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Rencontre avec Percival Everett à Charybde (31/01/2013)

Publié le par Nébal

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"La Tour des damnés", de Brian Aldiss

Publié le par Nébal

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ALDISS (Brian), La Tour des damnés, [Total Environment], traduction [de l’anglais par] Guy Abadia, Congé-sur-Orne, Le Passager clandestin, coll. Dyschroniques, [1968, 1972] 2013, 106 p.

 

Hop, comme je ramais un peu sur mes lectures, ce qui m’empêchait de tenir ce blog interlope à jour, je me suis accordé une petite pause avec un récit très bref. La toute nouvelle collection « Dyschroniques » du Passager clandestin réédite en effet nouvelles et novellas plus ou moins anciennes, dans un format tout riquiqui. Ce qui ne va pas sans poser problème : on pourrait en effet jaser sur le prix de la chose, surtout pour des textes certes difficilement trouvables (mais ce n’est pas impossible) qui ne sont en outre pas retraduits. Mais quand on aime…

 

Parmi les premiers titres de la collection, deux m’ont fait de l’œil : en premier lieu, Un logique nommé Joe de Murray Leinster (mais je l’ai déjà dans ma commode de chevet, dans l’anthologie si bien nommée Demain les puces) ; en second lieu, cette Tour des damnés de Brian Aldiss, dont le postulat n’est pas sans évoquer l’excellent roman (plus tardif) de J.G. Ballard I.G.H., même si l’approche comme le propos sont en fin de compte différents. Il s’agit en effet d’un texte bien de son époque, témoignant de la crainte obsédante de la surpopulation (sous cet angle, on penserait peut-être plutôt en priorité à Soleil Vert ou à Tous à Zanzibar, entre autres).

 

En 1975, 1500 couples de moins de vingt ans, volontaires, sont enfermés dans une immense tour à Delhi. 25 ans plus tard, la population de la Tour atteint les 75 000 personnes… Dans cet habitat unique en son genre, véritable enfer concentrationnaire coupé de l’extérieur, caractérisé par une promiscuité difficilement concevable, les humains subissent de plein fouet les conséquences de leurs conditions de vie : c’est comme si le temps s’accélérait, la puberté comme le processus de sénescence commençant bien plus tôt ; mais il est une autre conséquence qui intéresse bien davantage les observateurs extérieurs : la Tour est en effet une gigantesque expérience de sociologie appliquée, visant à mettre en évidence le développement, dans certaines conditions, de capacités de perception extra-sensorielle…

 

À l’intérieur de la Tour, nous suivons tout d’abord le destin sordide de la famille de Gita et Shamim, du neuvième niveau (sur dix ; chaque niveau comprend cinq étages), notamment à travers l’enlèvement de la vieille prématurée Malti, fille de Shamim, par le répugnant Narayan, qui la vend comme esclave au puissant Patel, seigneur du niveau supérieur. Ce récit alterne avec un rapport de Thomas Dixit, employé du CERGAFD (Centre ethnographique de recherches sur les groupes à forte densité) qui dirige l’expérience de l’extérieur, sur les conditions de vie dans la Tour.

 

Dixit, à la double ascendance indienne et anglaise, est horrifié par l’expérience, et entend bien faire fermer la Tour. Une occasion lui en sera peut-être offerte, quand il se fera volontaire pour infiltrer la Tour, et établir un rapport sur le développement ou non de ces capacités de perception extra-sensorielle si désirées. Mais, pour les habitants de la Tour, Dixit est nécessairement un « espion »… et ils comptent bien lui faire entendre qu’ils sont maîtres de leur destin, et qu’ils aiment leur monde si particulier.

 

Si le texte de Brian Aldiss ne brille guère par la forme, et si l’on peut trouver quelque peu superflu ce prétexte science-fictif daté sur la perception extra-sensorielle, il n’en est pas moins intéressant à bien des égards. La Tour, sorte d’arche stellaire immobile (et là on pense tout naturellement à  Croisière sans escale), est un « environnement total » propice à bien des réflexions. D’une part, il y a bien évidemment l’inhumanité du procédé, de cette expérience sociologique en grandeur-nature, dans un cadre qui nous paraît tout naturellement infernal, témoignant non seulement de la thématique obsédante de la surpopulation, mais aussi des pires cauchemars dystopiques à la 1984, sur le contrôle de la population et sa surveillance par une entité extérieure mal définie. De quoi susciter une indignation bien légitime.

 

Mais le propos de Brian Aldiss se révèle en définitive plus subtil. D’autre part, en effet – et l’on s’éloigne ici clairement de l’atmosphère de guerre ouverte d’I.G.H. –, domine l’idée, chez les habitants de la Tour, que ce monde, aussi horrible puisse-t-il paraître vu de l’extérieur, est leur monde, et mérite en tant que tel, avec ses « défauts », d’être protégé contre toute incursion malvenue du CERGAFD. Aussi, et dans la mesure où la novella se situe en Inde, est-on amené à questionner l’hypocrisie de l’occidental bon teint (façon de parler), entre voyeurisme instrumentalisant et charité mal placée ; de la difficulté de faire le bonheur des autres malgré eux, de l’inanité d’un humanitarisme à bonne conscience qui néglige les besoins réels et les envies des populations concernées pour imposer sa vision incontestable de ce qui est juste et bon…

 

Pas mal du tout, donc, cette Tour des damnés. C’est un peu cher (8 €, tout de même), mais, pour une lecture vite expédiée, ça n’en est pas moins extrêmement riche et pertinent. La novella de Brian Aldiss est en effet bien plus subtile que ce que l’on pourrait croire à s’en tenir à son postulat ; témoignage d’une science-fiction idéale, à maints égards, qui savait, sur un format bref, sans tirer à la ligne, poser les questions les plus pertinentes et amener le lecteur à s’interroger sur son monde. Ce qui fait du bien, tout de même.

 

EDIT : Public chéri, Gérard Abdaloff en parle ici.

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"Nouvelles en trois lignes", de Félix Fénéon

Publié le par Nébal

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FÉNÉON (Félix), Nouvelles en trois lignes, préface d’Arthur Bernard, Grenoble, Cent Pages, coll. Cosaques, [1906] 2009, [XXIV] + 432 p.

 

Le nom de Félix Fénéon ne m’était pas inconnu quand  Jérôme Noirez, libraire d’un soir, a présenté (avec brio) ce singulier ouvrage dans sa sélection à Charybde. Il faut dire que le citoyen  Planchapain, du temps de nos études respectives, était assez fasciné par le bonhomme, et m’en avait longuement parlé… J’en avais retenu pour l’essentiel qu’il s’agissait d’un critique d’art, voire du critique d’art par excellence, et qu’il était vigoureusement anarchiste, d’aucuns disaient même poseur de bombes (il a eu quelques petits ennuis avec la justice, qui n’ont pas peu contribué à sa notoriété).

 

Mais j’étais loin de me douter que Félix Fénéon avait été « simple » journaliste, notamment à un poste en apparence particulièrement inoffensif et d’un intérêt douteux : en 1906, en effet, il collabore au Matin, journal pas vraiment connu pour son progressisme, et rédige à cet effet ces Nouvelles en trois lignes (il y en a 1210 dans le recueil). Le terme « nouvelles » est ici ambigu : en effet, à l’origine, il ne s’agit guère que de rédiger des brèves, rapportant à l’arrache des faits-divers tout droits sortis du caniveau (par le biais d’agences de presse ou de dépêches particulières) ; mais, avec Fénéon, on passe de « l’information » (oui, dans un cas comme celui-là, je pense que les guillemets s’imposent) à la littérature, tant l’auteur peaufine ses petits textes avec toute l’attention d’un grand styliste, voire d’un pouète.

 

Mais ce qui caractérise véritablement ces Nouvelles en trois lignes, et rend leur publication dans Le Matin étonnante (ou pas…), c’est leur fonction de subversion très marquée. Dans un sens, Fénéon, ici, pratique déjà l’adage plus tardif : « Don’t fight the media, become the media! » Tranquillement installé à son poste de journaleux de bas-étage, il infuse ses brèves d’un contenu… ben, oui, anarchiste. Il stigmatise impitoyablement tout ce qui le répugne, avec quelques cibles de choix, comme l’armée, le parti clérical (nous sommes au lendemain de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, et celle-ci a du mal à passer), les patrons, les politiques, etc. L’air de rien, comme ça, en passant, au détour d’un fait-divers en apparence anodin, mais qui se retrouve transfiguré par l’intention de celui qui le rapporte et sa prose assassine.

 

Cela dit, la première chose que l’on remarque à la lecture de ces faits d’armes journalistiques, c’est une sorte de fascination jubilatoire pour le sordide et le macabre. On a l’impression que Fénéon se délecte à rapporter en style lapidaire le plus atroce et le plus navrant. Notamment, on ne compte pas les suicides dans ces 1210 brèves, pas plus que les crimes passionnels, et, évidemment, tout ce qui fait le contenu habituel de ce genre de rubriques : accidents mortels, agressions, rixes, vols, etc. Ce qui nous dresse un tableau de l’époque assez édifiant (surtout pour les imbéciles qui trouvent notre époque particulièrement criminogène et anxiogène).

 

Et puis il y a l’humour, bien sûr. Un humour noir, impitoyable, qui frappe au détour de la brève ignoble, et suscite un éclat de rire aussi incontrôlable que mesquin. Dans sa présentation, Jérôme Noirez, au travers d’extraits savamment choisis, a particulièrement insisté sur cette dimension. Ce fut pour le moins efficace et convaincant (pas un hasard si, comme beaucoup de ceux qui étaient présents ce soir-là, je me suis illico jeté sur la bête) (je parle du livre, pas de Jérôme Noirez). Mais avouons que l’auteur de, entre autres,  Féerie pour les ténèbres en a du coup peut-être rajouté une couche… Si l’on rit régulièrement à la lecture de ces Nouvelles en trois lignes, ce n’est toutefois pas systématique, loin de là ; l’indignation, l’écœurement, quand ce n’est pas, hélas et malgré tout, l’indifférence (il est des fois où, après tout, un fait-divers n’est rien de plus), sont autrement plus prégnants.

 

Reste un livre assez unique en son genre, idéal pour le métro ou le trône, qui recèle derrière son apparente banalité des trésors de littérature, de subversion et donc, parfois, d’humour noir. Cela méritait bien effectivement qu’on en parle, et qu’on en fasse la propagande (même si, pour ma part, je ne suis pas certain de pouvoir recommander ces Nouvelles en trois lignes à n’importe qui). Alors merci, encore une fois, pour cette étonnante découverte.

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"Petite Philosophie du zombie", de Maxime Coulombe

Publié le par Nébal

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COULOMBE (Maxime), Petite Philosophie du zombie, ou comment penser par l’horreur, Paris, Presses universitaires de France, coll. La Nature humaine, 2012, 151 p.

 

Ainsi que je l’ai répété plusieurs fois sur ce blog interlope, les zombies sont mes amis. Enfin, peut-être un tout petit peu moins depuis qu’on en voit vraiment partout, jusque dans les rues de nos cités décadentes à l’occasion des Zombie Walks, mais bon. Il n’en reste pas moins que le mort-vivant, surtout dans sa redéfinition par George Romero, est une figure du genre horrifique qui me séduit tout particulièrement.

 

Aussi, je ne pouvais pas vraiment passer à côté de cette Petite Philosophie du zombie du sociologue et historien de l’art québécois Maxime Coulombe, surtout après  la critique élogieuse qu’en avait fait le citoyen Gromovar (et il ne fut pas le seul, ainsi que j’ai eu l’occasion de le constater en parcourant le ouèbe). L’idée de disséquer le zombie et l’engouement contemporain pour ce monstre si particulier avec les outils de la philosophie (et largement ceux de la psychanalyse, aussi) me paraissait en effet fort séduisante.

 

L’essai est bref (150 pages, bibliographie incluse – une bibliographie purement philo/psycho ; on notera et regrettera l’absence de filmographie, même indicative…), et ne saurait donc prétendre à l’exhaustivité. Mais il y a amplement de quoi dire et faire, même en se limitant, comme ici, aux œuvres les plus célèbres (pour l’essentiel cinématographiques), quitte à faire passer à la trappe le reste (quasiment rien sur la littérature en dehors de quelques lignes sur  Je suis une légende, alors qu’elle est tout particulièrement abondante ces dernières années –  World War Z, bordel ! –, pas davantage sur les séries TV et BD en dehors de brèves évocations de Walking Dead…).

 

J’avouerai toutefois que ce caractère lacunaire m’a pas mal gêné, y compris en ce qui concerne le seul cinéma, d’autant qu’il se double d’un certain nombre de fâcheuses approximations : ainsi, quand il traite du zombie haïtien, Maxime Coulombe n’évoque à peu de choses près que le White Zombie de Victor Halperin, là où il me semble que le Vaudou de Jacques Tourneur aurait pu être riche d’enseignements. Bon, là, je veux bien admettre que je pinaille… Plus gênant à mon sens, les zombies des années 1960-1970 sont limités aux seuls Romero, là où quelques mots, au moins, sur la vague zombifique italienne auraient pu être utiles (je ne parle pas nécessairement des nanars à la Mattei ; Fulci, probablement le plus important réalisateur du genre après Romero, n’est pas évoqué une seule fois…). De même, quand il dresse la généalogie des films d’infectés, Maxime Coulombe, qui n’évoque pas les premières adaptations « officielles » de  Je suis une légende, fait de même l’impasse sur le premier à être vraiment symptomatique de cette tendance… qui était déjà dû à Romero, à savoir The Crazies (et on rappellera pour le plaisir, comme diraient Herbert Léonard et Julien Lepers, le stupide titre français de ce film ultra-fauché mais néanmoins intéressant, La Nuit des fous vivants). On pourrait noter, d’ailleurs, que la distinction faite entre le zombie à la Romero et l’infecté a quelque chose de spécieux (à mon sens, celle entre zombies « lents » et zombies « rapides », plus contemporains dans l’ensemble, aurait été plus riche d’enseignements, mais bon…). Et puis il y a des qualifications… déconcertantes. Pour ma part, j’ai ainsi du mal à voir dans Shaun of the Dead une « comédie romantique » (Zombie Honeymoon, à la rigueur, OK, mais c’est médiocre). Bon, admettons. Mais dire de La Route (sans parler un seul instant du bouquin de McCarthy, d’ailleurs) que c’est probablement le plus célèbre film de zombies ! Non, franchement, non. Il n’y a ni zombies ni infectés dans La Route, juste (un peu) des cannibales (et à ce compte-là, il aurait pu être intéressant de faire un lien avec la vague de films de cannibales italienne, Cannibal Holocaust en tête, mais non…) ; le cadre post-apocalyptique dépasse largement le seul champ du genre zombie (mais, là encore, pas un mot sur tout cet aspect, en littérature ou ailleurs) ; et puis merde, La Nuit des morts-vivants et Zombie me paraissent quand même nettement plus célèbres, plus importants, et plus à même de rester dans les mémoires…

 

Petit catalogue non exhaustif des lacunes et approximations « objectives » de cet essai non exhaustif, donc. Vous, je sais pas, mais moi, je trouve ça quand même gênant : pour le coup, il y a tout de même un peu trop « d’oublis »… Bon, certes, vous pouvez trouver que j’exagère, c’est possible. Et j’admets volontiers qu’une analyse intéressante pouvait être construite sans s’embarrasser de toutes ces références (même si… bon, OK, d’accord).

 

Problème (encore !) : à mon sens, cette Petite Philosophie du zombie ne tient pas ses promesses, en ce qu’elle enfonce un nombre considérable de portes ouvertes… tout en négligeant les plus essentielles (rien sur la critique politique et sociale au lance-pierres chez Romero, qui constitue pourtant le cœur de ses films). Alors on a des considérations somme toute banales sur le double, sur l’inquiétante étrangeté, sur la bios et la zoe, sur l’homo sacer, sur l’abject, sur l’apocalypse, et notamment les villes désertées… Pas de quoi réveiller un mort.

 

D’autant que certaines conclusions me paraissent infondées : ainsi, dans le genre zombie, l’inquiétante étrangeté me semble jouer un rôle très limité, du moins en regard de la terreur matérialiste de l’abjection et du gore. De même, si j’admets volontiers que le zombie est par essence une figure grotesque, je rejette largement l’idée d’en faire un monstre ridicule et risible (devant un nanar ou un Brain Dead, je dis pas ; mais devant La Nuit des morts-vivants, Zombie ou 28 Jours plus tard, perso, j’ai pas du tout envie de rire… S’il est une figure de l’horreur pessimiste, c’est bien le zombie…). Et puis, décidément, le genre apocalyptique est ici perçu d’une manière beaucoup trop réductrice (voir, même si c’était pas extraordinaire non plus, le bref essai d’Alex Nikolavitch).

 

Je ne vais pas m’étendre plus que de raison. Je me sens un peu seul sur ce coup, à vrai dire… Mais voilà : en ce qui me concerne, moi, je, me, myself, I, ce court essai de Maxime Coulombe fut une grosse déception. Guère enrichissant sur le plan philosophique, trop léger pour les amateurs de zombies, il me fait l’effet d’une énième production opportuniste qui ne satisfera vraisemblablement que ceux qui ne s’intéressent qu’en surface à la philosophie comme aux zombies. Très dispensable, donc.

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"32 Seconds", de Kanzel

Publié le par Nébal

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Ah, la nostalgie, citoyens…

 

Quand Nébal était jeune et innocent, entre autres choses, il faisait de la musique. De la basse, en l’occurrence. Mal, mais c’est pas grave, la basse, personne l’entend. J’ai donc joué dans plusieurs groupes avec des potes, notamment un groupe de metal dont je crois que toute trace a disparu (?), puis, au lycée, un groupe de pop, Kanzel (mais c’était quand même de la pop accordée en si, hein) (ben oui, à l’époque, on écoutait Korn, j’avais une cinq cordes, et Xavier, le guitariste, une sept cordes…).

 

La nostalgie m’a pris (donc), et j’ai eu l’idée saugrenue de partager avec vous ces quelques émois adolescents. C’est que, il y a de ça pas loin de 13 ans (oh putain le coup de vieux…), l’on avait enregistré (chez un type, en un après-midi, quasiment à la première prise malgré les pains, dans des conditions très garage punk…) une démo, 32 Seconds. Avec l’accord des autres membres du groupe, j’en ai chargé tous les morceaux sur YouTube. Voici donc, pour le plus grand plaisir de vos oreilles ébahies, l’intégralité de l’album.

 

01 – Not Enough

 

02 – Crazy Valentine

 

03 – 32 Seconds

 

04 – Belive It’s Free

 

05 – Maretlb Kar Cbodoga

 

06 – Abyssal Child

 

07 – Sexy TV Refreshing

 

08 – [Ghost Track : À nous les filles / Not Enough Pt. 2 / À nous les filles (reprise)]

 

Putain, j’ai envie de refaire de la zik, moi…

 

Nostalgie…

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"Dracula, pages tirées du journal d'une vierge", de Guy Maddin

Publié le par Nébal

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Titre original : Dracula: Pages from a Virgin’s Diary.

Réalisateur : Guy Maddin.

Année : 2002.

Pays : Canada.

Genre : Fantastique / Épouvante / Gothique / Comédie musicale / Ballet.

Durée : 73 min.

Acteurs principaux : Zhang Wei-Qiang, Tara Birtwhistle, David Moroni, CindyMarie Small…

 

Cela faisait très longtemps que je comptais voir un film de Guy Maddin, et ce Dracula, pages tirées du journal d’une vierge me faisait plus particulièrement de l’œil. Il faut dire que le projet, en soi, a quelque chose de particulièrement réjouissant : adaptation en noir et blanc teinté et muet, d’abord pour la télévision, puis pour le cinéma, d’un ballet inspiré du Dracula de Bram Stoker sur une musique de Gustav Mahler, ce film a tout de l’objet filmique non identifié, ce qui convient bien à la réputation de réalisateur d’avant-garde du Canadien fou.

 

À l’origine, il y a donc le roman de Bram Stoker. Je ne vous ferai pas l’affront de vous en résumer le propos ici, pas plus que je n’évoquerai en détail les diverses adaptations cinématographiques du fameux livre gothique, de Murnau à Coppola en passant par Bela Lugosi et la Hammer. Un ballet en a donc été tiré, interprété par le Royal Winnipeg Ballet, qui reprend pour la caméra de Guy Maddin cette transposition plus ou moins saugrenue.

 

Mais le Dracula de Guy Maddin diffère de ses (plus ou moins…) illustres prédécesseurs à plus d’un titre, et non uniquement pour son aspect chorégraphié. Maddin, ici, ne cherche pas tant à exploiter l’horreur (à quoi bon, cela a déjà été fait tant de fois…) qu’à sublimer le contenu plus ou moins insidieux du livre, et notamment sa dimension érotique et ses forts relents xénophobes. D’où ce comte Dracula présenté d’emblée comme un « immigrant », avec toutes les connotations que cela implique (une vague de sang qui se déverse sur l’Angleterre, dont il « vole » l’argent…), et qui prend l’aspect – très « péril jaune » – d’un jeune Chinois (Zhang Wei-Qiang, tout à fait remarquable et époustouflant de charisme et de sensualité).

 

Le film diffère également de la plupart des adaptations antérieures en ce qu’il est clairement découpé en deux parties, qui ne mettent pas l’accent sur la trame « classique » des Dracula et autres Nosferatu. Ce sont ici les femmes qui sont au cœur de l’œuvre, et Dracula représente l’incarnation de leur désir. La première partie, en Angleterre, tourne donc autour de Lucy Westernra (superbement incarnée par Tara Birtwhistle), et ce n’est que tardivement, vers le milieu du film, que Jonathon Harker (très secondaire) et, surtout, Mina Murray (CindyMarie Small), font leur apparition, dans un endroit indéterminé (mais, ainsi que le note Guy Maddin lui-même, il y a de la « synagogue » dans le château gothique de Dracula…).

 

La dimension érotique, certes présente dès l’origine et classique dans les adaptations précédentes, est ici particulièrement mise en valeur. Le ballet, bien sûr, y est pour beaucoup, avec le subtil jeu des corps, notamment lors des duos. Mais Guy Maddin va au-delà, presque jusqu’au grivois à vrai dire, au travers de plans relativement explicites (ainsi, la quasi-fellation de Harker par Mina, après que celle-ci a lu ses actes de « débauche » avec les vampiresses de Dracula ; ce n’est pas le seul journal du film, loin de là, et on peut se demander qui est la vierge du titre, d’autant que la connotation féminine n’apparaît bien évidemment pas dans le titre original : pour Guy Maddin, peut-être est-ce du côté de Van Helsing – David Moroni, parfait – qu’il faudrait chercher…) et d’intertitres plus ou moins naïfs au sous-texte passablement comique. C’est que l’humour ne manque pas dans ce ballet filmé, qui rajoute encore une forme de distanciation supplémentaire par rapport à l’œuvre originale. En traitant des hypocrisies victoriennes, de la domination masculine et de la jalousie, Guy Maddin se montre ici un critique acerbe et facétieux, toujours le sourire au coin des lèvres, sans perdre son sérieux pour autant.

 

Plastiquement, et ce malgré un rendu DVD qui m’a semblé plutôt médiocre, le film est de toute beauté. Filmé en Super 8, 16 mm et Super 16, puis monté en vidéo, et enfin transféré en 35 mm, le Dracula de Guy Maddin assume et revendique son statut de petite production, bien loin des débauches d’effets spéciaux traditionnellement associées au genre. C’est pour le mieux, l’inventivité et le pragmatisme se conjuguant pour offrir un résultat unique, collant admirablement au propos. Le ballet est bien mis en valeur, et alterne plans larges propices au déploiement de la chorégraphie avec des plans serrés qui font ressortir le jeu admirable de la distribution, évidemment très expressionniste le plus souvent. Les danseurs jouent, littéralement, avec l’ensemble de leur corps, et leur performance n’en est que plus singulière. Les plans sont superbement composés, les décors et costumes bien pensés, et l’utilisation de gimmicks gothiques (ainsi la brume presque omniprésente) participe de la réussite visuelle du film. Les teintes sont parfois déconcertantes, mais servent bien le propos ; le sang, évidemment, ressort souvent en rouge dégoulinant sur le noir et blanc général, pour un résultat tantôt esthétique, tantôt comique, fonction du moment.

 

Et puis il y a la musique de Gustav Mahler, bien sûr. Parfois très « olympique », selon l’expression du réalisateur, elle n’en est pas moins splendide, et Guy Maddin a su tirer tout le sel de la partition, quitte à la triturer un peu. Il faut y ajouter quelques bruitages, qui créent une atmosphère très particulière, et contribuent parfois à l’humour du film (la décapitation à la pelle de Lucy par Van Helsing est un grand moment).

 

Drôle et intelligent, d’une beauté indéniable sur tous les plans, Dracula, pages tirées du journal d’une vierge est une vraie réussite, une relecture finalement originale et bien vue du plus grand classique du cinéma d’épouvante. À n’en pas douter, il s’agit là de l’une des meilleures transpositions du roman de Bram Stoker, digne à sa façon d’un Murnau ou d’un Coppola.

 

Premier contact avec l’œuvre de Guy Maddin tout à fait convaincant, donc. Va falloir que j’approfondisse tout ça…

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"Six Problèmes pour don Isidro Parodi", de Jorge Luis Borges & Adolfo Bioy Casares

Publié le par Nébal

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BORGES (Jorge Luis) & BIOY CASARES (Adolfo), Six Problèmes pour don Isidro Parodi, [Seis Problemas para don Isidro Parodi], traduit de l’espagnol [Argentine] par Françoise-Marie Rosset, Paris, Robert Laffont, coll. Pavillons poche, [1942, 1967, 1995] 2011, 208 p.

 

J’avais déjà évoqué sur ce blog interlope Jorge Luis Borges pour  L’Aleph et  Le Livre de sable, et Adolfo Bioy Casares pour  L’Invention de Morel, livres géniaux que je ne peux qu’ardemment vous recommander (ce qui me rappelle d’ailleurs que j’ai les Œuvres complètes de Borges qui m’attendent dans ma commode de chevet, va falloir que je trouve le temps de m’y mettre). Je savais les deux auteurs amis (Borges a d’ailleurs écrit l’élogieuse préface de  L’Invention de Morel), mais ignorais totalement qu’ils avaient écrit à quatre mains sous le pseudonyme de H. Bustos Domecq. Six Problèmes pour don Isidro Parodi, daté de 1942, est la première production de cet éminent auteur fictif (il y en eut deux autres par la suite). Et ce fut une sacrée découverte.

 

Les deux auteurs étaient amateurs de policier (et en dirigèrent d’ailleurs une collection). Dans ce jubilatoire petit recueil, ils se livrent à un pastiche amoureux du genre, plus précisément des récits d’enquête « pré-hard boiled » à la Poe, Conan Doyle ou Christie, entre autres. Mais, si cette dimension est déjà fort appréciable, ces Six Problèmes… recèlent bien davantage, et dévoilent des aspects plutôt inattendus (à mon sens, tout du moins, mais je suis un béotien) de Borges et Bioy Casares ; et c’est bien l’humour qui domine dans ces six enquêtes, au travers de la description de figures hilarantes d’une Argentine bigarrée.

 

Passons (même si c’est là quelque chose de très borgésien, de même que les innombrables références à des livres fictifs qui parsèment le recueil) sur la présentation de H. Bustos Domecq et « l’avant-propos » de Gervasio Montenegro (un des personnages du recueil…) pour aborder directement les nouvelles, qui obéissent chaque fois à un canevas très similaire.

 

Don Isidro Parodi était coiffeur, mais, accusé (à tort, peu importe) et condamné, cela fait maintenant bien des années qu’il végète en prison, dans la très courue cellule 273. Très courue, oui : en effet, l’isolement, perçu par d’aucuns comme une retraite ou un ermitage, de don Isidro Parodi lui a permis de développer à plein ses extraordinaires talents déductifs, qui en font un singulier héritier d’Auguste Dupin et de Sherlock Holmes ; aussi vient-on régulièrement le consulter pour qu’il éclaire de ses lumières, sans même bouger de sa cellule, les affaires criminelles les plus embrouillées.

 

Dès lors, chaque nouvelle débute par l’irruption dans la cellule 273 d’un importun (ou de plusieurs), souvent passablement ridicule mais on y reviendra, qui livre un récit aussi détaillé que confus du crime qui le tracasse ; et se conclut en quelques paragraphes à peine, quand don Isidro Parodi, presque toujours silencieux jusque-là, démêle le tout pour livrer une analyse brillante et sans appel de ce qui s’est vraiment produit.

 

Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares jouent ainsi des poncifs du récit « de déduction » avec un brio qui dénote une parfaite maîtrise du genre pastiché (parodié ?). Mais le talent du détective prisonnier n’est pas au cœur des récits. Ce que l’on en retient surtout, ce sont les témoignages emberlificotés (un peu trop dans un cas, d’ailleurs, « La Victime de Tadeo Limardo », vraiment difficile à suivre – mais c’est la seule critique, si c’en est une, que j’aurais envie d’adresser à ces Six Problèmes…) des visiteurs de notre reclus de héros. C’est qu’il en voit, du beau monde ! Une galerie inoubliable de personnages généralement plutôt niais, mais pas moins imbus de leur personne, portés sur les discours interminables et confus qui, bien plus qu’il n’éclairent l’affaire, sont surtout l’occasion de livrer une vigoureuse et hilarante satire de la société argentine (avec une prédilection pour les artistes, écrivains et critiques…) du début des années 1940, qui reste cependant intemporelle et universelle.

 

Ces personnages – que l’on retrouve de nouvelle en nouvelle, et qui s’accumulent ainsi – sont tous remarquablement campés, et c’est un vrai délice que de les suivre (ou tenter de le faire…) dans leurs divagations riches en éléments absurdes ou burlesques (on notera l’usage de notes de bas de page improbables des divers personnages, venant commenter le récit de H. Bustos Domecq). La plume des deux auteurs est évidemment merveilleuse, particulièrement dans ces longues circonvolutions généralement comiques, et très bien rendue à la traduction.

 

À la lecture, on ne peut s’empêcher d’imaginer les deux compères argentins en train de se fendre la pêche à écrire ces Six Problèmes pour don Isidro Parodi. Et ils ont le rire communicatif. Cela dit, ils se sont de toute évidence appliqués à la tâche, et on ne saurait limiter ce recueil à une bête farce légère et vite oubliée. Le pastiche est réussi, la peinture de la société argentine parfaite (et recelant quelques critiques plus sérieuses…) et le style irréprochable.

 

Je n’attendais pas Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares sur ce terrain-là, mais ils m’ont vite conquis, et ce premier recueil de H. Bustos Domecq est ainsi une preuve supplémentaire, s’il en était encore besoin, de leur grand talent. Aussi vais-je sans doute jeter un œil prochainement sur les Chroniques de Bustos Domecq et les Nouveaux Contes de Bustos Domecq. À suivre, donc.

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"188 Contes à régler", de Jacques Sternberg

Publié le par Nébal

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STERNBERG (Jacques), 188 Contes à régler, illustrations de Roland Topor, édition revue par l’auteur, Paris, Denoël – Gallimard, coll. Folio, [1988, 1998] 2004, 377 p.

 

Lorsque, pendant les fêtes, j’ai eu l’idée saugrenue (et mal payée) de lire quelques romans de vieille science-fiction bien eud’ chez nous, je m’étais notamment fait La Sortie est au fond de l’espace de Jacques Sternberg ; un roman certes pas parfait, mais néanmoins toujours percutant, et séduisant de par son pessimisme et sa misanthropie (ben oui, moi, le pessimisme et la misanthropie, ça me parle). Néanmoins, de son propre aveu, l’auteur avait une prédilection pour la forme courte, voire ultra-courte : extrêmement prolifique, il a écrit tout au long de sa carrière plus de 600 « short short ».

 

Ces 188 Contes à régler, qui marquèrent en 1988 le retour de l’auteur à la science-fiction (qu’on ne s’y trompe pas : malgré la réédition dix ans plus tard chez Folio en « blanche », après un premier passage en « Présence du futur » chez Denoël, on nage ici en plein genre, SF pour l’essentiel, parfois fantastique), en constituent un témoignage éloquent. 188 récits extrêmement brefs (parfois une seule phrase, ou un unique paragraphe, souvent une page tout au plus), classés pas ordre alphabétique (à l’exception des « nostalgia » qui concluent le recueil, vieux textes généralement moins intéressants, à l’exception du plus long, fourmillant d’idées, le superbe et hilarant « Petit Précis d’histoire du futur »), qui sont autant de variations sur les obsessions de l’auteur, sur son pessimisme et sa misanthropie (donc), mais relèvent aussi très souvent de l’humour le plus noir (ce qui n’était à mon sens pas vraiment sensible dans La Sortie est au fond de l’espace), avec des illustrations de Roland Topor à l’avenant. Tout cela n’est en effet pas vraiment joyeux et, si on rit souvent, c’est d’un rire coloré, noir donc, ou encore jaune, teinté d’absurde autant que de dégoût. Et, des fois, sans que la nouvelle ait pour autant raté sa cible, on ne rit pas. Du tout.

 

Tiens, pour une fois, j’ai envie de reproduire la quatrième de couverture, étrangement juste :

 

« Les extraterrestres ? Trop différents de nous pour qu’une quelconque communication soit possible, ou trop semblables à nous pour exciter notre curiosité.

 

« Les planètes étrangères ? Piégées.

 

« Les objets ? Suspects.

 

« Le temps et l’espace ? Sujets à d’étranges sautes d’humeur.

 

« Les humains ? Pollueurs, prétentieux, belliqueux avides de profits et de records, vulgaires, rongés par l’ennui, mortels dans tous les sens du terme.

 

« Et Dieu dans tout ça ? Tranquillement sadique.

 

« En 188 contes-gouttes, Jacques Sternberg revient à la science-fiction, ses premières amours, pour décliner ses haines et ses dégoûts sur le seul mode qui trouve grâce à ses yeux : l’absurde, l’humour noir, le sarcasme glacé. »

 

Ce recueil, que l’on a instinctivement envie de placer sous le patronage d’un Fredric Brown, notamment, mitraille donc le lecteur avec les obsessions de Jacques Sternberg, des plus innocentes (en apparence, tout du moins, comme le nautisme) aux plus graves (ainsi la Shoah ; précisons que le père de l’auteur mourut en déportation). Et on en retire un tableau de l’espèce humaine guère flatteur : l’homme, ici plus que jamais (ou pas), est définitivement répugnant. Agressif, mesquin, stupide, prétentieux, inconscient, cupide, il n’a rien pour lui.

 

Aussi n’aurait-on a priori guère envie de trouver tout cela réjouissant, pour peu que l’on s’y arrête un brin. Et pourtant, si ; car c’est souvent follement drôle, d’un potentiel comique à la hauteur du sentiment de nausée qui étreint immanquablement le lecteur masochiste. En détaillant par le menu toutes les ignominies imputables à l’homme, Sternberg se fait le chroniqueur acide et mordant de nos ridicules et autres bassesses. Et on ne peut s’empêcher de rire ; bon, on a un peu envie de se tirer une balle, aussi, mais un sourire gêné aux lèvres (c’est déjà ça).

 

Certes, tout cela n’est pas parfait : le style connaît quelques ratés (ce qui ne pardonne pas sur un format aussi bref), et, sur une telle somme, il y a inévitablement du déchet. Forcément, ça se répète un peu, aussi… Mais je ne suis pas d’accord avec Richard Comballot, qui, dans une critique de Fiction (hop), reprochait au recueil son caractère daté ; oui, tout cela sent bien la vieille SF « classique », mais n’en a pas moins à mes yeux un certain caractère intemporel, à la mesure de la bêtise humaine au cœur du propos.

 

Et, dans l’ensemble, je me suis régalé à cette lecture, probablement pas indispensable, non, mais néanmoins riche en petits bijoux finement ciselés, horriblement drôles, et d’une effroyable lucidité.

 

Allez, quelques exemples en guise d’amuse-gueule, sélectionnés parmi les plus brefs (avec une prédilection pour le sujet divin, allez savoir pourquoi), et probablement pas parmi les plus drôles, mais que j’aime beaucoup.

 

« La Faute » :

 

« Au commencement, il y eut cette assourdissante déflagration dans les ténèbres de l'espace qu'on appela le big bang.

 

« Dieu, dans un éclair prémonitoire d'aveuglante lucidité, avait compris qu'en déclenchant la vie, cette aventure cosmique aboutirait inéluctablement un jour à la naissance d'un humain, et, terrifié par l'absurde de son acte, il s'était fait exploser. »

 

« L’Invention » :

 

« Il avait inventé une petite antenne portable qui supprimait radicalement les pensées parasites du cerveau humain.

 

« Il l'essaya avec succès sur sa propre personne. À peine avait-il donné le contact qu'il ne pensait plus qu'à la mort, à l'inutilité de toute entreprise, à la vanité d'avoir mis au point cet engin révolutionnaire. Le temps de penser à couper le contact, il s'était suicidé. »

 

« Le Passage » :

 

« Comme on aurait pu s'y attendre, un jour, l'homme préhistorique aperçut par hasard son reflet dans l'eau lisse d'un étang. Il se trouva beau et en conçut un indiscutable sentiment de vanité qui lui donna de l'assurance, de l'égocentrisme, de quoi réveiller toute l'agressivité enfouie en lui.

 

« L'histoire de l'humanité venait secrètement de commencer. »

 

« La Perte » :

 

« Il était une fois un Dieu qui avait perdu la foi. »

 

« La Poussière » :

 

« Dieu était arrivé au bout de ses peines quand il pensa à celles qu'il réservait à l'homme récemment créé et il fut assez satisfait de les résumer en affirmant : « Né de la poussière, tu seras destiné à redevenir poussière. »

 

« Et pour peaufiner le sadisme de sa trouvaille, il donna à l'homme la conscience de n'être que poussière et l'intelligence d'inventer un jour l'aspirateur. »

 

Et, histoire de finir avec une sentence qui claque, la chute de « La Déception » :

 

« Aller voir les extraterrestres, ça coûte quand même plus cher qu'aller voir les putes. »

 

Joyeuse dépression.

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RIP Jacques Sadoul

Publié le par Nébal

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Jacques Sadoul, grand éditeur s'il en fut, de science-fiction notamment mais pas seulement, s'est éteint hier. Cela méritait bien une brève note. RIP, donc, comme on dit chez les croyants.

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"Flatland", d'Edwin A. Abbott

Publié le par Nébal

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ABBOTT (Edwin A.), Flatland. Fantaisie en plusieurs dimensions, [Flatland, A Romance of Many Dimensions], traduit de l’anglais par Philippe Blanchard, préambule de Ray Bradbury traduit par Jean-François Caro, [s.l.], Zones sensibles, [1884, 1996] 2012, 151 p.

 

Le titre Flatland ne m’était pas inconnu, loin de là, et cela faisait longtemps que je comptais lire ce petit livre curieux, sans doute unique en son genre. Publié originellement en 1884 en Angleterre, Flatland ne connaîtra d’édition française qu’environ 80 ans plus tard ; depuis, les éditions se sont succédées, jusqu’à celle-ci, publiée l’an dernier par Zones sensibles, et qui est de toute beauté, avec sa couverture découpée et sa mise en page déconcertante mais toujours bien vue. C’était l’occasion ou jamais.

 

À l’époque de la parution de Flatland, on ne parlait pas encore de « science-fiction » ; pourtant, a posteriori, cette allégorie barrée semble bel et bien relever du genre, voire – pourquoi pas ? – de sa variante « hard science », poussée jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’absurde, et cependant parfaitement cohérente dans son délire apparent. Amis des maths, ce livre est pour vous ! Mais, heureusement, il est aussi pour les autres – pour ma part, j’étais plutôt une quiche en maths, et plus particulièrement en géométrie, la matière au cœur de ce livre guère épais (double aha) ; ce qui ne m’a pas empêché de me régaler à sa lecture.

 

Tout, ici, tourne en effet autour des figures géométriques. Le narrateur est un carré, habitant de Flatland, un monde à deux dimensions. Il écrit son ouvrage à destination des habitants de Spaceland, monde à trois dimensions. Dans la première partie du roman, notre carré anonyme décrit Flatland, ses habitants, ses mœurs, son histoire, etc. L’échelle sociale est fondée principalement sur le nombre de côtés : aussi, tout en bas, trouve-t-on les femmes, qui ne sont que des lignes (le livre dans son ensemble est truffé d’une délicieuse vraie/fausse misogynie) ; il y a ensuite les isocèles, travailleurs et soldats, puis les carrés (comme notre narrateur, qui, pour être un intellectuel et un homme de loi, n’est donc pas situé bien haut dans l’échelle sociale), puis les pentagones, les hexagones, etc., jusqu’aux prêtres, les cercles (qui n’en sont pas vraiment ; simplement, ils ont tellement de côtés qu’ils tendent vers la circularité). Mais, dans ce système « parfait », relevant de l’aristocratie et de la théocratie, les vrais exclus sont les « irréguliers », contre lesquels certains (des eugénistes, dans un sens) suggèrent l’élimination pure et simple, « charitable » et sans douleur. Toutes les implications mathématiques de cet univers à deux dimensions sont décortiquées par le carré, schémas à l’appui, qui s’intéresse également à l’histoire de Flatland, et notamment à l’épisode particulièrement édifiant qu’est la révolte des couleurs. Tout ceci est absolument passionnant, aussi fascinant que drôle (d’un humour grinçant, certes), et s’inscrit largement dans la filiation de la littérature utopique (versant le plus critique, bien sûr).

 

La seconde partie change quelque peu la donne ; à la pure description succède maintenant un récit allégorique. Le carré, en rêve, va en effet découvrir Lineland, le monde à une dimension, et aura bien du mal à faire comprendre aux habitants de cet univers – et plus précisément à son roi – que ce qui constitue l’espace pour eux n’est pas le « véritable » espace, lui-même provenant d’un monde avec une dimension supplémentaire, absolument inconcevable pour les Linelandiens. Mais le carré va se trouver lui aussi confronté à ce délicat problème quand, à l’aube du troisième millénaire, il va être abordé par une sphère, provenant de Spaceland, qui va lui faire entrevoir l’existence d’une dimension supplémentaire, en l’amenant à prendre (littéralement) de la hauteur ; ce qui sera également l’occasion d’entrapercevoir Pointland, le monde sans aucune dimension… et de se poser la question particulièrement perturbante de l’existence de mondes à quatre, cinq, six dimensions, voire plus.

 

On l’aura compris : Flatland est une allégorie qui ne manque pas de profondeur (aha). Au-delà du seul délire mathématique, fascinant en tant que tel, le court roman d’Edwin A. Abbott se fait porteur d’une puissante et cinglante critique politique et sociale, puis d’une réflexion façon « mythe de la caverne » aussi séduisante que déconcertante. La perfection glacée de Flatland, son système de castes, son conservatisme, sont égratignés sans avoir l’air d’y toucher (notamment, donc, lors de l’épisode de la révolte des couleurs, moment d’anthologie), à l’aide d’une plume pince-sans-rire so british ; le résultat est aussi drôle que terrifiant.

 

Mais le « sense of wonder » à l’état pur (déjà !) est surtout l’apanage de la seconde partie, critique de l’empirisme le plus vulgaire et de ce que l’on appellera faute de mieux « l’ethnocentrisme », ici tendance à envisager comme totalité ce que l’on connaît soi-même, à l’exclusion du reste, il est vrai parfois difficilement concevable, mais qui n’en a pas moins une réalité. Apologie d’un certain relativisme idéaliste, Flatland vient remettre en cause les certitudes, et, plus d’un siècle après sa parution originelle, il reste extraordinairement pertinent à cet égard.

 

Flatland est donc une œuvre extraordinaire, à nulle autre pareille. Cette fantaisie mathématique, déconcertante au premier abord, séduit vite par la cohérence de son univers qui n’a que l’apparence de la folie, et amène à se poser des questions troublantes, sans jamais sombrer dans la lourdeur démonstrative. En ce sens, le court roman d’Edwin A. Abbott constitue peut-être une sorte de type-idéal de cette science-fiction qui n’avait pas encore de nom. Aujourd’hui, le roman n’a pas pris une ride, que ce soit dans ses aspects purement mathématiques ou critiques. Une lecture indispensable.

 

EDIT : Public chéri, si tu veux entendre, entres autres, tout le bien que Gérard Abdaloff pense de Flatland, alors clique ici.

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