Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

A bientôt...

Publié le par Nébal

Mesdames et messieurs, j’ai l’honneur de vous communiquer par le présent billet miteux trois informations dont il y a fort à parier que vous n’en avez pas grand chose à foutre mais bon quand même pour le principe.

 

1° Le naïf provincial Nébal monte demain à la capitale pour une quinzaine de jours. Ce sera l’occasion de voir des gens bien et de faire plein de ch… de TRAVAILLER. Certes, cela ne vous concerne pas vraiment, mais c’était juste manière de dire que, voilà, d’ici à mon retour début septembre, je ne pourrai pas faire de nouveaux comptes rendus miteux sur ce blog interlope. Mais rassurez-vous (ou désespérez) : ce n’est que temporaire. Et j’aurai sans doute du retard à rattraper…

 

2° Du coup, j’en profite pour noter que, après plus d’un an, je continue de bien m’amuser à tenir ce blog interlope, lequel, du coup, devient assez conséquent. Un signe qui ne trompe pas : les gens d’Over-Blog m’ont indiqué que ma page de récapitulatif était trop longue… Bon, là, j’ai fait un bidouillage temporaire, je vais tâcher de faire quelque chose de mieux à mon retour. Et tant que j’y suis, merci beaucoup aux gens qui viennent par ici de temps à autre, j’en suis toujours aussi étonné et enchanté.

 

3° Maintenant un message qui s’adresse avant tout à mes rares proches. Tout est foutu : j’ai désormais un téléphone portable, après des années de résistance. ET LE PREMIER QUI RIGOLE ÇA VA MAL SE PASSER POUR LUI !

 

Voilà.

 

Merci.

À bientôt…

Voir les commentaires

"Tourville", d'Alex D. Jestaire

Publié le par Nébal

 

JESTAIRE (Alex D.), Tourville, Vauvert, Au Diable Vauvert, 2007, 777 p.

 

Bon – là les amis on a une belle confirmation que Nébal est un con – voire deux. Le truc c’est que le Tourville d’Alex D. Jestaire c’était le genre de bouquin que j’étais à peu près sûr de pas aimer – normal y’a eu comme un buzz déjà et ça me rend méfiant – en plus c’est gros – 777 pages bordel – c’est ultra-référencé du Loft à David Lynch – ah et ça sentait le trashouille un peu vain aussi – on m’avait même parlé de SMS et de MAJUSCULES INCONGRUES toutes ces choses que j’abomine qui m’agacent – Bref Tourville pas pour moi. Alors pourquoi le lire hein me direz-vous – ben parce que c’est un cadeau d’un pote – qui me l’a même dédicacé – et que le dit pote en général il a bon goût – et que lui il avait beaucoup aimé mais alors vraiment beaucoup – m’étonne pas je dois dire de ce petit pervers amateur de Bukowski de Palahniuk et trucs du genre d'autant que quand il est en forme il peut écrire des textes un peu dans ce goût-là. Alors malgré mon a priori négatif malgré les critiques tout aussi négatives de gens qui ont bon goût aussi – j’ai lu Tourville. Et bizarrement sans me forcer – même si j’ai préféré y aller par petits bouts sinon honnêtement je crois que oui l’overdose est à craindre là quand même. Et le bilan ben – franchement j’en suis le premier surpris – mais j’ai bien aimé – nan j’ai même beaucoup aimé – c’est pas parfait c’est parfois agaçant mais force est de reconnaître que c’est plutôt bien voire très bien quand même – et étrangement inventif et pertinent – très souvent hilarant ce qui ne gâche rien – et croyez le ou non c’est même BIEN ÉCRIT si si je vous jure enfin moi je trouve en tout cas.

 

Alors bon déjà on note que pour une fois la couverture du Diable Vauvert ne donne pas envie de vomir et ne fait pas mal aux yeux c’est bien – mais rappelons qu’on ne juge pas un livre à sa couverture toussa alors bon – faut bien la poser la question KESS KI SPASS DANS TOURVILLE ? Bon je vais essayer de vous expliquer – mais en même temps le jeu c’est que c’est un peu la question qu’on est censé se poser jusqu’à la fin ou presque alors on va dire que je vais juste poser le cadre. Déjà c’est écrit à la première personne – le narrateur cela dit c’est pas censé être monsieur Jestaire mais Jean-Louis Nabucco – et Jean-Louis Nabucco c’est comme qui dirait un peu un gros loser quand même – avoir une carte de crédit magique au nom de Claude François n’y change pas grand chose. Bon Jean-Louis donc un jour il reçoit une lettre de son vieux copain d’enfance Seb Goupil – sauf que dans cette lettre il y a une coupure de presse selon laquelle Seb Goupil est mort. Bon je vous fais pas un dessin – c’est une entrée en matière un peu glauque zarbi – on comprend vite que Jestaire kiffe David Lynch. Mais bon du coup Jean-Louis quitte la kapitale et ses soirées house aux Bains-douche et se rend à Tourville – sa ville natale et celle de Seb Goupil aussi – c’est qu’il s’agit de percer le mystère de mener une enquête – enfin bref de trouver ce qui est arrivé à Seb Goupil au juste quoi – ça tombe bien dans la lettre y’avait de quoi se taper l’incruste dans l’appart’ du Goupil – un cloaque dans une tour glauque le Venise. Bientôt pour Jean-Louis cet appart’ deviendra la Base – c’est là qu’il centralisera tout le bordel et qu’il rassemblera ses potes de la Justice League of Tourville des petits jeunes bien sympathiques – oui parce que je vous ai pas dit mais Nabucco il se prend un peu pour Batman – le trip justicier de la ville de la nuit il aime bien c’est bien – moi aussi j’aime bien je dois dire. Alors bon – Jean-Louis se lance dans l’enquête enfin plus ou moins – il traîne quand même pas mal hein. Mais faut dire qu’il a un problème avec sa mémoire qui fait des bugs – il a du mal à garder ses souvenirs dans un ordre chronologique – ce qui vous en conviendrez aisément pose problème quand on a une enquête à mener ou même juste pour nouer des relations sociales avec les gens les périphériques white trash de Tourville. Alors des fois il est tranquille en train de tirer sur un pet de Barbeulite dans la Oinjerie avec les p’tits jeunes – et puis hop paf il se retrouve dans une voiture sur la rocade à côté d’un type qui conduit qu’il a jamais vu – bon excusez-moi mais vous êtes qui vous au juste je fais quoi là moi on va où ? Problème – même sans que le Cow Boy Marlboro ne se ramène pour se foutre de sa gueule.

 

Et à Tourville en fait ça craint encore plus – parce que Tourville c’est quand même un peu le trou du cul du monde mais en pire – y’a qu’à voir la seule fierté du coin c’est d’être la ville natale de Francis Perrin. Bon vu comme ça ça pourrait juste être une ville de périphériques pas tout à fait civilisés comme à Paris – y’en a plein OK. Mais on y rencontre vite une faune un peu spéciale dans ce patelin nordique à banlieues chaudes pas loin de Lille pas loin de la Belgique – et là je parle pas forcément des électeurs qui ont voté massivement Le Pen – ouais ça se passe en 2002 au fait – ça bon OK c’est des périphériques – pareil pour les clubs échangistes les boites à partouze le Kokotier le Blue Pussy. Non y’a plus bizarre quand même – déjà ça fait chelou toutes ces grandes surfaces pour un bled pareil – y’a même la keufna deux Virgin – et puis ce magasin test plein de produits parfaitement comestibles mais pas destinés à être achetés juste pour mettre en place les rayonnages genre un magasin fantôme – et puis y’a aussi cette clinique maousse où les gens finissent mal et y'en a beaucoup des névrosés des psychotiques à Tourville – ah et y'a une florissante industrie du porno aussi – d’ailleurs Jean-Louis il s’y colle. Oui parce que Jean-Louis dans la vraie vie quand il est pas en mode Batman il est INTERMITTENT DU SPECTACLE – la classe on comprend mieux le côté mi-prolo mi-bobo ça dépend du peutri de la biniouze – il connaît tout le milieu du court-métrage fauché à Paris il a bossé pour la télévision et tout et tout – bon en fait il était surtout régisseur et un peu à la ramasse – mais bon là il s’empresse de récupérer une caméra numérique et puis se décide à faire son enquête façon reportage télé-réalité truc – il retransmet même sur le ouèbe de Tourville – bonjour mesdames et messieurs vous êtes en direct sur Trans-Europe Mes Kouilles – et donc il tourne aussi des boulards pour le Belge – méthode à l’américaine flux-tendu une piscine un transat le jeune Gonzalez – une pédale refoulée mais faut pas lui dire il le prend mal il est déjà assez à cran comme ça – une pute roumaine tout juste majeure et/ou une caissière/étudiante/chômeuse castée à l’arrache ou sous l’emprise de la droge – hop c’est tipar c’est bien les gens de Tourville aiment et ça paye. Mais Jean-Louis lui y fait que filmer hein – ça fait longtemps qu’il a pas fait le sexe d’ailleurs.

 

Mais bon y’a pas que le cul dans la vie surtout à Tourville – et surtout à partir du moment où les rayons blairouiche se mettent de la partie les grands lasers rouges qu’on sait pas d’où ils viennent – et après une putain de teuf de la mort de l’apocalypse avec Manu le Malin – non en fait c’est juste Arno – d’abord DJ AZATHOTH puis il prend d’autres noms cherchez pas de toute façon BOM BOM BOM BOM BOM et en tout cas c'est une scène géniale avec point de vue caméra enfin vous verrez – bon donc à partir de cette putain de teuf de la mort de l’apocalypse ça commence à partir sérieux en vrille – enfin on s’en doutait déjà avant par exemple avec le down du net on pouvait déjà plus se connecter qu’au réseau propre à Tourville – et puis y’avait cette K7 bizarre qu’aurait dû être Gladiator sauf que c’était Kaligula en version japonaise non sous-titrée. Bon bref – là ça devient clair – enfin si on veut – personne peut plus sortir de Tourville – passée la rocade les bois hop tu entres dans la zone blairouiche et tu te retrouves dans un autre quartier de la ville à zoner comme un con – y’a toujours des trucs qui arrivent à Tourville bizarrement mais plus rien ni personne ne peut en sortir. Déjà c’est assez chelou comme truc la ville coupée du monde rayée de la carte décharge du reste – mais si on y rajoute qu’il y a dans le coin des soldats américains véners alors que tout le monde sait que les Etats-Unis ça n’existe pas ça n’est qu’une vue de l’esprit un truc que tu vois à la télé – et ces types qui se mettent à faire des attentats bizarres Al-Kaïra – mais y’a aussi des tueurs en série – non le Belge ça compte pas vraiment même si son industrie du porno prend des allures mégalomanes sales avec Le Château genre le Loft sauf que c’est le marquis de Sade le patron d’Endemol – et puis bon en général y’a beaucoup de gens qui meurent qui hurlent qui se suicident – et régulièrement devant la caméra de Jean-Louis parce que lui avec son matos du futur il s’arrête pas de filmer il est dans le flux-tendu – du coup pour lui le courageux et si sympathique journaliste de Trans-Europe Mes Kouilles il s’agit de plus en plus de percer le mystère des 7K7 des rayons blairouiche des extraterrestres du bruit blanc et de tous ces trucs bizarres qu’on peut donc bien résumer ainsi – MAIS BORDEL KESS KI SPASS À TOURVILLE ?

 

Mine de rien comme ça le Jestaire nous décrit une réjouissante et cauchemardesque apocalypse dickienne lynchienne cronenbergienne petshopboysienne porno-trash – une chouette « transfiction » bien barrée ultra-référencée et outrancière mais pas gratuite contrairement à ce qu’on pouvait craindre – c’est qu’il y a du fond dans Tourville si si je vous jure – des choses très bien vues sur la société contemporaine et ses névroses comme c’est qu’on dit – et c’est d’autant plus pertinent que c’est relativement sérieux sans se prendre trop au sérieux non plus – pas d’effets de manche vus revus et re-revus pas de thèse martelée genre TU LA SENS MA GROSSE INTELLIGENCE SUBVERSIVE ?!? – non ça reste finalement assez potache et (faussement) branleur et c’est ça qu’est bien. Et on se marre très souvent dans ce roman – que celui qui n’explose pas de rire par exemple lors du premier tournage porno ou du délire des black métalleux dans la forêt me jette la première pierre – j’attends. Mais à côté il sait aussi faire dans le cauchemar bien glauque – quand il fait son trip sadien c’est pas à moitié déjà – et on admirera le crescendo dans la panique l’apocalypse – les tableaux de la fin sont franchement de toute beauté – pour qui aime la rouille et la cendre et le ciel « couleur télé calée sur un émetteur hors-service » – moi j’aime bien.

 

Et cette pertinence on la retrouve aussi dans l’écriture enfin je trouve. Bon là depuis le début de ce compte rendu miteux je fais dans le pastiche lourd et ridicule mais je vous rassure hein – lui c’est autrement mieux. En même temps je continue quand même parce que ça m’amuse – ça change en tout cas de ce que je fais d’habitude et en même temps je peux encore plus me lâcher pour faire des phrases abominablement longues ah ah ah – et aussi pour vous donner quand même un peu une idée de ce que ça peut donner. Et c’est là qu’il y a un soucis certes – 777 pages comme ça putain c’est long – d’autant plus que c’est dense – si l’intrigue est assez relâchée il se passe quand même plein de choses dans ces gros paragraphes en forme de pâtés velus et Jestaire les tirets pour les dialogues c’est comme la virgule – connaît pas. Alors je comprendrais très bien qu’il y ait des gens qui ne supportent pas. Mais je voudrais quand même préciser deux trois choses – déjà c’est pas de la pseudo-expérimentation gratuite comme nous en infligent trop souvent les écriveurs pédanteux de la rentrée littéraire – dans la logique de Tourville c’est parfaitement sensé parfaitement approprié – et puis honnêtement je trouve kia certains aphorismes certaines répliques qui sont à tomber par terre – bref que ça sonne. J’ai lu ici ou là plein de comparaisons plus ou moins heu « audacieuses » genre Pérec tout ça – moi aussi vu la devise de mon blog miteux j’ai envie de faire dans la référence grotesque et improbable – je trouve donc qu’il y a dans l’écriture de Tourville quelque chose qui m’a fait penser au génialissime extraordinaire et fantabuleux chef-d’œuvre de Laurence Sterne La Vie et les opinions de Tristram Shandy – toutes choses égales par ailleurs hein nous sommes au XXIe siècle après tout merde. Ce que je veux dire par là c’est que au début ça fait peur ce pavé ces paragraphes interminables ce phrasé à la mitraillette l'oralité en général cette ponctuation post-post-post-post-moderne les MAJUSCULES ici ou là les néologismes le franglais les références dans tous les coins – au moins une par page généralement bien plus – les dérives SMS parfois – pas trop en fait c’est surtout les « k » qui débarkent à l'okkasion si vous voyez ce ke je veux dire les meks – mais en fait ça passe plutôt bien voire très bien on s’y fait vite – parce que c’est fluide c’est musical – si si – et finalement c’est naturel.

 

Ouais naturel – ça pour moi c’est un des gros points forts de Tourville – même si l’intrigue est totalement improbable – même si c’est surréaliste et outrancier – on accroche – enfin en tout cas moi j’ai accroché – parce que c’est humain c’est vivant c’est pas du concept plaqué sur du concept mais des personnages qui ont un vécu des sentiments des manières de faire de parler – et qui sont le plus souvent terriblement attachants. Et en premier lieu Jean-Louis bien sûr – un loser comme on les aime toujours partant pour faire/dire une connerie parfois carrément lourd aussi mais c’est normal c’est le personnage – mais ses potes aussi sont souvent sympas – sans parler des meufs – moi j’avoue je plaide coupable j’ai fondu pour (cette petite pétasse de) Justine – en plus elle a un chouette prénom. Et le tout voilà c’est spontané ça a quelque chose d’authentique – même au milieu des rayons blairouiche des 7K7 des émeutes urbaines sauvages des suicides collectifs en attendant l’arrivée des extraterrestres – les personnages – même les plus évidents des Sims ah ah – sont vivants  - et la ville c’est pareil on la sent on s’y intègre progressivement on commence à se repérer dans les quartiers là c’est les Arcs là c’est les Buttes où y’a les Hobbits etc. – on vit d’autant plus profondément le bordel final – et en général on sent que les scénaristes ont bien fait leur boulot qu’ils ont fait des efforts – et les graphistes aussi – ‘fin bref c’est tout le krew Jestaire qui n’a pas lésiné sur le background.

 

Alors oui bien sûr après on peut lui reprocher pas mal de choses à Tourville – en rappelant quand même qu’il s’agit d’un premier roman et que pour un premier roman ça le fait quand même grave je trouve. Le style je l’ai déjà dit je comprends très bien qu’on n'adhère pas – ça peut même être rédhibitoire pour des gens très bien. Après on avouera que c’est long très long 777 pages on n’a pas idée surtout 777 pages écrites comme ça – bon c’est vrai je raffole pas des pavés aussi – mais je maintiens qu’il vaut mieux lire Tourville par petits bouts sous peine d’overdose je sais je me répète – mais ça serait dommage de laisser tomber – bon c’est que mon avis hein – mais dans la mesure où le bouquin est bien découpé que les saisons ont une unité les épisodes et les mixes aussi – moi je trouve qu’on peut se le permettre – d’autant que si Jestaire se disperse il ne se perd jamais et ne perd jamais non plus le lecteur. Une dernière critique pour la route ? Allez – les références abondantes peuvent poser problème – d’autant que là c’est un vrai déluge – bon moi ça va quand Jestaire pardon quand Jean-Louis parle de cinéma de bouquins de BD on est en gros du même monde ça va – la zique un peu moins parfois mais ça va encore – la télé et les jeux-vidéos un peu moins encore mais bon OK. Au-delà j’imagine que ça peut paraître assez hermétique – encore plus si on fait dans le choc générationnel. Et ça peut saouler à force – et je ne garantis pas non plus que ça vieillisse bien du coup paske honnêtement le Loft 2002 déjà aujourd’hui c’est dur – surtout quand on n’a pas la télé – alors d’ici quelques années…

Mais je pinaille – le constat est clair – j’en suis très franchement le premier surpris mais j’ai beaucoup aimé Tourville. Par contre je comprendrais très bien qu’on ne l’aime pas voire qu’on le déteste – encore un bouquin qui résiste à la critique objective ah ah ah j’imagine et qui tend à entraîner des jugements radicaux – on aime ou on déteste. Moi j’aime. Alors merci monsieur Jestaire et merci Bat.

CITRIQ

Voir les commentaires

"Les Sirènes de Titan", de Kurt Vonnegut

Publié le par Nébal

 

VONNEGUT (Kurt), Les Sirènes de Titan, [The Sirens of Titan], traduit de l’anglais [Etats-Unis] par Monique Thies, Paris, Denoël, coll. Présence du futur, [1959, 1962] 1977, 347 p.

 

Le fantabuleusement extraordinairissime Abattoir 5 m’ayant collé une baffe que l’on peut bien qualifier de kolossale, je me suis empressé de farfouiller pour dénicher d’autres chefs-d’œuvre de l’immense Kurt Vonnegut. Ce qui, mine de rien, n’est pas si évident (quand, comme moi, on n’a pas le réflexe de la commande ouébienne…) : bon nombre de ses ouvrages n’ont pas été réédités depuis des lustres, et sont en outre dispatchés un peu aléatoirement entre collections de SF et littérature générale. A force de soulever la poussière sur les étals de marchés et chez des bouquinistes, j’ai cependant fini par en dégoter deux au milieu des SAS et des hagiographies du Maréchal Pétain : Le Berceau du chat, dans une édition assez récente au Seuil (en « blanche », donc), et Les Sirènes de Titan, dans la mythique collection « Présence du futur » (SF, donc).

 

Va pour Les Sirènes de Titan, roman antérieur de dix ans au fantabuleusement extraordinairissime Abattoir 5, et pas réédité en France depuis une vingtaine d’années pour autant que je sache. Un roman de science-fiction, donc ? Ben, faut voir… Comme pour le fantabuleusement extraordinairissime Abattoir 5, je ne me sens franchement pas de donner une réponse tranchée à cette question (dont je me tape un peu, il faut bien le dire). SF ? Pas SF ? En tout cas, c’est du Vonnegut. On reconnaît bien vite sa patte inimitable, et on ne va pas s’en plaindre. Et l’on y trouve déjà quelques éléments parcourant l’ensemble de son œuvre, ainsi les Tralfamadoriens et la conception du temps au cœur du fantabuleusement extraordinairissime Abattoir 5 (mais pas encore Kilgore Trout, contrairement à ce que j’ai pu lire je ne sais où ; enfin, je ne me souviens pas l’y avoir croisé, en tout cas…).

 

Avis aux amateurs de SF « réaliste » : le canevas des Sirènes de Titan risque de leur faire comme un choc. Dans le monde décrit par Vonnegut, « entre la Seconde Guerre mondiale et la Troisième Grande Dépression » (p. 12), la conquête de l’espace n’a pas vraiment eu lieu, en raison d’une bizarrerie spatio-temporelle baptisée « infundibula chrono-synclastiques ». Mais qu’est-ce donc que cette chose ? A vrai dire, l’explication qu’en donne le Dr Cyril Hall dans la quatorzième édition de Encyclopédie enfantine des Merveilles et choses à faire (pp. 18-20) n’est pas forcément d’une très grande limpidité pour le lecteur curieux. On se contentera de dire qu’il existe dans l’espace des endroits appelés infundibula chrono-synclastiques ; que le richissime Américain Winston Niles Rumfoord, accompagné de son chien Kazak, est entré dans un infundibulum chrono-synclastique ; qu’en voie de conséquence, il a été chrono-synclastiquement infundibulé. Logique. Du coup, l’astronaute amateur et son chien n’existent plus « qu’en tant que phénomènes ondulatoires, suivant apparemment une spirale déformée ayant son origine dans le soleil et sa fin dans Bételgeuse » (p. 18). Une conséquence amusante de cette infundibulation chrono-synclastique : Winston Niles Rumfoord et son chien ne peuvent plus se matérialiser sur Terre que tous les 59 jours. Ce qui ne manque pas d'attirer une fouler de curieux, quand bien même ils n'ont aucun espoir d'assister au phénomène (la vie privée, que Diable !).

 

Mais Rumfoord n’en est guère gêné. En effet, depuis son passage dans l’infundibulum chrono-synclastique, sa perception du temps et de l’espace a fondamentalement changé ; et il serait même plus juste de dire que Winston Niles Rumfoord est partout et tout le temps, qu’il l’a toujours été et qu’il le sera toujours. Ce qui, on l’avouera, est bien pratique pour prendre conscience de certaines choses. Entre autres, Winston Niles Rumfoord peut ainsi prédire l’avenir. Mais ce don fait peur à certains individus, et notamment à son épouse Béatrice et à l’inconcevablement chanceux millionnaire Malachi Constant : l’homme chrono-synclastiquement infundibulé leur a en effet révélé, tout naturellement, qu’ils étaient destinés à être accouplés par des extraterrestres sur la planète Mars, après quoi Constant irait faire un saut sur Vénus, puis reviendrait sur Terre, avant de se rendre sur Titan. Inutile de s’énerver : Béatrice et Malachi auront beau tenter l’impossible, ils n’échapperont pas à ce destin. Et Winston Niles Rumfoord ne s’offusque en rien de ce cocufiage annoncé ; il a plus important à faire, sur Mars et sur Titan : il lui incombe, après tout, de SAUVER LE MONDE, ou peu s’en faut ; vaste ambition qui passera notamment par le prosélytisme en faveur de sa propre religion, l’Eglise de Dieu le Suprême Indifférent.

Du Vonnegut, disais-je. Y’a pas photo. Et du particulièrement délirant, enthousiasmant, hilarant, parfois même burlesque. Mais avec aussi quelque chose de plus derrière, comme dans toute bonne littérature jouant la carte de l’absurde. Encore une fois, sous le vernis de loufoquerie et de légèreté, l’humour se fait finalement grinçant, acerbe, venimeux ; et, encore en-dessous, il y a une incontestable gravité, quelque chose d’étrangement sombre, triste, désespéré, dans la manière d'envisager la condition humaine, et dans la réflexion sur la guerre, le sacrifice et la justice. Mais sans jamais que les ruptures de ton ne soient préjudiciables…

 

Les Sirènes de Titan n’est pas un roman aussi fort que le fantabuleusement extraordinairissime Abattoir 5, il n’en a pas la sidérante perfection et la puissance émotionnelle ; ici, il est vrai, il n’y a pas Dresde… encore que : les invraisemblables, hilarantes, grotesques et terrifiantes scènes contant l’invasion de la Terre par Mars, dans un sens, peuvent passer pour un écho inversé de ce grand traumatisme, et débouchent sur des réflexions assez comparables ; et il se dégage de l’impressionnante conclusion des Sirènes de Titan une angoisse existentielle confinant à la paranoïa et en même temps une poésie tragique qui ne sont pas sans rappeler le sort de Billy Pèlerin. Et si l'on n'y retrouve pas ce même regard porté sur la science-fiction par le biais de Kilgore Trout, on y retrouve bien les atmosphères très kitsch et naïves d'une SF à l'ancienne délicieusement pastichée...

 

Et sans être aussi bluffant que le fantabuleusement extraordinairissime Abattoir 5, Les Sirènes de Titan est ainsi bel et bien un excellent roman, passionnant de bout en bout, fluide et accrocheur en dépit de sa foncière étrangeté, et d’une richesse sans pareille : chaque pages déborde d’idées géniales et d’inventions succulentes. Un vrai bonheur…

 

Avec néanmoins un sérieux bémol, qui n’enlève rien au talent de Vonnegut. J’évite en temps normal de me prononcer sur la qualité de la traduction, mais je ne peux cacher avoir trouvé le travail de Monique Thies très douteux. Et le mot est faible : en plusieurs occasions, outre d’abondantes maladresses stylistiques qui affadissent le style si simple et percutant de l’auteur, j’ai en effet repéré quelques faux-amis, et je n’ai pu m’empêcher de soupirer devant une traduction « littérale » omniprésente dans plusieurs chapitres et qui tombe particulièrement à plat (« louer une tente », argh…). C’est sacrément triste, tout de même ; ce roman méritait mieux que ça.

 

Car Les Sirènes de Titan est bien un excellent roman. Qu’il ne soit plus édité depuis plus de vingt ans tient du SCANDALE ! Aussi, gloire à l’éditeur qui aura la bonne idée de corriger cette sinistre injustice ; avec une nouvelle traduction, tant qu’à faire.

Merci d’avance.

CITRIQ

Voir les commentaires

"Bifrost", n° 51

Publié le par Nébal


Bifrost, n° 51, Saint Mammès, Le Bélial’, juillet 2008, 183 p.

 

Tiens, aujourd’hui, on va faire un peu plus bref que d’habitude (quoique…). Avec le dernier Bifrost, que, pour une fois, ben, je suis même pas trop à la bourre, ouais, et même que c’est dingue, mais néanmoins vrai, si, si. Mais ce Bifrost, dont la couverture a divisé (j’avoue être plutôt dans le camp « AAAARGH mes yeux gargl »), et dont le numéro ne manquera pas de rappeler aux plus dégénérés d’entre vous d’éprouvants et sinistres souvenirs de scandaleux jeux de piche, est un peu particulier.

 

Le dossier est cette fois consacré au grand-mais-hélas-encore-méconnu Lucius Shepard (dont je vous avais dit du bien à propos de Louisiana Breakdown). Or Lucius Shepard est un auteur qui aime bien, semble-t-il, les formats intermédiaires (et pas forcément faciles à publier, donc). La partie fictionnelle de ce Bifrost est ainsi consacrée à un unique texte, une longue novella inédite de Lucius Shepard intitulée « Radieuse Étoile verte » (pp. 8-74), superbement traduite par (of course ?) Jean-Daniel Brèque, publiée originellement outre-Atlantique en août 2000, et par ailleurs titulaire du prix Locus 2001 de la meilleure novella, oui madame.

 

Dans un Vietnam futuriste (mais si peu, finalement), nous y suivons le destin du jeune Philip, métis élevé par Vang Ky, un ami de sa défunte mère, dans le cirque itinérant de la Radieuse Étoile verte. Philip rend son père responsable de la mort de sa mère, et celle-ci l’a en outre averti, via un message généré à partir d’une puce pornographique, que son cruel géniteur comptait bien mettre la main sur son important héritage. Philip grandit ainsi dans l’idée d’un affrontement inéluctable avec son mafieux de paternel, qui tranche sur la vie paisible et joyeuse au sein de la caravane de cirque. Mais celle-ci connaît pourtant une touche sombre, avec les récits hallucinés du major, vétéran américain de la guerre du Vietnam que ses traumatismes n’abandonneront jamais… Et Philip, quant à lui, sort d’une adolescence que l’on ne peut guère qualifier d’insouciante ; il sait qu’il devra bientôt faire un choix.

 

Du pur concentré de Shepard. Un texte humain, sombre et déroutant, exotique et authentique. L’atmosphère, une fois de plus, est tout à fait remarquable, et c’est à mon sens le principal atout de cette longue nouvelle. La plume de l’auteur s’y montre, à son habitude, subtile et élégante, indéniablement travaillée, mais je ne la qualifierai pas de fluide pour autant : à l’instar de la plupart des nouvelles comprises dans le très bon recueil Aztechs, cette « Radieuse Étoile verte » se mérite, elle demande un effort de la part du lecteur ; mais le jeu en vaut amplement la chandelle. Cela dit, je n’en ferai pas non plus un chef-d’œuvre : si le jeu sur les faux-semblants et les apparences est plutôt intéressant, j’avoue avoir néanmoins trouvé les dernières pages un peu trop capillotractées et artificielles… Cette réserve mise à part, « Radieuse Étoile verte » est bien une très bonne nouvelle, bien digne de l’auteur ; elle suffit à elle seule à faire remonter le niveau des fictions publiées dans Bifrost. Ouf !

 

Passons maintenant au dossier… en commençant par une déception en ce qui concerne l’interview de Lucius Shepard réalisée par Patrick Imbert (pp. 124-131). Ce n’est pas qu’elle soit mauvaise : bien au contraire, elle est tout à fait passionnante. Seulement voilà : elle date un chouia (novembre 2006), elle n’est pas inédite (on pouvait déjà – et on peut toujours – l’écouter chez les abominables gauchiss’ de la Salle 101, sans traduction, certes), et elle est franchement courte (huit pages abondamment illustrées par des variations sur un portrait de l’auteur…). Et c’est bien dommage, je trouve ; pour le coup, j’avoue regretter un tantinet les interviews-fleuves que nous prodiguait Richard Comballot il y a quelques numéros à peine… Mais on verra bien ce qu’il en sera pour China Miéville dans le prochain numéro.

 

Le guide de lecture (pp. 132-151) me paraît par contre tout à fait correct, d’autant qu’il n’était sans doute pas évident à constituer. Mais, en trois parties (ouvrages actuellement disponibles, ouvrages épuisés mais dégotables chez des bouquinistes – avec une longue note sur les nouvelles traduites hors recueil –, et enfin ouvrages jamais traduits, y compris des essais bien éloignés des littératures de l’imaginaire), les chroniqueurs envisagent une bonne part de l’abondante (voyez la bibliographie, pp. 152-159) et iconoclaste œuvre de Lucius Shepard, et donnent régulièrement l’eau à la bouche.

 

Quelques mots pour finir sur les rubriques habituelles de Bifrost. Fred Jaccaud poursuit son instructive étude historique des précurseurs de la SF, mais d’une manière un peu différente de ce à quoi il nous avait habitués jusqu’alors : « Où l’on observe en détail deux voyages » (pp. 160-168), plutôt que de se concentrer sur un auteur et de le suivre tout au long de sa carrière, consiste en une étude comparée du Voyage au centre de la terre de Jules Verne et de la Laura de George Sand (oui, « George », et pas « Georges », contrairement à ce que l’on peut lire tout au long de l’article et sur la quatrième de couv’… Ce numéro est tout aussi infesté de coquilles que d’habitude, mais, là, ça tient en gros de la conchyliculture ; faudra s’en souvenir pour les razzies, gniark gniark…). C’est relativement original et bien vu, mais j’avoue avoir trouvé ce septième chapitre moins enthousiasmant que les précédents.

 

Quant à Roland Lehoucq, toujours égal à lui-même, il passionne, fascine et fait mal à la tête dans sa rubrique « Scientifiction », cette fois consacrée au « Destin lointain de l’univers » (pp. 170-176). Rien que ça…

 

Une grosse louche de « sense of wonder » (tendance un peu glauque, tout de même) pour conclure ou peu s’en faut ce numéro, certes non exempt de défauts, mais néanmoins tout à fait recommandable.

Le dossier du prochain Bifrost sera consacré à Joël Houssin et Christian Vilà. Rendez-vous dans quelques mois…

Voir les commentaires

"Album Mille et Une Nuits"

Publié le par Nébal

[Mille excuses pour la mauvaise qualité de l’illustration de couverture, mais mon scanner est en rade, et je n’ai pas trouvé mieux sur le ouèbe… Je tâcherai de remédier à ça, mais ce ne sera pas avant un mois…]

 

Album Mille et Une Nuits, iconographie choisie et commentée par Margaret Sironval, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade – Albums de la Pléiade, 2005, 267 p.

 

Parce que j’aime bien les beaux livres et les éditions critiques über-complètes, de temps en temps (rarement, quand même, hein…), je me procure des œuvres auxquelles je tiens particulièrement dans la légendaire collection de la Bibliothèque de la Pléiade (qui manque un peu de science-fiction, sans surprise, mais bon, y’a pas que ça dans la vie, comme disait le grand philosophe Francky Vincent). Plusieurs y sont passés, parmi mes chouchous : Gustave Flaubert, le marquis de Sade, Franz Kafka, Oscar Wilde, Arthur Rimbaud (un des très rares pouètes que j’apprécie), Michelet pour son Histoire de la Révolution française (et tant qu’à faire, en parallèle, le premier tome des Orateurs de la Révolution française ; j’aimerais biens avoir ce qu’il en est du deuxième… ?), et j’en passe…

 

Cela ne m’était pas arrivé depuis un certain temps, cela dit (si l’on excepte un détour du côté des Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand, plus justifié par le travail que par le pur plaisir). Et il faut bien reconnaître qu’ils sont chers, leurs beaux bouquins, à la Pléiade… L’autre jour, cependant, en prévision d’un prochain séjour parisien pour lequel il me sera impossible de faire suivre une remorque de bouquins, j’ai décidé de retourner à ce péché mignon. Et de faire les choses en grand : tout d’abord, le quatrième et dernier tome des Œuvres complètes de Franz Kafka (ça faisait un bail qu’il devait y passer, celui-là) ; ensuite, Le Roman de Renart (dans une superbe édition « bilingue » ; je viens de m’y replonger pour la énième fois, et je confirme d’ores et déjà, mesdames et messieurs, que Le Roman de Renart fait partie de ces livres que j’emporterais sur l’hypothétique île déserte) ; enfin, les Œuvres de Lewis Carroll, parce que.

 

(Hein, quoi ? Tout cela est très fantastique / fantasy ? Mais non, voyons ! C’est la Pléiade ; nous parlons de vrais livres…)

 

C’était bien la première fois que je me lâchais autant, cela dit ; je crois même avoir entendu mon compte en banque crier : « Aïe ! » Mais la librairie n’est pas très loin de mon agence, c’est vrai. Toujours est-il que la gentille libraire put ainsi m’offrir (et c’était une première, donc) un des légendaires « albums de la Pléiade » (offerts pour l’achat, justement, de trois volumes de la collection ; aïe !). Le dernier était consacré à André Breton : mouais… Bon, je fais pas la fine bouche, hein, ça ne se refuse pas : je suis même (sincèrement : j’aime les cadeaux) tout sourire, merci merci. Mais c’est alors qu’une deuxième gentille libraire intervient : « Si vous préférez, nous avons aussi quelques exemplaires de certains des albums précédents : Montaigne, Queneau, les Mille et Une Nuits… » STOP ! Les Mille et Une Nuits, ça sera parfait, merci merci merci.

 

(Hein ? Quoi ? Encore de la fantasy ? Mais non, vous dis-je ! C’est la Pléiade, zob !)

 

Oui, parfait merci merci merci. Et ce quand bien même je n’ai jamais lu les Mille et Une Nuits, tout en en connaissant pas mal de contes, comme beaucoup de gens… Mais cela faisait un moment que je comptais m’y attaquer, et je sens que le prétexte finira bien par débarquer. Mais dans l’immédiat, outre un indéniable intérêt pour ces contes, si j’ai privilégié ce 44ème album de la Pléiade (celui consacré à Montaigne devait être fort intéressant aussi, notez bien), c’est en sachant qu’il s’agissait de faire dans l’iconographie commentée. Or, pour les Mille et Une Nuits, ça promettait d’être sacrément intéressant… Et ce le fut bien.

 

Les Mille et Une Nuits font partie du patrimoine de l’humanité. Tous, nous connaissons l’histoire, si ce n'est le nom, du sultan Shahriyar, désireux de se venger sur toutes les femmes de la tromperie de son épouse : il décide de prendre une nouvelle femme chaque nuit, et de l’exécuter au petit matin. Ah, Shahriyar, tu es bien un homme selon mon cœur… Mais il épouse un jour la belle Shéhérazade ; et l’astucieuse jeune femme déploie des trésors de ruse pour rester en vie. Quand la nuit vient, après les fougueux ébats, et avec la complicité de sa sœur Dinarzade, Shéhérazade entame un conte… et ne le finit pas. Le sultan, dévoré par l’envie de connaître la fin de l’histoire, épargne son épouse… qui renouvelle sa ruse. Et il en sera ainsi pendant mille et une nuits. La belle Shéhérazade invente pour survivre le roman-feuilleton et la série télévisée (non, je ne blague pas) ; ses seules armes contre la brutalité et la cruauté du sultan sont son imagination et son talent de conteuse. Et c’est ainsi qu’elle nous livre, nuit après nuit, toutes ces histoires plus fabuleuses les unes que les autres : Aladin et la lampe merveilleuse, Ali Baba et les quarante voleurs, Sindbad le marin et ses voyages fantastiques, et tant d’autres encore… Des histoires extraordinaires, fourmillant de tapis volants et de magiciens, de monstres et de merveilles, dans un Orient fabuleux et sensuel, un Orient de rêve…

 

L’origine des Mille et Une Nuits reste encore aujourd’hui assez mystérieuse ; on en a cependant retrouvé un fragment, mentionnant Shéhérazade, datant du IXe siècle, et c’est le plus ancien connu à ce jour (même si l'origine remonte probablement encore quelques siècles plus tôt). Mais au-delà de la survivance notamment orale dans les pays turcs, arabes et persans (j’y reviens), c’est finalement en Occident, et tout d’abord par l’écrit, que les Mille et Une Nuits vont connaître leur extraordinaire succès, jusqu’à nos jours, où les contes originaux se sont déclinés sous mille et une (aha) formes.

 

Tout (pour nous, du moins…) commence en France, en plein Grand Siècle. Le royaume est plongé dans la (première) querelle du jansénisme ; Louis XIV sent qu’il a besoin de preuves théologiques pour mettre fin à la controverse, et pense qu’on ne les trouvera que parmi les textes les plus anciens, en Grèce et en Turquie. Et c’est pourquoi, profitant de la nomination d’un nouvel ambassadeur auprès de la Sublime Porte, le Roi-Soleil, judicieusement conseillé, confie au plénipotentiaire un secrétaire compétent, le jeune Antoine Galland, issu d’un milieu très modeste, mais grand connaisseur des langues antiques et orientales, curieux et avide de voyages. Et c’est ainsi que Galland, durant son long périple (il restera plus de vingt ans en Orient), découvrira, dans de vieux manuscrits et auprès de conteurs, les « contes arabes » des Mille et Une Nuits (« arabes » ? C’est du moins ainsi qu’ils sont présentés, mais les contes sont semble-t-il persans à l’origine ; mais les Européens d’alors ne s’embarrassaient guère de ces distinctions… et à vrai dire, ceux d’aujourd’hui… mais passons), et décidera de les ramener en France. Sa « traduction » (lui-même ne prisait guère ce terme, il est vrai peu approprié) des Mille et Une Nuits (plus précisément d’un choix de contes, environ 70 pour 281 nuits, en douze volumes publiés de 1704 à 1717) connaît dès le XVIIIe siècle un succès foudroyant, et est à la base de toutes les éditions ultérieures pour un long moment. On en trouve très vite des « contrefaçons » et des adaptations dans les diverses langues européennes (mentionnant toujours qu’il s’agit à l’origine du texte de Galland) en Angleterre (sous le nom d’Arabian Nights’ Entertainment, jusqu’à aujourd’hui), en Hollande, en Allemagne, en Italie, au Danemark, en Russie… C’est un colossal succès de librairie, qui imprègne durablement la culture européenne pour les siècles à venir, et ce très vite (voyez les innombrables récits orientaux du siècle des Lumières, et leurs héroïnes au nom « en Z »…). Galland, personnage humble et discret, n’en profite guère, en dépit de son indéniable statut de « créateur » (si les contes existaient déjà pour la plupart, le style de l’écriture est indubitablement moderne – ce n’est donc pas, au sens strict, une « traduction » –, Galland s’inspire de ce qu’il connaît – et trouve à Versailles des modèles pour Shéhérazade… – et émaille son texte d’anecdotes culturelles et de traits pittoresques qui en font un précieux témoignage sur l’Orient qu’il a connu), mais il n’en a pas moins acquis une certaine renommée. Et il en sera de même, à l’aube du XXe siècle, pour la nouvelle édition réalisée par le docteur J.-C. Mardrus, proche de Mallarmé entre autres célébrités, et qui fut une personnalité de son temps.

 

Mais revenons au XVIIIe siècle. L’aristocratie et la bourgeoisie cultivée se régalent des contes de Galland, dans la foulée de ceux de Perrault (il y avait à l’époque une vraie mode des « contes de fées », ceux des Mille et Une Nuits étaient une variation originale et d’autant plus séduisante). Mais ce succès, fait notable, va assez rapidement (au XIXe siècle) s’étendre à toutes les couches de la population. Les contes, pris séparément (et notamment ceux d’Aladin, d’Ali Baba et de Sindbad), figurent en effet rapidement sur de brèves brochures, souvent illustrées, que les colporteurs répandent dans les campagnes, auprès des populations plus modestes, au milieu des almanachs. La publicité, à la même époque, s’en empare, les affiches s’inspirant de scènes célèbres et déjà connues de tous (la danse du couteau, par exemple), tandis que des marques de chocolat glissent dans chaque tablette le résumé d’un conte, insistant notamment sur sa morale supposée, ainsi mise en avant… Des marques de coffres-forts déploient toute une imagerie basée sur le trésor d’Ali Baba. Quant à la lampe merveilleuse d’Aladin, les industriels commercialisant la fabuleuse invention d’Edison ne manquent pas d’en faire usage ! La publicité concernant l’électricité, avec son parfum de magie, trouve en effet une matière tout à fait appropriée dans les Mille et Une Nuits.

 

Et l’imagerie des Mille et Une Nuits se répand ainsi partout. L’édition de Galland, pas plus que la plupart des manuscrits qu’il avait consultés, n’était pas illustrée, et l’auteur ne se montrait pas toujours prolixe en matière de descriptions. Mais cela va bien vite changer, et les Mille et Une Nuits deviendront rapidement une œuvre aussi graphique que littéraire, jusqu’à construire la vision d’un Orient fantasmé, généralement bien éloigné de la réalité, mais imprégnant durablement les mentalités européennes. Shéhérazade elle-même est le premier personnage mis en avant, notamment sur des frontispices, jouant pour beaucoup d’entre eux sur l’atmosphère érotique. Plus ou moins voilée, plus ou moins « orientale », plus ou moins potelée aussi, elle change d’aspect selon les époques et les milieux, tantôt Ottomane « à la française », belle odalisque à la manière des orientalistes, ou prude jeune fille victorienne… Elle participe cependant d’un changement du regard porté sur la femme, ce qui n’est pas anodin.

 

Très vite, il en ira de même pour toutes les scènes les plus marquantes des Mille et Une Nuits, qui seront bientôt connues de tous : chevaux ailés et tapis volants, tête coupée qui parle, danse du couteau, génie (à l’aspect très changeant, plus ou moins oriental, plus ou moins démoniaque, plus ou moins matériel) jaillissant de la lampe merveilleuse, paysages fantastiques des voyages de Sindbad… On retrouve les Mille et Une Nuits partout, dans les gravures les plus anodines comme sous le pinceau des peintres les plus prestigieux ; régulièrement, dans les salons, on trouve une toile inspirée des Mille et Une Nuits… et tout aussi régulièrement la critique pudibonde s’offusque de « l’indécence » fréquente de ces œuvres.

 

Et les autres arts ne sont pas en reste : le théâtre, la musique et la danse, puis le cinéma et le dessin-animé, s’emparent rapidement des Mille et Une Nuits, et en amplifient encore la riche imagerie. Dès le XVIIIe, mais plus encore au XIXe et au début du XXe siècles, on ne compte pas les pièces, les opéras et les ballets s’inspirant des contes « traduits » par Galland puis Mardrus, dont certains sont encore célèbres aujourd’hui : pensez à Rimski-Korsakov, à Ravel, à Honegger… Quant à la performance de Nijinski dans les ballets russes, elle restera longtemps dans les mémoires, s’attirant les louanges d’un Picasso ou d’un Cocteau. Le cinéma, inévitablement, sera également de la partie, produisant dès les origines (Méliès, entre autres) des centaines d’œuvres inspirées des Mille et Une Nuits et de ses plus célèbres contes, d’un intérêt variable et dans des styles bien différents : il y a un monde entre le Sindbad incarné par Douglas Fairbanks, et celui de Lou Ferrigno… Les enfants ont pu se régaler de l’Aladin des studios Disney, mais on leur déconseillera probablement l’adaptation des Mille et Une Nuits par Pier Paolo Pasolini. Et chaque année, les chaînes de télé franchouillardes ne manquent pas de rediffuser l’Ali Baba de Jacques Becker avec Fernandel…

Cette variété est bien symptomatique du profond ancrage des Mille et Une Nuits dans les mentalités contemporaines. La redécouverte par Galland de ces « contes arabes » les a définitivement inscrits dans le patrimoine de l’humanité, par-delà les frontières géographiques et culturelles, et à travers les arts. Si ce bel ouvrage revient bien à l’occasion sur les contes eux-mêmes, il est avant tout l’histoire d’une réception, et d’un fantasme ; celui d’un Orient féerique, de merveilles et de magie, un Orient idéal transcendant l’histoire et réveillant ce qu’il y a de plus admirable en l’humanité : son aptitude au rêve et à la création. Shéhérazade a vaincu la mort et l'arbitraire par ses contes ; une leçon à ne pas oublier.

Voir les commentaires

"Voici l'homme", de Michael Moorcock

Publié le par Nébal

 

MOORCOCK (Michael), Voici l’homme, [Behold The Man], traduit de l’anglais par Martine Renaud et Pierre Versins, Nantes, L’Atalante, coll. La dentelle du cygne, [1968, 1971] 2001, 185 p.

 

[Attention, bonnes gens ! Voici l’homme est un roman passablement connu, et vous en connaissez probablement déjà l’histoire, que vous l’ayez lu ou non (après tout, c’était mon cas…). Cela dit, comme on n’est jamais trop prudent, ma bonne dame, autant prévenir tout de suite : il me paraît impossible de parler de ce roman sans le spoiler comme un sagouin… Donc, vous êtes prévenus : ne lisez pas au-delà de ce paragraphe rubicond si vous voulez conserver votre innocence. Ou si vous êtes un fondamentaliste chrétien. Enfin, vous faites comme vous voulez, en même temps. C’est vous qui voyez. Libre arbitre, tout ça.]

 

Voici l’homme. Voilà un roman que j’avais envie de lire depuis pas mal de temps déjà. Probablement depuis que j’en ai entendu parler pour la première fois, en fait ; si je ne m’abuse, ce devait être dans le passionnant ouvrage d’Eric B. Henriet L’Histoire revisitée. Panorama de l’uchronie sous toutes ses formes… J’en connaissais en tout cas déjà l’histoire avant de l’avoir lu, mais cela ne m’a en rien dissuadé, bien au contraire. Et, surtout, ces derniers temps, j’ai découvert, avec London Bone, Déjeuners d’affaires avec l’Antéchrist et plus encore Mother London, un Michael Moorcock bien plus intéressant que celui du « Champion éternel ». Il était donc bien temps de retourner à ce classique de la science-fiction, écrit parallèlement aux elriqueries, et de découvrir par la même occasion une nouvelle facette de l’écrivain britannique.

 

Où nous rencontrons Karl Glogauer. Gamin sans père et perturbé, juif élevé en milieu chrétien (et obsédé par le symbole de la croix, associé à la sexualité), paumé dépressif et masochiste à la vie sentimentale tourmentée. En grandissant, il s’intéresse aux langues anciennes, puis se prend de passion pour Jung ; et le névrosé de vouloir devenir psychiatre. Enfin, plus ou moins ; il vivote, sans faire forcément grand chose. Et il accumule les échecs, notamment sentimentaux, d’autant qu’il a une fâcheuse tendance à les favoriser. Après une énième crise, sur un coup de tête, il accepte de servir de cobaye pour une machine à explorer le temps élaborée par un dingue génial de sa connaissance. Reste à choisir une époque : Glogauer, dont les croyances religieuses ont toujours été assez floues, décide de se rendre en l’an 28 de notre ère, en Palestine, pour y rencontrer le Christ. Et obtenir ainsi des réponses à certaines de ses questions les plus pressantes, et peut-être trouver enfin un sens à sa vie.

 

Il fait bientôt la connaissance de Jean le Baptiste, prophète essénien farouchement hostile aux Romains comme à Hérode, et qui le prend pour un mage. Mais Jean n’a jamais entendu parler de Jésus de Nazareth. Personne, ici, n’a jamais entendu parler de Jésus de Nazareth. Glogauer, à demi-fou, se lance sur les traces du Christ. Il finit ainsi par découvrir que Jésus, le fils de la peu chaste Marie (elle en était déjà enceinte – d’un démon ? – quand elle a épousé le charpentier Joseph)… est un idiot congénital, difforme et voleur.

 

L’histoire serait-elle donc fausse ? Non. Glogauer comprend bien vite quelle est sa tâche. Armé des souvenirs du Nouveau Testament, il se met à prêcher, « accomplit des miracles », rassemble des apôtres, et prend enfin la route de Jérusalem. Sachant d’ores et déjà que son destin s’achèvera sur le Golgotha. Qu’il doit s’achever sur le Golgotha.

 

Karl Glogauer, le petit juif sans père, dépressif et masochiste, étranger dans la Palestine d’Hérode et de Ponce Pilate, devient le Christ. Ou peut-être l’a-t-il toujours été ?

 

Une idée d’autant plus géniale qu’elle a quelque chose de simple et d’évident. Pouvait-on rêver meilleure illustration du paradoxe temporel en forme de boucle ? Encore fallait-il se montrer à la hauteur du sujet, et ne pas se contenter d’y voir simplement l’occasion d’un blasphème quelque peu puéril. Or Moorcock a relevé le défi, et l’a emporté : si son roman a bien quelque chose d’iconoclaste, à la limite de l’outrance (mais encore faudrait-il être le dernier des neuneus fondamentalistes pour s’en offusquer sérieusement…), il n’est en rien gratuit, et le questionnement sur la nature du Christ et le sens que l’on peut ou doit y accorder est assez habile et subtil, susceptible de plusieurs lectures (voyez par exemple ce qu’a pu en dire le camarade spitz japonais).

 

On appréciera notamment la dimension foncièrement « humaniste » (au sens propre) de ce roman bref et dense (comme je les aime…), qui en justifie amplement le titre. L’histoire est vécue, non pas tant du point de vue de Karl Glogauer, qu’à travers lui, ce qui lui confère une puissante portée allégorique. L’écriture de Moorcock, si elle n’est pas aussi délicate que dans le fabuleux Mother London, est néanmoins subtile et réfléchie (incomparablement plus que dans ses récits d'heroic fantasy produits à la même époque, en tout cas...). Le roman obéit à une construction intelligente et parfois audacieuse. Certes, alterner le récit en 28 ap. J.-C. avec des « flashback » du XXe siècle n’a rien de particulièrement original (et les interruptions par des citations bibliques, notamment de l’Évangile de Jean, pas davantage) ; mais Moorcock se livre à quelques expérimentations bienvenues dans les passages contemporains, qui ne sont pas sans annoncer, parfois, les « bruits » télépathiques de Mother London. C’est alors un chaos de sensations marquantes, de dialogues décousus et de tranches de vie dressant progressivement le portrait du personnage, et plus encore de ses névroses.

Parallèlement, le roman est adroitement découpé en trois parties, fonctions des événements du périple palestinien de Glogauer : la première et la plus longue nous le présente rencontrant Jean le Baptiste et s’intégrant dans la communauté des esséniens ; il est alors l’étranger, et « le mage ». La deuxième partie, après la crise provoquée par le baptême de Jean, correspond à l’errance du Christ dans le désert ; Glogauer est alors « le fou » ; et c’est dans ces circonstances qu’il fait la rencontre du Jésus mongolien. La « réalité » des faits, dès lors, est peut-être sujette à caution : Glogauer ne succomberait-il pas à la tentation, qu’elle soit le fait du Malin ou de son ambition inconsciente ? Plus exactement, ne voit-il pas ce qu’au fond il voulait voir, y trouvant le prétexte manquant à son suicide glorieux ? Son sacrifice sur la croix obsessionnelle n’est-il pas la conséquence logique, sous forme d’apothéose, de son premier sacrifice qu’a été l’acceptation du voyage dans le temps, voire de sa vie entière ? « Le martyre est une vanité »… Et le mensonge demeure. Néanmoins, s’ajoute à tout cela la dimension de « l’inconscient collectif » théorisé par Carl Gustav Jung, déjà sensible dans la perception de Jean, mais au-delà dans l’accueil général fait au fou puis au prophète, et dans la réception de ses « miracles ». C’est l’objet, essentiellement, de la troisième partie, qui voit Glogauer suivre les pas du Christ. J’ai lu quelque part une critique reprochant à Moorcock l’écriture plus distanciée de cette troisième partie, dans laquelle le chroniqueur voyait une sorte de « bâclage » expédiant le final ; mais je ne suis pas de cet avis : cette distance (relative), de même que la précipitation des événements, me semble au contraire tout à fait appropriée à la problématique du roman. Après tout, ces événements, nous les connaissons déjà… Et si l’homme Glogauer reste bien présent jusqu’à la fin, jusqu’aux douleurs et aux larmes de la Passion, la recension plus mythique et plus floue de son calvaire est pleinement justifiée par sa transcendance : d’homme, il devient objet historique, et mythe imprégnant l’inconscient collectif, et lui obéissant en même temps, dans une infinie boucle de rétroaction…

J’ai probablement dit quelques bêtises, mea culpa, et il y a sans doute bien d’autres choses à dire. C’est que ce roman est bien plus riche qu’il n’en a l’air. Une grande réussite, et de très loin, parmi les « vieux » textes de Moorcock, celui qui m’a le plus séduit. A lire.

CITRIQ

Voir les commentaires

"Le Voyageur solitaire", de Jean-Marc Ligny

Publié le par Nébal

 

LIGNY (Jean-Marc), Le Voyageur solitaire, ouvrage publié sous la direction de Jérôme Vincent, avec la collaboration de Charlotte Volper et Éric Holstein, Lyon, ActuSF, coll. Les Trois Souhaits, [1980, 1991-1992, 2007] 2008, 106 p.

 

Sorti en même temps que l’insipide Maudit soit l’Éternel !, Le Voyageur solitaire introduit la collection des Trois Souhaits dans le monde merveilleux des trilogies ; ce qui, à ce format, a pu faire jaser, mais bon, ça va… C’est également l’occasion de renouer avec une pointure de la science-fiction française, en l’occurrence Jean-Marc Ligny, et d’envisager un aspect peut-être méconnu de sa production littéraire. En effet, on connaît sans doute aujourd’hui l’auteur d’Aqua™ essentiellement pour sa science-fiction « terrienne », « réaliste », et souvent sombre (enfin, c'était mon cas ; maintenant, je dis peut-être des bêtises...). Mais dès ses débuts en littérature, à l’aube des années 1980, le jeune mercenaire du Fleuve Noir a également eu l’occasion de s’attaquer au space opera. Inspiré par les astronefs créés par Jacques Lelut, il en est venu à monter le projet des « Chroniques des nouveaux mondes », vaste space opera onirique, sous haute influence – revendiquée – de classiques du genre, tels notamment « Les Seigneurs de l’Instrumentalité » de Cordwainer Smith. Et si le projet d’une œuvre composite à la frontière des arts n’a pu être mené à son terme, Jean-Marc Ligny n’en a pas moins écrit un certain nombre de nouvelles se situant dans l’univers de ces « Chroniques des Nouveaux Mondes », reprises pour certaines d’entre elles en recueil au Fleuve Noir, mais indisponibles depuis fort longtemps. D’où cette « réédition » chez ActuSF (mais notons que les nouvelles anciennes ont été revues et corrigées pour cette occasion, et que le troisième tome est supposé comprendre un ou deux inédits).

 

Pourquoi pas ? Le Nébal, animal curieux et généralement bon public, s’est donc emparé de ce Voyageur solitaire inaugurant les « Chroniques des Nouveaux Mondes », et composé d’une préface de l’auteur (pp. 7-12) revenant sur la genèse et les péripéties de sa création, puis de quatre nouvelles… dont deux ne faisaient pas originellement partie du cycle, et ça se sent, dans la mesure où il ne s’agit pas de space opera… Mais j’y viens.

 

Commençons tout de même par le commencement, avec, donc, « Le Voyageur solitaire » (pp. 13-30). Tag Fades n’aime pas les gens. Ce qui est bien compréhensible. Mais à force de clamer haut et fort son mépris pour l’humanité, il va se retrouver embringué dans un projet démentiel par une conquête d’un soir : s’embarquer seul dans un vaisseau spatial pour un voyage de 54 années relatives à destination d’une lointaine colonie dont on n’a plus de nouvelles. Une occasion en or de fuir littéralement l’humanité ! « Oui, mais, heu… » Trop tard. Tout le monde se passionne déjà pour le projet ; on tient à faire du « voyageur solitaire » un héros romantique, et on ne manquera pas de l’épier tout au long de son voyage, façon Loft galactique. Ça commence plutôt bien, comme une littérature de divertissement très correcte, et en même temps réfléchie ; l’absurdité de la situation comme l’écriture ne manquent pas, en effet, de faire penser aux « Seigneurs de l’Instrumentalité ». Le thème de la fuite de l’humanité, avec ce qu’il a d’éventuellement puéril, est ainsi joliment introduit dans ce bref recueil qui aura plusieurs fois l’occasion d’y revenir. Pourtant, « Le Voyageur solitaire » ne convainc pas totalement… sans doute en raison de sa brièveté et du caractère abrupt de sa conclusion.

 

On retrouve le thème de la fuite de l’humanité dans « Le Traqueur d’extrêmes » (pp. 31-42), et j’imagine que c’est là la raison de l’inclusion tardive de cette nouvelle dans le cycle. Ce n’était pas forcément très judicieux, surtout à cette place : après « Le Voyageur solitaire », le récit de ce sportif de l’extrême qui n’a plus grand chose d’humain (et répondant au nom improbable de Dard DeVille ; M. Ligny, si cela ne tenait qu’à moi, un truc pareil entraînerait illico votre condamnation à l’audition ininterrompue de l’intégrale des Roucasseries jusqu’à ce que mort s’ensuive), qui se lance dans l’exploration de la fosse des Mariannes en quête d’une introuvable solitude, fait un peu l’effet d’une variation sur un mode mineur ; la chute est amusante, cela dit, quand bien même téléphonée… Anecdotique.

 

« Le Cas du chasseur » (pp. 43-61) non plus ne faisait pas à l’origine partie des « Chroniques des Nouveaux Mondes ». J’imagine que ce rattachement est justifié par la thématique des animaux modifiés intelligents en quête de droits, qui ne manque pas, là encore, de faire penser à Cordwainer Smith… Mais ce procès d’une louve ayant tué un chasseur menaçant de tuer un lapin (ouf) ne m’a hélas pas du tout convaincu. La nouvelle se cherche, oscillant entre le conte « philosophique » et la farce burlesque et absurde, avec une très légère teinte d’angoisse. Il y avait sans doute matière à faire quelque chose d’intéressant, mais le ton naïf de l’ensemble et l’humour parfois lourdingue plombent le texte. Enfin – mais peut-être direz-vous, mauvaises langues que vous êtes, que c’est là le pseudo-juriste qui sommeille en moi qui chipote –, la représentation du procès comme les questionnements sur la loi et la démocratie sont passablement ridicules, à force d’invraisemblances, de confusions et de simplifications puériles. Raté, essayez encore.

 

On retourne véritablement au space opera avec le dernier texte, et de loin le plus long (près de la moitié du recueil), « L’Astroport » (pp. 63-107). La trame est on ne peut plus classique : Gantoong Mash Majathan et Omali Xin Alia-Alta, lors d’une mission sur Triton, sont victimes d’un étrange phénomène ; un « astroport » inconnu et à l’évidence non humain apparaît subitement et détruit leur vaisseau spatial : les deux astronautes sont les seuls survivants, coupés du monde (fuite de l’humanité, suite). Ils survivent tant bien que mal dans l’invraisemblable et gigantesque astronef déserté, et y donnent bientôt naissance à un petit garçon, qu’ils appellent Fils tellement ils sont inventifs. Le calvaire et l’angoisse des adultes sont très bien rendus (même si l'on peut leur reprocher leur aspect caricatural, notamment à la mère...), de même que la curiosité et le mode de pensée très particulier de ce Fils qui n’a jamais connu l’humanité, et a du mal à en saisir le concept. Une bonne nouvelle, classique, oui, mais rondement menée et efficace ; dommage, une fois de plus, que la fin ne soit pas vraiment convaincante.

Bilan mitigé, donc. Mais je note que les deux nouvelles « space op’ », avec leurs défauts, sont clairement les plus intéressantes ; alors je reste curieux et volontaire pour la suite, en l’espérant néanmoins plus aboutie et satisfaisante.

CITRIQ

Voir les commentaires

"Les Noëls électriques", de Jacques Baudou (éd.)

Publié le par Nébal

 

BAUDOU (Jacques) (éd.), Les Noëls électriques. 19 récits de magie et de mystère (Fiction spécial, t. 2), illustrations de Letizia Goffi, Lyon, Les moutons électriques, 2007,  311 p.

 

Alors tout d’abord, hein, oui, bon, certes, c’est vrai, lire une anthologie consacrée à Noël en plein été méridional, ça manque peut-être un peu d’à-propos, et l’on pourrait même trouver, si l’on y tient, que c’est là pousser un peu loin l’esprit de contradiction.

 

Oui mais voilà : « l’esprit de Noël », moi, heu, franchement, non. Je serais plutôt du genre « SOS Détresse Amitié ». J’ai déjà, à la base, un problème avec les gens heureux ; alors quand en plus ils se forcent à être encore plus heureux que d’habitude au prétexte futile que « blah blah Fêtes blah blah tradition blah blah esprit de Noël blah blah », je peux vraiment pas. Quand approche la période honnie, je fais dans le blues agressif. Aussi, qu’on ne me parle pas de Noël à ce moment-là, ou je mords. Trois exceptions : 1°) si c’est pour sauter partout avec Didier Wampas, OK (non, parce qu’il faut quand même rappeler que Dider Wampas, c’est le roi, et que d’ailleurs, non, il n’a pas peur des skinheads grecs) ; 2°) si c’est pour re-re-re-re-re-[…]-re-re-re-revoir L’Étrange Noël de Monsieur Jack, d’accord ; 3°) et je fais toujours la collec’ des prospectus des Petites Sœurs des Pauvres comme quoi « Joie et paix sur Terre ! », parce que ça me fait rigoler (j’ai des goûts simples). Mais c’est tout, hein, parce que après faut pas déconner. Quand même.

 

Alors pourquoi lire une anthologie consacrée à Noël, hein ? Je vous le demande. Eh bien, tout d’abord, parce qu’il y a du beau monde à l’affiche ; ensuite parce que, de la part de ce beau monde, et qui plus est aux Moutons électriques, on peut s’attendre à ce que, loin de verser dans le gnan-gnan niais n’y en veux pas, le fameux « esprit de Noël » soit comme qui dirait quelque peu subverti, retourné, torturé, et plus si affinités ; enfin, parce que, sans déconner, c’est un très bel objet (si si).

 

Au programme, pas mal de chouettes cadeaux. Jacques Baudou, qui cause quand on le lui permet de SF et toutes ces sortes de choses dans Le Monde, a tiré partie de son expérience annuelle pour le site Destination Noël de la ville de Reims, calendrier de l’Avent avec des nouvelles dedans, pour concocter un sympathique recueil, assez varié, et faisant la part belle à l’imaginaire francophone.

 

Mais il a aussi agrémenté son anthologie de textes publiés outre-Atlantique, où ce genre de choses est semble-t-il assez fréquent. Il n’en a cependant retenu que deux auteurs, qui fournissent trois nouvelles chacun. Commençons par le commencement, et donc avec Connie Willis : dans « Adaptation » (pp. 10-41), elle revisite sans véritable surprise mais avec entrain l’inévitable Un chant de Noël de Dickens, et c’est très correct sans être transcendant (c’est au moins émouvant, ce qui est déjà pas mal) ; bien plus intéressant cela dit, « Dans l’antre du docteur Coppelius » (pp. 140-155) est un joli cauchemar claustrophobe et kafkaïen, décrivant avec beaucoup de rythme le calvaire d’un pauvre type comme il y en a plein dans un immense magasin de jouets envahi par une horde de mômes et de types bizarres dans des costumes affligeants ; « Le Poney » (pp. 226-233), enfin, est plus gentillet et assez médiocre, mais, bon… Dans l’ensemble, j’ai tout de même préféré ces textes très fluides à ceux bien plus brouillons de James Powell : « Évasion à Gui 5 » (pp. 102-123) séduit tout d’abord avec ses pères Noël psychopathes et ses lutins enquêteurs, mais tend à s’éterniser quelque peu ; « Les Harpes d’or » (pp. 168-183) développe un cadre très intéressant (la guerre des tranchées), mais c’est à peu près tout ; enfin, « Le Père Noël a des principes » (pp. 214-225) est une petite pochade policière, amusante, sans plus…

 

L’intérêt est ailleurs. Par exemple chez Johan Heliot, décidément un nouvelliste talentueux, capable de faire des merveilles avec des idées d’une évidente simplicité : avec « Un contrôle de Noël » (pp. 42-55), il joue la carte de l’anti-utopie absurde à la Brazil, décrivant un monde où l’esprit de Noël et le respect des traditions sont des devoirs sanctionnés par la loi : « Soyez heureux ! » Une très bonne nouvelle, horrible et drôle. Dans un tout autre registre, on mentionnera parmi les plus belles réussites Mélanie Fazi pour « L’Arbre et les corneilles » (pp. 82-91), nouvelle rapportant avec élégance et délicatesse une intrigante tradition familiale. Autre très grande réussite, et peut-être le meilleur texte de l’anthologie : dans « La Mort des joujoux » (pp. 156-167), l’excellente Catherine Dufour revisite la genèse du père Noël à sa manière inimitable, à la fois hilarante et amère ; où l’on apprend que tout est de la faute d’une fée nymphomane… (EDIT : Depuis, j'ai eu l'occasion de constater que cette nouvelle était en fait constituée d'extraits de L'Ivresse des providers.) Enfin, dernier texte vraiment remarquable, celui de Bernard Jagodzinski, « L’Étoile de Noël » (pp. 234-241), cruel et émouvant journal d’une petite fille vivant Noël dans un futur désespéré ; remarquablement juste.

 

En-dehors de ces quatre merveilles, on peut relever plusieurs textes très corrects mais tout de même inférieurs. Ainsi, « Noir comme neige » (pp. 56-65) de Béatrice Nicodème est longtemps un texte assez moyen, mais il est relevé au tout dernier moment par une chute véritablement glaçante. En sens inverse, Fabrice Colin débute remarquablement bien sa nouvelle intitulée « Un léger moment d’absence » (pp. 67-81), avec ses lutins révolutionnaires dépressifs, mais la conclusion est tristement plate… Xavier Mauméjean, quant à lui, nous conte dans « Du chauffage au sol considéré comme arme d’attaque » (pp. 124-139 ; oui, j’aime beaucoup ce titre ; comment avez-vous deviné ?) une enquête de saint Nicolas éminemment sherlockholmesesque ; c’est très rigolo, et plutôt bien vu, mais peut-être un peu lapidaire. David Calvo, avec « Noël dans la cathédrale de Reims » (pp. 184-193), livre un texte plus inventif formellement, avec sa succession de témoignages plus ou moins bien vus ; assez sympa, mais pas exceptionnel quand même. Enfin, « Winter Wonderland Inc. » (pp. 250-281) de Léa Silhol, la plus longue nouvelle du lot (because of que typographie), est un texte assez bancal et plus ou moins finement écrit, très drôle par endroits, franchement lourdingue à d’autres, et probablement trop long, mais ça reste très lisible.

On jettera un voile pudique sur le reste : rien d’insupportablement mauvais, mais pas mal de médiocre, aussitôt lu, aussitôt oublié…

 

Notons par contre que le recueil s’achève sur une postface d’André-François Ruaud, « Solstice d’hiver & merveilleux : Noël dans tous ses états » (pp. 282-304), érudite et dans l’ensemble passionnante, mais tout de même passablement bordélique, et parfois bien lapidaire.

Au final, Les Noëls électriques est une anthologie assez sympathique, qui se lit tout seul et évite de sombrer dans les pires travers du genre. C’est rafraîchissant, parfois très bon, et j’en demandais pas plus.

CITRIQ

Voir les commentaires

"Terremer", d'Ursula Le Guin

Publié le par Nébal

 

LE GUIN (Ursula), Terremer, traduit de l’américain par Philippe R. Hupp et Françoise Maillet, traduction harmonisée par Patrick Dusoulier, Paris, Robert Laffont – LGF, coll. Le livre de poche science-fiction, [1968, 1972, 1974, 1980] 2007, 701 p.

 

J’ai eu à maintes reprises déjà l’occasion de causer sur ce blog interlope de la grande Ursula Le Guin, essentiellement pour son fabuleux et indispensable « cycle de l’Ekumen », bien représentatif de ce que j’aime avant tout dans la science-fiction. Mais j’avais jusqu’alors laissé de côté son autre grand cycle, et probablement le plus célèbre – a fortiori depuis « l’adaptation » diversement accueillie qu’en a réalisée il y a peu le fiston Miyazaki –, celui de « Terremer ». Il s’agit cette fois d’une œuvre de fantasy, régulièrement présentée comme un classique du genre (ainsi dans la Cartographie du merveilleux d’André-François Ruaud) ; et l’on pourrait à vrai dire parler d’œuvre « fondatrice » : la trilogie originelle de « Terremer » a en effet été composée à la fin des années 1960 et au début des années 1970, à l’heure où Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien commençait tout juste à rencontrer outre-Atlantique le succès que l’on sait, et où, par voie de conséquence, ce monument n’avait pas encore été plagié jusqu’à plus soif par la Ténébreuse Cohorte des Tâcherons Cupides.

 

Ce gros volume du livre de poche, sous sa couverture empruntée au fameux infographiste conceptuel Bryce Macintosh II (lequel, sans doute guère satisfait de ce travail typique des imperfections et maladresses de sa première période dite « démo », préfère signer ici de l’étrange pseudonyme de « Jackie Paternoster », ce qui ne trompera personne) et enrichie d’un racol… éloquent bandeau bordeaux « en dur », rassemble comme il est d’usage désormais ces trois titres originaux que sont Le Sorcier de Terremer, Les Tombeaux d’Atuan et L’Ultime Rivage (ce dernier roman étant plus précisément à la base du film sus-dit). Cela ne constitue pas cependant l’intégralité du « cycle de Terremer », dans la mesure où Ursula Le Guin y est revenue ultérieurement. Mais restons-en pour le moment à cette première trilogie.

 

Terremer, c’est tout d’abord un cadre : un monde presque entièrement océanique, où l’humanité ne dispose pour vivre que d’un archipel composé d’une multitude d’îles ; la civilisation hardique se concentre essentiellement sur la grande île d’Havnor et les nombreuses îles qui l’environnent. Les Marches du Nord et du Sud ainsi que le Lointain Est sont plus sauvages, tandis que les majestueux et terrifiants dragons pullulent dans les Marches de l’Ouest et que les barbares Kargades règnent au Nord-Est, dans leur vaste et fluctuant Empire réfractaire à la magie. Au-delà, il n’y a que la mer, qui s’étend à l’infini. On notera qu'à la différence de la plupart des univers secondaires propres à la fantasy et empires galactiques des space operas, le monde de Terremer, à l'exception des pays kargades (qui sont donc jugés barbares), n'est pas « occidental » et « blanc », ce qui est assez rare pour être signalé, et pour le coup très appréciable...

 

Envisageons justement la culture de Terremer. La magie y joue un grand rôle, et est envisagée d’une manière sans doute plus « rationnelle » que dans la majeure partie des œuvres de fantasy. Dans une optique empruntant énormément à la philosophie extrême-orientale, et notamment au taoïsme (on y reviendra), mais plus encore, peut-être, à certains aspects de la « pensée magique » témoignant de la culture anthropologique de la fille d’Alfred Kroeber (et c’est bien là une préoccupation destinée à apparaître de plus en plus au cœur de sa production tant en fantasy qu’en science-fiction), la magie, sur Terremer, ne consiste pas tant en une subversion surnaturelle de l’ordre du monde – définition classique de la magie – qu’en une fusion avec celui-ci (ce qui, dans un sens, la raproche donc de la religion ; on aura l’occasion de le constater notamment dans Les Tombeaux d’Atuan) : elle repose en effet sur la connaissance des « vrais noms » des choses et des êtres, cette connaissance conférant sur ces derniers le pouvoir (thématique déjà abordée dans la nouvelle « La Règle des noms », que l’on peut considérer comme étant à l’origine du cyle). Aussi les sorciers de Terremer prennent-ils grand soin de dissimuler leur vrai nom (Ged, le personnage central du cycle, n’est ainsi connu sous ce nom que de quelques très rares personnes parmi ses proches, le fait de « révéler » son nom étant d’ailleurs la plus grande des marques de confiance ; mais pour les autres, il est Épervier), tandis que leur art consiste essentiellement en la découverte et l’apprentissage des noms (et c’est en ceci que consiste leur « don » : la magie n’est pas exceptionnelle sur Terremer, elle imprègne la société entière). Idée fascinante et remarquablement bien mise en scène, cette philosophie du langage et du pouvoir des mots est un des grands atouts du « cycle de Terremer ».

 

On retrouve la sagesse extrême-orientale dans d’autres idées fondamentales du cycle. Ainsi pour ce qui est du manichéisme si souvent reproché à la high fantasy depuis Tolkien (et peut-être à tort en ce qui concerne ce dernier, mais bon…) : si l’on peut, a priori, opposer le « bien » au « mal » dans le monde de Terremer, ce n’est pas dans une perspective eschatologique et épique. Il ne s’agit pas ici de faire triompher un principe sur l’autre, mais, une fois de plus, de parvenir à leur accord, à leur complémentarité, à l’Équilibre, donnée essentielle de la magie. Il s’agit de faire fusionner les contraires, comme dans la représentation classique du yin et du yang : c’est vrai du bien et du mal, mais aussi d’une multitude d’autres « couples » (homme / femme, jeunesse / vieillesse, vie / mort, religion / magie, passé / avenir, nature / culture… terre / mer, sans doute ?). Le désordre, ainsi, résulte nécessairement de la domination d’un principe sur l’autre : l’ordre ne consiste pas en une victoire, mais en une conciliation. Cette quête de l’Équilibre passe dès lors par une stigmatisation de la « démesure », l’hybris des Grecs anciens. L’ambition est ainsi condamnée d’entrée de jeu, dès le premier roman : Ged, en succombant à la démesure et à la vanité, libère le chaos ; il ne se réalisera pleinement, jusqu’à devenir Archimage, qu’en réfrénant ses envies, en se taisant, en observant, en fusionnant avec le monde : le plus grand des magiciens est celui qui sait ne pas utiliser la magie, l’Archimage est d’autant plus admirable qu’il est prêt à abdiquer sa charge. Contre la démesure, on trouve donc une certaine valorisation de l’ataraxie, ou peut-être plus exactement du détachement bouddhiste du nirvāna, illustré notamment par le rapport à la mort dans L’Ultime Rivage. Cette philosophie imprègne l’ensemble du cycle, avec plus ou moins de réussite : si le fond est très appréciable, la high fantasy accédant ici à une forme de maturité et de profondeur qui lui fait souvent défaut, la formulation de ces principes (pour un lectorat que l’on peut supposer plus jeune que celui du « cycle de l’Ekumen ») passe régulièrement, surtout dans le dernier roman, par des procédés parfois naïfs, aphorismes simplets ou pseudo-koans hélas typiques des représentations abusives de la pire contre-culture hippie s’arrêtant à Katmandou sur la voie de l’Illumination. Parallèlement, on appréciera diversement que le pessimisme et l’angoisse dominant dans le cycle trouvent inévitablement leur résolution dans un happy end de plus ou moins bon aloi (je dois reconnaître que l’Anneau « inversé » des Tombeaux d’Atuan, par exemple, m’a laissé assez sceptique…), et l’on pourra éventuellement renacler devant le conservatisme auquel cette philosophie tend presque nécessairement à aboutir.

 

On relèvera également que Terremer dans son ensemble, mais aussi les trois romans pris individuellement, relèvent du roman « d’apprentissage », ou peut-être plus exactement « d’initiation ». Tout au long de la trilogie, nous suivrons ainsi la carrière de Ged, du simple gardien de chèvres sur l’île de Gont qu’il était enfant à l’Archimage et Seigneur des Dragons à l’orée de la mort.

 

Le Sorcier de Terremer (pp. 7-251) nous rapporte ainsi les premières années d’Épervier. Les premières pages sont tout à fait remarquables, exposant avec habileté le principe de la règle des noms et la découverte de la magie par le jeune garçon, jusqu’à une superbe scène d’action où le novice repousse à l’aide de son seul don un raid de pillards kargades (profitez-en, l’action sera rare par la suite : Terremer ne joue certainement pas la carte épique !). S’ensuit son « baptême » et son initiation par le taciturne mage Ogion ; mais l’arrogant Ged ne se satisfait guère de cette vie monotone, et s’empresse de se rendre à l’école des sorciers de Roke (sorte de Poudlard avec trente ans d’avance…), où sa vanité l’amènera bientôt à commettre l’irréparable : Ged, en voulant user d’un sort qu’il ne maîtrise pas, libère une Ombre démoniaque ; le jeune homme n’en réchappe qu’au prix de terribles cicatrices le défigurant à vie, et de la mort de l’Archimage. Il entame alors un vaste périple à travers Terremer, poursuivi sans relâche par cette Ombre qui compte bien s’emparer de lui… Une trame aujourd’hui classique, mais assez bien employée, pour un roman dépaysant et subtil, à l’atmosphère remarquable, mais qui tend peut-être à s’éterniser quelque peu, jusqu’à une conclusion en demi-teinte.

Les Tombeaux d’Atuan
(pp. 253-439) se situe quelques années plus tard, et adopte une forme bien différente. Ged est désormais un magicien confirmé, même si une certaine impétuosité ne l’a toujours pas quitté : c’est ainsi qu’il se rend sur l’île d’Atuan, au cœur de l’Empire kargade, pour tenter de dérober dans les tombeaux des Innomables (éminement lovecraftiens…) la moitié manquante de l’anneau d’Erreth-Akbe, le plus grand des magiciens d’antan, et restaurer ainsi la paix sur Terremer. Mais Ged n’intervient que tardivement dans ce roman centré avant tout sur le personnage de Tenar / Arha, et marqué par une unité de lieu tranchant sur les deux autres parties. Tout le roman ou presque se déroule en effet sur l’île d’Atuan, et plus précisément dans les Tombeaux, vaste sanctuaire au cœur du désert regroupant les divers cultes des Kargades hostiles à la magie. Tenar, toute petite fille, a été considérée comme la réincarnation d’Arha, la Dévorée, grande prêtresse immortelle des Innomables. C’est ainsi qu’elle quitte bientôt sa famille et est enfermée dans le sanctuaire, où elle découvre progressivement tant les mesquineries de la vie monacale que les rites les plus obscurs et les plus étranges liés à sa charge, dans ces vastes souterrains où la lumière ne doit jamais pénétrer. L’évocation de la jeunesse de Tenar dans ce cadre fascinant est très détaillée et subtile, et constitue un des points forts de ce roman. Par la suite, sa rencontre avec Ged, voleur et « hérétique » puisque s’adonnant à la magie impie et n’adorant ni les Innomables ni le Roi-Dieu kargade, l’amènera à ouvrir les yeux sur un monde bien plus vaste et complexe que ce qu’elle aurait jamais pu imaginer. Ce roman, plus dense et resserré que les deux autres, est à mon sens le plus convaincant, en dépit de sa conclusion un peu précipitée et convenue.

La trilogie originelle s’achève enfin sur
L’Ultime Rivage (pp. 441-702), bien des années plus tard. Ged, après avoir reconstitué l’anneau d’Erreth-Akbe, s’est assagi et est finalement devenu Archimage sur l’île de Roke. Mais des nouvelles étranges et effrayantes parviennent des diverses Marches : il semblerait que la magie disparaisse de Terremer ! Accompagné du jeune noble Arren, le véritable héros du roman à travers les yeux duquel tout le récit est envisagé, il remonte à bord de son petit bateau Voitloin pour voyager à travers le monde et percer le mystère de cette disparition de la magie. Au cours de ce long périple initiatique, Ged et Arren devront faire face à la démesure de l’homme, et à sa crainte de la mort. Ce roman est à mon sens le plus inégal des trois : si l’idée principale de ce monde en transition, pour être classique, n’en est pas moins séduisante, le récit se fait plus ou moins convaincant selon les étapes du voyage. On se régale en maints endroits, ainsi lors de la halte auprès des marchands déments et égoïstes de Lorbanerie ou de la traversée de la Passe des Dragons, et plus encore, entre-temps, lors du séjour auprès des Enfants de la Haute-Mer (où l’on retrouve toute la veine « ethnologique » d’Ursula Le Guin, avec un parfum vancien) ; mais l’on tend aussi à s’ennuyer quelque peu le reste du temps…

 

C’est à vrai dire un problème que l’on retrouve à travers tout Terremer. En dépit de ce cadre fascinant et de la multitude des bonnes idées, le récit, lent et contemplatif, peine parfois à retenir l’attention. On l’aura sans doute compris à la lecture de ces résumés : l’intérêt de Terremer ne se trouve certainement pas dans l’intrigue, généralement convenue et de toutes façons reléguée au second plan. Ce ne serait pas un problème (pas pour moi, en tout cas : j’ai déjà eu maintes fois l’occasion de dire l’importance que j’attache au cadre et aux idées en SF et en fantasy), si le rythme n’était pas aussi bancal. Au-delà de la construction, on pourra également relever un certain nombre d’autres imperfections et maladresses dans ces œuvres anciennes, que ce soit sur le plan du style ou sur celui de l’élaboration des personnages. Aussi, en dépit de ses indéniables qualités, je me vois obligé de reconnaître que cette trilogie m’a quelque peu ennuyé à l’occasion, et m’a un peu déçu, en somme. Terremer vaut le détour, sans aucun doute, mais sa réputation est à mon avis quelque peu surfaite, et ce n’est pas le « chef-d’œuvre » souvent décrit : cette trilogie fondatrice et essentielle à l’histoire du genre accuse un peu le poids de son ancienneté. Sans doute la comparaison est-elle critiquable, pour ne pas dire absurde, mais le fait est que je préfère largement l’extraordinaire « cycle de l’Ekumen », bien plus mature, profond et subtil, à ce classique de la fantasy qu’est Terremer.

Cela dit, je compte bien poursuivre l’exploration de ce séduisant univers. Les textes ultérieurs qu’Ursula Le Guin a consacré à son cycle de fantasy ont été diversement accueillis, mais je ne manquerai pas d’y jeter un œil, espérant peut-être y trouver la maturité qui fait à mon sens encore défaut dans cette trilogie originelle. On verra bien : j’attaque prochainement les Contes de Terremer. (EDIT : Non ! Dieu m'a parlé : c'est donc avec Tehanu que je vais tout d'abord poursuivre l'exploration de Terremer...)

CITRIQ

Voir les commentaires

"Cartographie du merveilleux", d'André-François Ruaud

Publié le par Nébal

 

RUAUD (André-François), Cartographie du merveilleux. Guide de lecture, fantasy, sous la direction de Sébastien Guillot, [Paris], Denoël – Gallimard, coll. Folio Science-fiction, [2001] 2008, 287 p.

 

Moi, j’aime bien les gens qui me font des cadeaux. C’est comme ça. Alors merci M’âme Martin, Folio SF et André-François Ruaud. Offrir ce guide de lecture consacré à la fantasy pour l’achat de deux Folio SF, en voilà une opération qu’elle est fort sympathique ! D’autant plus que la fantasy, si elle connaît à l’heure actuelle le succès que l’on sait, n’en est pas moins un genre souvent bêtement dénigré, assommé d’amalgames, et finalement peu étudié. Le guide de lecture concocté par André-François Ruaud, étrangement, est ainsi relativement unique en son genre… Ce qui le rend d’autant plus indispensable, mais explique peut-être certains de ses défauts les plus flagrants.

 

En effet, cette Cartographie du merveilleux manque tristement d’une partie véritablement théorique. Avant d’en arriver au guide de lecture à proprement parler (constitué de 100 propositions de lecture, à l’instar de la Bibliothèque de l’Entre-Mondes de Francis Berthelot et, du moins je le suppose, des deux autres guides de lecture publiés dans la même collection, le Passeport pour les étoiles de Francis Valéry pour la science-fiction, et l’Atlas des brumes et des ombres de Patrick Marcel pour le fantastique – qu’il faudra bien que je lise un jour), André-François Ruaud ne nous livre en effet qu’une évocation chronologique du genre, quasi exclusivement anglo-saxonne. La (si complexe et sans doute un peu vaine) question de la définition du genre est expédiée d’entrée de jeu (p. 10) : « la fantasy est une littérature fantastique incorporant dans son récit un élément d’irrationnel qui n’est pas traité seulement de manière horrifique, présente généralement un aspect mythique et est souvent incarné par l’irruption ou l’utilisation de la magie ». Cette définition est si prudente et si floue qu’elle ne définit en fin de compte pas grand chose… Et l’on pourra regretter qu’André-François Ruaud évacue si rapidement ce problème, et n’évoque en rien les nombreux questionnements parallèles qui auraient permis d’aboutir à une véritable approche théorique du genre : ses relations avec les autres genres, ses procédés, ses codes, son rapport à l’histoire ou à la religion, son éventuel substrat politique (alors, réactionnaire ou pas, la fantasy ?), etc. Il me semble qu’il y aurait eu bien des choses à dire sur ces questions, et que cela aurait été l’occasion de pourfendre certaines idées reçues et quelques amalgames fâcheux…

 

En fait, j’aurais dans un sens envie de reprocher ici à André-François Ruaud ce que j’avais déjà regretté dans son néanmoins passionnant article du dernier Yellow Submarine (dont il est le capitaine, rappelons-le) : déjà, notons que son ouvrage est hyper-subjectif, même si cela je ne saurais le blâmer ; le problème est que, au-delà, et peut-être en raison de ce parti pris, André-François Ruaud tend à se montrer tour à tour érudit et lacunaire, précis et foutraque.

 

J’ai ainsi trouvé vraiment dommageable que cette étude n’envisage la fantasy, passées certaines références antiques ou médiévales, et à l’exception de quelques rares détours contemporains du côté du « réalisme magique », que sous un angle purement anglo-saxon (et en accordant par ailleurs une place importante – nécessaire, certes, mais peut-être un peu excessive ? – à la littérature enfantine ou « jeunesse »). Qu’il y ait une domination anglo-saxonne sur le genre, je l’admets volontiers (sa désignation même en témoigne assez…), mais il me semble que ce guide aurait été une occasion de choix pour aller voir ce qui se passait ailleurs (et je ne doute guère que l’on puisse, sans même avoir trop à se pencher sur la question, trouver une fantasy russe, japonaise, etc. ; un des intérêts du guide de lecture de Francis Berthelot était justement son ouverture au monde…).

 

Et, au-delà, il est certaines exclusions qui me paraissent difficilement justifiables. Un exemple (pp. 23-24) : André-François Ruaud évoque Rudyard Kipling et ses nouvelles du Livre de la jungle ; il conclut ainsi son paragraphe : « Au passage, elles [ces nouvelles] établissent un sous-genre de la fantasy qui demeurera cher au cœur des Anglais : la fantasy animalière (histoires où les bêtes parlent et agissent d’une manière se situant à mi-chemin entre l’homme et l’animal). » Moi, je veux bien, et André-François Ruaud aura maintes fois l’occasion de revenir sur cette fantasy animalière anglaise ; ce que je comprends moins, c’est qu’il n’englobe pas dès lors dans sa généalogie les fables ainsi que, au Moyen-Âge, Le Roman de Renart, autant d’œuvres qui ne sont tout simplement jamais évoquées ! Qui plus est, pour la fantasy animalière anglaise, cela aurait éventuellement permis d’évoquer La Ferme des animaux de George Orwell… Pour en rester au Moyen-Âge, d’ailleurs, on pourra de même trouver étonnante l’absence de Tristan et Yseult, en dépit de l’importance de cette légende dans la tradition de l’amour courtois et de son rattachement éventuel à la matière de Bretagne (celle-ci étant pourtant amplement développée), notamment par le biais de Thomas Malory et son Le Morte d’Arthur (si je ne m’abuse la seule œuvre antérieure au XIXe siècle à figurer dans le guide de lecture). Pour en rester à ces origines lointaines, on notera d’ailleurs que l’analyse se fait parfois lapidaire (p. 12) : « Au travers d’un riche tissu d’aventures fantastiques et d’intrigues de cour, ses romans [ceux de Chrétien de Troyes] illustrent les idéaux socio-politiques du régime Plantagenêt : un âge d’or féodal, à l’opposé du centralisme capétien. » Comme dirait le grand philosophe Jean-Luc Delarue, « ça se discute »… Et, de manière plus générale, en ce qui concerne ces origines lointaines, une étude approfondie des liens entre fantasy, folklore, mythes et religions m’aurait paru très appropriée ; mais, là encore, André-François Ruaud expédie…

 

On va dire que je pinaille sur l’ancien ? Peut-être. Un exemple plus proche de nous, alors (p. 29) : « De même, quoique aucun texte d’H.P. Lovecraft ne relève purement de la fantasy, s’en rapproche une bonne part des ambiances et événements de Démons et merveilles (The Dream-Quest Of Unknown Kadath, 1943), œuvre très marquée par l’influence de Dunsany. » Ben oui, justement ; et, en ce qui me concerne, cette œuvre-là et bon nombre des récits les plus anciens de Lovecraft, on pourrait très légitimement dire qu’ils relèvent « purement » de la fantasy… Ou alors, j’aimerais bien qu’on m’explique. Ce qu’André-François Ruaud ne fait pas… De même pour la place très discrète réservée à Neil Gaiman dans cette étude, alors qu’il me semble bien être un incontournable de la fantasy urbaine, et que trois (trois !) de ses œuvres figurent dans le guide de lecture… Et l’on pourrait donner bien des exemples dans ce goût-là.

Bref, cette chronologie de la fantasy anglo-saxonne (d’ailleurs centrée sur les auteurs et les œuvres ; pas grand chose sur les supports, le lectorat, les déclinaisons diverses…), si elle se lit agréablement et est souvent instructive, n’en est pas moins très contestable par endroits, parfois franchement lacunaire, et finalement guère convaincante…

 

Dommage. Le guide de lecture souffre parfois de ces travers, mais il est néanmoins souvent alléchant (on notera que, parmi les œuvres retenues, il en est un certain nombre qui n’ont jamais été traduites en français ; y s’rait temps !). Pour vous en donner une petite idée, je vais refaire ici le vil détour par le 3615 Mavie auquel je m’étais livré pour la Bibliothèque de l’Entre-Mondes, et pour les mêmes raisons (en clair : JE FAIS TOUT QUE C’QUE J’VEUX !).

 

Il y a donc ceux que j’avais déjà lus (très peu, finalement…) : Imajica de Clive Barker (pp. 107-108) ; « Alice » de Lewis Carroll (pp. 137-139 ; mais je veux relire ces merveilles incomparables, d’autant qu’il y a un Omnibus qui me fait de l’œil…) ; Neverwhere (pp. 156-158), Stardust, le mystère de l’étoile (pp. 158-159) et Miroirs et fumée (pp. 159-161 ; mmmf, la meilleure des nouvelles de cet excellent recueil n’est même pas mentionnée…) de Neil Gaiman ; « Conan » de Robert E. Howard (pp. 180-181) ; « Elric » de Michael Moorcock (pp. 216-217) ; Au guet de Terry Pratchett (pp. 228-229 ; pour ne pas dire « les Annales du Disque-monde » ?) ; « Harry Potter » de J.K. Rowling (pp. 233-236) ; Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien (pp. 252-253 ; inévitable…) ; « le cycle d’Ambre » de Roger Zelazny (pp. 258-260 ; plus précisément, j’ai lu le premier cycle, et j’ai abandonné avec Les Atouts de la vengeance, premier tome du second cycle, parce que non, là, yeurk…).

 

Il y a ceux que je comptais déjà lire. Certains avaient déjà intégré mon étagère de chevet (La Forêt des mythagos de Robert Holdstock, pp. 178-180 ; « Terremer » d’Ursula K. Le Guin, pp. 202-203, mais ça je vous en reparle tout de suite ; et enfin Les Voies d’Anubis de Tim Powers, pp. 226-228). Pour d’autres, c’était prévu depuis un certain temps : « Le Roi d’Ys » de Karen et Poul Anderson (pp. 103-104) ; Mr Vertigo de Paul Auster (pp. 104-105) ; Peter Pan de James Matthew Barrie (pp. 111-113 ; tout de même !) ; Le Magicien d’Oz de L. Frank Baum (pp. 113-115 ; re-tout de même !) ; les « Chroniques d’Alvin le Faiseur » d’Orson Scott Card (pp. 134-135) ; Le Parlement des fées de John Crowley (pp. 142-143) ; Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez (pp. 162-163) ; Le Vent dans les saules de Kenneth Grahame (pp. 165-166 ; re-re-tout de même !) ; « L’Âge de la Déraison » de J. Gregory Keyes (pp. 189-190) ; Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède de Selma Lagerlöf (pp. 198-200 ; re-re-re-tout de même !) ; « le Cycle des épées » de Fritz Leiber (pp. 203-205 ; re-re-re-re-tout de même ! d’autant que ça fait un bail que j’ai envie de lire ça, moi…) ; « Gormenghast » de Mervyn Peake (pp. 222-224 ; re-re-re-re-re-tout de même ! Et là encore, ça fait un bail… sauf que j’arrive pas à mettre la main sur le premier volume…).

 

Et il y a, enfin, ceux que je ne connaissais pas ou qui ne me tentaient pas plus que ça et pour lesquels André-François Ruaud m’a sacrément donné l’eau à la bouche ou a achevé de me convaincre (en VO uniquement pour pas mal d’entre eux, aïe…) : Les Garennes de Watership Down de Richard Adams (pp. 99-102) ; Le Royaume des devins de Clive Barker (pp. 107-108) ; Le Vin des dieux de John Barnes (pp. 110-111) ; Le Rhinocéros qui citait Nietzsche de Peter S. Beagle (pp. 119-122) ; Unicorn Mountain de Michael Bishop (pp. 122-123) ; Homme qui parle de Terry Bisson (pp. 123-124) ; A Dictionnary of Fairies de Katharine Briggs (pp. 126-127) ; « Jhereg » de Steven Brust (pp. 127-129) ; La Fameuse Invasion de la Sicile par les ours de Dino Buzzati (pp. 129-130) ; Possession de A.S. Byatt (pp. 130-131) ; The Off Season de Jack Cady (pp. 131-133) ; Délius, une chanson d’été de David Calvo (pp. 133-134) ; « Thomas l’incrédule » de Stephen R. Donaldson (pp. 146-147 ; les critiques m’avaient laissé assez froid, mais ce personnage m’intrigue, alors, peut-être…) ; Elf Defense d’Esther M. Friesner (pp. 153-154) ; In the Land of Winter de Richard Grant (pp. 167-168) ; Fendragon de Barbara Hambly (pp. 168-169) ; L’Éveil de la lune d’Elizabeth Hand (pp. 172-174) ; Conte d’hiver de Mark Helprin (pp. 174-175) ; La Compagnie des fées de Garry Kilworth (pp. 191-192) ; Thomas le rimeur d’Ellen Kushner (pp. 197-198) ; « le Dit de la Terre plate » de Tanith Lee (pp. 200-202) ; Le Dernier Magicien de Megan Lindholm (pp. 208-210) ; The Gift de Patrick O’Leary (pp. 219-220) ; Les Flammes de la nuit de Michel Pagel (pp. 220-222) ; Fées & Gestes, une anthologie éditée par André-François Ruaud (pp. 236-237 ; on n’est jamais mieux servi que par soi-même…) ; Les Enfants de minuit de Salman Rushdie (pp. 237-239) ; Point of Hopes de Melissa Scott & Lisa A. Barnett (pp. 243-244) ; The High House et The False House de James Stoddard (pp. 247-249).

 

 

Ça fait beaucoup, hein ?

Bon, ben, merci, hein, et... au boulot…

CITRIQ

Voir les commentaires

1 2 > >>