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"Le jour où la terre s'arrêta", de Robert Wise

Publié le par Nébal

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Titre original : The Day The Earth Stood Still.
Réalisateur : Robert Wise.
Année : 1951.
Pays : Etats-Unis.
Genre : Science-fiction.
Durée : 88 min.
Acteurs principaux : Michael Rennie, Patricia Neal, Hugh Marlowe, Sam Jaffe, Billy Gray…
 
Quand Robert Wise est mort, le 14 septembre 2005, on n’a pas tari d’éloges sur cet éminent réalisateur. Seulement, si on a beaucoup évoqué West Side Story et The Sound Of Music, on a été plus discrets sur d’autres films : The Haunting, par exemple, phénoménal film fantastique qui mérite indubitablement le qualificatif si courtisé de chef-d’œuvre ; mais aussi, donc, Le jour où la terre s’arrêta (ou, si l’on préfère, The Day The Earth Stood Still), grand classique de la science-fiction au cinéma.
 
Mais il faut dire que la science-fiction au cinéma a un fâcheux problème, pour beaucoup de monde : outre qu’elle reste accolée, pour bon nombre d’imbéciles heureux, au cinéma de genre, donc au cinéma populaire, donc au « mauvais » cinéma (bande de…), elle a aussi une certaine tendance à vieillir, parfois, sur le plan des thématiques, et surtout, plus flagrant, pour ce qui est des effets spéciaux. Alors, des fois, on voit de ces commentaires stupides, type « lol 2001 c tro mal fai le sinje on voi c pa d vrai lol mé apré gé rien konpri lol», ou encore « Ouais, les mecs, j’ai vu un pire nanarD, ça s’appelle Planète interdite, attendez de voir la gueule du robot, c’est trop lol XD MDR PTDR ». Groumf… Ouais, je sais, ça fait un peu élitiste quand même, mais des fois il faut (et puis ça défoule). Et d’abord, 2001 est un des plus grands films de tous les temps et Planète interdite un très bon film de SF (même si le look de Robbie le robot est effectivement daté… mais ça a son charme, en même temps, non ?). Voilà. Et Le jour où la terre s’arrêta, alors ? Ben oui, ça a pris comme qui dirait un coup de vieux ; sur le plan visuel, c’est vite flagrant ; mais aussi, un peu plus gênant, sur le plan thématique. Est-ce rédhibitoire pour autant ?
 
Commençons par le commencement. Une journée comme une autre dans l’Amérique des années 1950. Beau temps sur Washington. Les gens vaquent à leurs occupations quotidiennes. Et puis, on détecte la présence d’un OVNI qui file à toute allure. Un coup de ces salopards de communistes ? Non, impossible, ça va beaucoup trop vite. Mais… mais ça se dirige… sur Washington ! Bientôt apparaît dans le ciel de la capitale des Etats-Unis d’Amérique une soucoupe volante d’un gris argenté, à la surface parfaitement lisse, qui finit par se poser sur la pelouse du National Mall. Au sol, c’est la panique ; la foule s’éparpille, prise d’hystérie collective. Puis, c’est la curiosité qui l’emporte, et une foule de citoyens lambda, contenue par la police et l’armée, s’approche de l’étrange astronef, intriguée par ce qui pourra bien en sortir. Une porte s’ouvre dans la surface impénétrable et sans défaut de la soucoupe. Apparaît alors une silhouette humanoïde, vêtue d’une combinaison argentée dotée d’un casque intégral… qui déclare dans un anglais parfait venir en paix. La foule est tendue, cependant ; et quand l’extraterrestre fait mine de sortir un objet de sa combinaison, un soldat pour le moins nerveux lui tire dessus. Le voyageur planétaire n’est que blessé ; mais surgit alors du vaisseau spatial un robot à l’allure menaçante ; son casque s’ouvre, et il émet de ses « yeux » un rayon laser qui fait disparaître instantanément les armes des soldats, et même un char d’assaut !
 
On retrouve notre extraterrestre dans un hôpital militaire, tout à fait remis de ses blessures ; son apparence est parfaitement humaine. Klaatu – c’est son nom – demande à rencontrer au plus tôt les chefs d’Etat du monde entier ; tous, sans exception. Il a un message d’une importance vitale à leur transmettre, et il n’est pas question que l’un soit au courant avant les autres ; c’est pourquoi il refuse d’en parler d’ores et déjà à qui que ce soit, fut-ce le président des Etats-Unis. Un conseiller de la Maison Blanche tente de le convaincre que son vœu est illusoire, que la conjoncture internationale ne saurait permettre une telle rencontre ; mais Klaatu ne veut rien entendre : il doit s’adresser au monde entier, et n’a que faire des divisions puériles de la politique humaine. Voyant qu’il ne parviendra à rien dans cet hôpital où il est sous la surveillance constante de l’armée, il décide de s’échapper et d’endosser une fausse identité, pour observer de plus près ces humains si étranges. Logé dans une pension, il fait l’expérience de la bêtise humaine, de la peur et de la haine, tandis que se lance une gigantesque chasse au « Martien ». Seul, il lui faudra trouver des gens assez ouverts, venant du monde entier, pour entendre son si important message.
 
Dès lors, on comprendra vite que le vieillissement des effets spéciaux n’est pas véritablement gênant, le propos étant ailleurs ; alors, on aura effectivement plus tendance à sourire qu’à trembler dans les scènes impliquant le robot (Wise, quelque temps plus tard, sera bien plus astucieux pour générer la peur, avec The Haunting, qui reste encore aujourd’hui remarquablement flippant, et, à vrai dire, bien plus que la plupart des films fantastiques qui ont suivi, et a fortiori ceux qui ont eu l’audace ou le mauvais goût de vouloir le battre sur son propre terrain…) ; pas grave. Ca n’est pas important. Le film se veut avant tout une sorte de « conte philosophique », ou peut-être, plus exactement, de « fable » (avec une certaine naïveté propre au genre, et parfois un brin agaçante : ainsi pour la scène devant la statue de Lincoln… et à vrai dire la plupart de celles impliquant l’inévitable gamin). Klaatu vit au milieu des hommes et les observe ; il est confronté à leur bêtise, à leur mesquinerie, à leur incompréhension, à leurs fantasmes, à leur peur et à leur haine ; il y en a bien quelques-uns pour relever le niveau, mais, dans l’ensemble, le tableau est assez noir.
 
« Comment peut-on être Persan ? – Vous en êtes un autre. » L’idée est intéressante, et suscite quelques scènes brillantes, ainsi quand Klaatu, à l'heure du petit-déjeuner dans la pension, écoute la description monstrueuse que l’on fait de lui à la radio et les commentaires que cela entraîne chez les convives (avec notamment un vieux couple bourgeois horripilant et ridicule). Il y a ainsi une succession de saynètes plus ou moins bien vues, mais dans l’ensemble fort réussies, même si elles ont une tendance que l’on pourra trouver regrettable à grossir quelque peu le trait. C’est ce qui fait l’intérêt du film, toutefois, et c’est en même temps ici que le bât blesse, à l’occasion : Le jour où la terre s’arrêta se veut clairement une allégorie de la guerre froide, et ne saurait être apprécié à sa juste valeur hors de ce contexte très particulier (à propos, un remake serait envisagé, paraît-il ; le contexte de la « guerre contre la terreur » fera-t-il l’affaire ? J’en doute un peu… et je crains surtout le massacre de l’original à grand renfort d’effets spéciaux…). On peut s’interroger, en outre, et même dans cette atmosphère précise, sur le fait que les scientifiques soient nécessairement plus réceptifs que les politiques, comme le film tend à le prétendre un peu hâtivement… Et, au final, l’attitude de Klaatu laisse un peu pantois, quand celui-ci, face aux menaces des humains, n’a rien d’autre à proposer qu’une menace – extérieure – plus terrifiante encore, bien loin de l'image quasi messianique qu'il adoptait jusqu'alors de héraut de la paix. « Comment peut-on être Persan ? – Vous en êtes un autre… »
 
Pas très joyeux, tout ça. Et plus ou moins efficace aujourd’hui, donc. Ceci dit, The Day The Earth Stood Still reste une franche réussite, un classique devant lequel on ne s’ennuie pas. La réalisation irréprochable de Wise y est pour beaucoup : il y a quelques effets de montage intéressants (notamment pour les scènes de panique collective, ou le début très « images d’archives », enchaînant de courtes scènes aux quatre coins du monde – avec des vrais morceaux de stéréotypes dedans – et des reportages radiophoniques), et la photographie est magnifique, sans surprise de la part de ce directeur photo renommé (rappelez-vous La splendeur des Amberson… et The Haunting bien sûr). L’interprétation est dans l’ensemble très convaincante, avec une mention spéciale pour Michael Rennie, parfait en Klaatu : son visage, son attitude, sont tout à la fois sympathiques et inquiétants ; en dépit de son apparence parfaitement humaine, il a quelque chose « d’autre », une présence indiscutable, remarquablement adaptée au personnage. Cerise sur le gâteau, enfin : une sublime bande originale de celui qui fut peut-être le plus grand compositeur de BO de l’histoire du cinéma, Bernard Herrmann himself
 

Un classique, un incontournable, oui. Un très bon film, sans aucun doute. Un chef-d’œuvre en son temps, probablement ; mais, ici, le passage des années s’est malgré tout quelque peu fait sentir… Ce n’est pas rédhibitoire pour autant : Le jour où la terre s’arrêta reste effectivement un des meilleurs films de science-fiction que l’on ait pu voir.

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Nébal 08/01/2008 21:50

Ah ben de rien.

Ceci dit, c'est une lecture très personnelle, hein...

Merci 08/01/2008 21:38

merci pour cette description du film !!! Je devais faire un exposé dessus ( comme quoi il n'est pas démodé ^^)et ça m'a bien aidée ! :)