Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

CR 6 Voyages en Extrême-Orient : Lame, l'arme, larmes (05)

Publié le par Nébal

CR 6 Voyages en Extrême-Orient : Lame, l'arme, larmes (05)

Cinquième séance du scénario de Fabien Fernandez « Lame, l’arme, larmes », tiré de 6 Voyages en Extrême-Orient. Vous trouverez les éléments préliminaires ici, la première séance , et la précédente séance .

 

Je maîtrisais. Tous les joueurs étaient présents, qui incarnaient Goto Yasumori, la voleuse, Hira Ayano, la montreuse de marionnettes, Kuzuri Hideto, l’apothicaire, et Masasugi Takemura, l’ancien soldat.


I : APRÈS LA BATAILLE

 

[I-1 : Takemura, Yasumori, Ayano : Razan Masayuki, Iruma Katsumasa, Iruma Asayi] La bataille a été emportée par les forces assiégées de Razan Masayuki. Tandis que ses cavaliers se lancent à la poursuite des fuyards, pour l’essentiel partis dans la forêt au sud du camp, le vieux seigneur, sur lequel veillent quelques guerriers d’élite, demeure à côté de la tente du commandement ennemi, où se trouvent Takemura, Yasumori et Ayano. Razan Masayuki les observe ; son regard s’attarde plus particulièrement sur Takemura, lequel vient de trancher, à l’aide du sabre maudit, la main droite de son adversaire, Iruma Katsumasa, fils d’Iruma Asayi, malade, qui a quant à lui été sorti de la tente et jeté aux pieds de son adversaire – et qui a vu le triste sort de son fils. Takemura ne cherchait pourtant pas la bataille : ce n’est pas pour rien qu’il a pris sa retraite de soldat, et cela explique qu’il ait ainsi renâclé à se battre, même s’il lui avait bien fallu s’y résoudre… Yasumori, avec l’aide d’Ayano (qui s’était ensuite retirée un peu à l’écart), avait pu se soustraire à la menace de son assaillant, blessé ; toutes deux sont dans l’expectative, peut-être un peu intimidées par le vieux samouraï qui les observe sans dire un mot.

 

[I-2 : Yasumori, Takemura : Razan Masayuki] Yasumori se traîne pour récupérer son deuxième tantô ; elle aimerait rester discrète mais, si c’est avant tout Takemura qui attire les regards, elle se sait observée. Par ailleurs, elle perçoit bien que Razan Masayuki est hésitant – et, clairement, en colère : cela n’échappe pas non plus à ses camarades.

 

[I-3 : Takemura : Razan Masayuki] Takemura, quant à lui, se redresse lentement, et, avec prudence voire obséquiosité, range lentement le katana dans son fourreau – témoignant ainsi de ce qu’il n’a aucune mauvaise intention, et ne représente pas une menace. Razan Masayuki s’avance alors, les dévisage tous, puis revient sur Takemura : « J’ai une dette envers vous. » Idée qui, visiblement, ne lui plaît guère – mais c’est un constat. Takemura acquiesce en témoignant de son respect – à la limite de l’excuse ; mais, guère porté sur l’art oratoire, il ne prend pas l’initiative de répondre, laissant cela à ses compagnons.

 

[I-4 : Ayano : Razan Masayuki ; Tenchi Osami] Ayano, qui s’était abritée pour ne pas être emportée par la cavalcade, s’avance pour s’adresser au seigneur Razan Masayuki. Elle le remercie de leur avoir sauvé la vie. Lui n’a que sa dette en tête. Il explique que, même si leur allure a quelque chose de déconcertant à cet égard, il se doute très bien que le petit groupe n’avait qu’une seule raison de gagner la forteresse d’Ashiga Tomo, même dans ces conditions particulièrement défavorables : l’accès aux archives. Ils pourront s’y rendre – le bibliothécaire Tenchi Osami les assistera le cas échéant. Il incline la tête, commence à s’éloigner, puis se retourne dans la direction d’Ayano : « Après, nous aurons à parler. »

 

[I-5 : Razan Masayuki, Iruma Asayi] Razan Masayuki adresse alors un signe de tête à ses hommes ; sans qu’il ait besoin de dire un mot de plus, trois cavaliers partent aussitôt au galop vers le sud, dans la forêt. Les hommes qui avaient sorti Iruma Asayi de la tente le poussent brusquement à la suite de Razan Masayuki, lequel s’interrompt à nouveau : « Iruma a perdu. Maintenant, il n’est plus mon ennemi, mais mon invité. » Ses soldats cessent dès lors de le brusquer ; Iruma lui-même en est stupéfait. La troupe, pendant ce temps, commence à fouiller le camp, voir s’il serait possible d’en retirer quelques choses ; des blessés sont achevés, tandis que d’autres, de bonnes familles, sont capturés et soignés afin d’en tirer ultérieurement rançon.

II : LOIN DES YEUX

 

[II-1 : Hideto] Hideto est bien loin des autres – qui n’ont pas la moindre idée d’où il se trouve. Épuisé après l’exigeante mission qu’il a accomplie durant la nuit, il s’est réfugié dans une cabane de pêcheur abandonnée à l’est, à quelques kilomètres de la forteresse, et s’y est endormi du sommeil du juste [échec critique] ; il n’a pas la moindre idée de la bataille qui a eu lieu quelques kilomètres plus loin, et ne se réveillera que bien après le lever du soleil. Impossible dès lors de signifier à ses camarades où il se trouve.

 

[II-2 : Sekine Senzo, Tenchi Osami] Retrouver Sekine Senzo ne pose par contre aucun problème, et les personnages s’empressent de le faire venir : l’érudit de leur petite troupe est sans doute indispensable à l’examen des archives de la forteresse d’Ashiga Tomo, dont ils savent qu’elles se trouvent au sommet de la plus haute tour du château, où le bibliothécaire Tenchi Osami les attend.

 

[II-3 : Takemura, Yasumori, Ayano : Kuzuri Hideto, Sekine Senzo, Razan Masayuki, Iruma Asayi] Takemura est cependant inquiet de l’absence de Kuzuri Hideto, et souhaiterait partir à sa recherche ; mais où peut-il bien se trouver ? Takemura ayant suggéré à Hideto d’emprunter la berge ouest du lac, il pense partir dans cette direction. Yasumori, qui s’est d’abord occupée de se soigner, met en avant le fait que des hommes d’armes, fuyards ou vainqueurs, battent les environs, qui représentent une menace ; laisser Takemura partir seul ne l’enchante vraiment pas… Et qui pourrait l’accompagner ? Sekine Senzo et Ayano doivent rester sur place : ils sont les plus à même de se montrer utiles dans les archives… Yasumori suppose qu’elle pourrait accompagner Takemura, mais préfère, dans l’immédiat, guetter Hideto depuis les remparts. Par ailleurs, elle fait la remarque que la malédiction prohibe qu’ils s’attardent à Ashiga Tomo, et elle ne compte pas se montrer trop exigeante à l’égard du seigneur Razan Masayuki ; elle suppose que Hideto saura comment les retrouver, éventuellement en se rendant au camp qu’ils avaient dressé à quelque distance avant de s’infiltrer dans les troupes d’Iruma Asayi, et où ils viennent de retrouver Maître Senzo (ainsi que leur équipement) ; peut-être leur faudra-t-il de toute façon y retourner, pour que les habitants de la forteresse ne souffrent pas de la malédiction du sabre… Takemura concède que les arguments de Yasumori l’ont convaincu : il ne partira pas seul à la recherche de Hideto.

 

III : LES TRÉSORS DES ARCHIVES

 

[III-1 : Ayano, Takemura : Sekine Senzo, Tenchi Osami] Ayano, qui n’entend pas tergiverser, désireuse qu’elle est de se débarrasser au plus tôt de la malédiction, se rend aux archives, accompagnée de Senzo, et de Takemura, finalement. Le donjon est conséquent, il y a beaucoup de place au sommet – les archives sont au moins aussi vastes qu’on le leur avait dit, peut-être plus encore. On y accède en passant tout d’abord par un petit bureau, où se trouve le bibliothécaire, Tenchi Osami – lequel, prévenu, leur ouvre la porte des archives, sans dire un mot ; il ne pénètre d’ailleurs pas à leur suite, mais retourne attendre à son bureau, disponible en cas de besoin.

 

[III-2 : Takemura, Ayano : Tenchi Osami, Sekine Senzo] Takemura, qui ne se sent guère à sa place, s’attarde auprès du bibliothécaire et lui demande s’il a assisté à la bataille, et s’il sait pourquoi ils sont ici ; le vieil homme, un peu bourru, dit ne connaître véritablement les batailles qu’au travers des livres (Takemura suppose que c’est sans doute préférable...)or il y en a beaucoup ici, et il ne doute pas qu’ils y trouveront ce qu’ils cherchent. Le vieux soldat ne cache rien des raisons de leur présence ici : ils ont été maudits, au travers d’un objet dont ils ne peuvent se débarrasser… Tenchi Osami, d’abord un peu surpris, baisse les yeux sur le sabre de Takemura ; dans un soupir : « Dans ce cas, vous trouverez ce que vous cherchez tout au fond de l’aile est, le manuscrit isolé des autres. » Takemura s’incline pour le remercier ; ils se rend sans attendre dans l’aile est, faisant signe à ses camarades de le rejoindre.

 

[III-3 : Ayano, Takemura : Sekine Senzo] Ayano était restée non loin, mais, pour Senzo, c’est une caverne aux merveilles – une bibliothèque de tout premier ordre, riche de livres parfois fort anciens : un vrai terrain de jeu pour un érudit tel que lui. Ayano non plus n’y est pas indifférente, qui sait se trouver là des trésors littéraires. Déambuler dans les archives n’est guère aisé, tant elle croule sous les documents : il faut emprunter des couloirs très étroits, entre des étagères surchargés de « livres » de forme très diverse. En avançant vers l’aile est, Ayano remarque l’âge extraordinaire de ces manuscrits, de plus en plus à mesure qu’ils s’enfoncent dans l’aile est… ce qui ne va pas sans lui poser problème : nombre de ces textes sont en chinois, que ce soit parce qu’ils datent d’une époque antérieure au développement de l’écriture japonaise, ou témoignent d’une coquetterie de lettrés longtemps attachés à cette langue « savante ». Il y a effectivement un manuscrit d’allure bigarrée, composée de nombreux rajouts, qui est distingué, placé sur une sorte de lutrin – clairement celui que le bibliothécaire avait désigné à Takemura. Lequel n’est guère à l’aise dans ce monde qui le dépasse – et un monde si fragile… Quant à Senzo, il ne s’y précipite pas d’emblée : les yeux brillants comme un enfant dans un magasin de jouets, il papillonne entre les rayonnages, poussant régulièrement de petits cris de joie à la découverte de tel ou tel ouvrage extrêmement rare…

 

[III-4 : Ayano : Sekine Senzo ; Tenchi Osami, Razan Masayuki] Ayano dit à Senzo de se concentrer sur l’ouvrage indiqué par le bibliothécaire – qui est au moins pour partie en chinois ancien, qu’elle ne sait pas lire ; Senzo, avec condescendance (« Il est vrai que vous ne savez pas lire... »), délaisse son exploration aléatoire pour étudier le manuscrit isolé. Il est bel et bien composite : dans ses premières pages, il relève de la calligraphie, dans une langue chinoise très ancienne ; mais on n’a censé d’y rajouter des pages, très diverses, au fil des siècles : le manuscrit initial ne comportait que trois ou quatre pages, mais ce sont des dizaines qui sont ensuite venues le compléter ; Ayano, qui l’avait parcouru avant que Maître Senzo ne s’attelle à son étude, avait pu constater, au fil des pages, que la langue passait d’un chinois très académique et qui dépassait ses compétences à une langue japonaise qui peinait tout d’abord à émerger, puis, progressivement, dominait enfin – tandis que la calligraphie soignée des premières pages cédait assez rapidement la place à une écriture plus fonctionnelle. Les pages les plus récentes permettent à Ayano de comprendre qu’il s’agit pour l’essentiel d’une longue et complexe généalogie – des noms très nombreux, associés à des titres tout aussi nombreux. Mais cela ne lui facilite pas la tâche pour autant : les références employées sont pour elle hermétiques, elle ne parvient pas à dater précisément les ajouts, et le chinois des premières pages, qui lui est inaccessible, contient sans doute des bases indispensables à la compréhension de ce qui suit. Ayano s’attarde néanmoins sur les toutes dernières pages, en quête de noms qui lui seraient familiers : effectivement, on y trouve Razan Masayuki, à l’avant-dernière génération ; Ayano remarque aussi que, sur de nombreux feuillets, et systématiquement après quelque temps (sans doute quelques siècles par rapport au début du livre), on trouve une signature ou plutôt un paraphe à chaque page, en forme de griffure noire, qui semble authentifier la généalogie. Ayano saisit sans ménagement Senzo, encore distrait, par le bras, et lui fait part de ses trouvailles.

 

[III-5 : Ayano : Sekine Senzo, Tenchi Osami] Senzo acquiesce ; il constate aussi que le chinois des premières pages est très classique – et d’une très belle langue ! Il va se pencher sur la question, qu’Ayano ne s’en fasse pas, lui saura y trouver ce qui importe vraiment… Senzo se penche sur le manuscrit, et commence à le déchiffrer – Ayano constate qu’il rougit quelque peu : c’est une langue vraiment ancienne – même pour lui… Senzo relève la tête, et demande à Ayano d’aller emprunter du papier, un pinceau et de l’encre au bibliothécaire – il lui adresse alors un signe méprisant de la main, comme pour congédier un domestique… Ayano s’exécute – sans dire un mot, Tenchi Osami lui fournit le nécessaire, qu’elle apporte à Senzo. Ce dernier s’installe et commence à travailler, à traduire le texte dans un japonais moderne (pas tout le texte : le manuscrit original, qui, pour le coup, n’a absolument rien d’une généalogie), puis, au bout d’un moment, s’interrompt : il lui faut davantage de lumière. Qu’Ayano cesse de le déranger : il a besoin de lumière, n’a-t-elle pas entendu ? Ayano va lui chercher ce qu’il demande – après quoi il lui dit de s’éloigner, son ombre le gêne… Ayano se recule en croisant les bras, excédée. Senzo a laissé entendre que ce travail lui demandera du temps.

IV : AUX AGUETS

 

[IV-1 : Yasumori : Kuzuri Hideto] Yasumori, en attendant, s’est soignée et changée – avec des vêtements simples, de paysanne, histoire d’attirer un peu moins l’attention. Puis elle se rend sur les remparts, pour repérer les environs et tenter de guetter Hideto. Elle surveille les berges du lac, mais nulle trace de l’apothicaire. Elle assiste aux suites de la bataille : la fouille du camp par les troupes de Razan Masayuki (avec quelques échos d’affrontements çà et là dans la forêt avec des fuyards), les paysans et pêcheurs qui, timidement, commencent tout juste à réinvestir les lieux… Elle retourne dans le château, et tend l’oreille – pour avoir une idée des conversations.

 

[IV-2 : Hideto] Hideto, de son côté, se réveille enfin, en début d’après-midi – il avait bien besoin de sommeil… C’est sans doute le froid qui l’a réveillé – la cabane de pêcheur n’offre guère de protection en cette saison. Il prend la route du camp, inconscient des événements qui se sont produits. Toujours courbaturé, il n’est pas au mieux de sa forme : il lui faudra bien deux à trois heures pour retourner à Ashiga Tomo.

 

[IV-3 : Yasumori] Yasumori, dans le château, a assisté au retour de nombre de blessés ; mais si la plupart d’entre eux ont été rassemblés dans un dortoir faisant office d’hospice, ce n’est pas le cas de l’un d’entre eux, pourvu d’une armure de samouraï de qualité, et qui a été conduit dans ce qu’elle suppose être la grande salle de réception du château. Elle cherche à s’infiltrer dans les conversations, déplorant la tristesse de la guerre, mais on ne lui prête guère d’attention.

 

V : LA LÉGENDE DU SABRE MAUDIT

 

[V-1 : Ayano, Takemura : Sekine Senzo] Tandis que Maître Senzo travaillait sur le manuscrit, Ayano et Takemura sont restées non loin – la première, piquée par les sarcasmes de l’onmyôji, mais pas au point de quitter les lieux pour autant, le second, même s’il ne se sent guère à sa place et trépigne, parce qu’il est par la force des choses le porteur du sabre, et suppose donc qu’il faut rester à portée au cas où un examen de la vieille lame serait requis.

 

[V-2 : Ayano : Sekine Senzo ; Tenchi Osami, Gen, Shim Na Yung] Senzo a enfin fini sa traduction ; il a pris son temps, aussi bien pour déchiffrer que pour retranscrire, d’une écriture belle et soignée. Il se lève, dit qu’il a besoin de se dégourdir un peu les jambes, et laisse sa traduction à Ayano, qu’il traite toujours comme un larbin ; Ayano en a assez, et lui intime de leur révéler le contenu de ses recherches, mais lui répond qu’après tout elle sait lire… « Certaines choses, du moins... » Il quitte les lieux (il se rend auprès du bibliothécaire Tenchi Osami pour s’entretenir avec lui), et Ayano lit la traduction du manuscrit original par Maître Senzo (aucun problème pour elle ; mais Takemura, lui, ne sait pas lire) :

 

Il y a longtemps de cela, une guerre éclata avec un royaume du continent. Lors des affrontements avec les barbares de Mahan [une confédération de 54 petits États qui a existé du Ier siècle av. J-C. au IIIe siècle dans le sud-ouest de la Corée], les morts ne furent pas comptés. Seuls l’honneur et la guerre avaient droit de cité. De chaque côté, les armées faiblissaient.

 

Enfin, au terme de plusieurs saisons, il y eut une trêve. Chacun campa sur ses positions pendant l’hiver. Les combattants de l’île avaient pris une bonne partie du royaume de Mahan, les défenseurs en profitèrent pour se ressourcer et tenter de trouver des alliés.

 

Parmi les envahisseurs, Gen, un des plus vaillants chefs de guerre, tomba amoureux de la princesse de Mahan. Gen, aidé de ses lieutenants, négocia la paix et son mariage. Au printemps, au lieu de la reprise des hostilités, on célébra les noces à grand renfort de vin de prune, de fleurs et de bijoux.

 

Tout le monde y trouva son compte : les autres chefs de guerre furent invités, et des richesses distribuées. Avec beaucoup de respect, les lieutenants présentèrent à leur seigneur une lame forgée par le meilleur forgeron de Mahan. On la disait si finement ciselée qu’on y voyait des gouttes de rosée gravées.

 

Tout aurait pu finir paisiblement, mais, le soir de la cérémonie, ses avides lieutenants découvrirent que seulement une once du trésor de Mahan leur avait été offerte. Se sentant floués, ils déclenchèrent une nouvelle guerre. Pour cela, ils assassinèrent la princesse Shim Na Yung.

 

Le sang coula de nouveau, et Gen révéla alors sa véritable nature de kitsune [esprit renard]. On ne dit pas comment la guerre se conclut, mais on sait que Gen devint un yako [un kitsune maléfique], et qu’il insuffla une partie de sa magie dans l’épée, et une autre dans la malédiction frappant la descendance des lieutenants qui l’avaient trahi.

 

Depuis ce temps-là, quiconque entre en possession de cette épée, et possède une parcelle de lignage avec les traîtres, voit ses proches mourir un à un. Il est dit qu’un jour, Gen reprendra l’épée pour la léguer et mettre un terme à la malédiction, ou mourra de cette lame.

 

[V-3 : Ayano, Takemura, Yasumori : Gen, Razan Masayuki] Ayano, ayant achevé sa lecture, en révèle le contenu à Takemuraet à Yasumori, qui les a rejoints. Leur ennemi est donc un kitsune du nom de GenS’ils sont tous frappés par la malédiction, c’est qu’ils ont tous, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, un lointain lien de parenté avec des personnages qui avaient agi ensemble plusieurs siècles plus tôt ! Par ailleurs, il y a un lien marqué avec le lignage de Razan Masayuki. Ils doivent, soit éliminer Gen, soit le convaincre de reprendre l’épée ou de la léguer.

 

[V-4 : Yasumori : Kuchi] Yasumori, à la nouvelle que le responsable de leurs malheurs est un kitsune vieux de plusieurs siècles, voire millénaires, songe à la vieille Kuchi, au village de Kengo – elle aussi sans doute était un yôkai… Peut-être un kitsune bienveillant, un envoyé de la déesse Inari ?

 

[V-5 : Ayano : Razan Masayuki] Ayano rappelle à ses compagnons que Razan Masayuki souhaitait s’entretenir avec eux – sans doute en sait-il davantage… Il ne faut pas tarder à le retrouver.

 

VI : LE RETOUR DE L’APOTHICAIRE

 

[VI-1 : Hideto : Razan Masayuki] Hideto retourne enfin à la forteresse d’Ashiga Tomo. Il constate que la bataille a eu lieu, et que ce sont les forces de Razan Masayuki qui l’ont emporté. Aucune idée d’où se trouvent ses compagnons… Il craint qu’ils ne figurent parmi les cadavres ! Des soldats se promènent dans le camp, mais ne lui prêtent pas la moindre attention. Il se rend à la tente dans laquelle ils étaient hébergés, mais n’y trouve rien – si ce n’est son sac en mauvais état, avec plusieurs de ses potions brisées.

 

[VI-2 : Hideto : Iruma Asayi] Hideto n’ayant pas trouvé de trace de ses camarades parmi les cadavres, il interroge un soldat à leur propos – et, maladroit, dit sans y prêter garde qu’il était bien hébergé dans le camp d’Iruma Asayi… Le soldat bourru fait un signe de la tête à deux de ses hommes, qui s’emparent de Hideto, ne tenant pas compte de ses dénégations gênées – il dit même qu’il fait partie de « la Griffe », « comme eux »… Ils n’y comprennent rien, et le conduisent dans les geôles d’Ashiga Tomo. Hideto proteste, demande à parler à Razan Masayuki, mais ils s’en moquent et l’enferment dans une cellule…

VII : LES VILENIES DU RENARD

 

[VII-1 : Ayano, Takemura, Yasumori : Sekine Senzo, Tenchi Osami ; Razan Masayuki] Ayano, suivie de Takemura et Yasumori, sort de la bibliothèque ; Senzo s’entretient avec Tenchi Osami dans le bureau de ce dernier – la culture littéraire d’Ayano lui permet d’avoir quelques idées de ce dont les deux érudits discutent : ils évoquent la généalogie de Razan Masayuki, et une histoire très ancienne (le nom de Mahan n’évoquait rien à Ayano, mais elle peut ainsi dater le manuscrit) ; ils discutent aussi des kitsune, dans toute leur diversité – mais c’est une discussion d’ordre académique plutôt que pratique. Ayano dit à Senzo qu’il est temps d’aller parler avec le seigneur de la forteresse ; l’onmyôji n’apprécie guère d’être interrompu, mais concède qu’elle a raison – et Tenchi Osami se lève pour les accompagner.

 

[VII-2 : Yasumori, Takemura : Kuzuri Hideto, Razan Masayuki] Yasumori s’inquiète auprès de Takemura du sort de Hideto – elle parle de ce qu’elle a vu, d’abord sur les remparts, ensuite devant la grande salle de réception de Razan Masayuki – ce cavalier semble-t-il « important », mais dont elle ne sait rien de plus. Or le temps presse : Yasumori remarque que le soleil ne va guère tarder à se coucher… Takemura ne compte effectivement pas laisser Hideto, dans l’éventualité où il serait toujours vivant, passer une seconde nuit dehors. Il envisage de partir, accompagné, à sa recherche – tandis que Yasumori entend mener son enquête auprès des soldats de la forteresse ; mais après leur entrevue avec Razan Masayuki, la simple bienséance implique de commencer par-là.

 

[VII-3 : Ayano, Takemura, Yasumori : Razan Masayuki, Sekine Senzo, Tenchi Osami] Ils pénètrent tous dans la salle de réception de Razan Masayuki – pas forcément très grande, mais impressionnante néanmoins, de par son ancienneté et sa décoration de bon goût, et témoignant d’un état de guerre. Les gardes n’ont pas fait de difficultés, d’autant que Tenchi Osami était parmi eux. Razan Masayuki est assis au fond de la salle, avec ses conseillers auprès de lui. Le cavalier blessé qu’avait vu Yasumori est étendu non loin du seigneur ; il a perdu conscience, mais est toujours vivant, quand bien même dans un sale état, et des médecins s’affairent à son chevet. Takemura remarque que le simple fait de porter le sabre attire l’attention sur lui bien plus que sur tous les autres, et ça ne le met pas à l’aise.

 

[VII-4 : Takemura, Ayano, Yasumori : Razan Masayuki, Sekine Senzo ; Gen] Le silence pesant depuis leur entrée dans la pièce est enfin rompu par le maître des lieux : « Bien. Vous avez donc trouvé ce que vous cherchiez. » Takemura n’a guère envie de répondre, mais Senzo se contente d’incliner la tête, et le vieux soldat se résout donc à parler – disant qu’ils n’ont cependant guère de pistes à explorer. Razan Masayuki, qui trouve cela « fâcheux », lui demande d’en dire plus. Takemura adresse des coups d’œil à Ayano, Yasumori et Senzo pour ne pas le laisser se dépêtrer tout seul de cette conversation, lui qui n’est guère un homme de discours… Mais les deux femmes se taisent pour l’heure, et constatent un certain agacement chez Senzo : contrairement à ses habitudes d’obséquiosité, il risque de ne pas se montrer très courtois si on lui laisse prendre la parole… Yasumori, à mi-voix, rappelle cependant à Ayano que Razan Masyuki est lui aussi lié par la généalogie à Gen. Takemura, qui les a entendus, parle du kitsune qui leur cause tant de soucis…

 

[VII-5 : Takemura : Razan Masayuki ; Gen] Le seigneur acquiesce : cet esprit démoniaque sévit depuis des siècles… Razan Masayuki demande qu’ils racontent leur histoire – car il a reconnu le sabre, si vieux, le sabre maudit qu’il ne pensait plus jamais revoir… Takemura explique comment « le messager » le leur a « légué », avant de se suicider, et comment ils se sont lancés sur les routes pour mettre fin à la malédiction. Razan Masayuki maudit à son tour Gen (exigeant d’abord que Takemura le nomme ouvertement), qui paiera pour toutes ses vilenies – dont la triste et sordide bataille qui vient d’avoir lieu. Takemura dit qu’ils ont été forcés d’y prendre part. Le seigneur peut-il leur conseiller une marche à suivre ? Oui – dans le vain espoir qu’ils puissent faire davantage que ses propres hommes ; il dévisage alors le samouraï blessé.

 

[VII-6 : Razan Masayuki ; Gen/« Gohan », Iruma Asayi] Razan Masayuki explique ce qui s’est produit. Le change-forme avait pris l’apparence d’un de ses propres conseillers, du nom de Gohan ; il avait l’air d’un honnête homme, érudit et compétent… mais il l’a trahi : il a trahi tout le monde, c’est ce que font les kitsune ! Il a notamment fait échouer le mariage de son fils avec la fille d’Iruma Asayi, ceci alors même qu’il était supposé l’avoir arrangé ; les fiançailles entamées, la cérémonie de mariage approchant, il s’est répandu en calomnies contre la jeune femme – une traînée, une prostituée ! Et il a fait en sorte qu’Iruma Asayi l’apprenne. Puis il a forcé la main de Razan Masayuki, jusqu’à l’amener à rompre les fiançailles et provoquer la guerre… Mais le seigneur ne l’a identifié que bien trop tard – cette nuit seulement, et le kitsune avait déjà pris la fuite, il ne sait comment.

 

[VII-7 : Takemura : Razan Masayuki ; Gen, Iruma Asayi] Or, ajoute le seigneur, quelques heures à peine plus tard, un étrange message est parvenu dans la forteresse d’Ashiga TomoRazan Masayuki les dévisage : ont-ils quelque chose à dire à ce propos ? Takemura admet qu’ils sont intervenus pour brusquer les événements : il leur fallait consulter les archives ! Et c’est pourquoi ils ont agi pour favoriser le camp de Razan Masayuki. Ont-ils mal fait ? Non, certainement pas – et le seigneur se doit de les remercier, même si, en agissant de la sorte, ils lui ont infligé une dette impossible à rembourser… Mais qu’ils comprennent : il démasque enfin le yako, et reçoit alors ce message… Que croire ? N’était-ce pas une nouvelle menterie de Gen ? Mais ses hommes ont constaté, dans les rangs d’Iruma Asayi, l’affaiblissement prédit par leur message. Or, s’il voulait se lancer sur la piste de Gen, Razan Masayuki ne pouvait prendre le temps de discuter avec Iruma Asayi – qui n’avait par ailleurs aucune raison de le croire… D’où cette très regrettable bataille – il y avait une opportunité que le seigneur d’Ashiga Tomo, même dans la douleur, se devait de saisir. Bien des hommes sont morts aujourd’hui, parce qu’il devait traquer le renard. En sont-ils conscients ? Takemura l’affirme – guère courtois de nature, et pas au fait des subtilités en matière de dettes, il avance que le règlement de cette obligation sera obtenu en anéantissant enfin Gen. Tous comprennent mieux la colère de Razan Masayuki : elle n’était pas dirigée contre eux, mais contre Gen – et s’ils ont leur part de responsabilité dans les nombreuses morts de la journée, ce n’est que par répercussion : le kitsune est le seul vrai coupable.

 

[VII-8 : Yasumori : Razan Masayuki ; Gen/« Gohan »] Yasumori décide alors de prendre la parole – l’attitude du maître des lieux semblait l’y autoriser, voire l’y inviter : les morts du passé sont regrettables, mais il s’agit avant tout de prémunir celles de demain ; ils partiront dès que possible sur la piste de GenRazan Masayuki peut-il les aider dans cette tâche ? Il le peut – tout en doutant qu’une petite troupe si disparate et si peu « virile » puisse se montrer plus efficace que ses meilleurs hommes, qui ont échoué… Mais, après tout, ils sont parvenus jusque-là, et ils ont fait ce qu’ils ont fait, au moment précis où leur action était cruciale ; peut-être est-ce un signe ? Peut-être est-ce leur destinée… « Gohan » a fui dans la nuit ; il a un peu d’avance, mais il devrait être encore possible de le rattraper ; il avait adopté les traits d’un marchand de saké, lui a-t-on dit, mais il a pu encore changer d’apparence depuis ; il avait pris la direction du sud-est, vers la ville de Saïki, mais Razan Masayuki ne peut livrer à cet égard d’informations plus précises. Ils doivent cependant se méfier des arbres : la région est très boisée, et le kitsune sait… « voyager » parmi les arbres. Yasumori le remercie pour ces renseignements – citant une fable où le faible est en mesure de venir en aide au fort ; mais ses références sont embrouillées… Peu importe : Razan Masayuki comprend où elle veut en venir, et lui adresse un petit sourire instinctif – sans doute teinté de scepticisme…

 

[VII-9 : Yasumori : Razan Masayuki ; Gen] Plus pratique, Yasumori explique ensuite que la malédiction leur interdit de rester dans la forteresse… Le seigneur en est conscient – de toute façon, il faut qu’ils se lancent au plus tôt sur la piste de Gen ! Il les aidera autant que possible : des vivres, de l’équipement… Mais il ne leur fournira pas d’hommes : outre que la malédiction pèserait immanquablement sur eux, il tend à croire que, s’il faut bien interpréter leur quête comme un signe du destin, ce genre d’aide extérieure serait plus nuisible qu’utile… Ils devront vaincre le kitsune seul. Yasumori acquiesce.

 

[VII-10 : Yasumori : Razan Masayuki ; Kuzuri Hideto] Mais elle mentionne alors qu’un de leurs amis a disparu dans le chaos de la bataille : peut-être le capitaine de la garde pourrait-il les renseigner sur son sort ? Razan Masayuki les autorise à avoir cet entretien – manière aussi de mettre un terme à l’entrevue.

 

VIII : FAIRE LE POINT – ET PARTIR

 

[VIII-1 : Yasumori, Takemura, Ayano : Sekine Senzo ; Gen] Yasumori, une fois dehors, demande à Senzo s’il « s’y connaît » en kitsune, un peu cavalièrement… C’est délicat ; il faut tout d’abord identifier la créature ; or c’est une change-forme… Les kitsune prennent souvent l’apparence de femmes, au passage… Un marchand de saké ? Pourquoi pas – une petite entorse à la tradition qui ne prête pas à conséquences, il peut sans doute se la permettre. Quant à l’identifier… Les chiens repèrent souvent les kitsune, dont ils se méfient ; mais on ne peut pas soupçonner toute personne après laquelle aboie un chien… Les miroirs, sinon – ils peuvent révéler les queues du kitsune. Puis Senzo s’interrompt – comme pris d’une illumination… mais balaie aussitôt l’idée qui lui était venue en tête. Pour le reste, il ne connaît guère que le folklore le plus classique. Mais Takemura n’en regrette que davantage son chien, victime de la malédiction… Ayano fait la remarque qu’elle a un miroir dans ses affaires.

 

[VIII-2 : Yasumori : Kuzuri Hideto] Ils se rendent alors, dans la foulée de Yasumori, auprès du capitaine de la garde. En décrivant Hideto avec soin, parlant de son kimono bleu, etc., elle apprend qu’un « pillard pris à rôder sur le champ de la bataille et qui a été enfermé dans les geôles de la forteresse » pourrait correspondre à cette description. Il s’agit bien de Hideto – qui est libéré sans faire plus de manières ; il n’est par contre pas très présentable, après tout ce qu’il a subi…

 

[VIII-3 : Yasumori, Hideto, Ayano] Yasumori prend une fois de plus sur elle de préparer leur équipement, après quoi ils devront partir au plus tôt : un arc pour Hideto (qui récupère aussi sa caisse, avec plusieurs potions désormais inutilisables, il n’a pas le temps de s’attarder pour en préparer en guise de remplacement), quelques vêtements – des déguisements (notamment pour Ayano), ou des tenues plus chaudes –, des vivres…

 

[VIII-4 : Yasumori, Hideto : Sekine Senzo ; Gen] Mais ils manquent de pistes : un marchand de saké, parmi tous les marchands de saké, qui a pris la direction du sud-est, et peut changer d’allure en un clin d’œil… Cela désole Yasumori. Ils discutent des moyens de retrouver le kitsune, et des pièges qu’ils pourraient tenter de lui tendre, mais voilà : tromper un esprit renard vieux de plusieurs siècles voire millénaires ? L’attirer avec quelque chose d’aussi suspect qu’un trésor à voler ou une de ces recettes aux haricotes rouges dont les kitsune sont supposés raffoler ? La perspective est décidément déprimante… Et Senzo, qui réfléchit dans son coin, semble éliminer hypothèse après hypothèse, sans s’en ouvrir pour autant à ses camarades. Hideto suppose qu’à tout prendre, il est plus probable que ce soit Gen qui les trouve eux, plutôt que l’inverse, le renard ne résistant pas à l’envie de leur jouer un mauvais tour… Yasumori suppose qu’ils n’ont guère d’autre choix que de jouer cette carte, avec tous les périls qu’elle implique. Ils prennent la route – ils ne peuvent pas se permettre de s’attarder encore.

 

[Ellipse d’une semaine.]

IX : DES GÉMISSEMENTS DANS LES BOIS

 

[IX-1 : Gen] Cela fait une semaine qu’ils ont emprunté la route du sud-est. La région est très forestière, par ailleurs coincée entre la mer et la montagne. Ils ont croisé quelques villages en chemin – de plus en plus vivants à mesure qu’ils s’éloignent du champ de bataille d’Ashiga Tomo, où on leur en avait dressé une liste ; parfois, les paysans interrogés semblent avoir entraperçu le marchand de saké… Mais rien de plus concret. Ils poursuivent – n’ayant guère le choix. Dans le dernier village qu’ils ont traversé, enfin, le départ de Gen semble plus proche : il semblerait que le marchand de saké soit cette fois fois parti dans la précipitation…

 

[IX-2 : Ayano, Takemura : Gen] Ils accélèrent le pas. Mais, à mi-chemin d’ici au village suivant, Ayano entend des gémissements (de femme ?) en provenance des bois sur leur droite… Elle en fait part à ses compagnons ; Takemura, par réflexe, pose la main sur la garde du sabre maudit… Le kitsune se serait-il changé en femme ? Éplorée, sur le bord de la route… Ils sont tous méfiants : dans leur esprit, cette rencontre ne peut être un hasard.

 

[IX-3 : Takemura, Yasumori] Ils approchent prudemment de la source des gémissements. Takemura remarque, à mesure qu’ils s’enfoncent dans la forêt, des traces de combat – des branches coupées, tout d’abord… puis des cadavres : trois hommes, dont un d’apparence assez riche – avec un kimono de grande valeur, évoquant peut-être un marchand ; les deux autres ont davantage l’allure de combattants – mais du genre gros bras ou yakuzas, certainement pas des samouraïs, même des rônin. Leurs armes, très banales, reposent à leurs cotés. Les gémissements de la femme proviennent d’un peu plus loin – mais pas trop non plus ; des gémissements évocateurs de douleur… Yasumori, qui a encoché une flèche à son arc, insiste sur le fait qu’il vaut mieux rester groupés.

 

[IX-4 : Ayano] Ils trouvent enfin la femme – jeune, belle, et vêtue d’un kimono relativement luxueux . l’épouse de l’homme riche dont ils ont trouvé le cadavre ? Elle est adossée à un arbre et gémit – de manière très flagrante, elle est enceinte… et elle est blessée, gravement : sans même avoir à se prêter à un examen approfondi, il est évident qu’elle ne tardera guère à mourir si l’on ne prend pas soin d’elle – et son enfant avec elle. Elle n’est par ailleurs pas en état de parler. Ayano, par réflexe, regarde aussitôt son reflet dans son miroir : rien de suspect, c’est bien la femme qui y apparaît…

 

[IX-5 : Hideto, Yasumori, Ayano] Hideto approche de la jeune femme, cherchant à déterminer s’il est possible de la soigner : oui… et c’est donc indispensable s’ils veulent qu’elle survive. Il est possible de lui faire quelques soins d’urgence sur place, mais il faudra sans doute ensuite la transporter dans un village… Il hésite. Doivent-ils se méfier d’elle, et donc la laisser sur place, et continuer leur route comme si de rien n’était ? Le village qu’ils ont quitté est à quelque chose comme trois heures de marche, ils ne sont pas bien certains de la distance qui les sépare du suivant (du nom de Sagara), tout en supposant qu’ils sont à mi-chemin… Pour Yasumori, ils ne peuvent s’encombrer d’elle. Faire l’aller-retour serait une perte de temps. En outre, ils ne peuvent même pas passer la nuit avec elle, la malédiction la tuerait… Mais Ayano la reprend : elle mourra s’ils ne font rien ! Et oseraient-ils encourir le courroux des dieux en laissant cette femme à son sort ? Yasumori n’a que faire des dieux, à l’entendreQue faire ? Les opinions sont partagées… Et l’idée de se séparer ne les enchante pas. Mais ils envisagent alors la possibilité de fabriquer un brancard pour emmener la femme avec eux jusqu’au village de Sagara. Yasumori reste narquoise et cynique : il n’est même pas dit que les paysans viendraient en aide à la blessée ! Elle les connaît, les paysans, ils se serviront, et c’est tout ! Cependant, l’argument d’Ayano la travaille plus qu’elle ne le prétend – non par foi, mais par pragmatisme : elle sait qu’elle ne peut pas encourir davantage le courroux des dieux dans sa situation… Et abandonner la femme sur place, avant d’aller chercher des secours ? Les brigands pourraient revenir, avance Hideto

 

[IX-6 : Takemura, Ayano, Hideto] Takemura est convaincu qu’il faut continuer vers le prochain village, en emmenant la femme avec eux. Désireux de susciter le mouvement, il coupe court à la discussion, et commence à tailler des branches pour construire un brancard – Ayano, très débrouillarde, vient l’assister sans plus d’hésitations, et parvient habilement, en moins de temps qu’elle-même ne le pensait, à fabriquer un engin adéquat. Entre-temps, Hideto apporte des soins d’urgence à la jeune femme, qui lui permettront de tenir jusqu’au prochain village, Sagara. Ils en prennent alors la route…

 

X : SAGARA SOUS LA NEIGE

 

[X-1] Les deux ou trois heures que le trajet leur aurait pris en temps normal sont devenues quatre à cinq heures dans ces conditions, et, quand ils approchent enfin des premières maisons de Sagara, la nuit est déjà tombée depuis longtemps. C’est un petit village – plus petit encore que Kengo ou Hizotachi. Il y a une sorte de maison commune, un peu plus grande que les autres, et la seule éclairée dans le village – les paysans ne veillent guère, de manière générale. Mais il semble y avoir un minimum d’animation dans la maison commune – on entend de l’extérieur des bruits de discussion, même un peu de musique…

 

[X-2 : Ayano] Ayano s’avance et frappe à la porte : les bruits entendus de l’intérieur cessent aussitôt, mais un chien se met à aboyer. Après quelques secondes d’indécision, quelqu’un vient ouvrir : un vieil homme, interloqué, et qui voit aussitôt la jeune femme blessée, laquelle n’a cessé de gémir de tout le trajet. Ayano l’interpelle : ils sont des voyageurs, et ont croisé en chemin cette jeune femme qui a besoin de soins urgents ; ils ne peuvent s’attarder, hélas, mais les villageois pourraient-ils les accueillir temporairement, et prendre soin de la victime ? Assurément ! Le vieil homme les invite à entrer, et dit à ses camarades silencieux dans la maison : « Nous avons des invités ! Mais dans quel état... »

 

[X-3 : Takemura] Takemura pénètre dans la maison commune avant le brancard, et guette la réaction des chiens à l’intérieur, au nombre de trois – mais ils sont parfaitement calmes, allongés près du feu ; ils ne prêtent pas attention à la jeune femme. Se trouve aussi à l’intérieur une petite dizaine d’hommes – aucune femme –, généralement assez âgés, et silencieux ; ils ont été interrompus dans une partie de dés.

 

[X-4 : Ayano] Tous pénètrent à l’intérieur… mais Ayano se sent bizarre. Au fond d’elle, elle sait que quelque chose ne va pas, mais sans pouvoir mettre le doigt dessus… Elle dévisage l’assistance, se concentre pour trouver la source de ce malaise… Sans succès. Mais le sentiment demeure. Elle chuchote aux autres son trouble.

 

[X-5 : Hideto] Le vieil homme leur fait signe de poser le brancard, non loin du foyer ; Hideto s’attelle aussitôt à la soigner. Le calme et l’équipement disponible lui permettent de réaliser des miracles [réussite exceptionnelle] ; il n’a plus aucun doute : si on prend soin d’elle dans les jours qui viennent, sur la base des soins qu’il lui a déjà apportés, elle survivra.

 

[X-6 : Yasumori, Ayano, Takemura : Gen] Yasumori pensait expliquer leur situation au vieil homme, sans doute le chef de la petite communauté, mais Ayano l’intercepte : son trouble persiste… Il doit y avoir un lien avec le kitsune, c’est obligé. Elle ne sait pas ce qu’il en est au juste… mais quelque chose ne va pas ; et elle craint de laisser la jeune femme à la garde de ces hommes qu’elle ne peut que trouver suspects. Takemura se joint à elles. Ils sont maintenant tous aux aguets – Yasumori, comme Ayano, est perturbée, sans savoir exactement par quoi… Takemura n’a pas ce sentiment en lui-même, mais voit bien que ses compagnes sont mal à l’aise… Le vieux soldat se place dos au mur, prêt à dégainer – sans se montrer hostile pour l’heure.

 

[X-7 : Yasumori, Hideto] Yasumori décide d’aller faire un tour dans le village – au prétexte d’aller quelque chose d’utile à Hideto dans leurs bagages, à l’extérieur ; Hideto comprend son intention, et joue le jeu – mais il est lui-même trop pris par ses soins pour vraiment faire attention à ce qui se passe autour de lui. Les occupants de la maison commune, dont le « chef », l’observent dans ses soins – lui apportant de l’eau ou des bandages quand il en fait la demande.

 

[X-8 : Yasumori] Yasumori sort de la maison commune, et jette un œil au village [échec critique], dont les rues sont désertes ; il n’y a pas de lumière dans les autres maisons, aucun signe d’activité ; mais rien de suspect à proprement parler. Elle ramasse une bouteille d’huile dans son sac, et retourne à l’intérieur.

 

[X-9 : Hideto : Gen] Hideto a fini son travail, pour l’heure, et fait l’objet des félicitations du vieil homme : « Vous êtes un excellent médecin ! Vous avez sauvé cette femme ! Et son enfant ! » Hideto multiplie les courbettes : son hôte exagère, il n’a fait que son devoir… Mais à peine a-t-il prononcé ces mots que l’homme à sa droite s’effondre subitement en arrière. Alors que Hideto, interloqué, se demande ce qui se passe, un deuxième homme, le voisin du précédent, s’effondre de la même manière… et un troisième ne tarde guère ! Le vieil homme qui les avait accueillis s’approche quant à lui de la femme blessée en souriant, alors qu’un quatrième convive s’affale. Il montre à Hideto sa main paume ouverte – et des griffes apparaissent en lieu et place de ses ongles ; d’un geste vif et assuré, il tranche la gorge de la jeune femme… Tous ceux qui étaient encore debout, des villageois, tombent à leur tour en arrière. La vision des aventuriers se floute un instant, puis change du tout au tout : ils voient maintenant une pièce aux murs maculés de sang, et une dizaine de cadavres de villageois jonchant le sol… Seul le vieil homme est toujours vivant, qui les regarde en riant : « Je vous prie de m’excuser… Vous êtes un nouveau public pour moi, et pour l’heure je ne sais pas encore juger quelles sont les blagues véritablement drôles avec vous... » Il leur adresse un sourire carnassier, puis plonge à travers une fenêtre.

 

[X-10 : Takemura : Gen ; Razan Masayuki] Takemura, aussitôt, se lance à sa poursuite, mais sans dégainer son sabre pour le moment. Il perd du temps à franchir la fenêtre à son tour… Et, dehors, c’est la nuit noire, il ne voit absolument rien. Puis il entend un éclat de rire sur sa droite. Il se dirige dans cette direction, plus prudemment – la forêt est très proche. Il parvient à distinguer le vieil homme, appuyé nonchalamment contre un arbre, et qui le nargue : « Pour un vieillard, vous avez d’excellents yeux ! Je le note – cela pourra servir plus tard... » Puis, alors qu’il semble appuyer sa main contre le tronc, il l’engloutit en fait dedans, et tout son corps suit. Gen voyage à travers les arbres, les avait prévenus Razan Masayuki… et il est impossible de suivre le kitsune dans ces conditions. Penaud, Takemura fait son rapport aux autres à l’intérieur, dans la maison commune qui n’est plus qu’un charnier.

 

[X-11 : Yasumori, Ayano, Takemura] Yasumori veut agir vite : Il faut le débusquer ! Mettre le feu à la forêt ! Ayano y est favorable : le feu nettoiera toute cette saleté… Yasumori sort dans le village, et ouvre la porte d’une maison au hasard : à l’intérieur, des cadavres… comme dans toutes les autres bâtisses de Sagara, qui n’est plus qu’une ville-fantôme. Yasumori s’empare d’une torche, et, répugnée, met le feu à trois huttes de cet endroit maudit. Takemura, abattu, la regarde faire. Puis Yasumori prend la direction de la forêt : il faut le provoquer ! Mais, le temps qu’elle arrive à la lisière des bois, la neige se met à tomber sur le village, qui éteint l’incendie…

 

[X-12 : Hideto, Yasumori, Ayano : Gen] Pour Hideto, il est vain de vouloir suivre Gen dans ces conditions. Sans doute est-il déjà très loin… à moins qu’il ne les regarde, s’amusant de leur désarroi. Et Yasumori remarque alors que la neige… ne tombe en fait que sur les maisons auxquelles elle avait mis le feu. Ayano n’a plus qu’une envie – quitter ce village qui n’est plus qu’une blague sinistre…

XI : LES FIANÇAILLES TOUJOURS ROMPUES

 

[XI-1 : Yasumori, Takemura : Sekine Senzo ; Gen] Ils ont repris la route – même dans la nuit, même dans le froid (la neige ne les suit pas, cependant). Ils marchent jusqu’à l’aube, ne croisant rien d’ici-là. Ils dressent le camp quand le soleil s’est levé. Yasumori rumine : la neige, encore une blague du renard ? Cela peut-il leur apprendre quoi que ce soit sur lui ? Est-il lié à l’eau, par exemple ? Pour Takemura, ce que cette aventure leur a appris, c’est que les pouvoirs du kitsune sont de toute façon démesurés : une illusion pareille, si complexe, et englobant tout un village ! Ils se tournent tous deux vers Maître Senzo… qui est visiblement terrifié. Cette démonstration de pouvoir l’a complètement abattu – or il sait très bien que fuir n’est pas une option… Et, pour l’occultiste, se confronter de manière très concrète à des pouvoirs qu’il n’avait jamais vus que dans des livres est une expérience très déconcertante. Que faire – si ce n’est attendre le prochain coup de patte, qui ne manquera pas ?

 

[XI-2 : Takemura : Sekine Senzo] Takemura se montre sarcastique concernant les « compétences » de Senzo, qui perçoit bien l’insulte et n’apprécie pas : il réfléchit, lui ! Il n’est pas une brute qui fait des moulinets de son sabre sur les champs de bataille ! Takemura se montre alors menaçant : s’il était aussi mal élevé que l’onmyôji, peut-être lui ferait-il tâter de sa lame, à l’intellectuel… Mais Senzo lui adresse un signe de la main pour le faire taire – puis pointe le doigt, indiquant quelque chose sur la route, à quelque distance devant eux.

 

[XI-3 : Ayano : Gen] Un couple richement vêtu progresse lentement sur la route, s’éloignant d’eux, qui ne les avaient jamais vu jusqu’alors ; or ils aurait dû passer par leur modeste campement – c’est comme s’ils étaient sortis de nulle part ! Et leurs vêtements sont clairement destinés à la cérémonie du mariage. Ayano remarque quelque chose : si la femme a la tête baissée, humblement, l’homme… L’homme n’a pas seulement la tête baissée : il est décapité ! Par ailleurs, elle se rend compte que leurs vêtements sont anachroniques – elle n’en a vu de semblables que sur les scènes de théâtre ; peut-être datent-ils de l’époque Heian ? Dans les six ou sept siècles plus tôt… Encore une sorcellerie ! Encore une mauvaise farce du kitsune…

 

[XI-4 : Yasumori, Takemura : Sekine Senzo ; Gen] Yasumori n’en doute pas ; mais ils ne peuvent l’ignorer – elle compte s’avancer auprès du couple. Takemura lui dit que c’est exactement ce que veut Gen, mais Yasumori en est bien consciente : quel choix ont-ils de toute façon ? Takemura, qui change subitement d’attitude à l’égard de Senzo, lui demande son avis… mais l’onmyôji ne dit rien, plus effrayé que boudeur.

 

[XI-5 : Yasumori, Takemura, Hideto, Ayano : Gen] Yasumori n’attend pas davantage : elle veut provoquer Gen, le prendre à son propre jeu, et rire en ridiculisant ses tours pathétiques… Elle prend les devants ; Takemura la suit à quelque distance, tandis que Hideto et Ayano restent en arrière. Yasumori dépasse le couple et éclate de rire en se retournant vers lui : « Décidément, Maître Gen, vos blagues sont de plus en plus drôles ! Mais aussi de plus en plus courtes – au moins d’une tête ! »

 

[XI-6 : Yasumori : Ota ; Shim Na Yung] Au début, le couple n’a pas prêté la moindre attention au comportement de Yasumori, continuant à avancer lentement comme si de rien n’était. Mais l’allusion concernant l’époux décapité les a fait s’arrêter brusquement. Immédiatement après, l’homme s’effondre en avant… La femme garde la tête baissée, et ne réagit tout d’abord pas ; puis elle lève lentement la tête – ne révélant pour autant rien de son visage, que sa longue chevelure dissimule. Elle ne dit pas un mot, mais se contente de hausser les épaules. Yasumori lui demande si elle est la princesse Shim Na Yung. Et la femme répond enfin : « Je suis… Je ne suis pas une princesse. Je suis Ota. J’allais me marier… J’allais me marier à la forêt de Koryo, et encore une fois on m’en empêche ? ENCORE UNE FOIS ON M’EN EMPÊCHE ?! » Elle se redresse subitement – et commence à prendre une forme différente ; elle semble flotter au-dessus du sol, tandis que son corps est parcouru de gonflements étranges et que des griffes lui poussent au bout des doigts ; un coup de vent soudain, surnaturel, disperse ses cheveux de son visage… et Yasumori voit enfin ses yeux, la chose la plus terrifiante qu’elle ait jamais vue ! Elle pousse un hurlement de terreur qu’elle ne peut retenir, et sent une douleur dans sa poitrine ; elle y porte les mains, et s’écroule…

 

[XI-7 : Takemura] Takemura dégaine le sabre et se rue instinctivement sur le fantôme : il tranche littéralement la femme en deux, d’une coupure bien nette, géométrique… Puis les deux parties du corps de la fiancée tombent à terre, s’amalgament en une sorte d’ectoplasme – et disparaissent sans laisser de trace, de même pour le cadavre décapité.

 

[XI-8 : Yasumori, Hideto] Yasumori est très clairement en train de faire une crise cardiaque ; Hideto se précipite à son secours – ses soins d’extrême urgence la sauvent, mais ça n’est pas passé loin : une minute de plus, et elle mourrait. Reprenant ses esprits, Yasumori en a pleinement conscience – elle n’aurait jamais cru avoir aussi peur… Et elle reste affaiblie.

 

[XI-9 : Yasumori] Ils sont tous regroupés autour de Yasumori – et entendent alors un aboiement ; ils se retournent, et voient un petit chien, au loin, qui avance dans leur direction. À mesure qu’il approche, ils se rendent compte… qu’il est vêtu d’une sorte de kimono ; et il a quelque chose dans la gueule. Arrivé à leur niveau, il lève la tête vers eux, et émet un petit jappement en laissant tomber ce qu’il tenait entre ses mâchoires, une sorte de petit tube ; puis il reprend sa course, plus rapidement, et disparaît.

 

[XI-10 : Ayano] Ayano s’empare du tube, et le dévisse : il contient bien un message, un faire-part de mariage – ils sont tous nommément invités dans la forêt de Koryo, où se tiendra la cérémonie. Mais les noms des fiancés sont à l’évidence des jeux de mots – passablement mauvais, d’ailleurs…

 

À suivre...

Commenter cet article

Angeline 02/03/2017 14:19

très beau blog sur la littérature. j'aime venir me promener ici