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"Animaux solitaires", de Bruce Holbert

Publié le par Nébal

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HOLBERT (Bruce), Animaux solitaires, [Lonesome Animals], traduit de l'américain par Jean-Paul Gratias, Paris, Gallmeister, coll. Noire, [2012] 2013, 324 p.

 

Je n'ai pas acheté ce livre. On me l'a mis dans les mains, sans plus d'indications, en supposant que ça me plairait, j'imagine. Il faut dire que j'avais un a priori positif : si c'est le premier volume de la collection « Noire » de Gallmeister que je lis, je me suis néanmoins régalé d'un certain nombre d'ouvrages de cet éditeur qui a pour ambition affichée de dévoiler une littérature américaine « autre ». Des westerns, essentiellement, en ce qui me concerne, mais d'autres titres m'ont fait de l'œil. J'étais donc curieux de lire ce premier roman dont je ne savais rien, d'un auteur à l'histoire familiale tragique (sur laquelle il ne me paraît néanmoins pas indispensable de revenir ici...).

 

Nous sommes en 1932, dans le comté de l'Okanogan (État de Washington). Une région rurale et bucolique, largement occupée par une réserve indienne ; les temps changent, cependant, et le New Deal n'est pas sans laisser sa marque sur la région, sous la forme de grands projets à même de bouleverser la géographie locale. Mais, si cette dimension n'est pas négligeable pour conférer au roman son atmosphère si particulière – on est bien chez Gallmeister, tout cela sent le nature writing même si on est dans une autre collection –, ce n'est néanmoins pas ce qui va nous intéresser le plus ici. Car, face à cette nature encore passablement sauvage mais en voie de domestication, nous nous intéresserons surtout à des hommes.

 

Et, au premier chef, au très charismatique Strawl, un vrai dur, flic à la retraite connu pour sa brutalité et sa violence, qui, à l'instar de l'auteur donc, a connu une histoire familiale complexe et éprouvante. La police de trois comtés vient lui demander de reprendre exceptionnellement du service, afin de mettre aux arrêts – ou, mieux encore, d'abattre... – un mystérieux tueur en série incroyablement sadique, qui massacre à tour de bras des Indiens de la réserve en leur infligeant les pires supplices. On vient voir Strawl avec une liste de suspects... sur laquelle, à vrai dire, il figure lui-même ! Et notre « héros », à qui la vie de fermier ne réussit guère, se lance donc sur la piste du tueur, en qui il devine en quelque sorte un miroir de sa propre personne.

 

Strawl a sa méthode, pas très orthodoxe. Et il prend son temps : là encore, cette dimension est importante pour conférer à ce roman son atmosphère si particulière ; Bruce Holbert se montre pointilleux, et décrit par le menu chaque repas de notre enquêteur, ou s'attarde même sur chaque cigarette... Strawl voyage à cheval dans la réserve, cherchant des témoins éventuels, ou pistant des suspects, accompagné bien vite par son fils adoptif Elijah, un Indien foncièrement chrétien qui joue au prophète. Mais les meurtres se poursuivent, tous plus atroces les uns que les autres, et la population locale ne se montre pas forcément très coopérante, c'est rien de le dire...

 

Animaux solitaires joue ainsi plusieurs cartes, et mêle les genres avec un certain brio : la trame de polar à serial killer n'exclut pas un certain côté western (on en retrouve quelques images inévitables, des périples à dos de canasson aux Indiens en voie d'acculturation), ni a fortioriune séduisante touche de nature writing dans le cadre. Mais tout cela – qui ne surprend pas dans un livre édité par Gallmeister – tient largement du décor. L'intrigue policière, à vrai dire, si elle est tout sauf bâclée et est assez adroitement menée (même si l'identité du coupable n'est pas forcément très mystérieuse, et ne surprend guère quand elle est enfin révélée... mais d'autres éléments connexes sont plus étonnants, et très bien vus), est un prétexte à bien des égards.

 

Animaux solitaires est en effet avant tout – reprenons l'expression du Seattle Times en quatrième de couverture – « une fable morale brûlante ». Ce roman très bavard (parfois juste un peu trop, mais dans l'ensemble c'est dosé avec une grande pertinence) tient en effet de la parabole ; et derrière les événements qui justifient le roman ou le cadre si singulier dans lequel il se déroule, Animaux solitaires est une histoire d'hommes qui parlent et s'interrogent sur leur condition, leur rôle, leur raison d'être. Et cette dimension est d'autant plus cinglante et juste que cette fable morale... est largement amorale, en ce qu'elle est servie par des protagonistes généralement guère aimables, voire franchement détestables, et toujours contestables dans leurs actes comme dans leurs pensées et paroles. La cruauté viscérale des intervenants – le tueur, bien sûr (la description de ses actes ne lésine pas sur le gore sadien), mais aussi Strawl lui-même – en rajoute encore dans cette dimension, qui rend le roman assez éprouvant, voire carrément rude, mais aussi, finalement, d'une intelligence désabusée tout à fait poignante. On a vu plus joyeux et humaniste, certes... Mais peu importe.

 

Vous l'aurez compris : j'ai beaucoup aimé ce premier roman, qui n'est certes pas sans défauts, mais est néanmoins d'une ambition et, d'une certaine manière, d'une finesse qui le rendent singulier et font tout son intérêt. Animaux solitaires est à mon sens un très bon roman noir (teinté de nature writing et de western, donc), dont on espère qu'il sera suivi par d'autres productions aussi fascinantes : le nom de Bruce Holbert me paraît en tout cas mériter une certaine attention ; et si je n'irais pas encore, pour le moment, jusqu'à le mettre dans la filiation de Cormac McCarthy (on y pense néanmoins, rien d'étonnant à ce que la quatrième de couverture cite le nom du fameux écrivain), je lui reconnais d'ores et déjà d'avoir écrit un premier roman indéniablement puissant, et suffisamment intriguant et bien vu pour que l'on lui décerne bien des louanges.

 

(Accessoirement, c'est la première fois depuis un bail que je suis relativement satisfait d'un article de mon blog ; cela ne tient en rien du hasard, j'imagine ; et pour cela aussi, merci, merci, merci, à tous ceux qui m'ont amené à lire ce roman auquel je n'aurais sans doute pas accordé la moindre attention autrement, pour tout un tas de raisons plus navrantes les unes que les autres...)

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"Hombre", d'Elmore Leonard

Publié le par Nébal

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LEONARD (Elmore), Hombre, [Hombre], traduit de l'anglais (États-Unis) par Élie Robert-Nicoud, Paris, Rivages, coll. Noir, [1961] 2004, 172 p.

 

Bon... Encore un problème pour chroniquer un livre lu il y a quelques semaines de cela et qui ne m'a laissé quasiment aucun souvenir... Sauf qu'à la différence de ce qui s'était produit pour Le Fil de l'horizon d'Antonio Tabucchi, le bilan est cette fois clairement négatif. La seule chose dont je me souviens, concernant Hombre d'Elmore Leonard, c'est que je ne l'ai pas du tout aimé, et que je me suis fait atrocement chier à le lire.

 

Vous vous en souvenez peut-être, j'avais été un poil déçu par 3 heures 10 pour Yuma, recueil de nouvelles western de l'auteur. Je ne comptais cependant pas m'arrêter là, et désirais lire d'autres westerns d'Elmore Leonard, auteur phare du genre. Mon choix s'est donc porté sur Hombre, court roman de 1961, également adapté au cinéma (en 1967, par Martin Ritt, avec Frederic March et Paul Newman), et d'excellente réputation. Et je dois avouer que je ne comprends pas cette pluie d'éloges pour ce roman qui m'a fait l'effet d'être au mieux médiocre, et en tout cas assez franchement laborieux.

 

Le roman prend le prétexte d'un voyage en diligence en plein désert. Les passagers sont censément croquignoles. On y compte notamment John Russel, dit l'Apache. Russel est blanc, mais a été élevé par les Indiens, et se sent plus indien que blanc. Bon... Un personnage vaguement miroir, ensuite, avec une femme qui a été enlevée par les Indiens, et sort tout juste de sa longue captivité. Un brigand, également, qui, avec ses camarades, tend une embuscade à la diligence pour détrousser un richouze. Les mauvaises graines se barrent avec la flotte. Russel devient dès lors le seul espoir des autres passagers, et fera tout pour les sauver et régler tant qu'à faire leur compte aux voleurs.

 

Voilà. Une base assez classique, qui met une touche de huis-clos dans le désert. Un héros façon dur qui a la classe, mal aimé mais qui sauve tout. Et c'est à peu près tout.

 

J'ai trouvé ça extrêmement laborieux, bourré de clichés et d'un ennui mortel.

 

Et je n'ai rien d'autre à en dire.

 

Je crois que je vais m'arrêter là pour ce qui est d'Elmore Leonard... 

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"Le Fil de l'horizon", d'Antonio Tabucchi

Publié le par Nébal

 

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TABUCCHI (Antonio), Le Fil de l'horizon, [Il Filo dell'orizzonte], traduit de l'italien avec la collaboration de Bernard Comment et de l'auteur, traduction révisée, Paris, Gallimard, coll. Folio, [1986, 1988, 2006] 2009, 110 p.

 

Bon. Je suis confronté à un problème de taille. J'ai acheté Le Fil de l'horizon d'Antonio Tabucchi il y a quelques mois de cela, étant en quête de livres courts, et sur les conseils de ma libraire préférée. Je l'ai lu il y a quelques semaines, et crois avoir trouvé cela plutôt bon, effectivement. Mais je ne peux pas prétendre en avoir conservé un bon souvenir. Car le fait est que je ne me souviens absolument plus du tout de ce court roman que la quatrième de couverture, en s'avançant quelque peu, qualifie d' « inoubliable ». Pas de bol, je l'ai en effet oublié... Et je fais comment pour en parler, moi, maintenant ?

 

Il ne me reste plus que quelques éléments, bien insuffisants pour en livrer une vraie chronique. Je me souviens que la chose, une sorte de faux roman policier, se passe dans une ville du bord de mer, qui n'est pas nommée mais pourrait bien être Gênes. Le « héros » (c'est vite dit) travaille dans une morgue, et s'appelle Spino, nom qui n'est pas sans évoquer de l'aveu même de l'auteur celui de Spinoza, philosophe que, je plaide coupable, j'ai assez peu pratiqué, ce qui m'enlève autant d'indices permettant de vous dire de quoi ce Fil de l'horizon parle au juste. Il y a eu un meurtre, et donc un cadavre, anonyme (enfin, plus ou moins : il semblait s'attribuer lui-même le « nom » de Carlo Noboldi). Et Spino décide donc d'enquêter de lui-même sur l'identité de ce mystérieux macchabée.

 

Voilà en gros le point de départ de ce Fil de l'horizon, fuyant comme son nom l'indique (autant pour le caractère « inoubliable »). Je me souviens (si j'ose dire...) avoir trouvé cela assez malin et élégant. Je crois, oui, avoir plutôt aimé ce très court roman d'Antonio Tabucchi. Mais pourquoi au juste ? Je ne sais plus... Et je ne sais plus non plus vous dire au juste de quoi cela parle.

 

Oui, ce texticule prétendument critique est donc parfaitement inutile, et vous m'en voyez désolé.

 

Il faudra peut-être, un jour, que je relise ce Fil de l'horizon. Après tout, il est court, et ne prendra donc guère de temps...

 

En attendant, je vous laisse ce constat d'échec, navrant bien davantage pour moi, lecteur déficient, que pour l'auteur qui n'a sans doute rien à se reprocher.

 

Désolé...

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"Le Lézard lubrique de Melancholy Cove", de Christopher Moore

Publié le par Nébal

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MOORE (Christopher), Le Lézard lubrique de Melancholy Cove, [The Lust Lizard of Melancholy Cove], traduit de l'américain par Luc Baranger, Paris, Gallimard, coll. Folio Policier, [1999, 2002, 2006] 2013, 431 p.

 

Bizarrement, je n'avais encore jamais lu de bouquin de Christopher Moore jusqu'à présent. Ce n'était pourtant pas l'envie qui me manquait, et plusieurs de ses titres, que ce soit dans la Série noire ou bien dans la collection « Interstices » de Calmann-Lévy, m'ont sacrément fait de l'œil. Mais voilà, il a fallu que l'occasion se présente ; un joyeux camarade m'a prêté ce Lézard lubrique de Melancholy Cove pour égayer mon hospitalisation, et je n'ai certes pas dit non. C'était même, disons-le, le bouquin idéal pour ce faire ; un excellent choix, qui a même eu quelque chose de salutaire : alors, merci, citoyen, merci.

 

Présenter ce livre – surtout en ce moment, comme vous le savez – s'annonce cependant ardu, d'autant que nous sommes en présence d'un machin passablement inclassable (même si publié dans la « Série noire » originellement, on ne peut pas vraiment dire que l'on se trouve en présence d'un polar classique... mais le plus troublant est probablement que nous sommes quand même en présence d'un polar, d'une certaine manière). Mais je vais tâcher de.

 

Adonc, nous sommes à Melancholy Cove, station balnéaire californienne, si je ne m'abuse. Et il s'y passe plein de choses plus ou moins saugrenues. Il faut dire que la population est quelque peu bigarrée. Le flic amateur de fumette reste abordable, mais il y a plus étrange, comme ce bluesman, Catfish, poursuivi depuis des années par un monstre marin, ou cette schizo de Molly Michon qui fut en son temps la star dénudée d'une kyrielle de nanars post-apo. Je vous passe le reste de la faune, vous la découvrirez bien par vous-mêmes.

 

Et il s'en passe, des choses, à Melancholy Cove, surtout depuis un récent suicide. La psy Valérie Riordan pète d'ailleurs un peu les plombs, et remplace avec la complicité d'un pharmacien qui fantasme sur les dauphins Prozac, Zoloft et compagnie par des placebos. Si ce n'était que ça ! Mais non, tout le monde en fait pète un peu les plombs. Et connaît une explosion de libido. Un putain de lézard géant en est responsable, qui a une tête à s'appeler Steve. Et il bouffe des passants de temps à autre. Faut enquêter sur tout ça, et c'est Théo Crowe qui s'y colle...

 

Et tout ça nous donne un bouquin assez unique en son genre, qui ressemble effectivement à un polar même si particulièrement loufoque, et qui constitue un vrai bonheur de lecture. Tout cela est peut-être bien régressif, mais on s'en cogne : quand bien même l'humour tonitruant de Christopher Moore ne brille pas forcément toujours par la subtilité, on se marre sacrément, et on passe un excellent moment à lire ce divertissement aussi débile que palpitant. Tout cela est très bien fait, bien pensé, agrémenté de rebondissements bienvenus constituant une trame tout à fait bien vue, et l'on ne s'ennuie pas un seul instant, tant les gags s'enchaînent avec brio et astuce.

 

Mais la cerise sur le gâteau, à mon sens, ce qui fait du Lézard lubrique de Melancholy Cove une vraie réussite, un divertissement efficace et bien géré, ce sont les personnages, tous plus réjouissants les uns que les autres (même si j'avoue sans surprise une préférence pour la géniale et superbe Molly Michon, encore que Catfish ne soit pas mal du tout, avec sa caricature à gros trais).

 

Alors voilà : je ne suis pas en train de vous dire que ce roman de Christopher Moore est un chef-d'œuvre ou une lecture indispensable, hein ; non, et il faut même probablement se trouver dans un certain état d'esprit pour que sa réussite soit totale. Mais il se trouve que j'avais cette tournure particulière, et je peux bien le dire à l'aimable citoyen qui m'a prêté ce roman en ce moment précis : oui, aimable citoyen, tu as très bien fait, tu as très bien choisi, c'était exactement ce qu'il me fallait ; ce roman sur la dépression est une lecture idéale pour un dépressif. Merci, merci, merci.

 

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"Revoir Rome", de Tristan Lhomme

Publié le par Nébal

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LHOMME (Tristan), Revoir Rome, à partir d'une couverture de Jean-Michel Nicollet, [s.l.], Le Carnoplaste, 2014, 39 p.

 

Aujourd'hui, on va (tenter de) faire dans le populaire, avec, oui madame, un fascicule édité par le Carnoplaste. Tout cela sent bon le pulp anachronique, a fortiori du fait de la kitschissime mais rigolote couverture de Jean-Michel Nicollet, le Jean-Michel Nicollet, qui nous renvoie si je ne m'abuse au bon vieux temps de NéO (entre autres). Ce qui, en soi, constitue déjà un argument pour au moins s'intéresser à cette publication hors-normes, et avouer sa bien légitime curiosité.

 

Mais il y a très vite un deuxième argument de poids pour se lancer dans la lecture de Revoir Rome, et c'est son auteur, qui n'est autre que Tristan Lhomme, oui, le Tristan Lhomme, écrivain à ses heures, mais surtout connu en tant que scénariste de jeu de rôle, notamment pour le mythique (aha) L'Appel de Cthulhu (je vais probablement me faire Le Musée de Lhomme un de ces jours, moi...).

 

Alors du pulp (qu'on devine mi howardien, mi lovecraftien) par Lhomme, déjà, ça m'intéresse. Le cadre, plongeant les légions de la Rome antique (celles de Crassus, pour être plus précis) quelque part dans l'Himalaya, de retour d'une funeste expédition contre le puissant empire parthe, a achevé de me convaincre : il fallait que je lise ce fascicule d'une quarantaine de pages.

 

Et on y a très vite tout ce que l'on était en droit d'attendre (c'est d'ailleurs peut-être le problème, d'un autre côté : on n'est jamais véritablement surpris) : un survival antique particulièrement rugueux, un cauchemar de neige et de faim, poignant, qui s'empare de nos héros sur cette route du retour que l'on devine bien vite fatale. Revoir Rome ? Dans tes rêves, gazier...

 

Chroniquer ce fascicule, cela dit, s'annonce difficile. D'autant que je l'ai lu il y a quelques semaines de cela, et n'en ai quasiment plus aucun souvenir (de détail, du moins) ; ce qui m'évitera de vous spoiler la chose. Reste ce sentiment, donc, d'être – narrativement – en terrain connu, même si l'exotisme est de la partie, tant pour l'époque que pour le lieu. C'est à la fois une force et une faiblesse de ce fascicule, selon la manière que l'on a de l'aborder.

 

Pour le reste... Oui, sans doute, la plume est médiocre ; elle n'est d'ailleurs pas exempte de maladresses... mais, dans l'ensemble, Tristan Lhomme fait le job : à la lecture de Revoir Rome, on a le palpitant qui s'agite, suffisamment en tout cas pour poursuivre la lecture ; si l'on est bon public, on peut même avoir faim, et froid... et peur, oui, peut-être.

 

Au final, on a donc un fascicule assez correct. Il n'a rien d'exceptionnel, on n'en fera pas une lecture indispensable, et pas davantage quelque chose de profondément marquant. En même temps, on ne cherchait guère que du divertissement, et on l'a... On peut donc bien remercier le Carnoplaste et Tristan Lhomme pour cette friandise d'un goût certes douteux, mais c'est tant mieux.

 

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"La Dernière Frontière", d'Howard Fast

Publié le par Nébal

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FAST (Howard), La Dernière Frontière, [The Last Frontier], traduit de l'américain par Catherine de Palaminy, Paris, Gallmeister, coll. Totem, [1941] 2014, 307 p.

 

Vous vous en rappelez peut-être, c'est avec la brillante collection « Totem » des éditions Gallmeister que j'ai fait mes premières et plus bluffants découvertes dans le genre du western littéraire, avec Contrée indienne de Dorothy M. Johnson, Lonesome Dove de Larry McMurtry et Le Tireur de Glendon Swarthout. Il n'y avait donc rien que de très logique à ce que je continue de jeter un œil sur les publications de la collection. En avril dernier est paru cette Dernière Frontière d'Howard Fast (auteur notamment du Spartacus très politique adapté au cinéma par Stanley Kubrick avec Kirk Douglas), La couverture est assez éloquente : oui, il s'agit bien de tracer ici une page importante de la question indienne ; je ne pouvais donc pas décemment passer à côté.

 

Nous sommes en 1878. Les Indiens des plaines, et notamment les Cheyennes qui nous intéressent plus particulièrement ici, ont été parqués dans ce que l'on appelle alors le Territoire indien, aujourd'hui l'Oklahoma. Une terre pauvre, bien loin des plaines qu'arpentaient depuis des siècles les Cheyennes... C'est bien entendu inacceptable, et les Cheyennes comptent bien retrouver leur bien. Trois cents d'entre eux, hommes, femmes et enfants, décident donc de s'enfuir pour retourner dans leurs terres des Black Hills. Un baroud d'honneur, dans un pays tout entier à leurs trousses, où civils et surtout militaires, incarnant l'autorité de Washington, feront tout leur possible pour les ramener dans leur Territoire, idéal pour leur extinction programmée.

 

 La Dernière Frontière, qui repose pour autant que je sache sur une histoire vraie, nous rapporte ainsi le dernier sursaut de liberté et de dignité de la nation cheyenne, dans des États-Unis au développement rapide, qui s'empressent d'enterrer leurs premiers occupants. Mais le récit se montre d'autant plus fort et astucieux qu'il est ethnocentré : nous ne verrons pas, ici, le point de vue des Cheyennes ; nous devrons le deviner à travers les interrogations des officiers blancs qui ont pour mission de les ramener « chez eux », et qui ne comprennent pas cet exode, saugrenu et « illégitime » à leurs yeux. Ce déplacement, bien pensé, permet sans doute d'éviter de noyer le récit sous les « bons sentiments » ; nulle commisération, ici, et Howard Fast est trop adroit pour faire péter les violons à tout bout de champ. Son histoire n'en gagne que plus de poigne.

 

Certes, je ne ferais pas pour autant de La Dernière Frontière un chef-d'œuvre du genre, et il ne me paraît pas à même de rivaliser avec les trois titres que j'ai cités en début de chronique : il lui manque une certaine élégance stylistique, et en même temps une virulence dans le propos adroitement tempérée par une profonde humanité. Cela reste néanmoins un bon western, assez unique en son genre, poignant sans trémolos donc, et qui retrace avec finesse une page méconnue de la triste destinée du grand peuple cheyenne. Pas mal, donc, et même mieux que ça.

 

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"La Lumière d'Orion", de Valerio Evangelisti

Publié le par Nébal

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EVANGELISTI (Valerio), La Lumière d'Orion, traduit de l'italien par Jacques Barbéri, [s,l,], La Volte, [2007] 2014, 329 p.

 

 

 

Et hop ! Un nouveau Nicolas Eymerich. Le huitième, dans l'ordre. Je ne pouvais bien évidemment pas passer à côté, vous savez combien j'apprécie la série des aventures de ce salopard d'inquisiteur. Cependant, je ne suis pas à l'heure actuelle dans les meilleures conditions pour lire et a fortiori chroniquer ces romans... Et, je ne vous le cacherai pas, si je garde de La Lumière d'Orion le souvenir d'un bon divertissement, à la hauteur des critères de la saga, je défaille quand vient le moment de passer aux détails...

 

 

 

Qu'en dire ? Tout d'abord, que nous trouvons dans ce roman les principes habituels de la série : l'histoire, unique, se déroule donc sur trois époques, qui viennent éclairer chacune sous un angle différent la trame à laquelle se retrouve confronté l'inquisiteur Nicolas Eymerich. Je ne peux hélas m'avancer beaucoup plus en la matière, ayant largement oublié les implications fondamentales de ces trois branches de l'histoire...

 

 

 

Le gros de l'intrigue, cependant, se déroule en 1366, et pour l'essentiel à Constantinople. Un cadre de choix pour une enquête d'Eymerich, qui lui permet de se confronter à une chrétienté autre, en proie aux assauts de l'Islam. Mais c'est surtout une hérésie chrétienne qui va justifier l'intervention de l'inquisiteur, hérésie illustrée par une fresque inspirée par le poète Pétrarque...

 

 

 

Le reste de l'intrigue se déroule en deux temps : « Par-delà les siècles », en Irak, des soldats qui n'ont plus rien d'humain s'affrontent autour des colonnes de Ninive. Au XXIe siècle, de son côté, dans l'Union des États Américains, le professeur Frullifer envisage de faire sauter Bételgeuse pour générer l'arme suprême...

 

 

 

Bref : l'inquisiteur Nicolas Eymerich a du pain sur la planche, ça, pas de doute. Problème : je ne me souviens plus comment il s'y prend au juste... La seule chose que je peux dire de La Lumière d'Orion, c'est qu'il s'agit d'un bon divertissement : à ce compte-là, c'est donc un digne épisode de la série Nicolas Eymerich. Certes, il ne se montre pas stupéfiant d'originalité, mais bon, c'est le jeu : les amateurs de la série seront en terrain connu. On appréciera toujours autant l'astuce dont fait preuve l'auteur (un peu moins ses jugements à l'emporte-pièce : Nicolas Eymerich est un beau salaud, oui, mais je tends à penser que le personnage aurait été plus intéressant s'il avait eu la complexité de son modèle historique).

 

 

 

Autrement, La Lumière d'Orion, pour autant que je m'en souvienne, vaut surtout pour le joli cadre byzantin ; occasion de choix de plonger l'inquisiteur Nicolas Eymerich dans un univers déconcertant, d'autant plus qu'il se montre en fin de compte proche, mais seulement par certains aspects, de l'Europe occidentale qu'arpente plus classiquement le père Nicolas.

 

 

 

Je ne vais pas m'étendre sur le sujet, je ne dispose pas d'assez de matière pour livrer une chronique véritablement complète, argumentée et solide de La Lumière d'Orion... Un roman correct, un épisode à la hauteur des autres. Je suis franchement désolé, mais je ne peux pas en dire plus...

 

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"La Question", de Henri Alleg

Publié le par Nébal

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ALLEG (Henri), La Question, suivi de La Torture au cœur de la Républiquepar Jean-Pierre Rioux, Paris, Minuit, coll. Double, [1958, 1961, 2008] 2010, 92 p.

 

 

 

Un tout petit livre, mais qui fut d'une certaine importance. « Al'instar de J'accuse, ce livre minuscule a cheminé longtemps », pour reprendre la formule de Jean-Pierre Rioux. Et il a ainsi contribué à faire connaître une de ces vérités que l'on préfère généralement cacher, à savoir l'usage de la torture en Algérie au cours des « événements », usage répandu et même systématique. Au nom de la raison d'Etat, les militaires ont ainsi torturé selon bien des procédés – la « gégenne » n'est que le plus connu –, et ce petit livre en témoigne.

 

 

 

Il a dès lors une importance double : c'est d'une part une pièce à conviction, qui affirme la réalité de la torture en Algérie ; c'est d'autre part l'occasion de s'interroger sur ce qui est censé « justifier » la torture dans un Etat de droit démocratique. « Censé », oui, car la torture constitue bien vite une aporie dans l'Etat de droit : son emploi par la République entre en violation nécessaire avec les principes qu'elle est supposée défendre. Dès lors, la torture constitue bel et bien un mode d'investigation illégitime et qui ne saurait aboutir à la détermination de la vérité. Elle détruit d'elle-même les éléments de preuve qu'elle prétend mettre en évidence. Elle est contre-productive, et rabaisse le tortionnaire au niveau d'une brute sans âme, d'une antithèse de l'Etat de droit.

 

 

 

Ceci n'est pas neuf, non, certainement pas. Mais le petit livre d'Henri Alleg constitue bel et bien une singulière et tragique mise en évidence de ces principes, qu'on ne cessera jamais d'avoir besoin de ressasser.

 

 

 

Et peut-être encore plus de nos jours, triste époque où la raison d'Etat ressurgit, et où de sinistres individus endossent l'uniforme adéquat pour légitimer l'emploi de la torture contre les « terroristes ». Aux yeux de ces lamentables individus, la fin justifie les moyens, et tous les moyens sont bons. Oui, ils en arrivent à croire que l'on peut défendre une cause, quelle qu'elle soit, avec des méthodes barbares ; loin de considérer que l'on est avili par l'emploi de la torture, ils confèrent aux bourreaux un blanc-seing...

 

 

 

Et puis il y a la presse. La presse, qui s'empare malgré tout de ces actes barbares, et qui, sous la plume d'un Henri Alleg, dénonce : oui, la France torture... Mais il ne faut pas le dire. On n'a pas le droit. On n'a pas le droit d'assimiler ainsi les soldats français à l'occupant nazi, et les terroristes du FLN aux Résistants...

 

 

 

Alors on saisit, on interdit. Mais a-t-on jamais empêché la vérité de faire son chemin ? Aujourd'hui, La Question est encore réimprimée, et chez les éditions (résistantes) de Minuit. Même si on a voulu faire taire Alleg et ses camarades, La Question est encore réimprimée. Il s'en trouve sans doute encore pour s'en plaindre. Mais peu importe : en témoignage vivant, La Question demeure, qui rappelle à point nommé combien la France, à vouloir défendre ses intérêts, peut déchoir si l'on confie la défense de ses intérêts à n'importe qui.

 

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"Terminus radieux", d'Antoine Volodine

Publié le par Nébal

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VOLODINE (Antoine), Terminus radieux, Paris, Seuil, coll. Fiction & Cie, 2014, 616 p.

 

 

 

Et hop, voilà le dernier Antoine Volodine. Et il gagne le prix Médicis, en plus. Oui, un roman d'Antoine Volodine. Autant dire un roman de science-fiction, au fond, même s'il n'est pas certain que l'auteur revendiquerait cette appartenance, lui qui n'est plus publié en science-fiction depuis fort longtemps.

 

 

 

Peu importe. C'était là un roman à côté duquel je ne comptais pas passer. Et même si je n'ai pas pu assister à la rencontre avec l'auteur à la librairie Charybde, je me suis empressé de me procurer cet ultime opus et d'en faire la lecture. Et il est temps, maintenant, d'en faire le bilan.

 

 

 

 

 

 

Et celui-ci ne sera pas uniquement élogieux. Je trouve en effet des choses à reprocher à ce pavé extrêmement ambitieux. Et je ne sais pas s'il méritait vraiment le Médicis. Une chose me paraît certaine, en tout cas : Terminus radieux est nettement moins bon que Des anges mineurs ou Bardo or not Bardo. Ce qui n'en fait pas un mauvais roman pour autant, hein. Non... Mais il va m'être difficile de le juger à sa juste valeur et de lui décerner la récompense qu'il mérite, et pas une autre...

 

 

 

Nous sommes toujours dans le cadre habituel des romans post-exotiques d'Antoine Volodine. Plus précisément, le cadre se détermine ici en rapport avec une Deuxième Union soviétique. « Terminus radieux » (ouh le joli nom) est un kolkhoze. Àsa tête, un certain Solovieï. Juste en dessous, ses trois filles. En dessous, des larbins divers, plus ou moins hauts placés dans la société. Tout ce petit monde est peu ou prou immortel. Et ces gens-là vivent dans la taïga pendant des siècles, émaillés d'accidents nucléaires.

 

 

 

Un cadre paradisiaque, n'est-il pas ? De quoi passer une éternité réjouissante, en bonne compagnie et dans le sain respect des vertus et principes du socialisme. Ou presque... Car à la vérité, tout ce beau monde ne s'entend pas forcément très bien. Il y a des rivalités entre générations, entre sexes et entre castes. Et ces gens constituent peu ou prou un festin pour les corbeaux...

 

 

 

Il y en a, des choses, dans Terminus radieux. Beaucoup. Trop, en ce qui me concerne... Et je ne saurais véritablement en dresser ici la liste exhaustive. Roman total, Terminus radieux balaye une multitude de thèmes, de l'utopie soviétique à la création littéraire, en passant par l'immortalité et l'atome. L'action se déroule sur plusieurs siècles, qui voient s'assembler et se déchirer des communautés de pionniers aux relations ambiguës. Savoir ce qu'ils veulent, au juste, et ce dont ils rêvent ? Veulent-ils tous la même chose, d'ailleurs, et la veulent-ils continuellement, sur la durée ? C'est à vrai dire peu probable. L'expérience de « Terminus radieux » est bien plus probablement destinée à mettre en évidence les failles et les lacunes de cet Homme rouge éternel, les défaillances de son rêve toujours reconduit. Immortels ou morts-vivants, ils végètent dans une nature hostile. Le kolkhoze en vient à constituer une fin en soi, un horizon indépassable.

 

 

 

On pourrait continuer ainsi longtemps, en agitant telles des marionnettes les divers protagonistes, plus ou moins humains. Mais résumer Terminus radieux serait absurde. Il faut le vivre.

 

 

 

Non, ce n'est pas le meilleur Volodine. Non, il ne méritait peut-être pas le Médicis, à moins de considérer que celui-ci récompense une œuvre globale et non un titre particulier. Mais cela reste une expérience à vivre, qui ne saurait laisser indifférent.

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"Jeremiah Johnson", de Raymond W. Thorp & Robert Bunker

Publié le par Nébal

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THORP (Raymond W.) & BUNKER (Robert), Jeremiah Johnson. Le Mangeur de Foie, [Crow Killer], traduit de l'anglais par Frédéric Cotton, préface de Xavier Daverat, Toulouse, Anacharsis, coll. Famagouste, série « Au plus proche du Far West », [1958, 1969] 2014, 279 p.

 

 

 

Bon, je vais tâcher de revenir sur cette énième lecture western, due aux très recommandables éditions Anacharsis, dont j'ai déjà évoqué en ces pages plusieurs des publications de la série « Au plus proche du Far West ». Celle-ci, comme les précédentes, a le cul entre deux chaises, hésitant entre l'histoire et la fiction. Mais la tentation est grande, ici, de dire une fois de plus : « Print the legend ! » Avouez : le montagnard revêche, à poil dans la neige, qui a pour seule arme et pour seules victuailles la jambe coupée d'un Indien de ses ennemis, ça a une certaine gueule ! On est là en plein dans une certaine forme de mythe du western, et il n'y a rien d'étonnant à ce que ce l'histoire de cette vendetta brutale ait inspiré un fameux film à Sydney Pollack avec Robert Redford dans le rôle-titre, « aux antipodes duNature Writingclassique : c'est une ode à la sauvagerie brute. »

 

 

 

Hélas, je manque de souvenirs me permettant de revenir sur cette légende en lui faisant honneur... J'ai conservé quelques éléments importants, et notamment le fond de vendetta du héros Jeremiah Johnson contre les Indiens Crows ; la suspicion de cannibalisme, bien sûr, est également présente, témoignant tant de la méchanceté que de la sauvagerie du principal protagoniste de cette histoire.

 

 

 

Mais que puis-je dire au-delà ?

 

 

 

J'ai lu ce livre hors normes il y a un petit moment déjà et, si je me souviens l'avoir apprécié, notamment pour son outrance, les éléments essentiels qui m'auraient permis d'en faire une chronique valable m'ont fui depuis bien trop longtemps...

 

 

 

Je vais donc devoir me contenter de ceci : faites-moi confiance, ce Jeremiah Johnsonest à la hauteur de sa légende. Aussi répugnant que drôle...

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