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"Troops", de Liesa Van der Aa

Publié le par Nébal

Troops.jpg

 

LIESA VAN DER AA, Troops

 

Tracklist :

 

01 – Louisa’s Bolero

02 – Low Man’s Land

03 – Into The Foam

04 – Lou

05 – Lost Souvenir

06 – Birds In Berlin

07 – Our Place

08 – My Love

09 – Visitor

10 – Troops

 

Alors oui, je sais. Je sais. Ça fait une éternité que je n’ai pas chroniqué de disque. Mais voilà : d’une part, j’avais un peu la flemme de continuer à faire dans le « patrimonial » (même pour des groupes aussi géniaux que Sonic Youth, le dernier avec lequel je vous ai bassinés) ; d’autre part, ça faisait une éternité que je n’avais pas écouté de nouveauté (c’est pas qu’il n’y avait rien d’intéressant, hein, c’est que je ne m’y suis pas intéressé). Et donc…

 

Mais récemment, les choses ont commencé à changer : j’ai écouté le dernier Dead Can Dance, Anastasis, tellement mauvais qu’il ne mérite pas qu’on lui consacre la moindre ligne (en plus, Les Inrocks ont semble-t-il aimé, un signe qui ne trompe pas ; c’est triste…) ; j’ai également écouté le nouveau Godspeed You! Black Emperor, Allelujah! Don’t Bend! Ascend!, excellent celui-ci (mais, comme tous les albums de ce groupe que j’adore, je me sens tout à fait incapable de le chroniquer…) (EDIT : tout compte fait, si, hop). Et puis j’ai écouté, sur les conseils de gens bien (comme Mélanie Fazi, qui en a fait une belle critique), Troops, qui est si je ne m’abuse le premier album de la jeune violoniste (et plus puisque affinités) belge (personne n’est parfait) Liesa Van der Aa.

 

J’étais un peu sceptique, à la base ; l’écoute d’un unique morceau, « Lou », ne m’avait que moyennement convaincu. Et puis il faut que je vous fasse un aveu : je suis généralement très réticent à l’égard des « chanteuses à guitare » (ce sont les pires), mais aussi plus généralement des « chanteuses multi-instrumentistes ». Certes, il y a quelques exceptions : la divine P.J. Harvey (voir ici et ), la redoutable Shannon Wright (voir ici), la guedin Amanda Palmer (je ne sais pas si la génialissime Björk rentre dans cette catégorie, mais, si tel est le cas, alors bien sûr)… Mais c’est à peu près tout. À titre d’exemple éloquent, Catpower, le plus souvent, m’emmerde ; alors les ersatz, vous imaginez…

 

Mais à la liste des exceptions, je vais d’ores et déjà pouvoir rajouter Liesa Van der Aa. En effet, dès la première écoute – car oui, malgré tout, j’ai acheté l’album, un peu sur un coup de tête teinté de curiosité perverse –, Troops m’a collé une putain de baffe. Du coup, je l’ai réécouté illico (et ça c’est quand même pas tous les jours que ça m’arrive…). Et je me suis dit que je pouvais bien tenter d’en faire un compte rendu, parce que la dame le méritait assurément. Et que ça faisait longtemps, donc.

 

Liesa Van der Aa a semble-t-il une double formation, classique d’une part, et rock de l’autre, mais rock à la Velvet Underground et compagnie. Un mélange qui peut donner des jolies choses, surtout dès l’instant qu’elle s’est mise en tête de martyriser d’une manière assez unique son « pauvre petit violon ». Aussi est-il finalement assez difficile de classer sa musique, très originale et personnelle (ben oui : c’est pas parce qu’on a des influences qu’on est obligé de faire dans le plagiat, loin de là), et qui ne ressemble à vrai dire à rien de ce que je connais (mais je suis peut-être un peu inculte dans le domaine). Alors, oui, sans doute, si l’on s’en tient à ma liste d’exceptions qui confirment la règle, le lien le plus probable se ferait avec Amanda Palmer, dont on retrouve ici quelques réminiscences de cabaret punk, versant spleenesque (pas « gothique », hein : spleenesque). Ou peut-être avec Shannon Wright, parce que c'est quand même régulièrement à se pendre... Pour le reste, même si ça pioche dans du vieux, on aurait (enfin, moi, j’aurais) envie de parler de « post-truc » : post-rock, post-folk peut-être (appellation que j’appliquerais bien pour ma part, à titre d’exemple, aux Molasses, notamment pour leur superbe A Slow Messe, dont je vous parlerai peut-être un jour). Le résultat, en tout cas, est très varié, parfois très mélodique-pop, parfois plus hermétique, voire un peu foutraque (« Into The Foam », « Lou » malgré son refrain diablement efficace, « Visitor »…). J’y ai même trouvé, pour mon plus grand plaisir et à ma très grande surprise, quelques sonorités ambient, voire (c’est léger, mais j’assume) industrielles (mais j’ai cru comprendre qu’un producteur d’Einstürzende Neubauten était de la partie, ce qui pourrait expliquer cela). Pourtant, cet éclectisme, qui pourrait être une faiblesse (malédiction du premier album ?), se révèle en définitive une force : Liesa Van der Aa nous fait ainsi partager tout un univers d’une richesse incontestable, et tout partage en couille se révèle finalement contrôlé de manière subtile et délicieuse.

 

Allez, tour d’horizon. Notons que, joie, joie, et belle idée, chaque titre de Troops est accompagné d’une vidéo (réalisée chaque fois par un auteur différent), que l’on peut trouver sur la chaîne de Liesa Van der Aa sur YouTube, mais dont les gens bien que vous êtes pourront se régaler avec le DVD fourni avec l’édition limitée de l’album : achetez ! achetez !

 

Troops s’ouvre sur « Louisa’s Bolero », titre éloquent qui en dit long sur la structure du morceau. Et qui, personnellement, m’a collé une énorme baffe d’entrée de jeu, balayant mon scepticisme premier pour laisser la place à une admiration teintée de curiosité plus du tout perverse. Un superbe crescendo, une montée comme je les aime tant, pour un résultat impeccable et fascinant. C’est rien de le dire : l’album démarre très bien.

 

« Low Man’s Land » , avec sa distorsion très agréablement sale, nous plonge dans l’univers cabaret que j’évoquais plus haut. Mélanie Fazi évoquait à cet égard Tom Waits, ce qui me paraît assez sensé (mais j’avoue ne pas être un grand connaisseur du monsieur). Quoi qu’il en soit, ce morceau gentiment barré se révèle d’une efficacité redoutable, et confirme la première bonne impression de « Louisa’s Bolero », bien que dans un genre passablement différent. Un bonheur.

 

Après quoi « Into The Foam » fait dans le mélodique mélancolique (donc) puis dans le partage en couille léger (re-donc), pas forcément super contrôlé ici, contre ce que je disais tout à l’heure – la transition est peut-être un peu sèche – mais peu importe : c’est très beau et tout à fait convaincant. Et (j’assume re-re-donc) peut-être légèrement industriel, ce qui ne gâche rien, loin de là.

 

« Lou » est (donc ; putain, j’arrête pas de donquer…) le premier morceau de Troops que j’ai écouté, et il m’avait tout d’abord laissé une impression mitigée, malgré un refrain rare mais puissant en diable, presque tubesque ; mais c’est que le reste du morceau, ben il ne l’est pas, tubesque. Mais je peux bien le dire, maintenant : intégré dans l’album, ce titre qui part un peu dans tous les sens, mais astucieusement, se révèle sacrément séduisant, et délicieux d’une manière quelque peu pathologique (chouette).

 

On retrouve cette chouette distorsion grasse et sale (j’aime) que j’évoquais plus haut dans « Lost Souvenir », morceau tout en lourdeur (c’est un compliment ; je devrais peut-être plutôt parler d’épaisseur) presque métallique, stoner peut-être, notamment vers la fin. C’est agréablement douloureux, d’un noir brillant, et ça passe tout seul. Troops fait décidément dans le sans faute : arrivé à la moitié d’un album, comme ici, ça mérite tout de même d’être souligné…

 

« Birds In Berlin » s’ouvre joliment sur une sorte de nappe ambient, presque un drone, qui nous ramène aux plus belles heures de Brian Eno (si) : alors forcément, j’aime. Puis tout cela se mêle à une sorte de pop chouettement sucrée, mais toujours un brin décalée. Un très beau morceau, très planant.

 

« Our Place » continue avec brio dans le « pas vraiment joyeux » : un morceau tout en douceur/douleur, ponctué d’une sorte de kick de basse oppressant, et superbement enjolivé de très légères arabesques de violon et de piano, discrètes et justes. Ça suinte le malaise, mais putain que c’est bon…

 

Après quoi l’on passe à « My Love » et sa très jolie mélodie, vaguement psychédélique. C’est peut-être bien le morceau le plus directement parlant de Troops. Ce qui est certain, c’est que c’est beau sa mère… On continue dans le sans-faute, c’est rare, et plus qu’appréciable.

 

Pour « Visitor », il y a comme un souci : sur la vidéo, c’est un morceau minimaliste, mélancolique, délicat et tout en finesse. Que dire de plus ? C’est beau, voilà. Mais ça n’a rien à voir avec le morceau figurant sur l’album, qui retourne dans un sens au cabaret « autre », avec ses chœurs de gamines sous acide… Cela dit, c’est dans les deux cas tout à fait convaincant : simplement, l’album est ici nettement plus jeté. Je ne sais pas expliquer cette différence, faudra demander au patron ou à l’artiste…

 

Et l’album de se conclure dans la passion (dans tous les sens du terme) et la superbe avec « Troops », un morceau lent et beau, fin mais puissant, à l’image de l’excellent album qu’il vient titrer.

 

Vous l’aurez compris (…), je vous engage vivement à vous précipiter sur cette merveille qu’est l’album de Liesa Van der Aa. C’est arty sans être prétentieux, original, personnel, douloureux et fort. C’est une excellente surprise, d’une maturité impressionnante, qui a balayé toutes mes préventions premières. Une signature de choix pour Volvox Music, et à l’évidence une artiste singulière qu’il faudra suivre avec une attention toute particulière. Bon courage pour la suite, ceci dit : Troops a placé la barre très haut, ça va pas être évident de faire aussi bien si ce n’est mieux… Mais inutile de tirer des plans sur la comète : pour le moment, il y a Troops ; et c’est un album remarquable. Achetez ! Et plus vite que ça, non mais oh.

 

(P.S. : Encore une fois pardon pour les liens en blanc, ils fonctionnent, c'est juste Over-Blog qui fait sa pute...)

 

EDIT : Pour une interview, voyez ici.

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Mélanie Fazi 14/10/2012 18:53

Pour "Visitor", j'ai cru comprendre que la version de la vidéo était en fait une version live. Ça m'a surprise aussi la première fois.

Nébal 14/10/2012 21:07



OK d'ac'. Merci.



Gérard Klein 13/10/2012 19:42

Niepce.
Seul dernier.

Nébal 13/10/2012 19:49



Dé plous en plous étrange...


 


Non, alors je sais pas.


 


Bon, à tout hasard, la prochaine, je vais tenter de passer par Chrome (ça m'évitera peut-être quelques pénibles soucis techniques, de toute façon).



Gérard Klein 13/10/2012 18:40

Moi pour me faire comprendre parler comme vous.
Moi reçu même blog à 08.55 et à 09.06.

Nébal 13/10/2012 19:03



Ca être étrange.


Mais moi avoir peut-être explication.


Je ne sais pas pourquoi, mais, en ce moment, à cause de bugs multiples, je suis obligé de jongler entre Internet Explorer et Firefox pour rédiger mes articles. D'où je publie la couverture sur
Firefox, je copie mon compte rendu sur IE, puis je complète (liens, etc.) sur Firefox. C'est peut-être le fait d'utiliser les deux navigateurs qui explique cette double réception.


Ca l'avait fait sur les deux ou trois derniers articles, alors ?



Gérard Klein 13/10/2012 15:01

C'est vrai que j'ai été un peu déçu par le dernier Dead can dance, malgré l'article enthousiaste du Monde et/ou de Libération.
Était-ce une raison pour envoyer deux fois le blog sur Troops?
Ah oui, pour l'avoir en stéréo…

Nébal 13/10/2012 17:46



Deux fois ?


Moi pas comprendre...