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CR Imperium : la Maison Ptolémée (10)

Publié le par Nébal

CR Imperium : la Maison Ptolémée (10)

Dixième séance de la chronique d’Imperium.

 

Vous trouverez les éléments concernant la Maison Ptolémée ici, et le compte rendu de la première séance . La séance précédente se trouve ici.

 

Le joueur incarnant le Conseiller Mentat Hanibast Set était absent. Étaient donc présents le jeune siridar-baron Ipuwer, sa sœur aînée Németh, l’Assassin (Maître sous couverture de Troubadour) Bermyl, ainsi que le Docteur Suk, Vat Aills.

 

Bermyl est en état d’alerte, sachant que sa couverture a été grillée par la Maison Nahab (au moins…) ; il pense cependant rester encore quelque temps à Heliopolis, notamment pour enquêter sur les Atonistes de la Terre Pure ; il sait par ailleurs qu’Akela est en mesure, s’il le désire, de lui organiser un rendez-vous avec Ngozi Nahab lui-même – mais il s’en est entretenu à distance avec Ipuwer, qui préfère calmer le jeu à ce sujet pour le moment, et attendre que la Maison Ptolémée regagne une position plus favorable… À terme, cependant, Bermyl compte bien élargir le champ de ses investigations.

 

Németh se consacre pour le moment à deux thématiques pour l’essentiel : d’une part, les affaires matrimoniales – la proposition émise par Lætitia Drescii est à ses yeux inacceptable, elle ne compte pas laisser aux Kenric l’accès au marché franc de la lune de Khepri… Mais, pour avancer dans ce domaine, il lui faut attendre le retour de ses émissaires (auprès des Wikkheiser et des Delambre). D’autre part, donc, et de manière plus immédiate, elle souhaite se consacrer à l’organisation du colloque qu’elle entend parrainer à l’Université de Memnon – elle compte retourner dans la ville universitaire, pour mettre au point le programme du cycle de conférences (elle pense flirter avec les limites en ce qui concerne le rapport aux interdits du Jihad Butlérien) ainsi que la liste des invités. Enfin, même si elle ne voit guère comment s’en occuper elle-même, elle conserve en tête la mention du Vieux Radames que lui a faite la Révérende-Mère Quibailah Amari – et, derrière, elle ne manque pas de s’inquiéter de ce qui est arrivé à son père, le précédent siridar-baron Namerta…

 

Vat Aills, maintenant qu’il a établi la réalité du trafic d’organes entre l’hôpital de Nofre-It et les Nahab d’Heliopolis (le directeur de l’hôpital devant le tenir au courant des commandes et de leur livraison), compte surtout se pencher sur cette mystérieuse cargaison qui a disparu il y a environ un an et demi de cela, lors de son transfert entre la lune de Khepri et l’astroport d’Heliopolis : quelqu’un s’est-il plaint d’avoir perdu quelque chose, ou de ne pas avoir été livré ? Par ailleurs, il garde en tête l’idée que ce trafic de haute technologie, à l’occasion, semblait échapper à la Maison Soris, qui en a pourtant en principe le monopole ; il souhaite donc s’entretenir de nouveau avec le chef de la Maison, Ra-en-ka, sur Khepri – il sait par ailleurs que sa Maison s’est semble-t-il rapprochée de la Maison Menkara pour faire face à la domination des Nahab…

 

Ipuwer se remet de la « fête » qu’il s’est accordée à son retour du Continent Interdit. Trois points l’intéressent tout particulièrement, au-delà de la satisfaction de ses besoins et désirs : d’une part, il entend déterminer comment explorer le Continent Interdit, à la recherche de la base de Druhr et de ses semblables – il recevra bientôt les images satellites de la Guilde, mais il faudra sans doute en faire davantage, et il compte en discuter avec Hanibast Set. D’autre part, il est ainsi que sa sœur curieux de mettre la main sur le Vieux Radames – même si ce n’est sans doute pas une tâche qu’il peut accomplir lui-même, mais il peut mettre en branle les services de renseignement de la Maison Ptolémée, via le cas échéant le Maître-Assassin fantoche Elihot Kibuz. Enfin, l’idée que des groupes divers lui rendent une sorte de « culte » lui a quelque peu tourné la tête – il est de plus en plus pris par l’idée de réaliser son autopromotion, ou, mieux, son hagiographie : il aimerait écrire sa propre légende, et s’entretenir à cet effet avec l’écrivain Cassiano Drescii, toujours invité dans son palais…

 

Bermyl, sous sa couverture de troubadour, se rend au camp des Atonistes de la Terre Pure. La structure est très informelle, mais il comprend que, s’il est un endroit où il pourra trouver ce qu’il cherche, c’est probablement à la sorte de « place du marché » que l’on trouve en gros au centre du camp. En chemin, il épie les pèlerins, guette les discussions – il repère aussi des membres de ses services, infiltrés sur place par Elihot Kibuz à la requête d’Ipuwer, mais ils font bien sûr comme s’ils ne le connaissaient pas. L’ambiance dans le camp est à la mesure de la réputation des Atonistes : ils font très hippies, souriants, ouverts, s’impliquant volontiers dans des débats d’ordre spirituel ou philosophique où chacun peut s’exprimer comme il le souhaite… Bermyl note que les pèlerins les plus récents, bien davantage que leurs aînés qui ont déjà accompli une ou plusieurs fois le voyage vers l’Ouest Perpétuel, font parfois part de leurs craintes quant aux menaces que pourraient susciter le Culte Officiel, plus encore les fanatiques de la Maison Arat, éventuellement même les membres de la Maison Menkara – mais rien de très concret à cet égard. Arrivé aux environs du « marché », Bermyl relève la présence de Kambish, un bon élément de ses services ; il l’accoste tout naturellement, échange avec lui les politesses d’usage dans le cadre d’une conversation en rien suspecte, puis tous deux s’écartent discrètement de la foule – quand ils sont parvenus dans une zone moins fréquentée, et se sont assurés de ne pas avoir été suivis, ils s’entretiennent plus précisément des intérêts de la Maison Ptolémée sur place, la conversation étant dissimulée aux oreilles indiscrètes par l’emploi d’un cône de silence. Kambish s’était intéressé à ce qui pouvait se dire concernant le passage des Atonistes sur le Continent Interdit, mais ce n’est pas un thème spontané. Quand Bermyl lui demande si un pèlerin notable pourrait s’avérer instructif à cet égard, Kambish le renvoie sur Pnebto, un vieil homme qui avait intégré le mouvement avant même Thema Tena, très volubile de nature, et sans doute passablement naïf… Peut-être pourrait-il en dire davantage à Bermyl ? Celui-ci, en attendant, donne ses instructions – à transmettre également aux autres agents : ils doivent continuer de fouiner, notamment en ce qui concerne d’éventuelles intentions politiques de Thema Tena, les rapports entretenus par les Atonistes avec les diverses Maisons mineures, les éventuels « secrets » concernant le Continent Interdit… Bermyl laisse alors Kambish, et part en quête de Pnebto – demandant çà et là aux aimables Atonistes comment rejoindre le vieux bonhomme, qui passe ses journées à marcher au petit bonheur à travers le camp…

 

Németh se rend à Memnon pour organiser son colloque – qu’elle conçoit de manière assez généraliste, mais visant à la promotion de Gebnout IV et de la Maison Ptolémée ; elle souhaite en tout cas qu’il adopte une dimension pluridisciplinaire, permettant de traiter des rapports entre commerce, science et religion. Elle a déjà songé à quelques intervenants de Gebnout IV : Ai Anku, forcément, mais aussi Thema Tena et Suphis Mer-sen-aki (qui risque de ne pas apprécier cette idée d’œcuménisme, toutefois…) ; parmi les services de la Maison Ptolémée, elle entend ménager une place au Docteur Suk, Vat Aills ; elle aimerait aussi que Iapetus Baris y participe, mais se doute que le représentant de la Guilde risque de se montrer récalcitrant… Németh passe quelque temps dans les quartiers des Ptolémée, puis se rend à l’Université, accompagnée d’une petite troupe (rien d’inhabituel, mais un garde du corps reste toujours à ses côtés), afin de s’entretenir elle-même avec Ai Anku – elle a prévenu le doyen de sa visite, mais pas la fameuse scientifique. Németh entre dans l’amphithéâtre où Ai Anku achève son cours – « normal », en apparence, mais trop pointu pour que Németh en retire quoi que ce soit ; la scientifique l’a peut-être repérée, mais n’en tient pas compte, et son cours se poursuit comme si de rien n’était. Une fois la leçon achevée, Németh attend que les étudiants quittent les lieux (quelques-uns d’entre eux vont tout d’abord poser des questions à leur professeur – ce qui donne l’impression d’une corvée pour cette dernière, mais elle s’exécute néanmoins). Après cinq à dix minutes, Ai Anku se retrouve seule et range ses affaires – elle n’a toujours pas prêté la moindre attention à Németh, qui s’approche de l’estrade. Ce n’est qu’alors qu’Ai Anku la regarde, guère avenante – elle attend que Németh se lance. Celle-ci la loue tout d’abord pour son prestige scientifique, avance qu’elle a admiré son cours, mais Ai Anku lui demande si elle y a compris quoi que ce soit, l’air d’en douter… Mais Németh dit vouloir aller à l’essentiel : elle s’est entretenue avec le doyen de l’organisation du colloque qu’elle souhaite parrainer, et considère que Ai Anku est tout indiquée pour y participer, et même à une place d’honneur – celle-ci est volontaire, mais guide Németh dans son bureau pour en discuter dans un cadre plus intime. En chemin, la scientifique, sans se montrer pour autant très aimable (ce n’est guère dans sa nature, elle est essentiellement froide et sèche), concède qu’elle a une bonne image de Németh, du fait de son investissement dans le parrainage des activités scientifiques et technologiques : son rôle dans le programme d’aménagement des deltas (en parfaite adéquation avec les idées du Sentier de l’Eau), ou, à titre plus anecdotique, son ambition d’un jardin somptuaire à Cair-el-Muluk (qu’elle-même verrait surtout comme une vitrine des progrès de la planétologie de Gebnout IV, au-delà du seul apparat), la lui rendent plutôt sympathique… Une fois arrivées au bureau, Németh demande à Ai Anku si elle a quelques noms à lui suggérer, des invités qu’elle considèrerait intéressants dans le cadre du colloque – et elle leur facilitera alors la tâche (transport, hébergement, rémunération, etc.) ; Ai Anku lui dit qu’elle va réfléchir et dresser une liste à cet effet… mais semble un peu gênée, et demande, maladroitement, de quelle marge de manœuvre elle dispose à cet effet – puis elle lâche le morceau : ce colloque étant interplanétaire, il doit, à ses yeux, contribuer à faire vraiment changer les choses, au-delà d’une seule démonstration somptuaire dont elle n’a que faire : clairement, elle souhaite inviter des scientifiques d’Ix, de Richèse ou de Tleilax… Németh dit qu’elle va y réfléchir, mais entend rester discrète à cet égard pour le moment – et Ai Anku se referme alors un peu, visiblement déçue ou plutôt frustrée… Németh la rassure : ce n’est pas une fin de non-recevoir ! Elle-même serait d’ailleurs plutôt favorable au projet d’Ai Anku, mais c’est simplement qu’elle n’ose pas s’engager pour le moment, toute seule qui plus est… La scientifique lui demande alors si elle a déjà prévu quelques noms, et Németh évoque donc Thema Tena et Suphis Mer-sen-aki, au premier chef ; Ai Anku juge qu’ils sont sans doute « inévitables »… Elle ne s’y oppose pas, mais émet alors une condition à sa participation : elle entend œuvrer directement à l’organisation du colloque, sous tous ses aspects, afin de garantir sa neutralité sur un plan philosophique et spirituel – qu’il ne vire surtout pas au prosélytisme en faveur d’un saltimbanque comme le Grand Prêtre… Németh dit ne pas y être opposée, et accepte de la tenir directement au courant de ce qui sera envisagé pour le cycle de conférences – elle est ouverte à ses remarques, et encourage sa libre parole. Németh se présente elle aussi comme femme de raison et de science (Ai Anku ne peut alors retenir un petit sourire en coin, difficile à interpréter…), et sera ravie de la tenir informée des développements concernant les invités. La conversation s’arrête là ; Németh envisageait de retourner au Palais, à Cair-el-Muluk, mais se décide finalement pour Heliopolis – où elle compte voir Bermyl.

 

Vat est retourné à Heliopolis. Intrigué par la cargaison disparue entre la lune de Khepri et l’astroport, il se remet à l’étude des dossiers – et détermine une chose qui lui avait échappé quand il se focalisait sur les dimensions juridique et commerciale : le jargon technologique et scientifique portant sur le contenu précis de la cargaison est un pur charabia, qui ne veut strictement rien dire… Vat s’intéresse alors au destinataire : à en croire les papiers, il s’agirait d’une certaine Antarta Tes-amen, à Cair-el-Muluk – mais il peut vite déterminer que cette dernière ne s’est jamais manifestée, n’a pas émis la moindre plainte en rapport avec cette livraison jamais reçue… Conscient d’avoir déniché quelque chose, Vat fouine dans les registres planétaires d’Heliopolis (cette ville étant la capitale administrative, il dispose de bien des dossiers, probablement plus qu’ailleurs) : il détermine ainsi que la femme en question est une vieillarde, d’un peu plus de 70 ans, visiblement pauvre – vraiment pas du genre à se livrer à des transactions sur le marché franc de Khepri… C’est très probablement un prête-nom – Vat suppose que son identité a été choisie justement parce qu’elle n’était pas du genre à jamais entendre parler de cette affaire, et à poser la moindre question à ce sujet… Le Docteur Suk pense alors consacrer un peu de temps à la traque d’éventuelles drogues « zombies », mais doit se rendre bien vite à l’évidence : les vallées fluviales sont submergées par les cultures OGM, les laboratoires et les pépinières en rapport… Il ne pourra rien déterminer d’efficace en la matière sans davantage de précisions. Vat monte enfin dans une navette à destination de Khepri, après avoir prévenu Ra-en-ka Soris qu’il souhaitait le rencontrer à nouveau – et s’entretenir notamment des « menaces » qu’il avait évoquées très allusivement…

 

Ipuwer est rentré à Cair-el-Muluk, et gère tout d’abord ses activités quotidiennes : il se remet de sa petite fête de retour, puis s’entraîne à l’escrime avec Antonin Naevius (ce qu’il avait promis à son maître d’armes Ludwig Curtius, en route pour Delambre). Il envoie alors une équipe de renseignement, via Elihot Kibuz, afin d’interroger plus efficacement les Sœurs du Continent Interdit – il demande aussi à Kibuz de lui faire un rapport exhaustif sur le Vieux Radames, ce qui devrait être fait dans la journée. Puis, assisté par Hanibast, il se penche sur les photos satellites portant sur les deux dernières années, fournies par la Guilde… et Hanibast, stupéfait, constate bien vite que ces photos ont été trafiquées, il n’y a aucun doute à ce sujet (non que le travail ait été à proprement parler bâclé – mais Hanibast et Ipuwer ont vu sur place des choses ne figurant pas sur ces images…) ; il suppose que c’est très probablement la Guilde qui est responsable de cette falsification… ce qui ne manque pas d’inquiéter Ipuwer. Celui-ci décide alors d’organiser une réunion stratégique, où Hanibast est toujours présent, avec le général Kiya Soter : comment trouver une base éventuelle sur le Continent Interdit, dans ces conditions ? Peut-être les Atonistes ont-ils quelque chose à dire à ce sujet ? On pourrait aussi concevoir une grosse expédition d’ornithoptères – mais celle-ci serait nécessairement lourde, voyante, coûteuse… et imprécise dans ces conditions : il faudrait déterminer plus clairement ce qu’elle serait supposée chercher, et où en particulier. Ipuwer décide de rester en l’état pour le moment – tout au plus peut-on commencer à établir les grandes lignes du projet. Après quoi Ipuwer reçoit le rapport de Kibuz concernant le Vieux Radames… mais comprend bien vite qu’il est creux, vide, à n’en pas douter lacunaire – que ce soit parce que Kibuz et ses hommes sont incompétents, ou réfractaires : il y a forcément plus de choses à trouver ! Ipuwer, qui se méfie donc de plus en plus de Kibuz, contacte Bermyl à Heliopolis.

 

[NB : la scène du paragraphe suivant, en fait, se situe donc chronologiquement après celle qui la suit immédiatement, et qui voit Bermyl poursuivre ses investigations dans le camp des Atonistes de la Terre Pure – scène qui doit donc quant à elle être considérée plus ou moins comme un flashback ; les deux scènes ont été jouées dans cet ordre pour une pure question de rythme et d’opportunité.]

 

Ipuwer demande à Bermyl s’il pourrait discrètement lui suggérer un bon élément pour mener l’enquête (et éventuellement prendre la place de Kibuz en l’absence de Bermyl ?), et l’assassin, plutôt que de suggérer un nouveau nom, mentionne celui de Taho, en qui il a toute confiance, et qui est pour l’heure en mission d’infiltration au sein de la Maison Arat, à Nar-el-Abid – infiltration guère fructueuse cependant, aussi vaudrait-il peut-être mieux redéployer ce très bon élément, dont on gâche présentement les compétences pour une mission sans doute inutile ? Ipuwer admet volontiers que les réactionnaires de la Maison Arat, s’il tend à s’en méfier, ne sont cependant pas du genre à gérer une armée de clones et à piller des cadavres, ce qui le préoccupe bien davantage… On pourrait effectivement alléger quelque peu la surveillance sur les zélotes – Ipuwer donne son accord pour rapatrier Taho à Cair-el-Muluk, afin qu’il travaille sur le Vieux Radames. Mais quel comportement adopter à l’égard de Kibuz ? Doit-il y avoir des conséquences politiques ? Ipuwer n’est guère satisfait de ses services depuis plusieurs années déjà, avant même la mort de son père, qu’il n’a su éviter – il envisage de le mettre discrètement à la retraite, mais préfère attendre encore un peu (peut-être le temps que la position de la Maison Ptolémée soit consolidée par rapport aux Kenric ? Cela pourrait prendre du temps…) ; Bermyl ne cache cependant pas qu’il est de plus en plus suspicieux à l’encontre de son « homme de paille » : l’âge n’excuse pas tout ! Peut-être, en fait, faudrait-il le surveiller lui aussi…

 

[On retourne donc en flashback à la deuxième scène de Bermyl au campement des Atonistes de la Terre Pure.]

 

Bermyl est à la recherche de Pnebto ; en demandant son chemin aux pèlerins, il finit par le retrouver, un vieil homme qui correspond pleinement au portrait qu’on lui en avait dressé : volubile, souriant, extrêmement sociable, par ailleurs affligé d’une concentration de poisson rouge… et d’une naïveté invraisemblable. Bermyl, toujours sous sa couverture de troubadour, l’accoste et, après les courtoisies d’usage, lui dit être intéressé par le mouvement des Atonistes, et souhaiter s’entretenir – plutôt en privé ? – avec Pnebto, dont il a beaucoup entendu parler comme étant un des piliers de la communauté, par ailleurs un ancien du mouvement. Pnebto ne voit guère de raison de ne pas discuter de tout cela en public, mais c’est donc un grand naïf, en rien méfiant – il envisage tous ses semblables de manière on ne peut plus positive –, et il veut bien conduire Bermyl dans une tente vide (mais probablement pas la sienne pour autant) afin de discuter de tout cela dans un cadre plus intime et moins angoissant pour le néophyte. Bermyl lui propose alors un alcool qu’il s’était procuré avant de venir, et trinque avec Pnebto (l’assassin prend cependant garde de ne pas boire au point de dégrader ses capacités…). Bermyl, en troubadour, lui demande s’il existe des chansons propres à la culture des Atonistes – c’est sans doute le cas, de nombreux chants de marche… Pnebto est à l’évidence très ouvert, et désireux de satisfaire la curiosité de son jeune interlocuteur. Bermyl, progressivement, détourne la conversation sur le Continent Interdit : y a-t-il des légendes le concernant ? Il en est très curieux, et déplore que l’on n’en ait même pas de cartes ! Mais Pnebto rit alors dans sa barbe… Bermyl joue son jeu, et le vieil homme ne tarde guère à lui dire qu’ils ont bien entendu des cartes ! Certes, des cartes sommaires, imprécises par rapport à celles que l’on trouve aisément pour la face habitée de Gebnout IV – néanmoins utiles pour permettre aux Atonistes de concevoir au mieux les différentes étapes de leur Pèlerinage Perpétuel. Bermyl l’interrogeant sur ce qu’ils ont pu rencontrer lors de leurs voyages, Pnebto dit que ce désert – c’en est bien un pour l’essentiel – n’est pas totalement inhabité : on y croise à l’occasion des tribus « primitives », en fait essentiellement des « primitivistes » venant de la face habitée, des réactionnaires désireux de vivre au plus près de la nature ; ils ont d’ailleurs de très nombreuses et très jolies chansons ! Mais on ne dispose pas d’un registre les concernant, cela relève d’une pure tradition orale. Pnebto dit qu’on y croise aussi, parfois, des soldats de la Maison Ptolémée en patrouille… mais, dans ce cas, les rapports sont pour le moins limités. Bermyl, n’y tenant plus, lui montre le portrait-robot de Druhr (Pnebto est tellement naïf qu’il ne s’étonne même pas de ce qu’un troubadour dispose d’un document pareil…), et il finit, après quelques hésitations, par dire que ça lui fait penser aux « jumelles », deux femmes d’allure étonnamment similaire qui les avait accompagnés pendant quelque temps – elles aussi, d’ailleurs, s’étaient montrées intéressées par les cartes des Atonistes… Mais elles ont disparu du jour au lendemain – on a mis ça sur le compte d’une mauvaise rencontre avec des animaux sauvages, on en rencontre parfois dans le désert… Bermyl l’encourage à poursuivre, disant être fasciné par ces cartes, ces chansons, avançant aussi qu’il aimerait en savoir plus sur les monuments du Continent Interdit – mais Pnebto n’en a pas vu un seul. Si la question des cartes l’intéresse tant que cela, sans doute devrait-il s’adresser à Sabah – une Atoniste dans la cinquantaine, probablement la plus grande spécialiste en la matière. Et Pnebto conduit donc Bermyl plus loin dans le camp, avant de s’arrêter auprès d’un petit groupe plongé en plein débat métaphysique ; il désigne Sabah à Bermyl, et commence à s’en aller, mais le « troubadour » lui demande de l’introduire auprès de la cartographe – ou plutôt la « Maîtresse des Cartes, » comme la désigne Pnebto, ce qui la fait un peu tiquer… Bermyl continue de jouer au troubadour : Pnebto lui a donné des informations intéressantes sur le Pèlerinage Perpétuel, qui l’intrigue et le séduit, et il lui a notamment parlé des cartes – comment fait-elle ? Sabah est autrement plus méfiante que Pnebto, à l’évidence, mais ne semble pas voir pour le moment de raison de se braquer : elle et d’autres tout autant ont effectivement conçu des cartes (sommaires) pour aider les pèlerins dans leurs voyages successifs – à force, une bonne partie du Continent Interdit a été couverte, encore que de manière imprécise. Bermyl parle de son ambition de composer une grande chanson, un grand récit, portant sur les Atonistes – et c’est pourquoi il aimerait qu’on lui indique les endroits les plus intéressants du Continent Interdit… Mais Sabah n’ose pas lui montrer ces cartes – d’autant qu’elles sont très problématiques aux yeux du Culte Officiel. C’est une affaire de pèlerinage : si Bermyl est si intéressé que cela par ces endroits, il devrait les accompagner sur la route de l’Ouest Perpétuel ! Après tout, il n’a aucune raison de se montrer pressé à cet égard, les mois voire les années de pèlerinage lui seront profitables à tout point de vue… Bermyl dit qu’il va y réfléchir – il avance aussi qu’il pourrait participer lui-même à l’élaboration des cartes… Mais il comprend que Sabah se referme de plus en plus, sans pour autant se montrer hostile – mais c’est visiblement un sujet dont elle n’a guère envie de discuter avec le premier venu… Elle est un brin gênée, peut-être même méfiante ; par ailleurs, Bermyl n’a pas manqué de noter que deux des « gardes » du camp (des hommes simplement armés de bâtons) se sont discrètement rapprochés… Bermyl met courtoisement un terme à la conversation, et s’en va l’air de rien – mais aux aguets. Des « gardes » le suivent pendant un temps, mais ils s’arrêtent aux limites du camp de Atonistes. Bermyl retourne alors aux quartiers des Ptolémée à Heliopolis.

 

Németh est justement arrivée à Heliopolis – et se rend aussitôt au camp des Atonistes de la Terre Pure, afin de s’entretenir avec Thema Tena (Bermyl et elles sont ainsi amenés à se croiser, mais font bien sûr comme si de rien n’était…). Németh est accompagnée, protocolairement, de deux gardes, à la présence visible. Elle accoste les pèlerins à l’orée du camp, se présente comme étant Dame Németh, désireuse de parler à Thema Tena d’un colloque qu’elle souhaite planifier, et où la célèbre Atoniste aurait sa place. Les pèlerins les guident volontiers vers Thema Tena, qu’elle trouve assise devant sa tente (laquelle n’est par ailleurs pas différente des autres) ; Németh passe par un garde pour demander une « audience » à l’Atoniste, qui accepte volontiers, sans faire de chichis en raison du statut. Németh préfèrerait s’entretenir en privé, tout en prétendant qu’il s’agit d’une simple visite de courtoisie, et que leur conversation n’aurait aucun intérêt pour les autres… Thema Tena lui adresse un sourire peut-être un peu condescendant mais pas méchant, puis lui fait signe d’entrer dans la tente et l’y rejoint. Németh affirme encore le caractère informel de sa visite, mais passe bientôt au sujet du colloque qu’elle souhaite organiser : celui-ci traiterait notamment de questions de spiritualité, et comme Thema Tena est une figure incontournable de la planète à cet égard… Thema Tena, qui apprécie l’emploi du terme « spiritualité », rappelle, comme toujours, qu’il n’y a rien d’officiel et certainement pas de hiérarchie au sein du mouvement atoniste – mais elle ne se voile pas la face, elle a bien conscience de son statut de « représentante » aux yeux extérieurs… Németh le sait ; mais le fait est qu’elle souhaite que toutes les spiritualités soient représentées dans le cadre du colloque : ses « homologues » du Culte Épiphanique du Loa-Osiris et de l’Évangile des Cataractes seront présents, alors… Thema Tena ne manque pas de s’étonner de cette ouverture d’esprit, notamment du fait des relations officielles unissant la Maison Ptolémée et le Culte Épiphanique, mais note que c’est tout à l’honneur de Németh. Sans doute cependant subodore-t-elle qu’il y a anguille sous roche… Thema Tena poursuit : cet œcuménisme ne sera à l’évidence pas du goût de tous – même en dehors des milieux religieux à proprement parler, il y a des groupes plus bornés : elle cite nommément la Maison Arat… Németh entend la rassurer : il n’y aura pas de problèmes, et, le cas échéant, la Maison Ptolémée saura rappeler son autorité, et sa position intrinsèquement supérieure. Thema Tena est sans doute un peu méfiante, ou plus ou moins convaincue, mais l’idée tend à la séduire, elle acquiesce et reste ouverte et volontaire. Németh ajoute que sa foi pourrait y gagner, notamment en reconnaissance… Elle ne cache pas que, parmi les invités, figurent donc d’ores et déjà Suphis Mer-sen-aki et Ai Anku ; mais chacun prendra sur soi, et il ne pourra en résulter qu’un cycle de conférences profitable à tous – et à tout Gebnout IV. Thema Tena poursuit la conversation sur le mode de la courtoisie, mais laisse entendre qu’elle a besoin de temps pour réfléchir. Németh la laisse donc là, et retourne aux quartiers de la Maison Ptolémée à Heliopolis – croisant, impassible, Bermyl sous couverture, mais, pour autant qu’elle le sache, les « gardes » armés de bâtons n’établissent pas de lien entre eux.

 

À suivre…

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CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (11)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (11)

Onzième séance de la campagne de L’Appel de Cthulhu maîtrisée par Cervooo, dans la pègre irlandaise d’Arkham. Vous trouverez les premiers comptes rendus ici, et la séance précédente .

 

Le joueur incarnant le bootlegger Clive était absent. Étaient donc présents l’homme de main Johnny « La Brique », la flingueuse Moira, le perceur de coffres Patrick, et ma « Classy » Tess, maître-chanteuse.

 

Sur Terre, Patrick, Fran et moi sommes sur la route entre Boston et Arkham ; je me gare à côté des deux voitures débordant d’Irlandais qui nous ont rejoint (Big Eddie est accompagné de trois solides sbires, Seth de quelques autres). Sans être à proprement parler sur les nerfs, ils ont bien conscience que la situation est tendue. Ils nous disent de nous abriter derrière les voitures, qu’on ne puisse pas nous voir depuis la route. Big Eddie, voyant Fran, nous demande sèchement qui elle est – elle est pour sa part un peu surprise par la tournure des événements, voire inquiète devant la carrure et le ton de Big Eddie. Je réponds que nous l’avons rencontrée dans notre excursion inattendue, qu’elle a beaucoup de choses intéressantes à nous dire, et par ailleurs qu’elle s’est montrée compétente et fiable. Mais Big Eddie affirme que, si nous ne parvenons pas à la faire parler, il s’en chargera personnellement… Big Eddie nous interroge alors sur la voiture que nous avions en quittant Boston, je lui dis que nous avons dû la laisser un peu plus loin sur la route – avec dans le coffre la conductrice bien intentionnée dont nous avons réquisitionné le véhicule… Les sbires de Big Eddie s’y rendent pour dissimuler nos traces. D’autres restent avec nous, dont Seth, qui demande à Patrick : « Vous l’avez revu ? Le… Le démon ? Sans tête ? » Patrick acquiesce, disant en outre que nous lui avons concocté une petite surprise – et il brandit sa mitraillette. « Il est fini ? » Patrick répond qu’on ne peut pas en être sûr… Mais il a bien impressionné Seth, qui lui donne une tape amicale dans le dos (malvenue, Patrick étant toujours dérangé…), et dit aux autres que ça, c’est un vrai Irlandais, un vrai de l’IRA ! Je m’impatiente, dis que nous manquons de temps – notamment Patrick, d’ailleurs, qui a besoin d’un médecin… Mais ce sont les ordres de Danny, nous répond Seth ; Patrick lui demande alors si Danny sait dans quel état il se trouve… Il répète qu’il a besoin d’un médecin, et de toute urgence.

 

Nous voyons alors apparaître un grand semi-remorque, qui roule dans notre direction, et arbore le logo de la boisson à la mode, le « Miska-Tonic ! » ; le camion se gare à la suite des autres voitures, fait une marche arrière, et deux types vont ouvrir la double-porte de la remorque ; on distingue à l’intérieur nombre de caisses et palettes. Les Irlandais nous font signe de monter à bord – un couloir se faufile entre les caisses. Nous ne pouvons nous empêcher de nous demander quelles sont les conditions de sécurité aux abords d’Arkham pour imposer ce procédé… Je monte, en faisant signe à Fran de me suivre – elle obéit, mais a de nouveau peur, et mordille encore ses doigts… Patrick nous suit à son tour : il ne demande que ça, bouger… Au fond de la remorque, au bout du passage, se trouve, dissimulé aux regards extérieurs, un espace plus dégagé, avec cinq chaises relativement confortables autour d’une table, une lampe au plafond, et un panier comportant des bières et du whisky. Le camion redémarre, et nous nous asseyons. Fran nous adresse tout d’abord un regard interrogatif, puis se sert d’elle-même une bière dans le panier : « Les Irlandais font les meilleures bières, à ce qu’il paraît ? Prost ! » Pour ma part, je préfère un whisky – quant à Patrick, il ne se sent pas d’avaler quoi que ce soit…

 

Sur l’astéroïde, Pete O’Reilly, plus ou moins dissimulé, par atavisme, dans un trou du sol, est fébrile, fatigué, affamé, assoiffé, son teint est brunâtre… Il hésitait à suivre Johnny, Clive et Moira, mais cette dernière l’a convaincu. Ils restent à l’abri du bâtiment, derrière les cuisines – sauf Clive, dont ils ont perdu le contact à l’intérieur.

 

Les « navigateurs », ou « commerçants », les bêtes lunaires, se dirigent vers le jardin, comptant mettre la main sur d’éventuels survivants pour les « ramener ». Leur peau est blafarde comme la lune, par ailleurs semée de cratères ; leur nombre d’yeux est variable (un, deux, trois…), et ils sont de forme ovale ; elles n’ont pas de nez, pas d’oreilles, pas de sexe, pas d’anus ; leurs bouches sont de taille variable, laissant parfois entrevoir des dents hérissées de manière chaotique ; ils sont par ailleurs nus ou presque, et d’apparence grossière – pouvant évoquer des dessins d’enfants ; on devine une certaine hiérarchie – certains sont clairement des exécutants ; le rang social semble indiqué par le nombre de harnais et autres bandes de cuir qu’elles arborent, auxquels sont attachés des armes (harpons, crochets destinés à la torture, chaînes noires de crasse, des colliers et des menottes également…). Elles sont suivies par des « satyres », clairement des esclaves, qui ont l’air mal nourris et épuisés, et obéissent par réflexe. Arrivés au jardin, elles s’arrêtent, et lâchent, avec une délectation sadique : « Vous venez prendre vos chaînes, ou nous venons vous enchaîner ? »

 

Moira, tétanisée par ce spectacle et ce qu’il implique, s’effondre au sol et ne peut s’empêcher de vomir. Johnny n’a plus confiance qu’en son arme, il est possédé par le désir de violence. Il dit froidement à Moira de partir, rien de plus, et marche en direction des bêtes lunaires. Elles s’en réjouissent tout d’abord… mais saisissent bientôt l’état de Johnny, et sortent leurs armes : « Humain ! Rends-toi ou meurs ! » Johnny ne répond pas, il continue d’avancer… Pete aide Moira à se relever ; elle est toujours affolée, mais a conscience qu’il leur faut profiter de ce que les bêtes lunaires vont se jeter sur Johnny ; elle envisage de rejoindre directement le bâtiment des cages, mais, pour Pete, c’est du suicide : mieux vaut faire le détour par l’autre côté, sous peine d’être repérés, quoi que fasse Johnny…

 

Devant Johnny, les bêtes lunaires forment un demi-cercle – au centre se trouve une d’entre elles, d’allure un peu différente, et portant notamment des sortes de vêtements ; elle n’a par ailleurs pas de lame, seulement un bâton – mais aussi deux livres enchaînés à sa ceinture et dotés de fermoirs en métal. Une des bêtes lunaires tient des esclaves en laisse, tire sur la chaîne de l’un d’eux et lui ordonne d’attaquer ; le satyre ne comprend tout d’abord pas ce qu’il doit faire, et se fait fouetter en conséquence ; il s’empare alors d’un sabre et charge Johnny… mais il est trop fatigué pour porter des coups efficaces, et son sabre s’échappe même de ses mains trop faibles ! Johnny en profite, et l’éviscère.

 

Pete et Moira ont atteint l’autre extrémité du grand bâtiment – prêts à traverser jusqu’à l’arrière de l’atelier ; mais Pete a besoin qu’un adulte lui dise quand traverser… Moira prend l’initiative, et leur discrétion n’est pas prise en défaut, ils agissent au meilleur moment.

 

Les bêtes lunaires s’amusent de la mort de leur esclave, qui les fait rire aux éclats… Johnny dégage sa hache du cadavre, et attend la suite des opérations, restant sur place. La bête lunaire au centre du demi-cercle, de sa main gauche, soulève un de ses livres, et entame une litanie, tout en se dirigeant, accompagnée d’esclaves, vers la cabane où se trouve l’autel…

 

De retour sur Terre, dans le camion en route pour Arkham. Fran, qui a décidément soif, est curieuse du goût du Miska-Tonic !, et nous demande si elle peut se servir. Je lui réponds qu’à ce stade, je ne pense pas qu’une caisse ouverte pose problème… Elle en ouvre une à l’aide d’un pied de biche, et prend une cannette. Elle nous demande si nous en voulons, nous répondons négativement ; Patrick l’étonne, à ne rien boire, elle trouve ça bizarre pour un Irlandais… Je lui réponds qu’il boit ce qu’il veut. Fran sirote sa boisson, semble lui trouver un goût étrange… puis s’évanouit. Je me précipite sur elle, et reconnais dans son état une crise allergique (j’avais déjà vu ça chez une de mes collègues, du temps où j’étais femme de ménage) ; sa respiration est hachée, ses yeux sont retournés sous ses paupières closes ; je m’assure qu’elle respire mieux, lui prends le pouls (d’abord frénétique, mais qui tient bon), et m’empare d’une cannette, que je dissimule sur moi.

 

Cela fait longtemps que nous roulons – en fait, nous avons probablement du retard, nous aurions déjà dû être arrivés… Les cahots sont tout particulièrement ressentis par Patrick toujours dérangé – il suppose que nous nous trouvons désormais sur un chemin de terre. Je reste sur mes gardes, guettant l’ouverture de la porte arrière de la remorque. Trente minutes plus tard, nous roulons toujours… Fran se sent probablement un peu mieux, ou du moins le plus gros de la crise est passé, mais elle est toujours inconsciente. Patrick s’interroge sur le Miska-Tonic ! Quelques minutes après, le camion s’arrête enfin – nous supposons être dans la périphérie rurale d’Arkham. J’entends, à quelque distance, des cris de porcs… et Fran qui gémit dans son sommeil, appelant son père. Puis des pas qui se rapprochent… La porte arrière est ouverte, une personne est montée à bord et s’avance dans notre direction. Je me planque sur le côté, derrière des caisses, à tout hasard, tandis que Patrick arme sa Thompson… Mais c’est Danny O’Bannion ! Il semble amusé par la mitraillette de Patrick… et me repère immédiatement ; il m’adresse un clin d’œil, et m’invite à m’assoir.

 

Il voit Fran au sol, se penche sur elle, puis nous adresse un regard interrogatif, en sortant un cigare ; il attend visiblement des explications. Patrick lui dit : « Elle revient comme nous de l’Enfer, et est maintenant à nos côtés. Ça te suffit ? » O’Bannion demande si nous pouvons lui faire confiance ; je lui explique qu’elle est une victime d’Hippolyte Templesmith, et qu’elle a beaucoup de choses à raconter. Patrick dit qu’il a plus confiance en elle que dans ce Miska-Tonic ! Mais O’Bannion se contente de dire que ce n’est pas le sien… Puis il prend la direction de la conversation – en nous expliquant que, parfois, avec Elaine, il se livrait à des « jeux de rôle » au cours desquels ils échangeaient leurs personnages (à la suggestion d’un psychiatre, tabassé pour la forme – O’Bannion acceptant difficilement qu’on lui dise de faire la femme…) ; c’était amusant, cependant, peut-être même utile… On joue ? Nous devinons la présence d’hommes armés, tout près… Patrick dit qu’il a tout d’abord besoin d’un médecin. O’Bannion en convient, mais nous parle alors de son oncle (par ailleurs le grand-père de Big Eddie) qui, quand il avait des doutes, embarquait tous les suspects dans sa ferme, et les torturait à mort avant de les donner aux cochons… quand il avait obtenu toutes les informations utiles. Il nous demande si c’est là une « bonne réaction ». Il a certes été éduqué comme ça, mais je me demande s’il n’a pas conscience que ce comportement ne serait rien d’autre qu’un gâchis sanguinolent… Je lui réponds qu’il serait dommage de se séparer ainsi d’éléments utiles ; jouer des rôles, par ailleurs, j’ai fait ça toute ma vie, je veux bien continuer, mais pense néanmoins que la sincérité serait autrement plus utile… Patrick se contente de lui dire que nous sommes des rescapés de l’Enfer où O’Bannion lui-même nous a envoyés… Ce dernier sourit, et dit qu’il pense que j’ai raison… Il prend Fran, la soulève sur son épaule, et s’en va vers la porte du camion en nous faisant signe de le suivre.

 

Dehors, Patrick repère huit hommes armés (certains avec des pistolets, d’autres avec des mitraillettes) ; O’Bannion leur adresse un signe négatif de la tête – ils cessent de nous regarder, et se dirigent vers une très belle ferme. On devine Arkham a une dizaine de kilomètres de là, au-delà des champs. La ferme – qui comprend notamment un grand enclos à cochons – est une sorte de résidence secondaire d’O’Bannion. On y reconnaît quelques Irlandais – des types grillés qui ont besoin de se mettre temporairement au vert, leur présence n’étant plus souhaitable à Arkham, mais quelques « débiles » aussi, qui n’ont pas vraiment d’autre utilité et travaillent ici…

 

O’Bannion nous dit que nous vivrons désormais ici, le temps que les choses se calment (même si, à tout hasard, il me jette un porte-clés, celui d’un luxueux appartement de French Hill, en ville). Et, à l’intérieur de la ferme, nous trouverons du papier et des stylos : à nous d’écrire… Je dis cependant à O’Bannion qu’une conversation, en plus, serait sans doute utile… Dans l’immédiat, les hommes d’O’Bannion ont récupéré des affaires chez nous (nos divers logements à Arkham sont bien sûr sous surveillance) ; on y trouvera aussi un mot des frères Fletcher, qui nous ont même laissé une partie de leur butin après avoir braqué une banque (O’Bannion s’est visiblement servi dans le magot, prélevant sa part, et il n’y a rien à y redire, c’est très correct). O’Bannion nous dit aussi qu’un « curieux », qui s’inquiétait de nous, se trouve à l’intérieur, à l’étage, ligoté… Patrick insiste : il a besoin d’un médecin ! O’Bannion dit à Seth de contacter Nick (son toubib personnel, en principe jamais en lien avec ses hommes de main), et lui refile Fran au passage.

 

O’Bannion me demande si je désire lui parler ; c’est le cas, je me dirige à sa suite dans les champs. Je lui laisse entendre qu’à l’évidence il savait bien des choses sur Templesmith, des choses qu’il nous a caché : ce n’était pas un simple rival en affaires ou en amour, mais bien plus que ça… O’Bannion admet qu’il s’en doutait. Nous en a-t-il assez dit ? Car Patrick a raison : c’est bien en Enfer qu’il nous a envoyés ! Avec l’affaire de la bague, cela fait deux fois que Johnny et moi nous coltinons des missions hors-normes, clairement surnaturelles, et terriblement dangereuses ! Ne peut-il pas nous faire confiance, nous dire ce qu’il sait avant de nous ordonner de nous jeter dans la gueule du loup ? Cette histoire de confiance vexe visiblement O’Bannion… Je lui explique que je ne doute pas de sa confiance à la base – sans quoi il ne nous aurait pas confié ce genre de boulots délicats – mais que davantage de cette confiance serait profitable à tout le monde… O’Bannion attend que nous lui fassions notre rapport, afin d’en savoir davantage. Il ajoute que, si nous réussissons ce travail, la récompense sera à la hauteur : on aura le poste qu’on souhaite, pépère ou plus risqué à notre convenance, ou même la possibilité de se retirer avec un joli magot… Je suppose que ça en vaut la chandelle. Je lui promets un rapport complet, exhaustif. Je lui demande aussi s’il a une idée d’où sont passés les autres, mais ce n’est pas le cas… C’est la fin de la promenade, sans ambiguïté à cet égard – O’Bannion me tend son cigare entamé, je l’accepte, il me fait une légère courbette, m’invite à me détendre quelque peu en profitant de la sécurité de la ferme, puis à écrire mon compte rendu – il repassera alors pour en parler avec nous. Il évoque brièvement Drexler, notant qu’il nous en veut visiblement, mais ne s’étend pas davantage sur la question… Je lui glisse que j’ai lancé des recherches à l’Université Miskatonic, où je ne peux pas me rendre en l’état… Mais il me dit qu’il n’est pas Dieu, juste un conseiller municipal : il ne peut pas tout faire… Il m’adresse un clin d’œil, puis marche d’un pas plus pressé vers sa voiture, où son chauffeur l’attend.

 

Sur l’astéroïde, tandis que Moira et Pete contournent l’atelier (vers lequel se dirigent le « chef » des bêtes lunaires et ses esclaves), Johnny est en plein combat contre les esclavagistes. Les bêtes lunaires visent sans hésitation son bras droit – ou ce qu’il en reste. L’une d’entre elles est armée d’un fouet d’un cuir inconnu s’achevant par des griffes de métal, tandis qu’une autre manie un sabre, et une autre encore un harpon. Johnny bondit sur le côté et évite leurs assauts. Mais différents végétaux autour de lui émettent des bruissements, et semblent se tisser entre eux, jusqu’à former une sorte de tresse préhensile, qui cherche à s’enrouler autour des pieds de Johnny – mais celui-ci voit venir et l’évite. Il attaque la bête lunaire armée d’un fouet, mais elle esquive elle aussi.

 

Moira et Pete voient tout cela – Johnny est visiblement mal parti, submergé par ses adversaires… Pete dit clairement à Moira qu’il va se faire massacrer ! Mais Moira lui répond qu’ils ne peuvent plus rien faire pour lui… Le temps que la situation se décante, ils restent cachés derrière l’atelier.

 

La tresse s’enroule enfin autour de la jambe gauche de Johnny – qui a la sensation que son pied s’enterre. La bête lunaire au fouet, en voulant porter un nouveau coup, fait cependant un faux mouvement et se griffe le visage ! Mais Johnny se fait harponner – et il est maintenant aux portes de la mort… Deux bêtes lunaires, qui se trouvaient derrière le sorcier (lequel a arrêté de psalmodier – son invocation concernait sans doute les plantes), constatent l’inefficacité de leurs lames, et s’avancent vers Johnny au sol avec des filets. Celui-ci tire sur la chaîne du harpon, visant le sorcier… Sans grand effet, si ce n’est que ce dernier ordonne à ses sbires de tuer Johnny pour cette insulte. Johnny est maintenant prisonnier d’un filet, qui le sépare en outre de sa hache. Les bêtes lunaires s’emparent de chaînes pour l’immobiliser encore davantage, et usent de leur poids pour le maintenir au sol, tandis que d’autres s’approchent armées de lames ; le sorcier est ravi, arborant un rictus sadique : « Regarde-moi, humain ! »

 

Moira voit et entend ce qui se passe tandis que le petit groupe entre dans l’atelier. Pete la serre de plus en plus fort. Moira lui demande s’il a une arme, ce n’est pas le cas, et elle lui donne la plus petite de ses deux dagues. Puis ils foncent à toute allure vers les cages… mais celles-ci sont très loin, et ils ne vont pas aussi vite qu’ils le voudraient – ils sont épuisés, et incapables de conserver ce rythme, ils doivent reprendre leur souffle… Une bête lunaire les aperçoit quand ils sont contraints de ralentir voire de s’arrêter, et prévient ses congénères.

 

Johnny, immobilisé, ne peut quasiment rien faire – à peine peut-il éviter un premier assaut en usant de sa force pour se déplacer au sol ; il cherche à mordre ses agresseurs aux mollets, mais sans succès…

 

Moira et Pete aperçoivent alors quelque chose de petit qui s’approche de l’astéroïde, et qui scintille, d’une certaine manière : c’est Radzak (mais Moira ne l’avait encore jamais vu, elle était inconsciente quand le chat, Johnny et Clive ont eu leur petite conversation), qui se pose tranquillement au sol avec une élégance toute féline. Il secoue sa fourrure cristalline, presque transparente, et balaye la scène du regard, un sourire cruel et sadique vissé sur sa face. Les bêtes lunaires l’ont vu arriver, et semblent terrifiées. Radzak s’avance dans leur direction : « Chers… anciens… collègues… » Les bêtes lunaires reculent, et semblent même oublier Johnny. Une d’entre elles s’avance, cependant, comme pour négocier, et appelle le chat par son nom… Moira et Pete en profitent pour reprendre leur course vers les cages – Moira a repris suffisamment de souffle et parvient à destination, mais ce n’est pas le cas de Pete, qui s’arrête stupéfait à mi-chemin… Radzak se jette alors sur les bêtes lunaires, semblant presque voler de l’une à l’autre, et les massacre… Il écrase littéralement le crâne d’une d’entre elles d’un simple coup de patte. Pete vomit…

 

Moira fouille la cabane aux cages, mais n’y trouve rien d’utile – et pas la moindre « porte »… Les esclaves lobotomisés dans une cage s’agitent, mais n’ont pas l’air menaçants – ils sont trop paumés pour ça. Par contre, Moira entend des hurlements dehors, qui s’arrêtent petit à petit… et un miaulement de ravissement sauvage. Elle sort la tête par la porte d’entrée pour avoir un aperçu de ce qui se passe : elle voit Pete en train de vomir, et le chat qui se déplace à une vitesse telle qu’il semble se dédoubler – comme s’il avait un don d’ubiquité ; une fois qu’il a achevé toutes les bêtes lunaires, il se pose, l’air satisfait, et lèche sa peau cristalline recouverte d’un sang jaunâtre…

 

Johnny se secoue, essayant vainement de se libérer des chaînes, mais n’y parvient pas…

 

Moira tourne autour du bâtiment, se demandant si la porte qu’elle cherchait ne se trouverait pas à l’extérieur… Pete l’aperçoit et, en sanglots, l’appelle à l’aide ; mais Moira se contente de lui faire signe de venir…

 

Radzak s’approche doucement de Johnny, qui lui lance : « T’arrives un peu tard… » Radzak lui répond : « Vous me prenez pour un sauveur ? Toi mal en point, humain… » Il le regarde, curieux : « Tes amis ont subi le même sort ? » Johnny répond qu’il n’en sait rien… Radzak indique d’un geste Pete, et demande à Johnny : « Il est à vous, ce gamin ?

­— Ouais, il vient de chez moi…

— Tu aimerais qu’il y retourne ?

— Ouais… »

Radzak appelle Moira : « Tu ne veux pas assister aux derniers moments de ton ami ? » Sa voix est éventuellement chargée d’un certain sadisme, mais pas menaçante pour autant. Moira ne répond pas de suite : elle essaye de grimper sur le bâtiment, cherchant la « porte » sur son toit, mais n’y parvient pas. Ce n’est qu’alors qu’elle va chercher Pete : « Viens, gamin… » Radzak pose alors sa patte avant droite sur la tête de Johnny, qui perd conscience, puis il se retourne pour faire face à Moira et Pete, qui approchent enfin, résignés. « Je croyais les humains plus respectueux… Le laisser comme ça… » Moira lui demande comment ils peuvent rentrer chez eux. Radzak : « Je t’aime bien, toi… » Il se rapproche d’elle, se frotte contre ses jambes, tandis que Pete avale sa salive. Radzak demande à Moira : « Que pensez-vous donc de notre ami commun, ce cher Hippolyte ? » Tandis que Johnny s’éveille vaguement et crache du sang, Moira reprend, obsédée : « C’est sérieux… Dis-moi comment rentrer sur Terre… »

— Quel intérêt aurais-je à vous laisser repartir ?

— Je ne sais pas, dis-moi ce que tu veux… »

Johnny, dans le vague, crache : « T’as le gosse ! » Mais il se reprend aussitôt : « Non, touche pas au gosse… » Radzak dit qu’il souhaite la mort de « 6X », et demande à Moira si elle peut la lui promettre. Moira acquiesce – et Radzak semble développer une relative estime pour elle ; il lui dit que, pour partir, il faut prononcer une phrase rituelle… et faire un sacrifice humain. Moira, écœurée, demande s’il n’y en a pas déjà eu assez… Radzak lui dit que, dans ce cas, ils ont ce beau navire, désormais vide – ils pourraient devenir des explorateurs, faire de magnifiques découvertes ? Mais visiblement, ils n’en ont guère envie…

 

Radzak hausse les épaules, et s’approche à nouveau de Johnny, tandis que Moira serre Pete contre elle, et lui cache les yeux de la main. Radzak, de toute façon, ne manque pas de le dire : « Ce spectacle ne vous plaira pas, vous feriez mieux d’aller m’attendre dans les cages… » Ils s’éloignent… Johnny lui dit de faire vite. Radzak lui demande pourtant un instant, saute et disparaît dans le vide, réapparaît devant l’atelier, disparaît à nouveau, et se rematérialise enfin à côté de Johnny – il a maintenant dans ses griffes des petits cubes de bois, qu’il assemble grossièrement. « Maintenant, nous savons tous ce qu’il reste à faire… » Il sort une griffe, et regarde Johnny dans les yeux : « Un dernier mot, Terrien ? » Mais Johnny ne parvient à rien dire. Radzak dit qu’il ne voudrait pas qu’on lui attribue une réputation de pitié… mais tanche la gorge de Johnny d’un coup rapide et précis : « La Brique » meurt en quelques instants…

 

Radzak rejoint alors Moira et Pete, fait une litanie, et les regarde : « Je vous en prie, détournez les yeux, c’est assez gênant… » Moira lui tourne le dos, et se protège les narines du bras – ce qui ne suffit pas à masquer la très forte odeur de pisse de chat… « C’est bon », dit enfin Radzak. Moira se retourne, et une porte se précise de plus en plus. Radzak l’interrompt : « J’ai failli oublier… En tant qu’alliée, tu vas devoir tenir ta promesse… » Il tend une patte à Moira, contenant une sorte de cristal transparent. « Prends-en soin. Quand tu seras proche de la réalisation de ta promesse, plonge-le dans une flaque de sang, et j’apparaîtrai… Mais tu connais le caractère des chats : ne compte pas sur moi pour arriver dans la seconde… » Puis il tend une boîte à Moira (abritant cette fois de la cervelle…) : « Bon retour chez vous, Terriens… Passez le bonjour à ʺ6Xʺ… » Moira se tient devant la porte – exactement semblable à celle qui se trouvait chez Templesmith ; elle l’ouvre, et la franchit avec Pete – sans plus se soucier de Clive, qui ne s’est pas manifesté depuis qu’il s’est réfugié dans le grand bâtiment. Elle perd à nouveau connaissance, ainsi que Pete à ses côtés…

 

De retour sur Terre, à la ferme d’O’Bannion. La propriété est scindée en deux : à gauche se trouve un ensemble plutôt luxueux, ou du moins cossu (meubles de qualité, fauteuils confortables…), qui nous est réservé, tandis que les « fermiers » disposent de la partie de droite. Patrick s’est installé dans le salon ; il est bien mal en point, et Seth appelle Nick, le médecin personnel de Danny O’Bannion, pour qu’il s’en occupe, après avoir déposé Fran inconsciente sur un canapé. Je les rejoins après m’être entretenue avec O’Bannion dans le champ.

 

Seth nous dit qu’il y a un « nouveau », destiné à intégrer notre « petit groupe d’élite » : il s’agit de Dwayne, qui nous attendait dans le salon.

 

[C’est le personnage qu’incarne désormais le joueur qui était jusqu’alors Johnny « La Brique ».]

 

C’est un homme assez grand, que nous avions déjà croisé à l’occasion. Patrick lui trouve un regard semblable au sien, peut-être un brin cynique ou blasé – le regard d’un homme qui a vu des atrocités… Nous savons que c’est un ancien militaire, et qu’il a fait de la prison dans ce cadre. Je sais aussi qu’il est en couple avec une certaine Brienne, avec qui j’étais en classe… Il donne en tout cas l’impression d’être ouvert ; il fume beaucoup, boit s’il en a la possibilité, apprécie le cas échéant la musique folklorique irlandaise : Seth, à sa demande appuyée par Pete, en met un disque ; j’aurais pour ma part préféré du jazz, mais bon…

 

Seth revient bientôt nous dire que Nick est en route. Patrick demande ce qui est arrivé aux autres, je lui dis que je l’ai demandé à O’Bannion, mais qu’il n’en a pas la moindre idée. Patrick est obsédé par l’idée d’aller les aider – mais je lui dis que nous ne savons même pas où ils sont… Et O’Bannion attend notre rapport. Patrick insiste : on ne laisse pas des amis en arrière ! Mais je lui dis qu’il n’est visiblement pas en état de partir à leur rescousse, et, à vrai dire, moi probablement pas beaucoup plus… Dwayne est intrigué par ce que nous disons de nos camarades disparus, mais ne s’implique pas davantage pour le moment.

 

Fran se réveille. Je lui pose doucement une main sur l’épaule, ce qui la fait sursauter. Elle émerge, prend conscience de la musique, nous voit, nous demande ce qui s’est passé. Je lui dis qu’elle semble avoir fait une réaction allergique en buvant du Miska-Tonic !, et lui demande si ça lui était déjà arrivé. Elle avance doucement que ça l’a fait penser à ce que Hippolyte Templesmith lui donnait à manger… Je lui demande si elle peut en dire davantage, mais pas ici : Fran me guide vers la salle de bains pour une « discussion entre filles ». Elle enlève ses vêtements et s’assied dans la baignoire, prostrée. Le soda lui a provoqué des aphtes, et un mal de ventre extrême. Elle m’explique que Templesmith lui donnait à manger de la « viande hachée », sans qu’elle se fasse d’illusions quant à sa provenance : une fois, il lui aurait même donné un morceau de la jambe de son propre père ! Je compatis, mais lui dis qu’elle ne doit rien nous cacher, c’est important. Elle ne pensait de toute façon pas en parler à qui que ce soit un jour… Elle semble avoir confiance en moi ; elle me demande si elle pourra être embauchée par O’Bannion, je lui dis que j’y veillerai, mais qu’auparavant elle doit elle aussi rédiger un rapport circonstancié. Nous papotons quand même un peu, à propos d’O’Bannion… Fran a l’air surprise à chaque allusion ou presque. Elle me demande de lui laisser une heure pour se remettre, après quoi elle se lancera dans le rapport.

 

Je rejoins les autres dans le salon. La musique folklorique irlandaise me tape sur les nerfs, je vais changer le disque sans demander son avis à qui que ce soit, et mets du jazz ! Nick arrive peu après – un homme bedonnant, avec des lunettes, vêtu d’une blouse blanche, et portant une mallette ornée d’un caducée. On avait besoin de ses services ? Patrick le confirme, lui disant qu’il est tout cassé, ou haché menu, de l’intérieur… Nick sort un stéthoscope tandis que Patrick ôte sa chemise, et Nick l’ausculte, lui prenant aussi la température et lui palpant le torse : « Ça vient des tripes ? Peux-tu localiser la douleur ? » Patrick ne peut rien indiquer de précis, mais a l’impression de pisser le sang de toutes parts… Nick palpe alors du côté des viscères, et Patrick hurle de douleur – comme si des centaines d’aiguilles s’étaient plantées dans son estomac et ses intestins… Je m’approche et regarde tout cela de plus près. Nick demande à Patrick s’il veut quelque chose dans quoi mordre, et lui tend de quoi faire, puis palpe à nouveau, très doucement, là où Patrick a ressenti la plus vive douleur. « Tu as mangé quelque chose de louche, Patrick ? » Celui-ci répond que non, qu’il n’a de toute façon rien mangé, ou presque : quelques choses chez Otto, mais la douleur était déjà là – elle vient de ce qu’il a franchi des « portes »… Il ne veut pas mourir, pas comme ça. Nick continue de l’interroger : a-t-il vomi récemment ? Oui, il y avait un peu de sang dans la bile… Même chose pour ses selles et son urine. Peut-être y avait-il aussi d’autres choses, en plus du sang, des choses qu’il ne saurait définir… Nick lui laisse entendre que la pensée peut avoir des conséquences physiques, sans s’étendre davantage sur le sujet ; il lui donne deux cachets : un à prendre de suite, un autre après le dîner. Il nous fait l’effet d’être très professionnel, à la hauteur de sa réputation… mais Patrick suspecte qu’il n’a aucune idée de ce dont il souffre, que cela le dépasse complètement, ou peut-être qu’il entend dissimuler ses craintes ; quant au médicament, c’est très probablement un placebo… Patrick le gobe néanmoins (il a goût de sucre). Nick lui dit qu’O’Bannion l’a visiblement à la bonne, et qu’il faudra qu’il donne de ses nouvelles. Patrick lui répond : « Tu seras invité à mon enterrement… » Fran nous rejoint au moment où Nick s’en va.

 

De retour à Moira. Celle-ci reprend conscience avant Pete, et sent l’odeur d’une boîte « consumée ». Elle est étendue par terre, sur de la moquette. Elle comprend bientôt qu’elle est de retour dans le bureau de Hippolyte Templesmith, à côté de la porte « donnant sur le vide »… Et elle entend plusieurs personnes dans la pièce d’à côté. Pete gémit faiblement, et Moira lui plaque la main sur la bouche. Pete se réveille enfin, et Moira lui chuchote qu’ils ont « réussi »… Pete lui demande où ils se trouvent, et Moira ne lui cache pas qu’ils sont dans le bureau de « 6X », et qu’ils ne sont pas seuls… Mais elle cherche à le rassurer, lui disant de ne pas s’en faire. Elle se rapproche doucement de la porte… mais n’est pas assez discrète, et on la repère dès qu’elle l’entrouvre ! Un homme en costume se trouve dans la grande pièce à côté, accompagné de quatre autres personnes vêtues de manteaux longs à haut col et de gants… et ils puent le poisson. Ils la regardent, interloqués… Puis l’homme au milieu crie : « Chopez-la ! » Moira, instinctivement, se retourne, s’empare de Pete, voulant tenter de sauter par la fenêtre avec lui (il fait nuit dehors… et ils sont à quatre mètres de hauteur) ! Mais leurs jambes s’emmêlent dans leur course, tandis que les quatre sbires s’approchent…

 

[La joueuse incarnant Moira a dû s’arrêter là pour cette séance. Les personnages de Dwayne, Patrick et Tess étant ensemble, nous avons néanmoins poursuivi de notre côté.]

 

De retour à la ferme d’O’Bannion. Fran, qui ne connaît pas Dwayne et est quelque peu méfiante, joue la garçonne, lui laissant bien vite comprendre qu’il n’a aucune chance de la draguer. Elle se présente tout de même, mais sèchement, et va s’asseoir.

 

Avant de rédiger mon rapport, je vais faire un tour dans ma chambre à l’étage – curieuse de voir précisément ce qui a été récupéré chez moi. Mais, dans le petit salon entre les chambres, je trouve le « curieux » ligoté, les yeux bandés et un journal roulé enfoncé dans la bouche, dont parlait O’Bannion ; il sursaute quand je m’approche de lui – et je le reconnais : c’est Stanley, mon contact à la bibliothèque de l’Université Miskatonic ! Je m’approche encore, lui ôte le journal de la bouche et le bandeau de ses yeux. Il est terrifié, avançant sans trop y croire qu’il ne faut pas lui faire de mal, qu’il a des relations à l’Université ! Et il me reconnaît, stupéfait : je serais donc une… criminelle ? « Tout de suite les grands mots… » Je l’invite à se calmer et se reprendre, lui tends ses lunettes et le libère de ses cordes. Je lui offre même un thé, quand il se montre trop paniqué pour me répondre – il veut bien, et je lui en sers un, délibérément trop chaud (il se brûle)… Il est terrifié, ne cesse de répéter que, ne sachant pas de toute façon qui l’a enlevé, il ne témoignera contre personne, on peut lui faire confiance ! Mais je coupe court à ses promesses et jérémiades, et lui demande s’il a pu travailler sur le livre que je lui avais confié. Il est interloqué… mais me répond : ce livre, du nom de Magie véritable, est tout bonnement affreux… Ce n’est pas, contrairement à ce qu’il croyait tout d’abord, l’œuvre d’un dément, mais le journal d’un « chasseur de sorcières » du Massachusetts, probablement jeune, vers 1700, au cours d’un voyage entre Boston et Arkham – il y exprime ses « doutes » quant aux femmes soupçonnées de sorcellerie alors, et torturées pour cette raison ; l’idée, c’est qu’il aimerait « comprendre » plutôt que de simplement « combattre »… On trouve dans son livre la retranscription de rituels et autres sortilèges ; Stanley lui-même n’est pas bien sûr d’y croire, mais ne cache pas que ça l’angoisse… tout en l’intéressant, à son corps défendant peut-être. Il s’attarde notamment sur ce qui y est dit des « anges », ou « ailes savantes », ainsi que sur la création de signes de défense occulte contre la « magie » des « créatures » (il me tend un papier reproduisant ce signe – une étoile à cinq branches avec un œil enflammé en son centre – et accompagné de notes). Je le remercie pour son bon travail, et me félicite de ce qu’il dispose maintenant d’un endroit au calme pour avancer dans ses recherches… Il n’en revient pas : est-il notre prisonnier ? Non, non, disons, un « invité »… Il est pour le moins déçu, grommelle qu’il ne me voyait pas comme ça… Mais je lui dis que rien de tout cela ne dépend de moi, et lui assure que, le moment venu, il retrouvera son travail et son quotidien, comme si de rien n’était. En attendant, il peut envisager son séjour ici comme des « vacances studieuses »… Qu’il finisse donc de travailler sur le livre ; ceci étant, j’en ai récupéré d’autres qui pourraient l’intéresser (je pense surtout au livre de mathématiques de Stuart, et aux notes de son étudiant Mortimer Campbell ; mais Patrick avait rassemblé encore d’autres ouvrages lors de notre périple). Cette surcharge de travail – laissant entendre qu’il ne quittera pas son nouveau foyer de sitôt – l’effraie, bien sûr, mais tout en l’intéressant quelque peu… Il me demande si je crois à tout cela, mais je lui dis que ça n’a aucune espèce d’importance – et de même pour lui, bien sûr. Je l’effraie, en tout cas – et m’en délecte… Quand je lui tends les autres ouvrages (je suis tout particulièrement curieuse en ce qui concerne les notes), il me dit cependant qu’il ne peut pas tout étudier à la fois, il vaut mieux qu’il se concentre sur un seul livre, sans quoi il ne pourra pas se montrer efficace… Déjà qu’il y travaille six heures par jour… Six ? Je lui dis que ce n’est pas suffisant ; disons huit – et quelqu’un de dispos pour lui servir thés et collations, qu’il ne manque surtout de rien. Stanley, trop effrayé pour protester, accepte – je vais alors trouver un des gardes de la ferme, lui confiant la mission de surveiller Stanley et de veiller à l’assister.

 

Puis je me mets à la rédaction de mon rapport : je m’applique, je veux faire quelque chose de très sérieux, très complet. Je précise d’emblée que seul O’Bannion doit le lire – après quoi je ne dissimule rien des événements surnaturels auxquels nous avons été confrontés.

 

Patrick, de son côté, met quatre heures à rédiger son propre compte rendu. Il souffre d’un léger inconfort, constamment, même si supportable dès l’instant qu’il ne s’agite pas ; il n’est en tout cas guère concentré, et bâcle un peu les choses : son récit n’est guère circonstancié, il va succinctement à l’essentiel. Il évoque le surnaturel sans ambages, de même pour toutes les horreurs qu’il a vécues. Il a conscience que ses convictions, qu’elles concernent la foi ou plus largement la philosophie, ont été rudement affectées par ce qu’il a vu, et il est plus que jamais dans le doute…

 

Fran rédige son rapport de son côté, tandis que Dwayne tue le temps en buvant des bières avec les « fermiers » (il peut loger ici, même si, n’étant pas recherché pour sa part, il n’a aucune difficulté pour retourner chez lui à Arkham).

 

Seth nous retrouve plus tard, et s’empare de nos récits. Il nous tend aussi un journal : Hippolyte Templesmith fait les gros titres – suite aux ignominies dont sa famille a été la victime (la mort de ses parents lui conférant une popularité supplémentaire), il a tenu un discours démagogique au possible en plein centre-ville d’Arkham, annonçant qu’il se portait candidat au poste de maire de la ville, qu’il entend bien « nettoyer ». Le journaliste ne tarit pas d’éloges à son sujet, et se fait l’écho des acclamations de la foule (nous sommes fin décembre, les élections auront lieu en février).

 

En attendant, que faire ? Patrick y revient sans cesse : il nous faut retrouver nos camarades ! Le dialogue de sourds se poursuit : je répète bien sûr qu’il sera pour le moins difficile de retourner chez Templesmith (où la sécurité est probablement encore accrue), à supposer même que nous pourrions y retrouver Clive, Moira et Johnny : nous n’en savons rien, nous n’avons aucune idée d’où ils sont ! C’est tout juste si je concède que les hommes de Templesmith pourraient quant à eux en avoir une idée, mais je ne suis guère convaincue… Patrick, plus va-t’en guerre que jamais, brandit même sa mitraillette. Alors je m’avance auprès de lui… et le touche brièvement là où ça lui avait fait mal quand le médecin le palpait – il hurle de douleur ! Après quoi je lui demande s’il croit vraiment être en état de se rendre chez Templesmith… Tout à sa souffrance, Patrick ne répond pas. Dwayne, de son côté, se dit prêt à nous suivre – même s’il est loin de connaître tous les tenants et aboutissants de notre aventure ; mais il ne cache pas que se jeter comme ça dans la gueule du loup lui paraît « un peu chaud »… Mais Patrick reprend, sur un autre terrain : il semble croire que, s’il est un endroit où son état pourra s’améliorer, c’est sans doute chez Templesmith ; et son obsession de retrouver les autres ne le lâche pas une seconde. Fran, à maints égards, l’admire vraiment pour son esprit chevaleresque – d’autant qu’il l’a sauvée et s’est toujours montré très sympathique envers elle –, mais elle ne peut dissimuler son inquiétude à l’idée de retourner en Enfer… J’insiste : peut-être nous faut-il effectivement y retourner, mais pas question de s’y rendre comme des brutes, il nous faut nous préparer, avec le plus grand soin. Fran renvoie aux conseils que lui donnait son père : on pourrait attirer le pigeon sur notre terrain – il est en effet trop risqué d’aller le débusquer chez lui… Dwayne l’appuie, tandis que Patrick s’effondre dans un fauteuil en grommelant. Je dis qu’il nous faut préciser nos objectifs. Sauver les copains, oui, mais est-ce qu’attirer Hippolyte Templesmith nous serait vraiment utile à cet effet ?

 

Nous avons peut-être une aide inattendue cependant : je montre aux autres, en le leur résumant, le rituel de protection retranscrit par Stanley – le symbole doit être gravé ou peint sur n’importe quelle matière… mais sa création implique aussi un sacrifice (celui d’un humain, ou d’un grand animal éventuellement, voire un sacrifice « spirituel » consistant en longues heures de méditation). L’auteur de Magie véritable semble convaincu de son efficacité, mais, au fond, pour notre part, nous n’en savons rien… Patrick demande à Fran si ce symbole lui dit quelque chose, mais ce n’est pas le cas, c’est la première fois qu’elle le voit. Dwayne trouve ça « flippant »… Patrick me demande si j’y crois, mais je n’en sais rien – je ne sais plus que croire après tout ce que nous avons traversé…

 

Patrick va voir Seth, tandis que je vais me livrer à une revue de presse, avec l’assistance de Fran. Dwayne, de son côté, étudie les documents que nous avons ramené de chez Templesmith, et tout particulièrement la liste de noms que j’avais recopiée dans son bureau. Nous connaissons tous Robert Carlyle, richissime playboy, connu par ailleurs pour ses déboires alcooliques – même si la presse, tout en jouant le jeu du scandale, ne se montre pas forcément hostile à l’encontre du puissant personnage. Dwayne a aussi entendu parler du docteur Herbert West, médecin qui avait quitté Arkham il y a quelques années de cela, après avoir été soupçonné de profanations de sépultures, ce qui n’avait pas manqué de révulser ses collègues de l’Université Miskatonic… Le nom de Charles Reis, nous l’avons croisé : le carnet de notes récupéré chez Templesmith est à son nom. Mais nous ne savons pour l’instant rien des autres : Mortimer Campbell (que nous redoutons certes d’avoir rencontré sous forme de rat…) et Kristen Johnson, Tina Perkins, et enfin Pierce Hawthorne…

 

Patrick, Fran et moi regagnons l’étage, où Stanley est en plein travail. Patrick lui demande ce qu’il pense de ce qu’il a « traduit », mais Stanley, visiblement mal à l’aise, dit qu’il est aussi perdu que nous à ce sujet, sinon plus… Mais y comprend-il quelque chose ? Il ne voit pas quoi rajouter, il fait ce qu’il peut…

 

Je me mets à ma revue de presse. Fran s’ennuie, elle me demande si elle peut m’aider – volontiers, et je lui laisse les journaux de Boston, ville qu’elle connaît autrement mieux que moi. Je ne trouve rien de bien utile de mon côté… mais Fran se tend subitement, pousse un bref cri et éclate en sanglots : un article lui a révélé que le garage d’Otto a subi une mystérieuse attaque… et que des cartes d’as de pique ont été disséminées sur les cadavres, un vrai massacre. Dwayne, attiré par le cri, vient voir ce qui se passe… Mais Fran se reprend un peu, et va fumer une cigarette dehors ; je l’accompagne pour fumer moi aussi, sans dire un mot… Ma présence lui pèse visiblement, elle a besoin de rester seule, et je ne tarde pas à rentrer et à rejoindre les autres.

 

Patrick aimerait appeler O’Bannion, mais il n’est pas joignable pour le moment ; il peut lui laisser un message, mais il faut que le contenu soit précis, il n’appréciera pas un lapidaire « Danny, viens »… Patrick dit simplement : « On a toujours des soucis. » Mais Seth lui dit que ce genre de message, justement, ne lui plairait guère… Peut-il préciser ? « On était cinq, on n’est plus que deux… »

 

De mon côté, j’essaye de travailler sur les notes de Mortimer Campbell – voir du moins si je parviens à repérer des termes précis, les grandes lignes, ce genre de choses… C’est visiblement le brouillon d’une thèse, développant une théorie assez fantasque en vertu de laquelle les émotions pourraient agir physiquement. Mortimer y parle de l’expérience « des poussins », qu’il a réalisée. Les poussins, instinctivement, prennent la première chose qu’ils voient pour leur mère, et la suivent instinctivement. Mortimer, ainsi, a conçu un bâton avec de la peinture rouge et bleue en guise de repère maternel et, effectivement, c’est bien ainsi que les poussins l’ont envisagé. Mais, plus tard, il a complexifié l’expérience en confectionnant une toupie aux mêmes couleurs, et a établi des statistiques déconcertantes : non seulement les poussins voient dans la toupie leur mère… mais, en outre et surtout, celle-ci réagit comme si les émotions des poussins l’attiraient, et elle s’avance dans leur direction ! À l’en croire, il y a là la base d’un système « expliquant » la magie… J’en parle aux autres.

 

Dwayne compte retourner à Arkham pour se renseigner sur les noms inconnus de la liste – d’abord à l’état civil, le cas échéant au commissariat pour consulter le casier judiciaire, ou dans les archives des journaux… Je redoute pour ma part de retourner à Arkham dans ma situation – mais finis par me persuader que mon habileté pour le déguisement devrait se montrer suffisante pour que je ne risque rien ; un peu à regrets, je décide donc d’aller moi aussi à Arkham, avec en tête de recourir une nouvelle fois à mon réseau de femmes de ménage, voir s’il y en aurait parmi elles qui pourraient m’apprendre des choses quant aux noms inconnus figurant sur la liste… Patrick, à certains égards, n’a pas besoin de se déguiser outre-mesure, depuis qu’il a perdu ses cheveux en franchissant la porte chez Templesmith ; il se trouve même quelques lourdauds à la ferme pour le chambrer à ce sujet, lui proposant une perruque… Rien de bien méchant sans doute, mais Patrick n’est pas d’humeur, et ne répond pas à ces blagues – ce qui jette un froid. Il envisageait d’accompagner Dwayne – mais, même dans ces conditions, ce dernier n’a guère envie de se promener dans les institutions d’Arkham en compagnie d’un criminel recherché… Patrick reste donc ici, tandis que Dwayne et Fran d’un côté, moi de l’autre, nous rendons à Arkham – j’ai bien pris soin de me déguiser au mieux, avec des vêtements relativement stricts, et d’adopter une coiffure, non seulement très différente de celles que j’arbore habituellement, mais aussi mieux à même, grâce à une frange, de dissimuler mes traits…

 

Il est environ 17h quand Dwayne arrive à la mairie, accompagné de Fran. L’employé du registre de l’état civil lui adresse un regard sombre, il est en train de fermer… Mais Dwayne lui propose de faire un peu d’heures supplémentaires, sortant 2$ en billets… Tout se négocie, laisse entendre l’employé : si, par mégarde, un usager venait à oublier un billet de 5$ sur place, il pourrait accorder au dit usager un peu de temps pour faire ses recherches à des heures indues… Mais Dwayne s’en tient à sa première offre : si l’employé n’en veut pas, tant pis pour lui… Fran rajoute cependant 1$ de sa poche, et l’employé accepte le marché : il leur laisse une heure pour fouiller les registres portant sur les vingt dernières années. Dwayne et Fran se penchent d’abord sur le cas de Herbert West ; celui-ci a vécu et étudié à Arkham ; issu d’une classe moyenne pauvre, il a sans doute bénéficié de bourses universitaires, laissant supposer qu’il était très compétent dans son domaine (la médecine) ; mais il a donc disparu après les accusations de profanations de sépultures portées à son encontre – il semblerait qu’on l’ait vu pour la dernière fois dans un « lieu de contrebande », à savoir la ferme des Tulliver… où nous savons que se trouve un certain docteur East.

 

Je me rends chez Carol et Abbey. Je toque à leur porte, au rez-de-chaussée ; j’entends Carol demander qui est là, et réponds que c’est Tess. Silence. Je retoque… « J’arrive », entends-je. La porte s’ouvre. Carol est visiblement très inquiète, et ne maintient pas le contact visuel, ses yeux sont fuyants – rien à voir avec son comportement jusqu’alors, elle qui se montrait très chaleureuse à mon encontre… Abbey n’est guère plus rassurée, cependant… Elles me demandent si ce que l’on raconte dans les journaux est vrai, en montrant la photo du cambriolage chez Templesmith ; je leur dis, sur le ton de la plaisanterie ambiguë, qu’elles voient bien que la femme sur cette photo n’a pas du tout la même allure que moi… Elles ne sont bien sûr pas dupes, mais je ne l’espérais pas. Carol quitte la pièce – j’ai l’impression qu’elle a une douleur à la bouche… Abbey, gênée, me demande si j’ai tué les parents de Templesmith, comme on le dit – je lui réponds que non, et qu’il ne faut pas croire tout ce que l’on lit dans les journaux… Mais je remarque alors que la porte d’entrée est entrouverte. J’appelle Carol, qui ne répond pas… Je comprends que je ne peux pas rester plus longtemps ; je laisse une copie de la liste de noms à Abbey, à tout hasard, lui disant que je repasserai plus tard pour voir ce qu’elle peut m’apprendre à leur sujet – mais je doute de pouvoir le faire… Je sors de l’appartement ; la porte du concierge est entrouverte ; j’entends Carol : « Elle est là, je vous dis ! » La porte s’ouvre quand je la dépasse, Carol me voit, m’adresse un regard haineux, et dit au concierge que je suis en train de m’enfuir… Pourquoi ai-je fait ça aux pauvres parents de Hippolyte Templesmith ? Je la traite de pauvre conne, et accélère le pas, tandis qu’elle se met à hurler, signalant ma présence à tout l’immeuble… Mais je monte en voiture, prends soin de faire quelques détours pour m’assurer que je ne suis pas suivie, et décide alors d’aller jeter un œil à l’appartement de French Hill.

 

Dwayne se penche maintenant sur le cas de Tina Perkins : c’est une fleuriste à Arkham, sur French Hill Street, qui tient une boutique de qualité, appelée Au Jardin d’Eden. Après quoi l’employé de mairie incite Dwayne et Fran à quitter les lieux. Dwayne le remercie, puis va acheter des cigarettes pour Fran. Il compte cependant passer devant la boutique, faire un repérage. Fran l’accompagne, et c’est elle qui me voit, en voiture, non loin de leur destination. Dwayne s’arrête à ma hauteur pour me dire ce qu’ils ont trouvé – le nom de la boutique ne m’est pas inconnu, j’ai subi bien des prétendants pénibles qui avaient le mauvais goût de dire que les fleurs qu’ils m’offraient venaient de cette très bonne et très coûteuse boutique…

 

Dwayne redémarre, et je poursuis ma route jusqu’à l’appartement ; il se trouve dans un hôtel particulier de luxe, c’est une garçonnière de Danny O’Bannion. Un gardien, en bas, me fait signe de la tête : il est de la maison. L’appartement est au premier étage, tranche sur l’allure géorgienne du quartier par ses éléments art déco ; une grande baie vitrée donne sur la rue toujours très animée. Il y a deux chambres avec des grands lits – l’une d’entre elles est clairement… « romantique ». Je fouine un peu, afin de voir si l’on n’y aurait pas laissé quelque chose à notre intention ; j’y trouve quelques bonnes bouteilles, comme celle que Big Eddie a été contraint de m’offrir… Il y a aussi des tenues de ville basiques, pour femmes et pour hommes, et enfin des produits de base, ainsi que quelques conserves… Je décide de retourner à la ferme.

 

La boutique Au Jardin d’Eden est toujours ouverte – ou du moins elle est toujours allumée, et il y a des clients à l’intérieur, Tina Perkins semble faire des heures supplémentaires. Dwayne pénètre à l’intérieur, accompagné de Fran ; mais les vendeuses disent qu’elles sont désolées, elles vont devoir fermer… Mais la boutique sera ouverte le lendemain, et ils peuvent s’ils le souhaitent laisser une commande. Mais Dwayne n’y tient pas, et dit qu’il reviendra. Il fait le tour du bâtiment avec Fran afin de s’en faire une idée et de repérer l’arrière de la boutique. Sans doute la fleuriste habite-t-elle au premier étage. Derrière, il y a une petite cour, avec un mur de 2m de haut – Dwayne repère une arrière-salle en dur, rajoutée plus récemment au bâtiment autrement plus ancien. Puis Dwayne et Fran rentrent eux aussi à la ferme.

 

Nous nous y retrouvons tous, et dînons ensemble. Dwayne parle de Tina Perkins et de sa boutique, ainsi que de Herbert West en mentionnant la ferme Tulliver – ce qui fait tiquer Patrick, qui avait rencontré le Docteur East…

 

Après quoi je vais voir Stanley, à l’étage, qui continue de travailler tout en mangeant. Je l’interroge sur Herbert West ; il ne sait plus comment s’adresser à moi, mais je lui dis que « Tess » fera l’affaire ; il me parle des rumeurs sur son compte qui couraient à l’Université Miskatonic, et dit qu’il valait mieux ne pas le fréquenter… Mais ce n’était pas un mauvais élève en ce qui concerne ses résultats, bien au contraire, il était très compétent… Mais Herbert était un dément, qui pensait pouvoir vaincre scientifiquement la mort ! Il faisait office de croquemitaine sur le campus, d’une certaine manière. Quelqu’un le connaissait bien, sans doute… mais il est mort, et sa tête a même disparu ! Il s’agissait de Smith Hawthorne, son ancien professeur (de la famille du Pierce Hawthorne figurant sur la liste de Templesmith ?).

 

Je redescends. Patrick s’est endormi. Dwayne envisage d’aller visiter la boutique de Tina Perkins dans la nuit ; quant à moi, je pense me rendre à la ferme des Tulliver… mais peut-être vaudrait-il mieux y aller accompagnée.

 

À suivre…

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CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (10)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (10)

Dixième séance de la campagne de L’Appel de Cthulhu maîtrisée par Cervooo dans la pègre irlandaise d’Arkham. Vous trouverez les premiers comptes rendus ici, et la séance précédente .

 

Le joueur incarnant le bootlegger Clive était absent. Étaient donc présents l’homme de main Johnny « La Brique », la flingueuse Moira, le perceur de coffres Patrick, et ma « Classy » Tess, maître-chanteuse.

 

Sur l’astéroïde, en pénétrant dans la cabane à outils, Moira et Clive trouvent un gamin à l’agonie en train de pleurer. Moira lui dit doucement de venir avec elle et Clive, qu’elle ne lui veut pas de mal, qu’elle va le mettre à l’abri… Mais l’enfant dit qu’il n’a plus confiance en aucun adulte, et qu’il ne veut plus en voir : « Le monde des adultes est ignoble ! » Moira admet que c’est vrai, mais que « c’est le monde de tout le monde » ; et elle va s’occuper de lui, il peut lui faire confiance… Mais Clive s’insinue subitement entre eux… et égorge le gamin ! Moira est outrée, mais Clive, confus, lui dit qu’il croyait que l’enfant allait l’attaquer avec sa fourchette… Moira s’agenouille contre l’enfant qui n’en a plus pour longtemps, elle le prend dans ses bras, comme pour le bercer : « Ça va aller, ça va aller… », lui répète-t-elle, tandis qu’il trépasse dans ses bras… Clive bredouille, il dit qu’il ne comprend pas comment Moira peut faire ça : « Ce sont des monstres ! » Moira lui dit que non, ce sont simplement des enfants qui ont été manipulés… Dégoûtée, elle se relève enfin et dit qu’ils doivent rejoindre Johnny – mais elle ne veut visiblement pas parler davantage à Clive…

 

Johnny jette un œil en arrière – deux gamins le poursuivaient, mais l’un d’entre eux se dirige finalement vers le jardin, laissant l’autre en arrière, qui l’interpelle sans succès et est visiblement un peu perdu, au point de s’immobiliser (il voit par ailleurs Moira et Clive sortir de la cabane derrière lui). Johnny s’interrompt dans sa course, pour reprendre son souffle. Mais, après une petite pause, quand il a un peu récupéré, il se retourne brusquement et se précipite sur le gosse immobile ! Celui-ci, terrifié, cherche alors à s’enfuir, mais ses petites jambes ne lui permettent pas de courir assez vite – d’autant qu’il a le mauvais réflexe de regarder souvent en arrière ; il finit par trébucher et s’étale par terre… Johnny le rattrape sans la moindre difficulté et lui brise la nuque d’un coup sec, à l’aide de son seul bras valide. Puis il se tourne vers l’autre enfant, dans le jardin…

 

Moira et Clive, en sortant de la cabane, sont entourés par les cadavres – notamment celui d’un gamin éventré, qui semblait avoir eu pour dernier réflexe de rassembler ses tripes en essayant vainement de les faire rentrer dans son ventre déchiré… À leur droite se trouve cependant un rescapé… pour un temps : il est très pâle, a perdu beaucoup de sang, et essaye absurdement de revisser son bras droit tranché ! Moira lâche perfidement à Clive qu’il ferait bien de « le finir », puisque c’est son truc… Clive est touché au vif, il lui jette un bref regard noir : « Soit ! » Il tranche la gorge du gamin avec son cimeterre. Moira, comme par réflexe, récite une prière pour l’énième défunt… Ils repartent ensuite dans la direction de Johnny, et voient le gamin dans le jardin, qui va s’abriter dans la cabane où se trouve l’autel. Moira dit à Clive de le laisser ; mais tous deux comprennent bien que Johnny va dans cette direction… Moira l’interpelle : « La Brique ! Laisse-le, il ne nous fera rien… » Mais Johnny, toujours plus ou moins sous le coup de sa rage (et le visage toujours tordu dans un rictus douloureux baigné de larmes), n’y prête pas attention et continue ; Moira cherche alors à l’intercepter tout en lui adressant de grands signes, tandis que Clive, méfiant, reste un peu en arrière. Johnny se retrouve ainsi bientôt face à Moira… qui l’enlace. Il lui dit qu’il faut en finir, mais Moira refuse : « Non, il est tout seul… » Johnny lui rétorque que celui qui lui a fait perdre son bras était tout seul lui aussi… Obnubilé, il ajoute que, si on en laisse au gamin le temps, il va faire une autre incantation… Moira, qui prend alors conscience de ce que Johnny n’a plus d’ossature dans le bras droit, lui demande, perplexe, s’il s’agit de sorcellerie, et Johnny répond machinalement que oui. Moira, sur le point de craquer, se prend la tête entre les mains… et concède qu’il a sans doute raison. Clive se tient en retrait et laisse passer Johnny – qui guette une nouvelle incantation, mais n’entend que des sanglots…

 

Sur Terre, Patrick, Fran et moi dépassons la périphérie de Boston. Patrick souffre toujours de douleurs internes, il est plus ou moins somnolent et grommelle de temps à autre. Fran aussi est dérangée, même si c’est pour d’autres raisons : elle a beaucoup trop mangé depuis qu’elle s’est échappée de l’enfer de Templesmith… Tandis que nous approchons d’une ultime station-service, elle me demande de m’arrêter. J’obéis, et elle se précipite aux toilettes… Patrick a de toute évidence besoin d’un médecin, mais pense qu’il devrait tenir le long du trajet. Il transpire beaucoup – c’est d’autant plus visible qu’il n’a plus de cheveux… Il sort à son tour de la voiture, et se traîne devant un buisson pour vomir. Je descends le rejoindre, en coupant le contact et en prenant les clefs. Je le soutiens alors qu’il manque s’étaler dans son vomi. Il a visiblement besoin de se reposer, je lui dis de s’allonger sur la banquette arrière. Il ricane douloureusement, dit qu’il n’aurait jamais cru voir quelque chose de pire que les horreurs qu’il avait vécues du temps où il combattait au sein de l’IRA… Je me rends dans la station-service, me dirige vers la cabine téléphonique, et appelle le Trèfle, où je tombe sur Seth. Je me décide alors quant à l’itinéraire : je vais prendre la voie rapide (plutôt que de m’égarer dans les petites routes, ce qui serait probablement trop long, pensé-je), et je dis à Seth que nous sommes en route et avons besoin d’un médecin ; Seth laisse entendre qu’ils vont nous rejoindre sur le trajet… Je vais régler le factotum, et retourne à la voiture. J’entends Fran qui essaye de siffloter faiblement, très mal ; elle cherche une mélodie, mais n’y parvient pas… Je lui demande comment elle se sent, elle me répond que ça va, mais je sais qu’elle ment, même si c’est pour m’être agréable… Et elle se mordille régulièrement la phalange. Je lui dis qu’elle peut me parler, si elle en a besoin. C’est le cas : elle me demande quelles relations j’entretenais avec mes parents, et s’ils sont toujours en vie ; je lui dis qu’ils sont morts, et que ça se passait plus ou moins bien… Mais que j’ai appris, depuis, à dépasser tout ça ; pas forcément à faire « ce que je veux », mais du moins à toujours prendre en compte mon intérêt – à ne pas faire forcément tout ce qu’on m’imposait, parce que j’étais la fille d’untel, parce que j’étais née dans tel milieu… Cette petite conversation soulage visiblement Fran, qui avait une relation conflictuelle à son père, mais la mort atroce de ce dernier la perturbe et lui fait relativiser les choses…

 

Au bout d’un moment, à un peu moins d’un kilomètre devant nous, Fran et moi repérons des voitures arrêtées des deux côtés de la route : c’est de toute évidence un barrage policier… Autour de la route, il y a des champs céréaliers d’un côté, des bois de l’autre… Mais je repère un chemin de terre sur la gauche. Je décide de m’y engager, et demande à Fran si elle ne connaîtrait pas le coin, à tout hasard ; elle me parle d’un ex (plus ou moins…), visiblement un obsédé, qui voulait de toute force l’emmener par-là, où se trouverait une ferme abandonnée propice aux amourettes, mais elle a toujours refusé… Fran perçoit un reflet lumineux quand nous tournons : peut-être des jumelles ? Les flics nous ont-ils vus bifurquer ? C’est semble-t-il bien le cas : au bout de cinq ou dix minutes sur le chemin de terre, Fran voit qu’une voiture de police s’est à son tour engagée dans les champs, à notre suite… Je conserve la même vitesse, en disant à Fran de guetter nos arrières et de me tenir au courant de ce qui se passe. Nous approchons d’une ferme, avec quelques lumières allumées ; il y en d’autres plus loin, qui se découpent vaguement dans l’aube naissante… Je poursuis. Fran me dit que les policiers semblent accélérer. Je réfléchis à nos options en poursuivant ma route, pensant peut-être jouer la comédie des rendez-vous galants mentionnés par Fran, mais elle ne peut pas m’en dire davantage quand je lui demande de me briefer… Patrick, à demi conscient, suggère que nous pourrions descendre lui et moi, et laisser Fran conduire – elle n’est a priori pas recherchée, contrairement à nous… Même si, après ce qui s’est produit dans le manoir des Templesmith, nous n’en avons finalement aucune certitude. Mais nous entendons alors un bruit de moteur sur la gauche, et distinguons des phares à travers champs ; nous comprenons bientôt qu’il ne s’agit cette fois pas d’une voiture de police : c’est un véhicule tout noir, avec des vitres teintées. Et Fran devient livide. Je lui demande ce qui se passe, et elle nous parle de la cuve, de ce que Templesmith y mettait… Je me décide pour une marche arrière rapide. La voiture des flics, derrière nous, lance sa sirène. L’autre voiture, dans les champs, bifurque clairement vers nous – nous sommes bel et bien sa cible… et je vois qu’il n’y a a priori personne au volant ! J’arrive au niveau des flics, contourne tant bien que mal leur voiture et, sans m’arrêter de reculer, leur fais un geste pour indiquer l’autre voiture, qui a atteint le chemin de terre et se précipite vers nous…

 

De retour sur l’astéroïde. Johnny colle son oreille contre la paroi de la cabane de l’autel, il entend les sanglots de l’enfant qui s’y est réfugié, et ouvre la porte. La vision de l’autel le perturbe encore un peu davantage, si c’était encore possible, et de même pour le spectacle que lui offre l’enfant qui s’y est caché : il s’est emparé de boyaux ou autres reliquats de chair sur une des idoles, et chuchote : « Maman, à l’aide… » Johnny comprend que ce sont bien les restes de sa mère qu’il serre contre lui !

 

Moira, abattue, laisse Johnny se charger de cette ultime proie, et préfère se diriger vers la bâtisse au « nord-ouest », en demandant à Clive de l’accompagner. Moira ouvre doucement la porte. Elle donne sur une sorte de salle de classe, avec des bureaux pour écoliers, un tableau noir au fond (sur la gauche, on trouve des éléments pour l’étude du système optique humain, tandis qu’à droite s’étalent des noms incompréhensibles : « sothoth », « hotep », « Cthul », mais aussi « Siksxis ») ; on y trouve également une petite bibliothèque, ainsi que divers posters affichés aux murs concernant l’anatomie humaine, et d’autres arborant l’écriture « runique », à base d’angles et de courbes, que nous avons croisée plusieurs fois ; on y trouve enfin un squelette d’étude, tandis qu’au fond de la pièce une porte donne sur une remise avec du matériel de chimie.

 

Johnny, dans la cabane de l’autel, s’approche de l’enfant qui geint et marmonne, répétant sans cesse : « C’est pas ma faute ! J’ai suivi ce qu’on m’a dit ! » Il fixe alors Johnny de ses yeux embués de larmes : « Moi je voulais devenir comme vous ! Être fort ! Et puis j’étais un très bon élève ! » Il se met à réciter ses cours, frénétique… Johnny, sans plus attendre, lui brise la nuque d’un coup sec.

 

Moira et Clive sortent de la salle de classe, ils entendent le très bref cri de l’enfant quand Johnny le tue, et vont le rejoindre. Johnny sort de la cabane – toujours souriant, toujours pleurant… Moira dit qu’il faut qu’ils trouvent un moyen de rentrer chez eux ; Johnny acquiesce, sans un mot. Or un navire très sombre approche dans le ciel émaillé d’étoiles, qui semble littéralement descendre vers les quais. En guise de proue, il arbore une sorte de visage pas tout à fait humain, avec un seul œil, par ailleurs couvert de sortes de tentacules. Johnny retourne à la cabane à outils pour y reprendre sa hache, tandis que Moira sort ses dagues. Mais Clive, lui, veut se planquer : « Ils nous ont peut-être pas vus ! On peut pas partir à l’assaut comme ça ! On ne sait même pas ce que c’est ! » Il s’éloigne vers le grand bâtiment au « nord », et Moira le suit… Elle discerne un bruit de l’autre côté du bâtiment, mais ne s’y arrête pas, et pénètre à l’intérieur, à la suite de Clive. Johnny, par contre, voit ce qui fait ce bruit : encore un gamin… Mais Johnny reconnaît cette fois ce petit rouquin : c’est Pete, un fils de la famille O’Reilly, des distillateurs irlandais qui ont la réputation de vivre perpétuellement sous terre, dans leurs caves où ils travaillent – et il est visiblement terrorisé…

 

De retour sur Terre. Patrick fouille dans la cache derrière le siège, où se trouvent les armes et les munitions, et il met un chargeur sur la Thompson. La marche arrière n’étant pas assez rapide et, pire encore, rendant la conduite plus difficile, je tente d’opérer un brusque demi-tour… mais la voiture des flics, qui avait elle aussi entamé une marche arrière, percute notre véhicule en fin de manœuvre. Surtout, l’autre voiture emboutit celle des flics à grande vitesse, la repoussant violemment dans les champs… Un des flics est blessé, l’autre simplement sonné. Patrick et Fran distinguent mieux l’autre voiture : il n’y a effectivement personne au volant, mais ils voient une petite boîte d’écailles, semblable à celles que l’on avait trouvées chez Templesmith puis dans le tunnel, au-dessus du tableau de bord ; elle est reliée par un ensemble de tiges métalliques au volant : la voiture est conduite par un automate… La porte arrière s’ouvre, et en émerge une silhouette en imperméable… sans tête. J’essaye d’aller à fond – mais la conduite n’est pas aisée sur ce chemin de terre, et les cahots me font régulièrement mordre dans les champs… La silhouette en imperméable sort une Thompson dans sa main droite, et une arme de poing dans la gauche. Patrick, à l’arrière, défonce une vitre d’un coup de crosse, y glisse sa mitraillette et fait feu, en espérant toucher le réservoir ; il se blesse avec des éclats de verre, un premier coup tiré par réflexe part dans le vide, mais sa rafale touche au but en fin de compte… et la dernière balle fait même exploser le moteur ! La silhouette sans tête est projetée par le souffle, six mètres en avant… Fran jubile : emplie de dévotion pour Patrick, qui la sort à nouveau d’un mauvais pas, elle ne peut se retenir de l’enlacer…

 

Je parviens à remettre la voiture sur le chemin de terre et fonce ; cette fois, je distingue une autre bifurcation qui m’avait échappé à l’aller – un raccourci probable, permettant de rejoindre plus loin la voie rapide, et je m’y engage. Patrick repère sur la grande route une voiture de flics, gyrophare allumé, qui, sans doute attirée par les détonations et l’explosion, emprunte le chemin de terre qu’on avait pris tout d’abord – elle nous dépasse ainsi sans faire attention à nous. À un moment, je repère un paysan qui rejoint notre chemin de terre depuis son champ, et qui est ébloui par mes phares. Je parviens à l’éviter sans souci, et peux maintenir une allure plus que correcte. Plus loin, cependant, un portail nous barre la route ; je ralentis, m’arrête, et demande à Fran d’aller l’ouvrir. Mais on entend des détonations à l’arrière, un cri de douleur, des balles qui sifflent autour de nous, dont une raye la carrosserie… Fran avait commencé à descendre, mais remonte immédiatement : une balle l’a effleurée à la jambe… J’essaye alors de foncer dans le portail pour le briser… mais le choc est rude, notre pare-brise vole en éclats, et le pneu avant gauche est crevé par une écharde ! Fran pousse à nouveau un petit cri de douleur…

 

Nous rejoignons cependant la voie rapide. Je poursuis un temps avec le pneu crevé, mais ça ne peut pas durer : au bout d’un moment, je suis contrainte de m’arrêter sur le bas-côté ; Fran et Patrick descendent pour s’occuper de changer le pneu (je me sens incompétente à cet égard)… Mais Patrick a toujours les organes perturbés, et doit s’arrêter pour vomir – il y a cette fois un peu de sang au milieu de la bile… Il est donc contraint de remonter dans la voiture, et, n’ayant guère le choix, je descends aider Fran pour changer le pneu. Nous débarrassons aussi le pare-brise des éclats les plus gênants. Tandis que l’aube se lève, je tente de redémarrer, mais le moteur grince un peu… C’est alors qu’une voiture se gare devant nous ; en sort une femme d’une quarantaine d’années, qui nous demande, pleine de bonne volonté, si on a un souci… Je ne sais trop que dire, essaye sans grande conviction de la baratiner, en faisant comme si j’étais un peu secouée par un accident, mais glisse un vague signe à Fran et Patrick pour qu’ils passent derrière elle et la maîtrisent. Fran s’approche d’abord de Patrick… qui lui dit qu’il vaut mieux qu’il monte avec la femme pour qu’elle le conduise à l’hôpital le plus proche, tandis que nous poursuivrons, Fran et moi ; mais Fran sait très bien qu’il finira alors en prison, et le lui dit… De mon côté, je demande enfin à la femme de nous conduire un peu plus loin – elle dit qu’il y a bientôt une station-service sur la route. Mais Fran passe derrière elle, je hoche la tête… et elle frappe la femme en haut du crâne : celle-ci tombe à genoux, un peu sonnée mais consciente ; je lui donne un coup de plus et elle s’effondre… Nous la ligotons avec le peu de matériel dont nous disposons, derrière la voiture pour ne pas attirer l’attention, et la mettons enfin dans le coffre de notre épave. Fran transvase nos affaires, dont les armes, dans notre nouveau véhicule, et nous repartons – je prends à nouveau le volant… Je réalise que Fran en a profité pour voler le portefeuille et les papiers de la conductrice – elle partage la petite monnaie, nous donnant un dollar à chacun (mais peut-être conserve-t-elle les billets ?), puis jette le portefeuille désormais vide par la fenêtre. Au bout d’un moment, nous repérons la voiture de Seth, qui nous fait signe ; elle est suivie par une autre voiture d’Irlandais, parmi lesquels Big Eddie ; je me gare à leurs côtés …

 

Sur l’astéroïde, Moira et Clive se sont réfugiés dans le grand bâtiment au « nord » ; Moira, plus précisément, se cache dans cuisine, tout à gauche, et perd de vue Clive ; on trouve à côté, dans l’ordre, un grand dortoir, un salon ou salle à manger, enfin une grande salle de bains. Johnny, dehors, s’adresse à Pete qui est terrorisé : « Pete, c’est toi ? » Le gamin reconnaît « La Brique », et lui répond par ce sobriquet ; mais il le voit armé d’une hache, et il est impossible d’ignorer les nombreux cadavres d’enfants qui parsèment la surface de l’astéroïde… Moira, à l’intérieur, demande à Clive de la rejoindre dans la cuisine – il étouffe quelques jurons, mais obtempère. Pete, dehors, a peur de Johnny : « T’approche pas ! » Mais « La Brique » lui dit qu’il n’a rien à craindre de lui (son rictus baigné de larmes ne le rend cependant pas très rassurant…) : « Tu sais bien que je ne te ferai pas de mal, Pete… ». Ce dernier lui demande s’il travaille pour « Siksxis »… Mais, quand Johnny s’approche encore, Pete s’enfuit en courant… Johnny se précipite derrière lui, au moins pour voir où il se rend.

 

Moira l’aperçoit par une fenêtre de la cuisine, elle tape à la vitre pour lui dire d’arrêter. Mais Johnny continue, après lui avoir adressé un regard indécis. Clive regarde Moira à la fenêtre, et passe sa main sur sa gorge d’un air interrogatif. Moira est interloquée : « Non… Non… Non ! » Clive lui demande si elle est sûre d’elle : « Oui ! » Moira change de sujet, elle dit qu’il faudrait voir s’ils pourraient monter dans le bateau ; celui-ci est en train d’accoster sur le quai, des cordages en sont lancés. Moira voit enfin des silhouettes en descendre : leur peau, nue, est très pâle, comme la Lune – et un brin répugnante… Un de ces êtres, qui regardent partout autour d’eux, crie le nom de « Siksxis ». Moira est très affectée par ce spectacle… Et les autres « marins » appellent « Siksxis » à leur tour. Moira poursuit cependant sur sa lancée, demandant à Clive si ça ne serait pas le moment d’aller sur le bateau, mais elle est visiblement confuse, et guère convaincante… Clive lui répond qu’elle fait ce qu’elle veut, mais lui, il se planque !

 

Johnny, de son côté, a rejoint Pete caché derrière un buisson, et lui demande calmement s’il sait comment partir d’ici. Pete répond qu’il n’en sait rien : il n’est pas comme eux ! (Johnny, en y repensant, se rend compte qu’il n’a pas entendu dire que les parents O’Reilly soient morts.) Moira veut rejoindre Johnny et Pete, elle passe par la fenêtre. Elle discerne les silhouettes des « marins », qui sont descendus sur le quai. Moira s’adresse à son tour à Pete : « Mon garçon, aide-nous s’il te plaît ! » Son ton plus maternel fonctionne autrement mieux que celui de Johnny… Mais Pete dit qu’il ne sait pas, il se cache des autres enfants – il les avait suivis parce qu’ils avaient l’air « cool », mais sans en savoir davantage, et notamment comment retourner sur Terre… Moira lui demande s’il sait quoi que ce soit quant au bateau qui est arrivé. Mais Pete a peur, et n’a pas forcément grand-chose à dire à ce sujet : ce sont des « commerçants », qui achètent des « trucs » à « Siksxis », qui est le maître, le professeur des enfants. Moira lui demande de qui il s’agit… et il répond que c’est Hippolyte Templesmith ; qui vient ici, des fois… D’après Pete, tous les passages se font en tout cas par le bâtiment abritant les cages, par lequel Johnny, Clive et Moira eux-mêmes sont arrivés. Moira cogne alors aux vitres de la cuisine, pour dire à Clive qu’ils vont tenter de quitter les lieux. Tous entendent cependant des bruits répugnants, évoquant des gens en train de se nourrir (probablement des cadavres des enfants…) ; puis résonne une voix évoquant des grognements tirés d’une gorge monstrueuse : « OK, cherchez, et on embarque les survivants ! » Et ils comprennent ça en anglais, tout en ayant le sentiment dérangeant qu’ils ne devraient pas pouvoir le faire, car ces mots n’avaient pas été prononcés en anglais…

 

À suivre…

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CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (09)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (09)

Neuvième séance de la campagne de L’Appel de Cthulhu maîtrisée par Cervooo. Vous trouverez les premiers comptes rendus ici, et la séance précédente .

 

Le joueur incarnant le bootlegger Clive était absent. Étaient donc présents l’homme de main Johnny « La Brique », la flingueuse Moira, le perceur de coffres Patrick, et ma « Classy » Tess, maître-chanteuse.

 

Fran et moi avons intercepté Patrick et l’avons empêché de jeter le mannequin dans la grande cuve de sang au centre de la pièce, non loin de la grue où pendent des chaines – un moteur agite des pales au fond, destinées à réduire en bouillie la chair ; le bac contenant le liquide vert phosphorescent, de l’autre côté, a des sortes de « flotteurs », et répand ainsi automatiquement de son liquide quand le contenu de la cuve atteint un certain niveau. Fran est très nerveuse, elle se mordille instinctivement l’index droit, et guette les réactions des autres prisonniers. Je dis à Patrick qu’il ne doit pas jeter ainsi le mannequin dans la cuve, que nous n’en connaissons pas les conséquences et que cela pourrait être dangereux ; Patrick se calme et s’excuse. Je me tourne alors vers Fran, lui demandant ce qu’elle voulait dire (notamment pour « le sans-tête »), mais ça la secoue trop, elle dit que ce n’est pas le moment d’en discuter, qu’il nous faut fuir cet enfer. Je lui dis cependant que, plus elle nous en dira, et plus nous aurons de chances de nous en tirer – ensemble, j’insiste toujours sur ce mot. Elle nous désigne vaguement les endroits où Templesmith « travaillait » ; pour elle, c’est un sadique, aucune autre raison ne pourrait expliquer ce qu’il fait ; d’ailleurs, il lui demandait régulièrement de lui faire signe quand elle n’en pourrait plus – alors, il la lobotomiserait… Par ailleurs, il lui avait fait comprendre qu’il trouverait toujours un moyen de la « ranimer » si elle tentait de se suicider… Elle est visiblement à bout, je fais de mon mieux pour la calmer et l’assurer qu’on va s’en sortir.

 

Patrick tire alors le mannequin, et le dépose sur une table de menuiserie, avant d’explorer la grande pièce qui se trouve au sud-est : c’est un atelier, débordant de matériel chirurgical ou chimique ; sur le côté se trouve un bureau d’études, avec de nombreux papiers, et Patrick va y voir de plus près. Il s’y trouve des documents importants, dont un vieux parchemin en vélin, roulé, un manuscrit en anglais, des notes associées évoquant les symboles et courbes « runiques » que nous avons croisés à plusieurs reprises (c’est clairement une écriture, soignée et sophistiquée, les arabesques remplissent de nombreux feuillets). Fran est plus que jamais nerveuse, à voir Patrick traîner ainsi dans le coin, elle succombe à un surplus d’émotions ; je lui parle doucement pour la calmer, lui adresse des « chut… chut… » compatissants et même tendres ; je tente aussi de lui passer délicatement une main dans le dos, mais ça la fait sursauter : il est trop tôt. Je la conduis cependant vers Patrick, en insistant encore sur le fait que nous resterons ensemble et nous en sortirons ensemble, ce qui la rassure. Patrick prend cependant un peu de temps pour étudier le livre en anglais (américain) ; c’est une sorte de grand carnet de notes, rempli aux trois quarts, et signé Charles Reis. Il n’en retire cependant pas grand-chose d’autre, et Fran lui dit que ce n’est vraiment pas le moment, qu’il est taré de s’en occuper de suite : « Il peut revenir ! » Je suis plutôt d’accord, et dis à Patrick de prendre le livre, que nous étudierons plus tard, au calme. Patrick prend aussi le parchemin. Fran nous explique que Templesmith, quand il venait, empruntait toujours le couloir à l’ouest – celui par lequel nous sommes également arrivés…

 

Sur l’astéroïde, Moira reprend conscience après que Johnny l’a lâchée, pris de folie furieuse. Peut-être s’est-elle évanouie ainsi en raison de ses deux téléportations successives en un court laps de temps ? Toujours est-il que le hurlement de rage de Johnny la réveille. Elle prend vaguement conscience d’être sur une sorte d’astéroïde – bien loin de New York où elle se trouvait juste avant… alors qu’elle était à Arkham quelques minutes plus tôt. Elle voit la Lune toute proche, distingue l’étoile mouvante qui éclaire la scène… Elle entrevoit aussi la silhouette de Johnny brandissant une hache, qui fracasse la serre et donne de violents coups à l’intérieur pour trancher une chose qu’elle ne voit pas… Elle aperçoit cependant, confusément, le nuage de pollen qui s’en échappe. Johnny a massacré les branches supérieures – il obtient confirmation qu’un corps humain, en dessous, sert d’engrais ou de nourriture à la plante qu’il assaille. Un liquide crémeux goutte des tiges tranchées, et le pollen se dissipe autour de lui, après avoir pénétré dans sa bouche et ses narines. Il ne peut dès lors retenir un sourire qui reste figé sur son visage, mais pleure à chaudes larmes en même temps… Cette drogue inconnue lui remet en mémoire de vieux souvenirs – en fait, toutes les (nombreuses) fois où il a délibérément fait du mal à quelqu’un… Il a déjà dévasté un quart de la serre.

 

Clive, plus loin, est effrayé par l’état de Johnny. Mais il se tourne dans une autre direction, en entendant les gamins qui sortent de la grande bâtisse. Ceux-ci ont l’air encore à moitié endormis : « C’est qui, eux ? Pourquoi ils cassent la serre à ʺXixisʺ ? » Certains semblent repartir en arrière pour réveiller d’autres de leurs camarades. Moira les voit elle aussi ; Clive et elle repèrent parmi eux des enfants qu’ils avaient déjà croisé à Arkham. Un des gamins interpelle Moira. Elle s’approche gentiment, demande s’ils savent où ils sont… Ils reculent, sauf leur « leader » (qu’on apprendra s’appeler Vladimir), qui arbore lui un rictus de mépris, et se tourne vers les autres : « C’est pas des alliés de ʺXixisʺ ou de Tina ! C’est une épreuve ! Faut qu’on les bute ! » Moira lui demande de qui il parle, et dit qu’elle ne leur veut aucun mal… Déclaration qui ne suscite aucun écho. Une gamine, en fait, tente de s’approcher discrètement de Moira pour passer dans son dos et l’attaquer par surprise, mais Moira s’en rend compte et l’arrête : « Mais enfin ! Ta maman ne t’a pas appris… » La gamine ne lui laisse pas le temps d’achever et lui mord le doigt avec un sourire ravi… Moira la repousse : « Mais ça va pas ? » Les autres gamins se mettent à taper du pied en rythme : « Sacrifice ! Sacrifice ! Sacrifice ! » Moira cherche ses armes à feu par réflexe… mais réalise qu’elles ont été remplacées par deux dagues (celle de gauche étant un peu plus légère que l’autre), plus ou moins « orientales », courbées et assez larges. Elle met sa main sur la garde de la dague de droite et recule… Mais Moira, très perturbée par cet environnement inconnu, ne peut pas surveiller les enfants au mieux ; des gamins en profitent pour essayer de lui jeter des pierres – elle les évite cependant, ce qui ramène son attention sur ses agresseurs. Clive s’approche à son tour, en levant son cimeterre et en insultant les gamins – il cherche visiblement à les intimider, voire à les effrayer. Moira essaye à son tour, à sa manière : « Si vos parents n’ont pas su vous éduquer, je vais le faire, moi ! » Ce qui les fait rire : « On va te montrer… » Ils sortent eux aussi des armes blanches, très diverses (parfois des simples fourchettes et couteaux de table)…

 

Johnny s’amuse de ses souvenirs sadiques, et en retire du mépris pour tout vie, y compris la sienne ; il est secoué par de grands rires nerveux tandis qu’il continue de balancer des coups de hache dans la serre (sans faire attention au corps humain en dessous de la plante, qu’il tranche comme le reste). Il y a un bruit spongieux, une nette odeur de décomposition… La serre, bien fragilisée, commence à s’écrouler sur Johnny ; il s’en rend compte quand il essaye de dégager la pique à l’arrière de sa hache, qui s’est enfoncée dans une paroi. Il sort donc de la serre… et voit Moira et Clive qui essayent de tenir à distance des gamins avec leurs lames. Johnny, sourire vissé aux lèvres, des larmes ruisselant sans interruption sur ses joues, s’avance dans leur direction. Et, cette fois, ça perturbe un peu les gamins, qui se taisent… Moira lui dit de ne pas avancer davantage, et de ne pas leur parler… Mais Johnny ne saisit pas tout – et continue de toute façon d’avancer, souriant, en trainant sa hache…

 

Clive balance aux enfants des insultes irlandaises. Moira et lui se rendent alors compte que Bridget fait partie du petit groupe, qui les désigne du doigt, et dit aux autres enfants qu’elle les reconnaît. Ceux-ci doutent visiblement, sont sans doute angoissés, mais leurs intentions sont clairement violentes. Clive demande : « Est-ce qu’on va vraiment le faire ? » Moira dit qu’elle ne comprend pas… puis dit que non, c’est totalement exclu ! Johnny continue d’avancer… Bridget dit à ses camarades dit qu’ils doivent se montrer dignes de « Xixis », en lui apportant les dépouilles des intrus… Clive s’approche de Moira : « Tu crois vraiment qu’il y a une autre solution ? » Moira cherche désespérément une autre issue… et demande même aux gamins ! Ils sont pour le moins perplexes… Et l’un d’entre eux commence même à dire : « On pense que… », mais Bridget lui donne une tape à l’arrière du crâne avant qu’il en dise davantage… Moira crie : « Bridget ! Et ta maman ? » Ce qui énerve la petite… Elle dit aux autres enfants : « Si vous en êtes pas capables, moi je m’en charge ! » Elle prend alors une grosse paire de cisailles dans les mains d’un gamin plus indécis, et commence à s’approcher de Moira ; celle-ci dégaine sa dague la plus longue, et dit à Bridget qu’elle va la ramener chez elle… Mais Vladimir réagit : « Vous voyez, ils ne savent rien ! On va à la cabane, on s’arme et on les fume ! » Et il se dirige vers la cabane de jardin. Mais Johnny est sur son chemin… Le gamin s’arrête, mais il n’a pas peur, c’est juste un calcul réfléchi ; il se tourne vers les autres gamins et leur chuchote quelque chose que Johnny ne comprend pas… Bridget continue d’avancer vers Moira, qui recule à chacun de ses pas : « Tu ne devrais pas faire ça… » Mais elle se rend compte que, en reculant, elle donne en fait du courage aux autres gosses ! Clive hésite, regarde souvent Johnny – qui pousse enfin un hurlement et charge Vladimir (et cette fois, le petit éprouve une peur instinctive) ; le « leader » essaye cependant de contourner Johnny pour atteindre la cabane de jardin, mais se rend bien vite compte que ce n’est pas suffisant, et se jette de côté pour éviter le coup de hache que lui assène « La Brique ». Certains des enfants reculent devant cet assaut, mais d’autres arborent un sourire semblable en fait à celui de Johnny… Ils sont à l’évidence tout aussi drogués. Bridget, de son côté, est maintenant épaulée par quatre autres enfants, armés. Elle se jette sur Moira, tentant de lui cisailler les jambes… Moira essaye de la désarmer, mais ne s’en expose que davantage, et Bridget la blesse à la jambe. Les gamins autour d’elle s’enflamment maintenant que le premier sang est versé, et hurlent un cri de guerre : « Xixis ! »

 

Dans le souterrain, Fran nous intime de nous en aller. Patrick approuve, mais veut d’abord jeter un œil à la dernière pièce, et je l’approuve – en maintenant qu’on allait rester tous ensemble. Mais Patrick constate que Fran, de temps à autre, se mordille la phalange de l’index gauche… On passe à côté de générateurs « faits maison », et Patrick ouvre la porte de la dernière pièce : c’est une armurerie, où l’on trouve notamment une mitraillette Thompson flambant neuve, une table surchargée d’outils d’entretien pour armes sur laquelle se trouve également un calibre 38, des caisses de munitions, et des râteliers avec notamment un fusil. Fran se dirige instinctivement vers la Thompson, et Patrick l’intercepte – ce qui effraie Fran : Patrick serait-il un de ses ennemis ? Mais ce dernier lui demande si elle saurait s’en servir. Fran dit qu’elle n’en a jamais utilisé, non, mais qu’elle sait se servir d’armes de poing, c’est simple… Patrick lui explique que non, ce n’est pas si simple ; il l’invite plutôt à prendre le calibre 38, et dit qu’il va se charger lui-même de la mitraillette (il n’a guère d’expérience avec cette arme, mais néanmoins plus que tout autre ici du fait de son passé dans l’IRA – il me demande cependant si je saurais m’en servir, à tout hasard, et je lui réponds que ce n’est clairement pas le cas… Je n’ai pas davantage d’expérience avec les fusils, à vrai dire, mais m’empare quand même de celui qui est accroché à un râtelier, à tout hasard). Fran admet que Patrick a raison, et sa tension redescend tandis qu’elle s’empare du calibre 38 (effectivement, d’après ses gestes quand elle s’empare de l’arme, et notamment les vérifications auxquelles elle se livre, nous supposons qu’elle a bel et bien de l’expérience avec ce genre d’armes de poing). Patrick ouvre les caisses : on y trouve énormément de munitions – dont des chargeurs « camemberts » pour la Thompson, des munitions de .38, des cartouches pour le fusil… Nous prenons chacun des munitions adéquates pour nos armes. Fran, en voulant glisser ses chargeurs dans la veste que je lui avais prêtée, trouve dans la poche un des mystérieux bonbons que j’avais trouvés dans l’entrepôt du Corail d’ébène ; elle commence à le déballer, prête à l’avaler, mais je lui dis qu’il ne faut pas, que nous ne savons pas exactement de quoi il s’agit, mais que c’est au mieux suspect – et qu’il vaudra mieux se pencher sur la question plus tard, quand nous serons en sécurité… Fran m’écoute – notamment pour ce dernier argument. Patrick s’équipe de chargeurs pour la mitraillette – des holsters sont suspendus au mur, mais on y trouve aussi des sacs à cet effet, pouvant contenir chacun trois « camemberts », et il en prend un. J’entends des bruits de chaînes en provenance des cellules – sans doute les être mutilés qui s’y agitent…

 

Nous nous dirigeons vers le tunnel de gauche – celui par lequel nous étions arrivés. Fran s’interrompt cependant avant qu’on ne s’y engage : « On ne peut pas les laisser comme ça… », dit-elle en désignant les victimes de Templesmith. Mais je lui dis que nous ne pouvons rien faire, nous n’en avons ni le temps, ni les moyens, et ce serait beaucoup trop dangereux, nous ne devons pas nous attarder. Fran semble comprendre, mais se tourne vers Patrick – qui confirme que nous ne pouvons pas rester, nous risquerions trop de nous attirer des ennuis. J’abonde : c’est un choix qu’on ne peut pas se permettre. Patrick ajoute : « Ils sont déjà morts… » Fran crache une insulte dans sa barbe (quelque chose de slave, peut-être ? Son physique, ses manières, nous font supposer qu’elle est polonaise…), mais se résigne. Nous retournons là où nous étions arrivés – en tombant. Du coup, moi qui éclairais le chemin, je lève ma lampe vers le plafond : Patrick distingue, à deux mètres environ, une porte horizontale (perpendiculaire par rapport à nous) ; elle a une poignée en forme de boule, avec en dessous un logement pour une petite boîte cubique. Patrick nous montre tout cela – mais il n’a plus sa boîte, qui a été « consommée » quand il l’avait utilisée chez Templesmith, et les deux boîtes du mannequin sont hors d’usage. Mais qu’importe : Patrick essaye de s’accrocher à la poignée… et nous tombons tous les trois inconscients après avoir ressenti un léger choc frontal – à peine avons-nous eu le temps de sentir une odeur de vieux bois…

 

Sur l’astéroïde, un groupe de gamins emmené par Bridget se précipite sur Moira et Clive, tandis que d’autres, parmi lesquels Vladimir, contournent Johnny pour se rendre à la cabane de jardin. Moira essaye d’attaquer Bridget, qui s’abaisse et esquive. Johnny, quant à lui, donne sans l’ombre d’une hésitation de grands coups de hache aux enfants à portée – il entend faire un exemple… et y parvient on ne peut mieux : il en éventre un, et, dans son élan, tranche la tête d’un second ! Clive se jette lui aussi dans la mêlée, aux côtés de Moira, en brandissant son cimeterre ; il pare un vicieux coup de fourche, et se découvre, sous le coup de l’adrénaline, un vrai talent d’épéiste : il empale un gamin en plein cœur… et son arme ressortant dans le dos de sa première victime blesse aussi un autre enfant à la gorge ! Vladimir, de son côté, atteint cependant la cabane de jardin. Parmi les enfants qui le suivaient, certains sont maintenant clairement effrayés, mais d’autres sont plus que jamais forcenés (ils ont les mêmes traits sadiques que Johnny, témoignant de leur état drogué, et le sang les excite). Deux d’entre eux se jettent sur Johnny – armés, l’un d’une fourchette, l’autre d’un couteau de table… mais ils semblent être en mesure de s’en servir au mieux, pour toucher des points précis. Pas assez bien cependant : ils ratent Johnny, l’effleurant à peine. Deux autres s’en prennent à Moira – avec des armes similaires… Mais le premier n’arrive à rien, et est contraint de s’arrêter ; celui qui le suivait trébuche et, du fait d’un faux mouvement, se retrouve avec son propre couteau dans l’œil ! Bridget essaye de s’en prendre à Clive tant que l’arme de ce dernier est coincée, mais elle l’effleure à peine. Moira en profite pour l’assaillir, une arme dans chaque main – elle lui assène des coups terribles, et la tue. Moira se repositionne alors, dos à Clive, et fait ainsi face à deux autres gosses. De l’autre côté, Johnny enragé s’en prend à ceux qui l’ont vainement attaqué, et leur assène un gros coup de hache – avec toujours autant de réussite : il en tue un sur le coup, et tranche le bras droit de l’autre ! Clive dégage son arme et essaye de toucher l’adversaire le plus proche, mais celui-ci fait un petit saut en arrière et esquive sa botte. Il en reste un dans le dos de Johnny, qui pousse un véritable cri de guerre et lui grimpe dessus, en essayant de le mordre – ceci, toutefois, il n’y arrive pas. Il en reste deux contre Moira, et deux contre Clive, mais tous ratent leurs assauts (l’un d’entre eux trébuche même sur les cadavres et les agonisants). Moira et Johnny entendent alors un bruit étrange en provenance de la cabane de jardin – qui leur évoque l’automate chez Templesmith… mais peut-être aussi Mortimer ?

 

Patrick, Fran et moi reprenons conscience – et c’est comme si notre corps reprenait le contrôle au fur et à mesure. Nous sentons nos différents organes « reprendre place » – nous avons craint un moment qu’ils ne soient plus là ! Mais ce n’est pas le cas. Nous sommes confinés dans un espace étroit – et je relève une odeur qui m’évoque les « vieux richards » chez qui j’étais femme de ménage autrefois (un mélange de pommades, de parfums, de bouquets, du bois verni, de la laque pour cheveux…). Nous réalisons que nous sommes dans une vaste penderie ; les vêtements (masculins) suspendus aux cintres semblent de très bonne qualité – du velours, ce genre de choses. Fran, quand elle reprend conscience, est sur le point de hurler… mais je m’en rends compte, lui plaque la main sur la bouche, et lui chuchote de se taire : nous ne savons pas où nous sommes… Elle obtempère, mais reste crispée sur ma main, elle a besoin de la serrer. Ma lampe est hors d’usage, mais une lumière très légère filtre à l’intérieur du placard (la lumière du jour ?). Patrick ressent des picotements à l’œil droit – là où il avait pris la pulvérisation en trafiquant la serrure de l’armoire, dans la chambre de Templesmith ; il cligne des yeux, tout vire à la lumière rouge et il ressent outre une virulente douleur interne – comme si ses côtes étaient prises dans un étau… Fran fouine parmi les vêtements sur les cintres, et profite de l’obscurité pour se changer – elle me rend ma veste, que je remets, après quoi j’ouvre doucement la porte…

 

Le décor évoque une vieille famille WASP fortunée – c’est luxueux, mais aussi très vieux jeu (un peu style colonial), avec çà et là des signes religieux. Nous sommes dans une chambre – plus précisément une chambre d’amis, supposons-nous : n’y figurent pas de traits personnalisés, des photos par exemple. Mais la chambre est très bien équipée. Fran se précipite sur la fenêtre, qu’elle ouvre en grand : le soleil est resplendissant, elle prend de grandes respirations avec un soulagement éloquent. Je perçois une légère odeur de thé… mais surtout des bruits de pas, en dessous – évoquant des talons bas ou talonnettes. Je vais jeter un coup d’œil à la fenêtre : nous sommes au deuxième étage d’une sorte de manoir, un vaste jardin sépare la demeure d’un mur de trois mètres de haut environ, avec des tessons au sommet ; au-delà, je distingue des rues – qui ne m’évoquent en rien Arkham, mais probablement une ville plus grande. Patrick sort douloureusement du placard. Je demande à Fran si elle sait où nous sommes, et elle me répond que nous sommes à Boston – chez les parents Templesmith : Fran précise que c’est le dernier endroit où elle est allée, avec son père… Je signale les bruits de talonnettes à Patrick – qui dit qu’il s’expliquerait volontiers avec les Templesmith, en brandissant sa mitraillette… Je suis partagée, me demande si les parents Templesmith sont aussi coupables que leur fils… Que faut-il en penser ? Patrick le demande à Fran, mais elle ne nous écoute pas vraiment, toute à son soulagement… Puis elle répond, avec un temps de retard : pour elle, les parents Templesmith sont avant tout de parfaits pigeons… Elle nous explique que son père et elle étaient des escrocs et des faussaires, et qu’ils avaient tenté de profiter du vieil âge des Templesmith, qui ne sont rien d’autres que des vieux cons de WASP pleins aux as… Mais Hippolyte Templesmith, lui, avait flairé l’arnaque – d’où la suite des événements… L’évocation de ses activités criminelles amène Fran à nous questionner à ce sujet : elle a deviné que nous travaillions pour O’Bannion, à Arkham, et suppose que nous ne connaissons pas Boston… Je lui demande si elle connaît la maison et saurait comment en sortir discrètement, mais ce n’est pas le cas : elle n’est venue que deux fois, et ne connaît rien d’autre que le rez-de-chaussée. Patrick lui demande si les Templesmith ont une voiture : oui, plusieurs, et des chauffeurs aussi ! Nous n’avons pas le choix, il nous faut y aller – j’insiste cependant sur la discrétion, et qu’il faut éviter de faire des bêtises… Or Fran veut se venger. Mais Patrick concède que la priorité est de retourner à Arkham, où nous reprendrons des forces, ce qui nous permettra d’agir au mieux. Fran retient difficilement une insulte… Elle dit que, pour elle, c’est une question d’honneur – mais je lui fais entendre que ce n’est pas là son vocabulaire, et qu’il vaut mieux agir avec méthode et efficacité. Patrick aussi essaye de la raisonner, lui disant que nous ne sommes pas dans la bonne position. « Tu comprends ? » Il répète cette question, assez durement… Fran est bougonne, à la manière d’une adolescente contrariée voire exaspérée, mais dit qu’elle est d’accord – c’est surtout qu’elle se souvient que nous l’avons sauvée, et qu’elle nous en doit une… L’autorité, cependant et de manière générale, lui pèse sur les nerfs, à l’évidence.

 

Patrick entrouvre la porte de la chambre, qui donne sur un couloir richement décoré, donnant sur plusieurs portes fermées ; au bout du couloir, un escalier descend. Nous nous y rendons discrètement, moi en tête – et je guette les bruits de pas. Nous arrivons au premier étage ; un couloir à droite donne sur plusieurs portes, dont un bureau et un salon que nous pouvons entrapercevoir. Des titres honoraires, très divers, sont affichés un peu partout, ainsi que des photos de famille, avec Hippolyte Templesmith et ses parents ; je remarque un meuble sur lequel se trouvent plusieurs de ces photos, et me rends compte que bon nombre de celles-ci masquent Howard Templesmith pour mettre en évidence, à sa place, son fils Hippolyte. Nous nous dirigeons vers l’autre escalier et descendons prudemment…

 

Sur l’astéroïde, Moira essaye de frapper les gosses à sa portée, mais échoue. Johnny, pour sa part, se rue vers la cabane de jardin – il a toujours un gamin accroché sur le dos… Il essaye, en pleine course, de le dégager en lui donnant un coup de la pique au dos de sa hache : il y parvient, et même le tue, mais se blesse un peu lui-même au passage, et le cadavre du gosse reste accroché sur lui… Peu importe : il arrive devant la porte de la cabane et l’ouvre ; Vladimir attendait à l’intérieur, sur le côté, et donne instinctivement un grand coup de binette, mais Johnny s’y attendait et esquive sans souci. Clive n’a pas plus de succès que Moira de son côté – mais leurs assaillants reculent un peu. Johnny est rentré dans la cabane, où un gamin psalmodie – il cherche visiblement à lui jeter un sort…Johnny lève son bras droit pour le frapper – mais il hurle subitement tandis que sa hache tombe au sol : il n’a plus d’os dans le bras droit ! Il reste quatre gamins du côté de Moira et Clive – qui ont entendu Johnny hurler –, mais ces agresseurs changent de tactique et se précipitent à leur tour vers la cabane.

 

Moira, suivie de Clive, profite de cette accalmie pour jeter un œil à une autre cabane, sur la droite, au-delà d’une sorte d’aire de piquenique : c’est une sorte de salle de jeu, dont les murs sont cependant couverts de dessins ignobles, comme ceux de Bridget ; on y trouve aussi des « étendoirs » portant des écorchés, comme dans le tunnel souterrain, avec non loin des râteliers surchargés d’outils chirurgicaux et autres lames. Parmi les dessins, certains semblent clairement avoir pour but d’apprendre aux enfants comment écorcher un corps, en indiquant en outre les points les plus douloureux…

 

Johnny fou furieux fonce vers le gamin dans la cabane, l’empoigne de son bras gauche, et le plaque violemment contre le mur – dans l’idée de le défoncer ! Le mur craque effectivement, malgré ses deux couches de planches, et le gamin pisse le sang : des éclats de bois se sont fichés dans son crâne… Johnny sort de la cabane par cette nouvelle issue tandis que, de l’autre côté, les gamins restants y pénètrent par la porte. Johnny court alors vers le bâtiment abritant les cages, par où il était arrivé avec Clive et Moira, en hurlant : « Radzak, le dîner est servi ! » Il ne voit cependant pas le chat… mais, par contre, un navire d’ébène approche des quais. Les enfants se rendent compte que « La Brique » a quitté la cabane et veulent en sortir à leur tour… mais les deux premiers s’accrochent aux planches détruites et bouchent le passage aux autres.

 

Moira, avec Clive, revient vers la cabane de jardin, afin d’attaquer les gamins qui s’y trouvent (Clive a tiqué en entendant Johnny appeler Radzak, mais pas Moira, qui était inconsciente lors de leur discussion avec le chat). Moira blesse un des enfants assez méchamment, mais le deuxième qu’elle assaillait a pu faire un pas de côté et s’en tire avec une simple estafilade à l’épaule gauche ; Clive essaye de toucher ce dernier et rate. Johnny continue de courir vers les cages – mais son bras droit se tord du fait de ses mouvements instinctifs de balancier, ce qui est très douloureux et le ralentit… Un gamin essaye de toucher Clive, qui esquive cependant – les autres s’en prenaient à Moira, sans plus de succès, mais elle ne parvient pas non plus à riposter efficacement… Un des petits, cependant, se met à chialer : il a perdu toute combattivité, et pleure en appelant désespérément sa maman… Clive en blesse un autre, maintenant à l’agonie. Moira sort de la cabane, en disant à Clive de la suivre…

 

(Les joueurs incarnant Johnny et Moira s’en sont tenus là pour la soirée ; le joueur incarnant Patrick et moi-même étant encore disponibles et ayant une longue scène à gérer de notre côté, sans nécessité pour les autres d’intervenir, nous avons poursuivi.)

 

Patrick, Fran et moi n’entendons rien en descendant. Au rez-de-chaussée, nous voyons qu’une grande cuisine se trouve à notre droite, tandis qu’il y a plusieurs autres pièces inconnues dont les portes sont fermées ; on aperçoit enfin, au bout d’un hall sur la gauche, la porte d’entrée. Je m’avance instinctivement dans cette direction, mais Fran me dit que je suis folle de vouloir sortir par devant. Je lui demande si elle connaît une meilleure sortie, ce n’est pas le cas, mais Patrick suggère de jeter un œil à la cuisine. Nous y retournons donc : il n’y a pas de porte donnant sur l’extérieur, mais nous devrions pouvoir sortir par la grande fenêtre au-dessus de l’évier. Patrick l’ouvre délicatement : elle ne donne pas sur l’arrière du jardin, mais sur un côté du manoir. Nous entendons la porte d’entrée s’ouvrir au moment même où Fran, la première, se glisse dehors par la fenêtre. Je la suis, puis Patrick, qui arme à tout hasard sa Thompson… Nous tentons de rester discrets, mais sans grand succès : en traversant, je touche avec mes jambes une pile d’assiettes, et Patrick de même un peu plus tard – d’autant que ses douleurs internes le reprennent en pleine action ! Nous entendons une voix féminine : « Il y a quelqu’un ? Herbert ? »

 

Tandis que Patrick oriente sa mitraillette en direction de la porte de la cuisine, Fran et moi repérons l’extérieur : c’est pour l’essentiel un jardin à l’anglaise, courant sur soixante mètres avant de laisser la place à un mur d’environ trois mètres de haut et surmonté de tessons. Vers l’avant, à distance, il y a une sorte de cour, avec un kiosque et des bancs, où nous repérons un petit groupe – nous comprenons par la suite que s’y trouve notamment Jacqueline Templesmith, tandis que son mari Howard est couché sur une table à l’intérieur de ce que nous saurons alors être un poumon d’acier (un dispositif censé soigner les maladies respiratoires ; à l’évidence, il n’est pas donné à tout le monde d’en avoir un…). Nous tentons alors de contourner la maison par la droite, vers l’arrière. Je parviens à l’angle sans un bruit, Fran de même, mais Patrick, alors qu’il accélère un brin, est de nouveau pris d’une terrible douleur au ventre qui le fait s’interrompre… et lâcher par réflexe une interjection. Les pas à l’intérieur s’accélèrent, et Patrick voit bientôt un visage féminin (avec un col d’uniforme de domestique) se pencher par la fenêtre. Elle ouvre grands ses yeux en apercevant Patrick – lequel pose son doigt sur sa bouche pour lui signifier de se taire, geste qu’il accompagne d’un grand sourire et d’un clin d’œil complice… tout en brandissant sa Thompson. Elle rentre la tête à l’intérieur, et nous l’entendons crier : « Mon Dieu ! »

 

Il nous faut presser le pas. Derrière, le jardin est plus ou moins entretenu, et il s’y trouve une cabane à outils. J’envisage brièvement de grimper, mais sais que Patrick en sera incapable ; Fran dit cependant qu’il faut y aller, que nous n’avons pas le choix… Patrick tente quand même de nous rejoindre. Je demande à Fran si elle sait où se trouve le garage : oui, c’était le bâtiment à l’avant de la priorité, au-delà du petit groupe que nous avions aperçu… Patrick dit qu’il va falloir y aller les armes à la main – ce qui m’inquiète, mais il précise qu’il ne s’agit pas forcément de tirer sur qui que ce soit… Nous devons donc repasser devant la fenêtre de la cuisine ; la femme de ménage ne s’y trouve pas, mais Patrick l’entend, affolée, se débattre avec le téléphone… Nous devons continuer – en essayant de nous faufiler discrètement par les haies. Mais nous entendons alors une voix féminine qui hurle : « Madame Jacqueline ! Des intrus ! Ils sont armés ! » Jacqueline Templesmith se lève, ahurie, se penche dans notre direction, mais ne nous aperçoit pas ; la femme de ménage, par contre, a rejoint la porte d’entrée principale, tandis que le garde de la guérite située à côté du portail se précipite vers son employeuse…

 

Patrick sort alors de l’abri de la haie et met en joue le garde avec sa mitraillette : « Lâche ton arme ! » Mais la distance les séparant est trop grande pour que la menace soit efficace, le garde en est bien conscient et a le temps de se planquer derrière une autre haie sans que Patrick ait pu faire quoi que ce soit… Jacqueline, pour sa part, panique et s’enfuit en direction du mur. Je m’avance de l’autre côté, en restant abritée derrière la haie – j’ai le temps de voir que Howard, dans son poumon d’acier, est incapable de bouger, et qu’il a des guêpes sur le visage. Je fais de mon mieux… mais le garde me voit – plus précisément, il ne sait pas avec exactitude où je me trouve, mais sait que Patrick n’est pas le seul intrus dans la propriété… Il essaye de nous raisonner, nous invitant à nous rendre… Patrick n’en tient pas compte : il continue à avancer, même à découvert, et tire enfin au jugé – il ne touche pas sa cible, mais le recul réveille ses douleurs internes… J’entends un cri étouffé de Jacqueline, mais ne la vois pas – et je ne vois pas davantage Fran. Je contourne la haie et interpelle le garde tourné vers Patrick, en lui disant de lâcher son arme ; le garde comprend qu’il est en fâcheuse posture, mais me dit qu’il ne se rendra pas tant que mon collègue menacera de lui tirer dessus, bien sûr… Je crie : « John ! Tire pas ! » Mais le garde a d’autres exigences : il veut s’assurer que Jacqueline Templesmith va bien. Patrick crie : « Tess ! Appelle Fran ! » Mais nous entendons immédiatement après trois détonations, suivies d’insultes dans une langue slave… Le garde, désemparé, est prêt à se rendre… Mais il nous demande de lui tirer une balle dans le bras pour le couvrir. Patrick dit qu’il va s’en charger, l’assurant même qu’il veillera à ce que la balle ne fracture pas l’os… Le garde pose son arme, Patrick s’exécute avec son automatique – sa cible crache une injure, mais se montre satisfaite : d’une certaine manière, le garde semble même nous estimer, et hoche la tête. Fran surgit alors de derrière la haie, braque le garde, mais Patrick lui dit de ramasser son arme et que nous nous en tiendrons là.

 

Puis nous nous rendons au garage. Nous y trouvons deux véhicules : une grosse voiture familiale, et une autre plus sportive – sans doute celle de Hippolyte Templesmith, et nous la prenons. Patrick doit bricoler pour la démarrer, et y parvient sans souci, tandis que Fran et moi nous occupons de la grille. Je m’installe derrière le volant, avec Fran à mes côtés et Patrick armé à l’arrière. Je demande à Fran de me guider dans cette ville que je ne connais pas, mais elle est obsédée par ses idées de vengeance, comme en transe, et ne se montre d’aucune aide. Or nous entendons des sirènes derrière nous… Patrick, sur le siège arrière, s’accroche d’une main à la banquette – mais il est pris d’une soudaine migraine qui lui fait cligner des yeux : machinalement, il ferme l’œil droit, et voit des sortes de « cristaux », formant une tache rouge de plus en plus grande qui emplit son champ de vision… Puis il perçoit une image différente, avec la sensation de voir à travers les yeux d’un autre : une main avec une montre en or très onéreuse amène une flute de champagne à ses lèvres… tandis que l’autre main est ensanglantée, appuyée sur une table à côté d’un scalpel ; ce point de vue extérieur « clignote » puis disparaît, et Patrick retrouve sa vision normale. Quant à moi, emportée par mon élan, je tamponne la voiture d’un petit vieux qui roulait très lentement – le conducteur mange son volant et bouge la tête douloureusement. C’est alors que Fran sort enfin de sa transe, et je lui répète qu’elle doit me guider, tandis que je me dégage de la voiture du vieillard, puis la contourne. Fran réagit, cette fois, et son aide s’avère précieuse ; elle finit par nous amener à une route de terre en périphérie, à l’arrière d’un centre commercial. Une sirène de police nous dépasse, mais Fran est confiante : effectivement, la voiture poursuit sa route, et la sirène s’éloigne. Nous sommes pour le moment en sécurité.

 

Il est un peu plus de 13h. Fran demande une cigarette, et je lui en donne une – qu’elle savoure avec une sensation de plaisir extrême. Je lui dis qu’il nous faut abandonner cette voiture, trouver où nous planquer dans Boston, et enfin retourner à Arkham. Mais Fran continue de fumer, sans un mot, totalement détachée… J’en profite, et Patrick de même, pour reprendre mon souffle et me calmer. Je vérifie au passage si j’ai sur moi tout ce que j’avais pris dans la demeure d’Hippolyte Templesmith puis dans le tunnel souterrain, et c’est bien le cas. Patrick ne se sent visiblement pas très en forme, et je demande à Fran si elle pourrait trouver quelqu’un pour l’ausculter. Elle acquiesce, mais nous demande d’abord nos noms, et nous les lui donnons ; après quoi elle nous demande si O’Bannion aurait du travail pour elle – jusqu’à présent, elle travaillait seulement avec son père –, et je lui dis que c’est bien possible. Elle apprécie visiblement, et se montre enfin plus active. Il nous faut abandonner la voiture – et rejoindre un garage de sa connaissance. Mais elle entend d’abord se défouler sur le véhicule rutilant d’Hippolyte Templesmith… et se met à déchirer les fauteuils avec sa lame. Patrick lui montre comment abîmer le moteur et la batterie ; mais pour ma part, je ne me mêle pas de ça…

 

Après quoi Fran nous entraîne, par des ruelles piétonnes très discrètes, jusqu’à un quartier plus populaire, habité essentiellement par des immigrés (dont des Irlandais) ; nous pénétrons dans un garage un peu délabré, au nom de la rue où il se trouve : « East End ». Apparaît un garagiste avec de l’embonpoint, pas très propre sur lui, qui reconnaît Fran et se précipite sur elle, la serrant dans ses bras (je remarque qu’il affiche un air surpris en nous voyant…). Le garagiste demande à Fran comment va son père ; elle retient un sanglot, et demande à lui parler en privé – en prenant tout de même le temps de dire que Patrick et moi sommes « OK ».

 

Le garagiste et Fran s’éloignent dans une pièce adjacente – mais il nous tend d’abord un journal, avec en guise de gros titre : « CAMBRIOLAGE À ARKHAM CHEZ HIPPOLYTE TEMPLESMITH » Il y a en dessous une grande photo sur laquelle Patrick et moi nous reconnaissons parfaitement, ainsi que Clive et Moira (Johnny était cagoulé). Par ailleurs, l’article cite nos noms… Templesmith a placé une prime de 2000 $ sur chacun d’entre nous ; le maire d’Arkham, scandalisé, a affirmé que les odieux criminels devaient être arrêtés à tout prix, et l’enquête a été confiée à l’inspecteur Harrigan. Je parcours le reste du journal : le deuxième article principal parle d’un cadavre retrouvé avec une carte d’as (mais de trèfle, cette fois) en main, et le journal évoque une guerre des gangs. Un troisième article attire mon attention : il y a eu un braquage dans une grande banque d’Arkham, et les coupables sont deux jeunes Noirs, en fuite (l’article en rajoutant bien sûr tant dans le racisme que dans la déploration du comportement des jeunes d’aujourd’hui en général)…

 

Je cherche à me procurer de quoi me maquiller, ainsi qu’une perruque, et fais de même en sorte que Patrick soit moins reconnaissable (ceci étant, depuis la photo, il a perdu tous ses cheveux et ses sourcils, ce qui change déjà considérablement la donne…). Fran est revenue auprès de nous, et nous dit qu’il n’y aura pas de souci pour avoir une voiture discrète afin de retourner à Arkham ; elle suggère cependant de ne pas faire le moindre mouvement avant la nuit, et de partir un peu avant l’aube. De toute façon, nous avons tous bien besoin de nous reposer, et le garagiste, qu’elle présente comme étant son oncle, peut nous héberger en attendant… Il nous confie une chambre avec un grand lit. Patrick va prendre une douche – quand il en sort et reprend la direction de la chambre, le garagiste l’interpelle et lui fait signe d’approcher pour discuter ; il se désigne comme étant Otto, et Patrick se présente ; le garagiste lui sert la main avec respect : il a appris, de la bouche de Fran, que nous l’avons sauvée… Il aimerait qu’elle reste avec lui à Boston, mais elle n’a semble-t-il qu’une idée en tête : aller avec nous à Arkham. « Je peux compter sur vous pour que la gamine s’en sorte bien ? » Patrick le lui certifie : « On l’a aidée, et elle nous a aidés aussi, on n’oublie jamais une chose pareille. » Otto demande à Patrick de le suivre jusqu’à une planque, où il dissimule une belle bouteille de whisky irlandais (qu’il devait boire avec le père de Fran, Archibald, après la réussite du coup chez les Templesmith) : il veut en boire un verre ou deux avec Patrick, et aussi « la rouquine ». Il parle un peu de Fran, dit qu’elle est « parfois un peu chiante », c’est son caractère, mais qu’elle en vaut la peine.

 

Nous dormons – à peine réveillés à un moment de la nuit par Fran qui braille des choses que nous ne comprenons pas. Puis, un peu avant l’aube, elle nous réveille vraiment ; elle a cette fois de vrais vêtements (dont un pantalon), mais d’allure assez passe-partout – et elle me donne un chapeau. Elle nous emmène alors devant une voiture familiale, d’apparence tout à fait banale, mais dont les vitres sont un peu opaques – et qui en a dans le ventre, ainsi que je m’en rends compte très vite en m’installant derrière le volant. Otto est également là, qui nous explique qu’il y a une cache à l’arrière du siège passager avant. Fran lui fait visiblement un peu la gueule, mais il la prend dans les bras, elle rouspète pour la forme, puis se laisse faire. Fran monte à l’avant, à côté de moi, et Patrick reste à l’arrière. Fran ouvre un paquet de cigarettes et m’en offre une, que j’accepte bien volontiers. Nous partons pour Arkham…

 

À suivre…

 

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CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (08)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (08)

Huitième séance de la campagne de L’Appel de Cthulhu maîtrisée par Cervooo. Vous trouverez les premiers comptes rendus ici, et la séance précédente .

 

La joueuse incarnant la flingueuse Moira était absente. Étaient donc présents l’homme de main Johnny « La Brique », le bootlegger Clive, le perceur de coffres Patrick, et ma « Classy » Tess, maître-chanteuse.

 

Patrick, quand il s’est rapproché de la porte donnant dans le vide, a perdu ses sourcils et s’est retrouvé complètement chauve ; je n’ai pour ma part perdu que quelques mèches, une coiffure attentive devrait pouvoir dissimuler cette perte… Les rails dans le tunnel de gauche donnent l’impression d’être plus détériorés que les autres ; il y a des traces de sang sur la draisine, et les griffures ont clairement été faites par des ongles humains.

 

Clive, Johnny et Moira sont plongés dans une obscurité totale – et Moira est inconsciente. Johnny, en tâtant sa nouvelle arme, comprend qu’il s’agit en fait d’une hache à long manche – Clive, par contre a bien un cimeterre. Ils perçoivent des miaulements gémissants. Clive se penche sur Moira pour évaluer son état – son pouls est rapide, mais revient à la normale. Johnny tâte les murs – de vieilles pierres ; le sol est pavé. Il cherche un interrupteur, mais n’en trouve pas ; il y a par contre une torche ; Clive a une boîte d’allumettes, ils ont donc maintenant une source de lumière, et peuvent distinguer deux portes en bois, épaisses, l’une devant (donnant probablement sur l’extérieur), l’autre derrière – elles n’ont pas de serrure, juste une poignée. Johnny perçoit, provenant de la porte de derrière, des respirations humaines très basses. Il entrouvre cette porte, et voit qu’elle donne sur des cages ; dans celle qu’il distingue le mieux, il y a cinq ou six corps, entassés les uns sur les autres ; il entend à nouveau des miaulements, plus forts depuis qu’il a entrouvert la porte ; il l’ouvre maintenant complètement, et voit qu’il y a trois cages : au milieu, celle qu’il avait entraperçue ; sur sa droite, une autre cage contient des hommes debout horriblement écorchés, les lèvres cousues, des marques de trépanation sur le crâne, qui émettent une respiration faible entremêlée de beuglements et de gémissements ; ces créatures ne sont cependant pas tout à fait humaines, à y regarder de plus près : elles ont des petites cornes et des genoux inversés, comme les « satyres » du tableau de Shipley… La cage à sa gauche, avec des barreaux plus resserrés, abrite seulement un chat, très faible, émaillé de traces de brûlures, qui se relève péniblement et s’approche en gémissant des barreaux ; contrairement aux autres cages, celle-ci n’a pas de serrure, mais une simple poignée ; Johnny ouvre la porte…

 

Du côté de Patrick et Tess, le tunnel est assez large (quatre à six mètres). On distingue au sol des traces de pas récentes – les rails partant sur la droite sont rénovés, mais tout laisse à penser que la structure est autrement fort ancienne. Nous nous avançons prudemment dans cette direction ; la lumière étant suffisante, j’éteins ma lampe torche afin de l’économiser. Il y a une odeur de sang, de corps… Nous aboutissons dans une grande salle illuminée par des projecteurs (leur lumière crue et puissante nous agresse d’ailleurs les yeux). Il y a un peu partout des sortes d’ « étendoirs », sur lesquels on trouve des dépouilles humaines menottées ou ligotées avec du fil de fer barbelé – quelques agonisants au milieu des cadavres, tous ont visiblement des organes en moins, ou du moins de la peau. Le sol est strié de canalisations sanguinolentes qui se dirigent vers une grande cuve au centre de la pièce, au-dessus de laquelle se trouve une sorte de grue ; par ailleurs, de notre côté, il y a aussi un bac de liquide vert phosphorescent. Les bruits de pelle proviennent du couloir à l’autre bout de la salle. Il y a des sortes de cellules au nord ; je m’approche de la première, longeant des « étendoirs » où sont attachés des écorchés, à la façon des « vêtements » de peau humaine vus chez Templesmith. À côté de la cellule, il y a un entassement de chaînes et de menottes ; à l’intérieur de la cage, trois hommes, enchaînés, qui ne peuvent presque pas bouger – ils sont très amochés, et ont l’air enragés ; tout cela évoque une sordide banque de prélèvement d’organes et de peau… Patrick me rejoint, et sort son arme à tout hasard…

 

Clive interpelle Johnny, lui demande ce qu’il fait (il ne le voit pas). Johnny répond sans donner de détails : « Il y a des trucs enfermés… » Quelque chose de dangereux ? Il n’en sait rien… Clive laisse alors Moira inconsciente et rejoint Johnny ; il voit les cages, et notamment les « satyres » (uniquement des mâles, nus, alors que les autres corps comprennent autant d’hommes que de femmes ; les « satyres » eux aussi arborent des marques de prélèvement, mais moins nombreuses et moins pénalisantes – lobotomie exceptée…). Johnny ouvre donc la porte de la cellule du chat, qui se montre soulagé… au point de sourire… et parle : « Enfin ! » Il fait un pas hors de la cage… et disparaît d’un seul coup. Clive et Johnny entendent alors un cri d’enfant à l’extérieur – et Clive le reconnaît (un gamin issu d’une famille WASP pauvre ; ses parents alcooliques l’envoyaient se fournir chez Clive, qui les avait par ailleurs entendu battre le mioche). Ils étudient de plus près la cage du chat : elle pue la pisse et les excréments… mais ils remarquent que les barreaux, au sommet, se plient pour former des angles étranges – évocateurs des symboles de la tablette, etc. Clive s’attarde sur les corps nus – certains ont une fermeture éclair – tandis que Johnny se dirige vers la porte donnant sur l’extérieur ; Clive le suit enfin, en soulevant Moira toujours inconsciente. Dehors, ils tombent sur un cadavre d’enfant éventré – le chat est dessus et se repait de ses intestins, l’air ravi… Le chat semble par ailleurs un peu plus gros que quand il était dans la cage – ses griffes sont plus longues, les crocs proportionnels, et ses traces de brûlures semblent avoir été remplacées par un étrange pelage translucide, à la manière de cristaux… Clive remarque que le chat fixe Moira, l’air alléché. Puis il les regarde eux, visiblement amusé. Clive lui demande qui il est, et où ils sont. Le chat répond : « Tant de questions… À voir vos tronches, je suppose que vous n’êtes pas d’ici… » Il dit d’une voix fluette et mélodique qu’il ressent une certaine gratitude (il semble se contredire à ce sujet plus loin), et dit s’appeler Radzak. Il leur demande qui ils sont ; Johnny répond sans hésiter, mais Clive est visiblement perturbé… Le chat leur dit qu’il suppose qu’ils ne sont pas des alliés de 6X. Ils disent ne pas le connaître, mais en avoir entendu parler. « Vous n’êtes pas là par hasard, vous cherchiez quelque chose… » Le chat ajoute que leurs questions ne sont qu’un début. Clive lui demande qui est 6X : « Un très mauvais employeur… » Le chat dit qu’il est un bâtard, tout comme 6X – mais ce dernier négligeait ses besoins alimentaires… Clive lui demande si c’est 6X qui l’a enfermé ici. « Vous êtes perspicaces ! » Le chat lève alors sa patte droite en direction du ciel… et Clive et Johnny prennent enfin conscience de leur environnement – qui rappelle à Johnny le tableau de Shipley : le bateau, comprend-il, ne voguait pas sur de l’eau sombre, mais dans le vide spatial ! Ils sont en effet sur une sorte d’astéroïde en forme de disque, couvert d’un gazon bleu, et entouré d’astres divers – des bulbes palpitants, des sphères gazeuses d’où jaillissent des protubérances d’ampleur planétaire, des comètes çà et là (dont les trajectoires, entre virages et intersections, semblent indiquer une forme de conscience…) ; Johnny voit des bateaux d’ébène semblables à celui du tableau, qui naviguent à son instar dans l’espace. Cette révélation est terrible : Clive s’écroule, lâchant Moira, tandis que Johnny reste figé plusieurs minutes, comme en transe…

 

Patrick et moi nous dirigeons vers la deuxième cellule – la plus grande : s’y trouvent dix hommes et femmes nus (jeunes ou au plus entre deux âges) ; ils sont eux aussi lobotomisés, mais pas enchaînés, leurs lèvres ne sont pas cousues, et certains ont encore des yeux, des doigts, etc., même si leur peau a été arrachée (et ils ont eux aussi des fermetures éclair). Ils s’entrechoquent sans cesse, tombent, se relèvent… Nous en reconnaissons certains (des clochards notamment – des gens, globalement, dont la disparition passe inaperçue). Je me dirige alors vers la dernière cellule ; s’y trouve une femme seule, entre vingt et vingt-cinq ans, nue, en position fœtale ; ses cheveux blonds semblent déteindre, revenir à une coloration aile-de-corbeau ; elle ne présente pas de signes de prélèvements. Non loin, outre des produits de beauté (?), il y a un râtelier de lames et de scies chirurgicales, ainsi qu’une table de menuiserie avec des outils. J’interpelle la jeune femme, qui me regarde sidérée : « Vous… » Elle demande si c’est encore une mauvaise blague – je lui réponds que, si c’est le cas, nous en sommes les victimes. Patrick dit que cela n’a pas d’importance ; mais où sommes-nous ? Elle demande qu’on la libère si elle répond ; nous acquiesçons… et elle dit qu’elle pense que nous sommes à Boston ! Elle ajoute que c’est Templesmith qui l’a mise ici. Je lui demande si elle est Diane, elle répond s’appeler Fran. Patrick essaye de crocheter la serrure de la cellule ; la jeune femme n’a pas l’air d’y croire, elle essaye de toucher Patrick pour s’assurer qu’elle ne rêve pas ; Patrick se retire par réflexe, elle s’excuse, et il se remet au travail. Une fois la porte ouverte, la jeune femme se précipité sur un des « étendoirs », derrière nous, et se jette sur le corps qui y est attaché : « Papa… Papa… » Elle demande ensuite à Patrick s’il a une arme – il l’admet… mais ne semble pas très chaud pour la lui confier. Fran se rend au râtelier, et s’empare d’une lame chirurgicale, avant de revenir auprès de l’ « étendoir », et nous comprenons bien ce qu’elle compte faire. Patrick essaye de la tenir à distance d’une main ; par réflexe, elle bondit en arrière et le regarde ; Patrick lui dit de le laisser faire, elle le regarde sidérée ; il pointe son revolver sur le « père » de Fran et lui tire une balle dans la tête. Fran se rapproche à nouveau de la dépouille. Mais, de mon côté, j’ai remarqué que le bruit de pelle avait cessé après la détonation… Je me range contre le mur et me dirige prudemment vers l’angle du couloir… Fran demande à Patrick s’il sait où trouver des vêtements ; il dit qu’il va fouiller, et suggère à Fran de me rejoindre ; elle se donne une petite gifle, comme pour se réveiller, s’approche de moi et me demande de lui prêter ma veste – je la lui donne et elle me remercie. Patrick se met à fouiller dans la grande salle ; il passe notamment devant la grue – peut-être y a-t-il un corps à l’extrémité ? Je chuchote à Fran de rester en arrière, discrète, et arrive à l’angle du tunnel – je perçois des bruits de pas qui s’avancent vers nous ; j’y jette un œil : il y a, assez près, une fosse à cadavres, et plus loin un tas d’éboulements ; entre les deux se trouve une silhouette, une sorte de mannequin de bois traînant une pelle, qui avance lentement… Fran retourne s’armer auprès du râtelier, mais ne semble pas constituer une menace pour moi (je l’épie de temps à autre ; à la manière dont elle s’équipe, je suppose qu’elle est du métier…). Patrick passe à côté de la cuve – sans regarder à l’intérieur ; il perçoit des glougloutements… Il passe aussi à côté des générateurs, qui émettent un vrombissement sourd…

 

Clive se reprend, mais constate que Johnny est toujours figé. Radzak se rapproche doucement de Clive, avec un sourire amusé. Il lui demande s’ils savent maintenant où ils sont… Il pointe un astre, disant que c’est « sa » Saturne, et qu’il lui tarde d’y retourner… Mais il ajoute : « Vous n’êtes pas des alliés de 6X, nous pourrions avoir des intérêts communs. » Clive dit que c’est bien possible, et qu’il souhaiterait qu’ils collaborent. Mais le chat dit prendre grand-soin de son indépendance… Il dit qu’il va d’abord faire un tour chez lui, et qu’il repassera peut-être les voir – s’il y pense… et s’ils ont quelque chose à lui offrir ? Il regarde à nouveau Moira inconsciente en se léchant les babines… Clive lui demande qui a dépecé les cadavres : « 6X. Je l’avais aidé pour les premiers », répond le chat… À quoi ressemble 6X ? « Il a tellement de formes… La plus naturelle est abjecte même à mes yeux. Sa forme terrienne est plus jolie… » Johnny commence à reprendre ses esprits, mais manque encore de chavirer… Clive demande au chat s’il souhaite qu’ils éliminent 6X. « Avec grand plaisir ! » Mais qu’est-ce que cet astéroïde : une sorte de garde-manger ? « Oh, non, bien plus que ça… » Le chat recommence cependant à dévorer le cadavre d’enfant… « Aimez-vous les enfants ? » Le chat se tourne cependant vers « sa » Saturne, prêt à bondir. Clive aimerait le retenir encore un peu, lui demande s’il les aidera à trouver 6X et à partir d’ici… Le chat tient un discours plus sec que précédemment : « Vous m’avez humilié en me libérant… La gratitude n’est pas très répandue chez ceux de ma race… » Il repassera quand il le voudra, point. Il bondit dans l’espace… et ne retombe pas mais disparaît au fur et à mesure. Clive et Johnny regardent autour d’eux. À environ un kilomètre de là, ils distinguent quatre bâtiments rectangulaires, et aussi une surface d’herbe verte, une sorte de jardin (avec deux bâtiments hexagonaux). Ils s’avancent, et constatent qu’une sorte d’étoile semble les accompagner, éclairant leur chemin. De l’autre côté de l’astéroïde, ils distinguent aussi des sortes de quais… Le premier bâtiment sur leur route est une cabane de jardin (mais à côté de celui-ci) : on y trouve des ustensiles parfaitement normaux, des sacs de terreau, et, dans des petits tiroirs carrés, quelques graines (très peu). On lit sur ces tiroirs des sortes de « hiéroglyphes », évoquant aussi une écriture curviligne, donnant l’impression d’un langage raffiné… mais inconnu. Tous deux se dirigent alors vers les bâtiments hexagonaux du jardin, chacun le sien ; Johnny arrive le premier à destination – c’est une structure très différentes des autres bâtisses, composée de grandes surfaces vitrées au lieu de briques, mais il y a un voile qui empêche de distinguer l’intérieur ; Johnny tend l’oreille, n’entend rien, et va ouvrir la porte. Clive, en traversant le jardin, sent quelque chose d’étrange à sa jambe, et la secoue ; il aperçoit une sorte de plante faite d’ossements (les pétales sont des dents, la tige est constituée de vertèbres…), avec une pierre en son sein ; il la tranche d’un coup de cimeterre… mais voit d’autres plantes étranges, notamment une sorte de rose abritant un reptile embryonnaire entre ses pétales (comme si elle le portait avant de lui donner naissance) ; ou encore une plante mi végétale, mi carnée (les tiges sont des canines, les pétales de fines langues, avec un œil au centre – qui « pleure ») ; et il entend des chuchotements (pensées obscènes de torture et de souffrance)…

 

Patrick est arrivé dans une grande réserve, éclairée par deux projecteurs : on y trouve cinq caisses, ainsi que des amas de tiges de métal, et une étagère abritant des fioles – comportant des organes préservés dans un liquide transparent… De mon côté, je reste plaquée contre le mur, attendant que le mannequin sorte du tunnel, gardant mon arme pointée à hauteur d’homme (je jette parfois un œil à Fran, à quelque distance – elle est armée d’un couteau de boucher et me regarde, l’air inquiet). Patrick s’empare d’une barre de métal faisant un bon gourdin (d’un mètre environ) ; il garde son pistolet dans l’autre main. Il ouvre les caisses, qui sont toutes remplies aux deux tiers de bijoux anciens, parfois même primitifs (colliers, bagues, diadèmes…). Le mannequin débouche enfin du couloir dans la grande salle, et je le vois bien mieux : il est effectivement constitué de bois pour l’essentiel, avec des rivets ; le chiffre « 4 » est gravé sur son front, et, juste en dessous, on trouve une petite boîte, similaire à celles de l’armoire de Templesmith – il y en a une autre sur sa nuque ; au niveau du torse, il a un écriteau, auquel est attaché un marqueur ; on distingue enfin sur sa jambe droite une sorte de greffe de peau, avec des couches de gaze pour la protéger (on voit les artères), évoquant un travail en chantier… Quand il passe à côté de moi, je cherche à m’emparer de la boîte à l’arrière de son crâne – le contact est froid, la texture écailleuse… mais je ne parviens pas à la déloger. Quand je le réalise, je braque à nouveau mon arme dessus, souhaitant tirer dans la boîte, mais le mannequin réagit avant, lève son bras dans un geste de défense et me repousse ; il s’empare alors de son écriteau et utilise son marqueur dessus – tandis que je me recule en le braquant, sans tirer. Patrick a dû entendre quelque chose, il sort de la réserve et nous appelle, Fran et moi… Le mannequin me tend son écriteau : « Ordres ? » Derrière moi, Fran s’est reculée jusqu’au râtelier, visiblement terrifiée… Je dis à l’automate : « Aide-nous à sortir d’ici vivants. » Pas de réaction, comme s’il n’entendait pas (pourtant, la détonation auparavant ?) ; il me tend l’écriteau, et j’écris mes instructions dessus ; il le reprend et le soulève devant son « visage » (la petite boîte à son front lui sert semble-t-il d’œil). Il secoue la tête, de manière de plus en plus violente, efface ce que j’ai écrit, et y met à la place : « Ordres contraires. » Je reprends l’écriteau, y inscris : « Obéis. » Patrick se rapproche de nous, dans le dos du mannequin, qui reprend ses mouvements nerveux, et écrit enfin : « Ordres contrmot de passeaires. » Patrick comprend la situation (Fran dit que le mannequin ne peut pas entendre, et que c’est l’esclave de Templesmith) ; je reprends doucement l’écriteau, indiquant d’un geste la boîte à l’arrière du crâne à Patrick – ce dernier me comprend, et fracasse la tête du mannequin de son gourdin de métal. Il entend un craquement, et réalise avec dégoût que la boîte n’est pas cassée mais est encore plus enfoncée ; le choc a cependant délogé la boîte à l’avant : le mannequin a des mouvements nerveux, évoquant un aveugle ; Patrick le frappe à nouveau, mais le mannequin arrête son arme et s’en empare, comptant la retourner contre lui – Patrick esquive le coup et parvient à se reculer. Je tire alors à bout portant dans la boîte arrière : elle vole en éclats, projetant des esquilles de bois et des bouts de cerveau ; l’autre boîte, au sol, s’est ouverte, et abrite un œil – Fran piétine le mannequin avec rage, et lui donne vainement des coups de couteau à la gorge ; il reste immobile. Je demande à Patrick ce qu’il a trouvé. Très affecté, il ne cesse de répéter : « C’est l’Enfer ! » Puis il s’empare du mannequin au sol, et, entraîné par son instinct, le traine vers la cuve où il compte le jeter… Fran, quand elle le comprend, succombe à une crise d’angoisse. Je me précipite derrière Patrick, lui crie violemment d’arrêter : il ne sait pas ce qu’il fait ! Patrick atteint la cuve, non loin du bac au liquide vert phosphorescent. Fran hurle désormais. Je rattrape Patrick, l’intercepte et l’empêche de jeter le mannequin dans la cuve. Fran hoquète d’horreur : « C’est là qu’il le plonge, le ravive, celui sans tête ! »

 

Johnny ouvre la porte de la serre. Il voit une plante immense, d’un mètre cinquante à deux mètres de large, pour deux à trois mètres de hauteur, sans racines dans le sol (carrelé), mais reposant sur une succession de branches, en dégradés de bleu, reproduisant des signes similaires aux runes de la tablette. En dessous se trouvent des fragments humains : un visage à la mâchoire disloquée, un œil qui le fixe et pleure, des bras lacérés par les branches qui s’en nourrissent, une cage thoracique broyée d’où pendent des organes encore palpitants… Johnny a pour réflexe de refermer la porte, mais succombe à la folie furieuse et se jette sur la plante (il laisse tomber Moira, devant la serre). Clive, de son côté, ouvre la porte de la cabane où il se rendait : s’y trouve une sorte d’autel orné de statuettes en divers matériaux (bois, chair, os…), dont un poulpe humanoïde, une créature bipède dont la tête est remplacée par un long tentacule, un amas de chair informe d’où jaillissent des bouches, des yeux, des sabots de chèvre… Il y a, de gauche à droite, comme une progression dans l’achèvement. Mais Clive entend alors le hurlement de rage de Johnny, et le voit pénétrer furieusement dans la serre avec sa hache ; il se précipite alors vers lui… tandis que les portes du plus grand bâtiment s’ouvrent et qu’en sortent trois ou quatre enfants, en pyjama, qui semblent se réveiller tout juste : « Qu’est-ce qui se passe ? » Johnny massacre la plante à coups de hache, mais perçoit indistinctement que les fleurs émettent une sorte de pollen…

 

À suivre…

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CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (07)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (07)

Septième séance de la campagne de L’Appel de Cthulhu maîtrisée par Cervooo. Vous trouverez les premiers comptes rendus ici, et la séance précédente .

 

Le joueur incarnant le bootlegger Clive était absent. Étaient donc présents l’homme de main Johnny « La Brique », la flingueuse Moira, le perceur de coffres Patrick, et ma « Classy » Tess, maître-chanteuse.

 

Nous sommes chez moi, en fin de matinée. Alors que je me dirige vers ma porte d’entrée, où l’on vient de sonner, « La Brique », qui semble avoir entendu quelque chose, se précipite dans mon bureau (c’est là que se trouve le coffre où nous avons disposé la tablette…). À ma porte, je tombe sur Seth, le coursier, qui me donne une bouteille emballée dans un paquet cadeau : du champagne, offert par Big Eddie, qui se fend d’un mot d’excuses totalement hypocrite, conformément aux ordres d’O’Bannion…

 

Patrick et moi rejoignons alors « La Brique » dans mon bureau. Les parois du coffre ont l’air bombées, comme si elles abritaient quelque chose de trop grand à l’intérieur… « La Brique » dit à Patrick de braquer le coffre pendant qu’il l’ouvre ; mais, du fait des parois gondolées, il y a du jeu dans la serrure – il faudra la forcer. Je vais chercher quelque chose à cet effet (un pied de biche), et « La Brique » parvient à ouvrir le coffre. À l’intérieur, nous trouvons un amas de chair dégoulinante, de sang et d’organes qui suintent, avec quelques fragments de tissu – évoquant vaguement un corps humain condensé dans un espace bien trop étroit ; mais pas un corps d’adulte, plus probablement celui d’un des enfants associés à Mortimer (nous pensons forcément à Bridget…). La tablette est toujours là. Par contre, il est impossible de refermer le coffre…

 

On sonne à nouveau à ma porte : c’est encore un messager, mais cette fois un coursier privé, en uniforme, qui me tend une enveloppe de qualité ; je lui donne un pourboire, et il s’en va. J’ouvre alors l’enveloppe : c’est un carton d’invitation du Trèfle, nous mentionnant tous par nos prénoms, et nous demandant de passer dans l’après-midi (en employant la porte arrière, réservée aux « affaires »), en tenue élégante, pour nous entretenir avec Lila, la maquerelle de l’établissement (le carton est parfumé à la violette, ça fait partie de sa signature ; je sais que Lila a fait partie d’une troupe d’acteurs de théâtre, et longtemps été la « muse » de nombreux artistes, avant de se lancer dans le proxénétisme).

 

Patrick a un vieux coffre chez lui, et « La Brique » suggère d’y entreposer la tablette ; ils s’y rendent tous deux, en profitant pour s’habiller plus élégamment en vue de l’entretien de l’après-midi. Pour ma part, je nettoie un peu mon bureau, puis me change (je prête aussi des vêtements à Moira), et fais ma revue de presse quotidienne : j’y apprends que le gala où doit se rendre Hippolyte Templesmith ce soir débutera vers 20h ; surtout, on précise qu’il y aura un des célèbres « afters » du dandy, mais celui-ci aura lieu à Boston – où l’hôte et ses convives triés sur le volet se rendront à bord d’un « train festif »… Nous nous retrouvons tous chez moi, et nous rendons au Trèfle sur les coups de 14h.

 

En route, nous remarquons que la neige, abondante, a été entassée sur les côtés par les employés municipaux, mais il n’y a pas de problème de circulation. Nous arrivons devant la porte arrière, où se trouvent deux gardes qui ne manquent pas de nous siffler (nous ne les connaissons pas plus que ça) ; je leur dis que nous devons rentrer pour affaires, précise le nom de Lila, et, à leur demande, leur tends le carton parfumé. Ils nous ouvrent, nous nous avançons vers l’escalier repéré lors de notre visite pour l’inauguration, mais les gardes nous disent de passer par une autre porte plus discrète. Un escalier mène au premier étage – à gauche se trouvent des fenêtres fermées et teintes, à droite des vitres, teintes également (nous devinons qu’elles servent à la surveillance discrète de cette partie de l’établissement – je suppose qu’il s’agit probablement de gardes directement employés par Lila, et non de gorilles d’O’Bannion) ; en haut se trouve une porte ornée d’un bouquet de lilas – le parfum des fleurs couvre plus ou moins des odeurs humaines capiteuses… Je frappe à la porte, une voix joviale nous dit d’entrer. Nous sommes en plein dans le bordel du Trèfle, entourés de nombreuses prostituées (y compris des métisses) et même quelques gitons ; les clients sont de toute sorte ou presque (il y a bon nombre d’Irlandais et de WASP, mais, sans surprise, pas d’Italiens ou de Noirs). Cet endroit met d’emblée Moira mal à l’aise… On nous aiguille vers un bureau ; nous empruntons un couloir donnant sur plusieurs chambres, aux noms différents, et chacune avec son odeur spécifique.

 

Nous arrivons dans un petit salon faisant office de bureau, où se trouve Lila – une femme entre trente et trente-cinq ans, élégante, d’allure moderne et quelque peu bohême : elle n’a rien du stéréotype de la maquerelle. Elle nous accueille en nous disant que nous comme elle faisons partie du gratin des employés d’O’Bannion, et elle nous offre en conséquence une réduction si nous souhaitons bénéficier des services de son établissement… Mais, surtout, une cliente, qu’elle ne nomme pas, l’a contactée pour organiser une rencontre avec nous aujourd’hui. Nous suivons Lila, qui nous conduit dans un autre salon privé, destiné aux rencontres discrètes (la vue donne sur l’Université Miskatonic). Il s’y trouve Elaine, l’ex d’O’Bannion et dernière conquête en date d’Hippolyte Templesmith ; elle est un brin défoncée, et s’amuse à se moquer d’un serveur sourd et muet… Il y a aussi un peintre sur place, d’allure très bohême, et encore plus perché que son modèle… Elaine, très joviale, nous accueille chaleureusement et nous invite à prendre place pour discuter – elle s’assied et se « repoudre » à l’aide d’un rail de cocaïne… Elle demande des nouvelles d’O’Bannion : a-t-il parlé d’elle ? Je lui réponds qu’il semble bien plus intéressé par son nouveau chevalier servant… Elle nous dit que tout se passe très bien avec Templesmith… puis nous demande si nous savons garder un secret ; nous acquiesçons, je lui dis que nous ne serions pas dans cette profession si nous n’en étions pas capables, et elle nous confie que, si elle a l’habitude de larguer ses mecs quand ils la lassent, elle suppose que, cette fois, c’est elle qui va se faire lâcher… et ça la déboussole. Elle dit vouloir prendre ses précautions, et que c’est la raison de notre entrevue : elle nous aidera, mais il nous faudra l’aider en retour, la « protéger ». Elle nous impose cependant de nous livrer à un petit jeu : elle nous pose une question, nous répondons, et nous pouvons à notre tour lui poser une question (sur Templesmith), etc.

 

« Vous avez quelqu’un dans votre vie ? » Nous répondons tous que non… Patrick blague à propos d’un rat qu’il a eu l’occasion de fréquenter récemment, mais conclut : « Nous n’avons pas sympathisé. » Elaine semble prendre ça au sérieux… Nous l’interrogeons sur les gardes éventuels dans la demeure de Templesmith : elle nous confirme qu’il y a une guérite, pour le moment pas occupée, mais son amant lui a promis d’y remédier dans l’après-midi…

 

« Vous avez des amourettes entre vous ? » Non, nous sommes des professionnels, et ne mélangeons pas sentiments et travail…. Ça l’étonne, voire la secoue, elle a du mal à nous croire… Nous lui demandons s’il y a, dans la demeure de Templesmith, des pièces plus intéressantes que d’autres, et elle nous parle du bureau et de la chambre, au premier étage, toujours fermés à clef (se trouve aussi dans la chambre une vieille et massive armoire, toujours verrouillée, dont il ne lui a jamais laissé voir le contenu) ; elle nous explique par ailleurs que Templesmith lui-même, régulièrement, travaille sur les serrures avec sa propre boîte à outils (ce qui vaut aussi pour les deux portes du rez-de-chaussée, la principale et celle de derrière).

 

« Vous baisez qui ? » « La Brique » désigne plus ou moins le bordel, sans le dire ouvertement… Moira est de plus en plus gênée par les indiscrétions d’Elaine… Le peintre s’est mis de la peinture sur le visage, notre hôte discute avec lui en attendant notre prochaine question (avant de recommencer son cirque avec un serveur, qu’elle appelle en tirant sur une cordelette). Je l’interroge alors sur le comportement de Templesmith, il y a peu semble-t-il très timide, et maintenant chaud-lapin ; mais Elaine nous dit qu’en fait ils baisent très peu (et toujours avec une capote anglaise) ; en fait, Templesmith passe tout son temps à causer avec des vieux, des scientifiques (notamment un professeur à l’Université Miskatonic dont elle n’a pas retenu le nom – elle le décrit comme étant plutôt rond et doté d’une barbe garnie, ce qui pourrait correspondre à beaucoup de monde…) ; il écrit aussi énormément, à des scientifiques du monde entier…

 

« Quels sont vos fantasmes ? » « La Brique », tout de go, lui répond : « Toi… » Ce qui la prend par surprise – après quoi elle lui sourit… mais en restant bloquée un moment, à le déshabiller des yeux, et « La Brique » n’est du coup guère à l’aise. Moira dit qu’elle n’a pas d’autre fantasme que son mari (ce qui écœure littéralement Elaine…). Patrick dit qu’il rêve de fouetter la reine d’Angleterre, et Elaine, très sérieusement, lui demande s’il a déjà essayé (« Non, pas eu l’occasion de la rencontrer… »). Quant à moi, je commence par dire que j’ai beaucoup trop de fantasmes, mais, quand elle me demande des détails, je la baratine sur le sadomasochisme, en m’affichant dominatrice... C’est à nous de l’interroger : « La Brique » lui demande s’il y a, dans la demeure de Templesmith, une sortie cachée, un tunnel donnant sur la cave, ce genre de choses, mais ce n’est pas le cas. Tandis que le serveur revient pour une nouvelle commande (je me contente cette fois d’un jus de fruit… d’autant qu’Elaine m’est de plus en plus antipathique, et je crains que l’alcool me nuise), « La Brique », qui avait remarqué qu’Elaine avait des aphtes, réalise qu’il en a lui aussi, tout récent… Elle est assez perdue pour nous laisser poser d’autres questions avant de reprendre son questionnaire érotique. Je fais donc la remarque qu’elle doit fréquenter le gratin, avec Templesmith… C’est bien le cas : elle évoque notamment un certain Roger Carlyle, une très grosse fortune au niveau national, à la réputation de grand fêtard (Templesmith se vante de l’avoir coincé à plusieurs reprises, à Boston ou New York, et d’en avoir profité pour négocier de l’alcool de qualité à bon prix). Elle évoque à nouveau des érudits, dont elle n’a pas retenu les noms ; elle s’attarde enfin sur le domestique de Templesmith, un certain Howard, qu’elle décrit précisément – à l’en croire, il est toujours derrière Templesmith… à moins que ce dernier ne lui ait confié une tâche à accomplir à Arkham (il n’est pas toujours à la maison – chez ses parents ?). On lui demande alors s’il y a de l’alcool dans la demeure, et oui : il faut alimenter les soirées… Hippolyte a-t-il un vice caché ? « Parler de science avec des vieux… » Tout cela l’ennuie, elle se refait un rail de coke… « La Brique » lui parle des oies, ce qui, cette fois, la fait rire… Il y en a bien une vingtaine qui montent la garde – très efficacement ; elles sont généralement devant, mais il y en a toujours qui patrouillent un peu partout… Templesmith sifflote un air pour qu’elles le reconnaissent : Danny Boy, que tout Irlandais connait. Elle s’arrête là, se plaignant de ses aphtes qui la font souffrir, elle ne sait pas d’où ils viennent… Ça la ramène à son petit jeu des questions.

 

« Vous avez déjà essayé l’autre camp ? », dit-elle, évoquant clairement des relations homosexuelles, sur le ton d’une gamine gloussant sur un sujet cracra… Patrick dit qu’il connaissait des hommes qui l’auraient volontiers pris par derrière, mais que ça n’avait rien de sexuel… Elle s’en étonne, lui dit ce qu’on prétend des guerriers qui se redonnent du courage entre eux, mais Patrick l’assure que ce sont des légendes… Elle se tourne vers moi, je lui dis : « Pas jusqu’à présent… » Elle me demande si c’est une invitation, je lui réponds que non – de manière générale il faut prendre son temps et y mettre les formes ; mais ces protocoles l’ennuient profondément… Je comprends par ailleurs que, au-delà de cette discussion, elle est au fond très amoureuse de Templesmith – et elle n’en a vraiment pas l’habitude, c’est un sentiment nouveau pour elle. Patrick lui demande alors si elle a des suggestions pour nous aider à entrer dans la résidence du dandy, assurant Elaine que nous sommes « son assurance » ; mais Elaine n’a pas vraiment fait attention : elle confirme que les oies vont rarement derrière, et que le sifflement les calme – et il n’y a pas de garde dans la guérite, mais ça devrait changer dans la journée…

 

« Pour conclure l’accord », elle demande alors à « La Brique » ce qu’il compte faire dans les deux prochaines heures, et il est tout à fait volontaire pour rester en sa charmante compagnie… Patrick dit qu’il est temps de partir, et le suggère à Moira – qui acquiesce aussitôt, par ailleurs très irritée par le comportement de « La Brique »… Je me dis ravie de notre conversation et que, si elle a envie de parler, elle sait où nous trouver… Nous quittons donc les lieux, sauf « La Brique » qu’elle emmène dans une chambre (le peintre les suit… et peint leurs ébats – mais on ne peut pas y reconnaître « La Brique » tant c’est abstrait et fou, du moins à en croire le principal intéressé).

 

Il est environ 15h. Je me rends en voiture à la Bibliothèque de l’Université Miskatonic (avec Moira dans la voiture, tandis que Patrick a la sienne) ; en route, nous passons devant un commissariat, et nous reconnaissons quelqu’un, à 150 m de là, qui marche maladroitement dans cette direction, pas rasé, pas coiffé : c’est Harold (que « La Brique » avait trouvé traumatisé après le premier assaut de Drexler où nous avons été impliqués) ; il traverse sans faire attention, manque de se faire écraser. Je ralentis et l’interpelle : il tourne la tête dans ma direction, ouvre grands les yeux, presse le pas vers le commissariat et y pénètre. Peu désireuse de pénétrer dans le commissariat dans ces conditions, je poursuis ma route, dépose Moira chez elle, et vais à l’Université. Stanley, le bibliothécaire, n’est pas là – il a pris un congé. Je demande quand même à consulter le trombinoscope des professeurs de l’Université (on me demande pourquoi, je baratine, évoquant un colloque auquel j’avais assisté en dilettante : « Je me souviens de son visage, mais pas de son nom… ») ; je cherche en priorité dans les sections consacrées aux mathématiques et à l’histoire… mais la description faite par Elaine ne m’aide pas, trop nombreux sont ceux qui pourraient correspondre à ce profil. Je cherche alors au nom d’Andrew Stuart (le professeur de mathématiques et astronome intéressé par l’occultisme), et il figure dans le trombinoscope, où on signale qu’il a disparu depuis quelque temps (il ne correspond pas à la description faite par Elaine) ; ses publications sont mentionnées, mais sont bien trop compliquées pour moi – je note cependant les titres et m’imprègne de sa photo.

 

On se retrouve chez moi vers 17h (Clive ne nous rejoint que vers 20h). Patrick, entretemps, a maquillé la plaque de sa voiture. Nous nous habillons tous de vêtements plus sombres (des tenues de ville, néanmoins ; nous ne comptons pas jouer aux ninjas, même si « La Brique » se munie de gants et d’une cagoule). Nous emportons nos outils de base (et nos armes) – Patrick prend son matériel de crochetage ainsi que des jumelles, et confectionne un grappin pour « La Brique » ; ce dernier emporte un pied de biche, une épaisse couverture, et se procure aussi des grains de maïs pour les oies ; Moira prend un grand sac à dos ; quant à moi, je me munis d’une lampe-torche et d’un appareil photo. Nous patientons, dînons avec Clive quand il nous rejoint, puis partons pour la demeure d’Hippolyte Templesmith, où nous arrivons vers 22h30 ou 23h.

 

La route conduisant au quartier des luxueuses villas est très bien entretenue – elle dispose de lampadaires, et est parfaitement déblayée (la neige s’est pas ailleurs faite un peu moins forte, tenant presque de la bruine maintenant). On se gare assez loin et on marche, en restant discrets. « La Brique » aperçoit des phares qui s’allument puis se déplacent, et s’éloignent (on voit peu après qu’il s’agit d’une voiture de police, qui ralentit un peu devant les maisons, puis s’en va). Moira trébuche, elle essaye de se rattraper à moi, nous tombons toutes deux dans la neige… Nous parvenons à la lisière des bois – à un kilomètre environ de la résidence, sur l’arrière. Il y a de l’éclairage à l’intérieur, mais la maison est largement dissimulée par la hauteur des murs qui la ceignent (trois mètres environ) ; nous repérons cependant la guérite, où il y a également de la lumière.

 

Nous hésitons quant au plan à adopter : Patrick et Moira pencheraient pour faire une diversion, mais je redoute un peu que cela ne fasse que mettre davantage le garde aux aguets ; et sans doute faut-il prendre en compte nos compétences particulières pour déterminer qui fait quoi… « La Brique » n’aime pas patienter : au bout d’un moment, tandis que nous sommes toujours indécis, il rejoint le mur, use de son grappin pour escalader le mur, et dispose sa couverture sur les tessons ; il observe les environs avec ses jumelles, distingue une silhouette dans la guérite, a priori tournée dans la direction opposée, aperçoit quelques oies çà et là – et il reste encore bien 300 m de jardin avant d’atteindre le bâtiment. Je grimpe à mon tour, « La Brique » m’aide à descendre de l’autre côté ; Patrick, Moira et Clive font bientôt de même. Mais « La Brique » fait du bruit en tombant – nous entendons les oies, trois ou quatre d’entre elles se rapprochent de nous… Patrick se met à siffler Danny Boy ; les oies continuent de se rapprocher, mais nous considèrent silencieusement, et nous suivent sans un bruit quand nous avançons d’un pas normal vers la porte arrière de la demeure. Aucune réaction dans la guérite, par ailleurs. Au bout d’un moment, toutefois, Patrick se met à siffler faux ; paniqués, nous essayons de prendre sa relève, mais ça vire à la cacophonie… Je jette aux oies un de mes mystérieux bonbons, à tout hasard, mais elles l’écartent très vite et n’y font pas davantage attention… Les oies se font plus agressives, et mordent Moira, assez méchamment, ainsi que « La Brique ». Patrick parvient heureusement à se reprendre, et sa nouvelle interprétation de Danny Boy calme instantanément les volatiles hostiles ! Elles continuent cependant à nous suivre – certaines, du moins, tandis que d’autres s’en vont (et « La Brique » leur donne du maïs). Nous arrivons devant la porte arrière, de très bonne facture ; Patrick ayant besoin de toute sa concentration pour crocheter la serrure, Moira reprend la mélodie à sa place. Patrick comprend vite que la serrure est autrement plus compliquée que la norme : elle dispose de quatre ressorts au lieu de trois normalement ; le dernier n’est a priori pas lié à l’ouverture de la porte à proprement parler ; Patrick prend soin de le crocheter également… mais rate : la porte s’ouvre, mais il y a un flash lumineux à l’extérieur : nous avons été pris en photo par un mécanisme automatique (« La Brique » repère le creux où est dissimulé l’objectif). Nous entrons (toujours aucune réaction dans la guérite)…

 

Nous arrivons dans un salon superbement décoré : le mobilier est supérieur, et il y a de nombreuses antiquités et autres œuvres d’art anciennes – c’est un mélange culturel étonnant, on trouve des pièces de tous les continents. « La Brique » et Patrick repèrent en outre une décoration saugrenue, un vieux joug en bois – qui tranche d’autant plus avec le téléphone très moderne qu’on trouve non loin, ou avec l’encrier accompagné d’une plume à côté… L’anachronisme est total, équivalent à la diversité d’origine géographique des pièces qui ornent le salon.

 

Nous ne nous y attardons pas, et empruntons tous l’escalier pour accéder à l’étage. C’est ici qu’ont lieu les fameux afters de Templesmith : c’est un salon beaucoup plus moderne, orné de tableaux récents, et on y trouve aussi un très luxueux piano d’allure étrange, tenant de l’œuvre d’art pure et simple.

 

Patrick et moi nous dirigeons vers deux portes différentes, côté Est, mais les deux sont verrouillées. Patrick essaye de crocheter la sienne… mais rate à nouveau, ce qui déclenche un nouveau flash. « La Brique », là encore, repère un creux où se dissimule l’objectif – même chose pour la porte que j’ai essayé d’ouvrir ; il y glisse quelque chose pour l’obturer. Patrick essaye à nouveau d’ouvrir sa porte, et cette fois y parvient.

 

Ne pouvant crocheter ma porte, préférant laisser faire Patrick, j’explore avec Moira le reste de l’étage : je trouve une luxueuse salle de bain avec sauna, Moira une salle de jeu très bien équipée. Rien de particulier au-delà…

 

Patrick et « La Brique » pénètrent dans la pièce désormais accessible. C’est un bureau richement décoré… et au milieu y trône une sorte de « robot », ou plutôt d’ « automate », doté de quatre pattes, ainsi que d’un étonnant visage féminin artificiel (son caractère très réaliste est d’autant plus troublant, et nous met mal à l’aise…) ; on devine que sa bouche est animée ; l’automate dispose aussi d’un clavier, entre piano et machine à écrire (les touches correspondent à des syllabes – Patrick appuie sur l’une d’entre elles, la bouche de l’automate s’ouvre et prononce la syllabe indiquée d’une voix féminine) ; à côté se trouve une fente, semble-t-il destinée à ce qu’on y glisse des feuilles, peut-être des partitions ; il y a enfin une sorte de sac derrière la tête, pouvant abriter le mécanisme permettant la prononciation de mots…

 

Je finis de repérer l’étage, mais ne trouve guère que des WC et un grand débarras (n’abritant rien que de très commun).

 

Moira rejoint Patrick et « La Brique », elle étudie l’automate à son tour. Sur le bureau, dans un coin, il y a un coûteux memento mori en ivoire. On trouve par ailleurs beaucoup de papiers sur le bureau. Je rejoins à mon tour mes camarades, et remarque que la porte donnant sur le vide devrait se trouver dans cette pièce, mais on ne la voit pas ; cependant, le mur, de ce côté, est visiblement plus épais ; je toque, et ça sonne creux à un endroit précis. Je cherche un mécanisme, Moira de même – elle repère un très mince interstice, et m’interpelle ainsi que Patrick (fasciné par le robot…). « La Brique », de son côté, cherche un accès à l’appareil photo automatique de l’entrée ; il trouve un tout petit trou dans le mur, où l’on devrait pouvoir insérer un très fin cylindre métallique. Je cherche des connexions entre l’automate et le faux mur, mais rien. Je m’intéresse alors au contenu du bureau : essentiellement de la correspondance, dans de nombreuses langues (anglais, mais aussi chinois, français, néerlandais…) ; en parcourant le contenu, pour ce que je peux vaguement en comprendre, je devine que ces lettres portent sur des sujets scientifiques très pointus. La machine à écrire, juste à côté, n’affiche pas de marque, et sans doute a-t-elle été conçue « sur mesure », voire « faite maison ». Sous le memento mori, il y a une liste de noms – a priori de la main de Templesmith : Robert Carlyle, Herbert West, Tina Perkins, Pierce Hawthorne, Mortimer Campbell, Charles Reis. Patrick glisse une feuille de papier dans interstice repéré, mais ça ne produit rien. Moira me rejoint et fouille dans les tiroirs du bureau, mais n’y trouve rien de spécial (beaucoup de papier vierge, etc.).

 

« La Brique » retourne au rez-de-chaussée, et fait le tour de chaque pièce : il y a des WC, une salle à manger avec une très longue table, une cuisine, et surtout une immense bibliothèque, d’une densité impressionnante.

 

Je recopie la liste de noms, puis remets l’original à sa place ; je prends ensuite trois ou quatre photos de l’automate, afin d’en avoir la vision la plus complète possible. Une porte du bureau donne sur la pièce à laquelle nous n’avions pas encore pu accéder (la porte fermée à laquelle je m’étais rendue tout d’abord) : c’est la chambre, croulant sous les estampes japonaises passablement perverses (dont certaines où des dames… convolent avec des poulpes !) ; il y a aussi une épaisse et lourde armoire ancienne (à la serrure conséquente – Patrick s’attelle à la crocheter). Moira fouille dans la chambre, et y trouve plein d’accessoires érotiques et parfois sadomasochistes, une quantité impressionnante de capotes, quelques effets personnels d’Elaine…

 

Je redescends, et rejoins « La Brique » dans la bibliothèque – à ce stade, on dirait que Templesmith s’est tout bonnement approprié une aile entière de la Bibliothèque de l’Université Miskatonic… Le savoir entassé ici en est presque étouffant, et couvre tous les domaines – on y trouve aussi bien les livres qui font loi que des ouvrages anciens, à l’occasion des feuillets d’étudiants… « La Brique » est attiré par les étranges tableaux qui ornent la pièce. Je vois aussi de nombreux bustes, et reconnais quelques faciès – certains bustes portent de toute façon des noms : il y a des philosophes grecs (Platon…), des conquérants célèbres (Alexandre le Grand…), des chefs d’État, des savants (Pasteur…), etc. « La Brique » est stupéfait par un tableau intitulé Souper (de Richard Upton Pickman), remarquablement bien réalisé, qui représente une famille, en pleine lumière d’un côté, mais disparaissant de plus en plus dans l’ombre de l’autre – et, dans cette moitié, elle arbore des traits de plus en plus canins ; on trouve un os visiblement humain dans une assiette, ou encore un bout de pied qui dépasse… De mon côté, je suis attirée par un autre tableau, sans titre, d’un certain Shipley : on y voit des créatures humanoïdes très pâles, plus petites que des humains, sur le pont d’un navire d’ébène naviguant sur un océan d’obscurité – la peinture est globalement très sombre, on y perçoit d’autant mieux des litres de sang rouge vif qui ruissellent sur le pont du navire, provenant d’humains, attachés aux mats, et torturés par les créatures pâles – évoquant un sacrifice (d’ailleurs, certaines d’entre elles ont des livres, ou semblent faire des oraisons) ; à y regarder de plus près, les « humains » ont des allures de satyres (sabots de chèvre, cornes…), et tout ça me perturbe énormément…

 

Patrick s’écarte brusquement de l’armoire qu’il crochetait et dit à Moira de se coucher – mais il reçoit en plein visage une sorte de nuage de gaz propulsé par la serrure : ses yeux picotent, il est à vrai dire presque aveuglé, et ressent par ailleurs une saveur et une odeur très désagréables… Moira n’est pas affectée, c’était une légère pulvérisation, très concentrée, faite pour sauter à la gueule d’un éventuel crocheteur… Moira attrape un linge dans un tiroir et le tend à Patrick, qui s’essuie les yeux et essaye de cracher de la salive pour évacuer le mauvais goût qu’il a sous la langue. L’armoire est maintenant ouverte ; elle est pleine de linge. Mais Moira fouille, et comprend vite qu’il y a d’autres choses dans le fond – des sortes de cubes légers, d’un contact frais ; elle dégage le linge, et voit quatre boîtes : les deux les plus petites sont dans un sachet, il y en a ensuite une de plus grande, et une dernière plus grande encore ; elles sont recouvertes de sortes d’écailles, très bien réalisées. Moira s’en empare et essaye de les ouvrir.

 

« La Brique », secoué par le tableau de Pickman, me suggère de quitter la bibliothèque, mais je préfère m’y attarder encore un peu (je suis très troublée moi aussi, et attirée par les peintures…).

 

« La Brique » rejoint les autres à l’étage – il avait entendu Patrick grogner… Ce dernier redoutait d’avoir été empoisonné, mais il n’en présente pas de symptôme – juste une vague nausée, et son œil droit est toujours irrité. Il ne cesse de le répéter : Templesmith n’est pas un simple dandy… Moira ouvre une boîte, d’un cuir très froid – il y a de l’humidité sous la boîte, et des petits trous en dessous ; mais elle comprend que l’intérieur est un écrin de chair palpitante, arborant des veines gonflées de sang, tandis qu’au centre se trouve un bout de cerveau humain vivant… « La Brique » (surtout), Moira et Patrick sont horrifiés par ce spectacle… Moira range les boîtes dans son sac à dos, sans tenter d’ouvrir les autres.

 

Dans la bibliothèque, les livres sont classés par domaine, et je parcours les rayonnages tant bien que mal (je suis toujours perturbée), en fouillant en priorité le rayon consacré aux mathématiques ; je cherche notamment le nom d’Andrew Stuart sur les tranches des ouvrages – et j’en trouve un portant notamment sur les théories de l’espace-temps, et poussant les mathématiques aux limites de l’ésotérisme ; la table des matières m’interpelle de par les concepts qu’elle développe : franchissement d’espace, téléportation, utilisation des angles… Dans les remerciements figure en outre un jeune étudiant du nom de Mortimer Campbell ; je m’empare du livre, et cherche à tout hasard, parmi les feuillets d’étudiants, des notes de ce Mortimer – je trouve bel et bien quelques feuillets manuscrits qu’il a signés, que je prends également. Je jette un œil à la section ésotérisme : on y trouve des choses comme Le Marteau des Sorcières, des études des mythes et légendes du monde entier, ainsi qu’un livre sur Goody Fowler – je m’empare de ce dernier. Avant de rejoindre les autres à l’étage, je prends les tableaux et les bustes en photo.

 

Dans l’armoire, outre le linge banal et les boîtes, se trouvent de vieux vêtements luxueux (une tenue de femme, et une d’homme), mais leur poids est plus important qu’il ne le devrait – il y a quelque chose dedans. « La Brique » y jette un œil… et trouve des peaux humaines entières, parfaitement écorchées, avec une braguette au niveau du torse, qui part du cou pour finir à l’entrejambes ; il y a même les têtes et les cheveux… Nous en sommes tous très secoués ; Moira vomit, dit qu’elle veut arrêter cette fouille, que ça suffit… On glisse néanmoins les peaux dans son sac. Dans une poche, nous trouvons par ailleurs un couteau très ancien, en pierre taillée à vrai dire, orné sur la garde d’une rune similaire à celle de la tablette. Il y a aussi dans l’armoire une partition trouée ; Patrick l’étudie, et suppose que c’est le genre de choses qu’il faut insérer dans la fente de l’automate…. Enfin s’y trouve une enveloppe au nom de « Diane P. » (que j’ouvre : j’y vois des photos prises à l’improviste, un peu floues, mais quand même bien faites, d’une jeune fille dénudée – probablement Diane Petersen, mais je ne l’ai jamais vue et ne peux donc en être sûre ; elle a en tout cas l’air ivre, a parfois du champagne à la main, et, surtout, adopte des positions que la morale réprouve et qui pourraient lui causer bien du tort si elles venaient à être révélées au public…

 

Patrick glisse la « partition » dans la fente de l’automate, qui prononce des paroles, mais on n’en reconnaît pas le langage ; cela produit une certaine mélodie, pas forcément désagréable, mais relativement anxiogène… Les mécanismes du « robot » ont des mouvements de plus en plus violents, sa voix enfle, sa mâchoire inférieure se décroche, ou plus exactement s’ouvre bien plus bas qu’une mâchoire humaine ne pourrait le faire, produisant ainsi des sons impossibles pour tout être humain. Et puis ça s’arrête, tout net… On entend alors un raclement plus lourd : le faux mur s’entrouvre au niveau de l’interstice – on aperçoit un espace d’1m50 révélant la porte qui donne dans le vide, très belle également sous cet angle : à hauteur d’homme, plutôt que du simple verre, se trouve une sorte de globe ; en dessous de la poignée, il y a un espace cubique faisant office de serrure, correspondant au format d’une des petites boîtes récupérées par Moira. C’est cependant « La Brique » qui tient le sac, et il ne veut pas que Moira utilise la boîte sur la porte… Mais celle-ci veut maintenant savoir ce que tout cela cache. Patrick, paniqué, lui dit qu’on a déjà subi bien trop de pièges, et qu’il faut se méfier… Pour ma part, je suis également effrayée – mais je souhaiterais regarder dans le globe avant de tenter d’ouvrir la porte ; je m’avance, il y a une alcôve sur le côté du passage, où je discerne un symbole un peu similaire à celui qu’on a souvent croisé ; mais des cheveux roux me tombent sur le front – ce sont les miens ! Je m’écarte aussitôt, ayant perdu quelques mèches ; j’établis la relation avec le symbole… et n’ai maintenant plus du tout envie d’ouvrir la porte. « La Brique » non plus, qui dit qu’il va pour sa part récupérer les photos de nous prises par les pièges, et ce par tous les moyens – il sort son pied de biche… Patrick, qui rappelle qu’il est un spécialiste des serrures, demande à Moira de lui donner la boîte adéquate – il va prendre sur lui d’ouvrir la porte. Il nous dit, si jamais il se met à crier, de vite le ramener vers nous… « La Brique » suggère de l’encorder, par le pied – on fait le nécessaire avec les draps et lanières de Templesmith. Patrick s’engage dans le passage, il voit le symbole de l’alcôve tracé à la poudre, sent ses cheveux qui commencent à tomber, ses sourcils aussi, mais poursuit… Le globe de verre de la porte change d’allure, se divise en différentes couleurs, séparées par des tiges de métal stylisées évoquant des tentacules… Patrick loge la boîte dans le trou. Je me tiens à l’écart, effrayée – je sors mon arme en redoutant le pire ; « La Brique » est à l’autre bout du drap encordant Patrick, et le retient avec l’aide de Clive, qui s’accroche au bureau ; Moira est sur ses gardes…

 

Nous perdons tous connaissance quand Patrick met la main sur la poignée.

 

Moira reprend connaissance (sans savoir combien de temps s’est écoulé) dans un bureau inconnu ; elle entend à l’extérieur des voitures qui passent, des gens qui parlent… Il y a deux épaisses valises sur le bureau, qui ne sont pas verrouillées ; enfin, une porte sur le côté de la pièce, avec une serrure similaire à celle de la porte donnant dans le vide – à côté d’une autre porte « classique », verrouillée.

 

Patrick et moi nous réveillons en pleine chute, à deux mètres du sol (je m’écroule sur lui)… Le sol est de terre, remuée par de nombreuses traces de pas ; nous sommes semble-t-il dans un tunnel souterrain ; nous distinguons un vieux système de rails, avec une draisine. Au loin sur notre gauche, le tunnel est plongé dans l’obscurité, il s’en émane une puissante odeur de terre ; au loin sur la droite, il y a une faible lumière, laissant deviner un virage et une salle illuminée. Sur la draisine se trouvent des chaînes, arborant des cadenas (les clefs sont dedans)… mais aussi des sortes de traces de griffures.

 

Clive et « La Brique », pour leur part, ont atterri dans une sorte de cabanon, plongé dans une obscurité totale ; un vent très froid passe à travers les pierres… « La Brique » ne reconnaît plus la forme de son arme à feu dans son holster, il y a autre chose à la place… Il enlève sa veste et y regarde de plus près : son holster s’est déchiré, et, en lieu et place de son calibre .38, se trouve un cimeterre ! Même chose pour Clive… Il y a une porte derrière eux, au travers de laquelle ils perçoivent un léger miaulement plaintif…

 

Moira (qui a le sac à dos avec les boîtes) prend la clé de la porte « normale ». Elle fouille les valises : dans la première se trouvent plusieurs centaines de dollars, par liasses, ainsi que des bons au porteur, un permis pour une voiture, un autre de possession d’arme (au même nom), d’autres papiers légaux. Moira prend les papiers, ainsi que quelques liasses. Elle ouvre la deuxième valise : à l’intérieur, un calibre .45, des petites fioles très légères remplies d’un liquide inconnu (d’un vert phosphorescent), des clefs de voiture… et des « vêtements » de peau humaine. Elle prend tout sauf les peaux… Du côté droit de la pièce, il y a une fenêtre aux volets fermés ; elle les entrouvre, et cela donne sur une route très large (bien plus large que celles qu’elle connaissait à Boston) – elle comprend, à l’aides de panneaux de signalisation, qu’elle se trouve à New York… Et, dans son sac, il y a une petite boîte de la bonne taille pour la serrure – elle l’utilise (comme Patrick précédemment, elle perçoit une odeur de chair brûlée au moment d’insérer la boîte dans le trou – évoquant le sang consumé de Bridget)…

 

Moira apparaît subitement, évanouie, entre « La Brique » et Clive ! Elle se réveille bientôt – son colt et son calibre .45 ont disparu, remplacés par deux dagues de bonne taille…

 

J’éclaire avec ma torche (miraculeusement indemne après la chute) le couloir obscur. Rien – le tunnel se poursuit, puis disparaît dans un virage. J’entends un son régulier, de pelle contre de la terre ; un autre son également : des gémissements humains, très légers, en provenance de la salle éclairée. Je le signale à Patrick…

 

À suivre…

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CR Imperium : la Maison Ptolémée (09)

Publié le par Nébal

CR Imperium : la Maison Ptolémée (09)

Neuvième séance de la chronique d’Imperium.

 

Vous trouverez les éléments concernant la Maison Ptolémée ici, et le compte rendu de la première séance . La séance précédente se trouve ici.

 

Le joueur incarnant le Conseiller Mentat Hanibast Set était absent. Étaient donc présents le jeune siridar-baron Ipuwer, sa sœur aînée Németh, l’Assassin (Maître sous couverture de Troubadour) Bermyl, ainsi que le Docteur Suk, Vat Aills.

 

Ipuwer s’entretient (à distance : lui est toujours sur le Continent Interdit, les autres sont à Heliopolis) avec Bermyl et Vat sur la suite des opérations. Bermyl souhaiterait réaliser une opération de police dans la villa d’Akela, tandis que Vat pense concentrer son attention sur les mouvements entre les différentes structures hospitalières afin de repérer un éventuel trafic d’organes ou de cadavres. Ipuwer se montre un peu sceptique quant aux intentions de Bermyl : capturer Akela, une Nahab relativement haut placée, pourrait mettre la Maison Ptolémée en relative difficulté par rapport à la Maison mineure, en suscitant des tensions aux conséquences imprévisibles ; il n’apprécie guère les Nahab, mais le fait est qu’ils sont utiles, et que leurs activités criminelles leur rapportent beaucoup… Bermyl avance qu’il devrait être possible d’intimider Akela sans faire plonger toute la maison avec elle (sans même la faire plonger elle à proprement parler, d’ailleurs ; il s’agirait seulement de la rendre plus coopérative…). Ipuwer propose une autre piste : l’idée serait d’éviter toute implication frontale de la Maison Ptolémée ; mais peut-être pourrait-on attiser le conflit entre les Nahab et les Menkara (afin d’affaiblir les deux ?) : il s’agirait alors d’enlever Akela et de faire porter le chapeau aux Menkara. Bermyl trouve l’idée intéressante…

 

Vat fait son rapport à Ipuwer quant aux bizarreries qu’il a relevées en étudiant les dossiers des transactions sur la lune de Khepri (notamment un luxe de précautions inexplicable au regard des cargaisons décrites).

 

Ipuwer décide de rentrer à Cair-el-Muluk, en laissant 500 hommes aux environs du Mausolée et en organisant des patrouilles élargies autour du site ; il demande par ailleurs (voire exige…) les images satellites de la Guilde concernant la face interdite de Gebnout IV, maintenant et durant ces dernières années, sans s’embarrasser d’un entretien préalable avec Iapetus Baris, et compte soumettre ces images à la sagacité d’Hanibast Set.

 

Németh se plonge à nouveau dans les affaires matrimoniales, cherchant le meilleur parti pour Ipuwer. À tout prendre, ses inclinations personnelles l’incitent à négocier une véritable alliance (plutôt qu’une seule communauté d’intérêts occasionnelle, comme c’était le cas jusqu’alors) avec la Maison Wikkheiser de préférence à tout autre – notamment en raison de leur intérêt primordial pour la technologie, qui s’accorde bien aux ambitions de Németh en tant que « marraine des sciences » : elle envisage d’ailleurs de les inviter dans le cadre du colloque qu’elle organise (et oriente) avec le Doyen de l’Université de Memnon. Reste à déterminer l’épouse potentielle : Németh redoute les résultats d’une union avec Femke Kesimaat, jugée laide et stupide – ce serait trop dangereux, avec Ipuwer… Aussi, là encore, entend-elle se montrer ambitieuse : elle souhaite aborder Linneke Wikkheiser, la demi-sœur du comte Meric, qui serait indéniablement un très beau parti – tout en sachant que cette femme de tête risque de s’avérer intraitable et d’exiger des contreparties importantes. Németh envisage donc d’envoyer un émissaire de poids sur Wikkheim : sa propre mère, Dame Loredana.

 

Vat étudie les structures hospitalières de la planète, planifiant d’éventuelles inspections hygiéniques – la masse d’informations à traiter est cependant colossale : pour repérer des corrélations ou anomalies, en l’absence d’ordinateurs, la puissance cérébrale d’un Mentat serait requise, et le Docteur Suk envisage donc de soumettre la question à Hanibast Set. Il peut d’ores et déjà lister les différents types de structures – qui opposent notamment celles, immenses, des quatre grands centres urbains de Gebnout IV, et celles, autrement discrètes et humbles, que l’on peut dénicher çà et là dans les villages fluviaux d’une importance relative ; ces dernières seraient sans doute les plus difficiles à contrôler, du coup… Vat s’intéresse aussi au traitement des cadavres sur la planète (se demandant notamment si la « drogue zombie » qui l’intriguait pourrait y être employée, mais c’est difficile à déterminer ainsi, encore qu’improbable) ; on trouve régulièrement des morgues un peu partout, bien sûr, mais il faut sans doute conférer une place particulière au grand centre d’embaumement de Cair-el-Muluk (en rapport avec la pratique religieuse de la Grande Fête d’Osiris), où Vat envisage de se rendre quand il aura rassemblé les données utiles.

 

Bermyl prépare son opération de police : il établit un périmètre de sécurité discret autour de la villa d’Akela (en usant du stratagème suggéré par Ipuwer, visant à faire passer ses hommes pour des sbires de la Maison Menkara) ; il compte toutefois maîtriser la trafiquante lui-même et l’exfiltrer furtivement. Son repérage (sous un nouveau déguisement) lui permet de voir où disposer ses hommes au mieux. Il suppose que les gardes Nahab n’utilisent pas de boucliers Holtzmann, a priori (ou du moins qu’ils ne sont pas systématiquement activés). Bermyl reprend alors son déguisement de bourgeois de Nar-el-Abid, se procure, conformément aux demandes d’Akela, une photo de « son fils » (en fait, un portrait de son ami Gilf Tehuti enfant), dissimule au mieux ses armes (notamment un kindjal imprégné de poison paralysant), et élabore à tout hasard un faux impliquant la Maison Menkara.

 

Ipuwer est rentré à Cair-el-Muluk. Il consulte hâtivement les images satellites de la Guilde dont il dispose (celles de l’époque présente ; pour celles remontant à deux ans plus tôt, la période évoquée par Taa, il faudra attendre un peu qu’elles remontent des archives…), et n’y repère rien de suspect. Il va alors s’entretenir avec Németh, et la conversation porte vite sur les alliances matrimoniales potentielles qui occupent sa sœur actuellement. Németh lui explique combien elle se méfie des Kenric, et ne cache pas son intérêt primordial pour les Wikkheiser. Mais Ipuwer a une autre idée en tête : il est intrigué par la bretteuse Anneliese Hahn, de la Maison Delambre… Il s’en était entretenu avec son maître d’armes Ludwig Curtius, qui n’a pas manqué d’évoquer le caractère de cochon de la garçonne, ajoutant sur le ton de la gaudriole qu’il serait bon de trouver l’homme qui saurait la mater (il semble douter qu’Ipuwer corresponde bien au profil…) ; elle bénéficie néanmoins d’une image assez unique, et plutôt positive eu égard à son talent, dans les milieux de l’escrime…même si son sexe en fait bien entendu un cas unique, suscitant à l’occasions des moqueries ou un rejet instinctif. Ipuwer avoue à Németh que cette femme le séduit, et en profite pour glisser une pique assez perfide : « Elle, au moins, comprendrait les nécessités militaires ! » L’escrime est en outre – c’est notoire – la passion d’Ipuwer ; il se demande s’il ne serait pas possible de créer une nouvelle école sur Gebnout IV – une école mixte… Ce qui, à sa manière, pourrait peut-être renforcer le prestige de la Maison Ptolémée ? Németh concède que c’est là une idée intéressante, mais qu’elle a elle aussi le prestige de leur Maison à cœur, et entend donc défendre ses préférences : elle cite nommément Linneke Wikkheiser – Ipuwer lui disant alors : « Elle a la réputation d’être plus intelligente que vous ! », et Németh ne sait pas trop comment elle doit le prendre… Il en rajoute, d’une certaine manière, disant qu’il a l’expérience des « femmes de tête »… Mais quelle serait l’ambition de Linneke Wikkheiser, qu’exigerait-elle des Ptolémée ? Le prix risque d’être élevé… Il demande par ailleurs à Németh si elle a des nouvelles des Drescii ; ce n’est pas le cas (Németh peut juste déterminer que le comportement de Cassiano est plus étonnant que jamais : peut-être est-ce qu’il s’est véritablement découvert une vocation d’écrivain, mais il passe en tout cas tout son temps ou presque à travailler dans ses quartiers…), or Ipuwer pense qu’il serait bien temps que Lætitia avance ses pions… Németh compte donc avoir une nouvelle discussion, plus franche et précise, avec l’entremetteuse. Mais elle soumet une idée à son frère : pourquoi ne pas juger « sur pièces », en invitant ces divers partis sur Gebnout IV ? Il devrait être possible de faire venir Anneliese Hahn et Linneke Wikkheiser ensemble… Il faut cependant un prétexte (même si Németh avance d’ores et déjà l’idée de son colloque). Par ailleurs, tout à son idée, mais cherchant tout de même à en peser les conséquences, Ipuwer concède qu’une union avec une Delambre pourrait encore nuire aux relations avec les Ophelion ; peut-être faudrait-il aussi chercher de leur côté ? Németh y est plutôt rétive – du fait du fiasco de son propre mariage… Pour le moment, elle préfère se concentrer sur les Wikkheiser (avec Dame Loredana pour émissaire) et sur les Delambre (avec Ludwig Curtius pour émissaire), tout en gardant une place éventuelle aux Kenric, pour le principe (et elle va donc en parler avec Lætitia).

 

Les investigations de Vat Aills, bénéficiant de sa connaissance parfaite des questions médicales, portent leur fruit, et à un point inespéré… Il note plusieurs choses intéressantes : il repère, à Nofre-it, un village fluvial assez conséquent de la région d’Heliopolis, une structure hospitalière où le taux de décès est clairement supérieur à la normale (les dossiers parlent de nombreuses « infections nosocomiales », à la moindre occasion), et il décide donc de se rendre sur place. Par ailleurs, son étude des documents de Khepri se révèle à son tour très riche d’enseignements : il y discerne des pots-de-vin régulièrement versés aux Nahab, note que la Maison mineure a pu empiéter (notamment pour une cargaison mystérieuse datant d’un an et six mois plus tôt environ) sur le monopole technologique des Soris, et repère enfin une cargaison embarquée sur Khepri mais qui n’est jamais arrivée à l’astroport d’Heliopolis, il y a deux ans de cela, et dont on a complètement perdu la trace… Vat communique ces notes à Hanibast et, Bermyl étant déjà parti de son côté pour organiser l’exfiltration d’Akela, il prend la direction de Nofre-it (à environ deux heures d’ornithoptère d’Heliopolis).

 

Bermyl lance enfin son opération. Il joue le bourgeois nerveux… mais en profite pour repérer les diverses mesures de sécurité dont bénéficie Akela : comme il s’en doutait, la pièce où ont lieu les négociations est protégée par un cône de silence (il avait donné des instructions pour que ses hommes agissent cinq minutes après son entrée dans la villa, de toute façon, à moins qu’il n’ait pu leur envoyer un signal plus tôt) ; il y a par ailleurs des gardes un peu partout (dont un qui reste en permanence aux côtés d’Akela, tandis qu’un autre garde la porte de la salle de négociation) ; on trouve enfin diverses alarmes et autres système de sécurité traditionnels. Les boucliers des gardes et d’Akela ne sont a priori pas activés d’office. Bermyl, devant Akela, joue toujours le bourgeois nerveux – il fait même part de ses doutes (qu’Akela balaye assez sèchement), et dit aussi être intimidé par les gardes… Il montre la photo de « son fils » à la trafiquante… qui lui fait bientôt comprendre qu’elle sait parfaitement qui il est, et qu’il vaudrait mieux pour tout le monde qu’il dissuade ses hommes de lancer l’assaut contre la villa. Bermyl s’embrouille un peu au départ, faisant l’innocent, mais ça ne prend pas ; bien conscient d’avoir été démasqué, il essaye alors de jouer de la supériorité des Ptolémée sur les Nahab, mais cela ne convainc pas le moins du monde Akela, qui insiste sur les accords passés entre les Ptolémée et les Nahab, et affirme que la Maison régnante ne peut pas se permettre de se brouiller avec les Nahab – elle aurait bien trop à perdre… Bermyl sort donc, accompagné d’Akela et de ses gardes, pour signifier à ses hommes que l’opération est abandonnée… Akela laisse partir Bermyl, lui négociant un rendez-vous avec Ngozi Nahab lui-même, dès lors que l’Assassin sera prêt. Bermyl rentre donc aux quartiers des Ptolémée, la queue entre les jambes, en se demandant si la Maison Nahab a bénéficié d’une aide extérieure lui permettant de le doubler…

 

Tandis qu’Ipuwer organise une fête au palais pour le soir (où il convie Antonin Naevius et Cassiano Drescii), Németh invite discrètement Lætitia Drescii à prendre le thé. Elle s’excuse d’avoir un peu négligé ses invités ces derniers temps (du fait des événements qu’elle sait, mais tout est sous contrôle), et lui demande d’avancer enfin des noms pour engager les tractations matrimoniales. Lætitia Drescii suggère alors sa jeune nièce Laura Kiirion ; Németh en a entendu parler : elle est tout juste nubile – relativement charmante par ailleurs, mais éloignée du cœur de la Maison Kenric… Németh dit qu’Ipuwer est un « homme fait », qui ne sera guère satisfait de la fillette, mais Lætitia lui répond qu’il est notoirement porté sur la chair et s’en accommoderait fort bien… Mais Németh relève que ce serait une alliance mineure, avec une épouse totalement dénuée du moindre poids au sein de la Maison Kenric… Lætitia Drescii lui rétorque que viser d’emblée plus haut pourrait être présomptueux, au vu des relations tendues entre les deux Maisons depuis des millénaires. Mais Németh maintient que la suggestion concernant Laura Kiirion est loin d’être une option séduisante, et qu’elle ne manquera pas de trouver mieux ailleurs… Lætitia Drescii dit être ouverte au « marchandage », le cas échéant, pour une épouse plus convenable au regard des ambitions de Németh. Mais qu’est-ce que les Ptolémée auraient à offrir ? Németh propose de mettre en place de nouveaux partenariats commerciaux. De quel genre ? Elle évoque les technologies de terraformation, un des points forts des Ptolémée, qui ont mis en place des techniques nouvelles et efficaces dans l’aménagement des deltas, sous sa propre supervision… Mais Lætitia Drescii ne se montre pas plus intéressée que ça – laissant entendre qu’Eridani III est un monde plus agréable que Gebnout IV, qui ne trouverait guère d’utilité à ce genre de technologies… Elle avance alors la contrepartie qu’elle souhaite : un accès au marché franc de la lune de Khepri. Németh est bien consciente que cela viendrait porter un coup fatal au quasi-monopole de la Maison Ptolémée… C’est à l’évidence un coût très élevé. Németh prétend que ce n’est pas à elle de décider – ce à quoi son interlocutrice lui répond que ce n’est certainement pas Ipuwer qui décide… Németh insiste cependant, il lui faut s’en entretenir avec son frère ; Lætitia Drescii avance que la Maison Ptolémée profiterait d’autres contreparties – notamment du soutien des Kenric au Landsraad et à la CHOM (ce qui jouerait en faveur de son prestige et de son influence) –, outre une alliance profitable avec une femme de la branche aînée (mais elle n’avance pas de nom précis pour le moment)… Németh dit qu’elle va y réfléchir ; elle mentionne le colloque qu’elle organise, et dit qu’à cette occasion elle recevrait avec plaisir une invitée Kenric de choix… Lætitia Drescii dit que cela peut s’envisager – elle accepte de servir d’émissaire auprès de sa Maison natale. Németh met alors fin à la discussion, et compte s’entretenir de tout cela avec Ipuwer et Hanibast.

 

Ipuwer précise les ordres qu’il adresse à Ludwig Curtius : le maître d’armes doit donc repartir chez les Delambre, sur la planète du même nom, pour inviter Anneliese Hahn sur Gebnout IV. Là encore, le ton est à la gaudriole entre les deux bretteurs… Ludwig Curtius laisse entendre que présenter l’invitation comme un « défi » pourrait attirer la jeune femme (même s’il faudrait bien sûr négocier avec les instances supérieures de la Maison). Ipuwer atténue l’idée : il ne faudrait pas ouvertement présenter l’invitation comme un « défi », mais peut-être se montrer allusif … En l’absence de son maître d’armes, Ipuwer continuera à s’entraîner – avec Antonin Naevius, par exemple.

 

Németh, de même, donne ses instructions à leur mère, Dame Loredana : elle dit avoir besoin de son aide pour les négociations matrimoniales ; elle ne lui cache pas l’intérêt d’Ipuwer (voire sa « fixette »…) pour la Maison Delambre et Anneliese Hahn, mais affirme sa préférence personnelle pour les Wikkheiser, en insistant sur la dimension technologique de leur accord éventuel. Enfin, Németh laisse entendre à sa mère que, si jamais elle rencontrait au cours de sa mission un mâle Wikkheiser intéressant, elle pourrait envisager de se marier à nouveau (comme Dame Loredana semblait lui faire des remarques à ce sujet)…

 

Vat a pu contacter Bermyl, la couverture de ce dernier étant grillée… Il arrive au centre hospitalier de Nofre-it… et le tableau est assez sordide, l’entretien laissant passablement à désirer : pas étonnant, à ce compte-là, qu’on parle d’infections nosocomiales à répétition… Du fait de son statut, Vat n’a pas besoin de s’annoncer au préalable, et on obéit vite à sa demande de rencontrer le directeur, du nom de Pesahi Hor-em-ebi – dont le bureau est impeccable par rapport au reste de la structure… Le directeur explique que l’activité de son centre est relativement importante, notamment parce que les patients n’ont pas forcément les moyens d’aller à Heliopolis… Quand Vat l’interroge sur la saleté des locaux, le directeur renvoie à des difficultés budgétaires et au manque de personnel… Mais il est visiblement gêné, il s'embrouille dans ses explications foireuses, et n’est donc pas très convaincant. Il prétend qu’il n’y a pas davantage d’infections nosocomiales ici qu’ailleurs, ceux qui l’ont prétendu au Docteur Suk se livraient à un mensonge éhonté ! Mais Vat dit avoir consulté lui-même les rapports, pour le moins éloquents : ça ne prend pas… Le directeur se défend en disant qu’il y a toujours un risque d’infection, mais Vat maintient que le taux de décès pour Nofre-it est disproportionné. Il laisse alors tomber ce petit jeu, et demande ouvertement à Pesahi Hor-em-ebi s’il tue des gens ! Le directeur se montre offusqué… mais il s’embrouille toujours dans sa défense. Vat lui laisse entendre que, s’il ne se montre pas plus coopératif, il risque de perdre son statut et toutes ses protections… Il l’invite à s’expliquer sur ces questions en privé, en protégeant le bureau d’un cône de silence. Le directeur, gêné, acquiesce discrètement, mais il faut toujours lui tirer les vers du nez… Quand Vat lui demande qui le paye, le directeur concède avoir conclu un « partenariat » avec Ngozi Nahab – qui lui verse de l’argent en échange de « patients », censément en phase terminale (ou du moins de leurs organes) : les Nahab lui envoient des instructions précises, laissant toute latitude au directeur et à ses médecins pour répondre aux demandes. Quand Vat lui demande ce qu’ils font ensuite de ces patients, le directeur met en avant son respect des rites religieux… Vat le reprend à propos des « éléments » ainsi fournis : « Un œil coûte-t-il plus cher que votre bureau ? » Mais le directeur s’étend sur les conditions des transactions, affirmant que toutes les précautions sont prises pour transférer les organes prélevés dans les meilleures conditions sanitaires… et qu’il s’agit, au fond, de « sauver des vies » ! Vat évoque alors les cargaisons douteuses qu’il a repérées, mais ça ne dit absolument rien à Pesahi Hor-em-ebi, qui lui dit que, de toute façon, il n’est jamais en lien avec Khepri : tout se joue avec Heliopolis. Vat lui demande ensuite s’il connaît le nom de Druhr, mais ce n’est visiblement pas le cas. Il l’interroge alors sur les destinations des organes à Heliopolis, et relève plusieurs emplacements (dont la villa d’Akela). Quand aura lieu le prochain échange ? De manière générale, c’est au cas par cas, il n’y a rien de fixe – la dernière demande portait sur des yeux… Vat dit au directeur qu’il va le laisser tranquille pour le moment, et le laisser en place pour l’instant – mais il devra collaborer avec les services de la Maison Ptolémée : qu’il continue de faire comme si de rien n’était, mais en les tenant informés. Vat fait le bilan de ses découvertes, et le communique aux autres.

 

Bermyl, de même, informe les autres de la situation. Il attend des instructions d’Ipuwer ou Németh… Ipuwer est « très déçu » de l’échec de l’opération de police, et sait qu’il va falloir redoubler de politique politicienne avec la Maison Nahab… Bermyl pense que cette dernière avait un coup d’avance sur eux, et disposait probablement d’informateurs ; Ipuwer fait à nouveau part de sa méfiance concernant le chef de la police, Apries Auletes… Hanibast devrait rejoindre Bermyl à Heliopolis – mais il faudra aussi qu’ils trouvent à enquêter sur le Vieux Radames, à Cair-el-Muluk. Németh, pour sa part, ne cache pas être furieuse (pas forcément à l’encontre de Bermyl… ou du moins « pas uniquement »), et accepte très mal l’idée d’avoir été trahie par un « pseudo-allié » en interne ; il faut démasquer la taupe. Elle convoquera ultérieurement Bermyl et Hanibast – et insiste à son tour sur la nécessité de trouver le Vieux Radames, ou du moins sa fille, Ta-ei…

 

À suivre…

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CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (06)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (06)

Sixième séance de la campagne de L’Appel de Cthulhu maîtrisée par Cervooo. Vous trouverez les premiers comptes rendus ici, et la séance précédente .

 

Tous les joueurs étaient présents : le bootlegger Clive, l’homme de main Johnny « La Brique », la flingueuse Moira (absente cependant en fin de partie), le perceur de coffres Patrick, et ma « Classy » Tess, maître-chanteuse.

 

O’Bannion, tout sourire jusqu’alors, se fait soudain plus solennel, et, avant de nous inviter à nous asseoir avec lui, tape du poing sur le comptoir du Paddy’s pour attirer l’attention : il dit qu’il règlera personnelement toutes les dépenses de soin des victimes, et oubliera par ailleurs leurs éventuelles dettes mineures (en plus d’autres petits gestes : par exemple, il fait engager Dee, une proche des victimes, par Dennis, le patron du Paddy’s). Il joue de la fierté irlandaise, dans un discours très politicien, magnétique par ailleurs, néanmoins sincère a priori. Il explique qu’il va voir Potrello en terrain neutre dès ce soir pour obtenir les noms des responsables, mais qu’il n’a certainement pas l’intention de déclarer la guerre – ce qui serait stupide ; par contre, il entend bien doubler les « patrouilles » comme les « guetteurs », et ne cache pas qu’il se méfie globalement des « tronches de lasagnes » ; d’où cette ligne de conduite globale : si un Rital nous provoque, on l’envoie à l’hosto ; si un Rital nous agresse, on le fume. Pour ce qui est des responsables, c’est encore autre chose – et il sort de sa poche un as de trèfle…

 

Il nous invite ensuite à nous attabler avec lui. Il doit commencer par la « discipline », et s’adresse à Patrick : il apprécie son sang chaud, alors, malgré son incartade EN PUBLIC (il insiste plusieurs fois) contre son bras droit, il ne va pas le punir (en public ?). « C’était ton joker, tu ne l’as plus… » Il nous dit par ailleurs à tous de ne pas user inconsidérément de son nom pour faire pression… Il se tourne alors vers moi, observant ma joue rougie par la gifle de Big Eddie, et me demande quel est mon péché mignon ; je suis un peu interloquée, mais finis par dire que j’apprécie un bon champagne… Big Eddie m’en enverra une caisse en guise d’excuses. Mais, quant à son bras droit, il précise que, tant qu’il ne trouve pas mieux, on fera avec… Patrick lui demande si cela va au point de laisser le gorille partir en croisade ; mais O’Bannion répond que non, et qu’il va lui expliquer certaines choses. Par ailleurs, il précise que, s’il avait été là, il lui aurait broyé la main pour m’avoir giflée… La question de la discipline étant réglée, il passe à nos différentes missions. Il nous félicite pour notre « belle prise » en alcool, tout en regrettant que le bateau ait disparu… Qu’en est-il du tueur à l’as de pique ? Il remarque que nous l’avons croisé plusieurs fois… et insiste : à ce qu’on lui a dit, ça saigne, donc ça se tue. Il note par ailleurs qu’il s’en prend autant aux Irlandais qu’aux Italiens – ce qui, pour lui, « sent le troisième joueur »… Mais c’est surtout Templesmith qui l’intéresse ; je lui dis que ça avance – lentement, mais ça avance : j’ai fouiné dans son passé, activé mes réseaux, fait du repérage du côté de sa résidence… Il insiste : il ne veut pas qu’on le blesse, mais veut tout savoir sur lui. Clive le rassure à ce sujet, et O’Bannion lui donne une tape amicale dans le dos… avant de lui demander comment ça se passe avec les fils de Mama ; Clive lui répond que l’un d’entre eux n’est pas éduqué et n’a pas de valeurs… O’Bannion lui rappelle qu’il a fait une promesse à Mama, qui est morte pour lui ; il entend rester relativement neutre, mais relève que Clive a braqué Franklin… C’est à eux de gérer ça. Puis O’Bannion s’en va en voiture – il ne reste plus grand monde au Paddy’s, même si les traces de l’assaut ne manquent pas…

 

Nous sommes en début de soirée. Je dis à Clive ce que j’ai repéré à la résidence Templesmith, où il envisage de se rendre à son tour. « La Brique », blessé, va au Paradis des Toutous, pour y être soigné par le vétérinaire, Baker, qui stérilise sa plaie par balle. J’ai moi aussi besoin de soins, mais préfère me rendre auprès de Lewis Garden, un étudiant en médecine à l’Université Miskatonic – le gardien du campus, occupé, ne me voit pas, ce qui m’évite de payer le pot-de-vin habituel ; l’étudiant me soigne et me donne une pommade pour accélérer la guérison.

 

Clive, Moira et Patrick pensent qu’il faut prévenir Irene Connelly, la mère de Bridget, qu’elle est en danger, et se rendent donc chez elle. Mais, à l’extérieur de leur résidence, des voisins se sont rassemblés, très secoués par ce fait-divers atroce : une petite fille qui abat son père… Les voisins se montrent méfiants à leur égard, leur demandent qui ils sont et ce qu’ils veulent ; Clive biaise, et obtient quelques confidences sur le comportement anormal de Bridget ces derniers temps – ils parlent d’insultes, de doigts d’honneur… Quand ils avaient voulu en parler à Irene, elle s’était mise aussitôt à pleurer… La mère de Bridget est maintenant internée à l’asile. Il vaut mieux ne pas s’attarder sur place dans ces conditions…

 

« La Brique » donne un bonus au vétérinaire… mais a tout juste de quoi régler, après ce qu’il a donné à Franklin. Il prend un taxi (du Trèfle – le chauffeur le connaît et lui fait une fleur, comme il ne peut pas payer pour le moment) pour retrouver Franklin à l’hôtel où il l’a installé ; il demande au taxi de l’attendre un instant et se rend au troisième étage… mais remarque en chemin que des résidents sont intrigués par des bruits en provenant. Franklin est en train de tabasser un type au sol ; dans la pièce, une jeune femme métisse l’encourage, et Franklin, à chaque nouveau coup, répète : « Tu ne bats pas les filles ! » La métisse s’en va quand « La Brique » entre dans l’appartement ; ce qui désole Franklin, qui comptait bien se la faire, et gratuitement en plus (le type au sol frappait les femmes de petite vertu comme elle…). Franklin fait les poches de sa victime, et partage avec « La Brique » ; ce dernier lui dit d’en rester là et de laisser le type ; mais Franklin lui dit qu’il a vu son visage, et qu’il est noir… « La Brique » confirme qu’il faut laisser tomber. Il embarque Franklin, et ils tombent sur Trevor, en bas.

 

Pour Clive, ce n’est pas forcément une bonne idée d’aller à l’asile : Irene Connelly doit y être en sécurité, et de toute façon sédatée… Il va se faire soigner à son tour, accompagné de Moira et Patrick – à la ferme des Tulliver où officie le Docteur East (très froid…). En chemin, ils remarquent une sorte de clignement mauve au loin – mais c’est très fugace, et ils n’en savent pas davantage.

 

Je me rends chez Carol et Abbey – la première m’accueille et se montre très chaleureuse ; elle me demande si j’ai fait ce qu’il fallait, et je lui confirme que c’est réglé (mais Abbey savait de toute façon, je le comprends très vite). En plus de Carol et Abbey, il y a une troisième femme de ménage, Coleen. Abbey demande à me parler en privé dès qu’elle me voit – elle n’est pas affolée, mais gênée, avalant sa salive… Je la suis dans la cuisine. Elle a donc appris pour Beekman, et me remercie d’avoir tenu ma promesse – je lui dis que je tiens toujours mes promesses… Mais, à l’évidence, elle culpabilise quant à son sort ; je la rassure, insistant sur le fait qu’elle est innocente, et que l’on commet toutes des bêtises, et lui assure enfin que Beekman était dangereux – il l’avait déjà battue, mais était parti pour faire bien pire encore… Elle me remercie sincèrement. Nous retournons auprès des autres (qui me servent un whisky-tonic !, bien tassé). Coleen a des renseignements pour moi ; elle a une cousine qui bossait pour les Petersen, à Boston, et qui y avait surpris une discussion il y a un an environ de cela, les familles ayant souhaité organiser un rendez-vous galant entre Diane Petersen et Hippolyte Templesmith – qui était encore extrêmement timide à l’époque. Maintenant, toutefois, il sort énormément, fréquentant les endroits les plus classe, toujours présent aux meilleures soirées – par ailleurs, il est notoire qu’il organise chez lui de beaux afters, en petit comité. Dans un autre domaine, Coleen a elle aussi été virée de chez les Newell à cause d’un vol dont elle était innocente, comme Carol ; en fait, elles suspectent Todd Newell d’être responsable de ces divers vols, et de faire ensuite porter le chapeau aux femmes de ménage… Todd, par ailleurs, est homosexuel – elles en ont la certitude, pour avoir entrevu des rencontres prolongées dans la chambre du jeune homme… Son amant est un membre de l’équipe d’athlétisme de l’Université.

 

Trevor rejoint donc « La Brique » et Franklin ; ce dernier est un peu nerveux, mais son frère parfaitement nonchalant. Ils se prennent dans les bras. Franklin demande à Trevor s’il s’est « tapé la Tess », et Trevor répond : « T’es trop con, c’est pas pour ça… » Franklin demande à « La Brique » s’il a du boulot pour eux deux… Mais rien pour le moment. En attendant, Franklin continue de se la jouer racaille, et fait notamment peur au gardien de l’hôtel ; « La Brique » lui dit une fois de plus de se calmer… Puis Trevor lui confie, un peu hésitant, qu’il a cru entendre des bruits dans ma bibliothèque, provenant des livres… « La Brique » se précipite aussitôt chez moi (seul).

 

Clive, Moira et Patrick se rendent dans le quartier extérieur où se trouve la résidence Templesmith. Il y a de la lumière dans toutes les maisons – volets ouverts, fenêtres fermées. Patrick se gare dans un coin tranquille, un peu à l’écart. Clive cherche alors une planque à l’abri des regards pour surveiller la résidence Templesmith… mais le résultat est catastrophique : il tombe pile sur une voiture de police, des flics appelés pour surveiller le coin en raison d’allées et venues suspectes ! Ils sont pris dans la lumière, avec deux flics qui les tiennent en joue et un troisième qui s’avance pour leur parler. Les policiers disent être là pour éviter les tentatives de cambriolage… et réclament un pot-de-vin : 10$ chacun, 15 pour Clive qui fait le malin… Ils payent tous. Les flics les raccompagnent pour s’assurer qu’ils sortent bien du quartier, et notent la plaque d’immatriculation de Patrick.

 

Celui-ci, par ailleurs, est profondément marqué par la vision du gros rat à visage humain ; il se souvient des traces de rongeurs dans la chambre de Bridget et aimerait y retourner… « discrètement ». Clive, pour sa part, préfère ne pas s’en mêler davantage après leur récent échec cuisant ; ses poches sont par ailleurs vides, et il a bien besoin de se remplumer… Ils conviennent d’un rendez-vous demain matin, chez moi. Clive quitte Moira et Patrick, qui restent ensemble et vont manger quelque part.

 

Je demande à mes amies si Templesmith doit se rendre quelque part ce soir ; ce n’est a priori pas le cas, mais il y a demain un gala de charité, pour la rénovation de l’hôpital public, et il est fort probable qu’il s’y trouve avec tout le gratin (le maire, les conseillers municipaux O’Bannion et Potrello…). Je papote un peu avec elles, poliment, puis me prépare à m’en aller. Carol m’accompagne à la sortie, me demande si je peux leur trouver du boulot… Je lui dis que je vais voir ce que je peux faire.

 

Je retourne chez moi, et découvre « La Brique » qui fouille devant ma maison… Il me rapporte ce que Trevor lui a dit à propos des bruits dans la bibliothèque. Je m’empresse d’ouvrir, et « La Brique » se précipite à l’intérieur. Il voit un livre tomber des rayonnages ; il entre prudemment dans la pièce, constate qu’il y a d’autres livres par terre, en désordre ; je le suis, aux aguets. « La Brique » repère des traces de rongeurs, de la crasse, du sang séché derrière les rayonnages, et qui coule plus ou moins en dessous. Il glisse sa main derrière les livres, sent le poids de la tablette ; il me demande si je tiens à mes livres, et oui, beaucoup… Je l’aide à dégager les rayonnages… et ressens une vive douleur à ma main gauche : une morsure de rat… Je décale les livres pour dégager la vue, et nous voyons un gros rat à tête humaine, qui descend aussitôt des étagères et file vers un angle. « La Brique » parvient à le frapper ; la créature émet un couinement, mi rongeur, mi humain… La forme fait brusquement demi-tour, détale vers l’autre côté de la bibliothèque ; on distingue des couinements mêlés de mots dans un langage inconnu (peut-être distingue-t-on le prénom « Kristen » ?). J’essaye de planter le rat, mais échoue… La bestiole sort de la bibliothèque, file dans un angle de la pièce… et disparaît d’un seul coup. « La Brique » confirme que la tablette est toujours là, avec maintenant des traces de rongeurs.

 

Clive s’est rendu dans le « petit Chinatown », en quête d’opium. Il y mange vite fait. Il aimerait embaucher quelqu’un pour surveiller la résidence Templesmith, mais ce n’est pas vraiment l’endroit – peut-être devrait-il dénicher un adolescent volontaire au Paddy’s ou au Art’s Billard ? Dans l’immédiat, il reconnaît Seth, un métis « chinois », installé devant une boutique de tatouages – c’est un de ses fournisseurs. Il lui dit qu’il a besoin de se remplumer, évoque ses soucis avec les flics… ce qui fait un peu flipper Seth, mais Clive le rassure aussitôt. Seth lui parle quand même des soucis des Irlandais… Clive biaise, et lui demande s’il y a eu des assassinats dans la communauté chinoise ; l’autre répond qu’il est bien curieux, et que ce ne sont pas ses affaires : il n’a rien à lui raconter. Mais se montre d’autant plus soupçonneux… Clive n’insiste pas. Seth lui fournit de l’opium, après une négociation guère profitable… Clive se consacre dès lors à son trafic (et manque de peu de se faire choper par l’incorruptible Harrigan, dans une zone surveillée qu’il ne pourra donc plus utiliser pendant un moment).

 

Patrick et Moira se rendent chez les Connelly. Ils se garent à une bonne distance. Mais ils ne se montrent pas du tout discrets, et sont pris en flagrant-délit par des voisins quand Patrick fait la courte-échelle à Moira… Ils essayent alors de baratiner, mais, dans leur situation, ne se montrent pas plus convaincants… Un des hommes dehors appelle sa femme, lui dit de prévenir les flics, et les deux hommes se rapprochent des malfaiteurs… Patrick dégaine alors son arme et les braque : « Fini de rigoler ! » Les deux hommes reculent lentement… et Patrick mentionne O’Bannion ; un des deux hommes comprend ce que ça signifie, mais l’autre est perplexe (« O’Bannion ? Le conseiller municipal ? »). Patrick en rajoute, menaçant de faire sauter leur baraque si les flics font chier… Les deux hommes s’éloignent, intimidés… et Patrick et Moira reprennent là où ils en étaient. Patrick parvient à crocheter la porte de la maison des Connelly, et tous deux pénètrent à l’intérieur. Patrick retourne dans la chambre de Bridget ; les traces de rats sont toujours là, mais les lèvres mutilées ont disparu. Il glisse la main dans le trou de souris qu’il avait repéré lors de sa précédente visite, mais il n’y a rien… Ils fouillent les autres pièces, notamment en quête de semblables trous ; ils en repèrent un, similaire, dans le bureau où est mort le père de Bridget, mais sans plus de résultats. Patrick revient alors dans la chambre de Bridget. Sa fouille minutieuse lui permet de dénicher des dessins de la fillette, bien cachés ; on y voit des gens du voisinage, mais qu’elle imagine dépecés, brûlés vifs, ce genre de choses ; c’est d’une cruauté joyeuse, il y a tout autour des visages souriants ; sur un des dessins, on reconnaît clairement Bridget, joviale, avec Mortimer sur son épaule… De son côté, Moira n’a pour l’heure trouvé qu’un emballage de bonbon ; elle cherche un ustensile pour soulever les lattes du parquet aux abords du trou de souris, mais ça ne donne rien de plus. Ils entendent alors toquer à la porte : « Police ! » Puis : « Patrick, Moira, arrêtez vos conneries… » Ce sont des flics, « de la maison », mais qui ne les laisseront pas poursuivre pour autant, bien au contraire : « Vous avez gagné une nuit en taule. Vous en causerez avec votre ʺconseiller municipalʺ… » Patrick essaye de baratiner, parle même de « dératisation », mais les flics ne l’écoutent pas… Moira – qui s’était emparée des dessins de Bridget et les avait glissés dans son sac – se laisse faire, Patrick aussi, mais il heurte « malencontreusement » le toit de la voiture de police quand on le pousse à l’intérieur. Bis : « Oh ! Pardon… Tu en causeras à ton ʺconseiller municipalʺ… » Tous deux passent le reste de la nuit dans une cellule pourrie, aux côtés d’ivrognes et d’une prostituée…

 

Chez moi, « La Brique » et moi fouillons les angles et derrière les rayonnages, sans rien trouver de spécial ; un livre « d’occultisme » (ou du moins consacré à des mythes et légendes), a visiblement été parcouru, des empreintes montrent que les pages ont été tournées… Nous rangeons la pierre dans mon petit coffre-fort, et envisageons de nous procurer de la mort aux rats le lendemain. Nous mangeons, en nous demandant ce que nous ferons d’autre par la suite… J’hésitais à retourner du côté de chez Templesmith, mais crains de me griller pour le gala du lendemain, où j’envisage de me rendre, et décide donc de m’abstenir… Trevor arrive chez moi. Il flippe pour Todd Newell – il ne lui reste plus que deux jours pour l’admission à l’Université… Faut-il qu’il s’en occupe lui-même ? Je lui dis que non, je m’en charge – il vaut mieux éviter de l’impliquer davantage…

 

Clive rentre chez lui, au Guardian’s ; il remarque au rez-de-chaussée qu’une pétition a été lancée par des résidents, visant à exclure de l’immeuble les Afro-américains… Il parle brièvement au concierge, puis va se reposer. Demain, il prendre sa voiture pour se rendre chez moi (puisque celle de Patrick est compromise ; il faudrait peut-être voler une plaque pour cette dernière, ou trouver autrement à la maquiller).

 

« La Brique » reste chez moi à surveiller la pierre (il veut passer d’abord chercher Franklin pour l’assister, mais ce dernier préfère ne pas mettre les pieds chez moi), tandis que je me rends au Art’s Billard, dans l’idée d’en apprendre davantage sur Todd Newell. L’endroit est assez bondé – des jeunes gens, souvent copine sous le bras, qui discutent politique, etc. Je cherche un endroit où seraient exposées des coupes, des coupures de journaux sur la vie sportive du campus… Et j’ai beaucoup de chance : non seulement je peux trouver une photo de groupe récente où apparaît Todd Newell, mais je me rends compte qu’il est ici, dans une alcôve plus ou moins « VIP », avec trois garçons et trois filles, d’allure très BCBG ! Ils discutent notamment de sa dernière médaille, avec emphase… Je lui adresse quelques sourires et clins d’œil, mais il ne me prête pas attention. J’attends qu’il soit seul… Vers minuit moins le quart, les employés commencent à faire sortir les clients. Todd Newell fait partie des derniers à rester ; je sors et guette son passage. Je l’accoste enfin, disant que je veux lui parler en privé, en laissant passer des allusions qui l’incitent à demander à sa « copine » d’attendre un peu plus loin ; celle-ci s’énerve, me voyant plus ou moins en rivale quand bien même plus âgée, et trouvant le comportement de son compagnon bien cavalier… Il s’énerve et se montre bien vite insultant, lui ordonnant de se casser, en rajoutant pour la peine qu’elle est de toute façon un mauvais coup… Elle s’en va, outrée et peinée. Je dis alors à Newell que je connais bien ses activités les plus douteuses : les vols dont il fait porter le chapeau aux femmes de ménage (plusieurs fois ; je lui dis que je n’en ai absolument rien à faire qu’il vole son père, mais que je ne veux pas que d’autres payent pour ce qu’il fait), et je lui ordonne aussi d’arrêter de chercher des noises à Trevor. Il est furieux, et me demande qui m’a appris tout ça ; je lui réponds qu’il n’a aucune idée du nombre de gens qui ne peuvent pas le blairer, et ça le calme un peu… Je lui fais clairement peur ; au moment où il commence à se montrer menaçant, je lui dis en outre que je le sais homosexuel, et pourrais le prouver le cas échéant ; il me dit, haineux, qu’il n’est pas n’importe qui, que son père le défendra, mais je lui démontre que son père ne fera rien pour lui si ces accusations venaient à être connues – et, sans en dire davantage, je lui laisse comprendre que j’ai moi aussi dans mes contacts des gens « qui ne sont pas n’importe qui », qu’il n’a surtout pas envie de rencontrer, et qui n’auraient aucun problème de conscience à m’appuyer si jamais. Effrayé et honteux, il me jure enfin qu’il arrêtera « de faire chier le nègre » ainsi que les femmes de ménage employées par sa famille ; je lui souhaite une bonne nuit… Je le vois s’installer dans sa voiture et sangloter au volant ; je fais un tour du pâté de maisons puis rentre chez moi.

 

J’y retrouve « La Brique »… qui s’est endormi et effondré sur une table basse, cassant mon service en porcelaine. Je le réveille, je ne suis pas contente… Je lui demande d’abord de payer, mais il met en avant qu’il m’a rendu un service, et nous convenons tacitement de nous en tenir là. J’ouvre le coffre, à tout hasard : la pierre s’y trouve toujours. Je prends mon tour de garde …

 

Clive, chez lui, entend le bruit de sa porte d’appartement qui s’ouvre… Il s’approche discrètement, repère des bruits de pas légers qui s’en vont dans le couloir ; sa porte a bel et bien été crochetée. Il vérifie que rien n’a été volé, et tombe sur un papier portant l’inscription « cado », avec une cartouche de fusil à pompe dessus…

 

Patrick et Moira sortent de cellule au matin. Big Eddie est là, qui serre la main aux flics… Il arrête Patrick quand il sort, et se montre très menaçant quoique sibyllin : « Qu’est-ce qu’on fait aux traîtres, au pays, déjà ? » Patrick lui dit sèchement qu’ils en parleront plus tard… Moira lui fait signe de la boucler. Ils quittent le commissariat après qu’on leur a remis leurs affaires, et que Big Eddie leur a parlé du gala auquel va assister Templesmith ce soir : O’Bannion veut qu’on fouille sa maison pendant son absence ; et Big Eddie n’en a rien à foutre si certains d’entre nous ont été grillés…

 

Clive, chez lui, veut renforcer sa porte, et tout de suite ! Avec notamment une serrure complexe – il compte en outre se procurer un chien de garde (un berger allemand, qu’il appellera Killer)… « La Brique » est sorti de chez moi pour se procurer du poison et des pièges à rats (trois – ou quatre ? Un dans le coffre, les autres dans les angles) ; il croise Clive devant une animalerie, qui lui demande qui était chez moi, et où était Franklin ; il lui dit qu’il a reçu une menace (sans montrer la cartouche), et qu’il pense que ça vient du jeune Noir… « La Brique » l’a-t-il armé ? Oui, avec notamment un fusil à pompe… Clive s’en va, tandis que « La Brique » passe chez lui ; il remarque la pétition mais s’en moque complètement ; Franklin est dans son appartement, il le réveille, et lui demande de lui montrer son fusil et ses cartouches…

 

Tous me rejoignent chez moi, au fur et à mesure, dans la matinée (Moira, très éprouvée, arrivera plus tard – elle m’avait cependant envoyé un coursier pour nous expliquer les ordres concernant Templesmith). Patrick arrive le premier, vers 11h, bien reposé (il était repassé chez lui après être sorti de cellule). Trevor est également là, et je lui dis que son problème est réglé. « La Brique » arrive ensuite, avec Franklin cette fois (qui parle avec son frère). Clive arrive à son tour. « La Brique », d’emblée, dit à Clive et Franklin d’arrêter leurs chamailleries à la con, et qu’il ne veut pas travailler avec des gens prêts à se tirer une balle dans le dos. Je leur dis qu’on a du boulot, et déjà assez compliqué comme ça… Clive dit que c’est bien le problème : il n’a pas confiance – et « La Brique » n’a pas à le menacer. Trevor reste stoïque, mais exhibe parfois un petit sourire (qui m’inquiète…). « La Brique » ne compte pas épiloguer, il a dit ce qu’il avait à dire. Clive semble clairement sur le départ. Nous essayons tant bien que mal de l’en dissuader. Je lui dis qu’il ne peut pas se permettre le luxe de quitter le groupe, et de contrevenir ainsi aux instructions d’O’Bannion, qui lui demandera des comptes… Mais il ne veut décidément pas bosser avec Franklin (et Trevor aussi, du coup). Patrick lui glisse discrètement qu’il ne les apprécie pas davantage, mais qu’il faut faire avec pour le moment. Franklin envisage de calmer le jeu si Clive retire ce qu’il a dit sur sa mère… mais Trevor remet de l’huile sur le feu : « S’il flingue mon frère, je le flingue… » Clive s’en va en claquant la porte, l’ambiance est on ne peut plus pesante… Patrick le suit rapidement, pour l’intercepter avant qu’il ne monte dans sa voiture – son départ le plonge dans l’embarras… À l’intérieur, « La Brique » et moi essayons de faire la part des choses, et disposons les pièges et la mort aux rats – outre la gêne quant au départ de Clive, nous sommes tous les deux un peu étonnés par l’attitude de Trevor… C’est alors que Moira nous rejoint (qui croise Clive et Patrick en pleine discussion dehors). On lui explique la situation…

 

Que faire ? Au départ, je comptais me rendre au gala auquel va assister Templesmith (pour l’approcher « socialement », et faire une diversion le cas échéant), mais les instructions semblent claires, il vaut visiblement mieux que je vienne avec les autres pour visiter sa maison en son absence… Il y aura cependant des gardes dans la demeure (au-delà de la seule guérite repérée par Clive), sans même parler des oies, que je suppose cependant être cantonnées près de l’entrée, et donc contournables. Trevor nous confirme que ce sont de très bons animaux de garde, y compris la nuit… J’en profite, n’y tenant plus : je veux parler à Trevor en privé de ce qui s’est passé, et lui dis que j’ai l’impression qu’il me paye bien mal des services que je lui ai rendus… Il me répond qu’il s’est engagé à protéger son frère, c’est tout… Et ses menaces sont plus ou moins réelles – mais je lui dis qu’il ne vaut mieux pas en faire si on n’est pas prêt à aller jusqu’au bout, surtout dans notre milieu… Il me dit qu’il comprend bien son intérêt – et je lui glisse que, de sa part, j’apprécierais que ce ne soit pas qu’une question d’intérêt…

 

Patrick et Clive reviennent enfin. Franklin est un brin méfiant, Trevor toujours stoïque… « La Brique » serre la main à Clive ; puis il dit à Franklin et Trevor qu’il n’a pas de travail à leur confier pour le moment, et qu’ils peuvent disposer. Franklin hésite, mais, au passage, tend enfin une main franche à Clive, qui la serre mollement…

 

Que faire avant de nous rendre chez Templesmith ? Nous faisons le tour des pistes. La quête d’informations concernant Mike Sargent et le mystérieux « 6X » nous conduirait à Innsmouth, mais nous n’avons clairement pas le temps de nous y rendre (d’autant que nous n’avons pas idée du temps qu’il nous faudra passer sur place). Pour ce qui est de l’entourage de Templesmith, j’ai deux adresses à creuser, celles de ses parents et des Petersen, mais les deux sont à Boston – même problème, du coup. Restent les livres : il pourrait être intéressant d’identifier l’étudiant du nom de Mortimer, et d’en apprendre davantage sur le mathématicien et astronome Andrew Stuart, mais comment ? Stanley, à la Bibliothèque, s’occupe déjà du livre que je lui ai confié, et je ne dispose pas de contacts infinis là-bas – d’autant que déléguer, en l’espèce, pourrait s’avérer plus ou moins efficace. On envisage de demander à Trevor de se renseigner, mais on abandonne cette idée – tout récemment inscrit, il vaut mieux que le jeune Noir ne fasse pas de vagues… Clive dit à Patrick de changer ou maquiller sa plaque d’immatriculation, et on reste là pour le moment…

 

(Une note cependant, une précision concernant la porte donnant dans le vide à la demeure de Templesmith : la porte a bien été refaite, pour en faire une authentique œuvre d’art, mais, avant, elle était déjà là ; seulement, elle ne donnait pas dans le vide, mais sur une partie du bâtiment qui s’est écroulée.)

 

À suivre…

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CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (05)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (05)

Cinquième séance de la campagne de L’Appel de Cthulhu maîtrisée par Cervooo. Vous trouverez les premiers comptes rendus ici, et la séance précédente .

 

La joueuse incarnant la flingueuse Moira était absente. Étaient donc présents le bootlegger Clive, l’homme de main Johnny « La Brique », le perceur de coffres Patrick, et ma « Classy » Tess, maître-chanteuse.

 

Aux environs de la demeure d’Hippolyte Templesmith, planquée dans les bois, je surveille les allées et venues, mais ne vois pas grand-chose : un jardinier professionnel chez un voisin, le nom « Campbell » est inscrit sur le camion ; des voitures assez onéreuses de temps à autre… Au bout d’un moment, quelqu’un sort de chez Templesmith en voiture ; j’essaye de distinguer la plaque d’immatriculation, mais n’y parviens pas, d’autant que j’entends des chiens qui aboient non loin derrière moi (et que des dames en train de se promener cherchent à calmer…) ; je parviens à m’éclipser, et retourne à ma voiture… Je guette un temps le trafic, mais un voisin semble avoir repéré mon véhicule, je ne peux décidément pas rentrer sur place : je rentre chez moi, mais après avoir fait quelques détours au cas où…

 

« La Brique » et Franklin, après avoir réglé son compte à Beekman, sont montés dans un taxi du Trèfle. Franklin est excité, il a assouvi un besoin de violence… mais répète qu’il n’est pas habitué à la discrétion : quand sa maman et lui braquaient des banques, c’était bruyant… Au bout d’un moment, il allume un gros joint dans le taxi – le conducteur, Sean, montre clairement qu’il n’apprécie pas, mais Franklin soutient son regard… « La Brique » lui suggère gentiment de ne pas faire ce genre de choses, pouvant nuire à des gens qui les aident… Franklin tend son joint au conducteur, puis, voyant qu’il ne s’en saisit pas, en conclut que « les Blancs ne savent pas ce qu’ils ratent »… « La Brique » laisse Franklin à l’hôtel où il l’a installé, puis va voir si Big Eddie est de retour, à la villa d’O’Bannion – mais Big Eddie s’est rendu à la veillée funèbre de Sean O’Malley, au Paddy’s, et « La Brique » y va donc – en passant d’abord chez moi.

 

Patrick, Clive et Moira, qui ont enlevé Bridget, vont dans un entrepôt peu utilisé (surtout depuis la pénurie d’alcool), dans une zone industrielle délaissée au nord-est d’Arkham ; Bridget est à l’arrière de la voiture, entre Clive et Moira, assommée… sauf qu’elle simulait : elle tente de mordre Clive au bras, il évite et lui file un gros gnon pour l’assommer de nouveau, sa plaie s’ouvre encore, elle tombe dans les pommes alors qu’elle commençait à hurler : « Mor… » Ils emmènent Bridget dans l’entrepôt (Clive en a la clé).

 

Chez moi, Trevor est absent. J’attends au cas où d’autres me rejoindraient, c’est bientôt le cas de « La Brique », et on va à la veillée funèbre au Paddy’s ; dans la voiture, il me dit ce qui s’est passé chez Beekman, je lui dis en retour ce que j’ai fait (et que je n’ai pas de nouvelles des autres). Le speakeasy est assez bondé : hommes et femmes, criminels ou pas… Le cercueil est ouvert au milieu de la pièce – on remarque que le cadavre a un derringer dans sa poche de veste. J’entends des gens qui gloussent en se moquant un peu de « La Brique », qu’ils appellent « P’tit Doigt » (il lui manque une phalange…). Pas mal de monde boit du « whisky-tonic ! » (cocktail à la mode, surtout chez les plus jeunes, à base de Miska-Tonic !). J’entends des rumeurs çà et là : on dit par exemple que ça bouge dans le commerce du haschisch, et qu’il y a des Noirs qui morflent… « La Brique » entend des convives qui se disputent à propos de Franklin : le jeune homme a ses partisans (parce que c’est le fils de Ma), mais aussi ses détracteurs, qui s’arrêtent au fait que c’est un nègre… J’avais entendu parler il y a quelque temps de cela d’un tueur à gages anglais que O’Bannion avait envoyé chier : il est là, il sirote une bière, sans s’intégrer à la moindre discussion.

 

Dans l’entrepôt, les autres ligotent Bridget au cas où (les bras dans le dos, la corde qui revient vers l’avant pour immobiliser aussi ses jambes, de sorte que l’ensemble se resserre si la fillette se débat). Ce n’est pas une tâche de tout repos, et ça leur fait bizarre : c’est une enfant, quand même… Moira soigne sa plaie, et répète aux autres qu’il ne faut pas cogner aussi fort… Clive s’entretient avec ses comparses : c’est bizarre qu’elle ait encore appelé Mortimer dans la voiture, comme un sauveur (c’était presque : « Ô mon Dieu ! »)… Clive, en la ficelant, a remarqué des traces d’automutilation sur ses jambes – une transcription enfantine et grossière, malaisée sans doute du fait que la fillette se livrait à cette représentation sur elle-même, du symbole de la pierre. Quand Bridget se réveille, elle hurle, et cherche à se libérer, quitte à se faire mal. Moira ne souhaite pas utiliser de médicaments, préfère les garder en dernier recours… mais elle n’est pas emballée non plus par l’idée d’user de violence. Patrick se baisse devant Bridget pour l’interroger… et elle le mord, en restant accrochée à son bras, comme pour arracher la chair. Patrick la frappe violemment… et elle retombe dans les pommes. Moira est très mal à l’aise.

 

Au Paddy’s, les gens qui parlaient de Franklin se font plus discrets quand « La Brique » les approche ; mais il ne leur prête pas forcément beaucoup d’attention : il attend que Big Eddie, dans l’arrière-salle, se libère. De mon côté, je socialise : je connais beaucoup de monde ici… Mais « La Brique » et moi nous rendons compte que nous filons la pétoche aux gens, et qu’ils se retiennent d’aborder un sujet avec nous…

 

Bridget se réveille encore, et se met à pleurer. Patrick, sans la toucher, l’interroge : il lui parle des lèvres mutilées, de son meurtre au fusil, lui demande si Mortimer sait tout ça. Elle demande s’il est là, avec un espoir naïf, très enfantin : elle avait mal compris ce que disait Patrick. Quand elle s’en rend compte, elle pleure de nouveau, et appelle « Mam… timer ! » Clive incite Patrick à jouer sur la culpabilité par rapport à Mortimer. Il reprend : « Tu veux que j’appelle Mortimer ? Il ne va pas être content… » Elle dit qu’il ment, comme tous les adultes, mais est visiblement perplexe ; Patrick menace à nouveau d’aller le chercher… Elle dit qu’elle n’a rien à craindre, qu’elle a fait tout ce que Mortimer lui disait ; Patrick lui dit que c’est faux. Bridget affirme qu’ils ne savent pas comment le faire venir… mais qu’elle sait, elle, comment faire ; elle demande qu’ils lui libèrent les mains… Patrick refuse, « après ce qu’elle a fait aujourd’hui ». Elle dit qu’elle ne peut pas le faire venir sans ses mains… Patrick se grille un peu là-dessus, et elle se referme et le regarde avec mépris, en le traitant plus que jamais de menteur… Moira est choquée ; elle dit cependant à Patrick et Clive que Bridget est clairement influençable : il y a peut-être quelque chose à en tirer, mais il faut trouver comment aborder le sujet… Bridget dit que les policiers vont aller chez elle, qu’ils trouveront le cadavre de son père, et elle les accusera de l’avoir tué et de l’avoir enlevée… Elle dit aussi que l’école ne sert à rien, qu’elle ne veut que les leçons de Mortimer, et aller « au pays de Goody ». Les enfants ont pourtant peur de Goody Fowler ? La sorcière a la réputation d’enlever les enfants… Mais non, à en croire Bridget, elle protège en fait les enfants, le reste c’est des mensonges d’adultes ! Clive lui demande si elle a faim, et elle finit par l’avouer de mauvais gré.

 

L’Anglais dessine dans son coin. J’essaye de voir ce qu’il fait, avec juste ce qu’il faut d’indiscrétion acceptable : c’est le faciès d’O’Bannion dans une de ses crises de folie, et c’est très réussi… L’Anglais commence par m’envoyer chier quand il ne repère que mon mouvement d’approche, il dit que ce n’est pas la peine de lui causer si ce n’est pas pour du boulot… Mais il change de ton quand il se rend compte que je suis une femme. Je lui parle d’O’Bannion, avec qui ça ne s’est semble-t-il pas très bien passé… Le tueur à gages ne se livre guère à ce sujet. On papote, du milieu irlandais, du boulot… Au bout d’un moment, toutefois, il se montre cash : soit je lui propose un contrat (il en cherche un bon pour pouvoir rentrer au pays, qui lui manque), soit on poursuit la conversation, mais dans une chambre d’hôtel… Je ne m’en offusque pas (ouvertement, du moins), mais refuse, et on se sépare, cordialement encore qu’un peu froidement ; il me dit s’appeler Jack. (J’ai hésité à le balancer sur la piste de Drexler… mais n’ai pas osé pour le moment ; en même temps, peut-être qu’O’Bannion avait une bonne raison de ne pas avoir eu recours à ses services ?)

 

Clive reprend l’interrogatoire de Bridget, mais se montre d’abord trop compliqué pour elle… Puis il menace de lui couper les mains, qu’elle ne pourra plus utiliser. Bridget panique, mais s’en prend à eux : « Vous êtes des criminels ! Moi je fais ça pour Mortimer, vous faites ça pour l’argent ! » Elle change alors subitement de disque, leur dit de tuer sa mère, qu’elle les récompensera avec son argent ! Puis elle hurle : « Mortimeeeeeeeeeeer ! » Patrick dit ouvertement à Clive qu’il faut la liquider… Clive lui répond que, pour le moment, il faut lui couper les mains, mais Patrick parle plutôt des lèvres… Moira n’est pas à l’aise – est-ce du bluff ou pas ? Clive fait comme s’il partait pour aller chercher ses outils dans la voiture ; Bridget appelle à l’aide, et Clive, en route, dit à Patrick de la bâillonner – ce qu’il ne fait pas pour le moment, et il en rajoute : « Dépêchons-nous, elle commence à m’énerver ! » Moira suit Clive dehors, et lui demande si c’est bien du bluff… Patrick, à l’intérieur, crie à Clive : « La pince, ça vient ? » Bridget est maintenant terrorisée… Mais un objet tombe derrière Patrick, ce qui le fait sursauter… Bridget hurle : « Tue-les, tue-les, promis, après je m’occupe de maman ! »

 

On entend Big Eddie qui braille pour donner des ordres. La porte de l’arrière-salle s’ouvre, Big Eddie en sort flanqué de gros durs… Il salue « La Brique », lui demande s’il y a du nouveau, notamment en ce qui concerne Templesmith (la priorité d’O’Bannion)… « La Brique » lui dit qu’il a ses propres ordres d’O’Bannion, mais apaise Big Eeddie en abondant globalement sans son sens. « La Brique » parle aussi de son appartement – où on a changé les clés… Big Eddie lui rappelle qu’ils ont eu une conversation tendue ; « La Brique » s’excuse plus ou moins… et Big Eddie lui donne une clé. De mon côté, je compte tout d’abord rejoindre le barman, mais il y a un cercle de femmes à côté, et je les connais toutes ; certaines sont sans doute assez jalouses, mais d’autres franchement sympathiques ; elles m’offrent un whisky-tonic, et j’accepte… Elles me disent rapidement qu’elles savent que je me suis rendue chez Carol et Abbey ; je leur demande en souriant si c’est moi ou elles qu’elles surveillent, elles me répondent que c’est le « téléphone irlandais »… Je leur dis que, contrairement à ce que certaines ont pu dire, je n’ai pas oublié d’où je viens – et a priori ça leur plaît. On échange des ragots, évoque bien des histoires de fesses… Je dis alors que je me montrerais bien plus ambitieuse sur ce plan, évoquant Templesmith sans le dire ; elles comprennent très bien, et pour le coup je les fais un peu rêver… On échange quelques rumeurs à ce sujet, mais il n’en sort pas grand-chose ; je parle de son passé timide d’après le Scoop, et obtiens confirmation qu’il a bien changé : on le dit très chaud-lapin… Je les interroge aussi à propos de l’Anglais ; elles me disent que ce n’est que la deuxième fois qu’il vient au Paddy’s, et qu’il ne se laisse approcher par personne…

 

Bridget est plus que jamais hystérique, et ne cesse de traiter Clive, Moira et Patrick de menteurs et de criminels. Patrick l’interroge sur les ordres que lui donne Mortimer : elle dit qu’elle devait tuer papa, puis tuer maman, et qu’après elle pourrait aller chez Goody, Mortimer l’a promis. Elle demande à nouveau qu’on lui libère les mains pour qu’elle appelle Mortimer. Clive et Moira reviennent… et Patrick lui libère les mains, lui ordonnant d’appeler Mortimer. Mais Bridget dit qu’elle a besoin d’un couteau… et Patrick demande à Moira si elle en a un ; Moira lui donne un petit couteau, mais passe derrière elle pour la maîtriser au cas où… Clive n’intervient pas, mais il désapprouve visiblement la tournure des événements et sort son arme… Bridget grave quelque chose sur le sol : c’est à nouveau un dessin similaire à celui de la pierre (bien plus précis que celui qu’elle avait maladroitement exécuté sur ses propres jambes, et elle s’applique) ; elle s’entaille ensuite l’intérieur de la main gauche. Clive lui dit : « Tu vois, on t’avait pas menti, on n’est pas tous des menteurs et des méchants… » Le sang de Bridget tombe sur le symbole au sol. Ils entendent alors des crissements de petites pattes, évoquant des rongeurs… Bridget dit qu’il arrive… Patrick sort son revolver, Moira aussi. Bridget ferme alors les yeux, arborant un sourire inquiet et pourtant optimiste… Ils voient alors un gros rat avec une tête d’être humain (le visage est comme entaillé, triangulaire, mais c’est clairement celui d’un homme) qui surgit de nulle part, et détale vers Bridget ; il saute sur la fillette, et atterrit sur sa tête. Bridget n’est pas le moins du monde effrayée. Moira essaye de tirer sur le rat, mais rate. Et le rat et Bridget disparaissent d’un coup, sans le moindre effet spécial… Tout au plus les gouttes de sang imbibant le symbole se consument-elles et noircissent, émettant une petite fumée… Patrick, Clive et Moira quittent l’entrepôt – et Clive avance qu’il faudrait prévenir la mère de Bridget, qu’elle est en danger… Mais ils se rendent chez moi.

 

Je rejoins « La Brique » vers l’entrée du Paddy’s. J’entends alors le bruit d’un moteur qui s’emballe. Je préviens « La Brique », je m’avance légèrement pour jeter un œil à l’extérieur, « La Brique » aussi mais en cherchant d’ores et déjà des endroits où se planquer… Une voiture file à toute allure vers l’entrée du bar, avec des Italiens à bord, qui sortent une Thompson et des calibres .38, braillant : « C’est pour nos fils, enfoirés ! » Je me plaque contre le mur à côté de la porte, à l’intérieur, tandis que « La Brique » s’abrite à l’extérieur derrière une voiture, et vise les pneus. Les Italiens tirent une rafale très violente, durant trois ou quatre secondes : le speakeasy étant bondé, c’est un terrible carnage ; on compte trois morts (je les connais tous ; parmi eux, Irene, une de mes amies, qui se prend sous mes yeux une balle en pleine tête…) et de nombreux blessés… « La Brique » parvient à crever un pneu du véhicule, dès lors contraint de ralentir. Il se lève, tire au jugé, et touche violemment un des Italiens, qui bascule de la voiture et tombe par terre ; la voiture le dépasse cependant, et il court après elle. Une de mes amies, Kelly, est amochée à la jambe, et j’essaye de lui faire des premiers soins mais rate ; c’est le chaos autour de moi, on n’entend plus que des râles d’agonie et des hurlements de panique… « La Brique », dehors, est blessé à la jambe par l’Italien qui était tombé de la voiture après son précédent tir ; il lui saute dessus et le désarme. Big Eddie sort du speakeasy avec des sbires, je le suis et retrouve « La Brique », qui indique la direction prise par la voiture des Italiens à Big Eddie. Le gangster qu’il a maîtrisé n’en a plus pour longtemps, il continue de nous accuser de la mort de « leurs fils » ; « La Brique » dit que nous n’y sommes pour rien… et l’achève.

 

Il y a de nombreux flics dans le coin, mais ils sont « de la maison », et ne nous chercheront pas des noises. Par ailleurs, des renforts arrivent ; je remarque notamment la voiture de Seth, puis celle de Clive, Patrick et Moira. Je fais des premiers soins sur « La Brique », panse bien sa plaie, et empêche l’hémorragie. Les Irlandais sont sous le choc, et beaucoup veulent se venger… Clive et Patrick vont soutenir les gens à l’intérieur, et moi aussi (mes copines au premier chef). « La Brique » a morflé, et demande à un ami de l’emmener auprès du docteur East. Mais la voiture de Big Eddie revient à toute allure, et il en sort bien en pétard – les Italiens avaient déjà quitté leur véhicule quand ils l’ont retrouvé, et ils avaient des potes à eux sur place pour les aider… Mais Big Eddie compte bien se venger, et tout de suite encore. Il interpelle d’ailleurs « La Brique », qui comptait partir pour se faire soigner : « Tu peux marcher, tu restes ! » Dans le speakeasy, il dit à tout le monde de prendre les armes, que la guerre est déclarée… Je lui dis sèchement et publiquement d’arrêter ses conneries, que c’est ce que O’Bannion voulait éviter par-dessus tout, et qu’il ne faut pas se lancer connement dans la gueule du loup comme ça, sans préparation, que ça serait stupide, du suicide… Sans surprise, ça l’énerve : il n’apprécie pas qu’on remette en cause son autorité… même si je lui dis, toujours sèchement et publiquement, que ce n’est vraiment pas la question, et vraiment pas le moment. « La Brique », entre autres, tient à peu près le même discours, même si plus posément ; il cherche cependant, via son ami, à contacter O’Bannion pour l’informer que Big Eddie pète un câble (mais O’Bannion est loin d’ici, à Boston ou New York…). Patrick intervient à son tour, dit qu’il a connu ce genre de situations au pays, et que ça ne mènera à rien : « La vengeance, c’est creuser deux tombes – celle de ton ennemi, et la tienne… » Big Eddie l’ignore – et me frappe violemment, ce que personne dans la communauté n’avait jamais osé… Il me demande si j’ai compris quelle était ma place, maintenant… Moira me soigne un peu. Patrick reprend : « Maintenant tu t’en prends aux Irlandais ! » Big Eddie cherche à le frapper à son tour, mais Patrick se recule et évite son coup… « La Brique » est rentré dans le bar, il essaye de calmer le jeu en allant dans le sens de Big Eddie, dit qu’ils sont prêts, qu’ils peuvent y aller… Mais Patrick dit : « On le fume. » Et il sort son arme… Big Eddie guette la réaction de « La Brique », lui dit : « On a un récalcitrant… » Il s’approche de Patrick… « La Brique » lui dit : « Tu veux pas plutôt t’occuper des Italiens ? » Je dis à tout le monde de se calmer… mais Big Eddie m’ignore, et sort lui aussi son arme… Clive reste discret, mais est prêt à intervenir au cas où. « La Brique » insiste sur les Italiens… mais dans le vide. Puis une voiture s’arrête devant l’entrée : c’est O’Bannion, très bien habillé, revenant de Boston ou New York… Il arbore un sourire amusé… Patrick lui dit (très familièrement…) que Big Eddie allait lancer une guerre ouverte contre les Italiens. O’Bannion, très calme, dit à tout le monde de ranger les armes. Patrick obéit. O’Bannion poursuit : « La pire des choses serait qu’on se retourne contre nous, non ? » Il demande au barman de servir tout le monde : c’est la fin de la pénurie, et le bar restera ouvert tous les jours jusqu’à nouvel ordre, en mémoire de ceux qui sont tombés… Il s’adresse alors à Big Eddie : « Tu es bien nerveux… Retrouve-moi au Trèfle. » Big Eddie lui dit que certains n’obéissaient pas aux ordres, il nous adresse un regard noir, à Patrick et à moi, mais s’en va, soumis… O’Bannion s’assied à une table et nous fait signe de le rejoindre …

 

À suivre…

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CR Imperium : la Maison Ptolémée (08)

Publié le par Nébal

CR Imperium : la Maison Ptolémée (08)

Huitième séance de la chronique d’Imperium.

 

Vous trouverez les éléments concernant la Maison Ptolémée ici, et le compte rendu de la première séance . La séance précédente se trouve ici.

 

Tous les joueurs étaient présents : le jeune siridar-baron Ipuwer, sa sœur aînée Németh, le Conseiller Mentat Hanibast Set, l’Assassin (Maître sous couverture de Troubadour) Bermyl, ainsi que le Docteur Suk, Vat Aills.

 

Vat Aills se trouve à Cair-el-Muluk, où il continue de travailler sur les documents récupérés sur le marché franc de Khepri. Il flaire une piste, mais qui ne débouche pas pour le moment sur des noms concrets, il faut creuser davantage ; il remarque cependant, à l’occasion, tout un luxe de précautions, que ne semblent pas justifier les cargaisons en cause… Il fait son rapport à Hanibast (actuellement auprès d’Ipuwer, sur le Continent Interdit), puis s’entretient avec Bermyl (lequel se trouve à Heliopolis) ; l’Assassin pourrait bénéficier des connaissances du Docteur Suk, dans la mesure où il poursuit la piste du trafic d’organes ; il compte infiltrer la Maison Mineure Nahab, en se faisant passer pour un client potentiel ; les deux hommes envisagent la possibilité d’infiltrer également Vat, mais abandonnent bien vite cette idée : le Docteur Suk est en tant que tel bien trop facile à identifier… Vat se rend cependant à Heliopolis, accompagné de son serviteur Armin Modarai – Bermyl et lui conviennent d’un protocole pour se retrouver sans trop éveiller la suspicion.

 

Bermyl continue donc de fureter du côté des Nahab. Il ne s’y prend pas forcément au mieux, toutefois, perd du temps avant de trouver à s’adresser aux bonnes personnes, mais sa couverture tient le choc… Il obtient, pour bientôt, un rendez-vous avec la mystérieuse Akela (dont lui avait parlé Si-Mouth lors de son interrogatoire), mais comprend que le délai avant d’accéder à la trafiquante s’explique sans doute par une surveillance accrue le concernant, et agit en conséquence – il devient dès lors risqué d’interagir avec les « officiels » de la Maison Ptolémée, aussi se replie-t-il sur un hôtel relativement rupin, où il prépare sa rencontre avec Vat Aills, en mettant l’accent sur la discrétion.

 

Németh est toujours à Nar-el-Abid ; après s’être entretenue avec sa mère, Dame Loredana, retirée auprès de ses sœurs du Bene Gesserit, elle va voir la Révérende-Mère Quibailah Amari, vieille femme loquace et active – qui se méfie un peu de la jeune femme, depuis longtemps, tout en ayant bien conscience qu’elle est quelque peu rentrée dans le rang et que son statut de première conseillère de son frère Ipuwer a sans doute changé la donne sur bien des points (et notamment son rapport, autrefois tendu, au Bene Gesserit ?). Németh ne connaît pas la « cuisine interne » de l’ordre (et notamment de la Missionaria Protectiva), mais elle subodore une action essentielle du Bene Gesserit en matière religieuse (et se montre même relativement paranoïaque à cet égard…). La conversation porte notamment sur l’identification de Németh à Isis ; la Révérende-Mère, narquoise, lui demande si ça ne lui plait pas, au fond… Quant à savoir si tout doit être imbriqué dans un « grand complot », c’est encore autre chose… Quibailah Amari questionne par ailleurs la dévotion de Németh, parfois douteuse par le passé… Elle veut bien, cependant (au moins à titre personnel), venir en aide à la Maison Ptolémée dans cette affaire – en s’étonnant ouvertement que les services de renseignement de la Maison ne se soient pas davantage intéressés aux rumeurs concernant le retour des morts (et pas seulement de Namerta) à Cair-el-Muluk, et à ceux qui les propagent ; elle avance qu’il pourrait être intéressant de s’entretenir, le cas échéant, avec un de ces morts censément revenus, ou du moins sa famille et son entourage : elle évoque ainsi « le Vieux Radames », qui avait la réputation d’être un sage de son vivant (du moins dans son environnement local, ce n’était en rien une personnalité de Gebnout IV), et qui, dit-on, le serait plus encore depuis sa résurrection… Quibailah Amari ne dit rien concernant ses sources, mais elle n’exclut pas d’aider à nouveau Németh et la Maison Ptolémée dans cette affaire, dès lors que leurs arrangements pourraient être mutuellement profitables…

 

Ipuwer, décidément, se plait bien dans cette expédition loin de Cair-el-Muluk et de ses obligations de siridar… Dans l’immédiat, il a par ailleurs une tâche importante à accomplir : assisté par son Conseiller Mentat Hanibast Set, il prend personnellement en charge l’interrogatoire de Taa – la mystérieuse femme entre deux âges qu’il a rencontrée au retour de sa partie de chasse. Il examine au passage l’arme qu’avait laissé tomber l’inconnue : c’est un sabre de facture ancienne, avec sans doute quelque chose d’ostentatoire avant tout – ce n’est pas une chose très utile au combat… L’interrogatoire est ambigu, sans doute à certains égard parce que Taa manque étrangement d’informations à confier, ne sachant finalement même pas ce qu’il en est des origines de son propre ordre, voire de son fonctionnement : elle le répète à plusieurs reprises, au fil des siècles, le secret est devenu sa propre justification… Et c’est bien ce qui la met mal à l’aise : elle sait qu’elle aurait dû faire connaître la présence de l’ordre à la Maison Ptolémée ou au clergé du Culte officiel, à l’occasion des étranges événements qui se sont produits environ deux ans plus tôt… mais n’avait pu s’y résoudre. Elle explique que son ordre est composé de cinquante femmes, ni plus ni moins (les rangs, le cas échéant, sont complétés dans la plus grande discrétion en enlevant des jeunes femmes dans les plus retirés des villages fluviaux – ce qui n’inquiète pas outre-mesure sur place, cela n’arrive que rarement et personne n’a jamais établi de lien entre ces divers crimes, vite relégués dans la catégorie des inévitables faits-divers –, et en les fanatisant par la suite pour qu’elles oublient toute considération ne relevant pas de leur mission d’entretien du Mausolée des Ptolémée et de nettoyage périodique de la baie où s’entassent les bateaux des morts). Or, il y a deux ans de cela, elle n’a pu que constater que son ordre ne pouvait faire le poids face aux « profanateurs »… Elle parle d’une troupe bien coordonnée de 500 femmes au moins – et c’est bien pourquoi elle n’a pas ordonné d’assaut, ce qui aurait été un suicide inutile… Gênée, elle avoue par ailleurs avoir été décontenancée, voire effrayée, par un élément étrange : ces 500 femmes se ressemblaient toutes… Hanibast Set ne lui soumet pas le portrait-robot de Druhr, afin de ne pas l’influencer, mais la description que livre spontanément Taa colle parfaitement. Ces inconnues se sont donc livrées à une importante activité dans la baie – elles ont complètement vidé un bateau des morts, un de ces grands cargos réservés aux plus pauvres des défunts ; elles se sont donc également rendues au Mausolée, mais n’ont pillé qu’une seule tombe – celle de Namerta (mais cela, Taa et ses sœurs ne s’en sont rendu compte qu’après leur départ, le Mausolée leur étant auparavant inaccessible). Taa explique en outre que la troupe était arrivée, par ornithoptères, de l’ouest, et y a disparu à nouveau une fois sa tâche achevée… Elle confesse cependant avoir croisé d’autres personnes sur cette terre censément interdite, notamment ces dernières années (ce qui l’inquiétait, même si elle n’a donc pas pris l’initiative de se « révéler »…) ; Ipuwer et Hanibast comprennent bientôt qu’elle parle cette fois des Atonistes de la Terre Pure, dans leur Pèlerinage Perpétuel… Ipuwer dit que les choses vont désormais changer, mais ne se montre pas défavorable, ou encore moins hostile, à ce que Taa et ses sœurs ont fait (ou n’ont pas fait…), quand bien même celle-ci est dévorée par la honte et le sentiment d’échec ; il suppose néanmoins que les historiens et les clercs de Gebnout IV ne manqueront pas de s’intéresser à leur communauté secrète… Mais Hanibast lui suggère de ne rien en dire pour le moment, et le siridar-baron approuve. Sur place, ils comptent cependant en apprendre davantage – questionnant déjà Taa sur une éventuelle sœur plus âgée, qui pourrait servir de « mémoire » à l’ordre… mais Taa revient à nouveau à cette constante : le secret de l’ordre est devenu au fil des siècles sa propre justification, et, au fond, personne ici ne sait rien de l’histoire de leur petite communauté… Hanibast, fort de ces nouveaux éléments, décide de rentrer à Cair-el-Muluk – après avoir visité l’abri souterrain des sœurs, d’une grande discrétion, où elles abritent en outre leurs engins de chantier servant à l’entretient de la baie (c’est le genre d’endroit que l’on ne peut trouver que si l’on sait un minimum ce que l’on cherche). Il envisage d’interroger à nouveau les Atonistes de la Terre Pure, et notamment Thema Tena, par exemple quant à l’existence, encore maintenant, d’un contingent caché en plein cœur du Continent Interdit (les données satellites de la Guilde pouvant là encore se montrer fort utiles). Le Conseiller Mentat, par ailleurs, comprend très bien, dès lors, que la recherche de Druhr n’a plus vraiment de sens, et qu’on ne la coincera pas à l’astroport… Ipuwer en est bien conscient lui aussi. Hanibast envoie un rapport à Németh, et un autre à destination de Bermyl à Heliopolis (mais celui-ci n’y a pas accès pour le moment, puisque sa couverture actuelle lui interdit d’avoir des contacts avec des « officiels » de la Maison Ptolémée), et rentre au palais.

 

Bermyl et Vat avaient convenu d’un point de ralliement secret, à tout hasard (l’hôtel où loge Bermyl étant très probablement surveillé, du moins dans l’immédiat), et se décident pour une petite gargote que l’Assassin connaît bien et sait fiable. Tous deux s’entretiennent sur la stratégie à adopter face aux Nahab – Bermyl cherchant notamment à savoir ce qu’il pourrait demander au juste de manière crédible… a fortiori en prenant en compte le « trouble » exprimé par Si-Mouth à l’idée d’un trafic de cadavres ou du moins d’organes. L’idée est que l’Assassin se fasse passer pour un riche bourgeois de Nar-el-Abid, désireux de trouver à n’importe quel prix un organe à greffer sur son fils malade (ils se décident pour des yeux ; ils envisagent un moment de faire passer Armin Modarai pour le fils de Bermyl, et donc de le faire passer pour aveugle, mais laissent finalement tomber cette idée un peu trop tordue : Bermyl entend garder les coudées franches… Armin Modarai, le cas échéant, pourrait simplement passer pour un domestique). L’Assassin, par ailleurs, exprime ses doutes : peut-être la trop grande focalisation sur le trafic d’organes risque-t-elle en fait de les empêcher d’accéder aux informations les plus essentielles… Quoi qu’il en soit, le Docteur Suk lui apprend tout ce dont il a besoin pour se montrer convaincant en la matière.

 

Németh cherche des informations éventuelles sur le Vieux Radames à Nar-el-Abid, mais ne trouve rien dans les bibliothèques, et suppose qu’il en ira de même à Cair-el-Muluk : le personnage n’a probablement rien d’un « notable », en effet. Cela relève sans doute des services de Bermyl – Németh lui envoie donc une note à ce sujet (qu’il ne peut pas consulter dans l’immédiat), et rentre au palais (elle y arrive en même temps qu’Hanibast – qui envisage cependant de se rendre au plus tôt à Heliopolis, pour s’entretenir avec Thema Tena et ses Atonistes des découvertes effectuées sur le Continent Interdit).

 

Ipuwer reste un peu plus longtemps sur le Continent Interdit, au moins un jour de plus. Il se partage entre ses fonctions officielles (l’organisation des troupes sur place, notamment)… et ses pulsions irrépressibles qui l’incitent à chercher de la « chair fraiche » parmi les sœurs – mais celles-ci sont toutes tétanisées, voire terrifiées, par sa seule présence, ce qui ne lui facilite pas vraiment la tâche… Il a envisagé de ramener Taa avec lui à Cair-el-Muluk, mais suppose qu’il vaut mieux rester discret à cet égard. Il visite cependant longuement l’abri des sœurs, en s’échinant à donner la meilleure image, jouant sur sa supériorité naturelle (mais bienveillante et rassurante le cas échéant) et sur leur fanatisme. Taa accepte, quand bien même gênée et honteuse, de servir d’ « interface » entre le siridar et ses sœurs : elle sait que sa mission a nécessairement changé… Ipuwer fait aussi en sorte que les soldats qui l’ont accompagné prennent à leur charge l’interrogatoire des autres sœurs, mais ils ne se montrent guère compétents pour cela, d'autant que les instructions du siridar-baron n'étaient pas des plus claires...

 

Bermyl a bien soigné sa couverture, sous tous ses aspects, et se rend donc seul à son rendez-vous avec Akela (sans micro non plus, au cas où – on peut de toute façon supposer que son entretien sera protégé par un cône de silence). Akela est une femme dans la cinquantaine, le teint basané, qui l’accueille avec un grand sourire commercial, se montrant particulièrement affable et désireuse de se rendre utile. Elle laisse entendre, mais sans forcer le trait ni « dire les choses » à proprement parler, que l’organe devra être « prélevé à la source »… et qu’il faudra donc tuer quelqu’un. Bermyl le comprend bien, mais n’a aucun scrupule d’ordre éthique à cet égard (pas plus lui-même que sa couverture, d’ailleurs). Elle lui dit en outre que « son fils » devra disparaître quelque temps… Une fois qu’ils se sont mis d’accord sur ces préliminaires, elle se montre très commerçante et serviable, l’interrogeant sur la couleur désirée des yeux (bruns clair, noisette), ce genre de choses (et demandant aussi une photo de « son fils » à Bermyl – qui n’en a pas sur lui… mais pourra lui en fournir une le lendemain). Ils conviennent ainsi d’un nouveau rendez-vous, Bermyl cherchant même à attirer Akela à son hôtel… mais celle-ci refuse bien entendu, tout sourire : ce sera au client de revenir chez elle…

 

Németh, à Cair-el-Muluk, poursuit ses recherches sur le Veux Radames dans les documents dont dispose la bibliothèque du palais ; elle ne trouve guère qu’une nécrologie, confirmant que le Vieux Radames était mort il y a un peu plus de deux ans, et que son corps avait entrepris le rituel de la Grande Fête d’Osiris à bord d’un gros bateau des morts, de ceux destinés aux plus pauvres – le vieillard ne laissait qu’une fille derrière lui, du nom de Ta-ei. Elle retrouve Hanibast, et fait le point avec lui, évoquant notamment les suggestions de Quibailah Amari – elle est convaincue que l’avis du Bene Gesserit doit être pris en considération, et engage Hanibast à travailler dans ce sens, avec Bermyl probablement (une enquête sur le terrain est bien davantage dans les attributions du Maître-Assassin). Le Conseiller Mentat récapitule les éléments acquis. Il sait que Namerta était relativement populaire – et, comme souvent, qu’il l’est probablement plus encore depuis son décès (l’incompétence notoire de son successeur Ipuwer en rajoutant une couche)… Le Conseiller Mentat comprend dès lors l’intérêt de le « ressusciter », ou du moins de propager des rumeurs dans ce sens ; mais pourquoi ramener à la vie des individus aussi insignifiants que le Vieux Radames dont parle le Bene Gesserit ? Et comment l’ordre est-il au courant, d’ailleurs ? Il manque d’éléments pour livrer une réflexion sûre à cet égard, mais effectue néanmoins une intégration cognitive : il en déduit que le retour d’inconnus ne relève pas totalement du hasard – si les individus en eux-mêmes sont de peu d’importance, l’effet de masse a sans doute eu pour objectif de préparer le retour de Namerta (les Ptolémée ont eu vent de toutes ces rumeurs dans un laps de temps assez court, mais cela ne signifie pas que tout s’est produit absolument en même temps – en y réfléchissant, c’est même probablement tout le contraire)… Németh ordonne aux services secrets de Bermyl (ou Kibuz…) d’enquêter sur le Vieux Radames et sur d’autres cas similaires : il s’agit maintenant, autant que de désigner nommément des individus « ressuscités », de déterminer l’ordre de grandeur du phénomène, et de le dater ; enfin, il faut trouver qui a commencé à propager ces rumeurs…

 

À suivre…

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