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"Cthulhu : Aventures extraordinaires"

Publié le par Nébal

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Cthulhu : Aventures extraordinaires

 

NB : Il s’agit là d’un compte rendu de lecture, et non d’un test. En outre, mais faut-il le préciser, ce compte rendu s’adresse aux MJ, dans la mesure où il contient des spoilers…

 

Aventures extraordinaires est un supplément pour Cthulhu « système Gumshoe » (Trail Of Cthulhu) écrit par Robin D. Laws et proposant sur 68 pages quatre scénarios d’inspiration pulp. On passera rapidement sur la laideur indicible de la couverture – à l’intérieur, ça va, par contre – et sur la qualité déplorable de la traduction et de l’édition (hélas une constante de la gamme) pour se plonger directement dans le vif du sujet.

 

Commençons donc avec « Les Dévoreurs dans la brume ». Il s’agit d’un hommage aux « aventures dans la jungle » typiques d’une certaine forme de pulps, et démarrant sur un bon vieux naufrage des familles, ce qui permet de l’insérer relativement facilement dans une campagne internationale – par exemple en prélude au scénario suivant, qui se déroule à Shanghai –, même s’il semble a priori plutôt conçu pour être joué en convention : il est en effet fort court… Mais ce n’est pas là son principal problème (si tant est que cela en soit un) ; non, ce qui me gêne un peu dans ce scénario, à vue de nez, c’est qu’il me semble demander un investissement énorme de la part tant du MJ que des joueurs pour instaurer une ambiance correcte, dans la mesure où une bonne partie de son efficacité repose sur son aspect « survivaliste » : les joueurs vont devoir passer du temps à trouver de l’eau, de la nourriture, etc. Le tout est d’arriver à rendre cela vivant et intéressant, ce qui ne me paraît pas si évident que cela à vue de nez… Mais, si l’on y parvient, je pense que l’on peut effectivement aboutir à quelque chose de pertinent. Je regretterai cependant également pour ma part la place importante accordée par l’auteur aux tests en tout genre, qui me paraît un peu contradictoire avec l’essence même du système « Gumshoe »… Pour le reste, c’est très classique, et finalement assez bourrin, même si pas excessivement dirigiste. Une bonne idée en passant : la référence au triste et mystérieux sort d’Amelia Earhart. On notera l’apparition d’une nouvelle créature, le Dévoreur, d’une nouvelle entité du Mythe, Abholos (mais elle n’est pas supposée survivre au scénario…), ainsi que d’une nouvelle profession, le Charlatan (il y a en effet en fin de scénario des personnages pré-tirés, justement prévus pour le jeu en convention). Moyennement convaincant, donc.

 

« Des balles sifflent sur Shanghai » mêle intrigue policière un tantinet hard-boiled (on ne manquera pas de penser au Faucon maltais) et espionnage, dans le cadre interlope et ô combien fascinant du Shanghai des années 1930, encore sous la domination des Nationalistes, mais plus pour très longtemps, la guerre sino-japonaise se profilant à l’horizon. Les investigateurs doivent mettre la main sur un puissant et dangereux artefact, le Miroir-étoile, et le mettre en lieu sûr. Si le début de l’enquête est un peu linéaire (sans excès, toutefois), le scénario devient au fur et à mesure de plus en plus libre… jusqu’à une conclusion pour laquelle l’auteur laisse le champ libre à l’improvisation totale, ce qui me paraît un peu limite comme procédé pour un scénario acheté. Reste que l’histoire est assez intéressante, riche à foison en personnages hauts en couleurs, et que le cadre du « Paris de l’Orient » est superbe ; il devrait donc y avoir là de quoi offrir aux joueurs quelques agréables heures de jeu.

 

« La Mort a le dernier mot » mêle intrigue lovecraftienne et pulp super-héroïque à la The Shadow (ou préfigurant en quelque sorte Batman). C’est à nouveau une enquête policière (en principe new-yorkaise, cette fois, mais ça s’adapte) : les PJ doivent déterminer les raisons de la mort mystérieuse d’un riche philanthrope qui se révèle avoir été un justicier masqué. Or, comprendre que cette mort est en fait un suicide n’est a priori pas bien compliqué (dès la première scène, à vrai dire…) ; en saisir les tenants et les aboutissants, par contre, c’est une autre paire de manches… Et c’est ici que le Mythe intervient, avec une palanquée de Tcho-Tchos et une conclusion joliment atroce. Problème : le scénario, cette fois tout sauf dirigiste et c’est tant mieux, me semble cependant assez mal branlé ; le MJ va avoir du boulot pour en faire quelque chose de convaincant, et instaurer judicieusement du liant entre les scènes, sans quoi les investigateurs risquent vite, soit de tourner en rond, soit d’être trop maladroitement guidés… On peut également trouver, quand bien même l’horreur est de la partie, que le Mythe est un peu trop secondaire pour une partie de Cthulhu… Assez moyen, donc. Je noterai cependant une bonne idée pour la fin : la possibilité, en fonction des actions des PJ, pour l’un d’entre eux d’endosser à son tour le rôle de justicier masqué ; et une très mauvaise, absurde même à mes yeux (mais relevant de l’esprit pulp, certes) : la possibilité de regagner des points de santé mentale : PAS QUESTION !

 

Le recueil s’achève enfin avec « La Dimension Y » et son atmosphère de science-fiction pulp ; rien d’étonnant, dès lors, à ce que ce soit le plus classique de ces quatre scénarios. Mais c’est aussi probablement le plus efficace : cette course contre la montre regorge d’éléments horrifiques, la tension est bien maîtrisée, l’enquête complexe car regorgeant de fausses pistes, et les personnages sont intéressants ; enfin, le Mythe y intervient cette fois de manière vraiment radicale, avec rien de moins qu’Azathoth et ses Flûtistes… Une réussite.

 

 Il n’en reste pas moins que le bilan est assez mitigé : deux bons scénarios, deux autres plutôt moyens… pour 21 € tout de même. Autant dire qu’on ne fera pas de ces Aventures extraordinaires un supplément indispensable, à moins d’être fan à tout crin de l’approche pulp de Cthulhu « système Gumshoe ».

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"La Brigade chimérique : L'Encyclopédie - le jeu" + "L'Ecran de jeu et son livret"

Publié le par Nébal

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La Brigade chimérique : L’Encyclopédie – le jeu

 La Brigade chimérique : L’Écran de jeu et son livret (Héros, super-vilains & chefs d’État)

 

 NB : Il s’agit là d’un compte rendu de lecture, et non d’un test : je n’ai pas eu l’occasion de jouer à ce jeu de rôle, que ce soit en tant que personnage ou en tant que meneur de jeu. J’aimerais bien que ça arrive, mais, en montant à la Kapitale, j’ai perdu mes joueurs (ouep, d’habitude, j’étais plutôt MJ)… Cette précision, du coup, vaudra sans doute pour la plupart des comptes rendus de jeux de rôle que je ferai ultérieurement sur ce blog – d’autres sont d’ores et déjà prévus –, et j’en suis le premier désolé…

 

Que vous ayez fréquenté ce blog interlope ou non, vous avez probablement entendu parler de La Brigade chimérique, chouette bande-dessinée de Serge Lehman, Fabrice Colin, Gess et Céline Bessonneau nous narrant le (triste) sort des super-héros européens de l’entre-deux-guerres. Je ne sais pas si ce « comic-book français » a connu le succès commercial (je maintiens qu’il y avait un fâcheux problème de format et de coût), mais son succès d’estime, au moins, ne saurait faire de doute. En témoigne assurément ce dont je vais vous causer aujourd’hui.

 

En effet, d’aucuns se sont tellement pris de passion pour cet univers et ces personnages qu’ils ont décidé d’en faire un jeu de rôle (d’aucuns, en l’occurrence, ce sont, sous la direction de Romain d’Huissier, Willy Favre, Laurent Devernay, Julien Heylbroeck et Stéphane Treille). Et on les comprend, car La Brigade chimérique fournit un cadre à la fois assez cohérent et assez souple pour créer de nouvelles aventures hautes en couleurs, riches de personnages plus fascinants les uns que les autres, empruntés au roman scientifique de la première moitié du xxe siècle ou inspirés de son esprit. D’où ce projet, peut-être un peu dingue là encore sur le plan commercial – je ne sais pas du tout si le jeu édité par Sans-Détour a rencontré son public, et du coup (ce qui m’inquiète davantage) s’il y aura une gamme conséquente par la suite –, mais pour le moins séduisant.

 

Et d’autant plus séduisant qu’il s’est agi – là encore, pari risqué de la part des auteurs, mais pourquoi pas après tout – de séduire deux publics, qui peuvent certes se rencontrer, le font sans doute assez souvent, mais ne se recoupent pas nécessairement : d’une part les rôlistes, et d’autre part les lecteurs de la BD, et plus généralement sans doute de SF et de comics. D’où la forme un peu (mais juste un peu) particulière adoptée par le « livre de base » de ce jeu de rôle, qui justifie son double titre : L’Encyclopédie – le jeu. Il s’agit en effet dans un premier temps de détailler et, par bien des aspects, enrichir encore – avec l’aval des auteurs, il est important de le souligner – l’univers de la bande-dessinée, et dans un second temps seulement de fournir aux lecteurs qui le souhaitent les règles leur permettant d’incarner à leur tour des surhommes de l’ère du radium, les deux parties étant de taille approximativement comparable (l'encyclopédie déborde un peu). Le tout, précision qui s’impose, constituant un très bel ouvrage de 250 pages abondamment illustré (par Gess et Willy Favre), et en couleurs s’il vous plait.

 

Commençons donc par envisager l’encyclopédie chimérique. Celle-ci se compose de quatre chapitres de taille très variable. Le premier concerne « l’histoire chimérique » : il s’agit tout simplement d’une chronologie, commençant vaguement en 1850 pour s’achever avec la BD en 1939, notant les faits significatifs de l’ère du radium, qu’ils aient été décrits dans la BD (qui se voit ainsi résumée et synthétisée) ou pas. J’avoue n’avoir guère été convaincu par cette partie, qui m’a paru un peu trop lapidaire pour convaincre… Il en va de même du « traité de géopolitique superscientifique » qui suit, là encore assez bref, et qui, en prolongement direct du chapitre précédent, confronte l’Histoire avec la bande-dessinée. Disons que l’on n’y apprend finalement pas encore grand-chose, dès l’instant que l’on a lu la BD et que l’on a quelques notions d’histoire. Ces deux chapitres me paraissent donc clairement destinés à ceux qui n’ont pas lu la BD – des rôlistes, supposera-t-on –, mais j’avoue être sceptique quant à l’existence d’un public désireux de se lancer dans cette aventure sans avoir lu auparavant La Brigade chimérique

 

Le troisième chapitre est déjà bien plus intéressant : « Hypermonde et superscience » sont en effet des notions essentielles de la bande-dessinée, mais pas forcément limpides pour autant. Cette mise à plat se révèle salutaire, et permet une meilleure compréhension des événements décrits dans la BD (notamment de sa conclusion). Et, déjà, commencent à fourmiller, au fil des pages, quelques idées de scénarios inspirés par ces deux notions…

 

Mais le plus gros de l’encyclopédie – et, heureusement, le plus convaincant, et même tout à fait passionnant – réside dans le chapitre 4, « les cités européennes », d’environ 80 pages à lui seul. En décrivant le monde de La Brigade chimérique, les auteurs mitraillent ici le meneur de jeu potentiel d’idées de scénarios : chaque page fournit au moins une piste, généralement davantage. Et, à la lecture, c’est un régal (du moins pour ceux qui, comme moi, aiment les descriptions d’univers, bien sûr…). Le plus gros de ce chapitre est consacré à Paris, abondamment détaillé, presque arrondissement par arrondissement, sous sa face lumineuse comme sous sa face cachée (descriptions et caractéristiques des surhommes parisiens sont également à l’affiche, ce qui introduit en douceur les premiers points « techniques » de ce livre). Suivent des développements plus brefs concernant Londres, Berlin et Metropolis, Rome, l’Espagne, Moscou, et quelques autres encore. La BD se trouve ici considérablement enrichie et précisée, mais les auteurs ont su en respecter l’esprit dans le moindre de leurs apports. Le résultat est plus que satisfaisant et se lit tout seul.

 

Nous passons ensuite à la deuxième partie, le jeu. Classiquement, nous commençons par « créer un surhomme ». Rien de très original dans ce premier chapitre, mais le système de création de personnage est à vue de nez assez simple et en même temps riche de possibilités. Mais celles qui intéressent le plus le joueur, bien évidemment, ce sont les pouvoirs des surhommes, qui se voient consacrer un long chapitre. La présentation est simple et le système astucieux, qui permet de véritablement créer des pouvoirs et non de se contenter de piocher dans une liste préétablie ; à partir de là, tout est possible, et c’est tant mieux. Et étrangement, cette « table de classification des capacités surhumaines du professeur Holweck » n’est même pas vraiment rébarbative à la lecture, comme trop souvent les passages consacrés à ce genre d’attributs dans les livres de jeux de rôle, tant le lecteur jubile d’ores et déjà à concevoir des concepts de personnages multiples et variés.

 

Suivent « les règles de l’hypermonde ». Le jeu se joue avec des D6 on ne peut plus classiques. Le système de règles repose sur des bases a priori très simples, avec les grands classiques du genre : test simple (attribut + profil, attribut doublé…), test en opposition, test prolongé… Le joueur additionne ses caractéristiques requises au résultat de 3D6 (normalement), et le meneur de jeu compare à la difficulté qu’il avait établie ; la marge de succès ou d’échec influe sur les conséquences du test, marge qui peut être modifiée par un dé spécial appelé « dé chimérique ». Suivent, bien évidemment, les règles consacrées aux combats, qui reposent sur des tests en opposition : à vue de nez, je pense que cela doit donner des batailles dynamiques et enthousiasmantes, où on ne se paume pas pendant 107 ans dans d’innombrables tableaux, sans restreindre pour autant les possibilités de jeu. En somme, un système de jeu souple et efficace, en apparence tout du moins, qui devrait convenir tant aux rôlistes confirmés qu’aux débutants attirés par la BD.

 

On passera très vite sur le bref chapitre 4, « Arpenter l’univers de la Brigade chimérique », qui se contente classiquement de donner des conseils au MJ pour élaborer ses parties – chapitre qui n’intéressera vraisemblablement, et encore, que les débutants, et qui se contente d’enfoncer des portes ouvertes pour les autres.

 

Reste enfin un scénario, intitulé « La Dernière Guerre ». En trois épisodes, il s’agit ici semble-t-il de préparer le terrain à une campagne ultérieure (gamme ?). On sent en tout cas que ce scénario est – à la base, mais il est bien évidemment toujours possible de l’adapter – prévu pour des joueurs débutants. Un peu trop à mon goût, pour dire le vrai… Le premier épisode est en effet extrêmement dirigiste, sans qu’il y ait véritablement d’enjeu. Le deuxième épisode repose sur une enquête policière, ce qui devrait en principe autoriser davantage de libertés, mais m’a donné l’impression d’être trop simple. Je n’ai finalement été convaincu – encore qu’il y aurait à redire, mais je ne vais pas rentrer dans les détails – que par le troisième épisode, encore un peu trop dirigiste, mais offrant dans l’ensemble un habile mélange de diplomatie et d’action trépidante pour ne pas dire apocalyptique. Mais il suffit sans doute d’un peu de bonne volonté de la part du MJ et des joueurs pour faire de ce premier scénario une aventure tout à fait palpitante.

 

En annexes, on trouvera des personnages clés en main pour les joueurs pressés (je n’ai jamais adhéré à cette pratique… On peut par contre y voir des PNJ éventuellement utiles, surtout si le groupe de joueurs est assez restreint), puis une brève « bibliographie des chasseurs de chimères », sélection de romans scientifiques établie par Serge Lehman.

 

Quelques mots pour finir sur le premier (et pour l’instant le seul – je ne compte pas le matériel téléchargeable ici) supplément de ce jeu de rôle, l’inévitable écran et son livret de jeu. L’écran, illustré par Gess, est un peu terne à mon goût, mais peu importe ; il a pour lui d’être rigide (merci !) et bien élaboré (cinq sections sur trois panneaux : les personnages, les actions, les réserves, les dommages et les soins, les armes et les protections). Il est accompagné d’un livret de 20 pages en couleurs, Héros, super-vilains et chefs d’État, présentant dix nouveaux héros, cinq super-vilains et trois chefs d’État (Archigos le Grec, Jack-o’-Lantern l’Irlandais et Ukko le Finlandais). Personnellement, je crois que j’aurais préféré un scénario ou un cadre de jeu, m’enfin bon… Il y a après tout quelques idées de scénarios qui émergent de ces présentations de personnages (notamment, sans surprise, celles qui concernent les chefs d’État).

 

Ajoutons pour la bonne bouche que le travail des éditions Sans-Détour est des plus corrects sur ces deux produits : agréables à l’œil, d’une lecture aisée, ils sont dans l’ensemble bien rédigés et peu « coquillés », ce qui est loin d’être toujours le cas…

 

 

 Bon, j’ai envie de relire la BD et de jouer, moi.

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"The Illustrated Man and other short stories / L'Homme Illustré et autres nouvelles", de Ray Bradbury

Publié le par Nébal

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BRADBURY (Ray), The Illustrated Man and other short stories / L’Homme Illustré et autres nouvelles, traduit de l’américain par Constantin Andronikov et Brigitte Mariot, préface de Thomas Day, Paris, Gallimard, coll. Folio Bilingue, [1951, 2002] 2011, 169 p. + [8] p. de pl.

 

Je dois confesser à ma grande honte n’avoir que très peu lu Ray Bradbury. Quasiment pas, à vrai dire : les Chroniques martiennes et Celui qui attend quand j’étais ado (je n’ai aucun souvenir ni de l’un ni de l’autre ; ça fait d’ailleurs longtemps que je me dis qu’il faudrait que je relise le premier, classique entre les classiques, tout de même) et plus récemment l’indispensable Fahrenheit 451 en anglais. Et c’est tout.

 

La parution dans la collection « Folio Bilingue » de ce petit volume m’a donc offert l’occasion de redécouvrir un brin l’auteur. Mais une précision s’impose d’emblée : sous ce titre de The Illustrated Man and other short stories / L’Homme Illustré et autres nouvelles, le lecteur ne trouvera pas l’ensemble du (célèbre) fix-up qu’est L’Homme Illustré, loin de là. Il ne s’agit que d’une très brève sélection de quatre nouvelles dont un prologue, « simplement » destinée à faire la rencontre avec l’auteur et son œuvre dans sa langue.

 

Je dois dire que j’ai même eu l’impression renforcée d’un ouvrage à vocation, disons, « pédagogique », par le choix des textes originaux et leur ordre, la langue très simple des deux premiers textes devenant plus riche et un brin plus complexe (tout en restant très abordable) dans les deux suivants ; mais peut-être n’est-ce qu’une impression… De toute façon, le texte français en parallèle offre une béquille bienvenue au cas où surviendrait la moindre difficulté, ce qui est bien après tout l’optique de ce genre de petits volumes, dont l’usage « scolaire » paraît couler de source (ce qui justifie sans doute la brièveté du recueil – néanmoins frustrante).

 

L’Homme Illustré est donc à la base un fix-up publié en 1951, le troisième ouvrage de l’auteur (juste après, notons-le, les Chroniques martiennes ; on pourra de même noter, tant qu’on y est, qu’il a été « adapté » au cinéma, pour un résultat semble-t-il passablement médiocre). Le caractère artificiel du lien entre les nouvelles saute très vite aux yeux, dès le prétexte (dans tous les sens du terme) que constitue « Prologue: The Illustrated Man / Prologue : L’Homme Illustré » (pp. 21-39). Nous y faisons la rencontre d’un homme mystérieux, abordant un voyageur « par un après-midi chaud de début septembre », et dont le corps entier est tatoué. Ou, plus exactement, illustré, tant l’œuvre qui recouvre sa peau sort de l’ordinaire. Cet Homme Illustré prétend avoir été tatoué ainsi par une sorcière, qu’il entend retrouver et tuer ; et il affirme que ses tatouages, changeants, racontent des histoires, et pas n’importe lesquelles : elles prédisent le futur… Le voyageur se perd dans la contemplation des tatouages, et nous entraîne avec lui dans le recueil.

 

Seules trois histoires du texte original ont donc été conservées ici, trois nouvelles entre science-fiction et fantastique, fort différentes les unes des autres. Nous commençons avec « Kaleidoscope / Kaléidoscope » (pp. 41-73), et je dois avouer avoir été soufflé par ce texte de science-fiction horrifique reposant sur une idée pourtant très simple (mais c’est après tout généralement le cas des meilleurs textes de SF, non ?) : une fusée explose en plein espace, son équipage se retrouve propulsé dans le vide ; les hommes, en scaphandre, mais qui n’ont pas eu le temps de prendre leur équipement de survie, sont voués à une mort certaine, tandis que l’un se dirige vers la Lune ou l’autre vers la Terre. Et ils se parlent, ne pouvant rien faire d’autre ; ils gémissent, s’insultent, se souviennent… Un horrible cauchemar, exprimé de manière très simple, mais d’une efficacité redoutable.

 

Suit une nouvelle plus ambitieuse en apparence, et passablement déstabilisante, puisque, avec « The Exiles / Les Bannis » (pp. 75-123), nous oscillons en permanence entre science-fiction et fantastique. Difficile d’en parler sans trop en dire… On se contentera donc de poser que la nouvelle, qui prend prétexte de la première expédition humaine à destination de la planète Mars, se trouve être en définitive un hommage aux grands noms de la littérature fantastique anglo-saxonne, étonnant mais réussi. On notera également au passage que ce texte préfigure en partie Fahrenheit 451, puisque nous y trouvons déjà des brûleurs de livres…

 

Et le recueil de s’achever (déjà !) avec « The Illustrated Man / L’Homme Illustré » (pp. 125-169), nouvelle passablement contradictoire avec le prologue envisagé plus haut, ce qui ne fait que ressortir davantage encore le caractère artificiel du fix-up (mais peu importe, a fortiori dans cette version abrégée). Nous assistons cette fois au tatouage de l’Homme Illustré, un employé de cirque obèse qui n’a pas d’autre choix que de devenir un freak s’il entend conserver son job ; mais le tatouage – prédisant le futur ? – aura très vite des conséquences perverses… Un beau texte, assez poignant.

 

 Au final, ce petit recueil, avec ce qu’il a de frustrant, remplit donc parfaitement son objectif : introduction judicieuse à l’auteur dans sa langue, il séduit et donne envie d’en lire plus. Je lirai sans doute un de ces jours le recueil intégral, et tant qu’à faire d’autres textes de Ray Bradbury ; il n’est franchement pas dit que j’aurais eu cette envie sans cette parution…

CITRIQ

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Un tout nouvel éditeur !

Publié le par Nébal

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Bonjour !!!

 

Bien que n’ayant encore ni capital ni distributeur ni rien du tout à vrai dire, les toutes nouvelles toutes belles éditions Neboll ne manquent pas d’enthousiasme !!! Nous sommes fiers de vous présenter dès aujourd’hui nos premiers titres – pour les couvertures, il faudra attendre un peu, notre talentueux illustrateur se forme à Bryce –, et par la même occasion nos premières collections !!!!! Longue vie à Neboll !!!!!!!!!!!

 

Collection Neboll Fantasy

La Geste de Skrotumä, t. 1. Ash’kathen le Traznakhonisbale, de Bernard Monge-Vigneclerc.

Rien ne va plus au royaume de Z’gö depuis que la princesse Skrotumä a été enlevée par le terrible nécromancien Vil’kaznahish. Heureusement se dresse sur son chemin Ash’kathen le Traznakhonisbale, fier et ténébreux guerrier du Nord aux colères épiques armé d’une hache à deux mains. Une quête sanglante débute, dans ce premier tome aux accents howardiens, voire gemmelliens prononcés. Et, n’en doutons pas, un premier succès pour Neboll !!!!!!!!!!!

 

Collection Neboll Space

La Ballade de Vel’naka, épisode IV. Or’then le Sag’zathokaghlène, de Bernie V. Monge.

Rien ne va plus dans l’empire galactique de Thral’kala depuis que la princesse Vel’naka a été enlevée par le terrible extraterrestre aux yeux globuleux X-17. Heureusement se dresse sur son chemin Or’then le Sag’zathokaghlène, fier et ténébreux cadet de l’espace, aux commandes de son fidèle Epervier Centurium. Une quête débordant de « sense of wonder » débute, dans ce premier tome entre Dune et Le Seigneur des anneaux. Et, n’en doutons pas, un deuxième succès pour Neboll !!!!!!!!!!!!!!!!

 

Collection Neboll Bit-lit

Jackie contre les Suceuses, t. 1. Trépidation, de Nébalia.

Rien ne va plus au lycée depuis que celui-ci est devenu la proie d’une meute de vampires lesbiennes nymphomanes. Heureusement, Jackie, pom-pom girl le jour, se transforme la nuit en une redoutable tueuse de suceuses. Un premier roman d’une originalité débordante, par une ex-star du X. Et, n’en doutons pas, un troisième succès pour Neboll !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

Collection Neboll Humour !

La Peste de Grossetomate, t. 1. Hache-caténaire le très con du bal, de B.M.W.

Rien ne va plus au royaume de Gogues depuis que la princesse Grossetomate a été enlevée par le  nécromancien rigolo Fille’kashtémish. Heureusement se dresse sur son chemin Hache-caténaire le très con du bal, barbare gaffeur amateur de jeux de mots et armé d’une saucisse. Une quête drôlatique débute, dans cette hilarante parodie de notre premier succès international. Et, n’en doutons pas, un quatrième succès pour Neboll !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

Collection Neboll Filosofie

Le Papillon de Cassandre au royaume décéléra, de Bernard Vigneclerc-Monge

Qui suis-je ? Où vais-je ? Telles sont les questions profondes et originales qui agitent notre héros, Zorg de Jikal’ganajokathom, dans ce récit initiatique qui le voit affronter le Doute et le Néant, retenant dans ses rets la belle Philocunégonde, Muse du royaume de Esipoé (où rien ne va plus). L’auteur ne puise pas servilement dans la pensée des philosophes qui l’ont précédé, mais ajoute modestement sa pierre à l’édifice. Une lecture édifiante, et, n’en doutons pas, un cinquième succès pour Neboll !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

À très bientôt !

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Le Porte-lame, de William Burroughs

Publié le par Nébal

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BURROUGHS (William), Le Porte-lame, [Blade Runner (A Movie)], traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Sigaud, Auch, Tristram, [1979, 1986, 1990] 2011, 89 p.

 

Hop, ma chro est à lire (ou pas) sur le beau site du Cafard Cosmique. Je la republie ici au cas où...

 

 

On ne dira jamais assez de bien des éditions Tristram. Après nous avoir régalé, entre autres, de J.G. Ballard et de Hunter S. Thompson, voilà que l’éditeur auscitain publie un inédit de William Burroughs, près de quatorze ans après la mort de l’auteur beat, et non des moindres : en effet, s’il ne nous avait pas été donné de lire en français ce petit livre de 90 pages jusqu’à présent, il ne nous était pas inconnu pour autant ; c’est là que Ridley Scott a trouvé – notamment – le titre de son incontournable Blade Runner… Mais, au-delà de cette anecdote, reste un projet bien particulier, un peu dingue évidemment, et qui vaut nécessairement le détour.

 

Le Porte-lame se présente comme un scénario de film imaginaire – l’éditeur a d’ailleurs choisi d’orner les pages de l’ouvrage de pellicules qui le traversent en tous sens –, inspiré par le roman The Bladerunner d’Alan E. Nourse, publié en 1974, et dont il reprend personnages et situations ; mais à la sauce Burroughs, bien sûr… Et on y retrouve bien vite les thèmes classiques de l’auteur du Festin nu. Avec moins de folie, sans doute… Mais, à la différence de l’ouvrage culte, dont la publication dans des collections de science-fiction tient un peu de l’exercice de haute-voltige, l’appartenance au genre du Porte-lame ne saurait faire de doute. Le récit se présente d’emblée comme une anticipation passablement dystopique (pour l’essentiel…), présentant une Amérique futuriste absurde, à la fois cauchemardesque et hilarante.

 

Le problème essentiel, dans cette Amérique de 2014, est – outre celui de la surpopulation, qui ne fait qu’aggraver les choses – celui de la santé publique et de la sécurité sociale, qui a suscité des émeutes meurtrières, scindant la population en deux groupes bien distincts. L’un tient du fantasme réactionnaire et autoritaire, s’incarnant passivement dans le brave Joe Toulemonde aux revenus moyens, nécessairement grincheux, qui en a marre de payer des impôts pour les nègres et les hispanos, et de manière plus vigoureuse dans les maniaques que sont les Soldats du Christ du révérend Parcival, prêts à mettre le monde à feu et à sang. L’autre… eh bien, c’est le reste, les drogués, les lépreux – ou ceux qui font semblant de l’être, parce qu’il vaut mieux être libre qu’être stérilisé (littéralement) et aux ordres. Inutile de préciser quel « camp » a la préférence de l’auteur…

 

Mais l’exercice de la médecine aussi, du coup, connaît une subdivision, et à la médecine officielle s’oppose une médecine clandestine, qui a besoin de matériel et de médicaments de contrebande. Ce matériel, ces médicaments, ce sont les porte-lames, des adolescents rebelles identifiés à Mercure aux pieds ailés, qui les fournissent aux docs undergound. Nous en suivrons plus particulièrement un, Billy, jeune homosexuel du Lower Manhattan ; un porte-lame efficace… qui peut aussi porter autre chose bien malgré lui.

 

Difficile, cependant – peut-être pas impossible, mais difficile – de réellement déterminer une intrigue dans ce « scénario » (d’autant qu’elle se dédouble aux deux-tiers du texte environ). Le cut-up se fait ici outil de narration filmique, effet de montage. Les séquences s’enchaînent, avec leur propre logique, parfois appuyées d’une voix off venant « éclaircir » le propos, et Burroughs construit un tableau vivant d’une Amérique au bord du gouffre, ou qui a peut-être déjà les pieds dedans, avant d’élaborer véritablement une histoire. Certes, celle-ci n’est pas absente – et rattrape le lecteur en bout de course, pour un final surprenant et non dénué d’une certaine majesté. Mais l’essentiel est ailleurs.

 

Dans la pertinence et l’humour de la métaphore, sans doute, qui saisissent le lecteur aux tripes, et déchaînent son rire grinçant lors des épisodes les plus ubuesques… ou burlesques, ainsi cette mémorable scène d’opération chirurgicale qui ne manque pas de rappeler l’opération à cœur ouvert du Docteur Benway dans Le Festin nu. Au-delà, Le Porte-lame est d’une actualité certaine, qui à bien des égards fait froid dans le dos…

 

Mais l’essentiel, c’est aussi cette écriture, incisive, surprenante, admirable – on saluera une fois de plus la traduction de Bernard Sigaud, irréprochable. William Burroughs était bien un immense écrivain, un des monstres sacrés de la littérature américaine du XXe siècle, et Le Porte-lame peut constituer une bonne porte d’entrée à son œuvre.

 

On ne fera peut-être pas de ce court texte un chef-d’œuvre – ce n’est malgré tout pas l’œuvre la plus marquante de Burroughs, loin de là –, mais on peut bien qualifier sa publication d’événement. Le Porte-lame est certes fort bref, mais il est d’une densité et d’une puissance qui valent mille pavés. À bon entendeur…

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Lavinia, d'Ursula K. Le Guin

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LE GUIN (Ursula K.), Lavinia, [Lavinia], traduit de l’anglais [États-Unis] par Marie Surgers, Nantes, L’Atalante, coll. La Dentelle du cygne, [2008] 2011, 311 p.

 

Ma chronique se trouvait sur le défunt site du Cafard cosmique... La revoici.

 

 

 

« Une fille lui restait, seule héritière de sa maison et de ses vastes domaines, déjà mûre pour le mariage, bien en âge de prendre un époux. Plusieurs princes du vaste Latium et de l’Ausonie tout entière briguaient son alliance. » C’est là, peu ou prou, tout ce que Virgile, dans son Énéide, nous dit à propos de Lavinia, la fille du roi du Latium Latinus, destinée à devenir la dernière épouse d’Énée. C’est peu… Et, le fameux poème pouvant donner un sentiment d’inachèvement, Ursula K. Le Guin a dans un sens pris le parti de le poursuivre, en prenant pour point de vue ce personnage secondaire du poème initial ; comme pour réparer une injustice… Ce qui donne au final un livre hors-normes, résolument inclassable – la légende y convole avec l’histoire, mais il faut y rajouter un doigt de science-fiction et une louche de « bizarreries » qui justifieraient, si l’on y tient, le qualificatif de « transfiction » –, et probablement un des plus beaux qu’Ursula K. Le Guin ait écrits.

 

C’est Lavinia elle-même qui, par-delà les siècles, nous conte son histoire et, à travers elle, celles d’Énée, de sa famille, et plus généralement du Latium. Lavinia nous avertit très tôt : elle a conscience de n’exister qu’au travers de l’écrit ; aussi mince soit-il, c’est à travers le souvenir qu’en a laissé « son poète » qu’elle est parvenue à l’existence, et qu’elle peut encore s’adresser à nous aujourd’hui. Aussi peut-elle aller jusqu’à dire (p. 140) qu’il ne lui a pas été difficile de croire en sa nature fictive… et d’en tirer les conséquences qui s’imposent.

 

Car, de même qu’elle s’adresse à son lecteur, Lavinia, à plusieurs reprises, rencontre un Virgile mourant, lors de scènes de toute beauté, et s’entretient avec lui du passé – la guerre de Troie, le voyage d’Énée, et notamment son escale carthaginoise auprès de Didon – comme du futur, le poète se faisant alors oracle, et prédisant à Lavinia son mariage avec le héros troyen, mais aussi une guerre sanglante…

 

Mais nous n’en sommes pas encore là. Au début du roman, Lavinia n’est « que » la fille de Latinus, roi du Latium, et de son épouse Amata, devenue folle. Nombreux sont ses prétendants parmi les Latins et peuples assimilés, le plus entreprenant étant son cousin Turnus, roi des Rutules. Mais Lavinia ne veut se marier avec aucun de ces prétendants, et bientôt ses conversations avec son poète la convainquent d’attendre l’arrivée d’Énée. Reste à convaincre également son père : elle l’emmène consulter l’oracle, et celui-ci est limpide : Lavinia devra épouser, non un Italien, mais un étranger ; mais il en résultera une conséquence inévitable : la guerre…

 

Le pieux Latinus obéit à l’oracle. Mais Amata n’a que le nom de son neveu Turnus à la bouche, et tente toutes les manœuvres pour forcer les épousailles. Lavinia se trouve ainsi prise malgré elle dans un avatar antique de la « guerre des sexes », où son choix, libérateur, l’amène à s’opposer à son camp « naturel »… quels qu’en soient les risques : « Comme Hélène de Sparte j’ai causé une guerre. La sienne, ce fut en se laissant prendre par les hommes qui la voulaient ; la mienne, en refusant d’être donnée, d’être prise, en choisissant mon homme et mon destin. »

 

Car les navires d’Énée accostent bientôt… et tous savent ce que cela signifie. Une série d’incidents fâcheux conduisent bientôt à la guerre, le camp italien étant mené comme il se doit par le bouillant Turnus, applaudi par Amata, tandis que Latinus et Lavinia, bien malgré eux, se retrouvent spectateurs d’un désastre annoncé… même si la jeune fille sait que l’issue ne saurait faire de doute : après tout, son poète l’écrira… mais il restera ensuite des pages à noircir, ces pages que Virgile n’a pas eu le temps d’écrire.

 

N’y allons pas par quatre chemins : Lavinia est un chef-d’œuvre, sans doute un des plus beaux romans d’Ursula K. Le Guin, très justement récompensé par le Locus Award 2009. Superbement écrit – et traduit par Marie Surgers –, ils nous dépeint une haute antiquité italienne crédible et riche en détails comme seule ce grand nom de « l’ethno-SF » était capable de le faire. Les personnages – en dépit du jugement peu amène que porte Lavinia sur elle-même – sont tout aussi réussis, complexes et humains, à la mesure de leur place dans l’histoire, la petite comme la grande. Le récit, enfin, est passionnant : outre qu’il donne furieusement envie de lire ou de relire l’Énéide, il fait preuve d’un art de la narration tout à fait remarquable, qui entraîne le lecteur à chaque page, qu’il s’agisse de séquences bucoliques ou introspectives, d’intrigues de palais ou de batailles portées par un puissant souffle lyrique.

 

À tout cela il faut encore ajouter l’ahurissante richesse des thèmes traités en seulement 300 pages, qui font de Lavinia un roman que l’on déguste, certes, mais pour lequel on suggèrera de prendre son temps. Sans surprise de la part de l’auteur, certaines réflexions relèvent d’un féminisme subtil, illustré par les choix de Lavinia, en opposition aux cérémonies « purement féminines » de sa mère Amata ; mais se pose également la question de la place de la femme dans la société, l’Italie de la haute antiquité se distinguant semble-t-il ici de la Grèce palatiale et de Troie. Le regard porté sur la religion est également intéressant : Lavinia, comme la plupart des personnages du roman, est très pieuse et très portée sur les rituels ; pourtant, et ce en dépit du substrat mythologique de l’Énéide, Lavinia est un roman assez résolument athée : les dieux n’y interviennent pas, et n’y sont envisagés que d’une manière très abstraite. Les réflexions politiques sont de même de tout premier ordre, notamment celles relevant de la diplomatie et de la guerre, cette « continuation de la politique par d’autres moyens », selon la fameuse formule de Clausewitz : le monde présenté est un monde de fermiers-guerriers, fait de conflits perpétuels pour des frontières indécises. On pourrait évoquer, de même, les nombreuses réflexions sur le pouvoir des mots, ou encore celles sur la liberté, bien sûr, dans ce monde où les oracles comme la poésie de Virgile semblent décider de tout ; jusqu’au bouclier d’Énée qui, bien que seule Lavinia le sache, porte gravé sur lui les étapes fondatrices de l’avènement d’une grande puissance à venir, la clé de tout : Rome.

 

Lavinia est à n’en pas douter un des meilleurs romans d’Ursula K. Le Guin. Dans sa catégorie hors-normes, il vaut bien Les Dépossédés ou La Main gauche de la nuit. Brillant d’intelligence et de beauté, il débute cette année 2011 sous les meilleurs auspices.

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La Course au Paradis, de J.G. Ballard

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BALLARD (J.G.), La Course au Paradis, [Rushing to Paradise], traduit de l’anglais par Bernard Sigaud, Paris, Denoël, [1994] 2010, 405 p.

 

Ma chronique se trouvait sur le défunt site du Cafard cosmique... La revoici.

 

 

 

Il semble aller de soi, en dépit de sa couverture gris-métal éminemment connotée – on fermera les yeux sur le bandeau, et, tant qu’à faire, on ne lira pas la quatrième de couverture –, que La Course au Paradis ne soit pas un roman de science-fiction – d’où son étrange positionnement hors-collection, mais pas en « Denoël & d’ailleurs » pour autant (?). Après tout, hein, il ne serait jamais venu à l’idée, un an après la publication du roman (1994), au Gouvernement français du président Jacques Chirac de faire comme dans le livre et d’envoyer ses soldats faire joujou avec des bombes atomiques sur un îlot paumé du Pacifique, au grand dam de la communauté internationale et des écologistes au premier chef ? Toute ressemblance avec des faits réels, etc.

 

Avec La Course au Paradis, roman parfois qualifié de « mineur » – c’est à voir – mais assurément polémique, nous sommes en plein dans le « présent visionnaire » cher à J.G. Ballard. On a parlé de roman prophétique, ce qui est peut-être un peu exagéré, cependant ; et Ballard pouvait en outre s’inspirer d’un fâcheux précédent, la fameuse affaire du Rainbow Warrior. Science-fiction ou pas, alors ? À vrai dire – qu’on nous pardonne cette réponse de Normand – tout dépend de la définition que l’on en donne, et il n’est sans doute guère opportun de lever ici le serpent de mer. D’autant qu’il y a plus intéressant à pêcher.

 

« Sauvez les albatros ! » Voilà le cri de guerre du Dr Barbara Rafferty, militante écologiste hors-normes aux allures de clocharde, ulcérée par la menace française de rompre le moratoire concernant les essais nucléaires sur l’îlot de Saint-Esprit, à quelque distance de Tahiti. C’est en effet un refuge naturel pour les albatros, espèce menacée, et elle entend bien le faire savoir. Par tous les moyens. Mais seule : pas question pour elle de militer au sein de Greenpeace et compagnie, et les grandes associations écologistes ne semblent pas s’en porter plus mal… Elle finit pourtant par trouver deux sympathisants à sa cause : le bourru Kimo, qui rêve d’un royaume hawaïen indépendant, et le jeune Anglais Neil Dempsey, orphelin de père, nageur émérite, et candide comme c’est pas permis. C’est à travers le regard de Neil, bien entendu, que nous vivrons cette histoire. Mais Neil, à vrai dire, s’en moque un peu, des albatros : lui, ce qui le botte, c’est la perspective des essais nucléaires ; et, il ne s’en cache pas, la fascination qu’il éprouve pour l’énergique Dr Barbara.

 

Mais leur expédition se solde par une bavure des soldats français, qui tirent sur Neil et le blessent au pied. Scandale ! La communauté internationale s’émeut, prend parti, et bientôt se monte une deuxième expédition, plus conséquente… qui fait plier les autorités françaises (plus ou moins représentées, pour l’anecdote, par un « voyagiste » du nom de Kouchner, ça ne s’invente pas…). Et le Dr Rafferty et ses joyeux camarades de prendre possession de Saint-Esprit au nom des droits de l’animal, et d’en faire un sanctuaire pour les espèces menacées, sous les applaudissements du public.

 

Nous avons donc une sympathique bande d’écologistes gentiment couillons, qui décident de jouer d’eux-mêmes aux « Robinsons suisses ». Mais – ce n’est un secret pour personne – l’enfer est pavé de bonnes intentions. Et les bonnes intentions, ils n’en manquent pas… Sous la houlette du Dr Barbara, les gamineries de l’utopie écolo-bobo paisiblement régressive de Saint-Esprit tournent à Sa Majesté des Mouches… avant de se muer en une tyrannie sectaire, portée essentiellement sur le délire féministe à poil dur option sécateurs, le Dr Barbara faisant dans l’émulation radicale de Valerie Solanas.

 

Débutant comme une farce grotesque – et très drôle, ce qui n’arrive pas tous les jours chez Ballard –, La Course au Paradis tourne ainsi progressivement au cauchemar dystopique, riche en scènes d’horreur pure – qui trouvent peut-être leur origine dans les souvenirs d’enfance de l’auteur ? –, avec une efficacité indéniable.

 

Roman grinçant, mal élevé, politiquement très incorrect, c’est en outre un réquisitoire vibrant de colère et de dépit contre toutes les sottises, les hypocrisies, les lâchetés, les médiocrités, qui trop souvent vont de pair avec « l’engagement », a fortiori de « bonne conscience », et peuvent le faire tourner au fanatisme quand l’idéologie, biaisée par un gourou, prend le pas sur la réalité. À l’heure de l’écologisme triomphant et du faux féminisme instrumentalisé pour servir les moins nobles des causes [EDIT : Hou-là... Mais halte au feu ! Promis, j'ai changé depuis 2011...], on comprendra que ce roman n’a rien perdu de sa force. Bien au contraire, il n’a peut-être jamais été autant d’actualité, même si la question des essais nucléaires ne se pose plus ; où l’on voit bien que celle-ci n’était qu’un prétexte…

 

Roman « mineur », alors ? Probablement pas. Cette réédition tombe à pic, accompagnant l’indispensable troisième tome de l’intégrale des nouvelles de Ballard chez Tristram, pour nous rappeler à quel point l’auteur britannique fut un observateur lucide de son temps. Certes, en usant des registres de la farce et de la dystopie, il tend nécessairement à l’exagération, d’aucuns diraient à la caricature ; mais c’est après tout bien de cela qu’il s’agit, étymologiquement : une « charge », qui grossit et alourdit les traits, mais qui, en même temps, fond sur l’ennemi sans faire dans le détail. Ce qui, de temps à autre, se révèle salutaire ; surtout quand, comme ici, on n’ose guère pointer du doigt les dérives pourtant éclatantes qui font l’objet du réquisitoire.

 

La Course au Paradis se révèle donc au final une réédition bienvenue d’un roman aussi intelligent que palpitant. Certes, on n’en fera pas le sommet de l’œuvre ballardienne – il y a sans doute un monde entre ce roman et la « Trilogie de béton » ou les plus brillantes des « Apocalypses » –, mais c’est néanmoins une lecture qui vaut amplement le détour, un roman drôle et effrayant, pertinent et irrévérencieux, bien digne du talent de son auteur.

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Pub copinage : "Planète à louer", de Yoss

Publié le par Nébal

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YOSS, Planète à louer, [Se alquila un planeta], traduit de l’espagnol (Cuba) par Sylvie Miller, Paris, Mnémos, coll. Dédales, [2002] 2011, 265 p.

 

Hop.

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La nécro du jour (17)

Publié le par Nébal

 

John Barry est décédé ce lundi matin à l'âge de 77 ans. On lui doit bon nombre de fameuses musiques de films et de séries télévisées, les plus célèbres étant bien sûr celles qu'il a composées pour James Bond et Amicalement vôtre. Mais il y en a eu bien d'autres... Je crois que ça méritait bien une petite mention ici. Alors RIP, comme on dit chez les croyants.

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"L'Homme Squelette", de Tony Hillerman

Publié le par Nébal

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HILLERMAN (Tony), L’Homme Squelette, [Skeleton Man], traduit de l’anglais (États-Unis) par Danièle et Pierre Bondil, Paris, Payot & Rivages, coll. Noir, [2004, 2006] 2008, 289 p.

 

Je dois me rendre à l’évidence : si Blaireau se cache n’avait en soi rien d’un roman extraordinaire, il a cependant fait plus qu’attiser ma curiosité. Aussi, quand l’occasion s’est présentée de lire d’autres enquêtes de Joe Leaphorn et Jim Chee, je n’ai guère hésité, quand bien même j’ai pris ce qui m’est tombé sous la main, là où, semble-t-il, il serait plutôt recommandé, même si chaque volume est indépendant et s’ils ont été publiés en français dans le désordre, de les lire dans l’ordre chronologique.

 

Pourquoi continuer, et aussi vite ? Deux raisons à cela : tout d’abord, le fait est que ça se lit bien, et que c’est pour le moins addictif. Mais, surtout, plus j’y pense, et plus je me dis que le nom de Tony Hillerman et les titres de certains de ses romans (je pense notamment à Là où dansent les morts, que je me suis procuré immédiatement après celui-ci, et qui est le deuxième roman de la série) ne m’étaient pas inconnus : je suis en effet à peu près persuadé qu’ils figuraient dans les conseils de lecture que nous avaient donnés notre (excellent) professeur d’ethnologie juridique lors de ma première année de DEUG Droit (ça remonte…), comme de bons exemples d’introductions ludiques à l’ethnologie…

 

Et si cette dimension était déjà assez marquée dans Blaireau se cache, elle l’est encore plus dans L’Homme Squelette, pour mon plus grand plaisir. Par contre, je ne qualifierai pas ce roman de polar, ou à peine : l’intrigue policière est en effet très limitée, et le lecteur, à la différence des personnages, qui naviguent dans le brouillard (façon de parler…), a rapidement toutes les clés en main ; on parlera plutôt de thriller, ce qui n’est d’habitude guère pour me plaire, voire de survival (si) pour la deuxième partie du roman – et ça, ça me parle déjà beaucoup plus.

 

Le roman se veut une illustration de la « croyance navajo en l’interconnexion universelle des choses » (p. 13), que l’on peut présenter ainsi (p. 14) :

 

« Un vent chaud et violent fatigue les oiseaux qui s’arrêtent de voler. Il y en a un de trop qui se pose sur la branche. Elle casse, tombe dans la rivière dont elle dévie le cours. Le courant sape la berge, provoque un glissement de terrain qui obstrue le lit, inonde la vallée, modifie la flore, ce qui, par voie de conséquence, modifie la faune, et les peuplades qui subsistaient grâce à la chasse aux cervidés sont contraintes d’émigrer. Quand on réfléchit en revenant au point de départ de tout ça, on peut en attribuer la responsabilité au vent. »

 

C’est ainsi que l’affaire criminelle au centre de L’Homme Squelette, qui prend place de nos jours, trouve son origine dans une catastrophe aérienne (authentique, de même que le fait divers qui a inspiré Blaireau se cache) qui a eu lieu un demi-siècle plus tôt, le 30 juin 1956, quand deux avions sont entrés en collision au-dessus du Grand Canyon ; ce fut la pire catastrophe aérienne de son temps, il n’y eut aucun survivant. Et l’événement influença les légendes locales, créant de nouveaux mythes…

 

Presque cinquante ans plus tard, un jeune Indien Hopi un peu simplet, Billy Tuve, par ailleurs cousin de Cowboy Dashee, se pointe l’air de rien chez un prêteur sur gage de Gallup et échange un diamant… contre 20 dollars. Le directeur de l’établissement, intrigué, fait estimer la pierre : elle en vaut 20 000 ! Or a eu lieu peu auparavant un braquage dans une bijouterie, qui a mal tourné, et qui a fait une victime : Billy Tuve est immédiatement suspecté et arrêté. Mais il clame son innocence : il prétend en effet que le diamant – qu’il pensait être un faux – lui a été donné en échange... d’une pelle par un mystérieux Indien vivant au fond du Grand Canyon… Alibi plus que douteux. Mais Cowboy Dashee est persuadé de l’innocence de son cousin, et entend bien la démontrer, avec l’aide de son ami Navajo Jim Chee, par ailleurs sur le point d’épouser (enfin !) Bernie Manuelito.

 

Quant au Légendaire Lieutenant Joe Leaphorn, retraité, il est également mis au courant de l’affaire ; et, lors d’une superbe scène à l’ambiance quasi fantastique, on lui fait un récit qui n’est pas sans évoquer celui du simplet Billy Tuve… Y aurait-il un Indien qui distribuerait des diamants au fin fond du Grand Canyon ? Et l’ethnologue Louisa Bourebonette d’évoquer les mythes Hopis et leurs « transformations » après la catastrophe de 1956 : tout cela aurait-il un lien avec le culte de Masaw, l’Homme Squelette, celui qui a appris aux Hopis, à l’origine des temps, à ne pas craindre la mort… et qui, à certains égards, l’incarne ?

 

Oui, il y a bel et bien des diamants au fond du Grand Canyon ; des diamants, dans une mallette, attachée à un bras gauche déchiqueté… que deux partis se disputent dans une impitoyable et complexe querelle successorale. Joanna Craig, la fille du défunt, entend bien retrouver ce bras, afin d’établir sa filiation et de récupérer son héritage, spolié par une peu scrupuleuse fondation prétendument caritative ; Chandler, une sorte de détective retors employé par cette fondation, est chargé de l’en empêcher par tous les moyens, et mettrait volontiers la main sur les diamants ; tandis que ces derniers seraient le seul moyen, pour Jim Chee, Cowboy Dashee et Bernie Manuelito, d’innocenter Billy Tuve.

 

Et tout ce beau monde de prendre la direction du Grand Canyon, complètement ignorant des intentions des autres, pour une excursion qui ne s’annonce pas exactement sous les meilleurs auspices, tandis que plane sur leur tête l’ombre énigmatique de l’Homme Squelette, et que le tonnerre gronde…

 

Si l’intrigue « policière » est un peu convenue (j'en ai dit beaucoup, certes, mais je ne crois pas que l'on puisse parler de spoilers pour autant : toutes ces révélations arrivent ou se devinent très vite), force est de reconnaître que tout cela fonctionne très bien, comme une mécanique bien huilée. Tony Hillerman a un réel don pour happer le lecteur, avec son style sobre, allant à l’essentiel, et sait tirer au mieux parti de ses atouts, que ce soit dans l’élaboration de personnages solides et bien caractérisés (Leaphorn est en retrait, mais ses apparitions sont toujours un plaisir, et sa scène avec Shorty McGinnis est d’anthologie), ou dans l’évocation détaillée et réaliste des décors sublimes des « Four Corners » – ici, le Grand Canyon, faut dire… Il sait par ailleurs, à l’occasion – vers la fin du roman, ici – faire preuve d’un vrai talent pour le suspense, sans trop user des gimmicks propres aux thrillers, ce qui est assez remarquable.

 

Mais c’est bien évidemment l’aspect ethnologique de L’Homme Squelette qui, d’un divertissement simplement sympathique, fait un roman tout à fait recommandable. Les nombreux éléments se rapportant, ici, essentiellement à la religion, et principalement aux mythes Hopis, sont passionnants, et ne font jamais l’effet de digressions arrivant comme un cheveu sur la soupe : bien au contraire, elles s’imbriquent avec une grande finesse et un indéniable naturel dans l’intrigue. Nul didactisme n’est à craindre, du coup. Enfin, la réflexion sur les transformations incessantes des mythes, encore de nos jours – ici notamment du fait de la catastrophe aérienne de 1956 – sont tout à fait saisissantes et du plus grand intérêt.

 

 Au final, L’Homme Squelette, sans être encore le grand roman que j’attends de la part de Tony Hillerman, se révèle à mes yeux bien plus concluant que Blaireau se cache. Je crois bien avoir chopé le virus… Et je sens que ma lecture prochaine de Là où dansent les morts, qu’on m’a vanté (et dont je suis donc à peu près certain d’avoir déjà entendu parler, pour le plus grand bien), ne va rien arranger à l’affaire. Misère…

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