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"Psychose", de Robert Bloch

Publié le par Nébal

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BLOCH (Robert), Psychose, [Psycho], nouvelle traduction de l’anglais (États-Unis) par Emmanuel Pailler, préface de Stéphane Bourgoin, Paris, Moisson rouge – Points, coll. Thriller, [1959, 2011] 2013, 230 p.

 

Bon, on va pas s’embarrasser de balises « spoiler », hein ? Vous connaissez tous l’histoire ? Vous avez tous vu le chef-d’œuvre d’Alfred Hitchcock adapté de ce petit roman de Robert Bloch ? Certains ont peut-être même poussé le vice jusqu’à regarder le Gus Van Sant ? Bref, vous savez qui a fait quoi ? Parce que bon : au cas où, la quatrième de couverture cite carrément le fin mot de l’histoire en guise d’extrait, et la préface de Stéphane Bourgoin, suivie d’une interview de Robert Bloch, en rajoute une couche… Non pas que ça m’ait gêné véritablement : après tout, ben, oui, j’avais déjà vu (et revu cent fois) le Psychose d’Hitchcock, à n’en pas douter un de ses plus grands films. Et la musique de Bernard Herrmann, vous la connaissez aussi, hein ; et peut-être êtes-vous pris, parfois, d’un soupçon d’angoisse sous la douche… Bon sang, que c’est bon !

 

Mais, du coup, j’étais curieux – et ce depuis fort longtemps – de lire le roman de Robert Bloch, en son temps, rappelons-le au cas où, jeune correspondant de Lovecraft, et qui le pastichait volontiers ; ici, on en est très loin, malgré deux, trois références discrètes qui peuvent nous y ramener ; je me demande d’ailleurs ce que le gentleman de Providence aurait bien pu penser de cette histoire très réaliste et sordide et, horreur glauque, tout de même vachement sexuée… Mais, surtout, j’étais curieux de savoir si ça marchait quand on connaissait la fin.

 

Et je dois m’avouer incapable de répondre à cette question… Je ne sais pas – je ne peux pas savoir, à ce stade – si la mécanique de ce thriller séminal est bien huilée ; je ne sais pas ce que les lecteurs du roman en 1959 ont bien pu ressentir en comprenant ce qui se passe au juste entre Norman Bates et sa dingue de mère… Le poids du film et de la légende qu’il a suscitée sont tels que l’on ne peut plus, aujourd’hui, lire ce roman innocemment.

 

Cela dit, une chose est certaine : même en connaissant déjà l’histoire (et Hitchcock y est dans l’ensemble resté très fidèle, malgré quelques modifications – la plus importante concernant l’âge et le gabarit de Norman Bates, censé être un gros homme vieillissant dans le roman, mais il est difficile de ne pas visualiser Anthony Perkins à la place…), et même en reconnaissant, sans surprise, la médiocrité du style (après tout, j’avais déjà lu quelques trucs de Robert Bloch, même si c’était dans un genre bien différent), j’ai plutôt apprécié – comme une honnête série B – ce roman devenu, un peu malgré lui, culte.

 

Et je lui reconnais, en fait, une qualité très hitchcockienne : l’art du suspense – entendons par là que l’angoisse s’installe, non seulement en dépit de la connaissance du « secret », mais aussi parfois en raison même de cette connaissance – on a peur, ou du moins on frémit, justement parce que l’on sait ce qui va se passer, à la différence de ces couillons de personnages, qui sont autant de veaux menés à l’abattoir… Mais non, ne t’arrête pas dans ce motel, idiote ! Mais… t’es conne au point d’aller bouffer des sandwiches avec le gérant ? NE LUI PARLE PAS DE SA MÈ… trop tard. Bon, d’accord, vas-y, prends-la, cette douche : tu l’as bien méritée…

 

Alors, de ce point de vue, ça marche. Et on avouera que, si la plupart des personnages sont en papier mâché, Norman Bates, lui, est plutôt réussi, authentiquement complexe, plus riche de personnalité (et des troubles qui vont avec) que dans le film. Et on peut supposer que ce genre d’histoire était plutôt original en 1959 – même si l’on pouvait sans doute trouver des précédents, ne serait-ce que chez Robert Louis Stevenson (mais justement : j’avais été déçu par les aventures sordides de Mr Hyde, et craignais que cela vienne du fait que je connaissais, comme tout le monde, l’histoire à l’avance…).

 

Mais d’où vient au juste Norman Bates ? Ben, d’un authentique cintré, un vrai psychotique dont l’histoire a défrayé la chronique, pas bien loin de chez l’auteur. Ce monsieur s’appelait Ed Gein, et on l’a surnommé « le boucher de Plainfield ». Et son histoire est encore plus crapoteuse – et fascinante, certes – que celle de ce cher Norman, du moins telle que la raconte Stéphane Bourgoin en guise d’introduction. Faut avoir l’estomac solide ; ici, le roman comme le film se montrent finalement très sages…

 

Quoi qu’il en soit, Psychose constitue bien, malgré son côté franchement assumé de « série B » (qui a sans doute séduit Hitchcock, d’ailleurs, et a justifié certains de ses choix de mise en scène), un thriller à l’origine d’un gros paquet de trucs. Et si le « Buffalo Bill » du Silence des Agneaux ressemble finalement plus encore à Ed Gein que ce bon vieux Norman Bates, par certains aspects du moins, on peut supposer que l’influence du film et donc plus ou moins directement du roman a été déterminante dans la création des pires serial killers littéraires et cinématographiques. Or, justement, j’ai tendance à renâcler devant les thrillers littéraires (je suis par contre très bon public pour les films), que je trouve souvent beaucoup trop « mécaniques » ; mais, ici, ça va encore : c’était un autre temps…

 

Aussi, quand bien même je ne ferais certes pas du roman de Robert Bloch un monument à l’échelle du film qu’en a tiré ce cher Hitch, et même si je n’ai finalement pas eu la réponse à ma question, je n’ai pas le sentiment d’avoir perdu mon temps à la lecture de ce livre de toute façon plutôt court. Ça n’a rien d’exceptionnel, non, mais c’est plutôt sympathique… ça se lit, quoi… dans le métro, c’était parfait. Dans un train, j’imagine que ça doit le faire aussi.

 

Sous la douche, peut-être pas.

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