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"L'o10ssée. L'odyssée Folio SF en 10 nouvelles"

Publié le par Nébal

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L’o10ssée. L’odyssée Folio SF en 10 nouvelles, Paris, Gallimard, coll. Folio Science-fiction, 2010, 295 p.

 

Folio SF, qu’on se le dise, est la meilleure collection de poche dédiée à l’imaginaire (oui, j’emploie ce terme à dessein, parce que je sais qu’il fait râler Pascal Godbillon). Et quand j’écris ça, nulle flagornerie – de toute façon, vanter une collection, c’est nécessairement flinguer un peu les autres… Non, non, si je l’écris, c’est que je le pense, et les rayonnages surchargés de la bibliothèque parentale comme ceux de ma commode de chevet peuvent en témoigner. Il faut dire que le fonds « Présence du futur », ça aide un peu… et être lié à Lunes d’encre (soit la meilleure collection dédiée à l’imaginaire en grand format – voir plus haut), ça aide aussi. Mais on peut y ajouter quelques sympathiques inédits de temps à autre (voire plus que sympathiques, parfois – je pense ici à l’indispensable Dans la dèche au Royaume Enchanté), et, plus généralement, une politique de publication judicieuse, qui nous garantit régulièrement de beaux titres (il n’y a qu’à voir les premières publications annoncées pour 2011, c’est plus qu’alléchant). Bref : sluuuuuuuuuuuuuuurp.

 

Et donc, en 2010, Folio SF a fêté ses 10 ans. Et, pour fêter la chose, la collection ne s’est pas bêtement contenté d’entonner du Souchon, mais a souhaité offrir un cadeau à ses lecteurs, sous la forme du bouquin que voici (en théorie offert pour l’achat de deux titres de la collection, mais ça, c’était la théorie…) : un recueil de dix nouvelles (dont six inédites en France) par dix auteurs de la maison. Sympa, non ? Surtout quand on voit la liste des auteurs en question : dans l’ordre, Mary Gentle, Jean-Philippe Jaworski, Philip K. Dick, Maïa Mazaurette, Christopher Priest, Thomas Day, Robert Silverberg, Ray Bradbury, Stéphane Beauverger et Robert Charles Wilson. Ah oui, tout de même. Du beau monde, du beau monde.

 

Et pour compléter le bouquin, une initiative bienvenue, la maison a demandé à sept auteurs non associés à nos genres de prédilection (à savoir, dans l’ordre, Antoine Chainas, Antoine Bello, Tristan Garcia, Jean-Baptiste Del Amo, Mathieu Terence, Marie Darrieussecq et Jean-Pierre Luminet) « de nous offrir leur regard sur la collection, sur un titre, un genre ou un auteur ». Une bien belle idée.

 

Alors commençons par là, tiens. Et jubilons d’entrée de jeu avec l’excellent texte d’Antoine Chainas, « Physique quantique de la SF » (pp. 9-13) ; c’est déjanté, c’est drôle, c’est très bon. On aimerait bien que la suite soit du même tonneau. Hélas, c’est loin d’être le cas… Pour dire les choses franchement, ces « interventions extérieures » ne présentent la plupart du temps qu’un intérêt fort maigre, se limitant à quelques généralités cireuses de pompes, voire à la chronique laconique d’un bouquin ou l’éloge d’un auteur. Certains textes – je pense notamment à ceux de Jean-Baptiste Del Amo et de Marie Darrieussecq – dont j’avais pourtant bien aimé Truismes, en son temps – sont même plutôt pénibles, et largement à côté de la plaque. Il faudra en fait attendre la fin, avec Jean-Pierre Luminet et sa (re)lecture de « « L’Univers en folie » (Fredric Brown, 1949) » (pp. 257-260), pour retrouver un texte au-dessus de la moyenne. Dommage, c’était une bonne idée, mais seuls deux auteurs sur sept ont su en tirer vraiment parti…

 

Alors cherchons notre bonheur du côté des nouvelles. Et là… ça commence mal. Très mal. Je n’avais jamais rien lu jusqu’à présent de Mary Gentle, dissuadé par la taille monstrueuse de ses romans. Mais si tout est du même tonneau que son infecte novella « La Route de Jérusalem » (pp. 15-69), je crains d’être vacciné à vie. Yeurk. Immonde. Une uchronie militaro-templière à la mords-moi-l’nœud, sans aucun intérêt, et qui plus est écrite avec les pieds (je suppose que c’est « écrite », et non « traduite », vu que Michelle Charrier). Chiantissime. Bouh. Bah. Caca.

 

Heureusement, la suite est d’un tout autre niveau. Y’a pas, il est fort ce Jean-Philippe Jaworski. Avec « Kenningar » (pp. 71-82), il plonge dans les sagas islandaises pour en retirer une sword’n’sorcery farouche et poétique que ne renierait pas un Robert E. Howard. Un texte puissant et beau, superbe variation sur le double, à la conclusion astucieuse. Un des meilleurs textes de ce recueil.

 

Suit une nouvelle de Dieu, c’est-à-dire Philip K. Dick. Cela dit, perso, pour vanter son talent, j’aurais choisi autre chose que « Le Constructeur » (pp. 85-102), nouvelle à chute sympathique mais sans plus, au style plus que fade qui plus est. Il me semble qu’il aurait été facile de trouver autrement plus intéressant, m’enfin bon…

 

Next. Maïa Mazaurette  avec « Chronos » (pp. 103-122). Et décidément, elle ne parvient pas à m’intéresser. Non, j’ai beau faire des efforts, je ne vois pas le moindre intérêt à ce texte. Ce n’est pas véritablement mauvais, c’est juste inconséquent. Je passe.

 

À quelque chose d’autrement plus enthousiasmant, puisqu’il s’agit de Christopher Priest, et de sa nouvelle « Vestige » (pp. 127-137), appartenant au cycle de « L’Archipel du rêve ». Une très jolie nouvelle, très délicate, toute en nuances, portée par une sourde mélancolie. Remarquable.

 

Remarquable également, la longue nouvelle de Thomas Day intitulée « Éthologie du tigre » (pp. 143-202). Si la conclusion m’a laissé un peu sceptique, le reste est du meilleur goût, et vaut assurément le détour : très beau cadre bien exploité, beau personnage de « gueule cassée », superbe conte en introduction… Du bien joli travail. Dans le tiercé de tête, à n’en pas douter.

 

Suit « Passagers » (pp. 207-227) de Robert Silverberg, auteur « classique » qu’il faudra bien que je me décide à lire un jour… Une nouvelle de science-fiction paranoïaque à la thématique assez dickienne, dans un sens. C’est pas mal, même si très prévisible.

 

Beaucoup plus intéressant en tout cas que la suite, due à l’éminent Ray Bradbury : « La Bétonnière à mafiosi » (pp. 229-237) est une très courte nouvelle sans grand intérêt, mêlant SF et fantastique à la va-comme-je-te-pousse. Sous prétexte de polésie, j’imagine. Mais ça ne prend pas (aha). Sur moi, en tout cas.

 

Pas davantage, « Okw- » (pp. 243-256) de Stéphane Beauverger, mauvaise blague politico-judiciaire qui ne tient pas la route, et rappellerait presque, de la part de cet auteur qui a heureusement su nous montrer qu’il était autrement talentueux que ça, sa veine d’Appel d’air ; autrement dit, pas exactement ce qu’il a fait de mieux. Passons…

 

… Au troisième et dernier grand texte de cette anthologie, « Utriusque Cosmi » (pp. 261-296) de Robert Charles Wilson. Un très beau texte, débordant de sense of wonder tout en gardant une échelle humaine – ou plus exactement, en jouant de cet effet d’échelle. Fascinant, et indispensable.

 

 Bilan ? Mitigé, évidemment. Mais bon, pour un cadeau, on ne va pas cracher dans la soupe, non plus ? Rien que pour les textes de Jean-Philippe Jaworski, Thomas Day et Robert Charles Wilson, ce recueil est plus que sympathique ; les textes d’Antoine Chainas, Christopher Priest et dans une moindre mesure Philip K. Dick et Robert Silverberg valent également le détour. Alors on peut bien dire merci, et beugler comme des porcs bourrés à la mauvaise bière : « Jooooooaaaaaaaaayeeux zzzzzzaaaaaaaan’ iiiiiiiiiiiv’ eeeeeeeeeeeer’ saiaiaiaiaiaiaiaiaiaiaiaiar’ », ad lib. (ou ad nauseam, c’est comme vous voulez).

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E

Et merde, pourquoi j'ai cliqué sur "une admiratrice" pour comprendre qui signait sous ce nom mystérieux...

En tout cas, je suis entièrement d'accord avec toi concernant les nouvelles les plus intéressantes de ce petit livre.


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W

La fonction d'onde de Pascal étant étalée sur toute la Francilienne, ça m'étonnerait que tu le localise.


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U

Misogyne !


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N


Je sais où tu t'caches, PUTE !



P

Ben merci, alors.


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