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"Histoire de la Terre du Milieu", t. 1-5, de J.R.R. Tolkien

Publié le par Nébal

 

 

La Route perdueLa Formation de la Terre du MilieuLes Lais du BeleriandLe Livre des contes perdus

 

 

TOLKIEN (J.R.R.), Le Livre des contes perdus, [The Book of Lost Tales], édition et avant-propos par Christopher Tolkien, traduit de l'anglais par Adam Tolkien, [s.l.], Christian Bourgois, 1995...

 

TOLKIEN (J.R.R.), Les Lais du Beleriand, [The Lays of Beleriand], édition et avant-propos par Christopher Tolkien, traduit de l'anglais par Elen Riot (poèmes) et Daniel Lauzon (commentaires et notes) sous la direction de Vincent Ferré, Paris, Christian Bourgois – Pocket, [2006] 2009...

 

TOLKIEN (J.R.R.), La Formation de la Terre du Milieu, [The Shaping of Middle-Earth], édition et avant-propos par Christopher Tolkien, traduit de l'anglais par Daniel Lauzon, Paris, Christian Bourgois, 2007...

 

TOLKIEN (J.R.R.), La Route perdue et autres textes, [The Lost Road and Other Writings], édition par Christopher Tolkien, traduit de l'anglais par Daniel Lauzon, Paris, Christian Bourgois – Pocket, 2008 – 2012...

 

Mon article sur les cinq premiers tomes de « l'Histoire de la Terre du Milieu » se trouve dans le Bifrost n° 76, dans le dossier Tolkien, pp. 153-157. Pas dit que je puisse le rapatrier ici un de ces jours. Vous pouvez cependant vous rapporter aux articles individuels : Le Livre des contes perdus, Les Lais du Beleriand, La Formation de la Terre du Milieu et La Route perdue.

 

EDIT : Gérard Abdaloff en cause ici, sinon.

 

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"Little Big Man", de Thomas Berger

Publié le par Nébal

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BERGER (Thomas), Little Big Man. Mémoires d’un visage pâle, [Little Big Man], traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-France Watkins, avant-propos d’Olivier Delavault, Paris, Télémaque, coll. Frontières, [1964-1965, 1991] 2014, 597 p.

 

Little Big Man, le célébrissime film d’Arthur Penn avec Dustin Hoffman, figure à n’en pas douter parmi les monuments du western, et m’a profondément marqué. Mais, naïf que j’étais, je n’avais pas idée qu’il était en fait inspiré d’un roman, en l’occurrence écrit par Thomas Berger, décédé il y a peu. Aussi, quand ma librairie m’a tendu un piège en posant cette réédition bien en évidence, à peu de choses près directement sous mes yeux, il va de soi que je me suis précipité dessus… et bien m’en a pris, car j’ai ainsi lu un western d’exception, bien, bien meilleur que le pourtant très bon film qui s’en est inspiré. Question d’ambition et d’ampleur, d’une part ; question de ton, de l’autre. Mais le bilan est sans appel.

 

Passons en fermant les yeux sur l’avant-propos parfaitement illisible d’Olivier Delavault.

 

 Et rejoignons bien vite, en compagnie d’un écrivain sceptique et gogo à la fois, le plus que centenaire Jack Crabb, qui s’agite dans sa maison de retraite, et compte bien livrer ses mémoires, pour le moins édifiantes, tant qu’à faire en échange d’une jolie somme. Après tout, si Jack Crabb est un illustre inconnu, qui n’a certes pas la notoriété d’un Wild Bill Hickok, d’un Wyatt Earp, d’une Calamity Jane, d’un Buffalo Bill ou, bien sûr, d’un général Custer – ils les a tous rencontrés, néanmoins –, il incarne pourtant à lui seul toute la légende de l’Ouest. À vrai dire, il a absolument tout fait. Et son récit, qui s’étend sur environ un quart de siècle, celui du western « classique », comprend ainsi tous les clichés du genre. Dès lors, la question se pose bien vite : témoignage authentique ou divagations d’un vieux mythomane ? Peu importe : « print the legend », tout ça. Et ce qu’il a à raconter, que ce soit vrai ou faux, est fascinant de bout en bout.

 

Tout commence sur la route de l’Ouest, alors que Jack n’est qu’un gamin, quand des Indiens complètement bourrés attaquent le convoi auquel s’est joint la famille Crabb. Une lubie de sa sœur – vexée de ne pas avoir été violée – entraînera l’adoption de Jack par les Cheyennes de Peaux-de-la-vieille-cabane ; et c’est ainsi, avec le temps, que Jack Crabb deviendra Grand Petit Homme. Sa vie, dès lors, sera faite d’errances entre le monde des Indiens et celui des Blancs, sans qu’il ne puisse jamais trouver sa place où que ce soit.

 

Cette Frontière est un monde rude et violent, et si l’on rit souvent à la lecture de ce roman férocement drôle, le dégoût n’est jamais très loin. On voit ici une différence majeure avec le film. Ce dernier, on l’a souvent dit, a contribué à « réhabiliter » les Indiens dans les productions hollywoodiennes. Mais la réalité du roman est plus subtile ; et Jack Crabb est un personnage marqué par la haine ; nulle idéalisation ici : le pragmatisme est de règle, et Jack sait bien qu’il n’a pas totalement sa place au milieu des Êtres humains.

 

Ce qui ne l’empêche pas de choisir son camp quand la figure de Custer intervient ; dès la première rencontre, Jack se jure de faire payer ses atrocités à l’arrogant général ; et cette quête de vengeance se poursuivra jusqu’à Little Bighorn, célèbre bataille dont l’évocation en ces pages ne saurait laisser indifférent.

 

Entre-temps, Jack flâne. Et il est de tous les bons coups (les mauvais aussi). En sa compagnie, c’est ainsi toute l’histoire, non, la mythologie de l’Ouest qui se déroule sous nos yeux. Ce qui confère à Little Big Man un caractère encyclopédique, d’une certaine manière. N’y manque guère, sauf erreur, que la guerre de Sécession…

 

Le style oral de ces mémoires ajoute de l’intérêt au roman, et ce en dépit de quelques regrettables pains de traduction çà et là. La gouaille de Jack est réjouissante, et on se délecte des horreurs qu’il raconte ainsi que de ses jugements à l’emporte-pièce.

 

Bon, je ne suis pas en état de faire l’éloge de ce roman, et c’est bien triste, parce qu’il le mériterait assurément… Va falloir me faire confiance sur ce coup, quand je vous dis que Little Big Man, le roman, est un immense western, encore meilleur que le film…

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"L'Homme truqué", de Maurice Renard

Publié le par Nébal

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RENARD (Maurice), L'Homme truqué, Talence, L'Arbre Vengeur, [1921] 2014, 133 p.

 

Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'un genre préexiste à sa dénomination : c'est après tout ainsi qu'il la rend nécessaire. Inutile, donc, à mon sens tout du moins, d'attendre Hugo Gernsback pour parler de « science-fiction » : celle-ci – ou si l'on y tient vraiment une « proto-science-fiction » – existait avant les pulps ricains des années 1920. Et, sans forcément remonter, tel un Pierre Versins, jusqu'à Gilgamesh, on s'accordera sans peine sur quelques noms essentiels, comme, outre-Manche, Mary Shelley et H.G. Wells, ou, encore, chez nous, Jules Verne et J.-H. Rosny. Mais il est d'autres auteurs qui, pour être moins célèbres, n'en ont pas moins une certaine importance. Si je ne m'abuse, Serge Lehman accordait ainsi une place toute particulière à Maurice Renard dans sa préface (tristement polémique...) à Retour sur l'horizon ; en effet, l'auteur entre autres des Mains d'Orlac avait théorisé ce que l'on qualifiait alors de « roman scientifique » ou de « merveilleux scientifique », dès l'aube du XXe siècle. On appréciera d'autant plus cette réédition de L'Homme truqué chez L'Arbre Vengeur, éditeur dont on peut bien louer les mérites, et qui poursuit ainsi une entreprise de réédition qui nous avait permis, entre autres, de nous pencher sur des auteurs aussi passionnants que Régis Messac ou Jacques Spitz.

 

L'Homme truqué répond bien en effet à cette définition, et a même de faux airs de manifeste (on pourra donc légitimement hausser un sourcil, mais guère plus, devant la qualification de « fantastique » systématiquement adoptée par le paratexte). Ce roman, qui conserve encore aujourd'hui une indéniable originalité, n'en introduit pas moins bien des thèmes « propres » à la science-fiction, des classiques tels que le savant fou ou le sixième sens. Mais inutile, pour ce faire, d'avoir recours à l'anticipation : Maurice Renard choisit bien au contraire de placer son « merveilleux scientifique » dans le passé immédiat, qui lui offre un cadre de choix, en l'occurrence la Première Guerre mondiale (ce qui donne vraiment une coloration toute particulière au roman, et explique sans doute le recours à des notions pour nous si déstabilisantes, tel le patriotisme, jusqu'en matière scientifique). La proto-science-fiction de Maurice Renard, en outre, se teinte ici quelque peu d'horreur (d'où la qualification de « fantastique », peut-être ?), ainsi que de roman policier dans un « prologue – épilogue » pour le moins saisissant, quand bien même il ne constitue – dans tous les sens du terme – qu'un prétexte.

 

Nous avons donc le docteur Bare, dans son patelin de Belvoux. Le bon praticien s'était lié, avant la guerre, au jeune Lebris, qui fut comme tant d'autres victime de la grande boucherie qui inaugura le XXe siècle. Ou, plus exactement, c'est ce que l'on croyait... En effet, une nuit, Lebris vient sonner à la porte de Bare ; il est bien vivant ! Mais aveugle... et ses yeux ont été remplacés par d'étranges sphères métalliques. On comprend bien vite, forcément, que ces yeux artificiels remplissent une fonction nécessairement étonnante pour le docteur Bare, mais Lebris ne veut pas être traité en phénomène de foire, et réclame la plus grande discrétion... jusqu'à sa mort, qui hélas ne saurait tarder. Le jeune soldat se montre donc assez évasif sur ce que lui est arrivé depuis qu'il a disparu de l'ambulance teutonne. Mais il aura beau faire, la vérité finira par percer... pour le malheur de tous.

 

On ne fera pas de L'Homme truqué un chef-d'œuvre ; on pourra même reconnaître au roman quelques menus défauts (notamment dans l'aspect « romance », ficelle narrative qui tient du cordage). Mais l'essentiel est que l'on prend un réel plaisir à la lecture de cette anomalie exhumée tardivement. La plume est agréablement surannée (on préférera ce terme à « datée ») et, si tout cela sent quelque peu la naphtaline, c'est en dégageant aussi un certain charme bienvenu. Surtout, le « merveilleux scientifique » joue pleinement, au travers de scènes hallucinées qui, donc, tiennent peu ou prou du manifeste ; le regard porté sur la science, mêlant la peur à l'enthousiasme, est particulièrement bienvenu ; et l'ambiance est délicieuse, qui fait convoler la petite histoire et la grande. Ce court roman se lit ainsi d'une traite, et séduit de bout en bout, en dépit de quelques faiblesses passagères, qu'on a tôt fait d'oublier tant le reste fonctionne bien.

 

On remerciera donc une fois de plus L'Arbre Vengeur pour cette réédition qui tombe à pic, en espérant qu'elle augure d'autres titres. Et, au-delà de la seule conviction d'avoir lu un bon roman, on y verra un élément supplémentaire confirmant que, si la France a connu un « âge d'or de la science-fiction », c'était sans doute avant que le terme ne soit importé. Et on se demandera, peut-être, où sont aujourd'hui nos Messac, Spitz et Renard...

 

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"Un Blanc", de Mika Biermann

Publié le par Nébal

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BIERMANN (Mika), Un Blanc, Toulouse, Anacharsis, coll. Fictions, 2013, 131 p.

 

Bon, je ne vais pas vous refaire tout le topo comme à chaque fois : j'aime les récits polaires, voilà. Celui-ci, ce court roman publié par les très recommandables éditions Anacharsis, et dû à un Marseillais d'origine allemande, me faisait de l'œil depuis une mémorable (forcément) Soirée de la petite édition. Ma libraire préférée en avait rajouté une couche, et, lors de sa venue aux Dystopiales, l'auteur m'a gratifié d'une dédicace idéale : un pingouin dément qui montre sa bite aux passants. Dans ces conditions, vous comprendrez bien qu'il était assurément temps que je me plonge dans la lecture d'Un Blanc.

 

Le point de départ est pour le moins saugrenu (la suite l'est encore plus, hein). Il s'agit d'une expédition antarctique qui, en guise de bonus, doit balancer un feu d'artifice au pôle sud, en plein soleil de minuit, le 31 décembre 2000, pour célébrer le passage au nouveau millénaire, le troisième après Jean-Claude. Bon, pourquoi pas, hein ?

 

Sauf que tout va mal se passer.

 

Très mal.

 

Bien plus que tout ce que vous pouvez imaginer.

 

Je n'ose guère en dire plus ici, tant la surprise est pour beaucoup dans la réception d'Un Blanc ; il serait dommage de spoiler outre-mesure... Je me contenterai de dire que nous suivons pour l'essentiel trois fils narratifs, à partir de notes prises pas les principaux protagonistes (car il ne s'agit pas d'une fiction, bien entendu : tout ceci s'est réellement produit). Nous avons ainsi, grosso merdo, le chef de l'expédition, son second et le cuisinier, mon chouchou bien sûr, puisqu'il s'agit d'un nain nécessairement lubrique et grossier. Tout ce petit monde va s'agiter dans le cadre toujours mortel quand bien même balisé de l'enfer blanc de l'Antarctique, assez joliment rendu (et agrémenté de quelques jolies scènes gores : le rouge est du plus bel effet sur le blanc).

 

Un Blanc est donc largement une parodie (comme de juste exécutée avec le plus grand sérieux) des récits d'aventures polaires les plus classiques, à commencer par L'Odyssée de l' « Endurance » de Sir Ernest Shackleton, modèle de choix et parrain idéal. L'idée est bonne, le rendu très correct.

 

Cependant, je ne puis qu'avouer une certain déception au sortir de la lecture d'Un Blanc, court roman amusant, certes, mais sans plus, et qu'on m'a quelque peu survendu, ai-je l'impression. Disons-le tout net : ça ne casse en effet pas cinq pattes à un panda polaire (?), d'autant que l'humour ne fait pas toujours mouche, et sombre régulièrement dans la lourdeur. On sourit poliment, mais guère plus, et si l'on adhère au projet, ce n'est pas sans frustration devant son accomplissement.

 

Rien de grave, non. Mais rien d'exceptionnel non plus. Une lecture pop-corn, ce qui n'est en soit pas désagréable ; de là à le recommander vraiment, il y a un pas que je ne franchirai pas.

 

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"Homesman", de Glendon Swarthout

Publié le par Nébal

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SWARTHOUT (Glendon), Homesman, [The Homesman], nouvelle traduction de l'américain par Laura Derajinski, Paris, Gallmeister, coll. Nature Writing, [1988, 1992] 2014, 280 p.

 

Rappelez-vous (si vous le voulez bien) : il y a quelque temps de cela, lors de mon premier cycle western, j'avais été saisi par la violence et l'ambiance crépusculaire du Tireur de Glendon Swarthout, chez Gallmeister. J'espérais, sans trop y croire, pouvoir lire d'autres westerns du monsieur. La sortie du film Homesman, de et avec Tommy Lee Jones, a heureusement justifié la nouvelle traduction, sous ce titre, du roman de Swarthout qui l'a inspiré (Il était auparavant paru aux Presses de la Cité sous le titre Le Chariot des damnées). Et une fois de plus, on n'est pas là pour rigoler...

 

La Frontière, dans le western, c'est repousser l'ouest. Mais faut vouloir y vivre. Et sous cet angle, Homesman frappe d'emblée très fort, en décrivant avec méticulosité toute l'horreur de la vie sur le Territoire. Notamment pour les femmes, attirées ici par les promesses et les espoirs de fringants pionniers, mais bientôt réduites à l'état de pondeuses dévolues aux tâches ménagères. Dans ces fermes quasi troglodytes, l'enfer se vit au quotidien, et cet hiver se montre particulièrement rude. Le précédent, à vrai dire, avait déjà été pas mal dans le genre, qui avait conduit plusieurs femmes à la folie, au point qu'il avait été nécessaire de les ramener au-delà du Missouri. Constat d'échec cinglant : le voyage se fait ici vers l'est.

 

Et le révérend Dowd constate amèrement qu'il va falloir remettre ça, quatre femmes ayant cette fois perdu la tête. Il leur faut un homesman, un « rapatrieur ». Dowd pense faire comme la fois précédente, et tirer au sort parmi les malheureux époux. Problème : le sort désigne un lâche, qui n'a aucune envie d'accomplir ce périlleux voyage. Alors c'est une femme qui se dévoue : Mary Bee Cuddy, ancienne institutrice, un peu homasse peut-être, fermière célibataire et forte femme (mais est-elle assez forte?), décide de prendre la place du couard. Elle change agréablement des archétypes féminins du western, à savoir la veuve et la putain...

 

Mais elle considère néanmoins qu'un homme ne sera pas de trop pour l'assister dans cette rude tâche, et « désigne un volontaire » en la personne du filou qui se fait appeler Briggs (bien sûr, ce n'est pas son vrai nom), petit escroc façon coucou, voleur de concessions, à moitié lynché (mais à moitié seulement) par les camarades d'une de ses victimes. Mary Bee lui sauve la peau, à la condition que cet « homme de piètre morale » l'accompagne dans la périlleuse expédition, au terme de laquelle il touchera 300 dollars.

 

Les deux font la paire. Avec la description des terribles conditions de vie du Territoire, ce beau duo constitue le point fort du roman, qui peut dès lors, à vrai dire, se passer d'événements, ou presque. Homesman est bien, sous cet angle, « un portrait de l'âme humaine », ainsi que nous prévient The Los Angeles Book Review. Un portrait sans concession (aha), qui fait ressortir failles et rides. Et le roman, ainsi, en dépit de son postulat presque loufoque, devient véritablement poignant, pour ne pas dire déchirant. On retrouve ici, dans un sens, la profonde violence du Tireur. Et si Homesman n'est probablement pas aussi indispensable, c'est néanmoins un très beau roman, western à la marge riche de tout un univers d'échecs et de frustrations. 

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"La Petite Lumière", d'Antonio Moresco

Publié le par Nébal

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MORESCO (Antonio), La Petite Lumière, traduit de l'italien par Laurent Lombard, [s.l.], Verdier, coll, Terra d'Altri, [2009] 2014, 123 p.

 

 

 

Alors là, je cite :

 

« Figure majeure de la prose narrative contemporaine, Antonio Moresco [...] est sans aucun doute l'un des écrivains les plus inspirés, les plus puissants, les plus imaginatifs, mais aussi les plus délicats de la littérature italienne. »

 

Mazette ! Rien que ça ? Ça doit être bien, alors. Découvrons donc cet auteur jamais traduit en français auparavant, avec ce très court roman qu'est La Petite Lumière, présenté comme une excroissance d'un machin plus maousse.

 

Le narrateur, qui a de fâcheux airs d'écrivain et cause aux oiseaux, s'exile dans un hameau abandonné « pour disparaître ». Il arpente seul les ruines des anciennes habitations, ne retournant à une civilisation toute relative que pour faire quelques courses de temps à autre.

 

Mais il se pourrait bien qu'il ne soit pas le seul à avoir eu cette idée saugrenue. Il est en effet intrigué, tous les soirs, par une petite lumière qui se dessine sur une crête voisine, et dont il ne parvient pas à s'expliquer la provenance. Il va comme de bien entendu enquêter, écarter certaines pistes (les OVNI...), et finalement se rendre lui même sur place pour tirer cela au clair. La quatrième de couverture spoile déjà pas mal, et l'on peut donc bien dire ici qu'il y rencontrera un enfant, la tête rasée, qui vit a priori seul dans cette région désertique...

 

Tout cela, convenons-en, aurait pu fournir la matière à une bonne, voire une très bonne nouvelle fantastique. Mais, étiré ainsi sur environ cent vingt pages, cela se révèle en définitive plus laborieux qu'autre chose...

 

La Petite Lumière est construit comme un « roman de l'attente » (façon Le Rivage des Syrtes, etc.), et tout tarde, du coup. Cela aurait pu susciter une ambiance particulière, mais, n'en déplaise aux zélateurs de ce texte et notamment à celui qui en a rédigé la très laudative quatrième de couverture, ici, ça ne fonctionne tout simplement pas, à mes yeux de béotien en tout cas... et on s'emmerde plus qu'autre chose, au long de scènes répétitives autant qu'inutiles, percluses de descriptions sans attrait et d'une plume terne, quand on ne vire pas carrément aux divagations vaguement pédantes sur la vie, l'univers et le reste dont ne se prive certes pas notre agaçant narrateur.

 

Bref : le cadre sylvestre émaillé de ruines, qui aurait pu être superbe, est finalement anodin. Le propos, obscur, espérons-le du moins, n'arrange pas les choses. Heureusement, il reste cette intrigue minimaliste sur la petite lumière et l'enfant ; on touche sans surprise au fantastique, et c'est ce qui « sauve » en définitive ce texte autrement fort médiocre (toujours à mes yeux de béotien).

 

Inspiré ? Puissant ? Imaginatif ? Délicat ? Ben non, rien de tout ça, Je ne trouve pas, en tout cas. Ceci dit, c'est au final beaucoup moins mauvais que ce que j'ai longtemps redouté, en me faisant suer avec le narrateur paumé... C'est juste anodin. Tristement anodin. Et donc parfaitement dispensable. 

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"Bardo or not Bardo", d'Antoine Volodine

Publié le par Nébal

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VOLODINE (Antoine), Bardo or not Bardo, Paris, Seuil, coll. Points, [2004] 2005, 233 p.

 

Nouvelle lecture d'Antoine Volodine. Je n'ai hélas pas pu assister à la rencontre du 1er octobre à la Librairie Charybde, mais ce n'était certes pas une raison pour interrompre la découverte de cet auteur aussi excellent qu'hors-normes.

 

Après le fabuleux Des anges mineurs, j'ai donc continué de suivre les précieux conseils de Léo Henry & Jacques Mucchielli en enchaînant sur le très différent Bardo or not Bardo. Un « roman », nous dit-on. Plus exactement, le rassemblement de sept textes tournant autour du Livre des morts tibétain, le Bardo Thödol, que récitent ou entendent toute une kyrielle de Schlumm.

 

De l'exécution sommaire d'un révolutionnaire impénitent attaché jusqu'au bout à ses idéaux égalitaristes au suicide d'un gros clown qui ne faisait plus rire personne depuis bien longtemps, Bardo or not Bardo fait ainsi office de curieux cortège funéraire, où les morts se bousculent quand bien même ils n'ont jamais été aussi seuls. Car c'est bien seul que l'on doit en définitive traverser le néant du Bardo, le monde d'avant la naissance et d'après la mort, pendant quarante-neuf jours, au terme desquels le pèlerin trouve une nouvelle incarnation, peut-être aussi horrible qu'une araignée, tandis que les chances de se dissoudre dans la Lumière et de devenir Bouddha sont extrêmement faibles. Il est d'autant plus important de tendre l'oreille, jour après jour, en direction des litanies des bonzes récitants, qui accompagnent ainsi les défunts dans un murmure liturgique dont on ne sait trop s'il est véritablement apaisant, ou, bien au contraire, parfaitement angoissant.

 

On ne peut donc pas dire que la joie domine dans Bardo or not Bardo (en même temps, on ne s'y attendait pas vraiment...). Cela n'exclut pas cependant, et étrangement peut-être, un certain humour, noir comme la mort, forcément, reposant sur le burlesque et l'absurde, plus proche dès lors du génie d'un Kafka que d'un triste existentialisme teinté de mystique orientale.

 

Au long de ces sept récits, on voit ainsi défiler bien des avatars de la mort, et nombre de frais cadavres entamant la traversée périlleuse de cet entre-deux sinistre et obscur qu'est le Bardo. Le ton varie, dès lors, de l'éloge funèbre à la brève de comptoir – autant de moyens d'accompagner l'âme perdue jusqu'à sa nouvelle incarnation, aussi déprimante soit-elle. Ces histoires sont ainsi profondément marquées par d'émouvants liens d'amitié, voire de complicité.

 

Et puis, bien sûr, il y a la plume d'Antoine Volodine, riche en images fortes qui impressionnent durablement le lecteur. Le contraste entre les lamasseries enneigées et le noir impénétrable du Bardo n'est qu'un des très nombreux effets de lumière mis en œuvre par l'écriture imparable de l'auteur. Il est également très à l'aise dans l'art du portrait, parvenant, en quelques traits que l'on pourrait juger grossiers chez tout autre, à camper finement des personnages authentiques, avec un long passé derrière eux, un passé fait d'attentats voués à l'échec, de longs tabassages dans les camps, de pitreries dans des cirques vides.

 

Effet remarquable, donc, que celui produit sur le lecteur par ce Bardo or not Bardo original, fou en apparence mais profondément cohérent. Ce voyage au pays des morts a un sérieux goût de reviens-y... et je n'en ai décidément pas fini avec Antoine Volodine et le post-exotisme.

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"Le Bureau des chats", de Kenji Miyazawa

Publié le par Nébal

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MIYAZAWA (Kenji), Le Bureau des chats, [Futago no hoshi, Kumo to namokusi to tanuki, Neko no jimusho, Mekura budô to niji, Yodaka no hoshi], traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu, Arles, Philippe Picquier, coll. Picquier poche, [1997, 2009] 2010, 101 p.

 

Il va de soi que ce compte rendu particulièrement miteux n'a aucunement pour but de traiter de littérature, mais qu'il s'agit bien plutôt d'appâter sur ce blog les amoureux transis des lolcats. C'est une simple question de statistiques : il faut contrebalancer la puissance des requêtes Google pornographiques qui atterrissent en Nébalie.

 

Nous répéterons donc ici le mot « chats ».

 

Chats.

 

Chats.

 

Chats.

 

Le Bureau des chats est un tout petit recueil de cinq contes du grand maître du genre que fut Kenji Miyazawa. Celui-ci, comme un certain nombre de ses pairs, n'a connu la gloire qu'à titre posthume. Il s'est par ailleurs fourvoyé de son vivant dans l'auto-édition ou des trucs du genre (ne suivez surtout pas cet exemple : en effet, lui, même réduit à ces sordides extrémités, il avait du talent, lui).

 

Le présent recueil nous donne un aperçu de son art, très varié finalement. Et l'on nous rappelle en quatrième de couverture cette vérité à laquelle l'auteur était semble-t-il très attaché : non, les contes, aussi naïfs soient-ils en apparence, ne sont pas réservés aux seuls enfants, mais sont destinés à « un âge universel » (la formule est belle ; on renverra les plus sceptiques au fameux essai « Du conte de fées » de J.R.R. Tolkien, que l'on trouvera, dans des traductions différentes, dans Faërie et dans Les Monstres et les Critiques).

 

Des contes, donc. Je ne pense pas qu'il serait approprié de les détailler par le menu, le recueil est assez bref comme ça. Mais disons qu'il y a un monde entre le merveilleux pur de certains récits « étoilés », et, par exemple, la « fantaisie administrative » qui donne son titre au recueil. On relèvera aussi cet élément peut-être fondamental du conte, finalement : la cruauté, particulièrement caractéristique ici du récit animalier, violent et sadique.

 

Et l'on n'en dira pas plus, parce que bon. Lisez, en tout cas, Le Bureau des chats.

 

Chats.

 

Chats.

 

Chats.

 

Pas seulement parce qu'on y traite de chats, mais tout simplement parce qu'il s'agit là de très jolis contes, tout à fait charmants, jusque dans leur violence sourde ; des pièces de choix d'un art éternel, destiné à tous.

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"Le Royaume de Dieu", de Damon Knight

Publié le par Nébal

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KNIGHT (Damon), Le Royaume de Dieu, [Rule Golden], traduit de l'américain par Nathalie Dudon, Neuvy-en-Champagne, Le Passager clandestin, coll. Dyschroniques, [1954, 1980, 2012] 2014, 155 p.

 

 

 

L'idée derrière la collection « Dyschroniques » du Passager clandestin m'a toujours paru fort intéressante et en tant que telle tout à fait louable : il est bon, sans doute, d'exhumer ainsi quelques pépites oubliées de la science-fiction et, même si cela passe par des tarifs parfois un peu élevés, de rappeler par la même occasion combien le genre est historiquement lié au format court, de la nouvelle (voire de la short short) à la novella.

 

 

 

Le choix des textes, cependant, est quant à lui plus discutable... Et pour chaque bon titre ainsi ressuscité, j'ai le sentiment que le Passager clandestin a tiré des limbes par la même occasion des textes qui auraient mieux fait d'y rester. Aussi ne puis-je m'empêcher, devant chaque publication de la collection, d'attendre d'abord quelques avis autorisés avant d'acquérir la chose.

 

 

 

Ce Royaume de Dieu de l'auteur (mais surtout éditeur et critique, ai-je l'impression) Damon Knight ayant reçu un avis favorable auprès desdites autorités compétentes, je me le suis donc procuré les yeux fermés, ou presque.

 

 

 

Et mal m'en a pris.

 

 

 

En effet, si cette novella a pu en séduire dans mon entourage, je l'ai pour ma part trouvée extrêmement mauvaise (à vrai dire, mon jugement est peut-être d'autant plus négatif que mes attentes étaient élevées). Je m'en vais tâcher de dire ici pourquoi.

 

 

 

Cette nouvelle a été publiée originellement en 1954, au plus fort de la guerre froide. Cela n'a rien d'innocent et se doit d'être souligné, tant le contexte d'équilibre de la terreur est fondamental dans son élaboration comme dans sa réception.

 

 

 

On va aller à l'essentiel, hein (et ça va SPOILERpas mal, vous êtes prévenus) : au milieu d'une cohorte de faits-divers étranges, de type coïncidences troublantes pour certains d'entre eux, un journaleux se met à enquêter sur un secret militaire bien gardé (ou peut-être pas tant que ça...) qui s'avère une sorte de « Zone 51 » (on est aussi au cœur de « l'épidémie » d'OVNI, avec Roswell et compagnie).

 

 

 

Et notre bonhomme de faire ainsi la rencontre d'Aza-Kra, extra-terrestre de son état, tripède pour faire un pied (aha) de nez à H.G. Wells et ses Martiens. Et Aza-Kra va parvenir, grâce à notre scribouillard humain, à s'échapper pour amener la paix sur Terre aux hommes de bonne volonté. Car telle est sa mission, justifiée par l'état d'avancement de la science terrienne.

 

 

 

Ce scénario ne manque pas de rappeler, à bien des égards, le célèbre film de Robert Wise Le Jour où la Terre s'arrêta...qui est antérieur de trois ans au Royaume de Dieu.Certes, l'aspect le plus « gênant » de la mission de Klaatu est ici évacué (il n'est donc pas question d'imposer la paix de l'extérieur au nom d'une menace encore plus terrible !), mais, hélas, tout ce qui faisait l'intérêt du film de Robert Wise (sur le pur plan narratif s'entend – on ne critique pas ici les aspects les plus spécifiquement audiovisuels) est dégagé par la même occasion...

 

 

 

Et, du coup, ce Royaume de Dieupré-hippie devient tout bonnement insupportable tant il dégouline de bons sentiments. Bon, ça n'engage que moi, hein, et je suis un gros con cynique. Mais là, franchement, c'est trop. La niaiserie nous est servie à la louche dans cette apologie (justifiée par ailleurs) de la non-violence, ce qui aboutit à des scènes pour le coup très comiques (la révolte des employés des abattoirs, tout de même...).

 

 

 

C'est fâcheux, mais la justesse du propos et la générosité des idées, ici, viennent nuire au texte. Et c'est bien pourquoi j'ai trouvé, en fin de compte, ce Royaume de Dieuquasi illisible. Resservez-moi de la pâtée dépressive, cynique et violente, et plus vite que ça ! On s'alimente comme on peut...

 

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"Vivre sauvage dans les villes", d'Anne-Sylvie Salzman

Publié le par Nébal

Vivre sauvage dans les villes

 

 

SALZMAN (Anne-Sylvie), Vivre sauvage dans les villes, illustrations de Stepan Ueding, Cadillon, Le Visage Vert, 2014, 114 p.

 

Une précision s'impose tout d'abord : Anne-Sylvie Salzman est une amie, et j'ai reçu ce bref recueil de nouvelles en service de presse.

 

 

 

Ceci étant, j'en aurais de toute façon fait l'acquisition, tant le précédent recueil de l'auteur, Lamont(déjà au Visage Vert), m'avait fait une bonne impression (sans même parler du roman à paraître chez Dystopia, Dernières Nouvelles d'Œsthrénie, mais chut, chut...). Anne-Sylvie Salzman y avait fait la preuve de son talent pour un fantastique racé à la plume élégante, que j'aurais envie de situer au voisinage de celui du très recommandable également Romain Verger.

 

 

 

Les sept textes ici repris (dont je n'en connaissais qu'un seul, le premier, mais j'y reviendrai) ont pour la plupart connu une première publication en revues, avant d'être réunis, en anglais (!), dans le recueil Darkscapes(comprenant également les textes de Lamont). Il nous aura donc fallu attendre un peu plus de temps avant de voir paraître chez nous ce bref recueil titré (joliment trouvé-je) Vivre sauvage dans les villes.

 

 

 

Le recueil se divise en trois parties. La première nous invite à suivre quelques « filles perdues ». J'en retiens surtout pour ma part « Fox into Lady », que j'avais déjà lu (sans y accorder l'attention méritée...) dans le Zanzibar Quarterly n° 1, très puissant conte nippon, où la féminité la plus organique (à la Tuttle ?) suscite un très beau traitement fantastique à mi chemin de l'horreur. Je ne pourrais en dire autant, hélas, de « La Brèche » (je suis passé complètement à côté), ni même de « Le Chemin de halage », plus séduisant mais moins fort à mon sens. C'est que, si tout cela est fort bien écrit, c'est aussi fort hermétique... et parfois (souvent ?) trop pour ma pomme.

 

 

 

Problème qui revient pour les textes de la deuxième partie, ces « crucifixions » ambiguës. « Shioge » et « Au pied du phare » sont là encore superbement écrits, mais peuvent également laisser un brin perplexe. J'y ai préféré, dans sa dimension vaguement pasticheuse, « La Main voyante », au délicieux ton suranné.

 

 

 

Puis il s'agit de « Vivre sauvage dans les villes » avec la nouvelle éponyme, peut-être bien la plus singulière de cette collection, à la fois très puissante et passablement obscure donc.

 

C'est que votre serviteur est un peu couillon, sans doute. Aussi n'ai-je pu pleinement apprécier ce recueil, au-delà de sa seule forme indéniablement impeccable. J'y préfère donc Lamont...mais cet avis, très personnel, n'engage bien entendu que moi, et il est certain que l'on trouvera de bien belles choses dans Vivre sauvage dans les villes.

 

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