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The End ?

Publié le par Nébal



(Vach'ment original, hein ?)

Bonjour les gens. Bon, voilà : je ne suis pas du tout content de mes articles depuis pas mal de temps déjà, que ce soit ici ou ailleurs, et, si je prends toujours du plaisir à lire, je ne ressens plus l'envie de chroniquer. Plutôt que de continuer à faire de la merde, et que ça me pèse comme une corvée, je préfère donc mettre ce blog en stand-by. Je le reprendrai peut-être un jour, ou peut-être pas. Quand ? Je n'en sais rien...

En tout cas, merci aux gens qui sont venus régulièrement par ici. Et à un de ces jours peut-être.

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"Jirel de Joiry", de Catherine L. Moore

Publié le par Nébal

MOORE (Catherine L.), Jirel de Joiry, [Jirel of Joiry], traduit de l’américain par Geogres H. Gallet, introduction de Jacques Sadoul, Paris, J’ai lu, coll. Science-fiction, [1937, 1969] 1974, 244 p.

 

Je vous arrête tout de suite, bande de mauvaises langues ! Non, ce n’est pas à cause de la couverture érotomane et fantasmée de Caza que j’ai lu Jirel de Joiry. J’aurais presque envie de dire : bien au contraire… Seulement, voilà, Catherine L. Moore fait partie de ces auteurs (plus ou moins) classiques de la science-fiction que je n’avais jamais lus jusqu’à présent. Or il me semblait bien avoir lu ici ou là moult appréciations positives de son œuvre, et notamment de Shambleau et de Jirel de Joiry, de même que de ses collaborations avec son époux Henry Kuttner, généralement sous le pseudonyme commun de Lewis Padgett, si je ne m’abuse.

 

Aussi, quand je suis tombé par hasard sur cet ouvrage sur un étal de bouquiniste, je me suis laissé tenter, alléché par une quatrième de couverture qui semblait promettre un mélange audacieux de sword’n’sorcery à l’ancienne (pionnière, même : les nouvelles sont publiées entre 1934 et 1939, et Catherine L. Moore n’a alors pas 30 ans…) et d’une touche de science-fiction typiquement pulp, publiée à ce que j’ai cru comprendre à l’origine dans Weird Tales, comme bien des choses que j’aime – Lovecraft, bien sûr, mais aussi et surtout, plus comparable, Howard, qui avait livré peu de temps auparavant ses aventures de Conan dans la célèbre revue. Le genre de bouquins, probablement, que l’on lit en posant son cerveau, ce qui fait du bien, des fois. Enfin, là, j’en ressentais le besoin.

 

Jirel de Joiry est un recueil, composé de six nouvelles, dont la dernière écrite en collaboration par Catherine L. Moore et son futur époux Henry Kuttner (donc). L’action se déroule dans un Moyen Âge français plus qu’approximatif : la dernière nouvelle (p. 213) évoque l’année 1500, mais l’éditeur a préféré parler de 900, ce qui semble effectivement plus logique… quand bien même le cadre n’est que de peu d’importance, l’auteur ne s’y arrêtant pas un seul instant ou presque : la plupart des aventures plongent en effet rapidement l’héroïne dans des sortes de mondes parallèles…

 

Jirel, la Dame de Joiry, est une authentique amazone : guerrière farouche aux colères épiques, elle gère son fief avec une poigne de fer, et malheur à ceux qui lui chercheraient des noises ; la belle Jirel est un véritable garçon manqué (plus qu’une féministe anachronique), bien éloignée des clichés courtois. Elle est même sacrément bourrine, passablement cruelle, et finalement assez peu attachante… une anti-héroïne, en somme, sorte de Conan au féminin, en moins réussie et sympathique.

 

Et elle se retrouve maintes fois confrontée à l’étrange et à la magie. Dans « Le Baiser du Dieu noir » (pp. 7-43), ainsi, alors que Joiry vient de succomber aux assauts du Sire Guillaume, elle se rend dans un inquiétant monde souterrain pour trouver une arme à même de satisfaire son besoin irrépressible de vengeance. C’est pas mal, sans plus (et encore…), et un peu longuet…

 

Et, hélas, ça ne s’arrangera guère par la suite : le recueil, autant le dire d'emblée, est incroyablement répétitif et verbeux…

 

En témoigne immédiatement la deuxième nouvelle, « L’Ombre du Dieu noir » (pp. 45-77), qui suit immédiatement la première… et se contente largement de la répéter, sur un mode inversé (Jirel se rend cette fois dans l’autre monde pour lever, en quelque sorte, la malédiction qu’elle en a retirée dans la première nouvelle…). « Souvent femme varie », comme disait un barbu ; mais à ce point, quand même… Bon, peu importe. Le vrai problème, c’est que l’on vient de lire tout ça, et que l’on s’ennuie à mourir.

 

Le niveau stagne avec « Le Ténébreux pays » (pp. 79-114), où Jirel, à nouveau plongée dans un étrange monde parallèle – un poil plus intéressant peut-être –, doit faire face à un courtisan vraiment très très amoureux, et vraiment très très puissant. Même schéma ou peu s’en faut que dans les deux nouvelles précédentes, et même tendance à l’inflation et à la répétition, bref : au tirage à la ligne.

 

Un constat qui s’applique assez largement à « Hellsgarde » (pp. 115-159), même si la trame change un peu, cette fois, sans grande originalité cela dit : Jirel se rend dans un château hanté en quête d’un mystérieux trésor… Mouais. Quelques ambiances correctes ici ou là, mais, dans l’ensemble, * baille *.

 

Retour au premier schéma (* ronfle *) avec « Jirel contre la magie » (pp. 161-204) : une vengeance à accomplir dans un monde parallèle… Quelques jolis moments, allez, mais, bon : on s’ennuie ferme…

 

« La Quête de la Pierre-étoile », la dernière nouvelle, enfin (…), co-écrite avec Henry Kuttner, est une sorte de crossover : Jirel y croise la route de Northwest Smith, le héros de Shambleau, ici manipulé par un sorcier qui entend s’emparer d’un artefact possédé par la guerrière rousse. Un mélange de fantasy assez moyenne – et horriblement répétitive… – et de SF à la papy, avec héros insupportable à l’avenant, sans grand intérêt.

Bref : à la différence des récits de Robert E. Howard auxquels elles ne manquent pas de faire penser, les aventures de Jirel de Joiry font partie de ces classiques (?) mineurs qui se sont pris un sacré coup de vieux. Les intrigues simplistes et ennuyeuses, le manque de caractérisation des personnages – seule Jirel ressort, mais elle est affreusement basique –, le côté routinier des nouvelles ainsi accolées (ce qui en rajoute une couche), et, last but not least, le style porté sur l’inflation et la répétition, sont autant d’éléments qui, malgré (ou à cause de ?) son caractère pionnier, rendent ce recueil à peu de choses près illisible aujourd’hui. On le laissera donc prendre la poussière sur les étagères des bouquinistes. Et je crains de faire également l’impasse sur Shambleau, si l’on doit y retrouver les mêmes défauts…

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"Retour sur l'horizon", de Serge Lehman (éd.)

Publié le par Nébal

LEHMAN (Serge) (éd.), Retour sur l’horizon. Quinze grands récits de science-fiction, Paris, Denoël, coll. Lunes d’encre, 2009, 575 p.

 

Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Lunes d’encre (etlascience-fictionfrançaisesionveut), joyeux anniversaire ! Dix ans et encore toutes ses dents (‘fin je crois) pour la meilleure collection grand format dédiée au genre, à mes yeux en tous cas. Un beau chemin parcouru, dont on espère qu’il se prolongera encore longtemps. Et cent ans (mais si on veut), pour la science-fiction française. Pour fêter ce double anniversaire, Serge Lehman a donc réalisé, sous un titre abominablement REACTIONNAIRE, une anthologie attendue comme le messie (et au tournant aussi, donc), où les nouvelles plumes côtoient Grands Anciens et auteurs installés. Un beau gâteau, que l’on s’empressera de dévorer (comme diraient les journalistes).

 

Après une intéressante « Préface » de Serge Lehman (pp. 9-23 ; pas de quoi crier au scandale en ce qui me concerne, en tout cas… mais sans doute suis-je passé à côté de l’essentiel, con de moi), on attaque immédiatement les choses sérieuses (enfin, ce qui m’intéresse le plus) avec Fabrice Colin, « Ce qui reste du réel », suivi de (hum) Emmanuel Werner, « Effondrement partiel d’un univers en deux jours » (pp. 25-50). Une lettre du premier, expliquant pourquoi il ne livrera pas de nouvelle (hum), suivie d’une nouvelle du second (hum), au titre éminemment dickien (voyez par exemple ici). Et dans ces deux textes en miroir, Fabrice K. Dick et Horselover Werner, en partant d’un androïde du maître en personne, rendent un bel hommage au génial auteur d’Ubik et autres chefs-d’œuvre, en usant de ses thèmes comme de ses procédés. Une belle entrée en matière.

 

Après quoi, Eric Holstein, avec « Tertiaire » (pp. 51-87), livre une nouvelle de SF satirique assez jubilatoire. Ça n’est sans doute pas bien original (on pense beaucoup à Planète à gogos, un peu à American Psycho, voire – mais là j’abuse probablement – aux Joueurs de Titan de Philip K. Dick), mais c’est très sympathique, plutôt bien écrit, et ça donne envie, dans un genre très différent, de s’attaquer au premier roman de l’auteur, Petits Arrangements avec l’éternité, tout juste publié chez Mnémos. Je vous tiens au jus.

 

Catherine Dufour, avec « Une fatwa de mousse de tramway » (pp. 89-109), prolonge pas mal les thématiques de la nouvelle précédente. Comme d’habitude, c’est très bien écrit et efficace, pertinent aussi, assez drôle également (dans un registre aigre-doux), mais peut-être un peu court, et donc frustrant…

 

On passe à tout autre chose avec Jean-Claude Dunyach et « Les Fleurs de Troie » (pp. 111-177), seul véritable space opera de l’anthologie, où l’on va prospecter dans la ceinture d’astéroïdes. Une bonne novella, bien ficelée et riche de sense of wonder, mais peut-être un brin déséquilibrée (et/ ou trop dense ?).

 

Je ne pourrais guère m’étendre, par contre, sur le premier texte de Maheva Stephan-Bugni, « Pirate » (pp. 179-198), tout simplement parce que je n’y ai rien panné, con de moi. L’ambiance kafkaïenne avait pourtant tout pour me plaire, mais, non, décidément, je suis passé totalement à côté de ce texte (peut-être un peu trop pouétique pour mes yeux de béotien). Désolé…

 

On revient à quelque chose de plus simple et efficace, pour ne pas dire bourrin, avec « Trois Singes » de Laurent Kloetzer (pp. 199-234), un techno-thriller à base d’arme ultime très bien conçu et palpitant de la première à la dernière ligne. Généralement, ce genre ne m’attire pas vraiment, mais là ça a très bien marché. Une réussite.

 

Suit en ce qui me concerne le premier grand moment de l’anthologie avec l’excellente « Lumière Noire » de Thomas Day (pp. 235-314), un très bon récit post-apocalyptique, post-cyberpunk, post-singularité, post-humain et post-ce que vous voulez. Ce road trip entre Canada et Etats-Unis ravagés est tout d’abord très efficace (sans être très original), mais s’enrichit au fil des pages jusqu’à une fin absolument superbe. Une très bonne novella.

 

On change radicalement de format et de procédés avec le Grand Ancien André Ruellan, qui livre avec « Temps mort » (pp. 315-323) une short story très rude sur la mort et la douleur, portée par une jolie plume.

 

Un nouvel auteur ou peu s’en faut, ensuite, avec Léo Henry et « Les Trois Livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais » (pp. 325-352). Cette fois, on peut bien parler de chef-d’œuvre. Cette nouvelle joliment borgesienne est un vrai petit bijou, bourré d’idées et riche en émotions. Serge Lehman, cruel dans sa présentation du texte, gage qu’un « jour, Les trois livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais figurera dans tous les manuels de littérature française ». Coup bas. Cette petite merveille mérite infiniment mieux que ça. Le point d’orgue du recueil à mes yeux. Et de quoi me donner envie de m’atteler enfin à Yama Loka terminus, co-écrit avec Jacques Mucchielli. Là encore, je vous tiens au jus.

 

Suit Daylon, avec « Penchés sur le berceau des géants » (pp. 353-394), et ses étranges entités en orbite. Un texte intéressant, qui n’a pas été sans m’évoquer Ballard ; le style, par contre, m’a semblé osciller entre très bon et un brin pénible à l’occasion, en raison de tics d’écriture parfois lassants. Cela dit, ça reste pas mal du tout : Daylon n’est donc pas qu’un bon illustrateur, il est également capable de livrer de bonnes nouvelles. À suivre.

 

Retour aux Grands Anciens avec Philippe Curval et son « Dragonmarx » (pp. 395-445). Où l’on se plonge dans une Europe de l’Est magico-marxiste. Un texte totalement délirant et grotesque (dans tous les sens du terme). Ça pourrait être intéressant et/ou drôle, ça l’est à l’occasion, mais ça m’a surtout paru bien lourd… Pas accroché. Tant pis, on passe.

 

À Jérôme Noirez, avec « Terre de fraye » (pp. 447-525). Bloop ! (C’était pas un projet à quatre mains avec Catherine Dufour, ça, à l’origine ?) Au programme, surf, alcool, et partouzes extraterrestres semi-lovecraftiennes. Sans doute à cause du surf, ça m’a un peu fait penser à Rudy Rucker. En tout cas, c’est bien, c’est (très) drôle, c’est (très) riche, c’est bien écrit. Du Noirez, quoi. Mais peut-être un chouia trop long ?

 

David Calvo, lui, fait dans le très court avec « Je vous prends tous un par un » (pp. 527-537). Mouais… Pas vraiment accroché là non plus. C’est cinglant, certes, mais… humf… Non, une fois de plus, je suis passé largement à côté. Tant pis.

 

Et l’anthologie de s’achever avec Xavier Mauméjean et son « Hilbert Hôtel » (pp. 539-567) infini, une très bonne nouvelle très kafkaïenne (oui, une fois de plus). La meilleure des conclusions.

Au final, Retour sur l’horizon est bien une très bonne anthologie, variée, riche et tout à fait convaincante. Mais peut-être pas l’excellentissime anthologie que l’on était en droit d’attendre (et que moi j’attendais, en tout cas, mais c’est parce que je suis un grand naïf) : les textes sont pour la plupart bons à très bons, et c’est déjà beaucoup, mais seuls deux ou trois m’ont semblé véritablement excellents. Dommage ? Bof. J’avais sans doute les yeux plus gros que le ventre (déjà bien proéminent pourtant). Allez, ne boudons pas notre plaisir : c’était très bien, tout ça. Merci, M. Lehman, et merci, M. Dumay. Tous en chœur : joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Lunes d’encre, joyeux anniversaire ! Et tous mes vœux de bonheur pour la suite.

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