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"La Mort, sa vie, son oeuvre", de Clive Barker

Publié le par Nébal

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BARKER (Clive), La Mort, sa vie, son œuvre, [Clive Barker’s Books Of Blood, Vol. 6], traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque, Paris, J’ai lu, coll. Science-fiction – Fantastique, [1985, 1992, 1996] 2003, 250 p.

 

La boucle est bouclée, avec ce sixième et dernier « Livre de sang », comportant cinq nouvelles (ou, peut-être plus exactement, quatre nouvelles et un épilogue, pour la forme).

 

On commence avec « La Mort, sa vie, son œuvre » : l’héroïne, Elaine, vient de subir une ablation de l’utérus, et ça ne va pas très fort… Elle ressent une attirance morbide pour une église en voie de démolition, où elle fait la rencontre du mystérieux Kavanagh. Se pourrait-il que cet homme austère soit la Mort en personne, et qu’elle en devienne la maîtresse ? Une nouvelle très correcte ; la fin est assez prévisible, mais l’ambiance est bien pensée, et Elaine est un personnage complexe tout à fait réussi.

 

On change de registre avec « Le Sang des exploiteurs », où trois abjects connards d’Occidentaux s’approprient des terres dans la forêt amazonienne au mépris des droits des Indiens qui y vivent. Tous les moyens sont bons pour faire dégager la tribu… mais celle-ci ne manque pas de ressources, et lancent sur leurs adversaires cyniques au possible une malédiction particulièrement gore. Pas mal : les personnages sont d’authentiques salauds, et l’effet de la malédiction est des plus horribles ; ça suit son cours de manière un peu téléphonée (ou, de manière moins péjorative, fataliste), mais c’est efficace.

 

Suit « Entre chien et loup ». Bon, le titre est assez explicite quant au thème fantastique dont Clive Barker use dans cette nouvelle… Ce qu’il ne dit pas, c’est que l’auteur s’amuse en outre avec les codes du roman d’espionnage, et qu’il fait ça plutôt bien : c’est paranoïaque à souhait, on s’y perd volontiers, mais ça marche.

 

Une grosse déception ensuite, par contre, avec « La Dernière Illusion », longue nouvelle à l’origine de la sympathique série B, réalisée par Clive Barker himself, qu’est Le Maître des illusions ; c’est-à-dire que l’on y retrouvera les mêmes personnages, si l’histoire est passablement différente. L’auteur mêle donc fantastique et polar « hard boiled » d’une manière qui aurait pu être jubilatoire (et l’est relativement sur l’écran), mais, hélas, ici, ça ne passe pas. L’impression générale qui se dégage de ce trop long texte – débutant par la mort de l’illusioniste Swann, le détective Harry D’Amour étant engagé par sa veuve Dorothea pour veiller son corps (?) – est celle d’une pénible confusion ; on a l’impression que Clive Barker s’emmêle les pinceaux à force de retournements de situation plus ou moins crédibles et plus ou moins surprenants, d’autant que la nouvelle – fort logiquement – use et abuse des faux-semblants. Une seule véritable réussite à mon sens, ici : le personnage de Valentin. Pour le reste, hélas, j’ai trouvé que c’était là le moins bon texte de l’ensemble des « Livres de sang »…

 

Et le recueil de s’achever tout naturellement sur « Le Livre de sang (épilogue) : Jerusalem Street », qui fait écho à la première nouvelle de Livre de sang. Pas grand-chose à en dire, finalement : il s’agit de conclure l’entreprise, et cette courte nouvelle n’a en tant que telle pas forcément de très grande valeur.

 

Bilan global : très positif, vous vous en doutez (et ce quand bien même cet ultime volume m’a semblé un peu plus faible que les autres) ; je pensais au début alterner « Livres de sang » et autres lectures, mais, pris par le talent de Clive Barker, je n’ai finalement pu m’empêcher de lire les six volumes à la suite. Et s’il y a du bon et du moins bon – forcément, pour une somme de cette ampleur –, l’ensemble constitue néanmoins une fort belle collection de nouvelles horrifiques, variées et stimulantes. Il est des textes qui sont de véritables petits chefs-d’œuvre, et, à deux ou trois exceptions près, le moins bon reste très lisible. Une lecture idéale pour mes vacances, donc, à laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir, et qui m’a donné envie de lire davantage d’œuvres de Clive Barker.

CITRIQ

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T
Un des sommets de l'horreur "moderne", rien de moins.

Si tu ne l'as pas encore lu, Hellraiser fait un excellent complément à ces Livres de sang. Toujours chez Folio SF, le monumental Royaume des devins est un de ses meilleurs romans (sachant
qu'Imajica, qui reste pour moi son chef-d'oeuvre, n'est plus disponible en neuf depuis bien longtemps...)
Répondre
N


Déjà lu Hellraiser et Imajica. Je note pour Le Royaume des devins, merci.