses malveillances, c’est lui qui s’attirera l’ire de la police ! D’ailleurs, même un ministre, pour avoir bu un peu trop avant de conduire, risque d’être condamné à couper du bois dans un camp de travail… Et puis la Suède a ses parias, qui se défoncent au white spirit et bouffent des tartines de cirage… Sans parler de ses blousons noirs, qui violent les jeunes filles innocentes (mais une Suédoise peut-elle être innocente ?) juste là, devant vous, en plein dans le champ de la caméra ! Mais on les comprendrait presque, ces mauvais garçons, quand on sait qu’aujourd’hui le fier mâle latin n’a plus les faveurs de ces demoiselles : la mode est au tiers-monde, que voulez-vous… Pourtant, la Suède, pays sans nation dont le prince dessine des cabinets, n’en entend pas moins dominer le monde d’après l’apocalypse nucléaire, en préservant sa race débauchée dans des abris anti-atomiques définitivement suédois. SALAUDS DE SUÉDOIS ! « La Suède vue depuis l’Italie, ou plus exactement du Vatican », comme le patron de la Cinémathèque nous avait présenté le film. Effectivement ; il faut croire que la Scandinavie était alors suffisamment « exotique » aux yeux des Italiens pour qu’on puisse raconter autant de bêtises dessus. Le discours, digne des pires JT de Jean-Pierre Pernaud (aidé pour le script par Francis « Kafka » Kuntz et Pierre Desproges à l’occasion de certaines scènes qu’il faut voir pour y croire, et même là encore c’est pas sûr), est tellement réac, tellement outrancier, et en même temps tellement hypocrite (puisqu’il s’agit bien avant tout de racoler et de se rincer l’œil), qu’il en devient plus hilarant que véritablement répugnant. Avant la séance, j’avoue que je craignais un peu que ce film pèche par manque de nanardise… Mais quelle erreur ! Ce mondo stupéfiant de connerie est à mourir de rire du début à la fin ; cela faisait vraiment longtemps que je ne m’étais pas autant marré, et ce n’était pourtant que le premier film de la soirée, et celui dont j’attendais le moins… Mais avec le recul, j’en viens à me demander si ce n’était pas carrément le meilleur ?

 

Pourtant, il y avait du lourd pour la suite : une programmation de toute beauté, vous dis-je. Hommage oblige, il fallait diffuser cette année un film de Jean Rollin. Et, Nanarland oblige, ce ne pouvait être que le cultissime Le Lac des morts-vivants (hop, la chronique de Nanarland), signé J.A. Lazer, production Eurociné (gage de qualité) commencée par Jess Franco qui, lui-même, trouvait que non, là, y’avait abus, quand même. C’est dire le niveau. Un film au rythme éminemment rollinien (du coup bien placé dans la soirée, plus tard ç’aurait été plus dur), mais riche en pépites nanardes : grotesque du, euh, « scénario », amateurisme hallucinant de la quasi-intégralité du casting (Howard Vernon étant un cas à part, mais, bon…) sans parler des figurants, maquillage douteux et probablement pas waterproof, femmes à poil pour un oui pour un non, doublage magnifique… D’ailleurs, sans surprise, la terre a tremblé lors de l’inévitable : « Promizoulin, finissons-en ! » Un grand moment de nanardise, pour un film assurément mauvais mais tout aussi certainement sympathique.

 

Plus de tonus pour le troisième film, Les Barbarians de Ruggero Deodato (hop), un réalisateur qui n’est pas toujours mauvais, puisqu’il a fait Cannibal Holocaust… ce qui ne l’empêche pas d’être à l’affiche de la Nuit Excentrique pour la deuxième fois avec cet affligeant sous-Conan le barbare produit par la Cannon (re-gage de qualité) et scénarisé par un certain James R. Silke que je suppose être l’auteur avec Frank Frazetta du Death Dealer (ce qui ne fait pas très envie, du coup…). Un « scénario » qu’on évacuera d’ailleurs très vite, mélangeant plagiat outrancier de La Référence et gamineries sans nom. C’est grotesque, mais là n’est pas vraiment le problème. La réalisation, quant à elle, est plutôt correcte. Bon, les effets spéciaux, c’est une autre histoire, il y a bien un peu de craignos monster… Mais c’est surtout « l’interprétation » qui fait toute la saveur de cette petite perle : Michael Berryman qui cabotine comme un taré, certes, mais surtout les frères Paul, jumeaux culturistes parfaits dans leur rôle de tas de muscles mongoliens. Il faut dire que, à en croire les rumeurs, c’était pour eux tout sauf un rôle de composition… Difficile, du coup, de se retenir d’exploser de rire devant leurs innombrables conneries ponctuées de beuglements repris en chœur par une assistance aux anges : « BWEEEEEEEEEEEEEEUUUUUUUUUUUUUUUUUUH !!! » Mais je dois avouer que je m’interroge sur la réelle portée nanarde de la bête : entendons-nous bien, c’est très très TRÈS drôle, et j’étais pété en deux du début à la fin (enfin, pas tout à fait au début, c’est surtout quand les frères Paul arrivent à l’écran que le spectacle commence vraiment) ; mais on ne m’ôtera pas de l’idée que, du moins de la part de Deodato – c’est plus ou moins ce qu’il prétend, en tout cas –, il y avait une bonne part de « volontaire » là-dedans, imposé par la stupéfiante bêtise des frères Paul et de leurs personnages. Du coup, en maintes occasions, le film ressemble plus à une comédie parodiant Conan le barbare et compagnie qu’à un véritable film de « conansploitation », si j’ose employer ce terme… barbare (aha). Quoi qu’il en soit, à la fin de la séance, j’avais mal aux côtes tellement j’avais ri et beuglé. Un vrai bonheur, enthousiasmant et communicatif.

 

Et il fallait bien une ninjaterie pour finir : ce fut donc (inévitablement ou presque) un 2 en 1 (hop), à savoir Clash Of The Ninjas aka Clash Commando, attribué sur le programme à Godfrey Ho, mais à tort semble-t-il. Serait-ce donc Thomas Tang qui se cacherait derrière l’énigmatique Wallace Chan ? Je vous laisse voir sur Nanarland tous les complexes enjeux du problème (« hors de portée de mon atteinte »). Quoi qu’il en soit, ce spécimen un peu particulier de 2 en 1 (dans la mesure où il semblerait que des acteurs du film « caviardé » aient joué dans la partie « gweilo » pour faire le raccord, enfin, autant que possible…) s’est révélé de très grande qualité nanarde, et figure désormais parmi mes films de ninjas préférés, aux côtés du superbe Black Ninja dont je vous avais déjà parlé en ces lieux interlopes. Le « scénario » est aussi incompréhensible que d’habitude, mais peu importe : c’est un festival de scènes stupides et de doublages foireux (ah, Henry – Louis Roth – et son si diélieucat euccent bwitteunique, « tyouez ceys deux zigowtows ») et, évidemment, de ninjateries crétines, avec moult bombinettes à fumée, et un combat final d’anthologie. Noter la performance en « héros » de Paulo Torcha, vague « sosie » de Stallone, avec doublage à l’avenant. Une très bonne note pour finir.

 

Mais la Nuit Excentrique, ce n’est pas « que » quatre films (projetés dans une ambiance de dingues, ça hurle et ça explose de rire de partout, et ça fait plaisir). C’est aussi la projection d’extraits de films (j’ai été particulièrement marqué par le générique de Parole de flic avec Delon), de très nombreuses bandes-annonces (avec en guise d’inauguration un mémorable Scratch, mais aussi bon nombre d’autres invraisemblances filmiques, jusqu’à la clôture, qui se fait traditionnellement sur les bandes-annonces « coquines » – en l’occurrence, ici, je crois que La Comtesse est une pute nous a tous achevés…) et de magnifiques « cuts excentriques » montés par les Nanarlandais, sur lesquels il y aurait tant et tant à dire… Je me contenterai de noter ici que le cinéma indien est décidément le plus décomplexé du monde (et que cela est bon), et que j’y ai appris l’existence d’une version marocaine de L’Exorciste qui a l’air de valoir son pesant de couscous. La Nuit Excentrique, ce fut aussi des quizz, à base de titres de films improbables ou de répliques cultes, d’affiches africaines de toute beauté et d’extraits vidéos à regarder attentivement… ou à interpréter.

 

 Bref, ce fut exceptionnel. En gros douze heures de pur plaisir nanar, dans une ambiance géniale. Je sais pas vous, mais moi, l’an prochain, j’y retourne.

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"HPL 2007", de Christophe Thill (dir.)

Publié le par Nébal

 

THILL (Christophe) (dir.), HPL 2007. 22 nouvelles fantastiques en hommage à H.P. Lovecraft, Noisy le Sec, Malpertuis, coll. Lovecraftiana, [2004-2007] 2009, 309 p.

 

Howard Phillips Lovecraft fut sans conteste le plus grand écrivain d’horreur du XXe siècle.

 

Là, c’est dit.

 

(Bonjour le lieu commun.)

 

Préférons ce terme « d’horreur » à tout autre, ça nous évitera des débats stériles. Mais notons ceci : si Lovecraft a révolutionné le genre, c’est en en développant des aspects tellement personnels et en même temps tellement codifiés que la citation, irrésistible, ne peut être qu’explicite. Devant tel ou tel texte d’horreur, on aura envie de dire : « C’est du Lovecraft. ». Mais, souvent, l’auteur même nous y incitera en employant, non seulement les codes et thèmes du Maître de Providence, mais jusqu’à ses propres références… ou son vocabulaire, comme en clin d’œil.

 

Il y a tout un art du pastiche lovecraftien, qui s’est développé du vivant même de Lovecraft (je ne vous ferai pas l’insulte de citer des noms…). Mais, justement, c’est un art. Beaucoup s’y sont essayés, et nombreux (presque autant ?) s’y sont cassés les dents. Il n’est, pour s’en rendre compte, que de parcourir les plus « officielles » de ces compilations de pastiches, les « Légendes du Mythe de Cthulhu » rassemblées par August Derleth : déjà, des fois, ça ne tient franchement pas la comparaison. Alors a fortiori ce qui a été fait par la suite…

 

C’est qu’il y a un piège, dans le genre lovecraftien. Disons-le tout net : Lovecraft (que j’adule, pour ceux qui en douteraient) fait généralement dans le grotesque, dans tous les sens du terme, et ses textes se caractérisent par l’excès permanent. Aussi est-on généralement, jusque voire surtout dans ses meilleurs textes, sur une mince ligne de crête qui sépare le sublime du ridicule : un pas de côté et tout se pète la gueule. Pour que ses textes fonctionnent dans de pareilles conditions, Lovecraft devait déployer un remarquable sens de l’architecture et de la narration, et user, y’a pas d’autre mot, d’un style, avec une maestria certaine.

 

Ce que nombre de ses imitateurs semblent s’acharner à ne pas comprendre. Comme si c’était « simple » de « faire du Lovecraft »… Allez, hop, un monstre répugnant ici, un grimoire impie là, on case aussi souvent que possible « indicible » et « cyclopéen » pour la bonne bouche, et TA-DAA ! c’est du Lovecraft.

 

Ben non.

 

C’est du Canada Dry.

 

Howard Phillips Lovecraft est mort d’un cancer en 1937. Pour commémorer les soixante-dix ans de son décès, l’idée fut lancée de réunir une anthologie de nouvelles lovecraftiennes francophones, ce qui déboucha sur cet HPL 2007 sous la direction de Christophe Thill, publié par Malpertuis… dans la collection « Lovecraftiana » (ou « Lovecratiana », ça dépend si on se fie à la première ou à la quatrième de couv’ ; quoi qu’il en soit, ça fait un peu porno tentaculaire, non ?). On nous dit que ce recueil démontre « que la jeune fiction lovecraftienne francophone existe, et qu’elle est même en pleine forme ». Moi, je ne demandais qu’à être convaincu, hein.

 

Grand naïf que je suis…

 

On nous dit aussi que ces 22 (tout de même) nouvelles ont été « sélectionnées ». Et ça, j’ai du mal à le croire. Parce qu’il faut bien reconnaître que cet HPL 2007 contient tout et n’importe quoi, mais quand même essentiellement de la merde.

 

Commençons par le bon, ça ira plus vite.

 

Un texte, un auteur, dominent les autres d’une bonne tête, voire deux, voire d’un corps entier : Léo Henry, avec « En mémoire d’un ami pnakotique » (pp. 227-238). On n’y aborde pourtant la thématique lovecraftienne que par la marge (d’aucuns hurleraient sans doute à l’escroquerie), mais voilà : c’est original, c’est beau, c’est profond (sans mauvais jeu de mot), c’est très bon. C’est du Léo Henry.

 

On trouve ensuite une catégorie plus ou moins floue allant du « médiocre plus, parce qu’au fond je suis gentil » au « correct, voire bon, parce que je suis gentil, donc ». Dans l’ordre : Timothée Rey, avec « La Providence du reclus » (pp. 17-32) nous livre un pastiche correct, qui fait plus sourire que frémir, mais qui fonctionne, c’est déjà ça (j’ai longtemps trouvé que c’était le seul texte de l’anthologie méritant le qualificatif de « bon »). Nicolas Chapperon, dans « Klèsin » (pp. 196-204) fait dans le court et classique, mais ça marche. Sébastien Castelbou, avec « L’Envers du miroir » (pp. 205-210), est à la limite du hors-sujet, mais après avoir vanté Léo Henry, je peux difficilement le lui reprocher ; assez touchant. Karim Berrouka figure également dans cette liste pour « Soleil noir » (pp. 239-255), un texte assez classique à nouveau, mais pas trop mal ficelé. Reste enfin Simon Sanahujas pour « L’Ère humaine » (pp. 287-296), texte à la fois très personnel et imprégné (sans surprise) de réminiscences howardiennes.

 

 

Bon, je vais faire une catégorie « médiocre moins » à « simplement mauvais », on va dire que c’est les « repêches ». Adonc, commençons par Meddy Ligner, avec « Manuscrit trouvé dans une malle d’Estrémadure » (pp. 33-47) ; ça expérimente maladroitement, c’est plutôt lourd, mais ça en reste au stade du médiocre. Christian Perrot, dans « Secrets de famille » (pp. 65-75) use d’un style très médiocre, justement, mais ça reste lisible… « Le Puits » (pp. 103-119) d’Adam Joffrain est classique et atrocement téléphoné, mais on va dire que par rapport au reste… Un cas-limite avec « De feu et d’acier » (pp. 121-140) de Ghislain Morel : c’est écrit avec les tentacules et un peu maladroit, mais il y a de temps à autre une ambiance plutôt correcte. Franck Ferric, avec « Les Pas du golem » (pp. 141-153) fait dans le vainement grandiloquent (mais il y a pire, voyez plus bas) et plutôt maladroit… Reste « Le Dernier Jour du monde » (pp. 297-301) de Bertrand Bouton, texte plutôt inutile et qui ne respecte pas la doxa lovecraftienne (hérétique !) ; mais bon, pourquoi pas…

 

 

Et maintenant ne reste plus que la grosse bouse. Soit près de la moitié des textes de l’anthologie, tout de même, c’est dire le niveau. On commence avec Li-Cam pour « Maudite Providence » (pp. 5-16), qui ouvre le recueil en fanfare. On lui reconnaîtra une certaine honnêteté (p. 10 ; Lovecraft est le narrateur) :

 

« […] j’ai perdu mon habilité à écrire, pour preuve le style « navrant », sans emphase, sans caractère, que je me vois contraint d’utiliser pour vous livrer ce témoignage. Vous m’en voyez désolé. »

 

Cela aurait presque pu lui valoir l’indulgence du jury. Sauf que non… Parce que comment peut-on prendre au sérieux un texte « lovecraftien », texte « d’introduction » qui plus est, qui contient ça (p. 16) :

 

« Je suis désormais LOVECRAFT le bien nommé, expurgé de mes travers, et j’appelle mon compagnon HATECRAFT, l’indicible abomination. »

 

Franchement ? Style nul, histoire risible, fond ridicule : à chier. Un cas spécial, ensuite, avec « Horreur au Ward Institute » (pp. 49-64) d’Éric Pouthé. Bon, dans tous les cas, c’est nul. Mais voilà : c’est un texte atrocement (j’assume le terme ; pourtant, je suis loin d’être bégueule en temps normal) pulp, au style ampoulé à l’extrême, et d’un ridicule achevé. D’où, j’espère que c’est une blague (auquel cas elle est ratée, mais bon, OK). Sinon, c’est grave : le monsieur, qui a visiblement raté son jet de SAN, ferait bien de séjourner quelque temps dans l’institution qu’il décrit dans sa m… nouvelle. On passera vite sur « La Pendule » (pp. 77-91) de Cyril Castelbou, qui n’est jamais qu’une rédaction de collégien. On ne s’attardera pas davantage sur « La Goulue » (pp. 93-101) de Vanessa Lamazère, texte ampoulé au possible (bis) et d’une maladresse rare. Jean-Michel Calvez, avec « Liquid moon » (pp. 155-172) livre un texte écrit avec les pseudopodes, mais alors vraiment à vomir (là-dedans, s’il vous plait). Marija Nielsen décroche le jackpot avec « Re-Animator revisited » (pp. 173-181), nouvelle lourde, mal écrite, mal construite, ridicule, j’en passe et des pires… Suit « L’Invasion » (pp. 183-196) de Sébastien Tomassini, un autre texte « honnête », le narrateur se disant (p. 185) « obsédé par des rêves de grandeur littéraire que – je le crains – mon maigre talent ne me permettra pas de conquérir ». S’il faut en juger par le style atroce et ridicule de cette histoire de goules, c’est en effet probable. Remarquez, il y a de la concurrence : tenez, Sébastien Soubré-Lanabère, par exemple, lequel, avec « Rien de plus beau au monde » (pp. 211-225), pose pour sa part son narrateur en écrivain fantastique renommé (p. 214), ce qui ne l’empêche pas d’adopter un style pourri à un point difficilement imaginable et de balancer de « l’indicible » toutes les trois pages. Ridicule. Un de mes chouchous, ensuite : « La Cité indicible » (justement ; pp. 257-267) de François Fierobe. L’approche sword’n’sorcery, vaguement « Contrées du Rêve », aurait pu être intéressante, elle est en tout cas originale… mais c’est sans compter sur un style lourd au possible, saturé de tics, à tel point que ça en devient une caricature : j’ai compté, sur les neuf pages de la nouvelle, quatre fois « indicible » (titre inclus), trois fois « cyclopéen » et trois fois « géométries étranges » ; je vous épargne les variantes… Et de conclure sur un autre « cas », avec Pierre de Beauvillé pour « R’lyeh » (pp. 269-285 ; un point pour l’originalité du titre) : ça commence comme un thriller ésotérique d’une connerie abyssale, ça se prolonge dans la connerie abyssale. Là encore, j’espère que c’est une blague… mais elle n’est pas drôle.

 

Bref : ne commettez pas mon erreur, n’achetez pas cette merde. Parce que bon : d’accord, Lovecraft était un salaud ; mais quand même : il ne méritait pas ça.

 

Personne ne mérite ça.

CITRIQ

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