"Saigneur des loups", de Pierre Grimbert
GRIMBERT (Pierre), Saigneur des loups, [s.l.], Baleine, coll. Club Van Helsing, 2008, 203 p.
Je dois me rendre à l’évidence. Je dois abandonner toutes mes illusions. Avec la morgue du post-ado crétin, je me faisais une fierté de mon pessimisme généralisé, et de mon incorruptibilité n’excluant pas la méchanceté pure et simple quand il s’agit de dénoncer le crime. Pourtant, non. Non, il faut croire que, malgré tout, Nébal est finalement plutôt gentil, et relativement optimiste. Tenez, après avoir été insupportablement pondéré à propos d'Eden Norifumi, quand je vous ai causé il y a peu de La Nuit du Minotaure de Paul Halter, j’avais dit que c’était « médiocre plus » ; lourde périphrase pour ne pas dire « raté », ou même « mauvais ». Pas scandaleux, hein, mais franchement pas top. Plus flagrant encore : j’avais conclu ce compte rendu miteux par un vulgaire teasing concernant ce Saigneur des loups de Pierre Grimbert, que j’annonçais d’ores et déjà au mieux comme « médiocre moins ». Ca, c’était horriblement gentil et optimiste. Parce que maintenant je peux, très honnêtement, dire que c’est franchement mauvais. Nul, quoi. Plus la version « simplement insipide et sans intérêt aucun » que « scandaleusement nul et étronesque » à la Tous ne sont pas des monstres ou Léviatown, mais néanmoins nul. Et chiant.
On m’a fait part récemment d’une certaine lassitude à l’égard de la longueur excessive de mes comptes rendus. Ca tombe bien, Saigneur des loups ne mérite franchement pas que l’on s’y attarde, et j’ai donc constaté que j’étais en fait trop gentil pour en dire vraiment du mal. C’est triste, mais on va faire bref.
Pierre Grimbert est présenté en quatrième de couv’ comme « le plus populaire des auteurs français de Fantasy ». J’en avais jamais entendu parlé, pourtant (et je croyais que c’était Loevenbruck le titulaire du titre). Petite recherche : oui, a priori, il écrit bien le genre de fantasy fade et totalement dénuée d’inventivité comme d’intérêt qui se vend comme des petits pains sous des couvertures moches (comptez au moins trois volumes par série) ; bref, de la fantasy plate qui se prend pour de la high fantasy (je dis ça à partir des chroniques que j’ai pu lire ici ou là, hein…), et avec des gros morceaux de jeunesse dedans.
Là il nous fait un CVH plat et vide. Nous y suivons (entre deux baillements) l’écrivaillon Rémi Tiberger (p. 25, « Je signe de mon nom, en le précédant d’un « Pr. », ce qui me fait passer pour un professeur et permet certaines anagrammes singulières. » ... Faut-il en rire ou en pleurer ?), lequel, attention, n’est pas un loup-garou à proprement parler, hein, mais un « Berserker » ; d’ailleurs, sa proie non plus n’est pas un loup-garou, hein, mais l’incarnation d’un dieu-loup nordique, hein (pas Fenrir, cependant, contrairement à ce qu’avance la quatrième de couv’). Voilà pour l’originalité.
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Bon, d’accord, c’est un loup-garou qui chasse un loup-garou, mais c’est original, non ?
Oh, si. Au moins autant qu’un vampire qui chasse les vampires (on en a vu finalement très peu depuis Blade, Hellsing et tutti quanti). Et puis n'exagérons rien : ce n'est effectivement pas un loup-garou comme les autres ; disons plutôt que c'est un croisement entre un loup-garou et Highlander ; jusqu'au cadre écossais de la fin, aux combats d'épée et au « il ne peut en rester qu'un »
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Bon, d’accord, mais mettre de la mythologie celtique dedans, par exemple, c’est original, non ?
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Bon, d’accord, la bombe atomique, alors ?
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Bon, d’accord, mais dans la forme, hein, là, on peut rien trouver à redire ! C’est subtil, d’alterner un chapitre sur deux l’enquête au présent et les souvenirs du héros (en italique) !
Oh là, oui. Disons que pour quiconque a eu le malheur de pratiquer un peu les jeux de rôles de White Wolf, et notamment Vampire : la Mascarade et (bien sûr) Loup-garou : l’Apocalypse, ça peut vaguement rappeler le moins original des récits de passage composé par le plus inculte des joueurs pré-ados gogoth qui a regardé Wolf la veille, mais à part ça, l’italique, tiens, c’est bien vu… Ah non, zut, là aussi ils font pareil, chez White Wolf, dans tous les mini-récits d’ambiance de leurs manuels de jeu.
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Ouais, mais, au moins, c’est bien écrit !
Ah, c’est sûr, si le but était de reproduire ce genre de récits pré-ados, il y a de la réussite. C’est tout aussi fade, chiant, et maladroit. Très drôle à l’occasion. Involontairement, mais là n’est pas la question.
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Bon, et les twists, y sont pas fascinants, peut-être ?
Oui, je dois dire que les deux twists grotesques du final, lequel était jusqu’alors aussi insipide et chiant que tout ce qui avait précédé, ont une certaine forme de jusqu’au-boutisme dans la platitude, l’inutilité et la bêtise, qui peut surprendre le lecteur au point de lui faire lever temporairement le sourcil gauche, voire esquisser un sourire sarcastique (zygomatique gauche, là aussi). Peut-être même le lecteur le plus volontaire aura-t-il encore la force d'émettre un soupir. A condition qu’il ne se soit pas endormi avant, bien sûr.
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Bon, d’accord. C’est nul. C’est plat. Fade comme un navet. C’est un éloge du vide. Une reprise métaphorique pour la jeunesse inculte du Traité du non-être du sophiste Gorgias : après avoir achevé la lecture de Saigneur des loups (tiens, je n’avais pas mentionné à quel point le titre aussi est original), le lecteur est pris de la conviction troublante que le livre qu’il a lu n’existe pas ; que, quand bien même il existerait, il ne pourrait pas le savoir ; et que, quand bien même il pourrait le savoir, il ne pourrait rien en dire.
Imparable.
Le prochain CVH, à ce que j’ai cru comprendre, serait de Pierre Pelot. Je lui souhaite bien du courage pour remonter le niveau. Comme je suis gentil et optimiste, je veux encore croire que c’est possible. Mais disons les choses clairement dès maintenant : si ça marche pas, moi, j’arrête les frais…
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