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"The Goon", t. 6 et 7, d'Eric Powell

Publié le par Nébal

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POWELL (Eric), The Goon, 6. Chinatown et le mystérieux Monsieur Wicker, [The Goon volume 6: Chinatown and the Mystery of Mr. Wicker], traduit de l’anglais [États-Unis] par Nick Meylaender, Paris, Delcourt, 2009, 109 p.

 

POWELL (Eric), The Goon, 7. Migraines et cœurs brisés, [The Goon volume 7: A Place of Heartache and Grief], traduit de l’anglais [États-Unis] par Nick Meylaender, Paris, Delcourt, 2010, 125 p.

 

Ça faisait un sacré bout de temps que je voulais vous causer de l’excellent comic book qu’est The Goon d’Eric Powell. Bah voilà, aujourd’hui je vais enfin pouvoir le faire, et pour le coup on va s’en taper deux albums, et non des moindres.

 

Mais petite présentation générale tout d’abord. Commençons par l’auteur, Eric Powell donc. Ce jeune homme est un pur autodidacte, à la fois scénariste et dessinateur (ce qui n’est pas forcément très commun outre-Atlantique), et accessoirement un pote à Mignola (il y a même eu un mémorable crossover The Goon / Hellboy, dans le tome 3 de The Goon, si je ne m’abuse…). Le bonhomme a déjà collecté une kyrielle de récompenses, et notamment d’Eisner Awards, essentiellement pour sa plus célèbre création, qui est donc The Goon, BD à l’origine totalement indépendante, publiée sous son propre label Albatros, puis récupérée par Dark Horse.

 

Essayons maintenant de décrire un petit peu The Goon.

 

 

Ben ça s’annonce pas facile.

 

Imaginez une sorte de ville un peu hors du temps, coincée entre les années 1920 et 1950 (pour l’essentiel). La ville est menacée par une bande de zombies, dirigés par un prêtre anonyme, résidant à Lonely Street. Pour s’en protéger, les habitants s’en remettent volontiers à un autre gang, celui de Labrazio, représenté par son bras-droit, Goon (la « brute épaisse »), toujours flanqué de Franky, un mini-psychopathe grand amateur de COUTEAU DANS L’ŒIL !

 

Sauf que la réalité est un peu plus complexe. En fait, Labrazio est mort. Et Goon est loin de n’être qu’une brute épaisse : le vrai chef, c’est lui, mais il préfère dissimuler son rôle… et jusqu’ici ça marche plutôt bien.

 

Sur ce canevas de base, Eric Powell a brodé des histoires très variées au fil des cinq tomes précédents ; des histoires parfois relativement sérieuses, le plus souvent totalement débiles, et à mourir de rire : la série s’est en effet illustrée par son humour absurde et volontiers trashouille (âmes sensibles s’abstenir) au fil d’épisodes se terminant souvent en queue de poisson (ou de ce que vous voudrez). Mais c’était un vrai régal.

 

Mais l’autre régal était graphique. Car Powell est un grand dessinateur/illustrateur, capable d’utiliser des dizaines de techniques différentes en fonction de ce qui lui paraît le plus utile sur le moment. Si les tout premiers épisodes, de ce point de vue, n’avaient rien d’exceptionnel, la donne a vite changé, et The Goon, pour débile qu’elle soit le plus souvent, est un vrai délice pour les yeux.

 

Et ce ne sont pas les deux TPB dont je vais vous causer aujourd’hui qui vont faire mentir cette réputation. En fait, je crois même qu’on est là devant Eric Powell au sommet de son art, plus particulièrement dans le tome 6, publié originellement en un volume, Chinatown et le mystérieux Monsieur Wicker.

 

« Chinatown », c’était un peu l’Arlésienne, dans The Goon. Très régulièrement, dans les dialogues, il était fait allusion, de manière cryptique, à « ce qui s’était passé à Chinatown ». On n’en savait pas plus. On savait seulement que ça avait salement amoché Goon, qui ne voulait pas en parler. Maintenant, on va savoir pourquoi.

 

Et Eric Powell d’annoncer la couleur dès la première page, en grands caractères blancs sur fond noir : « Ce qui suit n’est pas drôle. »

 

On est prévenu. Effectivement, Chinatown – album multi-eisnerisé – est un récit à part dans la série. Il est totalement dénué de l’humour caractéristique de The Goon. C’est un pur mélodrame – mâtiné d’un peu d’action, tout de même –, extrêmement touchant (si), et vraiment pas drôle du tout.

 

Goon se souvient de Chinatown. Une des périodes les plus douloureuses de sa vie. Les souvenirs l’assaillent au pire moment : un rival arrive en ville, le mystérieux Monsieur Wicker, qui tente de s’approprier les marchés du Goon. Mais tout cela semble bel et bien lié.

 

Le récit, du coup, alterne toujours judicieusement présent et passé – inévitables teintes sépia – jusqu’au trauma final. Et les dessins sont de toute beauté. Il faut voir le rendu exceptionnel auquel parvient Eric Powell sur cet album hors-normes – ainsi, par exemple, les déchirants portraits pleine-page du Goon…

 

Chinatown n’est sans doute pas l’album idéal pour découvrir la série : son manque total d’humour ne l’en rend pas du tout représentatif. Mais c’est bien un chef-d’œuvre en son genre, sur lequel les amateurs du Goon ne sauraient faire l’impasse.

 

On retourne à quelque chose de plus traditionnel avec Migraines et cœurs brisés (lequel, lu immédiatement après Chinatown, peut du coup donner une impression d’inachèvement… mais n’est pas mauvais pour autant, juste inférieur), cette fois découpé en chapitres, et où l’humour débile revient en force. Après un premier épisode assez moyen, on retrouve du grand Goon avec le triste (?) sort d’un « vrai gros con » qui a une conception pour le moins particulière de l’usage des brosses à dents ; on y croise une Française, des harpies, et une fin stupide comme on les aimes. Puis un nouvel arc commence (lentement) à se mettre en place, émaillé de gags improbables (comme une chasse au travesti). Un peu frustrant, cela dit, de voir l’album se terminer aussi vite, sur un réjouissant interlude cependant, où l’on retrouve avec plaisir notre cher dégénéré scatophile Valentin Pêchu pour en foutre plein la gueule à Oprah Winfrey. Bref, on attend la suite pour pouvoir véritablement se prononcer sur la valeur de la chose…

 

Suit enfin la traditionnelle galerie d’illustrations, toujours aussi chouette quand c’est Powell qui s’y colle, toujours aussi dispensable quand ce sont des petits Français qui rendent hommage.

 

 N’empêche que : The Goon, c’est bon, mangez-en.

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S

Boh. Je suis déçu. J'ai l'impression que vous appréciez sans soucier tous les mets que l'on vous sert.
The Goon, dont j'ai naivement acheté tous les tomes avec un argent que je n'avais pas, m'a laissé dans un état de haine sans nom. Certes prometteur au début, mais versant dans le sériel sans issue.
Ca me rappelle un mauvais manga, avec ses blagues répétitives et sa série d'illustrations de fin. Mais bon, j'ai besoin d'argent, je les revendrai le double. Bonne affaire.
Ce sera l'unique critique que ferai à votre bon goût. Profitez-en.


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C

Parfaitement, à déguster sans faim!


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E

Je le note, merci.


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