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Warhammer 40,000

Publié le par Nébal

Warhammer 40,000

Warhammer 40,000, Games Workshop, 2014, 3 vol., [n.p.] + 127 p. + 208 p.

 

J’imagine que c’était fatal : quand je me suis lancé dans la série « L’Hérésie d’Horus » (voyez mon compte rendu sur L’Ascension d’Horus, où je causais de mon rapport aux jeux de Games Workshop), j’ai immédiatement ou presque été pris de l’envie de rejeter un œil au jeu Warhammer 40,000 – sans me faire trop d’illusions sur la possibilité d’y jouer effectivement (même si, peut-être, dans un centre Games Workshop… Bon, on verra).

 

À vrai dire, cela faisait de toute façon longtemps que j’avais envie de me relancer dans un wargame à figurines, ou du moins un jeu tactique. J’avais essayé vaguement X-Wing, mais sans être très convaincu (d’autant qu’il est abominablement cher, encore plus que Warhammer 40,000, et sans en avoir la beauté…). J’avais fureté ici ou là en quête d’autres jeux… Mais j’ai finalement jeté mon dévolu sur ce gros machin très populaire, dont j’ai toujours apprécié l’univers.

 

Même si celui-ci a pas mal changé depuis mes vieux souvenirs, j’en ai l’impression tout du moins : le Chaos est ici central, dans son opposition aux innombrables forces de l’Imperium de l’Humanité ; les extra-terrestres à proprement parler, les Xenos, à commencer par les Orks et les Eldars, mais aussi mes chouchous les Tyranides extra-galactiques, prennent beaucoup moins de place dans le background (je note par contre deux factions xenos dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, les Nécrons et l’Empire Tau). Bon, pas bien grave, il y a de toute façon amplement de quoi faire… Et si je dois commencer à monter une armée (on verra, donc), il y a bien des chances pour que ce soit des Tyranides (j’ai vu qu’une boite de base les opposait aux Blood Angels…).

 

Cet ensemble de base sous forme de coffret comprend trois très beaux livres à couverture rigide. Le premier, Une galaxie en guerre, vise à présenter au mieux, et en long et en large, le « hobby » Warhammer 40,000, puisque telle est l’expression consacrée. On insiste en effet ici sur les trois dimensions de ce hobby : le jeu, certes, mais aussi la collection et la peinture (chose pour laquelle je n’ai jamais été doué, c’est rien de le dire… mais bon : là encore, on verra…). À bien des égards, il s’agit d’un outil promotionnel, mais remarquablement bien fait, et qui présente les différentes factions – avec des historiques – à grand renfort de somptueuses photographies de corps d’armée minutieusement peints. Ça en jette vraiment, et donne d’autant plus envie de se lancer dans la chose – même si, là encore, la peinture maison risque d’être moins convaincante…

 

Le deuxième livre, Dark Millenium – cette fois illustré par des dessins, non des photos –, présente le background du jeu, et est comme de juste tout à fait fascinant. Et fascisant, oui : à vrai dire, l’Empire humain de 10 000 ans est encore pire que ce que l’on pouvait croire, et on peut légitimement avoir du mal à considérer ses forces comme étant les « gentils » dans cet univers – même si le Chaos est probablement pire, et les Xenos pas vraiment meilleurs… Un vrai régal, en tout cas, qui introduit bien tout en donnant l’envie d’en savoir encore davantage – et donc de se précipiter sur les Codex

 

Le troisième livre, enfin – c’est le plus gros –, contient Les Règles du jeu, et est là encore abondamment et joliment illustré (photographies essentiellement). Il contient tout le nécessaire pour se lancer dans une partie, encore que de façon abstraite puisqu’il n’y a pas les caractéristiques des différentes figurines (se reporter pour cela aux différents Codex). Les règles de base sont – relativement à la complexité globale du jeu – assez simples et claires, même si certains points méritent sans doute qu’on s’y attarde. On note également un gros chapitre consacré aux différents types d’unités, et s’attardant notamment sur les différentes sortes de véhicules. La fin de l’ouvrage s’intéresse quant à elle aux nombreuses règles spéciales, qui font de chaque unité ou presque quelque chose de résolument unique. Il faut sans doute, avant de se lancer dans une partie, synthétiser tout cela et élaborer des fiches récapitulatives pour ses différentes unités, bien sûr ; mais l’essentiel est bien que l’on a envie de s’y mettre très vite, et de lancer ses figurines à la conquête de la galaxie…

 

Ce coffret warhammer 40,000 remplit donc parfaitement son objectif. Très beau, il fait sacrément envie, en sachant mettre en lumière tout ce qui fait la spécificité enthousiasmante de ce « hobby ». Je ne sais pas encore si je vais m’y mettre véritablement, mais je vais en tout cas en lire davantage. Prochaine étape, du coup : le Codex : Tyranides

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Onze Rêves de suie, de Manuela Draeger

Publié le par Nébal

Onze Rêves de suie, de Manuela Draeger

DRAEGER (Manuela), Onze Rêves de suie, [s.l.], Éditions de l’Olivier, 2010, 196 p.

 

Figure atypique du post-exotisme (pour ne pas dire énième avatar d’Antoine Volodine…), Manuela Draeger a longtemps livré des œuvres pour la jeunesse à l’École des Loisirs (et j’avoue être un peu curieux de ce que ça peut donner…). Onze Rêves de suie, cependant, est un roman « adulte », paru aux Éditions de l’Olivier. Et si ses « héros » sont pour l’essentiel des enfants, il n’a effectivement pas grand-chose à voir avec le cœur de cible habituel du pseudonyme – et de même pour ce qui est des contes le parsémant, d’ailleurs. À vrai dire, l’alias mis à part, on est bien ici en plein dans l’univers de Volodine, et ceux qui – comme moi – n’ont peu ou prou tâté du post-exotisme que via cette figure tutélaire (ma seule exception jusqu’ici était les Slogans de Maria Soudaïeva), ne seront pas dépaysés.

 

Nous sommes donc quelque part dans une Europe de l’Est fantasmée, naturellement post-soviétique – après la Première Union soviétique, mais aussi après la Deuxième, alors bon. Dans la grisaille des ghettos bétonnés, les pogroms à l’encontre des Ybürs sont encore assez fréquents. Nos héros sont des enfants, donc ; ou des adolescents, à la limite. Ils vivent dans un orphelinat, tassés les uns sur les autres, au milieu d’un bloc urbain borgne. Parmi leurs occupations fétiches – en-dehors de l’école imposée et pas toujours au mieux –, il y a les contes que leur narre la Mémé Holgolde, qui entend bien faire leur éducation prolétarienne au travers des histoires désabusées de l’éléphante Marta Ashkarot – qui erre inlassablement dans un monde quasi vidé de ses habitants hominidés. Et puis il y a la Bolcho Pride, interdite comme de juste – les autorités persécutent la doxa marxiste jusque dans ses épanchements les plus festifs, sachant bien qu’ils n’ont rien d’innocents –, mais à laquelle participent tous les enfants, chaque année, avec leurs costumes amoureusement préparés, à la mesure de leurs slogans.

 

Cette année, pourtant, la Bolcho Pride se passe mal ; à vrai dire, elle est même catastrophique… Les enfants ont en effet eu l’idée saugrenue de pénétrer dans un bâtiment interdit, bientôt dévoré par les flammes. Et ils n’en sortiront pas vivants. Cette incendie fatal a en même temps quelque chose d’une apothéose, ou d’une apocalypse peut-être (au sens originel de révélation) : les enfants, les victimes, en viennent à s’unir dans une entité collective, où les souvenirs de chacun sont revécus par tous, dans un état de conscience altéré. Et autant le dire de suite : à mon sens, le premier chapitre, à moins qu’il ne s’agisse de la première nouvelle, d’Onze Rêves de suie, fait partie des plus belles pages du post-exotisme (ou du moins de celles dont j’ai pu me régaler…).

 

Par la suite, on alterne ainsi ces souvenirs des enfants – souvent tragiques, et empruntant la voix d’Imayo Özbeg (primus inter pares ?) – et les contes de la Mémé Holgolde sur l’éléphante Marta Ashkarot. Ces contes sont pour le moins déstabilisants, de par leur côté contemplatif autant que désabusé notamment (ils ne ressemblent en rien à ce que l’on a pour habitude de qualifier de « contes »), teinté d’une sorte d’humour noir, à froid, évoquant là encore des paysages d’apocalypse (mais au sens plus moderne, cette fois, de fin d’un monde).

 

J’avoue cependant que ce sont bien les chapitres consacrés aux enfants et à leurs souvenirs qui m’ont le plus séduit dans Onze Rêves de suie, tant ils abondent en images fortes et personnages marquants en dépit de leur anonymat ou de leur banalité apparente. Ainsi, après avoir été exclus de l’école, de l’odyssée d’Imayo Özbeg et Rita Mirvrakis dans la longue rue interdite des Vincents-Sanchaise, en quête d’une tante inconnue et peut-être morte (si tant est qu’elle ait jamais existé), alors que la guerre frappe de nouveau sans prévenir, sous la forme de bombardements aléatoires.

 

Dans ces pages précieuses, la langue si poétique à sa manière d’Antoine Vo… pardon, de Manuela Draeger élabore de puissants tableaux riches en émotions et d’une plume sonore lorgnant vers la perfection, au-delà des contraintes formelles que l’on devine ici ou là – par exemple, des répétitions rythmant la narration d’une musicalité implacable.

 

Et c’est ainsi que l’on tourne les pages d’Onze Rêves de suie avec une délectation empreinte de fascination morbide, où l’espoir d’un monde plus juste, cet espoir porté par les enfants sur le point de disparaître dans les flammes, subsiste contre vents et marées, contre les diktats des puissants et la bêtise des miliciens ; espoir infime, presque systématiquement contredit par un sens de l’histoire qui n’a décidément pas grand-chose de marxiste et ne semble offrir pour consolation que le silence des tombes à venir, espoir qui reste là cependant. Contre le fil de la plume, ménageant le chaud et le froid. N’en déplaise à Marta Ashkarot ?

 

« — Bah, dit l’éléphante. C’est qu’une légende. Il n’y a plus personne dans la région depuis belle lurette. Plus de révolutionnaires, plus de résistantes héroïques, plus rien.

 

« — Sois pas défaitiste, dit Irina Wu. Autrefois, les défaitistes, on les collait au mur.

 

« — Il y a même plus de murs, fit remarquer l’éléphante.

 

« — Si c’est que ça, on les reconstruira, promit Irina Wu. »

 

Un livre aussi étonnant que beau, donc. Profondément touchant dans son authentique poésie, générateur d’images fortes, tantôt déprimant, tantôt enthousiasmant, toujours juste. Manuela Draeger confirme ainsi son importance dans le courant du post-exotisme. Va falloir que je creuse tout ça…

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Tables rondes de la Necronomi'Con lyonnaise (4 et 5 juillet 2015)

Publié le par Nébal

Tables rondes de la Necronomi'Con lyonnaise (4 et 5 juillet 2015)

Les 4 et 5 juillet derniers, c’était la Necronomi’Con, à Lyon, première convention autour de Lovecraft en France, et c’était bien sympathique, ma foi.

 

ActuSF a mis en ligne les enregistrements des tables rondes qui y ont eu lieu, vous trouverez ça ici.

 

(Pour ma part, je suis intervenu dans les deux dernières, sur le jeu de rôle et le cinéma.)

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L'Île des morts, de Mosdi & Sorel

Publié le par Nébal

L'Île des morts, de Mosdi & Sorel

MOSDI & SOREL, L’Île des morts, Grenoble, Vents d’Ouest, coll. Les Intégrales, 2009, 240 p.

 

Oui, c’était bien là une bande dessinée que je comptais lire depuis pas mal de temps. Parce que j’aime bien le graphisme de Sorel (surtout perçu à travers les couvertures qu’il avait réalisés pendant un temps pour le collection « Lunes d’encre » de Denoël), et parce que j’avais entendu dire que son contenu était passablement lovecraftien, ce qui s’est vérifié à la lecture du Guide des comics lovecraftiens de Patrice Allart, quand bien même il ne mentionnait cette œuvre qu’en passant. Aussi, quand je suis tombé sur cette intégrale à bas coût lors de la Necronomi’Con, tiens tiens, je me suis dit qu’il était bien temps de m’y mettre.

 

Tout part de la fascinante série de tableaux intitulés L’Île des morts et peints par Arnold Böcklin entre 1880 et 1886 – une bonne idée eu égard à la thématique. On s’excite beaucoup autour de ces tableaux, la rêverie morbide originale étant bientôt entachée de suspicions plus noires et dangereuses – pour ne pas dire indicibles, of course –, ainsi qu’un jeune peintre français vient à le découvrir assez rapidement, lui qui se retrouve plongé dans une sombre et complexe cabale.

 

Et…

 

Le problème, c’est que je ne peux pas vous raconter la suite, ne serait-ce qu’un tout petit peu. Car je n’y ai rien panné, mais alors rien du tout.

 

Enfin, pas tout à fait… Je peux bien témoigner, au minimum, du contenu lovecraftien de la chose, indéniable et affiché – ne serait-ce qu’au travers d’une session d’invocation de Grands Anciens, mentionnant Cthulhu et R’lyeh, mais sans doute plus encore, au-delà de ce passage très voyant, par ces sortes de goules au Père Lachaise et, essentielle, la tentative d’un vieux sorcier pour revenir du monde des morts via ses descendants, à la Joseph Curwen dans L’Affaire Charles Dexter Ward ; et puis, bien sûr, il y a cette ambiance globale, à base de cultistes déments et de livres interdits… Sous cet angle, donc, le contrat est rempli…

 

Mais ça ne change rien à l’essentiel, qui est que je n’y ai rien panné ou presque. Et, du coup, que je me suis horriblement ennuyé à la lecture de cette bande dessinée qui avait tout pour me plaire, mais s’est avérée terriblement décevante.

 

Le graphisme de Sorel est beau, indéniablement, et d’une singularité digne de bien des éloges. L’Île des morts séduit l’œil, et c’est déjà pas mal. Il n’en reste pas moins que la construction, la mise en page, rendent l’action un peu (et même plus qu’un peu) fouillie. Certes, en faisant quelques petits efforts et en ménageant son attention, cela ne devrait pas être insurmontable…

 

Le scénario de Mosdi, cependant, n’arrange rien à l’affaire. Car lui aussi m’a paru extrêmement confus. On passe sans cesse du coq à l’âne, comme si l’on était contraint d’obéir à la logique alambiquée des rêves. Ce qui serait certes tout à fait à propos… mais foire ici, à mon sens en tout cas, en témoignant plus d’une certaine maladresse que de tout autre chose. On se perd dans les protagonistes, et on doit perpétuellement s’y reprendre à deux fois pour comprendre qui dit quoi et fait quoi, sans garantie d’y parvenir. Mais peut-être ne puis-je parler ici qu’en mon nom propre, certes : Nébal est un con…

 

Il y a cependant une chose qui me paraît aller bien au-delà de ma petite personne et de mes défaillances !! Et c’est le texte ! Car… oui ! le texte use et abuse de points d’exclamation ! Ils sont presque systématiques ! Et c’est pénible… très pénible !! Et ça n’arrange rien ! La bande dessinée en est d’autant plus illisible !!

 

Et, accessoirement, tout cela m’a paru assez arrogant et prétentieux, sans en avoir les moyens…

 

Reste quoi, du coup ? Un artbook de Guillaume Sorel, dans un sens. Car, oui, c’est joli. Que le graphisme soit un peu confus, si on aborde L’Île des morts pour le seul plaisir des yeux, ça ne pose finalement plus de problème… Mais en tant que bande dessinée, ça n’a pas marché à mes yeux, la dimension narrative étant ratée. Je me suis ennuyé tout du long (enfin, quand je ne pestais pas sur les points d’exclamation !), et ce fut une bien triste déception…

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Les Faux Dieux, de Graham McNeill

Publié le par Nébal

Les Faux Dieux, de Graham McNeill

McNEILL (Graham), Les Faux Dieux, [False Gods], traduit de l’anglais par Julien Drouet, Nottingham, Black Library, coll. The Horus Heresy, [2006, 2008] 2014, 415 p.

 

Suite de la monumentale série « L’Hérésie d’Horus », située dans l’univers facho-bariolé de Warhammer 40,000 (et qui le fonde à bien des égards). Dans ce deuxième tome qu’est Les Faux Dieux, Graham McNeill poursuit sur les bases développées par son compère Dan Abnett dans L’Ascension d’Horus. Et si ce précédent volume tenait à bien des égards du prologue, avec un Horus bien loin de se vautrer dans l’hérésie jusqu’aux toutes dernières pages (où l’on voyait tout juste le Maître de Guerre rebaptiser ses Luna Wolves en Sons of Horus, vague présage de la suite), la donne change largement dans Les Faux Dieux, avec son assez joli climax en fin de volume, « à suivre… ».

 

Nous n’en sommes cependant pas encore là. En attendant cette grande révélation qui n’en est pas une et pour cause, Graham McNeill nous concocte un divertissement sympathique, reprenant pour l’essentiels les points de vue du premier tome. Le Space Marine Loken y joue donc un grand rôle, figure d’intégrité, de loyauté et, dans un sens, de pondération, qui tranche régulièrement sur la brutalité débile et beuglante de ses camarades de l’Astartes. Ceux-ci, en effet, ne cessent d’émettre d’éloquents témoignages de leur bêtise toute militaire, renforcée d’une bonne dose de puérilité… Loken est un peu plus fréquentable, même s’il se montre à l’occasion un peu couillon aussi. En tout cas, Loken flaire des choses qui ne lui plaisent guère, notamment en rapport avec la loge des Space Marines, sorte de Maçonnerie présageant du futur Culte Impérial, ou se compromettant dans une servilité à l’égard du Maître de Guerre Horus qui ne vaut guère mieux. Et il s’interroge notamment sur le rôle joué par le Word Bearer Erebus dans les événements en cours (je ne spoile rien, Erebus a écrit en gros « PUTAIN DE BATARD DE TRAÎTRE » sur son casque)…

 

Lesdits événements tiennent pour l’essentiel dans le retour de la Légion sur la planète Davin, précédemment visitée lors de la Grande Croisade. Ce devrait donc être en toute logique un monde fidèle à l’Imperium de l’Humanité, hein ? Ben non : parce que le gouverneur qu’avait laissé Horus sur place a trahi. C’est rien de le dire : Horus le prend mal, c’est une insulte personnelle tout autant qu’une critique éloquente de sa compétence et de ses choix… Alors Horus décide d’aller fritter la gueule au félon, réfugié sur la lune de Davin, et de le faire à la tête de sa Légion ; ce qui, oui, est d’une connerie monumentale… Et bien évidemment, tout cela tourne mal, et Horus est gravement blessé. Les médecins de la flotte n’arrivent pas forcément à grand-chose, la vie du primarque est menacée… et la Loge, sur les conseils moisis d’Erebus, succombe aux superstitions locales, en confiant le soin du Maître de Guerre à un étrange temple de Davin…

 

Horus lui-même, du coup – et à la différence de ce qui s’était produit dans le précédent tome –, est cette fois lui-même un personnage point de vue. Le Maître de Guerre, jusqu’alors une figure épique, aussi charismatique qu’admirable, se montre ici plus humain, affligé de doutes, commettant plus qu’à son tour des erreurs, résultant généralement de son arrogance et d’une sorte d’ambition frustrée, qui pourrait paraître étrange de la part d’un si puissant personnage, mais, comme disait l’autre, « le pouvoir absolu corrompt absolument »… On sait bien, donc, dès le départ, qu’Horus va faire une grosse boulette, et succomber aux murmures du Warp – on n’identifie pas encore les dieux du Chaos, même si un joli spécimen démoniaco-tentaculaire fait son apparition, combattu par la foi d’une commémoratrice…

 

Les commémorateurs, donc, sont le troisième point de vue essentiel des Faux Dieux. Et ces artistes et intellectuels – souvent imbus d’eux-mêmes, mais ils sont loin d’être les seuls dans ce cas – développent des politiques dépassant largement leur fonction, qu’il s’agisse de faire dans la Lectio Divinitatus, donc, ou dans la subversion poétique… On se doute que tout ne va pas très bien se passer pour eux.

 

On se doute de pas mal de choses, à vrai dire, à la lecture des Faux Dieux… mais, dans un sens, ça fait partie du plaisir. Et, par ailleurs, Graham McNeill parvient malgré tout à créer la surprise à l’occasion. Encore une fois, pour toutes ces raisons, le climax final est tout à fait convaincant.

 

Alors, certes, on y retrouve bon nombre de défauts déjà présents dans L’Ascension d’Horus ; ça ne brille pas exactement par le style, et la traduction est de toute évidence, euh, « critiquable »… Mais ça constitue bien, malgré tout, un divertissement tout à fait honorable, dans un très bel univers. Ma nostalgie takata-boum est pleinement comblée.

 

Suite : La Galaxie en flammes, de Ben Counter.

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Épées et sorciers, de Fritz Leiber

Publié le par Nébal

Épées et sorciers, de Fritz Leiber

LEIBER (Fritz), Épées et sorciers, [Swords Against Wizardry], traduit de l’américain par Jacques de Tersac, Paris, Temps Futurs – Pocket, coll. Science-fiction, [1968, 1982] 1986, 252 p.

 

« Cycle des épées », tome 4. L’occasion de retrouver ces aimables crapules de Fafhrd et le Souricier Gris pour de nouvelles aventures riches en hauts-faits héroïques et basses mesquineries. Épées et sorciers comprend quatre nouvelles, de taille très variable ; mais deux novellas dominent l’ensemble du recueil, la dernière en constituant à elle seule la moitié…

 

« Dans la tente de la sorcière », qui introduit brièvement le volume en quelques pages, n’a à vrai dire pas grand intérêt ; en fait, l’aventure du « Quai des Étoiles » y a déjà commencé, et il ne s’agit guère que d’une scène d’exposition tournant vite à la baston, au-delà d’une aimable satire de la superstition via la prophétie rimée de ladite sorcière, qui en impose nettement moins que Sheelba ou Ningauble.

 

Autant passer directement au « Quai des Étoiles », donc. Fafhrd et le Souricier Gris, interpellés par un message bienvenu promettant la découverte d’un trésor incomparable, se rendent, benêts qu’ils sont, dans les montagnes du Septentrion, peu ou prou la terre natale de Fafhrd, afin d’y escalader le Quai des Étoiles, montagne inaccessible et pétrie de légendes – on dit que c’est de là que les dieux ont lancé les étoiles dans le ciel, d’où son nom… Mais leur quête s’avère bientôt plus compliquée qu’une simple partie d’alpinisme… car ils ne sont pas les seuls à avoir été opportunément avertis de l’existence d’un butin à rafler. C’est ainsi dans une véritable course au trésor que se lancent tous ces personnages, une course sans foi ni loi, où tous les moyens sont bons pour l’emporter. Et, sans surprise, il pourrait bien se cacher un étrange dessein imprévu dans cette quête… car la montagne est habitée, et l’on compte bien réclamer quelque chose à nos héros avant qu’ils accèdent au sommet ; une chose dont ils pourraient volontiers se départir, d’ailleurs, mais il y a plusieurs méthodes pour la récupérer…

 

La novella, à mon sens, vaut surtout pour son ambiance assez délicieuse, notamment lors de l’arrivée de Fafhrd et du Souricier Gris au pied des montagnes, et dans les séquences de pur alpinisme, étrangement, qui sont très bien rendues. La rencontre avec les habitants du Quai aurait tout pour être savoureuse, elle l’est à certains égards, mais, se montrant nettement moins subtile – c’est rien de le dire –, elle m’a un peu moins convaincu… Cela reste cela dit une bonne novella du « cycle des épées ».

 

Côté saveur, j’ai tout de même nettement préféré la nouvelle de transition « Les Deux Voleurs de Lankhmar », où l’on retrouve temporairement la cité emblématique, et qui s’inscrit nettement dans la veine la plus humoristique du cycle. Fafhrd et le Souricier Gris, qui tendent à nouveau à se séparer, y cherchent des receleurs pour leur butin du Quai, et, comme de juste, se font pigeonner, « les deux voleurs de Lankhmar » n’étant bien évidemment pas ceux que l’on pourrait naïvement croire. Car nos héros, décidément, tendent à perdre tous leurs moyens devant un joli jupon à froisser… Amusant et très sympathique.

 

Le gros morceau, néanmoins, et qui fait le principal intérêt de ce quatrième tome, c’est « Les Seigneurs de Quarmall ». Une partie de cette novella avait été écrite en 1936, à l’origine, par Harry Otto Fischer ; et, des années plus tard, Fritz Leiber a construit tout un récit de Fafhrd et du Souricier Gris pour achever ce qui avait été laissé en plan, avec la bénédiction du premier auteur. Et cela donne un récit parfaitement cohérent, qui s’intègre à merveille dans le cycle. Quarmall tient du « donjon » tel qu’on l’envisagera ultérieurement dans les jeux de rôle de fantasy, et en premier lieu dans Donjons & Dragons. Cette forteresse est en effet essentiellement souterraine, riche en tunnels glauques et bourrés de pièges mortels. Il faut dire qu’elle est le théâtre d’un affrontement impitoyable entre ses seigneurs : le vieux maître Quarmal a en effet maille à partir avec ses deux fils, Hasjarl le brutal et Gwaay le taciturne, qui ne songent qu’à s’entretuer, afin qu’il n’en reste plus qu’un pour dominer le donjon. Mais dans les traditions – il y a des règles à respecter… Quoi qu’il en soit, ces différents membres d’une même famille sont entourés de sorciers passant leur temps à balancer des sortilèges sur le rival, et à protéger leur maître contre les tours de magie qui le visent. Mais Hasjarl recrute en outre Fafhrd pour se débarrasser de son encombrant de frère, tandis que Gwaay, comme de juste, porte son dévolu sur le Souricier Gris pour la même tâche (effet classique de la séparation des deux lascars ; dans un sens, c’est une reprise en plus brutale et violente de leur relation à Sheelba et Ningauble…). Et, accessoirement, nous sommes dans le « cycle des épées » : il y a donc en outre des jupons à froisser, qui viennent un peu tout compliquer…

 

« Les Seigneurs de Quarmall » est clairement une excellente novella, et Fritz Leiber a su achever le texte pour qu’il s’intègre au mieux dans son cycle ; je crois même que c’est – pour l’instant en tout cas – un de mes récits préférés de l’ensemble (mais probablement derrière « Jours maigres à Lankhmar », quand même). Aventure pleine d’astuces, riche en personnages hauts en couleurs mais malgré tout terriblement humains et en rebondissements imprévus, « Les Seigneurs de Quarmall » a un côté visionnaire, mais constitue aussi une jolie satire politique, tout en conservant une essentielle dimension de divertissement baroque ; on a rarement fait aussi bien, dans ce format, en matière d’heroic fantasy (ou sword’n’sorcery, comme vous voudrez).

 

Épées et sorciers constitue donc à nouveau une belle réussite, même si la longue dernière novella phagocyte un peu l’ensemble. Très chouette, globalement. Suite avec Le Royaume de Lankhmar

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La Nature des choses, de Lucrèce

Publié le par Nébal

La Nature des choses, de Lucrèce

LUCRÈCE, La Nature des choses, [De rerum natura], traduit [du latin] et présenté par Chantal Labre, Paris, Arléa, coll. Poche – Retour aux grands textes – Domaine latin, [1995] 2014, 312 p.

 

Lucrèce a pour lui de ne pas être grec (en ce moment, ça vaut mieux) ; mais il a surtout livré ce qui constitue à mon sens le plus grand joyau de la philosophie antique, avec son De rerum natura, fascinant poème philosophique, la principale – et presque la seule, à vrai dire – exposition des principes de la philosophie d’Épicure, loué à chaque livre comme le plus sage des hommes, qui a combattu les ténèbres et révélé la lumière à l’homme, en le délivrant notamment de la crainte de la mort. Ce qui n’est pas rien. Aussi, en dépit de son titre « physicien », renvoyant aux plus anciens des Présocratiques, La Nature des choses se révèle un exposé plus vaste, où la physique et la métaphysique débouchent sur l’éthique. Lucrèce, aussi, n’est peut-être pas un grand « créateur » (ou, du moins, on peut lui contester ce titre), lui qui expose avant tout Épicure, en remontant à ses influences antérieures tels Leucippe et Démocrite. Pourtant, La Nature des choses séduit et étonne de par la modernité de ses conceptions (atomistes et matérialistes), ce qui suffit déjà à en faire un livre unique en son genre ; mais si l’on y ajoute la forme poétique, toujours à la rescousse du fond, et qui transcende le texte en œuvre d’art aussi belle que profonde, on ne peut que s’avouer tétanisé devant l’incroyable habileté du texte, sa puissance phénoménale, sa subtilité, sa perfection même.

 

Je l’avais déjà lu, il y a de ça… longtemps. Et j’avais été conquis, déjà, par cette merveille. Un citoyen s’étant fait l’écho de cette nouvelle traduction, j’ai été pris de l’envie irrépressible de le lire à nouveau, avec un regard probablement plus mature (si, un peu, quand même). Et bien m’en a pris, puisque j’ai à nouveau été fasciné par la portée de ce classique.

 

Je crois me souvenir que Voltaire, cité dans la première édition que j’avais lue, disait de Lucrèce qu’il était grand poète mais piètre philosophe, ou quelque chose comme ça… Une histoire d’hôpital et de charité, ou de poutre et de paille. Car Lucrèce – à la différence de l’Arouet –, tout autant qu’un grand poète qui a fait suer des générations de latinistes (« Suave, mari magno… »), était bien un grand philosophe, aussi habile à la démonstration d’un système rigoureux qu’à son exposition lumineuse. Et son ouvrage, qui prend donc la forme d’un poème, dédié à l’ami Memmius, présente un système du monde unique en son genre, quand bien même il emprunte pour une bonne part à des doctrines plus anciennes. Le De rerum natura, seul en son genre, a traversé les siècles, ce qui est d’ailleurs un tantinet étonnant au vu de son contenu plus qu’à son tour blasphématoire…

 

Lucrèce part d’hypothèses foudroyantes, qui chamboulent tout ce que la philosophie antique – et notamment celle des « Physiciens » – prétendait. Un postulat essentiel affirme ainsi, dans un monde infini, l’infini de la matière, mais aussi l’existence du vide. Car seul le vide peut autoriser le mouvement des atomes. Deuxième intuition phénoménale, donc : la réalité est construite d’atomes, corpuscules infimes, aux formes diverses, dont on peut avoir une idée en observant les particules s’agitant dans un rai de soleil. Or il faut que ces atomes se meuvent, et la perception, notamment – d’une importance extrême aux yeux des épicuriens, car on ne peut se fonder que sur nos sens pour interpréter le réel –, résulte des mouvements des atomes qui se heurtent. Mais les atomes connaissent du coup un mouvement bien particulier, et fondamental dans la philosophie de Lucrèce : c’est la « déclinaison », le clinamen, qui génère les autres mouvements, et rend seul la vie possible. Et ce n’est pas la moindre merveille du De rerum natura que de placer ce clinamen au centre d’un système aux implications certes physiques et métaphysiques, mais aussi éthiques, cette déviation entraînant (au terme d’une démonstration que, je plaide coupable, je serais bien en peine de reproduire) la possibilité du libre-arbitre.

 

Ces considérations scientifiques étonnamment avancées décrivent effectivement La Nature des choses, avec un brio jamais constaté auparavant. Or c’est bien ici la nature le maître-mot. Et cette nature se passe des dieux. Lucrèce a beau faire quelques allusions ici ou là (à Vénus, notamment), il n’en reste pas moins que sa philosophie est agnostique, et tend vers l’athéisme. Nul besoin des dieux, ici, pour expliquer les phénomènes les plus étranges (ainsi les « météores » du dernier livre, qui sont tout autant les tremblements de terre, les éruptions volcaniques ou les épidémies – très fortes dernières pages, passablement abruptes, du poème philosophique, qui pour le coup ne manquent pas d’évoquer l’immense Thucydide – mon chouchou chez les Grecs) : ils trouvent tous leur raison d’être dans la nature, et donc dans le jeu incessant des atomes de matière à travers le vide.

 

L’ambition essentielle de Lucrèce – et donc à l’en croire de son maître à penser Épicure – est en effet de libérer l’homme de la peur et des superstitions qu’elle entraîne. Ce qui n’en fait pas pour autant un auteur « optimiste » (le dernier livre, notamment, est éloquent à cet égard) ; et il faut bien évidemment, en abordant le De rerum natura, se libérer des connotations improbables et stupides que des siècles de dénigrement et de mauvaise foi ont accolé à l’épicurisme : si le sage épicurien vit pour le plaisir, celui-ci, cette ataraxie, consiste en l’absence de douleur, et pas en un hédonisme sans frein (dommage ?).

 

Mais l’important, ici, est donc que les superstitions n’ont pas lieu d’être – et les dieux rentrent bien dans cette catégorie. La nature, observée par la science – par les sens, donc, mais il faut néanmoins faire attention aux « simulacres » et aux interprétations erronées de l’esprit –, explique tout, sans qu’il soit besoin de recourir à un plan déterminé, un « dessein intelligent » si j’ose dire. La nature progresse certes à tâtons, fait des erreurs, mais suscite d’elle-même à terme une harmonie dans l’évolution. Et, pour expliquer les phénomènes, bien loin de s’en tenir à une cause unique de l’ordre de la foi, Lucrèce recourt continuellement à des hypothèses multiples, scientifiques, et pas forcément exclusives les unes des autres – démontrant par là même que le recours à la superstition a quelque chose d’absurde.

 

La peur de l’homme génératrice de mythes se fonde essentiellement sur la terreur qu’il éprouve devant la mort. Lucrèce entend l’en libérer, en démontrant qu’il n’y a pas d’âme immortelle, et donc pas de jugement post-mortem conduisant le dévot dans un paradis et le méchant dans les enfers – pas plus qu’il n’y a de métempsycose, d’ailleurs. Cependant, la matière, pour être infinie dans l’univers, n’en est pas moins soumise aux cycles naturels de la vie et de la mort : oui, le corps – et l’âme avec – est amené à périr ; mais cette mort « rend » des atomes qui susciteront la vie ailleurs : harmonie de la nature, une fois de plus.

 

Aussi le sage épicurien, n’ayant plus à craindre le trépas et libéré des frissons que lui imposent les « météores », peut-il élaborer une éthique concrète, qui lui assurera, sinon le bonheur, du moins l’absence de douleur. Et c’est sans doute en cela que La Nature des choses dépasse toutes les œuvres antérieures de la philosophie antique (celles dont on a connaissance, du moins…) : il résulte de cette observation minutieuse de la nature un véritable système du monde, cohérent et rassurant en tant que tel.

 

La postérité de Lucrèce est énorme, bien sûr. Au fil des siècles, bien des penseurs se sont référés à cet ouvrage hors-normes (de manière parfois paradoxale : Chantal Labre évoque ainsi des philosophes très chrétiens, tels Bossuet ou Pascal, piochant çà et là dans le poème impie…). Sans doute les matérialistes des Lumières s’y sont-ils souvent référés, et ceux qui les ont suivi de même – et parfois des scientifiques plus que des philosophes (et peu importe que, dans le détail, certaines intuitions de l’auteur se soient avérées fausses : il faut bien évidemment remettre ici les choses dans leur contexte, il y a plus de 2000 ans de cela… et se prendre la baffe qui va avec).

 

Oui, La Nature des choses est une œuvre exceptionnelle, un livre rare et d’autant plus précieux, à vrai dire sans doute un des livres les plus importants de l’histoire des lettres. La philosophie y est aussi profonde que belle, aussi implacable que libératrice – et dès lors nécessaire.

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L'Ascension d'Horus, de Dan Abnett

Publié le par Nébal

L'Ascension d'Horus, de Dan Abnett

ABNETT (Dan), L'Ascension d'Horus, [Horus Rising], traduit de l'anglais par Julien Drouet, Nottingham, Black Library, coll. The Horus Heresy, [2006, 2008] 2014, 414 p.

 

J'ai toujours eu une certaine sympathie pour l'univers bariolé et fascistoïde de Warhammer 40 000. Il faut dire qu'il a beaucoup compté pour moi, quand bien même de manière indirecte. En effet, je l'ai découvert – je devais avoir huit ou neuf ans – quand on m'a offert le très chouette jeu de plateau et de combat tactique (que j'ai hélas paumé depuis...) Space Crusade. J'ai passé des heures et des heures dessus avec mes petits camarades, à guider mes figurines de vaillants Space Marines dans les couloirs obscurs d'un vaisseau mystérieux afin d'y massacrer de l'Orque à tout va (en espérant ne pas tomber sur un Genestealer...). Et, à l'évidence, j'en voulais encore.

 

Et puis, un jour, je suis tombé sur un numéro de White Dwarf, qui représentait en couverture des Space Marines à foison – c'était pour la sortie du jeu Epic –, même si j'avais surtout été bluffé, à la lecture de cette étrangeté chopée par hasard, par la version médiévalisante – Warhammer, ou Warhammer Battle –, avec un compte rendu de bataille qui m'avait autant passionné que tétanisé ; j'ai lu et relu ces pages joliment illustrées, avec ces figurines merveilleusement peintes (je n'ai jamais réussi à obtenir quelque chose de correct pour ma part...), et c'est ainsi que j'ai découvert l'univers des wargames avec figurines. Inévitablement, quelque temps plus tard, je me suis fait offrir la boîte de base (avec, à l'époque, des Hauts-Elfes et des Orques), et, si j'ai galéré un moment avant d'y comprendre quoi que ce soit, j'ai ensuite monté ma propre armée – des Nains ; j'avais l'ambition aussi de faire une tentative du côté des Skavens et des Morts-Vivants, mais ça n'a jamais pu se faire – et cherché à conquérir le monde face à mes petits camarades...

 

Et puis, troisième étape : un jour, en fouinant dans une maison de la presse, j'ai eu l'impression de retomber sur un Space Marine, vaguement différent certes, mais qui m'a forcément fait de l'œil : il s'agissait en fait d'une illustration pour un jeu qui n'avait rien à voir, offert dans ledit numéro de Casus Belli. Du coup, indirectement, c'est aussi à cause de (pardon : grâce à) Warhammer 40 000 que j'ai découvert les jeux de rôle... Même si le premier que je me suis procuré, c'était le vieux Star Wars. Étrangement (ou pas), je n'ai jamais joué aux jeux de rôle dans les univers de Warhammer et de Warhammer 40 000 (mais je ne suis pas certain que j'y trouverais mon bonheur, a fortiori maintenant), mais peu importe.

 

Quatrième étape, enfin : les jeux vidéos, qui ont maintenu la flamme, et dans lesquels j'ai retrouvé cet univers avec plaisir (même si un seul m'a vraiment beaucoup marqué : le wargame – tour par tour, forcément – Final Liberation)...

 

(Ah, et, à côté, il y avait aussi Blood Bowl, sous toutes ses déclinaisons ; mais c'est une autre histoire...)

 

Et voilà où j'en suis : cette nostalgie – assez fondée tout de même, il me semble – m'a amené à lire le premier tome de « L'Hérésie d'Horus », très gros cycle écrit à plusieurs mains retraçant une histoire essentielle du background de Warhammer 40 000 (qui me paraît d'ailleurs avoir pas mal changé sous cet angle, par rapport à mes vieux souvenirs : les Orques et les Eldars y occupaient une place beaucoup plus importante, eux qui sont aujourd'hui rassemblés, avec les Tyranides, etc., dans la catégorie des Xénos, et, corrélativement, le Chaos, sans être négligeable, était moins omniprésent). Certes, les licences, c'est généralement Le Mal. Cela dit, j'avais entendu des échos plutôt positifs de cette longue série, et notamment des romans écrits par le best-sellereux Dan Abnett, à l'instar de ce premier tome qu'est L'Ascension d'Horus. Alors, sur une impulsion – une envie de lire du pas-prise-de-tête, éventuellement takata-boum –, j'ai acquis ce premier volume, et je l'ai lu, presque aussitôt.

 

Et j'imagine que j'y ai trouvé ce que j'en attendais : oui, c'est abominablement mal écrit, et encore plus mal traduit (certaines phrases, désolé, ne veulent tout simplement rien dire en français). Mais c'est aussi, oui, passablement entraînant, aussi fascinant que l'univers est fascisant, et à n'en pas douter addictif. À s'en tenir du moins à ce premier tome écrit par Dan Abnett. On verra pour la suite. Oui : on verra.

 

Il y a l'Imperium des Humains. Après la Longue Nuit qui a séparé les peuples humains égarés sur des milliers de systèmes, et après les guerres d'unification de Terra, l'Empereur a lancé une grande croisade afin de rétablir les liens, en voyageant à travers le Warp. L'Empereur a tout d'abord conduit lui-même cette croisade, puis a décidé de retourner sur Terra, et d'en confier le commandement à son fils préféré Horus, promu pour le coup Maître de Guerre. À la tête des Luna Wolves, peut-être les plus fougueux des Space Marines, le brillant Horus répand ainsi la vérité de l'Imperium à travers la galaxie ; une vérité sans Dieu, il est important de le noter (malgré les tentatives de diviniser l'Empereur, qui sont rejetées par le principal concerné) ; mais une vérité qui ne fait aucun doute pour les soldats d'élite que sont les membres de l'Astartes.

 

Ou presque... Forcément.

 

Le roman, composé de trois parties inégales, s'ouvre sur la conquête... de Terra. Enfin, d'une planète qui se dit Terra, ce qui est bien sûr impossible, puisque la vraie Terra, c'est celle de l'Empereur, qui justifie l'action des Space Marines (produits génétiquement pour une efficience maximale dans l'art de la guerre)... La rencontre entre les deux Terra, les deux empires (puisqu'il y en a un là aussi...), dégénère très vite – forcément. Mais les troupes de ce monde lointain ne sont pas à même de résister bien longtemps à la furie de l'Astartes... Il y a cependant des poches de résistance, qui se fondent notamment sur la foi – la religion, et d'autres superstitions du même type, comme la légende à propos de ces montagnes qui murmurent, et seraient le repaire de démons... N'importe quoi, hein ?

 

L'aventure se poursuivra au-delà de cette fausse Terra, tout d'abord dans un monde débordant d'Arachnides, puis sur un nouveau centre humain. Mais chacune de ces étapes sera en fin de compte une occasion supplémentaire de questionner, quand bien même timidement, la vérité de l'Empereur et la justesse des méthodes (bourrines) de l'Astartes pour l'imposer.

 

Horus, le charismatique Horus, est là, bien sûr, mais un peu en retrait – et il ne faut pas s'attendre, dans ces pages, à le voir succomber : l'hérésie n'est encore qu'en puissance, le fils préféré de l'Empereur reste son plus fidèle soutien. Les principaux personnages et points de vue sont, d'un côté, Garviel Loken, capitaine de la 10e Compagnie des Luna Wolves – qui connaît une ascension fulgurante dans ces pages, devenant conseiller informel du Maître de Guerre Horus en tant que membre du Mournival, sans doute un brave type, indéniablement loyal, peut-être trop (mais ce n'est pas un imbécile pour autant, et il est régulièrement amené à s'interroger sur ce qui se produit autour de lui, chose horrible et insupportable pour un militaire) –, et, d'un autre côté, les commémorateurs accompagnant la croisade, et chargés d'en narrer les hauts faits via leurs différentes pratiques artistiques, à fins de propagande – qui, eux aussi, pour être habitués à n'intervenir qu'après la bataille et ses horreurs, n'en tendent pas moins à se rebeller, même très légèrement, et à s'interroger à leur tour...

 

De la sorte, Dan Abnett, même avec sa plume pauvre, et en dépit de certaines scènes plutôt malhabiles quand elles entendent confronter immédiatement les personnages à des réflexions éthiques et politiques trop éthérées pour eux, remplit sans doute son contrat : le roman est prenant, abondant en scènes d'action plutôt efficaces, et le sérieux pointe en outre de temps à autre, de manière plutôt intéressante. Certes, on ne fait pas là dans la Ghrandhe Hlittérathure, mais ça n'a aucune espèce d'importance : L'Ascension d'Horus est bien un produit de consommation courante ; je l'ai consommé, et m'en porte plutôt bien, ayant retrouvé avec plaisir cet univers belliqueux aux visuels saisissants. J'ai même, à vrai dire, une grande envie de poursuivre l'aventure, d'assister à la naissance de l'hérésie à proprement parler... Aussi me suis-je procuré le deuxième tome, Les Faux Dieux de Graham McNeill... Et on verra bien...

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The Dunwich Horror and others, de H.P. Lovecraft

Publié le par Nébal

The Dunwich Horror and others, de H.P. Lovecraft

LOVECRAFT (H.P.), The Dunwich Horror and others. The Best Supernatural Stories of H.P. Lovecraft, selected and with an introduction by August Derleth, Sauk City, Arkham House, [1963] 1973, XX + 431 p.

 

Cela devait arriver, c'était inéluctable (« toute marche irrésistible vers un destin »...) : à force de lire des choses sur Lovecraft ou autour de Lovecraft, j'ai eu très envie de relire ses nouvelles, et cette fois dans le texte. The Dunwich Horror and others, qui est présenté, dans l'ensemble à bon droit, comme un best-of des histoires surnaturelles du gentleman de Providence, s'est inévitablement imposé à mes yeux (malgré ou à cause de la couverture peu ragoûtante...) : il est vrai qu'il contient presque toutes les meilleures histoires de Lovecraft ; ne manquent à l'appel que ses « romans » (rassemblés dans At the Mountains of Madness & other novels) et, plus étrangement, « The Dreams in the Witch-House » (même recueil). Tout le reste se trouve dans ce volume.

 

Avec quelques étrangetés qui n'y ont peut-être pas leur place,cela dit : en ce qui me concerne, deux des textes compilés ici sont même plutôt mauvais (« Cool Air », qui ne fait pas peur, car n'ayant aucune raison de faire peur quoi qu'en dise le narrateur, et « The Terrible Old Man », très court heureusement, dont je ne sais s'il est avant tout lamentable de par sa xénophobie affichée ou sa profonde puérilité – les deux s'associant, à vrai dire). « In the Vault » est par ailleurs une histoire à la Poe assez anecdotique, mais je lui reconnais une sensation assez remarquable de claustrophobie ; enfin, mais c'est là très personnel, je trouve « Pickman's Model », « The Picture in the House » et « The Thing on the Doorstep » un cran inférieures aux autres nouvelles du recueil, sans être mauvaises pour autant (loin de là).

 

Le reste, c'est que du bonheur : « The Rats in the Walls », « The Outsider », « The Colour out of Space », « The Music of Erich Zann », « The Haunter of the Dark », « The Call of Cthulhu », « The Dunwich Horror », « The Whisperer in Darkness », « The Shadow over Innsmouth » et « The Shadow out of Time », tout de même (dans l'ordre du recueil, pas forcément très bien choisi). Tout n'y relève pas du « Mythe de Cthulhu », au passage, mais on en trouve les textes essentiels.

 

Le « Mythe »... Inévitablement, dans sa préface, August Derleth brode sur ce thème, et, hélas, c'est à sa manière... Il affirme donc le substrat manichéen et/ou judéo-chrétien de cet ensemble en dépit du bon sens et, à n'en pas douter, en dépit des intentions et de la philosophie lovecraftiennes, et en rajoute une couche avec l'idée particulièrement stupide d'un panthéon élémentaire (Cthulhu = eau, etc.). Il pousse enfin le vice, mais c'est assez logique, du coup, jusqu'à hisser ses propres contributions au « Mythe », et notamment ses « collaborations posthumes », au niveau de celles de Lovecraft...

 

Bon, peu importe. Ce n'est qu'une introduction, et les textes purement lovecraftiens qui suivent parlent d'eux-mêmes. Je note quand même que Derleth affirme que « The Dunwich Horror » était aux yeux de Lovecraft sa meilleure nouvelle (dans ce genre-là, en tout cas), d'où le titre du recueil, mais cela peut laisser perplexe : si j'aime toujours beaucoup ce texte, avec sa belle ambiance rurale dégénérée, je ne peux qu'avouer, à la relecture, que S.T. Joshi n'a pas totalement tort – même s'il est trop sévère à mon sens – quand il condamne la fin, pour l'essentiel, de ce texte séminal (et très rôlistique indéniablement, il y a là une source essentielle des investigations ultérieures), comme étant passablement ridicule et inscrivant du coup la nouvelle dans le registre parodique à force de caricature... Je note aussi, forcément, l'appréciation de Robert M. Price montrant combien ce texte était étrangement « derlethien » avant d'être « lovecraftien »... Bon. Il est cependant clair à mon sens que des nouvelles comme « The Colour out of Space », « The Call of Cthulhu », ou « The Shadow over Innsmouth » sont bien meilleures, voire « The Whisperer in Darkness » ou « The Shadow out of Time », pour m'en tenir aux seuls textes de ce recueil (mais, encore une fois, j'aime quand même vraiment beaucoup « The Dunwich Horror »...).

 

C'était Cocteau, je crois, qui prétendait que Lovecraft gagnait à être lu en français. Cette première lecture des nouvelles du gentleman de Providence dans le texte m'a permis de tordre le coup à cette idée reçue ; je n'étais certes pas le dernier à critiquer « l'adjectivite aiguë » de Lovecraft, mais le fait est que ça coule tout seul en anglais. Certes, on ne conte pas les « hideous », « ghoulish » ou « cyclopean », mais ça passe mieux... Je ne prétendrais pas pour autant que Lovecraft est au-dessus de toute critique stylistique (j'ai ainsi souffert, par exemple, de l'accumulation de tournures interrogatives dans les longues dernières pages de « The Shadow out of Time », pourtant un texte brillant), mais dans l'ensemble, c'est quand même très fort (malgré quelques tirages à la ligne, dans les textes les plus tardifs essentiellement, qui sont aussi les plus longs).

 

Ces nouvelles – on le sait, je n'invente certes pas l'eau chaude – adoptent souvent la forme de « rapports » (lettres ou journaux intimes), dans lesquels l'horreur a déjà eu lieu, même si elle est annonciatrice de pire encore, probablement. Ce procédé est souvent très efficace (« The Call of Cthulhu », « The Whisperer in Darkness », « The Shadow over Innsmouth », peut-être aussi « The Colour out of Space »), mais n'est pas sans défauts ou risques, notamment quand la question du réalisme de ces « rapports » entre en contradiction avec les besoins littéraires : ainsi de la révélation retardée ou qui n'en est pas vraiment une (« The Outsider », « The Dunwich Horror », « The Whisperer in Darkness », « The Shadow out of Time »), ou – là ça en devient un peu gênant – le fait de coucher sur le papier en temps réel ou peu s'en faut des scènes ou comportements qui ne devraient pas supporter ce procédé (ce qui est surtout vrai ici de la fin de « The Rats in the Walls », mais on pourrait citer aussi, non recueilli ici, « Dagon »).

 

Par ailleurs, lesdits rapports sont dénués de dialogues, mais non exempts de longs, très longs monologues : les exemples les plus flagrants, ici, sont peut-être ceux que l'on trouve dans « The Shadow over Innsmouth », et notamment celui de Zadok Allen dans son sabir d'ivrogne.

 

Je note enfin une distorsion entre la peur et le « weird », parfois. Le cas – à mon sens raté – de « Cool Air » a déjà été évoqué, mais d'autres textes, nettement plus réussis, présentent également ce caractère à mon sens – et notament « The Whisperer in Darkness », qui annonce d'emblée que le narrateur n'a somme toute rien vu d'horrible à proprement parler ; procédé qui me paraît également notable dans certains des textes les plus tardifs, abondant en merveilles (distinctes de celles des nouvelles « dunsaniennes », pas reprises ici), et notamment « The Shadow out of Time » et, forcément, At the Mountains of Madness.

 

Ces quelques remarques générales ne signifient en rien que ma passion pour les textes de Lovecraft a été affectée ; bien au contraire, je sors de cette lecture avec une profonde admiration, totalement renouvelée, pour l'auteur au sommet de sa forme, d'une adresse incomparable dans la construction notamment, mais aussi remarquablement doué pour introduire ses textes façon « pan dans ta gueule », et les imprégner d'une philosophie originale et aussi séduisante qu'effrayante. Je me suis régalé à la lecture de cet excellent recueil, plus que jamais. Et je compte bien poursuivre prochainement, probablement avec At the Mountains of Madness & other novels...

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Inversions, de Iain M. Banks

Publié le par Nébal

Inversions, de Iain M. Banks

BANKS (Iain M.), Inversions, [Inversions], traduit de l'anglais par Nathalie Serval, préface de Gérard Klein, Paris, Fleuve Noir – LGF, coll. Le Livre de poche Science-fiction, [1999, 2002-2003] 2010, 412 p.

 

Inversions est présenté comme le cinquième roman rattaché au « cycle de la Culture ». Ce qui ne prête sans doute pas à débat, mais, autant prévenir les fans : il n'a pas forcément grand-chose à voir avec les autres, et l'expression même de « Culture » n'y apparaît pas une seule fois ; sans doute la Culture y joue-t-elle un rôle, et non négligeable, mais c'est en creux, à l'appréciation du lecteur qui sait décrypter le récit et interpréter les indices. Gros contraste néanmoins avec les précédents, et notamment Excession : Inversions est une sorte de planet opera (on n'y voyage pas entre les étoiles, l'action est confinée sur un unique monde), et son cadre a quelque chose d' « archaïque » ou « primitif » (je n'aime pas ces termes, mais bon...). La quatrième de couverture le présente comme « un monde engagé dans le difficile passage de la féodalité à la Renaissance, de la théocratie à la science ». Expression qui a pu me faire tiquer tant elle évoque un décalque de l'histoire terrestre (et plus précisément de celle de l'Europe), mais qui est, j'imagine, somme toute justifiée, notamment en ce que l'ombre d'un empire antique y plane sur les potentats du présent ; si la Culture intervient dans ce cadre, c'est probablement au travers d'envoyés étudiant la situation de l'intérieur, en préparant le cas échéant un contact (ce qui a pu m'évoquer, d'une certaine manière, les « mobiles » du « cycle de l'Ekumen » d'Ursula K. Le Guin).

 

Le roman se divise en deux trames narratives alternées. Les chapitres « le docteur » s'intéressent au personnage de Vosill, médecin de la cour royale d'Haspide, et par ailleurs – horreur glauque – une femme... ce qui peut faire penser là aussi à Le Guin. Vosill, forcément, a bien du mal à paraître sérieuse aux yeux des vieux croûtons qui polluent la cour, qui ne comprennent pas sa médecine ultra-moderne, que ce soit sur le plan du diagnostic ou du traitement ; le fait qu'elle soit une femme – et donc inférieure, hein – n'arrange bien évidemment rien à l'affaire, et produit cet édifiant paradoxe : sa médecine scientifique fait l'effet aux yeux de presque tous de « remèdes de bonnes femmes »... Le roi, cependant, lui fait confiance. Mais il est par ailleurs dans une situation délicate : les complots abondent dans son entourage, et les relations internationales sont complexes, notamment avec UrLeyn, Premier Protecteur de Tassasen, qui n'a pas revendiqué le titre d'empereur – il laisse ça à d'autres factions qui ne cessent de se déchirer –, mais qui a établi un pouvoir ne manquant pas d'évoquer cette gloire antique (même s'il a quelque chose de plus « moderne » encore, évoquant dans un sens un Napoléon).

 

La seconde trame se déroule justement à la cour d'UrLeyn. « Le garde du corps » est un nommé DeWar, qui a juré de défendre contre vents et marées le Protecteur. Et il y a beaucoup à faire : les menaces sont à l'aune du pouvoir qu'il a établi, et son impérialisme (pouvant fonctionner comme un rappel de celui de la Culture ?) multiplie encore ses ennemis, ainsi chez des aristocrates frontaliers qui n'entendent pas se plier à son autorité. Et il est sans doute bien des moyens de s'en prendre à lui, jusqu'aux plus vicieux : son fils est en première ligne...

 

Les deux trames sont présentées comme des rapports relevant largement de l'espionnage, mais celle du « garde du corps » donne bien vite l'impression d'un narrateur externe et omniscient. L'approche est différente pour ce qui est du « docteur » : l'espion – l'apprenti de Vosill – écrit à la première personne, et laisse s'exprimer sa subjectivité, et même ses sentiments. Or Vosill est fascinante, à la mesure des perturbations que son emploi suscite ; et, parce que femme, elle suscite inévitablement le désir... Encore que cette thématique ne soit pas totalement absente dans les chapitres du « garde du corps » : la relation de DeWar à la charismatique courtisane Perrund n'est ainsi pas exempte de sentiments refoulés.

 

Tout cela pourrait sans doute donner un roman intéressant... et pourtant, je n'ai pas su apprécier Inversions. Ce qui m'a ramené à la déception relative que j'ai dans l'ensemble éprouvée depuis le début du « cycle de la Culture », même si j'avais l'impression que les choses tendaient à s'améliorer – et, je le rappelle, j'avais vraiment beaucoup aimé le précédent roman du cycle, Excession. Mais Inversions, en en prenant le contre-pied (ne serait-ce que l'absence des Mentaux...), m'a à nouveau déçu. Je n'irais pas jusqu'à le qualifier de mauvais, hein ; mais je l'ai quand même trouvé très anecdotique.

 

J'ai un problème, décidément, avec le tirage à la ligne de Banks, qui m'a gêné dans chacun des romans de la Culture que j'ai lus jusqu'à présent. Inversions, sauf erreur, est pourtant le plus court... Mais il ne m'en a pas moins semblé trop long, avec des scènes sans grand intérêt et indûment prolongées. Problème qui m'a paru d'autant plus agaçant que la fin du livre m'a donné quant à elle une impression de bâclage tant elle était expédiée ! Aussi me suis-je régulièrement ennuyé à la lecture d'Inversions, avant d'être frustré par sa conclusion. Difficile, dans ces conditions, de lui attribuer une note positive...

 

Par ailleurs, un autre aspect m'a gêné, qui est la relative tendance à la caricature du roman – et ça m'a vraiment surpris de la part de Banks. J'ai évoqué à plusieurs reprises Ursula K. Le Guin dans ce compte rendu : la comparaison s'imposait à mes yeux, c'était plus fort que moi ; or Le Guin est à mon sens autrement plus subtile que Banks, tout en usant d'un matériau similaire. La question du progrès dans un monde jugé « archaïque » est beaucoup plus finement envisagée dans ses œuvres (par exemple dans Le Dit d'Aka), là où Banks use et abuse de clichés médiévalisants – on ne compte pas les séjours en salle de torture, ça en devient risible à force là où cela devrait être terrifiant... Et il en va de même, bien sûr, pour le questionnement du genre et de la place des femmes dans la société (La Main gauche de la nuit, Quatre Chemins de pardon, L'Anniversaire du monde...). À la comparaison, Banks perd indubitablement à mes yeux. Et je n'ai pas pu en faire abstraction...

 

Un roman assez anecdotique, donc, qui n'a certes pas le brio d'Excession, et rate un peu son projet, à mes yeux en tout cas. Bon, ben, la Culture, c'est pas encore ça, pour moi... Une pause s'impose...

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