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"Les Cheyennes", de Mari Sandoz (abandon)

Publié le par Nébal

Les-Cheyennes.jpg

 

 

SANDOZ (Mari), Les Cheyennes, [Cheyenne Autumn], traduit de l’anglais (États-Unis) par Thierry Chevrier, avant-propos d’Olivier Delavault, Paris, Télémaque, coll. Frontières, [1953, 1996] 2014, 570 p.

 

(Abandon après 200 pages environ.)

 

Longtemps, toujours en fait, j'ai lu jusqu'au bout des livres qui me faisaient suer abondamment dès le début ; j'ai peiné d'innombrables fois sur des ratages, voire des saletés, simplement parce que, par principe sans doute, ça me faisait un peu mal au derche de lâcher l'affaire... J’ai pris la résolution de ne plus me laisser faire de la sorte : pas de temps à perdre, nan mais oh. On verra si je parviens à m'y tenir... C’est pourquoi j’inaugure une nouvelle catégorie d'articles sur ce blog, que j'espère rares, des notules consacrées à mes abandons, expliquant brièvement (euh...) pourquoi je laisse tomber le bouquin en cause.

 

Première victime : Les Cheyennes, de Mari Sandoz : à environ 200 pages, je m'emmerdais toujours à mourir, je ne me sentais pas de m'en enfiler encore 370 comme ça (oui, parce que gros bestiau tout de même)...

 

La déception est à la hauteur de la réputation du roman, mais plus encore du très célèbre film qui en a été tiré par John Ford en 1964 (je ne l’ai bien évidemment pas vu…), et qui a joué son rôle dans la « réhabilitation » des Indiens dans les westerns.

 

L’histoire, vous la connaissez probablement, et même très certainement si vous êtes un habitué de ce blog, puisque je l’ai évoquée récemment dans un autre article, en rendant compte (mal...) de ma lecture de La Dernière Frontière d’Howard Fast. Un livre très différent cependant (outre qu’il est lisible, au moins…), essentiellement pour une question de point de vue : le roman de Mari Sandoz, en effet, se passe presque intégralement chez les Cheyennes.

 

Ceux-ci, qui ont longtemps figuré l’incarnation la plus « noble » des Indiens, n’en ont pas moins subi les conséquences de la politique hostile (oserait-on dire d’extermination programmée ? On pourrait probablement...) des Blancs. C’est ainsi qu’après de nombreux accrochages (avec Custer entre autres), au moindre prétexte, ils ont été exilés loin de leurs terres ancestrales pour s’installer de force dans ce qu’on appelait alors le « Territoire Indien » (aujourd’hui l’Oklahoma), pauvre et d’autant plus invivable qu’il était déjà surpeuplé. On avait fait bien des promesses aux Cheyennes, au travers d’une agence – ressources diverses, notamment –, promesses jamais tenues. Et puis on leur avait dit que, si ça se passait mal dans le Territoire Indien (euh…), ils pourraient rentrer chez eux.

 

Les chefs Dull Knife et Little Wolf (pas vraiment des excités par ailleurs, probablement plutôt même des « pacifistes »), se fondant sur cette parole donnée, qu’ils entendent bien faire respecter, décident donc en septembre 1878 de conduire environ 280 des leurs, affamés et souvent malades, dans une odyssée de quatre mois, un long périple devant les ramener dans le Montana.

 

Bien évidemment, les Blancs ne l’entendent pas de cette oreille… et, face à ce peuple finalement assez réduit et dans un état lamentable, ils font péter les grands moyens : environ 10 000 soldats, secondés par 3000 civils, supposés arrêter les Cheyennes, et les abattre le cas échéant…

 

Le sujet, on en conviendra aisément, est absolument fascinant et sans aucun doute très porteur. Howard Fast, ainsi, en a tiré un western tout à fait recommandable, encore qu’en adoptant un point de vue très différent. J’en attendais à vrai dire davantage encore (bien davantage) du roman de Mari Sandoz, justement en raison de son approche centrée sur les Indiens. La quatrième de couverture, élogieuse comme il se doit, n’hésite pas à parler d’un « chef-d’œuvre de la littérature américaine » ; je la croyais naïvement, d’autant que ce qualificatif s’applique indéniablement au Little Big Man de Thomas Berger, paru en même temps dans la même collection.

 

Tu parles…

 

Au début, j’ai pensé qu’il s’agissait seulement d’une question d’acclimatation, mais le fait est qu’au bout de 200 pages (tout de même), je n’y parvenais toujours pas. Le problème est que,en fait de roman, on est là devant quelque chose de « pas vraiment littéraire », à la limite de l'essai historique et anthropologique. Ce qui devrait me plaire en temps normal, me ravir même, mais là je me suis ennuyé : le déroulement, pointilleux, est en effet monotone et répétitif (au bout de la centième scène de conflit entre Little Wolf et les jeunes chiens fous, on en a quand même un peu marre…). Accessoirement, mais cela va de pair, la structure du roman tend à être un peu confuse, avec des allers-retours pas toujours bien gérés (au sortir du Wilderness de Lance Weller, qui en use beaucoup mais avec brio, ça faisait comme un choc…). À côté de ça – et c’est sans doute ce qui m’a le plus gêné, au final –, j’avais une fâcheuse tendance à me perdre dans les très nombreux personnages mis en scène par Mari Sandoz ; il faut dire que la caractérisation, même s’il y a quelques exceptions notables (Little Wolf en tête), n’est pas vraiment son fort…Quant au style, de manière générale, il se montre au mieux quelconque, mais assez souvent un poil laborieux (d’autant que pas hyper romanesque, donc).

 

C’est ainsi que Les Cheyennes m’a fait l’effet, tant il était pénible, d’un roman à peu de choses près illisible. Et c’est pourquoi j’ai décidé d’arrêter les frais avant la moitié : je ramais dessus et ne prenais absolument aucun plaisir à ma lecture. Inutile donc de prolonger le calvaire, même si j’ai eu du mal à me résoudre à refermer définitivement le livre… Bon, au-delà de cette déception carabinée, demeure la curiosité de voir le film de John Ford (faudra vraiment que je m’y mette, un de ces jours…). Mais pour le « chef-d’œuvre de la littérature américaine », c’est rapé.

 

 (‘tain, moi qui devais faire une courte notule, j’ai fait un article aussi long que d’habitude… Allez comprendre…)

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john warsen 07/12/2014 09:36

Merci ! en ces temps de recherche frénétique de cadeaux de noël, le dépistage des dispensables est fort utile.