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"Le Livre de sable", de Jorge Luis Borges

Publié le par Nébal

 

BORGES (Jorge Luis), Le Livre de sable, [El Libro de arena], traduit de l’espagnol par Françoise Rosset, [Paris], Gallimard, coll. Folio, [1975, 1978, 1983] 2007, 147 p.

 

Je me l’étais promis, j’allais me remettre à Borges. Ou m’y mettre véritablement, à la limite, puisque, en dehors de quelques textes ici ou là, je n’en avais guère lu (et relu, et c’est toujours au programme) que le phénoménal Fictions. Cet unique recueil riche en merveilles avait suffi à lui seul à me convertir, mais il était bien temps pour moi de passer à autre chose, et de découvrir d’autres nouvelles, notamment, du génial écrivain argentin. Dont acte, avec ce Livre de sable comportant treize nouvelles au ton unique.

 

Cela dit, c’est là un bref recueil, composé une fois de plus de textes très courts, et il me paraît difficile d’en parler de manière constructive, ou sans les déflorer excessivement… Ce compte rendu s’annonce donc plus court que d’habitude, mais cela ne saurait en aucun cas traduire un quelconque désintérêt de ma part ; si je n’y ai pas retrouvé la même puissance que dans l’inégalable Fictions, il va de soi que Le Livre de sable est une petite merveille qui vaut assurément le détour. Là, c’est dit.

 

On attaque en force avec « L’Autre » (pp. 7-19), un très joli texte où un vieux Borges rencontre le jeune poète qu’il était autrefois. Une superbe variation sur le thème du double, qui inscrit déjà Le Livre de sable dans le fantastique le plus subtil.

 

« Ulrica » (pp. 20-26) évoque une réminiscence d’un amour idéalisé ; si c’est à nouveau un texte d’une grande élégance formelle (et donc d’une grande sobriété, chez Borges), il m’a cependant beaucoup moins séduit.

 

Mais on retrouve immédiatement après le meilleur de Borges avec « Le Congrès » (pp. 27-57), une nouvelle plus ancienne qui ne manque pas d’évoquer la fameuse « Bibliothèque de Babel ». Nous y suivons l’ambitieux projet d’une société secrète qui, à l’instar de la carte parfaite de Lewis Carroll, en vient à englober le monde dans son ensemble…

 

Une curiosité, ensuite, avec « There are more things » (pp. 58-69), nouvelle dédiée à Lovecraft qu’elle pastiche astucieusement. Dans son « Épilogue » (pp. 145-147), Borges se montre toutefois quelque peu injuste avec son confrère américain, qu’il qualifie de « pasticheur involontaire d’Edgar Allan Poe », et avec son texte, qu’il traite de « lamentable fruit »… L’hommage est pourtant pleinement réussi, et doublement savoureux pour l’amateur de littérature fantastique.

 

« La Secte des Trente » (pp. 70-75) nous ramène à du Borges à l’état pur, puisqu’il se présente comme un extrait d’un manuscrit décrivant une étrange hérésie antique. Un texte érudit et profond.

 

« La Nuit des dons » (pp. 76-84), à l’instar « d’Ulrica », m’a moins séduit… Un récit initiatique élégant, mais guère marquant à mon sens.

 

« Le Miroir et le masque » (pp. 85-91), ensuite, est un joli conte rapportant la confection de trois poèmes de plus en plus proches de la perfection, avec ses conséquences terribles. Une nouvelle à rapprocher de la suivante, « UNDR » (pp. 92-100), là encore censément l’extrait d’un vieil ouvrage, décrivant la quête dans les pays nordiques du poème ultime, ne comprenant qu’un seul mot. Une merveille.

 

Mais suit immédiatement une autre merveille, avec « Utopie d’un homme qui est fatigué » (pp. 101-112), narrant la rencontre d’un contemporain et d’un homme du futur lui décrivant sa langoureuse utopie. Splendide.

 

C’est moins vrai pour ce qui est de la nouvelle suivante, « Le Stratagème » (pp. 113-123), nouvelle dotée d’un beau cadre et de personnages très détaillés, mais un peu surfaite dans son canevas vaguement « policier », ce qui la transforme en une fable certes bien vue et richement enluminée, mais néanmoins un peu décevante à mon sens.

 

« Avelino Arredondo » (pp. 124-132) est par contre une nouvelle saisissante, s’inspirant d’un assassinat politique bien réel. Nous y voyons un jeune homme se couper du monde pour que son plan atteigne à la perfection. Une nouvelle magnifique, d’une richesse thématique impressionnante.

 

Le recueil s’achève enfin sur deux textes de pur Borges absolument géniaux : « Le Disque » (pp. 132-136), évoquant un disque à une seule face, variante du ruban de Möbius, et enfin, bien sûr, « Le Livre de sable » (pp. 137-144), décrivant un livre infini contenant tous les livres ; on pense à nouveau à « La Bibliothèque de Babel » dans ce texte une nouvelle fois vertigineux, qui en constitue quelque part l’aboutissement… Chef-d’œuvre.

Et ça vaut pour l’ensemble. Je ne manquerai pas d’y revenir.

CITRIQ

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Efelle 21/01/2009 09:53

Ma seule lecture de Borges est une nouvelle incluse dans l'anthologie "Histoires étranges et fantastiques d’Amérique latine" et ne m'a pas trop convaincu.
Peut être est ce trop hermétique et érudit pour moi (comme Meyrink).