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Tales of the Cthulhu Mythos, de H.P. Lovecraft and others

Publié le par Nébal

Tales of the Cthulhu Mythos, de H.P. Lovecraft and others

LOVECRAFT (H.P.) and others, Tales of the Cthulhu Mythos, edited and introduced by James Turner, New York, Arkham House – Ballantine/Del Rey, [1990, 1998] 2011, 482 p. [édition numérique]

 

Tales of the Cthulhu Mythos est sans doute la plus célèbre anthologie de récits du « Mythe de Cthulhu » dus à d’autres auteurs que Lovecraft – et ce quand bien même son nom est classiquement et à plus ou moins bon droit mis en avant sur la couverture (deux de ses nouvelles figurent à l’intérieur, « The Call of Cthulhu » et « The Haunter of the Dark ») ; compilée par l’inévitable August Derleth en 1969, elle a gravé dans le marbre une sorte de vulgate du « Mythe » officiel – tel que Derleth pouvait le comprendre et promouvoir. On y trouvait ainsi nombre de textes issus des « cercles Lovecraft », celui de ses « pairs » comme Clark Ashton Smith ou Robert E. Howard, celui de ses « disciples » comme Robert Bloch ou August Derleth lui-même… Mais aussi d’autres bien postérieurs, opérant un bond dans le temps témoignant censément de la permanence du thème « mythique » (par exemple avec des auteurs tels que Ramsey Campbell ou Colin Wilson… mais aussi Brian Lumley, hein).

 

Cette compilation a un intérêt tout particulier pour moi – c’est en effet pour l’essentiel à travers elle que j’ai découvert, il y a… arf, plus de vingt ans maintenant… non pas Lovecraft à proprement parler donc, mais son « Mythe de Cthulhu », dans l’édition en deux tomes chez Pocket/Science-fiction, L’Appel de Cthulhu (forcément : ce titre m’avait attiré, puisque c’était celui que je voyais cité partout – notamment du fait du jeu de rôle) et La Chose des Ténèbres – je n’avais alors pas bien conscience de ce qui pouvait distinguer Lovecraft et ses épigones, et bouffais sans doute de tout, et même du pire comme du meilleur, avec une égale satisfaction… Même si, peu après, j’ai découvert véritablement Lovecraft à proprement parler avec les recueils en Denoël/Présence du Futur, et au premier chef Dans l’abîme du temps et La Couleur tombée du ciel… J’ai ainsi perçu progressivement l’ampleur du fossé séparant l’original et les pastiches, ce qui n’atténuait pourtant pas ma curiosité ; et, ultérieurement, j’ai relu les Légendes du Mythe de Cthulhu dans le premier tome de l’édition des œuvres de Lovecraft, chez Robert Laffont/Bouquins (Francis Lacassin avait un peu complété la liste, je crois – des nouvelles y figurent qui était absentes de l’édition Pocket/Science-fiction et tout autant de l’édition originelle chez Christian Bourgois, ou de sa reprise parallèle en J’ai lu ; un sacré bordel, tout ça…).

 

Cela faisait très longtemps, cependant, que je n’y étais pas retourné. Certes, depuis, j’ai lu bien d’autres pastiches et compagnie, le pire comme le meilleur, et m’en suis régulièrement fait l’écho sur ce blog. Mais on trouvait ici des textes… séminaux, disons ; et j’avais d’autant plus envie de les relire – tout en redoutant que la pilule passe beaucoup moins bien, cette fois. Ne serait-ce que parce que, depuis, j’ai appris à connaître Lovecraft bien plus profondément, à relever ce qui en fait le sel, ce qui génère les meilleurs textes du genre, et en opposition les éléments moins subtils qui, a fortiori s’ils sont mal dosés, dégénèrent pour engendrer des textes horribles avant même d’être non-euclidiens… Ma lecture récente de l’essai de S.T. Joshi, The Rise, Fall, and Rise of the Cthulhu Mythos, m’a bien sûr d’autant plus incité à y revenir, sans doute avec un regard critique plus prononcé – tout en supposant que je serais à l’occasion bien moins sévère que le sévère exégète, sans être pour autant nécessairement « bon public » outre mesure.

 

Une chose dont je n’avais pas idée avant la lecture de cet essai, par ailleurs, c’est que cette anthologie « officielle » du « Mythe de Cthulhu » élaborée par Derleth avait été « révisée » un peu avant mes lectures adolescentes en français, en 1990 (mais cette version « révisée » n’a jamais été traduite de par chez nous, on en reste à la derletherie de 1969). La drôle d’idée ? Peut-être, mais pas forcément mauvaise ; car James Turner, à qui on a confié le boulot, en a profité pour faire un peu de tri, dégageant certaines nouvelles, en conservant certes la plupart, mais surtout en ajoutant d’autres, postérieures à l’anthologie originale – et c’est probablement dans les textes de ce dernier lot que l’on trouve les morceaux les plus intéressants. On peut néanmoins s’interroger sur la pertinence de ce tri, ou, plus probablement, y relever une certaine inconstance plus ou moins défendable… La préface du nouvel anthologiste (intitulée « Iä ! Iä ! Cthulhu Fhtagn ! », allons bon) est de manière générale assez déstabilisante : elle met notamment l’accent sur la dimension la plus SF de l’œuvre de Lovecraft, en mettant au tout premier rang les récits tardifs que sont At the Mountains of Madness et « The Shadow Out of Time » ; chose qui n’est certainement pas pour me déplaire, et je veux bien y voir une sorte d’aboutissement dans l’œuvre de l’auteur, mais cela introduit quand même un biais – comme si le Lovecraft d’Astounding Stories était le « vrai »… et, en conséquence plus ou moins bien admise, celui de Weird Tales lui serait donc « inférieur » ; bon sang, le célébrissime pulp irrémédiablement associé à la carrière de Lovecraft… n’y est même pas cité une seule fois, quand la référence à Astounding Stories est récurrente ! Ce qui m’apparaît tout de même un brin problématique… pour ne pas dire absurde et faux. C’est à vrai dire d’autant plus ennuyeux à mon sens que James Turner ne se prive certes pas de persifler sur la SF pulp de l’époque, de manière assez unilatérale ; je ne nie certainement pas qu’il y a quelque chose d’assez juste en bien des occasions dans cette attaque, mais, quand bien même, il n’est pas dit que ce soit forcément le meilleur moyen, ou en tout cas le plus légitime, pour faire ressortir la singularité de Lovecraft… Le gros problème, bizarrement, est cependant ailleurs : James Turner nous dit, de manière assez sarcastique, qu’il est bien temps de virer du canon les mauvais pastiches à base de vieux sorciers compulsant leurs grimoires poussiéreux ; à la base, j’aurais tendance à être plutôt d’accord, même si l’excès de sévérité en la matière peut conduire à des exclusions regrettables… Mais cette déclaration d’intention n’est guère illustrée par les faits : il reste en effet bien des textes mineurs, dans cette anthologie « révisée », qui correspondent parfaitement à ce schéma… là où d’autres textes éventuellement plus novateurs ont été dégagés sans la moindre explication (c’est la grosse surprise de la sélection en ce qui me concerne : « The Deep Ones » de James Wade est ainsi passé à la trappe, alors que j’en avais un plutôt bon souvenir – remontant certes à… longtemps… –, mais j’en avais aussi lu depuis des échos plutôt favorables, voire très favorables) ; certes, Turner vire deux nouvelles de Brian Lumley l’Indicible (« The Sister City » et « Cement Surroundings »)… mais il en rajoute une autre du même, guère plus convaincante (« Rising with Surtsey ») ; il vire aussi « The Haunter of the Graveyard » de J. Vernon Shea, mais – par exemple – pas touche à August Derleth ! On peut d’ailleurs trouver amusant que Turner baffe dans cette préface tous ces « mauvais pastiches » indéfinis (à raison pour beaucoup, hein)… mais sans revenir une seule fois sur le rôle d’August Derleth à cet égard, qui n’est cité qu’une seule fois dans cette préface, pas en auteur, pas davantage en correspondant de Lovecraft, et même pas en tant qu’anthologiste originel (!), mais seulement en tant que fondateur d’Arkham House ! Nous parlons pourtant bien du Grand Responsable De Tout Ça… Est-ce parce que le bouquin, à la base, est toujours publié chez Arkham House ? Pas impossible… Mais sans doute cette préface quelque peu perturbante ne doit-elle pas influer excessivement sur la lecture de l’anthologie – qu’on appréciera d’autant plus, donc, qu’elle complète le vieux fonds originel avec des textes ultérieurs de Fritz Leiber, Brian Lumley (mf…), Joanna Russ, Karl Edward Wagner, Philip José Farmer, Stephen King et Richard A. Lupoff – tous de bonne tenue au pire (Lumley excepté, natürlich), et souvent bien plus que ça : c’est là le véritable intérêt de cette « révision ».

 

Le recueil s’ouvre – forcément ? – sur « The Call of Cthulhu », de H.P. Lovecraft. Ayant relu cette merveille bien des fois, et encore récemment somme toute, j’ai décidé de faire l’impasse sur ce chef-d’œuvre, cette fois. Cela sera encore le cas, ultérieurement, pour l’autre nouvelle de Lovecraft figurant dans cette anthologie, à savoir « The Haunter of the Dark » (entourée par les nouvelles de Robert Bloch adéquates). Même chose aussi pour « The Black Stone » de Robert E. Howard, relue tout récemment dans Les Ombres de Canaan

 

J’ai donc commencé avec deux nouvelles de Clark Ashton Smith. La première est « The Return of the Sorcerer » (1931 ; je ne me rappelais pas du tout de ce titre… et pour cause : la traduction française donne « Talion »). Un récit qui, quoi qu’on en pense par ailleurs, n’est sans doute guère à sa place ici… En effet, la seule allusion d’ordre « mythique » consiste en des citations du Necronomicon (et même plus précisément de l’original arabe, censément introuvable). Pour le reste, nous avons sans doute, en fait, ce que Turner disait justement vouloir écarter de l’anthologie – à savoir un vieux sorcier avec son grimoire poussiéreux, et un pastiche jusque dans le style… Ceci, bien sûr, sans prendre en compte le talent propre à Clark Ashton Smith – mais, très honnêtement, il ne s’exprime sans doute pas au mieux ici… Cette nouvelle relève en outre d’un fantastique somme toute très classique (une vengeance post-mortem), et n’est pas « cosmique » pour un sou. J’en avais retenu quelques images horrifiques de mes cauchemars adolescents, oui… mais le texte est sans doute perpétuellement sur la corde raide entre le terrible et le ridicule – il est au mieux médiocre, et penche régulièrement du mauvais côté…

 

« Ubbo-Sathla » (1932) est bien plus intéressant à mon sens – et du moins pleinement cosmique, encore que S.T. Joshi se montre un brin réservé à cet égard dans The Rise, Fall, and Rise of the Cthulhu Mythos, en appuyant sur la dimension « terrienne » de l’entité Ubbo-Sathla. Car Ubbo-Sathla désigne, sous la plume de Klarkash-Ton, et ce dès l’exergue, la source de toute vie sur terre – de manière moins glaçante, peut-être, que les Choses Très Anciennes d’At the Mountains of Madness, créant la vie par mégarde ou par jeu… Pourtant, il y a bien ici quelque chose de fascinant. La nouvelle, passé les paragraphes d’introduction, relève à certains égards du poème en prose, par ailleurs : nous y suivons un personnage contemporain, tombant chez un antiquaire sur un étrange objet antédiluvien, qui lui évoque aussitôt – belle coïncidence – une allusion contenue dans le mythique et antédiluvien Book of Eibon ; en regardant à l’intérieur de l’objet, il se retrouve plongé dans une séquence de visions hallucinées, le conduisant au fil d’une inéluctable régression de plus en plus loin dans le passé… jusqu’à entrevoir Ubbo-Sathla, et même s’unir à lui dans un tout indifférencié. Mais ça marche très bien – je me doute par contre que je ne devais guère avoir cette opinion, lors de ma première lecture de la nouvelle, quand j’avais quelque chose comme douze ans…

 

Suit « The Black Stone », de Robert E. Howard, mais, comme expliqué plus haut, je n’ai pas relu ce célèbre pastiche ici.

 

Nous passons donc à deux nouvelles signées Frank Belknap Long, et tout d’abord « The Hounds of Tindalos » (1929), qui est probablement une des plus célèbres nouvelles associées au « Mythe de Cthulhu » à ne pas avoir été écrite par Lovecraft (notons cependant une chose : on n’y relève pas la moindre allusion au lexique lovecraftien, qu’il s’agisse de « dieux », de lieux ou de livres – même si Long y commet ses propres ajouts ; mais le fond de la nouvelle, par contre, est lovecraftien à bloc). Il faut dire qu’elle repose sur une excellente idée, et peut-être même plusieurs, en fait (les brefs chapitres finaux ne cessent d’en rajouter) ; nous y voyons un homme, passionné par l’occultisme et sceptique à l’égard de la science mais curieux des plus récents développements en matière de physique et de mathématiques (avec Einstein en tête), opérer un voyage dans le temps (via une drogue, ça c’est sans doute un peu faiblard), ou plus exactement peut-être atteindre un état de conscience où tout est simultané. Hélas, sa petite expérience tourne mal quand il tombe sur les Chiens de Tindalos (aucune mention, sauf erreur, de l’endroit où il a pêché le nom – de même pour les Doels par la suite : ce sont là les principaux apports « mythiques » de Long, avec la traduction anglaise du Necronomicon par John Dee dans « The Space-Eaters », qui suit), des entités incompréhensibles, sans forme et au-delà du bien et du mal, qui chassent leurs proies en empruntant les angles… et il est sous-entendu que le voyageur pourrait bien leur avoir ouvert un accès, la menace pesant dès lors, pas uniquement sur sa médiocre personne, mais peut-être sur le monde entier. Très belle idée, oui – qui incite sans doute à se montrer relativement débonnaire à l’égard de ce texte par ailleurs pas dénué d’erreurs, loin de là ; outre la faiblesse relative à mes yeux du principe (éculé ?) de la drogue autorisant le voyage dans le temps (même complétée, ce qui est plus intéressant, par l’intégration de figures mathématiques), il en est notamment une de parfaitement ridicule – peut-être héritée de Lovecraft, d’ailleurs, mais qui sauf erreur ne l’avait jamais poussée à ce point : nous y voyons en effet un homme, non seulement griffonner son rapport jusqu’à la toute dernière seconde (procédé qui reviendra plusieurs fois dans la suite de cette anthologie)… mais qui en arrive même à coucher ses hurlements sur le papier ! « Aaaaaaaaaah ! » Immanquablement, ça m’a renvoyé au « Castle of Aaaaargh » des Monty Python, difficile de conserver son sérieux après une boulette pareille…

 

« The Space-Eaters » est une nouvelle antérieure (1927-1928) ; c’est peut-être même la première nouvelle du « Mythe » composée par un autre que Lovecraft – qui figure par ailleurs dans le texte, sous les traits d’un vieux bonhomme (guère sympathique, d’ailleurs…) appelé « Howard », et s’entretenant avec le jeune narrateur, forcément nommé « Frank ». Relevons d’emblée qu’un nombre étonnant des nouvelles qui suivent mettent Lovecraft en scène, avec plus ou moins de bonheur – au point que ce procédé tourne au cliché. Mais, au-delà et en dépit de ce statut maintes fois concédé, on avouera que l’aspect « mythique » de ce texte, au sens le plus visible en tout cas, est discutable : Long cite en exergue un extrait de la traduction du Necronomicon par John Dee (sa création), et c’est tout ; pour le reste, il s’agit en fait de développer le principe de l’horreur cosmique chère à Lovecraft : le personnage de Howard s’étend volontiers sur le sujet, sur son ambition de dépasser ainsi les vieux maîtres trop attachés au monde (dont Poe ou Hawthorne), mais déplorant son incapacité à retranscrire vraiment ses conceptions philosophiques et esthétiques dans un récit… Or Howard et Frank se trouvent bientôt confrontés à un curieux et effrayant (ou pas) phénomène, anonyme, et semble-t-il détaché de la morale – il est malheureux, à cet égard, qu’ils parviennent à y survivre, dans un premier temps du moins, en usant du Signe (la croix, très clairement)… même si Long ne fait peut-être pas dans la bondieuserie, hein ; il y a en fait une grosse ambiguïté dans cette utilisation de la religion face aux créatures « mythiques » (on peut supposer que ça a joué son rôle dans la postérité mythique, notamment chez Derleth, mais j’ai le vague sentiment que c’est peut-être un peu plus compliqué que ça…). On a souvent été très sévère avec cette nouvelle (notamment S.T. Joshi, comme on pouvait s’en douter, qui la trouve parfaitement ridicule de bout en bout), sans doute à bon droit globalement, mais, pour ma part, sans aller jusqu’à dire qu’elle est « bonne », hein, certainement pas, je la trouve du moins… disons pas si mauvaise que cela, et, au fond, pas forcément beaucoup plus ridicule qu’une autre… Bizarrement, je lui ai trouvé une bien anachronique allure cinématographique – côté bisserie au mieux, certes, avec sa maison perdue dans les bois et la brume, mais pas forcément désagréable… Le problème, à mes yeux, c’est peut-être la très grande ambition de Long dans cette histoire – qui entend la transcender au travers d’une horreur cosmique dépassant totalement, de son propre aveu, les capacités du maître Howard lui-même… et d’autant plus les siennes, pour le moins douteuses (d’autant que le manque de métier se fait sentir).

 

Suivent deux nouvelles… d’August Derleth. Je redoutais ce moment – cela faisait bien une éternité ou deux que je n’avais pas lu de récits du « Mythe de Cthulhu » signés par le bonhomme, mais il fallait bien que j’y repasse à un moment ou à un autre, hein ? Et donc voilà : en dépit de la nouvelle édition de cette anthologie originalement composée par Derleth lui-même – ou justement pour perpétuer cette dimension, c’est plus probable –, James Turner, si sévère dans sa préface pour les mauvais pastiches du « Mythe », conserve néanmoins deux ersatz de l’art douteux du Grand Responsable De Tout Ça. Je me demandais, en même temps, si je n’allais pas y trouver un semblant d’intérêt quand même : peut-être n’était-ce pas si pire ? Sait-on jamais… Mais, globalement, oui, c’est bel et bien mauvais. Cependant, c’est peut-être « agaçant » avant que d’être mauvais…

 

« The Dweller in Darkness », nouvelle originellement publiée dans Weird Tales en 1944, m’a à vrai dire probablement laissé une impression pire encore que ce que je craignais vaguement. En effet, cette nouvelle tient nettement plus du plagiat que du pastiche, et il est d’autant plus désolant de voir comment elle anéantit pas mal d’éléments de ce qui faisait l’intérêt des textes pompés de Lovecraft. L’exergue le cite (« The Picture in the House », sauf erreur) – ce qui est bien légitime. Le début de la nouvelle à proprement parler l’est sans doute bien moins… puisqu’il s’agit en fait là aussi d’un « emprunt » (autant dire une copie pure et simple), cette fois de l’introduction de « The Dunwich Horror » ; plus tard, dans cette ambiance rurale, on peut éventuellement trouver aussi des reprises de « The Colour out of Space »… Mais, au-delà, l’évidence se fait bientôt jour : « The Dweller in Darkness », comme son titre pouvait il est vrai le laisser supposer, est un très, très mauvais remake de « The Whisperer in Darkness » ; tout y est ou presque, excepté le jeu épistolaire du début – certes crucial, je ne le nie pas ; reste que la trame globale (disons après l’arrivée de Wilmarth chez Akeley, avec quelques flashbacks cependant) en est largement reproduite, ce qui occasionne des reprises autrement plus précises et révélatrices, ainsi l’emploi d’un dictaphone renvoyant au gramophone de la nouvelle lovecraftienne, et plus encore – je SPOILE, attention, bouh ! – le coup de Nyarlathotep se déguisant (mal) en humain pour tromper les « héros » quant à ce qu’ils perçoivent ou croient percevoir des horreurs qui les environnent, jusqu’à la conclusion riche en italiques révélant qu’en fait ce n’était donc pas l’homme que l’on croyait qui avait subitement et fort à propos toqué à la porte ! Bref : on a pu faire remarquer que cette idée ne fonctionnait pas toujours très bien dans la nouvelle de Lovecraft, ou disons du moins qu’elle soulevait quelques difficultés, mais ici, c’est bien, bien pire (et cela fait relativiser bien des choses, sans doute). Parfaitement ridicule, en fait. Pour le reste… eh bien, nous avons bien sûr la mise en avant des Dieux Très Anciens et « bons » opposés aux « méchants » Grands Anciens enfermés ou exilés (s’ensuit l’inévitable catalogue, et même chose pour les livres maudits) ; Derleth insiste aussi sur sa très mauvaise idée de faire des Grands Anciens un panthéon élémentaire, avec l’habituelle « lacune de Lovecraft » (…) concernant le feu : le rajout Cthugha est donc de la partie, hein. Et il est invoqué depuis Fomalhaut (dont le nom apparaît tel quel dans une formule d’invocation autrement parfaitement r’lyéhenne, natürlich – sauf erreur, quand Derleth avait suggéré une chose pareille, du vivant de Lovecraft, avec Bételgeuse dans une invocation autrement bien fhtagneuse, le gentleman de Providence lui avait pourtant gentiment fait la remarque que, euh, ça ne passait… peut-être… pas… très bien ?). Cthugha n’est d’ailleurs pas invoqué « gratuitement », hein : il s’agit d’user de cet élémentaire de feu pour contrevenir aux plans de l’élémentaire de terre Nyarlathotep, forcément. Misère… Le Chaos Rampant est d’ailleurs assez taquin : il démontre, sous son déguisement humain immédiatement percé à jour, qu’il est absurde d’espérer faire venir dans la seconde, en raison de bêtes considérations astrologiques, une entité censément exilée du côté de Fomalhaut, à des années-lumière de là, et où on n’en a sans doute pas grand-chose à foutre du crépuscule indispensable au rituel dans ce coin précis du Wisconsin, mais, aha ! ça ne prend pas, un des protagonistes osant un étonnant (ou pas tant que ça) et lapidaire gloubi-boulga pseudoscientifique pour dire qu’en fait si, d’abord, alors ta gueule, le Messager des Dieux, hein, bon, d’abord. Notons enfin, pour la forme, que Lovecraft est nommément cité dans la nouvelle, de même que son premier recueil chez Arkham House (et donc chez Derleth) The Outsider and others, ainsi que la revue Weird Tales – qui publiait cette nouvelle précisément. Mise en abîme de la promotion ? N’exagérons rien : disons un gag autant qu’un hommage, hein… et pourquoi pas, après tout.

 

Gag/hommage que l’on retrouve en tout cas dans la deuxième nouvelle de Derleth ici compilée, un peu antérieure, « Beyond the Treshold » (publiée originellement dans Weird Tales en 1941). Sauf que ça marche nettement moins bien, notamment en ce que Derleth y fait cette fois usage de la géographie mythique de la Nouvelle-Angleterre lovecraftienne : le narrateur habite à Arkham et travaille à l’Université Miskatonic, tandis que sa famille est originaire d’Innsmouth – ce qui n’empêche pourtant pas l’auteur de citer expressément la nouvelle de Lovecraft « The Shadow over Innsmouth », expliquant tout naturellement ce qui s’est produit d’étrange dans le petit village côtier il y a de cela quelque temps (il est par ailleurs précisé que Lovecraft est mort trois ans plus tôt). Peut-être cela aurait-il pu donner quelque chose d’amusant, au fond… mais j’ai vraiment l’impression que Derleth se paume dans les difficultés quasi paradoxales que ce procédé (qu’on retrouvera également par la suite, là encore avec plus ou moins de réussite) suscite en l’espèce, et ne parvient pas à jongler avec tout ça – ce qui est probablement d’autant plus désolant… qu’en fait ces allusions ne servent strictement à rien dans la nouvelle (qui se déroule pour l’essentiel, comme la précédente, dans le Wisconsin – ce cadre, celui de l’auteur lui-même, fait dire à Joshi que ces deux textes, mais surtout « The Dweller in Darkness », sont peut-être du coup les moins pires de toutes les lovecrafteries de Derleth !). Autrement, eh bien, comme au-dessus… Avec un accent mis sur les élémentaires de l’air, généralement de création derlethienne sauf erreur, puisqu’on y trouve Ithaqua (assimilé au Wendigo, et qui est le Vrai Grand Ancien Méchant de cette histoire), mais aussi Lloigor et Zhar, et enfin – mais pour l’écarter sans plus de raisons qu’on ne conserve les autres – le chouchou Hastur, qu’il ne faut pas nommer, tout ça. Cette nouvelle, par ailleurs, employait déjà le procédé du vent qu’on entend mais qui ne fait pas bouger les feuilles (qu’on retrouve en tout cas dans la nouvelle précédente), et usait elle aussi d’une incantation r’lyéhenne dans le texte un tantinet saugrenue, où Cthulhu figure bizarrement et sans guère d’à-propos aux côtés d’Ithaqua. L’histoire, bien terne et bien classique, évoque encore passablement le vieux sorcier avec son vieux grimoire dont Turner disait qu’il fallait se débarrasser, et se montre bien peu enthousiasmante. Bon prince, on peut citer un très vague semblant d’idée, vers la toute fin, qui n’est peut-être pas totalement mauvais, et à la limite se consoler en se disant qu’au moins, cette fois, ce n’est pas totalement un plagiat à même de casser le mythe (aha) de bons textes de Lovecraft…

 

Suivent trois – oui, trois, c’est le record de l’anthologie – nouvelles de Robert Bloch. On commence bien sûr avec « The Shambler from the Stars », nouvelle publiée dans Weird Tales en 1935. On la doit à un très jeune auteur, et ça se sent… L’écriture est sans doute pauvre, la trame plutôt terne, aussi n’en retient-on pas forcément grand-chose – peut-être, cependant, les développements portant sur Ludwig Prinn et son terrible ouvrage De Vermis Mysteriis ? (Au passage, le titre latin a été fourni par Lovecraft.) Cela dit, ce qui justifie l’inclusion de ce récit de jeunesse dans Tales of the Cthulhu Mythos, c’est sans doute le fait que Lovecraft y figure en tant que personnage (pas nommé cependant, mais très reconnaissable) ; Frank Belknap Long l’avait certes déjà fait, avec somme toute peu de réussite – à certains égards, le jeune Bloch s’en tire probablement mieux, en fait ; et en donne par ailleurs un portrait plus sympathique, basé certes uniquement sur la correspondance, tandis que Long connaissait Lovecraft en chair et en os. Quoi qu’il en soit, Bloch y fait mourir son maître de manière particulièrement atroce. On connaît l’histoire : le jeune auteur, qui avait franchi le pas, vainquant sa timidité, et entamé une correspondance avec le gentleman de Providence, lui avait, au bout de quelque temps, expressément demandé (peut-être à la demande de Farnsworth Wright, cela dit) s’il avait la permission de le tuer dans une nouvelle – permission accordée sans l’ombre d’un souci par le principal intéressé (dans une lettre assez rigolote, d’ailleurs, autorisant Bloch « to portray, murder, annihilate, disintegrate, transfigure, metamorphose, or otherwise manhandle the under-signed »). Robert Bloch se met au fond en scène lui aussi – en écrivaillon frustré de ne pas parvenir à écrire une vraie bonne histoire d’horreur… ce qui semble alors impliquer d’adhérer à l’horreur cosmique théorisée par Lovecraft – mais Bloch trouvera sa propre voie plus tard.

 

Bien sûr, ça ne s’arrête pas là – Lovecraft n’a pas manqué de se venger ! À l’occasion d’une de ses dernières nouvelles, ici reprise, « The Haunter of the Dark », où c’est cette fois un certain Robert Blake (c’est pour le moins transparent…) qui y subit un sort abominable… Mais, ayant relu cette nouvelle somme toute récemment, dans The Dunwich Horror and others, et m’en souvenant assez bien, je ne l’ai pas relue cette fois.

 

Et le jeu se poursuit quinze ans plus tard, avec « The Shadow from the Steeple » (publiée dans Weird Tales en 1950, soit bien après la mort de Lovecraft). « The Haunter of the Dark » n’était en rien une suite de « The Shambler from the Stars », mais, cette fois, « The Shadow from the Steeple » est bel et bien une suite de « The Haunter of the Dark » – la nouvelle de Lovecraft est d’ailleurs assez longuement, ou précisément, résumée, et poursuivie dans ses moindres implications. Très vite, un aspect du texte saute aux yeux : il est bel et bien l’œuvre d’un auteur qui avait incomparablement plus de métier que le jeune homme ayant tout juste entamé sa correspondance avec Lovecraft, qu’il était quinze ans plus tôt – la narration est efficace et bien emmenée, riche de détails au potentiel certain. La dimension d’hommage est toutefois très marquée : Lovecraft y est nommément cité, et notamment pour « The Haunter of the Dark » justement, nouvelle censée (assez peu logiquement ? J’ai à cet égard un peu le même souci, encore que moins gênant, que dans les nouvelles de Derleth qui précèdent…) décrire ce qui est vraiment arrivé à Robert Blake – un jeune ami du gentleman de Providence, et lui-même écrivain d’horreur. Un camarade de Blake se lance très tôt dans l’enquête – peu après les événements de « The Haunter of the Dark », en fait – mais sa quête n’aboutit, pour son plus grand malheur, que quinze ans plus tard – du fait (SPOILER !) d’une confrontation avec un étonnant personnage (tiré de la nouvelle de Lovecraft) que le « héros » devine bien vite être en fait Nyarlathotep (que Bloch avait maintes fois mis en scène entretemps – voyez Les Mystères du Ver), et il entend bien faire tomber le masque du Grand Ancien… en privé. Oups. Ce qui me pose toujours un peu problème… Je sais bien que, des « divinités » lovecraftiennes, Nyarly est le seul à véritablement interagir avec l’humanité, avec éventuellement une dimension « maléfique » plus marquée d’ailleurs que chez ses camarades du pseudo-panthéon, témoignant pour leur part bien davantage de l’indifférentisme cosmique au cœur des principes lovecraftiens ; on trouve en fait, chez Lovecraft lui-même, plusieurs récits où le Chaos Rampant, éventuellement déguisé (il aime bien ça, faut croire, même si cela n’a pas l’air forcément nécessaire pour une entité censément protéiforme…), papote avec ses antagonistes humains, et cherche à les tromper – ainsi, pour citer deux récits par ailleurs on ne peut plus différents, dans « The Whisperer in Darkness », mais aussi dans The Dream-Quest of Unknown Kadath… Il n’y a donc rien que de très légitime dans l’utilisation de ce procédé par Robert Bloch, mais, rien à faire, ça me laisse quand même un peu perplexe – le thème du programme nucléaire introduit par l’auteur à cette occasion de même, sans doute. Bon, c’est globalement bien fait… et ça se lit bien, oui.

 

Rien de comparable, cependant, avec « Notebook Found in a Deserted House » (publication originelle dans Weird Tales en 1951), qui est de très, très loin la meilleure nouvelle de Robert Bloch ici compilée – à mon sens en tout cas, mais S.T. Joshi, qui loue souvent Robert Bloch dans The Rise, Fall, and Rise of the Cthulhu Mythos, émet pourtant quelques réserves à son encontre. Décidément… Mais qu’importe : moi, j’ai beaucoup aimé, na. Du fait d’un cadre rural (en Nouvelle-Angleterre a priori) angoissant à souhait, et surtout d’un procédé astucieux, tenant de l’hommage explicite tout en allant sans doute bien au-delà de ce que Lovecraft lui-même aurait considéré comme pertinent, belle manière dès lors de surenchérir et d’affirmer sur cette base une voix propre : la nouvelle consiste en effet, classiquement, en un « journal » ou du moins un témoignage écrit à la première personne – et, comme souvent chez Lovecraft, l’écrivain amateur pousse le vice en écrivant jusqu’à la toute dernière minute : en l’espèce, ici, il est même interrompu dans son élan… Je ne doute pas que Robert Bloch avait conscience des soucis de plausibilité que ce procédé entraînait, mais il l’utilise au mieux – peut-être un vague sourire aux lèvres, mais sans pour autant que cela sonne comme une parodie. Loin de là. Mais tout repose en fait sur cette idée essentielle consistant à confier la rédaction de ce témoignage… à un gamin de douze ans, qui plus est sous-éduqué. La plume maladroite de « l’auteur », ses fautes à répétition, contribuent à mettre en place une ambiance tout simplement parfaite, et étrangement terrifiante – d’autant, peut-être, que le procédé nous incite inévitablement à douter de la fiabilité du narrateur, qui, pour être un gosse, n’en franchit pas moins le seuil de la paranoïa à plusieurs reprises… Mais peut-on vraiment parler de paranoïa ? Car le fait demeure : aussi outré soit le récit, on garde tout au fond de soi la conviction que ce qui est ici couché sur le papier est bel et bien la pure et horrible vérité… C’est aussi effrayant que malin – clairement une des meilleures nouvelles du « Mythe » non écrites par Lovecraft en ce qui me concerne.

 

On passe à Henry Kuttner, avec « The Salem Horror » (Weird Tales, 1937)… nouvelle que j’ai trouvée horriblement mauvaise. Rien à sauver dans ce machin – qui constitue pour une bonne part une reprise, à la limite du plagiat, de « The Dreams in the Witch-House », à ceci près qu’elle en vire tout l’intérêt pour se focaliser sur ses aspects les moins probants (c’est peu dire). Lovecraft, à qui Kuttner avait soumis le premier jet de sa nouvelle (qui ne serait cependant publiée que deux mois après la mort du Maître), était à n’en pas douter conscient de ce fait, et si, en parfait gentleman, il ne semble pas avoir critiqué outre-mesure son correspondant à ce sujet, il n’en avait pas moins soulevé bien des défauts de ce projet de récit – mais Kuttner n’a semble-t-il pas su quoi faire de ces remarques… En résulte une nouvelle au mieux terne, souvent bien pire, qui rate tous ses effets… avant d’atteindre des sommets de grotesque lors d’un climax honteusement mal géré, où un occultiste a le mauvais goût d’intervenir pile au bon moment pour bannir quelque monstruosité tentaculaire mal définie et issue de nulle part à l’aide de colifichets, de signes, et de décoctions. Ceux qui trouvent insupportablement mauvaise la conclusion de « The Dunwich Horror » n’y survivront tout simplement pas (mais auront peut-être le temps, entre deux râles d’agonie, de réviser ou du moins relativiser leur sévère jugement quant à la nouvelle de Lovecraft…). Ajoutons que « The Salem Horror » – même si je suis encore moins sûr de moi en anglais qu’en français – m’a fait l’effet d’être très mal écrite, et tout aussi mal construite (avec une pseudo-chute, un vrai modèle de conclusion tombant à plat). On peut se demander, du coup (oui, naïvement, peut-être), pourquoi James Turner l’a conservée dans cette anthologie « révisée » : non seulement c’est une énième histoire avec sorciers et vieux grimoire, de celles dont il prétendait qu’il était bien temps de se passer, mais c’en est un ersatz tout particulièrement raté, au mieux inutile, au pire pathétique au dernier degré. J’ai Le Livre de Iod de Kuttner dans un coin, ça ne me donne pas exactement l’envie de me précipiter dessus…

 

Le niveau change radicalement avec la longue novella signée Fritz Leiber, « The Terror from the Depths », qui ne figurait pas dans l’anthologie originale (sa première publication a eu lieu en 1976, dans l’anthologie d’Edward P. Berglund The Disciples of Cthulhu – dont j’ai la version française dans un coin, faudra que). Un texte très ambitieux dans ses intentions – et par ailleurs, à en croire S.T. Joshi dans The Rise, Fall, and Rise of the Cthulhu Mythos, le seul texte « mythique » de Leiber à constituer véritablement un pastiche. C’est à vrai dire frappant au niveau du style – sacré contraste, du coup, avec bon nombre de textes qui précèdent, et notamment, à l’instant, le pauvrement écrit « The Salem Horror » de Henry Kuttner ; à vrai dire, Leiber en fait des caisses, oui, mais parvient miraculeusement à préserver une étonnante élégance… qui, dans un sens, en rajoute encore sur le style de Lovecraft, avec peut-être plus d’efficience – même l’adjectivite est belle, ici ! Par ailleurs, ce long récit (à la première personne, via un nécessaire « journal » – enfin non, plutôt un témoignage de dernière minute, là encore…) multiplie les allusions à l’œuvre de Lovecraft, en usant de nombre de ses personnages, notamment (et le Wilmarth de « The Whisperer in Darkness » en est même un des personnages principaux – mais dépeint physiquement et peut-être psychologiquement aussi comme Lovecraft, à n’en pas douter, et, dès lors, sa relation au narrateur fait sans doute ressortir chez ce dernier des traits qui l’identifient à Leiber lui-même), tout particulièrement un cercle de membres de l’Université Miskatonic, tous impliqués dans un vaste projet interdisciplinaire tournant autour du « Mythe de Cthulhu », des rêves et de leur résonance dans la réalité – ce qui aurait pu être grotesque (voyez Brian Lumley avec son organisation luttant contre les « DCC », à tout hasard), mais passe ici très bien (Leiber, sans surprise, était autrement habile…). Une autre dimension essentielle, relevée par Joshi mais très frappante de toute façon, c’est la profondeur psychologique des personnages – ou du moins du malchanceux narrateur, bien sûr (le désert est pour le moins fatal à sa famille, entre nécessaires caves et nécessaires serpents…) : il s’agit donc de conjuguer une horreur cosmique « externe » avec une horreur « interne » focalisée sur l’humain, et l’auteur montre que c’est possible, en réalisant cette union pas si contre-nature que cela à la perfection. C’est peut-être – sans doute ? – un élément essentiel justifiant ou du moins légitimant l’apparition dans la novella de Lovecraft lui-même (elle s’achève d’ailleurs avec la mort de l’écrivain, apprise via un télégramme), ou surtout de son œuvre : ses nouvelles sont explicitement citées (et le narrateur entame même une collection de Weird Tales pour rassembler tout ce matériau alors récent), y compris et peut-être même surtout celles mettant en scène des lieux « mythiques » pourtant bien réels dans la novella (Arkham et l’Université Miskatonic en premier lieu, bien sûr – mais, autre trait bien vu, la novella se déroule pour l’essentiel en Californie, et sans doute une Californie tout aussi « mythique » que la Nouvelle-Angleterre de Lovecraft), mais aussi, ce qui est sans doute autrement plus délicat voire sacrément perturbant, des personnages censément de fiction mais pourtant réels eux aussi (dont Wilmarth lui-même, mais aussi Armitage, Danforth, Peaslee, etc.) ; ce procédé, cependant, me paraît toujours aussi hasardeux – à l’instar de ce que je relevais pour ses précédentes occurrences dans des textes plus anciens de cette anthologie ; mais peut-être faut-il justement intégrer cette dimension au regard d’une certaine horreur psychologique, pouvant reposer en partie sur un narrateur non fiable ? Aucune garantie à cet égard cependant, je ne sais pas trop ce qu’il faut en penser… Mais la nouvelle, globalement, fonctionne très bien : elle est joliment écrite, intelligemment conçue, son jeu de références est ludique mais pas seulement (dépassant donc un bête catalogue façon « fan service ») ; j’aurais juste un bémol sur la toute fin, qui me paraît étrangement expédiée au regard de l’ampleur de ce qui précède… Mais ça reste une incontestable réussite.

 

La suite est autrement… redoutable… puisqu’il s’agit d’une nouvelle de Brian Lumley, l’immortel auteur du « cycle de Titus Crow » entre autres nazeries et merveilles. Il y a là une bizarrerie : l’anthologie originelle, compilée par August Derleth, comprenait deux nouvelles de son protégé Lumley, « The Sister City » et « Cement Surroundings », qui ont disparu de cette nouvelle édition par James Turner ; on peut supposer, à en juger par le niveau global des lovecrafto-derletheries de Brian Lumley, que ce n’est pas plus mal… Mais pourquoi, alors, en publier une autre en remplacement ? « Rising with Surtsey » (publiée originellement dans Dark Things en 1971, donc un peu après la compilation de Derleth) a ainsi intégré la nouvelle anthologie Tales of the Cthulhu Mythos, pour des raisons mystérieuses ; peut-être le directeur d’ouvrage y voyait-il un texte plus convaincant, méritant cette fois qu’on s’y attarde… mais ce n’est pourtant guère fameux – au mieux. Peut-être pas aussi catastrophique il est vrai que les Titus Crow : au moins, on échappe à la soupe de pseudo-fantasy des « Contrées du Rêve » dénaturées, et, en fin de compte, les parasitages derlethiens, par ailleurs volontiers repris par Brian Lumley dans d’autres de ses œuvres, ne se montent pas trop envahissants ici – il y a bien du « catalogue », pour les livres et les « déités », mais pas trop de cosmogonie manichéenne et a priori rien d’élémentaire ou de « familial », c’est déjà ça… On commence cependant par redouter le pire quand, après quelques brefs paragraphes d’introduction, l’astucieux et inventif auteur pompe sans vergogne la célèbre attaque en force de « The Thing on the Doorstep » (qui perd pourtant de son impact à être ainsi reléguée à la deuxième page, sans doute) ; un peu plus loin, il développe le thème d’une sorte d’ « épidémie de rêves », associée à l’émergence d’une île au large de l’Écosse (événement bien réel, ce qui ne sauve pas la nouvelle) – et donc, oui, c’est cette fois « The Call of Cthulhu » qui passe à la casserole. La nouvelle se traîne mollement dans l’ombre de ces deux références, pillées malhabilement, et le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne brille guère en comparaison… Tout cela, certes, est longtemps plus médiocre et inutile, peut-être, que fondamentalement mauvais ; mais, à mesure que l’on avance, le grotesque, au mauvais sens du terme, tend à prendre de plus en plus de place, jusqu’à une baston pour le moins risible. Bon… Mais ce que j’admire le plus, c’est sans doute la fin du « journal » du narrateur, qui constitue l’essentiel de la nouvelle (suivent de brefs appendices) ; il n’y a aucun doute sur le fait que ce témoignage est écrit, non oral ; on pouvait certes s’attendre à ce que, comme d’hab’, le narrateur écrive jusqu’à la toute dernière minute, au mépris de toute vraisemblance – trait commun chez Lovecraft et ses épigones… Mais Brian Lumley est talentueux, il va donc encore plus loin : son narrateur parvient semble-t-il à écrire (par magie je suppose) alors même qu’on lui enlève son matériel – la dernière phrase écrite est bien, et en italiques pour le principe : « No, don’t take the paper away… » Je trouve ça admirable (ça rivalise sans doute, chose que je n’osais imaginer, avec le « Aaaaaaaaaaaah ! » de Frank Belknap Long dans « The Hounds of Tindalos » – nouvelle autrement plus intéressante par ailleurs).

 

On passe à un autre protégé de Derleth, autrement plus sympathique, avec « Cold Print », une nouvelle de Ramsey Campbell qui avait été publiée pour la première fois dans l’anthologie originelle (1969 ; elle avait été écrite semble-t-il deux à trois ans plus tôt). Ramsey Campbell est un auteur qu’il faut que je découvre vraiment, dans le genre lovecraftien mais tout autant au-delà – ça fait longtemps que je me le dis, ça finira bien par arriver un jour, hein ? En attendant, « Cold Print » est une nouvelle pour le moins surprenante dans le cadre de cette anthologie ; je ne suis pas certain qu’elle soit totalement réussie, mais elle fait bien de l’effet et, surtout, fait preuve d’originalité dans le fond comme dans la forme – la nouvelle témoigne d’une voix personnelle, on ne peut probablement pas en dire autant de bon nombre des textes qui précèdent. Pour résumer très simplement, nous y suivons un homme (quelque peu irascible et désagréable…) errant dans Brichester (l’équivalent de Liverpool chez Ramsey Campbell) en quête de livres… différents… Son goût oppressant de la pornographie circulant sous le manteau l’amènera, bien malgré lui, à trouver pire encore : des livres de Lovecraft et Derleth ! Blague à part (elle n’est pas de moi…), notre anti-héros tombera ainsi sur le douzième livre des Revelations of Glaaki (dont on n’en connaissait jusqu’alors que onze)… Découverte fatale. Ce qui me déconcerte un peu dans tout ça, encore que cela puisse sans doute se défendre voire se justifier et soit probablement délibéré de la part de l’auteur, c’est cette distorsion entre une installation longue et détaillée et une résolution très rapide (mais étrangement effrayante). L’ambiance est toutefois remarquable de bout en bout, et cette manière d’envisager le thème éculé des « livres maudits » est très bien vue.

 

Un autre texte apparu initialement dans l’anthologie originelle : « The Return of the Lloigor », novella de Colin Wilson, qui était plus ou moins une commande de Derleth, lequel avait peu avant mis l'auteur (responsable d’une critique assez rude de Lovecraft) au défi d’écrire une histoire du « Mythe de Cthulhu », ce qui avait débouché sur le roman The Mind Parasites – Derleth, finalement convaincu par cette réponse, avait donc invité Wilson dans les pages de son anthologie du « Mythe », et il en est résulté ce récit collant plus frontalement aux canons du genre. Je ne suis pas tout à fait sûr de ce que j’en pense… Il y a sans doute de bonnes choses dedans – partir du mystérieux Manuscrit de Voynich, par exemple, quand bien même son déchiffrage par le narrateur, qui y identifie le Necronomicon, me fait l’effet d’avoir été un peu trop « facile » – et pas crédible une seconde, en fait… S’ensuit tout d’abord une sorte d’enquête littéraire, où de très nombreux auteurs et ouvrages sont cités, mais sans que cela donne pour autant une impression de bête « catalogue », comme c’est sans doute trop souvent le cas. C’est en fait assez malin, et tout à fait palpitant. Inévitablement ou presque, Wilson inclut Lovecraft lui-même ou plus exactement ses récits dans cette enquête ; de manière plus originale peut-être, et assez enthousiasmante en ce qui me concerne, il remonte ensuite jusqu’à Arthur Machen – une bonne partie de la novella se déroule au Pays de Galles, où le narrateur cherche à comprendre l’origine du Necronomicon de Lovecraft dans les collines décrites par Machen dans certains de ses plus célèbres récits… Wilson brode cependant sur les « clichés » du « Mythe » selon Lovecraft – plus ou moins (on peut noter, de manière plutôt intéressante, qu’il se réfère pas mal aux révisions, et surtout à « Out of the Eons », nouvelle qui traitait du continent perdu de Mu) –, tout en se basant à peu près exclusivement (au regard du bestiaire mythique du moins) sur les Lloigors, création pour leur part de Derleth (enfin, plus exactement, Derleth avait créé le « dieu » Lloigor et son jumeau Zhar ; Wilson a fait « des » Lloigors une race – sans s’en expliquer, procédé qu’il a semble-t-il utilisé en d’autres occasions, ou du moins dans The Space Vampires). En résulte une novella ambitieuse sans doute, maligne à l’occasion, qui détaille à loisir une sorte de « grand complot », par ailleurs non dénué d’implications philosophiques ou morales : en fait, Wilson, optimiste revendiqué et critique quant au « pessimisme » supposé de Lovecraft, inscrit son récit dans le cadre d’une opposition millénaire et occulte entre les Lloigors, étranges entités non-humaines caractérisées par un pessimisme de tous les instants (fruit de leur omniscience et de leur rationalisme ?), qui régnaient autrefois sur la Terre et notamment sur Mu, et leurs esclaves et créations, les humains (avec l’idée, empruntée à At the Mountains of Madness, d’une création par mégarde ou par jeu, équivalente à celle des Choses Très Anciennes), qui, d’une certaine manière, se doivent pour leur part d’être optimistes, comme si c’était dans leurs gènes… Pourquoi pas ? Mais le problème (outre un style qui m’a paru globalement bien terne, mais je ne suis sans doute pas très qualifié pour en juger) réside à mes yeux dans le jeu ambigu qu’entretient Wilson avec l’ésotérisme… J’ai du mal à suivre son narrateur, a priori un vieux professeur d’université tout ce qu’il y a de « sérieux » (même si son intérêt, avoué dès la première page, pour la pseudo-polémique attribuant la rédaction des pièces de Shakespeare à Francis Bacon constitue probablement un indice à cet égard…), quand, rencontrant un vieux colonel gallois délirant sur Mu, les tablettes Naacal, etc., il accepte immédiatement son discours occultiste, aussi absurde paraisse-t-il (les Gallois et les habitants de Providence sont les vrais descendants des hommes de Mu !), et se noie bientôt lui-même dans un hermétisme conspirationniste, où Charles Fort et compagnie servent de cautions pour tripper sur une série de faits-divers censément étranges, mais ne laissant pas la moindre place au doute, à en croire nos héros… En fait, quand nos deux enquêteurs de l’occulte, livrant leurs révélations au monde incrédule, en viennent à se faire rabrouer par des scientifiques et journalistes bornés et stupides, cela fait déjà quelque temps que j’ai cessé de croire, même « pour de faux », par jeu littéraire, à leurs élucubrations… Et j’y vois un problème. Ce que je veux bien croire chez Lovecraft, je suis amené à le rejeter chez Wilson. Il en joue sans doute, peut-être même astucieusement, mais ça m’a fait complètement décrocher sur la dernière partie de la nouvelle, de plus en plus outrée voire ridicule – je crois savoir que Colin Wilson, quelque temps après cette novella, a lui-même sombré dans l’occultisme de foire (à supposer qu’il en existe un qui ne soit pas « de foire »), ce qui a pu biaiser mon jugement quant à « The Return of the Lloigor » en y introduisant un élément de scepticisme qui aurait dû lui rester extérieur… Mais avis mitigé, voire « perplexe », donc.

 

Les textes restants sont tous des ajouts de James Turner. « My Boat », nouvelle de Joanna Russ, est apparue pour la première fois dans Fantasy and Science Fiction en 1976. Ce texte, comme bien d’autres, est passé sous silence par S.T. Joshi dans The Rise, Fall, and Rise of the Cthulhu Mythos, mais mérite pourtant bien à mes yeux qu’on s’y attarde. D’autant qu’il tranche pas mal sur la plupart des textes de cette anthologie « révisée », ne serait-ce que par son style délibérément oral (il s’agit vraiment d’une conversation tournant au monologue – ou disons plus exactement que nous n’entendons pas les répliques éventuelles de l’interlocuteur), et aussi parce qu’il met l’accent sur une dimension de l’œuvre lovecraftienne peu abordée dans l’anthologie : les « Contrées du Rêve », et notamment The Dream-Quest of Unknown Kadath (texte cité, au milieu d’autres allusions à Lovecraft lui-même, éventuellement « déformées »). Autre aspect à relever, peut-être, la manière dont l’auteure joue avec la thématique raciste (la base du récit se déroule en 1952, quand un lycée se voulant libéral accepte en son sein une jeune fille noire – fondamentalement géniale, mais aussi perturbante qu’elle est perturbée ; je suppose que le fait que son plus ou moins compagnon soit d’origine italienne et le narrateur juif n’a sans doute rien d’un hasard – le racisme plus ou moins conscient, plus ou moins larvé, de ce dernier joue d’ailleurs un certain rôle dans cette histoire). Il y a peut-être une dimension religieuse aussi… Sans doute, même. Quoi qu’il en soit, ce récit repose bien davantage sur l’onirisme et l’émerveillement que sur la terreur – même si l’inquiétude, du moins, est bien de la partie. La fin de la nouvelle en rajoute dans l’étonnant – elle se mue progressivement, de manière bien morose et peut-être même douloureuse, en une sorte de réflexion sur ce qu’il est possible d’écrire, a fortiori quand on exerce dans un registre « populaire »… J’ai plutôt apprécié, donc – c’est étonnant, et intéressant.

 

« Sticks », de Karl Edward Wagner, est paru originellement dans Whispers, en 1974. Il s’agit, au fond, d’une histoire relativement classique, et sans rien de bien compliqué en apparence, dans laquelle Wagner détourne l’hommage à Lovecraft en s’intéressant pour sa part à un illustrateur de pulps et autres récits « weird » ; à en croire S.T. Joshi dans The Rise, Fall, and Rise of the Cthulhu Mythos, on peut y voir l’authentique illustrateur Lee Brown Coye, qui avait fait dans la lovecrafterie chez Arkham House (et on trouve dans la nouvelle la maison d’édition Gothic House, qui y renvoie clairement, au milieu d’autres allusions limpides). J’ai tendu, pour ma part, à voir dans ce personnage point de vue un peu de Lovecraft lui-même, mais c’est bien sous un autre nom qu’il est envisagé ici – il est clairement l’auteur pour lequel, à titre posthume, l’illustrateur est supposé réaliser ses plus saisissantes créations, inspirées par ce qu’il avait rencontré au cours d’une mystérieuse exploration en 1942, et notamment pas ces curieux treillis de bois (façon « dreamcatchers » ?), qui semblaient de fabrication relativement récente, et le mettaient instinctivement mal à l’aise ; quant à ce qu’il avait vu dans le sous-sol mégalithique d’une ferme abandonnée… Son imagination, sans doute. « Sticks », au-delà de cette dimension hommage (plutôt bien vue par ailleurs, plus subtile que bien d’autres dans cette anthologie), est un pur récit d’horreur, et très pulp à sa manière ; c’est aussi un très bel exemple de ce que le genre peut susciter de plus convaincant, Wagner étant indéniablement un conteur habile – il faudrait que j’en lise davantage, il est très regrettable qu’il ait été aussi peu traduit de par chez nous…

 

Un nom connu ensuite : Philip José Farmer. « The Freshman » (Fantasy and Science Fiction, 1979) est une nouvelle assez étonnante, notamment au regard de son ton. La majeure partie de la nouvelle, ce qui vaut tout particulièrement pour les premières pages, adopte une approche assez clairement parodique : on y suit un sexagénaire, d’une ascendance trouble et autrefois auteur de fictions « weird », qui va s’inscrire en dépit de son vieil âge à l’Université Miskatonic pour y suivre des cours… d’occultisme. En fait, on comprend bien vite que tout le monde, sur ce campus, est impliqué d’une manière ou d’une autre dans des activités ésotériques, renvoyant éventuellement au « Mythe de Cthulhu » au sens le plus strict – les fraternités ô combien suspectes y entretiennent des bibliothèques secrètes, on devine çà et là des sacrifices humains, à moins qu’il ne s’agisse que d’invocations ayant mal tourné (de toute façon, on prétendra à la police, qui refuse d’enquêter sur le campus, que les jeunes défunts ont fait une overdose, rien d’autre), et on trouve même des graffitis « Yog-Sothoth sucks » sur les murs des toilettes : tout y est. En fait, cet exercice hautement dangereux (combien de pastiches prétendument humoristiques mais en fin de compte seulement navrants a-t-on subi ?) fonctionne plutôt bien, ai-je trouvé… Le ton de la nouvelle change au fur et à mesure, cependant, et même si la dimension parodique n’est pas évacuée d’un bloc, le récit se fait cependant plus grave dans ses dernières pages – jusqu’à se débarrasser enfin de tout humour. Le personnage point de vue, a fortiori dans sa relation étouffante à sa mère, a peut-être quelque chose de Lovecraft lui-même, au fond… Bien aimé dans l’ensemble.

 

Puis une vraie star : ni plus ni moins que Stephen King, pour « Jerusalem’s Lot » (nouvelle publiée à l’origine dans son recueil Night Shift en 1978 – Danse macabre chez nous, que je compte lire immédiatement après, ça fait bien trop longtemps que j’aurais dû le faire ; au passage, ne pas confondre « Jerusalem’s Lot » et Salem’s Lot, ou Salem chez nous, roman du même King mais portant sur les vampires, semble-t-il antérieur – et plus que correct dans mon souvenir). L’histoire se déroule forcément dans le Maine, eh, mais avec une originalité relative, l’époque : nous sommes en 1850, avec des rappels remontant aux décennies antérieures. Un récit épistolaire très classique, au fond, à base de maison maudite, de lignée qui ne l’est pas moins, et de visites perturbantes dans un village mystérieusement abandonné, non loin… La principale référence au lexique du « Mythe » repose sur de nombreuses allusions au De Vermis Mysteriis, mais l’ouvrage a l’air bien différent de celui qui fut inventé par Robert Bloch et attribué par lui à Ludwig Prinn, notamment en ce qu’il semble bien autrement ancien – ce qui, du coup, m’a renvoyé à la notice dans The Starry Wisdom Library ?) ; on trouve vers la fin des mentions de Yog-Sothoth, déformées, mais c’est à peu près tout (à moins de retenir aussi le nom du patelin, Chapelwaite ? J’ai eu, à la base, du mal à croire que ce « Waite » soit un hasard, mais peut-être, en fait – après tout, aux premières occurrences du terme, je me suis aussi demandé s’il fallait y voir une référence à Whitechapel, mais elle n’aurait aucun sens…). Sinon, ainsi que le note S.T. Joshi dans The Rise, Fall, and Rise of the Cthulhu Mythos, la nouvelle peut être vue comme brodant sur « The Haunter of the Dark » – oui, peut-être… Le fameux critique se montre par ailleurs assez frileux (comme souvent avec King ? J’ai cette impression, du moins…), reconnaissant à reculons que c’est « bien fait », mais sans relever d’habileté particulière de la part de l’auteur, ce qui me paraît un peu injuste – cette nouvelle, au fond, me fait l’effet de jouer dans la même catégorie que « Sticks » de Karl Edward Wagner un peu plus haut, qu’il avait autrement loué : c’est un bon récit d’horreur, très compétent, et qui, au-delà de son classicisme indéniable, séduit néanmoins amplement, notamment en raison de son ambiance ; louer l’un et dénigrer l’autre sur des bases aussi similaires me paraît difficilement défendable… Quoi qu’il en soit, « Jerusalem’s Lot » n’a sans doute rien d’un chef-d’œuvre, et n’a probablement pas de quoi susciter un enthousiasme démesuré, mais ça reste un récit « lovecraftien » plus que décent. King, bien sûr, en a commis d’autres…

 

La dernière nouvelle de l’anthologie révisée est « Discovery of the Ghooric Zone », de Richard A. Lupoff, publiée originellement dans Chrysalis en 1977. Un texte déconcertant à maints égards, et dont j’aurais envie de dire du bien… même si, en tant que nouvelle, il ne me paraît hélas pas fonctionner. C’est une nouvelle de science-fiction, et d’anticipation, prenant place pour l’essentiel en l’an 2337, soit quatre-cents ans très exactement après la mort de Lovecraft – à laquelle il est très lourdement fait allusion à maintes reprises (et que l’on « revit » même, si j’ose dire, dans un chapitre décrivant l’état du monde à l’heure précise où Lovecraft décède – ce qui fait sens, je suppose, dans l’optique géopolitique de la nouvelle, j’y reviens, insistant de manière très lovecraftienne même si avant tout spenglerienne sur la dimension éminemment transitoire des civilisations humaines). Mais donc, 2337 ; nous y suivons trois astronautes – au corps largement modifié du fait d’un certain transhumanisme de bon aloi (qui passe notamment par le cul) – découvrir, loin après Pluton, une mystérieuse « planète X » (et dixième planète du système solaire, du coup, puisqu’à l’époque on considérait encore Pluton comme étant la neuvième), qui ne manque pas de faire penser aux délires sur Nibiru, mais se voit ici appeler Yuggoth (malgré Pluton, donc). C’est sans doute là qu’est l’os – ou du moins le premier et le plus flagrant d’entre eux : ces trois personnages sont horriblement creux en dépit des promesses que leur contexte, tant géopolitique que technologique, paraissait pourvoir autoriser – leurs premiers dialogues sont à vrai dire assez consternants, et éventuellement absurdes ; tandis que leur exploration, à la fin, d’une lune de cette planète, présentant des traces indéniables de vie dans une époque reculée, ne débouche finalement sur rien – ou, c’est sans doute pire, sur une chute artificielle et téléphonée, bien trop hâtive et en rien satisfaisante. C’est dommage, parce que, au-delà, l’auteur crée ici un univers complexe et plutôt riche, relativement original sur certains points : le double problème est que, d’une part, ça ne contribue en rien à la thématique censément lovecraftienne de la nouvelle (ou fort peu, au-delà de la dimension philosophique notée plus haut – l’assaut des Profonds, notamment, fait vraiment pièce rapportée pour le principe… Mais j’ai tout naturellement pensé au jeu de rôle The Void, tant l’univers ici décrit par Lupoff se montre plus convaincant eu égard à cette ambition, tout de même), et que, d’autre part, cela implique pour le lecteur de se faire bombarder de lapidaires paragraphes d’exposition, peu appropriés dans ce format pour développer utilement un background aussi complexe… Du coup, ça ne marche pas ; et c’est tout particulièrement regrettable, parce qu’il y a sans doute quelque chose, ici – ce dont, après tout, ne peuvent pas se vanter tous les innombrables pastiches lovecraftiens à avoir été écrits, même à s’en tenir, comme ici, aux seules déclinaisons dans un cadre résolument différent de notre bonne vieille Terre du XXe siècle…

 

Bilan ? Il est double. Tales of the Cthulhu Mythos a indéniablement un aspect patrimonial : qui s’intéresse au « Mythe de Cthulhu » ne pourra que trouver enrichissante cette anthologie, au moins à titre documentaire, tout particulièrement les textes figurant dans la version originelle compilée par Derleth – et, heureusement, on y trouve quelques bons textes, d’un intérêt certain au-delà de la seule étude critique ; il est vrai que trop de mauvais pastiches viennent nuire à la qualité globale de l’anthologie, sous cet angle… Mais les textes rajoutés par James Turner, d’un niveau global probablement plus satisfaisant, permettent à cette nouvelle édition de ne pas viser qu’un public de fans complétistes : on y trouve de très bons textes, faisant honneur au sous-genre, et témoignant de la multiplicité des avatars du « Mythe », bien au-delà des seuls mauvais souvenirs qu’avaient pu laisser, disons, un August Derleth ou un Brian Lumley… Or plus de vingt ans se sont écoulés depuis cette révision, et le sous-genre de la lovecrafterie se porte sans doute au mieux – ce dont témoigne assurément The Rise, Fall, and Rise of the Cthulhu Mythos, où S.T. Joshi relève de très bons textes récents, qui ont su s’émanciper du carcan derléthien ; autant dire que l’anthologie pourrait à nouveau être révisée… mais sans doute cela aurait-il quelque chose d’un peu absurde – à procéder sans cesse par ajouts, on aboutirait peut-être à une masse guère cohérente ; mieux vaut conserver la relative dimension patrimoniale de ce recueil. Ce que l’on en retiendra, c’est en tout cas que, au milieu des pastiches sans saveur, il se trouve bien des textes de qualité, permettant d’envisager sous un meilleur jour cette fascinante entreprise de création « collaborative » sur laquelle ont débouché les meilleurs récits de Lovecraft – un phénomène rare, voire unique, et sans doute bien plus appréciable aujourd’hui qu’il ne l’était dans les années 1970-1980…

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CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (11)

Publié le par Nébal

CR L'Appel de Cthulhu : Arkham Connection (11)

Onzième séance de la campagne de L’Appel de Cthulhu maîtrisée par Cervooo, dans la pègre irlandaise d’Arkham. Vous trouverez les premiers comptes rendus ici, et la séance précédente .

 

Le joueur incarnant le bootlegger Clive était absent. Étaient donc présents l’homme de main Johnny « La Brique », la flingueuse Moira, le perceur de coffres Patrick, et ma « Classy » Tess, maître-chanteuse.

 

Sur Terre, Patrick, Fran et moi sommes sur la route entre Boston et Arkham ; je me gare à côté des deux voitures débordant d’Irlandais qui nous ont rejoint (Big Eddie est accompagné de trois solides sbires, Seth de quelques autres). Sans être à proprement parler sur les nerfs, ils ont bien conscience que la situation est tendue. Ils nous disent de nous abriter derrière les voitures, qu’on ne puisse pas nous voir depuis la route. Big Eddie, voyant Fran, nous demande sèchement qui elle est – elle est pour sa part un peu surprise par la tournure des événements, voire inquiète devant la carrure et le ton de Big Eddie. Je réponds que nous l’avons rencontrée dans notre excursion inattendue, qu’elle a beaucoup de choses intéressantes à nous dire, et par ailleurs qu’elle s’est montrée compétente et fiable. Mais Big Eddie affirme que, si nous ne parvenons pas à la faire parler, il s’en chargera personnellement… Big Eddie nous interroge alors sur la voiture que nous avions en quittant Boston, je lui dis que nous avons dû la laisser un peu plus loin sur la route – avec dans le coffre la conductrice bien intentionnée dont nous avons réquisitionné le véhicule… Les sbires de Big Eddie s’y rendent pour dissimuler nos traces. D’autres restent avec nous, dont Seth, qui demande à Patrick : « Vous l’avez revu ? Le… Le démon ? Sans tête ? » Patrick acquiesce, disant en outre que nous lui avons concocté une petite surprise – et il brandit sa mitraillette. « Il est fini ? » Patrick répond qu’on ne peut pas en être sûr… Mais il a bien impressionné Seth, qui lui donne une tape amicale dans le dos (malvenue, Patrick étant toujours dérangé…), et dit aux autres que ça, c’est un vrai Irlandais, un vrai de l’IRA ! Je m’impatiente, dis que nous manquons de temps – notamment Patrick, d’ailleurs, qui a besoin d’un médecin… Mais ce sont les ordres de Danny, nous répond Seth ; Patrick lui demande alors si Danny sait dans quel état il se trouve… Il répète qu’il a besoin d’un médecin, et de toute urgence.

 

Nous voyons alors apparaître un grand semi-remorque, qui roule dans notre direction, et arbore le logo de la boisson à la mode, le « Miska-Tonic ! » ; le camion se gare à la suite des autres voitures, fait une marche arrière, et deux types vont ouvrir la double-porte de la remorque ; on distingue à l’intérieur nombre de caisses et palettes. Les Irlandais nous font signe de monter à bord – un couloir se faufile entre les caisses. Nous ne pouvons nous empêcher de nous demander quelles sont les conditions de sécurité aux abords d’Arkham pour imposer ce procédé… Je monte, en faisant signe à Fran de me suivre – elle obéit, mais a de nouveau peur, et mordille encore ses doigts… Patrick nous suit à son tour : il ne demande que ça, bouger… Au fond de la remorque, au bout du passage, se trouve, dissimulé aux regards extérieurs, un espace plus dégagé, avec cinq chaises relativement confortables autour d’une table, une lampe au plafond, et un panier comportant des bières et du whisky. Le camion redémarre, et nous nous asseyons. Fran nous adresse tout d’abord un regard interrogatif, puis se sert d’elle-même une bière dans le panier : « Les Irlandais font les meilleures bières, à ce qu’il paraît ? Prost ! » Pour ma part, je préfère un whisky – quant à Patrick, il ne se sent pas d’avaler quoi que ce soit…

 

Sur l’astéroïde, Pete O’Reilly, plus ou moins dissimulé, par atavisme, dans un trou du sol, est fébrile, fatigué, affamé, assoiffé, son teint est brunâtre… Il hésitait à suivre Johnny, Clive et Moira, mais cette dernière l’a convaincu. Ils restent à l’abri du bâtiment, derrière les cuisines – sauf Clive, dont ils ont perdu le contact à l’intérieur.

 

Les « navigateurs », ou « commerçants », les bêtes lunaires, se dirigent vers le jardin, comptant mettre la main sur d’éventuels survivants pour les « ramener ». Leur peau est blafarde comme la lune, par ailleurs semée de cratères ; leur nombre d’yeux est variable (un, deux, trois…), et ils sont de forme ovale ; elles n’ont pas de nez, pas d’oreilles, pas de sexe, pas d’anus ; leurs bouches sont de taille variable, laissant parfois entrevoir des dents hérissées de manière chaotique ; ils sont par ailleurs nus ou presque, et d’apparence grossière – pouvant évoquer des dessins d’enfants ; on devine une certaine hiérarchie – certains sont clairement des exécutants ; le rang social semble indiqué par le nombre de harnais et autres bandes de cuir qu’elles arborent, auxquels sont attachés des armes (harpons, crochets destinés à la torture, chaînes noires de crasse, des colliers et des menottes également…). Elles sont suivies par des « satyres », clairement des esclaves, qui ont l’air mal nourris et épuisés, et obéissent par réflexe. Arrivés au jardin, elles s’arrêtent, et lâchent, avec une délectation sadique : « Vous venez prendre vos chaînes, ou nous venons vous enchaîner ? »

 

Moira, tétanisée par ce spectacle et ce qu’il implique, s’effondre au sol et ne peut s’empêcher de vomir. Johnny n’a plus confiance qu’en son arme, il est possédé par le désir de violence. Il dit froidement à Moira de partir, rien de plus, et marche en direction des bêtes lunaires. Elles s’en réjouissent tout d’abord… mais saisissent bientôt l’état de Johnny, et sortent leurs armes : « Humain ! Rends-toi ou meurs ! » Johnny ne répond pas, il continue d’avancer… Pete aide Moira à se relever ; elle est toujours affolée, mais a conscience qu’il leur faut profiter de ce que les bêtes lunaires vont se jeter sur Johnny ; elle envisage de rejoindre directement le bâtiment des cages, mais, pour Pete, c’est du suicide : mieux vaut faire le détour par l’autre côté, sous peine d’être repérés, quoi que fasse Johnny…

 

Devant Johnny, les bêtes lunaires forment un demi-cercle – au centre se trouve une d’entre elles, d’allure un peu différente, et portant notamment des sortes de vêtements ; elle n’a par ailleurs pas de lame, seulement un bâton – mais aussi deux livres enchaînés à sa ceinture et dotés de fermoirs en métal. Une des bêtes lunaires tient des esclaves en laisse, tire sur la chaîne de l’un d’eux et lui ordonne d’attaquer ; le satyre ne comprend tout d’abord pas ce qu’il doit faire, et se fait fouetter en conséquence ; il s’empare alors d’un sabre et charge Johnny… mais il est trop fatigué pour porter des coups efficaces, et son sabre s’échappe même de ses mains trop faibles ! Johnny en profite, et l’éviscère.

 

Pete et Moira ont atteint l’autre extrémité du grand bâtiment – prêts à traverser jusqu’à l’arrière de l’atelier ; mais Pete a besoin qu’un adulte lui dise quand traverser… Moira prend l’initiative, et leur discrétion n’est pas prise en défaut, ils agissent au meilleur moment.

 

Les bêtes lunaires s’amusent de la mort de leur esclave, qui les fait rire aux éclats… Johnny dégage sa hache du cadavre, et attend la suite des opérations, restant sur place. La bête lunaire au centre du demi-cercle, de sa main gauche, soulève un de ses livres, et entame une litanie, tout en se dirigeant, accompagnée d’esclaves, vers la cabane où se trouve l’autel…

 

De retour sur Terre, dans le camion en route pour Arkham. Fran, qui a décidément soif, est curieuse du goût du Miska-Tonic !, et nous demande si elle peut se servir. Je lui réponds qu’à ce stade, je ne pense pas qu’une caisse ouverte pose problème… Elle en ouvre une à l’aide d’un pied de biche, et prend une cannette. Elle nous demande si nous en voulons, nous répondons négativement ; Patrick l’étonne, à ne rien boire, elle trouve ça bizarre pour un Irlandais… Je lui réponds qu’il boit ce qu’il veut. Fran sirote sa boisson, semble lui trouver un goût étrange… puis s’évanouit. Je me précipite sur elle, et reconnais dans son état une crise allergique (j’avais déjà vu ça chez une de mes collègues, du temps où j’étais femme de ménage) ; sa respiration est hachée, ses yeux sont retournés sous ses paupières closes ; je m’assure qu’elle respire mieux, lui prends le pouls (d’abord frénétique, mais qui tient bon), et m’empare d’une cannette, que je dissimule sur moi.

 

Cela fait longtemps que nous roulons – en fait, nous avons probablement du retard, nous aurions déjà dû être arrivés… Les cahots sont tout particulièrement ressentis par Patrick toujours dérangé – il suppose que nous nous trouvons désormais sur un chemin de terre. Je reste sur mes gardes, guettant l’ouverture de la porte arrière de la remorque. Trente minutes plus tard, nous roulons toujours… Fran se sent probablement un peu mieux, ou du moins le plus gros de la crise est passé, mais elle est toujours inconsciente. Patrick s’interroge sur le Miska-Tonic ! Quelques minutes après, le camion s’arrête enfin – nous supposons être dans la périphérie rurale d’Arkham. J’entends, à quelque distance, des cris de porcs… et Fran qui gémit dans son sommeil, appelant son père. Puis des pas qui se rapprochent… La porte arrière est ouverte, une personne est montée à bord et s’avance dans notre direction. Je me planque sur le côté, derrière des caisses, à tout hasard, tandis que Patrick arme sa Thompson… Mais c’est Danny O’Bannion ! Il semble amusé par la mitraillette de Patrick… et me repère immédiatement ; il m’adresse un clin d’œil, et m’invite à m’assoir.

 

Il voit Fran au sol, se penche sur elle, puis nous adresse un regard interrogatif, en sortant un cigare ; il attend visiblement des explications. Patrick lui dit : « Elle revient comme nous de l’Enfer, et est maintenant à nos côtés. Ça te suffit ? » O’Bannion demande si nous pouvons lui faire confiance ; je lui explique qu’elle est une victime d’Hippolyte Templesmith, et qu’elle a beaucoup de choses à raconter. Patrick dit qu’il a plus confiance en elle que dans ce Miska-Tonic ! Mais O’Bannion se contente de dire que ce n’est pas le sien… Puis il prend la direction de la conversation – en nous expliquant que, parfois, avec Elaine, il se livrait à des « jeux de rôle » au cours desquels ils échangeaient leurs personnages (à la suggestion d’un psychiatre, tabassé pour la forme – O’Bannion acceptant difficilement qu’on lui dise de faire la femme…) ; c’était amusant, cependant, peut-être même utile… On joue ? Nous devinons la présence d’hommes armés, tout près… Patrick dit qu’il a tout d’abord besoin d’un médecin. O’Bannion en convient, mais nous parle alors de son oncle (par ailleurs le grand-père de Big Eddie) qui, quand il avait des doutes, embarquait tous les suspects dans sa ferme, et les torturait à mort avant de les donner aux cochons… quand il avait obtenu toutes les informations utiles. Il nous demande si c’est là une « bonne réaction ». Il a certes été éduqué comme ça, mais je me demande s’il n’a pas conscience que ce comportement ne serait rien d’autre qu’un gâchis sanguinolent… Je lui réponds qu’il serait dommage de se séparer ainsi d’éléments utiles ; jouer des rôles, par ailleurs, j’ai fait ça toute ma vie, je veux bien continuer, mais pense néanmoins que la sincérité serait autrement plus utile… Patrick se contente de lui dire que nous sommes des rescapés de l’Enfer où O’Bannion lui-même nous a envoyés… Ce dernier sourit, et dit qu’il pense que j’ai raison… Il prend Fran, la soulève sur son épaule, et s’en va vers la porte du camion en nous faisant signe de le suivre.

 

Dehors, Patrick repère huit hommes armés (certains avec des pistolets, d’autres avec des mitraillettes) ; O’Bannion leur adresse un signe négatif de la tête – ils cessent de nous regarder, et se dirigent vers une très belle ferme. On devine Arkham a une dizaine de kilomètres de là, au-delà des champs. La ferme – qui comprend notamment un grand enclos à cochons – est une sorte de résidence secondaire d’O’Bannion. On y reconnaît quelques Irlandais – des types grillés qui ont besoin de se mettre temporairement au vert, leur présence n’étant plus souhaitable à Arkham, mais quelques « débiles » aussi, qui n’ont pas vraiment d’autre utilité et travaillent ici…

 

O’Bannion nous dit que nous vivrons désormais ici, le temps que les choses se calment (même si, à tout hasard, il me jette un porte-clés, celui d’un luxueux appartement de French Hill, en ville). Et, à l’intérieur de la ferme, nous trouverons du papier et des stylos : à nous d’écrire… Je dis cependant à O’Bannion qu’une conversation, en plus, serait sans doute utile… Dans l’immédiat, les hommes d’O’Bannion ont récupéré des affaires chez nous (nos divers logements à Arkham sont bien sûr sous surveillance) ; on y trouvera aussi un mot des frères Fletcher, qui nous ont même laissé une partie de leur butin après avoir braqué une banque (O’Bannion s’est visiblement servi dans le magot, prélevant sa part, et il n’y a rien à y redire, c’est très correct). O’Bannion nous dit aussi qu’un « curieux », qui s’inquiétait de nous, se trouve à l’intérieur, à l’étage, ligoté… Patrick insiste : il a besoin d’un médecin ! O’Bannion dit à Seth de contacter Nick (son toubib personnel, en principe jamais en lien avec ses hommes de main), et lui refile Fran au passage.

 

O’Bannion me demande si je désire lui parler ; c’est le cas, je me dirige à sa suite dans les champs. Je lui laisse entendre qu’à l’évidence il savait bien des choses sur Templesmith, des choses qu’il nous a caché : ce n’était pas un simple rival en affaires ou en amour, mais bien plus que ça… O’Bannion admet qu’il s’en doutait. Nous en a-t-il assez dit ? Car Patrick a raison : c’est bien en Enfer qu’il nous a envoyés ! Avec l’affaire de la bague, cela fait deux fois que Johnny et moi nous coltinons des missions hors-normes, clairement surnaturelles, et terriblement dangereuses ! Ne peut-il pas nous faire confiance, nous dire ce qu’il sait avant de nous ordonner de nous jeter dans la gueule du loup ? Cette histoire de confiance vexe visiblement O’Bannion… Je lui explique que je ne doute pas de sa confiance à la base – sans quoi il ne nous aurait pas confié ce genre de boulots délicats – mais que davantage de cette confiance serait profitable à tout le monde… O’Bannion attend que nous lui fassions notre rapport, afin d’en savoir davantage. Il ajoute que, si nous réussissons ce travail, la récompense sera à la hauteur : on aura le poste qu’on souhaite, pépère ou plus risqué à notre convenance, ou même la possibilité de se retirer avec un joli magot… Je suppose que ça en vaut la chandelle. Je lui promets un rapport complet, exhaustif. Je lui demande aussi s’il a une idée d’où sont passés les autres, mais ce n’est pas le cas… C’est la fin de la promenade, sans ambiguïté à cet égard – O’Bannion me tend son cigare entamé, je l’accepte, il me fait une légère courbette, m’invite à me détendre quelque peu en profitant de la sécurité de la ferme, puis à écrire mon compte rendu – il repassera alors pour en parler avec nous. Il évoque brièvement Drexler, notant qu’il nous en veut visiblement, mais ne s’étend pas davantage sur la question… Je lui glisse que j’ai lancé des recherches à l’Université Miskatonic, où je ne peux pas me rendre en l’état… Mais il me dit qu’il n’est pas Dieu, juste un conseiller municipal : il ne peut pas tout faire… Il m’adresse un clin d’œil, puis marche d’un pas plus pressé vers sa voiture, où son chauffeur l’attend.

 

Sur l’astéroïde, tandis que Moira et Pete contournent l’atelier (vers lequel se dirigent le « chef » des bêtes lunaires et ses esclaves), Johnny est en plein combat contre les esclavagistes. Les bêtes lunaires visent sans hésitation son bras droit – ou ce qu’il en reste. L’une d’entre elles est armée d’un fouet d’un cuir inconnu s’achevant par des griffes de métal, tandis qu’une autre manie un sabre, et une autre encore un harpon. Johnny bondit sur le côté et évite leurs assauts. Mais différents végétaux autour de lui émettent des bruissements, et semblent se tisser entre eux, jusqu’à former une sorte de tresse préhensile, qui cherche à s’enrouler autour des pieds de Johnny – mais celui-ci voit venir et l’évite. Il attaque la bête lunaire armée d’un fouet, mais elle esquive elle aussi.

 

Moira et Pete voient tout cela – Johnny est visiblement mal parti, submergé par ses adversaires… Pete dit clairement à Moira qu’il va se faire massacrer ! Mais Moira lui répond qu’ils ne peuvent plus rien faire pour lui… Le temps que la situation se décante, ils restent cachés derrière l’atelier.

 

La tresse s’enroule enfin autour de la jambe gauche de Johnny – qui a la sensation que son pied s’enterre. La bête lunaire au fouet, en voulant porter un nouveau coup, fait cependant un faux mouvement et se griffe le visage ! Mais Johnny se fait harponner – et il est maintenant aux portes de la mort… Deux bêtes lunaires, qui se trouvaient derrière le sorcier (lequel a arrêté de psalmodier – son invocation concernait sans doute les plantes), constatent l’inefficacité de leurs lames, et s’avancent vers Johnny au sol avec des filets. Celui-ci tire sur la chaîne du harpon, visant le sorcier… Sans grand effet, si ce n’est que ce dernier ordonne à ses sbires de tuer Johnny pour cette insulte. Johnny est maintenant prisonnier d’un filet, qui le sépare en outre de sa hache. Les bêtes lunaires s’emparent de chaînes pour l’immobiliser encore davantage, et usent de leur poids pour le maintenir au sol, tandis que d’autres s’approchent armées de lames ; le sorcier est ravi, arborant un rictus sadique : « Regarde-moi, humain ! »

 

Moira voit et entend ce qui se passe tandis que le petit groupe entre dans l’atelier. Pete la serre de plus en plus fort. Moira lui demande s’il a une arme, ce n’est pas le cas, et elle lui donne la plus petite de ses deux dagues. Puis ils foncent à toute allure vers les cages… mais celles-ci sont très loin, et ils ne vont pas aussi vite qu’ils le voudraient – ils sont épuisés, et incapables de conserver ce rythme, ils doivent reprendre leur souffle… Une bête lunaire les aperçoit quand ils sont contraints de ralentir voire de s’arrêter, et prévient ses congénères.

 

Johnny, immobilisé, ne peut quasiment rien faire – à peine peut-il éviter un premier assaut en usant de sa force pour se déplacer au sol ; il cherche à mordre ses agresseurs aux mollets, mais sans succès…

 

Moira et Pete aperçoivent alors quelque chose de petit qui s’approche de l’astéroïde, et qui scintille, d’une certaine manière : c’est Radzak (mais Moira ne l’avait encore jamais vu, elle était inconsciente quand le chat, Johnny et Clive ont eu leur petite conversation), qui se pose tranquillement au sol avec une élégance toute féline. Il secoue sa fourrure cristalline, presque transparente, et balaye la scène du regard, un sourire cruel et sadique vissé sur sa face. Les bêtes lunaires l’ont vu arriver, et semblent terrifiées. Radzak s’avance dans leur direction : « Chers… anciens… collègues… » Les bêtes lunaires reculent, et semblent même oublier Johnny. Une d’entre elles s’avance, cependant, comme pour négocier, et appelle le chat par son nom… Moira et Pete en profitent pour reprendre leur course vers les cages – Moira a repris suffisamment de souffle et parvient à destination, mais ce n’est pas le cas de Pete, qui s’arrête stupéfait à mi-chemin… Radzak se jette alors sur les bêtes lunaires, semblant presque voler de l’une à l’autre, et les massacre… Il écrase littéralement le crâne d’une d’entre elles d’un simple coup de patte. Pete vomit…

 

Moira fouille la cabane aux cages, mais n’y trouve rien d’utile – et pas la moindre « porte »… Les esclaves lobotomisés dans une cage s’agitent, mais n’ont pas l’air menaçants – ils sont trop paumés pour ça. Par contre, Moira entend des hurlements dehors, qui s’arrêtent petit à petit… et un miaulement de ravissement sauvage. Elle sort la tête par la porte d’entrée pour avoir un aperçu de ce qui se passe : elle voit Pete en train de vomir, et le chat qui se déplace à une vitesse telle qu’il semble se dédoubler – comme s’il avait un don d’ubiquité ; une fois qu’il a achevé toutes les bêtes lunaires, il se pose, l’air satisfait, et lèche sa peau cristalline recouverte d’un sang jaunâtre…

 

Johnny se secoue, essayant vainement de se libérer des chaînes, mais n’y parvient pas…

 

Moira tourne autour du bâtiment, se demandant si la porte qu’elle cherchait ne se trouverait pas à l’extérieur… Pete l’aperçoit et, en sanglots, l’appelle à l’aide ; mais Moira se contente de lui faire signe de venir…

 

Radzak s’approche doucement de Johnny, qui lui lance : « T’arrives un peu tard… » Radzak lui répond : « Vous me prenez pour un sauveur ? Toi mal en point, humain… » Il le regarde, curieux : « Tes amis ont subi le même sort ? » Johnny répond qu’il n’en sait rien… Radzak indique d’un geste Pete, et demande à Johnny : « Il est à vous, ce gamin ?

­— Ouais, il vient de chez moi…

— Tu aimerais qu’il y retourne ?

— Ouais… »

Radzak appelle Moira : « Tu ne veux pas assister aux derniers moments de ton ami ? » Sa voix est éventuellement chargée d’un certain sadisme, mais pas menaçante pour autant. Moira ne répond pas de suite : elle essaye de grimper sur le bâtiment, cherchant la « porte » sur son toit, mais n’y parvient pas. Ce n’est qu’alors qu’elle va chercher Pete : « Viens, gamin… » Radzak pose alors sa patte avant droite sur la tête de Johnny, qui perd conscience, puis il se retourne pour faire face à Moira et Pete, qui approchent enfin, résignés. « Je croyais les humains plus respectueux… Le laisser comme ça… » Moira lui demande comment ils peuvent rentrer chez eux. Radzak : « Je t’aime bien, toi… » Il se rapproche d’elle, se frotte contre ses jambes, tandis que Pete avale sa salive. Radzak demande à Moira : « Que pensez-vous donc de notre ami commun, ce cher Hippolyte ? » Tandis que Johnny s’éveille vaguement et crache du sang, Moira reprend, obsédée : « C’est sérieux… Dis-moi comment rentrer sur Terre… »

— Quel intérêt aurais-je à vous laisser repartir ?

— Je ne sais pas, dis-moi ce que tu veux… »

Johnny, dans le vague, crache : « T’as le gosse ! » Mais il se reprend aussitôt : « Non, touche pas au gosse… » Radzak dit qu’il souhaite la mort de « 6X », et demande à Moira si elle peut la lui promettre. Moira acquiesce – et Radzak semble développer une relative estime pour elle ; il lui dit que, pour partir, il faut prononcer une phrase rituelle… et faire un sacrifice humain. Moira, écœurée, demande s’il n’y en a pas déjà eu assez… Radzak lui dit que, dans ce cas, ils ont ce beau navire, désormais vide – ils pourraient devenir des explorateurs, faire de magnifiques découvertes ? Mais visiblement, ils n’en ont guère envie…

 

Radzak hausse les épaules, et s’approche à nouveau de Johnny, tandis que Moira serre Pete contre elle, et lui cache les yeux de la main. Radzak, de toute façon, ne manque pas de le dire : « Ce spectacle ne vous plaira pas, vous feriez mieux d’aller m’attendre dans les cages… » Ils s’éloignent… Johnny lui dit de faire vite. Radzak lui demande pourtant un instant, saute et disparaît dans le vide, réapparaît devant l’atelier, disparaît à nouveau, et se rematérialise enfin à côté de Johnny – il a maintenant dans ses griffes des petits cubes de bois, qu’il assemble grossièrement. « Maintenant, nous savons tous ce qu’il reste à faire… » Il sort une griffe, et regarde Johnny dans les yeux : « Un dernier mot, Terrien ? » Mais Johnny ne parvient à rien dire. Radzak dit qu’il ne voudrait pas qu’on lui attribue une réputation de pitié… mais tanche la gorge de Johnny d’un coup rapide et précis : « La Brique » meurt en quelques instants…

 

Radzak rejoint alors Moira et Pete, fait une litanie, et les regarde : « Je vous en prie, détournez les yeux, c’est assez gênant… » Moira lui tourne le dos, et se protège les narines du bras – ce qui ne suffit pas à masquer la très forte odeur de pisse de chat… « C’est bon », dit enfin Radzak. Moira se retourne, et une porte se précise de plus en plus. Radzak l’interrompt : « J’ai failli oublier… En tant qu’alliée, tu vas devoir tenir ta promesse… » Il tend une patte à Moira, contenant une sorte de cristal transparent. « Prends-en soin. Quand tu seras proche de la réalisation de ta promesse, plonge-le dans une flaque de sang, et j’apparaîtrai… Mais tu connais le caractère des chats : ne compte pas sur moi pour arriver dans la seconde… » Puis il tend une boîte à Moira (abritant cette fois de la cervelle…) : « Bon retour chez vous, Terriens… Passez le bonjour à ʺ6Xʺ… » Moira se tient devant la porte – exactement semblable à celle qui se trouvait chez Templesmith ; elle l’ouvre, et la franchit avec Pete – sans plus se soucier de Clive, qui ne s’est pas manifesté depuis qu’il s’est réfugié dans le grand bâtiment. Elle perd à nouveau connaissance, ainsi que Pete à ses côtés…

 

De retour sur Terre, à la ferme d’O’Bannion. La propriété est scindée en deux : à gauche se trouve un ensemble plutôt luxueux, ou du moins cossu (meubles de qualité, fauteuils confortables…), qui nous est réservé, tandis que les « fermiers » disposent de la partie de droite. Patrick s’est installé dans le salon ; il est bien mal en point, et Seth appelle Nick, le médecin personnel de Danny O’Bannion, pour qu’il s’en occupe, après avoir déposé Fran inconsciente sur un canapé. Je les rejoins après m’être entretenue avec O’Bannion dans le champ.

 

Seth nous dit qu’il y a un « nouveau », destiné à intégrer notre « petit groupe d’élite » : il s’agit de Dwayne, qui nous attendait dans le salon.

 

[C’est le personnage qu’incarne désormais le joueur qui était jusqu’alors Johnny « La Brique ».]

 

C’est un homme assez grand, que nous avions déjà croisé à l’occasion. Patrick lui trouve un regard semblable au sien, peut-être un brin cynique ou blasé – le regard d’un homme qui a vu des atrocités… Nous savons que c’est un ancien militaire, et qu’il a fait de la prison dans ce cadre. Je sais aussi qu’il est en couple avec une certaine Brienne, avec qui j’étais en classe… Il donne en tout cas l’impression d’être ouvert ; il fume beaucoup, boit s’il en a la possibilité, apprécie le cas échéant la musique folklorique irlandaise : Seth, à sa demande appuyée par Pete, en met un disque ; j’aurais pour ma part préféré du jazz, mais bon…

 

Seth revient bientôt nous dire que Nick est en route. Patrick demande ce qui est arrivé aux autres, je lui dis que je l’ai demandé à O’Bannion, mais qu’il n’en a pas la moindre idée. Patrick est obsédé par l’idée d’aller les aider – mais je lui dis que nous ne savons même pas où ils sont… Et O’Bannion attend notre rapport. Patrick insiste : on ne laisse pas des amis en arrière ! Mais je lui dis qu’il n’est visiblement pas en état de partir à leur rescousse, et, à vrai dire, moi probablement pas beaucoup plus… Dwayne est intrigué par ce que nous disons de nos camarades disparus, mais ne s’implique pas davantage pour le moment.

 

Fran se réveille. Je lui pose doucement une main sur l’épaule, ce qui la fait sursauter. Elle émerge, prend conscience de la musique, nous voit, nous demande ce qui s’est passé. Je lui dis qu’elle semble avoir fait une réaction allergique en buvant du Miska-Tonic !, et lui demande si ça lui était déjà arrivé. Elle avance doucement que ça l’a fait penser à ce que Hippolyte Templesmith lui donnait à manger… Je lui demande si elle peut en dire davantage, mais pas ici : Fran me guide vers la salle de bains pour une « discussion entre filles ». Elle enlève ses vêtements et s’assied dans la baignoire, prostrée. Le soda lui a provoqué des aphtes, et un mal de ventre extrême. Elle m’explique que Templesmith lui donnait à manger de la « viande hachée », sans qu’elle se fasse d’illusions quant à sa provenance : une fois, il lui aurait même donné un morceau de la jambe de son propre père ! Je compatis, mais lui dis qu’elle ne doit rien nous cacher, c’est important. Elle ne pensait de toute façon pas en parler à qui que ce soit un jour… Elle semble avoir confiance en moi ; elle me demande si elle pourra être embauchée par O’Bannion, je lui dis que j’y veillerai, mais qu’auparavant elle doit elle aussi rédiger un rapport circonstancié. Nous papotons quand même un peu, à propos d’O’Bannion… Fran a l’air surprise à chaque allusion ou presque. Elle me demande de lui laisser une heure pour se remettre, après quoi elle se lancera dans le rapport.

 

Je rejoins les autres dans le salon. La musique folklorique irlandaise me tape sur les nerfs, je vais changer le disque sans demander son avis à qui que ce soit, et mets du jazz ! Nick arrive peu après – un homme bedonnant, avec des lunettes, vêtu d’une blouse blanche, et portant une mallette ornée d’un caducée. On avait besoin de ses services ? Patrick le confirme, lui disant qu’il est tout cassé, ou haché menu, de l’intérieur… Nick sort un stéthoscope tandis que Patrick ôte sa chemise, et Nick l’ausculte, lui prenant aussi la température et lui palpant le torse : « Ça vient des tripes ? Peux-tu localiser la douleur ? » Patrick ne peut rien indiquer de précis, mais a l’impression de pisser le sang de toutes parts… Nick palpe alors du côté des viscères, et Patrick hurle de douleur – comme si des centaines d’aiguilles s’étaient plantées dans son estomac et ses intestins… Je m’approche et regarde tout cela de plus près. Nick demande à Patrick s’il veut quelque chose dans quoi mordre, et lui tend de quoi faire, puis palpe à nouveau, très doucement, là où Patrick a ressenti la plus vive douleur. « Tu as mangé quelque chose de louche, Patrick ? » Celui-ci répond que non, qu’il n’a de toute façon rien mangé, ou presque : quelques choses chez Otto, mais la douleur était déjà là – elle vient de ce qu’il a franchi des « portes »… Il ne veut pas mourir, pas comme ça. Nick continue de l’interroger : a-t-il vomi récemment ? Oui, il y avait un peu de sang dans la bile… Même chose pour ses selles et son urine. Peut-être y avait-il aussi d’autres choses, en plus du sang, des choses qu’il ne saurait définir… Nick lui laisse entendre que la pensée peut avoir des conséquences physiques, sans s’étendre davantage sur le sujet ; il lui donne deux cachets : un à prendre de suite, un autre après le dîner. Il nous fait l’effet d’être très professionnel, à la hauteur de sa réputation… mais Patrick suspecte qu’il n’a aucune idée de ce dont il souffre, que cela le dépasse complètement, ou peut-être qu’il entend dissimuler ses craintes ; quant au médicament, c’est très probablement un placebo… Patrick le gobe néanmoins (il a goût de sucre). Nick lui dit qu’O’Bannion l’a visiblement à la bonne, et qu’il faudra qu’il donne de ses nouvelles. Patrick lui répond : « Tu seras invité à mon enterrement… » Fran nous rejoint au moment où Nick s’en va.

 

De retour à Moira. Celle-ci reprend conscience avant Pete, et sent l’odeur d’une boîte « consumée ». Elle est étendue par terre, sur de la moquette. Elle comprend bientôt qu’elle est de retour dans le bureau de Hippolyte Templesmith, à côté de la porte « donnant sur le vide »… Et elle entend plusieurs personnes dans la pièce d’à côté. Pete gémit faiblement, et Moira lui plaque la main sur la bouche. Pete se réveille enfin, et Moira lui chuchote qu’ils ont « réussi »… Pete lui demande où ils se trouvent, et Moira ne lui cache pas qu’ils sont dans le bureau de « 6X », et qu’ils ne sont pas seuls… Mais elle cherche à le rassurer, lui disant de ne pas s’en faire. Elle se rapproche doucement de la porte… mais n’est pas assez discrète, et on la repère dès qu’elle l’entrouvre ! Un homme en costume se trouve dans la grande pièce à côté, accompagné de quatre autres personnes vêtues de manteaux longs à haut col et de gants… et ils puent le poisson. Ils la regardent, interloqués… Puis l’homme au milieu crie : « Chopez-la ! » Moira, instinctivement, se retourne, s’empare de Pete, voulant tenter de sauter par la fenêtre avec lui (il fait nuit dehors… et ils sont à quatre mètres de hauteur) ! Mais leurs jambes s’emmêlent dans leur course, tandis que les quatre sbires s’approchent…

 

[La joueuse incarnant Moira a dû s’arrêter là pour cette séance. Les personnages de Dwayne, Patrick et Tess étant ensemble, nous avons néanmoins poursuivi de notre côté.]

 

De retour à la ferme d’O’Bannion. Fran, qui ne connaît pas Dwayne et est quelque peu méfiante, joue la garçonne, lui laissant bien vite comprendre qu’il n’a aucune chance de la draguer. Elle se présente tout de même, mais sèchement, et va s’asseoir.

 

Avant de rédiger mon rapport, je vais faire un tour dans ma chambre à l’étage – curieuse de voir précisément ce qui a été récupéré chez moi. Mais, dans le petit salon entre les chambres, je trouve le « curieux » ligoté, les yeux bandés et un journal roulé enfoncé dans la bouche, dont parlait O’Bannion ; il sursaute quand je m’approche de lui – et je le reconnais : c’est Stanley, mon contact à la bibliothèque de l’Université Miskatonic ! Je m’approche encore, lui ôte le journal de la bouche et le bandeau de ses yeux. Il est terrifié, avançant sans trop y croire qu’il ne faut pas lui faire de mal, qu’il a des relations à l’Université ! Et il me reconnaît, stupéfait : je serais donc une… criminelle ? « Tout de suite les grands mots… » Je l’invite à se calmer et se reprendre, lui tends ses lunettes et le libère de ses cordes. Je lui offre même un thé, quand il se montre trop paniqué pour me répondre – il veut bien, et je lui en sers un, délibérément trop chaud (il se brûle)… Il est terrifié, ne cesse de répéter que, ne sachant pas de toute façon qui l’a enlevé, il ne témoignera contre personne, on peut lui faire confiance ! Mais je coupe court à ses promesses et jérémiades, et lui demande s’il a pu travailler sur le livre que je lui avais confié. Il est interloqué… mais me répond : ce livre, du nom de Magie véritable, est tout bonnement affreux… Ce n’est pas, contrairement à ce qu’il croyait tout d’abord, l’œuvre d’un dément, mais le journal d’un « chasseur de sorcières » du Massachusetts, probablement jeune, vers 1700, au cours d’un voyage entre Boston et Arkham – il y exprime ses « doutes » quant aux femmes soupçonnées de sorcellerie alors, et torturées pour cette raison ; l’idée, c’est qu’il aimerait « comprendre » plutôt que de simplement « combattre »… On trouve dans son livre la retranscription de rituels et autres sortilèges ; Stanley lui-même n’est pas bien sûr d’y croire, mais ne cache pas que ça l’angoisse… tout en l’intéressant, à son corps défendant peut-être. Il s’attarde notamment sur ce qui y est dit des « anges », ou « ailes savantes », ainsi que sur la création de signes de défense occulte contre la « magie » des « créatures » (il me tend un papier reproduisant ce signe – une étoile à cinq branches avec un œil enflammé en son centre – et accompagné de notes). Je le remercie pour son bon travail, et me félicite de ce qu’il dispose maintenant d’un endroit au calme pour avancer dans ses recherches… Il n’en revient pas : est-il notre prisonnier ? Non, non, disons, un « invité »… Il est pour le moins déçu, grommelle qu’il ne me voyait pas comme ça… Mais je lui dis que rien de tout cela ne dépend de moi, et lui assure que, le moment venu, il retrouvera son travail et son quotidien, comme si de rien n’était. En attendant, il peut envisager son séjour ici comme des « vacances studieuses »… Qu’il finisse donc de travailler sur le livre ; ceci étant, j’en ai récupéré d’autres qui pourraient l’intéresser (je pense surtout au livre de mathématiques de Stuart, et aux notes de son étudiant Mortimer Campbell ; mais Patrick avait rassemblé encore d’autres ouvrages lors de notre périple). Cette surcharge de travail – laissant entendre qu’il ne quittera pas son nouveau foyer de sitôt – l’effraie, bien sûr, mais tout en l’intéressant quelque peu… Il me demande si je crois à tout cela, mais je lui dis que ça n’a aucune espèce d’importance – et de même pour lui, bien sûr. Je l’effraie, en tout cas – et m’en délecte… Quand je lui tends les autres ouvrages (je suis tout particulièrement curieuse en ce qui concerne les notes), il me dit cependant qu’il ne peut pas tout étudier à la fois, il vaut mieux qu’il se concentre sur un seul livre, sans quoi il ne pourra pas se montrer efficace… Déjà qu’il y travaille six heures par jour… Six ? Je lui dis que ce n’est pas suffisant ; disons huit – et quelqu’un de dispos pour lui servir thés et collations, qu’il ne manque surtout de rien. Stanley, trop effrayé pour protester, accepte – je vais alors trouver un des gardes de la ferme, lui confiant la mission de surveiller Stanley et de veiller à l’assister.

 

Puis je me mets à la rédaction de mon rapport : je m’applique, je veux faire quelque chose de très sérieux, très complet. Je précise d’emblée que seul O’Bannion doit le lire – après quoi je ne dissimule rien des événements surnaturels auxquels nous avons été confrontés.

 

Patrick, de son côté, met quatre heures à rédiger son propre compte rendu. Il souffre d’un léger inconfort, constamment, même si supportable dès l’instant qu’il ne s’agite pas ; il n’est en tout cas guère concentré, et bâcle un peu les choses : son récit n’est guère circonstancié, il va succinctement à l’essentiel. Il évoque le surnaturel sans ambages, de même pour toutes les horreurs qu’il a vécues. Il a conscience que ses convictions, qu’elles concernent la foi ou plus largement la philosophie, ont été rudement affectées par ce qu’il a vu, et il est plus que jamais dans le doute…

 

Fran rédige son rapport de son côté, tandis que Dwayne tue le temps en buvant des bières avec les « fermiers » (il peut loger ici, même si, n’étant pas recherché pour sa part, il n’a aucune difficulté pour retourner chez lui à Arkham).

 

Seth nous retrouve plus tard, et s’empare de nos récits. Il nous tend aussi un journal : Hippolyte Templesmith fait les gros titres – suite aux ignominies dont sa famille a été la victime (la mort de ses parents lui conférant une popularité supplémentaire), il a tenu un discours démagogique au possible en plein centre-ville d’Arkham, annonçant qu’il se portait candidat au poste de maire de la ville, qu’il entend bien « nettoyer ». Le journaliste ne tarit pas d’éloges à son sujet, et se fait l’écho des acclamations de la foule (nous sommes fin décembre, les élections auront lieu en février).

 

En attendant, que faire ? Patrick y revient sans cesse : il nous faut retrouver nos camarades ! Le dialogue de sourds se poursuit : je répète bien sûr qu’il sera pour le moins difficile de retourner chez Templesmith (où la sécurité est probablement encore accrue), à supposer même que nous pourrions y retrouver Clive, Moira et Johnny : nous n’en savons rien, nous n’avons aucune idée d’où ils sont ! C’est tout juste si je concède que les hommes de Templesmith pourraient quant à eux en avoir une idée, mais je ne suis guère convaincue… Patrick, plus va-t’en guerre que jamais, brandit même sa mitraillette. Alors je m’avance auprès de lui… et le touche brièvement là où ça lui avait fait mal quand le médecin le palpait – il hurle de douleur ! Après quoi je lui demande s’il croit vraiment être en état de se rendre chez Templesmith… Tout à sa souffrance, Patrick ne répond pas. Dwayne, de son côté, se dit prêt à nous suivre – même s’il est loin de connaître tous les tenants et aboutissants de notre aventure ; mais il ne cache pas que se jeter comme ça dans la gueule du loup lui paraît « un peu chaud »… Mais Patrick reprend, sur un autre terrain : il semble croire que, s’il est un endroit où son état pourra s’améliorer, c’est sans doute chez Templesmith ; et son obsession de retrouver les autres ne le lâche pas une seconde. Fran, à maints égards, l’admire vraiment pour son esprit chevaleresque – d’autant qu’il l’a sauvée et s’est toujours montré très sympathique envers elle –, mais elle ne peut dissimuler son inquiétude à l’idée de retourner en Enfer… J’insiste : peut-être nous faut-il effectivement y retourner, mais pas question de s’y rendre comme des brutes, il nous faut nous préparer, avec le plus grand soin. Fran renvoie aux conseils que lui donnait son père : on pourrait attirer le pigeon sur notre terrain – il est en effet trop risqué d’aller le débusquer chez lui… Dwayne l’appuie, tandis que Patrick s’effondre dans un fauteuil en grommelant. Je dis qu’il nous faut préciser nos objectifs. Sauver les copains, oui, mais est-ce qu’attirer Hippolyte Templesmith nous serait vraiment utile à cet effet ?

 

Nous avons peut-être une aide inattendue cependant : je montre aux autres, en le leur résumant, le rituel de protection retranscrit par Stanley – le symbole doit être gravé ou peint sur n’importe quelle matière… mais sa création implique aussi un sacrifice (celui d’un humain, ou d’un grand animal éventuellement, voire un sacrifice « spirituel » consistant en longues heures de méditation). L’auteur de Magie véritable semble convaincu de son efficacité, mais, au fond, pour notre part, nous n’en savons rien… Patrick demande à Fran si ce symbole lui dit quelque chose, mais ce n’est pas le cas, c’est la première fois qu’elle le voit. Dwayne trouve ça « flippant »… Patrick me demande si j’y crois, mais je n’en sais rien – je ne sais plus que croire après tout ce que nous avons traversé…

 

Patrick va voir Seth, tandis que je vais me livrer à une revue de presse, avec l’assistance de Fran. Dwayne, de son côté, étudie les documents que nous avons ramené de chez Templesmith, et tout particulièrement la liste de noms que j’avais recopiée dans son bureau. Nous connaissons tous Robert Carlyle, richissime playboy, connu par ailleurs pour ses déboires alcooliques – même si la presse, tout en jouant le jeu du scandale, ne se montre pas forcément hostile à l’encontre du puissant personnage. Dwayne a aussi entendu parler du docteur Herbert West, médecin qui avait quitté Arkham il y a quelques années de cela, après avoir été soupçonné de profanations de sépultures, ce qui n’avait pas manqué de révulser ses collègues de l’Université Miskatonic… Le nom de Charles Reis, nous l’avons croisé : le carnet de notes récupéré chez Templesmith est à son nom. Mais nous ne savons pour l’instant rien des autres : Mortimer Campbell (que nous redoutons certes d’avoir rencontré sous forme de rat…) et Kristen Johnson, Tina Perkins, et enfin Pierce Hawthorne…

 

Patrick, Fran et moi regagnons l’étage, où Stanley est en plein travail. Patrick lui demande ce qu’il pense de ce qu’il a « traduit », mais Stanley, visiblement mal à l’aise, dit qu’il est aussi perdu que nous à ce sujet, sinon plus… Mais y comprend-il quelque chose ? Il ne voit pas quoi rajouter, il fait ce qu’il peut…

 

Je me mets à ma revue de presse. Fran s’ennuie, elle me demande si elle peut m’aider – volontiers, et je lui laisse les journaux de Boston, ville qu’elle connaît autrement mieux que moi. Je ne trouve rien de bien utile de mon côté… mais Fran se tend subitement, pousse un bref cri et éclate en sanglots : un article lui a révélé que le garage d’Otto a subi une mystérieuse attaque… et que des cartes d’as de pique ont été disséminées sur les cadavres, un vrai massacre. Dwayne, attiré par le cri, vient voir ce qui se passe… Mais Fran se reprend un peu, et va fumer une cigarette dehors ; je l’accompagne pour fumer moi aussi, sans dire un mot… Ma présence lui pèse visiblement, elle a besoin de rester seule, et je ne tarde pas à rentrer et à rejoindre les autres.

 

Patrick aimerait appeler O’Bannion, mais il n’est pas joignable pour le moment ; il peut lui laisser un message, mais il faut que le contenu soit précis, il n’appréciera pas un lapidaire « Danny, viens »… Patrick dit simplement : « On a toujours des soucis. » Mais Seth lui dit que ce genre de message, justement, ne lui plairait guère… Peut-il préciser ? « On était cinq, on n’est plus que deux… »

 

De mon côté, j’essaye de travailler sur les notes de Mortimer Campbell – voir du moins si je parviens à repérer des termes précis, les grandes lignes, ce genre de choses… C’est visiblement le brouillon d’une thèse, développant une théorie assez fantasque en vertu de laquelle les émotions pourraient agir physiquement. Mortimer y parle de l’expérience « des poussins », qu’il a réalisée. Les poussins, instinctivement, prennent la première chose qu’ils voient pour leur mère, et la suivent instinctivement. Mortimer, ainsi, a conçu un bâton avec de la peinture rouge et bleue en guise de repère maternel et, effectivement, c’est bien ainsi que les poussins l’ont envisagé. Mais, plus tard, il a complexifié l’expérience en confectionnant une toupie aux mêmes couleurs, et a établi des statistiques déconcertantes : non seulement les poussins voient dans la toupie leur mère… mais, en outre et surtout, celle-ci réagit comme si les émotions des poussins l’attiraient, et elle s’avance dans leur direction ! À l’en croire, il y a là la base d’un système « expliquant » la magie… J’en parle aux autres.

 

Dwayne compte retourner à Arkham pour se renseigner sur les noms inconnus de la liste – d’abord à l’état civil, le cas échéant au commissariat pour consulter le casier judiciaire, ou dans les archives des journaux… Je redoute pour ma part de retourner à Arkham dans ma situation – mais finis par me persuader que mon habileté pour le déguisement devrait se montrer suffisante pour que je ne risque rien ; un peu à regrets, je décide donc d’aller moi aussi à Arkham, avec en tête de recourir une nouvelle fois à mon réseau de femmes de ménage, voir s’il y en aurait parmi elles qui pourraient m’apprendre des choses quant aux noms inconnus figurant sur la liste… Patrick, à certains égards, n’a pas besoin de se déguiser outre-mesure, depuis qu’il a perdu ses cheveux en franchissant la porte chez Templesmith ; il se trouve même quelques lourdauds à la ferme pour le chambrer à ce sujet, lui proposant une perruque… Rien de bien méchant sans doute, mais Patrick n’est pas d’humeur, et ne répond pas à ces blagues – ce qui jette un froid. Il envisageait d’accompagner Dwayne – mais, même dans ces conditions, ce dernier n’a guère envie de se promener dans les institutions d’Arkham en compagnie d’un criminel recherché… Patrick reste donc ici, tandis que Dwayne et Fran d’un côté, moi de l’autre, nous rendons à Arkham – j’ai bien pris soin de me déguiser au mieux, avec des vêtements relativement stricts, et d’adopter une coiffure, non seulement très différente de celles que j’arbore habituellement, mais aussi mieux à même, grâce à une frange, de dissimuler mes traits…

 

Il est environ 17h quand Dwayne arrive à la mairie, accompagné de Fran. L’employé du registre de l’état civil lui adresse un regard sombre, il est en train de fermer… Mais Dwayne lui propose de faire un peu d’heures supplémentaires, sortant 2$ en billets… Tout se négocie, laisse entendre l’employé : si, par mégarde, un usager venait à oublier un billet de 5$ sur place, il pourrait accorder au dit usager un peu de temps pour faire ses recherches à des heures indues… Mais Dwayne s’en tient à sa première offre : si l’employé n’en veut pas, tant pis pour lui… Fran rajoute cependant 1$ de sa poche, et l’employé accepte le marché : il leur laisse une heure pour fouiller les registres portant sur les vingt dernières années. Dwayne et Fran se penchent d’abord sur le cas de Herbert West ; celui-ci a vécu et étudié à Arkham ; issu d’une classe moyenne pauvre, il a sans doute bénéficié de bourses universitaires, laissant supposer qu’il était très compétent dans son domaine (la médecine) ; mais il a donc disparu après les accusations de profanations de sépultures portées à son encontre – il semblerait qu’on l’ait vu pour la dernière fois dans un « lieu de contrebande », à savoir la ferme des Tulliver… où nous savons que se trouve un certain docteur East.

 

Je me rends chez Carol et Abbey. Je toque à leur porte, au rez-de-chaussée ; j’entends Carol demander qui est là, et réponds que c’est Tess. Silence. Je retoque… « J’arrive », entends-je. La porte s’ouvre. Carol est visiblement très inquiète, et ne maintient pas le contact visuel, ses yeux sont fuyants – rien à voir avec son comportement jusqu’alors, elle qui se montrait très chaleureuse à mon encontre… Abbey n’est guère plus rassurée, cependant… Elles me demandent si ce que l’on raconte dans les journaux est vrai, en montrant la photo du cambriolage chez Templesmith ; je leur dis, sur le ton de la plaisanterie ambiguë, qu’elles voient bien que la femme sur cette photo n’a pas du tout la même allure que moi… Elles ne sont bien sûr pas dupes, mais je ne l’espérais pas. Carol quitte la pièce – j’ai l’impression qu’elle a une douleur à la bouche… Abbey, gênée, me demande si j’ai tué les parents de Templesmith, comme on le dit – je lui réponds que non, et qu’il ne faut pas croire tout ce que l’on lit dans les journaux… Mais je remarque alors que la porte d’entrée est entrouverte. J’appelle Carol, qui ne répond pas… Je comprends que je ne peux pas rester plus longtemps ; je laisse une copie de la liste de noms à Abbey, à tout hasard, lui disant que je repasserai plus tard pour voir ce qu’elle peut m’apprendre à leur sujet – mais je doute de pouvoir le faire… Je sors de l’appartement ; la porte du concierge est entrouverte ; j’entends Carol : « Elle est là, je vous dis ! » La porte s’ouvre quand je la dépasse, Carol me voit, m’adresse un regard haineux, et dit au concierge que je suis en train de m’enfuir… Pourquoi ai-je fait ça aux pauvres parents de Hippolyte Templesmith ? Je la traite de pauvre conne, et accélère le pas, tandis qu’elle se met à hurler, signalant ma présence à tout l’immeuble… Mais je monte en voiture, prends soin de faire quelques détours pour m’assurer que je ne suis pas suivie, et décide alors d’aller jeter un œil à l’appartement de French Hill.

 

Dwayne se penche maintenant sur le cas de Tina Perkins : c’est une fleuriste à Arkham, sur French Hill Street, qui tient une boutique de qualité, appelée Au Jardin d’Eden. Après quoi l’employé de mairie incite Dwayne et Fran à quitter les lieux. Dwayne le remercie, puis va acheter des cigarettes pour Fran. Il compte cependant passer devant la boutique, faire un repérage. Fran l’accompagne, et c’est elle qui me voit, en voiture, non loin de leur destination. Dwayne s’arrête à ma hauteur pour me dire ce qu’ils ont trouvé – le nom de la boutique ne m’est pas inconnu, j’ai subi bien des prétendants pénibles qui avaient le mauvais goût de dire que les fleurs qu’ils m’offraient venaient de cette très bonne et très coûteuse boutique…

 

Dwayne redémarre, et je poursuis ma route jusqu’à l’appartement ; il se trouve dans un hôtel particulier de luxe, c’est une garçonnière de Danny O’Bannion. Un gardien, en bas, me fait signe de la tête : il est de la maison. L’appartement est au premier étage, tranche sur l’allure géorgienne du quartier par ses éléments art déco ; une grande baie vitrée donne sur la rue toujours très animée. Il y a deux chambres avec des grands lits – l’une d’entre elles est clairement… « romantique ». Je fouine un peu, afin de voir si l’on n’y aurait pas laissé quelque chose à notre intention ; j’y trouve quelques bonnes bouteilles, comme celle que Big Eddie a été contraint de m’offrir… Il y a aussi des tenues de ville basiques, pour femmes et pour hommes, et enfin des produits de base, ainsi que quelques conserves… Je décide de retourner à la ferme.

 

La boutique Au Jardin d’Eden est toujours ouverte – ou du moins elle est toujours allumée, et il y a des clients à l’intérieur, Tina Perkins semble faire des heures supplémentaires. Dwayne pénètre à l’intérieur, accompagné de Fran ; mais les vendeuses disent qu’elles sont désolées, elles vont devoir fermer… Mais la boutique sera ouverte le lendemain, et ils peuvent s’ils le souhaitent laisser une commande. Mais Dwayne n’y tient pas, et dit qu’il reviendra. Il fait le tour du bâtiment avec Fran afin de s’en faire une idée et de repérer l’arrière de la boutique. Sans doute la fleuriste habite-t-elle au premier étage. Derrière, il y a une petite cour, avec un mur de 2m de haut – Dwayne repère une arrière-salle en dur, rajoutée plus récemment au bâtiment autrement plus ancien. Puis Dwayne et Fran rentrent eux aussi à la ferme.

 

Nous nous y retrouvons tous, et dînons ensemble. Dwayne parle de Tina Perkins et de sa boutique, ainsi que de Herbert West en mentionnant la ferme Tulliver – ce qui fait tiquer Patrick, qui avait rencontré le Docteur East…

 

Après quoi je vais voir Stanley, à l’étage, qui continue de travailler tout en mangeant. Je l’interroge sur Herbert West ; il ne sait plus comment s’adresser à moi, mais je lui dis que « Tess » fera l’affaire ; il me parle des rumeurs sur son compte qui couraient à l’Université Miskatonic, et dit qu’il valait mieux ne pas le fréquenter… Mais ce n’était pas un mauvais élève en ce qui concerne ses résultats, bien au contraire, il était très compétent… Mais Herbert était un dément, qui pensait pouvoir vaincre scientifiquement la mort ! Il faisait office de croquemitaine sur le campus, d’une certaine manière. Quelqu’un le connaissait bien, sans doute… mais il est mort, et sa tête a même disparu ! Il s’agissait de Smith Hawthorne, son ancien professeur (de la famille du Pierce Hawthorne figurant sur la liste de Templesmith ?).

 

Je redescends. Patrick s’est endormi. Dwayne envisage d’aller visiter la boutique de Tina Perkins dans la nuit ; quant à moi, je pense me rendre à la ferme des Tulliver… mais peut-être vaudrait-il mieux y aller accompagnée.

 

À suivre…

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Jessica Jones (saison 1)

Publié le par Nébal

Jessica Jones (saison 1)

Marvel’s Jessica Jones, saison 1 (treize épisodes), 2015

 

Au cas où, SPOILERS probables…

 

Très agréablement surpris par l’adaptation en série télé (enfin, sur Netflix) de Daredevil, j’étais curieux de tenter d’autres choses dans ce goût-là. Or, parallèlement à la série consacrée à Matt Murdock, Marvel et Netflix ont lancé un ambitieux programme plus ou moins centré sur le quartier de Hell’s Kitchen, et destiné à mettre en scène plusieurs super-héros dans une optique globalement « street level » (me semble que c’est comme ça qu’on dit ?), dans un véritable univers partagé autorisant bien des passerelles, voire de véritables crossovers, d’une série à l’autre ; on a ainsi annoncé une série consacrée à Luke Cage, et, ai-je cru comprendre, une autre à Iron Fist (forcément ?). Mais, en attendant, la deuxième série de cet ensemble a donc été consacrée à Jessica Jones, personnage sans doute bien moins célèbre – et bien plus récent, faut dire.

 

À vrai dire, je ne connaissais pas le moins du monde ce personnage quand je me suis lancé dans le visionnage de la série qui lui est consacrée – du fait de bons à très bons échos, globalement, outre ma curiosité attisée par la réussite de Daredevil. Tout au plus savais-je qu’elle était apparue dans une série du nom d’Alias – rien à voir avec la série télé du même nom – sous la plume de Brian Michael Bendis (que j’ai surtout apprécié pour ses vieux polars en noir et blanc, Torso, Jinx et Goldfish, qui mériteraient bien d’être réédités de par chez nous – mais ça tombe bien, Jessica Jones jouant clairement dans cette catégorie, au-delà de la thématique super-héroïque pour le coup « déplacée » pour en faire quelque chose d’inattendu et plutôt intéressant) et le crayon de Michael Gaydos. Mais au-delà ? Rien. Ceci étant, il n’est pas dit que ce soit forcément un handicap, cette série télé prenant visiblement quelques distances avec le matériau de base (malgré la présence de Bendis en consultant ? Probablement bien plus que pour Daredevil, en tout cas – ultra-violence mise à part… On notera au passage que celle-ci n’est somme toute guère de mise ici, en dépit de quelques rares exceptions – par contre, il y a bien plus de fesses, même si rien de frontal ; malédiction inhérente aux personnages féminins ?).

 

Jessica Jones, donc, est une détective privée (ça n’arrive pas forcément tous les jours), nécessairement alcoolique et vulgaire, et dont la vie est passablement merdique (elle est interprétée par Krysten Ritter, que je trouve plus que correcte dans le rôle, en dépit du fait qu’elle souffre elle aussi du syndrome de la bouche toujours ouverte ; mais son physique bien éloigné des inévitables poupées Barbie auxquelles on confie usuellement les rôles titres – même si elle n’est certainement pas dénuée de charme –, ainsi que sa vulgarité plus authentiquement punk que naïvement punkette, collent bien au personnage, ou du moins en créent un de parfaitement convaincant). Il se trouve qu’elle dispose de superpouvoirs (essentiellement une force surhumaine, et une habilité parfois fort utile à faire des sauts improbables), mais c’est une chose qu’elle vit très mal – et, contrairement à tous ses « collègues » ou presque, elle n’a nullement l’intention d’enfiler un costume craignos pour coller des super-tatanes aux super-vilains… Dans la BD, elle avait semble-t-il un passé de justicière costumée, mais je n’ai pas l’impression que ce soit vraiment le cas ici (en dehors, peut-être, de quelques vagues allusions comme quoi elle aurait « essayé », mais non, décidément, non).

 

Par contre, elle a bel et bien eu maille à partir avec un beau spécimen de super-vilain, mais débarrassé lui aussi de l’attirail costumé : il s’agit du redoutable Kilgrave, inspiré par le personnage Marvel de l’Homme-Pourpre tout en en prenant ses distances sur bien des points, et joliment interprété ici par le fantabuleux David Tennant (je ne vous ferai pas l’affront de citer son rôle crucial du côté des séries télé…), qui s’amuse visiblement comme un petit fou à incarner un gros, gros connard, pour un résultat pleinement convaincant. C’est même probablement le plus gros atout de cette première saison… D’autant que Kilgrave dispose lui aussi d’une faculté anormale, d’un « don », et non des moindres : il peut, de sa voix, prendre le contrôle de qui que ce soit, ordonnant alors à ceux qui ont le malheur de se trouver à portée de commettre les actes les plus atroces (avec une prédilection pour le meurtre et plus encore l'automutilation et le suicide). Chose qu’on ne sait pas forcément au tout début – on ne sait alors qu’une seule chose : Jessica Jones souffre d’un syndrome de stress post-traumatique, qui suscite régulièrement des hallucinations et des cauchemars, et qu’elle ne peut tenter de combattre qu’en récitant vainement la litanie des rues de son enfance… Mais, bien sûr, Kilgrave revient – il n’allait pas se cantonner au rôle de fantasme ! Et sa perversité – dont on verra l’origine, dans des passages plus ou moins convaincants – l’amène bientôt à monter toute une série de plans plus tordus les uns que les autres, afin de « relancer » sa relation intime avec Jessica ; qui devra l’aimer, et/ou souffrir… C'est ainsi un lien tout personnel qui fournit le moteur de la série, chose très appréciable.

 

Et, du coup, une banale enquête sur une disparition – au cours de laquelle Jessica sauve une jeune fille du nom de Hope Schlottman (Erin Moriarty, vite insupportable…) – vire bientôt au cauchemar le plus névrotique : Kilgrave, une fois de plus, a attrapé Jessica dans ses filets… Et celle-ci est d’autant moins en mesure de l’affronter qu’elle est bouleversée par les horreurs que son « maître » lui a fait commettre jadis.

 

Il existe d’autres personnages récurrents – mais plus ou moins réussis… Du côté des plus intéressants, je relève, et c’est tout particulièrement appréciable, Luke Cage (Mike Colter, doté d’une solide présence dépassant le seul physique de colosse, et bénéficiant ainsi d’un vrai charisme), qui entretient une relation aussi passionnée que houleuse avec notre détective – je n’ai aucune idée de ce que pourra donner la série basée sur ce personnage, mais ça me donne un a priori plutôt positif. Un rôle plus secondaire m’a également parlé : le personnage de Malcolm Ducasse (Eka Darville), que l’on découvre en junkie mais versant plutôt rigolo, autorisant dans les premiers épisodes des gimmicks clairement axés comédie, puis que l’on voit sombrer de plus en plus dans l’horreur de l’addiction… mais qui s’avèrera en définitive le personnage le plus positif de la série, sans que le contraste verse dans la caricature – à mes yeux tout du moins.

 

D’autres, hélas, sont plutôt ratés... ou peut-être plus exactement « frustrants », tant on devine en eux un potentiel certain, mais qui ne parvient, pour le moment en tout cas, pas du tout à briller – quand ce n’est pas carrément le contraire… Il en va ainsi de Patricia Walker, autrefois « Patsy », maintenant « Trish », animatrice de talk-show après avoir été une grande star de la télé quand elle était encore gamine – elle est en fait la demi-sœur de Jessica Jones, adoptée après le terrible accident de la route qui a provoqué la mort de ses parents et de son petit-frère… et qui a probablement « révélé » ses étonnants pouvoirs, d’une manière qui reste ambiguë tout au long de la série (à ceci près que les tout derniers développements de cette première saison mettent en place un fil rouge à ce sujet, pour une éventuelle deuxième fournée). Trish est ainsi la meill… la seule amie de Jessica Jones, et a l’ambition parfois envahissante de faire le bien, ou de pousser Jessica à le faire. Il y a incontestablement du potentiel dans ce personnage à part et, finalement, tout aussi improbable qu’une super-héroïne (ce qu’elle a semble-t-il été dans de vieilles BD de la Marvel, mais je n’ai pas creusé le sujet ; on suppose cependant qu’elle pourrait bien vouloir endosser ce rôle…) ; pour le moment, hélas, je ne le trouve guère bien servi… D’autant que – même si cela se justifie sans doute, dans un jeu d’opposition –, elle adopte bel et bien pour sa part une allure ô combien lisse de poupée Barbie, ce qui, si l’on y ajoute une interprétation bien mollassonne de Rachael Taylor, la vide bientôt de tout charisme – quant aux scènes où elle veut jouer à la super-héroïne, qui auraient pu être fortes, ou du moins drôles, elles se contentent la plupart du temps d’être bien prosaïques et bien ternes, et parfois à la limite du ridicule… Le pire rôle de la saison, dans son entourage d’ailleurs, est cependant celui de Will Simpson (Nuke dans l’univers Marvel, interprété ici horriblement par Wil Traval), flic au passé trouble, qui s’avère bien vite parfaitement insupportable – au-delà du seul fait qu’il s’agit à l’évidence d’un gros, gros connard. Au rang des personnages ratés ou du moins frustrants, il faut enfin mentionner Jeri Hogarth (Carrie-Anne Moss, bien loin de Matrix ; le personnage était semble-t-il masculin à l’origine), monstre froid d’avocate talentueuse, qui vire bien trop vite à la caricature, que ce soit dans l’exercice de son métier, ou dans ses relations lesbiennes tumultueuses – avec un divorce forcément éprouvant en cours. Dommage : là encore, il y avait sans doute de quoi faire…

 

Mais cette frustration a été un sentiment récurrent lors de mon visionnage de cette série. Car, si Jessica Jones abonde en bonnes idées et parfois en scènes très efficaces, jouant sur des twists joliment tordus et authentiquement surprenants mais pour le mieux, elle croule aussi sous les idées… moins bonnes, disons gentiment, voire les scènes odieusement ratées, et les twists vraiment beaucoup trop tordus pour qu’on les gobe, avec en prime des coïncidences qui exigent beaucoup trop de la suspension volontaire d’incrédulité du spectateur, et, inévitablement peut-être, un abus du deus ex machina qui, à l’occasion, fait passablement soupirer… Notamment sur le tard, d’ailleurs – au début, ça va. Mais du coup, si j’ai retenu une chose de Jessica Jones, c’est ainsi son caractère foncièrement inégal – qui a pu me rappeler, dans un tout autre genre et il y a pas mal de temps de cela, mon visionnage de Battlestar Galactica, mais peut-être encore un degré au-delà : on y trouve de même le pire comme le meilleur, et l’on passe sempiternellement de l’un à l’autre, parfois sans la moindre transition… Il y a à l’occasion des scènes tout à fait brillantes, oui : quand Kilgrave débarque au commissariat, par exemple, ça marche très bien, pas de doute à ce sujet (ce sont d’ailleurs assez souvent les utilisations les plus inventives du don de Kilgrave qui débouchent sur les scènes les plus enthousiasmantes) ; mais bien d’autres tournent complètement à vide – comme, presque systématiquement, toutes celles impliquant Simpson, ou, sur le tard, les parents de Kilgrave, qui apparaissent comme par magie – on nous fait un peu trop souvent le coup des « intuitions » de la brillante détective pour que cela convainque véritablement, surtout quand tout cela se montre aussi « simple » en définitive, la vraisemblance n’y survivant pas… Il faut aussi y ajouter du mélo on ne peut plus soap, inévitable sans doute, mais pour le coup souvent très pénible – gâchant, donc, le potentiel de bien des personnages, y compris le rôle-titre…

 

Par ailleurs, la réalisation est globalement très plan-plan, parfois même foireuse – et tout particulièrement pour ce qui est des scènes d’action. Bon, on ne va pas se leurrer, hein : sous cet angle, Jessica Jones n’a somme toute rien à voir avec Daredevil ; il y a beaucoup moins d’action au sens le plus bourrin, beaucoup moins de scènes de combat notamment – ce qui, en soi, n’est pas forcément un problème, hein : l’à-propos de la série implique sans doute qu’on limite cette dimension, en comparaison. Mais le fait est que ces scènes ne sont pas seulement rares : elles sont aussi à peu près systématiquement ratées… En fait, c’est le cas d’à peu près toutes les séquences où Jessica Jones use de ses superpouvoirs : le gimmick de la détective qui pète des cadenas est vaguement amusant pendant un temps, puis clairement saoulant à force de tourner dans le vide ; mais, surtout, les coups qu’elle porte à ses adversaires, ou les sauts surhumains qu’elle réalise à l’occasion, sont à peu près systématiquement gâchés par des ralentis malencontreux – qui pètent le dynamisme des séquences, mais aussi qui, pire encore, confèrent à la série, bien loin de son supposé réalisme noir – par ailleurs son principal atout, au-delà de la personnalité de Kilgrave –, une invraisemblable kitscherie pour le moins navrante… Pourtant, une des premières scènes d’action de la série – Luke Cage et Jessica Jones baratant des petites frappes dans le bar du premier – était plutôt réussie, en étant à la fois vivante et drôle, finalement… Mais, par la suite, on ne trouve plus rien de la sorte.

 

Bilan très mitigé, donc. J’ai regardé la série jusqu’au bout, hein, mais en soupirant parfois… Je ne prétendrai tout de même pas le contraire, j’ai parfois vibré à l’occasion de scènes bien vues, à même de m’inciter à poursuivre malgré tout. Regarderai-je une éventuelle deuxième saison ? Très franchement, je n’en sais rien… Une chose m’effraie d’ailleurs tout particulièrement : Kilgrave étant le gros atout de cette première saison, et entretenant une relation aussi intime avec Jessica Jones, j’ai du mal à voir comment une suite potentielle pourrait se dégager de sa mainmise et rester au pire « à la hauteur »…Quant aux autres séries parallèles, peut-être ; j’ai plutôt apprécié, ici, le personnage de Luke Cage, donc – mais en me demandent bien ce qu’une série à sa gloire pourra donner… Et peut-être, à terme, faudra-t-il aussi prendre en compte la dimension « crossover » ? Il n’y a pas grand-chose pour le moment, mais, je ne prétendrai pas le contraire, l’apparition de Claire Temple (Rosario Dawson) dans le dernier épisode m’a plu (on y croise aussi brièvement la proc au masque d’Innsmouth de la deuxième saison de Daredevil, c’est plus anecdotique…) ; dernier épisode qui, par ailleurs, figure dans la sélection des Hugo 2016, ce que je m’explique mal – d’autant que, ces quelques éléments mis à part, je l’ai globalement trouvé tout particulièrement pénible…

 

Reste donc l’image d’une première saison frustrante – à la limite à vrai dire du gâchis… Du moins à la considérer après coup et dans son ensemble : sur le moment, globalement, ça marche ; mais ça se contente de marcher… Dommage, tant les personnages, les centraux comme ceux de leur périphérie, avaient tout pour me plaire. On verra…

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Transmetropolitan, de Warren Ellis et Darick Robertson

Publié le par Nébal

Transmetropolitan, de Warren Ellis et Darick Robertson
Transmetropolitan, de Warren Ellis et Darick Robertson
Transmetropolitan, de Warren Ellis et Darick Robertson
Transmetropolitan, de Warren Ellis et Darick Robertson
Transmetropolitan, de Warren Ellis et Darick Robertson
Transmetropolitan, de Warren Ellis et Darick Robertson

ELLIS (Warren) & ROBERTSON (Darick), Transmetropolitan

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost hors-série : la science-fiction en bande dessinée, pp. 87-90.

 

Mais n’hésitez pas à en causer ici.

 

Notez à tout hasard qu’à l’époque j’avais déjà causé ici des tomes 1, 3, et 6 de la série dans son édition chez Panini Comics.

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V pour Vendetta, d'Alan Moore et David Lloyd

Publié le par Nébal

V pour Vendetta, d'Alan Moore et David Lloyd

MOORE (Alan) & LLOYD (David), V pour Vendetta. Édition intégrale, [V for Vendetta], couleurs de David Lloyd & Sihoban Dodds, traduit de l’anglais par Jacques Collin, [s.l.], DC Comics – Delcourt, [1982-1983, 1988-1990] 1999, 270 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost hors-série : la science-fiction en bande dessinée, pp. 48-50.

 

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L'Incal, d'Alexandro Jodorowsky et MŒbius

Publié le par Nébal

L'Incal, d'Alexandro Jodorowsky et MŒbius

JODOROWSKY (Alexandro) & MŒBIUS, L’Incal, édition intégrale, Genève, Les Humanoïdes Associés, [1995] 2001, [n.p.]

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost hors-série : la science-fiction en bande dessinée, pp. 39-42.

 

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La Trilogie Nikopol, d'Enki Bilal

Publié le par Nébal

La Trilogie Nikopol, d'Enki Bilal
La Trilogie Nikopol, d'Enki Bilal
La Trilogie Nikopol, d'Enki Bilal

BILAL (Enki), La Foire aux Immortels, Genève, Dargaud – Les Humanoïdes Associés, [1980, 1990] 1998, 68 p.

 

BILAL (Enki), La Femme Piège, Genève, Dargaud – Les Humanoïdes Associés, [1986, 1990] 1998, 60 p.

 

BILAL (Enki), Froid Équateur, Genève, Les Humanoïdes Associés, [1992] 1998, 56 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost hors-série : la science-fiction en bande dessinée, pp. 35-38.

 

Mais n’hésitez pas à en causer ici.

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La Lumière intérieure, d'Arthur Machen

Publié le par Nébal

La Lumière intérieure, d'Arthur Machen

MACHEN (Arthur), La Lumière intérieure, précédé par Le Grand Dieu Pan, [The Great God Pan & The Inmost Light], préface d’Arthur Machen, postface de Michel Meurger, traduction de l’anglais par Anne-Sylvie Homassel & Jacques Parsons, [Rennes], Terre de Brume, coll. Terres fantastiques, [1894] 2003, 139 p.

 

Si cette édition met en avant dans son titre le récit, plus anecdotique, qu’est « La Lumière intérieure », le gros de l’ouvrage est néanmoins une nouvelle édition de « Le Grand Dieu Pan », à n’en pas douter un des plus célèbres récits (voire le plus célèbre) du Gallois Arthur Machen, et au-delà un classique de l’horreur littéraire – il s’agit dès lors, en fait, de revenir à l’édition originale anglaise de 1894, qui associait déjà ces deux textes ; je suppose enfin que ce titre a été choisi afin de distinguer ce bref ouvrage des nombreux autres affichant en France le titre Le Grand Dieu Pan.

 

La plupart de ces anciennes éditions reprenaient la traduction classique (1901) de Paul-Jean Toulet (même si j’ai pu en lire depuis une autre, signée Emmanuel Paillet, dans l’anthologie lovecraftienne Le Cycle de Dunwich, conçue par Robert M. Price) – traduction classique qui a fait connaître le texte en France, où il a semble-t-il reçu un bien meilleur accueil critique qu’en Angleterre : Machen, dans une jolie préface, livre, avec un sourire en coin mais sans haine ni rancœur, un éloquent florilège des attaques rencontrées par son recueil séminal lors de sa première publication en 1894 (plaignez-vous des blogueurs bêtes et méchants !) – tandis qu’une note explore les retours critiques français, autrement plus enthousiastes a priori et c’est peu dire. Cette traduction, toutefois, au-delà de qualités propres que je serais bien en peine de juger, péchait semble-t-il par d’assez nombreuses infidélités que l’écrivain français avait jugé bon de glisser dans le texte original… Cette nouvelle traduction entend y remédier – « Le Grand Dieu Pan » bénéficie ainsi d’une traduction entièrement nouvelle (que je suppose être le fait d’Anne-Sylvie Homassel), tandis que « La Lumière intérieure », récit plus bref en forme de variation, peut-être, a vu sa traduction originelle (signée Jacques Parsons) révisée par la même Anne-Sylvie Homassel – du moins est-ce ce que j’ai cru comprendre.

 

Je suppose que c’est à nouveau Lovecraft qui m’a amené à découvrir Machen avec ce titre ; c’était en tout cas, adolescent, dans l’édition Librio (traduction de Paul-Jean Toulet, donc) – et qu’est-ce que j’ai pu découvrir des choses avec Librio… Le nom magique n’y apparaît pourtant pas en quatrième de couverture – qu’importe, j’avais dû faire le lien d’une manière ou d’une autre… Ce qui est certain, c’est que, passé une première lecture dont je ne me rappelle plus très bien l’effet, je suis revenu plusieurs fois à ce titre dans une optique lovecraftienne – les lectures progressives permettant cependant de se dégager de cet appel (de Cthulhu) initial, pour enfin lire l’auteur pour lui-même, car il le vaut bien.

 

On sait que Machen figure parmi les « maîtres modernes » distingués par Lovecraft dans Épouvante et surnaturel en littérature, aux côtés de Lord Dunsany, Algernon Blackwood et M.R. James – et, de ceux-ci, il est très probablement celui qui l’a le plus influencé avec Dunsany. On comprend assurément pourquoi à la lecture du « Grand Dieu Pan » (ou à sa relecture – cette dimension devait m’échapper à l’époque de ma découverte du texte, adolescent…). Robert M. Price, dans l’anthologie précitée, montrait comment « Le Grand Dieu Pan », associé à une autre fameuse nouvelle de Machen, « Le Peuple Blanc », avait été d’une influence déterminante sur la conception de « L’Abomination de Dunwich ». Mais il faut probablement aller au-delà de cette influence affichée dans un texte précis, passant par la reprise de procédés et de thèmes clairement identifiables, pour loucher du côté des principes généraux : en effet, l’idée même à la base du « Grand Dieu Pan » est celle de ce voile qui, à peine soulevé, révèle derrière lui une réalité primordiale, incompréhensible à l’homme, à moins que celui-ci, déjà engagé sur la dangereuse voie de la compréhension, ne s’y perde bientôt pour sombrer dans une folie irrémédiable – thème ô combien lovecraftien ; parallèlement, l’idée du « Grand Dieu Pan » envisagé de manière concrète (il y a çà et là des indices dans le récit machénien qui laissent entendre que la figure du « Grand Dieu Pan » n’est pas qu’une métaphore, comme on pourrait être porté à le croire à la lecture du seul premier chapitre) ne manque pas d’évoquer, au cœur de cette réalité sous-jacente, une présence « divine » à la façon des Grands Anciens lovecraftiens, du moins dans l’idée initiale d’un quasi-panthéon, d’une pseudo-mythologie…

 

Curieux récit, au-delà… « Le Grand Dieu Pan » donne un peu une impression de bric et de broc, enchaînant les brefs chapitres d’un liant d’abord léger en apparence (il faut d’ailleurs noter que deux de ces chapitres avaient d’abord été publiés comme des nouvelles indépendantes, et que ce n’est qu’alors que Machen a vu que l’on pouvait établir un lien entre eux, débouchant sur un projet global plus ample), et abondant en peu vraisemblables coïncidences ; on y recroise cependant plusieurs personnages – pour la plupart issus de la bonne société londonienne, que, de son propre aveu, Machen ne connaissait alors en rien –, dont la curiosité éventuellement morbide, aiguisée au hasard des rencontres, permet de dégager progressivement une bien inquiétante trame globale.

 

La forme est déstabilisante au-delà de cette construction alambiquée – notamment du fait de ces nombreux dialogues (virant certes souvent au monologue), qui se passent très bien de paragraphes descriptifs et autres équivalents romanesques des didascalies, jugés superflus ; ce qui vaut d’ailleurs tant pour les dialogues à proprement parler que pour les « rapports » que l’on y croise de temps à autre, et qui reposent en fin de compte sur un procédé semblable. Je ne peux m’empêcher, régulièrement, d’y trouver un vague goût de manque, à vrai dire…

 

Mais passons au contenu. Le point de départ est connu : une expérience « scientifique » (mais ne s’embarrassant bien sûr pas d’explications), par ailleurs d’une moralité plus que douteuse. Le Docteur Raymond trifouille de son scalpel le cerveau d’une jeune femme qu’il avait préalablement droguée (avec son consentement servile ?), afin d’aiguiser ses perceptions et de lui permettre de voir derrière le voile – et c’est d’abord dans ce sens qu’est employée, à la façon d’une métaphore, l’expression « voir le Grand Dieu Pan ». Le lecteur, lui, pas plus que l’arrogant docteur ou son invité, ne voit rien de tout ça : le spectacle est horrible, oui, mais par procuration – et probablement bien moins que ce qu’il implique, d’ailleurs. La jeune Mary, quoi qu’il en soit, en ressort traumatisée à jamais, le visage figé dans un rictus d’épouvante pure – elle a vu ce qu’il ne fallait pas voir, elle a vu le Grand Dieu Pan… La quatrième de couverture évoque cette idée que « la suggestion de l’épouvante est plus horrible que l’épouvante elle-même », ce qui me paraît plutôt pertinent eu égard à ce texte, et peut-être plus particulièrement pour cette très forte séquence introductive, qui témoigne d’un art tout particulier, un beau sens de l’atmosphère notamment – tout cela étant rendu plus piquant par une moralité trouble, non dénuée de sous-entendus d’ordre sexuel, qui achèvent, au-delà du seul contexte littéraire de l’époque, de faire du « Grand Dieu Pan » un récit profondément décadent.

 

La suite est cependant bien différente – et, avouons-le, probablement plus convenue… Elle se déroule pour l’essentiel dans la bonne société londonienne (avec cependant quelques détours, particulièrement sordides, dans les bas-fonds embrumés de la ville, et quelques retours aux inévitables collines du pays de Galles où avait débuté le récit). Plusieurs protagonistes y sont amenés à évoquer une étrange femme, fatale au plus haut point et au sens le plus strict : autour d’elle, les hommes meurent… Des hommes vidés, réduits à rien, pour lesquels le suicide s’impose, tant leur manque toute alternative. Mais c’est aller trop vite en besogne : plus exactement, nos braves dandys évoquent plusieurs cas de la sorte, et, si le lecteur se doute d’emblée de quelque chose, forcément, ces personnages n’en viennent pour leur part que très progressivement, et à reculons, à cette terrible conclusion : il n’y a, dans toutes ces glauques affaires, qu’une seule et unique croqueuse d’hommes, une seule veuve noire… qui n’a, comprend-on enfin, à peu près rien d’humain.

 

Si la nouvelle déconcerte donc quant à la forme – et peut-être même peut-on dire qu’elle pèche à cet égard, à l’occasion –, elle bénéficie cependant d’un fond remarquable, transcendé sans doute par une atmosphère brillante, où la menace sourd sans jamais véritablement se montrer ; Machen dépeint des tableaux vivants – au-delà sans doute de l’artifice plus ou moins aristocratique qu’il se sentait alors contraint d’employer, mais rappelons que nous sommes, avec ce recueil, au tout début de la carrière de l’écrivain –, et sait, dans ce cadre, comment susciter, au détour d’un paragraphe, une déstabilisante sensation d’épouvante, qui ne fait cependant sens qu’au travers d’un tableau plus global, où la morale victorienne et ses hypocrisies ont leur part, essentielle. En questionnant la peur « panique », passablement sexuée, qu’il réactualise, Machen atteint bel et bien son but, et, quoi qu’ait pu en dire la critique anglaise d’alors, au mieux frileuse quand elle ne se montrait pas carrément hostile, il parvient bien à susciter chez son lecteur le frisson ; plus de 120 ans après la publication, cela reste assez efficace – mais, surtout peut-être, cela conserve une étonnante singularité qui, au-delà des inspirations comme des reprises, fait toujours du « Grand Dieu Pan » un récit à part. Probablement pas irréprochable, non, mais porteur d’une audace et d’une inventivité qui méritent bien qu’on le loue encore.

 

« La Lumière intérieure », nouvelle plus courte qui complétait « Le Grand Dieu Pan » dans le recueil original de 1894 et qui donne donc son titre à celui-ci, est sans doute bien autrement anecdotique. À vrai dire, elle convainc d’autant moins qu’après « Le Grand Dieu Pan », elle a quelque chose d’une variation sur un mode mineur… On en retrouve en effet bien des procédés – au-delà du seul fond à base de femme au cerveau trafiqué, virant au démon, la nouvelle adopte là encore un cadre basé sur la bonne société londonienne, déploie sur de longs paragraphes des monologues dénués de descriptions, abuse des coïncidences d’une manière vraiment trop peu vraisemblable… Mais le problème est peut-être surtout que, cette fois, l’épouvante attendue car promise n’apparaît finalement jamais – Machen essaye peut-être là encore de s’en tenir à la suggestion, ce qui est tout à son honneur, mais il ne parvient pas, sous cet angle, à reproduire la réussite du « Grand Dieu Pan » ; certes, il intrigue – et bien assez pour tenir le lecteur en haleine, je ne prétends pas le contraire ; mais, justement, quand on en arrive à la fin, le sentiment de manque est autrement plus frustrant, et il me paraît difficile de retenir un vague : « Tout ça pour ça ? » À n’en pas douter, Machen a fait bien mieux – dans le texte qui précède, bien sûr, mais probablement davantage encore dans des récits ultérieurs où, en se débarrassant des velléités décadentes de ces premières nouvelles, Machen donnera enfin et vraiment le meilleur de lui-même (le genre de récits que l’on rencontre par exemple dans Le Peuple Blanc).

 

Je n’en ai bien évidemment pas fini avec Machen – j’ai notamment dans ma bibliothèque de chevet le roman Les Trois Imposteurs ; un de ces jours…

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Les Evangiles Ecarlates, de Clive Barker

Publié le par Nébal

Les Evangiles Ecarlates, de Clive Barker

BARKER (Clive), Les Évangiles Écarlates, [The Scarlet Gospels], traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Benoît Domis, Paris, Bragelonne, coll. L’Ombre de Bragelonne, [2015] 2016, 353 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 82, pp. 96-97.

 

Mais n’hésitez pas à en causer ici.

 

EDIT : Gérard Abdaloff t'en parle, ici.

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Kallocaïne, de Karin Boye

Publié le par Nébal

Kallocaïne, de Karin Boye

BOYE (Karin), Kallocaïne. Roman du XXIe siècle, [Kallocain], nouvelle traduction intégrale du suédois et postface par Leo Dhayer, Montélimar, Les Moutons Électriques, coll. Hélios, [1940] 2016, 237 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 82, p. 93.

 

Mais n’hésitez pas à en causer ici.

 

EDIT : Gérard Abdaloff t'en parle, .

 

EDIT : la chronique de Bifrost, ici.

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