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"Fissions", de Romain Verger

Publié le par Nébal

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VERGER (Romain), Fissions, Lyon, Le Vampire Actif, coll. Les Séditions, 2013, 137 p.

 

Bon, c’est toujours pas vraiment la joie pour rédiger des comptes rendus, et je me sens à vrai dire un peu désemparé… Je vais néanmoins tâcher de dire quelques mots de ce chouette court roman qu’est Fissions, mais, à tout hasard, sachez qu’on en trouve sur le ouèbe des critiques autrement plus approfondies (mais peut-être un peu prout-prout ?) que ce à quoi je puis espérer parvenir ici.

 

Fissions est le quatrième roman de Romain Verger (les trois précédents sont parus chez Quidam) et c’est, pour tout un tas de raisons plus ou moins valables, le premier que je lis. Mais j’avais en fait déjà lu du Romain Verger, ainsi que je m’en suis rendu compte un peu plus tard, à la lecture de Forêts noires (sur lequel je reviendrai très bientôt) : trois de ses nouvelles avaient en effet été publiées dans le n° 17 du Visage Vert (et j’ai cru comprendre qu’il figurerait également dans le prochain). Quand je les avais lues, à l’époque, j’avais noté en substance : « jolie plume, mais pas un souvenir impérissable ». Ce qui s’est vérifié, faut croire, dans la mesure où j’avais complètement zappé cette première approche… Mais n’en déduisez rien quant à la qualité de la production littéraire de Romain Verger : en contexte, et peut-être aussi parce que j’ai changé depuis, je l’envisage désormais d’un œil très différent. Mais assez de ces préliminaires : passons à Fissions.

 

Il va être d’autant plus difficile d’en parler que le récit se dévoile au fur et à mesure, et qu’il serait sans doute dommage d’en dire trop, le mieux étant de laisser la découverte au lecteur autant que possible. On peut toutefois avancer ici quelques éléments qui apparaissent tôt dans la trame. Fissions est donc le récit à la première personne, et a posteriori, d’une nuit de noces, un 21 juin ; la nuit la plus courte de l’année, mais qui se révèle bien longue pour les convives – ou certains d’entre eux, du moins.

 

Notre narrateur – dont on comprend bien vite qu’il est interné dans une institution psychiatrique et qu’il s’est crevé les yeux (paye ton Œdipe) – rapporte donc comment il a fait la connaissance de Noëline (que des noms chelous dans sa famille) via un site de rencontres aléatoires ; s’en est suivi, quelques mois à peine plus tard, un mariage précipité… et, donc, une nuit de noces désastreuse, où la fête, qui se tient dans la résidence maternelle de Noëline, grande demeure qui n’a pas manqué à mes yeux (crevés) d’évoquer l’inévitable château des romans gothiques, tourne bientôt au cauchemar, annoncé de manière fracassante par les hurlements incessants de la mariée recluse dans sa chambre. Et tout cela, nécessairement, finira mal.

 

La quatrième de couverture avance les termes de « fantastique » (yep), de « grotesque » (yep) et de « thriller » (beuh…) ; j’ai donc proposé celui de « gothique ». Mais il y a aussi, de toute évidence, pas mal de grec dans tout ça, essentiellement tragique comme de bien entendu (les références abondent, mais sans surcharger le récit pour autant). Quoi qu’il en soit, tout cela est de toute façon très diffus, et l’on ne se trouve que rarement en plein dans un de ces registres, qui fusionnent (…) avec grâce sous la plume inspirée de Romain Verger.

 

Cette plume, parlons-en. Je ne la trouve pas irréprochable, je n’irais pas jusque-là : j’ai le sentiment que Romain Verger, porté peut-être par un goût décadent pour le mot rare, en fait parfois un peu trop (notamment dans les toutes premières pages). Mais, mazette, dans l’ensemble, c’est tout de même vraiment bien écrit. Il est clair que Romain Verger a un style, et qu’il se montre fort adroit dans la composition de vignettes sublimes (dans tous les sens du terme) ; la polésie en prose infuse dans Fissions, sans jamais nuire à la fluidité du récit, la forme s’alliant au fond avec une justesse étonnante et des plus louables. Romain Verger parvient ainsi à instiller un délicieux sentiment de malaise permanent, avec quelques crises subites de glauque réclamant l’échappatoire à l’air libre. Admirable. Et tout aussi admirable est la construction du roman, qui relève cette fois à mon sens du modèle du genre. Présent et passé s’entremêlent avec astuce, réalité et folie de même, et Fissions – tour de force ? – tient à vrai dire du page turner sans jamais négliger pour autant la pure beauté.

 

Roman noir (au sens originel), Fissions dépeint enfin une très belle galerie de monstres ; la famille de Noëline fait froid dans le dos, les squelettes s’entassent dans les placards (et font un ramdam pas croyable), et le narrateur a également son lot de lourds secrets. Le secret est d’ailleurs probablement un des thèmes majeurs de ce court roman très dense, avec la mémoire, l’inconscient, la perversion, la cruauté… et, enfin, comme de juste, tout cela s’inscrit dans une réflexion plus ample sur l’écriture, ce qui la « justifie » et ce qu’elle produit.

 

Belle rencontre, donc, que ce court roman riche et fort, à la croisée des genres, formellement virtuose et qui se montre d’une adresse terrible dans son jeu avec le lecteur, manipulé avec dextérité jusqu’aux confins du malaise et de la folie.

 

Je vais tâcher de vous parler très prochainement de Forêts noires.

 

EDIT : Hippolyte et Gérard Abdaloff en parlent dans la Salle 101, ici. 

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RIP Iain (M.) Banks

Publié le par Nébal

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Je viens d'apprendre le décès de l'écrivain Iain Banks (Iain M. Banks quand il écrivait de la science-fiction). Il avait lui-même annoncé il y a peu son cancer, et le fait qu'il risquait de mourir dans l'année... Je me dois de préciser, j'imagine, que je n'ai (encore) jamais lu Iain (M.) Banks. Pourtant, le « cycle de la Culture », sa grande-oeuvre SF, semblait toute désignée pour me plaire, et cela fait déjà pas mal de temps que les livres les plus importants de ce cycle prennent la poussière dans ma pile à lire (à cause de ma fâcheuse tendance à faire passer l'actualité en priorité). Je comptais lire prochainement (et c'est toujours le cas, bien sûr) Effroyabl Ange1 et L'Algébriste, tout récemment publiés (le second en poche, s'entend). J'ai un peu le sentiment (stupide, peut-être) d'arriver après la bataille... Mais cela reste après tout le meilleur hommage que l'on puisse rendre à un écrivain disparu : lire ses livres. RIP, donc, comme on dit chez les croyants...

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"De l'attitude à prendre envers les tyrans", d'Épictète

Publié le par Nébal

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ÉPICTÈTE, De l’attitude à prendre envers les tyrans et autres textes, texte établi et traduit du grec ancien par Joseph Souilhé avec la collaboration d’Armand Jagu, Paris, Gallimard, coll. Folio 2 €, [1943, 1949, 1990-1191] 2011, 129 p.

 

J’imagine qu’il n’est jamais trop tard pour combler ses lacunes. En matière de philosophie, a fortiori contemporaine, j’en ai beaucoup… Si j’ai pas mal pratiqué les Antiques – surtout les Présocratiques, à vrai dire –, je dois reconnaître que mes inclinations en la matière ont largement été le fait de préjugés. Aussi ai-je développé un intérêt tout particulier pour les sophistes (bien sûr), les cyniques et les matérialistes, et une certaine aversion pour Platon (tout en reconnaissant ses qualités d’écrivain) et les stoïciens, tandis qu’Aristote m’a toujours inspiré un étrange mélange de respect et d’ennui.

 

Mais revenons sur le cas des stoïciens, puisque c’est à cette école que se rattache Épictète. Je les ai fort peu pratiqués ; à vrai dire, et l’incitation du camarade Bat-Aurèle (…) n’y est pas pour rien, celui que j’ai le plus lu et trouvé le plus intéressant (relativement) était Marc-Aurèle, dont j’avoue avoir feuilleté de temps à autre les Pensées pour moi-même… D’Épictète, par contre, je ne savais à peu près rien en dehors de sa célèbre biographie (même si j’en avais probablement lu quelques extraits il y a de ça ouf, au moins). Aussi ai-je été pris de l’envie d’en savoir un peu plus quand, au détour d’une librairie, j’ai croisé ce petit ouvrage de la collection d’abrégés « Folio 2 € ».

 

Il faut dire que – pourquoi pas, après tout – la couverture me plaisait pas mal, et le titre attisait ma curiosité – je savais Épictète moraliste, en bon stoïcien, mais les aspects politiques de son éthique étaient tout naturellement ceux qui devaient le plus intéresser l’ancien chercheur en histoire des idées politiques que je suis, surtout à vrai dire s’il est question d’attitude à adopter à l’encontre de la tyrannie et de la répression qu’elle est à même d’infliger, sujet qui renvoyait directement à mes recherches (dix-neuviémistes, certes…).

 

Naïveté de ma part, sans doute : cet abrégé des livres I à IV des Entretiens d’Épictète n’aborde guère la question du titre que par la bande… et je crains de devoir le reconnaître d’ores et déjà : cette lecture, pour brève qu’elle fut, m’a paru passablement pénible, et n’a guère fait que renforcer mes préjugés à l’encontre des stoïciens en général et d’Épictète en particulier.

 

Épictète, en tant que maître d’école, s’inscrit dans une double filiation, au-delà du Portique : il évoque Socrate, mais aussi Diogène le cynique (j’avais déjà conscience de la parenté a priori paradoxale mais pourtant bien réelle reliant les très sages stoïciens aux provocateurs cyniques, mais c’en est une confirmation). Sa philosophie, qui s’exprime généralement par le dialogue – de manière plus abstraite que chez le tragédien refoulé Platon, toutefois –, est avant tout d’ordre pratique, et c’est une morale passablement austère. Il s’agit de conduire sa vie en fonction de la raison, qui ne saurait être que de nature divine (arf), et de ses « représentations ». Un principe essentiel : la distinction entre ce qui relève de nous et ce qui n’en relève pas (ce qui m’a rappelé, pour le coup, la célèbre prière citée par Kurt Vonnegut dans Abattoir 5).

 

C’est ici que la pensée d’Épictète peut prendre un aspect politique, encore que minime : le pouvoir du tyran n’est ainsi d’aucune importance pour l’homme qui conduit bien sa vie, en ce qu’il ne peut guère exercer de pression que sur ce qui ne dépend pas de lui – comme sa mort. Il y a donc bel et bien un potentiel que l’on pourrait qualifier de « subversif » chez Épictète, qui explique ses déboires, mais je ne peux m’empêcher d’y retrouver – et c’est là un fort préjugé que j’entretenais depuis longtemps à l’égard de l’école stoïcienne – un certain parfum « proto-chrétien » : tendre l’autre joue, tout ça… rendre à César… Ce qui, vous l’aurez compris, ne me séduit guère.

 

La présentation de l’ouvrage vante « un manuel de savoir-vivre et de liberté de pensée ». Mais je n’y ai guère trouvé de quoi m’édifier à ces sujets. C’est un autre problème que j’ai toujours eu tendance à accoler aux stoïciens : leur philosophie (un bien grand mot, peut-être ? mais ce reproche a pu être adressé aux cyniques, qui me sont bien plus chers…) est frappée au sceau du « bon sens » (ou « sens commun », l’horrible chose) et des vérités premières qu’il est parfois bon de rappeler (mais j’avoue à ce sujet préférer les penseurs orientaux). Fondamentalement, j’y vois une éthique molle, faite de soumission plus ou moins béate au divin et à l’ordre du monde ; une philosophie conservatrice, en somme ; et, usons de l’anachronisme, autant le dire : une philosophie « de droite » (quand j’ai cherché sur le ouèbe quelques éléments pour écrire ce compte rendu, je suis tombé sur une unique « critique » – en quatre lignes… et c’était sur le site du Figaro ; oui, vous pouvez me trouver mesquin, pour le coup ; mais ça m’a quand même fait sourire, na).

 

J’ajouterais que, formellement, j’ai trouvé ces Entretiens assez laborieux, parfois confus, et que l’image que l’on en retire d’Épictète n’est pas forcément très positive à mes yeux (le sévère moraliste a quelque chose d’arrogant et de méprisant).

 

Une lecture qui m’a donc ennuyé quand elle ne m’a pas agacé, et qui n’a guère fait qu’entretenir mes préjugés. Mais il faut bien le reconnaître : je n’ai rien d’un philosophe (ou alors « du dimanche », et j’ai tout de même le sentiment que c’est à semblables individus que s’adressent ces abrégés), et suis bien conscient de la vacuité de ce compte rendu, qui ne fait qu’exprimer mes opinions passablement stériles sur le contenu de cet ouvrage. C’est le jeu, vous êtes en Nébalie… Mais voilà : je n’y ai pas trouvé ce que je cherchais, et, hélas, j’y ai trop souvent rencontré ce que je redoutais. De toute évidence, Nébal n’est pas un stoïcien…

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Sur le meurtre de Clément Méric

Publié le par Nébal

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Ce jeudi 6 juin, triste nouvelle : nous avons appris la mort du jeune Clément Méric des suites de son passage à tabac par des connards de skins. Dès l’annonce du drame, la toile a été envahie par de bien compréhensibles et légitimes réactions d’indignation. Sur Facebook et Twitter, mes contacts – qui se ressemble s’assemble… – n’ont certes pas été les derniers à faire part de leur horreur devant ce qui s’est produit. Je ne peux guère que me joindre à eux dans la déploration de cet acte barbare et adresser à mon tour mes condoléances à la famille et aux amis de la victime. Que je ne connaissais certes pas, pas plus que mes contacts j’imagine, mais bon : il s’agit bien d’un événement à portée nationale, et j’imagine que, là encore, l’expression, quand bien même outrée, de la commisération est non seulement sincère mais légitime.

 

Une certaine pudeur – si – m’a cependant incité à ne pas en faire trop de mon côté. D’une part, parce que j’avais le sentiment que ce n’était pas vraiment mon rôle ; d’autre part, parce que certaines réactions – que l’on peut certes mettre sur le compte d’une colère justifiée – m’ont quelque peu navré.

 

J’ai – bêtement – fait part de mon léger scepticisme par un tweet laconique, mais suffisamment transparent, selon lequel je ne dirais rien, non, rien (sous-entendu : à propos de cette affaire qui est au cœur des discussions sur les réseaux sociaux). Je n’aurais pas dû. Ma pensée sur la question a pu être mal interprétée, et maintenant, con de moi, je me sens tenu de clarifier les choses, en somme de faire ce que je souhaitais éviter. Alors voilà. Peut-être vais-je perdre quelques amis à cause de ce texticule, mais j’imagine que c’est dans l’ordre des choses… Pourtant, je ne compte apporter que quelques nuances à l’indignation générale, que je partage largement ; mais peut-être sera-ce suffisant, tant l’émotion est ici de la partie…

 

Plusieurs choses m’ont donc chagriné dans cette vilaine affaire, outre le drame en lui-même. Le premier point, j’imagine, est une certaine stupéfaction – je ne vois pas de terme plus adapté – devant l’ampleur de la vague d’indignation, dans le sens où elle donne le sentiment que la France, à l’occasion de ce tragique fait-divers, prend bien tardivement conscience de l’existence de groupuscules d’extrême droite violents et éventuellement meurtriers. Cela n’a pourtant rien d’un scoop, que je sache. Certes, le fait qu’il y ait depuis un bail des connards dans ce mauvais goût-là ne saurait totalement relativiser (le mot est honni, sans doute pour de mauvaises raisons, mais passons) ce qui s’est produit. Connards ils étaient, connards ils restent ; maintenant, on sait seulement qu’ils ont du sang sur les mains. Mais j’aurais envie d’insister sur le « on sait » : je maintiens – et je ne crois pas que ce soit de la paranoïa – que ceci n’a rien de neuf, que c’est seulement davantage médiatisé. Et je trouve un peu triste qu’il faille passer par la mort d’un jeune homme qui avait le bon goût d’être blanc et militant pour que l’indignation s’exprime. La violence d’extrême droite est pourtant coutumière, voire quotidienne ; et peut-être toutes les victimes n’ont-elles pas eu droit au même sursaut civique, ce que je ne peux m’empêcher de trouver un tantinet navrant.

 

Deuxième point : la fameuse – et sans doute inévitable – « récupération politique ». Celle-ci me paraît répugnante, et ce d’où qu’elle vienne. Je trouve regrettable qu’un esprit de parti vienne s’insérer dans la polémique pour distribuer plus ou moins aléatoirement bons et mauvais points, disant qui a le droit d’être indigné et de l’exprimer, et qui n’en a pas le droit. Cependant, refusant par principe tout rattachement à un parti, je n’ai guère plus à dire sur la question.

 

Il va ensuite de soi que la « légitime défense » invoquée par certains dans cette affaire pour justifier l’injustifiable est une absurdité parfaitement scandaleuse, et que ceux qui brandissent cette « excuse » juridique sont des individus hautement détestables. Mais je ne participerai pas pour autant de la glorification sans condition, et quasi mythologique, du mouvement « antifa ». En ce qui me concerne, les « antifa » sont le plus souvent des gamins qui veulent jouer au soldat, et je n’ai jamais aimé les soldats, quel que soit leur uniforme. Il est regrettable qu’il se trouve parfois parmi eux des gens véritablement violents, même si leur violence n’atteint pas les proportions de celle du camp d’en face. Mais là n’est sans doute pas la question ; simplement, je n’ai pas de sympathie pour les extrêmes : si mes inclinations politiques me rapprochent évidemment du bord gauche, et si les prétentions de certaines personnalités de droite quant aux supposées « violences de gauche » sont honteuses en l’espèce, je n’ai pas envie, pour autant, d’icôniser « l’antifascisme de terrain » contemporain en France tel qu’il s’exprime dans ce mouvement.

 

Revenons d’ailleurs sur ce mot de « fascisme ». Sans m’attarder dans le détail sur quelques bêtes diatribes qu’on a pu lire ici ou là de la part de gens qui mélangent un peu tout, je tiens cependant à ce que l’on use des mots correctement. « Fasciste », ce n’est pas « facho » ou « faf », et c’est encore moins synonyme de « d’extrême droite ». D’aucuns trouveront sans doute cette distinction sophistique, mais j’attache pour ma part du sens aux mots, et n’aime pas qu’on les maltraite, craignant que leur usage inconsidéré ne vienne nuire à la pertinence du discours. En l’occurrence, oui, les enflures qui ont tabassé Clément Méric peuvent très justement être qualifiées de « fascistes » : ce sont des nationaux-révolutionnaires, ce qui est l’avatar contemporain le plus proche de la réalité historique qu’était le fascisme. D’aucuns vont cependant plus loin, et qualifient l’extrême droite en général et le FN en particulier de « fascistes ». C’est là à mon sens une erreur, qui peut porter préjudice à la justesse de l’analyse et, par contrecoup, à la pertinence des mesures adoptées pour lutter contre le fascisme. Alors je vais le dire à mon tour, ce truc qui a tant choqué : non, le FN n’est pas un parti « fasciste ». Attention, ce sont des connards quand même, hein ! Simplement, il n’y a qu’une frange minoritaire du FN qui puisse se voir attribuer ce qualificatif – en l’occurrence, les nationaux-révolutionnaires, comme ceux qui ont tué Clément Méric. Pour le reste, le FN est – et a toujours été – une nébuleuse rassemblant tant bien que mal les différentes branches de l’extrême droite française autour de la personnalité charismatique du Borgne, puis de sa connasse de fille. Le Pen lui-même pouvait à la limite se voir attribuer le qualificatif de « néo-fasciste », mais même cela est discutable (et je ne suis pas certain que cette notion recouvre grand-chose de concret).

 

Ce qui nous amène au dernier point. Il s’en est trouvé – beaucoup, d’ailleurs – pour réclamer à l’occasion de ce drame la dissolution de certains groupuscules, sites ou partis d’extrême droite. Et là – je vous rappelle que je suis un odieux libéral qui travaillais fut un temps sur la répression politique – je ne peux qu’exprimer mon désaccord. Il va de soi que les mouvements radicaux clairement criminels voire terroristes, tombant de ce fait sous le coup de la loi, méritent cette sanction, mais ceci est vrai en tout temps. Mais je ne peux pas accepter que l’on sanctionne quelqu’un, quel qu’il soit, simplement pour avoir exprimé ses « idées », aussi abjectes soient-elles. Je ne crois pas en la « responsabilité collective », et ai toujours trouvé cette notion dangereuse ; il en va de même pour « l’incitation ». On sort là du champ du juridique pour intégrer celui du politique. Aussi la lutte contre ces personnes et ces théories fumeuses doit-elle être politique, et non juridique. Je crains trop ce qu’un gouvernement de droite (je veux dire, se revendiquant comme tel…) pourrait faire à l’encontre de mouvements, de sites, etc., de gauche et d’extrême gauche pour accepter qu’un gouvernement prétendument de gauche agisse de la sorte contre des mouvements, sites, etc., de droite ou d’extrême droite. C’est comme ça : j’assume mon libéralisme sans doute un brin candide, mon attachement – extrémiste, je l’admets – à la liberté d’expression et par conséquent mon hostilité à toute forme de censure, quelle qu’elle soit.

 

Voilà. C’est à peu près tout. Cela suffira-t-il à éloigner de moi certains amis et contacts ? J’espère que non. Mais traiter de ces questions me chiffonnait trop, j’imagine, pour que je continue à me réfugier lâchement dans le silence. Seulement, vous comprendrez maintenant pourquoi je ne peux pas honnêtement me joindre unilatéralement aux loups qui hurlent, avec toute la sympathie que j’ai pour eux, et toute la tristesse que m’inspire le drame horrible à l’origine de cette polémique.

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"Le Poète", de Yi Munyǒl

Publié le par Nébal

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YI (MunyǒI), Le Poète, [Shiin], traduit du coréen et préfacé par Ch’oe Yun et Patrick Maurus, Arles, Actes Sud, coll. Babel, [1992] 2001, 244 p.

 

Le citoyen Bidibulle (que son nom soit sanctifié), considérant ma méconnaissance totale de la littérature coréenne et désireux d’y remédier, a abandonné le temps d’un cadeau sa vile propagande en faveur de la Chine communiste ; c’est donc à lui, grand parmi les grands, que je dois la lecture de ce Poète de Yi Munyǒl, et qu’il en soit mille fois remercié. Car ce livre, autant le dire de suite, malgré un titre qui a de quoi faire peur à la Nébalie tout entière, était fort bon. Dingue, ça.

 

Le Poète, c’est Kim Sakkat (1807-1863), de son vrai nom Kim Byǒngyǒn. Un personnage authentique, qui figure parmi les grands noms de la poésie coréenne, et incarne une sorte de type-idéal du rimeur vagabond. Le roman biographique de Yi Munyǒl prend prétexte de la vie fascinante de ce personnage d’exception pour s’interroger sur une multitude de thèmes, des plus intimes aux plus globaux.

 

Kim Byǒngyǒn est tout d’abord un aristocrate déclassé. Petit-fils de Kim Iksun, gouverneur de la ville-garnison de Sǒnch’ǒn, qui s’est rendu face au rebelle Hong Kyǒngnae avant de pactiser avec ce dernier, et est donc devenu ainsi un criminel d’État, le futur poète fait les frais d’une loi scélérate qui condamne les héritiers de tels criminels sur trois générations. Son père parvient cependant à sauver la vie de ses enfants en les envoyant auprès d’un ancien esclave, qui se fait passer pour leur géniteur. Plus tard, la sanction sera levée, mais les ennuis des descendants de Kim Iksun ne seront pas finis pour autant : ils doivent toujours porter ce lourd fardeau d’avoir pour ancêtre un traître au régime.

 

Si le frère de Byǒngyǒn semble se contenter de la vie simple d’un citoyen lambda, notre ambitieux héros, en conformité avec les attentes de leur mère, souhaite par contre retrouver une position enviable dans la société coréenne, et passer les concours qui la cimentent. Il s’exerce pour cela à la poésie de style de concours, dans laquelle il connaît quelques succès… mais, un jour, il doit traiter dans un poème de la trahison de son grand-père, et l’expérience se révèle pour le moins traumatisante.

 

Abandonnant l’idée des concours – mais pas, pour l’instant, ce style poétique très normé –, Kim Byǒngyǒn devient vagabond, abandonnant femme et enfants. C’est au cours de ses errances qu’il va faire la rencontre du Vieillard Ivre, qui va l’amener à remettre en cause ses préjugés artistiques, avant qu’une autre rencontre ne débouche sur une autre prise de conscience, de nature politique cette fois. Kim Sakkat deviendra dès lors un poète « populaire », mais aussi, dans une perspective passablement nihiliste, un grand destructeur des formes poétiques, pour le meilleur et pour le pire.

 

En s’attachant aux pas du Poète, Yi Munyǒl livre tout d’abord un très beau roman d’apprentissage. De sa plume élégante (qui m’a fait penser à certains auteurs nippons, mais c’est peut-être idiot, voire hérétique), il dresse un tableau édifiant d’une vie exceptionnelle, faite de révélations successives, de prises de conscience éventuellement contradictoires. Kim Sakkat est à cet égard un superbe personnage, et les autres ne sont pas en reste, que l’auteur parvient à faire vivre en quelques lignes. Le Poète est déjà, dans cet ordre d’idées, un très beau roman, très émouvant et juste.

 

Mais il gagne encore en force dans son tableau critique de la société coréenne corrompue… et, déjà, d’une forme de partition entre le Nord et le Sud. Cet aspect prend d’autant plus de force que – merci la préface, pour une fois – les destins parallèles de Kim Byǒngyǒn et Yi Munyǒl se font étrangement écho, dans la mesure où le père de l’auteur du Poète a quitté la Corée du Sud pour le régime communiste du Nord… Le Poète est ainsi un roman particulièrement poignant, douloureux parfois, sur les rapports conflictuels qu’entretiennent les générations, et le pouvoir destructeur de certains choix sur des enfants qui n’ont rien choisi. Entreprise « autobiographique par procuration », le roman de Yi Munyǒl s’interroge sur le « meurtre symbolique du père »… et en même temps sur sa rédemption éventuelle.

 

Et ce qui vaut pour l’intime et pour le politique, vaut aussi pour l’art. Le roman de Yi Munyǒl constitue en effet une très belle réflexion sur la poésie, et au-delà la littérature voire l’art en général ; l’auteur confronte en un unique personnage conformisme et nihilisme, colère et apaisement, expérimentation et démagogie… Remarquable.

 

 Aussi intelligent que beau, émouvant et subtil, Le Poète est donc une très grande réussite. Sans doute faudra-t-il que j’approfondisse la découverte de l’œuvre de Yi Munyǒl ; en attendant, je remercie une fois de plus le citoyen Bidibulle – gloire à son nom –, et vous encourage chaudement à partager l’errance de Kim Sakkat.

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"Plouk Town", de Ian Monk

Publié le par Nébal

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MONK (Ian), Plouk Town, introduit par Jacques Roubaud, Paris, Cambourakis, coll. Poésie, 2011, 183 p.

 

PLOUK TOWN c’est à Charybde que Nébal en a entendu parler

PLOUK TOWN c’est Nicolas Richard qui en a parlé

PLOUK TOWN il en a lu des extraits éloquents

PLOUK TOWN son bouquin il était tout ruiné tant corné

PLOUK TOWN ça a fait son petit effet

PLOUK TOWN je crois les gens ont bien kiffé

PLOUK TOWN en tout cas Nébal a aimé alors

PLOUK TOWN Nébal l’a acheté pourtant

PLOUK TOWN y a écrit polésie dessus et même si c’est

PLOUK TOWN Nébal la polésie il a quoi comme quoi comme des préjugés mais

PLOUK TOWN ça avait l’air bien pour un truc de pouète alors

PLOUK TOWN Nébal l’a acheté et l’a lu hop hop pourtant

PLOUK TOWN c’est même de l’Oulipo et bon là Nébal il tremblote mais bon c’est

PLOUK TOWN alors faisons comme

PLOUK TOWN c’est de Ian Monk

PLOUK TOWN c’est introduit par Jacques Roubaud et

PLOUK TOWN dès cette introduction c’est très rigolo mais

PLOUK TOWN c’est pas que rigolo non en fait

PLOUK TOWN c’est plus souvent triste que rigolo

PLOUK TOWN c’est sordide voilà mais c’est ça qu’est bien

PLOUK TOWN c’est en France

PLOUK TOWN c’est dans le nord de la France

PLOUK TOWN c’est des beaufs des gens quoi à

PLOUK TOWN on picole sévère un mi un skywhi un baby un rosé à

PLOUK TOWN on court après les allocs enfin des fois à

PLOUK TOWN on vote FN ou on vote pas

PLOUK TOWN c’est glauque c’est français c’est bien

PLOUK TOWN c’est une gorgée de bière de Kro sur un parking

PLOUK TOWN c’est de la Villageoise qui tache

PLOUK TOWN c’est des Kleenex qui collent

PLOUK TOWN c’est des magazines qui collent

PLOUK TOWN c’est des putes des vieilles putes

PLOUK TOWN c’est des cons mais des gentils cons

PLOUK TOWN c’est aussi des vrais cons les cons

PLOUK TOWN ça suinte la misère

PLOUK TOWN ça dégouline la haine

PLOUK TOWN ça sonne la franche camaraderie virile à

PLOUK TOWN on aime le LOSC allez allez à

PLOUK TOWN on aime le foot ouais mais

PLOUK TOWN qu’est-ce qu’il y fout le British ben comme

PLOUK TOWN il boit il rame il colle mais en plus il écrit

PLOUK TOWN et il l’écrit bien l’enculé

PLOUK TOWN vit et meurt dans ses carnets

PLOUK TOWN chiale et se marre dans ses carnets

PLOUK TOWN bouffe des kebabs comme les vrais gens

PLOUK TOWN boit trop comme les vrais gens

PLOUK TOWN a pas de boulot comme les vrais gens

PLOUK TOWN aime pas les vrais gens mais en fait

PLOUK TOWN c’est les vrais gens comme Ricard et Œil Crevé

PLOUK TOWN c’est aussi la ville du British quoi et

PLOUK TOWN donne pas envie non mais sonne vrai alors

PLOUK TOWN ça se dévore quoi

PLOUK TOWN ça scande incantatoiresque

PLOUK TOWN c’est une liste de courses à Champion sauf qu’à

PLOUK TOWN t’as pas les thunes alors tu voles un peu de

PLOUK TOWN pour le boire sur le parking ou dans un troquet de

PLOUK TOWN où tu perds ce que tu gagnes au grattage merde

PLOUK TOWN d’ailleurs ça dit merde

PLOUK TOWN ça dit chier con pute

PLOUK TOWN ça dit beaucoup pute

PLOUK TOWN c’est de la polésie oui mais qui sent la merde de

PLOUK TOWN et c’est ça qu’est bien tu vois quoi merde allez

PLOUK TOWN ça se répète mais tu t’en branles parce que

PLOUK TOWN c’est hypnotique ta mère d’ailleurs

PLOUK TOWN je vais redire que c’est drôle mais

PLOUK TOWN je vais redire que c’est triste

PLOUK TOWN c’est dégueulasse en fait mais

PLOUK TOWN putain c’est beau

PLOUK TOWN ça colle une baffe voire deux voire trois

PLOUK TOWN en fait tu comptes pas

PLOUK TOWN tu comprends pourquoi il était tout ruiné celui du Richard

PLOUK TOWN c’est une pute moche qui racole avec des mots vrais

PLOUK TOWN t’as envie de tout corner tellement c’est bon

PLOUK TOWN t’as envie de tout citer tellement c’est bon

PLOUK TOWN ben Nébal a aimé quoi

PLOUK TOWN même si c’est de la polésie parce que

PLOUK TOWN c’est juste très bon le reste on s’en fout

PLOUK TOWN du coup je peux pas faire autrement qu’en citer voilà du

PLOUK TOWN lisez

PLOUK TOWN parce que

PLOUK TOWN

 

je t'aime comme le RMI qu'on touche là

je t'aime comme le silence enfin rien quoi toi

je t'aime comme la bière et son énième gorgée

je t'aime comme les pigeons aiment le pain perdu

je t'aime comme la voiture écrase le pigeon naze

je t'aime comme une cigarette se brûle toute seule

je t'aime comme l'euro glisse dans le Caddie

je t'aime comme ciel qui brille dans des flaques

je t'aime comme bagnole qui bouffe la route imaginaire

je t'aime comme bouteille de pinard là ce soir

je t'aime comme la caissière de Champion est belle

je t'aime comme les encombrants qui apportent les merveilles

je t'aime comme une promotion de moules frites surgelées

je t'aime comme ma carte de fidélité chez Champion

je t'aime comme une carte bleue volée qui crache

je t'aime comme une star de porno qui avale

je t'aime comme le au revoir de la concierge

je t'aime comme bonjour de la concierge de rue

je t'aime comme pipe taillée par pipeuses du monde

je t'aime comme un magazine de cul avec adresses

je t'aime comme une vidéo qui me fait gicler

je t'aime comme bible qui se raconte toute seule

je t'aime comme une belle Mercedes volée achetée cash

je t'aime comme une BMW après changement de plaques

je t'aime comme le prix des clopes en Belgique

je t'aime comme une bouteille cassée dans une benne

je t'aime comme une crotte de kien au pied gauche

je t'aime comme une bonne frite molle et grasse

je t'aime comme un gros cornichon polonais ou russe

je t'aime comme de la mayo sur mes frites

je t'aime comme les câpres dans un filet américain

je t'aime comme une moto jaune conduite sans casquette

je t'aime comme une carte de grattage gros lot

je t'aime comme la télévision la télévision la télévision

je t'aime comme le LOSC allez le LOSC allez

je t'aime comme le foot là à la télé

je t'aime comme cette pétasse blonde à la télé

je t'aime comme un pack de Kro au frigo

je t'aime comme un chariot de Champion bien rempli

je t'aime comme un tir au but serré réussi

je t'aime comme la coupe du monde des bleus

je t'aime comme du fromage mais aussi du dessert

je t'aime comme de la vodka dans mon colonel

je t'aime comme une bouteille d'Avesnes qui suinte

je t'aime comme une bouteille de Villageoise qui tache

je t'aime comme une deuxième bouteille de Villageoise tachant

je t'aime comme une bouteille de Villageoise rosé maintenant

je t'aime comme une bouteille de Villageoise blanc enfin

je t'aime comme une bouteille de whisky écossais volé

je t'aime comme une bouteille de whisky breton acheté

je t'aime comme le silence des voisins après minuit

je t'aime comme les musulmans aiment leur maman papa

je t'aime comme les musulmans peuvent battre leurs femmes

je t'aime comme les voiles qui cachent les bleus

je t'aime comme les bouches qu'on voit pas

je t'aime comme les nez qu'on voit pas

je t'aime comme les oreilles qu'on voit pas

je t'aime comme les cheveux qui dépassent un tchador

je t'aime comme un couscous royal pois chiches compris

je t'aime comme le harissa touillé dans la louche

je t'aime comme la coriandre sur un mouton égorgé

je t'aime comme les gadgets qu'on achète bêtement

je t'aime comme un jeu de Millionnaire putain oui

je t'aime comme un pastis un whisky peu importe

je t'aime comme mes fenêtres naze qu'on remplace

je t'aime comme la fuite à la cave finie

je t'aime comme la fuite par le toit finie

je t'aime comme kebab comme sandwich comme bouffe quoi

je t'aime comme mon plume mes draps mon oreiller

je t'aime comme la musique la peinture des cons

je t'aime comme les collabos aiment la police détestée

je t'aime comme le junkie épouse son dealer haï

je t'aime comme le cocaïne bourre une narine bourgeoise

je t'aime comme le crack et l'ecstasy crachouillent

je t'aime comme ma mère comme papa bou hou

je t'aime comme mes enfants me trouvent vieux con

je t'aime comme un parking qui arrive vlan là

je t'aime comme une pute de rêve ses cuisses

je t'aime comme putain on se calme ce soir

je t'aime comme merde je t'aime quoi voilà

je t'aime comme le long couloir noir des obscénités

je t'aime comme le court passage blanc des béatitudes

je t'aime comme un mariage mignon de gens adorables

je t'aime comme le bonheur pour les autres cons

je t'aime comme le malheur pour les vrais cons

je t'aime comme ni l'un ni l'autre

je t'aime comme une réception merdique à la con

je t'aime comme le champagne qui nique l'estomac

je t'aime comme des funérailles d'un dictateur latin

je t'aime comme une blague dégueulasse nullissime et vieille

je t'aime comme les criminels de guerre tombent malades

je t'aime comme les bouteilles tombent dans leur benne

je t'aime comme un enfant perdu un parent bistro

je t'aime comme trou noir mystère le bon dieu

je t'aime comme cette musique ratata pratata zinzin ouais

je t'aime comme ce portable qui scintille sur moi

je t'aime comme des baskets qui scintillent toutes seules

je t'aime comme tes yeux qui parlent tout seuls

je t'aime comme j'sais pas moi merde enfin

je t'aime comme ça comme je t'aime comme

 

PLOUK TOWN

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"Six Photos noircies", de Jonathan Wable

Publié le par Nébal

Six-Photos-noircies.jpg

 

 

WABLE (Jonathan), Six Photos noircies, [Paris], Attila, 2013, 193 p.

 

C’est un fait : je suis influençable. Le concert de critiques élogieuses, vantant l’originalité du projet et la maestria du style, et brandissant en guise de figures tutélaires d’immenses noms de la littérature en général et du fantastique en particulier (Borges en tête), le fait qu’Attila ne m’ait jamais déçu jusqu’alors, quelques avis autorisés, enfin, m’affirmant sans l’ombre d’un doute que ce livre était fait pour moi, tout cela justifiait, j’imagine, ma lecture de ces Six Photos noircies, premier « roman » (?) du jeune Jonathan Wable.

 

Je suis influençable, oui ; mais il y a des limites. Et après avoir longuement peiné sur ces moins de 200 pages, je ne peux que m’inscrire en faux : non, ce n’est pas spécialement original (mais bon, ça, c’est pas dramatique) ; non, le style n’a franchement rien d’exceptionnel (et souffre même à mon sens de quelques fâcheuses maladresses…) ; les influences ont bon dos, mais ne justifient rien ; et, oui, Attila, pour une fois, m’a déçu. Bilan : non, désolé, ô avis autorisés, mais ce livre n’était très probablement pas pour moi… Je n’irais peut-être pas jusqu’à le qualifier de « mauvais » dans l’absolu, mais voilà : moi, je, me, myself, I, je me suis fait chier comme un rat mort à la lecture de ces Six Photos noircies ; et même davantage, sans doute, puisque ledit rat, étant mort, n’a pas à s’infliger ce genre de pensum.

 

‘tain, j’ai niqué le suspense, là…

 

Bon. Essayons quand même de dire quelques mots de ce livre, à mi-chemin entre roman et recueil de nouvelles, dans la mesure où il est constitué de vingt tableaux (je crois avoir lu ici ou là le terme « vignette », qui me paraît très pertinent) largement indépendants les uns des autres, quand bien même on y retrouve presque systématiquement deux personnages, le biologiste Valente Pacciatore (qui prend toujours six photos de ce qui l’intrigue, donc) et le médecin Tirenzio Perochiosa, confrontés à chaque fois à des phénomènes étranges, et régulièrement funèbres, aux quatre coins du monde (chaque vignette est désignée par un toponyme), à une époque que l’on supposera être la fin du XIXe siècle. Nos deux « héros » – bien grand mot pour des figures aussi vides, pardon, « abstraites » – observent ainsi (ils ne font guère plus) créatures bizarres et morts glauques dans une succession d’images tenant sans doute plus du surréalisme et du grotesque que du fantastique au sens courant.

 

Il y a quelque chose de très visuel dans Six Photos noircies – mais après tout le titre est en lui-même assez éloquent à cet égard. C’est là la force de ce « roman », j’imagine (et cela n’a sans doute rien d’étonnant, les premiers textes le composant ayant été rédigés pour accompagner des peintures d’Hélène Delprat). Je l’admets : oui, il se dégage parfois de ces pages une certaine beauté macabre pas désagréable, évoquant finalement plus des poèmes en prose qu’autre chose.

 

Mais je n’ai pas saisi l’intérêt de la chose. Ce « roman » décousu au possible, où le récit est réduit à peau de chagrin, passe d’image en image, ou plus exactement de photo en photo, comme un antique projecteur de diapositives (on est très loin du cinéma). Alors, oui, de temps en temps, c’est joli… Mais, je sais pas vous, moi j’ai toujours trouvé ça chiant, les sessions diapos… Et c’est bien l’effet que Six Photos noircies m’a fait.

 

Ce qui aurait pu sauver à mes yeux ce premier livre, en accord avec le projet global, c’est évidemment le style. Et j’ai entendu et lu beaucoup de belles et bonnes choses à propos de la plume de Jonathan Wable. Ce qui dépasse franchement ma compréhension (mais voyez l’adresse de ce blog). Non, je ne comprends pas l’enthousiasme affiché de nombreux critiques pour l’écriture de Six Photos noircies ; pour ma part, elle m’a paru bien terne, au mieux : parfois balourde, à vrai dire… et peut-être aussi un tantinet prétentieuse, ou disons m’as-tu-vu.

 

Impression qui s’applique à l’ensemble du « roman », au fond comme à la forme. À ce propos, le « résumé » auquel je me suis livré plus haut ne doit pas vous tromper : Pacciatore et Perochiosa ont beau faire dans l’investigation de l’étrange, ils n’ont guère en commun avec les plus fameux enquêteurs occultes de la littérature fantastique (a fortiori celle des pulps). Ils n’ont à vrai dire ni assez d’âme ni assez de corps pour évoquer qui que ce soit. Je n’ai rien, dans l’absolu, contre la littérature en creux, mais là, j’ai tout de même le sentiment que Jonathan Wable a poussé la chose un peu trop loin…

 

Aussi n’ai-je au final pas grand-chose à dire de positif quant à ce premier roman survendu, et qui n’était décidément pas pour moi. Non, je ne comprends pas l’enthousiasme pour ce truc plein de vide, qui abuse d’effets de manche pour rien. Pire : je me suis emmerdé comme c’est pas permis à la lecture de ces Six Photos noircies, que je n’ai poussée jusqu’au bout qu’en raison de mon masochisme littéraire.

 

Mais ayé, fini ! Je vais enfin pouvoir passer à autre chose !

 

Ouf.

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"La Bombe", de Peter Watkins

Publié le par Nébal

Culloden - La Bombe

 

 

Titre original : The War Game.

Réalisateur : Peter Watkins.

Année : 1965.

Pays : Grande-Bretagne.

Genre : Documentaire / Docu-fiction / Science-fiction / Drame / Guerre.

Durée : 48 min.

Acteurs principaux : Michael Aspel, Peter Graham, Kathy Staff, Peter Watkins…

 

Suite de mon cycle Peter Watkins avec La Bombe, un de ses films les plus célèbres. Il faut dire que ce second métrage réalisé par Watkins pour la BBC a été censuré pendant une vingtaine d’années… ce qui n’a à vrai dire pas grand-chose d’étonnant au vu de son sujet.

 

Le réalisateur, toujours aussi engagé, livre encore un « docu-fiction », certes – et dans la lignée de Culloden, dont il reprend bon nombre de procédés –, mais verse cette fois également dans la science-fiction (ou fiction spéculative, si l’on préfère). Il imagine ainsi un brusque « réchauffement » de la guerre froide : la Chine envahit le Sud-Vietnam, les États-Unis sont prêts à riposter avec des armes atomiques, la tension monte à Berlin… et la guerre nucléaire éclate (Watkins supposant d’ailleurs que les forces de l’OTAN seraient les premières à appuyer sur le bouton ; on ne se refait pas). La Bombe, dès lors, après nous avoir rapidement présenté ce contexte international, imagine ce qui se produirait dans le Kent, au sud-est de l’Angleterre, en cas de bombardement nucléaire.

 

Un film impitoyable – et sacrément couillu ; rien d’étonnant, une fois de plus, à ce que la BBC ait finalement décidé, peut-être sous pression, d’ailleurs, de ne pas le diffuser – qui dénonce tout d’abord l’impréparation de la Grande-Bretagne en cas de conflit atomique (ce qui, là encore, fait penser à Culloden ; sauf que pour le coup c’est le pays entier qui se retrouve dans la position des Highlanders…), impréparation débouchant sur des scènes surréalistes et des commentaires pour le moins cyniques (notamment au travers « d’interviews » inspirées de déclarations de membres de l’Église anglicane ou de spécialistes de la guerre nucléaire). La Bombe se situe entre Docteur Folamour et Atomic Café, mais sans en reprendre l’humour, quand bien même très noir ; ici, tout est horrible… Et le plus horrible est sans doute le réalisme, finalement, de la projection de Watkins, qui s’est inspiré de ce qui s’était produit à Hambourg, Dresde (et là, forcément, voir Abattoir 5), et bien sûr Hiroshima et Nagasaki.

 

On n’ose imaginer le traumatisme que ce film aurait pu susciter si la BBC l’avait projeté à l’époque. Le tableau que dresse Watkins de l’Angleterre d’alors est pour le moins édifiant… Et sa dénonciation, plus généralement, de la folie nucléaire de la guerre froide porte assurément. Le film a sans doute perdu un peu de sa force aujourd’hui, dans la mesure où son scénario-catastrophe ne s’est heureusement pas produit, mais il reste un documentaire fascinant sur l’état d’esprit de l’époque. Mais il n’a du coup pas « l’intemporalité », si j’ose dire, de Culloden, que j’ai, je crois un poil préféré.

 

Cela vaut également pour la réalisation : Watkins reprend ici ses procédés inspirés des actualités télévisées, et sa « caméra liberté » fait des miracles, notamment lors des scènes les plus frénétiques ; je le trouve cependant moins pertinent dans l’usage des voix-off et des interviews, sans trop savoir pourquoi – mais cela vient peut-être du moindre « décalage » : ce qui était particulièrement surprenant et audacieux dans Culloden semble ici couler de source…

 

La Bombe est bel et bien un bon film, et même un très bon film, a fortiori si on le replace dans son contexte ; mais il ne parvient que difficilement à s’en dégager, ce qui le rend un peu moins bon à mes yeux que ce qu’on a pu en dire. Il va néanmoins de soi que je vous encourage fortement à le regarder, d’autant qu’il a quelque chose d’unique, et se montre singulièrement glaçant… Quant à moi, je vais poursuivre mon cycle, probablement avec Punishment Park.

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RIP Jack Vance

Publié le par Nébal

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Je viens d'apprendre le décès, dimanche 26 mai dernier, de Jack Vance. Un auteur qui a beaucoup compté pour moi. Bon, il aura eu une longue vie... Mais tristesse tout de même.

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"Fukushima. Dans la zone interdite", de William T. Vollmann

Publié le par Nébal

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VOLLMANN (William T.), Fukushima. Dans la zone interdite. Voyage à travers l’enfer et les hautes eaux dans le Japon de l’après-séisme, [Into The Forbidden Zone – When The Wind Blows From The South], traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean-Paul Mourlon, Auch, Tristram, coll. Souple, [2011-2012] 2013, 86 p.

 

J’avais déjà pu apprécier l’œuvre de William T. Vollmann en tant que romancier, avec le très bon Les Fusils et l’extraordinaire Central Europe, et ne compte pas m’arrêter là. Mais j’étais aussi curieux de découvrir l’autre facette de Vollmann, à savoir ses travaux de journaliste. La réédition dans la collection « Souple » de Tristram de ce fort mal titré Fukushima. Dans la zone interdite (Vollmann, autant le dire de suite, ne se rend pas à Fukushima même, et ne fait qu’approcher les limites de la zone interdite) me fournissait donc l’occasion d’envisager cet aspect de l’auteur.

 

Je dois dire que j’en étais d’autant plus curieux que, à l’époque des faits – le tremblement de terre et le tsunami qui ont débouché sur la catastrophe de Fukushima, depuis considérée comme le plus grave accident nucléaire civil depuis Tchernobyl –, pour tout un tas de raisons sans doute très mauvaises, je ne m’étais guère tenu informé de ce qui s’était produit ; j’avais bien entendu conscience de la gravité de ces événements, mais, sans que je puisse vraiment dire pourquoi (l’absence de matraquage télévisuel a dû jouer, cependant), tout cela est resté très flou à mes yeux. Il y eut tout de même une conséquence notable, à titre personnel : l’accident m’a fait réviser ma position quant au nucléaire civil, dont j’étais plutôt partisan auparavant (sans en être un ardent propagandiste, hein…).

 

Bref : envie d’en savoir plus. Mais, autant le dire tout de suite, il n’est pas certain que ce très petit livre de Vollmann m’ait été d’un grand secours en la matière… C’est que l’auteur adopte une approche « intimiste » et ultra-subjective de son reportage ; bien loin de rapporter les faits dans leur globalité, il tendrait presque à les occulter au bénéfice de son propre périple dans la zone sinistrée (mais, comme je l’ai noté plus haut, il ne se rend pas dans la zone interdite à proprement parler ; on ne saurait bien entendu le blâmer pour cela, mais le fait que le livre, lors de sa deuxième édition américaine, ait changé de titre est sans doute révélateur). Il se refuse ainsi à livrer des statistiques, par exemple (ou, plus exactement, ne le fait que très indirectement, et en citant toujours ses sources), celles-ci étant si contradictoires qu’elles ne révèlent guère à ses yeux que la confusion de ceux qui les fournissaient, voire leurs mensonges délibérés.

 

En fait, Vollmann se contente essentiellement de tenir un journal de son bref voyage, en interrogeant des Japonais de rencontre sur les événements et leurs conséquences pour eux. Avec toujours deux obsessions derrière la tête : le niveau de radiations indiqué par son dosimètre, et le précédent, non pas tant de Tchernobyl que de Hiroshima et Nagasaki – ce dernier point me paraît d’ailleurs hautement critiquable…

 

Et, au final, on n’apprend à peu près rien, ni sur le drame, ni sur ses conséquences véritables pour la population de la zone sinistrée. Vollmann – c’est triste à dire – se livre en définitive à une forme de « tourisme catastrophe » particulièrement stérile. Ça sent à vrai dire la commande exécutée sans grande conviction… On déambule dans les ruines et les champs inondés, on tape la causette avec quelques rescapés, on regarde le dosimètre, et hop ! fini.

 

Enfin, pas tout à fait ; c’est que, malgré la brièveté de ce reportage – on est ici très loin des effrayants pavés coutumiers de l’auteur –, Vollmann n’a tellement rien à dire que l’on s’ennuie à mourir… Dès lors, pas la peine de s’étendre outre mesure : ce livre est tout simplement inutile. Et, de toute évidence, seul le nom de Vollmann « justifie » sa publication, sa traduction et sa réédition. Ce qui est triste, donc, et peut-être même un peu puant… Passez votre chemin : il n’y a décidément rien à voir.

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