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"Idées noires, l'intégrale", de Franquin

Publié le par Nébal

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FRANQUIN, Idées noires, l’intégrale, Paris, Audie – Fluide glacial, [2001] 2007, 70 p.

 

Si, dans mon inculture crasse, je n’ai finalement que très peu lu les Spirou & Fantasio de Franquin, c’est néanmoins là un auteur de BD qui a beaucoup compté pour moi. D’abord et avant tout pour Gaston, bien sûr, dont, gamin, j’ai lu et relu avec un plaisir croissant les gaffes, et qui est définitivement devenu mon modèle en tout ou presque. Mais aussi pour les Idées noires

 

Je n’étais pas encore dépressif, loin de là, quand j’en ai lu pour la première fois. Et pour cause : je devais avoir dix ou onze ans. Je m’étais alors procuré, sur la seule foi du nom de Franquin, ce deuxième tome bâtard en semi-format. Bien entendu, on était là très loin de Gaston, bien plus loin que tout ce que j’aurais pu imaginer… Mais, malgré mon jeune âge (tendre, mon cul), j’ai immédiatement adhéré à la chose. Tout m’a séduit, des vers de Victor Hugotlib ouvrant ce petit volume (hélas pas repris ici, mais je crois que ça finissait par « L’œil était sur la page et regardait Franquin »…), au terrible « Qui m’aime me suive ! » final. Je me souviens, encore aujourd’hui, de la plupart des « gags » (qui n’en sont pas toujours), au point que je pourrais en citer quelques-uns quasiment par cœur. Et puis ce dessin, superbe noir et blanc, que j’ai redécouvert émerveillé avec cette intégrale, et qui me fait penser que Franquin, c’est un peu notre Frank Miller à nous dans la franco-belge, tiens… Et les signatures, aussi ! Bref : ce tout petit album, je l’ai lu et relu, et adoré par-dessus tout. Ce fut un véritable choc, voire – le terme serait peut-être plus juste encore – un traumatisme. Et déjà un avant-goût de cette donnée fondamentale : la BD, ce n’est pas que pour les enfants, non mais. Et j’ai eu l’impression, du coup, d’avoir grandi d’un bond à la lecture des Idées noires – hop !

 

Même si, bien sûr, il m’a fallu un peu de temps, encore, pour comprendre certaines planches, et saisir leur portée. Si la dimension écologiste m’avait déjà fortement marqué dès la première lecture – c’était dans l’air du temps, sans doute –, je pense n’avoir saisi que plus tard tout le côté anar des Idées noires (voire de Gaston…), avec ses nombreuses piques contre les militaires, les patrons, les politiques, les curés et leurs fidèles…

 

Et puis, le côté dépressif et parano, bien sûr, je ne l’ai pleinement intégré qu’au fur et à mesure… Je me souviens d’un Spirou, tiens, mais qui, hérésie, n’était pas de Franquin (probablement de Tome & Janry) : Fantasio y était méchamment déprimé, et Spirou faisait la remarque que c’était les gens les plus rigolos qui faisaient les pires dépressions, ou l’inverse, je ne sais plus. Cette idée m’a marqué à vie. Je ne suis pas certain d’être pour ma part particulièrement rigolo, pourtant, mais je fais des efforts… En tout cas, j’ai eu l’impression de vérifier régulièrement cet axiome. Et c’est sans doute dans les Idées noires, rétrospectivement, que j’en avais eu le premier aperçu. Je ne ferai pas l’affront de qualifier Franquin de « clown triste », parce que je peux pas blairer ces putains de clowns qui, eux, ne m’ont jamais fait rire (mais ça me rappelle la blague sur le clown dépressif dans Watchmen, au passage…).

 

Mais il y a, dans ces Idées noires, une harmonie parfaite entre l’humour et le tragique, a fortiori quand c’est le destin de l’humanité entière qui est en jeu. Et sans doute aussi ce que je qualifierais volontiers de « misanthropie bienveillante », une philosophie qui est mienne depuis, pfou, au moins (et donc probablement depuis la lecture des Idées noires, en fait…) : en gros, tous les hommes sont des cons, mais, hein, bon, ben c’est pas une raison, quoi. Bon. Et puis il y a parfois une rage mêlée de dégoût qui s’exprime (l’exemple le plus frappant étant peut-être celui du soleil qui dégueule…). Une cruauté politique jubilatoire, enfin – le fusil PANDAN-TAGL !

 

Quoi qu’il en soit, tout le monde y passe. Quand Franquin broie du noir (donc), cela est bon. « Lorsqu’après avoir lu une page d’Idées noires de Franquin on ferme les yeux, l’obscurité qui suit est encore de Franquin. » Il fait tout noir, là. Et cela est bon.

CITRIQ

Commenter cet article

Efelle 08/05/2014 17:36

Des planches qui m'appellent régulièrement...

Baroona 08/05/2014 11:43

Bel hommage à ce grand livre qui ne peut que marquer.
(Ah, la planche de la guillotine...)