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"Livre de sang", de Clive Barker

Publié le par Nébal

Livre-de-sang.jpg

 

 

BARKER (Clive), Livre de sang, [Clive Barker’s Book Of Blood, Vol. 1], traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque, Paris, J’ai lu, coll. Science-fiction – Fantastique, [1984, 1987-1988] 2001, 248 p.

 

La terreur, y a que ça de vrai (voir tome 2). Je laisse parfois passer un peu de temps, mais j’y reviens toujours à un moment ou à un autre. Si j’ai surtout pratiqué l’horreur au cinéma, elle m’a néanmoins procuré de délicieux frissons en littérature également. Vous connaissez probablement ma passion pour Lovecraft, mais j’adule aussi des auteurs tels que Stephen King ou Dan Simmons, entre autres. Et, si je n’ai pas énormément pratiqué Clive Barker, ce que j’en ai lu (ou vu, puisque le monsieur est un touche-à-tout) m’inspire néanmoins le plus grand respect.

 

Aussi ne pouvais-je faire plus longtemps l’impasse sur ses fameux « Livres de sang », dont le premier tome, qui va nous retenir aujourd’hui, prenait la poussière depuis bien trop longtemps dans ma commode de chevet. Mais là, je suis en vacances, et je me suis dit qu’il était bien temps de me mettre à cette série de six recueils de nouvelles fantastiques, capitales dans l’œuvre de l’auteur, et tendant à revisiter, quasiment de manière encyclopédique, bon nombre des thèmes essentiels du genre. Un beau projet, de belle ampleur.

 

La première nouvelle, « Le Livre de sang », est probablement la moins intéressante de ce premier lot. Il faut dire que cette brève incursion dans l’horreur, tout d’abord très théorique, relève largement de la pure introduction à l’ensemble de ce qui va suivre. Nous y voyons en effet un faux médium se faire démasquer de manière pour le moins brutale par les morts avec qui il prétendait être en contact. Ceux-ci écrivent à même sa chair leurs histoires, en lettres de sang. Tout ce qui suit figure donc censément sur le corps du charlatan.

 

Et on commence (véritablement) avec du lourd : « Le Train de l’abattoir », qui évoque un serial killer œuvrant dans le métro new-yorkais, est un sommet de terreur, passant du thriller gore au complotisme antédiluvien que je n’ai pu m’empêcher de trouver passablement lovecraftien avec une maestria qui mérite d’être notée ; Clive Barker y démontre déjà son talent pour jongler avec les différents registres de l’horreur, et se révèle un conteur d’exception, porté sur les descriptions craspecs et les ambiances sordides.

 

Changement radical d’atmosphère avec « Jack et le Cacophone », puisque l’auteur nous offre cette fois une succulente friandise de comédie horrifique. Le Cacophone (qui a pu m’évoquer Jakabok Botch, voir Mister B. Gone) est un démon mineur dépressif ; il faut dire qu’il a pour tâche, à lui confiée par les puissances des ténèbres (« qu’elles tiennent une cour éternelle ! qu’elles chient éternellement leur lumière sur la tête des damnés ! »), de hanter Jack J. Polo, un homme tellement terne et inintéressant qu’il ne semble offrir aucune prise. À moins que… Pas vraiment horrifique, pour le coup, mais très rigolo.

 

Suit « La Truie », et là j’ai vraiment envie d’applaudir des deux mains (parce que d’une seule c’est difficile, sauf pour un moine zen). En effet, cette nouvelle prenant pour cadre un centre de réhabilition pour jeunes délinquants (glauque, glauque) et que je ne saurais résumer sans lâcher le morceau (de barbaque, of course) abonde tellement en scènes et images d’un grotesque extrémiste qu’elle aurait probablement été ridicule sous la plume de tout autre auteur que Clive Barker. Seulement voilà : lui, il assure. Vraiment très impressionnant.

 

« Les Feux de la rampe » évoque la mise en scène par une troupe théâtrale de branquignoles de La Nuit des rois. Sexe, sang et putréfaction ! Là encore, Clive Barker ne manque pas d’humour, mais sait aussi ménager quelques belles images horrifiques (plus ou moins grotesques, là encore) qui ne sauraient laisser indifférent.

 

Et le recueil de s’achever sur « Dans les collines, les cités », nouvelle confrontant un couple gay de touristes anglais à l’étrange rituel perpétué par les habitants de deux villages, tous les dix ans, dans le trou du cul de la Yougoslavie. L’horreur se teinte ici de surréalisme – difficile de se faire des images précises de ce qui se produit, du coup. Et on ne peut s’empêcher de noter, a posteriori, le caractère étrangement et tristement « prophétique » de ce texte, cela dit peut-être un cran en-dessous de ceux qui précèdent (à mon goût tout du moins).

 

Le bilan est sans appel : Livre de sang, c’est excellent. Je me suis régalé tout au long (ou au court…) de cette lecture, qui correspondait parfaitement à mes attentes comme à mes envies/besoins du moment. J’ai d’ores et déjà hâte de poursuivre l’expérience ; je vous entretiendrai donc très bientôt d’Une course d’enfer

CITRIQ

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La Mettrie 08/05/2013 12:34

Moi qui suis un grand fan de Hellraiser, tes chroniques des livres de Clive Baker me donne envie de succomber à l'envie de lire le monsieur en question, envie qui me trotte dans la tête depuis un
certain temps.
Je crois me souvenir d'un film dont le scénario ressemble beaucoup à ce que tu dis du "train de l’abattoir", qui est si je me souviens bien une excellente histoire de goules.

Nébal 10/05/2013 08:45



Succombe, succombe.


 


Et, oui, je crois bien que "Le Train de l'abattoir" a été adapté, mais aucune idée de ce que ça vaut.



Tallis 06/05/2013 08:20

Dans mes souvenirs, Une course d'enfer est encore meilleur (et pourtant, ça n'était pas gagné après ce premier envoi). Par contre, je suis surpris que tu aies trouvé "Dans les collines..." un petit
cran en-dessous dans le recueil. L'image de ces géants formés par les habitants des villes m'a longtemps hanté...

Nébal 07/05/2013 10:43



J'ai trouvé Une course d'enfer globalement un peu inférieur, même si deux de ses cinq textes sont vraiment très forts.


 


Pour "Dans les collines, les cités", tu n'es pas le seul à m'avoir fait cette remarque, loin s'en faut... Je copie-colle donc plus ou moins depuis Facebook : peut-être l'imagerie est-elle trop délirante à mon goût ? Je ne sais pas... Je sais que vous êtes
nombreux à aimer particulièrement cette nouvelle - je l'ai aimée aussi, hein -, mais mes difficultés pour visualiser la chose, qui ne me gênent pourtant pas dans le cas d'un Lovecraft (au
hasard...), ont ici constitué un frein, je pense ; et la fin m'a paru un peu faible, justement, au regard de l'imagerie déployée et des scènes très fortes du milieu de la nouvelle. Mais bon,
c'est moi, ça, hein...