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Articles avec #nebal lit des bons bouquins tag

"Superman, 1959", de Bill Finger, Otto Binder, Wayne Boring et Curt Swan

Publié le par Nébal

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FINGER (Bill), BINDER (Otto), BORING (Wayne) et SWAN (Curt), Superman, 1959, [s.l.], Panini Comics / DC, coll. Archives DC, série Superman, [1959] 2007, 236 p.
 
 
Ce deuxième volume des « Archives DC » consacrées au Superman de « l’âge d’argent » constitue à bien des égards une invitation au voyage dans le temps. On est très loin, ici, des comics contemporains, et a fortiori de la période « sombre et dure » qui a suivi le génialissime Watchmen d’Alan Moore et l’excellent Dark Knight de Frank Miller. Ici, nulle violence, le réalisme se voit gentiment congédier, et les questionnements existentiels de même. Superman vit dans un monde coloré et innocent, et ses aventures visent clairement un public enfantin ; on comprend d’autant mieux l’importance, quelques années plus tard, de la création de l’univers Marvel par Stan Lee et Jack Kirby (sans oublier Steve Ditko, John Buscema, etc.). En 1959, on n’en est pas encore là. Et, autant le dire de suite, c’est franchement niais ; c’en est même souvent consternant. Et le lecteur, à maintes reprises, ne pourra que difficilement se retenir d’éclater de rire, ou de murmurer avec un sourire, la main devant les yeux, un « Oh la la » un rien moqueur…
 
Est-ce inintéressant, alors ? Est-ce illisible aujourd’hui, surtout pour un lecteur adulte ? Sûrement pas. C’est même franchement divertissant. Il y a une contrepartie agréable à la naïveté enfantine de ces épisodes antédiluviens, et c’est que tout y est permis. L’imagination ne saurait rencontrer de limites ; la vraisemblance, la cohérence et le bon goût sont relégués aux oubliettes, et tout devient possible (avec Superman, c’est de suite plus convaincant qu’avec le nabot arriviste, non ? Mais je m’égare…). Le point de départ des aventures laisse souvent pantois, les retournements de situations sont tous plus ahurissants les uns que les autres, et la résolution du mystère fait souvent appel à des trésors d’inventivité. Oui, dans ces pages, l’imagination prend le pouvoir. Et toc. Du coup, c’est extrêmement rafraîchissant et très drôle, pour peu que l’on accepte, le temps d’une BD, de retrouver son âme d’enfant (enfin, ce qu’elle a de mieux à nous proposer, faut pas déconner non plus…) et de se laisser emporter dans un monde fantaisiste et coloré oublieux des soucis de la vie quotidienne, les grands comme les petits (enfin, pour peu que le lecteur consente à débourser 26,00 € quand même ; ouch…).
 
Superman est de toutes façons un personnage qui m’a toujours semblé particulièrement inintéressant dans ses aventures sérieuses. L’est parfait, le bonhomme. Il sait tout faire. En plus il est beau, intelligent et Américain (enfin, sauf dans l’excellent Red Son de Mark Millar, à lire tout prix…). Autant dire que ce surhomme par excellence est vite lassant… Seulement voilà : il suffit qu’il enfile des lunettes, et il devient le journaleux maladroit Clark Kent ; et personne ne reconnaît en lui Superman ; et c’est déjà pas crédible pour un sou… Pour peu que l’on accepte ça, dès lors, on pourra s’amuser en feuilletant le présent volume, dont ce n’est que la moindre des invraisemblances. Et c’est avec plaisir, finalement, que l’on retrouvera ici "l'homme de demain" et ses vieux potes, Lois Lane, bien sûr (particulièrement perfide et prête à tout pour percer le secret de l’identité de Superman, elle en mériterait des baffes, franchement ; l’est bien gentil, le Clark Kent ! Ah, l’amour…), Perry White, et enfin Jimmy Olsen, qui en vient ici à péter un plomb et à déclarer la guerre à Superman ! Autre moment intéressant, et qui vient un peu contredire ce que je disais jusque-là, mais pas complètement non plus, l’histoire plus sérieuse (relativement) et surtout un tantinet tristounette qui vient rappeler au bon souvenir de Kal-El une de ses premières amourettes, et probablement la plus touchante, avec la sirène Lori Lemaris… Plus anecdotique, on croisera à l’occasion la « super-famille » de Superman, avec l’inénarrable Krypto le super-chien… Du côté des vilains, il y a aussi du beau monde : Lex Luthor, bien sûr, plus intelligent et machiavélique que jamais, qui devient le temps d’un épisode le terrible (et puéril…) Kryptonite Man ! On notera aussi l’arrivée de Bizarro dans les aventures de Superman (il avait déjà rencontré Superboy auparavant ; et qui c’est qui le ramène ? Ben oui, Luthor, bien sûr…) : un personnage finalement plus touchant (si l’on est bon prince) que méchant, et qui vit avec Lois une romance à la King Kong… Et puis Titano, Metallo, ou encore le gueudin Mr. Mxyzptlk… Rien de trop méchant, on le voit (en-dehors du nazillon du premier épisode, responsable d’un « projet X » particulièrement original…). Mais de quoi connaître un certain nombre d’aventures amusantes.
 
Car l’humour est au final le maître mot de ces vieux comics. C’est souvent très drôle, et les auteurs n’hésitent d’ailleurs pas à ridiculiser leur héros de temps à autre, par exemple en en faisant le doyen arthritique de Métropolis, ou en suivant le temps d’une aventure Clark Kent en pompier, qui use et abuse de son légendaire et ridicule super-souffle… pour, comme de bien entendu, en arriver à l’éloge de ces authentiques héros de tous les jours (ben oui, on est ici dans une BD morale, Môssieur…). Des fois, on a même franchement le sentiment que les auteurs s’amusent beaucoup, jusqu’à glisser des blagounettes douteuses : pour ma part, le costume de plomb de Superman m’a comme qui dirait un peu surpris ; enfin, surtout l’emplacement de la caméra, quoi…
 

Bilan : si vous voulez lire un truc très couillon mais divertissant, c’est fait pour vous ; et si vous voulez faire de l’archéologie des comics, c’est fait pour vous aussi. Régalez-vous… puis relisez Suprême d’Alan Moore, eh eh eh…

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"Ex Machina", t. 2 : "Tag", de Brian K. Vaughan et Tony Harris

Publié le par Nébal

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VAUGHAN (Brian K.) et HARRIS (Tony), Ex Machina, 2. Tag, introduction des Frères Wachowski, [s.l.], Panini, coll. Panini Comics – Wildstorm, 2007, [n.p.].

 
La série Ex Machina a été créée par le brillant scénariste Brian K. Vaughan (plus connu pour l'excellente série thriller / SF / Fantastique Y le dernier homme – bientôt adaptée en film, semblerait-il ? – et le troublant graphic novel Pride Of Baghdad), auréolé d'Eisner Awards, et le dessinateur Tony Harris (qui en a également quelques-uns à son actif) ; elle est publiée aux Etats-Unis chez Wildstorm, et en France chez Panini.
 
Le principe est simple, original et pertinent. La série se déroule dans un monde uchronique dans lequel il existe un super-héros. Un seul. « L'Illustre machine », de son vrai nom Mitchell Hundred, a acquis dans d'étranges circonstances un pouvoir de contrôle sur les machines, qui lui confère une puissance assez remarquable. Difficile, cependant, de devenir un super-héros : Mitchell se rend bien vite compte que la « vraie vie » diffère de celle des comics, et qu’il n’a rien du Superman dont les aventures le réjouissaient enfant. C'est un peu un loser, en fait, comme le Yorick Brown d'Y... Son costume, ses pouvoirs, son identité secrète... Finalement, tout cela ne l'aide guère à combattre le crime. Le vrai. Alors il décide de se présenter aux élections à la mairie de New York comme candidat indépendant. Et il gagne, contre toute attente. Il faut dire que, le 11 Septembre, ses pouvoirs lui ont été bien utiles, même s'il n’a pu sauver qu'une seule tour...
 
Brian K. Vaughan nous entraîne ainsi dans une réjouissante uchronie mélangeant brillament SF, thriller et politique, dans une Amérique post 11 Septembre plus vraie que nature (les frères Wachowski, dans leur très dispensable et racoleuse préface à ce tome 2, ont bien raison d'évoquer à cet égard la Californie de Governator, entre autres...) A part Watchmen, et dans une certaine mesure les Ultimates de Mark Millar, je ne connais pas de comics « de super-héros » (faut l'dire vite…) qui aient autant joué la carte du réalisme, à tous les niveaux. Le résultat est passionnant, intelligent et remarquablement bien ficelé, les séquences d'action (parfois passablement gores) s'intégrant parfaitement dans les embrouilles mesquines des couloirs de la mairie de New York et les questionnements du héros, des plus élevés aux plus sordides. Comme dans Y, on a un peu l'impression de regarder une des ces séries télé dont il est impossible de décrocher (la narration y emprunte beaucoup ; chaque épisode contient généralement au moins un cliffhanger ou une image forte en guise de conclusion, à même de séduire le plus blasé des lecteurs). Cela me semble franchement être une des séries les plus originales, intrigantes et enthousiasmantes de ces dernières années. Bon, a priori, je ne suis pas le seul à le penser, loin de là... Et il faut vraiment que je me calme sur les superlatifs.
 
Difficile, par contre, d’en dire beaucoup sur ce tome 2 plus particulièrement, sous peine de spoiler considérablement… Alors on va faire simple : de quoi nous parle-t-on, ici ? En vrac, de meurtres gores, de manipulations, de mariage gay, de mutilations, d’espionnage, de fondamentalistes chrétiens, d’opportunisme, de suicide, du 11 Septembre, d’hypocrisie, de la NSA, de glyphes bizarres, des pompiers, du système éducatif, d’amour, de machines, d’architecture, de tags… De beaucoup de choses. Les thèmes, nombreux et riches, s’imbriquent à merveille et, si l’action à proprement parler est rare, il est néanmoins impossible de s’ennuyer.

N’hésitez pas à vous jeter sur cette excellente série
.

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"Tom Strong", t. 3, d'Alan Moore & Chris Sprouse

Publié le par Nébal

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MOORE (Alan) & SPROUSE (Chris), Tom Strong, t. 3, [s.l.], Panini, coll. Panini Comics / America's Best Comics, 2007, [n.p.]

Le 3e tome de Tom Strong est – enfin – sorti en français il y a quelques semaines chez Panini/ABC, et il est vraiment excellent.

Petite présentation du personnage à tout hasard ? Tom Strong est un des héros créés par le génial Alan Moore quand il a lancé son propre label de comics, modestement dénommé America's Best Comics (ou ABC pour les intimes ; et le pire, c'est qu'il a raison, le bougre). C'est un héros « archétypal », fort, beau, honnête et intelligent, qui traverse tout le XXe siècle. Fruit d'une expérience « scientifique » menée sur lui par ses parents qui voulaient en faire un surhomme, il a effectivement acquis des capacités phénoménales ainsi qu'une longévité impressionnante en consommant de la racine de goloka. Il est le plus souvent accompagné dans ses aventures par sa femme Dhalua, leur fille Tesla, le robot majordome so british Pneuman et le gorille parlant Samson, so british de même. La BD se veut un hommage à la littéature « pulp » et aux comics de « l'âge d'or » (un peu à la manière de ce que Moore avait déjà fait avec l'excellent Suprême). Il n'y a pas vraiment de trame narrative à long terme : un épisode situé en 2000 peut très bien être suivi d'un épisode en 1945, etc. Les histoires sont généralement assez courtes.


C'est particulièrement vrai pour ce volume, très différent des deux précédent (lesquels m'avaient à vrai dire moins convaincu que Suprême, sauf pour ce qui est du dessin limpide de Chris Sprouse, qui apporte une homogénéité manquant parfois à la série Awesome). Ici, les petites histoires s'enchaînent, et sont souvent passablement débiles, et parfois même franchement hilarantes. Du coup, bien plus qu'aux précédents Tom Strong, ou même aux Tom Strong's Terrific Tales, cela fait davantage penser aux géniales Tomorrow Stories (dont seul Jack B. Quick, enfant prodige a été traduit jusqu'à présent ; à quand la suite ?). La famille Strong se retrouve en effet entraînée dans des histoires toutes plus improbables que les autres, à base, entre autres, de paradoxes temporels (très joliment employés) ou d'univers parallèles : ainsi dans l'hilarant Funnyland, où le « héros de la science » se retrouve projeté dans un monde cartoonesque où les lois de la comédie l'emportent sur celles de la physique ; la rencontre avec son alter ego Warren Strong vaut son pesant de carottes.

Seule véritable exception, mais tout sauf désagréable, la saga en deux épisodes (11 et 12) qui prépare le sympathique spin-off Terra Obscura (plus ou moins une histoire d'univers parallèle, mais en fait non...). A quand une traduction, là aussi ?

En conclusion, une excellente lecture, qui contient tout ce que l'on aime dans les productions les plus récentes d'Alan Moore : beaucoup d'humour, d'inventivité et d'érudition, qui servent une narration fluide, pour avoir au final une BD à la fois intelligente et divertissante. Gloire à Lui.
Et à suivre.

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"L'arche des aïeux", de K.-H. Scheer et Clark Darlton

Publié le par Nébal

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SCHEER (K.-H.) et DARLTON (Clark), L’arche des aïeux, traduit et adapté de l’allemand par Ferdinand Piesen, [Paris], Fleuve noir, coll. Space, série Perry Rhodan (n° 42), [1977] 1996, 185 p.
 
Où l’on retrouve « la plus grande saga de science-fiction du monde », avec ce 42ème volume de « Perry Rhodan ». Je ne m’étendrai pas sur la présentation de la saga, déjà effectuée dans l’article sur Les métamorphes de Moluk. C’est du roman de gare, voui, de la SF couillonne et un tantinet gamine, et ça ne prétend pas être autre chose.
 
Alors, c’est quoi donc, cette Arche des aïeux ? Comme le titre le laisse entendre, c’est une histoire de « vaisseau-monde » qui va nous être ici contée. Depuis des millénaires, une gigantesque sphère traverse lentement l’espace. Sa destination comme son origine sont inconnues, y compris des hommes qui l’habitent. Ceux-ci, dénués de toute identité (on les désigne par leur fonction, suivie d’un numéro), sont contraints à une vie brève et dure, toute entière vouée au travail. Quand vient le moment, ou plus tôt si l’on pose trop de questions, chacun disparaît dans le convertisseur, du plus misérable ouvrier au commandant lui-même. Les robots gardiens y veillent. Mais ces hommes, qui n’ont jamais vu le ciel, qui n’ont jamais foulé le sol d’une planète, en viennent à se poser des questions troublantes : pourquoi sont-ils là ? Quel est au juste le sens de cet énigmatique voyage ? Pourquoi ne laisse-t-on pas faire la nature, et expédie-t-on des hommes en pleine forme dans le convertisseur parce que « c’est le moment » ? Pourquoi ne peut-on même pas se poser des questions métaphysiques ?
 
On le voit, l’atmosphère du roman, si elle est loin d’être inintéressante, n’est guère originale. La base est la même que celle de bons nombres d’histoires de « vaisseaux-mondes », et, pour ma part, je n’ai pu m’empêcher de penser notamment aux Orphelins du ciel de Robert A. Heinlein, en beaucoup moins pénétrant et inventif comme de bien entendu.
 
Mais cela ne s’arrête pas là, bien sûr. La révolution est inévitable. Et le mystère s’épaissit quand un mécanicien découvre, par hasard, une zone auparavant inaccessible du vaisseau, gardée par de nombreux robots, et abritant les corps cryogénisés de centaines d’individus. Seraient-ce leurs ancêtres ? Pourquoi sont-ils là ? Les occupants actuels du vaisseau ne seraient-ils que des pions manipulés par leurs aïeux endormis ?
 
Histoire d’en rajouter un peu, la sphère croise bientôt la route d’un vaisseau terrien. Et son équipage également se pose des questions : que fait ici ce gigantesque croiseur arkonide ? Et pourquoi avance-t-il, et depuis fort longtemps semble-t-il, à cette vitesse d’escargot, alors qu’il dispose a priori de propulseurs hyperspatiaux en parfait état de marche ? C’est l’occasion de rencontrer un personnage très attachant, l’Emir, un mulot mutant, parlant, télépathe, télékinésiste, téléporteur et très farceur, qui compte bien percer ce mystère.
 
Je n’en dirai pas plus, si ce n’est que le deuxième épisode se situe là encore dans la continuité immédiate du premier, et que, si Perry Rhodan et même Atlan y font leur apparition, c’est encore le mulot que l’on prend le plus plaisir à suivre.
 
Pour un roman de gare, c’est plutôt le haut de gamme, même si l’on y préférera bien sûr les originaux (Les orphelins du ciel, dernier volet de « l’Histoire du futur » d’Heinlein déjà évoqué précédemment, est à ce titre une lecture indispensable). Un sympathique Perry Rhodan, assez entraînant. On regrettera juste une idéologie qui pue vraiment du zboub, mais sur laquelle je ne peux rien dire de plus, histoire de ne pas dévoiler le fin mot de l’histoire. Dommage…

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"Les métamorphes de Moluk", de K.-H. Scheer et Clark Darlton

Publié le par Nébal

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SCHEER (K.-H.) et DARLTON (Clark), Les métamorphes de Moluk
, traduit et adapté de l’allemand par Ferdinand Piesen, [Paris], Fleuve noir, coll. Space, série Perry Rhodan (n° 41), [1977] 1996, 188 p.

 
Aaaaaaaaaah, Perry Rhodan. « La plus grande saga de science-fiction du monde », comme ils disent. Plus de 1000 fascicules chez nos amis teutons, créateurs de la chose, et au moins 250 chez nous, publiés au Fleuve noir, sans compter les spin off (par exemple « Atlan », toujours au Fleuve noir). C’est du lourd, quoi. Une véritable institution du roman de gare, à la « OSS 117 » ou à la « SAS », le cul en moins (en fait, c’est même assez gamin). Une tradition de la littérature pulp qui laisse encore des traces. Des romans brefs et, autant le dire d’ores et déjà, mal écrits, mais divertissants ; du space opera con con qui fait passer le temps dans le métro ou le TER, ou, et c’est encore mieux, sur la plage. Avec ces « belles » couvertures bariolées dont on a longtemps et bêtement fait le symbole du pire.
 
J’étais étrangement passé à côté jusque-là. Pourtant, fut un temps – les heures maudites de l’adolescence – où je bouffais volontiers de cette mauvaise cuisine, surtout en fantasy il est vrai. Un retard important à combler. Avant de prendre la direction de la Catalogne, et conscient que Thomas Pynchon n’était probablement pas une bonne lecture de plage, j’ai donc fait mes provisions à base de Moorcock et de Perry Rhodan. Trouver le n° 1 n’est pas si facile, par contre… Pas grave, ce sont des romans indépendants, même s’ils se situent dans un même univers et si l’on retrouve de temps à autre quelques personnages. Allez hop, les plus vieux dans le rayonnage sont le 41 (Les métamorphes de Moluk, donc) et le 42 (L’arche des aïeux), je prends.
 
Perry Rhodan est beau. Perry Rhodan est grand. Perry Rhodan est fort. Perry Rhodan est Américain (ce qui, pour une fois, ne coule pas de source, donc). Membre de la première expédition lunaire (nous sommes en 1961…), il fait la découverte d’étranges civilisations extra-terrestres (d’abord meuchantes, cela va de soi), auxquelles il pète la fiole. Balaise, le bonhomme finit par se créer un véritable empire galactique.
 
C’est tout ce qu’on a besoin de savoir (et encore) pour entamer la lecture des Métamorphes de Moluk (ce titre est déjà tout un programme, non ?), dans la mesure où le big boss n’y apparaît quasiment pas. Tout commence avec une équipe d’exploration humaine, qui enquête sur le niveau de civilisation (très faible) de la planète Eppan, en se faisant discrète : enfin, en essayant ; ils rencontrent en effet le gladiateur Mataal, fort et intelligent, lequel, après avoir recueilli le mutant Goldstein, tombé malade, a percé le secret des espions terraniens. Le colonel Everson juge impossible de laisser sur Eppan un bonhomme pareil, et décide de l’enlever. Tout ce beau monde rejoint le « têtard », le vaisseau terranien, et entame bientôt la série de bonds hyperspatiaux qui doit les ramener dans le système solaire. Mais, bientôt, Goldstein devient à moitié fou, et des membres de l’équipage sont victimes d’assauts qui les laissent paralysés et catatoniques… Prière de ne pas spoiler, je vous laisse découvrir la clé de l’énigme. C’est assez prenant, avec une atmosphère oppressante et claustrophobe qui n’est pas sans évoquer Alien, avec un peu d’avance et sans les giclées d’hémoglobine.
 
Et Les métamorphes de Moluk, ils sont où, dans tout ça ? Sur Moluk, oui, bonne réponse. La recherche de ces étranges personnages occupe le deuxième épisode, dans la continuité directe du premier. Impossible d’en révéler trop ; disons que l’atmosphère paranoïaque du premier épisode se trouve prolongée d’une manière différente, quelque peu dickienne, mais sans subtilité aucune, comme on pouvait s’y attendre.

Ca se lit agréablement, malgré quelques haussements d'épaules sarcastiques, et c'est divertissant. On n'en demandait pas davantage...

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"Les Martiens", de Kim Stanley Robinson

Publié le par Nébal

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ROBINSON (Kim Stanley), Les Martiens, traduit de l’américain par Dominique Haas, Paris, Presses de la Cité – Pocket, coll. Science-fiction, [1999-2000] 2007, 538 p.


La « trilogie martienne » de Kim Stanley Robinson (Mars la Rouge, Mars la Verte et Mars la Bleue) a rapidement gagné ses jalons d’incontournable de la science-fiction contemporaine. Cette phénoménale épopée s’étendant sur plusieurs siècles constitue un véritable modèle de hard SF à dimension humaine, assez unique en son genre. Nombre de lecteurs se sont engouffrés avec jubilation dans ces impressionnants pavés retraçant les différentes étapes de la colonisation et de la terraformation de Mars, et l’on pouvait penser que tout avait été dit.

Erreur. Un nouveau pavé doit désormais y être accolé, sobrement intitulé Les Martiens. L’amateur est tout d’abord perplexe : Kim Stanley Robinson aurait-il succombé aux sirènes de la facilité ? C’est quoi, ce truc ? Des fonds de tiroir, surfant sur le succès de la célèbre trilogie ? Ce serait mal connaître l’auteur : ce nouveau livre ne constitue en rien une dérivation bassement mercantile comme on en voit trop souvent. Les nouvelles qui le composent, bien au contraire, parviennent à enrichir encore la saga originale, à lui donner une nouvelle ampleur.

Autant le dire tout de suite : c’est une lecture à mon sens indispensable pour ceux qui ont apprécié la « trilogie martienne ». Et c’est à vrai dire à ceux-là que s’adresse avant tout ce recueil : contrairement à ce que laisse entendre la citation de Serge Lehman en quatrième de couverture, les néophytes n’y trouveront probablement pas leur compte ; il y a tout à parier qu’ils se sentiraient perdus, à se jeter ainsi sans préparation dans cette immense fresque ; de plus, un certain nombre de nouvelles comportent des révélations ou des éclairages nouveaux qui risqueraient de gâcher la lecture ultérieure de la trilogie…

Mais abordons maintenant le vif du sujet : le recueil s’ouvre sur l’excellente nouvelle « Michel dans l’Antarctique », où l’on retrouve avec plaisir un certain nombre des personnages de la trilogie, et en premier lieu l’un des plus touchants, le psychologue français Michel ; c’est l’occasion pour l’auteur d’envisager une version alternative à sa trilogie (mais l’est-elle vraiment ?), qui trouve un prolongement plus loin dans le recueil avec « Michel en Provence » : deux récits d’une justesse émotionnelle rare dans l’austère milieu de la hard SF, assez symptomatiques du talent de Robinson.

La deuxième nouvelle, « Exploration du canyon fossile », nous fait cette fois découvrir de nouveaux personnages, et principalement la jeune étudiante Eileen Monday et le guide de haute montagne Roger Clayborne, lesquels, au cours d’une expédition à haut risque, en viennent à entamer une singulière et enthousiasmante histoire d’amour. Bon sang… C’est moi qui ait écrit ça ? Il est fort, ce KSR… Ben oui. Une histoire d’amour. Touchante et juste. Belle, en un mot. Et qui se poursuit plusieurs siècles plus tard, avec la novella « Mars la Verte », de très loin le plus long texte du recueil, quand les deux tourtereaux se retrouvent, les rôles inversés, dans un paysage transformé par la main de l’homme. Devenir de Mars, des hommes, des sentiments… Les différents thèmes s’imbriquent sans cesse, avec une finesse rare, et s’enrichissent mutuellement de leurs complexes interactions ; et l’on retrouvera Roger et Eileen dans d’autres nouvelles encore, leur relation constituant le véritable fil rouge du recueil, qui prend presque, dès lors, des allures de fix-up.

Mais il y a, parallèlement, une autre trame narrative, avec les rafraîchissants textes consacrés au « petit peuple rouge » ; comme dans la trilogie, ces brefs contes généralement amusants constituent d’agréables interludes. On aurait tort, ceci dit, de se contenter d’en sourire et de passer rapidement outre : « Le complot archéobactérien » s’insinue dans les autres textes du recueil, jusqu’aux plus hermétiques, comme l’aride « Sélection d’extraits du Journal d’études aréologiques »…

On trouve en effet, en plus des nouvelles évoquées, et de quelques autres gravitant autour (ainsi, par exemple, la sympathique « Comment Arthur Sternbach apporta la balle courbe sur Mars »), un certain nombre de documents, d’un abord parfois ardu, mais qui contribuent grandement au réalisme de la saga, et éclairent parfois sous un nouveau jour la trilogie. Plus ou moins juriste de formation, je ne peux que me réjouir que figure ainsi dans le recueil « La Constitution de Mars », suivie de « Quelques notes de travail et commentaires sur la Constitution, par Charlotte Dorsa Brevia » ; c’est assez rare en SF pour être signalé… même si elle est hélas moins convaincante en l’état que ce qui en ressortait au travers des passionnants débats ayant présidé à son élaboration (dans Mars la Verte, si je ne m’abuse).

On compte ensuite un certain nombre… de poésies. Tiens donc. On passera rapidement sur le recueil « Si Wang Wei vivait sur Mars et autres poèmes », plutôt maladroit (j’avoue : je ne connais rien à la poésie, et ne suis sans doute pas le mieux placé pour porter cette critique. Mais bon…). Plus intéressants, quelques brefs textes (« Odessa », par exemple) peuvent être assimilés à des sortes de poèmes en prose, qui ne sont pas sans rappeler parfois certaines « peintures » de Ballard, toutes choses égales par ailleurs. Mais on sent avec plaisir dans ces textes tout l’amour que porte l’auteur à son sujet, la véritable passion qu’il ressent pour Mars, et qu’il parvient sans difficulté à communiquer aux lecteurs.

Ainsi dans la nouvelle aux allures de postface qui clôt Les Martiens, l’intrigante et forte « Mars la Violette », qui semble bien, cette fois, constituer le point final de la saga.

En refermant l’ouvrage, le lecteur repus garde quelque temps un air ébahi, puis, inévitablement, tourne son regard vers les étoiles. Mars. Si proche et si lointaine…

Mais qu’est-ce qu’on attend pour y aller ?

CITRIQ

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Les bouquins à Nébal

Publié le par Nébal

Là aussi, donc, il devrait en principe y avoir des "chroniques"... Enfin, c'est un bien grand mot. Disons, des remarques sur les bouquins qui ont pu me passer entre les mains.

D'abord, pour ce qui est de la littérature, une liste de quelques auteurs qui m'intéressent plus particulièrement (nette prédominance SF / fantasy / fantastique, mais aussi un peu de "littérature générale", quand même...) :

Douglas Adams, Brian W. Aldiss, Aristophane, Isaac Asimov, Paul Auster, J.G. Ballard, Clive Barker, Stephen Baxter, Ambose Bierce, Michael Bishop, Pierre Boulle, Ray Bradbury, Poppy Z. Brite, Fredric Brown, John Brunner, Charles Bukowski, Anthony Burgess, William Burroughs, Albert Camus, Orson Scott Card, Emmanuel Carrère, Lewis Carrol, Ted Chiang, Arthur C. Clarke, Colette, August Derleth, Philip K. Dick, Paul Di Filippo, Dostoïevski, Catherine Dufour, Umberto Eco, Greg Egan, Bret Easton Ellis, Andreas Eschbach, Gustave Flaubert, Jeffrey Ford, Neil Gaiman, Martin Gardner, William Gibson, Goethe, Robert A. Heinlein, Frank Herbert, Michel Houellebecq, Robert E. Howard, Victor Hugo, Aldous Huxley, Joris-Karl Huysmans, Yasuhi Inoue, Franz Kafka, Daniel Keyes, John King, Stephen King, Choderlos de Laclos, R.A. Lafferty, Ursula K. Le Guin, Primo Levi, Howard Philips Lovecraft, Richard Matheson, Xavier Mauméjean, Guy de Maupassant, Yukio Mishima, Montesquieu, Michael Moorcock, Vladimir Nabokov, Akiyuki Nosaka, Yôko Ogawa, George Orwell, Terry Pratchett, l'abbé Prévost, Arthur Rimbaud, Keith Roberts, Kim Stanley Robinson, Rudy Rucker, Sade, Antoine de Saint-Exupéry, Mary Shelley, Lucius Shepard, Delia Sherman, Clifford D. Simak, Dan Simmons, Sophocle, Norman Spinrad, Stendhal, Bruce Sterling, Lawrence Sterne, Bram Stoker, Theodore Sturgeon, Michael Swanwick, Thackeray, Hunter S. Thompson, J.R.R. Tolkien, John Kennedy Toole, Jack Vance, Jeff VanderMeer, Jules Verne, H.G. Wells, Irvine Welsh, Oscar Wilde, Walter Jon Williams, Robert Charles Wilson, Roger Zelazny, Emile Zola...

Pas exclu qu'on y trouve aussi de temps à autres des essais et autres ouvrages "scientifiques" divers et variés... Quelques "penseurs", là encore, toutes disciplines et époques confondues :

Antiphon, Antisthène, Aristote, Bakounine, Jeremy Bentham, Louis Blanc, Pierre Bourdieu, Albert Camus, Jean Carbonnier, Jean-Jacques Chevallier, Pierre Clastres, Critias, Démocrite, Diderot, Diogène le Cynique, Léon Duguit, Emile Durkheim, Jacques Ellul, Epicure, E.E. Evans-Pritchard, Paul Feyerabend, Charles Fourier, Sigmund Freud, Louis Gernet, Gorgias, Simone Goyard-Fabre, François Guizot, Maurice Hauriou, Hayek, Héraclite, Thomas Hobbes, David Hume, Kamo no Chômei, John Maynard Keynes, Thomas Kuhn, Ihering, La Boétie, Paul Lafargue, La Mettrie, Bartolome de Las Casas, Ledru-Rollin, Lénine, Leucippe, Claude Levi-Strauss, John Locke, Lucrèce, Machiavel, Jean Malaurie, Bronislaw Malinowski, Thomas Robert Malthus, Karl Marx, Charles Maurras, Jules Michelet, Montesquieu, Friedrich Nietzsche, Platon, Karl Popper, Ilya Prigogine; Protagoras, Pierre-Joseph Proudhon, Pyrrhon, Ernest Renan, David Ricardo, Jaqueline de Romilly, Jean-Jacques Rousseau, Sade, Saint-Simon, Carl Schmitt, Arthur Schopenhauer, Sextus Empiricus, Adam Smith, Georges Sorel, Hippolyte Taine, Gabriel Tarde, Thrasymaque, Thucydide, Alexis de Tocqueville, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, Max Weber...

Et puis de la BD, aussi (nette prépondérance anglo-saxonne) ; quelques auteurs (scénaristes et / ou dessinateurs) :

Brian Michael Bendis, John Bolton, Alberto Breccia, John Buscema, John Byrne, Chris Claremont, Robert Crumb, Guy Davis, Steve Ditko, Will Eisner, Warren Ellis, Garth Ennis, Neil Gaiman, Gotlib, Gene Ha, Bryan Hitch, Alexandro Jodorowsky, Jack Kirby, Andy Kubert, Stan Lee, David Mack, David Mazzuchelli, Todd McFarlane, Dave McKean, Mike Mignola, Mark Millar, Frank Miller, Moebius, Alan Moore, Grant Morrison, Kevin Nowlan, Kevin O'Neill, Katsuhiro Otomo, Eric Powell, Hugo Pratt, Joe Quesada, Frank Quitely, John Romita Sr, John Romita Jr, Alex Ross, Marjane Satrapi, Charles M. Schulz, Bill Sienkiewicz, Jeff Smith, Art Spiegelman, Jim Starlin, Tanaka, Lewis Trondheim, Brian K. Vaughan, J.H. Williams III, Bill Willingham...

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