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Excession, de Iain M. Banks

Publié le par Nébal

Excession, de Iain M. Banks

BANKS (Iain M.), Excession, [Excession], traduit de l'anglais par Jérôme Martin, préface de Gérard Klein, Paris, Robert Laffont – LGF, coll. Le Livre de poche Science-fiction, [1996, 1998, 2002] 2007, 633 p.

 

Retour au « cycle de la Culture » de Iain M. Banks, avec ce quatrième roman qu'est Excession. Je vous ai fait part, en traitant des trois premiers romans, de ma déception relative à l'égard de ce cycle culte de la science-fiction contemporaine, dont j'attendais il est vrai beaucoup. Attention, hein : je ne dis pas que ces romans étaient « mauvais » ; ils étaient « bons », oui ; seulement, ils étaient (nettement) moins « bons » que ce que j'espérais en fonction des louanges adressées à ce cycle par des gens de bon goût. J'avais cependant l'impression de ressentir un léger mieux au fur et à mesure (même si j'avais perdu tout souvenir de L'Usage des armes...). Et avec Excession, ça y est, enfin : cette fois, à mon sens, nous n'avons pas affaire à un « bon roman », mais à un roman vraiment bon ; je trouve toujours ça un peu longuet par moments, et la construction m'a parfois laissé sceptique, mais le fait est que j'ai passé un excellent moment à la lecture de ce quatrième tome.

 

Deux raisons à cela, sans doute : la principale, sur laquelle je reviendrai un peu plus loin, c'est qu'on est vraiment ici au cœur de la Culture, qui, en même temps, paraît moins monolithique que d'habitude (et décidément de moins en moins sympathique ?), notamment du fait des dissensions bien pensées de certains Mentaux, ces intelligences artificielles qui tirent plus que jamais les ficelles, et qui fournissent les éléments les plus intéressants de l'intrigue.

 

Et puis, bien sûr, il y a l'Excession du titre. Qu'est-ce qu'une Excession ? C'est une très bonne question, et je vous remercie de l'avoir posée. Mais tout le problème est là : on ne sait pas ce que c'est que cet étrange et gigantesque artefact en orbite autour d'une naine brune. Il a tout d'un classique « Big Dumb Object », et c'est un sous-genre de la science-fiction qui a toujours eu ma sympathie. Cette Excession, quoi qu'il en soit, pourrait poser de graves problèmes, en elle-même, ou, de manière plus indirecte, parce qu'elle suscite tant la curiosité que la convoitise.

 

Par exemple celle d'une nouvelle espèce belliqueuse (qui nous ramène un peu aux Idirans d'Une forme de guerre), ces Affronteurs (ils se sont fait une gloire de ce sobriquet péjoratif), grands amateurs de chasse et de bataille, pas ouvertement en guerre contre la Culture, même s'il suffirait sans doute d'un rien pour que ça pète. Or, cette Excession, ce n'est pas exactement « rien »...

 

Genar-Hofoen fait figure de diplomate de la Culture au sein de l'Affront, et est bien conscient de ce risque de conflit permanent. En même temps, il éprouve une certaine sympathie pour ce peuple guerrier aux valeurs tranchées... Mais, dès le départ, avant même que l'Excession entre vraiment en jeu, Circonstances Spéciales interrompt sa mission pourtant plus que jamais cruciale, en le rapatriant pour qu'il vienne régler une bien mystérieuse affaire... qui le confrontera en définitive à son passé le moins reluisant.

 

Cela dit, si cette trame n'est pas inintéressante – et si les Affronteurs sont intéressants –, ce qui fait vraiment tout le sel d'Excession, c'est bien ce « Big Dumb Object », et le fait qu'il intrigue en premier lieu des Mentaux. Certains d'entre eux sont de la Culture, mais peuvent en représenter plusieurs tendances très diverses, chose que l'on n'avait guère ressentie dans les romans précédents (pour ma part et sans surprise, j'aime beaucoup les hédonistes de « Bof-Laisse-Tomber »...). Il y a aussi, juste à l'extérieur de la Culture, les Elenchs, qui s'en sont séparé du fait des questions d'hégémonie et d'impérialisme (thème essentiel du cycle, donc), eux qui sont prêts à subir des modifications au contact des autres plutôt que de chercher à leur imposer à tout crin un modèle immuable (forcément, je les aime beaucoup, eux aussi). Et, inévitablement, les Affronteurs seront bientôt de la partie... ainsi qu'un trouble-fête lui aussi issu de la Culture, l' « excentrique » (c'est rien de le dire) Service-Couchettes, qui permettra en outre de faire le lien avec la quête de Genar-Hofoen.

 

Mais cet humain est en définitive secondaire, à mes yeux en tout cas. Les Mentaux qui dirigent ces énormes vaisseaux spatiaux, qu'ils soient « bizarres » comme Service-Couchettes ou plus fermement impliqués dans la politique de la Culture, sont les vrais personnages centraux d'Excession. Et leurs échanges comme leurs divers complots, qui ne tardent pas à plonger le lecteur dans une inquiétante et en même temps amusante (…) paranoïa, sont tout à fait réjouissants (au-delà de leurs seules désignations tirées par les cheveux).

 

Et c'est grâce à eux que l'on aboutit enfin – même si ce thème était déjà présent, mais à mon sens d'une manière moins subtile, dans les trois premiers romans – à ce que j'attendais du « cycle de la Culture » : pas seulement du baroque et du « sense of wonder », mais aussi une vraie réflexion politique, critique d'une utopie qui se veut elle-même critique.

 

Banks réussit ainsi pleinement son coup, et son roman contient le meilleur de la science-fiction contemporaine, que ce soit sous l'angle du divertissement (car celui-ci reste très présent, qui plus est non dénué d'humour) ou sous celui de la réflexion, ici essentiellement politique et sociétale.

 

Et donc voilà : avec Excession, en ce qui me concerne, on entre enfin véritablement dans ce que le « cycle de la Culture » peut offrir de meilleur. Cette fois, mes petits bémols, quand bien même toujours présents à un moindre degré, s'écrasent devant la justesse de l'ensemble.

 

Suite des opérations avec Inversions... qui, hélas, est loin de m'avoir autant convaincu.

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EganVarley 16/06/2015 11:08

C'est quand même stupéfiant de lire "L'usage des armes" et de n'en garder aucun souvenir 2 mois plus tard.
Un space-opéra si flamboyant, un roman si marquant avec sa construction ou 2 trames narratives alternent de chapitres en chapitres (numérotés différemment). Une trame va en avant dans le temps tandis que l'autre revient en arrière...et tout ça se rejoint à la fin dans une révélation brutale comme un coup de marteau dans la gueule.
Et tu ne te souviens de rien quelques semaines plus tard ? Tu es sûr de ne pas t'être fait refiler du GHB après ta lecture ?

Nébal 16/06/2015 11:43

Ben j'étais pas dans les meilleures conditions, hospitalisé et au fond du trou...