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20th Century Boys, t. 4 (édition Deluxe), de Naoki Urasawa

Publié le par Nébal

20th Century Boys, t. 4 (édition Deluxe), de Naoki Urasawa

URASAWA Naoki, 20th Century Boys, t. 4 (édition Deluxe), [20 seiki shônen, vol. 7-8], scénario coécrit par Takashi Nagasaki, traduction [du japonais par] Vincent Zouzoulkovsky, lettrage [de] Lara Iacucci, Nice, Panini France, coll. Panini Manga – Seinen, [2000] 2014, [424 p.]

 

SUITE…

 

Je poursuis à mon rythme la lecture de 20th Century Boys, d’Urasawa Naoki, avec ce tome 4 de l’édition « Deluxe » (comprenant donc les tomes 7 et 8 de l’édition originale). Et, autant le dire de suite, il me paraît tout de même un bon cran en dessous que celui qui précède

 

Ça reste plus que lisible, hein – et je l’ai lu avec plaisir, oui. Mais certains procédés tenant du gimmick m’ont un peu lassé, cette fois ; le scénario reste diabolique et efficace, mais expose parfois sans doute un peu trop ses ficelles – ces dernières, parce que visibles, ont donc éventuellement quelque chose de cordages…

 

Évidemment, vous vous en doutez, pour causer de tout ça, me faudra SPOILER à mort. Hein.

 

EN SENS INVERSE

 

Le tome 3 avait très bien fonctionné sur moi, et pour deux raisons essentiellement : le choix de zapper le récit des événements du 31 décembre 2000, tout d’abord, ce qui était frustrant, oui, mais délicieusement frustrant ; ensuite, la mise en place d’une nouvelle trame narrative, en 2014, tournant beaucoup autour du personnage de Kanna – que l’on pouvait, à ce stade, considérer comme un « nouveau » personnage (le bébé ne comptait pas vraiment), et central donc, et surtout particulièrement sympathique et attachant.

 

Or ce tome 4 prend assez vite le contrepied de ces choix du tome 3

 

CE QUI S’EST PASSÉ LE 31 DÉCEMBRE 2000

 

En effet, Urasawa Naoki décide donc de revenir (et plus tôt que ce que je pensais, peut-être) aux événements du 31 décembre 2000 – le soir de la fin du monde qui n'a pas été la fin du monde, mais en tout cas du « grand bain de sang »… Et ce qui devait soulager la frustration éventuelle du lecteur s’avère finalement bien trop faible pour pleinement satisfaire – à mes yeux du moins.

 

L’injustice

 

Que Kenji et sa Bande soient des « terroristes » aux yeux des médias, cela fonctionne toujours ; qu’Ami et son parti récoltent les lauriers pour avoir défait une menace dont nous savons pertinemment que c’était eux qui l’avaient suscitée, ça n’est certes pas sans saveur – en fait, et là Urasawa se montre sans doute tout particulièrement habile, le lecteur ne peut sans doute qu’être envahi par un terrible sentiment de révolte devant l’injustice des événements ; mine de rien, le fait est que beaucoup d’œuvres quelles qu’elles soient jouant de ce procédé ou tentant de le faire se montrent bien moins convaincantes à cet égard…

 

Jusqu’ici, tout va bien ? Peut-être.

 

Le robot et ce qui se cache derrière

 

Au regard de cette sous-trame, il y a cependant quelques choix qui passent moins bien (et c’est ici que déboulent les SPOILERS) : l’idée que le « robot atomique de 50 mètres de haut et de 1000 tonnes » s’avère une complète imposture, pas grand-chose de plus qu’une montgolfière, me laisse en effet un peu perplexe…

 

Sans doute s’agissait-il de retourner au réalisme, par rapport à la féerie puérile de Kenji et ses copains écrivant le futur, ce qui participe probablement d’une certaine cohérence de l’œuvre. Le problème est qu’en l’état, le fait que le robot soit ce genre d’imposture… me paraît moins crédible que son authenticité supposée.

 

Le souci, s’il y en a un, n’est donc pas forcément dans la BD – peut-être n’est-ce un problème que pour moi ; et je ne suis d’ailleurs pas bien certain de ce que je reproche à ce choix au juste… Il est sans doute trop tôt : sur cette base, les possibilités sont ouvertes, et l’auteur ayant jusqu’à présent réussi à me surprendre plus qu’à son tour, sans doute vaut-il mieux attendre la suite des opérations avant de balancer un quelconque jugement à ce sujet.

 

L’abus de cliffhangers – et leur artifice de plus en plus marqué

 

Mais d’autres procédés, tout particulièrement dans cette sous-intrigue (« sous » au regard de la construction de ce tome, c’est bien sûr essentiel dans la trame globale, pour ce que l’on en sait), m’ont clairement paru lassants, cette fois – et c’est la succession rapide de cliffhangers bien trop artificiels.

 

Il y en a certes depuis le début de la série, façon « dernière case en bas de la page comme dans Tintin », disons, mais c’était jusqu’alors assez futé et enthousiasmant, le plus souvent ; cette fois, la « réalité du robot » est questionnée par un emploi bien trop récurrent de ce gimmick, qui devient même pénible dans les jeux portant sur l’identité réelle d’Ami – l’effet d’une plaisanterie qui fonctionnait très bien sur un format court, mais s’avère un peu trop lourde à force de récurrence ; au point où ça n’est ni palpitant, ni drôle, ni rusé (cette dernière dimension est sans doute essentielle à la BD, qui interrogeait le récit de manière autrement subtile jusque-là – à tout prendre, nombre de ces cliffhangers relèvent bien d’un jeu post-truc tenant éventuellement de la mise en abyme).

 

Ce qui reste

 

Reste quoi ? Eh bien, l’injustice, donc – qui fait passer nos héros pour des terroristes, et piétine volontiers leurs cadavres (mais voir plus loin…), tandis qu’Ami, plus infect que jamais (ou non – en fait, c’est systématiquement au travers de son puant et irritant représentant Manjôme Inshû que son rôle est débattu, ce qui change forcément la donne), triomphe, porté aux nues par des décideurs ignorants et incompétents et leurs électeurs naïfs et dociles.

 

À ce titre, le jeu sur le premier ministre japonais, caricatural au possible, m’a paru plus lourd que convaincant, mais bon – nous vivons dans un monde qui, au sortir des urnes du moins, trouve un Trump cool et compétent, c’est vrai… La réalité qui dépasse la fiction, comme on dit ; parce qu’elle n’a pas à s’embarrasser du narrativium, elle ; mais 20th Century Boys en aurait peut-être bien besoin de temps à autre ?

 

Allez, admettons une chose – même si, là encore, cela tient du procédé, et sans doute un peu « facile » : Ami, quand il fait ses rares apparitions sous son masque de singe, est assez flippant, oui…

 

2014 – EXIT KANNA

 

Mais qu’en est-il de la trame de 2014 ? Eh bien… Kanna est peu ou prou aux abonnés absents. Personnage très secondaire sur l’ensemble de ce gros quatrième volume, elle ne suscite rien de l’enthousiasme et de l’empathie du tome précédent. Ce que je n’ai pas manqué de regretter…

 

Alcatraz – tranquille

 

D’autant que, en contrepartie, Urasawa Naoki met d’abord l’accent sur la sous-trame qui m’intéressait le moins dans le volume précédent : celle impliquant Otcho (pardon, Shôgun, puisque, même vieux, il est plus que jamais en mode gros badass) et le mangaka naïf Kakuta, lesquels s’évadent comme de juste de cette « Luciole des Mers » dont on ne s’évade pas – ersatz d’Alcatraz avec tous les poncifs de « l’aventure carcérale ».

 

Shôgun, en tant que personnage, m’indiffère totalement – trop « héros » pour être un héros intéressant, dans le contexte de 20th Century Boys. Quelques traits çà et là tentent d’injecter un peu de mystère à la trame, en la reliant de manière marquée au récit des événements du 31 décembre 2000 (pour l’essentiel, c’est donc Shôgun qui raconte) ; mais ça ne m’a pas emballé…

 

Koizumi travaille sur son exposé

 

Et sinon… Eh bien, Urasawa Naoki lance encore une autre sous-trame en 2014 – avec une nouvelle jeune fille, mais bien moins attachante que Kanna : Koizumi est une lycéenne médiocre et somme toute standard, et une groupie, sans guère de centres d’intérêt en dehors de ça. Un personnage délibérément ridicule.

 

Le hasard (forcé par les besoins de la narration, oui, normal) l’amène cependant à s’intéresser à la Bande à Kenji et aux événements du 31 décembre 2000.

 

Les reliques de la Bande

 

En résultent « naturellement » des rencontres cruciales, d’abord avec « Dieu », le clochard devenu richissime (et toujours aussi chouette, lui – en bon touriste de l’espace), puis… avec Yoshitsune, qui n’était donc pas mort, ta-daaam !

 

Cela dit, je me moque, mais le vieux Yoshitsune, pour le coup, est assez attachant, lui – il est un « résistant » malgré lui, et un chef qui plus est, rôle que l’on n’accolait pas instinctivement à cet intello lunetteux forcément timoré, tel qu’il nous était présenté jusque-là ; mais ça lui donne un caractère mélancolique assez intéressant.

 

À vrai dire, pour ce qui est du traitement des « terroristes » de la Bande à Kenji, c’est sans doute celui qui s’en sort le mieux – à moins que Maruo…

 

Mais non, il est mort !

 

Pour le moment ?

 

Bah, ce n’était pas mon propos : je voulais dire que Yoshitsune parvenait, en petit vieux las de tout, à susciter une forme d’attachement à laquelle le froid Otcho ne peut certainement pas prétendre.

 

Même s’il y a pire encore : Yukiji, autre chouette personnage féminin dans les premiers volumes, ensuite réduit, de manière largement incompréhensible, par Kenji lui-même, à un triste rôle de faire-valoir féminin – dont elle ne se dégage en rien : en tant que « tante » de Kanna, elle porte avec la jeunette tout « l’espoir du monde » (…), et ne fait rien d’autre. Un beau gâchis, j’espère que ça s’arrangera par la suite…

 

Amiland

 

Mais Koizumi, donc – un personnage qui se veut comique, tout particulièrement dans ses traits ultra-expressionnistes, mais qui, globalement, tombe à plat en permanence.

 

Enfermée du fait de ses curiosités malvenues dans une sorte de Disneyland dystopique tout à la gloire d’Ami – et c’est là qu’elle fait la rencontre de Yoshitsune –, elle y est promise à un lavage de cerveau qui devrait être glaçant, mais je n’ai pas l’impression que le récit use au mieux de ce cadre prometteur… pour l'heure en tout cas.

 

Sauf, sans doute, en ce qui concerne les expériences de réalité virtuelle à laquelle est soumise Koizumi – et tout particulièrement la dernière, à la toute fin de ce volume, qui amène la lycéenne à rencontrer Kenji et ses amis tout gamins, à la fin des années 1960 ; elle s’immisce comme elle peut au sein de leur petit groupe de garçons…

 

Là, il y a quelque chose d’intéressant – dans ce flou autour des événements narrés, quelque part entre flashback, voyage dans le temps, ou mise en scène totalement biaisée ; l’attitude de Yoshitsune en rajoute d’ailleurs une couche à cet égard. Ce qui, pour le coup, m’a paru assez bien vu – reste à voir ce qu’en fera ensuite l’auteur…

 

Qui, en attendant, conclut ce quatrième tome sur une nouvelle série de cliffhangers rapprochés – l’effet « dernière case en bas de la page comme dans Tintin », mais puissance 10.

 

Ce qui me laisse un peu perplexe. Ou de plus en plus…

 

BILAN

 

Globalement, ce quatrième tome n’est... pas mauvais : encore une fois, je l’ai lu avec plaisir, en fait. Mais la plupart de ses nouveaux développements, presque tous, oui, m’ont déçu sur le moment… et j’imagine que ça ressort de cette chronique mettant en avant les « mauvais points », peut-être un peu trop unilatéralement.

 

Mais voilà : il y a ici une succession de choix narratifs relativement hardis, quand ils ne sont pas trop convenus, et qui peuvent à terme s’avérer intéressants, sans doute, mais qui, pour l’heure, ne m’ont pas vraiment satisfait.

 

Et il y a donc cette crainte qu’à force de jouer d’effets divers pour livrer un récit palpitant et, tout à la fois, questionner les ressorts de ce type de récit, il devienne pourtant exactement la « formule » un peu navrante qu’il est supposé disséquer…

 

On verra. Tome 5 un de ces jours.

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